Qui de nous deux ? - Infirmiers.com

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INSTITUT de FORMATION en SOINS INFIRMIERS

2, AVENUE DES LOMBARDS. BP 718 - 10003 TROYES cedex

MEMOIRE DE FIN D’ETUDES

Qui de nous deux ?

CAMUS Clotilde

Sous la guidance de M. O. JOANNETON

Promotion 2009-2012


Remerciements

Tout d’abord, je tiens à remercier ma formatrice, Madame Joanneton, qui

m’a accompagné tout au long de mon travail, pour son bon encadrement et ses

conseils toujours avisés, ainsi que pour tout le temps qu’elle m’a accordé durant

le temps institutionnel comme lors son temps libre.

Je souhaite aussi remercier Clémence et Marion, mes deux plus proches

amies pour leur soutien constant, leurs encouragements et leurs appels

interminables qui m’ont si souvent remonté le moral. Je remercie plus

particulièrement Marion pour l’aide qu’elle m’a apporté dans le domaine qui est

le sien, l’anglais.

Je remercie mes parents pour leur présence et leur disponibilité, ainsi

que mes amis de promotion pour m’avoir supporté dans les moments difficiles

comme au quotidien.

Je tiens aussi à remercier les cinq infirmières qui ont accepté de réaliser

les entretiens, ainsi que toutes les personnes qui ont contribué à la mise en

place de mes entretiens.


« Comme la mort, la douleur est la destinée commune,

nul ne peut prétendre y échapper. »

David Le Breton


Sommaire

Introduction………………………………………………………………………...1

Première partie : situation de départ……………………………………...3

I. Situation de départ……………...……………………………………….…..3

II. Interrogations préalables vis-à-vis de la situation……...……………..5

III. Question de départ…………………….…………………………………….6

Deuxième partie : cadre théorique…………………………………………7

I. Douleur et souffrance……………………………………………………….7

1. Douleur……………………………………………………………...7

a. Définition……………………………………………………..7

b. Etymologie…………………………………………………...7

c. Caractère spécifique de la douleur………………………..8

d. L’évaluation de la douleur………………………………….8

e. Les limites de l’évaluation………………………………….9

2. Souffrance………………………………………………………10

II. La relation soignant-soigné……………………………...……………….11

1. La relation…………………………………………………………11

2. La dimension verbale…………………………………………….12

3. La dimension non verbale……………………………………….14

III. L’empathie et la sympathie……………………………………………….15

1. L’empathie………………………………………………………...15

2. La sympathie……………………………………………………...16

IV. L’interprétation et la représentation…………………..………………...17

1. L’interprétation……………………………………………………17


2. La représentation…………………………………………………17

Troisième partie : phase exploratoire…………………………………...19

I. Guide d’entretien………….………………………………………………..19

II. Hypothèses et questions associées…………………...………………..20

1. Première hypothèse…...…………………………………………20

2. Deuxième hypothèse ……………………………………………21

3. Troisième hypothèse….………………………………………....22

III. Méthodologie d’analyse choisie……………………...………………….23

1. Pour les questions en lien avec l’hypothèse 1…………..……23

2. Pour les questions en lien avec l’hypothèse 2…………..……23

3. Pour les questions en lien avec l’hypothèse 3………….…….24

IV. Analyse qualitative des résultats………………………………..………24

1. Analyse en lien avec les questions de l’hypothèse 1………...24

2. Analyse en lien avec les questions de l’hypothèse 2………...27

3. Analyse en lien avec les questions de l’hypothèse 3………...30

4. Conclusion globale de l’analyse..………………………………34

V. Question de recherche et hypothèses en lien..…………………….…35

Conclusion………………………………………………………………………..37

Bibliographie……………………………………………………………………..39

Annexes…………………………………………………………………………….41


Introduction

Au cours de ma formation, j’ai été amenée à réaliser un certain nombre

de stages et dans chacun d’entre eux, j’ai été confrontée à la douleur.

Néanmoins, c’est lors de du stage que j’ai réalisé dans l’unité de soins palliatifs

du Centre Hospitalier de Troyes, que j’ai pris conscience de l’importance de la

prise en charge de la douleur dans les soins.

La douleur. Sans apport théoriques quelconques, décrire ce terme n’est

pas une tâche aisée. Selon moi, elle correspond à une sensation, désagréable,

subjective, perçue par un individu. Comment préciser cette définition ? J’ai

interrogé des camarades de formation à ce sujet afin d’étayer cette définition.

Les mots qui leur sont venus à l’esprit sont souffrance, néfaste, mal être et

désagréable.

Effectivement, la douleur est une expérience vécue de tous,

majoritairement de manière désagréable. Elle est perçue dans les idées

populaires comme un mauvais symptôme, une manifestation organique à faire

taire pour aller mieux. Elle est justement, trop souvent réprimée avant d’être

entendue. En effet, la douleur représente souvent tentative de communication

du corps, voire de l’esprit avec l’extérieur. En la supprimant ou en l’effaçant

partiellement, nous perdons ainsi une aide souvent précieuse à la prise en

soins et/ou au diagnostic.

Le caractère subjectif de la douleur tient au fait qu’elle n’est propre qu’à

l’individu qui la ressent. Sa représentation ne peut donc pas être totalement

partagée. De plus, la douleur étant propre à chacun, les soignants ont donc eux

aussi une représentation personnelle de la douleur. Cet élément représente

donc d’une certaine manière un frein à la prise en charge du patient souffrant

par le soignant.

- 1 -


Le cheminement de ma réflexion s’est construit à partir d’une situation de

stage qui m’a beaucoup interrogée et dont les questionnements ont servit de

point de départ de mon travail de recherche. C’est à partir de ces derniers que

j’ai relevé différentes notions que j’ai approfondies suite à des recherches

théoriques. Ces investigations orienteront des hypothèses de travail que je

chercherai à confirmer ou infirmier de par des recherches sur le terrain sous

forme d’entretiens.

- 2 -


Première partie : situation de départ

I. Situation de départ

Monsieur D a été hospitalisé en unité de soins palliatifs suite à des

douleurs d’intensité non contrôlable. Il est né en 1932, il est donc âgé de 79ans

et est atteint d’un adénocarcinome prostatique avec des métastases osseuses

pour lequel tous les traitements curatifs ont été arrêtés. Les douleurs de

monsieur D sont liées aux métastases osseuses, ce sont donc des douleurs

nociceptives 1 .

A son arrivée dans le service, il lui est prescrit une PCA (pompe d’autocontrôle)

d’Oxynorm, monsieur D est donc perfusé sur sa CIP (Chambre

Implantable Percutanée).

Quelques jours après son arrivée, il a été ciblé dans son dossier de soins

infirmiers qu’il s’est plaint de douleurs auprès de sa famille, mais qu’il leur a

explicitement demandé de ne pas le signaler à l’équipe soignante. Monsieur D

a déjà exprimé à plusieurs reprises que le fait de solliciter l’équipe soignante le

dérangeait et qu’il savait que l’équipe avait « assez de travail pour ne pas avoir

besoin de dérangements supplémentaires. ».

A mon arrivée dans le service, je me suis chargée d’assurer l’ensemble

des soins concernant monsieur D. Je me suis rendue dans sa chambre afin de

l’aider à réaliser sa toilette. Le patient était calmement installé au bord de son lit

et m’a accueillie avec le sourire. Je l’ai aidé à se déplacer jusqu’à la salle de

bain de sa chambre car il a des difficultés à se mouvoir avec son pied à sérum.

1 Les douleurs nociceptives sont dues à une stimulation excessive des récepteurs périphériques

ce qui entraîne une douleur intense liée à des phénomènes mécaniques, inflammatoires,

thermiques et chimiques. Ces douleurs sont continues ou intermittentes et varient en intensité.

Le seul moyen de stopper ces douleurs est de diminuer ou d'arrêter la transmission des

messages allant vers les centres supra-spinaux.

- 3 -


Une fois arrivé devant le lavabo, monsieur D est essoufflé et s’assoit en

crispant le visage et soupirant. Je lui ai alors demandé s’il était douloureux, ce à

quoi il a répondu : « Pourquoi voulez-vous le savoir ? ».

J’ai expliqué à monsieur D que je l’interrogeais sur ses douleurs parce

qu’il est important qu’il exprime les douleurs qu’il ressent afin qu’il puisse être

au mieux soulagé et donc pris en charge. Comme il est précisé dans les droits

du patient : « La douleur n’est pas inéluctable, et chacun a le droit de recevoir

des soins visant à la soulager : pouvoir exprimer la douleur qu’on ressent est le

premier pas pour qu’elle soit prise en compte et traitée à sa juste mesure. »

J’ai pris soin de lui réexpliquer que si ce qui lui posait problème était le

fait de solliciter l’équipe soignante lorsqu’il était douloureux, il pouvait se servir

de sa PCA (Pompe d’Auto-Contrôle), comportant une petite poire toujours à ses

coté sur laquelle il peut cliquer lorsqu’il ressent une douleur ou que l’intensité de

cette dernière se fait plus intense afin de délivrer une dose d’antalgique

supplémentaire appelée « bolus ».

Visiblement le patient ne souhaitait toujours pas m’exprimer les douleurs

qu’il pouvait ressentir à cet instant précis. Je me suis donc interrogée sur les

différentes échelles d’évaluation de la douleur, à la recherche de celle(s)

pouvant s’appliquer à la situation de monsieur D.

Aux vues de la situation de monsieur D, c’est l’échelle Algoplus qui m’a

parue la plus appropriée sachant qu’elle est utilisée pour quantifier les douleurs

des patients ne pouvant pas s’exprimer.

Cette échelle est composée de cinq indicateurs qui s’ils sont validés,

comptent pour un point chacun, l’échelle est donc quantifiée de 0 à 5.

Les cinq critères sont : le visage (froncement des sourcils, grimaces,

crispation, …), le regard (inattentif, fixe, lointain, suppliant, pleurs, …), les

plaintes (« aïe », « ouille », gémissements, …), le corps (retrait ou protection

d’une zone, attitudes figées, …), et le comportement (agitation ou agressivité).

Au regard de cette échelle, et à la situation, je peux donc évaluer la

douleur de monsieur D à 2 par rapport à sa grimace et au soupir qu’il a poussé

en s’asseyant sur la chaise. Néanmoins, sachant que monsieur D ne souhaite

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pas exprimer sa douleur, je me suis demandée si ça contenance se limitait à

l’expression orale de sa douleur ou s’il était aussi dans la retenue physique de

l’expression douloureuse.

Cette remarque me mène a m’interroger sur l’impact de ce

comportement sur la prise en soin de monsieur D. Le motif de son

hospitalisation étant des douleurs d’intensité non contrôlable, le fait que le

patient n’exprime pas ses douleurs ne décentraliserait-il pas la prise en charge

du patient ? L’hospitalisation de monsieur D a pour but de modifier son

traitement antalgique afin que ses douleurs puissent être au mieux limitées pour

qu’il puisse rentrer chez lui. Sa réserve sur l’expression de ses douleurs est

donc un frein à l’optimisation de sa qualité de vie, et donc par conséquent

retarde la fin de son hospitalisation.

Malgré l’échelle Algoplus, cette situation n’est pas résolue. Un doute

subsiste sur l’expression corporelle de la douleur que le patient pourrait laisser

filtrer.

II. Interrogations préalables vis-à-vis de la situation

Le problème pourrait-il venir des informations dispensées au patient visà-vis

du projet de soins mis au point par l’équipe ? Ou alors de la situation

relationnelle entre l’équipe et le patient ? Les deux peuvent-ils être liés ?

Monsieur D a été hospitalisé suite à des douleurs d’intensité non

contrôlables, l’évaluation de sa douleur est donc le pilier de sa prise en charge,

la logique veut donc que l’infirmière s’atèle à aider le patient à pallier à cette

douleur. Cependant, rien n’indique que le patient souhaite faire disparaître sa

douleur.

Monsieur D a précisé qu’il ne souhaitait pas déranger l’équipe soignante.

Cela n’avait-il pas une autre signification que celle que nous pourrions voir en

premier lieu ? Peut-être que son sentiment de déranger l’équipe était lié au fait

qu’il lui semblait inutile d’intervenir sur ses douleurs. Ces dernières avaient-elles

une signification pour lui ?

- 5 -


Comment être sur que la perception de la douleur faite par l’infirmière est

la même que cette vécue par le patient ? Le point de vue soignant n’est-il pas

dans cette situation plus axé sur la « guérison » du symptôme qu’est la douleur

plutôt que sur le ressenti de cette douleur par le patient ? Qui du soignant ou du

patient à le plus besoin de faire disparaître cette douleur ?

III. Question de départ

Toutes ces interrogations m’ont amenées à me questionner sur la

dynamique de la relation soignant-soigné et surtout sur les éléments qui

peuvent la modifier lorsque les deux acteurs de cette relation n’ont pas les

mêmes points de vue sur l’objet de la relation : la douleur dans la situation que

je vous ai présenté. C’est ce qui m’a amenée à formuler la question suivante, à

partir de laquelle j’axerai mon travail de recherche :

En quoi la relation soignant-soigné établie entre l’infirmière et le

patient douloureux est-elle influencée par l’interprétation que fait

l’infirmière du vécu de la douleur par le patient ?

Cette situation et la question qui en découle laissent entrevoir un certain

nombre de concepts. Tout d’abord, le concept prédominant est celui de la

douleur, couplé à celui de souffrance, car ces deux termes sont étroitement liés.

Ensuite, la relation soignant-soigné est à développer afin d’en éclairer les

principes généraux. Nous pouvons aussi discerner l’empathie liée à la

sympathie. Enfin, le dernier concept que j’ai pu relever est l’interprétation

réalisée par l’infirmière. Ce dernier fait référence à la représentation de la

douleur de l’infirmière.

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Deuxième partie : Cadre théorique

I. La douleur et la souffrance :

1. La douleur

a. Définitions

Selon Emile Littré 2 dans son Dictionnaire de la Langue Française, la

douleur est une « impression anormale et pénible reçue par une partie vivante

et perçue par le cerveau » 3 . Depuis, de nombreuses définitions ont vu le jour,

entre autre, le dictionnaire Larousse 2001 définit la douleur comme une

« sensation pénible, désagréable, ressentie dans une partie du corps ». L’IASP

(International Association for the Study of Pain) a également établit une

définition en 1976 : « la douleur est expérience sensorielle et émotionnelle

désagréable associée à un dommage tissulaire existant ou potentiel ou décrite

en terme d’un tel dommage » 4 .

b. Etymologie

Si l’on se réfère à l’étymologie du mot douleur en anglais : pain, on

constate que les origines sont en grec paine qui signifie souffrir et en latin

poena signifiant punition. David Le Breton 5 relève le fait que par ces origines, la

peine soufferte et la peine encourue pour faute sont étroitement liées. Cela

laisse donc entrevoir l’idée que pour certaines personnes la douleur ressentie

peut sembler méritée suite à un acte commis qu’elles jugeraient comme

mauvais.

Il a encore quelques années, les conditions de vie en France, les

guerres, faisaient que les hommes enduraient de grandes souffrances sans

2 E. Littré (1801-1881), philologue, traducteur d’Hippocrate, philosophe positiviste, son œuvre

principale est le Dictionnaire de la langue française (1872).

3 Dictionnaire des termes techniques dedecine, Garnier et Delamare, 1972

4 David Le Breton, Anthropologie de la douleur, Métaillé, 1995, page 13

5 Ibid, page 104

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s’en plaindre. Comme le dit Boris Cyrulnik 6 « l’art de supporter la souffrance

justifiait un code d’honneur. […] Il devait souffrir et se taire, la moindre

jérémiade l’aurait couvert de honte ». Monsieur D est né en 1932, il a donc été

amené à vivre sa jeunesse dans le contexte de la Seconde Guerre Mondiale,

puis le climat de reconstruction d’après guerre où les conditions de vie n’étaient

pas faciles.

c. Caractère spécifique de la douleur

Chacun dans son vécu a eu l'occasion d'expérimenter la douleur (à

l'exception de quelques rares personnes atteintes d'une insensibilité

congénitale à la douleur 7 ). Il est facile de reconnaitre que la sensibilité de celleci

n'a pas le même impact sur chacun. Si nous prenons pour exemple un

prélèvement capillaire : pour certains, ce geste sera totalement indolore alors

que pour d'autres, la douleur sera présente mais supportable ou alors

intolérable. Cette sensation est à la seule appréciation de celui qui la ressent,

personne d'autre n'a la capacité de la quantifier. Comme le dit David Le

Breton 8 , « ce n'est pas une lésion qui souffre ou les afférences sympathiques

d'un organe mutilé, mais un homme au singulier ».

d. L’évaluation de la douleur

La douleur n'est pas égale selon la personne qui la ressent, on ne peut

donc pas affirmer une douleur pour autrui. Par exemple, si nous repartons de

l’exemple du prélèvement capillaire, si l’infirmière qui le pratique annonce au

patient que ce geste est indolore, car c’est ainsi qu’elle le ressent, elle est dans

une situation d’interprétation de ce que le patient devrait lui aussi vivre par ce

soin. Cependant, de nombreuses échelles d'évaluation de la douleur ont été

mises en place afin de pouvoir essayer de quantifier les ressentis des

personnes par rapport à leurs expériences personnelles antérieures de douleur.

6 Boris Cyrulnik, Mourir de dire, la honte, Odile Jacob, 2010, page 220

7 Cette pathologie est due à l'absence de récepteurs nociceptifs.

8 David Le Breton, Anthropologie de la douleur, Métaillé, 1995, page 45

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Parmi elles, il y en a cinq qui sont plus fréquemment rencontrées dans les

services.

L'EVA 9 (Echelle Visuelle Analytique) est calculée à l'aide d'une

réglette sur laquelle le patient place une graduation au niveau

d'intensité où il situe sa douleur, puis l'infirmière peut, de son coté de

la réglette, quantifier la douleur grâce à une échelle numérique.

Lorsque cette échelle est présentée au patient, il est important de la

lui présenter avec la graduation à 5 (le milieu) afin de ne pas

influencer son auto-évaluation.

L'EN (Echelle Numérique) consiste à faire quantifier la douleur par

la patient en lui demandant de l'associer à un nombre compris entre 0

(absence totale de douleur) et 10 (douleur maximale supportable).

L'EVS (Echelle Verbale Simple) consiste à faire évaluer au patient

sa douleur par des adjectifs (par exemple faible, moyenne, forte, …).

L’échelle DN4 10 est utilisée pour quantifier les douleurs

neuropathiques 11 . Elle est représentée par un tableau de quatre

questions permettant de préciser les sensations que la douleur

génère chez le patient.

L’échelle Algoplus 12 est utilisée pour évaluer les douleurs des

personnes ne pouvant pas s’exprimer. Elle s’organise autour de 5

critères physiques (visage, regard, plaintes, attitude corporelle et

comportement) permettant de chiffrer la douleur sur une échelle de 1

à 5.

e. Les limites de l’évaluation

Actuellement, l’utilisation de ces échelles est très protocolisée dans les

services de soins, néanmoins, elles ne sont que des tentatives d’objectivation

de la subjectivité qu’est la douleur. En effet, quelle que soit l’échelle utilisée par

9 Voir annexe I

10 Ibid

11 Les douleurs neuropathiques sont causées par une atteinte du système nerveux. Cela peut

être au niveau des nerfs, de la moelle épinière ou du cerveau.

12 Voir annexe I

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le soignant, elle reste très instable car la quantification d’une douleur reste très

difficile. Est-il réellement possible de chiffrer une douleur ? C’est pourquoi, il est

important que les professionnels de santé s’appliquent à n’utiliser qu’une

échelle de douleur par patient afin que les évaluations qui en ressortent

puissent tracer au mieux l’évolution de la douleur de la personne soignée. De

plus pour les échelles comme l’échelle numérique et l’échelle verbale simple, le

fait de resituer le patient vis-à-vis de sa dernière évaluation peut lui permettre

de mieux tracer l’évolution de ses douleurs.

Avec la protocolisation de ces échelles, est apparue un classement

général des douleurs. Lors d’une table ronde organisée au sujet de la douleur

et de la prise en charge des patients en fin de vie, le docteur Christian Galopin

à donné pour exemple les protocoles appliqués de nos jours dans les services

de chirurgie entre autres. « Dans un protocole donné, si le patient quel qu’il soit

a une EVA (trop souvent remplacé par une EN) inférieur à 5, le patient ne

recevra pas d’antalgique supplémentaire. Cette gradation numérique écarte

totalement le fait que la douleur est une perception individuelle et non un fait

commun à chacun » 13 . Par ce fait, le soignant ne peut pas avoir le dernier mot.

C’est au patient de juger s’il ressent la nécessité de prendre un antalgique pour

la soulager, ou s’il juge sa douleur supportable malgré un chiffre qui pourrait

sembler élevé pour le soignant.

2. Souffrance

Dans son ouvrage, Anthropologie de la douleur, David Le Breton dit

qu’ « il n’y a pas de douleur sans souffrance, c’est à dire sans signification

affective traduisant le glissement d’un phénomène physiologique au cœur de la

conscience morale de l’individu » 14 .

Cette indication nous amène au concept de souffrance que le

dictionnaire Larousse définit par « le fait de souffrir, état prolongé de douleur

13 Christian Galopin, chef de service de l’unité de soins palliatifs du Centre Hospitalier de

Troyes

14 D. Le Breton, Anthropologie de la Douleur, Métaillé, 1995, page 13

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physique ou morale » 15 . Selon cette définition, la souffrance serait donc une

résultante, une conséquence de la douleur. D’après la même source, souffrir

prend ses origines dans le latin populaire sufferire, venant du latin classique

sufferre signifiant supporter. Le fait de souffrir correspondrait donc au fait

d’endurer, de supporter une chose pénible, éprouvante, un mal. Néanmoins, la

définition du mot supporter, bien que variée, tourne toujours dans le sens de la

maîtrise : subir quelque chose en y résistant, assumer une charge, tolérer

quelque chose, … Par ces distinctions, nous pourrions ainsi comprendre que

souffrir d’une douleur consiste finalement à vivre avec elle.

Paul Ricœur, lors d’un colloque organisé par l’Association Française de

Psychiatrie à Brest, a fait une communication nommée La souffrance n’est pas

la douleur. Dans cette communication, il met en avant le fait que la souffrance

n’est pas le fait d’une personne unique, car la souffrance appelle. « Le

paradoxe du rapport à autrui est là, mis à nu : d'un côté, c'est moi qui souffre et

pas l'autre : nos places sont insubstituables ; peut-être même suis-je « choisi »

pour souffrir, selon le fantasme de l'enfer personnel ; de l'autre côté, malgré

tout, en dépit de la séparation, la souffrance exhalée dans la plainte est appel à

l'autre, demande d'aidedemande peut-être impossible à combler d'un

souffrir-avec sans réserve ; une telle compassion est sans doute ce que l'on ne

saurait donner. » 16

II. La relation soignant-soigné :

1. La relation :

Dans leur ouvrage collectif traitant des soins et de la douleur, C.

Metzger, A. Muller, M. Schwetta et C. Walter expliquent ce qu’est le fait d’établir

une relation, et surtout en donnent le but. « Etablir des relations dans le sens

d’ « apprivoiser l’autre » et d’accepter de se laisser « apprivoiser » est une

15 Dictionnaire Larousse 2001

16 Paul Ricœur dans

http://www.fondsricoeur.fr/photo/la%20souffrance%20n%20est%20pas%20la%20douleur.pdf

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mission difficile, jamais acquise, toujours en question. Elle suppose une

vigilance de chaque instant, un questionnement sur soi et une élaboration

théorique qui aide à maintenir la juste distance avec les patients : mieux se

comprendre pour tenter de comprendre l’autre. » 17

Une relation est une rencontre entre au moins deux personnes, ce qui

implique deux caractères, deux psychologies particulières et deux histoires 18 .

L’objectif principal de la relation soignant-soigné est de « créer un lien » entre

ces deux personnes 19 . Pour ce faire, la relation soignant-soigné s’axe autour de

la communication. Selon Margot Phaneuf 20 , « la communication est un

processus de création et de recréation d’information, d’échange, de partage et

de mise en commun de sentiments et d’émotions entre des personnes. ». Elle

se transmet dans différentes dimensions : verbale et non verbale.

2. La dimension verbale :

La dimension verbale se formalise par les mots. Lorsque l’on évoque la

communication, c’est cette première dimension qui vient à l’esprit. Elle parait la

plus commune, la plus fiable. Le dictionnaire Larousse décrit la communication

comme une « action de communiquer avec quelqu’un, d’être en rapport avec

autrui, en général par le langage ; c’est un échange verbal entre un locuteur et

un interlocuteur dont il sollicite une réponse.» En effet, pour qu’il y ait une

communication, il est nécessaire de réunir deux personnes au minimum, à

savoir l’émetteur du message, et le récepteur de l’information. Le message va

être transmis à l’aide d’un canal afin d’être perçu et décodé par le destinataire. 21

17 Christiane Metzger, André Muller, Martine Schwetta, Christiane Walter, Soins infirmiers et

douleurs, Masson, 2000, page 177

18 Alexandre Manoukian (avec la collaboration d’Ann Massebeuf), La relation soignant-soigné,

3 ème édition, Edition Lamarre, 2008, page 9

19 Antoine Bioy, Damien Fouques, Manuel de psychologie du soin, Edition Bréal 2002, 317

pages.

20 Margot Phaneuf, Communication, entretien, relation d’aide et validation, Edition Chenelière

Education 2002, 634 pages.

21 http://www.fcasset.fr/Theorie-de-la-communication.html

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Voici un schéma permettant de visualiser ce qu’est la communication

entre deux individus, il a été élaboré par Claude Shannon, ingénieur électricien

et mathématicien. 22

Sur ce schéma, on trouve, à gauche une source d’information qui est

sous forme de message, elle appartient au transmetteur. Ce dernier va émettre

un signal dans une source de bruit qui va porter ce signal contenant le message

au receveur.

Roman Jakobson, linguiste et théoricien de la communication à lui aussi

établit un schéma permettant de mettre en lien le schéma de la communication

et les fonctions du langage.

22 http://cm.bell-labs.com/cm/ms/what/shannonday/shannon1948.pdf

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Dans ce schéma, le destinateur représente celui qui envoie le message

au destinataire qui le reçoit. Le contexte représente l’ensemble des conditions

sociales dans lesquelles le message passe. Ce dernier symbolise le discours,

le texte, ce qu’il « faut faire passer », lorsqu’il y a un message, cela suppose un

codage et un décodage, d’où la présence du code, par exemple la langue

française. En ce qui concerne le contact, il exprime la liaison physique et

psychologique entre le destinateur et le destinataire. 23

Le code a une place importante car la barrière de la langue ne permet

pas toujours une communication verbale optimale. De plus, même lorsque les

deux interlocuteurs parlent la même langue, il est fréquent qu’il y ait des

malentendus entre les deux personnes communicantes. Chaque langue à un

vocabulaire complexe avec des mots pouvant avoir plusieurs sens, ce qui crée

parfois des incompréhensions, entrainant des interprétations erronées des

propos avancés lors de la discussion.

3. La dimension non verbale :

La dimension non verbale s’axe sur la présentation que donne chacun

des deux acteurs impliqués dans la relation d’eux-mêmes. Chacun dans son

attitude dégage des éléments influençant la relation. Chaque acteur représente

une entité, et porte un ou plusieurs rôles. Selon Von Granach 24 , les

comportements non verbaux ont trois fonctions :

la fonction expressive : le comportement non verbal exprime notre

état émotionnel, l’opinion que nous avons d’autrui et donne aussi de

l’information sur notre estime de soi. Il est plus fiable de considérer le

non verbal, plus révélateur que le verbal de l’opinion et de l’émotion

de l’interlocuteur.

la fonction d’étaiement du langage : nos gestes appuient nos

paroles, les soulignent, les accentuent, et parfois les contredisent.

23 http://www.internet.uqam.ca/web/t7672/schema.htm

24 Antoine Bioy, Damien Fouques, Manuel de psychologie du soin, Edition Bréal 2002, 317

pages.

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la fonction quasi linguistique : elle concerne des signes

symboliques, dont le sens est le même pour tout le monde, comme

par exemple, faire aller la tête de droite à gauche pour signifier le

"non".

Monsieur D s’assoit en crispant le visage et en soupirant. Cette

situation image très clairement la fonction expressive du langage non verbal :

monsieur D n’exprime aucune douleur, mais son faciès semble nous exprimer

l’inverse.

III. L’empathie et la sympathie :

1. L’empathie :

Carl Rogers fut le premier à travailler sur la relation d’aide, et à donner

une définition de l’empathie. Le terme d’empathie vient de in élément latin

signifiant « dans », et de patheia élément grec signifiant « ce qu’on éprouve » 25 .

Selon Carl Rogers, « l’empathie ou la compréhension empathique consiste en

la perception correcte du cadre de référence d’autrui avec les harmoniques

subjectives et les valeurs personnelles qui s’y rattachent. Percevoir de manière

empathique, c’est percevoir le monde subjectif d’autrui « comme si » on était

cette personne – sans toute fois jamais perdre de vue qu’il s’agit d’une situation

analogue, « comme si ». La capacité empathique implique donc que, par

exemple, on éprouve la peine ou le plaisir d’autrui comme il l’éprouve, et qu’on

en perçoive la cause comme il la perçoit (c’est à dire qu’on explique ses

sentiments ou ses perceptions comme il se les explique), sans jamais oublier

qu’il s’agit des expériences et des perceptions de l’autre. Si cette dernière

condition est absente, ou cesse de jouer, il ne s’agit plus d’empathie mais

d’identification. » 26

Elle consiste à se mettre à la place de l’autre sans forcément éprouver

ses émotions. Dans leur ouvrage traitant de ce sujet, Alain Berthoz et Gérard

25 Définition issue du dictionnaire Le petit Robert

26 Carl Rogers, Psychothérapie et relations humaines, 1962, vol. 1, sur le site internet :

http://carl-rogers.fr/L%20empathie%20G-Adamczewski.pdf

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Jorland comparent l’empathie au fait d’ « anticiper les réactions de

quelqu’un ». 27 L’empathie ne suppose donc pas de résonance émotionnelle.

Elle ne consiste qu’en le fait de percevoir ce que ressent autrui. Nous pouvons

ainsi comparer l’empathie à la compréhension dans le sens de saisir par

l’esprit.

Thierry Tournebise exprime dans un de ses articles sur l’empathie un

tout autre point de vue. Selon lui, l’empathie ne serait qu’une manière de se

projeter en l’autre de manière personnelle. « Celui qui s'adonne à l'empathie ne

fait que du narcissisme relationnel. Croyant accéder à une compréhension de

l'autre, il ne voit que lui-même... et encore! Il ne voit qu'une image erronée de

lui-même. En effet, si plus tard il vit une situation équivalente à celle de son

interlocuteur d'aujourd'hui, il vivra une expérience très différente de ce qu'il avait

imaginé. » 28 2. La sympathie :

Contrairement à l’empathie, la sympathie qui consiste à éprouver les

émotions de l’autre sans se mettre nécessairement à la place de l’autre. Alain

Berthoz et Gérard Jorland décrivent la sympathie comme « une contagion des

émotions dont le fou rire peut être considéré comme typique. » 29 Nous pouvons

donc constater que l’empathie et la sympathie sont deux concepts très liés par

le fait qu’ils soient contraires l’un de l’autre.

Thierry Tournebise fait référence dans son article nommé Les pièges de

l’empathie, à deux éléments présents dans la communication se rapprochant de

la sympathie : la chaleur humaine et l’affectivité, et il les décrit clairement. Selon

lui, la chaleur humaine est symbolisée par le fait d’être « ouvert à l’autre sans

avoir besoin de lui » 30 et l’affectivité serait en fait lorsqu’on « a besoin de l’autre

ou qu’on a peur de l’autre. Besoin de lui pour combler un de nos manques, pour

nous rassurer. Peur de lui quand il risque d’aggraver un de nos manques et de

27 Alain Berthoz, Gérard Jorland, L’empathie, Odile Jacob, 2004, page 20

28 Thierry Tournebise dans http://www.maieusthesie.com/nouveautes/article/empathie.htm

29 Alain Berthoz, Gérard Jorland, L’empathie, Odile Jacob, 2004, page 20

30 Thierry Tournebise dans http://www.maieusthesie.com/nouveautes/article/empathie.htm

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nous déstabiliser. » 31 . Ces deux éléments se rapprochent de la sympathie par

l’implication du soignant qu’ils obligent dans la relation.

IV. L’interprétation et la représentation :

1. L’interprétation :

Le mot grec herméneia a été traduit en latin par interpretatio, puis en

français par interprétation. Platon l’utilise notamment pour désigner chacune

des multiples impressions (sensibles) opposées qui sont causées par certains

objets, ces derniers se distinguant des objets saisissables dans leur unité par

leur intelligence. Il n’y a donc d’interprétation qu’à partir du moment où il y a des

interprétations. De plus ce sont les sens qui interprètent les phénomènes, en

donnant une traduction à l’âme. Les sens produisent des signes ou des signaux

à destination de l’intelligence. En un autre ses, Platon évoque les poètes en

tant qu’ils sont des interprètes des dieux ou encore ceux qui interprètent les

oracles. Aristote quant à lui intitule l’un de ses traités De l’interprétation (Peri

hermeneias). Selon lui, la langue est l’interprète des pensées en ce ses qu’elle

les exprime, les présente à l’extérieur. L’interprétation est l’expression,

manifestation du logos.

Le soignant est avant tout une personne avec ses propres affects, ses

valeurs, ses émotions, ses perceptions, son vécu, sa culture. La profession de

soignant lui confère un rôle dans sa relation avec le patient. Cependant la part

personnelle qui est en lui ne peut pas être totalement mise de coté lorsqu’il

exerce sa profession.

2. La représentation :

Le mot représentation vient du latin praesens « présent » et de prae « en

avant » qui signifie le contenu d’une pensée. 32

La représentation est une

31 Thierry Tournebise dans http://www.maieusthesie.com/nouveautes/article/empathie.htm

32 Alexandre Manoukian (avec la collaboration d’Anne Massebeuf), La relation soignant-soigné,

3 ème édition, Editions Lamarre, 2008, page 200.

- 17 -


perception, une image mentale, dont le contenu se rapporte à un objet, à une

situation, à une scène du monde dans lequel vit le sujet. 33 Une représentation

est donc une perception qui se rapporte à un objet du monde dans lequel vit le

sujet. Si nous nous intéressons à la définition de la perception, nous pouvons

remarquer qu’il s’agit d’un évènement cognitif dans lequel un stimulus ou un

objet, présent dans l’environnement immédiat d’un individu, lui est représenté

dans son activité psychologique interne, en principe de façon consciente. 34 La

perception fait donc référence à l’activité psychologique de l’individu qui la

perçoit, ainsi cela la rend unique. En effet, l’activité psychologique est propre à

chacun et d’un individu à un autre, les réactions à un stimulus ne seront jamais

identiques. Adam Smith 35 l’explique en disant que « comme nous n’avons

aucune expérience immédiate de ce que les autres hommes ressentent, nous

ne pouvons faire aucune idée de la manière dont ils sont affectés, sinon en

concevant ce que nous ressentirions nous-mêmes dans une pareille situation.

Bien que notre semblable soit dans les tourments, tant que nous sommes, nos

sens ne nous informeront jamais de ce qu’il souffre. »

33 Définition du dictionnaire Larousse 2001.

34 Définition du site internet www.larousse.fr

35 Adam Smith, The theory of moral sentiments, 1759, Raphael D.D. et Macfie A.L. (eds),

Oxford, Clerendon, Press, 1976

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Troisième partie : phase exploratoire

I. Guide d’entretien

La situation de départ qui est à l’origine de ce travail ayant lieu dans un

service de soins hospitalier, j’ai pensé que les professionnels auprès desquels

je devrais présenter mon questionnaire devraient travailler dans un service de

soins.

Mes entretiens portant sur le vécu de la douleur du patient par les

soignants, les professionnels de tous les services de soins pouvaient répondre

à mes questions car la douleur se rencontre partout même si de nos jours, elle

est de mieux en mieux prise en charge. J’avais tout d’abord choisi de réaliser

mes questionnaires dans des services dedecine rhumatologique et

dermatologique. Les aléas de l’organisation horaire ne m’ont cependant pas

permis de réaliser mes entretiens dans le service de rhumatologie. Je n’ai donc

réalisé que deux entretiens dans le service de dermatologie du Centre

Hospitalier de Troyes comme je l’avais souhaité.

Afin de compléter ma recherche, j’ai choisi de réaliser mes trois derniers

entretiens dans des lieux externes à l’hôpital. J’ai donc pris contact avec

plusieurs maisons de retraite. L’infirmière coordinatrice des soins de l’une

d’elles m’a proposé de réaliser d’eux entretiens dans ce lieu de vie.

Après avoir questionné quelques camarades de promotion sur leurs

anciens lieux de stage, j’ai pensé réaliser mon dernier entretien dans un centre

de rééducation fonctionnelle afin d’avoir le point de vue d’un professionnel étant

en contact avec une population plus jeune, dans un lieu où la douleur est assez

présente. Suite à quelques démarches, j’ai obtenu un entretien auprès d’une

infirmière du centre de rééducation Pasteur ayant réalisé un Diplôme

Universitaire au sujet de la douleur.

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II. Hypothèses et questions associées

J’ai choisi de structurer mes entretiens de manière semi-directive autour

de trois hypothèses qui me sont apparues suite aux recherches que j’ai

entrepris pour la réalisation du cadre théorique de ce mémoire.

1. Première hypothèse :

Hypothèse 1 : Selon l’âge et l’expérience personnelle et

professionnelle du soignant, sa représentation/perception de la douleur

serait différente.

Avant de devenir soignant, chaque professionnel de la santé a vécu des

expériences personnelles, plus ou moins nombreuses selon l’âge de la

personne, qui l’ont mené à rencontrer et à vivre la douleur, quelle qu’elle soit.

Ces expériences personnelles ainsi que les expériences professionnelles qu’il a

vécu lui ont permis de se créer sa propre définition de la douleur : l’intensité

qu’il peut supporter, les suites qu’elle implique sur lui, etc. Cette définition peut

donc varier sur beaucoup de critères selon l’individu interrogé.

Les questions en lien avec cette hypothèse sont les questions 1, 2,

3, 4 et 10. 36

J’ai choisi de demander aux professionnels de me préciser leur âge et le

nombre d’années depuis lesquelles ils sont en activité professionnelle. En suite,

j’interroge les professionnels sur ce que leur évoque le mot souffrir et sur leur

définition de la douleur afin de pouvoir rechercher s’il y a une correspondance

entre les définitions des différentes personnes interrogées en lien avec leur âge

et/ou leur expérience professionnelle. Ma dernière question concerne une

façade plus personnelle du soignant : a-t-il déjà eu une expérience de douleur

très douloureuse ? Cette question a pour but d’appuyer les explications des

définitions données par les soignants au sujet de la douleur et de la souffrance.

36 Voir annexe II

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2. Deuxième hypothèse :

Hypothèse 2 : Malgré les enseignements reçus lors de la formation,

lorsqu’un soignant se retrouve face à une personne douloureuse, sa

propre expérience de la douleur se calquerait sur celle du patient et le

soignant l’interprèterait comme il l’aurait vécu personnellement.

Les enseignements théoriques dispensés à l’IFSI par les formateurs ainsi

que ceux dispensés par les soignants encadrant les étudiants en stage, dirigent

les futurs soignants vers une évaluation de la douleur des patients la plus

objective possible. Néanmoins il est évident que chaque soignant a une

expérience de vie plus grande que son expérience professionnelle du fait de sa

condition humaine, qui joue un rôle même très faible dans sa manière de

prendre en charge la douleur des patients.

Les questions en lien avec cette hypothèse sont les questions 4, 5,

6, 8 et 9. 37

J’ai décidé d’interroger les professionnels de santé sur leur manière

d’évaluer la douleur des patients, de façon à pouvoir cibler s’ils utilisent les

échelles de douleur ainsi que les attitudes non verbales des patients. Je les

interroge aussi sur leurs attitudes face à un patient visiblement douloureux. J’ai

choisi de questionner mes interlocuteurs au sujet des similitudes qu’ils auraient

pu rencontrer lors de leurs parcours professionnels entre le vécu douloureux

des patients et leur propre expérience personnelle. Cette question me semblait

importante pour discerner si les professionnels analysent la douleur de façon

impartiale ou de manière plus personnelle. En effet, quand une situation nous

touche plus personnellement il n’est pas toujours aisé de réagir avec distance,

comme quand par exemple un professionnel parent se retrouve face à des

patients dans une grande angoisse vis-à-vis de la santé de leur enfant.

Inévitablement ce genre de situation fait appel à notre vécu personnel,

néanmoins les bonnes pratiques professionnelles voudraient que nous

réagissions avec détachement.

37 Voir annexe II

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3. Troisième hypothèse :

Hypothèse 3 : Face à la douleur, les soignants auraient du mal à

rester dans l’empathie et passeraient parfois dans la sympathie avec les

patients.

Mes recherches m’ont permis de constater que l’empathie et la

sympathie sont deux concepts très proches l’un de l’autre. L’un étant le fait de

se mettre à la place de l’autre sans pour autant éprouver ses émotions, et

l’autre étant le fait de ressentir les émotions sans pour autant se mettre à la

place de son interlocuteur. Lors de mes stages, il m’est arrivé de constater que

certains soignants semblaient touchés par les vécus de certains patients plus

personnellement qu’ils n’auraient du l’être.

Les questions en lien avec cette hypothèse sont les questions 6, 7,

8 et 9. 38

J’ai choisi d’interroger les soignants sur ce qu’ils ressentent ou non face

à un patient dont la douleur se lit sur ses attitudes non verbales afin de voir s’ils

évoquaient l’empathie ou s’ils ne faisaient pas le lien avec ce concept. Puis j’ai

questionné les professionnels sur leur définition de la compréhension de la

douleur. En effet, le fait de comprendre la douleur fait référence à l’empathie qui

est le fait de se mettre à la place de la personne sans pour autant partager ses

émotions. J’ai choisi de ne pas mentionner le terme d’empathie dans la

formulation de mes questions afin de ne pas influencer les réponses de mes

interlocuteurs, et pour voir si lorsque l’on évoque les sentiments, ce terme leur

vient spontanément à l’esprit. La dernière question que j’ai formulée met en lien

le vécu personnel de la douleur par le soignant et celle des patients qu’il a pu

rencontrer. Cette confrontation entre la propre douleur du soignant et celle du

patient peut laisser place à de la sympathie de la part du soignant.

38 Voir annexe II

- 22 -


III. Méthodologie d’analyse choisie

Après avoir retranscrit les cinq entretiens 39 , j’ai choisi de procéder à une

analyse en lien avec les hypothèses formulées précédemment, afin de croiser

les réponses des différentes questions entre elles et de terminer par une

conclusion générale de l’analyse de ces entretiens. Pour plus de clarté, j’ai créé

des tableaux spécifiques à chaque question de manière à faire ressortir

clairement les réponses des infirmières questionnées (numérotées de 1 à 5

dans l’ordre de réalisation des entretiens) et de faire une comparaison plus

aisée de leurs différentes réponses 40 .

1. Pour les questions en lien avec l’hypothèse 1 :

Je vais commencer par comparer les réponses des différentes

infirmières questionnées entre elles et par rapport aux définitions des termes,

en ce qui concerne les questions 3 et 4. Je vais ensuite regarder s’il existe une

corrélation entre leurs différentes réponses aux questions 3 et 4 et leurs âges

ou expérience professionnelle (questions 1 et 2). Puis je vais mettre en lien les

réponses de la question 10 avec les définitions de la douleur des différentes

infirmières.

2. Pour les questions en lien avec l’hypothèse 2 :

Tout d’abord je vais comparer les réponses des différentes interlocutrices

sur leurs manières d’évaluer la douleur d’un patient (question 5), avec leur

définition de la douleur (question 4) afin de voir si leurs évaluations s’étendent à

toutes les dimensions qu’elles donnent à la douleur. Ensuite, je vais analyser

les réponses de chacune des infirmières ayant partagé une douleur avec un

patient (question 8) afin de rechercher une charge émotionnelle ou une réaction

d’ordre plus personnel face à cette situation.

39 Voir annexe IV

40 Voir annexe V

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3. Pour les questions en lien avec l’hypothèse 3 :

Pour commencer, je vais rechercher si pour les questions spécifiques,

les infirmières interrogées ont parlé de l’empathie lorsque je leur ai posé les

questions 6 et 7. Je vais rechercher si elles y ont fait référence au cours de

l’entretien sans pour autant le citer. Je vais rechercher la présence de termes

référents de la sympathie dans les réponses aux questions 6 et 7, ainsi que

dans leurs explications de leur vécu d’une douleur similaire à celle d’un patient

qu’elles auraient pris en charge.

IV. Analyse qualitative des résultats

Le panel d’infirmières que j’ai eu l’occasion de rencontrer est

relativement hétérogène. En effet, les professionnelles questionnées sont d’âge

et d’expériences professionnelles diverses. Leurs âges vont de 28 ans à 49

ans, et leurs expériences professionnelles de 6 mois à 16 ans. Cette mixité

d’âge et d’expérience m’a donc permis d’avoir une approche plus large au

niveau de mon sujet de recherche.

1. Analyse des questions en lien avec l’hypothèse 1 :

Lorsque j’ai interrogé les infirmières sur ce que leur évoquait le mot

souffrir, quatre d’entre elles m’ont donné le mot « douleur » 41 . La première

infirmière questionnée à cité le terme « déchirure » 42 en précisant que cela

pouvait être physique comme mental. Les termes qu’elles ont employés pour

définir la souffrance sont précis et les avis des différentes infirmières

questionnées sont plutôt unanimes : quatre sur cinq définissent le verbe souffrir

par le mot douleur. Si l’on se réfère à la théorie, la souffrance est en effet définit

par un « état prolongé de douleur » 43 . L’infirmière 4 a évoqué en plus du terme

41 Voir entretiens N°2, N°3, N°4, et N°5, annexe IV

42 Voir entretien N°1, annexe IV

43 Dictionnaire Larousse 2001

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douleur, le terme « supporter » 44 , qui si l’on se réfère à l’étymologie du verbe

souffrir est à l’origine de ce mot 45 . L’échantillon de professionnels interrogé a

donc une bonne connaissance de la définition de la souffrance (80%).

Cependant quand je leur ai demandé de définir la douleur, deux

infirmières (les infirmières 3 et 5) n’ont pas su définir le terme, mais ont détaillé

l’étendue que pouvait avoir la douleur : les dimensions que cela englobe « peut

être psychique ou physique » 46 , ce que la douleur peut symboliser « signe

avant coureur, demande d’écoute » 47 . En ce qui concerne les réponses des

trois autres infirmières, on retrouve dans chacune de leurs réponses le

caractère « sensoriel » 48 de la douleur. L’infirmière 2 précise que cette

sensation est « exacerbée » 49 et l’infirmière 4 a mis l’accent sur le fait que cette

sensation a un caractère « désagréable » 50 . Contrairement à la définition du

verbe souffrir qui avait été quasiment similaire pour toutes les infirmières

interrogées, la définition de la douleur est beaucoup plus variée d’une soignante

à une autre. Si l’on se réfère à la définition de l’IASP, en effet on retrouve le

terme sensoriel 51 . La définition du Larousse 2001 comme celle de l’IASP

comporte aussi le terme « désagréable » 52 comme l’a précisé l’infirmière 4.

L’infirmière 2 a évoqué le terme « anormal » que l’on retrouve dans la définition

de 1872 d’Emile Littré 53 .

J’ai recoupé les définitions de chaque infirmière avec leur expérience

professionnelle et j’ai pu constater que la réponse la plus fournie que j’ai eu

appartient à l’infirmière étant la plus âgée du groupe interrogé, et ayant la plus

grande expérience professionnelle (16 ans). Néanmoins, il s’agit aussi d’une

des deux soignantes qui n’a pas vraiment défini la douleur (infirmière 3). En ce

44 Voir entretien N°4, annexe IV

45 Dictionnaire Larousse 2001

46 Voir entretien N°5, annexe IV

47 Voir entretien N°3, annexe IV

48 Voir entretien N°1, N°2 et N°4, annexe IV

49 Voir entretien N°2, annexe IV

50 Voir entretien N°4, annexe IV

51 Voir item définitions de la douleur, cadre théorique page 6

52 Ibid

53 Ibid

- 25 -


qui concerne la réponse la moins détaillé (celle de l’infirmière 5), j’ai regardé

son âge, il s’agit de la plus jeune des infirmières ayant répondu à mon

questionnaire, et quel était son expérience professionnelle : cette dernière

n’exerce en tant qu’infirmière que depuis 5 ans, toutefois il s’agit de l’infirmière

ayant réalisé un Diplôme Universitaire au sujet de la douleur.

Les infirmières 3 et 5 étant les deux seules infirmières questionnées à ne

pas avoir réellement défini la douleur, j’ai donc cherché si elles avaient un point

commun un niveau de leur classe d’âge et/ou de leur expérience

professionnelle. L’infirmière 3 a 49 ans et 16 ans d’expérience professionnelle,

l’infirmière 5 est âgée de 28 ans et a 5 ans d’expérience. Elles n’en ont aucun.

En ce qui concerne les définitions des infirmières 1, 2 et 4, leurs

définitions de la douleur étaient plutôt similaires, j’ai comparé leurs âges et leurs

expériences professionnelles. En effet, leurs âges sont assez rapprochés (de

34 ans à 41 ans), en revanche, leurs expériences professionnelles sont

totalement différentes car l’infirmière 1 est diplômée depuis moins d’un an alors

que les deux autres infirmières ont un temps d’expérience bien plus grand (12

et 15 ans). Cependant si nous nous centrons sur les infirmières 2 et 4, nous

pouvons constater que leurs expériences, leurs âges et leurs réponses en ce

qui concerne la souffrance ainsi que la douleur sont similaires. Ces indications

peuvent donc nous laisser supposer qu’il y ait une corrélation entre la définition

et leurs expériences professionnelles et personnelles.

La dernière question que j’ai posée aux infirmières lors de mes entretiens

portait sur leur expérience personnelle de la douleur. Parmi les cinq infirmières

que j’ai questionnées seules deux m’ont dit avoir vécu une douleur qui leur

semblait être la pire des douleurs qu’elles puissent un jour ressentir. Pour l’une

d’elles (l’infirmière 2), il s’agit des douleurs liées aux « contractions de

l’accouchement » 54 mais elle a tenu à préciser que pour elle cela restait de

belles douleurs car elles étaient associées à un moment heureux, et que ce

n’avait pas la même portée que des douleurs liées à une pathologie.

54 Voir entretien N°2, annexe IV

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La seconde infirmière jugeant avoir rencontré une douleur pouvant être

la pire de toutes celles qu’elle puisse endurer, est l’infirmière 3, celle dont la

définition de la douleur était très développée en ce qui concerne tout ce qu’elle

peut signifier ou symboliser. Cependant elle a exprimé cette situation avec

beaucoup de détachement et a surtout évoqué le fait que lorsque cette situation

s’est produite, elle était en service et qu’elle a ressenti des difficultés à prendre

soin des patients alors qu’elle-même était souffrante 55 .

Sur ce point, les infirmières 2 et 4 ne sont pas positionnées de la même

manière compte rendu du fait que l’infirmière 4 ne juge pas avoir vécu de

douleur de très forte intensité. Nous pouvons donc supposer qu’il n’y a

corrélation entre ces deux infirmières que par leurs expériences

professionnelles.

2. Analyse en lien avec les questions de l’hypothèse 2 :

La cinquième question que j’avais choisi de formuler portait sur la ou les

manières qu’avaient les infirmières d’évaluer la douleur d’un patient. Vis-à-vis

de cette question, j’avais ciblé plusieurs réponses que je souhaitais voir

ressortir des réponses que mes interlocutrices. Parmi elles, les expressions

verbales du patient (cris, plaintes,…), les expressions non verbales (pleurs,

repris, …) et les échelles de douleur les plus fréquemment rencontrées.

Quatre des infirmières questionnées ont dit évaluer la douleur par la

communication verbale du patient « cris » 56 , « plaintes » 57 , « en lui

demandant » 58 (les infirmières 1, 2, 3 et 4) et trois d’entre elles m’ont parlé des

signes non-verbaux pouvant traduire la douleur « regard, crispations, pleurs » 59 ,

« le faciès » 60 (les infirmières 1, 2 et 4). Trois des cinq infirmières ont évoqué à

la fois la communication verbale et la communication non verbale comme

éléments d’évaluation de la douleur (les infirmières 1, 2 et 4).

55 Voir entretien N°3, annexe IV

56 Ibid

57 Voir entretien N°4, annexe IV

58 Voir entretien N°1, annexe IV

59 Voir entretien N°2, annexe IV

60 Voir entretien N°4, annexe IV

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En ce qui concerne les échelles d’évaluation de la douleur, trois

infirmières m’en ont parlé. Elles ont cité l’EVA, L’EN et l’échelle Algoplus. Ces

trois échelles font partie des cinq échelles les plus utilisées. A la fin de chaque

entretien, j’ai demandé à mes interlocutrices si elles souhaitaient ajouter des

éléments au sujet de la douleur qu’elles n’avaient pu aborder précédemment.

L’infirmière 5 a abordé la prise en charge de patients douloureux et non

communiquant. Elle a alors évoqué l’échelle Doloplus qui est, comme l’échelle

Algoplus, une échelle d’évaluation de la douleur pour les patients non

communiquant. Elle m’a expliqué que l’échelle Doloplus n’a pas été instaurée

dans la structure où elle exerce compte tenu de la complexité de cette échelle.

Elle explique l’utilisation régulière d’Algoplus, mais ne se souvient pas si elle

comporte « 4 ou 5 » items 61 . Ces éléments me laissent m’interroger sur la

maitrise des échelles de douleur par les soignants.

Parmi les cinq infirmières que j’ai interrogé, l’infirmière 4 est la seule à

avoir cité les trois types d’évaluation de la douleur que j’attendais dans les outils

qu’elle utilise afin d’évaluer la douleur des patients : une échelle de douleur,

ainsi que la communication verbale et la communication non verbale. J’ai noté

que deux soignantes (les infirmières 1 et 2) ont évoqué évaluer la douleur par la

communication verbale et la communication non verbale, mais aussi par rapport

aux changements d’attitude et aux modifications de comportement des patients.

Ces deux infirmières n’ont pas la même expérience professionnelle, mais elles

exercent dans la même structure de soins ce qui peut expliquer les

correspondances dans leurs propos. Il n’y a que l’infirmière 5 qui n’a exprimé

évaluer la douleur que d’une manière : par les échelles de douleur, que « le

CLUD 62 a mis en place » 63 dans la structure où elle exerce, c'est-à-dire l’EVA et

l’échelle Algoplus.

La sixième question de mon entretien était composée en deux parties : la

première où je questionnais les professionnelles sur ce qu’elles ressentent

lorsqu’elles sont face à un patient douloureux, et la deuxième sur leur manière

61 Voir entretien N°5, annexe IV

62 CLUD : Comité de lutte contre la douleur

63 Voir entretien N°5, annexe IV

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d’agir pour ce patient. C’est cette deuxième partie qui concerne l’hypothèse 2.

Vis-à-vis de cette question, trois des cinq infirmières interrogées m’ont répondu

qu’elles « prévenaient le médecin » 64 et l’une d’entre elles a précisé

l’importance « des transmissions écrites » 65 pour le médecin comme pour le

reste de l’équipe. Quatre infirmières m’ont répondu qu’elles cherchaient à

« calmer immédiatement » 66 la douleur en apaisant le patient avec des

« techniques simples » 67 ou en trouvant « une position antalgique » 68 . Cette

indication laisse apparaître que les soignants auraient tendance à chercher à

soulager la douleur du patient avant de se renseigner sur ses origines et sur

son intensité.

Parmi toutes ces réponses, seules deux infirmières ont évoqué le fait

qu’elles utilisent l’ « évaluation de la douleur » 69 dans cette situation alors

qu’elles sont trois à les avoir cité dans les méthodes qu’elles utilisent pour

quantifier la douleur du patient. Cependant une de ces infirmières à complété

cette réponse par « mais bon il faut quand même agir rapidement » 70 ce qui

laisse supposer que l’évaluation de la douleur dans une telle situation est

perçue comme un frein à l’action pour elle. Par rapport à cette réponse, on peut

émettre l’hypothèse que les soignants ne réagissent pas de la même manière

en cas d’urgence douloureuse que lors de la pratique quotidienne de leur

activité.

Lorsque l’infirmière 4 répondait à ma question, elle a fait plusieurs fois

écho à un élément qui selon elle fait défaut à la rapidité de prise en charge de

la douleur : « de nous-mêmes on n’a pas le droit pour l’instant de donner des

antalgiques sans prescription » 71 . En effet, les infirmières ne sont pas habilitées

à administrer de thérapeutiques sans prescription médicale sauf en cas de

protocoles établis dans les services. L’infirmière 4 a fait plusieurs fois référence

à ces protocoles qu’elle juge important à mettre en place dans tous les

64 Voir entretiens N°3, N°4 et N°5, annexe IV

65 Voir entretien N°3, annexe IV

66 Ibid

67 Voir entretien N°5, annexe IV

68 Voir entretiens N°2 et N°4, annexe IV

69 Voir entretiens N°4 et N°5, annexe IV

70 Voir entretien N°4, annexe IV

71 Ibid

- 29 -


services. Je lui ai demandé comment elle concevait ces protocoles, et elle m’a

répondu que pour elle, ils devaient être basés sur les EVA réalisées avec le

patient 72 . Or si l’on se réfère au docteur Galopin 73 , cette hiérarchisation par

paliers de douleur n’est pas adaptée aux besoins des patients car si pour

certains une EVA chiffrée à 3 ne nécessite pas l’administration d’antalgique,

pour d’autres un antalgique sera plus que nécessaire.

Dans la huitième question que j’avais formulé, j’interrogeais les

soignantes de manière plus personnelle afin de savoir si elles avaient, durant

leur carrière, soigné un patient souffrant d’une douleur dont elles avaient ellesmêmes

fait l’expérience. Parmi les cinq infirmières interrogées trois avaient

vécu cette situation. Deux d’entre elles (les infirmières 1 et 3) ne m’ont pas

semblé marquées par cette situation, en effet, elles ne leur sont pas venues

spontanément 74 . Pour l’une de ces deux infirmières (l’infirmière 3), cette

situation ne lui a pas fait ressentir des sentiments particuliers, ni même l’envie

d’agir plus particulièrement sur cette douleur qui l’avait touché plus

personnellement antérieurement. Elle l’explique en disant qu’« on n’est pas

constitués pareil » 75 . En revanche, lorsque l’infirmière 2 a évoqué sa situation,

j’ai senti que cela la touchait plus particulièrement car elle a changé le ton de sa

voix, elle cherchait ses mots, parlait très doucement. De plus elle m’a fait

remarquer que ce que je lui demandais était « intime » 76 .

Même si ces trois infirmières ont toutes vécu une expérience partagée

avec un patient, les situations ne les ont pas marqué de la même manière.

3. Analyse en lien avec les questions de l’hypothèse 3 :

J’ai choisi de formuler la question 6 avec le verbe « ressentir » afin de

voir si ce mot faisait écho pour les professionnelles interrogées à celui

d’empathie. En effet, trois des cinq professionnelles que j’ai questionné (les

72 Voir entretien N°4, annexe IV

73 Voir item sur les limites de l’évaluation de la douleur dans le cadre théorique

74 Voir entretiens N°1 et N°3, annexe IV

75 Voir entretien N°3, annexe IV

76 Voir entretien N°2, annexe IV

- 30 -


infirmières 1, 4 et 5) ont évoqué l’empathie en réponse à cette question. Parmi

elles, deux ont précisé que malgré le fait qu’elles sachent que dans de telles

situations elles doivent faire preuve d’empathie, elles ne pouvaient s’empêcher

d’avoir une implication personnelle 77 . L’infirmière 1 a même exprimé clairement

la situation en disant : « tout dépend de la relation que tu as avec le patient, en

fait tu as des patients avec qui tu vas prendre du recul et te dire -on va les

soigner par les antalgiques- et d’autres avec qui tu t’implique forcement, tout

dépend des atomes crochus que tu as avec eux, ça ne devrait pas, ça ne

devrait pas, dans l’idéal, on devrait se comporter de la même façon avec tout le

monde, après c’est la nature humaine qui veut ça » 78 . Cette précision de la part

de l’infirmière explique très bien le ressenti de l’infirmière 4 qui elle exprime une

certaine « culpabilité face au patient souffrant lors d’un soin » 79 . Néanmoins

l’infirmière 5, dernière à m’avoir parlé d’empathie m’a semblé très détachée

lorsque je lui ai posé cette question et m’a simplement répondu qu’elle « prenait

en charge » 80 le patient. La réponse de cette infirmière démontre qu’elle se

place directement dans l’empathie face au patient douloureux.

En ce qui concerne les deux infirmières qui n’ont pas évoqué le terme

d’empathie (les infirmières 2 et 3), l’une comme l’autre restent dans l’action par

la « recherche de position antalgique » 81 , la « recherche de l’origine de la

douleur » 82 , le fait de vouloir « calmer immédiatement la douleur » 83 , et la

réalisation des « transmissions au médecin et à l’équipe » 84 . Elles n’expriment

pas de ressenti particulier envers les patients souffrant, et laissent penser

qu’elles adoptent une posture empathique face à ces patients.

Dans la septième question de mon entretien, j’ai choisi de demander aux

infirmières ce que représentait pour elle le fait de comprendre la douleur d’une

personne tierce. Face à cette question, trois des cinq infirmières (les infirmières

77 Voir entretiens N°1 et N°4, annexe IV

78 Voir entretien N°1, annexe IV

79 Voir entretien N°4, annexe IV

80 Voir entretien N°5, annexe IV

81 Voir entretien N°2, annexe IV

82 Ibid

83 Voir entretien N°3, annexe IV

84 Ibid

- 31 -


1, 3, et 5) se sont retrouvées incapables de répondre et ont exprimé leur

difficulté. En effet, le terme « comprendre » les a beaucoup questionné par le

fait que j’avais choisi de le mettre en lien avec le terme « douleur ». L’infirmière

5 a d’ailleurs formulé cette interrogation : « je ne sais pas si le terme est

approprié » 85 . J’ai remarqué qu’à la fin de leurs réponses, trois des cinq

soignantes interrogées (les infirmières 1, 4 et 5) ont exprimé l’impression de le

pas voir répondu correctement à la question 86 .

Face à leur difficulté de comprendre ma question, j’ai moi-même eu

quelques difficultés à reformuler la question à mes interlocutrices sans leur

exprimer ce vers quoi je souhaitais les amener par cette question. Cependant

chacune a finalement pu donner une réponse à cette question.

Pour les infirmières 1 et 2, si l’on connaît l’étiologie de la douleur, il nous

possible la comprendre. A noter que l’infirmière 1 à précisé que si l’étiologie est

« psychologique, la compréhension se fait à partir du vécu personnel du

soignant » 87 . Pour l’infirmière 4, la bonne compréhension de la douleur d’un

patient se base en premier lieu sur une bonne connaissance de la « localisation

et de l’intensité de la douleur » 88 . En ce qui concerne l’infirmière 5, elle

considère que le fait de comprendre la douleur consiste à intégrer la douleur du

patient, à « l’accepter » 89 , la reconnaître comme existante.

Seule l’infirmière 3 à employé le terme d’ « empathie » 90 , mais en le

niant. Selon elle, le fait de comprendre la douleur d’autrui, consisterait à « se

mettre à la place de l’autre » 91 . Si l’on se réfère aux définitions de Carl Rogers

et d’Alain Berthoz et Gérard Jorland 92 , l’empathie consiste bien au fait de se

mettre à la place de l’autre afin de mieux le comprendre. Malgré le fait que

seule l’infirmière 3 ait évoqué le terme d’empathie dans sa réponse, j’ai relevé

dans la réponse de l’infirmière 4 une définition de l’empathie : « on n’est pas

85 Voir entretien N°5, annexe IV

86 Voir entretiens N°1, N°4 et N°5, annexe IV

87 Voir entretien N°1, annexe IV

88 Voir entretien N°4, annexe IV

89 Voir entretien N°5, annexe IV

90 Voir entretien N°3, annexe IV

91 Ibid

92 Voir item empathie, cadre théorique

- 32 -


forcément obligé de subir ce que les autres subissent pour essayer de

comprendre » 93 .

Vis-à-vis de la huitième question de mes entretiens, seules trois des

infirmières que j’ai questionnées avaient soigné un patient souffrant d’une

douleur dont elles avaient elles-mêmes fait l’expérience. Parmi elles, l’infirmière

2 a exprimé une grande charge émotionnelle lorsqu’elle a évoqué cet élément

personnel. En effet, le fait de prendre en charge cette patiente lui a permis de

comprendre que la douleur dont elle souffrait était bien réelle, et d’obtenir le

diagnostic de l’étiologie de ses douleurs. Par le ton qu’elle a employé lors de

l’entretien, j’ai perçu que la rencontre avec cette patiente l’avait énormément

soulagé. Cette expression de soulagement laisse supposer qu’elle ait pu faire

preuve de sympathie avec cette patiente lorsque cette situation a eu lieu.

En ce qui concerne les deux autres infirmières, le fait d’avoir partagé une

douleur avec un patient ne semble pas les avoir touchées personnellement.

L’infirmière 3 n’a très visiblement pas exprimé de sentiments de sympathie

envers ce patient, car lorsque je lui ai demandé si elle avait été particulièrement

affectée par cette situation, elle m’a simplement répondu : « non, on n’est pas

constitués pareil » 94 .

Cependant l’infirmière 1 par cette situation fait un lien avec la question 7

où je lui avais demandé de m’expliquer ce qu’était pour elle le fait de

comprendre la douleur de quelqu’un. Pour elle ce vécu commun de la douleur

avec le patient « permet d’expliquer la compréhension de la douleur » 95 . Par

cela, elle exprime nettement le fait que face à un patient douloureux, elle fait

appel à sa propre expérience de la douleur car pour la comprendre elle se

réfère à ce qu’elle a vécu si elle s’est trouvée en situation similaire.

93 Voir entretien N°4, annexe IV

94 Voir entretien N°3, annexe IV

95 Voir entretien N°1, annexe IV

- 33 -


4. Conclusion globale de l’analyse :

L’hypothèse 1 était « Selon l’âge et l’expérience personnelle et

professionnelle du soignant, sa représentation/perception de la douleur

serait différente ».

Aux vues de l’analyse des réponses précédemment détaillée et face aux

résultats des questions sur les définitions de la souffrance et de la douleur, mis

en liens avec les âges et temps d’activité professionnelle des différentes

infirmières questionnées, nous avons pu deviner une corrélation entre la

représentation de la douleur et l’âge ainsi que le temps d’activité

professionnelle d’un soignant. Cependant l’analyse des réponses à la question

sur le vécu personnel d’une douleur de forte intensité par l’infirmière, nous

avons pu constater que le facteur personnel ne jouait pas dans la corrélation

entre les deux infirmières.

Nous pouvons donc laisser supposer qu’il y a une corrélation entre

l’expérience professionnelle du soignant et sa représentation de la douleur.

L’hypothèse 2 était « Malgré les enseignements reçus lors de la

formation, lorsqu’un soignant se retrouve face à une personne

douloureuse, sa propre expérience de la douleur se calquerait sur celle du

patient et les soignant l’interpréterait comme il l’aurait vécu

personnellement ».

Suite à l’analyse des réponses des différentes infirmières par rapport à

cette hypothèse, il semblerait que les soignants aient des difficultés de maitrise

des différentes échelles d’évaluation de la douleur et ne les utiliseraient pas

dans des situations d’urgence face à un patient douloureux.

Aux vues des réponses obtenues, il apparaît qu’en premier lieu face à un

patient douloureux les soignants chercheraient à soulager la douleur du patient

avant d’essayer d’en savoir plus sur ses origines ou son intensité : ils semblent

vouloir agir comme s’ils étaient eux-mêmes sujet à cette douleur.

- 34 -


L’hypothèse 3 était « Face à la douleur, les soignants auraient du mal

à rester dans l’empathie et passeraient parfois dans la sympathie avec les

patients ».

Par rapport aux réponses obtenues aux questions posées en lien avec

cette hypothèse, il semblerait que les infirmières aient des difficultés à cerner ce

qu’est l’empathie. De plus la majorité d’entre elles expriment s’impliquer

personnellement voire émotionnellement auprès des patients : il leur arrive

d’adopter une attitude sympathique avec les patients douloureux.

V. Question de recherche et hypothèses en lien

Une fois croisées, les conclusions tirées des résultats précédents mettent

en évidence une absence d’utilisation des échelles d’évaluation de la douleur

en cas de découverte fortuite de patients visiblement douloureux, car cela

semble être représenté comme un élément retardateur en cas d’urgence. En

effet les résultats ont semblé indiquer que les professionnels n’aient pas une

maitrise totale des échelles d’évaluation de la douleur. De plus les résultats

semblent aussi démonter que les soignants adopteraient une posture

sympathique auprès de certains patients douloureux.

Cela a permis de faire émerger la question suivante :

En quoi le défaut d’utilisation des échelles d’évaluation de la douleur

de la part des soignants en cas de découverte fortuite de patients

visiblement douloureux influe-t-il sur l’implication émotionnelle des

soignants auprès de ces patients ?

- 35 -


Suite à l’élaboration de cette question, quelques hypothèses pouvant

aider à guider la résolution de cette interrogation me sont apparues.

Lors de découvertes fortuites de patients visiblement douloureux,

les soignants n’agiraient pas de la même manière que face à un

patient qui signale lui-même au soignant sa douleur.

Lorsque les soignants ne se réfèrent pas aux échelles d’évaluation

de la douleur, ils interpréteraient la douleur du soignant par rapport à

leur propre vécu.

Les soignants adopteraient plus facilement une attitude

sympathique envers les patients douloureux lorsqu’ils les prennent en

charge sans utiliser d’échelle d’évaluation de la douleur.

- 36 -


Conclusion :

Nous avons vu, au travers de ce mémoire de fin d’études, que lorsqu’un

soignant prend en soins un patient douloureux, il fait appel à ses connaissances

théoriques ainsi qu’à sa propre expérience de la douleur, qui en quelques

sortes constitue ses connaissances personnelles. Suivant la position que prend

le soignant auprès du patient, cette part personnelle peut être plus ou moins

marquée. En effet, si cette situation fait écho à son propre vécu, s’il se

positionne à la place de cette personne douloureuse, si la relation qu’il a établie

avec ce patient est plus développée qu’une relation soignant-soigné

« traditionnelle », le soignant peut être amené à réagir à sa situation comme s’il

en avait été lui-même le sujet atteint de cette douleur.

Suite aux recherches menées sur le terrain sous forme d’entretiens semidirectifs,

il semblerait que l’utilisation des échelles d’évaluation de la douleur

soit un des facteurs influençant l’implication émotionnelle du soignant auprès du

patient. Même si l’implication de l’infirmier auprès du patient en tant que

soignant mais aussi d’individu est important afin d’établir une relation plus

stable, il faut tout de même que l’infirmier garde un certain recul afin d’évaluer

la douleur avec un maximum d’objectivité.

Le but de mes recherches n’avait en aucun cas pour objectif de pointer

du doigt les situations où l’implication du soignant est trop importante, mais de

comprendre comment la dynamique relationnelle semble fonctionner entre le

soignant et le patient douloureux. Suite à ces observations une proposition de

réajustement m’est apparue.

Depuis de nombreuses années, il existe dans les services de soins des

référents douleur, des soignants ayant une plus grande formation sur le thème

de la douleur qui ainsi peuvent renseigner leurs collègues en cas de situation

leur posant problème. Cependant à hauteur d’un référent par service, nous

pouvons supposer un manque assez important du fait qu’un professionnel ne

- 37 -


peut être présent sur son lieu de travail continuellement. Peut être devrait-il être

important de mettre en avant les formations en lien avec la prise en charge de

la douleur ainsi que les diplômes universitaires sur la douleur car il s’agit de

situations auxquelles chaque soignant fait face de manière quasi journalière.

- 38 -


Bibliographie

Ouvrages

CYRULNIK Boris, Mourir de dire, la honte, Odile Jacob, 2010, 272 pages

LE BRETON David, Anthropologie de la douleur, Métaillé, 1995, 240 pages

PHANEUF Margot, Communication, entretien, relation d’aide et validation,

Edition Chenelière Education, 2002, 634 pages

SMITH Adam, The theory of moral sentiments, 1759, Raphael D.D. et Macfie

A.L. (eds), Oxford, Clerendon, Press, 1976, 480 pages

VASSE Denis, L’arbre de la voix, Bayard, 2010, 240 pages

Ouvrages collectifs

BERTHOZ Alain, JORLAND Gérard, L’empathie, Odile Jacob, 2004, 275

pages

BIOY Antoine, FOUQUES Damien, Manuel de psychologie du soin, Edition

Bréal, 2002, 317 pages

MANOUKIAN Alexandre (avec la collaboration d’Anne Massebeuf), La

relation soignant soigné, 3 ème édition, Editions Lamarre, 2008, 171 pages

METZGER Christiane, MULLER André, SCHWETTA Martine, WALTER

Christiane, Soins infirmiers et douleurs, Masson, 2000, 248 pages.

Articles

LE BRETON David, « Douleur et relation de soins », in Soins n°749, octobre

2010, pp 34-35

PEOC’H Nadia, LOPEZ Ghyslaine, CASTES Nadine, « Représentation et

douleurs induites : Repère, mémoire, discours, … Vers les prémisses d’une

compréhension », Recherche en Soins Infirmiers n°88, mars 2007, pp 84-93

- 39 -


Dictionnaires

Dictionnaire Petit Larousse, 2001

Dictionnaire Petit Robert 2004

Dictionnaire des termes techniques dedecine, Garnier et Delamare, 1972

Cours :

Docteur C. Galopin, table ronde au sujet de la douleur et de la prise en

charge des patients en fin de vie.

Sites internet

Biographie d’Emile Littré, consulté le 15 février 2012, www.academiefrancaise.fr/immortels/base/academiciens/fiche.asp?param=427

Définition de la douleur par l’IASP, www.iasp-pain.org consulté le 20 février

2012

Définitions de l’interprétation, www.maphilo.net/interprétation-cours.html

consulté le 23 février 2012

Définition de la représentation, www.larousse.fr consulté le 15 avril 2012

Citations de Carl Rogers, consulté le 18 avril 2012, http://carlrogers.fr/L%20empathie%20G-Adamczewski.pdf

Définition de la souffrance, consulté le 25 avril 2012,

http://www.fondsricoeur.fr/photo/la%20souffrance%20n%20est%20pas%20la

%20douleur.pdf

La communication verbale, consulté le 23 avril 2012,

http://www.fcasset.fr/Theorie-de-la-communication.html

Schéma de Claude Shannon sur la communication verbale, consulté le 23

avril 2012, http://cm.bell-labs.com/cm/ms/what/shannonday/shannon1948.pdf

Schéma de Roman Jakobson sur la communication verbale, consulté le 24

avril 2012, http://www.internet.uqam.ca/web/t7672/schema.htm

Les pièges de l’empathie, consulté le 26 avril 2012,

http://www.maieusthesie.com/nouveautes/article/empathie.htm

- 40 -


Annexes

Annexe I : Echelles d’évaluation de la douleur

Annexe II : Questionnaire pour les entretiens

Annexe III : Autorisations d’enquête

Annexe IV : Entretiens

Annexe V : Tableaux comparatifs des entretiens

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Annexe I : Echelles d’évaluation de la douleur

Echelle Visuelle Analogique :

Echelle Algoplus :


Echelle DN4 :


Annexe II : Questionnaire pour les entretiens

1. Pouvez-vous me préciser votre âge ? (en lien avec l’hypothèse 1)

2. Pouvez-vous m’indiquer depuis combien d’années vous êtres en activité

professionnelle ? (en lien avec l’hypothèse 1)

3. Si je vous dis le mot souffrir, pouvez-vous me dire ce qui vous vient à

l’esprit ? (en lien avec l’hypothèse 1)

4. Qu’est ce que la douleur selon vous ? (en lien avec les hypothèses 1 et

2)

5. Comment évaluez-vous la douleur d’un patient ? (en lien avec

l’hypothèse 2)

6. Que ressentez-vous face à un patient visiblement douloureux ? Y-a-t-il

quelque chose que vous souhaitez faire ou dire de manière réflexe à

cette personne souffrant ? (en lien avec les hypothèses 2 et 3)

7. Comment définiriez-vous le fait de comprendre la douleur d’autrui ? (en

lien avec l’hypothèse 3)

8. Vous êtes-vous déjà retrouvé(e) face à un patient souffrant d’une douleur

dont vous aviez vous-même fait l’expérience dans votre vie

personnelle ? (en lien avec les hypothèses 2 et 3)

9. Si oui, pouvez-vous m’expliquer cette situation ? (en lien avec les

hypothèses 2 et 3)

10. Avez-vous déjà eu l’expérience d’une douleur qui pour vous semblait

être la pire des douleurs qu’un individu puisse endurer ? (en lien avec

l’hypothèse 1)


Annexe III : Autorisations d’enquête


Annexe IV : Entretiens

Entretien N°1 réalisé le 12 avril, à La Providence, maison de retraite.

Clotilde : Pouvez vous me préciser votre âge ?

IDE : Alors 34 ans

Clotilde : Et donc depuis combien de temps vous êtes en

activité professionnelle ?

IDE : Depuis novembre

Clotilde : Qu’est ce que la douleur selon vous ?

IDE : (blanc) euh… moi je suis jeune diplômée alors je vais te dire c’est une

sensation perçue par… euh après …ça peut être une douleur psychologique

aussi, une douleur sociale enfin moi je trouve, les gens qui sont isolés

socialement etc. C’est pas évident non plus, euh oui c’est une sensation

perçue par le patient en fait.

Clotilde : Qu’est ce que vous évoque le mot souffrir ?

INTERRUPTION PAR UNE AIDE SOIGNANTE

IDE : Souffrir, souffrir euh (blanc) euh (blanc) oui moi je pense à une déchirure

en fait.

Clotilde : Une déchirure sur le plan physique ?

IDE : Physique ou mental parce que par exemple un décès les gens souffrent

aussi. La famille qui entoure souffre et c’est pas tout.

Clotilde : Comment évaluez-vous une douleur chez un patient ?

IDE : Bah déjà en lui demandant, après tu as tout ce qui est euh tout ce qui est

euh mimique en fait et tout ce qui est changement d’attitudes chez les

personnes âgées notamment, personne âgée qui ne va pas manger, qui va

dormir tout le temps etc. on va toujours chercher une éventuelle douleur.

Clotilde : Qu’est ce que vous ressentez face à un patient visiblement

douloureux ?

IDE : Après on est sensé faire preuve d’empathie bon mais après quand on est

dans les lieux de vie comme moi ce n’est pas facile parce que tu vis avec eux


pour certains on est leur seule famille. Donc euh… bah la douleur… tout

dépend de la relation que tu as avec le patient en fait tu as des patients avec

qui tu vas prendre du recul et te dire bah on va les soigner par les antalgiques

et d’autres avec qui tu t’implique forcement tout dépend les atomes crochus que

tu as avec eux ça ne devrait pas hein dans l’idéal on devrait se comporter de la

même façon avec tout le monde après c’est la nature humaine qui veut ça

aussi.

Clotilde : Et est ce qu’il y a des choses qui peuvent devenir comme un réflexe

quand vous voyez quelqu’un de douloureux, un patient qui à l’air douloureux

physiquement est ce que vous avez une attitude réflexe qui vous vient

spontanément ?

IDE : Moi je suis quelqu’un qui parle beaucoup avec les patients donc je parle

j’essaye d’adoucir avec les mots et puis il y a aussi le toucher, je ne suis pas

très tactile à la base mais rien que le fait de leur toucher les mains de leur

caresser les mains les avants bras etc. ça les apaise, après je ne suis pas

diplômée depuis très longtemps donc euh…

Clotilde : Comment est ce que vous définiriez le fait de comprendre la douleur

d’un patient ou d’une personne en général ?

IDE : Est-ce qu’on peut comprendre une douleur ? (blanc) quand il y a une

source organique oui tu comprends quand c’est plus psychologique si tu n’as

pas vécu les mêmes choses c’est plus difficile à cerner alors comment le

définir ? Tu attends quoi la de moi ?

Clotilde : Rien de particulier, dans certaines situations quand un patient nous

parle d’une douleur, il arrive qu’on lui dise qu’on comprend, et justement qu’est

ce qui nous amène à répondre ça personnellement ?

IDE : Bah je pense que c’est tout ton vécu précédemment, ton vécu personnel

par rapport à la douleur, si tu as vécu la même patho par exemple, ou alors les

mêmes expériences de vie, (blanc) après quelqu’un qui perd son enfant, par

exemple ici une personne âgée qui perd sa fille tu peux lui dire oui je comprend

mais c’est pas vraiment un moment, tu ne comprend pas vraiment, ça doit être

terrible (blanc) je pense que c’est le vécu de chacun qui fait que tu peux dire je

comprend.


Clotilde : Est ce que vous vous êtes déjà retrouvée devant un patient qui avait

déjà vécu une douleur dont vous aviez fait aussi l’expérience ?

IDE : Moi non à part en chirurgie, j’ai exercé un peu en chirurgie entre temps

euh c’est vrai que les patients qui ont vécu la même intervention que celle que

j’ai subi il y a quelque temps tu leur dis oui je comprends, mais aussi tu peux les

rassurer et quand à l’évolution, tout ce qui est dialogue psychologique et tout ça

je trouve que ça apaise les douleurs quelqu’un qui se renferme et qui ne pense

plus qu’a ça je trouve que ça amplifie le phénomène

Clotilde : Et avez-vous déjà l’expérience d’une douleur qui pour vous semblait

être la pire des douleurs supportable par un être humain ?

IDE : Non je pense que la pire des douleurs c’est la perte d’un être cher

Clotilde : Plutôt une douleur psychologique alors ?

IDE : Même par rapport à ma belle mère qui a perdu son fils, ça fait 10 ans

certes c’est un petit peu atténué mais la douleur est toujours la quoi, après c’est

psy pour moi, chacun fait face aux évènements. Voila.

Entretien N°2 réalisé le 13 avril à La Providence, maison de retraite.

Clotilde : est ce que vous pouvez me préciser votre âge ?

IDE : 40

Clotilde : et depuis combien d’années vous exercez en temps qu’infirmière ?

IDE : ça fera 12ans à la fin de l’année

Clotilde : si je vous dit le mot souffrir qu’est ce que cela vous évoque ?

IDE : (blanc) le mot souffrir ? bah euh forcément douleur, euh douleur.

Clotilde : justement qu’est ce que la douleur selon vous ?

IDE : euh une perception anormale et exacerbée de euh concernant euh alors

ça peut être aussi bien physique que moral euh voila douleur sensation

exacerbée, douloureuse, un mal être euh un état anormal en tout cas

Clotilde : comment vous évaluez la douleur chez un patient ?

IDE : alors euh tout dépend si il est en capacité de la manifester déjà de

manière orale c'est-à-dire de dire j’ai mal, si il ne l’est pas euh forcément par le

regard pas des crispations des euh alors ça c’est plus au niveau des euh


manipulations je dirais euh (blanc) la recherche d’une position antalgique, elle

peut cette manifestation de la douleur changer les actes de la vie, elle peut

empêcher de manger, empêcher de marcher (blanc) oui voila, ça diminue les

capacités aussi, ça peut réduire la communication ça peut générer de

l’agressivité, de l’agitation (blanc) forcement des pleurs aussi, des cris redites

moi la question encore un coup.

Clotilde : comment vous évaluez la douleur ?

IDE : ouai voila ça peut modifie le comportement en général

Clotilde : y a-t-il quelque chose quand vous êtes face à un patient visiblement

douloureux que vous avez comme réflexe ?

IDE : euh déjà essayer de savoir d’où vient cette douleur (blanc) heu (blanc)

essayer de déterminer si c’est récent ou non, si d’autres euh collègues l’ont

déjà perçu aussi (blanc) essayer de trouver une position antalgique (blanc)

Clotilde : et comment est ce que vous définiriez le fait de comprendre la

douleur d’une personne ?

IDE : (blanc) tout déprend si on en connaît l’étiologie de cette douleur, si on en

connaît l’étiologie l’expérience peut faire que on sait quelle est cette douleur,

l’intensité est variable de toute façon selon les personnes aussi, on est tous

différents face à ça, si c’est la première fois que la personne ressent cette

douleur la ou non ou si c’est quelque chose de chronique parce que faut quand

même essayer de faire le distinguo entre les douleurs aigues et les douleurs

chroniques même si les douleurs chroniques peuvent parfois devenir aigues

(blanc) voila

Clotilde : est c e que vous vous êtes déjà retrouvée face à des patients qui ont

vécu une douleur dont vous aviez déjà fait l’expérience personnelle ?

IDE : oui

Clotilde : est ce que vous souhaitez m’expliquer cette situation ?

IDE : euh on va dire que ça s’est fait dans l’autre sens, euh j’ai eu pendant des

années c’est intime quand même ce que vous me posez comme question

Clotilde : si vous ne souhaitez pas…

IDE : Non non non non non j’ai eu pendant des années des douleurs à l’aine

des investigations m’ont été faites, que ce soit euh ça a duré 5ans que ce soit


gynécologiques ou euh on va dire abdo des investigations ont été faites, et euh

il y a eu un moment on m’a dit c’est dans votre tête madame, non c’était pas

dans ma tête madame, donc on m’a donné des tas de traitements, et puis rien

n’y a fait, et puis j’étais encore étudiante à ce moment la, et puis il y a eu un

moment j’étais devenue, j’étais infirmière et je me suis retrouvée dans un

service ou une dame a exprimé et expliqué les douleurs qu’elle ressentait et à

se moment la euh le médecin lui a posé le diagnostic, que moi on avait jamais

su me poser. Voila

Clotilde : ma dernière question, est ce que vous avez déjà eu l’expérience

d’une douleur qui vous paraissait la pire douleur qu’un individu puisse

ressentir ?

IDE : que moi j’ai vu ?

Clotilde : que vous ayez ressentie personnellement. Est-ce que vous avez déjà

eu l’impression que la douleur que vous ressentiez était la pire des douleurs

que vous puissiez ressentir un jour ?

IDE : les contractions de l’accouchement sont pas mal quand même (rires) c’est

euh pas mal. Euh je euh ces douleurs dont j’ai parlé avant je les ressens de

temps en temps encore mais de façon plus diffuses et elles sont ancrées en

moi comme on peut parler de mémoire olfactive voila je la connais, je la

reconnais, et euh voila mais on va dire que c’était une douleur qui était plus

sourde en continu un peu chronique un peu un truc diffus qui ne vous lâche pas

mais qui euh en tout cas moi j’ai fait un sorte de continuer ma vie malgré mais

euh une douleur atroce euh non, voila l’accouchement, une douleur euuuh ouai

l’accouchement c’est un beau score !

Clotilde : et est ce que vous pensez que ce vécu personnel de douleur vous a

aidé dans après la compréhension de la douleur des patients ?

IDE : oui et non parce que euh déjà une douleur d’accouchement euh est euh

est belle donc on n’est pas du tout dans un processus pathologique donc euh

ça ne peut pas même si on se rappelle de la douleur c’est tellement lié a un

évènement heureux, enfin la plupart du temps car malheureusement ce n’est

pas le cas toujours qu’il y a un moment on l’oublie, voila ne restera de ces


moments la que le coté heureux. Voila. Non autrement j’ai euh je ne peux pas

dire que j’ai beaucoup souffert dans mon corps.

Clotilde : est ce qu’il y a des choses que vous souhaiterez rajouter à ce sujet ?

IDE : euh (blanc) donc c’est de ce que j’en retiens c’était surtout la perception

de la douleur, hum hum, euh les méthodes pour la calmer de toute façon sont

assez diverses, il y a bien sur les méthodes médicamenteuses, mais il n’y a pas

que celles la, (blanc) et puis oui, ce qu’il ne faut jamais oublier mais comme

dans toutes prises en charge c’est euh la personne dans sa globalité, voila on

est tous différents on réagit tous différemment, euh on a tous un vécu différent

aussi qui fait que face a une douleur on ne réagira pas pareil que la personne

d’à coté dans le sens où est ce que je l’ai déjà ressenti, est ce que de nouveau

je ressens cette douleur ça veut dire que il va encore se passer telle ou telle

chose, voila.

Entretien N°3 réalisé le 16 avril, service D1 (dermatologie), CHT

Clotilde : Est-ce que vous pouvez me préciser votre âge ?

IDE : Euh 49

Clotilde : Et depuis combien de temps vous êtes en activité professionnelle ?

IDE : Euh infirmière, 96.

Clotilde : Si je vous dis le mot souffrir, qu’st ce que ça vous évoque ?

IDE : Bah la douleur euh qui peut s’exprimer de différentes façon euh, pour une

personne qui est muette ça va être au niveau du visage ça peut être les cris, ça

peut être euh il y en a qui souffrent en silence, la souffrance s’exprime de

différentes façons.

Clotilde : Et qu’est ce que la douleur selon vous ?

IDE : Qu’est ce que la douleur ? Bah la douleur c’est un signe euh c’est un

signe avant coureur des fois qui peut être un gros problème sous jacent fin

quoi, c’est vague, la douleur… c’est une douleur psychologique des fois et ça

peut être associé a un autre évènement, souvent les gens si on s’occupe pas

d’eux, et ils vont dire « ah j’ai mal j’ai mal j’ai mal » et pis en fait ils ont pas

forcément besoin de calmants, des fois c’est simplement une écoute, la douleur


ça peut être présenté de différentes façons enfin on a déjà eu l’exemple dans le

service. Il y en a qui qui vont enfin c’est arrivé on a une patiente actuellement

on s’approche d’elle, quand elle est arrivée, elle était très douloureuse hein,

donc euh c’est sur qu’elle avait mal et tout ça, et puis au fur et a mesure elle a

été soulagé avec des morphiniques et dès qu’elle nous voyait arriver « ssss »

on l’avait pas touché je dis non la c’est, c’est parce que elle avait enregistré la

douleur et en fait on la touchait a peine je dis « bah non regardez je vous ai pas

encore touché bous faites déjà ça » donc j’ai dit non. Donc des fois on

mémorise une douleur et on touche même pas une personne elle fait déjà la

grimace donc après ça s’exprime de différentes façons hein.

Clotilde : Comment évaluez vous la douleur d’un patient ?

IDE : Euh bah il y a l’échelle l’EVA avec la petite réglette, autrement on

demande à la patiente on dit 0 ou 10, 0 étant nul au niveau douleur et 10 le

maximum, souvent c’est ce qu’il y a de plus rapide, on n’a pas toujours la

réglette sur soi, et c’est ce que les gens arrivent à exprimer, ils se situent tout

de suite euh « bah hier vous étiez à 5 est ce que aujourd’hui vous êtes toujours

à la même douleur ? » ils se resituent, mais il faut toujours les resituer par

rapport à ce qu’ils étaient avant, parce que sinon s’ils n’ont pas de mémoire, ils

vont vous dire « oh bah ça va je suis à 6 » alors qu’hier ils n’avaient pas très

mal ils vont dire « oh bah j’ai pas mal c’est comme hier » et puis en fait ils vont

donner un chiffre beaucoup plus élevé, il faut toujours les resituer un petit peu

pour savoir si c’est moins ou plus sinon c’est faut, ils vont dire à « 6 j’ai pas

mal » alors qu’hier à 2 ils avaient pas mal alors c’est difficile de comparer hein

des fois.

Clotilde : Qu’est ce que vous ressentez face à un patient visiblement

douloureux ?

IDE : Bah disons qu’on essaye de le calmer tout de suite, on va voir le médecin,

euh on laisse pas le patient souffrir on va pas aller lui faire le pansement sous

prétexte qu’on est pressé, on va quand même aller voir le médecin pour qu’il lui

prescrive quelque chose, on va pas faire le pansement si il est douloureux ou

même à la mobilisation, même sans faire un pansement hein, ça va être tout de

suite noté et pris en compte euh dès le début, on ne laisse pas trainer la


douleur, c’est vrai que le médecin ne voit pas toujours ces choses la en fait

quand il passe il parle, mais il ne touche au patient forcément, enfin bon il

l’ausculte, mais nous on le mobilise quand même beaucoup plus, a la toilette,

euh le faire manger, euh pour les pansements, donc euh on voit bien tout de

suite c’est signalé dans le dossier mais on le dit aussi au médecin car ils ne

lisent pas toujours les dossiers donc heu c’est bien de faire un petit rappel oral.

Clotilde : Comment est ce que vous définiriez le fait de comprendre la douleur

d’autrui ?

IDE : (blanc) comment ?

Clotilde : Comment est ce que vous définiriez le fait de comprendre la douleur

d’autrui ?

IDE : Bah c’est un peu se mettre à sa place, moi je me dis moi j’aimerai pas

avoir mal donc euh je me mets à sa place j’ai envie d’avoir quelque chose pour

ne plus souffrir, enfin je ne sais pas cette phrase elle est bizarre…

Clotilde : Bah en fait euh comment enfin pour vous comment vous pouvez

comprendre, enfin qu’est ce que le fait de comprendre la douleur de

quelqu’un ?

IDE : Euh bah c’est essayer de le soulager euh je ne sais pas le fait de

comprendre, c’est (blanc) …

Clotilde : Vous aviez dit le fait de se mettre à la place de la personne ?

IDE : Bah oui c’est pas de l’empathie mais enfin je ne sais pas, ce serait de ma

famille, j’aimerai pas la voir souffrir, donc euh je me mets à sa place je

comprends sa douleur alors je fais quelque chose

INTERRUPTION PAR UNE AIDE SOIGNANTE

Clotilde : Est ce que vous vous êtes déjà retrouvée face à un patient qui

souffrait d’une douleur que vous aviez déjà vécu personnellement ?

IDE : Euh j’ai pas eu d’ulcère donc euh (rires)

Clotilde : Ou dans un autre service ?

IDE : Non bah j’ai fait que le service la donc euh… bah oui des douleurs

dorsales, j’ai mal dans le dos des fois je fais mes soins je suis pliée en deux,

c’était quoi la question ?

INTERRUPTION TELEPHONIQUE


Clotilde : Est ce que vous vous êtes déjà retrouvée face à un patient qui

souffrait d’une douleur que vous aviez déjà vécu personnellement ?

IDE : La même douleur ?

Clotilde : Voila, de ma même cause, le même genre de douleurs ?

IDE : Bah les douleurs dorsales car je ne vois pas d’autres… oui

Clotilde : Et comment vous avez vécu la situation ?

IDE : A partir du moment où on signale au médecin et que le patient est

soulagé avec ce qu’on lui donne donc on évalue, on lui donne le cachet, on

évalue et on voit si le traitement est efficace sinon on revoit à nouveau le

traitement et on resignale au médecin

Clotilde : Et est ce que le fait de voir que le patient ressentait des douleurs que

vous aviez ressenti aussi vous a affecté particulièrement ?

IDE : Oh non pas du tout non non, on n’est pas constitués pareil donc non.

Clotilde : Et est ce que vous avez déjà eu l’expérience d’une douleur qui pour

vous était la pire des douleurs que vous puissiez supporter ?

IDE : (blanc) a part le dos,… non, (blanc) si j’ai déjà ressenti une douleur ?

Clotilde : Oui, qui vous semblait être la pire des douleurs que vous puissiez

endurer ?

IDE : Euh oui juste une fois euh c’était un point de coté, j’ai cru que j’avais

l’appendicite, j’étais entrain de faire des bilans sanguins, donc euh enfin je me

suis soignée je suis allée chercher des cachets, parce que je suis a l’hôpital

donc ça tombait bien puis je suis allée vois le médecin Mr B., mais oui c’est

déjà arrivé mais bon on se soigne, on soigne les malades tout en étant bancale

hein j’appelle ça bancale car j’étais pliée en deux, hein et c’est les malades qui

me disaient « oh la la vous avez pas l’air bien » (rires) alors bon ça fait bizarre

car c’est les malades qui sont dans le plumard qui vous disent ça, ça fait bizarre

la, donc la on est pas trop bien quand même car on pense a son mal a soi, on

ne pense pas au malade, quand on est pas trop bien soigner les autres c’est

difficile !

Clotilde : Est ce que vous souhaitez apporter des éléments complémentaires

par rapport à se sujet ?


IDE : Par rapport à la douleur ? bah c’est pris en compte de plus en plus

maintenant c’est sur que quand j’ai commencé a travailler c’était pas le soucis

majeur que maintenant si en fait le patient est toujours douloureux malgré tous

les antalgiques maintenant il y a une équipe mobile de la douleur qui se

déplace dans tous les services et c’est vrai qu’on fait souvent appel a eux

maintenant parce qu’ils ont d’autres procédés pour la douleur que nous on

n’utilise pas, d’autres produits que nous on n’a pas l’habitude d’utiliser, et ils

savent mieux gérer même les dosages, et tout ça, les médecins font souvent

appel à l’équipe, c’est l’équipe de soins palliatifs.

Entretien N°4, réalisé le 19 avril, Service D1 (dermatologie), CHT

Clotilde : Pouvez-vous me préciser votre âge ?

IDE : 41

Clotilde : Depuis combien d’années êtes vous en activité professionnelle ?

INTERRUPTION TELEPHONIQUE

Clotilde : Depuis combien de temps êtes vous en activité professionnelle ?

IDE : Euh 15 ans

Clotilde : Si je vous dis le mot souffrir, pouvez vous me dire ce que cela vous

évoque ?

IDE : Euh supporter, euh douleur, euh (blanc) supporter, douleur, oui.

Clotilde : Et qu’est ce que la douleur selon vous ?

IDE : Alors c’est bah après moi j’ai fait des formations donc ce que je vais vous

dire ça ressemble un peu à la définition : c’est une expérience sensorielle

désagréable. Voila, et je pense que c’est ce qu’on vous dit aussi dans les cours,

voila.

Clotilde : Comment évaluez vous la douleur ?

IDE : Bah honnêtement bah on utilise un peu l’échelle analogique, l’évaluation

pour les patients qui connaissent mais bon après euh on l’évalue surtout euh au

niveau des plaintes, de la plainte du patient, le ressenti du patient et puis le

faciès.

Clotilde : Qu’est ce que vous ressentez face à un patient visiblement

douloureux ?


IDE : (blanc) bah euh de l’empathie, le fait de euh, pas de l’empathie mais

(blanc) on ne culpabilise pas mais disons que mais bon il y a un soin qui est un

peu algique, on culpabilise un peu de le faire quoi, non mais c’est vrai, voila, on

se dit on fait quand même des soins agressifs, et donc on culpabilise un petit

peu, enfin on a un petit ressenti de culpabilité quand on fait mal quoi.

Clotilde : Et si par exemple vous rentrez dans la chambre et que vous vous

rendez compte que le patient est douloureux pour une raison que vous ignorez

est ce qu’il y a quelque chose que vous faites de manière réflexe ?

IDE : Alors ça peut être une position antalgique « est ce que vous êtes bien

installé comme ça ? Est ce que vous voulez qu’on vous installe autrement ? »

Déjà au niveau de l’installation du patient, car des fois il y a des positions qui

peuvent être positions antalgiques, de nous-mêmes on n’a pas le droit pour

l’instant de donner des antalgiques sans prescription mais on peut soulager

comme ça, et puis commencer à écouter demander « où vous avez mal ? » Et

tout ça quoi, déjà la position, moi je pense que… de nous mêmes, voila après il

y a peut être d’autres choses pff l’évaluation oui mais bon il faut quand même

agir rapidement, alors après tout dépend de la situation, après moi je... Enfin

après c’est bien d’avoir des services qui ont des protocoles douleur qu’on

puisse perfuser tout de suite et passer tout de suite euh voila, qu’on puisse

prévenir le médecin, si jamais c’est admettons une situation aiguë de douleur,

en cas de douleur aiguë, on prévient tout de suite le médecin pour qu’il fasse de

la morphine titrée nous, dans ce cas la on peut prendre l’initiative de perfuser et

oh mais moi par exemple j’ai une grand-mère qui avait fait une chute pardessus

les barrières qui s’est fracturée le col du fémur et ça s’est arrivé le soir,

elle est allée passer sa radio et puis elle est revenue elle était très très

douloureuse donc euh avant qu’elle soit transférée en chirurgie euh on l’a tout

de suite calmée en ayant appelé l’interne des urgences il a fait de la morphine

titrée, la douleur a été prise en charge assez vite. Il y a d’autres, a chaque

situation, il faut appeler le médecin, c’est différent. On n’a pas de… a moins

d’avoir dans le service un protocole douleur, le protocole douleur ça peut

donner une certaine aisance au début on peut tout de suite commencer les


antalgiques de niveau un au moins, on peut commencer euh… il y a même des

services où il y a de l’Acupan en protocole, voila.

Clotilde : Comment vous définiriez le fait de comprendre la douleur d’autrui ?

IDE : Bah euh définir comprendre euh je dirais le euh pff euh de bien la situer,

je veux dire situer géographiquement et situer du point de vue de l’intensité du

point de vue de son type de douleur, pour moi c’est ça comprendre la douleur

de l’individu. (Blanc) on n’est pas forcément obligé de subir ce que les autres

subissent pour essayer de comprendre, moi pour moi c’est ça comprendre et

quand on a des formations par rapport à la douleur, on voit a peu prés quel type

de douleur ça évoque. (blanc) Ça ne vous plait pas mes réponses…

Clotilde : Si si ! Est ce que vous vous êtes déjà retrouvé dans la situation où

vous étiez en train de soigner un patient douloureux dont vous aviez déjà connu

la même douleur ?

IDE : Oui bah oui. Oui parce que il y a des patients qu’on soigne pour ses soins

et des fois on met plusieurs jours avant de pouvoir mettre en place le bon

protocole antidouleur pour ce soin la. C’est vrai hein, moi la j’ai une patiente qui

est au 11.4 euh elle avait des ulcères évidemment ce n’est pas son problème

principal mais on a mis un temps fou a trouver le bon truc et pourtant on avait

en morphinique, on avait le protoxyde d’azote, on a tout essayé et finalement

c’était l’Hypnovel qui lui convenait mieux il fallait l’endormir un petit peu et

puis… ça dépend c’est patient dépendant, et je vois en pneumologie pour les

métastases osseuses on met plusieurs jours avant d’atteindre le bon niveau de

l’antalgique.

Clotilde : Est ce que vous avez déjà soigné un patient qui avait une douleur et

que c’était une douleur que vous aviez déjà vécu personnellement ? Par

exemple un mal de dos, ou une autre douleur ?

IDE : Non je suis en relative bonne santé donc non

Clotilde : Et est ce que vous aviez déjà ressenti une douleur qui vous semblait

être la pire des douleurs que vous puissiez un jour ressentir ?

IDE : Bah c’est bête pourtant j’ai vu des patients cancéreux mais la plus grosse

douleur pour moi c’est bizarre c’est une colique néphrétique, enfin que j’ai vu,

pour moi ressenti, une colique néphrétique voila.


Clotilde : Et que vous ayez vécu personnellement ?

IDE : Non

Clotilde : Je veux dire une douleur que vous ayez vécu personnellement et qui

vous semble la pire des douleurs que vous ayez ressenti ?

IDE : Non je ne pense pas avoir vécu euh, je n’ai jamais eu de fracture, euh

jamais de gros problème. Je pense, enfin moi je pense les coliques

néphrétiques c’est des douleurs intenses mais (blanc) intense qu’il faut calmer

tout de suite et les douleurs osseuses sont des douleurs très difficilement

calmables, enfin pour moi, il faut vraiment, pour moi c’est les douleurs osseuses

les plus difficiles à calmer, enfin on peut les calmer mais il faut un certain

dosage important de morphine par contre les douleurs neurogènes c’est plus

délicat, mais pour moi la plus grosse douleur que j’ai pu voir après bon j’ai fait

de la chirurgie les gens étaient calmés, ils avaient des péridurales, voila

Clotilde : est ce qu’il y a des éléments que vous voulez apporter en plus sur ce

sujet ?

IDE : la douleur ?

Clotilde : Oui

IDE : (blanc) bah je ne sais pas, euh qu’il y ait des protocoles écrits pour tous

les services, après qu’au niveau des urgences qu’ils n’hésitent pas à donner

des morphiniques même si ce n’est pas des gens en fin de vie, ça reste

anonyme hein ? Voila car je trouve que voila.

Clotilde : Quand vous parlez de mettre en place des protocoles, vous les

imaginez basés sur les EVA ?

IDE : Oui voila ! En post op les gens qui ont des grosses interventions en

général ils sont calmés donc c’est pour ça mais si ils n’avaient pas

d’antalgiques je suis sur ce que serait eux qui auraient un… mais après vous

allez apprendre, hein les douleurs osseuses c’est plutôt des douleurs sourdes,

vous voyez les mots, sourdes, voila, les douleurs neurogènes ça fait un coup

d’électricité, euh vous verrez les gens vous diront et a partir du vocabulaire

exprimé, ils pourront vous dire euh vous pourrez définir le type de douleur donc

( ??) les douleurs osseuses je pense que c’est les plus douloureuses, c’est

bête, mais pour moi, enfin moi de ce que j’en ai vu, de ce que j’ai pu


comprendre pour ma pratique. Mais les coliques néphrétiques c’était

impressionnant !

Entretien N°5, réalisé le 20 avril, CRRF Pasteur

Clotilde : Est ce que vous pouvez me préciser votre âge ?

IDE : Oui 28 ans

Clotilde : Et depuis combien de temps vous êtes en activité professionnelle ?

IDE : 5ans

Clotilde : Si je vous dis le mot souffrir qu’est ce que ça vous évoque ?

IDE : Souffrir ça regroupe euh pas que la douleur, souffrir c’est toute une

composante qui regroupe psychologie sociale, environnementale c’est toute

une dynamique autour du patient quoi

Clotilde : Et qu’est ce que la douleur selon vous ?

IDE : La douleur ? Euh ça dépend euh la douleur ça peut être psychique ou ça

peut être physique en général la relation est liée l’un influe sur l’autre et l’autre

influe sur la première

Clotilde : Comment vous évaluez la douleur ?

IDE : Alors ici le CLUD a mis en place l’EVA pour les patients qui sont

communiquant et pour les patients qui sont non communiquant on utilise

l’Algoplus.

Clotilde : Qu’est ce que vous ressentez face à un patient qui est visiblement

douloureux ?

IDE : (blanc) qu’est ce que je ressens ? Bah c’est surtout que je vais le prendre

en charge, après ressentir, euh on est dans l’empathie pas dans… on ne pense

pas a la place de… donc c’est plus qu’on la prend en charge.

Clotilde : Et donc comment vous faites la prise en charge d’un patient que vous

trouvez douloureux ?

IDE : Bah on l’évalue et puis après on transmet au médecin, on peut donner de

la glace, immobiliser, enfin déjà faire des techniques simples et puis après

transmettre au médecin pour évaluer et changer le traitement si nécessaire,

voila. Et puis on a aussi une ergothérapeute qui fait de la relaxation pour la

composante psychologique qui est souvent lité avec la douleur donc elle fait de


la relaxation avec l’accord de la psychologue qui déjà détermine si c’est un

patient qui peut bénéficier de la relaxation ou pas. Voila. Et j’ai oublié on a aussi

le « tens », les kinés ils utilisent l’électrostimulation et euh on est entrain de

travailler avec la CLUD pour le mettre dans les étages pour que les patients

puissent le week-end l’utiliser également.

Clotilde : Comment vous définiriez le fait de comprendre la douleur ?

IDE : Comprendre la douleur ? (blanc) bah euh je… comprendre ? (blanc) on

n’est pas la pour la comprendre réellement enfin on l’accepte car a partir du

moment où un patient dit qu’il a mal c’est qu’il faut faire, on n’a pas a dire qu’il

n’a pas mal donc on la prend en charge, mais comprendre… je ne sais pas si le

terme est approprié. Enfin je ne sais pas si je réponds bien…(blanc)

Clotilde : Vous êtes vous retrouvée en situation professionnelle à soigner un

patient qui souffrait d’une douleur que vous ayez déjà vécu personnellement ?

IDE : Jamais non

Clotilde : Et est ce que vous avez déjà eu l’expérience d’une douleur qui vous

semblait être la pire des douleurs que cous puissiez ressentir ?

IDE : Moi personnellement ?

Clotilde : Oui

IDE : Ah non

Clotilde : Avez-vous d’autres choses à dire au sujet de la douleur ?

IDE : Moi ce qui me met le plus en difficulté pour la douleur c’est de prendre en

charge les patients non communiquant parce que on n’arrive pas bien à

l’évaluer malgré qu’on utilise l’Algoplus donc déjà l’Algoplus ce n’est pas

l’échelle reconnue par l’HAS, c’est la euh Doloplus si je ne dis pas de bêtises,

mais elle était très difficile a mettre en place parce que ça regroupe beaucoup

d’items comme nous on la fait régulièrement c’était trop compliqué sinon elle

était pas faite, donc on utilise d’Algoplus mais ça reste quand même assez

approximatif c’est coté sur 4 ou 5 je ne sais plus, donc nous c’est informatisé

donc on a juste a cliquer, et euh ça reste de l’approximatif quoi donc euh moi je

trouve qu’on a encore des choses a faire sur les patients non communiquant.


Annexe V : Tableaux comparatifs des entretiens

Question 1 : Quel est votre âge ?

IDE 1

IDE 2

IDE 3

IDE 4

IDE 5

Age ≤ 30 ans 30 ans < âge ≤ 40

ans

X

X

X

40 ans < âge

X

X

Question 2 : Depuis combien de temps êtes vous en activité professionnelle ?

IDE 1

IDE 2

IDE 3

IDE 4

IDE 5

Expérience ≤

5ans

X

X

5 ans < expérience ≤ 15

ans

X

X

15 ans <

expérience

X

Question 3 : Que vous évoque le mot souffrir ?

IDE 1

IDE 2

IDE 3

IDE 4

IDE 5

Termes employés

Déchirure physique ou mentale

Douleur

Douleur

Supporter, douleur

Douleur, psychologie, social, environnemental, dynamique autour

du patient


Question 4 : Qu’est ce que la douleur selon vous ?

IDE 1

IDE 2

IDE 3

IDE 4

IDE 5

Termes employés

Douleur psychologique, sociale (isolement social), sensation

perçue par la personne

Perception anormale exacerbée physique ou morale, sensation

douloureuse, mal être, état anormal

Signe avant coureur pouvant être un problème sous jacent,

vague, psychologique associée à un évènement, demande

d’écoute, idée de mémoire de la douleur.

Expérience sensorielle désagréable

Peut être psychique ou physique

Question 5 : Comment évaluez-vous la douleur chez un patient ?

Verbal Non verbal Echelles de douleur Autres

IDE 1 X X Changement

d’attitude

IDE 2 X X Réduction de

communication

Modification du

comportement

IDE 3 X X

EVA, EN (toujours resituer

le patient par rapport à sa

dernière évaluation)

IDE 4 X X X

Le ressenti

(EVA)

IDE 5

X

(EVA, Algoplus)

Mis en place par le CLUD


Question 6 : Que ressentez-vous face à un patient visiblement douloureux ?

Que faites-vous ?

Terme « Empathie »

Autres termes

IDE 1 X Recul, « on ne se comporte pas de la

même manière avec tout le monde, c’est la

nature humaine qui veut ça »

IDE 2

Chercher l’origine de la douleur, savoir si c’est

connu, chercher une position antalgique

IDE 3

Calmer immédiatement la douleur,

transmissions au médecin et à l’équipe

IDE 4 X Culpabilité vis-à-vis des soins douloureux

Position antalgique, questionner le patient,

protocole, prévenir le médecin

IDE 5 X Evaluation, prévenir le médecin, techniques

simples

Question 7 : Comment définiriez-vous le fait de comprendre la douleur ?

IDE 1

IDE 2

IDE 3

IDE 4

IDE 5

Terme « Empathie »

X

(nié)

Autres termes

Si source organique

Si origine psychologique, le vécu aide à

comprendre

Si on connaît l’étiologie

Selon le type de douleur (chronique ou aiguë)

Se mettre à la place de celui qui souffre

Bien la situer géographiquement et au niveau

de l’intensité, « on n’a pas a essayer de subir

ce que les autres vivent pour comprendre. »

Accepter la douleur de l’autre, ne pas la nier


Question 8 : Vous êtes vous déjà retrouvé face à des patients souffrant d’une

douleur dont vous ayez fait l’expérience personnellement ?

IDE 1

IDE 2

IDE 3

IDE 4

IDE 5

Oui

X

X

X

Non

X

X

Question 9 : Si oui, souhaitez-vous m’expliquer cette situation ?

Situation

Charge émotionnelle

IDE 1 Suites d’une intervention

chirurgicale

Peu présente

Permet d’expliquer la compréhension de

la douleur

IDE 2 Douleurs à l’aine jamais

soulagées

Très présente

Soulagement de rencontrer une patiente

dans la même situation, lui a permis

d’avoir un diagnostic clair.

IDE 3 Douleurs dorsales Aucune

« on n’est pas constitués pareil »

IDE 4 / /

IDE 5 / /


Question 10 : Avez-vous déjà eu l’expérience d’une douleur qui pour vous

semblait être la pire des douleurs qu’un individu puisse endurer ?

IDE 1

IDE 2

IDE 3

IDE 4

IDE 5

Oui

X

(accouchement)

X

(point de coté)

Non

X

X

X

Souhaitez-vous ajouter des choses sur le sujet ?

Eléments complémentaires

IDE 1 /

IDE 2 Prise en charge dans la globalité, chacun a un vécu différent

face à la douleur, mémoire douloureuse

IDE 3 Meilleure prise en charge de la douleur de nos jours,

importance de l’UMASP

IDE 4 Protocoles douleurs écrits dans tous les services, ne pas

hésiter à donner des morphiniques

IDE 5 Difficultés à prendre en charge les patients non communiquant


CAMUS Clotilde Promotion 2009-2012

Qui de nous deux ?

Résumé

Dans l’exercice de la profession

infirmière, les professionnels sont

amenés à côtoyer de manière quasi

quotidienne des patients douloureux.

L’une de ces personnes, Monsieur D,

est à l’origine de ce travail car sa

situation complexe, par son refus de

communiquer sa douleur, a amené à

une réflexion sur la place de

l’interprétation dans l’évaluation de la

douleur réalisée par les infirmières.

Afin d’appuyer cette réflexion et suite à

des recherches théoriques au sujet de

la douleur, de la relation soignantsoigné,

de l’empathie et de

l’interprétation, des entretiens semidirectifs

ont été mis en place auprès de

cinq infirmières de différentes

structures de soins. Suite à ces

entretiens, une analyse qualitative

mettant en lien les différentes réponses

des professionnelles questionnées

ainsi que la théorie a été élaborée.

Après les résultats de l’analyse,

une corrélation entre l’utilisation des

échelles d’évaluation de la douleur et

l’implication émotionnelle des

soignants semble probable.

Abstract

In nursing, caregivers work

with patients with varying levels of

discomfort almost daily. One of these

patients, Mister D., provided the

impetus for this study as his case is

not only complex, but he also willingly

refused to convey his pain levels,

bringing about a reconsideration of

the interpretation of pain thresholds

on the part of caregivers. In order to

reassess pain threshold

interpretations, a review of pain

theory, caregiver-patient relations,

and empathy, directed interviews of

five caregivers from different clinical

departments were undertaken. A

quantitative analysis of their

responses was performed in order to

highlight links between their

experiences and theoretical

considerations.

After the analysis’ results, an

interrelationship between the use of

pain’s evaluation’s scales and

caregivers’ emotional implication look

likely.

Mots –clés : douleur, relation soignantsoigné,

interprétation, empathie.

Keywords : pain, caretaker-caregiver

relationship, interpretation, empathy.

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