Les Think Tanks au Nigeria - Base de connaissance AEGE

bdc.aege.fr

Les Think Tanks au Nigeria - Base de connaissance AEGE

THINK MAGAZINE

Quatorzième numéro

La production d’idées applicables dans les politiques publiques au Nigeria et l’influence exercée pour

l’application de ces idées sont le fruit tout autant d’organisations financées par l’État que d’institutions

privées.

Mots clés

Think tank, OFTT, Observatoire français des think tanks, Guerre des idées, Nigéria

10/2010

Auteur :

Observatoire français des think tanks

http://www.oftt.eu

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THINK 14 Octobre 2010

- 40 pages

en face p.22

IDÉES — 13 pages

Entretien

avec Christian Harbulot

p.22

AILLEURS — 13 pages

EN FACE — 10 pages

T H I N K

ai leurs p.34

Entretien avec

Jean-Pierre Gratien

p. 27

Tribune Libre

de Marc Ullmann

p.18

Dans le bref p.08

N U M É R O

idées p.06

1 4

Le parc our s d’une id é e : la Taxe Carbone p.14

Chronique des USA

p.40

Dossier Horizon

Le Nigeria

Chronique

d’Amérique Latine

p.42

Le magazine de l’Observatoire Français des Think Tanks 2 n° 14 | Octobre 2010


n°14 | Septembre 2010

Édité par L’Observatoire français des think tanks

Abonnement gratuit sur le site internet de l’OFTT : rédaction@oftt.eu 2

Directeur des publications : Amaury Bessard 2 Rédactrice en chef : Émilie Johann 2 Rédacteurs

en chef adjoints : Romaric Bullier, Romain Canler 2 Responsable de la coordination éditoriale :

Agnès Iborra 2 Directeur artistique & infographies : Maxime Zoffoli ( www.maximezoffoli.com )

2 Secrétariat de rédaction : Charlotte Laigle, Agnès Iborra 2 Comité de rédaction : Sélim Allili,

Amaury Bessard, Romaric Bullier, Julien Gangand, Pierre-Louis Germain, Agnès Iborra, Émilie Johann,

Marie-Cécile Naves ( http://mariececilenaves.wordpress.com ), Marjolaine Paris, Marc Ullmann 2

Illustrations : Mathieu Lefèvre ( http://mlefevre.com )

www.oftt.eu


p. 3

Éditorial

par Sélim ALLILI

Président de l’OFTT

C

’est la rentrée !! Comme chaque année, le

flot médiatique ressasse les mêmes thèmes

à peine toilettés. Comme tout show bien orchestré,

les acteurs en place ont un rôle déterminant.

L’avantage, durant cette période, est qu’ils sont bien

connus : experts es-éducation, syndicats de professeurs,

association de parents d’élèves, etc… Chacun

prenant son rôle à cœur. Si tout le monde semble

s’agiter autour de cette rentrée, c’est que l’école bien

plus que toute autre institution en France renferme

son lot de mythes et de croyances. Croyances dans

la capacité de l’école à forger des citoyens. En effet,

c’est sous la iii ème République que l’école devient le

moteur essentiel de l’acculturation des masses au

mythe républicain au travers notamment de l’imposition

de la langue française au détriment des

langues régionales. Mythes également concernant

la méritocratie républicaine qui voudrait que tout

enfant scolarisé ait les mêmes chances de réussir

indépendamment de contingences extérieures.

L’école ne compense pas les déséquilibres extérieurs

dont sont victimes les enfants. Toute chose égale par

ailleurs, un enfant d’instituteur ou de professeur

réussira toujours mieux qu’un enfant d’ouvrier spécialisé.

Les choses ne sont que trop bien connues et

il n’y a ici aucune nouveauté.

Malgré ces constantes sociologiques, il y a certaines

évolutions. Parmi celles-ci, la croyance qu’avec

l’école et le savoir les enfants des classes sociales défavorisées

peuvent s’émanciper semble de plus en plus

s’effriter. Les discriminations géographiques et ethniques

en sont une des expressions les plus visibles.

A diplôme et compétences égales, les personnes

issues de villes ou de quartiers défavorisés et / ou

d’origine étrangère auront moins de chance de trouver

un emploi. A côté de ce phénomène bien connu

de tous, il y en a un, plus pernicieux, qui concoure

au déclassement général que subit l’école : l’intérêt

que nous portons à la connaissance ou à la culture

comme pratique d’acquisition. Dès lors que l’échelle

de valeur d’un individu se mesure davantage à l’aune

de ce qu’il possède que sur ce qu’il connait du monde

qui l’entoure (histoire, littératures, sciences, etc…),

à quoi bon s’asseoir sur un banc d’école écouter un

individu qui gagne à peine 1500 euros par mois. La

responsabilité est donc d’abord et avant tout celle

des adultes dans la transmission des valeurs.

Rappelons que même si l’école ne peut gommer

complètement les disparités sociales, elle n’en

demeure pas moins le seul véritable facteur d’émancipation

sociale.

Sans sous-estimer les problématiques techniques

de l’école d’aujourd’hui : rythmes scolaires, évolutions

des programmes, problèmes d’acquisition de

la langue française dans les classes préparatoires,

malaise des professeurs couplé à l’absentéisme de

ces derniers (la liste serait trop longue…), nous

devons remettre au premier plan la valeur du savoir,

de la connaissance comme éléments constitutifs des

jeunes personnalités dont nous avons collectivement

la charge.

A notre niveau, c’est ce que nous essayons de faire

depuis nos débuts à l’Observatoire Français des

Think Tanks. Ce numéro 14 de Think est donc pour

nous l’occasion vous souhaiter une excellente rentrée

et surtout une bonne lecture !

Le magazine de l’Observatoire Français des Think Tanks 2 n° 14 | Septembre 2010


Sommaire

Idées

page 08

Dans le rétro

Retour sur l’actualité des think tanks

par Agnès Iborra

page 12

Humeur écologique

Regard éditorial sur le thème de l’écologie

par Émilie Johann

page 13

Humeur économique

Regard éditorial sur le thème de l’économie

par Pierre-Louis Germain

page 14

Le parcours d’une idée

La taxe carbone par Amaury Bessard

page 18

Tribune libre par Marc Ullmann

En face

page 22

Entretien avec Christian Harbulot

par Romaric Bullier

page 27

Entretien avec Jean-Pierre Gratien

par Romaric Bullier

Ailleurs

page 34

Dossier Horizons : le Nigéria

par Marjolaine Paris & Julien Gangand

page 40

Chronique des U.S.A.

« Aux États-Unis, les ‹ Tea parties › aussi ont leurs

think tanks » par Marie-Cécile Naves

page 42

Chronique d’Amérique Latine.

« Mexique - États-Unis une relation mouvementée

? » par Olivier Urrutia

Le magazine de l’Observatoire Français des Think Tanks 2 n° 14 | Septembre 2010


Retrouver

l'actualité des Think

Tanks, des dossiers

& des entretiens sur

www.oftt.eu

Le site internet de l'OFTT


« Le vrai rêveur est celui qui rêve

de l'impossible » .

Elsa Triolet


Idées

Dans le rétro, par Agnès Iborra p 08 ; Humeur Écologique,

par Émilie Johann p 12 ; Humeur Économique, par Pierre-

Louis Germain p 13 ; Le parcours d’une idée, par Amaury

Bessard p 14 ; Tribune libre par Marc Ullmann p 18 •

Le magazine de l’Observatoire Français des Think Tanks 2 n° 14 | Septembre 2010


Idées

p. 8

Dans

le rétro

par Agnès Iborra

Juillet 2010

1

Valérie Pécresse aussi a son think tank

C’est à la Bellevilloise que la ministre

de l'Enseignement supérieur a lancé début

juillet son « think tank géographique »

dont les réflexions porteront sur la région

capitale. Ce « Labo des idées » veut être

une plate-forme pour préparer la présidentielle

de 2012, car Valérie Pécresse

voit l’Île de France comme un laboratoire

« formidable ». Par souci d'ouverture,

étaient invités à la soirée tous les élus

franciliens. Thème de cette première soirée

: « Régulation, rigueur, social : quelles

solutions face à la crise ? ».

1

L’Allemagne au cœur des travaux

de Notre Europe

« Where is Germany heading ? », rapport

de Notre Europe consacré à l'Allemagne,

a pour objectif, après les réactions suscitées

par la position allemande dans la crise

grecque, de faire un état des lieux de

l’évolution de sa politique européenne,

d’évaluer la capacité et la volonté actuelle

de son gouvernement à répondre à la

demande de leadership que ses partenaires

européens semblent lui demander.

1

Audiovisuel public et think tank

Cyril Viguier a créé un groupe de réflexion

sur l'audiovisuel public. Plusieurs professionnels

du petit écran (producteurs,

réalisateurs, annonceurs) l’ont rejoint.

Leur objectif : peser dans les nouvelles

organisation et ligne éditoriale de France

Télévisions.

1

35 millions de dollars pour 28 think

tanks d’Amérique latine et d’Asie du

Sud

Institué par le Centre de Recherches

sur le Développement International

du Canada (CRDI), la Fondation

William and Flora Hewlett et la Fondation

Bill & Melinda Gates en 2008,

le Projet Think Tank soutient les think

tanks locaux dans la production de recherches

de qualité qui visent à améliorer

les politiques locales pour contribuer

à la mise en place des sociétés équitables

et prospères. Cet investissement en Amérique

Latine et en Asie du Sud fait suite

aux 30 millions de dollars accordés en

Afrique de l'Est et de l'Ouest en 2009.

Août 2010

1

Qui pourra nous dire ce qu'est

le « care » ?

Cette notion est réapparue dans la bouche

de Martine Aubry au printemps dernier

pour désigner la nouvelle société qu'elle

souhaite : douce, emplie de «bien-être»,

et «postmatérialiste». Cette idée a court

depuis longtemps dans les textes de la

Première Secrétaire, notamment dans ses

recommandations pour le programme de

2002 (non-suivies par Lionel Jospin).

Non fiction met en ligne un dossier sur le

« care », tandis que le Nouvel Economiste

s'emploie à le contextualiser et le définir.

1

Les think tanks sur petit écran

Parmi les nouveautés de la grille des

programmes de LCI, « Think Tanks »,

émission hebdomadaire avec Charles

Beigbeder (Fondapol) et Olivier Ferrand

(Terra Nova) dont l'objectif est d'aider

les téléspectateurs à mieux comprendre

les grands enjeux politiques du monde

contemporain.

1

Un think tank socialement responsable

Le réseau Alliances basé à Lille et présidé

par Philippe Vasseur, ancien Ministre de

l'Agriculture, et dont l'objectif est d'aider

les entreprises à améliorer leurs performances

sociales et environnementales

pourrait se transformer prochainement

en think tank.

1

Les Gracques en route pour 2012

C'est au printemps 2011 que les Gracques

présenteront leur nouveau programme,

avec comme objectif de redonner du sens

Le magazine de l’Observatoire Français des Think Tanks 2 n° 14 | Septembre 2010


Idées | Dans le rétro

p. 9

à l'action publique et d’inspirer le candidat

de la gauche. Tout cela en respectant

les règles dont Pierre Mendès France

disait qu'elles devraient gouverner

la politique : vérité, justice, responsabilité.

1

Pôle Emploi : vite fait, mal fait

Tel est le nom de la note de Terra Nova

qui dresse un bilan, un an et demi après,

de la fusion ANPE / Assedic tout en

proposant des pistes pour rendre le Pôle

Emploi plus efficace : tenir compte des

besoins des demandeurs d'emploi, valoriser

les compétences des agents, mettre

en place pour ses agences une offre

de formation personnalisée et réactive,

faire de son conseil d’administration

un acteur décisionnel, avec l'État et les

partenaires sociaux, pour les politiques

de l’emploi.

1

Vers une revanche des femmes

chinoises ?

Malgré les discriminations, les femmes

chinoises ont accédé à des postes à responsabilité

et disposent désormais d'un

pouvoir d'achat important. Selon un

sondage du Center for Work-Life Policy

leur principale qualité serait l'ambition.

Près des deux tiers des femmes chinoises

diplômées de l'enseignement supérieur se

décrivent comme telles, contre seulement

un tiers aux États-Unis. 75% espèrent

obtenir un poste en entreprise, alors que

seule une grosse moitié des Américaines

y aspirent. Enfin, 77% des femmes

chinoises travaillent, contre 69% aux

États-Unis.

Septembre 2010

1

Le care serait-il déjà obsolète ?

Alors que Martine Aubry a lancé le concept

de care, son entourage s’intéresse désormais

à la reconnaissance, la réification d'Axel

Honneth (philosophe allemand, auteur

de La lutte pour la reconnaissance,

La société du mépris ou La réification :

petit traité de théorie critique). Il base

la justice sociale sur la prise en compte

de trois sphères différentes qui permettent

à l’individu d’être reconnu : l’amour

et les relations interpersonnelles, le droit

et l’estime de soi, et l’amour du travail.

Marylise Lebranchu, proche de la Première

Secrétaire, tente de populariser ce

concept, notamment à travers Les Rendez-vous

de la questure, club informel

pour parlementaires.

1

Contribuer à la rénovation

de la sphère progressiste

Présidé par Michel Rocard, le conseil

d’orientation scientifique de Terra Nova

donne son avis sur le programme de travail

et valide les travaux. Forte de 5 000

adhérents, la fondation, non reconnue

d’utilité publique, compte cinq permanents

et un budget de 700 000€ issus de dons

privés ( La Caisse des Dépôts, Euro RSCG

C&O, GMF, German Marshall Fund of

the United-States, Areva, Microsoft France,

Fondation Total, BPI, EADS, RTE, GDF

Suez... ) . Parmi les personnalités impliquées

: Antoine Prost, Daniel Cohen,

Olivier Poivre d’Arvor, Daniel Cohn-

Bendit, Peter Mandelson et Amartya Sen.

1

Les jeunes, les seniors et l’emploi

L’ Institut Montaigne pose un regard

critique sur les politiques publiques de

l’emploi des dernières décennies et fait

quinze propositions estimant que le Pacte

de solidarité de 1945 n’est plus viable. Les

25-54 ans assureraient 79 % des emplois

du pays, alors qu'ils ne constituent que 41 %

de la population ; selon ces chiffres, sur cinq

Français, deux seraient actifs, trois inactifs.

Le rapport met également en cause un système

éducatif trop peu ouvert sur le monde

du travail et sélectif. Côté entreprises, il

dénonce le faible recours à la formation

et un modèle de rémunération fondé sur

l'ancienneté qui pénalise les seniors.

1

Le PS entame sa course aux idées

Après 2007, alors que les think tanks

s'étaient multipliés autour du parti, certains

sont aujourd’hui toujours très actifs

et d’autres en sommeil. La raison ?

La mise en place par Martine Aubry

du Laboratoire des idées chargé de donner

une cohérence au projet pour 2012.

D'autres structures produisent encore

notes et essais, telle Terra Nova sur des

sujets variés : la réforme des retraites, les

leçons de l'échec des Bleus en Afrique du

Sud, l'identité nationale ou les rapports

franco-brésiliens... qui cherche à concurrencer

la Fondation Jean-Jaurès sur ce

terrain. À la fin de l'année, une synthèse

de ses travaux sera présentée et mise à la

disposition des candidats aux primaires.

Désirs d'avenir de Ségolène Royal reste

très actif et organise des universités participatives,

mais son « pôle idées » ne pro-

Le magazine de l’Observatoire Français des Think Tanks 2 n° 14 | Septembre 2010


Idées | Dans le rétro

p. 10

duit plus rien, tout comme La Forge

de Benoît Hamon.

1

Le PS reverra-t-il ses positions

en matière d’éducation ?

Un mouvement semble en marche pour

abandonner le seul manque de moyen

dans les propositions émises. Ainsi, à

La Rochelle, Bruno Julliard avait convié

le sociologue François Dubet qui dénonce

l’inégalitarisme de l'école française, tandis

que Laurent Bigorne, directeur des études

de l' Institut Montaigne, était présent.

Bruno Julliard a d’ailleurs qualifié

d’utiles les travaux du think tank sur

l'échec à l'école primaire. Le programme

qu'il souhaite construire pourrait être global

avec des propositions sur les rythmes

scolaires, et l’allongement de l'année scolaire,

une restructuration profonde du

collège ( pédagogie, disciplines et organisation

adaptées à chacun ) et une réforme

de la formation des enseignants ( concours

plus tôt, suivi de deux années de formation

professionnelle et d'une année de stage ).

De leur côté, les enseignants seraient

revalorisés, autant en terme

de reconnaissance que de salaire.

1

Quand la Chine s’interroge sur la

place des think tanks américains

sur son territoire...

Aujourd’hui, les think tanks américains

s’intéressent à la Chine et nombre d’entre

eux y ont soit des bureaux, établis conjointement

avec des institutions de recherches

chinoises, soit financent des think tanks

chinois.

Le magazine de l’Observatoire Français des Think Tanks 2 n° 14 | Septembre 2010


Amaury Bessard,

président fondateur

de l'OFTT, poursuit sa

réflexion sur son blog :

http://amaurybessard.com

Le magazine de l’Observatoire Français des Think Tanks 2 n° 14 | Septembre 2010


Idées | Humeurs

p.05 12

Humeur

Écologique

Think tanks et climatoscepticisme

Bjorn Lomborg, directeur du think tank danois

Copenhagen Consensus Center, a récemment fait

parler de lui et animé la polémique en adoptant un

point de vue plutôt inattendu quant aux changements

climatiques. Retournement de veste disent certains,

nouvelle analyse du coût de l'adaptation aux changements

climatiques diront d'autres, réévaluation de

l'importance du phénomène selon l'auteur. Dans son

dernier ouvrage, l'économiste danois modifie en effet

drastiquement son point de vue, pas tant sur le changement

climatique en lui-même ni sur son origine

anthropique que sur son importance et sur les solutions

économiques qui doivent y être dédiées. Après

s'être posé, dans son ouvrage Skeptikal environmentalist 1,

comme un critique des théories prédominantes sur

l'importance des problèmes environnementaux, sur la

priorité à donner à la lutte contre les changements climatiques

ainsi que sur les financements à y attribuer,

le dernier livre de Lomborg Smart Solutions to Climate

Change : Comparing Costs and Benefits 2 insiste sur l'impar

Émilie Johann

1 L'écologiste sceptique, Le Cherche Midi, 2004.

2 Solutions intelligentes aux changements climatiques, paru en Août

2010, Cambridge University Press, non traduit en français.

portance et l'urgence qu'il y a à lutter contre les changements climatiques

et enjoint à investir 100 milliards de dollars annuels dans

la recherche sur les énergies vertes. Malgré ce revirement de position,

il faut noter que les solutions envisagées par le scientifique

restent éloignées de celles proposées par les environnementalistes.

Dans une interview donnée au journal Le Monde, Bjorn Lomborg

évoque notamment l'abandon du protocole de Kyoto qu'il qualifie

d'échec, et liste le controversé captage et stockage de carbone

comme une des solutions technologiques à étudier. De même, s'il

enjoint à investir dans la recherche dans les énergies vertes, afin

que celles-ci deviennent moins chères que le pétrole ou le charbon,

il continue à considérer leur implémentation actuelle inutile,

jugeant les technologies d'énergies renouvelables existantes inefficaces

et non compétitives. Il n'est pas plus convaincu par la théorie

du pic pétrolier, s'appuyant sur les réserves de pétrole présentes

dans les sables bitumineux, sans vraisemblablement s'inquiéter du

coût de l'extraction de ces énergies ni de leur impact sur le climat.

Si revirement il y a quant à l'importance des changements climatiques,

loin s'en faut pour qu'une nouvelle approche systémique

naisse ici pour autant.

Le magazine de l’Observatoire Français des Think Tanks 2 n° 14 | Septembre 2010


p. 13

Humeur

Économique

par Pierre-Louis Germain

La réforme des retraites lancée par le gouvernement

a mis des millions de Français dans la rue.

Et la mobilisation ne semble pas terminée alors que

syndicats et ministres campent sur leurs positions.

Le déficit vertigineux du régime de retraite — trente

milliards d’euros attendus cette année — rend la

reforme incontournable, tandis que la solvabilité

de la France suscite une méfiance croissante des marchés

financiers, (ceux-la mêmes auprès desquels l’État

quémande chaque mois les milliards d’euros nécessaires

à son fonctionnement).

Dans une note datée de juin, l’Institut Montaigne

souligne que l’enjeu de la réforme n’est pas seulement

financier. L’impératif d’équilibre budgétaire est lié

à celui de justice sociale. Viscéralement, car le système

fonctionne par répartition. L’Institut plaide pour un

régime unique, sans différence de traitement entre

catégorie, publique et privée. Qui fonctionne « à cotisations

définies », ne distribuant que l’argent perçu des

actifs et qui donc ne s’endette pas.

Une réforme en jeu

Il voudrait aussi voir avancer un système de retraite à la carte,

qui cesse d’imposer aux travailleurs l’âge du départ. Cela serait

possible à travers un modèle de cotisation par points, avec « neutralité

actuarielle ». Chaque travailleur percevrait une pension à

montant variable, en fonction de l’âge auquel il décide de partir

en retraite. Un tel système serait garant de cette « liberté responsable

», qui fait aujourd’hui défaut. Celle par exemple de travailler

plus longtemps, ou de cumuler emploi et retraite. La compétitivité

de la France y gagnerait. Les auteurs veulent surtout tourner la

page du dirigisme et d’un esprit politique qui conçoit la vie active

comme une aliénation, la retraite, une délivrance, et le travail, une

manne de revenus à se partager.

Comme il en coûte politiquement de multiplier les réformes,

on comprend que celle-ci, bien que dictée par l’urgence, est un

rendez-vous historique à ne pas manquer. Le prochain n’est pas

pour demain. La France est prise entre deux feux. Celui de la

rue, et celui des marchés obligataires. Ceux du dedans et ceux

du dehors. La précipitation fait courir le risque d’une réforme

bâclée, au coût inestimable... Sauf le courage et la lucidité

que procurent parfois les situations de grand danger (si toutefois

elles sont reconnues comme telles).

Le magazine de l’Observatoire Français des Think Tanks 2 n° 14 | Septembre 2010


Idées

p. 14

Le parcours

d’une idée

La taxe carbone

par Amaury Bessard,

Président Fondateur de l’Observatoire Français des Think Tanks.

( http://amaurybessard.com )

Taxer les émissions de gaz à effet de serre pour lutter

contre le réchauffement climatique, voilà le principe

de base de la taxe carbone, qui a animé les débats

en France ces dernières années. Entre espoir et désillusion,

volonté sincère et immobilisme cynique,

la taxe carbone semble ne pas avoir survécu à l’esprit

de consensus des négociations internationales et à la

rudesse du combat électoral.

Le magazine de l’Observatoire Français des Think Tanks 2 n° 14 | Septembre 2010


Idées | Le parcours d’une idée

p. 15

Genèse : Lorsqu’un principe

d’économie rencontre une

prise de conscience écologique

La taxe carbone, comme de nombreuses mesures de

fiscalité dites « environnementales », est communément

appelée « taxe pigouvienne ». Ce n’est évidemment pas

Arthur Cecil Pigou, économiste néoclassique anglais

du début du xxème siècle, qui a formalisé la proposition

de taxe carbone. Néanmoins, le fondement et la

légitimité économique

L’année 1972 marque un de cette taxe reposent

en grande partie sur

tournant dans cette prise ses travaux. Dans les

années 20, M. Pigou

de conscience planétaire. En publie un ouvrage intitulé

« The Economics of

effet, c'est cette année-là que Welfare » dans lequel il

présente la notion d’externalités

négatives et

le Club de Rome publie le rapport

The Limits to Growth. d’une nouvelle fiscalité.

les principes fondateurs

Il prend l’exemple des

locomotives à vapeur de son époque qui provoquaient

des incendies dans les champs qu’elles traversaient par

le rejet de morceaux de charbon incandescents (ou

escarbilles). Le coût de ces incendies était alors supporté

par les propriétaires de ces champs. Afin de les indemniser

et d’inciter dans le même temps les compagnies

ferroviaires à installer des systèmes de protection dans

leurs locomotives, il propose à l’État de créer une taxe

assise sur les risques de dommage causés par le rejet

de ces escarbilles. Il initie ainsi la réflexion du principe

pollueur / payeur…

Mais ce principe d’économie ne serait rien sans la

prise de conscience écologique apparue dans les années

1960 / 70. Marquée du sceau des grandes catastrophes

environnementales (Torrey Canyon en 1967, Seveso

en 1976, Amoco Cadiz et Love Canal en 1978, Three

Mile Island en 1979, etc.), cette période a été propice

à une responsabilisation des acteurs à l’égard de l’environnement.

L’année 1972 marque un tournant dans

cette prise de conscience planétaire. En effet, c’est cette

année-là que le Club de Rome publie le rapport The

Limits to Growth commandé à une équipe de recherche

du Massachussetts Institute of Technology, dirigée par

Dennis Meadows. C’est certainement la première étude

sur l’avenir de la planète qui connaît une audience internationale

aussi large. Elle permet une première sensibilisation

mondiale aux enjeux écologiques et aux limites

de la croissance économique. La même année, l’OCDE

adopte le principe de pollueur / payeur. Le principe

développé par Pigou se voit renforcé et trouve dans la

protection de l’environnement un excellent terrain d’application.

L’apparition de la taxe : dans

les coulisses des sommets

internationaux…

Toutefois la formalisation de la taxe carbone

attendra une nouvelle prise de conscience : celle

de l’impact des émissions de gaz à effets de serre

sur le réchauffement climatique. En 1988, un groupement

d’experts intergouvernemental sur l'évolution du

climat (GIEC) est créé à l’initiative du G7 et de l’ONU.

Ses travaux ont contribué à construire un consensus

scientifique autour du réchauffement climatique. L’une

des voies envisagées pour lutter contre ce phénomène et

préserver notre planète est de diminuer les émissions de

gaz à effet de serre, dont le fameux dioxyde de carbone.

En 1991, dans le cadre des travaux préparatoires de la

conférence de Rio, la Communauté européenne a proposé

une taxe mixte sur l’énergie et le contenu en carbone

qui, faute de consensus entre les États membres,

a été abandonnée. Toutefois, la Convention - Cadre des

Nations Unies sur le Changement Climatique signée à

Rio en 1992 a entériné les conclusions du GIEC, soulignant

la nécessité de « stabiliser les concentrations de

gaz à effet de serre dans l'atmosphère à un niveau qui

empêche toute perturbation anthropique dangereuse

du système climatique » . La prise de conscience progresse

et la taxe proposée par la Communauté européenne

a créé un précédent institutionnel… Durant

la même période, certains pays du nord de l’Europe

ont instauré une taxe carbone. Le premier fut la Finlande

en 1990. Puis vint le tour des autres pays scandinaves

en 1991 avec la Suède, la Norvège et le Danemark.

Si les modalités d’application diffèrent selon le

pays, la finalité reste la même pour tous : réduire les

émissions de gaz à effet de serre dans l’atmosphère.

Le magazine de l’Observatoire Français des Think Tanks 2 n° 14 | Septembre 2010


2006

1997

Idées | Le parcours d’une idée

p. 16

2009

Taxer la pollution

Publication au JO de la loi dite de Grenelle

Décision du Conseil Constitutionnel

2009

Signature du pacte écologique de Nicolas HULOT

Grenelle de l’environnement

2007

2008

Protocole de Kyoto

puis refus par les états membres

1920

Publication de

The Economics

of Welfare par

Arthur C. Pigou

1972

Publication du rapport meadows

PRISE DE CONSCIENCE ENVIRONNEMENTALE

Proposition de taxe de la comission européenne, 1991

1988 CRÉATION DU GIEC

PRISE DE CONSCIENCE DU CHANGEMENT CLIMATIQUE

90’s

1992

Convention de Rio

Légende

Institutions Françaises

Idée pollueur - payeur

Opinion publique (large)

60’s

70’s

Communauté Européenne

Opinion publique

Spécialistes du climat

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Idées | Le parcours d’une idée

p. 17

La convention de Rio a fixé les objectifs. Quelques

années plus tard, en 1997, le protocole de Kyoto tentera

d’en fixer les modalités, les moyens et le calendrier.

Souvent qualifiés de compromis raisonnables

bien qu’insuffisants, après de longues et âpres négociations,

les accords de Kyoto n’entrent en vigueur qu’en

2005. Kyoto introduit des mécanismes de gestion des

émissions carbone au niveau international et établit

un marché de permis d'émissions négociables (appelé

parfois « droits à polluer ») Pour certains observateurs, le

protocole de Kyoto a créé une alternative plus libérale à

la taxe carbone (davantage interventionniste).

La formalisation d’une taxe

en France : le Pacte écologique

de Nicolas Hulot

En France, en novembre 2006, quelques mois avant

l’élection présidentielle, Nicolas Hulot interpelle directement

chaque candidat sur les questions environnementales.

Pour cela, il leur demande publiquement de signer

son pacte. Cette opération lui permet dans le même

temps de sensibiliser le grand public à son action et de

mettre ce thème au cœur de la campagne présidentielle.

Trouvant un écho favorable auprès des électeurs (près de

750 000 signataires), soutenu par de nombreuses personnalités

scientifiques et médiatiques, le pacte écologique

sera signé par 15 candidats dont Nicolas Sarkozy, Ségolène

Royal et François Bayrou. Le document comprend

10 objectifs et 5 grandes mesures applicables en début

de mandat. La taxe carbone figure en deuxième position.

 la suite de son élection, Nicolas Sarkozy crée un grand

Ministère du développement durable et lance le Grenelle

de l’environnement. Premier résultat : la loi Grenelle

I incite l’État à envisager la mise en place d’un

système de taxation carbone rebaptisé « contribution

climat - énergie ». Dans une ambiance de réticence à

l’idée d’une nouvelle pression fiscale, Nicolas Sarkozy

demande à un groupe d’experts présidé par Michel

Rocard un rapport sur la mise en œuvre opérationnelle

de cette contribution. La publication de ce rapport

suscite de nombreux débats au sein de la majorité

comme de l’opposition. Toutefois, en novembre 2009,

la contribution climat - énergie est intégrée dans la loi

de finances 2010. Mais le 29 décembre 2009, le Conseil

Constitutionnel rend sa décision et déclare le dispositif

contraire à la Constitution. Le gouvernement décide de

se remettre à l’ouvrage, mais les élections régionales sonnent

le glas de la taxe carbone. Echaudé par sa défaite,

le gouvernement préfère porter le débat au niveau de

l’Union européenne. Ainsi, 20 ans après sa première

formulation, la taxe carbone revient dans le giron communautaire,

même si les États Membres ne semblent

toujours pas prêts à l’adopter...

Retour à la case départ ?

20 ans après sa première formulation, la taxe

carbone revient dans le giron communautaire,

même si les États Membres ne semblent toujours

pas prêts à l’adopter... Retour à la case départ ?

Le Club de Rome

Fondé en 1968 à l’initiative de l’industriel italien Aurelio Peccei et du scientifique écossais

Alexander King, le club de Rome est un groupe de réflexion international qui réunit des

personnalités politiques et des experts scientifiques de plus de 50 pays. Il s’est donné pour

mission de réfléchir sur les grands enjeux et défis à l’échelle mondiale. Il acquiert sa renommée

internationale avec la publication de son rapport intitulé The limits to growth.

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Tribune libre

p. 18

Tribune libre

par Marc Ullmann

Éléphant américain et porcelaine mondiale

Quels sont, à l’heure actuelle, les intérêts vitaux des États-Unis ?

Les citoyens de la plus puissante nation du monde ne le savent pas.

Ils sont perdus. Nous avec eux.

Marc Ullmann

Fondateur du Club des Vigilants

En 1948, s’est installée la doctrine Truman. Elle a duré tant qu’a duré la guerre Froide et a

consacré la primauté américaine. De 1989 (chute du Mur de Berlin) à 2001 (11 septembre)

le flou s’est installé. Après le 11 septembre, G. W. Bush s’est fourvoyé en Irak. Enfin, depuis

2008, le chômage et les difficultés de la vie sont devenus le principal souci des Américains.

De toute évidence, le moment est venu de jeter les bases d’une refondation. La géopolitique

ne sera pas seule en cause. L’économie jouera un rôle majeur. L’écologie comptera. Les États-

Unis devront se redéfinir et fixer leurs propres limites. Un peu comme ils l’ont fait en 1823

avec la doctrine Monroe.

L'élection présidentielle de 2012 sera déterminante. Un néo-conservateur extrême

et revanchard peut succéder à Obama ou celui-ci se succéder à lui-même. Quel que soit l’élu,

l’interprétation des intérêts vitaux des États-Unis d’Amérique comportera nécessairement des

points communs. Les différences, cependant, risquent d’être significatives. Les cocktails

entre interventionnisme et isolationnisme, entre protectionnisme et libreéchange

seront dosés autrement. Les conséquences pour le monde entier seront

immenses. Il est temps d’y penser.

C’est avec cette préoccupation en tête que le Club des Vigilants a créé un groupe

de travail. L’Ambassadeur de France, Jacques Andréani, en est le pilote. Des anthropologues

et géopoliticiens de divers continents, des économistes, des militaires et des technologues

seront consultés. Le but du jeu est d’attirer l’attention des décideurs français et européens

sur les risques et les chances des changements à anticiper.

Pour comprendre l’importance de l’enjeu, il faut, ne serait-ce que brièvement, jeter

un œil sur le passé récent. Les ressorts de l’hégémonie américaine se sont distendus. L’industrie

n’est plus ce qu’elle était. Les services non plus. Pour prendre un exemple, il n’y a, en 2010,

plus que deux banques et deux agences de publicité américaines qui comptent parmi les dix

premières mondiales. Heureusement pour les États-Unis, la créativité demeure et un écosystème

particulier favorise l’éclosion de jeunes pousses. Reste que les fondements de l’économie

et de la finance se sont fissurés. Le chômage sévit, les services publics périclitent,

les infrastructures tombent en ruine, les déficits s’accumulent tandis que des milliers de milliards

sont dépensés aux quatre coins du monde. Pour une grande majorité d’Américains,

il est temps de crier : « Nous d’abord ! ». Un peu comme les Français disaient dans les années

50 : « La Corrèze plutôt que le Zambèze ! » .

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Tribune libre | Marc Ullmann

p. 19

En géopolitique, le tableau est particulièrement sombre. Sans l’avoir vraiment voulu,

les États-Unis ont pris le relais des anciennes puissances coloniales. Avec bonne

conscience mais impréparation. Partout, le « Nation Building » s’est révélé d’autant plus illusoire

qu’il reposait sur des fausses prémisses et des généralisations abusives. Le comble a été

atteint en Irak, où, pendant les deux premières années, les responsables américains étaient

censés s’inspirer du modèle offert par la démocratisation du Japon en 1945. Comme si l’Irak,

avec ses structures tribales et ses antagonismes traditionnels, ressemblait à un pays où la population

est homogène et où l’Empereur Dieu avait exhorté ses sujets à accueillir les vainqueurs

avec soumission et dignité. Le résultat, bien sûr, s’est révélé contraire aux attentes. L’Iran, au

lieu d’être coincé entre l’Irak et l’Afghanistan devenus démocratiques et pacifiés, se retrouve

quasiment maître du jeu dans une région bouleversée.

Marc Ullmann

Fondateur du Club des Vigilants

La plaie irakienne sera longtemps saignante et les combats en Afghanistan montrent

que l’écrasante supériorité militaire dont jouissent les États-Unis ne sert à rien dans les guerres

asymétriques où les victoires se remportent à pied et souvent au corps à corps.

De ce constat, deux conclusions opposées peuvent être tirées. Dans un cas

— et c’est sans doute l’option que choisirait Obama s’il était réélu en 2012 — , il faudrait

que le repli soit effectué dans un esprit de « partnership » avec les principaux pays des régions

concernées. Dans l’autre – et ce pourrait être la tendance d’un isolationniste revanchard –

le retrait se ferait de mauvaise grâce : le reste du monde n’aurait qu’à se débrouiller !

Dans cette triste hypothèse, les relations financières et commerciales ne s’encombreraient

pas d’obligations multilatérales. Les conséquences pour les entreprises – notamment

européennes – seraient graves.

Sur le plan militaire, il n’y aurait pas de « complaisance » (c’est le terme employé aujourd’hui

par les adversaires d’Obama) mais multiplication de frappes tombées du ciel pour foudroyer

des ennemis réels ou supposés. Les drones sont faits pour cela et un usage « limité »

de l’arme atomique ne saurait être exclu si la présomption existait d’un risque majeur

venant d’Iran ou, pourquoi pas, du Pakistan.

Cette vision « Folamour » peut sembler absurde mais nous allons vivre, pendant une bonne

vingtaine d’années, dans une période où la supériorité militaire américaine sera encore décisive

mais où son poids économique, financier et même technologique risque de diminuer.

Un tel décalage est, par définition, dangereux. Un éléphant, quand il recule, peut casser

beaucoup de porcelaine. Tout doit être fait pour comprendre les besoins des États-Unis, ménager

leur fierté, miser sur leur capacité de rebond, croire à la permanence des valeurs qu’ils ont

si longtemps incarnées.

L’Union Européenne, la Russie, la Chine, l’Inde, le Japon, le Brésil et la Turquie sont au

cœur de cette problématique. Ils ont beaucoup à perdre mais peuvent être les principaux artisans

d’une refondation, d’un monde où « the pursuit of happiness », inscrite dans la Déclaration

d’Indépendance des premiers États-Unis, puisse servir d’idéal.

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« Rare félicité des temps, où il est permis

de penser ce qu'on veut, et de dire

ce qu'on pense ! »

Tacite


En face

Entretiens : Christian Harbulot, par Romaric Bullier p 22 ;

Jean-Pierre Gratien, par Romaric Bullier p 27 •

Le magazine de l’Observatoire Français des Think Tanks 2 n° 14 | Septembre 2010


En face

p. 22

Entretien avec

Christian Harbulot

par Romaric Bullier

Christian Harbulot

— © crédits photo OFTT

Le concept d'intelligence économique (IE), né en France dans les

années 90, n'aura pas connu de représentant plus polémique que

Christian Harbulot, co-rédacteur du rapport Martre et fondateur

de l'École de Guerre Économique. Ancien militant maoïste

reconverti à l'étude des affrontements économiques, Christian

Harbulot développe une pensée provocatrice en marge du discours

policé d'autres représentant de l'IE en France.

A l'heure où se créé l'Institut International d'Intelligence Économique

et Stratégique, il a accepté de nous présenter cette nouvelle

structure et de revenir avec nous sur l'évolution de l'intelligence

économique ces quinze dernières années.

RB : Quel est le rôle de l’Institut vis-à-vis

de Prométhée ?

CH : L’idée de l’Institut est venue suite à un

bilan : pour que le domaine de l’IE en France ne

reste pas cantonné à une sorte de culture orale,

il était absolument nécessaire de lui donner un

aiguillon. Le premier élément de cet aiguillon, c’est

un travail qui a surtout concerné les étudiants de

l’École de Guerre Économique qui ont participé à

la création du portail de l’IE. L’objectif du portail,

c’est une base de connaissances que l’on va enrichir

continuellement, qui ne doit surtout pas être une

base de connaissances statique, un porte-cartes de

visite doré mais réellement devenir une base de

connaissances opérationnelle, utile pour tous. Notre

position c’est de ne surtout pas être sectaire, de bien

montrer en quoi l’IE est un domaine en devenir,

qui ne peut prendre de l’importance qu’au travers

de la connaissance. Ce qui manquait à l’IE jusqu’à

présent, c’était justement ce type d’enrichissement.

Or, aujourd’hui, il est impossible de produire de la

connaissance sans que cela figure sur Internet, il est

impossible de produire de la connaissance seul, il

faut absolument créer des interactions.

L’objectif du portail, c’est un enrichissement avec

d’autres. On aura à ce propos une collaboration avec

d’autres acteurs. Le portail ne doit pas être l’instrument

marketing déguisé de l’EGE, nous voulons

vraiment en faire une BDC utile au nom de l’IE.

Au dede ce portail, l’Institut va être un aiguillon.

L’idée de l’aiguillon m’est venu car l’IE a eu des

hauts et des bas depuis ses débuts, voire de grands

silences, et je pense là en particulier à l’époque

Jospin, et je n’ai pas du tout envie que l’on retombe

dans le même type d’incohérence, de vide ou de

danger de remise en cause de la démarche. Pour ça

il fallait se soustraire au calendrier des politiques,

aux états d’âmes des hommes politiques, qui allaient

être intéressés pour une raison x ou y. Et même si

c’est vrai que de bonnes graines ont été semées dans

Le magazine de l’Observatoire Français des Think Tanks 2 n° 14 | Septembre 2010


En face | Entretien

p. 23

L’Institut a cet objectif :

donner plus d’autonomie

à la France dans

un monde qui devient

chaotique.

l’appareil d’État, principalement au ministère de

l’Intérieur, mais aussi dans d’autres ministères bien

que là, la pérennité soit encore très fragile, il fallait

absolument un aiguillon privé.

dans lequel notre problème était plus de savoir comment

exister face aux États-Unis et à nos meilleurs

amis.

N'y a-t-il pas un double risque dans le fait

Pendant longtemps, le discours dominant

dans l'IE, et à l'EGE, c'était justement de souhaiter

une politique publique d'intelligence

économique ? Pourquoi se concentrer maintenant

sur une structure privée ?

Je n’aurais pas du tout tenu ce discours au

début des années 90. Je le tiens aujourd’hui parce

que je me suis rendu compte que dans notre contexte

culturel français, nous n’avions pas le choix. L’appareil

d’État a ses contraintes. Elles sont très lourdes

et elles nuisent à la créativité. Il existe des tentatives

intéressantes, je pense notamment au Conseil Supérieur

de Formation et de Recherche Stratégique qui

a été lancé sur le site de l’École Militaire. C’est vrai

que Philippe Baumard en tant que président du

conseil scientifique a essayé de réunir des gens qui

ont des idées, qui sont parfois très hostiles les uns

envers les autres, et c’est une très bonne chose. On

verra ce qui va être produit. Je note simplement que

nous sommes ici dans le défensif et non le proactif.

Or, le concept d’IE a été créé pour que l’on se

sorte du défensif, c'est-à-dire pour que l’on utilise

les sources ouvertes pour conquérir des parts de

marché, pour être plus performant afin de mieux

résister aux situations complexes actuelles.

de placer Bernard Carayon au cœur de l’Institut

: d’une part voir l’Institut prisonnier de

ce temps politique dont vous disiez vous-même

qu'il n'était pas idéal pour la mise en place

d'une stratégie à long terme et, d'autre part,

d'être politiquement marqué ?

C’est un double risque assumé. Lorsque j’ai

commencé cette démarche sur l’IE, j’ai dialogué

avec Édith Cresson. Si elle avait eu les moyens de sa

politique et avait pu s’engager sur un terrain beaucoup

plus stratégique, j’aurais suivi sans aucun état

d’âme cette direction, parce que pour moi cela n’aurait

pas été soutenir le PS mais soutenir la France.

Aujourd’hui, je suis au côté de Bernard Carayon

exactement dans le même état d’esprit, c'est-à-dire

que très sincèrement quand je discute avec lui, je

ne discute pas avec un député UMP, je discute avec

un individu que je respecte, avec qui nous nous

posons la question de l’avenir de la France. Je ne

pourrai que me réjouir qu’il existe à gauche comme

à droite des gens qui partagent cet avis. J’estime que

les divergences politiques et politiciennes sur un tel

sujet sont suicidaires, stupides et sans intérêt. Toutes

les querelles qui peuvent naître de ça, le sectarisme,

l’ostracisme, ont été des erreurs par le passé.

C’est pour ça que l’Institut a cet objectif, ces deux

champs de réflexion : donner plus d’autonomie à

la France dans un monde qui devient chaotique et

où l’économie est un élément essentiel dans l’avenir

d’un pays, et deuxièmement s’interroger aussi sur la

crise du monde occidental. On ne peut pas non plus

omettre cette dimension-là du problème alors que

quand on avait créé le concept d’IE on était encore

dans un monde dominé par le monde occidental,

C'est un risque d’être au côté de Bernard Carayon,

comme c’est un risque pour lui d’être au côté de

quelqu’un comme moi avec le parcours que j’ai

pu avoir, que je revendique, que je ne cache pas et

que j’assume complètement. Je l’assume parce que

je pense qu’en 2010 ce n’est pas simple d’évaluer

la finalité des sociétés, de leur système. Ce que j’ai

toujours voulu faire, c’est d’être utile au pays où je

suis né.

Le magazine de l’Observatoire Français des Think Tanks 2 n° 14 | Septembre 2010


p. 24

— © crédits photo OFTT

Pour moi il est évident que

Aujourd’hui, le combat

l'enjeu majeur, c'est de savoir : est ailleurs, dans comment

faire en sorte que

quelle stratégie pour la France la population française

ne périclite pas, ne

dans le long terme? connaisse pas une chute

que d’autres peuples ont

connu dans l’histoire. Ce n’est pas l’ode à la croissance

ou trouver des recettes pour améliorer l’endettement.

Le problème essentiel est de redonner à la

France une force économique, ce qui ne se fera pas

seulement par l’innovation.

Faire un aiguillon, c’est prendre des risques. Cela

ne sera jamais une démarche de consensus. Il s’agit

de mettre en avant des problèmes qui dérangent,

sortir de la langue de bois, sortir des visions technocratiques

et essayer de garder le cap. Pour moi, la

démarche d'IE telle qu'elle a été conçue à la fin des

années 80, c'était comment arriver à une pluridisciplinarité

par des grilles de lecture différentes pour

aboutir à une synthèse opérationnelle. L'appliquer à

la Chine, par exemple, c'est considérer que la Chine

est une puissance, que c'est un parti qui la dirige,

que l'économie est son objet de puissance, que l'on

ne pourra jamais l'étudier comme l'économie suédoise

par exemple. C'est une puissance qui a décidé

de conquérir des marchés, de jouer sur les faiblesses

du monde occidental, éventuellement de l'affaiblir,

de régler des problèmes du passé : il ne faut pas

oublier les deux guerres de l'opium où l'on a aidé un

peuple à consommer de la drogue pour conquérir

des marchés. La lucidité c'est de voir aussi ce qu'on

a fait et d'en mesurer le prix sans pour autant s'agenouiller

devant la Chine et se laisser faire et se faire

détruire économiquement.

Pour moi le concept d'IE c'est la capacité d'ouverture

d'esprit avec cette intégration de grilles de

lecture sur des sujets d'ordre stratégiques. La Chine

c'est une grille de lecture principale de rapports de

force entre puissances. La logique de marché existe

également mais elle vient bien après. Et là vous avez

bien compris que je n'ai pas du tout la même attitude

qu'un professeur de gestion de Dauphine ou

qu'un économiste qui lui va privilégier la mondialisation,

les termes de l'échange, les principes financiers.

Je n'écarte pas ces éléments là mais j'essaie de

les resituer dans le véritable ordre de grandeur.

L'IE existe depuis 16 ans en France. La

vision stratégique semble avoir du mal à s'imposer.

Il est difficile de voir dans les actions

de l'État comment s'organise la politique

publique d'intelligence économique, en dehors

de la sensibilisation des entreprises. Qu'en

est-il de la stratégie nationale qui est l'un de

vos cheveaux de bataille ?

Au niveau de l'État, on voit bien dans les

tentatives de redéfinition du fameux décret sur les

intérêts stratégiques de la France que l'on est encore

dans la catégorisation mais pas du tout dans une

approche lucide : c'est quoi la France aujourd'hui,

quels sont ses points forts, quelles sont les positions

qu'elle doit renforcer, quelles sont celles qu'elle doit

défendre à tout prix et quels sont les terrains où elle

est en train d'être laminée etc. Ce pilotage stratégique

d'un pays à long terme ne peut en aucun cas

se faire le temps d'un mandat présidentiel. C'est un

Le magazine de l’Observatoire Français des Think Tanks 2 n° 14 | Septembre 2010


En face | Entretien

p. 25

Il serait très dur de découvrir que le modèle

démocratique n'arrive pas à se reconfigurer

par rapport à des enjeux où l'affrontement est

devenu central.

contre sens politique. Le pilotage stratégique d'un

pays comme la France sur l'évolution des dépendances

en matière première, vis-à-vis du pétrole, sur

tout un tas d'éléments qui garantissent à terme la

survie d'un territoire. Réduire ça à un quinquennat,

c'est une forfaiture intellectuelle. Il va bien falloir,

pour parler un jour de stratégie, l'on arrête de baratiner

les Français sur des slogans électoraux vides de

sens alors ils attendent des politiques qu'ils aient le

courage de définir des solutions sur le moyen / long

terme. Ils n'attendent pas des solutions à la petite

semaine pour gagner des élections et se maintenir le

plus longtemps possible au pouvoir.

Le concept de l'affrontement a toujours été

présent dans vos réflexions, notamment celui

de la guerre économique. L'Institut compte-til

relancer une recherche sur la guerre, par le

biais de la polémologie ?

J'ai regardé ce qui avait été traité par la polémologie

et bizarrement l'économie n'en faisait pas

partie. C'est ce qui m'a énormément déçu. Dans

l'histoire de l'homme, le principe de survie est

d'abord lié au fait de manger, de se nourrir. C'est

une très grande partie de l'histoire de l'humanité.

Au cours de mes recherches je me suis rendu compte

que le thème de la survie est très rarement traité. La

raison est simple : la survie c'est la légitimité de la

violence. Depuis Platon et Aristote nous ne sommes

pas pressés de regarder ça en face. Or, le monde dans

lequel nous rentrons est en train de réactiver cette

évidence.

Pourquoi le terme Guerre Économique me tient à

cœur ? Parce qu'aujourd'hui on s'affronte principalement

autour d'enjeux économiques. Il est difficile

aujourd'hui pour un professeur ultra libéral de dire

que l'arme économique est désuète et en voie de disparition.

Si j'ai des richesses économique et que je

sais les utiliser, je suis puissant et beaucoup puissant

que l'autre.

Ces personnes-là se sont un peu égarées dans leur

vision du monde. On commence à ramener le cur-

seur au milieu pour trouver un point d'équilibre

dans l'analyse. Il est clair que les rapports de force

économique ont, hélas, un bel avenir devant eux,

ils n'ont jamais cessé d'en avoir un. Ils ont un triple

avenir : il y a les rapports de force économique sur

les questions de marchés, il y a les rapports de force

économique autour des questions de territoires et il

y a les rapports de forces économiques liés à ce que

j'appellerais le développement des comportements

déviants, des économies criminelles, qui sont en

croissance constante et dont on ne sait pas quel rôle

elles vont être amenées à jouer dans l'avenir.

Le nom "École de Guerre Économique"

n'est pas là par hasard, c'était déjà un

aiguillon. Le nom de l'Institut est beaucoup

plus policé.

C'est vrai et il y a eu un débat interne qui a

tranché en disant « il faut que l'on construise sur

quelque chose . J'étais favorable à passer une marche

mais je n'ai pas été assez convaincant pour trouver

le bon terme pour passer cette marche. Ce qui

explique que l'on en soit resté à l'Institut de l'IE

en considérant que de cet institut, il pouvait éventuellement

sortir autre chose. Mais je crois qu'il ne

faut pas avoir raison trop tôt et c'est la raison pour

laquelle je ne me suis pas du tout battu comme un

chiffonnier pour faire passer une autre expression.

Pour moi il est évident que l'enjeu majeur, c'est de

savoir : quelle stratégie pour la France dans le long

terme? Avec un vrai pilotage stratégique, et non pas

des mouvements de manches ou des mouvements

nerveux sur des prises de décisions sur des logiques

de court terme. Ca c'est le véritable enjeu. Ce n'est

pas un enjeu simple. Pour l'instant dire ça c'est de la

science-fiction totale.

— © crédits photo OFTT

Le magazine de l’Observatoire Français des Think Tanks 2 n° 14 | Septembre 2010


En face | Entretien

p. 26

L'Institut reste pour l'instant une structure

dématérialisée autour du portail. Quel

est l'objectif ? Garder cette structure ou créer

un véritable think tank ?

L'objectif est de passer à un do tank, c'est à

dire un institut de recherche qui agit. L'objectif c'est

de ne pas créer une officine et de ne pas être une

structure fantôme. Cela va être un objectif très difficile,

le pari est très gros mais il faut absolument que

l'on sorte du simple symbole de l'aiguillon virtuel.

En France, la question de l'organisation est capitale,

et cela veut dire trouver de l'argent. Et là ça

ne sera pas la même logique que pour une fondation

comme Prométhée : trouver de l'argent pour

un aiguillon, ce n'est pas faire du lobbying indirect

pour ceux qui mettent de l'argent dans cet aiguillon.

Nous sommes dans un

autre type de projet,

un projet pour ce

pays. Est-ce que l'on

est capable de mettre

sur rail un projet pour

ce pays, dans l'état où économiques.

il est ? Je n'ai pas la

réponse. Mais en tout cas, que l'on gagne ou que

l'on échoue. il n'y aura pas de faux-fuyants. Disons

que dans les deux ans qui vont venir, on prend le

chemin de la victoire ou de la défaite. Qui ne tente

rien n'a rien.

Les entreprises ne semblent pas plus intéressées

par cette vision stratégique. L'IE se

limite souvent à une boite à outils permettant

de connaître un concurrent.

Dans le monde de l'entreprise, on est encore

très loin du compte. L'entreprise aujourd'hui se

pose encore à peine le problème de l'amélioration

de l'usage de l'information. Mais il est évident que

contrairement à ce qui peut se passer en Chine, en

Russie, en Inde, aux USA, la sociologie de l'information

en France est encore à un stade très basique.

Il faut se rappeler que dans l'histoire de France c'est

l'État qui a impulsé un usage stratégique de l'information

à usage économique. Comment étaient

créées les manufactures à l'époque de la monarchie ?

Comment a été créée la politique protectionniste

pendant la première moitié du xix ème siècle qui a

protégé la France d'une catastrophe économique

due à ses défaites militaires ? Aujourd'hui, nous ne

sommes plus dans ce cas de figure et le problème

des entreprises c'est le chacun pour soi et l'on est

à un niveau encore trop bas de la prise en compte

de la dimension stratégique de l'information. Dans

d'autres pays, on est à un autre niveau.

Est-ce que ce problème n'est pas également

un problème de société : vite produit, vite

consommé. La demande des entreprises, c'est

l'information immédiate.

Cette position-là est un obstacle énorme à

une vision lucide et cohérente de ce que devrait être

l'IE dans le développement d'une entreprise ou d'un

territoire.

Il est clair

q u ' u n

jour on va

peut-être

se rendre

c o m p t e

que les

systèmes totalitaires peuvent être plus efficaces,

ce qui serait le pire des bilans. Il serait très dur de

découvrir que le modèle démocratique n'arrive pas à

se reconfigurer par rapport à des enjeux où l'affrontement

est devenu central.

Pourquoi le terme Guerre Économique

me tient à cœur ? Parce qu'aujourd'hui on

s'affronte principalement autour d'enjeux

Le positionnement de l'EGE est d'ailleurs

aujourd'hui est de plus en plus centré sur l'affrontement

par l'information. La guerre de l'information

c'est l'offensif. Celui qui attaque a toutes les

chances de gagner. Or, par définition, dans les relations

internationales de la fin de la Seconde Guerre

Mondiale à aujourd'hui, le crédo de la démocratie

c'est « plus jamais ça » . Seulement voilà, il y a un

problème, une nouvelle forme de guerre est en train

de naître sous nos yeux depuis longtemps et son

principe c'est l'attaque. Le résultat pour l'instant

c'est une incohérence totale : on n'ose pas dire qu'il

faut attaquer. Or, en cas de guerre, si l'on ne se bat

pas, on perd ou on disparait. Que fait-on ? On se bat

ou non ? Ce ne sera pas un problème d'état d'âme

ou d'humanisme.

Le magazine de l’Observatoire Français des Think Tanks 2 n° 14 | Septembre 2010


En face

p. 27

Entretien avec

Jean-Pierre Gratien

par Romaric Bullier

L'actualité politique, depuis le début de l'été, est riche de rebondissements. Les débats autour

de la réforme des retraites se sont vus remplacés par une suite de scandales touchant le

ministre en charge de cette réforme. Née sur Internet, la crise politique s'est reflétée dans

l'ensemble de la sphère médiatique, professionnelle ou non, des blogs à la presse écrite en

passant par la radio et la télévision. Internet devient un accélérateur de scandales et la source

de polémiques face à des médias traditionnels de plus en plus critiqués pour leurs choix éditoriaux

et leur traitement de l'information.

Au dedes scandales et des affaires, c'est le rôle même de la presse qui est parfois remis en

question : le temps de la réflexion programmatique, celui de l'action politique et le temps

médiatique peuvent-ils coïncider ? Les nouveaux médias sont-ils une opportunité ou une

menace pour l'information ? Quelles sont les pistes de réflexions pour améliorer l'information

des citoyens et quels rôles peuvent jouer les think tanks ? Jean-Pierre Gratien, rédacteur

en chef de La Chaîne Parlementaire - Assemblée Nationale s'est penché avec l'OFTT sur ces

Jean-Pierre GRATIEN

— © crédits photo LCP

interrogations.

RB : Il semble de nos jours, et c’est un

reproche fréquent, plus compliqué pour les

médias d’apporter une information en profondeur,

du recul, de l’analyse. Les affaires politiques

semblent prendre de l’ampleur plus rapidement

et plus efficacement que par le passé.

Le rôle d'internet est-il prédominant sur cette

question et quels problèmes cela soulève-t-il ?

JPG : D'abord, il y a l'apport technologique.

Google est devenu un produit de masse en 18 mois.

La radio a mis 20 ans, la télé 10 ans. Comme dans tout

type de déflagration en terme de communication, on

va arriver à un moment où il va se poser la question

de la reconcentration, de remettre de l'ordre dans l'offre.

Ce qui a beaucoup changé également, ce sont les

blogs, le fait que des individus puissent incarner une

pensée. Ça me pose question. Quelqu'un qui n'a pas

Le magazine de l’Observatoire Français des Think Tanks 2 n° 14 | Septembre 2010


En face | Entretien

p. 28

de carte de journaliste peut le faire. Quelle est sa légitimité

? Il faudrait trouver un mode de sélection, de

contrôle.

Alors au nom de la liberté d'expression, on n'a pas

le droit de le remettre en cause, mais ça m'interpelle.

La gratuité est un vrai problème également. On

observe qu'aux États-Unis ils font marche arrière sur

la gratuité. La technologie a remis en cause un certain

nombre de support. Cela remet en cause un

modèle économique, on essaye d'en inventer un

autre et on se rend compte qu'il y a un moment

où il va falloir recentrer les choses. Aujourd'hui, le

modèle du gratuit n'existe pas.

Les politiques ont un gros effort de

pédagogie à faire et les journalistes

doivent aussi faire la part des choses.

Faire payer l'information triée, analysée par des

journalistes professionnels, cela va revaloriser le

métier et recrédibiliser l'information que l'on voit

circuler sur les nouveaux médias.

On parle beaucoup de Mediapart en ce moment.

Mediapart a fait un vrai choix économique, celui de

ne pas aller vers la gratuité et aujourd'hui l'histoire

leur donne raison. Certes il faut vouloir aller chez

Mediapart, mais en retour, on a une information

vérifiée, validée par des journalistes professionnels.

Est-ce que la question du financement va

suffire à résoudre les problèmes de la presse

et de l'information ou y a-t-il encore un souci

lié à l'incompatibilité entre le temps médiatique

et le temps politique ?

C'est la base, il faut payer les journalistes expérimentés.

Il faut restaffer les rédactions, retrouver

des services d'investigation dignes de ce nom, retrouver

des services politiques. Pour avoir de bonnes

informations, un journaliste politique doit avoir un

peu de bouteille.

Actuellement, les rédactions sont staffées avec des

journalistes de plus en plus jeunes, payés au lancepierre.

Il faut retrouver des profils de rédactions digne

de ce nom.

Une autre critique souvent soulevée à l'encontre

des médias est celle du choix des sujets.

L'information officielle semble parfois prendre

une part importante.

Je vais faire une autocritique par rapport à ça,

c'est que l'on tombe facilement dans le piège. C'est à

dire que l'on se nourrit de cette information, de ces

points presse des différents ministres. C'est un piège que

l'on avait déjà entrevu avec Lionel Jospin, avec Manuel

Valls à l'époque. C'est une politique maintenant vraiment

incarnée par le chef de l'État lui-même. Nicolas

Sarkozy a complètement modifié la fonction présidentielle

notamment avec cette mise en avant, cette omni

présidence médiatique. Si l'on a une autocritique à faire

c'est que l'on a eu un peu tendance à tomber dans ce

panneau-là, d'être suiveur.

Avant, les choses étaient un peu différentes. Avec la

presse écrite, il y avait, un peu à l'image de l'école anglosaxonne,

le temps du factuel, le temps de l'analyse et le

temps la personnalisation. On allait plus au fond des

choses. Nous sommes maintenant victime de l'offre et

nous devons faire le tri dedans.

Je me rappelle de visages étonnés quand j'avais décidé

de faire une impasse sur une conférence de presse d'un

ministre ou même de Nicolas Sarkozy. Ca paraissait

choquant de proposer ça à la rédaction. Comme quoi il

y a une telle habitude de l'offre que le jour où on décide

de ne pas la prendre, on surprend.

Est-ce que les différents temps, médiatique,

politique, voire philosophique, peuvent cohabiter

?

Sur la séparation des temps, si j'étais au pouvoir,

je ferais beaucoup de pédagogie là dessus. Je me

souviens encore de Pierre Bédier, un ancien Secrétaire

d'État aux prisons, qui était effondré, alors qu'il lançait

un plan de construction qui n'aurait son résultat que

cinq ans plus tard au minium.

On parle de la réforme des retraites. La progressivité

dans la réforme des retraites, c'est un argument essentiel

pour faire passer le message de façon pédagogique.

Le magazine de l’Observatoire Français des Think Tanks 2 n° 14 | Septembre 2010


En face | Entretien

p. 29

L'intérêt d'un think tank c'est d'avoir

une réflexion en amont avec du recul et

de la perspective.

Cette réforme est importante parce qu'elle engage

plusieurs générations. Il faut bien faire comprendre

aux Français que quand on parle des retraites, on se

projette à vingt ans, quarante ans.

Les politiques ont un gros effort de pédagogie à

faire et les journalistes doivent aussi faire la part des

choses. C'est à eux de faire comprendre qu'il faut

raison garder, que les choses ne se font pas en claquant

des doigts.

Il y a des journalistes à qui on donne encore cet

espace d'analyse. C'est pour ça que je crois beaucoup

du système à l'anglo-saxonne en distançant

l'immédiat, le factuel et où en parallèle il existe une

remise en perspective. C'est une démarche que l'on

doit avoir quelque soit le sujet.

En prenant l'exemple de La Chaîne Parlementaire,

le travail auprès des commissions,

sur la conception des textes, cela permet de

suivre l'évolution de certains sujets. La spécialisation

des médias n'est-elle pas aussi une

réponse ?

Quand l'écrit était seul maître à bord, au début

du xx ème siècle, il existait une spécialisation déjà. Tu

avais des feuilles de choux, des quatre pages spécialisés,

pour telle ou telle corporation. Je suis un peu dubitatif

du coup. Ce qui évolue plus aujourd'hui, c'est le multi

support mais ça ne change pas le fond sur la spécialisation.

Les think tanks sont-ils une source d'information,

d'analyse pertinente pour les journalistes ?

Prenons l'exemple des retraites. J'ai besoin

de me faire une idée sur le sujet. Soit j'ai un esprit de

synthèse et je vais sur plusieurs sources d'informations,

blog y compris, et tout va bien. L'intérêt d'un think

tank c'est d'avoir une école de pensée assez large, une

réflexion en amont avec du recul et de la perspective.

Je peux espérer qu'il me fasse économiser un temps de

synthèse.

Ce que l'on peut dire aussi, c'est que par nature un think

tank développe une école de pensée. Malgré tout, pour

quelqu'un qui s'intéresse aux retraites, il est plus intéressant

d'aller voir les think tanks qui représentent les courants

de pensées principaux et il gagnera un temps fou,

tout en ayant la garantie d'avoir une matière qui aura

fait preuve d'analyse, de recul et de décryptage. Pour le

coup, le think tank a toute sa place dans cette démarche.

Pourtant, les think tanks ne semblent pas être

des interlocuteurs recherchés par les journalistes.

Je vais être honnête : je pense qu'ils ne le sont pas

assez. Mais justement parce que l'on est très vite tenté

de faire une analyse à chaud, parce que l'on ne prend

pas assez le temps d'aller par ces sas qui pourraient nous

permettre d'approfondir la réflexion de manière suffisante.

— © crédits photo LCP

J'ai suivi les travaux de la Fondation Jean Jaurès par

exemple, mais il faut quand même que l'on m'envoie

le support papier pour que je me dise « tiens, ils ont

travaillé sur le sujet ». Alors que si j'avais le réflexe d'aller

voir tel et tel think tank, j'aurais déjà un bon panorama

de ce qu'est la réflexion sur tel ou tel sujet.

Le magazine de l’Observatoire Français des Think Tanks 2 n° 14 | Septembre 2010


En face | Entretien

p. 30

Est-ce qu'on ne peut pas en

déduire justement que les think

tanks ont un problème de communication

envers les journalistes ?

Oui, évidemment. Terra Nova est un bon

exemple d'efficacité.

Sa démarche est intéressante : ils arrivent à mener

en parallèle la réactivité et la réflexion. Lorsqu'il y a

une actualité chaude, j'ai souvent dans les deux-trois

heures un mail de ce think tank avec un premier

commentaire d'un spécialiste disant « voilà où en est

la réflexion de Terra Nova sur le sujet ». Pour moi,

c'est le premier think tank à réussir à développer à la

fois la réflexion et la réactivité.

Je pense qu'il y a beaucoup de think tanks qui sont

dans une posture de hauteur, avec un colloque

annuel, une publication et c'est tout. Sauf qu'aujourd'hui,

il faut être présent quasiment au quotidien.

Pour exister, il faut qu'ils aient cette réactivité :

voilà quelle est notre réflexion, voilà le spécialiste

que vous pouvez interviewer.

Un think tank doit avoir une ou deux signature ou

représentation médiatique.

Un think tank qui agit ainsi aura-t-il les

meilleures chances de voir ses idées reprises

par la presse ?

Oui, c'est évident. Mais cela dit, les think

tanks ne sont pas très bien identifiés en France et

soulèvent quelques questions : qui les finance par

exemple ? Quand en plus une formation politique

est liée à un think tank, c'est encore plus compliqué.

Avant, dans les partis, il y avait un monsieur

étude, quelqu'un qui était chargé de donner de la

perspective, de réfléchir. Pour rajouter aux difficultés

de lecture de tout ça, tu as maintenant d'un côté

un monsieur boite à outils mais aussi un think tank

Il faut restaffer les rédactions, retrouver

des services d'investigation dignes de ce

nom, retrouver des services politiques.

Un think tank doit avoir une ou deux

signature ou représentation médiatique.

plus ou moins lié. C'est complexe. Les partis doivent

assumer leurs liens avec les think tanks, affirmer que la

structure de réflexion en amont existe.

Les lobbies et leurs positionnement ne sont pas

représentés ouvertement dans les médias. N'estce

pas gênant pour l'information du public ?

Il faut déculpabiliser sur ce point. Les lobbies

sont encore tabous en France, contrairement aux États-

Unis. Nous n'avons pas, par exemple, des lobbies de

consommateurs. Oui, les lobbies existent, et il y a eu un

début de transparence à l'Assemblée Nationale. Quand

on va à Bruxelles, les lobbies ne choquent personne. Ils

font partie de la vie démocratique, ils sont identifiés et

identifiables. C'est un cap qui commence à être franchi,

sous la pression, en France. C'est un travail de transparence,

un peu compliqué. Je ne pense pas que les gens

soient dupes, ils sont prêts aujourd'hui à entendre qu'il

y a des lobbies.

Après, là où on touche un point sensible c'est de savoir

jusqu'à quel point un lobby peut influer sur le contenu

d'un projet de loi par exemple. La loi contre les contrefaçons,

par exemple, c'est une loi de lobby, entièrement

destinée aux grandes marques qui l'ont poussée.

Les élus de la République doivent être incorruptibles.

Il faut rendre les lobbies identifiables, dédramatiser, les

laisser intervenir mais, en contrepartie, les élus doivent

être incorruptibles. Ils doivent être capable de faire la

preuve qu'ils ont vu le lobby Monsanto, par exemple,

mais aussi le lobby anti-OGM.

La responsabilité du personnel politique est très importante.

Lui aussi peut jouer de cette transparence et expliquer

que pour préparer un projet de loi, il a besoin de

voir quels sont les acteurs du domaine dans lequel il

doit intervenir. Parmi ces acteurs, il y a des industriels

mais aussi des acteurs contre les industriels. Les intérêts

sont différents et doivent tous êtres représentés.

Le magazine de l’Observatoire Français des Think Tanks 2 n° 14 | Septembre 2010


Retrouvez

nos précédents

entretiens sur le site

www.oftt.eu

Christine Lagarde

« Les hommes politiques pensent faire partie d’une catégorie

à part ! »

Daniel Cohn-Bendit

« Politiser le parlement européen. »

Olivier Ferrand

« L’intellectuel, l'expert et le politique. Trois mondes à connecter. »

Christophe Barbier

« Think tanks et politiques à l'aune de 2007 : Destins liés,

collaboration muette. »

Michel Payen

« Les francs-maçons sont un laboratoire d’idées pour la société

dans laquelle ils vivent. »

Hubert Védrine

« De la nécessité de proposer pour exister, les thinks tanks

français en devenir. »

Laurent Wauquiez

« Décloisonner la société »

Benoît Hamon

« C'est en forgeant à gauche qu'on devient… »

et d'autres encore


« Savoir pour prévoir, afin de pouvoir ».

Auguste Comte


Ailleurs

Dossier Horizons, par Marjolaine Paris et Julien Gangand

p. 34 ; Chronique des USA, par Marie-Cécile Naves p. 40 ;

Chronique d'Europe, par Olivier Urrutia p. 42 •

Le magazine de l’Observatoire Français des Think Tanks 2 n° 14 | Septembre 2010


Ailleurs

p. 34

algérie

niger

mali

tchad

burkina faso

guinée

libéria

côte d’ivoire

ghana

bénin

togo

NIGERIA

centrafrique

soudan

cameroun

guinée

équatoriale

gabon

congo

république

démocratique

du congo

OCéan Pacifique

angola

Dossier Horizons

Les Think Tanks au Nigeria.

Un système d’influences internationales

entre formel et informel

par Marjolaine Paris &

Julien Gangand

La production d’idées applicables dans les politiques publiques au Nigeria et l’influence

exercée pour l’application de ces idées sont le fruit tout autant d’organisations financées

par l’État que d’institutions privées. L’appellation « think tank » appliquée à ce type

d’organisations date seulement des vingt dernières années, sous l’influence du fort développement

de ces laboratoires d’idées au Royaume-Uni et aux Etats-Unis notamment.

Celles disposant de fonds privés opéraient depuis les années 60 sous le statut de « NGO »

(ONG) tandis que les cellules de réflexion financées publiquement étaient au départ des

Le magazine de l’Observatoire Français des Think Tanks 2 n° 14 | Septembre 2010


Ailleurs | Dossier Horizons

p. 35

centres de recherches rattachés plus ou moins fortement à des universités qui ont par

la suite revendiqué l’appellation de think tank ou ont été étiquetées comme tel depuis

l’extérieur, notamment par les organismes internationaux d’observation des think tanks.

Quarante-cinq entités sont recensées en 2009 dans l’étude annuelle du Think Tanks and

Civil Society Program de l’université de Pennsylvanie, dirigée par le Professeur James

MacGann, ce qui place le Nigeria au troisième rang des pays d’Afrique subsaharienne

possédant le plus de think tanks derrière l’Afrique du Sud et le Kenya. Selon ce même

classement, cinq unités nigérianes font partie des quelques quatre cents think tanks les

plus influents dans le monde pour 2009, et deux d’entre elles font partie des vingt-cinq

think tanks les plus dynamiques d’Afrique subsaharienne pour cette même année, aux

13 ème et 18 ème rangs.

Les acteurs de la production d’idées au sein de ces instances sont liés à différents champs :

politique, intellectuel, économique… Leur efficacité en tant que représentants de think

tanks dépend principalement du captage de l’information, du traitement et de la production

de données, de la proposition de mesures réalistes, de leur capacité à les faire appliquer.

Elle s’affirme sur des modes tant formels qu’informels, dans le contexte d’un pays

pour lequel nombre de chercheurs et d’observateurs soulignent l’ancienneté, l’enracinement

et la quasi-institutionnalisation de certains « réseaux politico-mafieux » (Spinoza,

2008) et des pratiques associées telles que la corruption.

Une autre caractéristique à prendre en compte pour comprendre la structure de la scène

think tank au Nigeria est l’extraversion économique et politique de ce pays fortement

relié à l’extérieur par des réseaux, officiels ou non, et par des rapports de pouvoirs avec

les autres nations.

Le magazine de l’Observatoire Français des Think Tanks 2 n° 14 | Septembre 2010


Ailleurs | Dossier Horizons

p. 36

Les caractéristiques de la scène think tank du Nigeria contemporain sont le fruit

de deux problématiques structurantes [...] la construction d’une nation nigériane

à partir d’ensembles politiques, sociaux et religieux d’une grande hétérogénéité,

et la place du pays à l’échelle régionale et internationale.

Les think tanks dans le processus

de construction politique de la nation

nigériane de 1960 à nos jours

Les caractéristiques de la scène think tank du Nigeria contemporain

sont le fruit de deux problématiques structurantes et saisies

par les instances politiques tout au long de l’histoire du pays, celle

de la construction d’une nation nigériane à partir d’ensembles politiques,

sociaux et religieux d’une grande hétérogénéité, et celle de

la place du pays à l’échelle régionale (Afrique de l’Ouest) et internationale.

Une série de sous-thématiques telles que la politique

économique, le développement ou la sécurité / sureté, découlent

de ces deux axes principaux et représentent les grandes questions

aujourd’hui saisies par les think tanks nigérians.

Dès 1947, Chief Obafemi Awolowo nationaliste nigérian, qualifiait

son pays de « guère plus qu’une expression géographique ». L’analyse

extérieure des commentateurs des dernières élections, 2003 et 2007,

ne semble pas remettre en cause ce jugement. Dans ce contexte de

clivages ethniques, religieux, économiques et de « godfather politics

», quel peut être le rôle d’éventuels débats d’idées ? Dans ce pays

mosaïque de plus de 250 ethnies, au dominant tripartisme ethnique

et au double déséquilibre nord / sud, religieux et économique, est-il

possible d’envisager que les luttes politiques et plus généralement les

idées outrepassent les intérêts de factions ? Autrement dit, l’objectif

de réalisation d’une nation stable et unifiée au centre de la réflexion

de l’ensemble des acteurs du débat public peut-il s’avérer supérieur

à des stratégies économiques, individuelles et court-termistes également

repérables chez nombre d’acteurs ? La règle « institutionnalisée

» mais non-écrite d’une alternance nord / sud pour le pouvoir

étatique peut-elle être pérenne dans un mode de fonctionnement

nécessitant des relais dans l’ensemble des trente-six Etats Fédérés ?

La distribution pétrolière est en effet une manne financière bénéficiant

aux pouvoirs locaux et indirectement à de clientélistes élites

nigérianes ; comment en ces circonstances penser une répartition

viable du pouvoir et des richesses matérielles, politiques et symboliques

? À l’échelle internationale, quelle est la politique à mener

alors même que les divisions internes sont si problématiques pour

la stabilité du pays ? Telles sont les questions auxquelles se sont toujours

confrontées les différentes cellules de réflexion en y proposant

des solutions plus ou moins innovantes et réalistes.

Au cours des différentes étapes du pouvoir, postcoloniale, militaire,

démocratique… les élites ont dû et su mettre en

place des laboratoires d’idées. Ainsi, en 1961 (Gouvernement

civil de Nmandi Azikiwe), comme une émanation

nationale du West African Institute for Social and

Economic Research (WAISER), le Nigerian Institute of

Social and Economic Research (NISER) est créé afin de

fournir recommandations et conseils tant à l’Etat Fédéral

qu’aux Etats Fédérés et au secteur public dans son

ensemble. Ses thématiques principales sont les champs

économique et social. Il effectue un maillage territorial

relatif grâce à ses six bureaux et quatre centres de

recherches. Le NISER revendique une coopération

avec différentes universités nigérianes et instituts de

recherches. Qualifié de semi-autonome par le Centre

de Recherche pour le Développement International

Canadien (IDRC)qui le considère plus comme une

entité para-étatique, il travaille sur des sujets transverses

: rôle de l’Etat dans le développement national,

rôle d’un partenariat public / privé dans ce même développement,

mais également sur les thèmes plus récents

que peuvent être la compréhension des phénomènes de

pauvreté (participation au Document de Stratégie de

Réduction de la Pauvreté, DSRP) ou encore les challenges

économiques liés au changement climatique

(NISER était impliqué dans la préparation des rapports

pour les Objectifs du Millénaire). Cet organisme travaille

également sur des problématiques plus spécifiques

et capitales pour l’actualité et l’image nigériane, à savoir

les questions de sûreté dans le Delta du Niger qui focalisent

l’opinion internationale (en particulier celle des

investisseurs).

La même année, le Nigerian Institute of International

Affairs est crée afin de fournir des instruments

de politique étrangère. Une division spécifique est

consacrée à la sécurité et à la défense. Il travaille sur

les problématiques de résolution de conflits, de maintien

de la paix, sur les aspects humanitaires dans les

conflits ainsi que sur la reconstruction post-conflit.

Le Nigeria entendait donc déjà bénéficier à tout le

moins d’une aura régionale et continentale, au mieux

d’un champ d’action et d’une possibilité d’intervention

sur des théâtres d’opérations (rappelons que le pays

Le magazine de l’Observatoire Français des Think Tanks 2 n° 14 | Septembre 2010


Ailleurs | Dossier Horizons

p. 37

Les liens entretenus avec l’ancienne métropole sont par

ailleurs toujours vigoureux, tant économiquement que

culturellement.

Les relations de dépendance les plus fortes concernent

aujourd’hui la Chine et les États-Unis au niveau des

montants d’aide au développement versés au gouvernement

nigérian 1 . Ces deux derniers pays, aux côtés

de la France, font partie des investisseurs étrangers les

plus actifs au Nigeria 2 . Il se trouve que leurs entreprises

sont aussi parmi les financeurs des think tanks les plus

actifs comme en témoigne l’octroi de 90 millions de

dollars US sur dix ans à vingt-quatre think tanks de

onze pays d’Afrique de l’Ouest, dont le Nigeria, par le

CRDI (Centre de Recherche pour le Développement)

canadien et la fondation américaine Bill et Melinda

Gates. Ce don a lieu dans le cadre de l’« Initiative Think

Tanks » visant à soutenir le développement en Afrique

de l’Ouest. Les principaux pays sélectionnés pour bénéficier

de ce programme s’avèrent être ceux où se jouent

des intérêts économiques majeurs (Nigeria, Angola,

Afrique du Sud, Ghana…) ainsi que d’autres ayant

connu de graves crises déstabilisatrices au niveau régional

(Rwanda, Ouganda).

Un cadre chinois nous apprend au cours d’un entretien

qu’Obasanjo comptait parmi ses conseillers économiques

informels, un Chinois établi de longue date dans

le pays, et qui aurait notamment conseillé au Président

de mettre en place la zone franche de Lekki (un quarbénéficie

de la plus importante force armée de la sous-région, qui

alimente majoritairement les unités de la CEDEAO). La sécurité est

perçue au sein de cette réflexion comme une question stratégique

impliquant de grands pans de la société aux niveaux interne comme

externe.

Un autre think tank majeur naît en 1979 sous le régime démocratique

de Shehu Shagari. Le National Institute for Policy & Strategic

Studies entend dès sa création être un centre d’analyse et d’étude

mais également le porte-voix des Nigérians, de la région sub-saharienne

mais également de l’Afrique dans son ensemble. Il se revendique

aussitôt comme think tank ayant pour objectif premier de

créer une classe de technocrates de haut niveau intellectuel afin de

conceptualiser et de mettre en œuvre des politiques stratégiques

pour le développement du pays.

Plus récemment, en 2000 (Gouvernement Obasanjo, démocratiquement

élu), l’African Institute for Applied Economics (AIAE) prône

le renouveau du pays par l’économie. Il affiche des collaborations

tant nationales, comme avec le NISER, que continentales et internationales

avec entre autres l’African Economic Research Consortium

(AERC) de Nairobi ou les Initiative for Policy Dialogue (IPD) de

New York et le Centre for the Study of African Economies d’Oxford. Il

revendique une pluralité de champs d’intervention et des partenariats

avec la Manufacturers Association of Nigeria (MAN), la National

Association of Small and Medium Enterprises (NASME) ou encore la

National Association of Chambers of Commerce, Industry, Mines and

Agriculture (NACCIMA).

Autre exemple d’interaction entre le pouvoir et les idées, le Center

for the Study of the Economies of Africa (CSEA) qui a été crée en

2007 (année d’élection de Yar’ Adua) par un ancien ministre

des finances, actuellement directeur à la Banque Mondiale. Ses

domaines de prédilection sont la transparence financière et les problèmes

globaux de pauvreté. Le CSEA entend développer ses thématiques

autour de programmes indiens et chinois, de l’environnement

et du changement climatique et la problématique des revenus

issus du pétrole.

Le Centre for Population and Environmental Development (CPED),

anciennement Benin Social Science Research Group, a été crée en

1999. S’intéressant particulièrement aux problématiques du Delta

du Niger, il oriente ses travaux sur les thématiques de développement

durable, réduction de la pauvreté et inégalités. Il travaille également

sur les problématiques de santé, de genre et d’éducation. Le

CPED travaille en étroite collaboration avec la Niger Delta Development

Commission, une agence parapublique du gouvernement fédéral.

Le CPED a également travaillé directement en partenariat avec

différents Etats et autorités locales notamment pour les Local Economic

Empowerment and Development Strategies (LEEDS) ou auquel

participait également le NISER.

Les think tanks au Nigeria, une

question à traiter à l’échelle

internationale

Une structure politique et sociale perméable à l’influence

des idées produites à l’étranger

Colonie britannique indépendante depuis

1960, le Nigeria a été à toutes les étapes de son histoire,

marqué par des influences diverses de la part de pays

extérieurs. La marque politique de la Grande-Bretagne

reste forte au niveau du fonctionnement des institutions

juridiques et politiques et de la Constitution, largement

inspirés du modèle britannique. Cette culture politique

anglo-saxonne semble être l’une des bases de la vigueur

et de la multiplicité des think tanks au Nigeria, ainsi

que de leur essor précoce, comparativement, notamment,

aux anciennes colonies françaises.

Le magazine de l’Observatoire Français des Think Tanks 2 n° 14 | Septembre 2010


Ailleurs | Dossier Horizons

p. 38

Le gouvernement nigérian a cherché à structurer

cette diaspora et à établir des liens formels

entre les Nigérians de l'intérieur et ceux de l'extérieur

en créant en 2002 l'association NIDO

(Nigerians in Diaspora Organization)

tier du Sud-Est de Lagos en pleine expansion), dont les infrastructures

ont été financées par un consortium d’entreprises chinoises

et le Gouvernement de Lagos. Cette zone franche est aujourd’hui

majoritairement occupée par des entreprises chinoises (avec d’autres

investisseurs étrangers, notamment libanais et asiatiques) qui y bénéficient

d’avantages fiscaux et financiers ainsi que d’une réglementation

du travail avantageuse (Bassey, 2010). Ce type de conseiller ne

fait pas partie d’un think tank à proprement parler, mais est vraisemblablement

un intermédiaire pour le gouvernement chinois, ou

encore pour des entreprises ou certains think tanks du pays spécialisés

sur les investissements en Afrique. Son mode d’action, la mise

en forme des idées basées

1 Sur les relations sino-nigérianes, voir Srinivasan, 2008.

787 millions de dollars US sont consacrés par la Chine à la

coopération avec le Nigeria en 2005 (Chaponnière, 2008). La

Chine a prévu de doubler ce chiffre d’ici 2009, selon les paroles

prononcées par Hu Jintao lors d’une conférence à Pékin en

2006. Le pays prévoit également d’annuler la dette de trentetrois

pays africains et de financer de plus en plus de projets

d’infrastructure (Mutume, 2010). Concernant les Etats-Unis,

on peut se référer à Mikell, 2008. Le Nigeria a été dépendant de

leur aide extérieure (en particulier pour la reconstruction après

la guerre du Biafra) jusque dans les années 1970 (Nwachuku,

1998 : 584). USAID, l’agence gérant le budget de l’aide extérieure

des Etats-Unis, a mis en place au Nigeria un « Country

Strategic Plan » dont le budget de 2004 à 2009 sera compris

entre 267,5 et 414,3 millions de dollars US en fonction du scénario

politique qui se met en place et de la manière dont se

consolide la démocratie (« Things Fall Apart », « Crippled Giant »

ou « Renewal from the Roots »). (USAID, 2009). La visite d’Hillary

sur le libéralisme économique

(promotion de

l’investissement étranger)

qu’il transmet ensuite au

plus haut niveau politique

où elles se trouvent

appliquées, est similaire

au mode opératoire des

think tanks et s’avère ici

efficace de son point de

vue et de celui du gouvernement

qu’il représente

de manière informelle.

Le financement plus ou

moins officiel de think

tanks nigérians, ou l’introduction

auprès des

autorités du pays d’in-

Clinton dans le pays à l’occasion d’un « tour d’Afrique » ayant termédiaires agissant

lieu du 4 au 15 août 2009 est motivée, outre par des raisons

commerciales, par les inquiétudes suscitées par l’état de santé

du président Yar’Adua et les problèmes que pourraient causer

sa succession au cas où celui-ci ne terminerait pas son mandat,

en particulier le pays craint et ne souhaite pas un retour à un régime

militaire et s’efforce de faire pression pour que ce scénario

n’ait pas lieu (Rémy, 2009).

2

Environ 50% du pétrole nigérian est exporté vers les

États-Unis en 2008 (Energy Information Administration, 2010),

à la manière de think

tanks semble donc un

des moyens utilisés par

certains gouvernements

étrangers liés au Nigeria

par des intérêts économiques

importants pour

mettre en place une certaine

influence.

ce qui représente 8% des importations pétrolières des États-

Unis. 15 milliards de dollars ont du reste été investis au total

dans le pays pour la même année (Rémy, 2009).

La diaspora Nigériane, acteur majeur de la production

d’idées et de l’influence politique

Selon le recensement de 2006 (National Population

Commission of Nigeria, 2006), environ 20 millions de

nigérians résident hors de leur pays d’origine. Avec entre

800 000 et trois millions d’habitants nigérians ou d'origine

nigériane recensés, le Royaume-Uni représente le

premier pôle d'immigration pour les nigérians (Foreign

and Commonwealth Office, 2008). Les États-Unis arrivent

en seconde position avec 165 481 habitants nigérians

ou d'origine nigériane, ces derniers représentant

le plus important groupe de migrants africains du pays.

On trouve d’autre part 17 340 nigérians en Italie en

2000, 15 351 en Allemagne à la même date, 10 425

nigérians au Canada en 2001 et 3 292 en Espagne en

2001 (Young, 2001, sur la base de données statistiques

de l’OIM, Pew, Gallup et des recensements nationaux).

La majorité de ces nigérians (recensés, c'est-à-dire enregistrés

légalement) sont, ou des étudiants en étude supérieures,

ou des diplômés avec un haut niveau d'études

(BBC, 2001).

Le gouvernement nigérian a cherché à structurer cette

diaspora et à établir des liens formels entre les Nigérians

de l'intérieur et ceux de l'extérieur en créant en

2002 l'association NIDO (Nigerians in Diaspora Organization),

divisée en régions géographiques (NIDO

Americas et NIDO Europe, avec des sous-divisions

pour l'Europe : NIDO France, NIDO England, NIDO

Switzerland... etc.). Le Président Obasanjo a voulu, en

créant cet organisme, afficher sa volonté de « transformer

l’exode de compétences en apport de compétences »

(Obiejesis, 2008), c'est-à-dire permettre aux nigérians

vivant à l’étranger de contribuer au développement du

Nigeria, en jouant entre autre le rôle de force de proposition

quant aux orientations économiques et politiques

à prendre. NIDO n’est pas désigné comme un think

tank, mais la partie de ses activités visant à élaborer des

propositions pour l’action politique est tout à fait comparable

au travail d’un laboratoire d’idées. La plupart

des think tanks nigérians, dans l’esprit de NIDO, mentionnent

d’ailleurs l’importance de travailler en partenariat

avec les nigérians de la diaspora pour gagner en

efficacité et consacrent certaines rubriques de leurs sites

à cette question (en particulier le National Think Tank,

qui dispose de la plus grande visibilité sur le net parmi

les think tanks nigérians).

Le magazine de l’Observatoire Français des Think Tanks 2 n° 14 | Septembre 2010


Ailleurs | Dossier Horizons

p. 39

Bibliographie / Webographie

Bassey Joshua, 2010. « More Firms Rush to Lekki

Le président du NIDO France enfin, souligne le rôle joué par certains

nigérians en tant que conseillers auprès de gouvernements

étrangers, en particulier aux Etats-Unis, où les compétences des

diplômés nigérians sont amplement utilisées par les institutions

politiques et de recherche.

Conclusion

La scène think tank nigériane est par sa pluralité complexe à analyser.

Nous avons montré le difficile positionnement et repositionnement

de ces réseaux en fonction de l’évolution des jeux d’interdépendances

internationales. Le « nouvel ordre » mondial et l’arrivée

depuis plusieurs décennies de nouveaux acteurs, la démocratisation

du continent, un potentiel rééquilibrage nord - sud obligent les think

tanks nigérians et les organismes qui se revendiquent comme tels

ou ayant des modes opératoires comparables, soit à confirmer leurs

positions et idéologie, soit à atténuer leurs points de vue et changer

« leurs fusils d’épaule » pour les plus opportunistes d’entre eux.

Nous avons pu remarquer au sein de cette mosaïque de thèmes,

une dominance forte des thèmes politiquement brûlants pour ces

laboratoires d’idées ayant une vision tant régionale (Delta du Niger,

Middle Belt) que nationale et internationale (sous-région, continentale).

L’importante de la diaspora dans ce débat d’idées, son rôle primordial

dans la conceptualisation des structures éducatives et politiques

et dans l’ouverture internationale du pays a pu être soulignée.

Cependant, entre structures entrant dans le cadre des définitions

proposées, organisations universitaires et centres de recherche,

organisations écrans servant de porte-voix à des groupes d’intérêt ou

au gouvernement, ou de façon plus anecdotique, groupements ou

cénacles intellectuels, la philosophie intrinsèque, la finalité réelle et

les moyens d’action de ces structures sont difficiles à percevoir. Nous

nous sommes efforcés d’en dresser un premier aperçu qui mérite

d’être approfondi. La terminologie think tank est parfois utilisée

à tort en ce qu’elle caractérise des instances n’apportant pas toujours

de réelle contribution au débat d’idées. En d’autres termes, ces

cercles de réflexions impulsent-ils une création intellectuelle et idéologique

ou conceptualisent-ils simplement les idées des pouvoirs en

place, tant civils que militaires, voire de groupes d’intérêts étrangers

(gouvernements, entreprises…) depuis 50 ans d’indépendance ?

Free Trade Zone »,Business day, 31/05

BBC, 2001. Born abroad (base de données issue du

recensement national).

Chaponnière Raphaël, 2008. « L’aide chinoise à

l’Afrique. Origines, modalités et enjeux. », L’économie

Politique, n° 38, 2 ème semestre

Foreign and Commonwealth Office, Nigeria

Profile (2008)

MacGann James, 2009, Étude annuelle du Think

Tanks and Civil Society Program,

Mikell Gwendolyn, 2008. « Players. policies and

prospects: Nigeria-US relations », in ADEKEYE,

Adebajo et ABDUL RAUFU, Mustapha (eds.),

Gulliver's troubles: Nigeria's foreign policy after

the Cold War. Scottsville : University of KwaZulu-

Natal Press

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et investissements : l’Afrique se tourne vers

l’Orient », Afrique renouveau, National population

Commission of Nigeria, Recensement 2006

National Think Tank

Nwachuku Levi, 1998. « US and Nigeria, 1960-1987.

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Black Studies, vol. 28, n° 575

Rémy Jean-Philippe, 2009. « L’Afrique en quête

de signes forts des États-Unis », Le Monde,

05/08/2009

Obiejesis Samuel, 2008. « Le NIDOE-France, un

acteur de plus en plus actif dans les liens de coopération

franco-nigérians », La Lettre Diplomatique

n° 83, troisième trimestre 2008

Spinoza Jérôme et Vallée Olivier, 2008. « Le

Nigeria, désordre de la formation d’une puissance

sans peuple », Annuaire Français des Relations

Internationales, vol. IX, 20 juin.

Srinivasan Sharath, 2008. « A 'rising Great Power'

embraces Africa: Nigeria-China relations », in

Adekeye Adebajo et Abdul Raufu Mustapha (eds.),

Gulliver's troubles : Nigeria's foreign

policy after the Cold War. Scottsville : University of

KwaZulu-Natal Press

USAID, 2009. Nigeria Country Strategic Plan,

2004-2009

US Energy Information Administration

-Pétrole au Nigeria 2010

-Principaux exportateurs mondiaux de pétrole en

2008

YOUNG, Ian, 2001. Comparing Nigerians and

Canadians: Insights from Social Survey Research,

1990-2005

Le magazine de l’Observatoire Français des Think Tanks 2 n° 14 | Septembre 2010


Ailleurs

p. 40

Chronique des USA

Aux États-Unis, les « Tea parties »

aussi ont leurs think tanks

par Marie-Cécile Naves

( http://mariececilenaves.wordpress.com )

Océan

Pacifique

Océan

Atlantique

Depuis un an et demi, et surtout depuis quelques

semaines, on entend beaucoup parler d’un

mouvement politique qui monte en puissance aux

États-Unis : les « Tea Parties ». Ceux-ci ont fait de

leur opposition au Président Obama leur principal

cheval de bataille, et d’un populisme libertarien et

décomplexé, leur fondement théorique et leur arsenal

prosélytique. Les Tea Parties souhaitent incarner

la volonté d’indépendance du peuple américain

contre ses dirigeants, surtout fédéraux. Ils tirent leur

nom de la « Boston Tea Party » de 1773, une protestation

contre la décision du gouvernement, alors britannique,

d’instaurer un monopole sur les importations

de thé. En référence inconditionnelle, quoique

sélective, aux Pères Fondateurs, ils revendiquent une

action minimale de la puissance publique dans l’économie

et la société dont la principale concrétisation

serait la baisse drastique des impôts et se méfient des

élites politiques jugées corrompues. Nés en 2009 de

l’opposition aux lois à destination du secteur bancaire,

à la réforme de la santé et à la lutte contre

le réchauffement climatique, les Tea Parties mettent

donc au-dessus de tout, la liberté

d’entreprendre. Ils s’intéressent peu aux

questions de politique étrangère, sauf

lorsqu’elles relaient certaines de leurs

peurs, comme celle d’une hypothétique

invasion musulmane aux États-Unis ou

la perte de l’accès aux régions pétrolifères

dans le monde.

La défense de l’Amérique des W.A.S.P.

contre ce qu’ils estiment être la décadence

et l’immoralité, incarnées par

l’avortement, le divorce, les minorités

de toutes sortes (sexuelles, ethniques

ou religieuses) est un autre credo majeur

des Tea Parties. Cela attise leur haine de

Barack Obama, qu’ils comparent à un

dictateur communiste, que beaucoup

d’entre eux croient musulman et qui

a été qualifié de « Halfrican American »

(« tout autant africain qu’américain »),

par le désormais célèbre animateur de

télévision réactionnaire, membre et

théoricien du mouvement, Glenn Beck.

Les Tea Parties ont adopté l’une des

vieilles rhétoriques de l’extrême droite,

selon laquelle les élites auraient élaboré

un complot pour confisquer le pouvoir

et mentir au peuple, surtout à sa partie

blanche et chrétienne. La liberté de ton

qu’ils s’octroient, dans leurs discours,

leurs slogans et leurs tracts, serait inenvisageable

en France, ne serait-ce que

pour des raisons juridiques : ils qualifient

par exemple l’Islam de « religion de

macaques ».

Les désaccords, au sein des Tea

Parties, entre les défenseurs des intérêts

du parti républicain, d’une part, et les

utopistes et francs-tireurs, de l’autre,

sont leur principale faiblesse. Néanmoins,

le mouvement a conscience que,

pour avoir une influence dans l’élaboration

des politiques publiques, il faut

qu’un maximum de ses membres ou

de ses sympathisants aient accès aux

arcanes du pouvoir, si possible jusqu’à

Washington. C’est pourquoi certains

élus républicains proches de leurs idées

ont d’ores et déjà créé, au Congrès, un

« caucus », autrement dit un groupe

politique, première étape vers une légitimité

et une influence institutionnelles.

Idéalisme mais

principe de réalité : le

relais des think tanks

Les détracteurs des Tea Parties parlent

d’« astroturfing » , autrement dit

d’un phénomène artificiel. Souvent présenté

comme un mouvement populaire

venant de la base (« grassroots »), ils sont

en effet structurés et pilotés par des lobbies,

de grandes entreprises et des fondations

qui les financent à hauteur de

centaines de milliers, voire de millions

de dollars. Pour ces derniers, il s’agit

surtout de faire en sorte que les taxes

sur les sociétés baissent le plus possible

et que certains secteurs économiques

comme l’énergie puissent continuer à

prospérer. Aux yeux de ces élites économiques,

les questions de mœurs sont

secondaires ou, du moins, essentiellement

rhétoriques.

Dès lors, afin d’organiser, d’encourager

et de soutenir une sorte d’intelligence

pragmatique au service de leurs intérêts

corporatistes (« pour le bien du pays »,

Le magazine de l’Observatoire Français des Think Tanks 2 n° 14 | Septembre 2010


Ailleurs | Chronique des USA

p. 41

disent-ils), ils ont créé ou recyclé plusieurs

think tanks. Si l’on compare ceuxci

à leurs « cousins » comme l’American

Enterprise Institute ou l’Heritage Foundation,

ils font figure de petits poucets

au niveau de leurs réseaux politiques et

du pedigree universitaire de leurs protagonistes.

Néanmoins, ils affichent les

mêmes intentions, former et informer

les patrons et l’opinion, peser sur les

décisions politiques, et mettent en place

des supports similaires de diffusion de

leur idéologie et de leurs revendications

: notes de recherche, blogs, sites Internet,

organisation de séminaires… Ils

se situent, en outre, à Washington ou

à proximité, autrement dit au plus près

du pouvoir fédéral, afin d’accroître leur

influence auprès de lui. Leur spécificité

est qu’ils encouragent le public à participer

à des manifestations populaires,

comme celle devant le Lincoln Memorial

du 28 août dernier, mais aussi de plus

modestes dans tout le pays, selon des

techniques de communication issues

de la culture de gauche (anti-Vietnam,

etc.), qui attirent les médias. Ils disposent

également de relais ou de « filiales »

dans chacun ou presque des états fédérés

; une rubrique y est même parfois

spécifiquement consacrée sur leurs sites

Internet. Il s’agit bel et bien de miser

sur ce ressort de marketing qu’est le

côté « grassroots » des Tea Parties, cette

« Amérique d’en bas », dotée d’un « bon

sens », mais qui serait spoliée, trahie par

les élites de la côte Est.

C’est pourquoi, selon des think tanks

comme l’Americans for Tax Reforms,

créée sous Reagan, en 1985, par le

conservateur Grover Norquist qui la

dirige depuis, ou l’Americans for Prosperity

Foundation, fondée en 2004 par

David et Charles Koch, tous deux multimilliardaires

de l’industrie pétrolière,

il faut donner aux citoyens américains

un bagage théorique en économie, en

fiscalité et en écologie, via des articles,

des réunions et des formations, et les

inciter à militer pour ce qui constitue

leurs intérêts. Ceux-ci ne seraient autres

qu’un État minimal, une liberté totale

d’entreprise, une pression fiscale la

plus faible possible, un étouffement du

Welfare State, seuls moyens de garantir

la prospérité des États-Unis et de leurs

habitants.

Les mêmes motivations animent Freedom

Works, qui a pour slogan : « Take

America back ! ». Né en 2004, il est

dirigé par un ancien leader républicain

à la Chambre, Dick Armey. L’organisme

se vante d’avoir des centaines de

milliers de « grassroots volunteers » dans

tout le pays et d’être écouté des leaders

d’opinion et des élus, grâce à ses idées

innovantes : si les citoyens avaient plus

de libertés, estime-t-il, ils auraient plus

de pouvoir, seraient donc plus heureux,

et la démocratie en sortirait renforcée.

Freedom Works s’est fait connaître

pour avoir organisé des interruptions

de réunions politiques sur la réforme du

système de santé. Lui et l’American For

Prosperity Foundation résultent de l’éclatement

du think tank conservateur Citizens

for a Sound Economy, créé en 1984

par les frères Koch.

Quant à Liberty Central, il a été fondé

en 2009 par Virginia Thomas, l’épouse

du célèbre juge très conservateur de

la Cour Suprême, Clarence Thomas.

Comme Freedom Works et l’Americans

for Prosperity, ce think tank soutient

ouvertement, lors des élections, les

candidats issus des Tea Parties. La « passion

» de ses membres « pour la liberté »,

comme ils le disent eux-mêmes, leur

permet d’affirmer qu’ils sont non partisans

et avant tout altruistes. Liberty

Central présente la particularité de

beaucoup laisser la parole à des chercheurs

sur son site Internet.

Si les Tea Parties sont, pour nous

Français, la caricature d’une Amérique

profonde ultra-libérale et ignorante, ils

jouissent, aux États-Unis, d’une certaine

popularité et sont surtout, grâce

à leurs think tanks et leurs leaders, très

organisés, sur les plans intellectuel,

logistique, médiatique et financier. L’effritement

de la popularité, depuis un

an, de B. Obama, surnommé « le professeur

de droit » par Sarah Palin, idole

des Tea Parties, nourrit leur rejet radical

de l’establishment de la côté Est. Mais les

Tea Parties divisent le parti républicain.

Lors des primaires en vue des élections

de novembre, les candidats issus du

sérail du Grand Old Party ont été soupçonnés

de compromissions avec le pouvoir

fédéral et de frilosités idéologiques.

La victoire de membres des Tea Parties

en Alaska, au Kentucky ou encore en

Utah en est l’illustration. Cela suffira-til

pour prendre, à terme, les commandes

du parti républicain ?

Le magazine de l’Observatoire Français des Think Tanks 2 n° 14 | Septembre 2010


Ailleurs

p. 42

Océan

Pacifique

Océan

Atlantique

Chronique

d’Amérique Latine

Mexique - États-Unis

une relation mouvementée par Olivier Urrutia

La récente loi sur l’immigration promulguée

en Arizona par sa gouverneure Jan

Brewer, a remis sous les feux de l’actualité

les relations entre Mexique et États-Unis.

Anciennement ennemis, puis voisins obligés,

les deux États limitrophes depuis une

vingtaine d’années développent des zones

de partenariat visant à un rapprochement

économique, politique, sécuritaire, confinant

parfois même a une véritable interdépendance.

Mais des décisions de politique

publique intérieure prisent unilatéralement

par l’un ou l’autre État affectant de

fait le voisin, freinent et détériorent ces

tentatives de rapprochement.

Les relations historiquement distantes,

parfois même tendues, entre

le Mexique et les États-Unis ont

connu les deux dernières décennies

une évolution positive jalonnée

d’évènements majeurs :

- « L’Immigration Reform and

Control Act » appliquée par Ronald

Reagan (1986) qui régularise la situation

des immigrés illégaux à l’époque,

avec l’appui d’une très large majorité

de la population.

- Le Traité « Alena » qui réunit

les deux pays et le Canada dans une

zone de libre échange.

- La « Merida Initiative »,

plan voté par le Congrès américain

qui prévoit d’accorder 1,4 milliards

de dollars d’aide à des pays d’Amérique

Centrale, dont 350 millions au

seul Mexique sur une durée de trois

ans. En contrepartie, le gouvernement

mexicain doit engager des réformes

juridiques et combattre la corruption

qui gangrène ses services de police et

l’armée, afin de lutter efficacement

contre le trafic de drogue, d’armes

et d’immigration clandestine dont le

meilleur « client » sont les États-Unis.

Pourtant, des voix, tant du parti

Démocrate que Républicain, s’élèvent

pour critiquer un plan jugé trop timoré

aux effets trop limités et insuffisants.

Elles réclament une coopération accrue

en terme de logistique, d’échange d’information,

de méthodologie, dépassant

la « simple » subvention.

Le pendant de ces avancées ?

La loi « Tancredo-Sensenbrenner » qui

criminalise l’immigration clandestine

et impose la construction d’un mur sur

1200 km de frontière avec le Mexique.

Et aujourd’hui, la loi en Arizona qui

fait de l’immigration clandestine un

crime passible de la justice de l’État

et non plus un délit pris en charge par

la justice fédérale. Le président Obama,

sa majorité, ainsi que certains Républicains

sonnent le tocsin contre cette

loi arbitraire et stigmatisante pour

toute une partie de la population.

Le président Calderón et les institutions

mexicaines annoncent des relations touristiques

et culturelles tendues entre les

deux États. Calderón annonce son intention

d’aider à organiser le droit des Mexicains

résidant aux USA par le biais d’associations

de soutien dispensant entre

Le magazine de l’Observatoire Français des Think Tanks 2 n° 14 | Septembre 2010


Ailleurs | Chronique d’Amérique Latine

p. 43

autre une assistance juridique gratuite.

Et au milieu de cette polémique, des

think tanks américains soulignent

avec force les raisons de développer

et renforcer des relations de coopération

avec le Mexique. American Progress

met en avant les liens d’interdépendance

: 14 villes jumelles, 5,5

millions de citoyens américains se

rendant chaque année au Mexique et

les 85% des exportations mexicaine

sont les États-Unis pour destinataires.

Le Council on Foreign Relations met

l’accent sur le poids socio-économique

du Mexique aux États-Unis : 3 e fournisseur

de pétrole (le plus stable en la

matière), 12 millions d’immigrés mexicains

résidant aux USA, 3 e communau

ethnique en terme de nombre de naissances

annuelles et 3200 km de frontière

commune. Les think tanks mexicains,

comme le CIDAC et le CEDAN louent

le Traité Alena qui représente selon eux

le plus grand facteur de stabilité économique

du Mexique et voient leur voisin

américain comme la meilleure opportunité

de progrès.

Les think tanks mexicains déplorent

que chaque État œuvre à coup de

lois et de projets de façon unilatérale.

Washington et Mexico ne tiendraient

pas compte de leurs réelles contraintes

respectives mais attendraient de l’autre

qu’il trouve les solutions aux problématiques

communes. La réciprocité

consisterait à établir une relation basée

sur le mode du « donnant / donnant »

amenant à du « gagnant / gagnant » :

Je t’aide, donc je m’aide. Le CIDAC

et le CEDAN, les plus prolixes sur

le sujet, relèvent les causes qui seraient

à l’origine, selon eux, du manque

d’efficacité des méthodes employées

des deux côtés de la frontière :

- Le Mexique, pour qui culturellement

le respect des lois reste un thème

mineur, ne tient pas compte de l’importance

sacrée que cela revêt pour

les Américains. L’argument mexicain

selon lequel un citoyen peut entrer et

sortir librement du territoire contredit

la politique américaine sur le sujet.

Comme la volonté politique récente

de légaliser l’usage de certains stupéfiants

qui fâche les États-Unis autant

pour ce que cela représente idéologiquement

que pour l’aspect arbitraire

de la décision. La corruption omniprésente

dans toutes les sphères de l’État, le

manque de moyens et le déficit infrastructurel

constituent souvent les premiers

obstacles aux tentatives mexicaines de

résolution des problèmes. Le Mexique

n’a pas su profiter de la croissance économique

liée à l’Alena pour réformer en

profondeur le pays et ainsi le moderniser.

Si le Mexique attend des États-Unis

qu’ils résolvent l’épineux sujet de l’immigration

clandestine sur leur sol, il doit

de son côté accepter de réguler le flux de

transit migratoire à ses frontières. Et de

leur coté les Américains tenter de limiter

la consommation de drogue chez

eux afin que le combat mexicain contre

ce trafic trouve une vraie efficacité.

- Les américains, eux, ne tiendraient

pas assez compte de l’effet « appel d’air »

que représente pour la population

mexicaine pauvre la multitude d’offres

d’emplois sur leur sol : cuisine, jardinage,

ménage, gardiennage et autres

services. Ce serait l’une des raisons

majeures d’une immigration mexicaine

massive et souvent incontrôlée.

Les mexicains iraient aux États-Unis

après avoir reçu l’assurance de trouver

un emploi. D’ailleurs, le taux de chômage

dans la communauté mexicaine

est inférieur à celui des natifs américains.

La loi sur l’immigration en Arizona et

le contexte de crise économique s’accompagnent

d’un affaiblissement de

l’opposition démocrate dû aux élections

intermédiaires dites de « mi-mandat »,

plaçant le parti républicain, héraut de

la sécurité et du combat pour le respect

des lois, en position de force.

Le CEDAN propose que le gouvernement

mexicain renonce à attaquer

ses « ennemis » aux États-Unis pour, au

contraire, appuyer les points d’accord

déjà existants comme sur l’économie,

l’énergie et l’écologie, afin de soutenir

ses alliés objectifs américains. Et il

rappelle que le contrôle des frontières

communes et des flux migratoires ainsi

que le combat contre les marchands

d’armes et les narcotrafiquants, relèvent

d’intérêts communs pour les deux

États. Quant au CIDAC, s’il insiste

pour que le Mexique prenne ses responsabilités

en matière de flux migratoires,

il rappelle que les lois américaines

drastiques sur l’immigration

provoquent des drames humainsterribles.

Des familles intégrées et enracinées

aux États-Unis depuis plusieurs

générations se retrouvent séparées par

l’expulsion des parents ou grandsparents

restés clandestins.

NOTES :

Mexico – US relations, what’s next ?

Council on Foreign Relations, Shannon

K. O’Neil

Idea of the day : collaborate with Mexico

on Border Security, American Progress

We share more than a fence, American

Progress, Mickael Werz

The drug fight in Mexico, American

Enterprise Institute, Roger Noriega

Qué es lo que México quiere de Estados

Unidos?, Centro de Investigación para el

Desarrollo A.C., Luis Rubio

Emigración : Centro de Investigación

para el Desarrollo A.C., Luis Rubio

Evitar nacionalismos e impulsar competitividad…

: Centro de Diálogo y Análisis

sobre América del Norte, Sofia Viguri

ALENA (ou NAFTA en anglais) : Accord

nord-américain de libre-échange entre

en vigueur le 1er janvier 1994, dont les

principaux objectifs sont d’assurer une

concurrence équitable dans la zone entre

membres (Canada, USA et Mexique),

éliminer les barrières douanières pour

les biens et les services, s’accorder sur

la protection de l’environnement, approfondir

la coopération trilatérale, adopter

des procédures efficaces d’administration

conjointe et de résolution des litiges.

Le magazine de l’Observatoire Français des Think Tanks 2 n° 14 | Septembre 2010


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