Saint-Gall - Magazine Sports et Loisirs

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Saint-Gall - Magazine Sports et Loisirs

ÉVASION

SAINT-GALL

Laurent Missbauer

Photos: Laurent Missbauer,

Swiss-Image et

St-Gall Tourisme

Saint-Gall:

une ville

de contrastes

Le moins que l’on puisse écrire,

c’est que Saint-Gall fascine.

Oui, la capitale de la Suisse

orientale ne laisse pas insensibles

ses visiteurs et elle les

fascine avant tout par ses

contrastes. Elle mêle en effet

avec un rare bonheur les

bâtiments historiques aux

constructions urbaines à la

fois modernes et audacieuses.

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Saint-Gall, avec sa célèbre université

entourée de sculptures

contemporaines, ses bâtiments

futuristes de Santiago Calatrava et le

«tapis rouge» de l’artiste Pipilotti

Rist qui recouvre tout le quartier de

la Banque Raiffeisen, aspire aujourd’hui

à appartenir au club des métropoles

tendance. Il n’en a pas toujours

été ainsi. Les manuels d’histoire

expliquent en effet que la ville de

Saint-Gall, à la fois capitale de la

Suisse orientale et important bastion

du catholicisme helvétique, a été

fondée en l’an 612 par le moine irlandais

Gallus qui voyageait alors en

quête d’un endroit adéquat pour se

retirer dans sa cellule d’ermite. Arrivé

à la hauteur de ce qui est devenu

aujourd’hui l’une des plus jolies villes

de Suisse alémanique, Gallus trébucha

et tomba dans un buisson

d’épines. Et comme un malheur n’arrive

jamais tout seul, il tomba nez à

nez avec un ours qui, au lieu de le

manger tout cru, poursuivit son

chemin et lui laissa ainsi la vie sauve.

Interprétant sa chute et sa rencontre

avec l’ours comme un signe de Dieu,

le brave Gallus décida de ne plus

poursuivre son voyage et c’est à l’endroit

même où il érigea son ermitage

que l’abbaye de Saint-Gall vit le

jour une centaine d’années plus tard.

La rénommée de l’abbaye allait être

telle qu’elle ne tarda pas à devenir un

des plus importants centres culturels

d’Europe. Et c’est tout autour de

l’abbaye que la ville de Saint-Gall,

maison après maison, commença à

se construire au Moyen Age.


Patrimoine

culturel

mondial de l’Unesco

Le passé de Saint-Gall, la

splendeur de son abbaye,

mais aussi les témoins d’un

formidable essor économique

dû à l’industrie textile, sont

aujourd’hui présents un peu

partout au centre-ville. Le

quartier de l’abbaye et sa

cathédrale baroque forment

même un ensemble historique

qui a été classé au patrimoine

culturel mondial de

l’Unesco en 1983. La bibliothèque

rococo de l’abbaye,

considérée comme l’une des

plus belles de son genre,

abrite quelque 150 000 livres

et 2000 manuscrits originaux

datant du Moyen Age.

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La vieille-ville, avec ses belles

maisons à colombages, invite

le visiteur à flâner de monuments

en monuments et de

boutiques en boutiques. Les

œuvres de l’architecte espagnol

Santiago Calatrava, un

des plus en vogue du

moment, d’Athènes à Séville

en passant par Lyon, apportent

une jolie touche de

modernisme. Il en va de

même pour le quartier de la

Banque Raiffeisen, théâtre

d’une gigantesque installation

urbaine que l’on doit à

Pipilotti Rist (photo). Celle

qui est considérée

comme

la plus grande

artiste de

Suisse encore

vivante a eu

l’idée de génie

de recouvrir

d’un tapis

rouge toutes

les rues du quartier, y compris

les trottoirs, les bancs et

même une Porsche 911 qui

doit être la voiture la plus

surveillée au monde. Afin de

palier à d’éventuels actes de

vandalisme, la Porsche 911 de

Pipilotti Rist – au même titre

que tous les bancs et les

autres objets recouverts d’une

moquette rouge très résistante

– est en effet constamment

placée sous la surveillance

d’un grand nombre de caméras

vidéo! Cela aussi bien de

jour que de nuit où le quartier

«à la couleur de sirop grenadine»

est éclairé par des

lampes aux formes arrondies

que Catherine Cossy, journaliste

au quotidien Le

Temps, a qualifiées de

«pommes de terre cabossées

et géantes».

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L’intérieur de la Tonhalle

Saint-Gall et sa célébrissime

saucisse de veau

Saint-Gall ne vaut cependant pas

seulement le déplacement pour ses

curiosités architecturales et artistiques.

La capitale du canton du

même nom vaut aussi le détour pour

sa cuisine, notamment pour sa célébrissime

saucisse de veau dont le

goût – absolument délicieux – n’a

rien à voir avec celui auquel peuvent

prétendre les pâles imitations que

l’on trouve à l’extérieur des frontières

cantonales. On relèvera en

outre qu’une des caractéristiques

des restaurants de la vieille-ville de

Saint-Gall réside dans leur aménagement,

généralement au premier

étage du bâtiment, d’où leur nom

d’«Erststockbeizen».

Saint-Gall vaut également le détour

pour ses concerts à la Tonhalle – un

bâtiment dont le style architectural

rappelle celui en vogue 1900 –,

La Tonhalle vue de l’extérieur

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Le Säntis

son festival de musique en plein air et ses

excursions dans les environs, notamment au

pied du Säntis, la montagne des Saint-Gallois,

à Rapperswil, sur le lac de Zurich, à Sargans,

réputée pour ses vins, ou encore à Altenrhein,

au bord du lac de Constance.

Sargans et ses vignes

Le Festival Open-Air de Saint-Gall

Rapperswil

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La Markthalle de Hundertwasser

Altenrhein est aujourd’hui

connue bien au-delà des frontières

helvétiques pour sa Markthalle

qui a été construite de 1998

à 2001 et qui est le dernier bâtiment

issu du génie créateur de

l’artiste autrichien Friedensreich

Hundertwasser. Né à Vienne

le 15 décembre 1928 et décédé

en Nouvelle-Zélande le 19

février 2000, Friedensreich

Hundertwasser, de son vrai nom

Friedrich Stowasser, était à la

fois peintre et architecte. ou

plutôt «médecin de l’architecture»

comme il se plaisait à le

relever. Son nom et prénom

d’artiste proviennent d’un jeu de

mot: «Frieden» signifie «paix»

en allemand et «Reich» «le

royaume», Friedensreich se traduisant

donc par le «Royaume

de la paix». «Sto» étant le mot

tchèque pour «cent» (hundert en

allemand) et «Wasser» voulant

dire «eau» en allemand, Hundertwasser

signifie donc «cent

eaux». Ce qui donne, bout-àbout:

«Le royaume de la paix

(aux) cent eaux».

Ses réalisations architecturales

pleines de fantaisie ont pu être

rapprochées de l’œuvre de

Gaudí ou de l’épouse de Jean

Tinguely, Niki de Saint Phalle,

notamment dans la maison aux

miroirs qu’elle construisit dans

son Jardin des tarots à Gara-

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vicchio, en Toscane. Le message

de Friedensreich Hundertwasser

est profondément écologiste et

s’exprime par des manifestes artistiques

et architecturaux où il prône

une société sans déchet où «la

folie du nettoyage laisserait sa

place à la toilette-humus». Il crée

d’ailleurs des immeubles avec des

arbres aux fenêtres, des toits recouverts

de verdure et de végétaux,

et encourage les ouvriers à être

créatifs. Il dénonce ainsi l’architecture

classique comme «sinistre

et concentrationnaire» et se déclare

ennemi de la ligne droite qu’il

refuse d’employer dans ses créations.

A Altenrhein, il parviendra

d’ailleurs à convaincre les collectivités

locales d’instaurer devant la

Markthalle un passage-piéton où

les différentes lignes jaunes sont

irrégulières et cabossées et non

pas droites comme un «i» comme

le veut la réglementation sur la circulation

routière!

On peut affirmer pour conclure

que Friedensreich Hundertwasser

est l’un des grands pionniers

d’une architecture humaniste et

écologique telle que la pratiquent

désormais de nombreux jeunes

architectes un peu partout dans le

monde. Et à ceux qui lui reprochaient

que son architecture était

plus chère qu’une autre, il tenait

le discours suivant: «On confond

valeur authentique durable et

profit. Chacun sait que la qualité

est ce qui coûte le moins cher. Les

bilans sont faussés lorsqu’on ne

tient pas compte de facteurs négatifs,

tels que vandalisme, insatisfaction,

maladies et exode

urbain…» Il est vrai que l’on n’a

jamais vu de graffitis, de déprédations

ou d’actes de vandalisme

sur les immeubles de Friedensreich

Hundertwasser. On ne

détruit en effet pas une œuvre d’art,

on y vit satisfait et on ne songe

nullement à la quitter!

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