Chapitre 8 - IRIN

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Chapitre 8 - IRIN

L’histoire d’Aleesha

Le 5 juillet, dans l’après-midi, Aleesha préparait le thé, accroupie derrière son fourneau, lorsque soudain, sa saas et sa bhabhi sont entrées et lui ont aspergé le bas du corps de

kérosène. Saas a lancé une allumette et, en un rien de temps, Aleesha, qui portait un sari en matière synthétique, était consumée par les flammes. D’après ce qu’elle nous a dit,

nous avons compris qu’elle avait tenté d’éteindre les flammes à mains nues. Ses bras ont alors pris feu. En voyant son corps en flammes, deux de ses fils, qui se trouvaient près

d’elle, ont poussé des cris de terreur. Aleesha est parvenue à tituber jusque dans la rue, devant la maison, où saas et bhabhi faisaient à présent mine de la secourir. Elles lui ont

lancé un seau d’eau, qui n’a fait qu’aggraver la situation, puis elles l’ont portée d’urgence à l’hôpital public, sur une brouette. Mais l’hôpital a refusé d’admettre Aleesha.

Les autres hôpitaux l’ayant également refoulée, Aleesha a été laissée chez sa mère, dans la hutte près de la rivière. Les hôpitaux ont refusé de l’accueillir avant que la police ait

rédigé un rapport. En effet, ont-ils expliqué, les cas de femmes brûlées sont invariablement liés à des tentatives de meurtre et doivent en premier lieu être traités par la police.

Le mari d’Aleesha, qui vendait ses glaces dans les rues, savait que son épouse serait brûlée vive cet après-midi-là. Il était au courant et n’est pas intervenu. A présent, après

l’incident, Aleesha savait que son mari était au courant de ce qui l’attendait ce jour-là. Néanmoins, elle souhaitait que celui-ci reste avec elle à l’hôpital, pour prendre soin

d’elle. Elle voulait rester avec lui, car pour elle, une vie sans époux serait encore pire. Être mère célibataire serait impossible. Par ailleurs, sa mère avait été très claire : lorsque

sa fille était encore en état de choc, bien avant que nous arrivions sur les lieux, elle lui avait dit qu’elle ne pourrait pas rester chez elle, dans sa hutte de misère. Où trouveraitelle

l’argent pour nourrir Aleesha et quatre autres enfants ? C’était impossible : Aleesha devait retourner chez ses beaux-parents. C’était la seule solution, dans leur situation.

Plus tard, tandis qu’Aleesha se rétablissait à l’hôpital, nous avons eu de longues conversations avec sa mère. De toute évidence, cette femme, mère de sept enfants, qui vivait

dans la misère, était incapable de penser de manière cohérente, incapable de réfléchir à sa propre vie. Il semblait qu’on lui demandait pour la première fois de raconter sa vie,

d’exprimer ses sentiments et sa tristesse. De la tristesse, elle en avait ressentie énormément. Elle a beaucoup pleuré puis, comme si elle venait de s’en souvenir, elle nous a

révélé que l’un de ses fils avait, lui aussi, brûlé vive son épouse. Son propre fils avait fait la même chose à sa femme. Bien entendu, la mère, accablée par le chagrin, n’a pas

cautionné l’acte de son fils, mais elle souhaitait en quelque sorte que nous comprenions que la pauvreté est la raison principale de ce type d’incidents.

Ils étaient pauvres, il était désespéré et, comme il ne pouvait pas obliger ses beaux-parents à lui accorder une dot plus importante, il a brûlé sa femme au kérosène, en faisant

croire à un accident ménager. Oui, comme beaucoup d’autres l’avaient fait, dans cette ville. L’épouse est morte, et il s’est remarié, en s’assurant une dot encore plus importante

que la première. »

Extrait d’un compte rendu de l’histoire d’Aleesha, livré par un travailleur social de la Fondation Duniya (www.duniya.org),

qui se charge, entre autres, d’apporter une aide aux victimes de mises à mort par le feu, liées à la dot.

114 Crimes liés à la dot et maltraitance due au prix de la fiancée

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