L.ART en Loire #5

l.artenloire

L.ART en Loire est une webrevue d'art et de littérature. Dossier d'exploration : Corps Combattants (lire l'avertissement page 2) Avec Le Grand Café et le LIFE, Sonia Copeland Bloom, Juliette Mouquet, Robert Nottemboom, Anouk Deville, Didier Lestrade, Kael T Block, Teklal Neguib, Khalid El Morabethi, Frédéric Javelaud, Peggy Faye, Frédéric Lucas, Cicero Melo, Arnaud Delcorte, "L'artiste et son modèle" de Fernando Trueba.

L.ART

en LOIRE

2# 5

avril 2014

L.ART en LOIRE - # 5 - avril 2014 1


2# 5

avril 2014

AVERTISSEMENT

Certaines images du dossier d’exploration (Corps

combattants) peuvent heurter les plus jeunes et les

personnes sensibles. Aussi la lecture de ce dossier est

réservée à un public majeur et averti.

A l’attention des mineurs et des personnes sensibles,

vous êtes invités à lire la revue depuis le site yumpu.

En effet, en cliquant sur le numéro de page de la

section désirée vous pouvez passer directement

à la section suivante (cette fonctionnalité est

malheureusement désactivée par les autres sites).

WARNING

The exploration theme is forbidden to the minors.

There is too a warning for sensitive persons.

2

L.ART en LOIRE - # 5 - avril 2014

couverture © kael t block - Ezra, Seattle, USA - 2005


Sommaire

L.ART (Loire Atlantique Art Recherches Travaux)

04 DIPTYQUE : L’ART DU SON

06 Haroon Mirza, le sculpteur de son

une interview de Sophie Legrandjacques,

directrice du Grand Café et commissaire de l’exposition

10 Dans les méandres du bruit :

déambulations à l’exposition Nuit au LIFE

Poesia

12 Sonia Copeland Bloom

16 Juliette Mouquet

20 Robert Nottemboom

22 Dossier d'exploration : Corps Combattants

24 Les corps intimes (Anouk Deville)

30 Le sida et le nuancier de couleurs (Didier Lestrade)

34 XX Boys (Kael T Block)

42 La photo (Teklal Neguib)

44 Nu devant le miroir (Khalid El Morabheti)

46 Waiting for the moment (Frédéric Javelaud)

D'arbres et de pierres

54 Cris urbains (Peggy Faye)

62 La danse de salon (Frédéric Lucas)

64 Downtown (Frédéric Javelaud)

Francophonia

72 Cicero Melo

76 Arnaud Delcorte

Découverte

80 L’artiste et son modèle

82 Les contributeurs

84 Appel à textes : Chaleur // Call for works: Heat

L.ART en LOIRE - # 5 - avril 2014 3


DIPTYQUE :

L’ART DU SON

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L.ART en LOIRE - # 5 - avril 2014 - L.ART


Exposition Haroon Mirza : The calling (détail)

Photographie © Teklal Neguib

L.ART en LOIRE - # 5 - avril 2014 - L.ART 5


Haroon Mirza,

le sculpteur de son

Interview de Sophie Legrandjacques

Directrice du Grand Café et commissaire de l’exposition

INTERVIEW

RÉALISÉE

PAR

TEKLAL

NÉGUIB

6

L.ART en LOIRE - # 5 - avril 2014 - L.ART


Dans la salle de bal

Photographie © Teklal Neguib

Qu’est-ce qui vous a intéressé dans la

démarche d’Haroon Mirza ?

Connaissait-il déjà Saint Nazaire ?

Haroon Mirza ne connaissait pas Saint-

Nazaire. Bien que le Grand Café ait déjà

montré une de ses installations l’an passé

dans une exposition collective, il a découvert

la ville lors de repérage en vue de son

exposition personnelle au Grand café, la

première en France.

Je dois dire que je trouve son univers

extrêmement personnel et singulier. Dans

ses installations, on peut tout reconnaitre,

rien ne semble inconnu et pourtant tout nous

échappe... On est souvent au bord du chaos,

tout semble se dérègler et puis on s’aperçoit

que ce chaos recèle une cohérence, parfois

même une harmonie. C’est à la fois immédiat

et complètement analytique. C’est tour à tour

léger et profond, familier et étrange, poétique

et politique, drôle et sombre... Cela ne

ressemble à rien de ce que je peux connaitre.

Pour moi c’est un artiste qui renouvelle les

formes, bouscule les frontières entre les

langages.

Comment construit-il ses sculptures

sonores ? Quels matériaux utilise-t-il ?

Il travaille à partir d’un assemblage hétéroclite

d’objets vintage ou plus contemporains. Ces

objets diffusent du son et de la lumière : dans

son univers on retrouve souvent des lampes

rétro, des radios années 50, des platines

pour vinyles, mais aussi des boomers, des

guirlandes de LED, des écrans d’ordinateur, de

vidéos glanées sur Youtube... on est vraiment

entre la brocante du coin et le laboratoire

d’acousticien. Les objets du quotidien sont

présents : téléphone, pommeau de douche,

commode... Et les murs sont parfois tapissés

de triangles de mousse qui absorbent le son.

Il mélange différentes sources sonores : un

morceau de Pop music, des grésillements, des

interférences, l’entrechoquement d’objets qui

vibrent... Tous ces différents éléments visuels

et sonores sont reliés entre eux : l’impulsion

électronique crée de l’électricité, qui crée de

la lumière, qui créée du son...

qu’un outil, un canal de transmission d’énergie

électrique pour créer des images et des

sons. Dans le travail d’Haroon Mirza, rien de

la technique n’est caché, les sources sont

laissées apparentes, les liens et circulations

entre les objets aussi. La technologie joue un

rôle purement fonctionnel, jamais à des fins

fictionnelles.

La lumière crée du son, celui de l’énergie

électrique qui circule dans les LED par

exemple. Or l’électricité se trouve également

dans la nature. On l’oublie souvent ! C’est

une énergie qui se trouve à l’état naturel. En

captant cette énergie, les hommes ont pu

développer des technologies, des médias,

des appareils de transmission... Haroon Mirza

cherche à redonner une dimension primitive à

ces appareils et à brouiller les frontières entre

ce qui serait naturel et ce qui serait culturel.

De même, l’eau est un motif récurrent dans

son travail. Il est fasciné par le son de l’eau,

de l’océan en particulier qu’il décrit comme

un ” white noise “, un bruit blanc semblable à

celui de la neige sur un écran TV, même s’il

confesse que ce son est impossible à traduire.

De façon générale, pour lui, la nature offre des

modèles de circulation et d’optimisation de

l’énergie qui l’intéresse énormément.

Pour l’œuvre dans la « grande salle » il a

fait appel à Okkyung Lee. Qui est-elle et

pourquoi cette collaboration ?

Okkyung Lee est une musicienne,

violoncelliste coréenne et une figure

énigmatique de la scène down-town newyorkaise.

Elle est une interprète connue dans

le monde des musiques improvisées et elle se

prête volontiers à des expérimentations avec

d’autres artistes comme Christian Marclay,

Thurston Moore... Haroon Mirza aime inviter

d’autres artistes à collaborer à son travail et

ensemble, ils ont réalisé deux performances.

Okkyung Lee est venue le soir du vernissage

pour jouer en live dans l’installation The

Calling. Je crois que pour Haroon Mirza, cette

pratique de l’hospitalité est importante,

les œuvres restent ainsi des espaces

d’expérimentation, des formes ouvertes et

disponibles à ceux qui veulent s’en emparer.

Si les œuvres paraissent très techniques

voire technologiques, quel rapport Haroon

Mirza entretient-il avec la nature ?

Je commencerais par décrire son rapport

à la technologie, en disant que celle-ci ne

constitue jamais une fin en soi, que ce n’est

L’œuvre de la “Petite salle” est une œuvre

fort étrange, et qui réserve quelques

surprises. Que pouvez-vous nous en dire ?

Pavillion for Optimisation (Pavillion

pour l’optimisation) est une œuvre qui

s’expérimente seul. On rentre dans une salle

L.ART en LOIRE - # 5 - avril 2014 - L.ART 7


Les conférences

du Grand Café

Pavilion for Optimisation

2013, installation,

courtesy Lisson Gallery, Londres

Photographie © marc Domage

Le Grand Café a proposé une

conférence le 18 février autour

du son, en partenariat avec la

revue Volume. Pouvez-vous nous

présenter cette revue, et quel est

son objet ?

VOLUME est la seule revue d’art

contemporain qui parle du son.

C’est une revue qui a été créée il y a

quelques années et qui en l’espace

de sept numéros a contribué à

faire apparaitre à quel point le son

est une donnée présente dans la

création des plasticiens d’aujourd’hui

mais aussi de quelques pairs du

xx e siècle. VOLUME n’est ni une

revue musicale ni une revue d’art

sonore mais aborde le son au sens

large (bruit, voix, musique, mais

aussi références à son imagerie, à

sa culture) et l’envisage comme un

prisme fructueux pour observer et

décrypter la création contemporaine.

Les auteurs qui contribuent à cette

revue thématique ne sont pas

forcément des spécialistes du son

et cela donne des approches et des

analyses renouvelées.

Quelle est la place du son

dans l’art contemporain ?

Cette place est de plus en plus

importante. Les jeunes générations

d’artistes sont souvent musiciennes

ou Dj à un moment ou un autre

de leur parcours... les références

musicales sont nombreuses. C’est

un background culturel qui est

souvent revendiqué et qui nourrit

les formes et les pratiques actuelles

des plasticiens. Comme le dit très

justement Eva Prouteau lors des

conférences sur l’histoire de l’art

qu’elle donne au Grand Café, on voit

bien qu’aujourd’hui, ” les artistes

s’approprient l’héritage des Avantgarde,

déconstruisent la matière sonore,

l’imbriquent avec d’autres éléments,

pour mieux recomposer une œuvre

fondamentalement hybride, qui parle

aussi de notre époque, celle du son

dématérialisé et des supports d’écoute

ultra-mobiles. Le son est désormais

utilisé dans toutes ses dimensions –

plastiques, auditives, sociopolitiqueset

combiné en toute fluidité avec

les matériaux de la sculpture et de

l’architecture “.

8 L.ART en LOIRE - # 5 - avril 2014 - L.ART


noire qui s’éclaire au son d’une forme sonore

qui ressemble à une vague qui déferle ou

à des galets qui roulent, tombent. La salle

devient très blanche, éblouissante et on

n’identifie pas le son entendu. C’est une

expérience brève, mais intense, très physique

qui provoque un mouvement du corps qui

reproduit le mouvement du son. Puis dans

un deuxième temps qui peut être le premier

pour le visiteur qui passe dans la rue, on

voit à travers la baie vitrée de la salle et

depuis la rue donc, un pommeau de douche

dont s’écoule de l’eau dans une poubelle en

plastique. Un micro sur le bord de la poubelle

nous indique que c’est bien le son de l’eau

que nous entendions dans la salle blanche.

Mais l’image ne colle pas avec le son ! Car

dans cette salle blanche, on a entendu la

réverbération du son enregistré et le décalage

de perception d’un même phénomène

physique (l’eau qui coule) est impressionnant.

A l’étage du centre d’art qui était

auparavant une salle de bal, l’artiste a

imaginé une installation qui donne envie de

danser (Access Boot). Comment la culture

DJ de l’artiste a-t-elle influencé son travail ?

Quelles sont ses autres influences ?

Je crois que la pratique de Dj permet au fond

à tout à chacun d’élaborer sa propre forme

d’écriture musicale et de la partager avec les

autres dans l’idée d’une célébration joyeuse.

Il s’agit de faire bouger les corps, de danser,

d’éprouver l’euphorie collective et le plaisir

que procure la musique. C’est une forme

d’expression populaire et de plaisir immédiat

de la musique qu’Haroon Mirza inclut

volontiers dans son travail aux côtés d’autres

formes plus érudites, celles du Ready made

par exemple, de la musique concrète, de la

scénographie... qui mobilisent chez le visiteur

d’autres sens, d’autres formes d’intelligibilité,

construisent d’autres systèmes d’information.

Au fond, Haroon mixe différents langages

(visuel, sonore, spatial), c’est une attitude

réellement contemporaine.

C’est aussi quelqu’un qui a reçu une

importante formation en design. Il en a gardé

une vision de l’objet-prototype, un intérêt

revendiqué pour la fonctionnalité des œuvres

d’art et une conscience aigüe de la dimension

culturelle des objets, de leur usage et de leur

interprétation.

Pense-t-il enregistrer son travail ?

Quel est son rapport au son enregistré

versus son en live ?

Non, Haroon Mirza ne conçoit que des œuvres

” live “, tout ce que vous entendez dans les

salles est produit en direct. C’est une donnée

importante de son travail, c’est ce qui rend

l’expérience du visiteur si physique. On n’est

pas dans un espace sonore qui serait un

prélèvement du réel, simplement déplacé et

diffusé dans la salle d’exposition, ce qui en

ferait une trace, un ” document sonore “, lequel

porterait une forme de vérité sur le monde

(c’est le principe de la capture sonore). Tout

le travail d’Haroon Mirza consiste justement

à brouiller ce qui semble être une information

fiable pour nous faire prendre conscience que

ces certitudes sont culturelles.

C’est aussi pour lui une façon de jeter un

trouble sur la possible vie de tous ces objets

ou éléments immatériels comme la lumière et

le son qui se manifestent, semblent prendre

vie sous nos yeux et nos oreilles... de jouer

avec notre entendement, ce qui est logique,

plausible ou absurde. Son travail est lié aux

mécanismes de l’information.

Les sons enregistrés font partie des textures

sonores qui composent notre environnement,

et c’est pourquoi il peut les inclure parfois

dans ses compositions ” live “. Mais lorsque

l’artiste inclut une vidéo glanée sur You tube

par exemple, il s’agit bien de son enregistré,

mais ce son est traité par lui comme une

source ou une matière sonore déjà médiatisée

qu’il travaille de façon à en extraire plus que

ce que le document ne livre.

Dans la salle de bal

Photographie © Teklal Neguib

L.ART en LOIRE - # 5 - avril 2014 - L.ART 9


Parc naturel régional de Brière

Photographie © Eric Sneed

Dans les méandres du bruit

Déambulations à l’exposition Nuit

du LIFE

ARTICLE DE

TEKLAL

NÉGUIB

Bassin de Saint-Nazaire

Photographie © Jan Oliver Kunz, LIN Agency

Saint-Nazaire, Base des sous-marins - Radôme

Photographie © Jan Oliver Kunz, LIN Agency

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L.ART en LOIRE - # 5 - avril 2014 - L.ART


CRÉÉE

par la compagnie Ouïe/Dire en partenariat

avec le Life, et le théâtre Athénor,

l’installation a pour thème la nuit et ses bruits, en la ville de

Saint Nazaire. Elle propose ainsi une expérimentation très

complémentaire à l’œuvre d’Haroon Mirza sur le son, ellemême

exposée au Grand Café.

La captation des bruits, la nuit venue, a eu lieu pendant

une semaine à l’été 2013. Véritable phonographie, ces

images sonores racontent une ville, sa vie, ses silences, son

port, ses trains, sa nature, dans sa musicalité naturelle. Il

n’y a pas d’image, seulement le bruit le plus pur.

L’écoute de ces sons est en elle-même une véritable

expérience physique, émotionnelle. En effet, afin d’induire

une écoute totale, un abandon de soi dans les sons de Saint

Nazaire, les artistes proposent une salle en aveugle (noir

complet), où le spectateur s’allonge ou peut s’asseoir à sa

guise sur des banquettes-lits créés spécialement.

Les sens sont alors tout en alerte, en disponibilité.

D’expérience, les meilleures sensations sont, cependant,

obtenues en étant allongé, car par l’étrangeté du bruit, le

corps lui-même finit par ” entendre “ le son. En effet, ressentant

les vibrations, qui le pénètrent, il devient alors ouïe.

Ce n’est d’ailleurs pas seulement sur l’étude et l’analyse

du son, que Nuit, au Life et Random Access Recall, au Grand

Café, sont complémentaires, c’est aussi dans le jeu sur la

corporalité du son : comment le corps perçoit le son, et le

vit ; comment le son s’intègre et s’assimile en lui.

L’exposition est en outre un voyage dans l’environnement

d’une ville portuaire et de sa découverte : une déambulation

immobile par le son. Nuit propose ainsi de se rendre compte

que même le silence est bruyant.

Il est à noter que cette installation sonore a été spécifiquement

créée pour le LIFE, dans une perspective artistique,

et non documentaire. Centre d’exposition, le Life est alors

devenu une caisse de résonnance des captations, un acteur

en soi de cette écoute et expérience. Car il est tout à la

fois un lieu clos, et une salle de concert, situé dans la base

sous-marine, construite sur une architecture de type bunker,

par les allemands, durant la Seconde Guerre mondiale.

L’exposition qui fait appel à l’imaginaire du spectateur,

est une proposition poétique d’une très grande valeur,

très intéressante aussi pour les plus jeunes. Visitée par les

enfants de la ville, qui l’ont particulièrement adorée, ces

derniers ont en outre poursuivi cette expérience par la

création de haïkus (notamment les maternelles), pour le

théâtre Athénor.

Pour information

L’installation sonore Nuit était présentée au LiFE

du samedi 8 février au dimanche 16 mars 2014.

Compagnie Ouïe/Dire

Jean-Léon Pallandre - composition phonographique

Marc Pichelin - composition phonographique

Laurent Sassi - ingénieur du son, mixeur

Scénographie Philippe Comte, Agence Guliver

Coproduction Athénor et le LiFE - Ville de Saint-Nazaire

Saint-Nazaire, front de mer

Photographie © Dominique Macel, Ville de Saint-Nazaire

Pour se tenir informé des expositions au LIFE

LIFE

Base des sous-marins, Alvéole 14

Boulevard de la Légion d’Honneur

44600 Saint-Nazaire - France

Tél. : +33 (0)2 40 00 41 68 • life@mairie-saintnazaire.fr

www.mairie-saintnazaire.fr

lelifesaintnazaire.wordpress.com

Entrée libre et gratuite

L.ART en LOIRE - # 5 - avril 2014 - L.ART 11


SONIA

COPELAND

BLOOM

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L.ART en LOIRE - # 5 - avril 2014 - POESIA


Air is Key

A Song

It was a breath of air delivered me from womb to world,

Set my heart a-beating and filled my lungs so I could yell

And find a voice to cry myself to life as I uncurled

My limbs: a tiny nose breathed up the vital gift of smell

Opening my lips so I could seek for nourishment and care.

The key to life’s long journey, come what may, is precious air.

That breath of air we need to laugh, or rage, or make us cry.

Air elicits music, stirs passions, provokes that lonely sigh.

An omnipresent girdle, air is soft, unseen, yet fierce and strong.

What’er we do, where’er we go, air will forever come along.

And when life’s journey ends, and there’s no need for sustenance and care,

This gaseous God will say farewell and leave. The key to life and death is air.

L.ART en LOIRE - # 5 - avril 2014 - POESIA 13


Only a Dream

Why does it feel, when we are together

That this is a love that will go on forever?

Why don’t I wait, just wait for tomorrow?

When the phone doesn’t ring, I’ll be filled with such sorrow.

What makes you hug me and hold me so tight

Then nonchalantly wave as you vanish from sight ?

Why can’t I hide that I feel such a lot ?

Why can’t I pretend that I don’t mind a jot ?

Next time, I promise, I’ll make out I don’t care

I’ll say no to your kisses and laugh if I dare,

Wave goodbye with a smile when you go: it’ll seem

To me and my heart – you were only a dream.

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L.ART en LOIRE - # 5 - avril 2014 - POESIA


Fire

Fire is heaven and fire is hell,

Fire is a flaming ball, a burning carousel.

Fire is the force, a golden sun, kindling the miracle of life.

Yet fire can devastate, annihilate, bring pain and endless strife.

Fire is warmth and fire is joy

Fire devours, its greedy flames destroy

Fire gives the world its energy: lights up its darkened earth.

Its scorching finds the dying; its crimson rays new birth.

Fire is love and fire is hate

Fire is an ardent heart, a warmth that will radiate

Fire burns in those inspired, puts genius within their grasp.

Or ignites Man’s hatred and incites his wars.

Man’s life-long work must be twin-tasked

To fan the flames of love and stamp out the fires of hell.

Note of Sonia Copeland Bloom

Air is Key won a distinction at the Thanet Drama Festival.

Fire was written for the Thanet Festival.

Note de Sonia Copeland Bloom

Air is Key a reçu une distinction au Thanet Drama Festival.

Fire a été écrit pour le Thanet Festival.

L.ART en LOIRE - # 5 - avril 2014 - POESIA 15


JULIETTE

MOUQUET

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L.ART en LOIRE - # 5 - avril 2014 - POESIA


Dans mes chaussettes

J’habite ici

Sans avoir, sans être

J’habite ici

Dans mes chaussettes

Je n’ai pas vu arriver la déchéance

Ni les coups de pieds dans ma panse

Sous le pâle d’un réverbère

Je divague, je bois la mer

Au goulot sali, le sang de l’hiver

Je n’ai pas vu arriver la solitude

Ni les barrières de la méfiance

Face à une humanité trop rude

Qui prône l’excellence

J’ai perdu le fil et la cadence

De jours chômés en cafés de l’absence

Je ne suis plus en concurrence

J’habite ici

Sans étreintes, sans fête

J’habite ici

Dans mes chaussettes

L.ART en LOIRE - # 5 - avril 2014 - POESIA 17


La déception

Je te rejoins, petite sœur, ma vaste déception

N’aies pas peur, je te connais si bien

Tes yeux écarquillés où la lueur s’étiole

Ta bouche absurde qui dégringole

Ton visage vidé par l’outrage et l’heure indifférente

J’aimerais que tu ne sois pas née

Ne pas te ressembler

Et rester fille unique de la joie

Un cri terrible entre dans la chambre

Je m’en vais border ta cadette

La rancune !

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L.ART en LOIRE - # 5 - avril 2014 - POESIA


Trompe l’œil

Ce soir en ce lointain murmure

En ton mystérieux silence

Dans la fête tant attendue

De nos retrouvailles

Vas-tu salir le diadème blanc

Me baises-tu l’absence ?

Me dévisages-tu avec une autre ?

Quand seul le désir des formes

Perce ta cornée

L.ART en LOIRE - # 5 - avril 2014 - POESIA 19


ROBERT

NOTTEMBOOM

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L.ART en LOIRE - # 5 - avril 2014 - POESIA


La poésie m'aura aidé à vivre; m'aidera-t-elle à mourir ?

En attendant, je ferme les yeux pour ne pas voir que je ne vois plus qu'à peine...

Mille étoiles s'éveillent à l'aube de la nuit.

Nous fûmes oiseaux -

dans les forêts luxuriantes

nous perdîmes nos ailes

Tu n'es pas revenue

des lieux de l'horreur -

tu es restée en moi

L.ART en LOIRE - # 5 - avril 2014 - POESIA 21


22 L.ART en LOIRE - # 5 - avril 2014 - DOSSIER D'EXPLORATION : CORPS COMBATTANTS


DOSSIER

D'EXPLORATION

CORPS

COMBATTANTS

kael t block - Gabriel, Male / Female / Fuck You, Seattle - 2006

L.ART en LOIRE - # 5 - avril 2014 - DOSSIER D'EXPLORATION : CORPS COMBATTANTS 23


ANOUK

DEVILLE

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L.ART en LOIRE - # 5 - avril 2014 - DOSSIER D'EXPLORATION : CORPS COMBATTANTS


LES CORPS INTIMES

L.ART en LOIRE - # 5 - avril 2014 - DOSSIER D'EXPLORATION : CORPS COMBATTANTS 25


26 L.ART en LOIRE - # 5 - avril 2014 - DOSSIER D'EXPLORATION : CORPS COMBATTANTS


L.ART en LOIRE - # 5 - avril 2014 - DOSSIER D'EXPLORATION : CORPS COMBATTANTS 27


28 L.ART en LOIRE - # 5 - avril 2014 - DOSSIER D'EXPLORATION : CORPS COMBATTANTS


L.ART en LOIRE - # 5 - avril 2014 - DOSSIER D'EXPLORATION : CORPS COMBATTANTS 29


DIDIER

LESTRADE

Le sida

et le nuancier de couleurs

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L.ART en LOIRE - # 5 - avril 2014 - DOSSIER D'EXPLORATION : CORPS COMBATTANTS


JE PENSE

que tout à été déjà dit sur l’influence

du VIH sur le corps humain, chez

l’homme ou chez la femme. Finalement, si on relativise, c’est

ce qui arrive à toutes les personnes qui tombent malades, qui

ont un accident, qui deviennent handicapées, qui perdent

leurs cheveux, vous connaissez la liste.

Ça concerne des centaines de milliers de personnes chaque

année et si on réfléchit bien, il devrait y avoir des médias

essentiellement consacrés à ça car il s’agit d’un public captif

qui se tait, en général, qui se trouve en marge d’une société

où il faut être George Clooney pour vendre du café. Mais ce

n’est pas suffisant de se battre contre une maladie, prendre

des traitements forever, faire des calculs impossibles sur

les chances de survie, s’imaginer encore plus laid et plus

amoindri, il faut en plus le vivre dans le silence.

Normalement, à notre époque, il aurait dû y avoir une

convergence de toutes ces maladies qui, souvent, affectent

l’image des malades de la même manière. Il devrait y avoir de

témoignages qui rapprochent ces affections, qui établissent

que les malades des pays riches ont quelque chose qui

leur rappelle les malades des pays pauvres. Il devrait y

avoir une fusion de tous ces messages, afin que les gens se

sentent un peu moins seuls, qu’ils échangent des conseils

pratiques ou des solutions domestiques, il devrait y avoir

une réappropriation du corps mais ce n’est pas le cas (une

app vite!). Les malades tiennent souvent à la spécificité de

leur maladie, ils s’y accrochent même pour ne pas se perdre

complètement dans l’inquiétude et le désespoir. On a même

vu, â travers le sida, à quel point les maladies s’affrontent

dans une compétition féroce pour obtenir des recherches

plus rapides, une meilleure reconnaissance des Etats et des

sociétés. Souvent, ce que l’on consacre au sida, on ne le

dépense pas pour les autres maladies.

Chaque maladie développe ainsi une culture pour assurer

à la société qu’elle est particulière, unique. Mais c’est

souvent parce que certaines maladies sont plus effrayantes

que d’autres ou que le monde de la culture s’en empare plus

facilement. Parler de la sclérose en plaque d’une manière

romantique est assez difficile. Le faire pour le sida, pour le

cancer, c’est assez courant.

Pourtant.

Pendant toutes ces années, il a été difficile de s’exprimer

sur nos visages et notre apparence car les médias s’étaient

emparés du sujet d’une manière qui, comme toujours, nous

échappait. Il y a eu la terreur du Kaposi et même s’il fallait

bien communiquer sur ces taches violettes qui défiguraient

les malades, il y avait un côté freak show qui ressemblait

trop à une fixation extérieure, presque voyeuriste. Ensuite,

il y a eu l’ego. Certaines célébrités comme Guibert ont

utilisé leur image comme un atout promotionnel et ce

qui a été considéré comme un processus artistique, une

pédagogie de la maladie, n’a finalement qu’un geste égoïste,

très autocentré, et surtout commercialement prodigieux.

Certains se retrouvaient dans Guibert, d’autres avaient

l’impression qu’on leur volait leur image. Le succès de

Guibert est devenu une machine de vol médiatique, une

surexposition, un détournement. Le look Guibert est devenu

une obligation intellectuelle et chaque livre qui se vendait,

chaque photo de son corps, chaque article larmoyant était

une négation des autres, les prolétaires de la maladie, les

militants aussi. Le sida est devenu un sujet de salon sur fond

de musique classique, une version Bayreuth de la fièvre, de

la diarrhée, de l’incontinence.

Pendant longtemps, nous avons du nous taire sur ce qui

apparaissait sur nos corps et ce qui disparaissait surtout,

cette jeunesse, le peu de graisse qui nous restait. L’analogie

avec les camps de concentration était établie par les livres de

Susan Sontag et Larry Kramer et l’argument de l’holocauste

se renforçait chaque jour. Les gays étaient le dernier fourgon

vers Dachau, celui dont on ne parlait pas et pourtant leur

sort ressemblait beaucoup à celui des emprisonnés qui

disparaissaient quand le monde entier préférait ne pas

regarder. Où étaient-ils ? Avaient-ils disparu des villes dans

lesquelles ils habitaient ? Qu’étaient-ils devenus ? Personne

ne le savait car les gouvernements ne s’intéressaient pas

à eux, parce que la science était dégoûtée de ce que nous

étions, parce que leurs vies ne méritaient pas d’être sauvées.

Et c’est là où le lien politique s’est construit entre l’indifférence

envers les gays et l’indifférence, beaucoup plus grave encore,

envers les Haïtiens, les toxicomanes, les Africains. Ils avaient

souvent les mêmes maladies, ils décédaient de la même

manière, leurs cadavres se ressemblaient et les croque-morts

ne voulaient pas les toucher. Leur image était si épouvantable,

elle sentait si mauvais, elle était le signe que le sida paraissait

meurtrier, au-delà de la mort.

C’est donc cette catastrophe globale qui nous a retenus

dans la complainte de notre corps et de nos visages. Le drame

était si grand, si international, que nous ne pouvions pas

parler de nous, en tant qu’individus, comme le faisaient les

Guibert des prix littéraires. Il y avait forcément des malades

qui souffraient davantage, qui avaient encore moins de soins

et de traitements, c’était impossible de parler de nos corps

d’une manière égoïste. La grande douleur du sida, nous

l’avons évacuée en dynamisant le mouvement associatif, en

discutant avec nos amis, en respectant les morts. En tant

que survivants, notre complexe était déjà connu. Comment

se plaindre d’une image corporelle quant tant de personnes

n’avaient même pas de couverture sociale, comme nous? Au

L.ART en LOIRE - # 5 - avril 2014 - DOSSIER D'EXPLORATION : CORPS COMBATTANTS 31


moins, nous étions toujours vivants et chaque jour, devant

la glace de la salle de bains, nous avons appris à refouler

cette terreur de ne plus se reconnaître, devant ces jambes et

ces bras qui perdaient leur graisse, cette peau qui devenait

terne malgré notre jeunesse ou rougeâtre à cause des effets

secondaires de l’Epivir.

Il a fallu traverser l’incertitude des années 90 en tentant

le coup, en espérant que des traitements plus efficaces

arriveraient, en poussant la recherche à développer des

techniques de comblement des lipoatrophies. Et pendant

ces longues années, nous avons appris à moins nous aimer

physiquement, ce qui a souvent été le prolongement de

complexes identitaires de minorités souffrant déjà de

lacunes en termes d’amour propre. Quand on avait du sexe,

c’était forcément dans l’environnement clinique de notre

identité séropositive. Comme les tuberculeux baisaient

entre eux dans les centres de cure ou les fous dans les asiles.

Quand on était amoureux, on avait toujours cette idée que

l’autre cesserait de nous aimer parce que votre corps n’était

plus celui de la première rencontre. Il y avait une immense

entraide entre gays et les séronégatifs faisaient l’effort

d’aimer les séropositifs malgré leurs stigmates. Nous leur

étions énormément reconnaissants. Mais il y avait toujours

cette peur, surtout quand elle concernait tous les fluides

corporels. On a du mal à se rappeler aujourd’hui. Même la

salive faisait peur.

Dans les associations, à l’hôpital, dans les manifs, dans la

rue de tous les jours, nous nous reconnaissions en un coup

d’œil. Le VIH est devenu un nouveau Gaydar. En regardant

quelqu’un, on pouvait être quasiment sûr s’il portait le

virus. Pour ceux qui avaient eu la chance de naitre jolis,

c’était catastrophique. Pour ceux qui s’étaient entrainés,

par le sport et l’effort, c’était la perte de contrôle. Pour ceux

qui n’étaient pas jolis, c’était l’aggravation d’une injustice

naturelle. L’estime de soi dégringolait de tous les côtés

dans une société où la beauté a toujours été le parangon

de la réussite. Même pour les militants exemplaires, l’image

était celle de freaks, ce qui a été accentué et autoproclamé

par le look actupien et queer. Notre image était la preuve

de notre exclusion et en même temps, elle était le signe

de l’appartenance à un renouveau politique. Etre amaigri,

c’était forcément appartenir à un mouvement de lutte qui

était alors prestigieux.

À la première personne

Quand on fait le rappel de ces clichés sociétaux, il reste

vraiment à parler du corps humain, et pas dans un champ

philosophique. Pour moi, la réalisation de ma déchéance ne

s’est pas faite devant le miroir de la salle de bains. Cela faisait

des années que je m’étais habitué à me regarder en une

fraction de seconde, comme quand on vérifie s’il reste du

dentifrice après s’être brossé les dents. Ca s’est passé dans

la rue, au hasard, un jour où mon reflet m’a renvoyé l’image

de quelqu’un qui n’était plus du tout moi. Je suis séropositif

depuis 26 ans ou 27, je ne compte plus vraiment les années

et je peux témoigner que je n’ai jamais eu d’histoire d’amour

sans que ce statut sérologique ne soit une limite à mes

sentiments amoureux. Je veux dire par là que l’amour qui

m’a été offert l’a été en dépit de cette apparence, ce qui

peut être vu d’une manière formidablement positive bien

sûr. Ces hommes ont dépassé une crainte naturelle en se

rapprochant de moi. Mais le moi physique qu’ils affrontaient

quand ils faisaient l’amour n’était plus ma vraie personne, il

est mort depuis longtemps. Avec les années, mon physique

devenait un double de moi. Malgré l’amour que je recevais et

que je donnais, cette peur m’a empêché d’apprécier le soleil,

le sexe et toutes les bonnes choses de la vie. Mon apparence

était le résultat d’une longue suite d’interdits comme le fait

de manger ceci ou cela parce que c’était dangereux pour

le système immunitaire. Le sperme était un NO-GO mortel,

les muqueuses étaient des zones délicates avec lesquelles il

ne fallait pas rigoler, chaque orifice était une porte d’entrée

potentielle pour des agents pathogènes spécifiques. Mon

corps était un panneau signalétique en direction de tous les

microbes de la planète, une invitation alléchante : ‘‘ Venez

par là ! Satisfaction garantie ! ’’

Car chaque partie de votre corps réagit à sa manière à

la présence du virus. Une candidose sur les ongles des

pieds qui reste à vie, c’est un complexe qui fait que vous

n’avez pas envie que votre mec vous caresse de ce côté. Et

pourtant, vous en rêvez. Vos jambes amaigries qui souffrent

de crampes, c’est la hantise de réveiller votre amoureux par

des cris de douleur au milieu de la nuit. Votre cul, qui avait

toujours été un sujet de compliment lors de votre jeunesse,

au stade où ça vous énervait d’entendre des mots gentils

plus ou moins intéressés, ces fesses sont parties voir ailleurs.

Perdues pour toujours! Mon sexe? Oh il vieillit lui aussi et

puis il est tellement sensible aux effets secondaires des

médicaments qu’il devient à lui seul un thermomètre de

toxicologie. Avant il était si facile à satisfaire. A 40 ans, il a

commencé à avoir une mémoire sélective et puis il a toujours

débandé dès qu’un risque épidémiologique survenait, il est

ma conscience faite chair. Pendant un quart de siècle, il

s’est habitué à tellement d’interdits qu’il est devenu moins

joli, moins fier, moins masculin quoi. Mon ventre, c’est juste

une caisse de résonnance de toutes les merdes chimiques

avalées tous les jours, tous les jours, tous les jours, tous les

jours (enfin ça va, je suis observant à 90%, je ne suis pas une

machine non plus). C’est le processeur nucléaire de l’industrie

pharmaceutique. Aujourd’hui ça va vraiment mieux mais

il a été marqué, dans sa mémoire cellulaire et musculaire.

Pendant les pires années, celles du début des antiprotéases,

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L.ART en LOIRE - # 5 - avril 2014 - DOSSIER D'EXPLORATION : CORPS COMBATTANTS


c’était impossible de se mettre sur le ventre pour dormir et

le cerveau s’habitue à ce sommeil de cadavre, bien droit, sur

le dos. Il était si sensible qu’il ne supportait plus la moindre

caresse, c’est à ce stade de tristesse. Alors, avoir la tête d’un

amant sur le ventre, oubliez. C’est l’endroit du bouglibougla

des pilules qui libèrent leurs principes actifs, le début de la

flatulence, et puis ce ventre grossit, c’est d’ailleurs la seule

partie du corps qui prend du volume, super. Vous êtes

vieux avant d’être vieux. You smell. Votre transpiration, si

douce, naturellement parfumée, développe un arrière goût

chimique. Heureusement, j’adore les parfums.

C’est donc l’ensemble de votre charpente qui porte un

poids trop lourd, celui de votre métamorphose. Vos épaules

sont si fines qu’elles changent votre stature et votre maintien,

vous êtes plus courbé. Vos os deviennent fragiles, c’est

connu dans le VIH. Et ce visage, c’est un chapitre à lui seul,

la partie la plus visible de votre être, celle qui parle en public

et qui effraie quand les mots sortent de votre bouche. Vous

voyez dans le regard des gens qu’ils n’écoutent pas toujours

ce que vous dites, ils sont d’abord en train de se poser la

question : ‘‘ Je ferais quoi si j’avais un visage comme lui ? ’’ Un

jour, un jeune a eu la franchise désarmante de vous dire qu’il

préfèrerait se suicider. Votre communication est altérée par

votre image et si vous réfléchissez bien, tous les hommes

séronégatifs qui vous ont aimé finissent par enchaîner votre

relation avec cette fois un séronégatif. Ils ont donné, vous les

avez peut-être épuisé avec votre VIH, ils méritent un break.

Je vous entends dire que ce constat concerne surtout les

années 90. Même pas. Ces drames de l’image corporelle,

c’était surtout pendant la première moitié des années 2000.

Mais la seconde moitié des années 2000 a apporté de nouveaux

séropositifs moins marqués, plus jeunes, plus musclés,

moins amochés par les vieux traitements. La peur de l’image

s’est diluée dans une nouvelle normalité asymptomatique et

indétectable. Ces nouveaux arrivants suivent des multithérapies

qui affectent moins leur métabolisme, ils gardent leur

graisse sur le visage, ils n’ont pas à vivre ce que nous avons

vécu et franchement, dans tous les cas, on est contents pour

eux. Il n’y a pas de jalousie, c’est la vie, notre maigreur est la

passerelle sur laquelle ils ont marché pour atteindre l’autre

rive de la séropositivité chronique. A part les cauchemars

de l'emtricitabine/tenofovir disoproxil, ça va mieux (lien).

Le Gaydar de la maigreur fonctionne moins, il est plus difficile

de reconnaître un séropositif dans la rue et c’est une

victoire que nous avons obtenue, nous les fantômes. Nous

serons toujours là pour leur rappeler ce qui s’est passé avant

leur contamination mais tout nous indique qu’ils n’ont pas

envie de savoir. Survivants, nous sommes des monuments

aux morts qui bougent et comme tous les monuments aux

morts, les gens passent devant sans les regarder, sans lire

la liste des personnes disparues dans le village. Les mauvais

souvenirs de cette épidémie ne se cachent pas seulement

dans nos souvenirs, ils sont visibles sur nos visages, dans la

mémoire intracellulaire de notre organisme, jusqu’au plus

profond des os et de la moelle épinière. Le corps se rappelle

de tout.

Cacher son corps

J’ai fini pas admettre que si je me suis récemment tourné,

à nouveau, vers le tatouage, c’est en grande parie dans

l’envie de maquiller de ce corps pour lui donner une nouvelle

identité. Quand je présente un dessin à un tatoueur, si je veux

vraiment lui expliquer, je finis par lui dire que je suis en train

d’habiller ma séropositivité, comme d’autres ont recouvert

leurs corps de dessins tribaux dans les années 90. Mais moi,

je choisis des motifs positifs pour montrer que l’on est passé

à autre chose. Pas question de coller sur mon corps un signe

macabre comme une tête de mort ou un symbole sombre.

Le dessin, le message, la typographie, c’est mon dernier

effort pour pousser ma séropositivité vers de nouvelles

couleurs. Je suis un homme sandwich du tatouage, mes

motifs s’apparentent à mes articles, une méthode Coué de

l’effort. Je ne peux plus changer mes os, mes muscles, ma

vieillesse, je peux seulement essayer de les mettre en valeur.

C’est pour moi que je le fais, c’est l’aboutissement d’années

d’impuissance face à mon image.

Car c’est finalement la mort qui me motive encore et

encore, pour tenter de la contredire. Quand je parle de cet

extreme make-over à travers ces tatouages, je sors toujours

le même trait d’humour : ‘‘ Je travaille sur mon cadavre ’’.

Je veux être prêt à partir avec un look que j’aurai choisi.

Je veux changer mon corps jusque dans la crémation. Que

ces dessins se consument avec moi, que l’esprit de leur

message se dissipe dans la fumée. Je me suis préparé à

partir, dans ma tête et maintenant dans ma peau. J’ai fait

un effort. J’invente un concept de vie avec la VIH et je l’offre

au feu. Ce n’est pas de l’art, c’est un fétiche abstrait portebonheur

qui me décrit tel que je suis vraiment. La personne

qui a été transformée par la maladie, celle qui a survécu et

qui s’abandonne volontairement au mystère de l’au-delà. Je

n’ai pas peur de ce néant, je lui apporte des offrandes, mon

corps affaibli mais décoré de couleurs et de messages.

Le VIH vaincu par le Pantone.

Personne n’a vu le sida sous cet angle, il me semble.

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Virgo, Paris, France - 2010

KAEL

T

BLOCK

XX Boys

34

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Mathieu, Lille, France - 2013

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36 L.ART en LOIRE - # 5 - avril 2014 - DOSSIER D'EXPLORATION : CORPS COMBATTANTS


Josh, Paris, France - 2012

James, pregnant, Vancouver, Canada - 2005

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Daniel, Brooklin, USA - 2005

Kay, pre op, Berlin, Allemagne - 2008

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À ma mère, autoportrait - 2011

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À mon père, autoportrait - 2011

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TEKLAL

NEGUIB

La photo

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L.ART en LOIRE - # 5 - avril 2014 - DOSSIER D'EXPLORATION : CORPS COMBATTANTS


Le regard de l’homme, qui regardait l’homme, le regardant, se

déposait intrigué sur celui-ci. Il se sentait épié, analysé, examiné

sous toutes les coutures, dans son âme, ses envies, et ses secrets.

Il n’avait plus d’intimité, le brave homme peint, exposé là au regard

du premier venu, dans sa fragilité d’œuvre que l’on place, déplace,

replace, si fragile, sur sa toile.

Il voulait prendre vie, crier, hurler au monde son existence, lui

prisonnier des pinceaux. Et le photographe lui volait à nouveau son

âme, en l’enfermant dans une toute petite photographie.

Quoiqu’il fasse, il n’était qu’image, et ne pouvait exister que dans le

silence du regard !

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KHALID

EL

MORABETHI

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L.ART en LOIRE - # 5 - avril 2014 - DOSSIER D'EXPLORATION : CORPS COMBATTANTS


Nu, devant le miroir

Nu, devant le miroir,

Un corps, un visage, un regard.

Le silence et le battement du cœur, veulent dire quelque chose,

Mais une pensée incomprise follement crie, je ne sais la cause.

De l’autre coté du miroir,

Il contemple mon visage ignorant,

Il voudrait sortir me parler, me faire savoir,

Me faire croire.

“ Sortir, sortir ”,

Criait-il.

Nu,

Je cherche l’homme au costume noir, sans figure,

Je voudrais lui parler de cette blancheur,

Cette feuille vide, ce stylo sans encre et ce vieil auteur obscur.

Il pleut !

disait-il avec un soupir,

Il contemple mes pensées, il aime me lire,

Il aime regarder à travers moi, ce que je ne vois pas,

Ce que je ne comprends pas.

“ Sortir, sortir ”,

criait-il,

Nu,

Devant le sourire venin de la fameuse vérité,

Devant sa force, son grand couteau dans ma gorge est toujours planté,

Devant mes mensonges dits avec une grande certitude, quel menteur, je suis !

Devant mes mains sales et cette partie de moi si pourrie,

Quel monstre tu es ! Laisse-moi sortir, il crie.

Laisse sortir la grande partie, qui à tout moment est prête à exploser.

Laisse sortir la colère,

L’enfant qui brûlait les têtes de ses poupées jusqu›à ce qu’elles fondent.

Laisse sortir ce que tu ne peux supporter et le côté sombre qui te hante.

Nu, j’entends une prière d’un monstre,

Il souhaite qu’on se voie, qu’on se rencontre.

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FRÉDÉRIC

JAVELAUD

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WAITING FOR THE MOMENT

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52 L.ART en LOIRE - # 5 - avril 2014 - DOSSIER D'EXPLORATION : CORPS COMBATTANTS


L.ART en LOIRE - # 5 - avril 2014 - DOSSIER D'EXPLORATION : CORPS COMBATTANTS 53


Montréal, 10 avril 2011

PEGGY

FAYE

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Sydney, 10 mai 2013

CRIS URBAINS

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Montréal, 10 avril 2011

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Montréal, 30 janvier 2012

L.ART en LOIRE - # 5 - avril 2014 - D'ARBRES ET DE PIERRES 57


Montréal, 15 avril 2011

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Montpellier, 18 novembre 2012

L.ART en LOIRE - # 5 - avril 2014 - D'ARBRES ET DE PIERRES 59


Montréal, 30 août 2011

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L.ART en LOIRE - # 5 - avril 2014 - D'ARBRES ET DE PIERRES


Montréal, 10 octobre 2011

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FRÉDÉRIC

LUCAS

La danse de salon

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L.ART en LOIRE - # 5 - avril 2014 - D'ARBRES ET DE PIERRES


SALON

en transe, pleine de nuances. Les

hommes, les femmes dansent. Une

pirouette par ci, une pirouette par là et tout finit. Et ça

recommence en concomitance, par fraction, par épisode,

par passion, en méthode. Et moi, dans le monde, à me

morfondre en complaisance, ne sachant danser, ni pleurer.

J’attends simplement la fin. Et ça recommence...

Et j’aperçois, et j’apprécie son regard, sa grâce, comme

à chaque fois, une nouvelle, une unique vénus. De si longs

cheveux laissant une trace jusqu’à envelopper mon désir de

la tenir, de lui parler, de nous ensevelir en pétales rouges de

notre bonheur.

Plus loin, là-bas, un gros homme, aux gestes brusques, tel

un hussard. Bouffi d’orgueil, de défenses malsaines, créature

chétive et confite, il bouscule dans des déhanchements

contrôlés les couples de condition inférieure en bringuebalant

sa partenaire de bas en haut. “ Et je cumule ci et je cumule

ça... ”, semblent dire ses traits pesés.

En second, sa pas-copine-du-tout, riposte à la hargne,

“ Et je suis ci et je suis ça... ”, tirent les yeux bleus au blanc

glacial “ Homme de Neandertal ”, s’oubliant elle-même. Mais

ça reste... et ça reste convivial.

Le premier crie à l’imposture, à la falsification de

documents officiels, et oppose un démenti. Il éternue

alors d’un flagrant barrissement laissant bouche-bée ses

congénères en la salle, meurtrissant les oreilles des autres,

dans un souci d’hygiène corporel, alertant tonitruant les

cerveaux supérieurs de l’infamie. Il retourne à sa table

suivant à petits pas sa partenaire lorgnant de ci, de là, les

jeunes filles comme flairant une bonne nouvelle piste.

Quand vient la fin ?

Une nouvelle chanson, l’orchestre s’emballe, les yeux

bleus s’empalent, s’indignent intérieurement, faisant bonne

figure face à cette approche à la hussarde. Elle écrase de

ses petits pieds les gros orteils de son homme l’intimant de

tourner à droite, de tourner à gauche. Maugrée-t-il... elle

insiste. Jetant en avant son buste énorme, cédant devant

ses arguments, il obtempère finalement. Et là s’engage

un concours de bonnes manières, de bons sentiments, de

clins d’œil, se frôlant intimement de l’esprit, se séduisant

mutuellement, le hussard, la femme, les yeux bleus. Et ça

roucoule, et ça roucoule... “ Et vous êtes ci, et vous êtes ça ”,

des valets jouant la Cour. “ Vous nous feriez bien l’honneur

d’un menuet ? ”, glisse-t-elle de sa poitrine découverte.

Derrière se gausse une jeune maman, presque mariée,

presque célibataire. Désirant, désirée, vivante enfin. À

travers elle, une tonne de mensonges, une tonne d’amour

s’accomplissent et paralysent l’instant présent. Rien autour

n’existe plus, se suffisant dans l’absolu à elle-même, à ses

filles, à son mari et ses amants. “ Ne peut-on aimer plusieurs

fois ? En même temps ? ”. Elle danse de salon en salon, la

valse, le tango et la polka. J’aimerais vivre avec elle, belle en

son âme mais, le mariage, bien qu’alliage, n’en demeure pas

moins à son goût précieux.

J’arrange ma cravate, me dirige vers le buffet et m’offre

une coupe de pétillant. Je songe à tout, à rien ; je songe

voilà tout. “ Il n’est pas besoin de penser tout le temps. Vivons

heureux. ”.

L.ART en LOIRE - # 5 - avril 2014 - D'ARBRES ET DE PIERRES 63


FRÉDÉRIC

JAVELAUD

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L.ART en LOIRE - # 5 - avril 2014 - D'ARBRES ET DE PIERRES


DOWNTOWN

L.ART en LOIRE - # 5 - avril 2014 - D'ARBRES ET DE PIERRES 65


66 L.ART en LOIRE - # 5 - avril 2014 - D'ARBRES ET DE PIERRES


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68 L.ART en LOIRE - # 5 - avril 2014 - D'ARBRES ET DE PIERRES


L.ART en LOIRE - # 5 - avril 2014 - D'ARBRES ET DE PIERRES 69


70 L.ART en LOIRE - # 5 - avril 2014 - D'ARBRES ET DE PIERRES


L.ART en LOIRE - # 5 - avril 2014 - D'ARBRES ET DE PIERRES 71


CICERO

MELO

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L.ART en LOIRE - # 5 - avril 2014 - FRANCOPHONIA


Le lecteur d'os

Personne ne lit la Poésie, aujourd’hui.

Toutefois, un milliard d'années depuis,

Un lecteur d’os

Decouvrirait que c'était la langue des dieux.

O leitor de ossos

Ninguém mais lê Poesia,

Contudo, um bilhão de anos além,

Um leitor de ossos

Achará que era a linguagem dos deuses.

L.ART en LOIRE - # 5 - avril 2014 - FRANCOPHONIA 73


La nuit transposée

L’obscurité secrète

la texture

d’une limace.

S’agrège à la face

comme une pute intestine.

Et pénètre dans mes rêves.

A noite transposta

A escuridão secreta

a textura

de uma lesma.

Agrega-se ao rosto

como uma puta intestina.

E penetra nos meus sonhos.

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L.ART en LOIRE - # 5 - avril 2014 - FRANCOPHONIA


Tabatha

POUR TADJ MOOTE

Le regard déborde dans le paysage

Cette fête des arbres.

Les eaux silencieux crient :

- Une femme est morte par manque d'amour !

Son corps n'a pas été retrouvé.

Les pompiers cherchent à l'intérieur de moi

Il y a plus de 10 000 ans.

Tabatha

PARA TADJ MOOTE

O olhar transborda na paisagem

Deste festim de árvores.

As águas do silêncio gritam :

- Uma mulher morreu por falta de amor !

Seu corpo ainda não foi encontrado.

Bombeiros a procuram dentro de mim

Há mais de 10 000 anos.

L.ART en LOIRE - # 5 - avril 2014 - FRANCOPHONIA 75


ARNAUD

DELCORTE

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L.ART en LOIRE - # 5 - avril 2014 - FRANCOPHONIA


Évolution

avancer envers et contre tout

oui

pour satisfaire la nature

le maître-plan de la création

la suprématie de l'espèce

qui se dévore elle-même

blind design

pour éloigner le passé

pour noircir des pages de cendre

ashes to ashes

avancer dans l'arbitraire espace

dans le non-lieu

avancer car c'est ce que nous dictent nos gènes

hommes gonades spermatozoïdes œufs fœtus hommes

avancer

dévorer

procréer

“ croissez et multipliez-vous ”

courir dans la toundra

remplir le vide

et puis comme les lemmings

se jeter

dans l'arbitraire espace

du courant

dans l'arbitraire espace

du courant

L.ART en LOIRE - # 5 - avril 2014 - FRANCOPHONIA 77


Le drame conventionnel

“ comment faire éclater le drame conventionnel ? ” *

une petite fureur bleue qui décarcasse les grenouilles d’hospices

un pied nu dans la fourmilière

je lave le regard des jeunes filles à bulles de champagne

lorsque je me couche en travers de leurs ventres légèrement bombés le strass internet

et les visions noires paradisiaques

je chante des alléluias silencieux en convoitant l’entrejambe des héros

trois soleils levés pour la victoire

tired of lovin’

nobody

l’aigreur à l’estomac je me couche devant les écrans d’ignorance crasse

comme s’ils étaient des paysages d’aquarelle autotune dans l’oreille je dérive

i’m an angel

i’m a god

pour trois soleils t’as plus rien

une petite misère jetée dans une sébile Redbull au mouroir de la gare

et le rythme change les cris s’intensifient le sang frappe au corps et aux cuisses

aliéné de miroirs je me couche incapable de juguler la peine

abyssale

un type en T-shirt Che Guevara pourquoi pas Goebbels ou Staline

éradiquer les propagandes

mieux choisir ses idoles

grandir

les ramifications de la douleur grimpent le long de ma jambe

les insectes irisés me grignotent me sortent de partout c’est l’évolution

“ comment faire éclater le drame conventionnel ? ”

vieillir

devenir Dieu

je me couche

pour de bon

*Frankétienne, in : D’une bouche ovale, Vents d’ailleurs.

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L.ART en LOIRE - # 5 - avril 2014 - FRANCOPHONIA


Sagesse ?

le détachement malgré l’incoercibilité apparente du désir

monnaie donnée = allègement du karma

monnaie rendue et la gravité s’accroit

gérer les échanges au niveau le plus terrestre

mes deux pieds dans le sable

pour la futilité

sable puis nuée puis voile puis brise puis le vide

intérieur vide de toi et moi

une mouette spirale dans l’œil blanc du soleil

détachée et vivante

à la merci des courants

modèle architectoniquement parfait / mandala

juché au sommet des vents

le regard vers le bas moins par humilité que par instinct

survivre à ce manque / à ce goût de toi qui a imprégné tout en moi

peau gorge sexe œil lèvres poumons imprégnés jusqu’aux os

à cette volupté et à cette souffrance

choisir le chemin équidistant entre attachement et détachement

la voie médiane

embrasser et cultiver cet état de latence une certaine indigence de l’esprit

et en faire peut-être une vie

pas seulement un lieu innommé et fixe entre toi et moi

pas une station de croix

plutôt un espace poreux comme une atmosphère à la fois en contact

et en retrait permanent de la multitude des vivants

être à l’intersection de tous et à l’union d’aucun

voilà comment nous devrions être à nous

voilà comment je serai lorsque je serai sage

L.ART en LOIRE - # 5 - avril 2014 - FRANCOPHONIA 79


L'ARTISTE

ET SON

MODÈLE

par

TEKLAL NÉGUIB

80

L.ART en LOIRE - # 5 - avril 2014 - DÉVOUVERTE


L'artiste et son modèle :

film de Fernando Trueba

Magnifique film intime, tourné en noir et blanc (dans la filiation artistique des films de Renoir),

« l’artiste et son modèle » a été réalisé par Fernando Trueba en hommage à son frère sculpteur

Maximo Trueba, décédé.

PORTÉ

par les figures tutélaires de Pablo Picasso

et du sculpteur Maillol, il met

en scène Marc Cros, vieil artiste travaillant la matière, en

mal d’inspiration, et de vie. Par les hasards de la guerre (la

Seconde Guerre Mondiale), son épouse et ancienne égérie

va rencontrer une jeune réfugiée de la guerre d’Espagne,

échappée d’un camp. L’ancien modèle présentant cette

dernière à son époux, car reconnaissant en elle, la muse

qu’elle fut, une relation empreinte de respect, tendresse,

mais parfois aussi quelque peu chaotique, va se nouer

entre ces individus, au premier abord fort différents.

Ces deux êtres à la personnalité bien affirmée, sont profondément

des êtres libres, chacun enfermé dans sa propre

prison, la guerre pour l’une (elle doit se cacher), la vieillesse

et sa décrépitude (pour l’autre).

Ce film est d’ailleurs axé sur les contrastes, soulignés fort

justement par le choix du noir et blanc. Contraste entre la

mort (la guerre, le vieux sculpteur qui attend sa fin), et la

vie (la jeune fille, l’amour entre la jeune fille et son amant,

l’inspiration créatrice). Contraste entre les bruits d’une

guerre assourdissante, et le silence de la nature, son caractère

apaisant et doux, le sentiment de plénitude qu’elle

dégage. Le film a d’ailleurs été tourné dans les Pyrénées Orientales

(France) et au Parc naturel de la Zone Volcanique de

la Garrotxa (Espagne).

Il est question aussi de transmission dans ce film, entre les

deux héros, d’un vieil homme envers la jeune femme, d’un artiste

envers son jeune auditoire (le modèle, le nazi passionné

d’art). Transmission de la quête du beau, de la sensualité du

travail de la matière, de son caractère charnel, sur la création,

mais aussi sur la vie.

La recherche de l’œuvre ultime, absolue est ce à quoi

donnera naissance cette rencontre entre Marc Cros et Mercé.

Redonnant une motivation à un artiste vivant jusque-là

dans une tour d’ivoire qui se fêle sous la vie qui l’entoure

désormais et s’immisce, elle le fera partir vers ce dernier

voyage artistique, vers ce dernier travail, tout tendu vers sa

réalisation, l’œuvre qui restera, au-delà de sa vie et de sa

mort. L’œuvre absolue est l’étincelle qui jaillit des silences

bruyants et créatifs, de cet être intérieur, avant son ultime

disparition.

Les sculptures du film sont elles-mêmes magnifiques et

ce rapport didactique aux œuvres donne l’impression de regarder

un documentaire, qui aurait été filmé à l’époque (les

photos tirées du film sont elles-mêmes splendides, fruit du

travail de Vanessa Pavie-Crottier,). Lorsque je regardais le

film, elles me faisaient penser aux œuvres du Musée Despiau-Wlérick

de Mont-de-Marsan (landes, France). Ce musée

présente une très importante collection de sculptures figuratives,

de 1880 à 2000, avec une spécialisation sur l’époque

1918-1940, qui fut très riche d’un point de vue artistique. Il

est le troisième musée d’Aquitaine, et est labellisé ” Musée

de France “. Sa collection est à découvrir avec délectation.

Pour aller plus loin :

Musée Despiau-Wlérick

6 place Marguerite de Navarre

40000 Mont-de-Marsan

Tél. : 05 58 75 00 45

Entrée gratuite

Aida y Jean posando

Photographie © Vanessa Pavie Crottier

L.ART en LOIRE - # 5 - avril 2014 - DÉVOUVERTE 81


Les contributeurs

SONIA COPELAND BLOOM

English children’s writer and poet, living in Canterbury

(UK), co-founder of Concorde International

Language School; founder of the R & A Junior

Open Championship. Author of the Tales & Truths

about Garden Minibeasts series of children’s books,

which reflect her passion for invertebrates; member

of the Royal Entomologists’ Society and Amateur

Entomologists’ Society.
Widow: South African writer

Harry Bloom (d l981), children: Samantha Bloom

(b.1975) and Orlando Bloom (b.1977).

JULIETTE MOUQUET

Née en 1977, Juliette Mouquet réalise des études

supérieures en sciences de la vie et de l’environnement.

En janvier 2006, son premier recueil de nouvelles

et poésies Amour, lire attentivement la notice est

édité chez Amalthée. Elle écrit pour des groupes

pop rock dans lesquels elle interprète ses paroles

métaphoriques (second prix du tremplin Rock en

stock 2005 de Versailles avec le groupe Amaszone)

et participe à différentes création dont le Complaint’s

Choir du Belluard Festival à Fribourg en Juin 2008

dirigé par Eric Linder alias Polar. Actuellement, elle

prépare activement son grand projet littéraire itinérant

et humaniste qui démarrera en juin 2014 : La poésie

vagabonde.

ROBERT NOTTEMBOOM

Après une longue maladie, Robert Notenboom, né

dans l’entre deux-guerre, commence à publier des

recueils : Du silence à l’éveil (2009), Il n’y a pas d’hiver,

A l’embaumée des fleurs et Ultima Verba (2013). Il a

passé vingt ans sur l’île de Groix, qu’il a dû quitter pour

raisons de santé. Il est l’auteur de fables et d’essais

ANOUK DEVILLE

Née en 1988 à Marseille, Anouk Deville tombe

amoureuse de la photographie à 15 ans. Cet amour n’a

pas cessé depuis. Dix ans qu’elle explore son intimité

et celle de son entourage, photos de famille, scènes

de sexe, instants volés du quotidien, corps abîmés par

les années ou par des mutilations volontaires... tout

s’entremêle pour donner une œuvre empreinte d’une

violente tendresse. Ses images nous confrontent à

une proximité dérangeante et nous montrent que

toute vraie splendeur provient de l’obscur. Son travail

a été exposé à Paris, Marseille, Arles, Las Palmas, Los

Angeles et Phnom Penh.

DIDIER LESTRADE

55 ans. Séropositif depuis un quart de siècle.

Journaliste, écrivain, militant, grand sentimental.

didierlestrade.fr

KAEL T BLOCK

En 2005 Kael, qui naquit en 1979 en Colombie et

vit à Paris, prend la route et part 3 mois aux USA

pour rencontrer et photographier des transsexuels

masculins. C’est ainsi que commence la série

de photographies XX Boys, projet artistique et

politique qui vise non seulement à documenter une

jeune génération de FtM mais aussi à donner à sa

communauté des images sexy et positives. Voyages

en Europe et aux USA et exposition de XX Boys dans

le monde dans le cadre d’expositions artistiques, de

festivals politiques, de conférences universitaires. Son

travail personnel met en scène des lieux transfigurés,

prisons abandonnées, hôpital en friches, végétaux

urbanivores et des personnalités marginales par leur

sexualité, leur genre ou simplement leur style.

TEKLAL NÉGUIB

Ecrivaine métisse, Teklal Neguib est passionnée de mots

et de sons. Venue très jeune à l’écriture, ses plaisirs

la portent vers l’art et la littérature. Ses thématiques

principales de recherches sont l’identité et la poétique

des paysages.

Ancienne rédac’chef d’une revue d’école

professionnelle, elle contribue aux revues Minorités,

Artefact et au site Poésie Webnet. En 2013, elle fonde

L.ART en Loire, webrevue d’art et de littérature.

lesoeuvresdeteklalneguib.yolasite.com/

KHALID EL MORABETHI

Né le 10 juillet 1994 à Oujda au Maroc, il poursuit ses

études à la Faculté de Lettres Mohamed1 de Oujda, en

littérature française.

Il aime écrire. Parfois il écrit les mêmes phrases, les

mêmes mots mais surtout pas les mêmes sentiments.

Il veut juste écrire un message mais il lui faut juste

cette chose, ce stylo d’or, cette force, cette voix, cette

muse du ciel. Il a pris plaisir à inventer des vies et à les

raconter.

Le 8 mars 2013, son poème Une mélodie silencieuse, mis

en voix par Véronique Sauger, a été diffusé sur Radio

France. Ce poème a remporté le Prix spécial Coup de

cœur (concours d’écriture Grand prix Contes du Jour et

de la Nuit 2013)

PEGGY FAYE

Artiste photographe émergente montréalaise. Depuis

2009, elle expose régulièrement, en individuel et

en collectif, aussi bien à Toronto et Melbourne mais

principalement à Montréal. En plus de sa pratique solo,

l’artiste s’implique dans de nombreux projets collectifs,

engagés et activistes et propose des installations

extérieures de son travail. Son travail constitue un

matériau servant les domaines de la photographie de

rue, documentaire, sociale et artistique. Finalement,

la démarche de Peggy Faye tend à (dé)montrer

l’universalité de nos existences, ce qu’elle nomme la

similitude des différences.

82

L.ART en LOIRE - # 5 - avril 2014


FRÉDÉRIC LUCAS

Heureux de participer à L.ART en Loire, j'écris depuis un

an, des poésies et depuis peu des textes poétiques. Mes

sources d'inspiration sont nombreuses, quotidiennes,

présentes et passées ; de ce fait, j'aime voir mon

écriture suivre sa destinée.

Si vous désirez suivre partie de mon activité, vous le

pouvez sur twitter : @FrdricLUCAS.

FRÉDÉRIC JAVELAUD

Photographe, graphiste, maquettiste...

Diplômé des Beaux arts de Marseille

Exposition à Meudon-la-Forêt en octobre 2012

de la série Duels photographiques.

CICERO MELO

Cicero Melo est un poète brésilien (Recife). Il a publié

sept livres de poésie. En France, il a participé des

recueils Sous les candélabres (2012), Labyrinthes(s)

(2012) et Les villes mutantes (2013) publiés par

LATéditions.

ARNAUD DELCORTE

Arnaud Delcorte est professeur de physique à

l’université de Louvain et aux facultés universitaires

St Louis à Bruxelles. Ses deux premiers recueils de

poèmes, Le goût de l’azur cru et Toi nu(e) / Dans le

linceul étoilé du monde ont été publiés par le Chasseur

Abstrait Editeur en 2009 et 2010. En 2011-2013, il a

publié Ecume noire, Ogo, Eden et a participé au collectif

Poètes pour Haïti, tous à L’Harmattan.

directrice de publication/rédactrice en chef

Teklal Neguib

graphiste/maquettiste

Frédéric Javelaud

gestionnaire site web

Teklal Neguib

Pour nous contacter, nous transmettre une

contribution, un communiqué de presse, nous tenir

informés d’une sortie de livre, d’une exposition,

nous faire part de vos critiques, vous pouvez nous

écrire à lartenloire@gmail.com

Tous les textes, toutes les œuvres publiés restent

la propriété exclusive de leurs auteurs respectifs et

sont protégés en vertu des lois en vigueur.

La rédaction n’est pas responsable des textes et

images publiés, qui engagent la seule responsabilité

de leur auteur.

édition

Teklal Neguib, pour L.ART en Loire

44600 Saint Nazaire (France)

site web de la revue

lartenloire.weebly.com

facebook

facebook.com/L.ARTenLOIRE

twitter

twitter.com/LARTenLoire

ISSN 2256-988X

Dépôt légal 10/04/2014

date de parution

10/04/2014

(erratum dans L.ART en Loire n°4 de janvier 2014 : la date de parution

qui y a été mentionnée est erronée, et est bien le 03/01/2014. Le dépôt

légal a donc été effectué pour ce numero 4 de la revue à la même date,

soit le 03/01/2014)

Revue gratuite ne pouvant être vendue

L.ART en LOIRE - # 5 - avril 2014 83


Appel à travaux :

L.ART en Loire # 6 (juillet 2014)

Règlement de l’appel à travaux :

Article 1

L.ART en LOIRE est une webrevue gratuite d’art et de littérature et

faisant appel à des contributeurs bénévoles. Vous pouvez découvrir

les anciens numéros ici : issuu.com/l.artenloire

Article 2

Le fait même de proposer des textes, poèmes, articles, photos, etc...

ou d’accepter d’en écrire/produire un vaut acceptation du présent

règlement et autorisation de publication.

Article 3

Pour être publié, vous devez écrire soit en français/anglais/espagnol

ou être bilingue (français + autre langue). A noter que dans le

cas, d’œuvres bilingues, seule la version française fera foi, vous resterez

seul responsable du contenu de la version dans l’autre langue.

La revue ne saurait être tenue responsable d’une langue qu’elle ne

maîtrise pas ou ne connaît pas.

La section Francophonia est uniquement pour les francophones (en

monolingue ou en bilingue). La section L.ART est réservée aux artistes

de Loire Atlantique ou de Bretagne, ou les expositions artistiques

ayant eu lieu sur ces deux territoires. La section théâtre est

seulement en français/anglais/espagnol (pas de traduction).

Vous déclarez et garantissez disposer de tout droit et autorisation

requis pour l’exploitation d’un quelconque contenu dans le cadre de

chacune de vos contributions de façon à ne pas violer les droits des

tiers (droit d’auteur, droit à l’image).

Les textes/œuvres ne doivent pas être constitutifs de contenu :

• à caractère raciste ;

• à caractère diffamatoire, injurieux, calomnieux à l’égard de tiers,

personnes physiques ou morales ;

• constituant une contrefaçon d’un droit de propriété intellectuelle ;

• contraire à la réglementation.

Article 4

Vous devez être l’auteur de l’œuvre ou des œuvres que vous proposez

à L.ART en Loire.

Proposer un ou des travaux signifie que vous reconnaissez en être

le créateur ou être le détenteur des droits relatifs à ce travail. Si votre

création (poème/texte/autre) a déjà été précédemment publiée

dans un livre, s’il vous plaît, spécifiez-le (titre, auteur, maison

d’édition), et vérifiez que vous avez bien le droit de le republier dans

un magazine.

Même si votre travail est publié dans L.ART en Loire (magazine + site

web + diffusion sur le web [tumblr, instagram, twitter...) avec votre

nom...), vous restez le propriétaire de votre travail, et conserver tous

les droits dessus.

Si vous ne respectez pas les règles relatives à l’originalité de votre

œuvre, le plagiat ou la contrefaçon pourraient vous être reprochés

et vous en supporteriez alors seul toutes les conséquences.

Article 5

Vous pouvez proposer plusieurs œuvres, mais soyez aimable de préciser

simplement pour quelle section vous la/es soumettez.

Article 6

Envoyez, je vous prie, vos œuvres par mails, en pièce jointe, sous

format word ou format photo classique en haute définition, à lartenloire@gmail.com

(attention nouvelle adresse mél : L minuscule +

artenloire...).

La date limite pour transmettre vos œuvres est le 15 juin 2014, pour

une publication le 10 juillet 2014. Dans la mesure du possible, transmettez

vos œuvres dès finition.

Si vous avez des difficultés à envoyer votre message, n’hésitez pas à

contacter Teklal Neguib (rédactrice en chef) sur facebook facebook.

com/teklalneguib ou sur twitter twitter.com/teklalneguib

Article 7

À votre contribution, dans le corps de votre mél, joignez une mini

auto-biographie (5 lignes maximum, pour la page CONTRIBUTEURS).

Les mini-bio doivent être jointe à chaque envoi, même si vous avez

déjà participé à d’autres numéros.

Article 8

Voici les différents appels à textes :

Section L.ART

• Une nouvelle de 10 pages maximum se déroulant soit en Loire-

Atlantique, soit en Bretagne.

• Un article sur une manifestation culturelle ayant eu lieu en Loire-

Atlantique ou en Bretagne : 5 pages maximum

Section poesia

• Un ensemble de 3 poèmes, sujet libre.

Section dossier d’exploration Thème Chaleur

Chaleur de la passion, de la vie, de l’amour, du soleil, de l’été, du désir,

de tout ce à quoi la chaleur vous fait penser...

• Un à trois poèmes sur le thème du dossier spécial

• Une nouvelle sur le thème choisi (5 pages maximum).

• Article sur une exposition/un artiste en lien avec ce thème

• Photos (6 à 10) et/ou peintures (6) sur ce thème

Section Philosophia

• Un article de réflexion sur un sujet philosophique (5 pages maximum).

La revue n’étant pas une revue polémiste, il s’agit bien ici

d’un texte à caractère philosophique et non politique.

Section D’arbres et de pierres

L’art concernant un endroit qui peut être la nature, la ville, ou une

pièce.

• Une nouvelle, 10 pages maximum sur thème libre ayant pour contexte

un lieu urbain, rural, la nature ou prenant place dans une

pièce bien définie.

• Un à 3 poèmes avec cette même contrainte de lieu

• Un portfolio de photos avec cette même contrainte de lieu (équivalent

à 6 pages de la revue).

• Une petite pièce de théâtre (10 pages maximum)

Section Théâtre

Publication d’une pièce de théâtre, sujet libre, qui peut avoir déjà été

jouée/publiée. Vérifiez cependant que vous avez alors le droit de la

publier dans la revue, et si oui, alors vous pouvez la proposer.

La pièce de théâtre pourra être publiée sur plusieurs numéro de

la revue (maximum 4 numéro, 20 pages maximum par numéro).

Langues autorisées : français, anglais espagnol (en monolingue)

Section Francophonie

• Une nouvelle de 10 pages maximum sur un sujet libre

• 1 à 3 poèmes sur sujet libre

Section Découverte

• Un article de découverte sur un livre/film/artiste non-francophone

etc... que vous avez aimé.

• 1 à 3 poèmes d’un poète non-francophone (langues anglaise/

espagnole)

84

L.ART en LOIRE - # 5 - avril 2014


Call for works:

L.ART en Loire issue 6 (july 2014)

Rules of the call for works:

Rule 1

L.ART en Loire is a free webrevue of art and literature which calls

on voluntary artists to contribute to it. You can discover the previous

issues: issuu.com/l.artenloire

Rule 2

The fact to offer texts/poems/articles/photos/etc... or to accept to

write/produce it/them means acceptance of this present rules and

permission to publish.

Rule 3

To be published you need to be French/English/Spanish speaker or

bilingual (French + another language). Noteworthy: in the case of a

bilingual publication, only the french version will be valid. You will

stay the only person responsible of the content of the version in the

other language.

The mag and its staff can’t be considered as the person responsible

of the language they don’t master or know.

Francophonia section is only for French speaker or bilingual. L.ART

section is only for Brittany/Loire Atlantique artists or artists exhibiting

in these areas.

The other sections are opened to all.

Théâtre section is only in French/English or Spanish (no translation)

You declare and assure having all the rights and permissions required

for the utilization of the work(s) you offer in order to not

violate the rights of others (copyrights, right to the image...)

The texts/works you offer must not have a content:

• racist;

• defamatory, insulting, slanderous against a third party (who could

be a legal person or a natural person);

• constituting a counterfeiting of a right of an intellectual property;

• against the law.

Rule 4

You need to be the creator of the work(s) you offer to L.ART en

Loire.

Submitting work(s) means you recognize to be the creator or

the owner of the rights pertaining to this work(s). If your creation

(poem/text/other) was first published in a book, PLEASE specify it

(title, author, book house), and check you have the right to republish

it in a magazine.

Even if your work is published in L.ART en Loire (mag + website +

distribution on the web [tumblr, twitter... with your name, etc), you

stay the owner of your work, and keep the rights on it.

If you don’t respect the rules relating to the originality of the work

you offer it could reproach you for plagiarism or counterfeiting,

and then, you would accept alone all the consequences.

Rule 5

You can offer several works, but be kind to precise each section

you want your work to be published in.

Rule 7

Please include a mini-autobiography in your Email, even if you

have contributed before (for the CONTRIBUTORS page).

Rule 8

The different calls of works:

Section L.ART

• Short text (maximum: 10 pages), or 1 to 3 poems from a writer

living/born in Brittany/Loire Atlantique (land around Nantes and

Saint Nazaire)

• An article about cultural action/exhibit in Loire Atlantique or

Brittany (5 pages maximum)

Section Poesia

• 3 poems, free subject

Section : special file : Heat (“ Chaleur ”)

Heat of the sun, of the summer, of passion, of desire, of friendship,

of life, of all what heat makes you to think about.

• 1 to 3 poems

• A short text (5 pages maximum)

• Article about an exhibit/artist who studies this topics

• Photos (6 to 10) and /or paintings about this subject

Section philosophia

• Article of philosophy on a philosophical topic (5 pages maximum)

Section D’arbres et de pierres (Trees and stones)

Art about place which could be nature, urban, or room

• A short text (10 pages maximum), free topic: an urban/rural/nature

environment or taking place in a definite room being the

only constraint.

• 1 to 3 poems about an urban/rural/nature environment or taking

place in a definite room

• A portfolio (6 to 10) of photos an urban/rural/nature environment

or taking place in a definite room

• A little play (10 pages maximum)

Section theater/theatre

• Publication of a play already play/published or not. Could be

published in 4 four parts (the current issue and the followings).

Exclusively in French/English or Spanish (no translation) (20 pages

maximum per issue)

Section Francophonia (bilingual possible)

• A short text (10 pages maximum), free subject

• 1 to 3 poems, free topic

Section Discovery (découverte)

• An article to review/introduce a book/film/artist french or non

French speaker you like

Rule 6

Please send your work(s) by Email (word format, .jpeg, or photos in

High Definition format) attached to your Email and before june 15 th

2014 (dead line), the issue 6 of L.ART en Loire will be published the

july 10 th 2014.

Send it to lartenloire@gmail.com (lowercase L + artenloire...: watch

out, this is the new e-mail of the mag). if you have some difficulties

to send the message don’t hesitate to join Teklal Neguib (CHIEF ED-

ITOR) on facebook facebook.com/teklalneguib or on twitter twitter.

com/teklalneguib

L.ART en LOIRE - # 5 - avril 2014 85


2# 6

parution le 10 juillet 2014

86

L.ART en LOIRE - # 5 - avril 2014

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