Chapitre 3 - IRIN

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Chapitre 3 - IRIN

Une jeune professionnelle du sexe, appuyée contre les barreaux de la maison close où elle vit et travaille,

dans le quartier chaud de Dacca, au Bangladesh. Un nombre important de jeunes filles, au Bangladesh et

ailleurs, deviennent des professionnelles du sexe sous la contrainte ou après avoir été enlevées. De

nombreuses filles exploitées sont retenues dans des conditions de quasi-captivité par leurs souteneurs et

leurs « mamas », qui les obligent à satisfaire autant de clients qu’il leur est donné de trouver.

Photo : Martin Adler/Panos


Chapitre 3

Prostitution et pornographie

infantiles

En 1986, aux Philippines, quelque 20 000 enfants étaient victimes du commerce du sexe. En 2000, ils étaient 100 000,

soit cinq fois plus.1 En Lituanie, entre 20 et 50 pour cent des prostitués seraient mineurs. On sait que certains

enfants se prostituent dès l’âge de 11 ans dans des maisons closes. D’autres, placés en orphelinat, sont utilisés

pour la réalisation de films pornographiques – certains tout juste âgés de 10 ou 12 ans. 2 Au Cambodge, l’âge moyen

des enfants qui entrent sur le marché du sexe est passé de 18 ans, en 1992, à 13 ou 14 ans, en 1994. A Taiwan, il se

situe entre 11 et 15 ans. 3

En Asie, environ un million d’enfants victimes du commerce sexuel sont détenus dans des conditions similaires à

l’esclavage. 4 Il a été demandé à 100 000 professionnels du sexe indiens d’indiquer l’âge qu’ils avaient lorsqu’ils ont

fait leurs premiers pas dans l’industrie du sexe : 40 pour cent ont déclaré avoir commencé avant l’âge de 18 ans. 5

Le commerce sexuel des enfants : un phénomène mondial

Selon les estimations du Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF), un

million d’enfants, dans le monde, sont entraînés chaque année dans le commerce du

sexe. La plupart d’entre eux sont des filles. 6 Selon les statistiques publiées en 2000

par l’Organisation internationale du travail, 1,8 millions d’enfants dans le monde

étaient exploités à des fins de prostitution ou de pornographie. Dans la plupart des

pays, les filles représentaient entre 80 et 90 pour cent de ces jeunes victimes. 7 Selon

d’autres statistiques, le nombre des enfants impliqués dans le commerce sexuel serait

même nettement plus élevé, puisqu’il avoisinerait les 10 millions. 8

Ces approximations globales ne sont guère plus que des suppositions éclairées, du fait

de la nature clandestine de l’exploitation sexuelle à des fins commerciales, mais aussi

parce que nombre des jeunes victimes de l’exploitation sexuelle dans le monde évoluent

loin des regards de la société. Dès lors, un nombre incommensurable de ces enfants –

dont la plupart sont pauvres, sans éducation, sans abri et bien souvent rejetés par la

société – n’apparaîtra jamais dans aucune statistique. En voici trois parmi tant d’autres :

« Rachel », une Albanaise de 12 ans qui travaillait dans une usine de cigarettes locale,

a été emmenée en Italie et contrainte de se prostituer par son propre mari, âgé de 29

ans, trois mois après leur mariage. Si elle refusait de vendre son corps sur les trottoirs,

celui-ci la battait. « Je travaillais du matin au soir, tous les jours », explique Rachel,

qui satisfaisait jusqu’à 10 clients par jour pour gagner la somme de 250 dollars exigée

par son proxénète de mari. 9

« Sarah », originaire des États-Unis, avait 10 ans lorsqu’elle a subi des sévices sexuels,

en direct, devant la caméra du père de son amie. L’appareil était connecté à

l’ordinateur de ce dernier, ce qui lui permettait de recevoir, en simultané, les

instructions des membres d’un réseau pédophile sur Internet, qui guidaient ses gestes.

Par la suite, l’homme avait échangé les images sur Internet. 10

Prostitution et pornographie infantiles 35


« Saïda », une Kenyane, a arrêté l’école à l’âge de 15 ans pour s’occuper de sa mère

souffrante. Après la mort de celle-ci, Saïda s’est mise à vendre des fèves, qu’elle

cuisinait elle-même, pour subvenir aux besoins de ses frères et sœurs. Un jour, alors

que sa famille n’avait plus rien à manger, Saïda a consenti à avoir des rapports sexuels

avec un jeune homme de son quartier, en échange d’une somme d’argent. « Il me

donnait entre 300 et 500 shillings [entre 4 et 7 dollars environ] quand je couchais

avec lui, et ça m’aidait. Mais j’avais peur d’attraper des maladies parce que je savais

qu’il couchait avec d’autres femmes, » avait expliqué Saïda. 11

Malgré tout, Rachel, Sarah et Saïda ont eu de la chance : rares sont celles qui

parviennent à se tirer de cette spirale de sévices. Rachel, sauvée par une organisation

de lutte contre le trafic, est retournée dans sa

famille, en Albanie. Par la suite, elle a reçu une

aide financière qui lui a permis de s’inscrire à un

programme de formation professionnelle. Sarah,

quant à elle, avait d’abord nié que le père de son

amie lui avait infligé des sévices sexuels. Toutefois, grâce au soutien de sa mère, la

fillette a fini par révéler les agissements de ce dernier. Son témoignage a permis à la

police d’incarcérer l’agresseur et a donné lieu à la première opération internationale de

grande envergure, mise en œuvre par la police pour appréhender les pédophiles

agissant via l’Internet. Enfin, Saïda a été informée, par les femmes de sa communauté,

de l’existence d’un programme local mis en place pour aider les filles exposées au

commerce sexuel ou y participant. Grâce à ce programme, la jeune fille prévoit de

suivre une formation de coiffeuse et de renvoyer ses trois petites sœurs à l’école.

La plupart des enfants victimes de l’exploitation sexuelle n’ont pas la même chance.

Thea Pumbroek avait six ans lorsqu’elle est morte d’une overdose de cocaïne, pendant

le tournage d’une des nombreuses vidéos pornographiques dans lesquelles elle était

forcée de figurer. Rares sont ceux qui connaissent l’histoire tragique de sa vie et de sa

mort : « Considérée comme un objet de son vivant, elle n’a guère été mieux traitée,

semble-t-il, à sa mort ». 12

Nature de l’exploitation sexuelle des enfants à des fins

commerciales – Une définition

Les experts s’accordent sur ce point : l’exploitation sexuelle des enfants n’est pas un

phénomène récent. Elle existe sous différentes formes, dans toutes les cultures et

remonte aux « périodes les plus reculées de l’histoire de l’humanité. » 13 Néanmoins,

des phénomènes plus récents – la mondialisation, l’internationalisation et le libreéchange

– se sont conjugués pour provoquer « ce qui semble être une explosion, au

niveau international » des ventes et achats d’enfants à des fins sexuelles. 14

Dans le monde moderne, des jeunes filles et des jeunes garçons sont amenés, par la

force ou la coercition, à se prostituer, sont livrés au trafic sexuel, au niveau national

36 Prostitution et pornographie infantiles

ou transnational, sont vendus comme esclaves sexuels ou bien encore exploités à des

fins de pornographie et de tourisme sexuel. Toutes ces activités relèvent de

l’exploitation sexuelle des enfants à des fins commerciales (ESEC). Bien qu’il n’y ait

pas de définition universelle de ce terme, l’ESEC se rapporte généralement aux

sévices sexuels subis par des enfants pour des raisons essentiellement

économiques. 15

Tout enfant amené, par la séduction, la force ou la coercition, à avoir des relations

sexuelles en échange d’un gain matériel est exploité à des fins commerciales. S’il est

vrai que l’argent est bien souvent le moyen d’échange, l’exploitation sexuelle des

enfants peut également être pratiquée contre de la nourriture, un abri, une

Des phénomènes plus récents – la mondialisation, l’internationalisation et le libreéchange

– se sont conjugués pour provoquer « ce qui semble être une explosion au

niveau international » des ventes et achats d’enfants à des fins sexuelles.

protection, de la drogue ou d’autres biens et services. Dans certains cas, tels que la

production et la vente de matériel pornographique, l’enfant peut être exploité à des

fins commerciales sans recevoir d’argent ni de biens de la part de celui qui l’exploite.

La personne qui s’adonne à un acte sexuel avec un enfant est l’exploiteur direct.

Partout dans le monde, la majorité de ces personnes sont des hommes. Certains sont

pédophiles – ce terme désigne des adultes attirés sexuellement par des garçons ou

des filles prépubères ou pubères. Sans nécessairement correspondre au profil

conventionnel du pédophile, d’autres ciblent néanmoins les enfants car ceux-ci sont,

croient-ils, moins susceptibles de contracter des maladies sexuellement

transmissibles. D’autres, encore, utilisent des enfants uniquement par commodité ou

par curiosité, sans se soucier de leur âge. 16

Il existe également des réseaux d’autres exploiteurs (souteneurs, trafiquants, membres

de la famille des enfants, membres de réseaux de crime organisé…), qui ne s’adonnent

pas nécessairement à des activités sexuelles directes avec des enfants, mais qui facilitent

l’exploitation sexuelle de ceux-ci afin d’en tirer un profit financier ou matériel. Certes,

les hommes sont bien représentés parmi ces exploiteurs tiers, mais un grand nombre

* La traite des femmes et des filles étant abordée de manière approfondie au chapitre 7,

le présent chapitre sera principalement consacré à la prostitution et à la pornographie

infantiles. Il importe cependant de noter que toutes les formes d’exploitation sexuelle

des enfants à des fins commerciales sont étroitement liées et qu’un type d’exploitation

contribue souvent à un autre. Les enfants peuvent, par exemple, être livrés au trafic à

des fins de prostitution, puis exploités par des touristes sexuels et forcés à participer à la

production de matériel pornographique.

Mettre fin à la prostitution des enfants, à la pornographie infantile et à la traite des

enfants à des fins d’exploitation sexuelle


« Angelica », 14 ans, prostituée à Rita, en Lettonie. Le jour, elle voit ses amis et

s’amuse dans les salles de jeux vidéo. La nuit, elle se prostitue dans le quartier

chaud avant de retourner dans l’appartement où elle vit, et où de nombreuses

familles partagent le même robinet d’eau courante.

Photo : Jorgen Hildebrandt/Panos


Des DVD pornographiques changent de mains à Kaboul,

en Afghanistan. Dans certaines villes d’Afghanistan, la

pornographie est devenue bien plus accessible depuis la

chute du régime des Taliban, en 2001. L’accès à l’Internet

et la technologie du DVD ont entraîné un accroissement

considérable de l’accès à la pornographie dans le monde,

et les sites de sexe sont invariablement les plus

consultés.

Photo : Fredrik Neumann/Panos

Arrestation du souteneur d’une professionnelle du sexe

thaïlandaise à la suite d’une rafle policière, à

Johannesburg, en Afrique du Sud. L’homme est inculpé

pour détention d’un grand nombre de DVD de

pornographie infantile, fabriqués en Asie.

Photo : Mariella Furrer


de femmes sont, elles aussi, les organisatrices ou les bénéficiaires du commerce sexuel

des enfants. Dans certains contextes, les femmes sont les promotrices essentielles du

commerce sexuel des enfants et peuvent en être à la tête. Bien souvent, ces femmes et,

dans une moindre mesure, leurs homologues masculins sont « les enfants exploités

d’hier [qui] exploitent aujourd’hui les enfants qui seront les exploiteurs de demain. » 17

somme étant issu de la prostitution infantile. 24 De nombreux pays « sont devenus

autant tributaires de la vente de services de femmes et d’enfants que de cultures

commerciales ». 25 Le Brésil, l’Inde, la Chine, la Thaïlande et les États-Unis

présenteraient le plus grand nombre d’enfants prostitués – certains tout juste âgés de 10

ans. Néanmoins, le commerce sexuel des enfants reste un phénomène international. 26

Pour beaucoup d’exploiteurs tiers, la soif d’argent est sans aucun doute une

motivation importante, soutenue par des traditions ou des croyances qui privent les

enfants de leurs droits fondamentaux. Dans certains cas, les circonstances qui

poussent les enfants vers le commerce du sexe sont aussi celles qui motivent les

exploiteurs tiers : pauvreté, aucune autre source de revenu, peu ou pas d’éducation,

De nombreux pays « sont devenus autant tributaires de la vente de services de

femmes et d’enfants que de cultures commerciales ».

violence familiale, dépendance à la drogue, inégalité des sexes et autres formes de

discrimination ou d’exclusion sociale. 18 En dépit de tout point commun possible, les

exploiteurs ont toujours l’avantage sur les enfants qu’ils exploitent. Par définition,

dans tous les cas d’exploitation sexuelle d’enfants à des fins commerciales, la plus

grande partie des gains reviennent à l’exploiteur. Les droits et le bien-être de l’enfant

sont ignorés, que celui-ci se livre à ces activités sexuelles de son plein gré ou non. 19

Comme c’est le cas pour la violence sexuelle, la loi ne tient pas compte du

consentement de l’enfant en deçà d’un certain âge. Dans certains pays, toute forme

de pornographie ou de prostitution est illégale, quel que soit l’âge de la personne

impliquée. En outre, de plus en plus de pays criminalisent le trafic d’enfants. Malgré

tout, le Rapporteur spécial des Nations Unies sur la vente d’enfants, la prostitution

des enfants et la pornographie impliquant des enfants s’est inquiété de constater que,

dans de nombreux pays, l’exploitation sexuelle des enfants n’était pas considérée

comme un crime. 20

Dans les pays où la loi autorise la pornographie ou la prostitution, et où l’âge du

consentement est relativement peu élevé, les enfants sont sans doute plus

vulnérables face à certaines formes d’exploitation sexuelle, telles que le tourisme

sexuel. Toutefois, même dans les pays où la prostitution et/ou la pornographie sont

interdites, les systèmes de justice pénale tendent à sanctionner les travailleurs du

sexe plus sévèrement que les exploiteurs. Cette tendance s’ajoute en outre à la nature

clandestine de l’industrie du sexe, si bien que, de toutes les jeunes victimes de

l’exploitation sexuelle, les enfants livrés au commerce du sexe dans ces pays sont

sans doute parmi les plus difficiles à atteindre et à aider. 21

La plupart des enfants prostitués font partie des marchés principaux de la

prostitution. De manière générale, les exploiteurs ne les choisissent pas pour leur

jeune âge. Toutefois, il existe des exceptions à la règle. La pédophilie en est une. La

demande croissante en prostituées « vierges » en est une autre. Des fillettes sont

vendues à loisir – par des souteneurs ou des propriétaires de maisons closes, dans des

boîtes de strip-tease, etc. – sous le prétexte fallacieux

qu’elles ne sont atteintes d’aucune maladie

sexuellement transmissible, car elles sont vierges.26

Enfin, le tourisme sexuel des enfants constitue lui aussi une exception à la règle – on

parle de tourisme sexuel lorsque des personnes voyagent vers d’autres pays dans le

but de se livrer à des actes sexuels de nature commerciale avec des enfants, bien

souvent par le biais de tour-opérateurs qui proposent leurs services sur Internet. Le

touriste sexuel choisit généralement des destinations où l’âge légal du consentement

sexuel est moins élevé ou l’application de la loi plus laxiste que dans son pays

d’origine. Selon le Tribunal international des droits des enfants, « Les voyages [à but

sexuel] permettent à des hommes et à des femmes qui veilleraient à ne pas se faire

accoler l’étiquette de pédophile de se rendre dans des destinations dites exotiques où

ils peuvent échapper aux mœurs sexuelles qui s’exercent dans leur pays parce qu’ils

croient que ces règles n’existent pas dans ces autres cultures. Les puissantes forces que

sont le racisme, la misogynie, le néocolonialisme et l’exploitation économique se

conjuguent aux fins de la promotion de séjours exotiques et érotiques ». 26

Dans certaines régions, des traditions anciennes exigent que les femmes et les filles

se livrent automatiquement au commerce du sexe – et que les hommes deviennent les

souteneurs de leurs sœurs, de leurs épouses et de leurs filles. Par exemple, les hommes

du peuple rajnat, au Rajasthan, en Inde, vivent depuis des siècles des revenus générés

par les femmes de leurs familles. Dans le passé, les filles rajnat offraient leurs services

aux familles princières du Raj britannique. Aujourd’hui, elles se mettent au service de

fermiers et de marchands locaux. La participation des femmes au commerce du sexe

est telle que certaines communautés manquent de femmes à marier. Même ceux qui

parviennent à trouver une épouse peuvent être contraints de s’occuper des enfants

tandis que celle-ci se livre au commerce du sexe. Ces familles apprennent d’ailleurs à

leurs filles à en faire autant. 27

La prostitution infantile dans le monde contemporain

En 1998, la revue The Economist estimait que le commerce du sexe générait 20

milliards de dollars américains par an à l’échelle internationale, un quart de cette

Les marchés non-commerciaux

La prostitution infantile se pratique également hors des marchés commerciaux. Dans

certaines régions d’Afrique et d’Asie, des fillettes sont offertes ou vendues comme

Prostitution et pornographie infantiles 39


esclaves sexuelles par leurs familles, en échange d’une aide politique, d’un profit

économique, d’un apaisement spirituel ou bien des trois à la fois. Ces enfants sont

mis au service de prêtres, d’hommes fortunés ou même de divinités (dans ce dernier

cas, elles deviennent les prostituées d’un temple). 28

Quelle que soit leur culture, les enfants des rues sont susceptibles de pratiquer le « sexe

pour la survie », c’est-à-dire d’utiliser le sexe comme moyen de subsistance. C’est aussi

le cas d’autres enfants, pauvres ou marginalisés par la société, qui n’ont ni ressource ni

appui. Selon une étude des adolescents de Zambie, beaucoup de filles auraient des

rapports sexuels avec des jeunes gens de leur âge en échange d’argent ou de biens. Les

filles avaient admis qu’elles étaient principalement motivées par la pauvreté. Les

garçons, en revanche, avaient expliqué qu’« avoir des rapports avec des filles permet

de prouver qu’on est un homme et d’obtenir une plus grande popularité. » 29

Les relations qu’entretiennent certaines filles avec de « vieux protecteurs »

renforcent encore davantage cette dynamique de l’inégalité des pouvoirs. Le

phénomène mondial des « vieux protecteurs » semble avoir de plus en plus de succès

en Afrique subsaharienne, où des hommes d’âge mûr contraignent des adolescentes

à entretenir des relations de nature sexuelle avec eux en leur offrant de l’argent, des

téléphones portables ou d’autres cadeaux. Ces hommes espèrent ainsi ne pas

s’exposer au VIH/sida ni à d’autres maladies sexuellement transmissibles. Toutefois,

Aux États-Unis seulement, le marché de la pornographie infantile génèrerait entre 2 et

3 milliards de dollars par an environ. De tels revenus en font l’une des industries

artisanales les plus lucratives du pays.

si l’homme d’âge mûr est moins exposé, la jeune fille, en revanche, l’est sans doute

davantage : différentes études suggèrent en effet qu’une fille parvient moins bien à

faire accepter le port du préservatif lorsqu’il existe une différence d’âge marquée

entre elle et son partenaire. 30 C’est le cas de toutes les filles exploitées sexuellement,

que leur maltraitance ait lieu dans un cadre commercial ou non.

Toutefois, les filles ne sont pas les seules victimes du commerce sexuel. Bien qu’il

n’existe pas encore de statistiques pour le confirmer, il est probable qu’un nombre

considérable de jeunes garçons soient exploités sexuellement dans chaque pays. Au

Sri Lanka, les jeunes garçons sont bien plus nombreux que les filles à se prostituer. 31

La République Dominicaine, Haïti, la République tchèque, l’Égypte et le Maroc

figurent parmi les destinations du tourisme sexuel ciblant les jeunes garçons. 32 En

Irak, où le nombre des travailleurs du sexe a augmenté avec l’agitation politique, des

centaines de jeunes garçons seraient victimes de l’exploitation sexuelle. Beaucoup

d’entre eux travaillent sous le contrôle et la menace de gangs. Hassan, 16 ans, est

homosexuel, un crime passible de mort selon la loi islamique en vigueur en Irak. Le

jeune garçon a été contraint de se livrer au commerce du sexe par l’un de ses

partenaires sexuels, qui avait pris des photos de lui pendant leurs ébats. L’homme

40 Prostitution et pornographie infantiles

avait menacé Hassan d’envoyer les photos à sa famille si celui-ci refusait de coucher

avec d’autres hommes pour de l’argent. 33

Malgré la vulnérabilité manifeste des garçons – notamment de ceux touchés par la

pauvreté, homosexuels ou rejetés par la société pour toute autre raison – la majorité

des enfants prostitués du monde sont des filles. A de nombreux égards, leur

exploitation constitue le prolongement des normes et des comportements

sexospécifiques en vigueur dans les sociétés qui les achètent et les vendent. A Tokyo,

par exemple, une étude réalisée en 2001 indiquait que « 72 pour cent des

adolescentes avaient subi des attouchements sur le chemin de l’école ». Dans cette

même ville, un sex-shop propose à ses clients un service intitulé « Arracher la culotte

d’une écolière ». Les clients peuvent également « agresser sexuellement » des filles

qui se tiennent à des poignées suspendues au plafond pour recréer le décor d’un

wagon de métro. 34

Pornographie infantile dans le monde actuel

On ne s’étonnera pas de constater que le Japon est un grand producteur asiatique de

pornographie infantile. 35 Partout dans le monde, il existe des liens étroits entre la

prostitution infantile, le tourisme sexuel ciblant les enfants et la production de

pornographie infantile. 36

Des garçons et des filles de tous âges, y compris

des nourrissons, sont exploités sexuellement pour

les besoins de l’imagerie pornographique. 37 À la

fois « crime en elle-même et […] image d’une

scène de crime », la pornographie infantile existe depuis des siècles. 38 Au cours des

30 dernières années, néanmoins, elle s’est transformée en un commerce florissant :

plus hard que jamais, ses images sont de plus en plus accessibles via l’Internet. 39

La plupart des pédophiles n’utilisent pas la pornographie infantile à des fins

pécuniaires. Ils sont plus susceptibles de mettre de côté des photos et des films qu’ils

pourront ensuite copier et échanger, pour enrichir leur collection privée. Néanmoins,

avec l’apparition des technologies modernes (caméras et ordinateurs personnels), la

pornographie infantile est de plus en plus facile à produire et à échanger sans que l’on

soit répéré. Dès lors, la distribution illégale est devenue mieux organisée et plus

commerciale. Aux États-Unis seulement, le marché de la pornographie infantile

génèrerait entre 2 et 3 milliards de dollars par an environ. De tels revenus en font

l’une des industries artisanales les plus lucratives du pays. Enfin, la Russie se distingue

comme marché émergent, deuxième producteur de pornographie infantile,

uniquement devancée par les États-Unis.

À notre époque, aucune région du monde n’échappe à la production de pornographie

infantile. Du temps où cette industrie n’en était qu’à ses balbutiements, la plupart des


Des prostituées de quinze ans, à Birmingham, en Angleterre.

IPhoto : Karen Robinson/Panos


Une esclave tire de l’eau pour la famille de son maître, au Niger,

où de nombreux enfants esclaves sont nés de viols. Quel que soit

leur âge, les femmes esclaves du Niger sont exploitées sans

relâche par leurs maîtres, à titre de main-d’œuvre gratuite ; elles

servent également d’esclaves sexuelles et d’« éleveuses

d’esclaves » pour la génération suivante.

Photo : Georgina Cranston/IRIN


images représentaient des enfants occidentaux, nombre d’entre eux étant originaires

des États-Unis. Leurs photos étaient ensuite reproduites en Europe à des fins

commerciales. 40 Un petit nombre d’autres images provenaient d’Inde, du Mexique

et d’Afrique. Par la suite, avec la recrudescence du tourisme sexuel, des images

d’enfants originaires d’Asie et d’Europe de l’Est sont venues s’ajouter à la base

d’échange mondiale de la pornographie infantile ; ces images étaient distribuées par

les touristes sexuels, qui filmaient leurs rencontres avec les enfants exploités. 41 Les

enfants originaires d’Amérique latine sont eux aussi exploités devant les caméras de

pédophiles et d’agresseurs sexuels à la fois locaux et internationaux. Au Brésil, les

enfants des rues sont la cible privilégiée de la pornographie, qui s’exporte par la suite

vers l’Amérique du Nord. 42

De nombreuses victimes de

la pornographie infantile

sont des garçons. Aux États-

Unis, plus de 50 pour cent

du matériel pornographique

infantile saisi lors de raids représente des garçons. Au Canada, ce chiffre s’élève à 75

pour cent. Au Japon, en revanche, la plupart des images représentent des filles. 43

Pour les garçons comme pour les filles, être exploité devant l’objectif d’une caméra

peut avoir un impact psychologique durable. Leur durée de conservation étant

quasi-illimitée, les images pornographiques peuvent continuer d’être reproduites et

distribuées, de telle sorte que, « ayant depuis longtemps atteint l’âge adulte, il ou elle

sait que quelqu’un peut encore être en train de regarder sa photographie, et être ainsi

le témoin de sa dégradation et de sa souffrance. » 44 C’est le cas, sans doute plus que

jamais, à l’heure de l’Internet.

Vingt-quatre heures seulement après m’être connecté pour la première fois, j’avais

trouvé du porno infantile […] J’ai trouvé des gens à qui parler. Des gens qui

ressentaient les mêmes choses que moi. […] Je n’ai jamais eu autant d’amis. » 49

Reconnaissance mondiale du problème

Au cours de la dernière décennie du vingtième siècle, la communauté internationale

a uni ses forces pour endiguer la vague montante de l’exploitation sexuelle des

enfants à des fins commerciales. En 1989, la Convention relative aux droits de

l’enfant a été adoptée par l’Assemblée générale des Nations Unies. Les pays

signataires de la Convention sont tenus de protéger les enfants contre toutes les

formes d’exploitation et d’agression sexuelles. En 1991, les Nations Unies ont

L’Internet « agit non seulement comme mécanisme de production, de visionnage, d’échange et de

distribution de matériel pornographique infantile, mais également comme vecteur qui permet aux

pornographes infantiles d’entrer en contact avec de nouvelles victimes, pour les prendre au piège ».

Certaines données suggèrent qu’un nombre important de consommateurs de

pornographie infantile sont sans doute également des agresseurs d’enfants en activité. 45

L’Internet permet aisément d’établir ce lien, car il « agit non seulement comme

mécanisme de production, de visionnage, d’échange et de distribution de matériel

pornographique infantile, mais également comme vecteur qui permet aux

pornographes infantiles d’entrer en contact avec de nouvelles victimes, pour les prendre

au piège. » 46 Les agresseurs sexuels peuvent entrer dans des forums de discussion pour

enfants et gagner la confiance de ces derniers. Ensuite, ils peuvent leur demander de

leur envoyer des photos d’eux par Internet ou organiser une rencontre – certains

voyagent d’un continent à l’autre – dans le but de leur infliger des sévices sexuels. 47

Selon une étude réalisée aux États-Unis, parmi les utilisateurs réguliers d’Internet, un

enfant sur cinq est sollicité par des internautes inconnus à des fins sexuelles. 48

En outre, les pédophiles et autres agresseurs d’enfants reçoivent, par le biais de

l’Internet, un renforcement positif susceptible de conférer à leurs pulsions et à leurs

comportements criminels un caractère légitime et normal. Selon un pédophile

condamné, « L’Internet, c’est génial. C’est un monde à part entière qui vous absorbe.

nommé le premier Rapporteur spécial chargé de traiter cette question. Puis, en 1996,

1 300 personnes venues des quatre coins du monde se sont réunies à Stockholm, en

Suède, pour participer au premier Congrès mondial contre l’exploitation sexuelle des

enfants à des fins commerciales.

A l’issue du congrès, qui avait duré une semaine, les 122 gouvernements participants

avaient adopté à l’unanimité la Déclaration et le Plan d’action de Stockholm, une

véritable révolution dans ce domaine. Le Plan d’action exige des pays qu’ils élaborent

ou renforcent et mettent en place « une législation nationale visant à établir la

responsabilité pénale des prestataires de services, des clients et des intermédiaires

impliqués dans la prostitution, le trafic d’enfants et la pornographie infantile y

compris la possession de matériel pornographique mettant en scène des enfants et

toute autre activité sexuelle illégale. » 50 De même, il exhorte les gouvernements à «

ne pas sanctionner, en accord avec les droits de l’enfant, les enfants victimes de

l’exploitation sexuelle à des fins commerciales. » 51 Le Plan d’action a été réaffirmé

et renforcé cinq ans plus tard, par les participants au second Congrès mondial, qui

s’est tenu à Yokohama, au Japon.

En mai 2000, les Nations Unies ont adopté un protocole visant spécifiquement à

interdire la vente d’enfants, la prostitution d’enfants et la pornographie infantile. En

novembre de la même année, l’organisation a adopté le protocole de Palerme, axé sur

la prévention et la répression du trafic d’êtres humains, notamment des femmes et

des enfants. Certes, ces accords internationaux constituent d’importantes avancées

car ils responsabilisent les gouvernements en matière de protection des enfants.

Toutefois, la ratification de tels accords ne représente qu’une avancée modeste au

cœur d’un processus bien plus vaste visant à freiner la recrudescence, au niveau

international, de l’exploitation sexuelle des enfants à des fins commerciales.

Prostitution et pornographie infantiles 43


Au cours des cinq dernières années, des progrès considérables ont été réalisés dans

la mise en application d’une réglementation protectrice relative à différents aspects

de l’exploitation sexuelle des enfants à des fins commerciales. Par exemple, 32 pays

au moins ont adopté des lois extraterritoriales pour soutenir la poursuite en justice

des ressortissants qui commettent des crimes sexuels sur des enfants à l’étranger.

L’Organisation mondiale du tourisme a créé un Code de conduite international pour

la protection des enfants contre l’exploitation sexuelle dans le tourisme et l’industrie

des voyages. Certains pays ont élevé l’âge légal à atteindre pour pouvoir participer à

tribunaux australiens qu’au bout de deux ans. Conformément à la loi extraterritoriale

australienne, les enfants avaient été emmenés en Australie pour apporter leurs

témoignages. N’ayant pas bien compris le déroulement de la procédure, ils avaient

répondu de manière confuse au cours d’un contre-interrogatoire violent. En

conséquence, le juge avait déclaré un non-lieu et acquitté le défendeur. Les enfants

avaient été renvoyés au Cambodge, où leur avenir reste incertain. A l’heure actuelle,

l’un de ces enfants effectue des allers-retours jusqu’à la frontière thaïlandaise, sans

doute pour y travailler comme prostitué. 56

Dans beaucoup de cas, les enfants victimes de l’exploitation sexuelle sont ignorés ou

traités comme des délinquants.

la production de matériel pornographique, afin qu’il coïncide avec l’âge de la

majorité plutôt qu’avec l’âge du consentement sexuel, souvent moins élevé. Dans

certains pays, des permanences téléphoniques ont été mises en place pour permettre

à la population de signaler les sites Internet qui appuient la pornographie infantile. 52

Malgré ces progrès, le Rapporteur spécial sur la vente d’enfants, la prostitution

d’enfants et la pornographie impliquant des enfants a observé, dans un rapport

réalisé en 2003, que de nombreuses lois nationales ne criminalisaient pas comme il

se devait les infractions commises contre des enfants. 53 Même dans les pays, de plus

en plus nombreux, qui ont adopté des lois contre l’exploitation sexuelle des enfants,

la mise en application de ces lois reste difficile. L’on déplore le « manque de

formation alarmant » des représentants des forces de l’ordre et du système judiciaire.

Qui plus est, les enfants victimes de cette pratique n’ont pas toujours accès à une

assistance juridique. 54 Lorsque des procédures judiciaires sont engagées, celles-ci

peuvent faire l’objet de nombreux reports et aboutir à des verdicts inattendus, ce qui

contribue à « victimiser » davantage les enfants concernés. Selon le Rapporteur

spécial, ce « processus de "revictimisation" des enfants et des adolescents qui

cherchent des mesures correctives, alimente le cercle vicieux de l’impunité. » 55

À titre d’exemple, le cas d’un diplomate australien, accusé d’avoir exploité

sexuellement deux enfants des rues du Cambodge, n’avait été porté devant les

Dans beaucoup d’autres cas, les enfants victimes de

l’exploitation sexuelle sont ignorés ou traités

comme des délinquants. Ils portent les nombreuses

blessures physiques et psychologiques infligées par

leur exploitation – viol, agression, VIH/sida et autres maladies sexuellement

transmissibles, grossesses non désirées et autres problèmes de santé reproductive

multiples, rejet social, comportement asocial, abus de substances toxiques,

dépression et tendances suicidaires n’en sont que quelques-unes parmi tant

d’autres. 57 Leur rétablissement dépend non seulement de la mise en application de

lois efficaces pour les protéger, mais aussi de la capacité des organisations à les

trouver et à les soutenir.

En vue de rassembler des informations relatives aux pratiques les meilleures,

l’organisation End Child Prostitution, Child Pornography, and the Trafficking of

Children for Sexual Exploitation International (ECPAT) s’est engagée, lors du

Congrès de Stockholm, à créer une base de données, propre à chaque pays, portant

sur les programmes nationaux de lutte contre l’exploitation sexuelle des enfants. Ses

comptes rendus des programmes de prévention et de prise en charge mis en place

aux niveaux régional, national et local comprennent, entre autres, des descriptions

d’activités de sensibilisation entreprises en Honduras, de stratégies d’application de

la loi au Cambodge et de programmes d’éducation entre membres d’un même groupe

en Chine. Ces études de cas sont une source d’inspiration pour les initiatives à venir,

afin que les générations actuelles reçoivent une aide au lieu de subir des

récriminations, et pour que moins d’enfants vivent les mêmes expériences que

Rachel, Sarah, Saïda, Thea, Mary et des millions d’autres comme elles. n

44 Prostitution et pornographie infantiles


Un groupe de jeunes filles et de jeunes garçons s’entassent à l’arrière d’un fourgon de police, après avoir été raflés sur la voie publique,

dans le quartier chaud de Manille, au petit matin. Certains d’entre eux vendaient des chewing-gums ou des cigarettes ; d’autres

travaillaient probablement comme prostitués mineurs. Ces enfants peuvent être libérés sous caution ou moyennant le versement d’une

amende modique. Aux Philippines, selon certains observateurs, les officiers de police en service acceptent 10 dollars pour « libérer sous

caution » un enfant et le livrer aux pédophiles, qui l’emmènent ensuite dans un hôtel et lui infligent des sévices sexuels.

Photo : Peter Marlow/Magnum


Histoire de Mary

« Mary » est une jeune Kenyane de 14 ans. Lorsqu’elle était très jeune – elle ne se rappelle pas l’âge qu’elle avait – son père a affirmé qu’elle

n’était pas sa fille biologique et a tenté de la tuer. Elle s’est enfuie toute dévêtue et a été accueillie par Jane, une jeune adolescente, qui l’a lavée, vêtue et nourrie. Jane travaillait

la nuit, comme enfant prostituée, et Mary en a bientôt fait autant. Une nuit, Jane a emmené Mary chez un homme. Mary, sous l’emprise de l’alcool et de la marijuana, ne se

souvient guère de ce qui s’est passé – elle sait seulement qu’elle a été violée à plusieurs reprises, puis enfermée. Pendant trois jours, pieds et poings liés, elle a été violée jusqu’à

la soumission. Son violeur est par la suite devenu son souteneur : la nuit, il l’obligeait à faire le trottoir, et chaque matin, la forçait à lui remettre l’argent qu’elle avait gagné.

« J’étais très malheureuse, mais je n’avais pas le choix. Je voulais m’échapper. Un jour, j’ai tenté de m’enfuir mais il m’a rattrapée et m’a mis un couteau sous la gorge. J’ai crié

très fort. Une voisine m’a entendue. Elle est venue à la maison. Elle a pris le couteau, mais n’a rien fait de plus pour m’aider ».

Un groupe d’enfants prostitués, qui avait eu vent des ennuis de Mary, en a informé la police. Celle-ci a appréhendé le souteneur et lui a imposé un examen médical, dont les

résultats ont confirmé qu’il était atteint de gonorrhée. Quant à Mary, elle est restée au poste de police pendant deux jours et a passé, elle aussi, un examen médical : elle avait

également contracté la gonorrhée. Pour aider Mary, des policiers ont contacté End Child Prostitution in Kenya, une organisation non gouvernementale locale. L’organisation,

qui faute de fonds, ne disposait pas de lieu d’hébergement, a orienté Mary vers un refuge de Nairobi situé à quelques heures de son lieu de résidence. Le centre, dirigé par

GOAL, une organisation humanitaire irlandaise, fournit aux enfants des soins médicaux et un programme d’alphabétisation de base.

« J’étais très malheureuse avec la vie que je menais. Mais je n’avais aucun moyen de m’échapper. Sur le trottoir, je devais garder en moi toutes mes émotions – je n’avais personne

à qui parler. Aujourd’hui, enfin, je vais bien. J’ai eu tellement de chance d’avoir été emmenée ici. Quand je dors, je fais encore de terribles cauchemars où je revois cet homme.

Si quelqu’un me parle de cette période de ma vie, ma tête se vide et j’ai le vertige. Je n’ai pas les idées claires. Moi qui n’ai jamais eu d’éducation, on me donne la chance

d’apprendre à lire et à écrire. Pour l’instant, je ne peux pas me projeter loin dans l’avenir. Je suis juste très reconnaissante de l’aide que j’ai reçue depuis que j’ai été sauvée.

« Là d’où je viens, il y a tellement de filles qui ont été violées et mènent ma vie d’avant. Si quelqu’un veut nous aider, nous avons désespérément besoin d’un refuge vers lequel

ces enfants pourront s’échapper. Un refuge qui puisse leur offrir une formation professionnelle et leur donner la chance de se construire une vie meilleure ».

Photo : Georgina Cranston/IRIN

46 Prostitution et pornographie infantiles


« Roxanna » se repose en attendant les clients sur le bord d’une route nationale, à Managua, au Nicaragua. À 15 ans, elle fait le trottoir la nuit en compagnie d’autres adolescentes,

qui se prostituent, elles aussi, pour aider leur famille. Roxanna, comme beaucoup d’entre elles, a subi des sévices sexuels lorsqu’elle était plus jeune : « J’ai été violée par deux

gars quand j’avais 13 ans. Il était sept heures du soir, et je rentrais du marché. J’ai dû rester à la maison pendant un mois après le viol. On avait besoin d’argent – nous étions

tellement endettés que j’ai décidé de faire le tapin ». Le père de Roxanna a quitté le foyer familial lorsque celle-ci avait neuf ans, et sa mère, aujourd’hui âgée de 60 ans, souffre de

diabète. « Elle a des ulcères sur les jambes et ne peut plus marcher », explique Roxanna. « Deux mois après que j’ai commencé à travailler, elle m’a demandé comment j’avais eu

l’argent. Je lui ai dit. Elle a admis qu’il n’y avait pas d’autre solution. Maintenant, j’y vais tous les soirs ».

Photo : Evelyn Hockstein/IRIN

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