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L'envol, film de René Bo Hansen, Allemagne ... - Atmosphères 53

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L’ENVOL

Film de René Bo Hansen, Allemagne, Suède, Danemark, 87 mn

Long métrage de fiction

Sommaire :

1. Avant la projection

2. Présentation de l’histoire

3. Pistes d’exploitation

• Le récit : fiction ou documentaire ; les thèmes

• Les personnages, les objets

• Les Lieux

• Le genre du film et les procédés cinématographiques

1


1. AVANT LA PROJECTION

– Travail sur l’affiche : qu’y voit-on ? (Paysage, enfant et

aigle). Les couleurs ?…

– Travail sur le titre : à la fin du film, on s’aperçoit que l’envol

est à la fois pour le garçon et pour l’aigle.

– Importance du générique de début qui montre le paysage,

l’enfant, la tête d’un aigle. Le lieu et les principaux

personnages du film sont ainsi révélés.

– Consignes pour le bon déroulement d’une séance (cf.

plaquette ciné-enfants).

2. PRESENTATION DE L’HISTOIRE

Résumé : Bazarbai a d’autres rêves que les jeunes nomades de son âge. Il ne veut pas marcher sur les traces

de son père, ni devenir un grand chasseur à l’aigle royal. D’ailleurs il n’aime pas les aigles. Il ne pense qu’à

quitter les vastes plaines de Mongolie et découvrir avec son grand frère l’effervescence d’Oulan-Bator, la

capitale.

Quand le père décide d’envoyer son fils aîné à la ville, Bazarbai se sent trahi. Pour le consoler, son père

l’emmène au grand Festival de l’Aigle mais le jeune garçon reste obstiné et décide secrètement de rejoindre

son frère.

Protégé par un compagnon de route inattendu, Bazarbai va entreprendre un long voyage à travers les

montagnes enneigées. Il va apprendre que l’héritage du passé, le respect de la nature, l’amitié et la loyauté

rendent plus fort.

Histoire détaillée : (Chapitrage du DVD)

Chapitre 1 : Générique de début.

Panoramique sur une montagne et un enfant la gravit pour atteindre un nid.

Une tête d’aigle est en gros plan.

Nouveau panoramique et on voit arriver un groupe d’hommes avec troupeau de yacks, chèvres, des chameaux

et un aiglier portant un aigle. Un mouton est accidenté par un camion (conflit entre les nomades et les

« citadins »). Le berger s’appelle Bazarbai. Il a un grand frère Khan.

Chapitre 2 : 4 mn.

Le père demande à Khan d’égorger le mouton pour qu’il ne souffre plus.

Ils arrivent aux yourtes. Ils ouvrent un courrier envoyé par l’oncle qui vit en ville. Il a envoyé une radio que

Khan branche sur le générateur (Opposition entre le progrès et la tradition). Le père montre l’aigle à Bazarbai

et lui demande de lui parler. Bazarbai garde le troupeau et, avec un bâton imite des mouvements de Kung Fu,

ce qui amuse sa petite sœur. Il lui dit que lorsqu’il sera grand, il sera patron d’usine et il la prendra avec lui. Le

père, à côté de l’aigle chante un chant traditionnel.

2


Khan explique à Bazarbai que l’aigle doit bientôt être libéré car il travaille depuis déjà 10 ans. Barzabaï

questionne son frère sur la mort des aigles.

Chapitre 3 : 7 mn 58.

Les 2 frères partent pour poser un piège et capturer un aigle. Malheureusement,

l’aigle piégé s’échappe. A leur retour, dans la yourte, le père annonce que Khan va

partir et que Bazarbai devra le remplacer dans son travail, ce qui ne lui permettra

pas d’aller à l’école. Bazarbai sort, claque la porte et pleure.

Chapitre 4 : 11 mn 58.

Khan demande pardon à son frère qui lui rappelle « on devait découvrir le monde ». Khan donne son chapeau

et son cheval à son petit frère. Il part en camion vers la ville.

Après le départ de Khan, le père se plaint de l’attitude de Bazarbai et sa mère répond qu’il doit trouver sa

propre voie. Bazarbai dort par terre dehors et rêve d’un aigle qu’il irait capturer. Le lendemain, sa mère lui

demande de mettre le capuchon à l’aigle, mais il n’y arrive pas.

Chapitre 5 : 15 mn 58.

C’est l’hiver, le paysage est enneigé. Bazarbai doit casser la glace pour récupérer de l’eau. Son père le regarde

par la fenêtre. Bazarbai ramasse le crottin du bétail pour faire du feu. La radio est cassée. Le père demande à

Bazarbai de partir avec lui à un festival international de l’aigle. Ils partent et la petite sœur est triste.

Chapitre 6 : 20 mn.

Ils chevauchent. A l’arrêt pique-nique, le père montre une lettre que Kahn a

envoyée où il dit qu’il a trouvé du travail, mais il n’y a pas d’argent. Il a joint

une photo le montrant devant un immeuble, posant à côté d’une moto. Ils

repartent et c’est Bazarbai qui porte l’aigle Ils retrouvent tout un groupe de

chasseurs. C’est d’abord une compétition junior. Le père rejoint un ami dans

une yourte et l’ami dit que son cheval a été tué par les loups. Ils boivent du thé

pour se réchauffer. Le père demande à Bazarbai d’attacher l’aigle dehors.

Chapitre 7 : 24 mn.

Les autres garçons le traitent de plouc. Il revient à la yourte et dit à son père qu’il voudrait participer au

concours, mais son père refuse et lui répond qu’il aura bientôt son propre aigle.

Il demande à un chauffeur de l’emmener en ville, l’autre veut faire une photo avec l’aigle, mais ce dernier

ébloui par le flash se sauve.

Chapitre 8 : 28 mn.

L’enfant ne peut pas rattraper l’aigle, mais lorsque son père appelle l’oiseau, il revient.

Dans la montagne où il cherche à attraper l’aigle, le garçon trouve son cheval mort et il

est lui-même est attaqué par les loups. Il se réfugie dans une grotte où il fait du feu et

passe la nuit. Il rêve d’un aigle qu’il va attraper sur une falaise.

3


Chapitre 9 :32 mn3.

Son père qui l’a vu s’enfuir décide de ne pas lui venir en aide, afin que cette épreuve lui serve de leçon. L’aigle

lui est revenu. Il lui envoie pour le protéger.

Après voir essayé de chasser l’aigle, le garçon se réconcilie avec lui : ils s’apprivoisent et Bazarbai embrasse

l’aigle. Il lui explique qu’il ne veut pas rentrer chez son père, mais qu’il veut retrouver son frère.

Chapitre 10 : 36 mn.

En allant vers la ville, l’aigle s’échappe. Devant franchir une montagne, le garçon arrête

un véhicule (celui qui avait renversé le mouton) qui le prend en stop. Il rencontre alors

une fille Inaara, qui le prévient que les hommes sont dangereux (ce sont des trafiquants

qui capturent des aigles).

Chapitre 11 : 40 mn.

Il regarde le camion et voit des cages avec des aigles dedans. Un des hommes le surprend et il se retrouve

attaché. Pendant que les hommes boivent, Inaara le détache et ils volent le camion qui tombe en panne plus

loin. L’aigle les a survolé. Ils partent à pied. Bazarbai montre la photo de son frère.

Chapitre 12 : 44 mn.

Inaara révèle que son frère ne travaille pas en ville. Il croit qu’elle ment. Elle s’éloigne. Il entend l’aigle qui

revient et il se pose sur son gant. Il lui remet le capuchon. Ils partent vers la ville dans une immensité de

montagnes enneigées. C’est la nuit, on entend le vent. Inaara tombe par terre inanimée et Bazarbai essaie de la

réchauffer. Il relâche l’aigle. Pendant ce temps, le père regarde la montagne par la fenêtre. On voit l’aigle

voler dans le ciel bleu.

Chapitre 13 : 48 mn.

Le garçon se réveille, l’aigle auprès de lui, à l’étage d’un monastère (zoom arrière)

car l’aigle a guidés les moines bouddhistes vers eux alors qu’ils ne pouvaient pas

franchir le col de la montagne. Bazarbai retrouve Inaara qui dit qu’elle n’est pas

croyante et qu’elle veut partir. Ils passent devant des statues de divinités, on entend

un bruit de prières. (Fondu enchaîné).

Chapitre 14 : 44 mn.

Bazarbai cherche Inaara. Le moine lui dit qu’elle ne fait confiance à personne, qu’elle sait beaucoup de choses.

Les moines sont en prières.

Le garçon part à Oulan Bator avec les gens du cirque mais Inaara ne veut pas le suivre.

Chapitre 15 : 56 mn.

Il arrive en ville : immeubles, voitures…mais, à l’arrivée, l’aigle est confisqué par le directeur du cirque et

Bazarbai doit travailler. Le montreur d’ours lui révèle qu’ils sont tous corrompus et que s’il n’obéit pas, il ne

récupèrera pas son aigle. Il montre la photo de son frère. Ils se couchent ; c’est la nuit.

4


Chapitre 16 : 1h.

Il rêve en repensant à sa famille (troupeaux, petite sœur).

Quelqu’un l’emmène en ville pour chercher son frère et on lui dit qu’il travaille à la

mine de charbon à Nalaikh. Ils retournent au cirque. Bazarbai ramasse du crottin et

Inaara arrive et se fait chasser par le directeur. Les numéros de cirque commencent

(contorsionnistes, altères, numéro avec l’ours…) Bazarbai regarde puis balaie la piste.

Chapitre 17 : 1h4 mn.

Le directeur du cirque lui propose de faire un numéro avec son aigle, mais il en profite pour s’échapper avec

Inaara. Puis, après avoir embrassé Inaara, il prend le train, seul, pour aller voir son frère.

Chapitre 18 : 1h8 mn.

On voit le garçon et l’aigle dans un wagon à charbon. Arrivé à la mine, on lui dit qu’il y a eu un accident et pas

de survivants. Mais l’aigle sent la présence de Khan et Bazarbai descend dans les galeries.

Chapitre 19 : 1h12 mn.

Bazarbai retrouve son frère blessé et d’autres mineurs. Ils ressortent et l’aigle les surveille. Plus tard, ils

marchent et Khan dit qu’il va rester en ville et retrouver un autre travail pour envoyer de l’argent afin que

Bazarbai aille à l’école. Bazarbai caresse l’aigle. Ils rient et s’embrassent.

Chapitre 20 : 1h16 mn.

Ils se séparent. Bazarbai monte dans un camion et retourne chez son père. Il retrouve sa petite sœur et son

père. Ce dernier libère l’aigle qui s’envole dans le ciel bleu. Le père dit que le prochain aigle sera pour

Bazarbai. Le père et le fils marchent côte à côte. Bazarbai veut acheter un GPS pour suivre la trace des oiseaux.

On suit le vol de l’aigle. (Musique). Fondu au noir. Générique de fin.

Ce qu’ils en disent :

« L’envol », les aigles du désir. La plupart des films pour jeune public se signalant par leur laideur et leur

bêtise, la sortie de l’Envol de René Bo Hansen doit être signalée aux quelques parents responsables encore en

activité dans l’Hexagone. Le film est une invitation au voyage aux confins de la Mongolie au milieu des derniers

nomades kazakhs qui se sont installés dans la région frontalière de Bayan-Olgi depuis la fin du XVIIe siècle (...).

Ce Quatre cents coup mongol dont le garnement Bazarbai Matei serait sans forcer le Jean-Pierre Léaud

surprise. (Libération)

En Mongolie, un apprentissage de la vie semé d’embûches. Du très grand air (...). La fugue de Bazarbai, qui

dure plusieurs semaines, nous fait traverser des paysages somptueux, et le passage en ville réserve bon nombre

de mauvaises rencontres (...). Il est vif, sauvage et attachant à l’image de son aigle royal. (Télérama)

Bien décidé à ne pas suivre les traces de son père, un adolescent Kazakh s’enfuit dans les steppes mongoles avec

un aigle pour compagnon. Le scénario efficace et les images captivantes font de ce film une excellente

alternative aux blockbusters de fin d’année. (Les fiches du cinéma)

Le réalisateur à su créer assez de suspense pour captiver un public familial tout en donnant à ce beau récit

initiatique une dimension contemplative. L’économie de paroles rend la version originale abordable pour des

enfants. (La vie)

5


3. PISTES D’EXPLOITATION

• Le récit :

1- Restitution

Reconstituer l’histoire :

Jeune nomade âgé de douze/treize ans, Bazarbai habite une yourte aux côtés de son père, de sa mère, de sa

soeur cadette et de son frère aîné. À l’ouest de la Mongolie, dans les plaines arides bordées par des montagnes,

les nomades vivent du commerce, de l’élevage du bétail (chèvres et moutons) ou de la chasse. Le père de

Bazarbai est un aiglier. Il a attrapé un jeune aigle et l’a élevé pour chasser.

Fasciné par les attraits de la modernité, Bazarbai rêve de partir découvrir le monde avec Khan son grand frère.

Il voudrait rejoindre Oulan-Bator, l’effervescente capitale mongole située à quelques milliers de kilomètres,

pour aller à l’école, travailler et devenir un jour le patron d’une usine. Lorsque son frère aîné est envoyé à la

ville par son père pour qu’il gagne de l’argent, Bazarbai se sent trahi. Les nouvelles envoyées par Kahn font

croire qu’il a réussi et confortent Bazarbai dans son projet d’aller lui aussi en ville. A l’occasion d’un

rassemblement d’aigliers, Bazarbai s’enfuit et commence un long trajet semé d’embûches (loups, trafiquants,

manque d’eau et de nourriture, emprisonnement de son aigle et travail forcé…) dont il ne sortira que grâce à

l’aide d’Inaara et de l’aigle. Arrivé en ville, il découvre que son frère travaille dans une mine et qu’il est porté

disparu. L’aigle permettra à Bazarbai de retrouver son frère. Bazarbai décide alors de retourner chez ses

parents et de d’accepter les traditions familiales en devenant, à son tour, aiglier.


Montrer que l’histoire est un récit initiatique, comme dans un conte.

Un conte comporte un schéma narratif :

1- Situation initiale : La situation initiale est celle du personnage principal, ou héros, avant la crise

racontée par l'histoire.

Dans le film, le héros est Bazarbai, jeune berge vivant en Mongolie qui rêve de découvrir le monde et de

changer de mode de vie.

2- Modification : La modification est une amélioration ou au contraire une altération brutales de la

situation. Le héros doit faire un choix décisif.

Dans le film, le départ du frère aîné, Kahn, et la décision du père de faire de Bazarbai un héritier des traditions

familiales déclenchent la fugue de Bazarbai.

3- Transformation : La transformation est généralement la partie la plus longue. Le héros avance

vers la solution de la crise, en rencontrant des obstacles.

Dans le film, Bazarbai doit parcourir des milliers de kilomètres pour arriver en ville et les obstacles sont : les

péripéties avec l’aigle, la rencontre des loups, la capture par les trafiquants puis par le directeur du cirque,

l’accident de la mine…

4- Résolution : La résolution est la phase pendant laquelle la crise se dénoue.

Grâce à l’aide de l’aigle et d’Inaara, il surmonte les difficultés et retrouve son frère blessé.

5- Situation finale : La situation finale, précisée ou non, est celle du héros à l'issue de la crise.

6


Le récit initiatique est un type de récit où le personnage principal finit par apprendre quelque chose sur lui et

sur le monde. Le périple de Bazarbai lui permet d’ouvrir les yeux sur l’état du monde : qu’il s’agisse du sort

réservé aux nomades, de la corruption humaine, de la difficulté de trouver un travail en ville…


Comparer avec d’autres contes ou histoires.

Par exemple : « Tintin au Tibet », « Le Petit Prince » (apprivoisement du renard à comparer à

l’apprivoisement entre l’aigle et Bazarbai)…

2- Fiction ou documentaire ? (Voir aussi le paragraphe D sur le point de vue filmique)

L’Envol est un film qui raconte une histoire d’initiation relativement classique. Comme dans un conte de fées,

un enfant est confronté à l’autorité du père, à une multitude d’épreuves qui le feront grandir et devenir un

adulte heureux. Les personnages sont sans conteste du côté du romanesque et de la fiction.

Cependant, l’inscription du récit dans une nature sauvage et les descriptions réalistes de la vie des montagnards

kazakhs, tout comme la présence de personnages contemporains, témoignent aussi de la nature documentaire

de ce film.

Le point de vue du réalisateur :

Il dit : « L’Envol est un film d’aventure pour le jeune public. Mon jeune héros effectue un très long voyage et

revient finalement dans sa famille pour devenir chasseur à l’aigle comme son père ; j’ai voulu mêler passé,

présent et futur ou traditions, modernité et avenir. » C’est une fiction sous forme de récit initiatique. Le film,

tourné dans les paysages époustouflants de Mongolie, est puissamment enraciné dans la culture de ce pays mais

il explore avant tout des thèmes universels.

Le réalisateur

Né en 1952 à Copenhague, René Bo Hansen réalise en 1981 son premier documentaire pour la télévision

suédoise : « Forgotten War ». Il s’intéresse ensuite au monde de l’enfance à travers plusieurs documentaires : «

From the Dark to the Light », « Children of the West Wind » et « Street Children in Mongolia ». Entre 1990

et 1993, il dirige le service audiovisuel de l’Instititut Danida (Administration danoise de développement

international) qui travaille en collaboration avec La Croix Rouge, l’UNICEF… Ces expériences lui ont inspiré

plusieurs documentaires pour la télévision suédoise, norvégienne ou danoise.

Parallèlement, il donne des cours à L’École du Film Documentaire du Danemark. Son premier court métrage

de fiction « Riga’s Journey », réalisé en 2002, se déroule également en Mongolie.

3- Les thèmes du film

Les relations familiales (cf. les personnages)

L’enfance :

Le film pose la question de l’avenir d’un enfant. Il montre comment cet enfant évolue : au début du film,

Bazarbai souhaite partir à la ville pour aller à l’école et devenir ensuite patron d’usine. A la fin, après s’être

rendu compte des mirages de la ville (rencontre avec des « truands », moqueries sur les nomades, difficulté

pour trouver un travail…) Bazarbai accepte de continuer les traditions familiales.

Bazarbai fait un rêve récurrent : celui de la capture de l’aigle. Quand il est prisonnier dans le cirque, il rêve des

moments heureux en famille. Le rêve est important chez les enfants.

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Au cinéma, comme dans les contes et la littérature enfantine, les enfants ont souvent comme compagnons des

animaux. Quête initiatique d’un enfant accompagné d’un aigle, L’Envol évoque un classique du cinéma de

l’enfance « Kes », du cinéaste britannique Ken Loach réalisé en 1970 où l’aigle est aussi le compagnon d’un

enfant. Tourné avec des acteurs non professionnels, « Kes » mêle également fiction et documentaire. « Kes »

est le nom donné à l’aigle attrapé et dressé par Billy, un garçon d’une douzaine d’années vivant dans une petite

ville minière du nord-est de l’Angleterre. Dans « Kes », Billy est laissé à lui-même. Sa mère ne s’occupe pas de

lui, son frère aîné le traite en souffre-douleur et l’école est un milieu hostile… Lorsqu’il déniche son aigle,

Billy trouve un ami, une passion voire même une raison de vivre.


Comparez « L’envol » avec d’autres modèles cinématographiques ou littéraires dessinant des

relations fortes entre enfant et animal (« Kes » de Ken Loach, « Lassie chien fidèle », « Niels Olgersen et

Les oies sauvages », « Croc blanc »…)


Tourné en Mongolie, L’Envol peut évoquer d’autres films mongols récents comme « Le chien

jaune de Mongolie » (2006) ou « L’histoire du chameau qui pleure » (2004), deux longs métrages de

Byambasuren Davaa. Ces films inscrits dans un lointain exotique mettent eux aussi en scène, entre autres,

une relation unique entre un enfant et un animal dans les steppes de Mongolie.

la Mongolie et ses traditions (voir aussi le paragraphe sur les lieux)

La vie quotidienne d’une famille dans les montagnes mongoles

La première partie du film, pratiquement muette, a pour fonction de présenter et caractériser les personnages

bien sûr mais témoigne également en toute simplicité de la vie des nomades en Mongolie : la vie sous la yourte,

le travail, les déplacements, les jeux des enfants, l’ordre familial ancestral. Tout est décrit avec la force des

gestes du quotidien dominés par les saisons et les caprices de la nature.

La chasse à l’aigle royal

Le peuple kazakh de Mongolie pratique traditionnellement la chasse à l’aide d’un aigle royal

(Aquilachrysaetos). La chasse au rapace est vieille de plus de mille ans. Les Kazakhs l’ont héritée de leurs

ancêtres du Turkestan. Ils utilisaient déjà des aigles royaux au 15e siècle lorsque leur peuple s’est constitué.

Les Kazakhs chassent toujours avec des aigles femelles. Ils jugent les mâles moins agressifs. Ce sont en effet les

femelles qui défendent le nid. Elles pèsent jusqu’à 7 kilos, presque un tiers de plus que leur compagnon.

L’aigle royal peut atteindre une envergure de 2,20 m.

Le chasseur doit garder le bras ferme sous le poids de son aigle. Lorsque le rapace s’élance à la poursuite d’un

animal dans la vallée, le chasseur saute sur son cheval. Il doit retrouver son aigle avant que celui-ci n’abîme la

fourrure de la proie ou qu’il ne se fasse blesser par elle.

L’aigle, à l’approche de sa proie, freine de toutes ses forces car il peut atteindre 160 km/h en piqué. Il

s’empare alors de sa victime et la paralyse avec la pointe de ses serres. Celles-ci exercent une pression de

plusieurs centaines de kilos par centimètre carré. Quand la victime essaye de s’échapper, l’aigle lui flanque un

vigoureux coup de patte sur la face avant de l’achever avec son bec puissant.

À l’état sauvage, l’aigle royal chasse de préférence de petites proies bien que sa force lui permette d’emporter

de jeunes chamois. Mais, une fois dressé, il peut s’attaquer à des loups ou des lynx qui sont cinq fois plus gros

que lui. L’atout le plus précieux de l’aigle royal est sa vue. Elle est environ 8 fois plus perçante que celle de

l’homme.

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Des oppositions et exclusions : Tradition et modernité, nomades et sédentaires, nature et ville, toutes ces

oppositions sont montrées dans « L’Envol ».

• La tradition et la modernité :

Lors des premières séquences nous voyons un accident : un mouton est blessé par un camion venu de la ville.

Cela donne lieu aux premières critiques envers les nomades.

La modernité est acceptée par les nomades (utilisation de panneaux solaires, radio…) mais elle entre en

collusion avec le monde nomade. Elle attire les jeunes ; mais elle représente aussi la débauche (hommes avec

des bouteilles d’alcool) et le mal (accidents survenu à Kahn).

• Les nomades et les gens de la ville :

Les nomades ne sont pas bien considérés par les citadins qui les considèrent comme des attardés. Le

photographe ne comprend pas le langage de Bazarbai. Le travail dans la mine est réservé aux nomades qui

arrivent en ville. On peut constater ainsi le racisme subi par les populations minoritaires, en particulier la

population kazakh.

• La nature et la ville (cf. les lieux)

Le contraste est important entre les grandes étendues montagneuse,

vides, et la ville avec ses immeubles, les camions…

• Les personnages :

Il y a de nombreux personnages dans ce film, mais si l’on observe leur rôle dans le récit, ils n’existent tous que

dans leur rapport à Bazarbai : le père, la mère, le frère, la soeur, l’amie, les truands, les sauveurs… Tous ne

vivent dans le film que dans leur rapport à l’enfant.

Seul l’aigle représente peut-être un personnage à part, l’alter ego de l’enfant, le deuxième personnage

principal ou héros du film.

La famille de Bazarbai :

• Le père : Le père de Bazarbai incarne une figure traditionnelle d’autorité, de transmission des

valeurs familiales. Il décide pour ses fils de leur avenir. La mère n’est qu’une silhouette, un soutien

de cette figure patriarcale. Peu loquace, il représente une force brute, pleine d’expérience et de

sagesse, qui lui aussi, a dû surmonter des épreuves pour survivre et créer une famille dans un

environnement hostile. Mais il est aussi bien sûr inquiet pour l’avenir de sa progéniture. S’il est

autoritaire, le père accepte néanmoins la fugue du fils comme une épreuve qui le fera grandir.

Le père laisse délibérément son fils partir. Lorsqu’il était jeune, lui aussi a fugué, quitté sa famille

pendant trois mois. Il lui envoie néanmoins son aigle pour le protéger. À plusieurs reprises,

L’Envol met en scène le regard du père, soucieux de l’avenir de son fils. Par deux fois, nous

surprenons son regard inquiet penché à la fenêtre. La première séquence relie son regard à

Bazarbai puis aux montagnes sacrées. Lors de la deuxième séquence, Bazarbai parti, le regard

semble aller au-dedes montagnes. Tout au long du film, par le truchement de l’aigle, le père

accompagne son fils et veille sur lui. La tendresse et l’attention du père s’expriment dans le regard

et non dans les mots.

9


Il est aiglier : il a capturé un jeune aigle et l’a dressé pour chasser. (cf. paragraphe III, A, -3)

• La mère : dans le film, elle apparaît plus effacée que le père, mais elle temporise entre le père et

Bazarbai lorsqu’il y a désaccord en faisant remarquer au père qu’il a fait la même chose que son fils

quand il était jeune (il a fugué) et qu’ils ont le même caractère (têtu).

• Le frère aîné : Kahn. Son père décide de l’envoyer travailler en ville pour qu’il envoie de

l’argent pour faire vivre la famille. Quand il part, il fait cadeau à Bazarbai de son chapeau et de son

cheval. Le courrier et la photo qu’il envoie sont trompeurs car ils font penser qu’il a réussi, bien

qu’il n’envoie pas d’argent. Il aura la vie sauve grâce à Barzabai et à l’aigle et il reconnaîtra qu’il

n’a pas voulu tromper sa famille. Cependant, il reste en ville où il espère retrouver un nouveau

travail.

• La petite sœur : elle aussi est attachée à Barzabai. Elle s’amuse de ses jeux et pleure lorsqu’il

s’en va.


Que pensez-vous de ces valeurs familiales? Sont-elles universelles ? Trouvez d’autres exemples de

figures paternelles au cinéma (« La Rivière sans retour » d’Otto Preminger, « À l’Est d’Eden » d’Elia

Kazan, « Shining » de Stanley Kubrick, « La Rivière rouge » d’Howard Hawkes, « Le Temps qu’il reste »

d’Elia Suleiman)…Analysez les valeurs qu’ils véhiculent.

• Bazarbai et l’aigle :

Bazarbai est-il un héros ? Il y a quelque chose d’héroïque en lui. Il parvient à traverser seul (presque seul)

d’Ouest en Est la Mongolie ce qui consiste en un défi quasi épique.

L’aigle aussi est un héros. C’est lui qui sauve son compagnon de la mort en appelant les moines. Il sauve le

frère de Bazarbai dans la mine et c’est grâce à lui que Bazarbai découvre sa voie.

Bazarbai, le protagoniste principal L’aigle, son compagnon son route

Bazarbai est un adolescent qui aide à garder les troupeaux, va chercher de l’eau… Son père voudrait qu’il

prenne sa relève comme aiglier. Pour sa part, Bazarbai a envie de partir à la ville pour aller à l’école et, un

10


jour devenir patron. Il ne s’imagine pas vivant comme nomade et n’a pas envie de s’occuper de l’aigle. Il

changera d’attitude vis-à-vis de l’aigle.

La relation de Bazarbai à l’animal est le reflet de son évolution spirituelle et de sa quête initiatique, elle trace le

fil du récit. D’une relation d’agacement et d’animosité (Bazarbai n’arrive pas à apprivoiser l’aigle, à le nourrir,

à lui mettre son capuchon, lui donne des coups sur le bec…, l’enfant et la bête se rejettent mutuellement), le

respect et l’émotion vont finir par s’installer entre les deux protagonistes principaux du film (Bazarbai

embrasse son aigle, le caresse…) pour ensuite leur permettre de s’envoler au sens propre comme au sens

figuré. Chacun pourra partir, grandir et mûrir vers son destin d’adulte pour l’enfant, vers la mort pour l’aigle.

Domestiquer un rapace demande de la patience et du savoir faire. L’aigle royal est le plus grand rapace de

l’hémisphère Nord. Imposant et dangereux, c’est un prédateur avec lequel Bazarbai finit par jouer mais dont il

continue de se méfier pour ne pas se faire pincer, manger la langue. Bazarbai protège systématiquement son

bras pour porter l’aigle car ses griffes sont tranchantes. Dans L’Envol, lors du festival de l’aigle, on aperçoit

l’un des rapaces attraper un loup. C’est dire leur force impressionnante. En Mongolie, les aigliers Kazakhs

pratiquent la chasse à l’aigle et grâce à ce prédateur, ils chassent le lièvre, le renard, le chat sauvage, le loup.

L’aigle royal, comme l’indique son nom, est une sorte de roi du ciel. C’est ce roi que Bazarbai tient sur le bras,

qu’il apprend à connaître et dont il devient l’ami.


Analysez la violence de l’animal dans les images et l’importance que peut représenter pour un

enfant de savoir se faire obéir et comprendre d’un tel oiseau de proie : émotion, confiance en soi, respect et

compréhension de la nature animale.



Décrire l’évolution de la relation entre Bazarbai et l’aigle

Justifier le titre : l’envol.

Inaara :

Inaara occupe une place importante dans « L’Envol ». Dans le récit de la quête, elle

incarne un personnage bienfaiteur, libérateur, annonciateur. Elle nourrit Bazarbai,

elle le libère, elle l’accompagne et manque de mourir à ses côtés. Sortant du temple

Bouddhiste elle émet des doutes quant à l’honnêteté du directeur du cirque et ses

doutes se révèleront fondés… À Oulan-Bator, elle réapparaît pour aider une nouvelle

fois le jeune Kazakh. S’il se libère seul, elle l’aide à fuir, le conduit dans un refuge

qu’elle seule connaît. Souvent quittée au long de la route, Inaara demeure un

personnage énigmatique. Nous comprenons à demi-mots et à travers des plans images

rapides qu’elle a déjà dû vivre un drame intime personnel. Ses parents sont ils morts ?

C’est ce qu’on peut croire lorsqu’on l’entrevoit lors de la séquence à Oulan Bator aux côtés d’une petite fille

(sa petite soeur ?) et d’un bébé…

Inaara est un personnage du côté du conte. Un personnage positif, un ange gardien dont on ne sait que peu de

chose.

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• Les autres personnages :

• Bazarbai rencontre le chauffeur du camion qui l’emmène vers la ville (c’est le même qui a renversé le

mouton) et qui s’avèrera être un trafiquant capturant des aigles ; le directeur du cirque qui soudoie les

policiers et garde l’aigle pour obliger Bazarbai à travailler ; le dresseur d’ours qui aidera Bazarbai à

résister puis à retrouver la piste de son frère ; les ouvriers de la mine qui croient que Kahn est mort...

• Il y a d’autres animaux : les loups, l’ours…

• Les « objets » :

La photo de Kahn joue un rôle important. Bazarbai la montre souvent et elle permet la communication quand

celle-ci ne peut pas passer par les mots.

Le camion intervient plusieurs fois : il renverse le mouton, apporte une revue et le courrier (lettre, paquet

avec la radio…) ; emmène Bazarbai en ville… Il est le lien entre les nomades et la ville. Il montre aussi le

contraste entre les 2 : cheval et camion vus ensemble.

• Les lieux : La Mongolie

La Mongolie : Grand comme trois fois la France, la Mongolie est un pays d’Asie centrale enclavé entre la

Russie au nord et la Chine au sud.

Située à l’Est du pays, Oulan-Bator, sa

capitale, rassemble presque un million

d’habitants, soit plus du tiers de la

population du pays. Pays immense, la

Mongolie possède très peu de terres

arables. Les montagnes, les steppes et

même le désert de Gobi couvrent

l’essentiel du territoire. Et le climat

continental et aride - chaud en été et

extrêmement froid en hiver avec des

températures pouvant descendre

jusqu’à -40°C – ne facilite pas les

cultures de la terre. Il peut faire -30°C

à Oulan-Bator en janvier et seulement 11 degrés en juillet.

30 % de la population de la Mongolie est nomade ou semi-nomade et habite des yourtes. Les nomades vivent

de l’élevage de petits chevaux, de moutons, de chèvres, de bovins et de chameaux. La religion principale est le

bouddhisme, la majorité des citoyens (80 %) est d’origine mongole. Il existe des minorités telles que les

Turcophones, les Touvains ou les Kazakhes.

Bayan-Ölgi : Une région coupée du monde

Bayan-Ölgi est séparée du reste de la Mongolie par la rivière Hovd et de la Chine par les hautes montagnes de

l’Altaï. Elle est également à la frontière de la Russie et du Kazakhstan. Cette région est réputée pour sa grande

variété d’espèces animales mais le manque de précipitations (pas plus de 25 cm par an) rend impossible toute

culture.

Des Kazakhs s’y sont installés à la fin du 17e siècle, fuyant des guerres internes, puis ils ont pris le contrôle du

territoire. Les Mongols y ont été exterminés par un empereur mandchou. Aujourd’hui, les populations rurales

musulmanes ont conservé leur langue et leurs traditions dont la chasse à l’aide des aigles royaux.

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Après l’effondrement de l’Union Soviétique en 1991, de nombreux habitants ont quitté le Bayan-Ölgi pour

rejoindre le Kazakhstan, leur mère patrie. Actuellement, il ne resterait environ que 35 000 Kazakhs dans cette

région.

Pour les bouddhistes, en raison de leur emplacement au coeur de l’Asie, les montagnes de l’Altaï abriteraient

un lieu légendaire et mythique appelé « Shambhala ».

La famille de nos protagonistes vit dans cette chaîne de montagnes à l’ouest de Ölgi, la capitale de la région. Ils

possèdent deux camps distincts : un pour l’été et un pour les mois d’hiver.

Pendant le tournage, l’avantage que pouvait représenter cet environnement quasi désertique était que les deux

aigles pouvaient être filmés sur un rayon de 200km à la ronde. Le recours à des acteurs non professionnels a

permis de travailler en équipe réduite. Un premier voyage effectué dans cette région a été consacré aux

repérages et à la recherche des traducteurs, des comédiens et des animaux.

Le tournage a vraiment été coupé en deux car l’histoire se déroule sur deux saisons, à la fin de l’été puis au

début de l’hiver. La deuxième partie du tournage s’est déroulée à Oulan-Bator et aux alentours.


Chercher des documents ou des photos sur l’habitat en Mongolie (yourte…)

La ville : On voit différents aspects de la ville : immeubles, centre ville, chapiteau du cirque…


Les décrire.

Le cirque présente une histoire dans l’histoire. Un drame dont la trame pourrait être inspirée par un roman

policier. Bazarbai doit travailler de force pour le directeur du cirque qui retient son aigle dans son bureau.

Bazarbai ne peut se plaindre à la police, car le directeur soudoie les officiers. Habillé en clown, humilié, il va

devoir faire numéro avec son aigle. Lorsqu’il entre en scène, il aperçoit Inaara et décide de s’échapper avec son

soutien.

Cet épisode relevant du thriller renverse l’image de la machine à rêve qu’est le cirque ainsi que l’image de la

Mongolie comme un pays exotique. Le cirque abrite des malfrats, emprisonne un jeune garçon et l’humilie, se

moque de lui et de ses traditions. L’épisode du cirque est un élément narratif fictionnel qui a pour ambition de

décrire une réalité sociale tragique de la Mongolie contemporaine : la corruption et le travail des enfants.

La mine : Elle est située à l’écart. C’est un lieu d’exploitation du charbon.


Se renseigner sur le travail dans les mines.

Le temple : Ce sont les moines bouddhistes, guidés par l’aigle, qui trouvent

Bazarbai et Inaara inanimés. Ils les nourrissent et les hébergent dans le temple.

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Inaara dit qu’elle n’est pas croyante, Bazarbai dit qu’il est musulman.

Lorsqu’ils traversent le temple, on voit des statues de divinités dont un Bouddha doré. On assiste à des prières.

• Le genre du film et les procédés cinématographiques

1- Le genre du film :

Le film est un film d’aventure, mêlant fiction et documentaire, que l’on peut comparer à un « road-movie » et

à un western.

Différence entre film de fiction et film documentaire :

a) Le point de vue et les choix du réalisateur dans le documentaire

Contrairement à ce que pensent souvent les élèves, un documentaire ne montre pas « la réalité », mais « une

réalité », celle perçue par le réalisateur. La façon de filmer, le montage réalisé, l’écriture cinématographique

apportent le point de vue subjectif du cinéaste.

b) Comparaison entre documentaire et fiction (on peut construire un tableau de comparaison)

Comme le dit Jean-Luc Godard : « Mettons bien les point sur les ‘i’, tous les grands films de fiction tendent au

documentaire, comme tous les grands documentaires tendent à la fiction. (…). Et qui opte à fond pour l’un

trouve nécessairement l’autre au bout du chemin. »

1. Point commun : Une notion de récit

2. Des différences :

• Le scénario :

Fiction (F), invention sortie de la tête d’un scénariste

Documentaire (D): toujours en rapport avec la réalité, œuvre ayant une valeur de document.

• Le tournage : F : Un récit défini – D : un récit non défini à l’avance et beaucoup plus aléatoire.

• Au montage : F : une histoire reconstituée- D : une histoire construite

• La diffusion : F : dans les salles de cinéma – D : plutôt à la télévision (preuve d’une volonté

d’informer)

• Le but : F : souvent un spectacle, du divertissement, de la détente – D : informative et éducative

(C’est également dans la définition du cinéma de fiction)

• Budget : Rapport de 50 à 1 pour F/D

• Formats de diffusion différents : F : 90 minutes ou plus ; 90, 52, 26,13 minutes pour D

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3. Des interférences

Certains films tendent au genre documentaire par la volonté de faire référence au réel : le cinéma social.

Certains documentaires tendent à la fiction ne serait-ce que par le commentaire (spécialement le documentaire

animalier).

Le cas particulier des tournages « légers » : On tourne puis on trie, improvisation donc plus grande sensation

de réalité (acteur, comme personnage réel, ne connaissant pas les questions à l’avance).

Réaliser un documentaire nécessite le choix d’un regard sur le sujet à traiter. Sélection des axes de prise de

vue, des longueurs de plans, des personnages, des objets qui serviront à la construction du récit. Le contrôle

des personnages et des dialogues est cependant beaucoup moins important que pour une fiction.

On peut se demander s’il existe un genre documentaire pur et dur (sans musique ni commentaire).

Que dire des fictions illustrées par des documents ?

Le documentaire peut faire appel à la reconstitution pour mieux montrer la réalité en tenant compte des

moyens techniques disponibles.

Un documentariste peut chercher à donner une qualité esthétique à son travail. Il peut également recourir à

des procédés relatifs à la fiction dans les documentaires : Retourner des scènes, un scénario écrit au fur et à

mesure du tournage. Parfois même, des personnages jouent leur rôle : plus de différence entre fiction et

documentaire.

c) Comparaison entre documentaire et reportage :

« Pour distinguer le documentaire du reportage, on peut parler de regard, d’émotion, de parole, de

subjectivité et même d’inutilité, de temps et de dramatisation.

Le reportage est de l’ordre de l’information et le documentaire de l’ordre de la création. »

Le reportage se proclame faussement objectif pour cacher son côté précaire, fragmentaire et subjectif. Le

documentaire revendique un point de vue. Il n’est pas un enregistrement mécanique de la réalité. Il est un

cinéma de l’aveu : il reconnaît utiliser des procédés cinématographiques, contrairement au reportage.

« Le documentariste serait plus proche de l’ethnologue cinéaste qui cherche à rendre compte d’une réalité ou

tout du moins d’un aspect de cette réalité, selon un point de vue documenté. »

« En somme, le documentaire donne la parole à ceux qui ne l’ont pas d’habitude alors que les médias utilisent

la parole des anonymes pour illustrer leur propre point de vue, dans le but de faire adhérer les spectateurs à ce

même point de vue. »

Le reportage est souvent l’illustration d’un discours pré-établi dont le filmage, parfois en direct, se fait dans

l’urgence. Celui-ci devient un acte technique et non artistique. Le reporter n’à pas forcément le temps d’aller

voir et d’appréhender. Ce qui n’est pas vrai pour les grands reportages qui permettent enquêtes et

investigations.

Le documentaire, lui, est le temps de l’immersion. Il présente un point de vue documenté et articulé, avec un

traitement filmique adéquat. Il y a volonté de transmettre des idées précises.

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Activités sur le documentaire : comparer des extraits de film de fiction, de documentaire et

de reportage.

Le film « L’envol » joue sans cesse sur les forces contraires de la fiction et du documentaire

Un road movie initiatique au coeur des grands espaces

Le road movie, le genre par excellence du récit initiatique.

Le terme anglais road movie désigne un genre cinématographique : des films « sur la route ». Le voyage y

occupe une place fondamentale, il est le moteur et l’objet même du récit. Parmi les road movies les plus

célèbres au cinéma - un genre particulièrement florissant dans les années 60 éprises de liberté et de grands

espaces – « Bonnie and Clyde » (1967) d’Arthur Penn et « Easy Rider » (1968) de Dennis Hopper ont

particulièrement marqué les esprits. Plus proches de nous, on pourrait citer « Historias mínimas » (2002) de

Carlos Sorin ou « Carnets de voyage » (2004) de Walter Salles qui décrivent également le parcours de

personnages partis sur la route… La route peut se voir comme la métaphore du destin, de la vie. La route peut

être également vue comme une métaphore du cinéma lui-même, de la pellicule – hier combustible, explosive

et fragile comme la vie – que l’on enroule et déroule sans cesse…

Le road movie passionne les cinéastes et leurs spectateurs. Il permet de mettre en scène des destins qui

avancent. Chaque voyage est rythmé, traversé de rencontres inattendues, de séparations, d’accidents et de

révélations. Le parcours se fait avec ou sans voiture, en train, en tracteur (« Une histoire vraie » de David

Lynch en 1999), à pied ou à bicyclette… Il est souvent initiatique. À bien des égards, le road movie dans sa

structure ressemble au western où lors de la conquête de l’ouest, de la découverte d’un nouveau monde, les

personnages réalisent sans le savoir une quête initiatique à la suite de laquelle ils ouvriront les yeux et

regarderont le monde d’une autre manière comme Ethan (John Wayne) dans « La Prisonnière du désert »

(1956) de John Ford ou encore comme Guthrie McCabe (James Stewart) dans « Les Deux cavaliers » (1961)

du même réalisateur.

Terres peu ou pas arables, plaines majestueuses et dangereuses : d’un point de vue réaliste le parcours de

Bazarbai paraît impossible à réaliser. D’Ouest en Est, essentiellement à pied, sans sac à dos, il aurait voyagé

près de deux mille kilomètres traversant steppes, forêts et très hautes montagnes, surmontant un climat

continental à fortes amplitudes…

Mais René Bo Hansen, le réalisateur, ne s’occupe pas de mettre en scène la durée ou la topographie exacte du

parcours. Ce qui semble l’intéresser est plutôt de l’ordre de l’impression. La « nature-personnage » a le

pouvoir de marquer, de changer Bazarbai. C’est elle avant toute chose qui le met à l’épreuve notamment

lorsqu’un loup le menace ou lorsqu’il est atteint par la fatigue et l’épuisement en compagnie d’Inaara,

manquant de mourir de froid, de faim ou de soif.

Traversé par des hommes - les nomades - abritant des animaux - les aigles, les loups, les ours -, la nature est

également un « personnage-paysage » à la puissance mystique. À l’Ouest de la Mongolie, dans la région de

Bayan Olgii certains pics montagneux sont considérés comme des montagnes sacrées.

Un western du point de vue des Indiens

Des grands espaces à traverser et des dangers à surmonter.

À bien des égards, les grands espaces de L’Envol rappellent ceux des westerns. L’une des premières images du

film montre Bazarbai en cavalier seul tel un cow-boy solitaire. Et si L’Envol était un western, on dirait de lui

qu’il filme les choses du point de vue des Indiens avec lesquels les nomades entretiennent quelques points

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communs. À plusieurs reprises, au long du film, on entend des non nomades insulter les nomades d’attardés,

de débiles, d’êtres peu civilisés. Ce racisme à l’état brut et primaire évoque celui des cow-boys à l’égard des

Indiens.

Outre qu’il doit franchir des paysages de steppes déserts, des montagnes, Bazarbai doit se méfier de ces cowboys

racistes, de ces trafiquants alcooliques car, à l’instar des loups, ils constituent un véritable danger et

peuvent mettre en péril sa vie.

Un film à hauteur d’enfant

Si tous les protagonistes ont leur importance, si tous ont un rôle à jouer dans l’intrigue, L’Envol repose avant

tout sur un personnage unique, celui de Bazarbai. On pourrait avancer que L’Envol est un « film-personnage »

car le regard du cinéaste n’est autre que celui de l’enfant.

De son voyage procède un grand retournement : les lumières de la ville n’aveuglent plus Bazarbai, bien au

contraire. Conscient de la violence du milieu urbain et de l’inhospitalité des hommes, il promet d’arrêter, de

devenir un homme sérieux et choisit de rentrer chez lui, pour retrouver ses grandes plaines natales et succéder

à son père.

2- Les procédés cinématographiques :

Angle de prise de vue : détermine le champ, c’est-à-dire la partie de l’espace visuel enregistré par la caméra.

Doublage : opération consistant à remplacer la bande "paroles" originale par une bande dans la langue souhaitée.

Echelle des plans : traduit un rapport de proportion entre le sujet et le cadre ; il existe une infinité de plans

intermédiaires entre le très gros plan (TGP) et le plan de grand ensemble (PGE).

Ellipse : Effet narratif qui consiste à ne pas montrer, à ne pas décrire un moment de l’action. L’imagination

comble alors l’intervalle.

Fondu : action d’obscurcir ("fermeture") ou faire apparaître ("ouverture") l’image progressivement, souvent

en passant par le noir. S’il y a surimpression d’une fermeture et d’une ouverture, on parle de fondu-enchaîné

(deux images se superposent, visible en arrêt sur image).

Montage : opération d’assemblage des images et d’assemblage des sons.

• Montage alterné : des plans tournés dans un même lieu et en un même temps traitent d’actions diffé

rentes.

• Montage parallèle : des plans tournés dans un lieu et dans un temps différents se succèdent.

Plongée : prise de vues dans laquelle la caméra est inclinée sur son axe vers le bas. Lorsque la caméra se situe

en dessous du sujet filmé, on parle de contre-plongée.

Plan fixe : la caméra reste fixée sur le pied, il n’y a aucune modification du cadre.

Panoramique : mouvement giratoire de la caméra dont le pied reste fixe.

Travelling : mouvement de tout l’appareil de prise de vues. On distingue les travellings avant, arrière ( cela

fait un zoom qui approche ou éloigne) ou latéraux

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Essayer de repérer quelques uns de ces procédés (signalés dans la description détaillée de

l’histoire). Noter l’importance de la bande-son.

Ressources :

– DVD du film.

– Internet : Films du Préau (dossier de presse et dossier pédagogique très complet).

Dossier préparé par Nicole Montaron, Atmosphères 53.

Décembre 2012.

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