Chapitre 8 - IRIN

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Chapitre 8 - IRIN

Brûlée vive pour une dot, une victime se rétablit dans un hôpital indien. Les

véritables raisons qui motivent ces actes sont souvent dissimulées. De nombreuses

victimes d’« accidents » liés à la dot craignent des représailles de la part de leur

mari et de leur belle-famille, dont certains vont jusqu’à corrompre les représentants

des forces de police pour couvrir leurs crimes..

Photo : LC Visuals


Chapitre 8

Crimes liés à la dot et maltraitance

due au prix de la fiancée

« Jeune femme au foyer brûlée vive pour une dot » (27 mai)

« Harcelée pour une dot, une femme met fin à ses jours » (7 juin)

« Un cadavre dans l’eau » (7 juin)1

Voici les gros titres de trois articles de presse parus en l’espace de 11 jours dans le journal Times of India, en 2001 ; une

goutte d’eau parmi les milliers d’articles publiés chaque année pour dresser la liste toujours plus longue des femmes qui

ont perdu la vie en Inde, victimes de crimes liés à la dot.

La persistance des crimes liés à la dot

Comme ne manquent pas de l’indiquer de nombreux analystes et défenseurs des droits

de la femme, les fémicides perpétrés par les maris ne sont pas l’exclusivité de l’Inde. Il

n’y sont d’ailleurs pas plus répandus que dans bien d’autres régions du monde. Aux

États-Unis, par exemple, le taux de violence exercée par le partenaire intime – calculé

sur la base de la population – est au moins proportionné à celui de l’Inde. 2 En Inde,

néanmoins, le mouvement féministe a fait tout son possible pour sensibiliser l’opinion

publique à cette forme de violence à l’égard des femmes, mettant ainsi au jour les

facteurs qui se conjuguent pour exposer certaines femmes et filles au risque d’être tuées

par leur partenaire – et notamment le manque de droits fondamentaux dont pâtissent

les femmes et la tolérance des violences qui leur sont infligées.

En Inde, le système moderne de la dot est interdit depuis 1961. Pourtant, cette

pratique, qui transgresse les barrières religieuses, socioéconomiques et ethniques,

connaît une recrudescence au sein d’une classe moyenne en plein essor. Le Bureau

national des statistiques criminelles, rattaché aux autorités indiennes, a enregistré 6 917

décès liés à la dot en 1998, soit une hausse de 15 pour cent par rapport au nombre

enregistré en 1997. 3 Par ailleurs, ces incidents n’étant quasiment pas signalés, ces

statistiques ne représentent vraisemblablement qu’un petit échantillon des violences

perpétrées chaque jour en Inde. En 1999, le fondateur de l’International Society against

Dowry and Bride Burning in India estimait à 25 000 le nombre de fiancées tuées ou

mutilées chaque année à la suite de querelles liées à la dot. 4 Selon un rapport publié par

les Nations Unies en 2000, cinq Indiennes en moyenne trouveraient la mort chaque

jour dans des incendies de cuisine « accidentels » provoqués par leurs époux, dont les

exigences dotales n’ont pas été satisfaites. 5 « Mina » fait partie de ces statistiques :

Battue et harcelée par son mari pendant près de quatre ans pour une dot jugée

insuffisante, Mina a fini par le quitter et a porté plainte pour harcèlement auprès des

autorités de police locales. Son mari est cependant parvenu à la convaincre de revenir.

Peu après, Mina a été victime d’un « accident » mortel : à en croire son mari et sa belle-

Crimes liés à la dot et maltraitance due au prix de la fiancée 103


famille, Mina serait « tombée sur une cheminée ». Sur son lit de mort, tandis qu’elle

agonisait de ses brûlures, qui recouvraient plus de 94 pour cent de son corps, Mina a

été interrogée par la police : comme il est de coutume, on lui a demandé de faire une

déclaration concernant l’accident. Ce qu’elle a fait, déchargeant entièrement son mari

et sa belle-famille de la responsabilité de sa mort. 6

De l’émancipation à l’exploitation

d’imitation des hautes castes. La dot était devenue le symbole d’un statut, qui conférait

à la fiancée et à sa famille plus de respectabilité et augmentait les chances de la fiancée

de « se marier au-dessus de son rang. » 12 Aujourd’hui, cette pratique est perpétuée par

des systèmes de répartition des richesses en fonction des castes. 13 Selon une autre

hypothèse, le colonialisme et l’essor d’une économie de marché dominée par les

hommes, deux phénomènes étroitement liés, ont conduit à la dévaluation des femmes,

qui ont perdu leur valeur productive. 14

Dans le passé, en Grèce antique, à Rome, en Inde et en Europe médiévale, la dot

obéissait, entre autres, à une motivation principale : elle permettait de procurer un

certain degré d’autonomie financière à la future mariée, qui n’avait que peu, voire pas

de droits de propriété après le mariage. 7 Selon plusieurs traditions, la dot pouvait être

versée par le futur marié ou sa famille à la future mariée – assurant ainsi son bien-être

économique en cas de décès du mari ou de dissolution du mariage – ou bien par les

parents de la future mariée à celle-ci et à son nouvel époux, comme une forme de legs

ou d’héritage pré-mortem destiné à leur fille. 8

Aujourd’hui principalement observée dans les cultures asiatiques, la coutume de la dot,

tel qu’elle est pratiquée actuellement, implique généralement un transfert de richesse

des parents de la mariée au marié et à la belle-famille. 9 Bien que les femmes et les filles

n’en soient plus les bénéficiaires directes, certains chercheurs maintiennent que cette

pratique confère encore certains avantages à la jeune mariée car elle lui permet

d’acquérir un meilleur statut au sein du foyer conjugal. 10 Toutefois, selon certaines

données recueillies en Inde, les conséquences positives de la dot pour les épouses ont

plus que diminué. Autrefois, la dot était considérée comme un acte généreux voire

spirituel, pratiqué uniquement par les castes les plus riches et les plus pieuses : les castes

inférieures pratiquaient, quant à elles, la tradition du prix de la fiancée, plus

pragmatique, qui consiste, pour la famille du marié, à verser une somme à celle de la

mariée pour compenser la perte de capital humain. Aujourd’hui, pourtant, le système

de la dot fonctionne souvent davantage comme une transaction commerciale. Qui plus

est, il a été résolument adopté par les classes moyennes et défavorisées. 11

Pour d’autres, ce changement a pu être provoqué par les évolutions démographiques

qui se sont opérées en Asie du Sud. Le taux de mortalité global diminuant depuis une

soixantaine d’années, la population de cette région est constituée d’une majorité de

jeunes. Parce que les femmes sont susceptibles de se marier plus tôt que les hommes,

les femmes épousables sont en surnombre. Les dots, de plus en plus importantes,

représentent parfois six fois les revenus annuels de la famille de la future mariée ; elles

fonctionnent aujourd’hui comme un prix du fiancé et sont un moyen, pour les jeunes

femmes, de rivaliser entre elles pour obtenir un époux respectable. 15 D’après cette

hypothèse, avec le temps, le déclin récent du taux de fécondité et la recrudescence des

avortements sélectifs en fonction du sexe devraient inverser la tendance à l’inflation

des dots. Ces deux phénomènes pourraient même susciter un retour au prix de la

fiancée : en effet, au vu de la pénurie de femmes et de filles à marier, les hommes

rivaliseraient alors pour se trouver une épouse.

La dot : une forme de violence

Sur son lit de mort, tandis qu’elle agonisait de ses brûlures, qui recouvraient plus de 94

pour cent de son corps, Mina a été interrogée par la police : comme il est de coutume, on

lui a demandé de faire une déclaration concernant l’accident. Ce qu’elle a fait,

déchargeant entièrement son mari et sa belle-famille de la responsabilité de sa mort.

Le versement de la dot est une pratique spécifique à chaque culture. Pourtant, un grand

nombre des circonstances qui contribuent à favoriser les violences liées à la dot,

infligées aux femmes en Inde sont semblables à celles auxquelles sont confrontées les

femmes dans le reste du monde : absence de

certains droits fondamentaux de la personne

humaine, notamment le droit à l’éducation et

le droit de propriété ; manque de services

d’appui aux victimes ; impunité des

coupables. Selon la tradition indienne, une

fois que le mariage a été célébré et que la

jeune mariée a emménagé chez son époux, elle ne peut plus demander le divorce, ni

retourner chez ses parents. Dans certains cas, la mariée captive devient alors un outil

de marchandage qui permet au marié et à sa famille de continuer d’extorquer le

montant de la dot. 16

Le prix du fiancé ou la version moderne de la dot en Inde

Plusieurs théories ont été émises pour expliquer pourquoi les classes moyennes et

défavorisées d’Inde ont remplacé la coutume du prix de la fiancée par le système de la

dot. D’aucuns suggèrent qu’il s’agissait, pour les castes inférieures, d’une tentative

En fait, les violences faites à l’épouse risquent d’être plus fréquentes si le mari et/ou sa

famille estiment que les versements dotaux sont insuffisants : au cours d’une étude

réalisée en Inde, par exemple, il s’est avéré que les hommes étaient plus susceptibles de

battre leurs épouses, issues de familles aisées, lorsqu’ils considéraient que les parents de

celles-ci devaient verser une dot plus abondante. Cette étude démontrait en outre

104 Crimes liés à la dot et maltraitance due au prix de la fiancée


Cadavre d’une femme enveloppé d’une étoffe de coton, transporté jusqu’au Ganges,

pour y être jeté. Après quatre jours passés à l’hôpital, en réanimation, cette femme

est morte des suites de brûlures qui auraient été provoquées lors d’une querelle liée

à la dot. Nul n’a été poursuivi en justice pour ce meurtre, et le corps de la victime

n’a pas été réclamé.

Photo : LC Visuals


Brûlée vive, « Asha », originaire d’Inde centrale,

est parvenue à échapper à ses bourreaux et à

éteindre les flammes. Tremblante de peur et

gravement brûlée, Asha s’est blottie sous une

couverture dans un coin de sa hutte, sombrant

dans un semi-coma. Lorsqu’elle est revenue à

elle, trois jours plus tard, ses bras, carbonisés

jusqu’à la chair, étaient soudés l’un à l’autre.

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qu’une meilleure dot permettait de réduire le risque de violence. 17 Ainsi, les femmes

dont les familles refusaient ou n’avaient pas les moyens de satisfaire ces exigences

dotales continuelles semblaient être les plus vulnérables. Selon les conclusions d’une

autre étude, les femmes dont les beaux-parents ne sont pas satisfaits du montant de la

dot sont quatre fois plus susceptibles d’être battues. 18

Au Bangladesh voisin, des conclusions semblables sur l’impact de la dot suggèrent

que les violences sont moins fréquentes lorsqu’aucune disposition n’a été prise au

sujet de la dot : « en vue de prévenir la maltraitance, le refus de verser une dot est

une mesure de protection tout aussi efficace - sinon plus - que les versements dotaux

les plus importants. » 19 Tandis que la mise à mort des mariées par le feu est monnaie

courante en Inde, au Bangladesh, l’agression à l’acide est une méthode peu coûteuse

et accessible pour défigurer les femmes dont les familles n’ont pas satisfait aux

exigences dotales. 20 Dans les circonstances les plus extrêmes, le marié ou sa famille

peuvent décider que la promesse de nouvelles dots, obtenues par de nouveaux

mariages, vaut plus que la vie de l’épouse.

La sœur africaine du crime lié à la dot : la maltraitance liée

au prix de la fiancée

La tradition du prix de la fiancée, également connue sous le nom de prix de la mariée, a

été la norme dans le monde entier, au cours de l’histoire et jusqu’à ce jour. Selon une étude

ethnographique portant sur plus de 1 000 sociétés dans le monde, environ deux tiers des

communautés pratiquent des coutumes consistant en un transfert de richesses de la

famille du marié à celle de la mariée. 21 Différentes variantes du prix de la fiancée

continuent d’être pratiquées dans un certain nombre de pays d’Asie. Toutefois, l’incidence

négative de ces pratiques sur les femmes et les filles est sans doute plus prononcée en

Afrique subsaharienne – ou tout au moins, le lien qui existe entre le prix de la fiancée et

la violence à l’égard des femmes suscite un intérêt plus marqué dans cette région.

Le prix de la fiancée est une pratique compétitive qui donne souvent l’avantage aux plus

offrants. Pour la mariée et sa famille, un versement substantiel est le signe d’un statut

élevé. Certains théoriciens comparent la coutume du prix de la fiancée à la dot, et

particulièrement au prix du fiancé, version contemporaine de cette pratique. Selon eux,

la première implique généralement que les femmes fassent l’objet d’une plus forte

demande sociale et, par conséquent, qu’elles se voient accorder une plus forte valeur. 23

Pourtant, le prix de la fiancée n’a pas nécessairement pour conséquence d’améliorer le

statut ou le bien-être des femmes et des filles d’Afrique. Au contraire, cette pratique

peut avoir des effets tout aussi préjudiciables que la coutume de la dot pratiquée dans

d’autres régions du monde.

Le prix de la fiancée : une forme de violence

Dans les sociétés dominées par les hommes et souvent polygynes qui perpétuent le prix

de la fiancée, les femmes africaines s’attachent de plus en plus à dénoncer haut et fort

cette pratique. Pour les militants des droits de la femme, le prix de la fiancée relègue les

femmes au rang d’objets aux yeux de leur famille et de leur mari. En 1999, par exemple,

les femmes sud-africaines ont témoigné, lors d’audiences sur la violence à l’égard des

femmes, que le versement d’un prix de la fiancée, et particulièrement lorsqu’il est

effectué en espèces, correspondait à « l’achat d’une épouse. » 24 Dans les cas où le prix

de la fiancée est particulièrement élevé pour l’économie locale, les maris sont bien plus

susceptibles de percevoir le versement du prix de la fiancée comme une transaction

financière. Dès lors, ils sont également plus susceptibles de considérer ce versement

comme un droit de propriété.

Selon Miria Matembe, membre du Parlement ougandais, « Les parents de la fille voient

en elle une source de revenus et imposent des exigences excessives au marié et à sa

famille. Une fois que le marié a payé la somme exigée, il se met à considérer sa femme

comme une propriété. […] Le prix de la fiancée perpétue la condition inférieure des

femmes et les maintient en esclavage. » 25

En Afrique, au cours de l’histoire, le prix de la fiancée – habituellement versé sous

forme de bétail, de denrées alimentaires, d’argent liquide ou d’autres ressources – a

rempli différentes fonctions au sein de diverses tribus et ethnicités. Dans sa forme la

plus élémentaire, il s’agit d’un contrat social entre

les familles ; un contrat qui tisse des liens entre

des clans mais aussi, dans de nombreux cas,

garantit que les enfants à naître appartiendront à

la lignée du marié. 22 Selon la coutume, tout ou

partie du prix de la fiancée doit être restitué à la

famille du marié, en cas de décès de l’épouse avant la naissance de l’enfant ou en cas de

dissolution du mariage. Si le mari n’a pas versé le prix de la fiancée, à la mort de sa

femme, les aînés de la tribu pourront permettre à la famille de la mariée d’avoir la garde

de tout enfant né de leur union.

« Nous allons dénoncer haut et fort le prix de la fiancée aux quatre coins de l’Afrique et

nous allons dire non à la vente de femmes ! ». Atuki Turner est directrice d’une

organisation non gouvernementale ougandaise d’aide aux victimes de violence

« Les parents de la fille perçoivent celle-ci comme une source de revenus et imposent

des exigences excessives au marié et à sa famille. Une fois que le marié a payé une

telle somme, il se met à considérer sa femme comme une propriété. […] Le prix de la

fiancée perpétue la condition inférieure des femmes et les maintient en esclavage. »

domestique ; ses paroles reflètent le lien direct qu’elle et son équipe établissent entre la

violence familiale et le prix de la fiancée. 26 Certaines femmes, à qui l’organisation offre

ses services, sont contraintes d’avoir des rapports sexuels avec leurs maris – qui affirment

les « posséder » – et sont battues lorsqu’elles s’y refusent. Dans le contexte des pratiques

polygynes observées en Afrique subsaharienne, la marginalisation des femmes exposent

Crimes liés à la dot et maltraitance due au prix de la fiancée 107


celles-ci à un risque important de transmission du VIH/sida, ainsi que d’autres maladies.

Dans de nombreuses communautés traditionnelles, les épouses ne sont pas autorisées à

imposer à leurs époux des exigences sexuelles – et notamment à requérir le port du

préservatif. Elles n’ont pas non plus voix au chapitre en matière de contrôle des

naissances. 27 Dans certains contextes, le prix de la fiancée expose également les filles à

un risque de mariage précoce. Frappés par la pauvreté, certains parents peuvent chercher

à « vendre » leurs filles dès l’âge de 10 ans à des hommes

bien plus mûrs, plus susceptibles d’être les plus offrants,

dans le but de récolter un prix de la fiancée important

(comme c’est bien souvent le cas dans les régions en

guerre telles que le Sud-Soudan, où la pauvreté est

endémique et les sources de richesse matérielle sont rares). 28 Les mariages précoces

peuvent également être arrangés dans le but d’obtenir le prix de la fiancée plus élevé

accordé aux filles qui n’ont pas eu d’expérience sexuelle avant le mariage. Cette tendance

a pris de l’ampleur avec la pandémie de VIH/sida. Généralement, les filles qui se marient

jeunes arrêtent l’école pour assumer les responsabilités qui leur incombent dans leur

nouveau foyer. L’activité sexuelle et la procréation précoces qui en découlent les exposent

à de nombreuses complications en matière de santé procréative. 29

Il est bien souvent inutile pour ces fillettes de tenter de s’opposer au mariage précoce

dans les sociétés traditionnelles où les femmes ont peu de droits et où, selon la

coutume, le bien-être de la communauté prévaut sur celui d’une femme ou d’une fille.

Une fois mariées, les femmes et les filles qui tentent d’échapper à une union violente

peuvent s’exposer à de nouveaux sévices, infligés par leur propre famille : en effet, les

préoccupations relatives au remboursement du prix de la fiancée peuvent primer sur

tout autre souci concernant la santé et le bien-être d’une fille ou d’une sœur. Réduites

au statut de possession, un nombre incalculable de femmes des quatre coins de

l’Afrique subsaharienne ne disposent d’aucun recours pour échapper à la violence qui

définit leur existence quotidienne. 30

Supprimer la dot et le prix de la fiancée

Comme le mouvement féministe indien, qui s’était attaqué en particulier à la question

de la maltraitance liée à la dot dans les années 1970 et 1980, les Africaines se soulèvent

aujourd’hui pour dénoncer la coutume du prix de la fiancée. 31 Lors de la première

conférence internationale sur le prix de la fiancée, qui s’est tenue en Afrique en 2004,

les participants ont rédigé une déclaration pour appeler à l’abolition de cette pratique.

Ils ont ensuite envoyé cette déclaration à tous les présidents africains, au Secrétaire

Général des Nations Unies, à l’Union africaine et à la Ligue des États arabes. 32 En

Ouganda, un projet de loi sur les relations domestiques est en attente. Ledit projet

modifie la définition même du prix de la fiancée, qui devient un cadeau de mariage

facultatif et non remboursable. 33

Légiférer contre le prix de la fiancée en Afrique ne saurait être une solution concluante,

108 Crimes liés à la dot et maltraitance due au prix de la fiancée

de la même manière que l’interdiction de la dot a eu un impact limité en Inde.

L’expérience de l’Inde aura néanmoins permis de tirer une leçon importante : il est

nécessaire de fournir suffisamment de ressources aux forces de maintien de l’ordre et

aux services d’appui. En Inde, par exemple, les refuges publics sont notoirement « si

horribles que les mariées préfèrent être tuées par leurs beaux-parents plutôt

qu’emménager dans un de ces refuges. » 34 À Delhi, qui compte plus de 14 millions

« On leur dit que seul le prix de la fiancée leur donne de la valeur. De nombreuses

femmes le croient. Il n’est donc pas surprenant qu’aujourd’hui encore, elles ne

soutiennent pas l’abolition du […] prix de la fiancée. »

d’habitants, l’unité de police chargée d’intervenir en cas de crime lié à la dot ne dispose

que d’un seul fourgon pour donner suite à tous les appels qu’elle reçoit. Lorsque l’équipe

parvient enfin sur les lieux d’une mise à mort signalée, il arrive souvent que les policiers

aient déjà officiellement imputé le décès de la victime à un « accident de fourneau »,

une conclusion qu’ils ont été « amenés à tirer moyennant une liasse de roupies. » 35

Néanmoins, malgré la corruption généralisée et les ressources limitées, certains

coupables sont bel et bien condamnés – à tel point que la prison principale de Delhi

comprend une unité entière exclusivement consacrée aux belles-mères reconnues

coupables d’avoir tué ou harcelé leur belle-fille. 36

Selon une activiste d’Ouganda, de nombreuses femmes défendent la pratique du prix

de la fiancée : sans prix de la fiancée, celles-ci s’estiment sans valeur, malgré les travaux

qu’elles accomplissent dans le foyer. « On leur dit que seul le prix de la fiancée leur

donne de la valeur. De nombreuses femmes le croient. Il n’est donc pas surprenant

qu’aujourd’hui encore, elles ne soutiennent pas l’abolition du […] prix de la fiancée. » 37

En Afrique, les défenseurs des droits de la femme s’accordent sur ce point : pour aboutir

à une réforme durable du prix de la fiancée, il faudra mettre en œuvre des stratégies à

long terme visant à la sensibilisation de la communauté et à l’émancipation des femmes

– des stratégies bien connues des groupes de femmes indiennes, qui s’emploient depuis

30 ans à lutter contre les crimes liés à la dot. 38 En Inde, les familles somment souvent

les défenseurs des victimes de « ne pas s’en mêler » : en portant secours à une fille, ils

risquent de réduire les perspectives de mariage d’une autre. Les défenseurs des victimes

se heurtent donc à des systèmes économiques et culturels solidement établis, au sein

desquels les femmes sont à la fois les victimes et les coupables de ces crimes. 39 Les

activistes ont également compris qu’en traitant les crimes liés à la dot indépendamment

d’autres facteurs économiques et sociaux qui freinent l’égalité des sexes, on choisit une

approche à courte vue. Pour améliorer la condition des Indiennes, il faut engager une

réforme générale des lois et des pratiques culturelles qui régissent les droits des femmes

et des filles à la propriété et à l’héritage. 40 Il en sera inévitablement de même en

Afrique, où toute tentative entreprise pour modifier la tradition du prix de la fiancée

doit passer par la promotion des droits fondamentaux (économiques et sociaux) des

femmes, en particulier chez les victimes elles-mêmes. n


Emboîtant le pas de sa mère, une jeune

Palestinienne, future mariée, passe devant les

tanks israéliens pour se rendre à son mariage.

Sa mère porte une valise remplie d’argent

liquide – sans laquelle le mariage n’aurait pas

lieu.

Photo : Jaafar Ashtiyeh/AFP

Cette femme, brûlée de la tête aux pieds, a été

abandonnée sur les marches d’un hôpital, en

Inde, au moment où une équipe de tournage se

trouvait sur les lieux pour réaliser un

documentaire sur les mises à mort par le feu,

liées à la dot. Prise de douleurs atroces, elle a

imploré un membre de l’équipe : « S’il vous

plaît, prenez soin de ma petite fille ». Ce furent

ses dernières paroles.

Photos : LC Visuals


L’histoire de Jamilla

« Jamilla » est née à Filimgue, au Nigéria, à environ 155 kilomètres au nord de Niamey, la capitale.

« J’ai neuf frères et sœurs. Mes parents nous traitaient très bien. A treize ans, mon père m’a dit qu’il était temps de me marier. Le mari qu’il m’avait choisi était mon cousin,

âgé de 30 ans. J’ai dit à mon père que j’étais trop jeune, mais il a répondu que je n’avais pas le choix. J’ai résisté et j’ai beaucoup pleuré. Mon père savait que j’étais malheureuse,

mais il avait promis à son frère que j’épouserais cet homme, dont la première épouse s’était enfuie. Il avait donné à mon père 120 000 francs CFA [220 dollars]. J’ai essayé de

m’échapper, mais on m’a ramenée à la maison et j’ai été forcée d’épouser mon cousin.

Le jour où je suis allée vivre avec mon mari, ses frères et ses amis m’ont ligoté les bras et les jambes et m’ont traînée jusque chez lui, en me battant. Mon mari est resté là, à

regarder. Il ne m’a pas touchée, mais il ne les a pas arrêtés non plus. J’ai beaucoup pleuré. J’en ai gardé des cicatrices. Nous vivions dans le village où je suis née, dans une hutte

de terre. Les hommes m’ont retiré mes habits et m’ont attachée au lit. J’ai crié si fort que des gens sont entrés. L’un d’eux était mon beau-père, qui m’a battue et m’a dit que je

devais vivre avec mon mari. Je leur ai dit à tous que, même s’ils me battaient, je ne coucherais pas avec lui, et ils m’ont dit qu’ils me tueraient si je ne le faisais pas.

Mon mari était atteint de troubles mentaux ; je ne sais pas exactement ce qu’il avait. C’est peut-être pour ça qu’il restait là, à regarder sans rien faire. Quand ils m’ont attachée

au lit toute nue, il ne m’a pas violée. Je pense que c’était trop humiliant pour lui de le faire devant tous ces gens. J’aurais préféré vivre avec un animal plutôt qu’avec cet homme.

Mes jambes étaient lacérées aux endroits où ils m’avaient ligotée au lit.

J’ai tenté d’oublier ce qui s’était passé et de reprendre mon travail. Un soir, j’ai dit à mon mari que j’avais besoin de sortir, pour aller aux toilettes. J’ai pris une lampe et je me

suis échappée. Il ne savait pas que j’avais vendu mes habits de mariage la veille, et que j’avais caché l’argent dans mon foulard. J’ai couru pendant deux jours ; je n’avais que de

l’eau pour toute nourriture. Quand je suis arrivée à Niamey, j’étais très malade et je ne pouvais plus marcher. On m’a emmenée à l’hôpital. J’ai mis deux semaines pour me

rétablir. Mon père est venu. Il était furieux. Il m’a dit que je l’avais humilié. Je lui ai dit que c’était préférable pour moi d’humilier mon père plutôt que de vivre avec cet homme.

Il m’a alors répondu que, si c’était le cas, je devais rembourser la dot.

Avant le mariage, j’avais un ami. Je lui ai demandé de m’aider. Il a remboursé la dot, mais en contrepartie, j’ai dû l’épouser. Je ne l’aimais pas.

La première année, j’ai vécu heureuse avec mon nouvel époux, qui était boucher. Nous vivions dans une petite maison de terre, à Niamey. Puis, il a commencé à se droguer

et à boire. Il s’est mis à m’insulter et à me battre. Au début, je n’ai rien fait, et puis, j’ai commencé à me défendre – mais seulement quand il était saoul et plus faible que moi.

J’avais seulement 13 ans et il en avait 30. Le lendemain, il ne se souvenait même plus des raclées qu’il me donnait.

Parfois, j’acceptais de coucher avec lui, mais d’autres fois, je refusais. Si je refusais, il me battait, me tenait par le cou et me forçait. Il me mordait – j’en ai gardé des cicatrices.

Des gens ont essayé de m’aider, mais mon mari les battait, eux aussi. J’étais très malheureuse – j’avais l’impression d’être toujours dans de mauvais draps. J’ai dit à mon mari

que je voulais divorcer. Il m’a dit que si on divorçait, je devrais rembourser la dot.

Pendant deux mois environ, je n’ai pas eu mes règles, et puis un jour, il m’a donné un coup de poing dans le ventre et du sang s’est mis à couler. Nous n’avons pas d’enfant. Je

n’ai jamais utilisé de moyen de contraception ; je ne sais pas trop pourquoi je ne suis jamais tombée enceinte. Mon mari couchait avec des prostituées. Il m’a transmis une

maladie sexuelle, mais je ne pouvais rien faire pour l’en empêcher.

J’ai vécu patiemment avec mon mari pendant quatre ans. Il y a deux mois, il est sorti et je me suis enfuie chez ma mère. J’ai expliqué ma situation à la famille, mais ils ont leurs

propres problèmes à régler. J’ai refusé de retourner chez mon mari et j’ai peur qu’il vienne me chercher.

Ma grande sœur est, elle aussi, maltraitée par son mari. Les mariages forcés causent tellement de problèmes. Il faudrait mettre fin à cette pratique. Je veux avoir le choix. Les

autorités devraient sensibiliser la population. Pourquoi souffrir comme ça ? Et deux fois, en plus ! »

110 Crimes liés à la dot et maltraitance due au prix de la fiancée

Photo : Georgina Cranston/IRIN


L’histoire d’Aleesha

« Vous avez vu la femme brûlée ? », a crié Nisha, sur le pas de sa porte, lorsque nous sommes passés devant le bidonville en rentrant chez nous.

Ne l’ayant pas vue, nous avons demandé à la fillette dans quel état elle se trouvait. Nisha a haussé les épaules. Tout ce qu’elle savait, c’est qu’une jeune femme du nom d’Aleesha,

gravement blessée, gisait dans l’une de ces cabanes illégales, situées près de l’Oronte. Elle nous a emmenés jusqu’à la hutte et nous avons décidé de jeter un petit coup d’œil

avant de rentrer chez nous. En entrant, nous avons aperçu, à la lumière faible d’une petite ampoule électrique, une jeune femme, étendue sur un lit, manifestement en état de

choc. Son corps, monstrueux, était presque intégralement brûlé. Des restes de son sari en matière synthétique avaient fondu, adhérant à des lambeaux de peau noircie ;

d’épaisses cloques enflées révélaient sa chair à vif, et des plaies infectées grouillaient de mouches.

Aleesha souffrait toute seule dans cette hutte, sans personne pour lui prodiguer des soins adéquats. Pourtant, dès que nous sommes arrivés, un groupe d’hommes et de femmes

sont apparus sur les lieux, chacun criant à qui mieux mieux sa version de l’incident et ses recommandations. Des enfants aux grands yeux, certains à peine âgés de trois ans,

se bousculaient dans l’embrasure de la porte. Au milieu du chaos, Aleesha restait étendue là, à nous dévisager. Son corps noirci offrait un contraste écœurant avec les couleurs

éclatantes du couvre-lit. Nous avons découvert qu’elle gisait sur ce lit, impotente, depuis six jours ; de temps à autre, elle sombrait doucement dans l’inconscient. Depuis six

jours, elle refusait de se nourrir et de boire, et pleurait doucement car elle était incapable d’allaiter son plus jeune enfant. Au fur et à mesure que les jours passaient, ses plaies

s’étaient infectées, et attiraient des essaims de mouches. C’était à ce moment-là, tard dans l’après-midi du sixième jour, que la jeune Nisha nous a emmenés jusqu’à la hutte.

Nous avons demandé à tout le monde de quitter la hutte, à l’exception de la mère et des petites sœurs d’Aleesha. Puis, nous avons demandé à Aleesha si elle pouvait nous dire

ce qui s’était passé. De toute évidence, il lui était quasiment impossible de parler. Malgré tout, elle a courageusement tenté de nous raconter ce qui lui était arrivé. L’incident

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était survenu chez sa belle-famille, de l’autre côté de la ville. Sa bhabhi (belle-soeur) et sa saas (belle-mère) l’avaient arrosée de kérosène et avait tenté de la brûler vive.

Exténuée, Aleesha s’est rallongée et a fermé les yeux. Il n’y avait pas de temps à perdre ; nous devions la faire hospitaliser de toute urgence.

Il nous a fallu plusieurs jours et autant de conversations pour reconstituer l’histoire qui s’est soldée par ce drame, au cours duquel Aleesha avait failli trouver la mort.

Aujourd’hui, celle-ci a environ 26 ans mais elle a été mariée il y a 13 ans à Raj Kumar, un marchand de glaces. Propriétaire d’une charrette, il était considéré comme un bon

parti. Les parents d’Aleesha ont dû contracter de lourdes dettes pour s’acquitter du montant d’une dot exorbitante : 6 000 roupies [135 dollars US] en espèces ainsi que plusieurs

cadeaux coûteux. En plus de tout cela, les parents ont dû financer le mariage et offrir à manger à d’innombrables convives, dont la plupart avaient été invités par les parents

de Raj Kumar.

Après les festivités, comme le veut la tradition, Aleesha est partie vivre chez sa belle-famille, avec son mari, son frère et l’épouse de celui-ci. Comme elle était la plus jeune,

et nouvelle-venue dans la famille élargie de son époux, elle devait travailler très dur. Sa saas était très exigeante. Aleesha recevait des remontrances de la part de sa saas et de

sa bhabhi, sans jamais être soutenue par son mari.

Aleesha, qui se sentait de plus en plus seule, fut en quelque sorte soulagée par la naissance de ses enfants. La jeune femme a mis au monde trois garçons, qui lui donnent

beaucoup de bonheur, et ont été l’objet du seul et unique compliment que lui ait jamais adressé sa belle-mère. Pour ce qui est de sa vie conjugale, elle déteste les moments

intimes avec son mari. Avoir des rapports sexuels lui fait horreur. Elle explique que cela ne lui procure aucun plaisir et que, de plus, son mari est agressif sur le plan sexuel.

Crimes liés à la dot et maltraitance due au prix de la fiancée 113


L’histoire d’Aleesha

Le 5 juillet, dans l’après-midi, Aleesha préparait le thé, accroupie derrière son fourneau, lorsque soudain, sa saas et sa bhabhi sont entrées et lui ont aspergé le bas du corps de

kérosène. Saas a lancé une allumette et, en un rien de temps, Aleesha, qui portait un sari en matière synthétique, était consumée par les flammes. D’après ce qu’elle nous a dit,

nous avons compris qu’elle avait tenté d’éteindre les flammes à mains nues. Ses bras ont alors pris feu. En voyant son corps en flammes, deux de ses fils, qui se trouvaient près

d’elle, ont poussé des cris de terreur. Aleesha est parvenue à tituber jusque dans la rue, devant la maison, où saas et bhabhi faisaient à présent mine de la secourir. Elles lui ont

lancé un seau d’eau, qui n’a fait qu’aggraver la situation, puis elles l’ont portée d’urgence à l’hôpital public, sur une brouette. Mais l’hôpital a refusé d’admettre Aleesha.

Les autres hôpitaux l’ayant également refoulée, Aleesha a été laissée chez sa mère, dans la hutte près de la rivière. Les hôpitaux ont refusé de l’accueillir avant que la police ait

rédigé un rapport. En effet, ont-ils expliqué, les cas de femmes brûlées sont invariablement liés à des tentatives de meurtre et doivent en premier lieu être traités par la police.

Le mari d’Aleesha, qui vendait ses glaces dans les rues, savait que son épouse serait brûlée vive cet après-midi-là. Il était au courant et n’est pas intervenu. A présent, après

l’incident, Aleesha savait que son mari était au courant de ce qui l’attendait ce jour-là. Néanmoins, elle souhaitait que celui-ci reste avec elle à l’hôpital, pour prendre soin

d’elle. Elle voulait rester avec lui, car pour elle, une vie sans époux serait encore pire. Être mère célibataire serait impossible. Par ailleurs, sa mère avait été très claire : lorsque

sa fille était encore en état de choc, bien avant que nous arrivions sur les lieux, elle lui avait dit qu’elle ne pourrait pas rester chez elle, dans sa hutte de misère. Où trouveraitelle

l’argent pour nourrir Aleesha et quatre autres enfants ? C’était impossible : Aleesha devait retourner chez ses beaux-parents. C’était la seule solution, dans leur situation.

Plus tard, tandis qu’Aleesha se rétablissait à l’hôpital, nous avons eu de longues conversations avec sa mère. De toute évidence, cette femme, mère de sept enfants, qui vivait

dans la misère, était incapable de penser de manière cohérente, incapable de réfléchir à sa propre vie. Il semblait qu’on lui demandait pour la première fois de raconter sa vie,

d’exprimer ses sentiments et sa tristesse. De la tristesse, elle en avait ressentie énormément. Elle a beaucoup pleuré puis, comme si elle venait de s’en souvenir, elle nous a

révélé que l’un de ses fils avait, lui aussi, brûlé vive son épouse. Son propre fils avait fait la même chose à sa femme. Bien entendu, la mère, accablée par le chagrin, n’a pas

cautionné l’acte de son fils, mais elle souhaitait en quelque sorte que nous comprenions que la pauvreté est la raison principale de ce type d’incidents.

Ils étaient pauvres, il était désespéré et, comme il ne pouvait pas obliger ses beaux-parents à lui accorder une dot plus importante, il a brûlé sa femme au kérosène, en faisant

croire à un accident ménager. Oui, comme beaucoup d’autres l’avaient fait, dans cette ville. L’épouse est morte, et il s’est remarié, en s’assurant une dot encore plus importante

que la première. »

Extrait d’un compte rendu de l’histoire d’Aleesha, livré par un travailleur social de la Fondation Duniya (www.duniya.org),

qui se charge, entre autres, d’apporter une aide aux victimes de mises à mort par le feu, liées à la dot.

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« Aleesha » aujourd’hui. Après s’être remise des terribles

brûlures infligées par son mari et sa belle-famille, Aleesha est

retournée au sein du foyer conjugal. Elle pense qu’elle n’avait

pas le choix dans cette société où une femme célibataire et ses

enfants auraient peu de chances de survivre sans la protection

relative de la famille. « Être une mère célibataire, ce serait

impossible », a-t-elle expliqué.

Photos : LC Visuals

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