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3

LE JOURNAL DE LA COOPÉRATION BELGE

dimension

Les

migrants

Qui sont-ils,

d’où viennent-ils

et où vont-ils ?

6 MOIS DE PRÉSIDENCE

DU CONSEIL

Bilan et souvenirs

© UNOPS / Dixie

BIODIVERSITÉ

De Nagoya au Congo

N° 1 / 2011 • BIMESTRIEL FÉVRIER-MARS 2011 • P308613 • BUREAU DE DÉPÔT BRUXELLES X


sommaire

FÉVRIER-MARS 2011

4/5/6 >

DOSSIER

La migration,

phénomène global,

intégration locale

7 L’Europe peut-elle

contribuer à résoudre

le problème des

réfugiés en Tanzanie ?

8-9 Les jeteurs de pont

10 L’Europe, “malédiction

fatale” selon

certains parents

11 Sommet Afrique-

Europe : plus de

compréhension pour

la problématique

de l’immigration

14-15 Du transfert de fonds

à la coopérative

16-17 European

Development Days

20-21 De Solidarnosc à

la coopération au

développement

22 Forum Mondial sur

la Migration et le

Développement

México 2010

2 FÉVRIER-MARS 2011 I dimension 3

12/13 >

Histoire

d’un exil

23 When fashion

meets humanity

24 L’Art, la parole

douce et universelle

des migrants

25 Cancún, la voie

difficile de la

négociation à l’action

26 Nagoya : un moment

historique pour

la biodiversité

27 Congo Biodiversity

Initiative

Orientation de l’aide

structurelle pour les

scientifiques congolais

28-29 Dans le labyrinthe de

la santé au quotidien

30-31 Petite Dimension

32 Shoot against Poverty

18/19 >

PRÉSIDENCE DU

CONSEIL EUROPÉEN

Six mois

intenses,

à l’ombre de Lisbonne

D’en haut, la terre

apparaissait comme

une étendue immense à

partager. Mais dès que je

me posais, les problèmes

surgissaient. Je me

retrouvais confronté aux

frontières instaurées par

les hommes, symbole de

notre difficulté à vivre

ensemble.”

YANN ARTHUS-BERTRAND

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3

dimension

Nous sommes tous

des migrants

Déplacés fuyant les districts du Nord du

Sri Lanka de Kilinochchi et de Mullaitivu

© UNOPS / Dixie

Périodique bimestriel de

la Direction Générale de la

Coopération au Développement

(DGD)

Rédaction :

DGD - DIRECTION PROGRAMMES

DE SENSIBILISATION

Rue des Petits Carmes 15

B-1000 Bruxelles

Tél. +32 (0)2 501 48 81

Fax +32 (0)2 501 45 44

E-mail : info.dgd@diplobel.fed.be

www.diplomatie.be • www.dg-d.be

Secrétariat de rédaction :

Élise Pirsoul, Jean-Michel Corhay,

Chris Simoens

Création et production :

www.mwp.be

Les articles publiés ne représentent

pas nécessairement le point de vue

officiel de la DGD ou du gouvernement

belge. La reproduction des articles est

autorisée pour autant que la source

soit mentionnée et qu'une copie de la

publication soit envoyée à la rédaction.

Dimension 3 paraît 5 fois par an tous les

2 mois sauf en été.

Abonnement :

gratuit en Belgique et à l'étranger.

Imprimé sur papier 100 % recyclé.

Amadou regarde les quelques brins d’herbes arides, avant de faire glisser

son œil vers l’horizon. Depuis 2 ans, la pluie a été trop parcimonieuse,

et son cheptel réduit à moitié, il ne sait plus comment nourrir sa famille.

Les nuages de pluie ne venant pas, doit-il aller chercher où ils sont restés ? Il

rejoindra bientôt le fl ot grandissant de réfugiés climatiques. Francine, rescapée

du génocide rwandais a osé témoigner contre les assassins de sa famille.

Depuis elle subit menaces et agressions. Elle aussi prendra le chemin de l’exil.

Plus près de nous, souvenons-nous aussi des 137.000 Belges qui, entre 1871

et 1930, s’en allaient peupler un nouveau continent au-delà de l’Atlantique,

poussés par la croissance démographique, la crise dans l’agriculture ou la

mécanisation de l’industrie textile…

Les migrations sont intimement liées à l’histoire de l’humanité, et de la rencontre

des peuples sont nées des découvertes synonymes de progrès (comment

l’écriture se serait-elle propagée de la Mésopotamie, ou parlerait-on de

l’informatique sans l’algèbre des Arabes ?). Pourtant, le concept de la migration

est jalonné de mythes. On pense communément que le phénomène est actuel,

que les déplacements s’effectuent essentiellement de l’hémisphère Sud vers le

Nord, et on n’y voit parfois que les effets négatifs. Si un habitant de la planète

sur trente est migrant, les mouvements du Sud vers le Nord constituent moins

de la moitié des déplacements mondiaux. Que cherche-t-on en se déplaçant ?

Ce que l’on ne trouve pas chez soi : une vie digne pour sa famille, du travail

(migration économique), la sécurité (réfugié) ou encore à rejoindre sa famille…

Et tant que l’Europe et les États-Unis concentreront les trois quarts du revenu

mondial, qui bénéfi cie à une minorité de population de la planète, on aura beau

renforcer les contrôles aux frontières ou envoyer des patrouilles en mer, rien

n’arrêtera l’immigration, qu’elle soit clandestine ou légale. Comme le prouvent

les cas d’Amadou et de Francine, la migration est donc avant tout une affaire de

développement, d’un bien-être durable désiré – et idéalement partagé – par tous.

On cherche ailleurs ce que l’on n’a pas chez soi mais on peut rapporter

beaucoup aussi : ainsi les transferts de fonds des migrants vers leur pays

d’origine seraient plus élevés que l’aide au développement, les connaissances

acquises en déplacement peuvent être utiles en retour (“brain gain”), des

membres de la diaspora ont de belles initiatives de développement dans

leur communauté d’origine (v. p. 8 et 14). C’est pour mieux appréhender

ces opportunités mais aussi les défi s, qu’un Forum intergouvernemental des

Nations Unies sur la migration s’est tenu à Mexico (p. 22), et que l’un des

débats essentiels de la rencontre entre l’Union africaine et l’Europe concernait la

mobilité des travailleurs (v. p. 11).

Parce que le développement est un thème qui nous concerne tous, Dimension 3

le magazine de la coopération, s’est habillé de neuf. De nouveaux habits et de

nouveaux atouts pour offrir à un public plus large des questions, des réponses,

des débats sur les problématiques Nord-Sud et la solidarité. Dorénavant,

Dimension 3 aura également son site propre (www.dimension-3.be) qui

permettra à ses lecteurs – en particulier nos compatriotes expatriés – de le lire

online et cela, dans différentes résolutions adaptées au monde entier.

LA RÉDACTION

édito

dimension 3 I FÉVRIER-MARS 2011 3


La

migration

phénomène global, intégration locale

Aujourd’hui 2,9 % de la population mondiale sont des

migrants, contre 2,2 % il y a 30 ans. Cela représente

190 millions de personnes. La migration, phénomène

omniprésent de notre société, fait partie de l’histoire de

l’humanité, tout comme elle fera partie de notre futur. Nous

ne pouvons plus ignorer son impact sur le développement.

© Béatrice Petit

De tout temps, la migration a existé

et elle est encore aujourd’hui

nécessaire au développement

de notre société. Étant donnés l’évolution

démographique et le vieillissement

européens, nous avons besoin de maind’œuvre

et de cerveaux, particulièrement

dans des domaines-clés tels que les technologies

de l’information et de la communication,

les soins de santé, l’industrie hôtelière

ou l’agriculture. Si les flux migratoires

sont bien gérés, la migration peut devenir

une situation de triple win pour l’émigré, le

pays d’accueil, et le pays d’origine.

Voici quelques concepts qui permettront

d’appréhender le phénomène complexe

de la migration : Quels types de migrants

et de migration existe-t-il ? Comment

l’Union européenne réagit-elle au phénomène

de la migration ? Quel lien existet-il

entre la migration et le développement

? Et pour finir, quel est le rôle de la

société civile ou de la diaspora dans ce

débat sur la migration ?

4 FÉVRIER-MARS 2011 I dimension 3


MIGRATION

Arrivée de familles réfugiées au camp de Kibati,

en République démocratique du Congo.

La migration :

qui, comment, pourquoi ?

Tout d’abord, il y a les migrants économiques

qui quittent leur pays pour trouver

de meilleures opportunités économiques.

Certains sont peu qualifiés, d’autres hautement

qualifiés, certains séjourneront dans

le pays d’accueil de façon temporaire ou

saisonnière pour retourner par la suite,

d’autres resteront pour une période indéterminée.

Certains d’entre eux peuvent

être des migrants irréguliers, également

désignés comme “illégaux” ou “sans

papiers” dans de nombreux médias. Ils

ne possèdent pas de titre de séjour valide.

Certains rentrent dans le pays légalement

pour un court séjour (un voyage, une intervention

médicale) et deviennent “illégaux”.

Par ailleurs, nous entendons également

souvent parler de “demandeurs d’asile” et

de “réfugiés”. Ces personnes souhaitent

trouver refuge dans un autre pays, vu la

menace qui pèse sur elles d’être poursuivies

du fait de leurs races, de leurs

religions, de leurs nationalités, de leurs

appartenances à un certain groupe social

ou de leurs opinions politiques. Ces personnes

qui introduisent une demande

d’asile sont aussi appelées demandeurs

d’asile, et si cette dernière est acceptée ils

obtiennent le statut de réfugié.

Aujourd’hui, quand nous pensons à la

migration, nous pensons principalement

à la migration Nord-Sud, d’un pays

en développement vers un pays industrialisé;

cependant plus de 50 % des

mouvances de populations ont lieu entre

les pays en développement, entre les

pays frontaliers du Sud, entre le Congo

et le Cameroun ou encore le Pérou et

la Colombie, ou le Pakistan et l’Inde, ce

phénomène est communément appelé la

migration Sud-Sud.

Union européenne

face à la migration

L’Union a par le passé souvent été fortement

critiquée pour la construction d’une

PROGRAMME MIDA

un appui au transfert des connaissances des diasporas

vers leurs pays d’origine

Grâce au programme MIDA – Migration pour le développement en Afrique, des migrants

africains hautement qualifiés peuvent investir leur expertise et leurs ressources dans leurs

pays d’origine. Ils peuvent par exemple dispenser un enseignement sur place ou organiser

un cours électronique (e-learning). MIDA s’efforce ainsi d’atténuer quelque peu les répercussions

négatives de la fuite des cerveaux. En effet, des milliers d’Africains hautement

qualifiés – médecins, ingénieurs, infirmiers, comptables, professeurs… – quittent chaque

année leur continent.

MIDA est une initiative de l’Organisation Internationale des Migrations (OIM). La Belgique

en est un partenaire de premier plan via le programme ‘MIDA Grands Lacs’ axé sur la RD

Congo, le Rwanda et le Burundi.

CS

© Béatrice Petit

“forteresse européenne”, sécurisant ses

frontières extérieures pour lutter contre

la migration irrégulière. En 2005, afin de

changer cette image négative et rééquilibrer

sa politique, l’UE a mis en place

l’Approche globale des migrations. Elle

prévoit de concentrer ses actions dans

trois domaines :

• Faciliter la migration légale et la mobilité.

• Lutter ensemble contre la migration

irrégulière, la traite et le trafic des êtres

humains.

• Renforcer le lien entre la migration et le

développement des pays d’origine de

transit et de destination.

C’est à travers des partenariats avec les

pays tiers (non UE) que l’Union européenne

essaie de travailler dans ces

domaines spécifiques.

Migration et développement

Depuis cette nouvelle approche de l’Union,

le concept de “Migration et développement”

est devenu très à la mode, il est dans

toutes les bouches et plates-formes de

discussions : comment optimiser les bénéfices

de ces flux migratoires et les faire

contribuer au développement des pays

d’origine et de destination…, sans négliger

pour autant l’impact également négatif

que ces flux peuvent avoir, notamment la

fuite des cerveaux ? La dichotomie entre le

‘brain gain’(l'acquisition des cerveaux) et le

‘brain drain’(la fuite des cerveaux) montre

que les flux peuvent signifier, d’une part,

un gain de développement pour certains,

et une perte pour d’autres. Dans ce sens

il est essentiel d’impliquer activement les

diasporas afin que ce brain drain redevienne

à nouveau un brain gain pour le

pays d’origine.

Rôle clé des diasporas

pour leur pays d’origine.

Tout d’abord, à travers les ‘réémissions’(‘remittances’):

nous savons à présent

que pour certains pays en développement,

ces envois de fonds représentent

une entrée d’argent plus importante que

l’aide publique au développement accordée

à ces pays : on l’estimait en 2009 à

316 milliards d’euros. Cependant, ces

réémissions n’ont pas vocation à se substituer

(ni maintenant ni à l’avenir) aux programmes

de développement. Elles jouent

un rôle clé dans le développement du

pays d’origine en améliorant exponentiellement

l’accès à l’éducation et à la santé

des familles de migrants.

dimension 3 I FÉVRIER-MARS 2011 5


© Béatrice Petit

À un niveau national et européen,

des structures sont mises en place

pour faciliter des envois de fonds plus

sûrs, rapides et moins couteux. Depuis

quelques années, il existe également des

programmes d’accompagnement, qui

accordent des crédits sans intérêts à des

migrants souhaitant investir dans leur pays

d’origine.

Mais ces réémissions peuvent aussi être

“sociales” : les connaissances et compétences

des migrants acquises dans le pays

de destination présentent une valeur ajoutée

qui peut être mise au profit du pays

d’origine. Dans ce sens, nous travaillons à

encourager la mobilité des membres de la

diaspora ou associations de migrants vers

leur pays d’origine, de manière à ce qu’ils

puissent enseigner à leur tour leur savoirfaire

et agir en tant qu’acteurs de développement

dans leur pays d’origine.

Il faut être vigilant à une relation trop

linéaire entre la migration et le développement.

Le fait d’investir dans le développement

d’un pays peut avoir un impact

sur les flux migratoires :

cela peut d’une part

Ces envois de

fonds représentent

une entrée d’argent

plus importante que

l’aide publique au

développement .

diminuer les flux : ayant

accès à certaines infrastructures,

les besoins

de bases sont satisfaits,

et les personnes

n’éprouvent plus le

besoin de chercher de

nouvelles opportunités

ailleurs. Mais cela

pourrait également augmenter les flux, car

ayant accès à une meilleure éducation, ces

personnes sont plus aptes à chercher des

opportunités extérieures à leurs propres

frontières.

Rôle de la société civile

La société civile et les organisations de

migrants tiennent un rôle particulier

dans le débat sur la migration. Elles sont

l’exemple même de la relation étroite et

du lien quotidien entre nos continents, une

grande partie des migrants étant intéressés

et activement impliqués dans le développement

de leur pays d’origine.

Jusqu’à peu, le dialogue avec la diaspora

avait surtout lieu au niveau national

entre les États et leur diaspora. Cependant,

émerge également une approche

européenne envers les associations de la

diaspora, souhaitant renforcer le lien entre

diaspora et pays d’origine.

La mise en réseau de ces associations est

essentielle afin d’avoir un interlocuteur

unique et organisé auquel la coopération

belge fait appel dans le cadre de projets

de développement. Récemment, la mise

en place d’un secrétariat pour la diaspora

au niveau européen a été approuvée. Ce

qui signifie un énorme pas en avant pour

l’implication des diasporas dans les politiques

publiques : elles pourront donner

leur input et alimenter ainsi les politiques

et également répondre aux appels d’offres

de l’Union.

La migration est reconnue depuis quelques

années comme thème transversal du

développement. La migration

s’est, par conséquent,

inscrite petit à petit dans

les politiques de développement

et les stratégies de

réduction de la pauvreté,

tout comme on retrouve

des aspects du développement

dans les politiques

publiques et partenariat

en matière de migration.

Dans ce sens, il ne s’agit pas uniquement

aujourd’hui de comprendre l’impact de

la migration sur le développement, mais

également celui du développement sur la

migration.

ONLINE

www.iom.int/mida

mida.belgium.iom.int

CAROLE DEMOL

UN OBSERVATOIRE DES

MIGRATIONS

SUD-SUD

Même si les migrations vers l’Europe sont un

sujet très sensible, il ne faut pas oublier que

60 % de tous les flux migratoires s’opèrent au

sein même de l’hémisphère sud. Près de 80 %

de tous les migrants d’Afrique ne quittent pas

leur continent. Notre connaissance du phénomène

reste quoi qu'il en soit très limitée. La

mise sur pied en octobre 2010, grâce à des

fonds majoritairement européens, de l’Observatoire

ACP sur les Migrations est destinée

à combler cette lacune. L’Observatoire est

un réseau de chercheurs et d’institutions de

recherche désireux d’approfondir le phénomène

des migrations sud-sud, entre pays en

développement. L'accent est clairement mis

sur les pays ACP (Afrique, Caraïbes, Océan

Pacifique). La recherche doit aboutir à la

mise sur pied d'une politique permettant une

capitalisation des migrations au bénéfice du

développement.

© Béatrice Petit

Les thèmes abordés portent notamment

sur l’impact du changement climatique, des

conflits et des catastrophes naturelles sur les

migrations. La croissance exponentielle des

villes sera également étudiée. Aujourd’hui,

40 % de la population africaine vit déjà en

milieu urbain. Quelles en sont les raisons et

comment ralentir cette croissance urbaine ?

L’Observatoire s’efforce par ailleurs de mieux

comprendre l’impact économique des transferts

de fonds (remittances). Environ 300 milliards

d’euros sont envoyés chaque année

dans les pays en développement. Un montant

équivalent au montant total de l’aide au

développement à destination des pays ACP.

L'Observatoire s'intéresse également aux

migrations de main-d’œuvre qui influent sur

le développement, sans perdre de vue l'effet

d'aspiration qu'exerce l'Europe. D’ici 2050,

l’Europe devrait perdre 48 millions de travailleurs,

au moment même où l’Afrique comptera

2 milliards d’habitants.

CS

6 FÉVRIER-MARS 2011 I dimension 3


MIGRATION

L’Europe peut-elle contribuer à résoudre

Tanzanie ?

dre

le problème des réfugiés en

La politique en matière de réfugiés n'est pas seulement

un casse-tête pour la Belgique mais aussi pour les pays

en voie de développement. La situation y est souvent

beaucoup plus poignante. C'est ainsi que la Tanzanie a été

submergée pendant les années '90 par plus d'un million de

réfugiés venus de la R.D. Congo, du Rwanda et du Burundi.

Selon Wim L’Ecluse, qui a étudié la situation, une meilleure

répartition des charges entre le Nord et le Sud s'impose.

Portes ouvertes, portes fermées

Sous Nyerere – ‘Père de la Nation’ et président

de 1961 à 1985 –, la Tanzanie était

considérée comme une véritable terre

d'accueil. Empreint d'idéalisme, Nyerere

accordait beaucoup d'importance à

la fraternité. Il était un fervent défenseur

d'une Afrique libérée et accueillait donc

avec enthousiasme les combattants de

la liberté des pays voisins. Après le soulèvement

des Hutu au Burundi en 1972,

300.000 Burundais ont afflué dans le pays.

Ils ont reçu des terres gracieusement,

même si cette hospitalité avait également

une motivation plus utilitaire. La Tanzanie

occidentale, voisine du Burundi, regorgeait

en effet de terres en friche. Les réfugiés

constituaient une main-d’œuvre bon

marché qui pouvait contribuer au développement

de la région.

Mais l'expérience socialiste de Nyerere a

échoué. En 1985, son successeur a accepté

l'aide du Fonds monétaire international

(FMI) et ses conditions : accent sur l'initiative

privée, limitation des subsides, etc.

On ne voyait plus les réfugiés d'un aussi

bon œil et l’on ne voulait plus consacrer

d’argent à leur accueil. Par conséquent, pas

moins d'un million de personnes qui avaient

échappé pendant les années '90 au conflit

au Rwanda, au Burundi et au Congo oriental

n'ont pu être accueillies que dans des

camps de réfugiés. Pour l'aide, ils dépendaient

entièrement du Haut Commissariat

pour les réfugiés de l'ONU (HCR) et du Programme

Alimentaire Mondial (PAM). Une

politique de retour, forcé ou non, est devenue

à la mode. Néanmoins, un geste généreux

a encore suivi en 2010 : 162.000 Burundais

qui résidaient depuis 40 ans déjà dans

le pays ont reçu la nationalité tanzanienne.

Causes

Quelles sont les causes de la politique durcie

de la Tanzanie à l'égard des réfugiés ?

Le discours officiel porte surtout sur la

sécurité. La présence massive des voisins

impliquait l'importation de leurs conflits.

Les camps eux-mêmes étaient parfois

un bouillon de criminalité. Par ailleurs, la

démocratisation a joué un rôle important.

Un accueil spontané et large des réfugiés

n'est pas un thème populaire, même en

Tanzanie. Un politicien qui voulait être élu se

laissait donc facilement tenter à manier un

langage dur. C'est ainsi que l’on a associé

aux réfugiés la réputation de nuire à l'économie.

Au début d'un afflux massif, c'est certainement

le cas mais, après un certain temps,

un équilibre s'installe. Les nouveaux venus

impliquent en effet un marché supplémentaire

et de la main-d’œuvre bon marché.

L'impact exact de la migration sur l'économie

n'est pas encore suffisamment connu.

Mais il ne fallait pas sous-estimer des

causes externes. Nous avons déjà signalé

l'influence du FMI. Intervient également la

perte de l'aide financière de l'Occident.

Avec la disparition du Bloc de l'Est communiste,

il n'est plus utile pour les pays

occidentaux de garder les États africains

de leur côté. Récemment, le HCR et le PAM

ont vu leurs fonds diminuer notablement.

Mais la Tanzanie pense qu'elle ne doit

pas faire seule les frais des conflits dans

ses pays voisins. La communauté internationale

a également sa part de responsabilité.

Certes, différents pays occidentaux

(États-Unis, Portugal, Suède, etc.) se sont

montrés disposés à accueillir des réfugiés

venus de Tanzanie (“resettlement”), mais

la répartition des charges (“burden sharing”)

reste insuffisante.

Avantage réciproque

Récemment, de plus en plus de voix se

sont élevées pour une nouvelle collaboration

Nord-Sud fondée sur des avantages

réciproques. Les pays en développement

reçoivent une aide au développement, en

échange d'une meilleure protection des

réfugiés sur leur territoire et de solutions

plus durables (retour, intégration locale

ou resettlement dans un autre pays). Du

coup, le flux migratoire vers l'Occident est

modéré. Pour sa politique de migration,

l'Europe doit voir au-delà de ses propres

frontières. En 2010, elle a déjà jeté les premières

étapes en ce sens, avec, notamment

le European Asylum Support Office et le

Joint EU Resettlement Programme. L'Observatoire

sur les flux migratoires Sud-Sud

s'inscrit également dans ce cadre (p. 6).

CHRIS SIMOENS

Source : “Refugee Politics in Tanzania : Receding Receptivity

and New Approaches to Asylum”, Wim L’Ecluse - Travail de

fin d’étude, UGent.

© UNHCR


Les jeteurs

de ponts

Ce n’est presque rien : juste une

passerelle jetée au-dessus

d’une rivière. Pourtant, depuis

qu’elle a été construite, en

2004, elle a changé la vie des centaines

de paysans qui vivent dans les montagnes

situées non loin d’Uvira, une ville de l’est

du Congo située au bord du lac Taganyika.

Avant, la rivière Kalimabengé emportait

chaque année quelques-unes de ces

femmes lourdement chargées qui venaient

apporter le produit de leurs champs aux

marchés de la ville. Mais depuis 6 ans,

grâce à l’intervention d’une association

locale qui a réalisé le projet avec un appui

financier minuscule, les crues meurtrières

n’ont plus fait aucune victime. À l’entrée du

petit pont, une inscription gravée dans la

pierre rappelle le nom des bienfaiteurs :

Mutamaini Kuishi Congo, ce qui signifie

en swahili Espérance Revivre au Congo

(ESPERECO). Cette association, animée

par une équipe de volontaires, n’a rien

de comparable avec les grandes ONG

internationales dont les noms s’affichent

partout dans les environs. Pourtant, depuis

1999, elle a réalisé un nombre impressionnant

de projets, qui vont de la construction

d’une maternité à la création d’une petite

usine de briques et de tuiles expérimentant

des procédés de fabrication écologiques,

en passant par la mise en place

d’un centre de consultation psychologique

dans la petite ville de Sangé, où toute une

population est choquée par l’explosion

meurtrière d’un camion-citerne accidenté,

en juillet 2010. “Notre priorité, c’est l’action

de terrain, explique le docteur Nicolas, un

des membres actifs de l’association. Avec

très peu de financements, nous essayons

vraiment de changer quelque chose dans le

quotidien des gens.”

Les migrants solidaires

C’est à 8.000 km de là, en Belgique et plus

exactement à Céroux-Mousty, dans le Brabant

wallon, que Mutamaini Kuishi Congo

puise une partie de sa force et de ses ressources.

Une association jumelle, créée

© Amélie Mouton

par la famille de Budagwa

Assumani, y mobilise

des fonds à l’occasion de

soupers ou noue certains

partenariats utiles, notamment

avec la commune

d’Ottignies Louvain-la-

Neuve. Pour ce réfugié

politique congolais installé

dans notre pays depuis 30

ans, tout a commencé par

un drame, à la veille du nouvel an 1999,

lorsqu’il apprend par des proches restés

au pays le massacre de plusieurs centaines

de personnes à Makobola, un village de

l’est du Congo situé non loin de l’endroit où

il a grandi. “La tristesse et la consternation

ont très vite laissé la place à l’envie d’agir”,

raconte sa femme Caroline. Les Assumani

organisent alors une première intervention

Dans le langage

des initiés, on les

appelle OSIM,

Organisations

de Solidarité

Internationale issues

de la Migration.

humanitaire, avec une

sœur qui vit sur place

et d’autres volontaires.

Ils décident ensuite de

créer deux associations,

en Belgique et au Congo,

pour apporter leur

contribution, si modeste

soit-elle, à la reconstruction

de cette région magnifique

mais extrêmement

pauvre, dévastée par les guerres qui

ont ravagé l’est du Congo de 1994 à 2003.

Espérance Revivre au Congo n’est pas la

seule organisation “issue de la migration” à

mener des projets de solidarité avec le pays

d’origine. Elles seraient même environ 300

en Belgique, regroupant d’autres diasporas

(chilienne, sénégalaise, turque…) Ce

chiffre est approximatif car ces structures

8 FÉVRIER-MARS 2011 I dimension 3


MIGRATION

D’Uvira à Céroux-Mousty, de Kinshasa à Bruxelles, de

Matadi à Namur : des migrants congolais tissent des

réseaux de solidarité pour venir en aide à leur pays

d’origine. Par le biais d’associations, ils y soutiennent

des micro-projets d’éducation, de santé ou d’économie

sociale. Cette dynamique, également présente au sein

d’autres diasporas, pose une question pleine d’actualité :

celle de la place des migrants dans les politiques d’aide

au développement.

sont encore très mal connues. Dans le

langage des initiés, on les appelle OSIM,

Organisations de Solidarité Internationale

issues de la Migration. Avec un fonctionnement

le plus souvent artisanal et bénévole,

elles interviennent dans des champs très

divers : santé, soutien scolaire, insertion socio-économique,

développement culturel.

“Elles sont généralement portées par une

petite quantité de personnes originaires de

la même région, voire du même village et

agissent donc de manière très localisée”,

précise Altay Manco, directeur de l’Institut

de Recherche, de Formation et d’Action sur

les Migrations (IRFAM) qui étudie de près

le phénomène. Souvent peu structurées,

la plupart d’entre elles n’ont pas d’équipement,

voire même pas de locaux. Les

réunions se font chez l’un des membres,

autour d’une tasse de café.

Au Nord aussi

C’est souvent une situation socio-économique

désastreuse, causée par une

guerre, une catastrophe naturelle ou une

pauvreté endémique, qui pousse les migrants

à passer à l’action. Ils franchissent

ainsi un pas de plus que le simple transfert

de fonds pour aider la famille restée au

pays. Mais, comme le constate Jean-Pierre

Lahaye, coordinateur de la Cellule d’Appui

pour la Solidarité Internationale Wallonne

(CASIW), “il existe aussi des structures

qui se créent d’abord pour répondre à

un problème dans le pays d’accueil, par

exemple au niveau de l’intégration de la

communauté.” L’association Solimanbe,

“Solidarité des mamans Manianga de Belgique”,

en est un bon exemple. Ce groupe

de femmes congolaises qui se trouvaient

au bord de la clandestinité (travail au noir,

sans papiers) ont pu se sortir de leur situation

précaire grâce à l’entraide et la solidarité

qu’elles ont trouvées dans l’association.

Au bout de deux ou trois ans, toutes

les dames avaient trouvé un emploi ! Mais

Solimanbe, du coup, a traversé une petite

crise identitaire : “Maintenant que nous

avions une mutuelle, un numéro ONSS, quel

était le sens de continuer à exister ? Nous

avons alors décidé d’aider le Congo”,

raconte Joséphine Badeba Biku, l’une de

ses chevilles ouvrières. Aujourd’hui, les

“mamans” congolaises aident un centre

de formation professionnelle pour handicapés

à Kinshasa.

En quête de reconnaissance

Ces initiatives, qui semblent se multiplier

depuis une dizaine d’années, ont bien entendu

attiré l’attention des décideurs politiques.

À l’ONU, à l’OCDE, à la Commission

européenne ou encore au Conseil de l’Europe,

on voit fleurir des réflexions sur le

rôle positif que peuvent jouer les migrants

dans le développement de leur pays d’origine.

En Belgique, les signes d’intérêt sont

également nombreux. La Flandre considère

les associations de migrants comme

le 4 e pilier de développement, aux côtés

LE REPORTAGE EN RDC A ÉTÉ RÉALISÉ

AVEC LE SOUTIEN DE LA FONDATION

ROI BAUDOUIN, QUI SOUTIENT

CHAQUE ANNÉE DES JOURNALISTES

QUI VEULENT RENDRE COMPTE DE

PHÉNOMÈNES MIGRATOIRES EN

BELGIQUE ET EN EUROPE.

www.kbs-frb.be

des grands acteurs traditionnels que sont

la coopération bilatérale, multilatérale et

non-gouvernementale. La Région wallonne,

à travers sa Cellule d’Appui pour la

Solidarité Internationale Wallonne, a déjà

soutenu de nombreux projets proposés

par des OSIM, tandis que le Ministère de

la Coopération au Développement a débloqué

des budgets spécifiques. Du côté

des ONG et de la société civile, on assiste

aussi, depuis quelques années, à des

tentatives de rapprochement et de collaborations.

Le récent projet de la Mutualité

Socialiste, qui s’est alliée à une association

de la diaspora congolaise du namurois

pour développer une mutualité de santé à

Matadi, au Bas-Congo, en est une illustration

parlante (SOLIDARCO). Les migrants,

de leur côté, sont également en quête de

reconnaissance et de soutien de la part

des pouvoirs publics. Une Coordination

Générale des Migrants pour le Développement

(CGMD), qui rassemble près de

130 OSIM, a ainsi vu le jour il y a 6 ans

pour porter une série de revendications.

Toutefois, sur le terrain, les choses ne se

font pas toujours sans mal. La question de

la place des migrants dans les politiques

d’aide au développement est complexe et

fait débat. Elle promet de continuer à animer

le monde de la coopération dans les

prochaines années.

AMÉLIE MOUTON

ONLINE

www.espereco.be

www.solidarco.be

www.cgmd.be

© Amélie Mouton

dimension 3 I FÉVRIER-MARS 2011 9


MIGRATION

L'Europe,

“malédiction fatale”

selon certains parents

Bien des parents qui ont encouragé leurs enfants à quitter le Burundi pour l'Europe,

espérant une meilleure vie pour toute la famille, sont très déçus. Ils ne reçoivent ni

nouvelles, ni aide financière. Car les exilés, souvent sans papiers, vivent dans la misère.

“ Mon fils est parti en 1998,

quand la guerre battait son

plein. Avant, il nous a écrit

une lettre nous disant qu'il

allait vivre en Europe. Depuis, plus de trace,

aucune communication. Nous l'avons effacé

de nos mémoires” raconte une vieille

maman burundaise. La mort dans l'âme,

elle ajoute : “S'il vivait encore, il aurait écrit

au moins une lettre. Au

lieu de partir, les jeunes

devraient plutôt travailler

sérieusement chez eux

pour obtenir les moyens

de visiter avec des

papiers en règle les pays

européens.”

“Mon seul fils vivote en

Europe. Pour moi, c'est

comme une malédiction

fatale ! Je risque de mourir

sans le revoir, sans bénéficier

de son soutien moral

et financier”, se lamente

un autre parent. Depuis

huit ans que son enfant

est sur le sol européen,

ce dernier n'a plus donné le moindre signe

de vie. Très déçu, ce papa se souvient :

“Quand il m'a dit au revoir, je lui ai donné ma

bénédiction. Je lui ai recommandé de penser

à ses parents, en nous payant par exemple

un billet pour venir visiter l’Europe. Je l'ai

encouragé à partir. Depuis, j'attends toujours

des euros ou des dollars…”

Espoir, puis honte de la famille

Le plus souvent, aujourd'hui, ces émigrés

se retrouvent sans-papiers. Ils sont aidés,

pendant un temps seulement, par leurs

compatriotes qui ont fui, parfois à l’insu

de leurs proches, le Burundi pendant

la guerre de 1993 et ont obtenu depuis

le statut de réfugiés. Chose quasiment

© “NA WEWE” - Y. Goldschmidt

impossible pour ceux partis après 2002.

Ceux qui se retrouvent en galère en

Europe ne donnent aucune nouvelle ou

mentent. “Quand j'étais en Suède, avec

mes amis, personne ne pouvait parler de

la situation réelle que nous vivions. Nous

avions peur qu'on découvre nos misères

alors que toutes nos familles comptaient

sur nous. Il ne fallait pas les décourager”,

raconte un refoulé. Cet ingénieur fraîchement

diplômé avait tout pour réussir

au Burundi où il avait trouvé un emploi

dans un ministère. Il raconte : “J'ai passé

deux ans comme sans-papiers en Europe.

Je mendiais pour avoir de quoi manger. Si

j'étais resté dans mon pays, j'aurais réalisé

pas mal de choses. Je regrette d'avoir perdu

mon temps à la recherche d’une vie idéale.”

Espoir d'une famille, il en est depuis son

retour au Burundi en 2008 devenu la honte.

“Nous n'avons pas les moyens de l'aider à

fonder un foyer. Même le prendre en charge

devient dur, avec le coût de la vie qui augmente.

Nous n'osons pas le lui dire pour ne

pas le décourager, explique le papa, avant

de conclure, mais nous sommes déçus…”

1998, la guerre civile fait rage au Burundi

“Il ne faut pas

idéaliser l'Europe”

Pour les jeunes qui vivent encore en

Europe, l'absence de parents à leurs

côtés a parfois des conséquences désastreuses…

“Ils manquent d'encadrement.

Certains deviennent des délinquants. Des

filles se prostituent pour avoir des moyens

matériels”, témoigne un Burundais, professeur

d’université

en Europe. Conscients

de ces dangers, des

parents réagissent.

Léonard Sagateye avait

envoyé sa fille de 20 ans

aux Etats-Unis pour se

faire soigner. À son ami

qui devait la prendre

en charge, il avait ainsi

bien recommandé de

lui faciliter son retour au

pays natal. “Je craignais

que ma fille ne tombe

dans le même piège que

les autres qui vivent làbas

sans travail. Quand

elle est revenue, mes

voisins se sont moqués de moi. Certains

comprennent ce que c'est que de vivre

à l'étranger, d’autres restent réticents”,

explique Léonard.

Aux parents toujours persuadés que vivre

en Europe est forcément synonyme de

richesse, le père d’un enfant, qui n'a jamais

donné de nouvelles depuis son départ làbas,

conseille : “Si tu n'y vas pas pour une

mission bien précise, il ne faut pas idéaliser

l'Europe. Partout où l'on est, on peut travailler,

surmonter ses difficultés et pourquoi

pas prospérer !”

AUDACE NIMBONA

Infosud-Syfia Grands Lacs

10 FÉVRIER-MARS 2011 I dimension 3


© European Union

SOMMET

AFRIQUE-EUROPE :

plus de compréhension

pour la problématique de l’immigration

Tous les trois ans, les chefs d’État d’Europe et d’Afrique se

rencontrent pour souligner l’importance des relations entre

les deux continents. Après Le Caire et Lisbonne, c’était au

tour de la Libye d’accueillir ce sommet, fin novembre. Le

pays hôte avait mis les petits plats dans les grands pour

faire un succès de ce 3 e Sommet UE-Afrique.

Le thème officiel

du Sommet

était “Investissements,

croissance

économique et

création d’emplois” mais

l’immigration a aussi

été largement abordée.

Les chefs d’État se sont

notamment engagés à renforcer le dialogue

sur l’immigration entre les deux

continents et ont pris une série d’initiatives

pour mieux gérer les flux migratoires. Ce

dialogue reposera sur 3 piliers : (1) la lutte

contre l’immigration clandestine et la traite

des êtres humains, (2) le renforcement de

la mobilité par l’immigration légale et (3)

le renforcement du lien entre l’immigration

et le développement. Les deux continents

s’entendent en effet sur le fait que l’immigration

joue un rôle important dans le développement

: prenons l’exemple du transfert

L’UE et l’Afrique

nourrissent de

grandes ambitions

de coopération

sur le thème de

l’immigration.

de fonds et d’expertise des

communautés de la diaspora

vers leur pays d’origine.

Par sa coopération au

développement, l’UE souhaite

par ailleurs aborder

la question de l’émigration

à la racine, par exemple en

investissant dans de meilleures

formations et de meilleurs emplois

dans les pays en voie de développement.

Deux initiatives concrètes qui ont vu le

jour lors du Sommet sont “Institut africain

pour les envois de fonds” (transferts financiers)

et le “Fonds de garantie africain”.

L’Institut permettra aux communautés

de la diaspora des envois de fonds plus

faciles et meilleur marché aux familles

et entreprises de leur pays d’origine. Le

Fonds de garantie facilitera l’accès au

crédit pour les PME en se portant caution

pour elles auprès des banques.

Le choix de la Libye comme pays hôte

a par ailleurs une valeur symbolique. Le

pays est depuis des années une plaque

tournante importante pour les flux migratoires

vers l’Europe et, dans le passé,

a régulièrement demandé de l’aide à

l’UE pour lutter contre les migrations

clandestines dans la région méditerranéenne.

Dans ce cadre, la Commission

européenne a décidé en octobre 2010

de débloquer déjà 50 millions en vue de

renforcer la collaboration avec la Libye

en matière de migration, par exemple

pour l’amélioration de la protection des

réfugiés et de l’aide humanitaire aux

immigrés, deux domaines dans lesquels

le pays n’excelle pas.

L’UE et l’Afrique nourrissent de grandes

ambitions de coopération sur le thème

de l’immigration et s’efforceront de

les réaliser au cours des 3 prochaines

années. 2011 affiche déjà un agenda

bien rempli avec des ateliers sur la traite

des être humains, les femmes et l’immigration

et le transfert des droits sociaux

tels que les pensions. En 2013, les chefs

d’État se rencontreront à nouveau, cette

fois à Bruxelles, pour faire le point sur les

progrès réalisés.

CAROLE DEMOL ET EWOUT STOEFS

dimension 3 I FÉVRIER-MARS 2011 11


Histoire

d’un exil

Derrière chaque migrant que l’on croise dans

la rue en Belgique se cache une histoire, aussi

différente qu’il y a de contextes. Pour un réfugié

politique, ce sont le plus souvent des événements

douloureux qui le conduisent à l’exil forcé de son

pays. Telle est l’histoire de Francine, rescapée

parmi d’autres du génocide rwandais et réfugiée

en Belgique depuis cinq ans.

C’est à Louvain-la-Neuve, où elle

a élu domicile, que Francine

(nom d’emprunt), m’a donné

rendez-vous. En cette journée

de janvier, la température avoisine zéro

degré et elle avoue qu’elle a encore du

mal à s’adapter au climat belge et de sortir

de chez elle l’hiver. Si elle a accepté de me

rencontrer, c’est que, pour cette discrète

et courageuse Rwandaise, témoigner c’est

survivre.

Rwanda, avril 1994

Son histoire, c’est le drame de tout un

pays. Nous sommes au Rwanda, le Pays

des Mille collines, à l’Est du Congo. Francine

travaillait pour des organismes

internationaux et jouissait d’une bonne

situation à la capitale, Kigali. Le 6 avril

1994, c’est le drame : un terrible génocide

se déclenche qui fera en 3 mois

près d’un million de morts. “Mon mari

a été tué devant nos yeux À la suite de

blessures graves, j’ai été inconsciente pendant

2 semaines. Mes parents, quatre de

mes frères et sœurs, mes oncles et tantes,

ont été assassinés. Étant la plus vieille des

rescapés de la famille, j’ai dû prendre en

charge de nombreux neveux. J’étais dans

une situation désespérante mais je savais

que si je sombrais, j’entraînerais tout le

monde avec moi. C’est ce qui m’a aidée à

survivre. Mes bourreaux étaient toujours là

et je me refusais à venir mendier dans leurs

mains. Je devais être forte. Je devais montrer

à ceux qui ont voulu nous exterminer

que nous existions quand même, je devais

me battre et offrir la meilleure éducation à

mes enfants, en les plaçant dans de bonnes

écoles. Je me suis même impliquée dans

une association pour la

promotion de l’entreprenariat

féminin, alors qu’il y

avait encore des cadavres

dans les rues.”

Les séquelles de

la guerre

En ‘95, Amnesty invite

Francine

en Suisse

pour témoigner des

événements du génocide,

dans une campagne

“Femmes engagées, femmes en

danger”. “Je me suis rendu compte

à quel point cela soulageait de parler

et

d’être comprise. Ce fut comme une

sorte de thérapie pour moi”, t-elle. En ‘96, elle reçoit une bourse

d’étude d’un an, de la coopération

au

développement suisse : une

spécialisation ‘développement’.

De retour au

explique-

© hmd.org

12 FÉVRIER-MARS 2011 I dimension 3


MIGRATION

Rwanda, bien que le génocide soit terminé,

les séquelles sont palpables dans

les rues de la capitale au quotidien. Certains

génocidaires sont restés à Kigali avec

la peur d’être arrêtés, d’autres sont partis

mais leurs familles demeurent. “On croisait

nos bourreaux ou leurs familles tous

les jours dans la rue, il y avait un climat de

méfiance épouvantable : les coupables ont

peur de ce que savent des témoins et les

victimes craignent les représailles”. Pendant

les Gacaca (tribunaux populaires mis

en place pour rendre justice sur le génocide),

en 2005, Francine témoigne. Parmi

les génocidaires, certains cherchent à éliminer

toutes traces de leurs méfaits…

© hmd.org

Destination Belgique

En 2005, la CTB (coopération technique

belge) lui offre une bourse d’étude à l’Université

catholique de Louvain. “Je voulais

étudier pour ma famille et pour moi-même.

Cela répondait à une frustration ancienne :

après mes humanités, avant 1994, je n’ai pas

pu faire d’études supérieures à cause de la

discrimination ethnique.”

Avait-elle jamais l’intention de rester en

Belgique ? “Non, dès que je suis arrivée,

j’ai compris que je ne voulais pas vivre

et travailler ici. Je voulais juste faire mes

études.” Les événements vont pourtant

bientôt la pousser à chercher refuge en

Belgique lorsqu’elle revient

en vacances au pays

après une première année

d’étude. “Cet été-là, j’ai été

attaquée à Kigali. On pensait

que c’étaient des bandits

mais après que je sois rentrée

en Belgique, ils s’en sont

pris à ma famille. En réalité,

il s’agissait de prisonniers

génocidaires qui avaient

été relâchés. Les voisins du

quartier ont protesté et ils ont été réincarcérés

mais ils avaient encore des familles qui

voulaient se venger. Mon fils a eu des ennuis,

il se faisait régulièrement agresser en allant

à l’école, il a dû arrêter l’école et aller chez

une tante. Notre vie était en danger. Il avait

peur, nous avions peur. Il avait quatre ans et

les coupables ont

peur de ce que

savent des témoins

et les victimes

craignent les

représailles

L'installation en hommage aux victimes du génocide dans le

patio central du Mémorial de l'Holocauste à Kigali.

demi lorsqu’il a assisté, en plein génocide,

au meurtre de son papa. Pendant ma deuxième

année d’étude, j’ai donc cherché un

moyen pour le sauver. Il est à présent réfugié

aussi. Quant à ma fille, elle est arrivée il

n’y a pas longtemps : elle commençait aussi

à avoir des problèmes à

l’école.”

Entre intégration et

nostalgie du pays

“Je n’ai pas eu de problèmes

d’intégration.

Comme je suis arrivée

dans un milieu scolaire,

j’ai été accueillie par

d’anciens Rwandais. Ils

m’ont montré les communautés

rwandaises, les magasins africains.

Ma demande d’asile a pris seulement

deux ans. J’ai connu une période plus difficile

où je me sentais dévalorisée car j’avais

pour toute pièce d’identité une simple

feuille de papier, à prolonger chaque mois.

J’avais honte de sortir cette feuille devant

tout le monde. Mais dès que j’ai reçu mes

documents de réfugiée, j’ai trouvé un travail.

Pour l’avenir, j’aimerais travailler dans

le développement, en particulier dans un

pays en guerre.”

Garde-t-elle des séquelles de ce qu’elle a

vécu durant le génocide ? “J’y pense souvent

mais comme j’ai eu l’occasion de m’exprimer,

je n’en garde pas un traumatisme.

Par contre, ma sœur est comme moi rescapée

et, chaque année, à la commémoration,

elle faisait de terribles cauchemars. Pour le

dixième anniversaire du génocide, j’ai rassemblé

tout le monde en l’honneur de mon

mari et je leur ai demandé de témoigner.

Depuis, les cauchemars ont cessés.”

“Si le génocide avec son lot de conséquences

n’avait pas eu lieu, je serais restée

au pays. Tout au plus je serai venue en visite

en Europe. Mon pays me manque. Quand

j’aurai la nationalité belge et que la situation

sera moins dangereuse, je pourrai retourner

en visite au Rwanda. C’est mon souhait

le plus cher.”

ELISE PIRSOUL

dimension 3 I FÉVRIER-MARS 2011 13


Du transfert de fonds

À LA COOPÉRATIVE

Des Belgo-Marocains créent une vie économique dans les

villages retirés de leurs familles restées au Maroc. Seul

l'espoir d'un avenir meilleur peut dissuader les jeunes de

fuir vers l'Europe. Une histoire de persévérance, de travail

en réseau et de formation continue.

Remittances

Durant les années '50 et '60, des milliers

de Marocains sont partis en Belgique pour

y travailler. La majorité d'entre eux n'imaginait

pas y rester, mais aujourd'hui, la 3 e

génération est bel et bien présente, sans

rupture aucune avec le pays d'origine.

Les Belgo-Marocains continuent ainsi

à envoyer des sommes d'argent à leur

famille outre-mer, ce que l'on nomme les

'remittances', et qui représentent

de coquettes rentrées

pour le Maroc.

“80 % des Marocains de Belgique,

et même d'Europe – à

l'exception de l'Italie – sont

des Berbères originaires du

Nord-Est du Maroc”, explique

Mohamed Bouziani, président

de l'asbl Imane. “Notre

précédent roi ne s'intéressait

qu'au Sud du pays, et

en délaissait le Nord. Heureusement, avec

Mohammed VI, les choses vont mieux.” La

vie y reste toutefois encore très dure et

les Belgo-Marocains sont toujours aussi

inquiets pour leur famille restée au pays.

D'où l’importance des envois de fonds. Une

importance qui pose question. Mohamed

Bouziani ne pense pas qu'ils soient la meilleure

façon d'aider ces populations. “Les

Remittances leur permettent de survivre,

mais ils deviennent très dépendants et ne

prennent quasi aucune initiative.”

Une liste interminable de besoins

En 2001, Mohamed Bouziani est parti

accompagné d'un groupe d'amis – baptisé

par la suite Imane – à Ouled Daoud, le village

natal de ses parents, dans le but “d'aider les

gens”. Leur idée a été d'organiser une sorte

de festival, au cours duquel ils se sont mis

à l'écoute des besoins des habitants. Tous

les chefs de village ont été conviés. “Mais

il aurait fallu plus de cent ans pour satisfaire

toutes leurs demandes !”, déplore Mohamed

Bouziani. “C'est pourquoi nous avons relevé

les besoins les plus indispensables comme

par exemple l'approvisionnement en eau

que nous avons pu réaliser pour chaque

village, mais par contre pas pour chaque

foyer. Un petit centre de santé a également

été créé. Toutes les deux semaines, les habitants

peuvent s'y faire soigner par un médecin

et une infirmière, sans devoir faire de

longs trajets jusqu'en ville pour des soins de

base, comme une morsure de scorpion ou

un abcès. Ce sont bien

entendu les femmes

enceintes qui en retirent

Ce n’est qu’en

travaillant en totale

synergie que l’on

apprendra à se

connaître et à

s’apprécier.

le plus grand bénéfice,

quand on connaît le

taux élevé de mortalité

maternelle et infantile.”

Coopérative

L'asbl Imane a rapidement

compris que

les soins de santé et

l'éducation ne suffisaient pas. Sans argent,

comment se payer une consultation dans le

centre de santé ? Sans revenus supplémentaires,

l’exode des villageois se poursuivrait

(voir encadré). D'où l'initiative d'Imane de

créer la coopérative El Fath. Mohamed Bouziani

raconte : “Au début, nous étions quatorze,

Belges et Marocains confondus. Les

bailleurs de fonds étaient surtout des Belges.

Progressivement, un terme a été mis au système

des 'remittances' et les fonds ont été

investis dans la coopérative. Un montant symbolique

a été demandé aux paysans. La coopérative

compte actuellement 82 membres,

et presque autant de femmes que d'hommes.

Tous les bénéfices sont réinvestis.”

Miel et olives

Dès 2002, la coopérative a lancé sa première

activité : la récolte de miel. “Nous

devions jouer très serré, sans quoi nous

aurions perdu notre crédit auprès de la

population. Il n'y avait que quelques apiculteurs

qui vivaient dans la région, et 20

ruches. Deux d'entre eux ont accepté de

suivre une formation. L'un d'eux travaille

toujours sous contrat avec un pourcentage

sur les bénéfices. Le nombre des colonies

est passé à 800, 600 sont vendues chaque

année.”

Grâce entre autres au ministère marocain

de l'Agriculture, Imane a été mis en

contact avec une ONG espagnole pour qui

la région, avec son climat aride, convenait

idéalement à la culture d'olives. C'était

une source supplémentaire de revenus

toute trouvée, car l'apiculture à elle seule

ne pouvait suffire. “Dès 2003, nous avons

planté des oliviers qui nous ont été fournis

gracieusement par le ministère. Les paysans,

membres ou non, ont pu planter les

arbustes offerts. Aujourd'hui, après plusieurs

années, les oliviers génèrent beaucoup de

travail en octobre et novembre. L'ONG

espagnole a offert une presse à olives à la

coopérative dont les frais de location par

les paysans permettent à El Fath d'acheter

des terrains. L'idée est de s'associer à cinq

autres coopératives et de traiter les olives

(olives de table) pour les commercialiser

sur place ou les exporter vers l'Europe.”

© M. El Abdellaoui

14 FÉVRIER-MARS 2011 I dimension 3


MIGRATION

Alphabétisation

Beaucoup de jeunes Marocains ne savent

ni lire ni écrire. En 2006, Imane s'est lancée

dans l'alphabétisation. Au Maroc,

l'exercice de la moindre activité exige

de faire une demande de permis ! “Nous

avons commencé avec 30 hommes, mais

tous ont décroché après une semaine. Les

hommes sont plus pessimistes : ‘ça ne marchera

jamais’, disent-ils. Les femmes par

contre s'accrochent, elles pensent sur le

long terme. Elles sont déjà 100 aujourd'hui

à suivre les cours. 70 % du salaire des trois

instructrices est payé par Imane, et 30 %

par la coopérative. L'année prochaine, ce

rapport passera à 60/40. La coopérative

doit devenir peu à peu plus indépendante.”

PNUD

En 2009, grâce à l'aide du Professeur

Goossens de l'Université d'Anvers, Mohamed

Bouziani a réussi à faire passer un

projet d'élevage de poulets auprès du

PNUD, le Programme des Nations unies

pour le développement. La collaboration

avec le gouvernement permet également

à la coopérative d'évoluer peu à peu vers

une sorte de mutualité. Ses membres

bénéficient de réductions chez le dentiste

et le médecin. Au Maroc, seuls les fonctionnaires

bénéficient de la sécurité sociale.

Résistances

À première vue, on pourrait croire qu'Imane

a le vent en poupe. Tout n'est pourtant pas

rose. Une poignée d'irréductibles refusent

tout changement. “Certains voient d'un

mauvais oeil la baisse de leurs versements

mensuels : ‘Vous pouvez bien vous passer

de mes 50 euros’, ou : ‘Votre élevage de

poulets va polluer notre région, notre sol

est sacré. Pourquoi commercialiser notre

village ?’. Ils ont même écrit au PNUD. C'est

pourquoi nous tenons tellement à notre festival

annuel, car c'est l'occasion pour chacun

d'exposer ses griefs.”

Comment tient-il le coup ? “Parfois, j'ai

l'impression que la coupe est pleine, travailler

dans le développement peut être

si ingrat. Je ne dois pas non plus négliger

ma vie de famille. Ceci dit, devant le sourire

d'une vieille dame émerveillée de pouvoir

écrire son nom et celui de son mari, ou face

à l'apiculteur tout heureux d'être assuré de

revenus fixes, vous ne pouvez que penser

que cela en vaut la peine.”

Coopération

Mohamed Bouziani rêve de faire d'Imane

une véritable ONG. Il souhaite également

attirer des Belgo-Belges, comme des pensionnés

familiarisés avec la gestion. Imane

a en effet surtout besoin de connaissances.

“La collaboration entre les organisations

de Belges et celles d’'allochtones' est trop

limitée”, estime-t-il. “Tant que les unes

n’accueilleront pas en leur sein des représentants

des autres et vice versa, nous continuerons

à vivre à côté les uns des autres et

non pas ensemble. Ce n'est qu'en travaillant

en totale synergie que l'on apprendra à se

connaître et à s'apprécier. De simples poignées

de mains ne suffisent pas toujours.”

CHRIS SIMOENS

FUITE

DÉSESPÉRÉE

VERS L'EUROPE

Dans la plupart des villages

du Nord-Est marocain,

le commerce est quasi

inexistant. Les villageois

pratiquent une agriculture de subsistance.

Les jeunes n'ont aucune

perspective d'avenir et leur rêve est

de quitter le pays, de préférence pour

l'Europe. Ils ne s'imaginent pas que la

vie là-bas est loin d'être simple. Leurs

parents assument généralement les

frais de leur départ, jusqu'à s'endetter

parfois lourdement dans l'espoir

de leur garantir un avenir meilleur.

Les jeunes commencent par

rejoindre un village plus grand. S'ils

n'y trouvent pas de travail, ils tentent

leur chance dans une ville. Mais

beaucoup veulent aller en Europe, et

si possible en se mariant avec une

femme euro-marocaine. Si cela ne

marche pas, ils utilisent la filière illégale.

Les trafiquants d'êtres humains

n'hésitent pas à soutirer de grosses

sommes d'argent aux candidats au

bonheur, en les entassant à 40-50

dans des embarcations de fortune,

avec les risques d'accidents que

cela suppose. S’ils survivent à la

dangereuse traversée, ils ne sont pas

au bout de leurs peines car un nouveau

combat commence : celui lié au

statut d'illégal dans l'UE.

© M. El Abdellaoui

dimension 3 I FÉVRIER-MARS 2011 15


6-7 décembre 2010. L’événement européen incontournable du

secteur de l’aide. Avec plus de 5.000 participants, les Journées

européennes du développement peuvent être considérées

sans aucun doute comme un franc succès. Échantillon des

interventions les plus marquantes glanées par Dimension 3.

Dans le monde globalisé d’aujourd’hui, le

défi du développement des Pays les Moins

Avancés n’est pas seulement une obligation

morale. Il est étroitement lié aux questions

de paix, sécurité et stabilité internationales.”

Madhav Kumar Nepal,

Premier Ministre du Népal.

La valeur de l’extraction des ressources

sera énorme. Et l’histoire de l’aide au

développement deviendra complètement

secondaire si cet argent est bien géré. Il s’agit

de la plus grande opportunité que l’Afrique ait

jamais eue.”

Le Professeur Paul Collier

Université d’Oxford, annonçant le lancement de la Charte

des Ressources Naturelles, une série de principes

pour guider des gouvernements dans la gestion des

ressources naturelles.

L’aide du secteur privé peut être délivrée

à un niveau où les organisations donatrices

n’ont pas d’emprise. Mais le manque

d’accès aux financements est un facteur

critique pour la plupart des PME dans

l’Afrique sub-saharienne.”

Thomas Duve

Directeur du département Afrique

de la banque allemande de

développement KfW.

C’est pire que le commerce de la drogue. Les gens qui achètent de

l’héroïne ou de la cocaïne savent au moins ce qu’ils achètent et le font en

leur âme et conscience. Ce n’est pas le cas de la personne dont le cœur ou

le

rein est atteint parce qu’il a acheté un faux médicament ; c’est donc une

tentative de meurtre.”

Mo Ibrahim

Président de la Fondation éponyme, comparant le commerce des faux médicaments

- qui tue chaque année 200.000 personnes - à un “tueur silencieux”.

16 FÉVRIER-MARS 2011 I dimension 3


Tout programme d’aide menant à la

dépendance est un signe d’échec, et non

un succès. L’aide doit se rendre inutile à

long terme.”

Donald Kaberuka

Président de la Banque Africaine du Développement.

ent.

Les pays les plus prospères et

concurrentiels sont ceux avec le

moins d’inégalités entre les sexes.”

Melanne Verveer,

Ambassadeur des États-Unis

pour Global Women’s Issues.

Avec son milliard d’habitants

et ses ressources humaines,

avec ses réserves minières et

énergétiques, avec ses terres

arables encore inexploitées,

l’Afrique est un géant en

devenir.”

Jacques Chirac

L’ancien président

de la République

ue

française, lors de son

allocution spéciale.

© Illustrations : Serge Dehaes

La bonne gouvernance ne peut être

imposée de l’extérieur. Vous pouvez

concevoir les systèmes les plus

sophistiqués pour 'tracer' l’argent, rien

ne fonctionnera tant que la volonté

politique n’existe pas au sein des

gouvernements.”

Caroline Anstey,

Vice-présidente des Affaires extérieures de la

Banque Mondiale, évoquant l’approche de

la Banque Mondiale de ne pas faire circuler

de l’argent tant que l’aide n’a pas atteint les

pauvres.

Développer tout homme mais

aussi tout l’homme, pour le rendre

libre et capable de prendre son

destin en mains. Ce sont là, à mes

yeux, la clé et l’objectif ultime du

développement.”

S.A.R. le Prince

Philippe de Belgique,

insistant sur le fait

qu’assurer le seul

bien-être matériel

ne suffi t pas.

LES PERSONNALITÉS

PRÉSENTES

De nombreuses personnalités avaient répondu présent : les présidents

du Bénin, du Rwanda et de la Tanzanie, ainsi que les premiers ministres

du Népal, du Zimbabwe et de l’Autorité palestinienne. D’autres figures

de premier plan avaient fait le déplacement parmi lesquelles l’ancien

Président français Jacques Chirac ou encore le directeur général du

FMI, Dominique Strauss-Khan. Les institutions européennes étaient

bien représentées par le Président du parlement européen Jerzy Buzek,

le Président de la Commission José Manuel Barroso, des membres

de la Commission dont le Commissaire au développement Andris Piebalgs,

des eurodéputés dont Louis Michel. Des Ministres européens

étaient également présents. Du côté belge, le Prince Philippe et la

Princesse Mathilde, le Premier Ministre Yves Leterme et le ministre

de la Coopération au développement Charles Michel ont participé à

l’événement.

dimension 3 I FÉVRIER-MARS 2011 17


Six mois inten

à l’ombre de Lisbonne

Juillet 2010 : la Belgique prenait la présidence du Conseil de l’Union européenne pour six

mois. La Coopération au développement comptait parmi ses domaines d’intervention.

Il revenait à notre pays d’encadrer les activités organisées dans le cadre du Conseil des

affaires étrangères (représentants nationaux des 27 États membres), en étroite concertation

avec la Commission européenne et le Parlement européen.

© eu.trio

18 FÉVRIER-MARS 2011 I dimension 3


EUROPE

ses,

Encadrement – et non direction –

était donc le mot d’ordre. En

effet, depuis que le Traité de Lisbonne

a créé la fonction de Haut

Représentant, responsable de la cohérence

de la politique extérieure de l’UE, ce

n’est plus le pays qui assure la présidence

tournante de l’UE qui préside le Conseil

des Affaires étrangères ni qui établit le

calendrier, mais le Haut Représentant qui

s’exprime au nom de l’UE. Dans l’attente

de la mise en place d’un véritable service

diplomatique européen, la Belgique

a encore assumé une grande partie des

tâches dites ‘classiques’ dévolues à la présidence

tournante.

Davantage d’Europe : une nécessité

L’UE tente de renforcer

l’unité entre les

États membres. Que

ce soit au niveau des

grandes priorités de

l’aide au développement

ou au niveau des

meilleures pratiques

pour leur mise en œuvre concrète dans

les pays partenaires. Bien que les avis

soient partagés sur le sujet, l’idée d’une

politique européenne de coopération au

développement centralisée fait tout doucement

son chemin. Les collaborations qui

visent à réduire la fragmentation de l’aide

sur le terrain se multiplient. Le besoin est

réel : l’Union européenne est le plus grand

donateur de la planète, avec 50 milliards

d’euros consacrés chaque année à l’aide

publique au développement soit environ

60 % de l’ensemble de l’aide mondiale.

Si chaque état décidait de travailler dans

son coin, l’aide perdrait beaucoup de son

impact. Depuis le Consensus européen

(2005) et le Code de conduite européen

(2007), les États membres et la Commission

ont beaucoup progressé en matière

de division du travail sur le terrain et d’efficacité

de l’aide.

Rôle de la présidence

La présidence tournante joue un rôle

essentiel dans le processus d’unification

européenne en termes de mobilisation,

de médiation, de définition de positions

ou de directives communes. Chaque présidence

s’efforce de s’acquitter au mieux

de ses tâches, et la réputation de la Belgique

à cet égard n’est plus à faire. Les

attentes sont élevées, la pression énorme,

et les six mois du mandat sont vite écoulés.

Bien que chaque présidence établisse

son propre programme, c’est le calendrier

européen qui est prépondérant sur

le long terme, ce qui est d’ailleurs une

bonne chose. Le nouveau contexte déjà

évoqué explique pourquoi la Présidence

belge a dû à l’occasion faire preuve d’une

certaine retenue.

Bilan de la présidence belge

La Belgique a surtout travaillé sur deux

gros dossiers : l’aide budgétaire générale

en tant qu’outil destiné à soutenir les pays

en développement, et les

sources supplémentaires

de financement (comme

la taxe sur les transactions

financières internationales),

en sus de l’aide

publique au développement.

La Présidence belge

s’est efforcée de rapprocher les points de

vue divergents sur ces sujets, entre autres

lors d’un Conseil des ministres informel en

octobre dernier.

En automne 2010, la Commission a lancé

son Livre vert qui se veut une réflexion

sur l’avenir de la coopération européenne

au développement. Il ne pouvait manquer

d’être placé au centre des discussions

lors du Conseil des Ministres de

la Coopération au développement de

décembre. Sous l’impulsion de la Belgique,

les ministres y ont également pris

des décisions concernant la transparence

de l’aide, la responsabilisation, des éléments

clefs pour améliorer l’efficacité de

l’aide. Décembre fut également le mois

des Journées européennes du développement

qui se sont déroulées avec succès

à Bruxelles, et qui ont attiré tant les spécialistes

du développement que le grand

public (voir p. 16)

Sur la scène internationale, le Sommet de

New York de septembre a été l’événement

majeur de notre présidence. La communauté

internationale y a fait le point sur

la réalisation des Objectifs du Millénaire

(Dim3, 2010-5). Les faits marquants en ont

été : la réaction de l’Europe face aux catastrophes

à Haïti et au Pakistan, le Sommet

UE-Afrique de novembre (voir p. 11) et la

relance du dialogue sur le développement

entre l’UE et les États-Unis.

GUY RAYÉE

Représentation permanente

de la Belgique auprès de l’UE

dimension 3 I FÉVRIER-MARS 2011 19


De SOLIDARNOSC

à la coopération au

développement

Depuis 2004, l’Union européenne a accueilli 12 nouveaux États membres. Ces États se

sont eux aussi engagés officiellement dans la coopération au développement. Comment

cette coopération a-t-elle évolué ?

Passé communiste

La Coopération au développement n’est

pas totalement neuve pour les nouveaux

États membres. Mais à l’époque communiste

– dix des nouveaux États sur douze

se trouvaient alors derrière le rideau de

fer –, elle servait surtout la promotion

du communisme. Le Vietnam et Cuba

étaient des bénéficiaires privilégiés de

l’aide. Les étudiants africains pouvaient

étudier en Hongrie. À l’époque, le Président

roumain Ceausescu était souvent en

tournée en Afrique, même s’il se rendait

compte que son propre pays était également

un “pays en développement”. D’où

le fait qu’il mettait l’accent sur une coopération

présentant des avantages pour les

deux parties.

Après la chute du

Mur de Berlin en

Les ONG roumaines

plaident pour le

‘co-développement’,

une véritable

collaboration entre

partenaires égaux.

1989, les “pays

du bloc de l’Est”

ont bénéficié euxmêmes

de subventions

au développement.

Les ONG

locales ont appris

l’autonomie à leurs

propres populations.

D’après Krzysztof Stanowski, secrétaire

d'État polonais à la Coopération au développement,

ceci présente toujours des

avantages au jour d’aujourd’hui. “Nos

ONG travaillent aussi bien en Pologne

que dans nos États partenaires. Par conséquent,

les gens comprennent très bien

ce que font les ONG. Elles ont un visage.

La majorité des Polonais (83 %) soutient

donc la coopération au développement.

Et, bien entendu, la solidarité ne nous est

pas étrangère. Nous avons en effet connu

le mouvement Solidarnosc.”

Dans les pays voisins

Dans leurs préparatifs en vue de l’adhésion

à l’Union européenne, les anciens

pays de l’Est ont lancé leur coopération

au développement au compte-gouttes.

Ils se sont essentiellement tournés

vers leurs voisins : les Balkans, l’Europe

orientale (Ukraine…) et le Caucase

(Géorgie…). De l’avis d’Eva Kolesárová,

directrice de l’agence slovaque de développement,

“(…) il s’agit

d’un choix logique. Du fait

de notre passé communiste

commun, nous comprenons

mieux ces pays.

Nous pouvons partager

notre expérience du processus

de transformation

en État membre de l’UE.”

Même en tant qu’État

membre de l’UE à part

entière, les pays voisins

restent des partenaires : Bélarus, Géorgie,

Moldavie, Serbie, Bosnie-Herzégovine,

Kosovo, Ukraine… Par ailleurs, en

raison des engagements militaires envers

l’OTAN, l’Afghanistan est souvent un partenaire

privilégié. Les liens avec l’Afrique

sont limités. “Nous n’avons que deux

ambassades en Afrique noire : au Kenya et

en Afrique du Sud”, précise Tamás Orosz

du Ministère hongrois des Affaires étrangères.

“Dans ces pays, tout comme en

Éthiopie et au Nigeria, nous n’avons que

quelques projets sporadiques.”

Co-développement

Les nouveaux États membres travaillent

fréquemment dans les domaines de la

démocratie, de la bonne gouvernance et

des droits de l’homme. D’autres matières

de prédilection sont l'agriculture, l'eau,

l’éducation et la santé. L’approche est fortement

calquée sur le modèle occidental.

Mais tout le monde est loin de penser

que c’est une bonne idée. Ainsi, par

exemple, les ONG roumaines souhaitent

abandonner la relation donateur-bénéficiaire.

Elles plaident pour le 'co-développement',

une véritable collaboration

entre partenaires égaux.

Il est néanmoins frappant de constater

que la majeure partie du budget

de développement est attribuée via les

organisations internationales telles que

l’UE. Du fait de l’expérience limitée de

ces pays, ceci n’est pas si étonnant. Le

budget total fluctue entre 0,08 et 0,12 %

du RNB. L’intention est d’atteindre 0,33 %

en 2015.

À la barre

En 2011, la Hongrie et la Pologne pourront

déjà marquer de leur empreinte la coopération

européenne au développement.

20 FÉVRIER-MARS 2011 I dimension 3


EUROPE

Iceland

Sweden

Finland

Norway

Estonia

Russia

Ireland

Denmark

Latvia

Lithuania

United

Kingdom

Belarus

Netherlands

Belgium

Germany

Poland

France

Luxembourg

Switzerland

Czech

Rep.

Austria

Slovac Rep.

Hungary

Ukraine

Moldavia

Portugal

Spain

Italy

Slovenia

Croatia

Bosnia & Serbia

Herzegovina

Montenegro

Macedonia

Romania

Bulgaria

Albania

Greece

Turkey

Anciens membres

Nouveaux membres

Malta

Cyprus

Membres candidats

Elles exerceront en effet la présidence

de l’Union européenne. “La démocratie

devient un thème important”, nous confie

le Secrétaire d’état polonais Stanowski.

“Les Journées européennes du développement

à Varsovie seront ouvertes

aux écoles et nous organisons un festival

de cinéma.” Par ailleurs, au sein de

la Commission européenne, ce sont les

représentants de deux nouveaux États

membres qui occupent tant le poste de

Commissaire à la coopération au développement

que celui de Commissaire

à l'aide humanitaire, respectivement le

Letton Andris Piebalgs et la Bulgare Kristalina

Georgieva.

Malte

Chypre et Malte – les seuls nouveaux

États membres sans passé communiste

– détonnent quelque peu dans ce

contexte. Ils sont également actifs dans

la coopération au développement. “Nos

compatriotes sont très généreux, ce sont

des latins”, déclare la diplomate maltaise

Daniela Sultana. “Nous avons un passé de

missionnaires. Venir en aide aux autres, on

a ça dans le sang. Même si actuellement,

nous ne consacrons pas plus de 0,18 %

du PNB, il y a une forte volonté politique

d’atteindre les 0,7 %.”

CHRIS SIMOENS

dimension 3 I FÉVRIER-MARS 2011 21


© GFMD

FORUM MONDIAL SUR LA MIGRATION ET LE DÉVELOPPEMENT

MÉXICO 2010

“Partenariats pour la Migration

et le Développement humain :

prospérité partagéeresponsabilité

partagée.”

Partant du constat qu’il convenait de mieux appréhender

les opportunités et les défis des liens entre la migration

et le développement au niveau mondial, il fut décidé en

septembre 2006 de créer au sein des Nations Unies un

forum intergouvernemental qui permettrait à tous les pays

membres de réfléchir de manière sereine, transparente et

constructive à ces questions politiquement sensibles.

Après Bruxelles en 2007, Manille

et Athènes en 2008 et 2009, ce

4 e Forum s’est tenu du 8 au

11 novembre 2010 au Mexique,

et réunissait cette année pas moins de 131

États. Le professionnalisme, l’enthousiasme

et la souplesse ont caractérisé l’organisation

de ce Forum par les autorités mexicaines.

Et également une grande ouverture,

avec une innovation telle que l’Espace

Commun entre la société civile et les

gouvernements.

Lors des discussions gouvernementales,

divisées en sept sessions, de nouvelles

questions ont été abordées, telles que la

migration irrégulière, la protection des

familles migrantes (et de leurs enfants),

l’égalité hommes - femmes (genre), et les

liens entre migrations et changements climatiques.

Deux sessions parmi elles intéressaient

particulièrement la délégation

belge et ont dès lors fait l’objet d’une attention

plus spécifique :

• La session “Partenariats pour une migration

plus régulière et mieux protégée”, coprésidée

par la France et le Brésil. Membre de

l’équipe, la Belgique a participé à la préparation

du document de fond. Les États

y ont présenté la très grande variété des

accords existants (bilatéraux, régionaux,

institutionnels, etc.), et l’accent y a été mis

également sur l’apport nouveau de l’aspect

'développement' dans ces accords. Une

recommandation a été faite pour la mise en

réseau des accords dans lesquels les pays

sont engagés, via la création d’une Plateforme

pour le Partenariat.

• La session “Stratégies conjointes pour

mieux répondre à la migration irrégulière”,

coprésidée par les Pays-Bas et l’Équateur.

Depuis le premier Forum à Bruxelles en

2007, c’est la première fois que cette question

était abordée. De nombreuses délégations

avaient en effet émis des objections

à ce que ce sujet fasse l’objet d’une table

ronde spécifique. D’autres, dont la délégation

belge, avaient insisté pour que les

causes profondes du phénomène soient

aussi abordées, et pas uniquement les

questions du contrôle de la migration irrégulière

dans les pays d’accueil.

Malgré le caractère sensible du sujet, les

débats se sont déroulés sans animosité.

Tout en reconnaissant le droit souverain

de chaque État, plusieurs solutions ont été

mises en avant pour répondre à l’immigration

irrégulière, appelant à une responsabilité

partagée entre pays d’origine et de

destination :

• Créer des nouveaux régimes de migration

innovants (via des partenariats bi ou

multilatéraux), tenant compte notamment

des besoins du marché et de facteurs

démographiques, et permettant ainsi

d’étendre les possibilités de migration

légale, en ce compris pour les migrants

ayant moins de qualifications (p. ex. migration

circulaire/temporaire).

• Mieux informer les migrants sur les

enjeux de la migration (possibilités de

migration légale, aide au retour…).

• Mener des campagnes de régularisation

dans les pays d’accueil où c’est possible

(demande émanant essentiellement

des pays latino-américains, qui mettent en

doute la distinction entre migrants réguliers

et irréguliers).

• Encourager et privilégier les retours

volontaires.

• Limiter les causes de l’émigration grâce

à un développement durable et à de meilleures

conditions de travail dans les pays

d’origine.

Lors de cette session, les participants ont

également insisté sur l’importance de combattre

plus durement les réseaux criminels

qui profitent de ces migrants, et sur la nécessité

de permettre à ces derniers d’avoir

accès aux services sociaux de base.

La session spéciale dédiée au Futur du

Forum vit la délégation belge y présenter

un document de prospective qui fit l’objet

d’un vif intérêt de certaines délégations

extra-européennes. Enfin, simultanément à

cette session spéciale sur le Futur du Forum,

une session de travail fut encore consacrée

à la Plate-forme pour les partenariats. Ce

nouvel outil – un portail web - devrait faciliter

et encourager les partenariats et la coopération

entre les gouvernements, améliorer

la visibilité des réalisations du Forum, et

traduire ses résultats en actions concrètes.

JÉRÔME TOUSSAINT

JEAN-MICHEL CORHAY

ONLINE

www.gfmd.org

22 FÉVRIER-MARS 2011 I dimension 3


CULTURE

Ils étaient 8, huit grands noms de la mode belge

pour 8 Objectifs de développement. Dans le

cadre prestigieux du Palais des Beaux-Arts, entre e

danses, musique et chants lyriques, l’espace d’une

soirée, le développement s’est fait élégance. Le

show était présenté, le 6 décembre, dans le cadre

des festivités off des Journées européennes du

développement.

When

fashion

meets humanity

Assurer un environnement

durable

Moules, femmes-poissons,

coraux, c’est à travers un

univers aquatique surprenant

que les créateurs de 'On aura

tout vu' illustrent le thème de la

protection de l’environnement.

© 8plusgoals

© 8plusgoals

© 8plusgoals © 8plusgoals

Éducation primaire pour tous

Enfin la cloche sonne, ce sont les enfants,

filles et garçons, du monde entier qui

vont à l’école, dans des vêtements signés

Anne Kuris.

EP

Améliorer la santé maternelle

Des femmes aux robes de tulle blanche toujours plus rondes comme l’évolution de

la femme enceinte pour célébrer le processus de création et le droit de la femme à

donner la vie sans perdre la sienne, par la créatrice et mère de famille Anne Heylen

ONLINE

www.8plusgoals.com

dimension 3 I FÉVRIER-MARS 2011 23


© Collectif des femmes

la parole douce et universelle des migrants

En Belgique, avec un public interculturel composé

majoritairement de migrantes, et dans les prisons de

l’hémisphère Sud, le Collectif des femmes propose des

ateliers d’art thérapie, afin de transcender les expériences

difficiles, les mots interdits et d’offrir un espace de parole.

“ Je suis arrivée en Belgique avec les

séquelles indélébiles d’une jeunesse

passée sous la dictature”, raconte

l’artiste plasticienne chilienne,

Roxana Alvarado. Ses yeux noirs de jais

frémissent quand elle continue : “Ma mère

était une combattante politique, mon père

un écrivain et journaliste. Toute ma famille

a été très touchée par la dictature et en a

connu les prisons. J’ai été confrontée au

monde carcéral et à la violence d’État, dès

mon enfance.” C’est profondément blessée

qu’elle arrive en Belgique en 1992

en tant que refugiée

politique ; “toute ma vie

je resterai choquée par

la violence et l’enfermement”,

poursuit-elle.

Ce choc, depuis, elle l’a

transformé en force, une

force qu’elle offre aux

autres femmes à travers

le Collectif des femmes.

Le collectif est né il y

a 30 ans du constat

que les épouses des

migrants boursiers du

Sud arrivés à Louvain-la-Neuve souffraient

d’isolement et ne parvenaient pas à s’intégrer.

“Au début, le collectif allait porte-àporte

chercher les femmes migrantes pour

leur proposer un espace de parole avec

d’autres femmes. Petit à petit, il a ouvert

une filière de formation”, explique Ivanna

Patton, employée au collectif. Aujourd’hui,

L’art parle là où la

parole est interdite

ou trop

douloureuse,

c’est un

substitut

doux.

ROXANA ALVARADO

c’est un lieu de rencontre et de réflexion

sur les liens interculturels entre immigrées

et Belges. Par la formation, la parole

ou la création, l’objectif est de les rendre

actrices de leur développement.

Roxana poursuit : “J’étais diplômée des

Beaux-Arts au Chili, j’ai complété ma formation

ici en Europe dans le domaine des

arts graphiques et verriers. Jusqu’à ma

mort je serai artiste et je ferai de mon art

un outil au service des gens, en particulier

des femmes emprisonnées.” Elle anime

régulièrement des ateliers d’art-thérapie

au Collectif des

© DGD - D. Ardelean

femmes. Des organisations

qui ont

eu connaissance

de son travail ont

appelé l’artiste

chilienne à l’étranger

pour réaliser

des ateliers destinés

à soulager

la souffrance des

femmes confrontées

à la violence

et à l’enfermement

au Mali, au Sénégal, en Palestine, etc.

“L’art parle là où la parole est interdite

ou trop douloureuse, c’est un substitut

doux.” Dans certains milieux carcéraux

féminins comme la prison Alto Bonito du

Chili ou la Maison d’arrêt VI à Dakar, les

ateliers artistiques ouvrent les portes et

les cœurs. “Dans ces lieux où les projets

LE COLLECTIF

DES FEMMES…

…a reçu le Prix “Accueil et Entraide des

Migrants” de la Fondation Roi Baudouin

en 2009 pour l’ensemble des actions qui

visaient à mettre en évidence le potentiel

des migrants, parmi lesquelles entre

autres : L’Art- Thérapie sociale et le

travail d’accompagnements aux

femmes séropositives. Le

collectif est soutenu par

la DGD.

de reconstruction personnelle sont rares,

un atelier artistique rassemble les femmes

dans un espace d’échange commun.

Ensuite, pour chacune, débute un travail

interne, une prise de conscience identitaire.

À partir de çà, la reconstruction d’un projet

de vie est possible.” Et lorsque Roxana

s’en va, laissant sur les murs gris des peintures

collectives, témoignages colorés des

vécus et espoirs des femmes, une association

locale continue le travail.

“Nous avons plusieurs nationalités différentes

dans les ateliers multiculturels d’art

du collectif à Louvain-la-Neuve.” L’expression

artistique traverse les frontières

culturelles et c’est le cas aussi à travers le

monde. Ainsi, lorsque des ateliers se sont

tenus dans les Territoires palestiniens (1) ,

“l’art a transcendé les barrières linguistiques

et culturelles”. Dans les prisons et

les hôpitaux psychiatriques de Bamako

ou de Dakar, les ateliers artistiques ont

inspiré des projets de reconstruction de

vie et de réinsertion sociale. C’est fondamental,

car “la plupart des femmes sont

enfermées à cause de faits liés à la problématique

du genre comme la polygamie, les

mariages forcés, les mutilations génitales,

etc. Certaines sont à peine pubères. Entrer

en prison, c’est tomber dans un cercle

vicieux dont il est difficile de sortir. De là

l’importance de l’art – thérapie sociale.”

Pour la suite, Roxana prépare un atelier

avec une Congolaise membre du Collectif

des femmes dans une prison de Kinshasa.

ELISE PIRSOUL

1

En partenariat avec le Mouvement Artistes contre

le Mur et avec le soutien du Fonds Roberto Cimetta

à Paris.

24 FÉVRIER-MARS 2011 I dimension 3


© Pierre Lisano

CLIMAT

Le glacier Andin

Chaupi Orco en Bolivie

Cancún,

la voie difficile de la

négociation à l’action

YES,

WE CAN !

Yes, we can ! suit six jeunes Flamands

qui sont confrontés en Bolivie aux conséquences

du réchauffement climatique.

Le programme a été mis en place avec le

soutien de la Coopération belge au développement

et a été diffusé pendant sept

semaines sur TMF, la chaîne pour jeunes.

Tous les épisodes seront retransmis

durant les vacances de Pâques.

© Breedbeeld

En tant que militant engagé dans la lutte contre le changement climatique, Francesco

Vanderjeugd a fait du Sommet de Cancún sa première priorité. Alors que l’on poursuivait

de rudes négociations dans les salles, Francesco, suivi d’une équipe de télévision de

TMF, a essayé d’inciter de nombreux décideurs à passer à l’action. Il est parvenu à

présenter une allocution devant une délégation internationale mais s’est retrouvé en état

d’arrestation peu après. Voici son reportage.

Le Sommet de Cancún sur le

changement climatique ne faisait

guère l’objet de grandes

espérances. Après la cinglante

déception de Copenhague, presque tous

les pays se tenaient sur leurs réserves au

Mexique. Avant même le début de la réunion,

il était exclu de parvenir à un accord

impératif décisif pour limiter les émissions

de CO 2

. Tout au mieux a-t-on pu adopter

quelques accords partiels et déclarations

d’intention en préparation du prochain

sommet sur le climat en Afrique du Sud.

Bolivie

Pour moi, il en a été autrement. En tant

que gagnant du programme télévisé Yes,

we can ! sur TMF, j’ai été choisi pour faire

entendre la voix d’un groupe de jeunes à

Cancún. À six, nous avons mis le cap sur

la Bolivie et nous avons pu y observer les

véritables conséquences du réchauffement

climatique. Des glaciers séculaires

à 5.000 mètres d’altitude y fondent à une

vitesse record, privant d’eau les habitants

des zones en contrebas. Et dans le Chaco,

la plaine sèche dans le sud du pays, la saison

des pluies dure déjà plus d’un mois de

moins qu’il y a quelques années. C’est dire

s’il est grand temps d’intervenir.

Arrêté

À Cancún, j’ai été émerveillé de voir

près de 200 pays parvenir à se réunir et

se rencontrer sur un thème aussi complexe

que le changement climatique.

Mais, après deux semaines de négociations,

il m’en reste un goût amer : le Protocole

de Kyoto n’a pas été prolongé et

aucun grand accord qui force les pays à

prendre des mesures radicales n’a été

adopté. L’action d’un groupe de jeunes

issus de divers pays a frappé l’opinion

le dernier jour du Sommet sur le climat.

Alors que tous les ministres étaient réunis

pour les négociations ultimes, ils se

sont postés devant le palais des congrès.

Lentement, ils ont commencé à compter

jusqu’à 21.000, soit le nombre de morts

en 2010 à cause du réchauffement climatique.

Le slogan sur leur T-shirt m’a

frappé : Vous aviez déjà entamé les négociations

avant ma naissance, ne demandez

pas qu’on vous donne plus de temps

aujourd’hui. Lorsqu’ils ont appelé tout le

monde à rejoindre la manifestation, je

n’ai pas hésité une seconde. Le service

de sécurité de l’ONU n’avait pas compris

car ils nous ont dispersés et nous

ont poussés brutalement dans un combi

de police. Heureusement pour nous, le

chauffeur ne connaissait pas le chemin et

nous a déposés sur le bord de la route.

Finir dans une cellule mexicaine n’est,

paraît-il, pas une partie de plaisir.

Choix difficile

Nous ne saurons jamais si cette manifestation

a donné un coup de pouce dans la

bonne direction. Toujours est-il que le président

mexicain du Sommet sur le climat

est parvenu à faire approuver un accord

sur le fil. Certes, rien de renversant mais

tout a quand même été mis sur papier.

La réalisation la plus importante est peutêtre

la constitution du Green Climate Fund.

D’ici à 2020 les pays riches y verseront

100 milliards de dollars chaque année afin

que les pays en développement aient les

moyens de participer à la lutte contre le

réchauffement climatique. Des mesures

sont prises également pour aider ces pays

à protéger leurs bois et forêts tropicales.

Mais la décision du caractère impératif

ou non des mesures qui figurent dans

l’accord est toujours en suspens. Ce choix

difficile est relégué au prochain sommet

dans la ville sud-africaine de Durban, à la

fin de cette année.

FRANCESCO VANDERJEUGD

dimension 3 I FÉVRIER-MARS 2011 25


BIODIVERSITÉ

RESSOURCES GÉNÉTIQUES :

LES CONSERVER ET LES PARTAGER

ÉQUITABLEMENT

© birdlife.ch

un moment historique

pour la biodiversité

“Nagoya” n’est pas un “Copenhague bis”. Des accords

historiques ont été conclus. La Belgique, en tant que

Présidente en exercice du Conseil de l’Union européenne,

peut s’estimer satisfaite de sa présidence. L’Union

européenne a montré un front soudé et a défendu ses

positions de manière convaincante.

Les ressources génétiques sont des organismes

dont l’homme peut faire un usage

direct. Il peut s’agir de variétés végétales

et animales, utilisées par l’homme pour se

nourrir ou se soigner, mais également de

micro-organismes. Plus ces ressources

génétiques conserveront leur variété, plus

large sera notre éventail de choix disponible

pour notre alimentation, la production

de médicaments et pour quantité d’autres

applications. On a constaté durant les dernières

décennies la disparition de nombreuses

ressources génétiques : c’est le

phénonème de l’érosion génétique.

Les causes principales en sont la disparition

des zones naturelles et l’utilisation de

techniques d’agriculture modernes. La plupart

des ressources génétiques trouvent

leur origine dans les pays en développement

et il va de soi que ceux-ci espèrent

récupérer quelque bénéfice de l’utilisation

qui est faite des diversités végétales et

animales qu’ils offrent. La Convention sur

la diversité biologique stipule que les pays

sont propriétaires des ressources génétiques

qui se trouvent sur leur territoire.

Ces droits souverains interdisent d’emporter

ou d’exploiter des espèces végétales ou

animales sans autorisation ad hoc.

Nagoya (Japon), 30 octobre,

3 heures du matin : les participants

à la 10 e Conférence des

Parties de la Convention sur la

diversité biologique laissent éclater leur joie.

Les trois dossiers clefs sont enfin adoptés

après de longues négociations : le Protocole

de Nagoya sur l’accès aux ressources génétiques

et le partage juste et équitable des

avantages résultant de leur utilisation (ou

Protocole ABS) et le plan stratégique 2011-

2020 pour la biodiversité et la stratégie de

mobilisation des ressources financières.

Ressources génétiques

Les pays riches en biodiversité, essentiellement

des pays du Sud, ont obtenu

le Protocole ABS. Cet accord établit un

cadre juridique contraignant pour l’accès

aux ressources génétiques liées à

la biodiversité. Il prévoit aussi un partage

équitable des bénéfices issus de

l’exploitation commerciale de ces ressources.

Concrètement, toute entreprise

qui désirera tirer profit de ressources

génétiques (dans les domaines pharmaceutique,

agro-alimentaire, forestier, horticole…)

devra obtenir le consentement

du pays d’où sont issues les ressources

concernées. L’entreprise devra rétribuer

ce pays sous forme de brevets exploités

en commun, de sommes d’argent, de

transfert de technologies ou encore de

renforcement des capacités.

Nouveaux moyens

Les pays du Sud ont également acquis

des garanties sur la mobilisation de

nouvelles ressources financières pour la

protection de la biodiversité. Leur espoir

était d’obtenir un engagement ferme des

pays industrialisés – le Brésil avait suggéré

une somme de 200 milliards de dollars

sur dix ans – mais ceux-ci ont obtenu

un délai de deux ans qui permettra de

définir les mécanismes de financement

et l’ampleur des sommes nécessaires.

Des objectifs chiffrés et des indicateurs

seront adoptés lors de la prochaine

Conférence des Parties, en 2012.

Pendant les négociations, les pays du Sud

ont insisté sur l’importance d’un accroissement

de l’aide publique au développement

pour la biodiversité. L’Union

européenne a proposé de compléter

cette aide par des mécanismes financiers

innovants (marchés verts, systèmes

de taxation, partenariats public-privé…).

Elle s’est heurtée à la méfiance de certains

pays, qui perçoivent ces mécanismes

comme une tentative des pays

industrialisés de se soustraire à leurs

engagements en terme d’aide publique

au développement. Le débat sera rouvert

dans deux ans.

Plan stratégique

L’Union européenne désirait obtenir un

plan stratégique 2011-2020 ambitieux

et mobilisateur. Le résultat est en demiteinte.

Le plan propose 20 objectifs

répondant à 5 buts stratégiques. Certains

de ces objectifs n’ont pas atteint le

niveau espéré. La couverture des aires

protégées terrestres ne devra atteindre

que 17 % du territoire mondial en 2020

(actuellement à 13 %). Les forêts ne font

pas l’objet de mesures spécifiques. Par

contre, la protection du milieu marin en

sort renforcée : des mesures visent à

réduire les pressions de la pêche, à protéger

les récifs coralliens et à désigner

10 % d’aires marines protégées.

Il reste encore à mettre en œuvre les

décisions prises, de manière efficace et

urgente, afin de mettre - enfin - un coup

d’arrêt à la perte de la biodiversité…

ANNE FRANKLIN

Blog de la délégation Belge

www.cop10.biodiv.be

26 FÉVRIER-MARS 2011 I dimension 3


CONGO

Biodiversity

Initiative

ORIENTATION DE L'AIDE STRUCTURELLE

POUR LES SCIENTIFIQUES CONGOLAIS

“La Congo Biodiversity Initiative a

pour but de contribuer à l'élargissement

des connaissances sur la diversité naturelle

au Congo grâce à une aide structurelle et

à la dynamisation de la formation et de la

recherche scientifi ques.”

Au printemps 2010, une équipe de scientifiques a exploré

la biodiversité si riche du fleuve Congo et de sa forêt

équatoriale. Ils en sont revenus avec une foule de nouvelles

données et ont découvert de nouvelles espèces animales.

La collaboration scientifique belgo-congolaise s'est

intensifiée depuis lors. Elle a débouché dernièrement sur

la Congo Biodiversity Initiative, une plate-forme qui permet

aux chercheurs de se réunir autour de projets concrets.

“ L'un des effets pervers du processus

de démocratisation dans

les années '90 au Congo a été la

fin de notre collaboration scientifique

avec la Belgique.” C'est en ces

termes sans équivoque que Faustin Toengaho,

recteur de l'Université de Kisangani,

accuse la période de transition congolaise

mouvementée d’avoir interrompu la collaboration

scientifique belgo-congolaise.

“Mais, depuis quelques années, la situation

s'améliore.” L'expédition sur le fleuve

Congo n'était pas le sommet mais bien le

début de la renaissance. Actuellement, le

Centre de Surveillance de la Biodiversité est

en cours de construction à Kisangani et il

ouvrira ses portes d'ici à l'automne 2011,

tandis que l'herbarium de Yangambi est en

cours de rénovation. Le but de la Congo

Biodiversity Initiative est de mieux pouvoir

soutenir l'ensemble des activités. “La collaboration

est le mot clé”, selon Camille

Le photographe Kris Pannecoucke a accompagné les membres de l'expédition pendant six

semaines sur le fl euve Congo et ses affl uents. Pour lui, c'est un rêve d'enfant qui s'est réalisé. Il

nous a ramené des images fortes de la vie le long du fl euve, du travail des scientifi ques sur le terrain

et de la faune et la fl ore congolaises. Son travail consacré à l'expédition a déjà été publié dans

divers magazines mais est aussi exposé simultanément du 25/01 au 13/03 dans les institutions

scientifi ques qui soutiennent la Congo Biodiversity Initiative.

© Kris Pannecoucke

Pisani, directrice de l'Institut

royal des Sciences naturelles

de Belgique.

Plus que de l'écologie

La préservation de la biodiversité

unique au Congo n'est pas

seulement d'intérêt écologique

mais joue également un rôle

dans le développement économique

de la population. Plus de

40 millions de Congolais vivent de

la forêt et des rivières du bassin du

Congo. Le déboisement, le braconnage

et la surpêche menacent cependant

les écosystèmes.

Pour parvenir à une exploitation et une

gestion durables des richesses écologiques,

les connaissances scientifiques de

celles-ci sont donc essentielles. La science

manque cependant de données récentes et

fiables. L'expédition sur le fleuve Congo y

a déjà remédié en partie. Pour continuer à

actualiser les connaissances, les forces sont

aujourd’hui réunies dans la Congo Biodiversity

Initiative, qui repose sur trois piliers :

• Recensement de la biodiversité

congolaise.

• Formation du personnel scientifique et

collaboration à long terme.

• Création d'un centre d'études pour

l'observation de la biodiversité.

Selon Guido Gryseels, directeur du Musée

royal de l’Afrique centrale, “les trois volets

garantissent ensemble le renforcement

structurel des scientifiques congolais.”

La Congo Biodiversity Initiative est soutenue

par l'Université de Kisangani, l'Institut

royal des Sciences naturelles de Belgique,

le Jardin botanique national de Belgique et

le Musée royal de l'Afrique centrale. Elle

reçoit le soutien de la Coopération belge

au développement, de la Politique scientifique

fédérale et de la Loterie Nationale.

ONLINE

www.congobiodiv.org

THOMAS HIERGENS

dimension 3 I FÉVRIER-MARS 2011 27


© Olivier Jobard / Sipa Press

Dans le

labyrinthe

de la santé

Tu te sens tellement

seule. Parfois, tu as

besoin de parler à

quelqu’un et il n’y a

personne avec qui

échanger

GINETTE, 27 ans, Camerounaise

L’exposition EXIL, EXIT ?, présentée par Médecins du Monde

et l’agence Sipa Press, lève le voile sur la vie des personnes sans

papiers. Elle constitue un témoignage inédit sur les conditions de vie,

le parcours et l’état de santé de ces personnes parmi les plus exclues

en Europe. Et parmi les plus vulnérables, les femmes enceintes et les

enfants.

Composée des photoreportages de Olivier Jobard et de témoignages vidéos et

sonores scénographiés de manière originale, cette exposition-manifeste lance un appel

aux citoyens et aux responsables politiques pour un accès aux soins de santé de toute

personne vivant en Europe.

Déjà montrée à Paris et à la Gare du Midi fin 2010 à Bruxelles, cette exposition itinérante

tournera dans plusieurs autres villes européennes jusqu’à fin 2011.

www.medecinsdumonde.be

28 FÉVRIER-MARS 2011 I dimension 3


PARTENAIRES

au

quotidien

Pour des migrants qui arrivent en Belgique, de bonnes

conditions de vie ne sont pas toujours évidentes. L’ONG

Médecins du monde prête assistance aux plus démunis

d'entre eux, en orientant et en soignant les personnes

exclues des soins de santé. Témoignage de Sophie Bleus,

assistante sociale, sur une journée ordinaire au Centre

d’accueil, de soins de d’orientation (CASO) de l’ONG à

Bruxelles.

Au CASO, rue d’Artois à

Bruxelles, un vendredi aprèsmidi.

C’est la sixième et

dernière consultation de la

semaine, nous sommes deux assistantes

sociales salariées et deux médecins

bénévoles à recevoir les patients. Vingtquatre

personnes attendent le début de

la consultation, mais nous ne pourrons en

recevoir que vingt aujourd’hui…

Désemparé,

Mouhamadou

m’explique qu’il a de

plus en plus mal aux

dents et le dentiste

lui a dit que c’était

urgent.

Arrivée du Nigéria il y a quelques mois,

Aissatou est passée à l’hôpital où on lui a

prescrit trois médicaments pour son bébé.

Fort inquiète, elle m’explique qu’elle

n’a pas les moyens de les acheter. Notre

médecin lui donne une boîte de médicaments

que nous avons en stock et lui refait

une prescription pour deux autres médicaments

moins chers. Nous l’orientons

vers une pharmacie partenaire qui nous

enverra la facture, et nous la reverrons

dans deux semaines pour voir si elle a pu

obtenir une couverture médicale pour son

bébé.

Après Aissatou, je reçois Ali, qui est Algérien.

En Belgique depuis cinq ans, il attend

une réponse à sa demande de régularisation

depuis deux ans. Il vit habituellement

de petits boulots mais cela fait plusieurs

semaines déjà qu’il n’a plus de travail. Il

ne peut pas payer la consultation chez le

médecin qu’il a l’habitude de voir quand

il est malade. Notre médecin le dépannera

aujourd’hui et je lui conseillerai de faire

valoir son droit à une aide médicale.

Les entretiens se suivent. Entre eux, je

reçois un appel de Mouhamadou, que

j’avais aidé dans ses démarches auprès

du CPAS, il y a deux mois. Après plusieurs

semaines, il avait enfin reçu des

réquisitoires pour l’hôpital. Une opération

aux dents s’impose mais le dentiste

exige un nouveau réquisitoire, ce que le

CPAS a refusé car ils n’ont pas l’habitude

de payer ce type de soins… Désemparé,

Mouhamadou m’explique qu’il a de plus

en plus mal aux dents et le dentiste lui a

dit que c’était urgent. Lundi, je contacterai

Halima, qui en est à

son sixième mois de

grossesse, n’a encore

vu un médecin qu’une

fois, sans avoir pu

passer d’examen

médical

Qui ?

Sophie Bleus, assistante sociale.

Quoi ?

Le Centre d’accueil, de soins et

d’orientation (CASO) de Médecins

du Monde à Bruxelles.

Pourquoi ?

Orienter et soigner les personnes

exclues des soins de santé en

Belgique.

l’assistante sociale de l’hôpital pour qu’elle

l’aide à mieux motiver sa demande auprès

du CPAS.

C’est au tour de Halima, elle ne parle pas

français. Je contacte un service d’interprétariat

par téléphone, l’interprète arabe traduira

tout l’entretien : Halima, qui en est à

son sixième mois de grossesse, n’a encore

vu un médecin qu’une fois, sans avoir pu

passer d’examen médical. Entièrement à

charge d’une amie, elle n’a pas d’argent et

ne sait pas comment faire. Je lui explique

l’aide médicale et notre médecin prend

rendez-vous à l’ONE de son quartier. Elle

pourra y consulter un gynécologue et faire

une première échographie.

dimension 3 I FÉVRIER-MARS 2011 29


Petite Dimension

28,6

millions d’euros :

contribution belge

au PAM

Un montant record

pour le Programme

Alimentaire Mondial

Notre pays a apporté en

2010 une contribution record

au Programme Alimentaire

Mondial (PAM) des Nations

Unies. La participation belge

n'avait encore jamais été

aussi élevée : la barre des

28,6 millions d'euros a été

franchie.

Quand les enfants jouent,

le monde est gagnant

Le champion olympique de patinage de vitesse

Johann Olav Koss est nommé Docteur honoris causa.

© Right to Play

UNE PARTICIPATION RECORD

Le Programme Alimentaire Mondial

est présent dans 80 pays et apporte

une aide alimentaire et humanitaire

en cas de catastrophes ou de confl its

prolongés. Il y a deux ans, la Belgique

a versé 18 millions d'euros au PAM ;

en 2009, sa participation est passée à

27,5 millions. Mais, l'année dernière,

elle a mis la barre plus haut encore :

notre contribution totale s'est soldée

à 28,6 millions d'euros, un montant

record.

SANS HÉSITER

Les fonds étaient cruellement nécessaires

car 2010 a été marquée par

son lot de sécheresses extrêmes,

d'inondations, de tremblements de

terre et de confl its prolongés. “La Belgique,

sans délai ou hésitation, était

présente et active lors de chaque crise

humanitaire majeure que nous avons

affrontée cette année”, a déclaré

Gemmo Lodesani, directeur du PAM à

Bruxelles. “Le Programme Alimentaire

Mondial a un besoin criant des fonds

des pays donateurs pour pouvoir sauver

des vies dans le monde entier.”

Les fonds belges ont été

utilisés au Soudan, en

République démocratique du

Congo (RDC), au Bénin, dans

les Territoires palestiniens, au

Niger, au Tchad, en Ouganda,

au Burundi, en Haïti et au

Pakistan.

Le sport peut faire tellement pour

la coopération au développement,

bien plus que ce qu'il pourrait sembler

au premier abord. On le sait,

le sport est bon pour la santé de notre corps.

On sait sans doute moins à quel point le sport

et le jeu développent également la personnalité.

Les jeux sportifs renforcent la confiance

en soi, l'énergie et l'empathie. Ils permettent

d'apprendre à gérer le stress, la pression du

groupe, les victoires et les défaites, etc.

Les enfants sont les premiers à bénéficier des

bienfaits du sport et du jeu. Pour ceux qui

ont vécu des traumatismes de guerre, c'est

un moyen de mieux les surmonter. Au sein

du groupe, les enfants peuvent également

apprendre à résoudre des conflits, à se respecter

mutuellement en tant que futurs hommes

ou femmes. Les compétences acquises sur un

terrain de sport sont pour eux autant d'armes

qui leur fourniront le maximum de chances

d'échapper à la pauvreté à l’âge adulte.

Ayant pris conscience de ces enjeux, le patineur

de vitesse norvégien Johann Olav Koss,

quatre fois médaillé d'or aux jeux olympiques,

a créé l'ONG ‘Right to Play’, qui aujourd'hui, en

dix années d'existence, a déjà aidé environ un

million d'enfants. Ce sont les plus marginalisés

que privilégie l'organisation : fillettes, enfants

avec un handicap, enfants des rues, enfants

victimes du sida, ex-enfants-soldats… 'Right to

Play' met en avant le plaisir de jouer ensemble,

en excluant tout esprit de compétition. Le

sport est utilisé comme un outil qui s'inscrit

dans une approche holistique des problèmes

liés au développement. C'est pourquoi l'ONG

vise à un maximum de synergies entre ses

activités et d'autres interventions d'aide au

développement.

En raison entre autres de son engagement en

faveur des enfants des pays en développement,

la Vrije Universiteit Brussel a décerné le

titre de Docteur honoris causa à Johann Olav

Koss le 1 er décembre 2010. Le rôle du sport

dans la coopération au développement se

voyait reconnu du même coup. “When children

play, the world wins”, sont les mots utilisés

par Olav Koss dans son discours de remerciement

pour résumer sa mission.

ONLINE

www.righttoplay.com

30 FÉVRIER-MARS 2011 I dimension 3


Niger

Des plants résistants du

Honduras sauvent la culture

bananière en Tanzanie

L'Exposition mondiale sur le développement Sud-Sud des Nations

Unies (novembre 2010) a récompensé un projet mis en place par la

coopération belge au développement, l'Université catholique de

Leuven (KUL) et leurs partenaires collaboratifs, qui illustre la plusvalue

de la coopération Sud-Sud. Des variétés de bananes résistantes,

développées entre autres au Honduras, ont été introduites dans le

district de la Kagera en Tanzanie, ravagé par les maladies et les fléaux

du bananier. Cette intervention a multiplié par six les revenus tirés de

la culture bananière dans la période 2003-2008.

Le département Biotechnique des

plantes de la KUL – le gestionnaire

de la collection de bananiers de

Biodiversity International - a mis

au point l'approche stratégique et encadré

l'exécution du projet. Depuis, 2,4 millions de

plants de bananiers résistants, pour 14 variétés

différentes, ont déjà été multipliés et plantés

localement. À ceux-ci s'ajoutent dans une

deuxième phase, lancée en 2009, quelque

2,7 millions de pousses de bananiers. Le projet

s’attache également à la fertilité des sols

et à la vulgarisation des techniques agricoles

et post-récolte.

Ce projet s’avère d'autant plus important que

les bananes constituent un aliment de base

en Afrique orientale. Le district de la Kagera

produit à lui seul près de la moitié de toutes

les bananes en Tanzanie (1,26 million de

tonnes par an). Celles-ci sont exclusivement

cultivées par des petits agriculteurs. Mais,

suite aux fléaux récurrents, de nombreuses

familles paysannes se sont retrouvées en

dessous du seuil de pauvreté.

Le projet démontre l'interdépendance des

canaux de coopération au développement

les plus divergents : la coopération gouvernementale

belge au développement, les universités,

les instituts de recherche internationaux

et les ONG locales et belges. Il révèle

d'autre part aussi que seule une organisation

efficace et un projet à terme suffisamment

long (in casu, 7 ans) peuvent avoir un impact

durable sur la population.

© KULeuven

ÉVALUATION :

le renforcement

des capacités

par les ONG et la

coopération avec

le Niger

Le Serv ice de l’Évaluation

spéciale de la coopération

internationale a publié

deux nouveaux rapports. Le

premier rapport donne un

coup de projecteur sur le

renforcement des capacités

par les ONG. Le deuxième

est une évaluation conjointe

sur la coopération au

développement avec le Niger.

Évaluation des partenariats

des ONG orientés vers le

renforcement de capacités

La Déclaration de Paris et la nouvelle

approche de l’aide rappellent

l’importance du renforcement de

capacités de nos partenaires pour

un développement durable. Cette

évaluation examine les expériences

des ONG en matière de renforcement

de capacités et explique ce qui

fonctionne, ce qui ne fonctionne pas

et pourquoi.

Niger 2000-2008 : une évaluation

conjointe pour baliser les

trente prochaines années de

coopération avec ce pays

La Commission européenne, la

Belgique, le Danemark, la France

et le Luxembourg ont évalué

conjointement leurs coopérations

avec le Niger de 2000 à 2008.

Le rapport invite les bailleurs à

poursuivre l’aide mais autrement :

par un appui à la croissance et un

engagement à long terme (pour

trente ans au moins) dans les

secteurs sociaux. Vous trouverez

également la perspective des acteurs

nigériens dans l'étude “À cheval

donné, on ne regarde pas les dents”.

Consultez

les rapports

d’évaluation sur

www.dg-d.be

dimension 3 I FÉVRIER-MARS 2011 31


© Thomas Rommel

Mettre en images le combat européen

contre la pauvreté dans le Sud

En septembre 2009, le Burkina Faso a été frappé par des pluies diluviennes. De vastes superfi

cies de la capitale Ouagadougou ont été inondées. Quelque 150.000 personnes ont perdu

tous leurs biens, et 60.000 d'entre elles ont trouvé refuge dans des camps temporaires.

Cette image, du photographe amateur Thomas Rommel, a été prise dans l’un de ces camps,

quelques semaines après les inondations. Il est l'un des 20 lauréats du concours “Shoot

against Poverty” pour jeunes photographes amateurs, organisé avec le soutien de la Coopération

belge au développement dans le cadre des récentes Journées européennes du développement

à Bruxelles, en décembre 2010.

Les 20 meilleures photos, sélectionnées parmi plus de 400 envois, ont été exposées sur toiles

grand format durant les Journées européennes du développement à Bruxelles. La première

lauréate du concours, la colombienne Natalia Rodriguez, se rendra en photoreportage au

Burkina Faso.

ONLINE

www.shootagainstpoverty.eu

DGD - DIRECTION GÉNÉRALE COOPÉRATION AU DÉVELOPPEMENT

Rue des Petits Carmes 15 • B-1000 Bruxelles

Tél. +32 (0)2 501 48 81 • Fax +32 (0)2 501 45 44

E-mail : info.dgd@diplobel.fed.be

www.diplomatie.be • www.dg-d.be

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