Think magazine - Base de connaissance AEGE

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Think magazine - Base de connaissance AEGE

THINK MAGAZINE

Sixième numéro

Le principe du Grenelle serait-il la méthode la plus efficace pour associer davantage les citoyens et la

société civile à la définition des politiques publiques ? L’organisation d’une grande conférence

réunissant l’ensemble des acteurs publics et privés parties à un problème (Etat, collectivités

territoriales, administrations, experts, associations, entreprises, etc.), au cours de laquelle tous les

aspects d’une question seraient abordés et soumis à la négociation, serait-ce là le remède pour

produire réellement de la décision publique concertée ?

Mots clés

Think tank, OFTT, Observatoire français des think tanks, Grenelle, Acteurs publics, Acteurs

privés, Organisations syndicales, Think magazine

02/2008

Auteur :

Observatoire français des think tanks

http://www.oftt.eu

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Horizons Les think tanks belges

Portrait Bernard Zimmern

Entretiens Benoît Hamon et Jean-Louis Le Moigne


Editorial

Le 27 mai 1968, au ministère du Travail, rue de Grenelle, après deux jours de

négociations, le gouvernement, les représentants syndicaux et le patronat

parvenaient à un accord pour tenter de sortir de la crise sociale dans laquelle le

pays était plongé depuis plusieurs semaines. Succès pour les différents acteurs

participant à la conférence, enchantés par la méthode, les accords dits de

Grenelle ne firent pas l’unanimité auprès des sympathisants des organisations

syndicales (la “base” comme on dit) et ne permirent pas de mettre fin

immédiatement à ce long conflit social. Pourtant, malgré le résultat en demiteinte

et les effets relatifs sur le dénouement de la crise, les accords de Grenelle

allaient passer à la postérité et devenir, par la suite, une méthode souvent

revendiquée lorsqu’il s’est agi de réunir les partenaires sociaux et l’Etat afin de

répondre à des questions sociales particulières ou, plus récemment, à des

problèmes de société de grande ampleur.

Le terme même de Grenelle est ainsi passé dans le langage courant pour s’utiliser

comme un nom commun, faisant sens en lui-même et renvoyant à des pratiques de

négociation et à des modes de concertation spécifiques. A tel point, d’ailleurs,

qu’aujourd’hui, en France, il ne semble guère exister de problèmes qui ne doivent être

réglés sans recours à l’organisation d’un Grenelle. Après le “Grenelle de

l’environnement”, à l’automne 2007, l’hiver 2008 est au “Grenelle de l’insertion”, piloté

par le Haut commissaire aux solidarités actives, Martin Hirsch. Dans le même temps,

des voix se font entendre pour réclamer, ici, l’organisation d’un “Grenelle de la Culture”,

là, un “Grenelle du pouvoir d’achat”, “de la santé”, “de la banlieue”, etc. A chaque

problème son Grenelle en somme !

Le principe du Grenelle serait-il la méthode la plus efficace pour associer davantage les

citoyens et la société civile à la définition des politiques publiques ? L’organisation

d’une grande conférence réunissant l’ensemble des acteurs publics et privés parties à

un problème (Etat, collectivités territoriales, administrations, experts, associations,

entreprises, etc.), au cours de laquelle tous les aspects d’une question seraient

abordés et soumis à la négociation, serait-ce là le remède pour produire réellement de

la décision publique concertée ? Serait-ce là les prémices d’une démocratie

participative en devenir, appelée à remédier à la crise du politique et de la

représentation dont le régime serait frappé ?

Pour l’heure, ces questions demeurent ouvertes. Toutefois, si ces dispositifs

participatifs doivent être considérés comme des expériences sociales et politiques

dignes d’intérêt, il importe également d’en relever les limites et de ne pas se laisser

abuser par la profusion de discours répétant à l’envie qu’il s’agirait là de nouvelles

manières de faire de la politique, et ce sans autres formes d’examen critique. Il

convient, ainsi, de prendre garde à ce que Grenelle ne devienne pas le nom d’une

simple machine à produire du consensus sans contenu véritable ou, pire encore, le

slogan d’une vaste opération de communication.

Emilie Johann, rédactrice en chef

Robert Chaouad, conseiller éditorial


Sommaire

Question de saison . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . p. 4

Grenelle de l’environnement, force de la démocratie participative ou échec de la démocratie représentative ?

Réservoir d’acteurs. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . p. 6

Politique Autrement . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . p. 7

Mémoire des luttes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . p. 9

Portrait . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . p. 11

Bernard Zimmern - Fondateur et Président de l’Ifrap

Entretiens. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . p. 13

Benoît Hamon - C’est en forgeant à gauche qu’on devient... . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . p. 13

Jean-Louis Le Moigne - Stimuler la dignité de l’Homme : entre curiosité citoyenne et modestie des experts… . . . p. 17

Horizons. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . p. 21

Les think tanks en Belgique

Lectures . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . p. 25

Regard . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . p. 26

Max Weber - Le savant et le politique.... . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . p. 26

Le XI e Carrefour AVRIST . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . p. 28

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Grenelle de l’environnement

force de la démocratie participative

ou échec de la démocratie représentative ?

Grenelle. Voilà maintenant

environ 40 ans que cette

adresse était retombée

dans un relatif anonymat.

Les “accords de Grenelle” ont

disparu derrière la réputation

sulfureuse ou controversée, selon le

cas, de Mai 68, avec son imagerie

de pavés volants. Jusqu’en mai

2007. Le nouveau Ministre de

l’Environnement annonce alors qu’il

va organiser une négociation avec

les acteurs concernés par

l´écologie pour répondre à la

préoccupation que les Français ont

exprimée à cet endroit tout au long

de la campagne électorale. Le

Grenelle de l´environnement était

né.

Événement médiatique, coup de bluff

ou de génie, l´événement est inattendu

et nouveau... Une négociation qui,

hors de toute situation de crise, réunit

démocratie participative ou est-elle

suscitée par les insuffisances de la

démocratie représentative ?

Paris, 24 et 25 octobre 2007, le

Grenelle de l´environnement réunit

l’État, les collectivités locales, les

ONG, les employeurs et les salariés

dans une négociation autour des

thèmes majeurs du débat

environnemental : énergie,

agriculture, pesticides, santé,

biodiversité... Au terme de trois mois

de travail, chacun des groupes a

finalement abouti à un certain nombre

de propositions. Ces propositions

seront ensuite soumises à la

négociation trois jours durant, après

avoir été présentées aux citoyens

français pendant un mois. Au terme

de cette négociation, un programme

d´action a été élaboré, dont la mise en

application reste cependant encore à

définir.

Peut-on alors penser que cette

négociation organisée par l’Etat et

invitant jusqu’à ses contradicteurs

constitue une forme de renouveau

de la démocratie participative ? Il

est en effet possible de voir dans

cet événement une reconnaissance

par l’État de la force de proposition

de la société civile et de la

pertinence de l’expertise citoyenne,

associative, syndicale dans

l’élaboration de politiques

publiques sur un sujet donné. Un tel

dispositif permettrait à la société

civile de participer à l’élaboration

des politiques publiques, illustrant

la volonté d’ouverture revendiquée

par le président. Il serait la pleine

expression de la légitimité de

chaque partie prenante de la

thématique écologique à être à la

fois force de proposition et, à

terme, de législation ; il serait ainsi

la reconnaissance que ce n’est pas

“Et si le Grenelle de l'environnement constituait

une pure et simple supercherie ?”

Jean-Luc Porquet, Le Canard enchaîné, n° 4537, 10 octobre 2007, p. 5.

un ensemble disparate, voire

franchement traversé d´antagonismes,

pour parler d´un sujet jusqu´alors

considéré comme secondaire, on ne

peut qu´en reconnaître la nouveauté.

Pourtant, cet événement ne pose pas

moins de question quant au rôle d´un

tel dispositif au sein de notre

démocratie. Cette négociation est-elle

en effet le signe d´un renouveau de la

Si le principe de la négociation n´est

pas nouveau, qui réunisse les acteurs

impliqués et aux points de vue divers

pour débattre d’un sujet et trouver

une solution satisfaisant les

différentes parties prenantes, cette

négociation pose cependant

d’importantes questions quant au

régime politique qui l’a convoqué.

de la seule sphère gouvernementale

que peuvent s’élaborer des

décisions nationales. Et c’est là que

le bât blesse.

Si organiser une telle négociation

est signe d’ouverture au-dedes

limites traditionnelles de la sphère

gouvernementale, elle peut aussi

être comprise comme suscitée par

ses propres insuffisances.

Question de Saison par Emilie Johann

THINK n° - Février 2008 p. 4

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Grenelle de l’environnement

force de la démocratie participative

ou échec de la démocratie représentative ?

Mai 1968, la France est traversée

par un conflit social d’une ampleur

extra-ordinaire. Les 25 et 26 mai se

tient rassemblement de représentants

du gouvernement Pompidou, de

syndicats et d’organisations patronales

en une négociation multipartite visant à

mettre un terme à cette crise sociale.

Au terme de ces deux jours, les

accords de Grenelle sont conclus ; ils

constitueront un des éléments de

résolution de la crise et aboutiront

notamment à des acquis importants, à

savoir une augmentation de 25 % du

SMIG (salaire minimum

interprofessionnel garanti) et de 10 %

l’impossibilité de répondre à cette

question majeure “en interne”. Notons

qu’il ne s’agit nullement de nier

l’urgence écologique actuelle, exigeant

un travail politique à sa mesure, mais

plutôt de questionner la nature du

travail politique effectué. Cette

négociation n’est-elle pas le signe

d’une anticipation par le gouvernement

de son incapacité à construire en son

sein une politique environnementale

adaptée ? L’ouverture à la société civile

serait alors un moyen de garantir à la

politique les ressources, l’expertise, les

idées qu’elle mérite et qu’elle

nécessite, et qui ne sont plus

notre temps, comme pourrait nous le

faire craindre le Grenelle de l’insertion

qui doit y faire suite. Que la

négociation ne soit jamais un simple

dispositif de légitimation a posteriori

de décisions prises ou de politiques

déjà entamées. Enfin qu’un tel

système, avec ses lourdeurs et son

institutionnalisation ne vienne pas

étouffer et récupérer les idées de la

société civile et leur enlever toute leur

vigueur. Que l’appropriation par un

système d’acteurs qui lui sont par

définition étrangers, quand ce n’est

pas opposés, n’en vienne pas à

remettre en cause l’essence de ces

“Le Grenelle, c’est la réflexion et la proposition partagées. C’est un

succès. C’est un succès que nous devons aux organisations non

gouvernementales de l’écologie qui ont su être à la hauteur de ce rôle

inédit. Je suis persuadé que si on avait dit à un certain nombre d'entre

eux « bientôt vous travaillerez avec lui »... Ce n'était pas acquis ! C’est

un succès que nous devons aux syndicats qui ont su se saisir de ce

sujet, dont je n'ignore nullement qu'il est nouveau pour un certain

nombre d'entre eux. C’est un succès que nous devons à l’ensemble du

monde agricole qui a eu le courage de revenir sur des positions

anciennes. C’est un succès que nous devons aux entreprises qui ont su

elles aussi être au rendez-vous. C’est un succès que nous devons aux

élus qui ont compris les exigences de la population.”

Discours de M. Nicolas Sarkozy à l’occasion de la restitution des conclusions du Grenelle de

l’environnement. Palais de l'Elysée - Jeudi 25 Octobre 2007

en moyenne des salaires réels. Ils sont

également à l’origine de la création de

la section syndicale d’entreprise. Si

l’ancêtre du Grenelle de 2007 est né,

c’est comme outil de résolution de

crise. Un tel dispositif s’expliquait donc

par l’incapacité à résoudre le conflit par

les seuls moyens gouvernementaux.

Ce Grenelle était bien alors un signe de

cette même impasse.

D’où la possibilité de se demander si

le Grenelle de l’environnement,

convoqué, planifié, préparé hors de

toute situation de crise, ne trahirait pas

aujourd’hui l’unique apanage des

décideurs politiques élus mais

s’élaborent et s’incarnent seulement

dans un type nouveau de collaboration.

Elle serait alors à la fois reconnaissance

des limites de la démocratie

représentative et réappropriation des

possibilités de la démocratie

participative.

Mais alors une dernière question, ou

peut-être plutôt un avertissement se

fait entendre. Qu’un tel dispositif ne

devienne pas la nouvelle solution

miracle aux problèmes complexes de

producteurs d’idées et de ces contrepouvoir

intrinsèquement à la marge.

Il est difficile de résoudre le dilemme

qui s’érige entre la marge de

manœuvre, l’effectivité des idées qui

est offerte à la société civile quand on

lui ouvre les portes de la décision, et le

danger qu’il y a à se fourvoyer dans un

exercice institutionnel qui n’est pas sa

destination essentielle. Encore et

toujours, c’est à l’observation,

l’analyse, la vigilance et la confiance

dans la vie des idées et dans ceux qui

la font que nous nous en remettons.

Question de Saison par Emilie Johann

THINK n° - Février 2008 p. 5

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Présentation de deux think tanks français :

Politique Autrement,

Mémoire des luttes.

THINK n° - Février 2008 p. 6

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POLITIQUE AUTREMENT

BP 07

78401 Chatou cedex

Mél : club@politique-autrement.org

www.politique-autrement.org

Historique

Au début des années 1980, la relecture des œuvres de Raymond Aron, Hannah Arendt et

Claude Lefort, et la rencontre avec le noyau premier de la revue Esprit, Jean Conilh, Jean-

Marie Domenach “eux qui ont connu l’engagement”, sont décisifs pour Jean-Pierre Le

Goff. En 1986, constatant que les schémas de pensée structurant notre société se

délitaient et qu’aucune nouvelle proposition n’est avancée, il décide de créer l’association

Politique Autrement. Ces manquements traduisent, selon lui, une “crise politique et

culturelle ainsi qu’un besoin de renouveau des réflexions autour de la démocratie” ; c’est

avec l’ambition d’y pallier que Politique Autrement est née.

Valeurs

Dès sa création, Politique Autrement a cherché à apporter des solutions pérennes aux

problèmes de la société française (chômage, Europe, développement, santé, etc.), en

repensant le collectif et en prônant l’engagement citoyen par le dépassement des intérêts

particuliers et de sa propre subjectivité. Il s’agit pour ce think tank de retrouver une base

commune à tous et de développer l’esprit critique et civique de la nation.

Ces idées de reconstruction du collectif et de mise en place d’une base démocratique

partagée par toute la société reposent sur les valeurs de transmission et d’héritage

culturel et historique, chères à son président. Pour lui, il faut aujourd’hui “retrouver des

cadres de discussion et d’action pour se forger ses propres convictions à partir d’un débat

sensé, où ce ne sont pas les idéologies ou les camps politiques qui sont discutés, mais

les idées en tant que telles”. Il appartient ensuite aux hommes politiques de prendre le

relais et d’émettre des propositions, ou pas.

Politique Autrement se veut également lieu de décloisonnement et de diversité (sociale,

professionnelle ou d’âge) où les rencontres et les discussions sont possibles, en dépit de

l’individualisme et de l’empressement ambiants. Les membres sont appelés à faire preuve

de raison et de libre arbitre lors des débats, dont le seul garant est l’accession de chacun

à la formation et l’éducation.

Concernant sa méthode de travail, Politique Autrement part de problèmes concrets :

délinquance, euthanasie, évolutions des mœurs, immigration, procréation médicalement

assistée…, et cherche dans la culture et l’histoire des repères structurants pour agir et

réagir.

La mise en place de contacts et de rencontres entre le théoricien qui intellectualise un

phénomène et le praticien qui le vit est une des volontés de Politique Autrement. La

présence d’un public très varié lors des séminaires et conférences, et la diversité des

intervenants en attestent. En effet, selon les sujets traités, des militaires, des éducateurs

sociaux, des Professeurs d’Université, par exemple, animent les débats.

L’objectif recherché est la lutte contre une sous-culture faite de bons sentiments et de

droits de “l’hommisme”, perçus par Jean-Pierre Le Goff comme les nouveaux défis posés

aux démocraties. Il estime que les hommes politiques doivent aujourd’hui replacer les

problèmes dans un contexte long et avoir une vision historique de la société, et avoir une

vision historique de la société afin de ne pas se laisser enfermer dans le présent où

règneneraient la victimisation et l’exigence de droits indéfinis.

Missions et réalisations

Tout le travail de Politique Autrement vise à créer un nouvel élan démocratique où chacun

doit pouvoir réfléchir librement, tout en faisant preuve de rigueur, nourrir le débat sur les

questions de société actuelles et à venir. Les sujets de travail sont abordés selon leur

prégnance, culturelle ou sociale, dans la société française. Les préoccupations de la

société décident des thématiques traitées. Politique Autrement reconnaît “l’existence du

champ politique et les évolutions sociétales, modificatrices du rapport au collectif, comme

arrière fond de sa réflexion”.

Au cours de ses réunions-débats mensuelles, les Mardis de Politique Autrement, y sont

Réservoir d’Acteurs par Agnès Iborra

THINK n° - Février 2008 p. 7

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traités de sujets variés en lien avec l’actualité. L’accès à ses réunions, qui se tiennent

dans un café, se fait sur invitation, après inscription sur le site. Le travail et l’emploi,

l’armée et la défense devaient être les prochains thèmes traités, mais l’actualité en a

décidé autrement. La première question à laquelle Politique Autrement a tenté de

répondre, le 22 janvier 2008, est “L’humanitaire a-t-il tous les droits ?” ; le débat s’est

fait en présence de Rony Brauman, enseignant à Sciences Po et ancien président de

Médécins sans frontières.

Ces débats sont repris dans la Lettre de Politique Autrement, trimestrielle, partiellement

téléchargeable sur le site.

Les derniers numéros portaient, en juin 2007, sur l’élection de Nicolas Sarkozy ; sur le

communautarisme en avril ; sur l’Iran et la Corée du Nord en février. En 2006, les thèmes

abordés ont été l’avenir de la presse écrite, l’évolution de Paris, l’insécurité sociale et

l’impact des sondages sur les questions européennes.

Des séminaires de réflexion et de formation sont mis en place tous les ans. Leur but

est d’apporter des connaissances transversales : historiques, philosophiques et

sociologiques sur des questions de fond. A partir d’études de textes, il s’agit d’offrir aux

participants des perspectives pluridisciplinaires sur une question, afin de nourrir leurs

réflexions. Le thème de travail pour l’année 2007-2008 est l’évolution des mœurs dans les

sociétés démocratiques ; en 2006-2007, la confusion et la distinction entre morale et

politique ont été étudiées. Leur accès est ouvert à tous, sur participation financière.

Toujours avec la même volonté de diffusion, de partage des connaissances et d’une

meilleure compréhension de la société, des conférences sur des thématiques

économiques, politiques ou sociales sont organisées.

La prochaine se tiendra le 16 février sur la thématique suivante : “Rencontre avec Pierre

Nora : Quelle crise de l’identité nationale ?”. Elle tentera d’apporter des réponses aux

questions suivantes : quelles sont les principales caractéristiques du modèle national

français ? Ce modèle est-il devenu obsolète ? Quel nouveau modèle possible aujourd’hui ?

Les Cahiers relaient les principaux points discutés au cours des séminaires et

conférences et proposent également des analyses et le point de vue de Politique

Autrement sur les grands événements de l’actualité.

Les derniers numéros traitaient du libéralisme en janvier 2007, des crises interétatiques en

Europe et la possibilité de l’emploi de la force armée en juin 2006 et du capitalisme en mai

2006. Ils sont vendus huit euros l’unité.

Une bibliothèque de trois mille revues et articles parus depuis les années 1980 (Le Débat,

Esprit, Commentaire, Études, etc.) est accessible aux membres.

DIRIGEANTS ET FONDATEURS

Jean- Pierre Le Goff : philosophe de formation, il est le fondateur de Politique

Autrement. Par ailleurs, membre du Laboratoire de recherche de sociologie

Georges Friedman de l’Université Paris I - La Sorbonne ,il s’est surtout intéressé

à “comprendre les désordres du monde”, au post-totalitarisme et au

management dans les entreprises. Il travaille, au sein de l’association, sur l’état

des sociétés démocratiques aujourd’hui et leurs défis.

Ses derniers ouvrages sont Mai 68, l'héritage impossible, en 1998, et La démocratie posttotalitaire,

en 2002.

Les membres ont des professions diverses : militaires, enseignants, fonctionnaires d’Etat, chefs

d’entreprise, etc.

PARTENARIATS

L’association serait en autofinancement total.

http://www.politique-autrement.org/

Le site Internet est sobre et très bien organisé ; des extraits de compte rendu d’assemblée

générale, des conférences et des séminaires antérieurs sont disponibles.

Des extraits et une version podcast de la Lettre de Politique Autrement sont accessibles sur le

site.

Des extraits d’ouvrages fondateurs, sur la démocratie et les sciences politiques notamment,

sont proposés dans la rubrique “Repères”.La rubrique “Lire”fournit,quant à elle,une sélection

de revues et d’ouvrages élaborée par les membres de Politique Autrement.

Réservoir d’Acteurs par Agnès Iborra

THINK n° - Février 2008 p. 8

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MÉMOIRE DES LUTTES

3, avenue Stephen Pichon 75013 Paris

Tel : 01 53 94 96 70

Mél : contact@memoiredesluttes.org

www.memoiredesluttes.org

Historique

L'association Mémoire des luttes est portée par la figure emblématique et bienfaitrice de Gunter Holzmann,

décédé en 2001 à l'âge de 89 ans. Ce juif allemand, condamné à fuir la menace hitlérienne, entreprit une

nouvelle vie en Amérique latine où il épousa les causes des cultures indigènes, de l'environnement et des

déshérités. Toute sa vie fut consacrée aux luttes pour un monde plus juste, plus libre, et plus égalitaire. C'est

à son initiative que l'association - dont il a proposé le nom - fut créée le 7 janvier 2000 pour que perdurent

ses combats et demeure leur mémoire. Mise en place, à sa demande, par Bernard Cassen et Ignacio

Ramonet, l'association est aujourd'hui animée par Ramón Chao, Mireille Azzoug et Christophe Ventura. Son

objectif principal est de rappeler les combats sociaux du passé, de soutenir ceux d'aujourd'hui et de

préparer ceux de demain.

Valeurs

L'association, qui porte les valeurs d'une gauche radicale et antilibérale, s'inscrit dans la tradition des

grandes luttes de l’Histoire. L'idée forte est d'affirmer la primauté du politique sur l'économie et le domaine

financier. Elle s'inscrit dans le mouvement altermondialiste qu'elle souhaite approfondir et dépasser, pour

développer une vision réaliste et politiquement viable. Ce post-altermondialisme doit s'appuyer sur ce qui

se développe, en termes de propositions, d'alternatives et de pratiques, dans les mouvements populaires

depuis une dizaine d'années, au Brésil avec le Mouvement des Sans Terre, en Inde avec le mouvement

paysan, ou bien encore en Bolivie, en Equateur et au Venezuela. Dans tous ces pays, l'hégémonie du

modèle néolibéral est en effet remise en cause dans le champ social et le champ politique.

L'association Mémoire des luttes, de plus, s'engage, avec la revue internationale Utopie critique, dans la

réalisation d'un Manifeste pour un socialisme du XXIè siècle dont elles veulent poser les principes, les

valeurs et les orientations. C'est “une initiative qui tend à reconstituer une sorte de carte idéologique visant

à faire accéder au pouvoir des forces antilibérales, donc radicales, mais aptes à gouverner. Il ne s'agit pas

de faire un programme utopique, mais de se demander qu'est-ce qu'on peut raisonnablement faire [...] s'il

y a une forte volonté politique et une forte mobilisation derrière” 1 , explique Bernard Cassen lors d'un

précédent entretien réalisé par Robert Chaouad pour l'OFTT.

Missions

Il s'agit pour Mémoire des luttes de “redéfinir un socle idéologique à opposer au projet néolibéral, comme

à ses variantes sociales-libérales dans la perspective de la conduite d'une action gouvernementale”. Pour ce

faire, l'association s'inspire des différents mouvements à l'œuvre dans le monde et notamment en Amérique

latine (qui fut le laboratoire des politiques néolibérales du Consensus de Washington et des institutions

financières internationales, comme le FMI et la Banque mondiale, dès les années 1980) dont elle tente de

décrypter les processus de transformation sociale. Au Venezuela par exemple : “la révolution bolivarienne

est la première expérience politique menée à l'échelle d'un pays qui affirme sa volonté de transformer le

capitalisme et de lutter contre son ordre impérialiste sur un ordre démocratique et non dogmatique depuis

la chute du mur de Berlin et la fin de l'empire soviétique.” 2 L'expérience d'une volonté politique et d'une

mobilisation populaire est déterminante dans ce processus de transformation sociale. Elle constitue le

premier stade d'une évolution vers la prise du pouvoir politique. On voit en effet qu'au Venezuela, en

Equateur, en Bolivie, les masses populaires sont mises en mouvement. La révolution bolivarienne est

constituée d'une variété de groupes sociaux hétérogènes mais conscients des intérêts qu'ils ont en

commun. Des organisations, des projets, des initiatives locales de toutes sortes prolifèrent.

Selon les travaux de certains membres de Mémoire des luttes, un parallèle peut, dans une certaine mesure,

être fait entre le bolivarisme, le socialisme et l'altermondialisme. Même si le contexte socio-économique du

Venezuela (notamment la place prépondérante du pétrole dans l'économie) rend impossible une

transposition en Europe, il semblerait que des enseignements puissent être tirés pour reconstruire, ici, un

projet post-néo-libéral.

Le bicentenaire des indépendances latino-américaines (1810-1830) sera une occasion pour l'association de

mettre en lumière et de communiquer à un large public les leçons que l'on peut retirer de l'histoire des luttes

sociales et politiques du sous-continent. A cette occasion, plusieurs séminaires, ouverts au public, sont

prévus fin 2008, début 2009. Des publications et ouvrages généralistes seront également publiés à cette

période. Le programme d'activités de Mémoire des luttes relatif à ce bicentenaire s'étalera de 2008 à 2013.

Outre ses travaux sur l'Amérique latine, l'association se donne comme mission de promouvoir, en Europe,

les débats sur l'avenir de l'altermondialisme. Elle participe également aux Forums sociaux, dont le prochain

se déroulera en septembre 2008 à Malmö, en Suède.

1 Interview de Bernard Cassen par Robert Chaouad, Think 4 : http://www.oftt.eu/spip.php?article57

2 Christophe Ventura « Pourquoi s'intéresser à la Révolution Bolivarienne?» http:/utopie-critique.fr

Réservoir d’Acteurs par Maud Clément

THINK n° - Février 2008 p. 9

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Réalisations

L'association prévoit la parution régulière de divers articles. Deux publications (dans un premier temps

disponibles sur la Toile) sont au programme : Les notes de Mémoire des luttes sont des analyses d'une

quinzaine de pages dont le premier numéro paraîtra courant février et traitera du modèle économique au

Venezuela et des mouvements coopératifs ; Les cahiers du postaltermondialisme seront liés au colloque

“Altermondialisme et postaltermondialisme” organisé en janvier 2008, et seront le lieu d'analyses et de

débats entre divers acteurs altermondialistes. Une collection d'ouvrages devrait aussi voir le jour. De plus,

l'association prévoit de continuer à soutenir des publications. Mémoire des luttes a déjà soutenu les œuvres

de Ramón Chao et deux ouvrages aux éditions Mille et une nuits sur le parcours d'Ernesto Che Guevara

(Justice globale - Libération et socialisme - et Voyage à motocyclette)

Des événements seront organisés régulièrement. Le dernier a eu lieu le 26 janvier 2008, à Paris. Intitulé

“Altermondialisme et post-altermondialisme”, ce colloque etait organisé dans le cadre de la journée

internationale de mobilisation décidée par le Conseil international du Forum social mondial. Une vingtaine

d'intervenants - militants altermondialistes, universitaires, chercheurs, journalistes - étaient présents.

DIRIGEANTS ET FONDATEURS

Ignacio Ramonet est directeur et éditorialiste du mensuel Le Monde

diplomatique. En décembre 1997, son éditorial a été à l'origine de la création de

l'association ATTAC. Il a été parmi les promoteurs du Forum social mondial de

Porto Alegre dont il a proposé le slogan :“Un autre monde est possible”. Il est le

fondateur de l'ONG internationale Media Watch Global (Observatoire International

des médias) et de sa version française, l'Observatoire français des médias.

Bernard Cassen a été le premier président de l'association ATTAC, de 1998 à

2002. Il a été l'un des concepteurs du premier Forum social mondial (FSM) à

Porto Alegre et par la suite des multiples FSM et Forum social européen qui lui

ont succédé,partout dans le monde.Il a collaboré au journal Le Monde à partir

de 1967 avant de rejoindre la rédaction du Monde diplomatique en 1973.

Ramón Chao est journaliste et écrivain galicien. Il a été rédacteur en chef du service

Amérique latine de Radio France internationale et a créé, en 1984, le prix Juan Rulfo qui

récompense chaque année une nouvelle littéraire en langue espagnole. Ramón Chao est

l'auteur de plusieurs ouvrages évoquant sa région natale.

Animateurs actuels

Mireille Azzoug est directrice de l'Institut d'études européennes de l'université Paris VIII.

Maître de conférences,elle est spécialiste des questions européennes et de l'histoire des idées

en Europe. Mireille Azzoug est également collaboratrice de divers journaux dont le mensuel

Le Monde diplomatique.

Christophe Ventura a rejoint l'association altermondialiste ATTAC dès sa fondation en 1998.

D'abord bénévole, il est ensuite devenu responsable du secteur international, entre 1999 et

2007. À ce titre, il a participé à la conception, à la promotion et à l'organisation des différents

Forums sociaux mondiaux (FSM), continentaux (notamment du Forum social européen), et

nationaux (Allemagne, Hongrie, etc.) depuis le premier FSM de Porto Alegre en 2001. Il est

aujourd'hui trésorier de l'association Mémoire des luttes.

PARTENAIRES

Du point de vue financier, Gunter Holzmann, fondateur de l’association, a fait un apport

financier d‘un million de dollars dont Mémoire des luttes a reçu la majeure partie, le reste

étant en discussion avec le mandataire du donateur. L'association, qui dispose de quelques

dizaines de milliers d'euros pour son budget de fonctionnement annuel (la dotation de

Gunter Holzmann ne peut être utilisée pour le fonctionnement quotidien de l'association),

est encore à la recherche d'autres financements publics et privés. Sur le plan intellectuel,

Mémoire des luttes travaille en étroite collaboration avec la revue internationale Utopie

critique, avec qui elle partage diverses préoccupations. Leur collaboration se borne pour

l'instant à la réalisation du Manifeste.

www.memoiredesluttes.org

Nouvellement créé (décembre 2007), le site ne contient pour l'instant que quelques articles

et la présentation de l'association. Il s'enrichira au fur et à mesure, de notes, communiqués.

Un blog est également en prévision.

Réservoir d’Acteurs par Maud Clément

THINK n° - Février 2008 p. 10

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Bernard Zimmern

Fondateur et Président de l’Ifrap

www.ifrap.org)

THINK n° - Février 2008 p. 11

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Portrait Bernard Zimmern

L'homme qui voulait réformer l'administration ! Voilà

comment on pourrait d’une phrase résumer l’action

de Bernard Zimmern. Président depuis près de

quinze ans de l'IFRAP qu'il a fondé en 1985, Bernard

Zimmern (diplômé de Polytechnique et de l'ENA) fait

partie de cette haute fonction publique qui aura

trouvé très tôt l'épanouissement qu'il cherchait au

sein du secteur privé.

Il fut, dans une certaine mesure, précurseur de ces

pratiques qui verront le jour et s'affirmeront dans les

années 1980 et 1990, à savoir la direction par une

grande partie de la haute fonction publique (énarques

et polytechniciens pour ne pas les nommer !) des

grandes entreprises françaises.

Bernard Zimmern a occupé différents postes à

responsabilité durant sa carrière, notamment au sein

de l'ancienne Régie Renault, mais c'est certainement

sa fonction de dirigeant d'entreprise qui lui aura

donné l'expérience nécessaire à la réflexion et les

moyens matériels pour la mettre en œuvre,

notamment grâce à une carrière aux Etats-Unis. Pays

où il découvrira les think tanks.

Mais pourquoi créer

l'IFRAP ? Et dans quel but ?

Pour le comprendre, il

suffit de prendre une date :

1981. Tout rapprochement

avec une date importante

dans la vie de la Vè

République serait le fruit

du hasard... Enfin peutêtre

pas tant que ça ! En

effet, en bon dirigeant

d'entreprise M. Zimmern

préférait développer son

activité plutôt que de voir

son activité administrative

se développer. Entendez

par là, l'augmentation

considérable

de

documents administratifs à

remplir et une pression

toujours plus grande des

services de l'Etat, notamment fiscaux... Le monde

tournait à l'envers et ses amis et collègues énarques

avaient perdu la tête. N'ayant pas de goût prononcé

pour les belles voitures ni les yachts, il va créer un

think tank dont le but sera d'étudier l'état et les

pratiques de l'administration publique, s'inspirant en

cela de certains grands patrons américains qui,

fortune faite, choisissaient d'investir leur temps et leur

argent dans la chose publique. Pour lui, la fonction

publique devait et doit toujours s'inspirer des

méthodes modernes de management afin de gérer au

mieux les deniers publics. Que l'on partage ou non les

postures de l'IFRAP, reconnaissons la démarche

citoyenne d'un “patron” qui aurait pu tout simplement

profiter de ses actifs pour couler des jours paisibles.

Eh bien non, le Parlement, la fonction publique, les

syndicats, le système de santé, telles sont certaines

des thématiques qui ont été passées au crible et à la

moulinette des experts de l'IFRAP, afin de produire

des analyses et comptes rendus suffisamment clairs

et digestes pour être absorbés par les décideurs et

les citoyens.

Son credo : “indépendance et expertise”. Indépendance

car il affirme ne recevoir aucune subvention publique.

Expertise car le leitmotiv de Bernard Zimmern c'est “1

dossier, 1 expert, 1 an”... En somme, on pourra discuter

les postures et prises de

position de l’IFRAP mais

avec une bonne

connaissance des

dossiers.

Agé aujourd'hui de 78 ans,

Bernard Zimmern garde

Son credo :

cette même passion et

cette verve qui guident

“indépendance

souvent les personnages

atypiques. Ce dernier est

souvent classé à droite de

et expertise”

l'échiquier politique, avec

un vernis libéral, mais ne

lui faites pas le procès de

concourir à la mort du

service public, auquel cas

il vous expliquera son

attachement profond à ce

dernier et à la chose

publique en général. Attachement construit au

contact de grands commis de l'Etat lors de ses

jeunes années et pour lesquels il garde un profond

respect.

Portrait par Selim Allili

THINK n° - Février 2008 p. 12

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Benoît Hamon

C’est en forgeant à gauche

qu’on devient...

Propos recueillis par Robert Chaouad, le 3 janvier 2008

Benoît Hamon est député européen et porte-parole du Parti socialiste. Il est membre

fondateur du think tank La Forge, qui a vu le jour à l’automne 2007.

La Forge : http://la-forge.info/site/

Robert Chaouad : Très présent dans les discours et

les commentaires politiques, notamment en période

électorale, le thème de la modernité en politique

semble avoir changé de sens ou, du moins,

d’incarnation.

Benoît Hamon : On a assisté, effectivement, à droite

comme à gauche, a une appropriation du thème de la

modernité par les deux principaux leaders politiques de

la dernière campagne électorale présidentielle. Ce thème

de la modernité est ainsi apparu comme la marque de

leur pratique du pouvoir et de leurs orientations, l’un

comme l’autre souhaitant incarner, à sa manière, cette

modernité. Or, Nicolas Sarkozy développe une vision qui

tend plus à restaurer ou à enraciner la hiérarchie sociale,

à rétablir les privilèges, à remettre en cause le principe

de redistribution et tous les mécanismes modernes de

luttes contre les inégalités (la sécurité sociale, l’impôt,

l’Etat, etc.), un retour à une société d’avant la période

des Trente Glorieuses en somme ; quant à Ségolène

Royal, chez elle, la modernité, à bien des égards, renvoie

à l’abandon de ce qu’était la capacité ou la volonté de la

gauche à tordre et à inverser les rapports de force.

RC : Dès lors, comment définiriez-vous, aujourd’hui,

la modernité en politique ?

BH : Si l’on considère que la modernité est en soi une

forme de rupture avec les dogmes ou les cadres de

pensée traditionnels, et si, en plus, on constate que ces

cadres imposent des concepts et des solutions dont la

mise en œuvre se révèle être un échec, alors la

modernité devrait correspondre à une rupture avec ces

cadres-là. La première rupture que la gauche française

et européenne devrait mettre en œuvre, assumer et

décliner, c’est celle-là, c’est la rupture avec toute la

doctrine économique qui domine, aujourd’hui, le débat

européen, qu’il s’agisse des débats politiques à

l’intérieur des Etats membres ou au sein de l’Union

européenne. Quelle est cette doctrine économique ?

Elle se fonde, notamment, sur le primat du

consommateur sur le salarié et du consommateur sur le

citoyen. J’entends par là que toute la doctrine

économique de l’UE parie sur le rétablissement de la

compétitivité des économies européennes par la baisse

des prix et non pas par l’amélioration de la productivité,

c’est-à-dire par l’investissement dans la recherche, le

développement, l’éducation et la formation. Or,

aujourd’hui, le présupposé de cette doctrine est que la

mise en concurrence des acteurs travaille aux intérêts

des consommateurs puisqu’elle stimule une

concurrence qui favoriserait la baisse des prix. Dès lors

que l’on parie exclusivement là-dessus, on assiste, au

sein des Etats membres de l’UE, à la mise en place de

politiques qui encouragent la baisse des prix et qui,

parallèlement, encouragent la modération salariale,

favorisent des disciplines budgétaires strictes et donc

pénalisent les investissements qui pourraient être fait par

les Etats membres. Conséquence de quoi, les citoyens,

pour que leur pouvoir d’achat augmente, sont

encouragés à consommer en stimulant une concurrence

par la baisse des prix et en cherchant les prix les plus

bas. Or, en choisissant les prix les plus bas, et donc en

stimulant cette concurrence, cela conduit les entreprises

à devoir baisser leur coût de production, et pour ce faire

à jouer sur la variable d’ajustement sur laquelle il est le

plus simple de jouer aujourd’hui, à savoir le coût du

travail.

On en arrive donc, et c’est la théorie que je défends,

avec d’autres, à faire du consommateur l’artisan de la

remise en cause de ses propres droits de salarié et de

ses propres intérêts de citoyen. Ainsi, je constate qu’il y

a une contradiction absolue à voir que c’est le même

gouvernement qui prétend investir sur le long terme avec

le Grenelle de l’environnement et qui, dans le même

temps, revendique le fait que la France est en retard sur

le low cost et devrait mieux se positionner en la matière.

Or, le low cost est en contradiction directe à la fois avec

ce que devraient être les investissements nécessaires

pour assurer la protection de l’environnement et, surtout,

cela pousse le consommateur à faire un choix qui remet

en cause son propre intérêt de salarié puisque ce choix

pousse à la baisse du coût du travail.

Je crois, ainsi, que cette doctrine économique, qui

Entretiens par Robert Chaouad

THINK n° - Février 2008 p. 13

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Entretiens Benoît Hamon

désosse méthodiquement tous les modèles sociaux

nationaux et qui pousse à des choix politiques qui se

détournent des investissements favorables à la

protection de l’environnement, eh bien, ce choix de

politique économique est le choix avec lequel on devrait

rompre. Et la modernité, pour le coup, c’est celle qui

s’attaque à ce qu’est la répartition primaire des revenus

entre le capital et le travail, entre les profits et les

salaires, et celle qui réhabilite l’impôt. C’est d’ailleurs la

raison pour laquelle je suis favorable à la création d’un

grand impôt universel qui prenne en charge l’ensemble

des prestations universelles (assurance maladie,

politique familiale, dépenses publiques, éducation, etc.),

qu’on change aussi la principale cotisation qui pèse sur

les entreprises et qu’on l’élargisse à la valeur ajoutée. Et

donc, en tout cas, qu’on réarme la politique en

redonnant, par l’impôt, des moyens d’action à la

puissance publique. Ce qu’elle n’a plus. Dans une

société prompte à exalter en permanence les devoirs en

contrepartie des droits,

on oublie que le principal

des devoirs qu’acquitte

n’importe quel citoyen,

c’est justement l’impôt.

Et je trouve

invraisemblable que

l’impôt soit à ce point

discrédité aujourd’hui,

alors qu’il est

l’instrument qui permet,

par la construction de

biens publics universels,

par la construction de

services publics, par la mise en œuvre d’une protection

sociale, de lutter contre les inégalités. Il s’agit là d’un

point sur lequel, comme think tank, La Forge entend

travailler.

RC : Dans une certaine mesure, et sans tomber

dans un déterminisme social caricatural, la

contradiction que vous relevez peut également se

retrouver dans la sociologie électorale du vote

présidentiel de mai 2007. Dès lors, comment faire

pour que les idées que vous défendez à La Forge,

ou plus globalement au sein de votre famille

politique, gagnent l’espace public et, surtout,

redeviennent “hégémoniques” ?

BH : Je crois qu’il y a une crise culturelle à gauche.

Pourquoi les gens pensent-ils, aujourd’hui, que les

idées de mise en concurrence et de compétition sont

plus fécondes pour eux que ne l’était, hier, un modèle

fondé sur la redistribution et la solidarité ? D’abord

parce que le modèle social français est en crise,

comme tous les modèles sociaux nationaux

européens. Ce qui est frappant dans la période

actuelle, c’est cette forme de myopie ou

d’aveuglement d’une partie des élites de gauche, qui

refusent de voir que la crise française s’inscrit dans un

mouvement général de crise de la social-démocratie

européenne. Souvent, on vante ce que serait la

réussite éclatante du socialisme au-dede nos

frontières, là où, dans les pays nordiques, la socialdémocratie

ne dirige plus aucun pays, là où nous

sommes en coalition en Allemagne, là où nous

sommes menacés en Italie et nous ne savons pas si

nous allons garder la Grande-Bretagne. On ne dirige

que quatre pays sur 27 Etats dans l’UE et on vit sur le

mythe que ce serait le socialisme français qui serait

frappé du sceau de l’archaïsme et qui serait en crise là

où tous les autres auraient réussi leur congrès de Bad

Godesberg. Or, aujourd’hui, la crise de la socialdémocratie

touche l’Europe entière. Toutes les

formations sociales-démocrates, au sens générique du

terme (travailliste, socialiste, etc.), sont confrontées à

une crise politique et

idéologique et à une

remise en cause de

leur vocation et de leur

fonction. Cette crise et

cette remise en cause

s’expliquent par le fait

que l’histoire de la

social-démocratie est

indissociable de la

construction et de

l’essor des modèles

sociaux nationaux. Au

gouvernement ou dans

ses luttes, dans ses combats, dans l’exercice des

responsabilités ou dans les mobilisations populaires,

la gauche est associée à l’édification d’un modèle

redistributeur et protecteur, peu importe qu’il soit

rhénan, nordique ou méditerranéen. Or, concrètement,

ce sont ces modèles-là qui se révèlent, aujourd’hui,

défaillants à lutter contre l’exclusion et contre la

pauvreté, à vaincre la précarisation des conditions

d’existence et des conditions de travail et à éviter le

déclassement social. On constate donc que ce

système-là, qui repose sur des grandes valeurs

collectives et sur d’importants mécanismes de

solidarité, échoue, aujourd’hui, à vous protéger des

aléas de la vie.

Dès lors, il paraît assez logique et assez tentant, pour

ceux qui disent que ces modèles redistributeurs sont

en échec et qu’en plus ils sont responsables de la

faiblesse de la croissance, de se tourner vers un

modèle qui parie, lui, sur les moyens qui seront donner

à chacun de pouvoir s’en sortir seul. Je crois, pour ma

part, que ce dernier modèle sera assez vite mis en

échec, ou en tout cas que la politique qu’il induit sera

"Aujourd’hui, la crise

de la social-démocratie

touche l’Europe entière"

Entretiens par Robert Chaouad

THINK n° - Février 2008 p. 14

6


Entretiens Benoît Hamon

très vite majoritairement contestée. Je pense ainsi que

cette offre politique a correspondu, à un moment

donné, à ce qui était une disponibilité de personnes

issues des classes populaires et des classes

moyennes, qui font, pour elles-mêmes et leurs enfants,

le constat de l’échec des mécanismes de

redistribution et de solidarité à les protéger de la

mondialisation, des délocalisations, dans leur travail,

dans l’accès à la retraite, etc.

Dans ce cadre-là, je pense que la faute de la gauche

est majeure, dans la mesure où elle a refusé le combat.

Là où on aurait dû revendiquer la nécessité de

réhabiliter l’impôt, de réhabiliter la redistribution, la

solidarité, de trouver de nouvelles recettes pour

financer un modèle social réformé, rénové, plus

moderne, eh bien, la gauche ne l’a pas fait. On a, au

contraire, directement emprunté à ce que je considère

être le patrimoine intellectuel et idéologique de la

droite, en revendiquant le donnant-donnant, en faisant

des assistés l’une des causes des déficits sociaux,

etc.

RC : En même temps,

la montée en

puissance de “valeurs

individualistes” au sein

de la société ne

poussait-elle pas à un

tel emprunt ?

BH : Ce que l’on

constate, en tout cas,

c’est que coller à l’air du

temps nous conduit à la

défaite ! J’aimerais

enfin sortir de cette analyse qui veut que l’on ait perdu

trois élections présidentielles par trop plein de

socialisme. On n’a pas perdu ces élections parce qu’on

appelait à la nationalisation des banques ou à la

collectivisation des moyens de production. On n’a pas

perdu parce que Ségolène Royal était trop à gauche ;

on n’a pas perdu parce que Lionel Jospin était trop à

gauche. On a perdu, à chaque fois, par défaut de

clarté et par défaut de socialisme. Ce que je constate,

c’est que des trois élections présidentielles perdues,

quelle est celle où on a réalisé le meilleur score ? C’est

celle de 1995, avec Lionel Jospin. Avec un programme

où figuraient déjà la CMU, les 35 heures, les emplois

jeunes, etc. Programme avec lequel ont été remportées

les élections législatives de 1997. Ce que je veux dire

par là, c’est qu’à l’époque, nous étions en présence

d’une gauche qui s’assumait. Et une gauche qui

s’assumera, demain, ce n’est pas forcément une

gauche qui prône les 32 heures, mais une gauche qui

développe un véritable volontarisme en matière de

redistribution et de lutte contre les inégalités.

"Ce que l’on constate, c’est

que coller à l’air du temps

nous conduit à la défaite !"

RC : Dans le cadre de votre think tank, La Forge,

vous ambitionnez d’”élaborer un nouvel intellectuel

collectif”. Qu’entendez-vous par là et comment

entendez-vous fonctionner ?

BH : Nos influences sont multiples et l’une des

caractéristiques de La Forge, c’est la diversité des

histoires politiques, des trajectoires et des disciplines

des personnes qui la compose. Surtout, ce qui nous a

réuni, c’est la volonté de s’attaquer aux vrais impensés

du discours de la gauche aujourd’hui, ou du moins ce

qu’on considère comme tel, et, en même temps, avoir

une méthode de diffusion qui emprunte directement à la

réussite des think tanks anglo-saxons. Là où les partis

politiques de gauche peinent à être des émetteurs

politiques puissants, on pense qu’on doit être, le plus

rapidement possible, dans la liste des sites favoris des

étudiants en science politique, des chercheurs, des

journalistes, etc. Donc être un pôle de référence en

matière de production de pensée, comme le sont la

Fondation Schuman, la Fondation Jean Jaurès, l’Institut

Montaigne, etc. Ils ont

réussi à s’imposer

comme de puissants

émetteurs en termes de

pensée. On aura donc

une

stratégie

extrêmement agressive

en termes de lobbying,

tout en produisant des

publications, qui

prendront différentes

formes, sur support

papier ou Internet. On

aura trois formats de

communication : une communication sous la forme de

livre, qui correspondra à une note oscillant entre 90 000

et 140 000 signes, puis les notes de La Forge, d’environ

30 000 signes, passant également par le comité de

lecture et répondant à un protocole spécifique en termes

de publications, de références, etc. ; et, enfin, un format

plus léger, une note d’environ 10 000 signes, un mémo

plus réactif à l’actualité, dénonçant les raccourcis

intellectuels, les démonstrations paresseuses, etc.

RC : Cela signifie que vous ne vous retrouviez pas

dans les nombreux lieux qui ont également pour

fonction de produire du savoir et de l’analyse ?

BH : Il existe effectivement de nombreux lieux où il

s’écrit des choses extrêmement intéressantes, comme la

Fondation Jean Jaurès, la République des idées, etc.

Pour ma part, dès le moment où je me suis penché sur

ces questions-là, j’ai trouvé qu’il manquait un lieu où les

politiques pourraient régulièrement croiser des

syndicalistes, des universitaires, des gens qui font de la

politique sans appartenir au champ politique stricto

Entretiens par Robert Chaouad

THINK n° - Février 2008 p. 15

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Entretiens Benoît Hamon

sensu (comme l’association AC le feu par exemple), etc.

On voulait donc, en créant La Forge, créer un lieu où

puissent se mêler les disciplines et les trajectoires, mais

également créer un lieu à l’intérieur duquel les personnes

qui ont eu à subir l’effet du plafond de verre dans leur

discipline ou leur champ de compétence, en termes de

publication et de diffusion de leurs travaux et de leurs

idées, puissent s’exprimer et être entendues. La Forge

n’est pas un think tank générationnel, mais il y a eu une

sorte de parti pris qui consistait à dire que l’on

accorderait une attention particulière aux travaux jugés

intéressants issus de jeunes chercheurs.

Enfin, en créant La Forge, ce qui nous a intéressé, ce

n’était pas tant de créer des concepts que d’avoir

l’exigence d’associer systématiquement aux questions

traitées des solutions qui pourraient être mises en

œuvre. On s’est fixé comme objectif clair, le réarmement

théorique et pratique de la gauche dans la perspective

de la reconquête du pouvoir dans cinq ans. Nous

sommes un think tank entièrement dédié à cet objectiflà,

et en ce sens je crois

qu’il complète ce qui

existe déjà.

RC : Entendez-vous

donner une dimension

européenne aux

activités de La Forge ?

BH : Ma première

satisfaction provient du

fait que, deux mois

seulement après la

création de La Forge,

nous faisons partie, avec

la Fondation Jean Jaurès, des deux think tanks français

qui ont été retenus par le Parti socialiste européen (PSE)

pour participer aux travaux d’élaboration de son

manifeste pour les élections européennes de 2009. Cela

signifie donc que la famille politique que nous

souhaitons incarner, celle qui réfléchit, par exemple, au

rôle de la puissance publique, et qui ne se réduit pas à

la gauche du « non », sera reconnue. Et la

reconnaissance de cette famille politique et du rôle

qu’elle peut jouer dans l’avenir de la gauche européenne

est, à mes yeux, une chose extrêmement importante.

RC : Pensez-vous pouvoir vous faire entendre au

sein du PSE ?

BH : Il est clair que nous ne disposons pas de la même

surface et des mêmes moyens que d’autres think

tanks. Toutefois, la question qui se pose, à l’égard des

think tanks anglo-saxons par exemple, notamment

ceux qui inspirent le Parti travailliste, c’est de savoir,

aujourd’hui, s’ils sont les plus influents. Je pense, pour

ma part, que le problème du débat à l’intérieur du PSE,

c’est justement l’absence de débat. Et c’est pour ça

que Poul Nyrup Rasmussen [NDLR : président du PSE]

réinjecte aujourd’hui de la politique, parce qu’il se rend

compte du lent déclin de la social-démocratie, tant sur

le plan des positions qu’elle occupe dans les Etats

membres de l’UE que sur le fond, et en raison du fait

qu’elle peine à être un acteur majeur du débat politique

européen.

Ce qui est amusant d’ailleurs, pour revenir à la doctrine

économique européenne dont nous parlions tout à

l’heure, c’est de voir qu’il faut aller chercher aux Etats-

Unis, voire en Amérique latine, des économistes pour

critiquer, voire moquer, les stratégies mises en œuvre

en Europe et qui sont des stratégies qui échouent et qui

ne sont remises en cause par personnes – ou par très

peu de monde. Ce qui est frappant aujourd’hui, c’est

qu’il faille que ce soit un Joseph Stiglitz qui dise que les

choix de politique monétaire européens sont des choix

stériles, pour qu’un Jean-Paul Fitoussi retrouve de la

légitimité dans le débat, là où il disait la même chose

par le passé, mais il

n’était pas écouté parce

"On s’est fixé comme objectif

clair, le réarmement théorique

et pratique de la gauche dans

la perspective de la reconquête

du pouvoir dans cinq ans"

qu’il était français.

Cela dit, on constate,

petit à petit, que tout ça

est en train de bouger.

On commence à avoir à

nouveau du débat, en

Europe et au sein même

de la social-démocratie,

là où il avait été rendu

impossible, notamment

en raison de la

modification

rapports de force à la suite de l’élargissement.

des

RC : Pour conclure, quels sont les projets de La

Forge pour les prochains mois ?

BH : On travaille sur plusieurs initiatives en même

temps. Il y a un cycle de conférences sur le pouvoir

d’achat dont les vidéos seront mises en ligne. On va

également produire un contre-rapport Attali.

Actuellement, on fonctionne à partir de quatre groupes

de travail lourds et de deux cellules plus réactives,

l’une consacrée à l’opinion et aux analyses électorales

et l’autre, “riposte”, qui s’attachera, à chaque fois

qu’on le pourra, à niveau d’expertise égal, à proposer le

contre-rapport aux productions du gouvernement. On

est donc à la fois sur des cycles longs et sur des cycles

plus courts. On aura également beaucoup de travaux

sur des problématiques culturelles, sur les territoires, la

laïcité, sur les questions carcérales, les libertés

publiques, etc. On publiera en début d’année une note

qui fixera l’agenda de travail de La Forge pour 2008.

Entretiens par Robert Chaouad

THINK n° - Février 2008 p. 16

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Jean-Louis Le Moigne

Stimuler la dignité de l’Homme :

entre curiosité citoyenne et modestie des experts…

Propos recueillis par Marc Riedel

Jean-Louis Le Moigne est Professeur émérite à l'Université d'Aix-Marseille, Ingénieur ECP

et diplômé ITP de la Harvard Business School et de la Sloan School of Management du

MIT, Président du Programme européen Modélisation de la CompleXité (MCX) et Viceprésident

de l'Association pour la Pensée Complexe (APC) aux cotés d'Edgar Morin.

MR : Lors de nos premiers contacts, vous aviez fait une distinction

entre les notions de réseau pensant et de réservoir de pensée,

pouvez-vous nous l’expliquer ?

JLLM : Le jeu de mots que je vous avais adressé qui précisait que

nous étions un réseau pensant plus qu’un “réservoir de pensée” était

pour accuser ce côté un peu insolite de ce mot “think tank”, qui n’est,

à mon sens, que rarement utilisé dans sa traduction littérale. Bien des

think tanks ne sont-ils pas des lobbyes plus conservateurs

qu’innovateurs ?

C’est sans doute là où le “Réseau Intelligence de la Complexité -

MCX-APC” se distingue, car il est issu de l’auto-émergence d’un

réseau, à partir d’individus qui ne se connaissaient guère.

Au départ, dans les années 80, il y avait bien mon laboratoire de

l’Université Aix-Marseille, qui permettait de nous donner une base de

travail pour débuter au niveau universitaire, mais ma formation

personnelle aidant, et bien d’autres aidant, nous avions un peu le

même problème que vous… Nous avons très vite compris ce qui est

devenu ma devise, empruntée à Léonard de Vinci, “Faire pour

comprendre et comprendre pour faire”. Nous nous sommes donc dit,

cessons de séparer ceux qui font et ceux qui comprennent.

Autour de ça on avait E. Morin, on avait H. Simon, on avait G.

Bachelard, on avait J. Piaget, et donc, vous le voyez, un réservoir de

pensée prodigieux ! Prenez ne serait-ce qu’Edgar Morin, c’est un peu

un think tank à lui tout seul… Je ne plaisante pas, personne n’est

conscient de l’immensité de sa culture ! C’est fascinant !

Notre réseau a donc émergé sans leadership. Ça n’est pas un ministre,

un député, un banquier ou un industriel qui rassemble autour de lui

quelques intellectuels, quelques collègues, pour se faire un club. Si

notre activité est sans doute plus visible dans le champ académique

et universitaire, c’est parce que les praticiens de notre réseau n’ont

pas le temps de se dégager comme les universitaires en ont eu

l’occasion. Ils sont toujours harcelés par des quotidiens enchevêtrés…

C’est incroyable la complexité que ces gens affrontent parfois !

Toutefois, nous fonctionnons ensemble. Ce fonctionnement a sa base

dans notre vive conscience collective du fait que les programmes de

nos institutions nous apprennent à devenir dépendants de l’expert et

du scientifique pour résoudre nos problèmes. L’éthique sous-jacente

est ici “ce qui est scientifiquement vrai sera toujours moralement bon”.

Et, peut être paradoxalement, je suis toujours frappé lorsque je lis les

papiers ou les discours sur les think tanks dans une de vos

publications, je lis une dame qui s’étonne que les politiques ne soient

pas plus à l’écoute des think tanks... Au fond de moi, j’éclate de rire

quand je lis ça. Depuis que le monde est monde, les conseillers se

plaignent que les politiques ne font pas ce que leurs experts leur

préconisent !

Pendant très longtemps, lorsque je lisais des articles de gestion, c’était

la même conclusion, en anglais comme en français,

“malheureusement, pour de sordides raisons politiques, ma belle

méthode n’a pas pu être appliquée jusqu’au bout et donc n’a pas fait

ses preuves”. Je résume et je caricature un peu, mais c’est à peine

exagéré.

Ce n’est pas pour dire du mal du système, mais le petit jeu qui consiste

habituellement à dire “moi je suis intelligent et les autres sont idiots”, ne

nous semblait pas suffisant comme motif pour créer notre réseau.

Il y a eu une cascade d’émergences qui ont commencé en 1977, ayant

atteint un certain sommet en 1984-85 de ce que je vais appeler “le

paradigme de la complexité”. En 1977, c’est la sortie du tome 1 de la

Méthode d’Edgar Morin. C’est aussi le moment où R. Thom, I.

Prigogine, F. Varela, H. Atlan, H. Von Foerster commencent à être

connus… C’est le moment où le concept de système émergeait, et le

moment où on en avait un peu marre des visions linéaires. Nous avons

alors organisé un congrès à Versailles. Il y avait 800 personnes, et tout

le monde était là : Thom, Prigogine, Von Foerster, Morin, Atlan, Varela,

Lesourne… Et il y a eu un volume de productions assez considérable !

Cet évènement explosif a toutefois eu un effet pervers... C’était

tellement surprenant, tellement grand par rapport aux courants d’idées

d’alors, que le monde académique a voulu le récupérer.

A partir de là vous avez pu constater le début la dégénérescence de

certains concepts issus de ce paradigme, comme celui de l’analyse de

systèmes (et je fais bien ici la différence avec la modélisation

systémique qui n’a rien à voir), qui est devenu à l’image de cette

phrase qui la caractérise “l’analyse à la balayette, où il ne faut rien

laisser dans les coins”.

Il y a eu un topo à l’Académie des sciences quelques années après,

qui a voulu elle aussi s’approprier ce courant d’idées. Leur

problématique était alors de trouver une science qui permette de

convaincre les citoyens et les politiques de la légitimité des

scientifiques à interférer dans la vie publique, ou comme je l’ai

entendu, “comment arrêter d’avoir ces citoyens dans les pattes qui

Entretiens par Marc Riedel

THINK n° - Février 2008 p. 17

6


Entretiens Jean-Louis Le Moigne

emmerdent les experts”. J’avais publié à l’époque un commentaire sur

ce thème dans la Lettre Chemin Faisant, qui n’avait pas beaucoup plu.

Aujourd’hui ces idées foisonnent, mais il faut se rendre compte qu’il y

a eu une réappropriation précipitée par certains experts des sciences

dures, qui se demandent encore aujourd’hui comment utiliser ces

idées pour appliquer leurs modèles aux sciences humaines ou à la vie

de la cité. A contrario, ils ne se sont jamais demandé comment intégrer

des concepts des sciences sociales dans leurs sciences… C’est, pour

reprendre les mots d’Edgar Morin, le problème du passage de la

complexité restreinte à la complexité générale. La complexité

restreinte est en quelque sorte une dégénérescence de la complexité

générale, une fermeture du modèle, un traitement sous forme

algorithmique de quelque chose de “vivant”. Et sous forme

algorithmique c’est bien entendu le calcul, le modèle mathématique

qui vous dirige, et non plus les tentatives d’explorations successives

et la créativité poïétique des chercheurs comme des praticiens…

C’est aussi là-dessus que

nous nous sommes

constitués… Pour supplier

les tenants (académiques)

de la complexité restreinte

de réfléchir un peu…

Il y a eu d’autres bonnes

choses également, comme

le colloque de l’Université

des Nations Unies à

Montpellier, ou en Italie un

colloque similaire baptisé

“Les défis de la complexité”

(en 1984). Aux Etats-Unis, il y

a eu également la

constitution de l’Institut de

Santa Fe puis de nombreux

autres, tous tentés hélas par

les charmes académiques

de la complexité restreinte à

ses formalismes…

monde, mais que notre mission était de garder “les veilleuses

allumées”. Les pistes qui ne sont pas actuellement éclairées par nos

institutions et qui nous semblent importantes, faisons en sorte de les

rendre visibles pour ceux qui s’y intéresseront.

L’argument en faveur de cette veilleuse a été celui de la prégnance

“épistémo-civique” de notre démarche : tentons de nous donner

collectivement les moyens d’être citoyens capables de comprendre ce

qu’ils font. Nous avons œuvré à sa diffusion dans nos manifestations

et nos publications et surtout, de plus en plus par l’animation de notre

site www.mcxapc.org.

Mais nos efforts pour échapper aux carcans disciplinaires

n’empêchent nullement chaque membre du réseau de “travailler à bien

penser” avec ses outils propres, et c’est ça la complexité…

Notre efficacité au niveau des politiques conjoncturelles est quasi

nulle, là n’est pas notre but, mais nous ne l’évaluons pas à vrai dire !

Notre projet se situe au

Je ne juge pas ici de la pertinence

des idées et des arguments des citoyens

ou des experts, je dis juste qu’il n’y a

pas de preuves scientifiques pour dire

qui a raison ou qui a tort. Mais il y a

toutefois une chose dont on peut parler.

[...] L'Hominis Dignitae, La dignité

humaine c’est précisément ce qu’il faut

rechercher dans ces situations !

Mais cet appel à la dignité humaine,

je ne suis pas sûr que tout le monde

l’ait entendu…

niveau de “la politique de

civilisation”, pour reprendre

une formule d’Edgar Morin

que nous faisons très

volontiers nôtre 1 .

Mais peut-être qu’il faut

toutefois nuancer un peu

cette réponse. Les

rayonnements de nos

veilleuses sont fortement

augmentés par la

personnalité charismatique

d’Edgar Morin. Son nom et

son œuvre font grincer les

dents de beaucoup

d’universitaires, mais

suscitent un élan de chaleur

et de sympathie chez

beaucoup de citoyens, et ce

où qu’on les rencontre de

par le monde.

En 1988, la première rencontre “Modélisation de la CompleXité” s’est

tenue à Aix. Nous avons peu à peu rallié des praticiens, des travailleurs

sociaux, des thérapeutes, quelques notables... Jusqu’en 1993, notre

réseau vivait entre autres à partir du petit budget de mon laboratoire,

et partant à la retraite sous peu, j’avais senti venir les choses. Nous

nous sommes donc constitués en association loi 1901 en 1994 avec

des collègues issus d’autres universités et quelques managers

motivés ; à partir de 1997 nous avons développé notre site internet,

car l’impression et l’envoi de la Lettre Chemin Faisant, publication de

notre réseau, commençaient à coûter chers.

Il faut voir que toute cette logistique est très contraignante. En cas de

rencontre physique, il faut trouver une salle, trouver des sous, trouver

des impressions, des hôtels, un secrétariat… C’est essoufflant...

On a donc décidé de camper en réseau internet sur quelques idées

fortes. Nous avions conscience que nous n’allions pas changer le

1 Cf. par exemple l’éditorial de mai 2007sur le site du RIC : http://www.mcxapc.org/docs/reperes/edil38.pdf

MR : L’émergence des think tanks vous semble-t-elle être liée à un

besoin ou des difficultés qu’aurait notre classe dirigeante à gérer

une complexité grandissante ?

JLLM : La complexité c’est justement ce qui n’est pas gérable ! Alors

bien sûr, vous allez avoir cinquante bouquins sur la gestion de la

complexité dans votre librairie. C’est pour cela que l’anglophone a de

la chance. Là, vous dites “managing the complexity”, eux peuvent dire

“to deal with complexity”, il faut “faire avec”.

Dominique Genelot dit très heureusement “Manager dans la

complexité”. Vous sentez le subtil glissement ? Si j’arrive en vous

disant “je suis expert, je vais gérer la complexité, achetez-moi”, vous

allez me payer cher (bien entendu), parce que vous en avez marre de

la complexité, mais je vous garantis qu’à la sortie, vous allez vous

retrouver avec au moins la même complexité qu’au départ.

Le glissement mental vers ce point de vue est difficile à accepter par

Entretiens par Marc Riedel

THINK n° - Février 2008 p. 18

6


Entretiens Jean-Louis Le Moigne

les dirigeants. Il y a une réelle tension culturelle à ce niveau.

Nous avons récemment publié un éditorial sur notre site, dont le titre

est “L’expert est aveugle sans les lunettes du citoyen”. Je pense que

vous voyez où se situe la provocation. Ce que vous ne savez peut être

pas, c’est qu’un éminent prospectiviste parisien a publié dans Le

Monde [NDLR : en pleine période électorale, visant plus

particulièrement un programme politique “participatif”] un article

intitulé “Le citoyen est aveugle sans les lunettes de l’expert”. On a

donc renversé la proposition, et illustré le propos avec quelques

exemples 2 .

Je ne juge pas ici de la pertinence des idées et des arguments des

citoyens ou des experts, je dis juste qu’il n’y a pas de preuves

scientifiques pour dire qui a raison ou qui a tort.

Mais il y a toutefois une chose dont on peut parler. Et je l’ai trouvé en

parcourant votre site internet, et cela m’a fait très plaisir, c’est lié à

votre capacité à lire Pico della Mirandola. Tout est là ! L'Hominis

Dignitae, la dignité humaine c’est précisément ce qu’il faut rechercher

dans ces situations !

Mais cet appel à la dignité humaine, je ne suis pas sûr que tout le

monde l’ait entendu…

Aussi ce que nous pouvons faire, c’est d’appeler les experts et les

citoyens à enrichir leur culture

épistémologique, à se demander

comment ils font pour légitimer

les connaissances auxquelles ils

se réfèrent pour agir. D’où ça

vient ? Pourquoi ? Sur quoi se

base-t-on pour s’assurer ? S’il y

a un risque, si je n’ai pas de

garde fou, si je n’ai comme seule

réponse que “Platon l’a dit” ou

“Descartes l’a dit”, que je sache

au moins que je suis limité et que

d’autres points de vue sont possibles. Cela doit induire chez l’expert

une attitude de modestie, et chez le citoyen une certaine curiosité, au

lieu de simplifier des deux côtés comme on le fait d’habitude. Et la

responsabilité du Réseau Intelligence de la Complexité est de

contribuer au maintien de cette petite flamme…

MR : Selon vous les think tanks représentent-ils un risque pour la

démocratie ?

JLLM : Oui. La plupart des think tanks et leurs experts risquent de

déposséder les citoyens de leur capacité à disposer d’eux-mêmes.

Mais la réponse doit être : plus les citoyens seront cultivés, moins les

experts auront de chances de faire des bêtises, et plus on poussera

les experts à réfléchir en fonction du dessein civilisateur que se

construisent en permanence les sociétés humaines. D’où notre

motivation à maintenir notre veilleuse allumée. Ce que je vous dis là,

ça n’est ni plus ni moins que du Morin, ou du Simon…

Nous avons toujours été habitués à penser le rapport pragmatique /

éthique, “je fais ceci afin de cela”. On y met en relation l’acte et la

finalité de l’acte : “Je cours pour traverser la rue afin de ne pas me

faire écraser”. On doit aujourd’hui complexifier ce rapport, le rendre

intelligible en y réinsérant le troisième terme, l’épistémique, entre le

pragmatique et l’éthique. C’est la dimension du “pourquoi”. L’éthique

n’est pas donnée : la dignité de l’Homme, c’est l’Homme qui se la

proclame nous rappelle Pic de la Mirandole. Et pour la formuler, la

faire varier, et l’adapter aux situations, on doit passer par une

médiation “épistémique”, un passage par le comprendre, tâcher non

pas d’expliquer mais d’interpréter au mieux de notre raison. Cela va

dans le sens de la formule de Pascal, et que Morin cite tout le temps

: “L’homme n’est qu’un roseau mais un roseau pensant, en cela

consiste notre dignité.” et il conclut par “Travailler à bien penser, voilà

le principe de la morale”.

Pour avoir un comportement éthiquement justifié, travaillez donc à

bien penser !

Et pour cela rappelons-nous les mots de Machado, “Marcheur, il

n’est pas de chemin, le chemin se construit en marchant”. Nous ne

sommes pas des prophètes. Nous devons chercher sans arrêt à

contextualiser.

MR : Quelle devrait être la place de la systémique, des sciences

de la complexité et du constructivisme dans les réflexions de nos

experts et de nos scientifiques aujourd’hui ?

JLLM : Le constructivisme ne

me semble intelligible que

comme qualificatif attribué à un

substantif qui sera

Ce qui m’intéresse dans l’affaire,

c’est cette capacité qu’a l’esprit humain

à ne pas nécessairement appauvrir

sa représentation du monde.

2 Cf. l’éditorial de septembre 2007 également sur le site du RIC : http://www.mcxapc.org/docs/reperes/edil37.pdf

épistémologie. L’épistémologie

constructiviste renvoie

explicitement à un mode de

représentation du monde que

l’on se propose de construire

en sachant ce que l’on fait ou

ce que l’on va faire de ses

connaissances.

Je suis désespéré par la prolixité d’un constructivisme qui se ramène

à de la gadgetterie méthodologique. Et je vois des thèses qui

l’utilisent comme ça, et dont l’argument est “puisque je suis

constructiviste, je pourrais dire n’importe quoi et personne ne pourra

me contrer”. Vous m’accorderez que c’est imparable comme

argument : “j’ai construit ça” ! (rires). Il n’est pas surprenant que tous

les scientifiques, récusant une telle méthode, vous tapent sur la tête

jusqu'à ce que vous soyez complètement agonisant.

Soyons donc conscients de cette tentation laxiste, et gardons à

l’esprit les mots de Léonard de Vinci, “Ostinato Rigore”, “une rigueur

obstinée”. Ne fut-il pas le plus grand constructiviste que la terre ait

porté, lui qui passait son temps à inventer des choses qui n’existaient

pas !

Léonard, pour tenter de représenter le monde, crée le concept de

Disegno. Si j’essaie de le traduire en français, cela signifie le dessin à

dessein. Cette notion de dessin, prenez-la au sens large, il y a dedans

les traits, les couleurs, les chiffres, la peinture, la musique même…

C’est de l’hypermédia poussé au paroxysme. Cela l’a poussé à

inventer une technique de représentation qui ne commence pas par

appauvrir le monde. Moi si je fais un portrait, je vais commencer par

Entretiens par Marc Riedel

THINK n° - Février 2008 p. 19

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Entretiens Jean-Louis Le Moigne

faire des traits. Lui non. Lui il va commencer par faire des jeux

d’ombres, qui augmentent, qui s’atténuent et qui s’effacent, le

Sfumato. Et techniquement, c’est beaucoup plus calé ! Cela

demande plus de temps, plus de soin, plus de finesse, et c’est

infiniment plus beau.

Ce qui m’intéresse dans l’affaire, c’est cette capacité qu’a l’esprit

humain à ne pas nécessairement appauvrir sa représentation du

monde.

Or on a été éduqués à commencer par simplifier, au lieu de

commencer à rendre intelligible…

Valery dit “On ne définit que ce que l’on peut construire, et l’on peut

nommer n’importe quoi”, vous voyez la différence ? On peut

nommer, mais ça n’est pas pour autant que l’on définit.

Si l’on prend l’exemple de l’intelligence collective, un concept très à

la mode, essayez de vous demander ce que l’on comprend par

“intelligence collective”, et vous allez trouver des choses qui n’ont à

voir ni avec le mot “intelligence”, ni avec le mot “collective”. En

revanche, on peut voir comment concevoir un contexte qui excite et

qui cultive l’intelligence des acteurs dans un réseau.

En ce qui concerne la systémique, c’est devenu une véritable tarte à

la crème. On va vous

demander à tout va,

“vous avec vos systèmes,

vous ne pouvez pas

résoudre ça ?”. Il n’est

pas écrit dans la Genèse,

“Au commencement,

Dieu créa le Système en

Général puis moula le

monde autour” :

“Systems everywhere”

concluait L. Von

Bertalanffy (rires)…

C’est moi, c’est vous,

c’est nous, qui trouvons

commode de nous représenter le monde comme et par un système.

C’est pour cela qu’il ne faut accepter le mot systémique que précédé

du substantif modélisation. Nous avons en gros deux outils, la

modélisation analytique où l’on décompose les difficultés “en autant

de parties qu'il se pourrait et qu'il serait requis pour les mieux

résoudre”, et la modélisation systémique par laquelle on insère un

projet dans un contexte. C’est le mot très beau attribué par Valéry à

L. de Vinci : “Pour te représenter un arbre, tu es forcé de te

représenter quelque sorte de fond sur lequel il se détache”. Notez

qu’il n’est pas simplement dans le contexte, il se détache, autrement

dit, c’est l’interaction qui est importante.

MR : Travaillez-vous avec des think tanks ou vous êtes-vous

intéressé à leurs travaux ?

JLLM : Il est bien sûr des “pseudos think tanks” avec qui nous

sommes volontiers en relation, et qui sont riches d’expériences trop

rarement méditées.

ATD Quart Monde nous ouvre le champ des possibles dès que l’on

s’attache au respect sincère de la dignité humaine. Ils y vont, ils n’ont

pas peur, ils expérimentent… Et ils ont un impact concret ! Bruno

Tardieu, dans “Artisans de démocratie”, raconte comment un

technicien d’EDF qui avait pour mission de s’occuper des compteurs

des mauvais payeurs, a refusé pour des raisons humaines évidentes

de couper le courant d’une famille dans le besoin. Cet exemple a

suscité une réflexion intense, engendrant une série d’initiatives

administratives, techniques et politiques parfois fort complexes, ayant

abouti à l’invention de compteurs spéciaux, au changement de la loi

commerciale, etc. Ce qui a eu au final des résultats concrets pour les

personnes concernées ! Il y avait là une volonté d’explorer le champ

des possibles, rien de planifié ou de décidé au départ. Le type même

d’expériences à transformer en science avec conscience pour civiliser

la Cité

Lorsque vous écoutez l’exemple d’ATD Quart Monde, cela montre que

l’existence d’un think tank ou d’un réseau comme le nôtre correspond

à une nécessaire suppléance pour un problème donné. Il n’y a pas de

solution connue, et comme il faut que cela se fasse, on le fait.

Mais cela ne veut pas dire qu’il faut penser à la place de l’autre. Il y a

une espèce de vitalité dans l’activité humaine, une inventivité assez

incroyable que l’on retrouve un peu dans les écrits d’un auteur comme

Michel de Certeau, qui

parle de “l’invention du

L’existence d’un Think Tank ou d’un réseau

comme le nôtre correspond à une nécessaire

suppléance pour un problème donné. Il n’y a

pas de solution connue, et comme il faut que

cela se fasse, on le fait. Mais cela ne veut pas

dire qu’il faut penser à la place de l’autre.

quotidien”. Une

“démerde” qui au final est

très ordinaire, et qui se

manifeste lorsque l’on est

confronté à un problème

concret. Le citoyen parfois

sait devenir un expert et le

mépris et l’inattention des

experts patentés pour

“l’expertise citoyenne” est

souvent indigne.

Pour finir, si l’on devait

dire ce qu’est un think tank, c'est-à-dire ce qu’un think tank fait, je

dirais que le think tank pense pour vous, pense à votre place… Et

c’est pour ça que je n’arrive pas à me laisser enfermer dans cette

boite là… De la Rand Corporation à la Fondation Templeton, le

modèle mental est le même. Lorsque quelqu’un se plaint qu’on

n’utilise pas assez les think tanks, cela montre bien qu’il ne conçoit

pas que les citoyens puissent penser par eux-mêmes. Il y a là un

postulat de médiocrité de l’être humain. C’est terrible… Très

platonicien d’ailleurs… Et si vous calquez ça dans le contexte

d’aujourd’hui, c’est désespérant.

Mais si notre culture porte en elle ces germes de dégénérescence

post-scientiste, elle porte aussi des germes de régénérescence

civilisatrice. Tant d’initiatives, rarement tenues pour des think tanks il

est vrai, inventent des formes d’actions alternatives, prudentes,

réfléchies, qu’il est raisonnable de ne pas désespérer. Il ne s’agit pas

pour nous d’attendre ou de provoquer le grand soir et les lendemains

qui chantent, il s’agit juste d’essayer, responsables et solidaires, de

partager et de renouveler nos moyens de ne pas mourir idiots…

entretien relu par Jean-Louis Le Moigne

Entretiens par Marc Riedel

THINK n° - Février 2008 p. 20

6


Les Think-Tanks

en Belgique

Les tourments que le royaume de Belgique a connus en 2007 ont mis en lumière la fragilité de cet édifice

institutionnel complexe. Etat reposant sur des équilibres subtils, la Belgique est, à bien des égards, un laboratoire

d’expérimentations constitutionnelles et politiques. Ce foisonnement est largement entretenu par des centres de

réflexion nombreux et bien structurés. Notre propos sera exclusivement consacré à des think tanks belges et non à

leurs homologues bruxellois, de « nationalités » diverses, dont les centres d’intérêts sont avant tout européens.

Les think tanks belges tirent leurs spécificités de l’histoire si particulière de la mosaïque belge. Ils ont joué un rôle

essentiel dans l’évolution sociopolitique du royaume et sont également pris, aujourd’hui, dans la crise existentielle

que traverse l’Etat belge.

THINK n° - Février 2008 p. 21

6


La construction du royaume

La construction de l’Etat belge est

relativement récente. Intégrées

précocement aux Etats des ducs de

Bourgogne, les régions correspondant à

l’actuelle Belgique ont connu dès le bas

Moyen-Âge un développement

économique rapide et soutenu. Cet essor a

permis l’émergence d’une bourgeoisie

puissante qui aspira à jouer un rôle central

dans la gestion des cités marchandes telles

qu’Anvers, Gand ou Bruges. Cette première

tendance structurelle rapproche ces régions

de leurs voisines plus septentrionales des

Provinces-Unies.

Mais à la différence de ces dernières, les

régions “belges” ne quitteront pas le giron

des Habsbourg. En effet, en 1579, par

l’Union d’Arras, les provinces du sud

catholiques réaffirment leur fidélité aux

Habsbourg d’Espagne, au contraire des

provinces du nord réformées, qui font

sécession en 1581 et formeront les futurs

Pays-Bas. Le premier ciment de la future

Belgique est donc religieux.

Passées sous domination des Habsbourg

de Vienne, les futures provinces belges vont

constituer un tampon entre les grandes

puissances. Elles verront s’affronter

Français, Néerlandais, Autrichiens,

Anglais… Souvent durement touchées par

ces combats, ces provinces n’en feront pas

moins toujours preuve d’une grande vitalité

économique et intellectuelle.

C’est au cours de cette période qui couvre

la majeure partie du XVIIIe siècle que vont

s’exprimer les premiers cercles de réflexion

et de pensée qui peuvent être assimilés à

des “proto-think tanks”. Ainsi, dans la future

capitale, Bruxelles, les institutions

oligarchiques traditionnelles que sont les

Nations, qui regroupent les bourgeois

marchands, et les Lignages, qui regroupent

les grandes familles patriciennes et

rentières, seront le centre d’une intense

réflexion sur les modes de “gouvernance”

des cités et provinces des Pays-Bas

autrichiens. Ces réflexions seront l’un des

terreaux des deux premières révolutions

belges : la révolution brabançonne et la

révolution liégeoise, à peu près

contemporaines de la Révolution française.

Plutôt d’inspiration conservatrices et

bourgeoises, particulièrement la première,

elles naissent en partie d’un véritable choix

sur les institutions, fondé sur un maintien de

la décentralisation du pouvoir politique aux

villes et aux provinces, et s’inscrivent donc

contre les projets centralisateurs de

l’empereur autrichien Joseph II.

Après cet épisode révolutionnaire, les

provinces belges passent sous la coupe de

la France. A l’issue des guerres

napoléoniennes, elles sont brièvement

intégrées au royaume des Pays-Bas, avant

la révolution de 1830, qui consacrera

définitivement le royaume de Belgique,

avec à sa tête Léopold de Saxe-Cobourg.

Les grandes puissances européennes

entendent ainsi favoriser à nouveau la

création d’un Etat tampon au nord d’une

France toujours suspecte de visée

expansionniste.

Le royaume de Belgique va ensuite

progressivement évoluer d’une monarchie

constitutionnelle censitaire vers une

monarchie parlementaire basée sur le

suffrage universel direct. Parallèlement, il

connaîtra une phase d’industrialisation

rapide qui en fera l’Etat le plus développé

d’Europe continentale à la fin du XIX e siècle.

Une démocratie « consociative »

fondée sur des « piliers »

Le royaume de Belgique n’est donc pas le

fruit d’une construction étatique unitaire

comme en France ou en Angleterre, ni

d’une construction par un Etat colonialiste,

comme la Prusse ou le Piémont,

respectivement pour l’Allemagne et l’Italie. Il

réunit des villes et des provinces ou

principautés qui ont toujours joui d’une

grande autonomie. Par ailleurs, le royaume

est divisé d’un point de vue linguistique,

politique et économique. Au début du XX e

siècle, la Flandre est moins industrialisée et

plus conservatrice qu’une Wallonie

davantage progressiste et plus développée.

Le système des partis politiques va être le

reflet de cette diversité. Le système

politique va avoir pour “fonction” d’être

l’image fidèle de la société belge davantage

que de faire émerger une équipe de

gouvernement stable. Le politologue

néerlandais, Arend Lijphart, parlera à

propos du système belge de démocratie

“consociative”, par contraste avec les

démocraties “représentatives” de type

britannique ou française (sous la

Ve République). Ce type

de régime se

caractérise par

un système de

p a r t i s

Horizons par Romain Canler

THINK n° - Février 2008 p. 22

6


multipolarisé, le recours au scrutin

proportionnel plurinominal et une grande

intégration entre partis politiques, syndicats,

presse et associations.

Ce type d’intégration est appelé, en

Belgique, “piliers”. Traditionnellement, il en

existe trois dans le royaume : le pilier libéral

(de droite et laïc), le pilier socialiste (de

gauche et laïc) et le pilier socio-chrétien

(centriste et catholique).

Au sein de chacun de ces piliers vont se

créer et se développer des think tanks

dédiés à la maturation et à la promotion des

idées du “pilier”. Ainsi, le Centre Harmel

sera le centre de réflexion du pilier centriste

à partir de 1948, l’Institut Turgot se veut le

think tank du pilier libéral et laïc. Pour le

pilier socialiste, se développeront surtout

des centres de réflexion intégrés à des

mouvements de travailleurs comme ABVV-

FGTB. Ces différents centres de réflexion

sont financièrement indépendants grâce

aux cotisations de leurs membres, aux

donations des organisations proches et aux

subventions publiques, mais entretiennent

des liens idéologiques et politiques étroits

avec les autres membres de leur pilier

d’origine.

Les think tanks qui appartiennent à ces

piliers traditionnels ont centré leurs travaux

sur les questions d’organisation

institutionnelle du royaume, les questions

économiques et sociales et, bien sûr, les

questions communautaires. Ils ont la

spécificité de bénéficier d’un accès

privilégié aux gouvernants lorsque le parti

de leur pilier participe à un gouvernement,

mais également de profiter de relais

médiatiques à travers les journaux du

“pilier”. Enfin, ils entretiennent des rapports

étroits avec les universités de leur pilier

d’origine.

Ainsi, pour deux think tanks déjà cités, il

apparaît que le centre Harmel est proche du

Centre démocrate humaniste (CDH) et des

Chrétiens démocrates fédéraux (CDF), de

La Libre Belgique et de l’université de

Louvain, et que l’Institut Turgot a davantage

de proximité avec le Mouvement

réformateur (MR), Le Soir et l’université de

Bruxelles.

Crise de l’Etat belge,

crise des think tanks

Les think tanks intégrés au fonctionnement

traditionnel des piliers ont souffert comme

eux du discrédit généralisé qui a frappé ce

système depuis le début des années 1980

et de la crise économique. Ce système

“consociatif” est jugé

trop peu transparent,

générateur de coalitions

gouvernementales

instables et de corruption.

La crise du système

politique belge a provoqué un

renouvellement du paysage

des think tanks. D’anciens

acteurs moribonds ont

repris une vigueur

nouvelle, notamment dans

les rangs des nationalistes

wallons ou flamands.

D’autres sont apparus en

sortant du cadre

“consociatif” et en travaillant

sur des thématiques nouvelles

ou renouvelées, comme les

politiques environnementales et

la libéralisation de l’économie.

Ces think tanks sont le reflet des

nouvelles forces de la scène

politique et intellectuelle belge. Leur

particularité est d’agir de plus en plus au

niveau des régions et des communautés et

de moins en moins au niveau du

gouvernement fédéral. En outre, ils se

caractérisent par un recrutement de plus

en plus endogamique à leur communauté

linguistique d’origine. A ce titre, ils

traduisent également les fissures de plus

en plus criantes de l’édifice national belge.

Seule exception à la règle de la

communautarisation croissante des

nouveaux think tanks : quelques think

tanks qui traitent essentiellement de

politique étrangère. Parmi eux, le

prestigieux Institut royal des relations

internationales, dénommé aujourd’hui

EGMONT et décrit ci-après.

Cette tendance lourde à l’affaiblissement

des think tanks belges aux ambitions

nationales au profit de think tanks

flamands, wallons ou bruxellois a un

impact sur les moyens des acteurs de la

réflexion en matière de politiques

publiques. Alors que les héritiers du

système consociatif voient leur légitimité et

donc leur audience se restreindre, les

nouveaux acteurs ont tendance à réduire

leur champ d’étude en privilégiant les

politiques liées aux questions

communautaires. Ainsi, les think tanks

belges privilégient le travail sur des

dissensions communautaires parfois

artificielles, au détriment du

renouvellement de la réflexion sur les

politiques publiques.

Horizons par Romain Canler

THINK n° - Février 2008 p. 23

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INSTITUTIONS

FÉDÉRALES

Gouvernement Chambre des députés Sénat

AFFAIRES

COMMUNAUTAIRES

Conseil flamand

Conseil

Communauté

française

Conseil

Communauté

germanophone

AFFAIRES

RÉGIONALES

Conseil

région de

Bruxelles-Capitale

Conseil

régional

wallon

Région flamande Région bruxelloise Région wallonne

Itinera Institute

Officiellement créé en mars 2006, l’Itinera Institute a pour seul et

unique souci la Belgique et ses régions dans leur ensemble et leur

diversité. Ce tout jeune think tank se veut également do tank, c'est-àdire

à la fois apte à réfléchir sur le long terme, mais aussi promouvoir,

à plus courte échéance, ses propres propositions politiques. Dès sa

création, il a décidé de se professionnaliser et d’agir indépendamment

de toute structure ou source de financement. Aujourd’hui, des

personnes de tous âges, d’horizons professionnels divers

(universitaires, entrepreneurs, etc.) et sans a priori politique évoluent

en son sein, lui permettant ainsi de se placer dans une optique

internationale et de s’ouvrir à différents points de vue.

Partant du constat que la Belgique possède une croissance économique

limitée, un chômage élevé et un faible niveau de compétitivité, et

arguant que la responsabilité de la réforme des politiques appartient

autant aux think tanks qu’aux centres de recherche financés par le

secteur public par exemple,l’Itinera Institute prône la mise en place de

réformes structurelles, et étudie les perspectives internationales

offertes à la Belgique et les intérêts des générations à venir.

Ses champs d’activités sont l’économie, l’éducation et l’innovation,

l’emploi, l’énergie et l’environnement, le gouvernement et la fiscalité ;

ils touchent donc au développement économique et social tout en

représentant, chacun séparément, un défi politique de grande ampleur

pour le pays. L’objectif clairement affiché est que perdurent l’attrait de

l’économie belge et la redistribution de ses fruits, notamment

concernant son système de soins. L’institut veut par ailleurs être

reconnu à la fois comme garde-fou en matière de politiques publiques

et comme défenseur des réformes qu’il estime nécessaires pour la

Belgique. L’institut cherche également à fournir des informations

pratiques et fiables pour la prise de décision politique,à s’engager dans

le débat de société et à diffuser son message dans les médias. L’Itinera

Institute estime que les réformes qu’il propose sont nécessaires et

urgentes pour la pérennité de la Belgique. Par souci de pédagogie, le

think tank fait l’effort de communiquer sur le potentiel des réformes

présentées, autant auprès du grand public que des décideurs

politiques. Une meilleure prise en compte des études internationales,

dans un contexte national et régional, est aussi souhaitée.

Pour réaliser ses objectifs, l’Itinera Institute utilise notamment son site

Internet, une newsletter, des interviews et des articles d’opinion.

http://www.itinerainstitute.org/

Reservoir d’acteurs par Agnès Iborra

EGMONT – Institut Royal

des Relations Internationales

Fondé en 1947, l’Institut royal des relations internationales (rebaptisé depuis

Institut Egmont) voit le jour sous l’impulsion de grandes figures politiques

belges,au premier rang desquels on trouve Paul Van Zeeland,Premier ministre

du Royaume de 1935 à 1937, puis ministre des Affaires étrangères de 1949 à

1954. Le professeur Charles De Visscher (membre de la Cour internationale

de justice) et le professeur Fernand Dehousse (membre de la délégation belge

à la conférence de San Francisco) ont également participé à sa création.

Réputé proche du ministère des Affaires étrangères,l’Institut Egmont organise

ses activités autour de trois axes principaux : la recherche et la publication ;

l’organisation de conférences, débats et autres rencontres et, enfin, l’institut

propose plusieurs cycles de formation à destination des diplomates et des

jeunes professionnels.

Trois thèmes de recherche, répartis en trois programmes, sont développés au

sein de l’institut. Le programme “Affaires européennes”, comme son nom

l’indique, traite de l’évolution de l’Union européenne, tant sur le plan

politique qu’institutionnel.Sur son site Internet,l’institut se targue d’avoir été

associé aux négociations du traité d’Amsterdam,de l’agenda 2000,du traité de

Nice, ainsi qu’aux travaux de la Convention.

Le second programme, “Sécurité et gouvernance mondiale”, s’intéresse

particulièrement à l’évolution politique et sécuritaire du monde en tant

qu’entité multipolaire. Ce programme est subdivisé en trois sous-thèmes :

“Sécurité européenne”,“Gouvernance mondiale”et “Terrorisme”.Le troisième

thème, “Afrique centrale”, est le plus récent des trois programmes de

recherche de l’institut. En effet, en 2003, le think tank traitait principalement

du conflit israélo-palestinien.

L’institut diffuse ses recherches au travers de “working papers” classés par

programme. Il dispose également d’une publication phare, Studia

Diplomatica. Existant depuis 1948, la revue, sous-titrée “The Brussels

Journal of International Relations”, s’est enrichie en 2006 d’une tribune

libre ouverte aux milieux politique et de la recherche.

En matière de formation, l’institut s’est naturellement orienté vers

l’enseignement en direction des diplomates, mais aussi des jeunes

professionnels. Deux programmes existent. Baptisé cycle de hautes études de

sécurité et défense, le premier programme est réalisé en partenariat avec

l’Institut royal supérieur de défense. Organisé en séminaires, le cycle alterne

journées de formation et visites (OTAN, Croix-Rouge, Parlement fédéral, etc.).

Le deuxième cycle de formation, en langue anglaise exclusivement, est plus

spécifiquement destiné aux diplomates (mais pas exclusivement) et vise à

l’approfondissement de leurs connaissances sur l’Union européenne, l’OTAN

et le système fédéral belge.

http://www.egmontinstitute.be

Reservoir d’acteurs par Romaric Bullier

Horizons par Romain Canler

THINK n° - Février 2008 p. 24

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Bernard-Henri Lévy, Ce grand cadavre à la renverse, Grasset,Paris,septembre 2007 19€90.

Dans son dernier ouvrage publié quelques mois après l’élection présidentielle, Bernard-Henri Lévy nous

propose une lecture personnelle de la crise que traverse la gauche française. L’idée de cette nouvelle

réflexion prend forme à partir d’une conversation entre le philosophe et le candidat – futur Président de la

République – Nicolas Sarkozy, à la suite de la publication d’une tribune d’André Glucksmann en sa faveur

dans Le Monde. Son interlocuteur l’interpelle sur sa famille politique, ses clivages idéologiques et son avenir.

Pour enraciner son engagement à gauche, BHL s’interroge alors sur ce que signifie être de gauche

aujourd’hui et revient sur trente années de combats, de luttes, d’engagements et d’errements. Il se

demande finalement si la société contemporaine aurait renoncé au courage progressiste d’une part et à la

réaffirmation de ses valeurs face à l’effondrement du communisme d’autre part. Ce nouveau plaidoyer au

style enlevé conserve une modération de ton propre à son auteur. Et BHL de s’émouvoir d’une gauche

cadavérique qui pour se relever devra irrémédiablement, comme l’avait évoqué Manuel Valls, “prononcer

un acte de rupture dans le vif de son histoire, donc de son nom”. Au-dede cette considération, BHL prie

les acteurs de la gauche de se mobiliser et d’agir pour perpétuer les mots de Guillaume d’Orange assurant

qu’”il n’est pas nécessaire d’espérer pour entreprendre, ni de réussir pour persévérer.” Amaury Bessard

Christian Salmon,

Storytelling. La machine à fabriquer des histoires et à formater les esprits,

Paris, La Découverte, coll.“Cahiers libres”, 2007, 240 p.

Le storytelling, ou l’art du récit, s’est imposé avec force aux Etats-Unis dans les années 1990, avant de

gagner peu à peu l’Europe. Si l’art de raconter des histoires n’est pas une innovation, cette tradition ancienne

a pris cependant des formes nouvelles ces dernières décennies. Du marketing au management, de la

communication politique aux questions militaires nous dit l’auteur, aucun espace social ne semble échapper

au storytelling, à ce souci permanent de mettre en récit le monde social et de construire des dispositifs

narratifs autour des activités les plus diverses, économique et politique en premier lieu.

Simple technique d’écriture au départ, le storytelling serait devenu un instrument de communication visant à

formater les esprits. Aux yeux de C. Salmon, c’est en matière de communication politique que les inquiétudes

seraient les plus grandes. Si le storytelling et les spin doctors qui l’alimente occupent une place importante

dans la vie politique américaine, ils ont désormais gagné le continent européen, comme l’attestent, par

exemple, le déroulement de la dernière campagne présidentielle française ou encore l’actualité politique la

plus immédiate. Désormais, la vie politique ne serait qu’histoire, récit, narration, à entretenir quotidiennement.

Cette pratique de mise en fiction de la réalité conduirait ainsi à “transformer la vie politique en une succession

d’histoires évocatrices et de récits émouvants” (p. 138), faits de “héros et d’antihéros”, de souffrances

personnelles et dedemption. Un tel procédé aurait ainsi pour conséquence de détourner le citoyen de sa

propre réalité en en construisant une autre, virtuelle, mais à laquelle il pourrait s’identifier. Avec le storytelling,

la communication politique change alors de fonction : “Il s’agit moins désormais de communiquer que de

forger une histoire et de l’imposer dans l’agenda politique” (p. 135). Robert Chaouad

Nathalie Heinich, Pourquoi Bourdieu, Paris, Gallimard, coll.“Le Débat”, 2007, 192 p.

Sociologue de l’art formée à l’”école Bourdieu” à la fin des années 1970, avant de s’en détacher quelques années

plus tard, Nathalie Heinich dresse, depuis sa propre expérience, un portrait intellectuel de l’un des plus grands

sociologues du XX e siècle. Son projet, précisé dans une adresse au lecteur placée en début d’ouvrage, ambitionne

de comprendre et d’expliquer, depuis les outils de la sociologie et dans un texte écrit à la première personne,

comment Pierre Bourdieu (1930-2002), jeune provincial béarnais monté à la capitale, est devenu un “phénomène

international” ? Interrogeant l’activité de P. Bourdieu depuis différents ordres sociaux (l’ordre du religieux, du

scientifique, du politique, du culturel et du philosophique), N. Heinich s’attache à retracer et analyser les raisons et

les conditions de la fascination exercée par le sociologue sur toute une génération de chercheurs.

Très rapidement, pourtant, la lecture de ce travail révèle un sentiment confus quant aux motivations de l’auteur. Le

malaise surgit lorsque l’on sent poindre, insidieusement, froidement, au fil des pages, quelque chose comme de

l’amertume ou de la rancœur. Tout, ou presque, semble alors matière à dénigrement, à tel point qu’il devient

impossible de discerner les critiques sociologiquement opérantes de celles fondées sur le ressentiment. Dans la

première partie, la référence wébérienne à la “domination charismatique” montre Pierre Bourdieu en chef de secte,

prophète ou prêtre réunissant ses disciples dans de sombres travées du Quartier latin pour s’y livrer à des rites

initiatiques ; plus loin, les engagements politiques du sociologue, rompant avec l’autonomie des champs dont il

s’était fait l’ardent défenseur, porteraient atteintes à la scientificité de ses travaux, révélant un double discours et une

contradiction dont il n’aura jamais voulu reconnaître la réalité. Le portrait intellectuel se fait alors, trop souvent, livre

à charge, où la posture dénonciatrice le dispute à la psychologisation outrancière (Pierre Bourdieu en paranoïaque

et stratège machiavélique), au risque, hélas, de se disqualifier et de susciter, chez le lecteur, une certaine déception

une fois le livre refermé. Robert Chaouad

Lectures

THINK n° - Février 2008 p. 25

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Max Weber (1864-1920),

Le savant et le politique

Par Pierre Collantier

Pierre Collantier est chercheur en philosophie. Ses domaines de recherche portent

sur l'anthropologie philosophique, la sociologie et la philosophie morale et politique.

Il est président de l'association MCPS – Mouvements, conflits et pratiques sociales.

Bien avant l’invention de l’intellectuel

engagé, la vie et l’œuvre de Max Weber

portent le témoignage de la difficulté

qu’il y a à faire coïncider dans une même

existence les exigences contradictoires de la

pensée et de la politique. Max Weber est

célèbre pour être l’un des pères fondateurs

de la sociologie et l’un des penseurs les plus

féconds de son époque. Les questions qu’il a

posées, et les réponses qu’il a tentées d’y

apporter continuent de susciter de nombreux

débats, ce qui est la marque des grands

penseurs, ceux qui ont su, avec plus d’acuité

que les autres, révéler les grands problèmes

de leur temps, et ont voulu les prendre à bras

le corps. Dans cette catégorie de penseurs,

Weber, pas plus qu’un autre, ne fait

l’unanimité, mais son œuvre continue d’agir

comme un aiguillon, qu’elle soit admirée ou

contestée. Si son influence fondatrice pour la

sociologie est souvent soulignée, il ne faut

pas oublier qu’il fut également juriste (il

commença par enseigner le droit),

économiste, historien, et que la dimension

politique et philosophique de son travail fut

également d’une importance considérable.

Enfin, il écrivait dans les journaux et mena

une activité politique qui prit une place de

plus en plus importante dans sa vie, surtout

après la défaite allemande de 1918. C’est

dans ce contexte de l’après-guerre que

Weber, opposant à l’empereur Guillaume II,

prononce ses deux célèbres conférences sur

la vocation du savant et sur la vocation du

politique.

Le témoignage de Karl Löwith est

particulièrement significatif de ce que purent

représenter ces conférences dans l’Allemagne

défaite de l’après-guerre : “Au milieu de cette

désagrégation générale de toutes les valeurs

intérieures et extérieures, à la survivance

desquelles seuls nos pères croyaient encore, il

n’y eut en Allemagne qu’un seul homme qui, par

son discernement et son caractère, sut trouver

les mots capables de nous toucher : Max Weber.

(…) Il nous bouleversa. Ses mots étaient le reflet

de l’expérience et des connaissances

accumulées pendant toute une vie ; tout

provenait directement du plus profond de luimême,

avait été repensé avec une intelligence

critique et s’imposait par le poids de cette

personnalité considérable. A des questions

précises, il ne donnait jamais une solution facile.

Il dissipait tout ce qu’il y avait d’illusoire dans les

aspirations et pourtant, chacun devait le

ressentir, cet esprit clair ne manquait pas de la

plus profonde humanité. Après les innombrables

discours révolutionnaires des activistes lettrés,

les paroles de Weber sonnaient comme une

délivrance.” 1

“La profession et la vocation de savant” reprend

de grands thèmes de la pensée wébérienne

dans une brillante analyse de la vocation et de

l’éthique de la recherche scientifique. On y

trouve surtout l’expérience, parfois tragique,

d’un homme, celle de la nécessaire différence

entre la vocation de savant et l’action politique.

C’est sur cet aspect que nous voudrions nous

arrêter ici.

Pour Weber, la science ne saurait répondre à la

question du sens de l’existence, pas plus qu’elle

ne doit se prononcer sur la question des valeurs.

Si elle peut servir à faire des choix sur les

moyens pouvant permettre d’atteindre une fin,

elle ne peut et ne doit pas servir à choisir entre

des fins. Et ceci pour des raisons propres à la

science que Weber détaille, l’une d’entre elles

étant “que partout où l’homme de science

1 Karl Löwith, Ma vie en Allemagne avant et après 1933, Hachette, Paris, 1988, p. 32.

2 Max Weber, Le savant et le politique. Une traduction nouvelle, La Découverte, Paris, 2003, préface, traduction et notes de Catherine Colliot-Thélène, p. 95.

Regard par Pierre Collantier

THINK n° - Février 2008 p. 26

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Regard Max Weber

intervient avec son propre jugement de valeur, il

cesse de comprendre pleinement les faits” 2 . Il y

a également cet autre motif, fondamental :

“L’impossibilité de défendre “scientifiquement”

des prises de position pratiques, excepté dans le

cas de la discussion des moyens nécessaires

pour un but que l’on présuppose donné de

manière fixe, résulte de raisons bien plus

profondes. Cette défense est fondamentalement

dépourvue de sens parce que les différents

ordres de valeur du monde sont engagés les uns

avec les autres dans une lutte sans issue” 3 . Car,

en dernière instance, les prises de position

pratiques sont la conséquence et se réfèrent

toujours à un ordre de valeur.

Weber établit ici une véritable ligne de

démarcation entre ce qui est du ressort du

situait. Dans une salle de cours ou dans tout

autre lieu où la critique ne peut s’exercer, il faut

s’en tenir strictement au discours scientifique. Il

n’a en tout cas jamais cherché à se servir de sa

position académique pour persuader. Pour lui,

l’éducation consiste en particulier à apprendre à

entendre des faits désagréables pour ses

convictions personnelles. Le rôle du professeur

est de faire en sorte “que l’auditeur soit en état

de trouver le point à partir duquel il peut luimême,

compte tenu de ses propres idéaux

ultimes, prendre position à ce propos” 4 .

Lorsqu’il prend position politiquement, le savant

doit entendre ces mots : “Notre fichu devoir est

alors précisément de prendre parti d’une

manière clairement reconnaissable. Les mots

que l’on emploie ne sont pas alors des moyens

“Au milieu de cette désagrégation générale de toutes

les valeurs intérieures et extérieures, à la survivance

desquelles seuls nos pères croyaient encore, il n’y eut

en Allemagne qu’un seul homme qui, par son discernement

et son caractère, sut trouver les mots capables de nous

toucher : Max Weber.”

discours scientifique d’une part, et le discours

prenant partie sur les pratiques et sur la politique

d’autre part. Cette distinction est primordiale

aujourd’hui, au moment où une forme gênante

de confusion est entretenue dans les médias.

Des experts, professeurs d’université,

bénéficiant de la légitimité que leur procure leur

statut institutionnel, se prononcent

abondamment sur des questions pratiques et

politiques. Ceci ne poserait pas problème s’ils

clarifiaient le point de vue à partir duquel ils

s’expriment, notamment lorsque leur discours

sert de justification à l’action politique. Or, bien

souvent, lorsque nous les entendons dire

“pédagogie” – un mot à la mode qui est bien le

moins que l’on puisse attendre d’un professeur

–, nous devons entendre “persuasion”. En son

temps, Weber a défendu de nombreuses

positions pratiques, mais il l’a toujours fait en

précisant dans quel registre de discours il se

d’analyse scientifique, mais des moyens de la

propagande politique sollicitant la prise de

position des autres. Ce ne sont pas des socs de

charrue pour ameublir la terre de la pensée

contemplative, mais des épées contre des

adversaires, donc des moyens de lutte.” 5 Cette

exigence a un nom : la probité intellectuelle.

Pour ceux qui ne sauraient la satisfaire, Weber,

prolongeant l’analogie entre politique et religion

développée dans le texte, a cette suggestion :

“Les prophéties émises de la chaire ne créeront,

au bout du compte, que des sectes fanatiques,

mais jamais une communauté authentique. A

celui qui ne peut supporter avec virilité ce destin

de notre temps, il faut conseiller de retourner en

silence, sans les proclamations publiques

usuelles des renégats, mais avec simplicité et

discrétion, dans les bras largement ouverts et

miséricordieux des vieilles Eglises. Elles ne lui

rendront pas ce retour difficile.” 6

3 Max Weber, op. cité, pp. 96-97

4 Max Weber, op. cité, p. 94

5 Max Weber, op. cité, p.93

6 Max Weber, op. cité, p. 109

Regard par Pierre Collantier

THINK n° - Février 2008 p. 27

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Le XI e Carrefour

AVRIST

Par Maud Clément, Selim Allili et Marc Riedel

L’introduction du carrefour réalisée par le Pr. Capron

évoquait la question des relations difficiles existant entre

scientifiques et citoyens. En trame, cette introduction

laissait transparaître au-delà d’une préoccupation, une véritable

inquiétude sur l’avenir de l’institution scientifique française. Les

mots utilisés ne laissent aucun doute possible, il s’agirait “d’une

crise institutionnelle grave” : l'institution scientifique se

trouverait donc aujourd'hui remise en cause, et contrainte à une

certaine démarche d’introspection.

Comment faire évoluer la France vers l'excellence technologique ?

Quels secteurs de recherche privilégier ? La science peut-elle

encore inspirer la vie politique ? Comment susciter la vocation

scientifique chez les plus jeunes ? Comment faire entrer la science

dans la culture du grand public ?

La communauté scientifique s'interroge donc sur les rapports qu'elle

entretient avec le pouvoir politique, d'un côté, envers lequel elle juge

manquer d'influence, et avec la société civile, de l'autre, avec laquelle

elle semble de plus en plus confrontée à un problème de légitimité.

On pourrait sans doute avancer sans trop rencontrer d’oppositions

qu’il s’agit d’une problématique actuelle. Certains pourraient

argumenter que le scientifique est de moins en moins audible du fait

de la concurrence de nombreux experts médiatiques évoluant dans

une démocratie devenue démocratie d'opinion, où l'on en vient peu

à peu à considérer que tous les avis sont légitimes et dignes d'être

pris en considération.

Cela nous ferait presque oublier qu’il y a quelques millénaires, Platon

et Socrate se plaignaient déjà de ne pas être écoutés par les princes

et de ne pas être aimés par le peuple, à un tel point qu’ils en firent

presque un indicateur permettant de reconnaître un philosophe dans

la cité. Dans la République, Platon aborde également la question de

la formation des jeunes générations, qui doivent selon lui “servir la

philosophie” et essaie de trouver les arguments pour convaincre le

peuple des bienfaits de cette dernière...

C’est donc sur les traces de cet illustre prédécesseur et bien

conscient que ces questions accompagnent les hommes depuis

quelque temps, que l’AVRIST relance le débat en le remettant à jour,

à la lumière de l’émergence actuelle du phénomène « think tank »

en France et en Europe.

Qu’est-ce qu’un think tank ?

La difficulté globalement éprouvée par la plupart des intervenants

pour traduire aisément l’expression anglo-saxonne en français nous

donne un avant goût de la difficulté que l’on risque de trouver en

étudiant le phénomène think tank sans concevoir également les

interactions qu’il entretient avec son environnement.

Les différents intervenants ont donc tiré quelques traits sur une feuille

encore blanche, qui peu à peu a vu naître une première esquisse.

Dans l’idéal, un think tank serait une institution dont les travaux

aboutiraient à des propositions actionnables dans le cadre des

politiques publiques, ayant une certaine capacité de production

d’idées nouvelles. Du fait de ses rapports avec les décideurs et les

puissances publiques, le think tank jouerait le rôle d’interface entre le

monde du savoir, de l’expertise, les centres d’intérêts et les

préoccupations politiques. Il serait pour cela un espace de circulation

des élites. Certains lui prêtent une fonction d’alerte, d’évaluation des

risques.

Mais il incarnerait surtout un enjeu dans la création de règles et de

normes grâce à un certain cumul de légitimité, d’expertise, de

capacité dialectique, d’argumentation. Les think tanks ne sont pas

des lobbys à proprement parler, n’utilisent pas les mêmes

techniques, n’ont pas la même organisation ni la même “pugnacité”,

mais ont toutefois la même fonction (volonté ?) d’inflexion des

régulations sociales. Ils constituent de véritables pôles de “soft

power” aux contours flous, difficiles à cerner… Et donc à définir.

Lorsque les apparences sont trompeuses (et à ce niveau de

complexité, elles le sont toujours lorsqu’on les observe depuis la

fenêtre d’un simple individu), là où toute tentative de modélisation

analytique classique rencontre des limites pour définir un système

complexe, il est salutaire de changer de point de vue et d’adopter

une démarche de modélisation progressive centrée sur la question

des processus d’interaction entre le système étudié et son

environnement.

L’OFTT aura, sans doute un peu à contre courant de la

préoccupation de certains auditeurs, insisté sur cet aspect

fondamental. Vouloir définir, c’est en quelque sorte donner une fin à

toute possibilité de dialogue dès l’introduction du sujet. Construire

ensemble une modélisation systémique, en revanche, c’est rendre

collectivement et progressivement intelligibles les interactions entre

le système et son environnement sans les appauvrir. En poussant le

raisonnement jusqu’au bout, cela peut conduire à ne plus considérer

de démarcations entre l’un et l’autre et à s’intéresser aux

phénomènes en considérant les flux et la fluidité des échanges au

Regard par Maud Clément, Selim Allili et Marc Riedel

THINK n° - Février 2008 p. 28

6


Regard Le XI e Carrefour AVRIST

lieu de se focaliser sur les différences et les exclusions. Cela permet

ainsi d’ôter une partie du voile recouvrant la “physiologie” au sens

biologique, philosophique et étymologique du terme, et de se

concentrer sur les principes régissant un système au lieu de se

perdre dans ses symptômes, ses manifestations. Les stratèges

ajouteront que cette approche est à même de nous donner les clés

d’une certaine influence (nous rappellerons ici que le terme vient de

fluxus en latin).

Même si le débat n’était pas directement ni expressément porté sur

l’épistémologie et ce type de démarche, il est toutefois important de

noter que bon nombre des interventions ont spontanément évoqué

des points importants permettant d’aborder les choses de cette

façon.

Existe-t-il un environnement favorable au développement des

think tanks ?

De prime abord, l'émergence des think tanks aux Etats-unis semble

avoir été facilitée et légitimée par l’existence d’une démocratie

fédérale. Ces organisations s’y seraient naturellement constituées

pour garantir la liberté des citoyens à disposer d’eux-même, face à

une institution fédérale hors de portée des influences directes de la

population. Le think tank y endosserait donc la difficile mission de

produire suffisamment d'expertises et de contre-expertises pour

assurer un équilibre dynamique, une régulation permettant d’établir

une sorte de semi-autonomie entre les États et l’institution fédérale.

processus d’une innovation ordinaire 1 comme ceux d’une véritable

déviance qu’elle corrige donc en conséquence. A cette

caractéristique s'ajoute celle d'un paysage scientifique composé

d’imposantes institutions et universités qui occupent déjà une niche

écologique dans laquelle la greffe du modèle anglo-saxon aurait

peut-être pu trouver une place.

Il faudrait également questionner l’historien et avec lui spéculer sur

ce qu’aurait pu être la place des think tanks dans le système français

si la révolution de 1789 avait adopté le système fédéraliste girondin

défendu par Brissot et ses congénères (inspiré des modèles suisse

et américain), au lieu de choisir une centralisation plus jacobine et

montagnarde

En adoptant l’hypothèse d’un lien de cause à effet entre l’existence

d’un environnement politique teinté de démocratie et de fédéralisme

et la présence de think tanks forts, on peut être tenté de regarder ce

qu’il se fait plus proche de nous en Allemagne. On y trouve

effectivement un modèle fédéral, mais le fort paysage scientifique

classique cantonne les think tanks d’outre-Rhin à un champ d’action

réduit. En Angleterre, pays des premiers think tanks connus, il

semblerait que nos organisations se soient emparées

progressivement d’un rôle de vulgarisation, d’information, assurant

essentiellement une médiation entre la communauté scientifique, le

monde des affaires et les pouvoirs publics, mais il est difficile à

première vue d’y retrouver du fédéralisme (si ce n’est peut-être

indirectement au travers des notions de royaume uni ou

De prime abord, l'émergence des think tanks aux Etats-unis

semble avoir été facilitée et légitimée par l’existence d’une

démocratie fédérale.

On peut noter également que l'Etat américain est globalement

demandeur d'études et de rapports réguliers qui lui permettent de

cerner rapidement les préoccupations dans l’air du temps, et qu’il

existe une forte concurrence ou un fort maillage de ce type

d’institutions dans le pays. La population est également soucieuse

du leadership qu’exerce son pays sur les problématiques

scientifiques et technologiques offre aussi un soutien de principe aux

organisations qui y participent. Il existe donc à la base, une attente,

une préoccupation leur permettant de s’exprimer.

Ajoutons à cela un statut fiscal qui facilite grandement le lancement

et le financement de ces structures ad hoc, et nous avons là une

première ébauche intéressante d’environnement à étudier.

En France, l'Etat ne sollicite pas ou très peu les groupes de réflexion

indépendants, et mise à part la classique et protéiforme association

loi 1901, il n’y a pas de statut qui permettrait de les favoriser plus

particulièrement. La forte régulation de contrôle exercée par nos

institutions étatiques, le poids de la norme, freinent les initiatives

originales. Cette régulation considère souvent sans le savoir les

éventuellement de commonwealth).

En ce qui concerne l’Europe, les intervenants ont évoqué un

“potentiel inaccompli”, d’après eux à un éparpillement des acteurs,

un manque d’intérêt commun. Fut arguée également la question

d’indépendance des think tanks au travers de leurs modalités de

financement, leur utilisation à des fins de lobbying, et la question des

think tanks militants “pro” et “anti” européens.

Cette hypothèse du fédéralisme nous semble intéressante mais

toutefois insuffisante. Elle pourrait être complétée par une approche

touchant à la notion de complexité des problématiques devant être

traitées par un gouvernement, qui pourrait être en partie une

conséquence du fédéralisme. Un think tank naîtrait donc plus

facilement là où il y aurait complexité assumée et suffisante dans les

politiques publiques, une volonté ou une contrainte empêchant de

simplifier les problématiques abordées, et là où il y aurait une certaine

attente de la population vis-à-vis de problèmes sans solutions

connues.

Il semble donc vain et non pertinent de vouloir transposer tel quel le

1 Voir ALTER N. (2001) L’innovation ordinaire, PUF, Quadrige, Paris.

Regard par Maud Clément, Selim Allili et Marc Riedel

THINK n° - Février 2008 p. 29

6


Regard Le XI e Carrefour AVRIST

schéma des think tanks américains, même si des enseignements

peuvent être tirés de leurs expériences.

Dans cette optique, les intervenants du carrefour se sont donc

intéressés plus en avant à la manière avec laquelle le think tank crée

les conditions de diffusion et de succès d’une de ses idées.

Peut-on optimiser les conditions de passage d’une idée dans le

débat public ?

“KISS : Keep It Stupid and Simple”… Si l’on ne doit retenir ici qu’une

seule chose, c’est cet acronyme anglo-saxon. Pour les think tankers

expérimentés présents lors du carrefour, le message doit être simple,

clair, lisible, et non contradictoire.

Les propositions doivent correspondre de manière pertinente aux

problématiques de terrain ainsi qu’aux possibilités de financement de

l’idée par les pouvoirs publics. La personnalité de l'expert et sa

notoriété peuvent également jouer un rôle important dans

l'acceptation de l'idée. Elle le sera d'autant plus si elle est appuyée

par un accord de la communauté scientifique sur la question.

En trame de cette observation, on voit clairement que la seule qualité

de la production qu'un think tank propose ne suffit pas à son

acceptation et à sa réalisation. Une bonne capacité de diffusion et de

même s'être creusé et l'on voit se renforcer, depuis quelques années,

une crise d'acceptabilité de la science et de son application.

La génétique, les nanotechnologies et l'énergie seraient des secteurs

particulièrement touchés par ce phénomène. La science et ses

découvertes touchent en effet des enjeux sociétaux majeurs

susceptibles d'entraîner des transformations sociales importantes,

qu’il s’agisse de solutions et d'opportunités ou de risques et de

dangers. La société civile, de plus en plus informée, refuse d'être

mise à l'écart et exige à juste titre de prendre part au débat, ce qui

n’est pas là encore sans créer une certaine difficulté aux politiques

comme aux scientifiques.

Mais comment permettre à des profanes de s'approprier des

problématiques complexes ? La réussite du dialogue entre experts et

citoyens repose sans doute sur ce questionnement. Il n’est plus

possible aujourd’hui de penser à la place de l’autre ni de décider pour

lui… Il n’est toutefois pas possible non plus de prendre des décisions

sans maîtriser un minimum un sujet. La marche vers une expertise

citoyenne est lancée, avec ses contradictions et la nécessaire remise

en cause des tenants de l’expertise scientifique que cela implique.

Si les grands organismes de recherche monopolistiques sont jugés

compétents par les citoyens dans les domaines qui sont les leurs, ils

“KISS : Keep It Stupid and Simple”

communication, voire d'influence, est indispensable. Tout comme

une thèse devant un jury, les idées ont besoin d’être soutenues. Il faut

donc savoir se faire avocat, porte-voix, et parfois utiliser plusieurs

intermédiaires pour arriver à ses fins, quitte à ce que le message s'en

trouve altéré. Les think tanks utilisent pour cela des moyens de

communication directs (rapports, lobbying, conseil, témoignages,

débats) et indirects (passage des idées dans la société civile, chez les

leaders d'opinion, et stakeholders).

Entre la stratégie d’influence, la pédagogie et le marketing, les think

tanks ont donc développé une compétence avérée de

synchronisation avec les préoccupations de leurs cibles, un savoirfaire

dans la détection du “Kaïros”, le moment opportun où décocher

leur flèche.

Si cette compétence semble être nécessaire pour rendre une idée

effective, elle l'est aussi pour intégrer la population aux débats

scientifiques du XXI e siècle. Les experts ont en effet à faire face à de

nouveaux interlocuteurs issus de la société civile, avec qui ils doivent

adapter leur discours, apprendre à communiquer et à débattre.

La défiance des citoyens vis-à-vis des experts et des

scientifiques

Les différences de représentation, le vocabulaire, les intérêts parfois

divergents, contribuent, là encore, à rendre la passerelle entre ces

acteurs difficile à franchir. Selon les intervenants, un fossé semble

2 Nous empruntons ici le terme au biologiste Jean Didier Vincent

souffrent malgré tout auprès d’eux d'un manque certain de

crédibilité. Cette qualité est par ailleurs plus volontiers associée aux

associations de consommateurs ainsi qu’aux ONG… Pour accroître

cette crédibilité, le monde scientifique doit-il prouver aux citoyens

qu’il sait prendre des risques, qu’il sait se mettre en danger, qu’il sait

également accepter des opinions contradictoires et, au travers une

capacité à se mettre à la portée de tout le monde, qu’il sait également

se faire humble ?

Peut-on, grâce à cela, créer des conditions de réalisation d’un

dialogue entre experts et citoyens dans le cadre d’une démarche,

d’un processus à long terme ? Peut-on développer un

fonctionnement “anthropotrophe” 2 ou symbiotique basé sur la

complémentarité et le respect des rôles de chacun ? Peut-on

procurer des conditions favorables à l’organisation d’une rencontre

entre une intention de recherche et une résolution de problèmes

concrets ?

Dialogue ou dialectique ?

La troisième demi journée du carrefour s’est spontanément portée

sur la problématique de l’échange et du débat public pour tenter de

répondre à ces questions.

L’inconvénient du débat entre experts et citoyens est qu’il verse bien

souvent dans la dialectique (qui selon Schopenhauer correspond à

“l’art d’avoir toujours raison”) au détriment du dialogue au sens

Regard par Maud Clément, Selim Allili et Marc Riedel

THINK n° - Février 2008 p. 30

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Regard Le XI e Carrefour AVRIST

étymologique du terme. Le philosophe allemand affirme que cette

dernière n’existerait pas si les hommes étaient honnêtes, s’ils

n’étaient pas vaniteux, s’ils ne s’obstinaient pas dans l’erreur et s’ils

ne parlaient pas avant de réfléchir. L’auteur continue en affirmant que

bien souvent, lorsque ses arguments en faveur d'une thèse sont

réfutés, l’individu connaissant bien son sujet est toujours capable de

trouver un argument lui donnant raison dans le cadre de la

discussion. Si l’on cumule ces observations, la dialectique conduirait

à une attitude consistant bien souvent à déprécier les thèses de

l'adversaire et à les assaillir sans examen préalable... Difficile dans

ces conditions de profiter d’un flux de partage de connaissances.

C’est une fois cet écueil écarté pour chacune des parties prenantes

que le débat constituerait une condition de réalisation d’un projet

scientifique commun, une rencontre entre une intention de recherche

et des problématiques concrètes. Une partie des participants

considérait que les scientifiques pourraient prendre en compte les

intérêts des citoyens dans les problématiques de leurs recherches et

les y intéresser directement autour de problématiques partagées,

comme le suggère la démarche de recherche-action en sciences

Hippocrate. Mais si nous utilisons aujourd’hui ces auteurs, ce n’est

pas pour réaliser un effet de manche ou faire parler les morts à notre

place... Non. Il s’agit au contraire pour nous de montrer à la lueur des

débats actuels que depuis plus de deux millénaires d’histoire, le

principe animant la relation entre experts et citoyens reste

globalement le même, et que ce principe, au travers de nouvelles

manifestations, s’exprime d’une manière tout autre pourtant.

Ceci nous permet tout d’abord de nous rassurer et peut-être de

tempérer les discours alarmistes sur la question, car l’humanité

semble avoir survécu sans trop d’encombres avec ce problème

pendant un certain temps. Par ailleurs cela est tout aussi stimulant,

car le problème lui-même ne semble toujours pas être résolu…

On peut également se poser la question suivante : dans le cadre

d’une mission de résolution de problèmes sans solutions connues, le

but de la communauté scientifique n’est-il pas d’œuvrer à la

disparition de ce problème, et donc des causes justifiant sa propre

existence ? Le paradoxe nous semble être séduisant et pourrait faire

l’objet d’une réflexion plus approfondie…

Le Carrefour 2007 nous interroge donc en termes de stratégie sur les

L’émergence des think tanks, des groupes de réflexion et

d’influences, en tant qu’acteurs collectifs de la régulation

sociale, permet de faire renaître une vraie curiosité autour

des questions éthiques que pose la relation citoyens-experts.

sociales.

Mais comment créer une préoccupation commune ? Comment

repérer les zones de chevauchement des problématiques ?

C’est peut-être en parlant de manière rationnelle de la remise en cause

de la tranquillité des populations, de leur santé, des risques et des

dangers que les scientifiques arriveraient encore à intéresser les

hommes politiques et les citoyens… Ceci viendrait appuyer les idées

de Michel Foucault qui disait en son temps dans la volonté de savoir :

“L’homme pendant des millénaires est resté ce qu’il était pour

Aristote : un animal vivant et, de plus, capable d’une existence

politique ; l’homme moderne est un animal dans la politique duquel

sa vie d’être vivant est en question”. Celui qui saurait utiliser ce

“biopouvoir” serait sans doute capable d’asseoir pour un temps les

différentes parties prenantes des politiques publiques à la même

table, mais cela est-il durable ou soutenable ? Comme un

intervenant a pu le faire remarquer, en ne nous intéressant qu’au

risque, nous perdrions du même coup la notion de rêve, notion un

peu plus poétique mais tout aussi indispensable lorsqu’il s’agit de se

projeter dans l’avenir.

Ne surtout pas conclure…

Tout auteur qui veut s’apporter une quelconque légitimité décore

souvent les lignes de son œuvre d’une galerie de bustes grecs. Nous

citons Platon et Socrate en introduction, nous terminerons ici par

modalités de maîtrise de l’écosystème et de la dialectique des think

tanks, sur la nécessaire capacité d’évaluation de leur activité. A ce

titre, faut-il considérer le phénomène think tank comme un risque ou

une opportunité pour la démocratie ? Existe-t-il dans ce cadre des

risques de création d’addiction à l’expertise ou d’hégémonie de

l’opinion publique ?

L’émergence des think tanks, des groupes de réflexion et

d’influences, en tant qu’acteurs collectifs de la régulation sociale,

permet de faire renaître une vraie curiosité autour des questions

éthiques que pose la relation citoyens-experts.

La réflexion portée par l’AVRIST a donc de beaux jours devant elle et

nous ouvre, à la lumière de l’étude des think tanks, le champ d’une

recherche ambitieuse.

Afin de ne pas s’arrêter en si bon chemin et de ne pas conclure,

permettez-nous de relancer ici le débat et la réflexion en plantant une

petite graine intellectuelle. Elle prendra comme convenu

précédemment la forme des mots du médecin de Cos :

“Avant toute chose, ne pas nuire”.

En espérant que cette graine puisse germer, se développer, donner

des fruits et participer activement à l’équilibre dynamique de

l’écosystème que nous étudions…

Il faut cultiver son jardin, c’est bien connu !

Regard par Maud Clément, Selim Allili et Marc Riedel

THINK n° - Février 2008 p. 31

6


THINK n° / Janvier 2008

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Édité par L’Observatoire français des think tanks

www.oftt.eu / redaction@oftt.eu

Abonnement gratuit sur le site internet de l’OFTT

Directeur des publications : Amaury Bessard

Conseiller éditorial : Robert Chaouad

Rédactrice en chef : Emilie Johann

Rédacteur en chef adjoint (dossier Horizons) : Romain Canler

Directeur artistique : Julien Ménetrat

Secrétariat de rédaction : Robert Chaouad, Agnès Iborra.

Comité de rédaction : Sélim Allili, Romaric Bullier,

Amaury Bessard, Romain Canler, Robert Chaouad, Maud Clément,

Agnès Iborra, Emilie Johann, Marc Riedel.

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