Dimension 3 n° 2009/4 (septembre-octobre 2009)

diplomatie.belgium.be

Dimension 3 n° 2009/4 (septembre-octobre 2009)

dimension

Le journal de la coopération belge

Dossier :

Culture(s) et

développement

b i m e s t ri el s e p t e m b r e-o c t o b r e 2009 4

P308613 Bu r e a u d e d é p ô t Bru x el l e s X

s e p t e m b r e-o c t o b r e 2009 dimension

1


LE JOURNAL DE LA COOPÉRATION BELGE

BIMESTRIEL SEPTEMBRE-OCTOBRE 2009 ° 4

P308613 B B X

04

10

14

Dossier :

"La culture n’est pas un luxe..."

Dossier :

Sensibiliser au développement

Dossier :

L’hypothèse Africalia

"L’association des termes culture et

développement – utilisée à tout bout de

champ – crée l’illusion qu’il s’agit de deux

concepts distincts qui se rencontreraient

aujourd’hui comme par hasard – surfant sur

les vagues à la mode de l’endogénisation

ou de la diversité. Comme si la liberté nous

était donnée de faire s’unir ou non ces deux

concepts, comme si le développement

sans la culture était concevable."

Joost Dessein,

anthropologue

Interview :

Thierry Verhelst

18

Résidant en Belgique,

le burundais Ntakiyica

joue avec sa propre identité

et fait un clin d'œil

à René Magritte…

DOSSIER :

CULT URE(S) ET

DÉVELOPPEMENT

dimension

Et aussi...

"La culture n'est pas un luxe, c'est une nécessité" 04

La culture doit devenir une priorité politique 08

- 2009 dimension

1

Le développement ? C'est le buen vivir 09

Le journal de la coopération belge

Périodique bimestriel de la Direction Générale

de la Coopération au Développement (DGCD)

Rédaction : DGCD – Direction Programmes de Sensibilisation

Rue des Petits Carmes 15 | B-1000 Bruxelles

Tél : 0032 (0)2 501.48.81 – Fax: 0032 (0)2 501.45.44

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Secrétariat de rédaction : Elise Pirsoul,

Jean-Michel Corhay, Chris Simoens

Création et production : www.propaganda.be

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de vue officiel de la DGCD ou du gouvernement belge.

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que la source soit mentionnée et qu’une copie de

la publication soit envoyée à la rédaction.

Dimension 3 paraît 5 fois par an tous les 2 mois sauf en été.

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Imprimé sur papier blanchi sans chlore.

Images et voix multiples du Sud au Nord 10

L'hypothèse Africalia 14

"Les Recluses", théâtre d'une transformation sociale 17

"Le sous-développement ne se laisse ni chiffrer ni photographier" 18

A secours, internet est lent ! 20

"De Andere Kant van de Wereld" 21

Petite Dimension 22

L'Afrique se démasque à Tervuren 24

2 dimension s e p t e m b r e-o c t o b r e 2009


Cultiver

son bien-être

Le célèbre économiste Joseph Stiglitz (prix Nobel d'économie en 2001) proposait

récemment de remplacer le PNB (Produit National Brut) par le BNB (Bonheur National

Brut). Une révolution dans le système de "calcul" du bien-être humain, substituant à

un modèle essentiellement économique et occidental, d’autres valeurs, plus humaines :

le développement socio-économique équitable et durable, la préservation et la

promotion des valeurs culturelles, la défense de la nature, et la bonne gouvernance.

Un concept qui réouvre le débat sur le sens du développement : la misère humaine

se résume-t-elle à moins d’un dollar par jour ?

Du développement, les peuples autochtones d’Amérique latine ont en effet une

vision personnelle. Ils préfèrent parler de buen vivir : vivre en harmonie avec leurs

semblables et la nature (lire en p. 9). De même, une étude de la Banque Mondiale

indique que les communautés défavorisées aspirent moins à un moyen matériel qu’à

une reconnaissance de dignité. Le dernier rapport du Fonds des Nations Unies pour

la Population préconise des approches sensibles à la culture dans la coopération au

développement car, selon Siri Tellier, directrice du bureau genevois du FNUAP,

le "développement ne se limite pas à construire des ponts et des centrales électriques,

mais il suppose aussi un changement des mentalités et des comportements".

Un entretien avec l'antropologue culturel Thierry Verhelst ( voir p. 18) illustre

l’importance de la dimension culturelle dans les projets de développement.

Et puis, il y a LA "Culture", celle qui est un art, celle qui élève l’esprit et sublime le

quotidien. Celle-là peut contribuer à la cohésion sociale, la démocratie, elle est créatrice

d’emplois et de revenus nationaux. Celle-là peut être thérapeutique (voir p. 17).

Longtemps ignorée par les politiques de développement, elle est devenue une priorité

croissante pour l’Europe depuis l’Accord de Cotonou, placée à nouveau à l’agenda en

mai dernier lors de la conférence "Culture et création, facteurs de développement"

(voir p. 4) et au centre de nouveaux programmes dans le champ de la cinématographie

internationale (Media et ACP film - voir p. 6). Le but est de permettre au Sud

de produire ses propres images et d’être maître de son identité.

© Couverture : Aimé Ntakiyica

Identité. Dans le jargon de la coopération internationale, on parle d'ownership

(autonomisation, appropriation du développement par les populations locales), mais

comment y parvenir sans une conscience forte de soi ? "Culture is not for cows", disait

Africalia (une association belge en charge de coopération culturelle en Afrique - voir p.

14) : l'être humain n'est pas un animal pour qui il suffit manger et dormir pour ressentir

du bien-être. A la recherche de cette logique implacable des "besoins essentiels",

aurait-on oublié les "nourritures de l'esprit" ? Car la culture peut aussi véhiculer une

connaissance de soi et des autres. C’est dans ce sens que la coopération belge subsidie

des événements ou œuvres culturelles en Belgique et pour le public belge (voir p.10).

C’est aussi la mission que s’est fixée l’exposition "Persona" au Musée de Tervuren,

qui a voulu rendre leur identité et leur caractère sacré à des masques africains. Ces

objets artistiques et hautement symboliques sont confrontés avec les œuvres de

leurs contemporains : ceux qui ont connu l’exil, réfléchi au sort de leur ancêtres et se

cherchent une identité hybride. Ils ont bien voulu nous prêter quelques œuvres superbes

qui illustrent ce dossier.

La rédaction

s e p t e m b r e-o c t o b r e 2009 dimension

3


Dossier

"La culture n’est pas un

© Angèle Etoundi Essamba

Parler de coopération culturelle

avec les pays "pauvres" à l’heure de

la crise économique, impertinent ?

Si l’on considère la culture

comme superflue, non rentable,

réservée aux élites, oui. Mais pas

si l’on considère que la musique

participerait à 5% du PIB en

Jamaïque, sans compter les 3% de

la main d’œuvre nationale qu’elle

représente. Pas si l’on considère

ces pays "pauvres" avant tout de

leur image ; pas si l’on considère

la culture comme partie intégrante

de la réussite des projets de

coopération ; que la création

culturelle contribue à la cohésion

sociale, à la démocratie, à l’identité

positive d’une communauté et à

la croissance économique. Une

vision que partageait la conférence

européenne "Culture et création,

facteurs de développement".

Culture et Cultures

D’abord, entendons-nous, il y a culture

et cultures. Il y a "les cultures", dans un

sens large et anthropologique qui sont

propres à chaque groupe, chaque individu

et qui sous-tendent tous les rapports

humains. Il y a celle, la culture au

sens plus strict, qui est du domaine de

la création, qui appartient aux artistes.

Et il y a un lien entre les deux, car la

création culturelle exprime des valeurs

et une identité, elle construit l’image

qu’une société a d’elle-même et qu’elle

va refléter.

Crise identitaire et

Déclaration de Paris

"Il y a quelques années, lorsque j'interrogeais

en Afrique un ambassadeur sur le

rôle de la culture, il me répondait : "Il est

des besoins plus essentiels de l'ordre de la

survie". Logique implacable. Et pourtant, je

voyais ce pays vert d'Afrique qui ressemblait

à un jardin d'Eden, peuplé de gens en

haillons, certes, mais qui avaient le sourire.

Ils me demandaient conseil parce que j'étais

blanche. Et je ne pouvais, moi, leur dire, à

mille lieues de chez moi, comment mieux

vivre sur une terre qui avait vu naître leurs

ancêtres. C'est comme si les guerres et des

décennies de supériorité économique leur

avait enlevé la voix de leur ancêtres et la

confiance en leur propre connaissance.",

déplore E., une jeune coopérante. On parle

aujourd’hui d'appropriation des partenaires

en coopération, mais comment y parvenir

sans une conscience forte de soi, et

de son identité ?

Dans les projets de développement, quel

que soit le secteur, l’objectif est humain. La

prise en compte ou pas des valeurs culturelles

d’une communauté peut déterminer

la réussite d’un projet. "Le développement

est un chemin et chaque pays doit avoir le

sien. La culture (…) en définit les contours",

disait le Commissaire européen à la coopération

au développement, Louis Michel 3 .

A l’heure de la Déclaration de Paris où les

pays "en développement" sont considérés

comme des "partenaires" à part entière,

ils ont besoin d’exprimer une identité propre

forte, qui n’est plus celle d’un simple

bénéficiaire passif. Or, le Sud souffre d’une

crise identitaire, son image véhiculée par

les médias occidentaux est "appauvrie",

négative. Le sud manque de structures

pour diffuser sa culture, d'une richesse et

d'une diversité inouïe.

Un marché rentable

qui manque d’industrie

et de volonté politique

Dix ans bientôt après la Déclaration du

Millénaire, les Objectifs du Millénaire semblent

encore un peu plus compromis par la

crise économique. Pour les atteindre, une

croissance économique forte serait absolument

nécessaire. Le secteur culturel, en tant

que pourvoyeur d’emplois et de biens commerciaux,

pourrait y contribuer en partie.

Dans les pays industrialisés, la culture représente

une part non négligeable des revenus

1 Citation de Gao Xinjiang, prix Nobel de littérature 2 Les chiffres concernant la culture dans cet articles sont tirés du document "potentialité et enjeux de la création et la culture pour le

développement" de Francisco Ayi J. d’Almeida que vous trouvez sur le site de la conférence. 3 Extrait de son discours lors de la conférence "Culture et création, facteurs de développement".

4 dimension s e p t e m b r e-o c t o b r e 2009


Culture(s) et développement

luxe, c’est une nécessité" ¹

nationaux : 3,2% du PIB en Norvège, 3% en

Grande Bretagne. Dans les pays en développement,

le marché de la culture est trop

souvent informel car il ne dispose pas de

structures permettant d’en faire une véritable

industrie. A cet égard, l’attention politique

est fondamentale, comme au Brésil où,

grâce à une forte volonté du Ministère de

la culture, les industries culturelles représentaient

en 1998 quelques 6,7% du PIB, et

5% de l’emploi national. Un chiffre supérieur

aux résultats de l’industrie agroalimentaire

dans de nombreux pays d’Europe.

La prolifération des œuvres cinématographiques

indienne et nigériane : Bollywood

- qui emploie à elle-seule plus de 4 millions

de personnes et représente environ 2,3

milliards USD - et Nollywood, sa version

nigériane, n'a rien a envier à Hollywood.

En Afrique, les artistes ne manquent pas,

mais peux parviennent à vivre de leur Art.

Les plus débrouillards, les plus célèbres,

obtiennent parfois des subventions - souvent

occidentales et conditionnées. Même

une fois produites et reconnues, les œuvres

peinent à traverser les frontières à l’intérieur

même du continent, car les systèmes

de diffusion sont casi… inexistants.

En Europe, qui doit se protéger elle-même

de l’invasion des œuvres nord-américaines,

les marchés leurs sont pratiquement

inaccessibles. A cet égard, le rôle des festivals

thématiques sur le continent comme

le Fespaco (voir encadré), ou, en Europe,

comme le festival Couleur Café (voir encadré),

est fondamental.

Un vecteur de messages au

service du développement

De tout temps, l’artiste détenait une fonction

sociale incontestée. Le griot, le bouffon,

le poète, le troubadour, véhiculaient

l’histoire d’une communauté, des valeurs,

quand il ne critiquait pas subtilement la

société ou le pouvoir en place. "Les artistes

ont souvent exprimé avant le peuple les

révoltes, l’attente de celui-ci. Ils sont des faiseurs

de démocratie", confirmait le commissaire

Michel. Ousmane Sembene, le père

sénégalais du cinéma africain, allait projeter

ses films dans les villages. Pour lui, le

cinéma est une "école", un art narratif qui

permet ainsi de faire passer des thèmes,

raconter des histoires qui seront comprises

par tous, y compris les analphabètes. De

même, dans un interview au Knack, le célèbre

docteur Piot rapportait comment il pouvait

sensibiliser les jeunes au sida à travers

la musique, bien plus efficacement qu’avec

une brochure.

Conférence européenne :

une meilleure place dans les

politiques de développement ?

Ces propos étaient au centre des débats la

conférence "Culture et création, facteurs de

développement" qui, les 2 et 3 avril 2009,

a réuni à Bruxelles les 150 experts professionnels

des cultures européens et provenant

des pays d’Afrique, des Caraïbes et du

Pacifique (ACP) . L’objectif était de mettre la

culture à l’agenda du développement dans

le cadre de la coopération de la Commission

européenne avec les pays ACP. La coopération

belge a soutenu financièrement et

logistiquement cette conférence et y était

présente par l’intermédiaire de son Ministre

de la Coopération au développement.

Leurs travaux se sont conclus sur la Déclaration

de Bruxelles des artistes, des professionnels

et des entrepreneurs de la culture.

Ils recommandent principalement aux autorités

ACP locales d’inscrire la culture comme

priorité dans leurs programmes indicatifs

nationaux et régionaux ainsi que dans leurs

stratégies de réduction de la pauvreté,

afin de développer de véritables politiques

publiques structurantes pour la culture.

Quant à la Commission européenne, elle

doit prendre en compte la dimension culturelle

dans les approches de développement

et reconnaître les artistes comme acteurs

du développement.

Un appel qui sera peut-être entendu car

le Commissaire a promis la mise en place

d’un Comité de suivi de cette Déclaration.

De leur côté, quelques pays d’Afrique de

l’Ouest comme le Burkina Faso et la Côte

d’Ivoire sont en train d’introduire le secteur

culturel dans leur programme indicatif

régional. En attendant, la Commission

européenne vient d’annoncer le renfor- >

Quelques aides au secteur culturel du Sud

en Belgique et en Europe

Au niveau institutionnel belge, la culture

est une compétence des communautés

linguistiques. La Communauté française

est compétente pour le soutien à des

projets de coopération avec le Sud via

le WBI (Wallonie Bruxelles International

– ex CGRI). En Communauté flamande,

c’est le VAIS - Vlaamse Agentschap voor

Interntionale Samenwerking. Les deux

ministères de la culture participent à

des projets culturels à l’étranger quand

il y a un lien ou des intérêts avec leur

Communauté.

La coopération belge (DGCD) finance des

activités culturelles produites et réalisées

en Belgique et uniquement dans un but de

sensibilisation de l’opinion publique (voir

article p.10). Sur le terrain d’Etats fragiles

ou au sortir d’une guerre, elle peut également

financer des projets qui participent

de façon évidente à la consolidation de

la paix et à la prévention des conflits.

Africalia (voir p.14 ), créée comme outil

culturel de la coopération belge et

devenue association indépendante non

communautaire, appuie des structures

culturelles essentiellement sur le terrain

de 6 pays sub-sahariens.

Pour la Commission européenne, la coopération

culturelle dispose d’un budget

de l’Union européenne et du Fonds

d’aide ACP (30 millions d’euros pour les

activités culturelles) qui dépend du Fond

européen de développement.

Pour la francophonie, l’OIF (Organisation

internationale de la Francophonie)

dispose d’un important fonds d’aide,

uniquement destiné aux Africains.

(Ceci constitue une liste non exhaustive

étant donnée la complexité des canaux

et le nombre de petites structures.)

s e p t e m b r e-o c t o b r e 2009 dimension

5


Dossier

> cement des relations culturelles et commerciales

entre la cinématographie européenne et les créateurs

du monde entier. Le programme MEDIA disposera de

40 millions d'euros pour financer 40 projets de formation,

promotion distribution et projections de films et

d’autres actions encourageant le public, en Europe et

dans le monde, à découvrir des films étrangers. D’autre

part, le programme ACP films financera dans le cadre

de la lutte contre la pauvreté 24 projets cinématographiques

et audiovisuels pour un total de 6,5 millions

d’euros. Le but est de permettre aux pays ACP de créer

et consomer leurs propres images. L’accent est mis sur

la formation, les technologies numériques et dans un

deuxième temps à l’ouverture des marchés. A suivre,

donc.

Orientations politiques

culturelles européennes

en matière de coopération :

les textes

Elise Pirsoul

online

Site de la Conférence européenne : www.culture-dev.eu

Un projet du département

flamand Culture, Jeunesse,

Sports et Médias

La conférence "Cultures et création, facteurs de développement" a rassemblé,

en avril 2009 à Bruxelles, de nombreux professionnels et des personnalités de la culture.

© D. Andelean / DGCD

© M.Knol / Poppunt

Batsha (= Jeunesse) est un projet de grande envergure

(3 millions d’euros) qui a été lancé en Afrique

du Sud et qui vise à organiser des activités très

diverses au bénéfice des jeunes défavorisés des

banlieues noires: contact actif avec la culture,

l'art, le patrimoine, le sport… Poppunt, le point de

contact flamand pour le secteur de la pop fait partie

des organisations associées au projet Batsha.

Poppunt organise des ateliers autour des thèmes

de l’enregistrement et de la promotion de la musique

pop, des droits d’auteur, des spectacles, etc.

Des petits concerts vont également rassembler

artistes flamands et sud-africains.

CS

online

• l'Accord de Cotonou (2000 et révisé en 2005) inclus la culture comme

un volet à part entière de la stratégie de coopération dans le partenariat

entre les pays d'Afrique Caraïbes Pacifique (ACP) et la Communauté européenne.

Désormais la culture est considérée comme un catalyseur des

processus de développement. Cela se traduit par l'émergence d'un nouveau

cadre politique européen.

• En 2005, la Convention de l'UNESCO sur la protection et la promotion de

la diversité des expressions culturelles était adoptée. Elle réaffirme le droit

souverain des États d’élaborer des politiques culturelles. Ratifiée par 56

pays, elle renforce la coopération internationale en vue de favoriser les

expressions culturelles de tous les pays. L’organisation des Nations Unies

pour l’éducation, la science et la culture reçoit chaque année 1 million

d’euros de la DGCD.(*)

• Au même moment, le Consensus Européen pour le Développement identifiait

la culture comme partie intégrante de la politique de développement

de l’Union Européenne et entrant dans le cadre de la réalisation des

Objectifs du Millénaire pour le Développement.

• Prenant appui sur l'objectif de mise en œuvre du Consensus Européen

et de la Convention de l'UNESCO, la Commission européenne a lancé en

2007 un Agenda Européen pour la Culture. Celui-ci propose notamment

l'intégration systématique de la dimension culturelle dans l’ensemble des

politiques publiques, projets et programmes de relations extérieures et

développement.

www.cjsm.vlaanderen.be > cultuur > internationaal

(*) Entre autres pour la préservation des réserves naturelles en RD Congo.

6 dimension s e p t e m b r e-o c t o b r e 2009


Un festival qui vaut de l’or

pour le Burkina Faso

Culture(s) et développement

internationales, retransmettent chaque jour des nouvelles. La

capitale se fait belle, elle bitume ses routes, éclaire ses rues,

tandis qu’accourent des cinéphiles et des marchands des quatre

coins du pays. Les Burkinabés, pour qui l’hospitalité est une

règle, sont fiers d’accueillir des milliers d’étrangers pour participer

à leur fête.

Des vocations et des projets naissent

Mais au-delà de la fête, le festival génère un intérêt national

pour les arts et fait naître des vocations : les cinéastes burkinabés

sont reconnus dans le monde entier, une école de cinéma

de haut niveau accueille aujourd’hui des étudiants de plus de 11

nationalités. Pendant que les uns regardent des films, d’autres

se rencontrent : producteurs, artistes, bailleurs s’engagent pour

de nouveaux projets.

© Elise Pirsoul / DGCD

Une aura internationale positive

L’événement attire au Burkina Faso une foule considérable de

touristes, d’artistes, de professionnels du cinéma, de bailleurs

de fonds, et des médias du monde entier. C’est ainsi que ce

petit pays sans richesse ni attraction touristique particulière se

fait un renom international et devient une destination touristique.

Le Monument aux Cinéastes à Ouagadougou symbolise

l'attachement des Burkinabés au 7 ième art.

Si vous prenez l’avion vers le Burkina Faso, à la fin février d’une

année impaire, vous serez surpris de

constater qu’il est remplis de professionnels

du cinéma et de la culture

(acteurs, réalisateurs, producteurs,

dirigeants politiques), de journalistes,

et de touristes réjouis qui se rendent

tous à cette même grande fête

du cinéma panafricain : le Fespaco. En

effet, depuis sa création il ya 40 ans,

le Festival panafricain de cinéma et de

télévision de Ouagadougou est, tous

les deux ans, un rendez-vous incontournable.

Et vous découvrirez que

ce festival ne génère pas seulement

un intérêt positif de cinéphile pour ce

petit pays d’Afrique de l’Ouest. Il est

une véritable mine d’or en raison de son impact économique et

social sur la région.

Un ciment social

C’est d’abord une grande fête nationale et populaire. Durant

une semaine, la vie quotidienne des Burkinabés se calque sur le

rythme du festival : ils sont nombreux à assister à l’inauguration

en grande pompe dans le stade de la capitale, les horaires de

travails sont officiellement modifiés afin de leur permettre de

suivre les spectacles, la TV nationale, mais aussi des télévisions

"Penser uniquement en

termes de besoins vitaux,

c’est commettre une

grande erreur. Traiter les

gens comme s’ils n’avaient

besoin que de nourriture

et des soins revient à les

traiter comme du bétail",

Marie-Clémence Paes,

réalisatrice malgache.

Des retombées économiques

Certes, une telle organisation demande un effort financier

énorme de la part d’un pays économiquement pauvre (mais

culturellement riche !) comme le Burkina Faso. C’est que le

festival génère des revenus, "bien

supérieurs à la dépense", affirme

le Ministre de la Culture, à travers,

notamment, les emplois crées pour

l’organisation du festival, ainsi que

des revenus liés au tourisme et à l’horeca

: hôtels, restaurants, compagnies

aériennes, pris d’assaut par les festivaliers.

L’économie nationale bénéficie

d’un véritable coup de tonus.

Cinéastes, commerçants et hommes

d’affaires multiplieraient également

les contrats, selon une "Etude sur les

retombées économiques du Fespaco"

(commandée par les autorités burkinabés,

avec le soutien de l’Union

européenne en 1995). En marge des films, le Fespaco accueille

également des événements secondaires comme un marché

artisanal rassemblant des centaines d’artisans, qui sont autant

d’occasions d’échanges commerciaux.

EP

online

www.fespaco.bf

s e p t e m b r e-o c t o b r e 2009 dimension

7


dossier

La culture doit devenir

une priorité politique

Voix du Sud

Homme politique, homme de cinéma ; plusieurs fois primé

et reconnu, ancien Ministre de la culture, le malien Cheick

Oumar Sissoko connaît et défend mieux que personne la

problématique du cinéma africain. Il revendique un cinéma

profondément africain, des réseaux Sud-Sud et, enfin, une

vraie prise en compte politique de la culture, au nom de

l’économie, de la paix et de la stabilité.

© thisfabtrek

Cheick Oumar Sissoko

Après des études universitaires en

Sciences sociales, Histoire et Sociologie

africaine, à Paris, il suit des cours

de cinéma à l'École nationale Louis

Lumière. De retour au Mali, il commence

sa carrière de réalisateur. En 1995,

c’est la consécration : "Guimba" reçoit

des prix importants à Locarno et au

Fespaco (Festival panafricain du cinéma

et de la télévision de Ouagadougou).

Suit en 1999, "La Genèse", à nouveau

primé au Fespaco. Il est nommé

Ministre de la culture du Mali en 2002,

poste qu’il quitte en 2007. Il est considéré

aujourd’hui comme l’un des plus

grands cinéastes africains.

C’est d’abord en tant que créateur que

Sissoko a narré les beautés de l’identité africaine.

"Le continent africain n’étant visible

que par les catastrophes, les jeunes immigrés

en arrivent à avoir honte de leur continent,

ignorant le riche héritage humain et

spirituel qu’il possède". Pour lui, le cinéma

est un moyen de consolider la conscience

nationale et panafricaine. Présentant

"Guimba" à des élèves de l’école de cinéma

du Burkina Faso (ISIS), il leur enseigne :

"Un film africain doit contribuer à la sauvegarde

du patrimoine. J’ai situé Guimba à

Djenné, une ville historique très importante

- mais vous ne le savez pas, vous connaissez

mieux l’Europe. J’ai donc utilisé le patrimoine

matériel (Djenné est patrimoine

de l’Unesco), le patrimoine immatériel (la

chanson, la cavalerie), le patrimoine naturel

(les falaises, le fleuve, la vallée des éléphants),

le patrimoine spirituel (la confrérie

des chasseurs, le rapport entre le visible et

l’invisible)."

Cependant, comme tous les artistes africains,

il a été confronté aux problèmes de

financement, de technologie, de diffusion.

Le cinéma en particulier, par essence cher

et dépendant des technologies, souffre

souvent de la subordination aux exigences

du Nord. "Pour moi, le développement de la

culture est intimement lié à une coopération

et à une solidarité internationale. Car

aujourd’hui, c’est le Nord qui dispose des

finances, des technologies et du savoirfaire.

La coopération internationale dans ce

cadre est importante mais avec la crise, les

poches se referment, il faut trouver quelque

chose d’autre. (…) Les pays du Sud doivent

restructurer l’économie de la culture et

créer une vraie industrie."

Contre l’absence de moyens et la difficulté

d’accès aux technologies, Sissoko préconise

des réseaux Sud-Sud. "Pour mon film

Guimba, j’ai trouvé au Niger des caméras

qui n’étaient pas utilisées ; au Burkina, le

studio de montage et de mixage ; les techniciens

sont maliens et burkinabés. C’est

ainsi que le Sud-Sud fonctionne. La question

du matériel et de son coût élevé est

importante. Si on avait des infrastructures

partagées entre différents pays, on pourrait

appliquer un tarif préférentiel." De même, "Il

commence à y avoir une floraison d’écoles

: une école au Niger, au Burkina, au Ghana.

Avec la crise, pourquoi pas une grande

école de la sous-région, et que les autres

soient des écoles de recyclage pour suivre

l’évolution de la technologie à l’échelle

du continent ou des régions ?" C’est aussi

dans le Sud-Sud qu’il voit l’avenir de la diffusion

: "Chaque pays a des produits culturels.

Si nous créons des réseaux, nous pouvons

développer une plus grande capacité

de diffusion de ces biens. Un film africain

doit d’abord être montré en Afrique. Avec

son milliard d’habitants, si ça marche, les

producteurs vont se l’arracher. Il y a une

voie : Nollywood. Le Nigeria a produit 1.700

films en 2008, qui sont vendus à moins de

1 euro le DVD."

Et si on lui demande les grandes difficultés

auxquelles il a été confronté en tant

que Ministre de la culture, il répond : "Un

budget trop modeste. La culture n’est pas

une priorité des gouvernements africains,

or elle peut être très rentable, en particulier

la musique. Et le grand problème, c’est

qu’il n’y a pas d’industrie de la culture travaillant

à la production de biens et services

professionnels permettant d’élargir le marché.

Il faut comprendre que la culture est

un important vecteur économique, donc un

facteur de développement, et aujourd’hui

dans l’Afrique déchirée, un facteur de stabilité

et de paix."

Texte et propos recueillis au Burkina Faso

par Elise Pirsoul

(le texte contient également de courts

extraits d’une interview accordée à RFO)

8 dimension s e p t e m b r e-o c t o b r e 2009


DOSSIER

Le développement ?

C’est le buen vivir

Voix du Sud

Les peuples autochtones d’Amérique latine

ont leur vision personnelle du développement.

Ils préfèrent parler de buen vivir : vivre en harmonie

avec leurs semblables et la nature. Selon toute

vraisemblance, la culture n’est pas seulement

importante pour le développement, elle détermine

également le choix du type de développement.

© Valdi Fischer / DGCD

Le rouleau compresseur de la colonisation

européenne n’a pas épargné l’Amérique

latine. Toujours est-il que dans leur majorité,

les peuples autochtones originels ont

continué d’exister. A l’heure actuelle, on

compte encore 40 à 50 millions d’autochtones,

soit quelque 8 à 10% de la population

globale, dont 90% vivent dans les pays

andins (Pérou, Bolivie, Équateur, Colombie)

et en Amérique centrale (Guatemala et

Mexique). En Bolivie et au Guatemala, les

Amérindiens sont même majoritaires à 60%.

Fondo Indigena

Pendant des années, la culture latine

dominante n’avait pas tenu compte des

Amérindiens. Ce n’est que dans les années

'80 que les choses ont commencé à changer

peu à peu. En 1992, à l’occasion du 500e

anniversaire de la découverte de l’Amérique

par Colomb, le Fondo Indigena est créé : il

s’agit d’un forum au sein duquel les peuples

autochtones ont pu engager des consultations

avec les autorités. Hormis l’Espagne

et le Portugal, la Belgique est le seul membre

extérieur (voir encadré).

"Grâce au Fondo Indigena, l’action des

Amérindiens est désormais plus efficace",

déclare Valdi Fischer, représentant de la

Belgique au sein du Fondo Indigena. "Les

autorités reconnaissent tout au moins leur

existence. La plupart des états ont adapté

leur constitution et des progrès ont été

enregistrés."

Le fonds soutient également des programmes

d’enseignement. Un bel exemple

en est l’Université interculturelle indigène,

un réseau de centres universitaires

en Amérique latine et en Espagne qui dispensent

des cours, notamment, sur la

médecine traditionnelle et les droits des

autochtones.

"Le plus grand succès du fonds est peut-être

la formation de leaders d’origine autochtone,

souligne Fischer. Ces 'leaders' qui

expriment l’opinion de leur peuple tant au

niveau national que communal, sont essentiels

pour sortir les autochtones de leur

asservissement. Actuellement, en Bolivie, en

Equateur et au Venezuela, il y a un ancien

étudiant du fonds qui occupe un poste

ministériel."

Buen vivir

À mesure que les Amérindiens prennent

conscience de leurs droits, le concept de

"développement avec identité" ou de "développement

endogène" se généralise. Le

L’aide de la Belgique

En Amérique latine, la Coopération

belge au développement s’adresse

aux plus pauvres : les peuples autochtones.

Cette conception a dès lors

motivé l’adhésion de la Belgique au

Fondo Indigena en 1993. Depuis lors,

notre pays a fourni une contribution

de 5 millions d’euros. Récemment, un

engagement de 2 millions d’euros a

permis notamment de soutenir des

initiatives privées des autochtones

(p. ex. la production de laine d’alpaga,

de quinoa et de pommes de terre).

De par son adhésion, la Belgique reste

à l’écoute des réactions des peuples

autochtones d’Amérique latine qu’elle

peut répercuter dans sa politique de

développement.

concept se réfère à la possibilité pour un

peuple autochtone d’améliorer sa qualité

de vie sur son propre territoire et suivant

sa culture et sa tradition. "En fait, les

Amérindiens n’aiment pas le mot développement,

explique Fischer. Cela sonne trop

comme 'vouloir être meilleur que l’autre'.

Ils préfèrent parler du 'buen vivir', du bien

vivre."

Les Amérindiens veulent vivre en harmonie

avec leurs semblables et la nature, et utiliser

les ressources naturelles d’une manière

équilibrée. "C’est une vision plutôt inspirée,

estime Fischer, et certainement en cette

époque où les crises financières et écologiques

dévoilent les défauts de notre modèle

économique occidental. La Bolivie a déjà

intégré la notion du 'buen vivir' dans son

plan d'action national."

Mais la coexistence harmonieuse entre

le modèle de progrès économique et le

modèle du buen vivir ne réussit pas toujours.

Nous en voulons pour preuve les

troubles récents au Pérou. Les autochtones

y protestent contre l’exploitation des ressources

naturelles sur leur territoire. Selon

les autorités, l’exploitation contribuera au

développement du pays, mais aux dépens

de qui et de quoi ? Et quelle sorte de développement

? Pour les leaders locaux, les

plans d’exploitation ne cadrent pas avec le

modèle de buen vivir de leurs communautés.

Autant dire que le Fondo Indigena sera

appelé à de nombreuses missions.

Chris Simoens

online

www.fondoindigena.org

s e p t e m b r e-o c t o b r e 2009 dimension

9


dossier

Images et voix multiples du

Sensibiliser au développement, ça passe par

Micro-trottoir

à Esperanzah !

© Esperanzah !

"Sensibiliser l’opinion publique belge", c’est par ces quelques mots

que la Loi sur la Coopération Internationale de 1999, en son article 3,

désigne la mission de la Direction des Programmes de sensibilisation,

l’une des directions de la DGCD (*). Au sein de cette direction,

qui comporte deux services, l’un d’eux s’acquitte de cette mission

en mettant en oeuvre un programme d’expositions, d’événements,

et de publications - parmi lesquelles notre périodique Dimension 3.

L’autre service "Sensibilisation par des tiers", accomplit cette même

mission de sensibilisation en appuyant financièrement des initiatives

privées. Dimension 3 a rencontré Thérèse Loncke, à la tête de ce

service pour lequel la vie culturelle revêt une importance cruciale.

Trouvez-vous

qu’Esperanzah ! contribue

à la solidarité mondiale ?

Isabelle (44 ans) : Oui, c’est même

un des seuls festivals en Communauté

française qui le fait, il a un caractère

beaucoup moins commercial

que d’autres, et développe chaque

année un thématique "engagée"

par l’organisation de conférences,

de projections de films, etc.

Au sein de la Direction des

Programmes de sensibilisation,

"culture" et "développement"

sont deux termes assez coutumiers,

et qui interagissent.

Pourquoi ?

D’une part, parce que bon nombre des projets

qui nous sont soumis sont par nature

des productions/créations culturelles –

comme les festivals de musique ou de films,

les expositions, les pièces de théâtre, les

films-documentaires… On pourrait dès lors

dire que la "culture" se met au service du

développement. D’autre part, parce que

beaucoup d’entre eux ont pour objectif

partiel ou principal de mettre en avant les

richesses culturelles des pays dits "en développement"

et par ce biais, non seulement

de véhiculer une image positive de ces pays,

mais aussi d’aborder leurs réalités, et diverses

problématiques relatives au développement

et aux relations Nord-Sud.

La création, les représentations

culturelles en rapport

avec le Sud, peuvent-elles

vraiment contribuer à renforcer

et consolider l’adhésion du

public à la nécessité d’une

solidarité Nord/Sud, traduite

en une politique de coopération

au développement ?

Par le biais "culturel", notre opinion publique

est mise en relation, et fait connaissance,

avec d’autres peuples, d’autres cultures,

d’autres réalités de manière douce,

voire festive et conviviale dans le cadre

de certaines activités. Ces "rencontres"

aboutissent souvent à une meilleure compréhension

des uns et des autres, elles

démontent les clichés et les idées préconçues,

forcent à ouvrir les esprits et les

cœurs. La connaissance mutuelle s’améliore,

le dialogue s’instaure, la reconnaissance,

voire même l’appréciation des

différences et des similitudes, prennent

le pas sur les craintes… Autant d’étapes

sur le chemin vers ou d’une plus grande

solidarité.

En outre, ces échanges interculturels, ainsi

favorisés, permettent aux créateurs de

ces pays de montrer qu’ils ont des choses

à offrir sur bien des plans. Ils aident

à comprendre que le monde dans lequel

nous vivons actuellement est totalement

interdépendant et qu’il y va de l’intérêt de

tous de préserver et de renforcer la solidarité

entre les peuples si l’on veut léguer à

nos enfants un monde en équilibre, durable,

où la dignité de chaque homme sera

respectée.

>

La musique mondiale

peut-elle contribuer

à la solidarité mondiale ?

Cathy (45 ans) : Découvrir d’autres

musiques du monde est "un plaisir,

un bonheur", qui permet l’ouverture

aux autres cultures, mais la musique

n’est pas suffisante en soi, sortie

de certains contextes (comme d’un

festival thématique, par exemple).

Elle est un outil mais doit être accompagnées

d’autres types d’activités

(conférences, débats, films) pour pouvoir

contribuer à renforcer la solidarité.

(*) Loi du 25 mai 1999 relative à la Coopération Internationale belge, article 3 (dernier paragraphe) : "(…) De manière à réaliser l’objectif de développement humain durable, la coopération internationale

belge favorise le développement socio-économique et socio-culturel et le renforcement de l’assise sociétale des pays partenaires, de même qu’elle sensibilise l’opinion publique belge."

10 dimension s e p t e m b r e-o c t o b r e 2009


Sud au Nord

la culture !

Sensibilisation

Couleur Café

Au nombre des festivals de musique devenus incontournables

en Belgique figure en bonne place le très connu Couleur Café,

caractérisé par son image colorée et métissée, et dont la réputation

de qualité a largement débordé les frontières nationales.

Son fondateur et toujours directeur, Patrick Wallens, nous

en donne la recette, tandis que le responsable de la programmation

des expositions, Herman Bertiau, nous explique le Cool

Art Café…

Que peut apporter un événement culturel et

récréatif comme Couleur Café au public belge ?

En quoi de telles manifestations culturelles vous

paraissent-elles nécessaires ?

Patrick Wallens : "Le festival Couleur Café

est un énorme coup de projecteur sur les

cultures du monde au travers des nombreux

concerts bien sûr, mais également

par le biais de la gastronomie, de l’artisanat,

des arts plastiques et de la solidarité.

C’est un événement culturel qui se veut

festif et populaire, et il a pour objectif

de faire évoluer les mentalités du grand

public. Depuis 20 ans, Couleur Café participe

à la lutte contre l’intolérance en favorisant

la connaissance ; celle des autres,

de leurs cultures, de leurs différences et

de leurs richesses qui ne demandent qu’à

être partagées. Couleur Café crée l’environnement

propice à ces échanges multiculturels."

Solidarity Village…

Parmi d’autres acteurs institutionnels,

la DGCD vous soutient dans

la mise sur pied d’un tel événement. Ce soutien y

appuie plus particulièrement le Solidarity Village. Par

ses animations ludiques et instructives destinées

aux enfants - et leurs parents -, par ses expositions,

ses ateliers créatifs, ses débats, quelle est la plusvalue

de cet espace au sein du Festival lui-même ?

P. W. : "Le meilleur moyen d’apprendre se fait par le plaisir. Couleur

Café est un événement festif et conscient. Le Solidarity Village

est le lieu privilégié au sein du festival où l’on fait une pause :

on observe, on découvre, on rencontre, on participe, on s’informe,

on s’amuse en prenant conscience d’une thématique différente

chaque année : les droits de la femme, les sans-papiers, l’exploitation

des enfants, l’environnement, la valeur de l’eau. Les réactions

sont très positives et partagées en famille. Ce village apporte

une source d’informations précieuses au public qui manifeste des

désirs de solidarité participative. Le Solidarity Village est un petit

joyau au sein de Couleur Café qui donne du sens et du contenu

supplémentaire en enrichissant le concept spécifique de l’événement."

Et Cool Art Café

Culture et développement, voyez-vous ces termes en

interaction ?

Herman Bertiau : "Culture et développement sont intimement

liés ; ils sont l’un et l’autre les fondements des civilisations : l’un

n’existe pas sans l’autre."

Dans quelle mesure cette interaction

axe-t-elle la programmation

artistique mise en œuvre par le

Cool Art Café ?

H. B. : "Fidèle à sa démarche pluridisciplinaire,

le festival Couleur Café réserve,

depuis des années, une place de choix

aux arts plastiques, sous l’intitulé Cool Art

Café, avec pour ambition de faire cohabiter

l’art contemporain et l’art populaire

vernaculaire, les artistes du nord et

du sud, des grands noms et des artistes

moins connus, de créer des synergies,

provoquer des rencontres fructueuses

entre artistes, permettre la confrontation

avec un vaste public…

En proposant à ce public de découvrir

des artistes qui abordent chacun à leur

manière une thématique donnée, on sensibilise

des milliers de personnes à des

démarches artistiques variées, des points

de vue et des regards pertinents sur l’évolution de nos sociétés.

Proposée dans une ambiance festive, la culture ainsi partagée,

agit comme une courroie de transmission permettant de mieux

connaître l’autre. Et mieux connaître l’autre, c’est se rapprocher

de lui, commencer à l’apprécier ; c’est tendre vers la solidarité."

JMC

online

www.couleurcafe.be

s e p t e m b r e-o c t o b r e 2009 dimension

11


dossier

> En Belgique, au cœur de

l’Europe, au confluent des

communautés et des cultures,

les productions intellectuelles

et culturelles sont très

nombreuses et variées.

Ceci représente-t-il une

opportunité supplémentaire

dans notre mission de

sensibilisation ?

La Belgique est effectivement privilégiée

sur le plan de la présence de différentes

communautés et cultures, et cela ne va

qu’en s’affirmant en raison de la présence

des institutions européennes à Bruxelles

et de l’élargissement de l’Union, mais également

compte tenu de la présence des

communautés d’origines africaine, turque,

marocaine, etc. Cette proximité nous

offre bien sûr des opportunités supplémentaires

d’amener ces publics à se rencontrer,

à s’apprécier, et à coexister avec

d’autres cultures.

Le champ intellectuel et

culturel en rapport avec le

Sud et le développement

s’avère très vaste. Depuis les

programmes de télévision

et les films, en passant par

les nombreux événements

culturels et récréatifs tels

les festivals de musique ou

de films, les installations et

La "citoyenneté mondiale",

être "citoyen du monde",

ça consiste en quoi ?

Laetitia (39 ans) : Etre "citoyen du

monde", c’est regarder les autres

cultures avec respect, tenter de les

comprendre et de jeter un regard

"calme et comparatif".

expositions du Musée Royal

d’Afrique Centrale, ou les

expositions plus éclectiques

du Bozar, au caractère

artistique plus affirmé.

Votre service parvient-il à

apporter un soutien à une

telle variété de programmes et

d’événements ?

Nous avons en effet beaucoup de demandes

portant sur des projets d’ampleurs

variables, à contenus et publics cibles très

diversifiés. La volonté de la DGCD est en

effet de s’intéresser à ce champ dans son

ensemble, et à y intervenir comme acteur

ou comme partenaire institutionnel.

Bien que nos budgets évoluent positivement,

entre autres pour le soutien aux

productions et à la diffusion audiovisuelles,

pour lesquelles le budget a plus

que doublé entre 2005 et 2009 et atteint

cette année 1,5 millions d’euros, il s’agit

de rationnaliser et d’opérer une sélection

des projets qui offrent des perspectives

d’impact importants et qui se révèlent au

maximum en adéquation avec notre mission

de sensibilisation à la coopération au

développement.

Pour ce faire, nous disposons de critères -

ceux-ci sont publiés et détaillés sur notre

site internet - qui portent principalement

sur les aspects "contenus / thèmes / pays"

et publics-cibles.

Tout projet culturel qui évoquera les priorités

thématiques (genre, droits de l’enfant,…),

les priorités sectorielles et géographiques

de la coopération belge ou

encore les grandes questions mondiales

actuelles (globalisation, réchauffement

climatique, droits de l’homme, …), bénéficiera

d’une priorité. De même pour les

projets qui visent le "grand public" - au

sens du terme qui est le nôtre : le public

de tous horizons non initié à la problématique

du développement - et les jeunes,

en milieu scolaire ou non.

Priorité aussi aux projets novateurs et

multiplicateurs avec volet interactif et

pédagogique, propres à éveiller la participation

active du public.

Propos recueillis par Jean-Michel Corhay

Le Musée de Tervuren révèle les richesses d’Afrique

pour un grand public

On n’aime que ce qu’on connaît, dit-on. Mais, l'inverse est-il vrai ? En tout

cas, celui qui apprend plus au sujet de 'l'autre' – d’une autre culture 'étrangère'

– peut davantage faire preuve de compréhension et devenir plus tolérant.

En effet, la connaissance de l’autre le/la rapproche de nous; il/elle est

identifiable comme un être humain comme vous et moi, ayant comme nous

des besoins et des préoccupations.

Une des principales missions du Musée Royal de l'Afrique centrale (MRAC)

de Tervuren est justement la diffusion des connaissances sur les sociétés

africaines. L’objectif des expositions et ateliers destinés aux jeunes et aux

adultes est de mieux faire connaître cet 'autre'. A cet effet, le musée reçoit

des aides de la coopération belge au développement. Ainsi se tient pour le

moment l’exposition Persona qui explore le thème de l’identité à travers les

masques traditionnels et l’art contemporain (voir couverture).

© MRAC / KMMA

CS

online

www.africamuseum.be

12 dimension s e p t e m b r e-o c t o b r e 2009


Sensibilisation

BOZAR expose la culture

de nos pays partenaires

Le Palais des Beaux-Arts – BOZAR – est considéré aujourd'hui

comme un temple avant-gardiste de la culture en Belgique. Situé

au cœur de Bruxelles, ce lieu passionnant permet de découvrir

notre pays dans toute sa diversité artistique.

Mais l'établissement offre davantage. Grâce à la riche palette

des événements qui y sont organisés, BOZAR invite le public

belge et européen à s'ouvrir au monde extérieur. Les pays partenaires

de la coopération belge au développement font également

partie des invités. Régulièrement, le Palais des Beaux-

Arts accueille et expose la culture et les artistes d'un pays

partenaire : objets d'art, film, musique, théâtre, littérature,…

Avec la volonté d'en donner une image positive. L'organisation

d'un événement de cette nature est également une manière de

stimuler la créativité artistique dans le pays mis à l'honneur.

Depuis 2004, les pays partenaires ont été nombreux à faire

l'affiche : le Mali, la RD Congo, la Palestine. En novembre 2009,

ce sera le tour du Maroc pour un festival qui mettra à l'honneur

un riche mélange d'art et de culture issus des civilisations

marocaine, arabe et berbère. La coopération belge au développement

apporte son soutien à cette manifestation.

CS

online

www.bozar.be

FESTIVAL CINéMA

MéDITERRANéEN DE

BRUXELLES

"Promouvoir auprès d’un large public la diffusion d’un cinéma

peu ou pas exploité en Belgique et convaincre les spectateurs

que ces films procurent bien souvent plus

de plaisir, d’émotion et de joie que certains

films à gros budget", tel est le premier credo

du Méditerranéen. Comme d’autres festivals

de films dans le pays qui sont soutenus

financièrement par la DGCD, il souhaite contribuer au développement

des rencontres et des échanges Nord-Sud, et favoriser

les contacts professionnels ainsi que le dialogue entre le public

et les personnalités invitées. Patrick

Mathijs, son coordinateur général,

nous en parle.

En tant qu’acteur de diffusion

avec le Festival Cinéma

Méditerranéen au Botanique

à Bruxelles, vous êtes depuis

de nombreuses années

confronté à la grande difficulté

à montrer chez nous

les œuvres des réalisateurs

du Sud. "Histoire de sous"...

Pourquoi les partenaires

institutionnels qui soutiennent

financièrement les

festivals de films comme le

Méditerranéen s’avèrent-ils

indispensables afin de permettre

la diffusion de ces

œuvres ?

Patrick Mathijs : "La production mondiale

est plus riche et diverse que

jamais, avec comme constat que les

écrans commerciaux sont de plus en

plus monopolisés par un certain type

"Sortir de l’ombre

le cinéma du soleil"

de cinéma. Jusqu’il y a peu, les distributeurs internationaux

envoyaient leurs films gratuitement, aujourd’hui, bon nombre

d’entre eux ont fait des festivals une économie dérivée produite

par le circuit de films plus éclectiques. S’ajoute à cela la diminution

d’aide de la part de partenaires privés soutenant financièrement

les festivals de cinéma, ceux-ci préfèrent offrir des

services (prêt de véhicules, boissons pour

cocktails, espaces publicitaires, etc.) mais

ne donnent peu ou pas d’argent.

Or un festival existe avant tout pour la diffusion

et la promotion de films, diffusion qui a un coût important,

tel que l’acheminement de toutes les copies en provenance

d’une quinzaine de pays, la venue et le séjour des réalisateurs,

des comédiens ou des producteurs

afin de leur donner la possibilité de

rencontrer aussi bien le public que

les professionnels belges de l’audiovisuel,

l’organisation de débats avec des

spécialistes, mais aussi des moments

plus festifs destinés à faire (re)découvrir

la culture musicale des pays méditerranéens,

en favorisant les artistes

locaux.

C’est pourquoi, les partenaires institutionnels

sont très importants pour

que le festival puisse exister et présenter

un cinéma dans toute sa diversité

tant comme miroir de la richesse

culturelle du sud que dans ses expressions

cinématographiques souvent

éloignées des œuvres uniformisées

du commerce mondial."

JMC

online

www.cinemamed.be

s e p t e m b r e-o c t o b r e 2009 dimension

13


dossier

L’hypothèse Africalia

"Là où art et culture foisonnent,

l’homme peut dépasser le simple

stade de la survie. Car l’art et la

culture renferment des notions

de normes et de valeurs, du dialogue

avec autrui, du passé et de l’avenir,

de la manière de s’envisager soi-même

et le monde qui nous entoure.

L’art et la culture mènent à la

conscientisation, au développement

durable et à la stabilisation des

sociétés" : telle est l’hypothèse

qui oriente les actions d’Africalia.

© Slum TV

Fascination pour ces images d'ailleurs projetées

aux enfants dans les campagnes.

Créée en 2001 à l’initiative du Secrétaire

d’Etat à la Coopération au développement,

Africalia est une association sans but lucratif

gérée par une dizaine de permanents

basés en Belgique. Bicommunautaire et

active principalement sur le continent africain,

Africalia défend l’action culturelle en

tant qu’élément stratégique de toute politique

de développement économique et

social durable. Depuis 2006, elle a recentré

de manière drastique ses objectifs qui,

aujourd’hui, se réfèrent notamment à la

Déclaration de Paris et aux Objectifs du

Millénaire.

L’action d’Africalia s’appuie sur une approche

contemporaine de la culture et se focalise

principalement sur 6 pays (RD Congo,

Kenya, Zimbabwe, Burkina Faso, Afrique du

Sud, Sénégal). La stratégie de l’association

est simple : par une approche structurante,

formative, émancipatrice, aider les opérateurs

culturels professionnels africains à

valoriser les identités culturelles, à développer

des lieux de créativité et de diffusion,

à gérer l’économie de la culture, et à

assumer la médiation entre l’action culturelle

de terrain, les enjeux sociétaux et les

défis mondiaux.

L’association a vu son programme (2009-

2011) approuvé par la DGCD et sollicite

ponctuellement des aides auprès de diverses

institutions, dont l’Union Européenne.

En Belgique, elle initie ou collabore occasionnellement

à des actions de valorisation

des cultures africaines (coédition de livres,

installation d’œuvres sur l’espace public,

coproductions de documentaires, séminaires..).

Décliner culture et pauvreté

La raison d’être d’Africalia est à la fois d’ordre

existentiel (l’identité et la place de

l’homme dans la société) et politique (l’accès

du plus grand nombre aux richesses

du patrimoine et aux créations contemporaines).

La première question qui se

pose, pour Africalia et ses partenaires africains,

est de décliner la relation CULTURE

– PAUVRETE, et d’essayer de mesurer les

effets possibles du premier terme sur le

second. La musique, le théâtre, le cinéma,

les arts en général, ne peuvent agir immédiatement

sur cette pauvreté. Mais ils peuvent

influencer les consciences, induire

des comportements, favoriser le dialogue

et l’écoute. L’action culturelle peut agir là

où les repères sociétaux sont menacés,

là où on ne se parle plus, là où la cohabitation

dégénère à cause de la peur et de

l'ignorance, là où la confrontation avec la

modernité est difficile, là où les religions et

les idéologies limitent le champ de la pensée,

où le sens de la vie pose question, là

où des minorités se sentent exclues.

La pauvreté bloque l’accès aux cultures du

monde et maintient les plus démunis en

situation de précarité intellectuelle. L’action

culturelle va de pair avec l’éducation, dont

elle prolonge les effets sur un plan émotif,

créatif, relationnel, social.

Pour Africalia, les actions menées par les

opérateurs culturels doivent contribuer à

lutter contre le non-accès des populations

aux expressions culturelles émancipatrices

et doit favoriser la rencontre avec l’autre,

les autres.

L’économie culturelle peut

contribuer au développement

humain durable

La culture est un vecteur économique puissant

et porteur d’avenir, le marché africain

de la culture, quant à lui, n’en est qu’à ses

balbutiements. Sortir, en tout ou en partie,

la production culturelle africaine du cul

de sac de l’économie informelle est un pari

qui rejoint celui des Objectifs du Millénaire.

Les productions culturelles africaines

sont majoritairement créées et exploitées

dans l’anonymat, en dehors de tout

mécanisme de régulation et de protection

des travailleurs. Les droits d’auteurs sont

bafoués, et la précarité des professionnels

de la culture est un drame permanent.

Malgré cela, des milliers de projets sont

réalisés chaque jour, de la production d’ar-

14 dimension s e p t e m b r e-o c t o b r e 2009


Partenaire

Fait divers à Bruxelles

tisanat local aux événements nationaux, en

passant par les enregistrements à compte

d’auteurs, les vidéos locales, les publications

à tirages limités. Ces réalisations,

présentes dans toutes les métropoles, font

vivoter, au jour le jour, des milliers de gens.

Un des paris d’Africalia est de contribuer à

stabiliser les structures professionnelles

porteuses de projets de qualité, économiquement

en phase avec leurs objectifs, et à

soutenir des réseaux qui œuvrent à la circulation

des œuvres et des artistes dans leurs

pays, dans la sous-région et sur le continent.

© Mirko Popovitch

à long terme de ces démarches induites

artificiellement, elles font vivre quelques

artistes et opérateurs locaux, mais elles

briment la créativité des véritables artistes

africains, obligés de s’exiler pour exprimer

de manière indépendante la puissance

culturelle qui les habite. C’est d’autant plus

navrant qu’en Afrique n’existent pas ce qui

"Chaque œuvre, chaque intervention

d’un artiste africain, est une interpellation

derrière laquelle se cache le silence des anonymes

qu’il côtoie, avec qui il partage les privations,

les persécutions, les injustices."

fait foison chez les Occidentaux, à savoir

des artistes qui ne se préoccupent pas du

rôle social de l’Art. Les artistes et opérateurs

culturels africains sont à 99% des

gens engagés sur des réalités de terrain

qui, en retour les confondent. Ils ne s’assoient

pas sur les problèmes, ils les vivent

et les portent comme s’ils étaient les chantres

d’un changement possible. Et lorsqu’au

mépris de son ego, il décide de rester sur

ses terres, l’artiste africain devient un

redoutable rhéteur. Dans des sociétés

encore trop analphabètes, voire très traditionnalistes,

il incarne souvent auprès des

jeunes la pensée nouvelle, l’éveil, la prise

de conscience.

© Mirko Popovitch

En mai dernier, des commerçants et

habitants du quartier "Matongé" de

Bruxelles (Ixelles) sont venus réclamer

la statue "volée", signée Freddy Tsimba,

à la commune d’Ixelles. Elle avait seulement

été déplacée pour réparation.

Mais c’est dire l’attachement que portent

les habitants, pour une grande

majorité d’origine congolaise, à cette

statue intitulée "Au delà de l'espoir",

et réalisée à partir de centaines de

douilles récupérées sur les champs de

bataille congolais. Cette statue a été

inaugurée à Ixelles à l’initiative d’Africalia

et de la commune d'Ixelles, jumelée

avec la commune de Kalamu (RD

Congo).

Chaque intervention d’un artiste africain

est une interpellation derrière laquelle se

cache le silence des anonymes qu’il côtoie,

avec qui il partage les privations, les persécutions,

les injustices. Les rares artistes

africains qui arrivent à franchir les frontières

du village global tentent d’informer

le Nord, mais sont rarement entendus. La

barrière des langues ne permet pas de saisir

le rôle qu’ils jouent, mais ceux qui s’expriment

en français ou en anglais nous

aident à comprendre la fonction impertinente

du rap, de l’afro-reggae, de la

rumba. Quelques écrivains du Sud nous

ont initié, par des mises en perspective >

Freddy Tsimba, la "solitude de l'artiste de fond".

La tentation

d’instrumentaliser la culture

Dans le but de faciliter l’acceptation des

programmes de développement dits prioritaires

(santé, justice, enseignement, travaux

publics, etc.), l’action culturelle peut

devenir un outil de communication, voire

de médiation au service des techniciens du

développement. Un certain théâtre de sensibilisation,

les expositions à thématiques

imposées, les films de commande, la BD

démonstrative, font partie de ces approches,

et induisent les résultats que les rapports

et statistiques se plairont à interpréter.

Africalia ne croit pas à l’efficacité

Kuruka Maisha : à Nairobi, réinsertion

par l’art des jeunes défavorisés

Ce projet géré par une association composée

d’enseignants et d’artistes, favorise

la réinsertion de jeunes défavorisés

qui vivent dans les "slums" de Nairobi.

Après deux années de cours dans différentes

disciplines artistiques (cirque,

danse traditionnelle, percussions, sculpture,

peinture), tous ces jeunes acquièrent

suffisamment de confiance en

eux pour assumer leur retour à une vie

sociale et créative. Les spectacles qu’ils

produisent sont autant d’occasions de

valoriser, aux yeux de ceux restés dans

les ghettos, l’idée qu’il y a moyen de s’en

sortir et de vivre de son talent. Le festival

Couleur Café lui a également apporté

sa contribution.

online

www.africalia.be

s e p t e m b r e-o c t o b r e 2009 dimension

15


DOSSIER

Partenaire

> littéraire, aux déviances des pouvoirs

brutaux. Les cinéastes, eux, ont caricaturés

la corruption quotidienne, les abus des

sociétés trop traditionnelles, les égoïsmes

et ou la mauvaise foi des messieurs tout

le monde. Les plasticiens et photographes

rendent compte des situations inacceptables,

ils les subliment, les révèlent, et le

bourgeois du Nord ou du Sud est interpellé

par les propos esthétiques de ces dérangeurs

de conscience. Nombreux sont les

artistes africains qui ont payés chèrement

ces délits de citoyenneté.

La spécificité de la culture

dans la coopération au

développement

Le domaine culturel relève de l’informel,

tout particulièrement en Afrique où, d’une

part, l’approche des politiques culturelles,

lorsqu’elles existent et, d’autre part,

le foisonnement d’initiatives associatives

contemporaines, ne bénéficient que d’une

trentaine d’années d’expérience. En France

et en Belgique, les politiques culturelles,

identifiées, planifiées, ne datent quant

à elles que des années cinquante : c’est

dire si le terrain de l’action culturelle reste

expérimental au Sud comme au Nord.

Il faudra donc du temps pour réussir le pari

de la bonne gestion culturelle en Afrique,

d’autant plus que peu de pays disposent de

véritables lois dans ce domaine. Les repères

administratifs s’avèrent flous, les formations

en gestion demeurent peu adaptées

et les budgets culturels sont dérisoires

ou inexistants, sans parler de la faiblesse

inhérente à toute initiative des pouvoirs

publics dans le monde : la culture reste

l’apanage du Prince.

La définition de véritables politiques culturelles,

l’organisation de formations en management

culturel, et le maintien d’actions existantes

sur le terrain, doivent évoluer de pair

et amener au final à plus d’émancipation et

d’autonomie des opérateurs culturels.

Peut-on mesurer l’impact de la

culture sur le développement ?

Au niveau de l’action culturelle, les effets

sont peu visibles, ils sont mentaux, comportementaux,

la culture agit comme l’homéopathie

: elle peut générer quelques

effets sur l’économie locale, elle peut favoriser

des rencontres et des échanges, susciter

la tolérance, éveiller le sens critique,

développer l’esprit de créativité et le sens

de la collectivité.

La volonté et la capacité des opérateurs

culturels africains d’atteindre les publics

défavorisés constituent des repères importants

dans l’attribution des aides au développement.

Mais on ne peut se contenter

de mesurer l’impact d’une action culturelle

sur des publics, ce ne serait qu’un alignement

de chiffres. Une évaluation digne

de ce nom demande une analyse profonde

axée sur le long terme : quelle est

l’incidence réelle d’un programme sur un

groupe social et comment le mesurer ?

Depuis 2001, Africalia a soutenu plus de 700

projets en Afrique et en Belgique. Aujourd’hui,

dans ses 6 pays partenaires, elle soutient :

© Mirko Popovitch

En vrac :

• Au Burkina Faso, la décentralisation

culturelle dans les provinces afin de freiner

l’exode des jeunes attirés par les

nombreux festivals de la capitale.

• Au Sénégal, au côté de la Province de

Namur, partenariat avec la Province de

Louga (Tourisme solidaire et culture).

• Au Zimbabwe, Dance Trust permet à 10

danseurs contemporains de suivre une

formation de deux ans dans une optique

d’élargissement des publics et d’ouverture

sur le monde.

• En Afrique du Sud, le Cultural

Development Trust, un programme de

renforcement des capacités

artistiques de plus

de 300 jeunes issus des

townships, et le développement

de 25 organisations

culturelles réparties

sur 9 provinces.

En République démocratique

du Congo,

Africalia soutient :

• Le collectif BD Kin Label,

une vingtaine d’auteurs,

produisent de manière

régulière une revue BD dans une vision

artistique, éducative et économique

ambitieuse.

• Le groupe Taccems de Kisangani, programme

géré en concertation avec

le Théâtre de Poche et la Délégation

Wallonie-Bruxelles.

• L’UNAREP, une association composée

de plus de cinquante photographes, professionnalise

cette profession porteuse

d’un projet artistique et économique.

• Dans le Sankuru, une caravane de

cinéma mobile diffuse dans les villages

les plus reculés des fictions africaines

porteuses de sens et de valeurs.

On peut aligner des chiffres de fréquentation,

des statistiques de participation aux

formations et ateliers, des cm² de présence

médiatique de la culture. Nous pouvons

afficher des pages de félicitations,

des photos de foules lors d’activités, mais

nous ne pouvons pas jauger de manière

qualitative l’effet d’une représentation

théâtrale sur un public. Dans le domaine de

la culture, l’analyse des effets d’une action

nécessite du temps, des moyens et cela

reste toujours une interprétation.

L’institution qui réussit un projet d’adduction

qui fournit 5.000 hectolitres d’eau,

déversés sur 50 hectares devenus cultivables,

produit des Indicateurs de développement

Spécifiques, Mesurables, Accessibles,

Réalistes, Temporels (SMART). L’action

culturelle professionnelle et planifiée

demande de la part de ses promoteurs une

réelle conviction et un engagement sur le

très long terme. Les débats initiés voici plusieurs

siècles sur l’abolition de la torture

et de la peine de mort, options avant tout

défendues par des écrivains, ont mis des

siècles pour convaincre une majorité d’Européens

: la mesure de l’incidence est aussi

une question de patience et de ténacité.

Mirko Popovitch

Directeur de Africalia

16 dimension s e p t e m b r e-o c t o b r e 2009


DOSSIER

Théâtre

"Les Recluses",

théâtre d’une transformation sociale

Sud du Burundi. Conséquence encore palpable de la guerre civile passée :

des viols. Les tabous empêchent les victimes de s’exprimer, mais aussi de vivre,

de travailler. Le théâtre Varia, à travers la pièce de théâtre "Les Recluses",

a recueilli leurs témoignages et les a mis en scène. En jouant leur propre rôle,

les femmes ont libéré la parole et elles-mêmes, trouvé un revenu et sensibilisent

les autres. Le metteur en scène, Denis Mpunga, nous raconte le projet.

© Frank Uger

Quel était l’objectif principal

de la création théâtrale "Les

Recluses"? La sensibilisation ?

Au départ, il ne s’agissait pas de prévention

mais d’un travail de transformation

qui permettait par ailleurs à des femmes

qui ont été détruites de trouver un emploi.

C’est leur premier contrat de travail obtenu

par habilité personnelle. Il était plus important

que ces femmes suivent ce processus,

avant de sensibiliser les autres. Mais

la pièce "Les Recluses" est aussi une vitrine

pour un travail beaucoup plus large, un travail

de terrain.

Comment travaille-t-on

avec des femmes qui ont subi

des agressions malgré les

tabous et la honte ?

A tâtons… Les femmes devaient accepter

de parler dans un groupe de parole. Pas

facile. Elles avaient peur. On les a rassurées

et on a transformé leur échec en victoire.

Des témoignages du groupe de parole, Koffi

Kwahulé a fait une pièce en jouant sur deux

paramètres : faire une pièce intéressante et

la formation des acteurs. Il y avait aussi une

dimension sociale à prendre en compte : ces

femmes ont dû transformer leurs structures

familiales, car leurs maris n’étaient pas souvent

d’accord qu’elles racontent leur expérience

en public. Quelques unes ont abandonné.

On a dû prendre en compte leurs

maris et régulièrement discuter avec eux.

A-t-on noté une transformation

chez ces femmes ?

La plupart des gens ont été impressionnés.

Les époux avaient peur pour leur réputation

jusqu’à ce qu’ils voient comment la parole

de leur femme se libérait, insufflait une

dynamique particulière dans la structure

familiale, notamment par le fait de ramener

de l’argent à la maison ! Pas mal de femmes

se sont ainsi guéries : quand l’entourage est

venu me remercier de les avoir "soignées",

nous avons pris conscience de l’aspect thérapeutique

du théâtre.

Où et pour qui la pièce a-telle

déjà été jouée ? N’est-il

pas difficile d’atteindre les

populations rurales en Afrique ?

On a joué à Bujumbura, Butare, Kigali et

"Les Recluses" :

genèse d’un projet

Le projet théâtral "Jaz" a été créé suite

à un appel à projet de "sensibilisation

par le théâtre aux violences sexuelles

faites aux femmes" découlant de

la commission mixte entre le Burundi

et Wallonie-Bruxelles International. Il

s’agissait de récolter les témoignages

des victimes de violences sexuelles, de

les confier à l’auteur dramatique Koffi

Kwahulé, et de permettre aux femmes

de porter leur parole sur scène dans la

pièce "Les Recluses". C’est à la Maison

des femmes à Bujumbura qu’a commencé

le travail avec 20 femmes en

septembre 2007.

Bukavu. Suivaient des débats assez intéressants

après la pièce. A Bukavu, des rencontres

étaient organisées tous les jours avec

les acteurs de la société civile et la Monuc

(Mission de l'Organisation des Nations Unies

en RD Congo), qui travaillaient sur les violences

sexuelles et l’impunité. Pour la population

rurale, il y a effectivement un problème

de salles au Burundi, la seule étant celle du

Centre culturel français. D’où l’idée de faire

des petites formes ("Udukino") qui pourront

être jouées à l’avenir dans les villages.

Alors, la création culturelle

peut-elle contribuer à un

changement social ?

Oui, j’ai appris que l’outil théâtre peut servir

à transformer les choses. Si on n’a pas éradiqué

le viol, on a changé la vie de 20 personnes.

Que la culture soit un vecteur de

développement ne fait pour moi plus aucun

doute, mais peu de décideurs en Afrique en

sont convaincus… Mais je vais vous raconter

une anecdote : du temps où je vivais

encore dans mon village kasaï du Congo,

est arrivé un jour une mission protestante.

Le premier jour, un monsieur blanc est

arrivé à vélo avec une un disque de James

Brown, un NOIR qui vit aux Etats-Unis ! Du

coup, les Etats-Unis représentaient le pays

des rêves. La semaine d’après, il revint avec

une bouteille de coca-cola, et celle d’encore

après avec un jeans, car la culture est

d’abord commerciale. Ensuite, il introduisit

la Bible, puis l’école, puis l’Eglise. D’abord la

culture puis l’Eglise…

Elise Pirsoul

online

www.varia.be

Le projet du théâtre Varia a bénéficié entre autre

d’un micro financement de l’Ambassade de Belgique

pour sa participation au festival Inabuntu.

"Les Recluses" (kirundi, sous-titres FR et NL) sera joué

au mois de novembre à Bruxelles, Anvers et Liège.

s e p t e m b r e-o c t o b r e 2009 dimension

17


dossier

"LE DéVELOPPEMENT NE SE LAISSE NI

© D. Andelean / DGCD

Dans quelle mesure les cultures locales influencentelles

les chances de réussite des projets de

développement ? Dimension 3 a posé la question

à l'anthropologue culturel Thierry Verhelst. Après

avoir mené pendant des années des recherches sur

les cultures locales, Thierry Verhelst est aujourd'hui

chargé de cours en relations interculturelles en

Afrique et en Europe. Il est le co-fondateur du

Réseau Sud-Nord Cultures et Développement ainsi

que du Centre de gestion interculturelle et de

communication internationale. En 1987 est paru

son livre "Des racines pour vivre. Sud-Nord :

identités culturelles et développement".

Les vues d'anthropologie culturelle qu'il y a

développé ont ouvert la voie à la discussion sur

l’influence qu’ont les cultures sur les chances de

réussite des projets de développement.

"La coopération au développement n'est pas une donnée universelle,

elle est un projet occidental. Cela ne signifie pas que nous devons

y renoncer, mais il faut faire preuve d'une grande prudence."

Vous êtes juriste de formation

et spécialisé dans le droit

coutumier africain, pourtant

vous êtes surtout connu

en matière de cultures et

développement. Comment

expliquez-vous cela ?

Lorsque j'ai travaillé dans les années ’70

pour Broederlijk Delen, j'ai tout de suite

été frappé par le fait que bien des projets

de multiples organisations gouvernementales

n'étaient pas adaptés à la

culture locale. Ils étaient voués à l'échec,

car ils ignoraient complètement la dimension

culturelle. Quelle est la mentalité

des personnes concernées par le projet ?

Quelles sont leurs valeurs, leurs espérances,

leurs aspirations, leurs compétences

et quels sont leurs modèles d'organisation

sociale ? Comment règlent-ils les conflits

et comment prennent-ils des décisions ?

Ces questions ont été et sont toujours

trop souvent négligées : tant au stade de

conception et d’exécution du projet, que

lors de son évaluation et de l’analyse des

raisons de l'échec.

Cette préoccupation, que je partageais avec

d'autres, a abouti à la création du Réseau

Sud-Nord Cultures et Développement.

Pendant 15 ans, nous avons travaillé sur le

terrain avec l'appui de la Commission européenne

: recherche-action participative sur

le lien entre les cultures locales et l'économie,

la situation de la femme, l'environnement,

la technologie, etc. Nous ne parlons

ici donc pas de la culture au sens restreint

– la culture comme art – mais de son sens

large et anthropologique. Elle compte alors

trois dimensions indissociables. En premier

lieu, la dimension symbolique qui

comprend les valeurs, la foi, l'éthique, les

archétypes, le sens du temps et de l'espace…

La seconde dimension est la dimension

sociale, c'est-à-dire les modèles d'organisation,

tels que la structure familiale,

les castes, le rôle du chef… La troisième est

la dimension technologique. Nous considérons

la culture dans son sens le plus large

possible pour sensibiliser les organisations

de développement à son existence et à son

importance.

L’idée que la culture est un

besoin élémentaire, commence

à faire son chemin dans le

monde du développement.

Tout à fait, et c'est une bonne chose !

Nous avons trop tendance à résumer l'être

humain à ses besoins corporels. Or, c'est

faire abstraction de sa résistance morale,

de sa créativité, de sa confiance et de son

respect de soi. Si on a une image négative

de soi, et que les autres répètent sans

cesse qu'on est ignorant, pauvre et sousdéveloppé,

on commence à intérioriser

ce discours et à y croire soi-même. C'est

là que commence le vrai sous-développement.

Mais tant que le feu de la confiance

en soi couve, il reste de l'espoir. Et c'est aux

coopérants, entre autres, qu'il revient d'alimenter

ce feu.

Le sous-développement n'est donc pas une

simple question matérielle. Il ne se laisse ni

chiffrer ni photographier ; il est ancré dans

l'esprit et dans le coeur. Il est déterminé par

le degré de confiance qu'on a en sa propre

créativité et par l’aptitude qu’on a à mobiliser

sa culture au profit de son projet de

vie, que ce soit comme individu ou comme

groupe.

Le développement est pensé

selon le modèle occidental…

Exactement ! Il existe un parallélisme

frappant entre le colonialisme, la coopération

au développement et la mondialisation.

Ces périodes sont toutes trois centrées

sur l'homme blanc comme modèle

18 dimension s e p t e m b r e-o c t o b r e 2009


CHIFFRER NI PHOTOGRAPHIER"

Cultures : Interview

pour les autres. La vision de Culture et

Développement s'érige contre cet ethnocentrisme

arrogant. Plutôt que de définir

les problèmes, il nous incombe d'écouter ce

que les principaux concernés ont à dire sur

leurs problèmes. Nous disons encore trop

souvent : "Vous avez des problèmes, nous

avons la solution".

C'est justement là l'ambiguïté fondamentale

de la coopération au développement

actuelle, qui s'accompagne d'un sentiment

de supériorité et d'un ethnocentrisme fortement

enraciné. Nous évaluons tout à

l'aune de nos propres normes occidentales.

Or, il ne faut pas concevoir un projet

pour les autres. Et cela vaut aussi pour les

évaluations. Celles-ci s'opèrent sur la base

des questions que nous posons et selon

les critères que nous définissons. Pourquoi

ne pas évaluer les projets ensemble !?

Le cliché selon lequel les

habitants du Sud seraient naïfs,

ou peu inventifs, a la peau dure.

Mais vous affirmez que c'est le

contraire qui est vrai.

Dans le Sud, on parle souvent de notre

richesse technologique, mais aussi de la

pauvreté qui caractérise notre esprit et nos

relations humaines. "Les Européens ont une

montre, les Africains ont le temps", voilà ce

que disent les Africains pour exprimer leur

incompréhension face au mode de vie qui

est le nôtre et à notre foi aveugle dans la

croissance économique.

L'économie est pour moi un axiome ethnocentrique

par excellence. Bien que l'homo

economicus d'Adam Smith n'existe pas partout

en Asie, en Afrique et chez les indiens

d’Amérique du Sud, nous exportons ce

modèle humain comme s'il s’agissait d’un

concept universel. Comment peut-on fonder

une civilisation entière sur une thèse

aussi insensée? Récemment encore, j'ai

rencontré à la Banque mondiale tant d'économes

obnubilés par leur propre professionnalisme

et leurs propres vérités, que je

me demande si nous sommes encore capables

d'écouter les autres.

Cela me fait penser à cet aphorisme génial

des indigènes sud-américains : "Look at

the tears of the people and listen to their

dreams". Quelles sont les souffrances des

gens et quelles sont leurs aspirations?

Plutôt que de parachuter nos propres idées,

c'est sur ces questions et sur leurs réponses

que doit se baser la coopération au

développement pour mettre en place des

projets originaux.

Comment échapper à cette

vision ethnocentrique du

développement ?

Le tableau n'est pas entièrement noir.

Je vois aussi des signaux positifs. Ainsi,

de nombreux jeunes coopérants se rendent

aujourd'hui dans le Sud pour apprendre

eux-mêmes, et pour y partager leurs

connaissances et leurs compétences. Ils se

montrent plus disposés à écouter que leurs

aînés, dont la principale motivation était

de transférer leurs propres connaissances.

Cette arrogance post-coloniale est définitivement

reléguée au passé. Les jeunes

réalisent aujourd'hui que nul n'est le seul

© J-M. Corhay / DGCD

dépositaire de la vérité. Si nous voulons

surmonter les crises actuelles, nous devons

renouer avec les sagesses traditionnelles

et inscrire notre action dans les nouvelles

structures culturelles mixtes.

Devant les jeunes coopérants, j'aime évoquer

la métaphore suivante : "Ne partez

pas comme coopérant, mais comme sagefemme

!" Quel est en effet le rôle d'une

sage-femme ? Elle ne détermine pas ce

que deviendra le bébé, mais encadre l'événement

qui se produit. Au besoin, elle fait

appel à son savoir pour en favoriser le bon

déroulement. C'est là l'attitude que doit

adopter un coopérant.

Un puits a été foré dans un

village - afin que les porteuses

d'eau n'aient plus à marcher

pendant des heures – mais il

est systématiquement saboté.

Or, il apparaît que les porteuses

d'eau sont elles-mêmes les

coupables. Leur motif ?

Depuis l'installation du puits,

elles n'ont plus l’occasion de

passer du temps entre elles,

pour discuter de choses et

d'autres en l'absence des

hommes. Comment anticiper

de telles situations ?

Un exemple très parlant ! Il n'y a qu'une

seule solution : passer plus de temps dans

le village, écouter ce que les gens ont à dire

et gagner leur confiance. Mais voilà le hic: le

développeur est toujours pressé ! Or, qui est

pressé, court à l'échec. L'"observation participative"

– l'étude de la communauté locale

par un séjour prolongé - est indispensable à

la mise en place d'un projet sur mesure avec

de bonnes chances de réussite.

Comment évaluer la mesure

dans laquelle un projet de

développement tient compte de

la dimension culturelle ? Existet-il

des indicateurs à cet effet ?

Hélas non, et ce n'est pas faute d'avoir

cherché. Mais la culture est une réalité

holistique, alors que l'utilisation d'indicateurs

relève d'une approche mécanique. Or,

on ne peut évaluer une réalité holistique à

l'aide d'une approche mécanique. Cela ne

signifie bien entendu pas pour autant qu'on

ne puisse pas poser des questions ciblées

au moment de la conception d'un projet.

Dans mon livre vous trouverez un aperçu de

questions semblables.

Thomas Hiergens

Pour en savoir plus

• Thierry Verhelst, Des racines pour vivre. Sud-Nord :

identités culturelles et développement, Duculot, 1987.

• Thierry Verhelst, Des racines pour l’avenir. Cultures et

spiritualités dans un monde en feu, L’Harmattan, 2008.

• Pour la vision de l'anthropologue, Joost Dessein,

sur la culture, voir : www.dgcd.be/fr/actualite

s e p t e m b r e-o c t o b r e 2009 dimension

19


internet

Technologies de l'information et de la communication

Au secours, internet est lent !

Beaucoup en ont déjà fait l'expérience : la communication électronique avec les pays en développement est souvent

très pénible. Quels sont les problèmes que rencontre internet dans ces pays, et comment y remédier à moindre frais ?

Rudy Gevaert explique la situation sur le terrain en Ethiopie où il participe à deux projets TIC, sous la coordination du VLIR-IUS.

Plus lent que le modem

Nombreux sont les visiteurs des pays en

développement qui y découvrent la lenteur

de l'internet. Télécharger une simple page

web peut durer plusieurs minutes. Ou plus

grave encore : vous consacrez une demiheure

à la rédaction d'un courriel pour

ensuite vous rendre compte que la liaison

est coupée et que votre travail est perdu.

Ce problème existe entre autres dans les

universités de Jimma et Mekelle. Et c'est là

que la coopération au développement en

matière de technologie de l'information et

de la communication (TIC) montre toute son

utilité.

"Logiciel libre" : les quatre

libertés de l’utilisateur :

• Liberté 0 : la liberté d'exécuter le programme,

pour tous les usages.

• Liberté 1: la liberté d'étudier le fonctionnement

du programme, et de

l'adapter à vos besoins. L'accès au

code source en est la condition.

• Liberté 2: la liberté de redistribuer des

copies, donc d'aider votre voisin.

• Liberté 3 : la liberté d'améliorer le programme

et de publier vos améliorations,

pour en faire profiter toute la

communauté. L'accès au code source

est requis ici aussi.

Un programme peut être qualifié de "logiciel

libre" lorsque l'utilisateur dispose de

ces quatre libertés. Il doit donc pouvoir

le copier, avec ou sans modifications, et

le distribuer à tout le monde, gratuitement

ou contre paiement. Cela signifie

également qu'il n'est pas nécessaire de

demander une autorisation pour effectuer

ces opérations.

online

www.gnu.org/philosophy/free-sw.fr.html

L'université de Jimma, qui possède 1.500

ordinateurs, utilise une connexion internet

(uplink) de 8 Mbit/s. Un abonnement internet

standard en Belgique fournit au particulier

15 Mbit/s. A l'université de Jimma, un

simple internaute surfe plus lentement que

nous lorsque nous avions une connexion

modem. L'université de Mekelle quant à elle

doit se contenter d'un uplink de 4 Mbit/s. A

Gand, l'université dispose d'un uplink collectif

de 2 GBit/s (= 2000 MBit/s).

Uplink plus rapide ?

Ces chiffres montrent une seule chose: un

uplink de 8 Mbit/s est insuffisant. Il existe

heureusement de nombreuses solutions.

Certaines plus réalisables que d’autres.

La solution la plus simple mais la plus onéreuse

consiste à installer un uplink plus

rapide. Ce qui n'est malheureusement pas

possible en Ethiopie. Il n'existe qu'une seule

société de télécommunication dans le pays

et cette absence de concurrence maintient

les prix à la hausse. Outre cet aspect, la

situation géographique de l'Ethiopie – éloignée

des côtes – ne lui permet pas de tirer

directement des câbles et l'oblige donc à

dépendre continuellement des services de

télécommunication d'un pays voisin. De

ce fait, le uplink vers l'internet à partir de

l'Ethiopie est limité et déjà saturé. L'internet

via satellite serait également possible, mais

pas à l'échelle requise ici. Cette formule a en

outre le désavantage de coûter fort cher.

Mieux exploiter

la largeur de bande

La meilleure solution consiste à mieux

exploiter la largeur de bande disponible.

Ou, pour utiliser la terminologie informatique

anglaise : Bandwidth management and

optimization (BMO). Quelques pistes suivies :

• L'installation d'un logiciel qui permet la

mise à jour sur place des sites web populaires

(caching) et la mise à disposition

d'un serveur de téléchargement local

(mirror).

• La mise en place d'un serveur de messagerie

local. 95 pour cent du trafic électronique

reste donc à l'intérieur du réseau

universitaire. Si tout le monde se met

à utiliser Yahoo! ou Hotmail il y aura en

effet un gros gaspillage de largeur de

bande.

• Le contrôle en temps réel des pages web

visitées pour éviter les virus et les contenus

illégaux.

• Interdire l'accès à certains sites, ou du

moins uniquement durant les heures de

bureau. Des sites comme Facebook et

YouTube gaspillent en effet beaucoup la

largeur de bande.

"Si tu lui apprends…"

Par ailleurs, d'autres difficultés se présentent

au cours de chaque projet de coopération

: la rotation de personnel, l'absence

de formations adaptées, l'alimentation en

électricité insuffisante, etc.

Nous n'avons que peu ou aucune influence

sur ces facteurs externes. La seule chose

que nous puissions faire est d'exploiter

au maximum la largeur de bande disponible,

aussi limitée soit-elle. Ce qui en soi

n'est pas difficile. Le problème est qu'étant

donné que nous recherchons des solutions

durables, leur mise en œuvre prend davantage

de temps. Ce critère de durabilité nous

pousse tout logiquement à jouer la carte du

"logiciel libre" (voir encadré). Nous investissons

également beaucoup de notre temps

dans la formation de personnels sur place,

de manière à ce qu'ils parviennent à résoudre

eux-mêmes les problèmes informatiques.

C'est une des clefs de leur ouverture

vers le monde extérieur.

Rudy Gevaert

Direction Technologie de l'information et de

la Communication (TIC) Université de Gand.

online

www.iuc.vliruos.be

20 dimension s e p t e m b r e-o c t o b r e 2009

1 Coopération des universités flamandes avec les universités du sud


Interview

"De Andere Kant van de Wereld"

Télévision

Ses yeux brillants révèlent une ardeur peu commune.

Elle est chanteuse, Video Jockey, présentatrice,

d’origine belgo-congolaise…, et elle revient d’Ouganda.

Leki – Karoline Kamosi pour l’état civil – vient de boucler

le programme TV "2015 - De Andere Kant van de Wereld",

à découvrir dès septembre sur JIMtv, la chaîne flamande pour

les jeunes. Il suit trois VJ qui sillonnent l’Ouganda, le Vietnam

et l’Equateur, à la recherche de jeunes qui contribuent chacun

à leur manière à rendre plus tangibles les Objectifs du Millénaire.

© J-M. Corhay / DGCD

Dans le programme, on te

voit régulièrement mettre la

main à la pâte : tu participes

au nettoyage des égouts à

Kampala, tu transportes

des briques, tu charges des

jerrycans d’eau sur un vélo.

Tout ça te correspond ?

En effet, je ne veux pas rester à l’écart,

être spectatrice. C’est chouette de pouvoir

apporter sur place sa petite pierre à l’édifice.

Lorsque nous avons quitté l’Ouganda

avec l’équipe TV, nous avons laissé là-bas

une partie de nous-mêmes. Surtout à Lira,

dans le nord du pays, les traces laissées

par le conflit m’ont fortement marquée.

L’alcoolisme chez les plus âgés, les enfants

souffrant de traumatismes et d’angoisses,

la résignation. Mais l’espoir était aussi présent

: je pense par exemple à deux garçons

qui élevaient des sangliers pour nourrir

leurs dix jeunes frères et sœurs et leur

permettre d’aller à l’école. De retour à la

maison, nous avons tout de suite cherché

le moyen d’aider ces enfants. Ce n’est pas

vraiment d’argent dont ils ont besoin, c’est

plutôt de pouvoir vivre leur enfance. Peu de

temps après, lorsque l’ONG Vredeseilanden

m’a demandé de parrainer un nouveau

projet de fermes d’enfants dans le nord de

l’Ouganda, j’étais donc vraiment motivée.

Mais j’ai posé une condition : je ne voulais

pas simplement être un visage dans une

campagne de posters, mais m’impliquer

activement. Entretemps, nous nous sommes

déjà rendus sur place pour lancer le

projet.

As-tu le sentiment que ce

programme TV peut sensibiliser

les jeunes à la coopération au

développement ?

Le programme n’a pas pour seule ambition

de montrer de belles images, il veut

provoquer une prise de conscience chez

les téléspectateurs. Sans doute le but ne

sera-t-il pas atteint à chaque fois, mais

des jeunes auront envie d’en savoir plus

sur la coopération au développement, j’en

suis convaincue. Si on veut que les jeunes

vivent de manière plus solidaire, il faut oser

les aiguillonner un peu. Que certains ne

soient pas tout de suite emballés, je trouve

ça normal, mais ressentir en fin de compte

une grande satisfaction lorsqu’on a permis

d’une certaine manière que la vie de

cette autre personne change, quoi de plus

humain ?

Je pense que les jeunes suivront le programme,

et en tant que VJ et chanteuse,

je peux me servir de ma popularité pour

montrer l’exemple. Les jeunes nous regardent,

et sont curieux des choses qui nous

occupent. Lorsque j’étais en Ouganda, j’ai

souvent posté des messages sur Facebook,

dans lesquels je parlais de nos activités, et

j’ai reçu une masse de réactions positives.

Ta mère est belge, ton père

congolais. Jusqu’à tes 6 ans, tu

as habité en Afrique. Le Congo,

ça te parle toujours ?

Absolument. Il y a deux ans, dans le cadre

d’un programme pour la VRT, je suis partie

à la recherche de mes racines congolaises,

et j’ai visité le village de naissance de

mon père et de mon grand-père, Malambo.

J’y ai vu les fondations et les murs, envahis

d’herbes folles, de la clinique que mon

père avait commencée à construire il y a

des années, mais qu’il n’avait pas pu achever.

Pendant toute la durée de mon séjour,

je me suis demandée comment je pourrais

mener à bien ce projet, qui permettrait à

250.000 personnes des environs, proches

ou lointains, de bénéficier de soins médicaux.

Petit à petit, ce plan a commencé à

prendre forme, et une première prospection

est prévue pour l’année prochaine.

Enfant, j’étais déjà idéaliste, mais maintenant,

entre autres grâce à mes voyages au

Congo et en Ouganda, je commence à me

faire une meilleure idée de la manière d’y

parvenir. Et surtout, je me rends compte du

fait que construire un monde meilleur nous

concerne tous : chacun peut y apporter sa

contribution.

Reinout Van Vaerenbergh

online

www.jim.be/blog/2015-de-andere-kantvan-de-wereld

s e p t e m b r e-o c t o b r e 2009 dimension

21


petite dimension

La CTB remplace son rapport

annuel classique par un rapport

sur le développement durable

Réouverture de

l'antenne de coopération

au développement

à Lubumbashi

La CTB, l’agence belge de coopération au

développement, publie son rapport annuel

2008. Pour la première fois, celui-ci prend

la forme d’un rapport sur le développement

durable. Ce faisant, l’agence se rallie

à la tendance internationale toujours plus

répandue. Concrètement, cela signifie que

le rapportage porte non seulement sur les

activités et les finances de l’année écoulée,

mais aussi sur les affaires administratives,

les performances environnementales et les

aspects sociaux.

"Il s’agit là d’un choix stratégique délibéré",

souligne son Directeur général, Carl

Michiels. "Les projets belges mis en oeuvre dans le Sud doivent réaliser un

développement humain durable. Si nous voulons être un tant soit peu crédibles,

nous devons postuler ce développement durable dans notre propre

fonctionnement et communiquer ouvertement en la matière."

Chiffres clés

La coopération bilatérale directe belge ne cesse de s’accroître au fil des

années. Cela se traduit pour la CTB par une augmentation constante

des montants alloués : 217 millions d’euros en 2008 (contre 213 en

2007). L’Afrique demeure le centre de gravité des efforts déployés par

la Belgique : pratiquement la moitié (48%) des dépenses bilatérales est

affectée à l’Afrique centrale (RD Congo, Rwanda, Burundi et Ouganda),

tandis que l’Afrique du Nord et de l’Ouest totalise pour sa part plus de

20%. L’Amérique latine représente, quant à elle, 8% des dépenses, l’Afrique

orientale et australe 7%, et l’Asie quelque 6%.

online

www.btcctb.be

L'antenne de la Coopération belge au développement

du Consulat général de Lubumbashi a rouvert ses portes

le vendredi 21 août. La coopération au développement

belge au Katanga – une région de la RD Congo particulièrement

riche en matières premières – peut ainsi

à nouveau s'investir à fond dans la lutte contre la pauvreté.

La fonction d'Attaché de la coopération au développement

à Lubumbashi a été confiée à Philip Heuts,

qui assumera le suivi des projets mis en oeuvre au

Katanga et continuera d’améliorer l'efficacité de l’aide

belge, y compris pour les projets mis en oeuvre dans

l’Est du Congo, où règne une violence permanente.

Réouverture de l'antenne

dans une région importante

Le Consulat général de Belgique à Lubumbashi était

fermé depuis juin 2008. Parallèlement à sa réouverture,

l’antenne de la Coopération belge au développement

a pu reprendre ses activités le 21 août dernier.

Lubumbashi est la capitale de l'immense Katanga, cette

région riche en matières premières du Sud-Est de la RD

Congo qui compte 8,2 millions d'habitants et s'étend

sur quelque 500.000 km². La Belgique y a des projets

en cours dans les secteurs de l'infrastructure de base,

de l'eau et l'assainissement, de l'éducation, de la santé

publique et de l'agriculture. Le Katanga, mais aussi

l’Est du Congo profiteront du portefeuille du bureau.

Depuis plus d’une dizaine d’années, cette région est

ruinée par les guerres et la violence. Notre pays y met

entre autres en œuvre d’importants programmes de

lutte contre l’impunité et les violences sexuelles. La

direction et le suivi sur le terrain de toutes ces activités

s’avèrent indispensables.

Une nouvelle politique de financement belge

pour une aide multilatérale plus efficace

A la session d’été du Conseil Economique et

Social des Nations Unies, la Belgique a présenté

sa nouvelle politique de financement

multilatérale. Le core funding, en d'autres

termes le financement des ressources

générales des organisations partenaires

multilatérales, est désormais privilégié par

rapport à l’earmarked funding, c’est-à-dire

le financement de projets spécifiques. La

nouvelle politique de financement profite à

l'efficacité de la coopération multilatérale,

renforce l'indépendance des organisations

partenaires et confère à notre pays un plus

grand poids au sein de ces institutions.

Moins d'éparpillement et

une plus grande orientation

vers les résultats

Le Ministre de la Coopération au développement

Charles Michel a en effet décidé qu’à

l’avenir notre pays contribuera essentiellement

au budget général des organisations

partenaires multilatérales (core funding),

ce qui signifiera un renforcement de leurs

budgets de base indépendants. Les projets

spécifiques (earmarked funding) sont

réduits au minimum. Le Ministre Michel

entend accroître de cette manière l'efficacité

de l'aide multilatérale. Les organisations

de leur côté se voient garantir la prévisibilité

de leurs moyens, et l'éparpillement

dû à un nombre trop important de petits

projets est limité. Dans le même temps, la

Belgique renforce son poids à l'Assemblée

générale des institutions concernées et

peut ainsi influer davantage sur leurs politiques

générales. La Coopération belge au

développement souhaite avant tout veiller

à ce que ces organisations deviennent plus

indépendantes et s'orientent davantage

vers les résultats.

online

www.un.org/french/ecosoc

22 dimension s e p t e m b r e-o c t o b r e 2009


"Un des donateurs

les plus généreux"

La Belgique injecte 6,6 millions de dollars dans l'aide

d'urgence alimentaire et agricole par l'intermédiaire

de la FAO, l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation

et l'agriculture. Cet argent est destiné à

des familles d'agriculteurs vivant au Burundi, au Niger,

en Ethiopie et en RD Congo. La Belgique est pour la

FAO "un des donateurs les plus généreux".

Kidonaki

Parallèlement aux sites d’enchères classiques, Kidonaki va organiser

des transactions commerciales entre un vendeur et un acheteur,

en y ajoutant un troisième opérateur : le bénéficiaire (une association,

une ONG, une cause…). Autrement dit, le vendeur va renoncer

au produit de sa vente en le cédant à une cause. L’acheteur reçoit

donc l’objet qu’il paie, le vendeur fait un don sans débourser de

"cash" et l’association bénéficiaire reçoit l’argent.

• Cet espace permettra d’offrir des possibilités concrètes à tous ceux qui

souhaitent "faire un don". Ils disposeront d’un large choix de projets à

soutenir, classés parmi des thématiques telles que l’environnement,

l’aide d’urgence, ou encore l’intégration des personnes handicapées…

• Le site se veut également un portail d’information dédié aux différents

projets des associations.

• L’objectif est également de donner une deuxième vie aux objets devenus

inutiles pour certains, mais utiles pour d’autres. Ce recyclage s’inscrit

dans une philosophie de développement durable, avec une plusvalue

: l’objet recyclé crée une richesse directement utilisée pour une

cause ou un projet précis.

• Pour les commerçants, un partenariat de "sponsoring indirect" est proposé

au profit des associations membres de l’outil.

"Kidonaki est le seul site Internet qui transforme

l’ancien mix-soupe de Mamy en une valise de vaccins."

E-mail : info@kidonaki.be • Téléphone : +32 474 34 20 20 et +32 474 99 54 51

online

Pour reprendre les propos de la FAO elle-même, "la

Belgique est l'un des contributeurs les plus réguliers

aux activités d'urgence de la FAO. Sa dernière démonstration

de générosité porte le total de l'aide belge aux

projets africains de la FAO à 80 millions de dollars au

cours des 6 dernières années. Cette contribution permet

d'améliorer les moyens d'existence et la sécurité

alimentaire de dizaines de milliers d'agriculteurs pauvres."

Comment seront affectés ces fonds ?

Quelque 2,6 millions de dollars bénéficieront directement

aux familles d'agriculteurs victimes de la violence

politique en RD Congo. Un fonds de 2 millions

de dollars est d'autre part prévu pour les anciens soldats

et les familles d'agriculteurs qui ont souffert du

fait des inondations et de la flambée des prix dans le

Burundi voisin. Le reste du don belge ira à l'aide aux

familles d'agriculteurs affectées par la sécheresse au

Niger et en Ethiopie.

online

www.kidonaki.be

www.fao.org

La DGCD propose une nouvelle exposition sur le thème

"Agriculture et sécurité alimentaire"

Une nouvelle exposition sur le thème

"Agriculture et sécurité alimentaire" est

à votre disposition. Constituée de 9 panneaux

sur pied avec enrouleur, cette exposition

vous fera découvrir l'importance de

l'agriculture et les dangers qui la menacent,

ainsi que les solutions possibles.

Trois projets belges mettent en lumière

différentes manières d'aborder cette problématique.

Chaque panneau propose

des images éloquentes et vivantes.

Cette nouvelle exposition est le reflet

de l'intérêt croissant de la Coopération

belge au développement – et de la communauté

internationale – pour l'agriculture.

L'exposition peut être empruntée

gratuitement (transport et installation

compris) par des associations, des écoles

et des communes.

online

www.dgcd.be

s e p t e m b r e-o c t o b r e 2009 dimension

23


Service Public Fédéral

L'Afrique se démasque à Tervuren

Jusqu’au 3 janvier 2010

se tient au Musée Royal

de l’Afrique Centrale une

exposition passionnante.

Persona explore le thème

de l’identité par le biais

du masque au sens propre

et figuré.

Editeur responsable: Dirk Achten, Président du comité de direction, rue des Petits Carmes 15 B- 1000 Bruxelles

Persona situe 180 masques

africains dans le contexte

de leur utilisation et de leur

signification. Ceux-ci ne sont

d’ailleurs pas confectionnés

uniquement pour leur beauté

– comme le voient le plus souvent

nos yeux occidentaux –

mais sont en premier lieu des

objets à usage rituel. Les masques

représentent souvent un

être immatériel, par exemple,

une divinité ou un esprit de la

nature. Le danseur qui porte le

masque met sa propre personnalité

à l’arrière-plan afin que

le dieu ou l'esprit puisse s’incarner en lui.

L’esprit évoqué peut combattre l'injustice,

favoriser la fertilité ou accorder certaines

faveurs. Les masques d'animaux font souvent

office de critique à l'égard du comportement

humain. Les masques sont également

utilisés lors de cérémonies d’initiation des

jeunes garçons pour devenir des hommes

responsables. Les garçons subissent une

mort symbolique et acquièrent une nouvelle

identité. Pour tout dire, les masques sont

une réponse à des phénomènes que nous

connaissons tous: affronter des problèmes,

la morale, accéder à l'âge adulte…

La persona des migrants

L'exposition veut toutefois se dégager

des stéréotypes. L'Afrique évolue avec

le temps, ses masques suivent le mouvement.

De nombreux artistes contemporains

ont trouvé un nouveau port d’attache en

Europe. Mais dans quelle mesure y sont-ils

vraiment chez eux ? Et dans quelle mesure

doivent- ils adopter une autre persona

(= masque, rôle, personnage) dans la

société européenne ? Le MRAC a invité 14

artistes immigrés à répondre à cette thématique

dans la langue de leur art.

Mpane s’est représenté lui-même comme

un homme en allumettes, fragile, devant

un bac de douche dans lequel il voit le nom

de ses ancêtre fondre et disparaître vers

les égouts. Mpane veut exprimer le déchirement

vécu par un migrant congolais à

Bruxelles. "D’un côté je dois respecter la

tradition d'aider la famille

demeurée au Congo. De

l'autre, en Europe, je dois

porter le masque de celui

qui a réussi dans la vie…!"

Mais l'identité n'est pas une

donnée immuable. "L'altérité,

être l'autre, c’est être

multiple et sans limites."

Résidant en Belgique, le burundais Ntakiyica

joue avec sa propre identité en se pavanant

en danseur écossais, toréro espagnol, promeneur

tyrolien. Ou encore, comme un clin

d’œil, rend hommage à René Magritte (voir

couverture)… L’art fait connaître l’autre,

dans son individualité et dans sa similitude.

online

www.africamuseum.be/persona

© Aimé Ntakiyica

24 dimension s e p t e m b r e-o c t o b r e 2009

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