La gauche européenne dit non à la semaine de 65 heures - Le Monde

medias.lemonde.fr

La gauche européenne dit non à la semaine de 65 heures - Le Monde

www.lemonde.fr

64 e Année - N˚19713 - 1,30 ¤ - France métropolitaine --- Vendredi 13 juin 2008 Fondateur : Hubert Beuve-Méry - Directeur : Eric Fottorino

UK price £ 1,40

La gauche

européenne dit

non à la semaine

de 65 heures

Directive Les socialistes de l’Union craignent

l’autorisation d’allongement du temps de travail

Au grand dam du ministre français

Xavier Bertrand, une nouvelle polémique

sur le temps de travail risque

d’enflammer les débats au sein du Parlement

européen, venant compliquer la présidence

française de l’Union européenne

au second semestre de cette année. Objet

de la contestation : le compromis adopté

par conseil des ministres de l’emploi de

l’UE, dans la nuit du lundi au mardi

10 juin, à Luxembourg. Il s’agissait de clore

le vieux conflit qui empêchait jusqu’ici

la révision de la directive sur le temps de

travail dans l’Union – la norme de la

semaine de 48 heures, à laquelle nombre

d’employeurs souhaitent pouvoir déroger

plus facilement.

Le compromis autorise un allongement

négocié du temps de travail hebdomadaire.

Il a suscité une fronde de la

Confédération européenne des syndicats,

relayée au Parlement par une bonne partie

du groupe des socialistes européens,

dont les élus du PS français, et les formations

de gauche.

« Les changements qui interviendront

au niveau européen ne diminueront pas les

garanties pour les Français », a déclaré au

Monde le ministre du travail, M. Bertrand.

La principale critique au compromis

adopté par les gouvernements européens

– malgré les fortes réticences de plusieurs

d’entre eux – est le maintien de la

possibilité, exigé par la Grande-Bretagne,

de garder une dérogation aux

48 heures. « Avec cet accord, nous encadrons

bien mieux l’“opt out” [la possibilité

de dérogation] qu’auparavant, et nous

l’avons plafonné à 60 ou 65 heures, au lieu

de 78 heures actuellement », se défend le

ministre français, qui a eu un rôle décisif

dans l’adoption du compromis en rompant

le front qui unissait jusque-là la

France aux cinq autres pays, dont l’Espagne

et la Belgique, qui s’y opposaient.

M. Bertrand a assuré les syndicats

français que la possibilité, inscrite dans

le nouveau projet de directive, de considérer

les temps de garde (ceux des hospitaliers,

par exemple) comme des temps de

repos ne sera pas transposée en France.

Cette disposition fait partie des concessions

que la Confédération européenne

des syndicats jugent inacceptable.

La concession aux Britanniques sur le

temps de travail est le prix cédé pour obtenir

des améliorations à la directive existante

sur le statut des travailleurs intérimaires.

Ils sont quelque 8 millions dans

l’Union qui devraient ainsi pouvoir disposer

de droits équivalant à ceux des salariés

permanents.

Devant la délégation pour l’Union

européenne de l’Assemblée nationale,

M. Bertrand avait assuré, le 4 juin, qu’il

s’agissait non pas de diminuer les acquis

en France, mais de rapprocher des plus

progressistes les pays européens ayant

des législations sociales moins exigeantes.

Lire page 8

Avec les Nord-Coréennes qui

osent franchir la frontière chinoise

Astronomie Un œil sur l’Univers violent

JIM GROSSMANN/NASA

Scruter le cosmos sous son aspect le plus violent, telle sera la tâche du satellite

international Glast, ici en cours d’intégration sous la coiffe de la fusée Delta-II,

qui l’a envoyé en orbite mercredi 11 juin. Financé par les Etats-Unis, la France, l’Allemagne,

l’Italie, la Suède et le Japon, Glast observera l’Univers dans la tranche

des rayons gamma. Ceux-ci permettent d’analyser des phénomènes extrêmement

énergétiques et souvent mal compris par les astronomes : trous noirs

géants au centre de galaxies lointaines et capables d’accélérer la matière environnante

à une vitesse proche de celle de la lumière, explosions d’étoiles supermassives,

fusion de trous noirs ou d’étoiles à neutrons… Glast pourrait aussi apporter

des indices dans le mystérieux dossier de la matière noire. Lire page 7

PAGE TROIS

Le snus ou l’Europe !

La révolte anti-européenne gagne l’archipel finlandais

des îles Aland, dans la mer Baltique. Son parlement

s’apprête à dire « non » au traité de Lisbonne. Les

26 000 Alandais craignent que l’UE n’interdise la

spécialité locale, le snus, un tabac à sucer qui serait

dangereux pour la santé.

La France

redoute une

hausse des

taux de la BCE

Comment éviter d’entrer dans une

période de stagflation durable qui

verrait l’économie marquée par la

coexistence d’un couple maudit : inflation

et faible croissance ? La question est posée

par les conjoncturistes après la publication,

mercredi 11 juin, d’un mauvais chiffre

d’inflation : 3,3 % de hausse des prix à

la consommation – en rythme annuel –,

au moment où la France s’attend à un

ralentissement de sa croissance en 2008

et, plus encore, en 2009. Certitude : une

décision de la Banque centrale européenne

de relever ses taux porterait un coup

supplémentaire à l’activité. Peut-on compter

sur les effets de la loi de modernisation

de l’économie, et notamment la libéralisation

de la distribution, pour peser sur les

prix ? Le Monde a posé la question à l’économiste

Philippe Askenazy. a

Lire page 10

Russie : le boom

de l’industrie

automobile

La Russie est devenue un eldorado

pour les constructeurs automobiles.

La manne des matières premières,

notamment énergétiques, a permis au

pays d’afficher une croissance de 7,8 %

en 2007. Une classe moyenne, avide de

consommer, émerge. Le potentiel est

énorme. Le taux d’équipement n’est encore

que de 210 véhicules pour 1 000 habitants,

contre 600 pour l’Europe occidentale.

D’ici à 2012, la Russie deviendra le

premier marché automobile européen,

devant l’Allemagne. De telles perspectives

attisent les convoitises. La plupart des

constructeurs occidentaux, japonais et

coréens multiplient les investissements.

Dernier en date, le français PSA Peugeot

Citroën, qui a posé, mardi 10 juin à Kalouga,

la première pierre de son usine en partenariat

avec Mitsubishi. a

Lire page 11

La frontière entre la Chine et la Corée du Nord. AFP

Quelques poignées d’audacieux

osent passer clandestinement

la frontière entre la

Corée du Nord et la Chine. Surtout

des femmes, à la recherche d’une

vie meilleure. Les gardes-frontières

soudoyés, le fleuve Tumen traversé

à gué, elles marchent longtemps

pour rejoindre les villages

de la communauté sino-coréenne

en territoire chinois. C’est là que

nos reporters les ont rencontrées.

Certaines se marient avec des

hommes plus âgés en quête

d’épouse. D’autres se retrouvent

sur le marché de la nuit. L’argent

qu’elles y gagnent est envoyé à

leur famille restée en Corée du

Nord. a

Lire Reportage page 16

A nos lecteurs

« Le Monde des livres »

Le supplément hebdomadaire du Monde consacré aux

livres sera exceptionnellement publié avec notre édition

datée samedi 14 juin. Il sera notamment consacré à la

sociologie de la vie quotidienne et à la littérature

libertine du XVIII e siècle.

Portrait

Tzipi Livni

Si le chef du gouvernement israélien, Ehoud Olmert, est

contraint de démissionner, sa ministre des affaires

étrangères, Tzipi Livni, est convaincue qu’elle lui

succédera. Page 15

Patrimoine

Jardins : la mue d’un festival

Le Festival international des jardins de Chaumont-sur-

Loire (Loir-et-Cher) s’ouvre aux autres arts. Page 19

Henry Bauchau

Le boulevard

périphérique

roman

LIVRE INTER

2008

ACTES SUD

www.actes-sud.fr

Algérie 80 DA, Allemagne 1,90 ¤, Antilles-Guyane 1,90 ¤, Autriche 2,00 ¤, Belgique 1,40 ¤, Cameroun 1 400 F CFA, Canada 3,95 $, Côte d’Ivoire 1 400 F CFA, Croatie 18,50 Kn, Danemark 20 KRD, Espagne 2,00 ¤, Finlande 2,50 ¤, Gabon 1 400 F CFA, Grande-Bretagne 1,40 £, Grèce 2,00 ¤, Hongrie 650 HUF, Irlande 2,00 ¤, Italie 2,00 ¤, Luxembourg 1,40 ¤, Maroc 10 DH, Norvège 24 KRN, Pays-Bas 2,00 ¤,

Portugal cont. 2,00 ¤, Réunion 1,90 ¤, Sénégal 1 400 F CFA, Slovénie 2,20 ¤, Suède 25 KRS, Suisse 2,90 FS, Tunisie 1,9 DT, USA 3,95 $, Afrique CFA autres 1 400 F CFA,


2 0123

Vendredi 13 juin 2008

Editorial

Mortel Sénat

Le Sénat obéit au mêmes lois mystérieuses

que la Grande Pyramide. La légende

veut que tout archéologue trop

curieux de percer les secrets du tombeau

du pharaon Khéops ait été victime

d’un mal étrange et fatal. La réalité témoigne

que tout réformateur – même prudent – de la

seconde Chambre du Parlement français s’expose

à de douloureuses avanies. Le général de Gaulle

en fit la cruelle expérience en 1969. Et Lionel Jospin,

qui le qualifia en 1998 d’« anomalie » pour

la démocratie, ne s’en porta guère mieux.

Le premier ministre socialiste avait pourtant

cent fois raison. Le Palais du Luxembourg est, en

effet, chargé par la Constitution d’assurer «la

représentation des collectivités locales ». Or que

constate-t-on ? Même quand la gauche dirige,

comme aujourd’hui, la quasi-totalité des régions

et une nette majorité des départements et des villes,

le Sénat penche invariablement à droite : cette

dernière détient actuellement plus de 200 des

331 sièges sénatoriaux ! Immuable, la chambre

forte des conservateurs est protégée par son

mode de scrutin, qui surreprésente de façon stupéfiante

les milliers de villages et de petits bourgs

au détriment de la France urbaine. Et qui interdit,

ou quasiment, toute alternance.

Le « comité Balladur », chargé de réfléchir à la

modernisation des institutions, avait entrouvert

la porte en recommandant de mieux tenir compte

de la démographie locale. La droite sénatoriale a

écarté cette menace sans ménagement le 12 juin.

Elle propose tout bonnement de verrouiller le

principe même de son mode de scrutin en l’inscrivant

dans la Constitution. Comment qualifier cette

initiative autrement que comme un abus de

position dominante ?

Ce ne serait pas trop grave si le Sénat n’était

qu’une paisible maison de retraite pour politiciens

en fin de carrière. Ou s’il se contentait de

pondérer par sa supposée « sagesse » les emballements

éventuels de l’Assemblée nationale. Cela

devient franchement malsain dès lors que la

deuxième Chambre est en position d’entraver jusqu’à

l’obstruction l’action de tout gouvernement

de gauche – ce dont il ne s’est jamais privé. Et de

bloquer, de fait, toute révision constitutionnelle

qui n’aurait pas son aval. Cette situation est, à

l’évidence, choquante pour la démocratie. a

Société éditrice du « Monde » SA

Président du directoire, directeur de la publication : Eric Fottorino

Vice-président, directeur général : David Guiraud

Secrétaire général du directoire : Pierre-Yves Romain

Directeur du « Monde » : Eric Fottorino

Directeur adjoint : Laurent Greilsamer

Directeur général délégué : Patrick Collard

Directeur de la rédaction : Alain Frachon

Directeur adjoint de la rédaction : Jacques Buob

Directeur éditorial : Gérard Courtois

Rédacteurs en chef : Sophie Gherardi, Patrick Jarreau, Michel Kajman

et Franck Nouchi (« Le Monde 2 »)

Responsable de la conception : Eric Azan

Directeur artistique : Quintin Leeds ; chef d’édition : Françoise Tovo

Délégué général : Olivier Biffaud ; secrétaire général : Jean-Pierre Giovenco

Médiatrice : Véronique Maurus

Directeur des relations internationales : Daniel Vernet

Conseil de surveillance : Louis Schweitzer, président

Béatrice Gurrey, vice-présidente

Anciens directeurs : Hubert Beuve-Méry (1944-1969), Jacques Fauvet

(1969-1982), André Laurens (1982-1985), André Fontaine (1985-1991),

Jacques Lesourne (1991-1994), Jean-Marie Colombani (1994-2007)

Le Monde est édité par la Société éditrice du Monde SA

Durée de la société : quatre-vingt-dix-neuf ans à compter du 15 décembre 2000. Capital social :

149 017 497 ¤. Actionnaires directs et indirects : Le Monde SA, Le Monde et Partenaires Associés,

Société des rédacteurs du Monde, Société des cadres du Monde, Société des employés du Monde,

Société des personnels du Monde, Fonds commun de placement des personnels du Monde, Société des

personnels du groupe des publications de la Vie catholique, Association Hubert-Beuve-Méry, Société

des lecteurs du Monde, Le Monde Entreprises, Le Monde Europe, Le Monde Investisseurs, Le Monde

Presse, Le Monde Prévoyance, Claude-Bernard Participations, Investmonde.

Rédaction : 80, boulevard Auguste-Blanqui,75707 Paris Cedex 13

Tél. : 01-57-28-20-00 ; télex : 202806F ; télécopieur : 01-57-28-21-21

Courrier des lecteurs : par télécopie : 01-57-28-21-74 ;

Par courrier électronique : courrier-des-lecteurs@lemonde.fr

Médiateur : mediateur@lemonde.fr

Abonnements : Par téléphone : de France 0-825-000-778 (0,15 TTC/min) ;

de l’étranger : (33) 3-44-31-80-48. Sur Internet : www.lemonde.fr/abojournal/

Changement d’adresse et suspension : 0-825-022-021 (0,15 TTC/min)

Tarif 1 an : France métropolitaine : 374 ¤

Internet : site d’information : www.lemonde.fr

finances : http://finance.lemonde.fr

Emploi : www.talents.fr/ Immobilier : http://immo.lemonde.fr

Télématique : 3615 lemonde. Documentation : http://archives.lemonde.fr

Collection : Le Monde sur CD-ROM : CEDROM-SNI 01-44-82-66-40

Le Monde sur microfilms : 03-88-04-28-60

0123 est édité par la Société Editrice du Monde (SA). La reproduction de tout

article est interdite sans l’accord de l’administration. Commission paritaire des publications

et agences de presse n° 0712 C 81975 ISSN 0395-2037

Imprimerie du Monde

12, rue Maurice-Gunsbourg

94852 Ivry cedex

PRINTED IN FRANCE

Président : Patrick Collard

Directeur général : Stéphane Corre

80, bd Auguste-Blanqui

75707 PARIS CEDEX 13

Tél : 01-57-28-39-00 - Fax : 01-57-28-39-26

L’Amérique du Sud sur les traces de l’UE

L’Union européenne (UE) reste la référence,

si ce n’est le miroir, des initiatives

latino-américaines en matière d’intégration

régionale. La dernière en

date, l’Union des nations sud-américaines

(Unasur), née à Brasilia le 23 mai, n’échappe

pas à la règle. Le traité signé par les douze pays

d’Amérique du Sud ne laisse aucun doute à ce

sujet. Le préambule du texte attribue à la nouvelle

organisation, dotée de la personnalité juridique

internationale, le but de « construire une identité

et une citoyenneté sud-américaines » et de

« développer un espace régional intégré sur les

plans politique, économique, social, culturel, environnemental,

énergétique et des infrastructures ».

Il s’agit de contribuer ainsi à l’émergence d’un

« monde multipolaire », « libre d’armes nucléaires

et de destruction massive », etde« régler les

problèmes qui affectent la région, tels que la pauvreté,

l’exclusion et les inégalités sociales ». L’Unasur

entend assimiler les acquis du Mercosur –

l’union douanière sud-américaine fondée par

l’Argentine, le Brésil, le Paraguay et l’Uruguay –

et de la Communauté andine des nations (CAN),

qui regroupe la Bolivie, la Colombie, l’Equateur

et le Pérou. La nouvelle organisation a l’ambition

« d’aller au-dede la convergence du Mercosur

et de la CAN » et, à terme, de les absorber.

Le Mercosur avait déjà dépassé son ambition

initiale : la promotion des échanges, un objectif

atteint en dépit des dérogations et entorses au

libre-échange encore persistantes. Comme l’UE,

ses pays membres ont harmonisé leurs passeports,

qui portent désormais le nom du Mercosur

au-dessus de celui de la nation émettrice.

Bracelets par Pessin

Treize laboratoires d’idées européens

se sont réunis, sous l’égide de deux

d’entre eux, Notre Europe et la Fondation

pour l’innovation politique, afin

de proposer aux Vingt-Sept un projet

de « refondation » de l’Union européenne (UE).

Vaste ambition, qui prend acte des difficultés de

l’Europe face aux transformations du monde,

sous le regard de citoyens dubitatifs ou hostiles.

L’euroscepticisme, en effet, gagne du terrain,

interpellant les dirigeants de l’Union.

Le rejet de l’Europe revêt aujourd’hui des formes

diverses, qui ne se limitent pas aux protestations

souverainistes contre le dessaisissement

des Etats membres, mais témoignent, en dépit

des efforts de communication de l’Union, d’une

méfiance croissante à l’égard des politiques

européennes. Le fossé se creuse, comme le souligne

une chercheuse danoise, Catharina Sorensen,

« entre les idéaux des citoyens et leur perception

de l’UE ».

Le sociologue Emmanuel Todd, qui était l’invité,

samedi 7 juin à Paris, des Rendez-vous

citoyens du Sénat, consacrés à l’Europe, d’Hérodote

à Erasmus, a estimé que celle-ci se caractérise

désormais par « une sorte de négativité généralisée

». En mettant l’accent sur le contrôle de l’immigration,

en encourageant le développement de

l’islamophobie ou en insistant sur ses racines

A l’image des fonds structurels de l’UE, le Mercosur

s’est doté d’un fonds pour compenser les

« asymétries » entre les économies, c’est-à-dire

les immenses inégalités entre le Brésil et ses partenaires,

notamment l’Uruguay et le Paraguay.

Ce souci est repris par l’Unasur. Selon le traité,

l’Union vise un développement équitable, « surmontant

les asymétries par la complémentarité des

économies des pays d’Amérique du Sud ».

Analyse

Paulo A. Paranagua

Service International

Moins proches que le Mercosur, les pays

andins ont mis sur pied une institution de crédit

performante, la Corporation andine de développement

(CAF), qui regroupe d’autres pays de la

région. Le Mercosur et la CAN sont en pourparlers

avec l’UE en vue d’un accord d’association.

Alors que l’intégration européenne a commencé

par le charbon et l’acier, l’Unasur cherche à

s’appuyer sur l’intégration énergétique. L’Initiative

pour l’intégration de l’infrastructure régionale

sud-américaine (Iirsa) a identifié plus de

500 projets dans le domaine des transports, de

l’énergie et des communications, d’une valeur de

68 milliards de dollars, susceptibles de rapprocher

les pays. La Banque du Sud, lancée fin 2007,

vient compléter le dispositif financier existant

dans la région. Loin de limiter ses compétences,

l’Unasur devrait aborder les migrations, la

Pour vaincre l’euroscepticisme

chrétiennes alors même que les églises se vident,

l’Europe, a-t-il dit, ne donne plus d’elle-même

qu’une « définition négative ».

Il est donc temps d’offrir aux peuples des perspectives

nouvelles. Il appartient en particulier

aux futures présidences de l’Union, comme l’écrivent

Gaëtane Ricard-Nihoul et Elvire Fabry, en

préfaçant le travail collectif des treize « think

tanks », de « convaincre les citoyens européens, parfois

désorientés, de la pertinence, de l’urgence et de la

cohérence d’un projet européen d’ensemble qui puisse

être porté à l’échelle internationale ».

Chronique

Europe Thomas Ferenczi

Pour Emmanuel Todd, volontiers provocateur,

ce projet ne peut être que le rétablissement du protectionnisme

aux frontières de l’Europe. Les laboratoires

d’idées européens, attachés au libreéchange,

se contentent d’inviter les Etats membres

à « faire valoir un intérêt commun qu’ils puissent

présenter au reste du monde » et à affirmer la

solidarité européenne d’une façon qui permette à

l’Europe de « rester ouverte à la mondialisation »

tout en contribuant à sa « régulation ». Comme le

recherche et la diversité culturelle, la répression

des trafics de drogue, d’armes ou d’êtres

humains, le terrorisme et le crime organisé.

Les décisions seront prises par consensus, par

le conseil des chefs d’Etat, réuni au minimum

une fois par an, ou le conseil des ministres des

relations extérieures, réuni au moins tous les six

mois. Outre une présidence tournante d’un an,

l’Unasur a décidé de se doter d’un secrétariat

général, basé à Quito (Equateur), et à terme d’un

Parlement, qui siégera à Cochabamba (Bolivie).

Le mérite, mais aussi les limites d’Unasur,

revient à la diplomatie brésilienne, la seule en

Amérique latine, avec la diplomatie mexicaine, à

témoigner de continuité, de professionnalisme

et de vigueur. L’instabilité de l’Argentine d’aprèsguerre

a lourdement handicapé sa diplomatie.

La désinvolture du président Nestor Kirchner,

puis de son épouse Cristina Kirchner, a rendu

inaudible l’Argentine sur la scène internationale.

Le Venezuela a longtemps assuré la permanence

de la démocratie dans la région, alors que

sévissaient les dictatures en Amérique du Sud et

les conflits armés en Amérique centrale, mais le

président Hugo Chavez a cassé l’outil diplomatique

avec ses provocations dominicales à la télévision

et l’allégeance imposée à ses fonctionnaires.

Minée par des conflits

La démarche de Brasilia serait plus méritoire

si son ministère des relations extérieures n’avait

pas plaqué son propre organigramme sur l’intégration

régionale, en séparant l’Amérique du

Sud de l’Amérique centrale, du Mexique et des

Caraïbes. D’abord parce que le Brésil et le Mexique,

acteurs globaux, gagnent à être ensemble et

non en concurrence. Ensuite parce que l’Amérique

centrale est en avance sur le Mercosur et la

CAN en termes d’intégration des infrastructures

et de convergence. Enfin parce que la Mission

des Nations unies pour la stabilisation en Haïti

(Minustah) reste le meilleur exemple ce que peuvent

faire ensemble les pays latino-américains.

La négociation du traité d’Unasur a été laborieuse.

Aurait-elle été plus compliquée si elle

avait inclus le Mexique et l’Amérique centrale ?

On peut en douter, car les négociations de l’UE

avec les Mexicains et avec les Centre-Américains

n’ont pas connu les problèmes qui bloquent les

discussions avec le Mercosur ou la CAN. Les difficultés

d’Unasur ont pour origine les tendances

centrifuges en Amérique du Sud. La signature

du traité était prévue à Carthagène (Colombie),

fin mars, mais les tensions entre Bogota, Caracas

et Quito ont imposé l’ajournement et le changement

de cadre. Le secrétaire général désigné,

l’ancien président équatorien Rodrigo Borja, a

renoncé avant même d’avoir pris ses fonctions.

L’Unasur est minée par des conflits, comme

celui qui divise les pays andins, ou celui qui oppose

l’Argentine à l’Uruguay, à cause de la construction

d’une usine de cellulose sur le fleuve frontalier.

A Brasilia, avant le sommet, le président

Luiz Inacio Lula da Silva a dû réunir ses homologues

du Venezuela, de l’Equateur et de la Bolivie,

pour les prier de mettre une sourdine à leurs critiques.

L’intégration régionale n’est pas une affaire

d’idéologie mais d’avancées en termes d’infrastructures,

de croissance, de coopération et de

bien-être pour le plus grand nombre. L’UE s’est

construite sur la base d’un accord entre gauche

et droite européennes. Le consensus suppose

des concessions. L’intégration latino-américaine

ne se fera pas si les négociateurs continuent à

camper sur un souverainisme sourcilleux. a

Courriel : paranagua@lemonde.fr

note Emmanuel Todd, le débat progresse.

« Il est également fondamental, rappellent les

deux signataires, de ne pas aggraver la distance persistante

entre un projet porté par des élites et des

populations qui ont parfois du mal à suivre le rythme.

» Un colloque du Centre d’études de la vie

politique (Cevopol), dont les actes ont été publiés,

en 2007, par les Editions de l’Université de Bruxelles,

a mis en évidence ces « résistances à l’Europe

», qui conduisent, selon Ramona Coman et Justine

Lacroix, éditrices de l’ouvrage, à une « érosion

» du « consensus permissif » dont a longtemps

bénéficié la construction européenne.

Ce qui rend ces résistances difficiles à surmonter,

c’est qu’elles sont contradictoires d’un pays à

l’autre. Ancrées dans la défense de modèles nationaux,

elles expriment une opposition multiple

au « modèle européen » qui se met en place

depuis un demi-siècle. La contestation vise tantôt

la philosophie économique de l’Union européenne,

jugée trop libérale par les uns et trop

interventionniste par les autres, tantôt son mode

de gouvernance politique, tantôt ses initiatives

sur les questions de société comme la lutte

contre les discriminations ou la gestion de l’immigration.

La recherche du compromis semble

de plus en plus aléatoire. a

Courriel : ferenczi@lemonde.fr


Page trois Europe

0123

Vendredi 13 juin 2008 3

Les îles finlandaises autonomes d’Aland commercialisent un tabac à sucer interdit par l’UE mais

autorisé en Suède. Pour convaincre Bruxelles, elles menacent de rejeter le traité de Lisbonne

Les Alandais défendent leur « snus »

MARIEHAMN

ENVOYÉ SPÉCIAL

Les petites îles Aland, au milieu

de la mer Baltique, vont-elles

bloquer le traité de Lisbonne ?

La rumeur court le nord de l’Europe.

L’archipel finlandais, doté

d’une large autonomie, serait prêt, diton,

à ne pas ratifier le traité. Et pourquoi

donc ? Pour faire entendre sa voix à

Bruxelles et conserver son snus, un tabac

à sucer interdit dans l’Union européenne.

Le snus reste autorisé dans la Suède

voisine et se vend en quantité sur les ferries

battant pavillon « alandais ».

« Le traité de Lisbonne est un peu l’otage

dans cette affaire, mais c’est la dernière

chance pour nous de peser sur la Finlande

afin de faire respecter nos intérêts », lance

Harry Jansson, ancien rédacteur en chef

d’un quotidien local devenu député d’un

parti indépendantiste qui a lancé une

pétition pour faire changer Bruxelles sur

la question du snus. A Helsinki, on

balaye d’autorité cette éventualité.

« Légalement, Aland ne peut pas stopper le

traité de Lisbonne, affirme Peggy Heikkinen,

conseillère du ministre finlandais

des affaires européennes. Le comité constitutionnel

du Parlement a clairement décla

que la Finlande peut ratifier le traité de

Lisbonne, quelle que soit la position

d’Aland. Mais bien sûr, le jour où celui-ci

entrera en vigueur, Aland, qui a sa propre

législation dans certains secteurs, sera

dans une situation légale incertaine si elle

ne l’a pas ratifié. »

Aland, 6 500 îles, 26 000 habitants, un

parlement régional, un gouvernement

doté d’une large autonomie qui a la main

sur l’éducation, la police, la santé et

autres. Les insulaires sont dotés d’une

identité à toute épreuve qui veut que le

finnois n’y soit même pas langue officielle.

Sur les îles Aland, on parle suédois.

Son bien-être est ancré dans une tradition

tout aussi forte, celle des paysansmarins

qui pour survivre sur ces îles revêches

maniaient la rame et la bêche.

Certains ont commencé à construire

des bateaux de plus en plus gros au point

de devenir d’authentiques armateurs. Ce

sont eux qui ont donné naissance à des

compagnies comme Viking Line ou Eckerö

Linjen qui représentent aujourd’hui

un tiers de l’économie de ces îles, et dont

les imposants ferries transportent depuis

des décennies des centaines de milliers

de passagers. Ces traversées bien arrosées

et bon marché sont très populaires

car les navires alandais bénéficient, à

l’instar des îles Aland, d’une dérogation

qui les laisse à l’écart de la zone fiscale de

l’UE et leur permet de pratiquer les ventes

hors taxes.

« Le snus est une source de revenus

importante pour les armateurs, raconte

Boris Ekman, vice-PDG de Viking Line.

Viking Line a un chiffre d’affaires de

440 millions d’euros dont le snus représente

6 ou 7 millions, la moitié étant du bénéfice

net. Quand notre bénéfice total est de

30 millions d’euros, le snus en constitue

une part de 10 %, ce qui est beaucoup. »

De nombreux retraités font le voyage

dans la journée uniquement pour profiter

de ces prix. « Je viens faire le plein

avant le week-end », raconte Lennart Holmgren,

un Stockholmois, à bord du ferry

d’Eckerö Linjen. Il fait le trajet une fois

par mois. Un bus l’a emmené de Stockholm

à 8 heures jusqu’au port de Grisslehamn

d’où le ferry a mis deux heures

pour rejoindre Eckerö, sur les îles Aland.

Après un cours débarquement à terre, le

ferry a fait demi-tour vers Grisslehamn

où un autre bus l’a ramené à

Stockholm.

« Avec ma carte de retraité, le

voyage aller-retour bus et ferry

m’a coûté 60 couronnes

(6,5 euros) », précise Lennart

Holmgren. Tout à fait rentable,

quand on a le temps, car

l’alcool fort et le snus sont moitié

moins chers qu’en Suède.

Mais dans la boutique hors taxe du

ferry, plusieurs Suédois jurent en découvrant

les vitrines réfrigérées de snus :

« Armoire de snus fermée. La vente de snus

n’est autorisée que dans les eaux territoriales

suédoises. » Une autre affichette précise

que la vente ne se fait que durant le

Ces îles qui échappent à l’UE

LONDRES, STOCKHOLM

Des voyageurs à bord d’un ferry ont attendu d’être dans les eaux suédoises pour acheter du « snus », tabac à sucer typique. MARKUS MARCETIC/MOMENT/VU POUR « LE MONDE »

CORRESPONDANTS

« Not quite European » (pas vraiment

européennes) : ce slogan a

longtemps permis à Jersey, Guernesey

et à l’île de Man d’attirer les

avoirs des contribuables aisés, surtout

britanniques et irlandais, amateurs

d’avantages fiscaux.

Saint-Hélier, St Peter Port et

Douglas, respectivement capitales

de Jersey, Guernesey et Man, ont

pu longtemps ignorer Bruxelles.

Possessions de la Couronne britannique,

ces îles de la Manche dotées

d’une large autonomie ne font pas

partie de l’Union européenne

(UE) : a priori, les directives ne

leur sont pas applicables.

Assurée pendant les dix-huit

années de gouvernement conservateur

Thatcher-Major, la tranquillité

de ces paradis fiscaux a été bouleversée

à partir de 1997 par l’arrivée

au pouvoir d’un Labour déterminé

à combattre l’évasion organisée

de l’impôt. L’exécutif bruxellois

s’en est pris à son tour au statut

fiscal des îles, dénonçant la présence

de sociétés non résidentes

exonérées d’impôt alors que les

entreprises résidentes étaient

taxées à 20 %. Résultat, en 2008,

les trois juridictions doivent promulguer

le plan « zéro taxe » pour

toutes les firmes. Les banques

sont taxées à 10 %. Les îles ont aussi

dû accepter la directive sur

l’épargne entrée en vigueur le

1 er juillet 2005 : les Européens

détenteurs de comptes doivent

déclarer les intérêts reçus au fisc

de leur pays ou d’accepter une retenue

à la source de 20 %.

« Jersey veut être un bon voisin

en termes de coopération », assure

Geoff Cook, directeur général de

Jersey Finance, porte-parole du

secteur financier. L’UE est le premier

partenaire commercial de ces

confettis, dont la population totale

s’élève à 165 000 âmes. Les autochtones

ont pris conscience qu’un

rapprochement avec Bruxelles permet

de mieux résister aux volontés

hégémoniques du principal

concurrent, la City de Londres.

Les deux territoires autonomes

« Interdire

le snus en Suède,

c’est comme si on

interdisait le vin

en France »

Un consommateur

voyage en direction de la Suède.

Réflexion d’un Alandais : « Est-ce que les

fonctionnaires de Bruxelles n’ont vraiment

rien de plus important à s’occuper que de

venir mettre le nez dans nos traditions ? »

Un Suédois, qui tente de convaincre

son interlocuteur du crime que représenterait

une interdiction totale du snus, lance

: « C’est comme si on interdisait le vin en

France. Ce serait la révolution, non ? Et

bien pareil en Suède. » L’explication est

bancale car les Suédois, par tempérament,

ne vont pas brûler des

pneus devant les préfectures et

le snus ne fait pas vivre autant

de gens que le vin. Mais les Suédois

aiment cette patte brunâtre

dont ils se tapissent les gencives.

Ils sont aussi nombreux

à « snuser » qu’à fumer. Beaucoup

de « snuseurs » ne sont

pas dupes des explications

angéliques du fabricant suédois Swedish

Match qui tente depuis des années de

convaincre la Commission européenne

des bienfaits du snus par rapport à la cigarette.

Le cœur est soumis à un effort permanent,

les plus assidus ont un trou dans

la gencive.

du Danemark, les îles Féroé et le

Groenland, échappent eux aussi

aux règles de l’UE. Les Féroé n’en

ont jamais fait partie, tandis que le

Groenland a quitté la CEE en 1985

à l’issue d’un référendum. Peu

enclins à partager leurs ressources

alors qu’ils dépendent presque

entièrement des ressources de la

mer, ils contestent le système européen

des quotas. L’archipel des

Féroé a adopté à la place un système

de quotas de jours de pêche.

Certains Féroïens se verraient

bien adhérer à l’UE, s’ils étaient

sûrs d’avoir une dérogation pour

la pêche, « comme les îles Aland ont

une dérogation pour rester à l’écart

de l’espace fiscal européen », dit

Edmund Joensen, député des Parlements

féroïen et danois.

Le Groenland a, lui, un statut

différent puisqu’il appartient au

groupe des pays et territoires

d’outre-mer, comme Saint-Pierreet-Miquelon

ou la Polynésie française,

qui ont une relation particulière

avec l’UE. a

Marc Roche et Olivier Truc

Votre bonne vieille voiture

peut encore vous réserver

d’excellentes

surprises...

REPRISES

EXCEPTIONNELLES

TTC pour l’achat d’une CITROËN

5.500 € D’OCCASION C8

TTC pour l’achat d’une CITROËN

3.500 € D’OCCASION C5, C4 ou Xsara Picasso

TTC pour l’achat d’une CITROËN

2.500 € D’OCCASION C4 Picasso, C3 ou C3 pluriel

Reprise minimum de votre véhicule, quels que soient

l’état, la marque et beaucoup plus si son état le justifie.

Or la Commission européenne a fini

par réagir car la Finlande ne respectait

pas la directive tabac qui interdit le snus.

Le ton est passé à la menace et en janvier,

les autorités de l’archipel ont fini par

plier.

« Nous avons dû accepter que la vente

de snus soit interdite sur nos bateaux »,

concède Viveka Eriksson, premier ministre

du gouvernement autonome

d’Aland. Certains armateurs, comme

Viking Line, avaient déjà des bateaux

battant pavillon suédois et peuvent donc

continuer à vendre leur snus. D’autres

ont aussitôt réagi. « Auparavant, il était

écrit que la vente de snus était autorisée

sur nos bateaux dans les eaux suédoises.

Désormais, cela n’existe plus dans les textes,

raconte Björn Blomqvist, PDG d’Eckerö

Linjen dont les ferries battent

pavillon alando-finlandais. Maintenant,

nous devons deviner. On continue à vendre,

mais seulement en direction de la Suède,

afin de ne pas contribuer à répandre ce

dangereux tabac dans l’UE. Mais on ne

considère pas cette situation comme sûre.

Donc nous sommes en train de passer sous

pavillon suédois. »

Conséquence pour la fragile économie

alandaise : plusieurs communes

vont perdre des revenus fiscaux non

négligeables puisque des centaines de

marins peuvent être désormais amenés

à payer leurs impôts en Suède. Un dilemme

pour ces petites îles.

« Ce que nous voulons, explique Viveka

Eriksson, c’est que la Finlande nous

laisse une place de député européen, que

nous puissions nous défendre nousmêmes

auprès de la Cour européenne de

justice et que nous puissions aussi nous

faire entendre auprès du Conseil européen

des ministres. » Autant de demandes

écartées par la Finlande. « Quitter l’UE

pourrait être une alternative si ces questions

d’influence ne trouvent pas de réponse

», prévient Harry Jansson, le député

indépendantiste.

Rebelles, les îles Aland ? Au Musée de

la marine de Mariehamn, on se targue

de posséder l’un des deux seuls authentiques

drapeaux de pirate au monde.

Celui-ci a été acheté voici longtemps par

un marin alandais dans un souk d’Afrique

du Nord. « Mais il n’y a jamais eu de

pirates ici, assure la conservatrice. En

revanche des contrebandiers, ça, oui ! » a

Olivier Truc

VÉHICULES D’OCCASION

DE FAIBLE KILOMÉTRAGE

GARANTIE DEUX ANS

PIÈCES ET MAIN-D’ŒUVRE

PRIX ATTRACTIF

www.citroenff.com

Offre valable jusqu’au 30/06/2008 non cumulable avec d’autres

promotions et non applicable aux véhicules marqués d’un point

rouge, réservée aux particuliers dans la limite des stocks

disponibles, en échange de cette publicité.

CITROËN FELIX FAURE PARIS

01 53 68 15 15

CITROËN VO BORDEAUX-BRUGES (33)

05 57 93 69 69

CITROËN VO LILLE-WAZEMMES (59)

03 28 07 59 59

CITROËN VO NANTES-BEAULIEU (44)

02 40 89 21 21

CITROËN VO LYON-CORBAS (69)

04 78 20 67 77

CITROËN VO LYON-VÉNISSIEUX (69)

04 78 77 39 69

CITROËN VO MARSEILLE-VITROLLES (13)

04 42 78 77 37


International

0123

4 Vendredi 13 juin 2008

Diplomatie Javier Solana se rend à Téhéran avec de nouvelles propositions

Nucléaire : pression occidentale renforcée sur l’Iran

VIENNE

ENVOYÉE SPÉCIALE

La tournée de George Bush en Europe

a donné lieu a un regain de confrontation

verbale entre les présidents

américain et iranien, mercredi 11 juin, au

moment où les Etats-Unis poussent les

Européens à renforcer l’attirail des sanctions

contre Téhéran, en dehors même du

cadre du Conseil de sécurité de l’ONU.

« Toute option reste ouverte », a dit

M. Bush, en allusion à un scénario d’emploi

de la force contre des installations iraniennes,

« mais ma préférence va à une solution

diplomatique » a-t-il souligné.

Le « meilleur choix à faire » pour l’Iran,

a commenté le président américain lors

d’une conférence de presse en Allemagne,

serait d’accepter l’offre de coopération

CHRONOLOGIE

3 mars 2008. Le Conseil de sécurité de

l’ONU vote, pour la troisième fois, des

sanctions contre l’Iran. Les Etats sont

appelés à contrôler les compagnies

aériennes et maritimes iraniennes pouvant

servir au transport de biens liés

aux secteurs nucléaire et balistique.

26 mai. Rapport de l’Agence internationale

de l’énergie atomique (AIEA) sur

les « possibles dimensions militaires »

du nucléaire iranien.

14 et 15 juin. Visite prévue en Iran

du chef de la diplomatie européenne,

Javier Solana, pour transmettre

une nouvelle offre de coopération.

que doit remettre, samedi, à Téhéran le

chef de la diplomatie européenne, Javier

Solana, au nom des six pays qui traitent le

dossier nucléaire iranien (Etats-Unis,

Royaume-Uni, France, Allemagne, Russie

et Chine).

Le président iranien, Mahmoud Ahmadinejad,

a, de son côté, averti que l’Iran

n’échangerait pas sa « dignité » contre

des avantages qui lui seraient proposés. Il

s’est aussi attaché à réduire le problème

qui oppose son pays au Conseil de sécurité

de l’ONU depuis 2006 à la confrontation

avec les Etats-Unis, voire avec le seul George

Bush. Ce qui suggère, ainsi que des

diplomates occidentaux en sont convaincus,

que l’Iran joue la montre jusqu’à l’arrivée

d’une nouvelle administration américaine,

et n’envisage guère d’enclencher

un règlement négocié de la crise avant cette

échéance. Le Conseil de sécurité exige

de l’Iran qu’il suspende ses activités d’enrichissement

d’uranium. « Ton ère est révolue

», a dit le président iranien en parlant

de M. Bush, le qualifiant d’« homme maléfique

» qui est « entré en Afghanistan, en

Irak, et a annoncé que l’Iran serait sa troisième

cible ». « Par la grâce de Dieu, tu n’endommageras

pas un centimètre de la terre

sacrée d’Iran », a-t-il ajouté.

Le dossier nucléaire iranien est entré

dans une nouvelle phase de tensions, avec

un retour des spéculations sur la possibilité

d’une action militaire que pourrait décider

Israël. Dans ce climat, les Européens

– et la France a l’intention de faire valoir

cette ligne lors de sa présidence de

l’Union européenne, qui commence le

1 er juillet – semblent s’acheminer vers

l’adoption de nouvelles mesures contraignantes

contre l’Iran.

Durcissement général

Le secteur financier iranien, notamment

les banques Melli et Saderat, mentionnées

dans la dernière résolution de

sanctions de l’ONU votée en mars, serait

ciblé. Les appels de l’ONU à exercer de la

« vigilance » sur les activités de ces institutions

seraient transformées, au niveau

européen, en interdiction ferme de transactions.

Si certains pays comme l’Autriche

seront difficiles à convaincre pour durcir

les sanctions, un changement notable

s’est produit depuis le retour au pouvoir à

Rome de Silvio Berlusconi car l’Italie, partenaire

économique important de l’Iran,

est désormais d’accord pour aller de

l’avant, disent des diplomates.

Un facteur important pèse désormais

dans le débat entre responsables européens

et contribue à un durcissement

général envers l’Iran. Il s’agit du dernier

rapport de l’Agence internationale de

l’énergie atomique (AIEA), qui constatait,

le 26 mai, que Téhéran n’avait pas apporté

les clarifications nécessaires sur ce qui est

soupçonné d’être le volet militaire de son

programme nucléaire. Ce rapport se penche

sur les études iraniennes portant sur

la mise au point d’une tête de missile pouvant

accueillir une charge nucléaire, sur

des essais d’explosifs de haute intensité, et

sur un projet de possible site de test

A Rome, M. Bush va s’entretenir avec M. Berlusconi et le pape

Après l’étape de Meseberg en Allemagne,

le président américain, George

Bush, retrouve, jeudi 12 juin, à Rome son

« ami » Silvio Berlusconi pour des entretiens

qui devraient être dominés par le

programme nucléaire iranien et l’Afghanistan,

où Washington souhaite un plus

grand engagement des Italiens.

Cette visite devrait aussi permettre une

relance des relations entre les deux

pays, plutôt fraîches à l’époque du gouvernement

de gauche de Romano Prodi,

alors que M. Bush et M. Berlusconi ont

toujours affiché d’excellents rapports.

Rome « peut compter sur les amis américains

» et s’attend à ce que M. Bush

appuie clairement la demande de l’Italie

d’intégrer le groupe de pays « 5 + 1 » (les

cinq membres du Conseil de sécurité

plus l’Allemagne) qui sont chargés de

négocier avec l’Iran sur le nucléaire, a

déclaré, mercredi, le chef de la diplomatie

italienne, Franco Frattini.

Comme il l’avait déjà fait il y a un an lors

de sa précédente visite en Italie, le président

américain rencontrera, vendredi, le

pape Benoît XVI avant de s’envoler pour

une visite de deux jours à Paris.

Il sera dimanche à Londres et lundi à Belfast.

– (AFP.)

nucléaire – autant d’éléments que l’AIEA

a décrit comme « source de sérieuse préoccupation

». La chancelière allemande, Angela

Merkel, a commenté, mercredi, qu’il fallait

« réagir » à ce rapport « avec des sanctions

accrues si nécessaire ».

Les grandes puissances poursuivent

leur double approche de la carotte et du

bâton pour tenter de convaincre l’Iran de

suspendre l’enrichissement d’uranium.

L’offre que doit présenter l’émissaire européen,

Javier Solana, aux responsables iraniens

est une amélioration de celle

qu’avaient déjà présentée les « Six » en

juin 2006, expliquent des diplomates.

Outre des propositions de coopération

dans le nucléaire civil et au plan commercial,

elle porte sur des consultations régionales

au Moyen-Orient sur les questions

de sécurité. Elle inclut aussi une « chorégraphie

» particulière pour la suspension

de l’enrichissement, selon des sources

diplomatiques. La mise au point de cette

nouvelle offre avait été demandée par la

Russie et la Chine, à l’approche du vote de

la résolution 1803 à l’ONU.

L’Iran, de son côté, a fait parvenir une

contre-offre à ses interlocuteurs, mettant

en exergue son poids régional au Moyen-

Orient, tout en revenant sur une idée de

« consortiums » internationaux pouvant

accompagner la poursuite de son programme

d’enrichissement d’uranium. Le

texte iranien, daté du 13 mai, fait cependant

l’impasse sur la question centrale de

la suspension de l’enrichissement. a

Natalie Nougayrède

NÉPAL « DIEU-ROI » DÉCHU, GYANENDRA A QUITTÉ DÉFINITIVEMENT SON PALAIS

Le « dieu-roi » déchu du Népal, Gyanendra, et son épouse,

la reine Komal, quittent, mercredi 11 juin, leur palais royal de

Katmandou, sous les cris de « Longue vie à la République » scandés

par plus de 500 personnes. Vénéré comme l’incarnation de

Vishnu, le monarque se plie ainsi à la décision – prise le 28 mai

par l’Assemblée constituante dominée par les maoïstes – d’abolir

l’unique royaume hindouiste du monde et de transformer le

Népal en une république, après 239 années de dynastie Shah.

PRAKASH MATHEMA/AFP

Dans une adresse rarissime à la nation, Gyanendra, assis entre

deux tigres et une tête de rhinocéros empaillés, a assuré « respecter

le verdict du peuple ». L’ancien roi a « rendu au gouvernement

du Népal » sa couronne en diamants, rubis et émeraudes

et le sceptre des Shah, mais « ne quittera pas le pays », a-t-il

expliqué. Il devrait s’installer dans une ancienne résidence royale

proche de Katmandou. Son gigantesque palais de Narayanhiti,

au cœur de la capitale, sera transformé en musée. – (AFP.)

AFGHANISTAN CONFÉRENCE DE PARIS

La faiblesse de la justice illustre

le caractère embryonnaire de l’Etat afghan

VISAGE méconnu d’un Etat afghan en

en chantier, son système judiciaire ne

figure pas au premier rang des sujets de

discussions de la conférence de Paris, jeudi

12 juin. Les dysfonctionnements de la

justice dans la société afghane donnent,

aujourd’hui, la mesure du caractère

embryonnaire d’une administration à

peine naissante et une idée du chemin à

parcourir.

Selon Najibullah Djanbaz, chargé de la

formation à Kaboul des magistrats,

« seul un tiers d’entre eux sont réellement

en mesure d’assurer leur mission ». L’Ecole

de la magistrature forme, en un an,

près de deux cents nouveaux juges. Mais

l’institution est jeune. Difficile de fournir

aux jeunes juges de quoi leur permettre

de remplacer les magistrats formés à la

vieille école, proches de la retraite et habitués

à rendre une justice souvent peu

conforme aux règles du droit. « Nous voulons

étendre la scolarité à deux ans, mais

nous sommes encore confrontés à des problèmes

de locaux », détaille M. Djanbaz, qui

siège également au sein de hautes instances

judiciaires du pays.

A ce jour, nombre des quelque

1 480 magistrats afghans sont souvent

issus des madrassas, ces écoles religieuses

qui leur dispensent une formation

juridique sommaire mais les gratifient

d’un statut religieux qui les rend quasiment

intouchables. Le gouvernement ne

peut les contraindre à quitter leur poste

sans risquer de s’opposer à la population.

Mieux formés, les magistrats passés par

la faculté de droit islamique font quant à

eux souvent passer la religion et les coutumes

locales avant l’Etat. Lorsque les

magistrats ne sont pas tout simplement

favorables aux thèses des talibans qui ont

juré la perte du pouvoir central.

Aux problèmes de recrutement s’ajoutent

des difficultés d’organisation. Faute

de locaux, « certains juges rendent la justice

dans des containers », illustre Najibullah

Djanbaz. Payés environ 30 euros par

mois, les magistrats nommés en province

sont souvent logés et nourris par le

commandant de leur district, perdant ainsi

toute indépendance. Sans compter leur

vulnérabilité à la corruption.

Enfin, les magistrats doivent faire face

à une grande insécurité. Ces derniers

mois, dans le sud de la province pachtoune

du Paktika, une région reculée où les

talibans bénéficient d’un large soutien de

la population, deux juges ont été tués, à

peine arrivés sur place, parce qu’ils représentaient

le gouvernement.

« L’aide internationale devrait donc aussi

être dédiée à l’effort consacré à l’administration,

elle-même, et non pas seulement

aux actions à court terme, les plus visibles

», estime Ranjana Mukerjee, chargée

par la Banque mondiale de travailler

sur la construction d’un Etat afghan et

auteur, début 2008, d’un rapport sur les

priorités de la réforme de l’administration

publique. a

Jacques Follorou

PAKISTAN ONZE SOLDATS PAKISTANAIS TUÉS PAR UN MISSILE TIRÉ D’AFGHANISTAN

Une bavure américaine assombrit les relations avec Islamabad

ISLAMABAD

CORRESPONDANTE

Les très vives réactions du Pakistan à la

mort, mardi 10 juin, de onze de ses soldats,

tués par un missile américain tiré

d’Afghanistan, laissent planer un doute

sur l’avenir de la coopération entre les

deux pays dans la « lutte contre le terrorisme

». Dans un communiqué sans précédent

dans sa formulation, l’armée pakistanaise

a « condamné cet acte totalement délibéré

et lâche [des forces de la coalition

déployées en Afghanistan] qui heurte les

fondements de la coopération et les sacrifices

consentis par les soldats pakistanais dans

leur soutien à la guerre antiterroriste ».

Le communiqué affirme encore :

« Nous [l’armée] nous réservons le droit de

protéger nos citoyens et nos soldats contre

toute agression. » Interrompant son discours

devant le Parlement sur la présentation

du budget, le premier ministre pakistanais,

Youssouf Raza Gilani, a « sévèrement

condamné (cette) agression » et promis

de « préserver la souveraineté et la

dignité du Pakistan ». L’ambassadrice des

Etats-Unis, Ann Patterson, convoquée au

ministère des affaires étrangères, a reçu

une « ferme protestation contre un acte totalement

inacceptable ».

L’armée pakistanaise et les forces de la

coalition à Kaboul ont donné des versions

contradictoires de ce qui s’est passé dans

cette région frontalière inaccessible à la

presse et disputée entre Kaboul et Islamabad.

Selon le général Athar Abbas, porteparole

de l’armée pakistanaise, tout a commencé

quand des soldats afghans ont tenté

d’édifier un poste de contrôle sur une

hauteur. Repoussés après discussions par

les forces frontalières pakistanaises, les

Afghans regagnaient leur pays « quand ils

ont été attaqués par des insurgés dans leur

propre pays » et ont fait appel à un soutien

aérien. Un missile a alors détruit poste

frontière pakistanais. Les forces de la coalition

expliquent, pour leur part, avoir été

attaquées par des insurgés « à 200 mètres

à l’intérieur du territoire afghan ». En état

de « légitime défense », l’avitation n’aurait

tué que des « éléments anti-afghans ».

L’incident survient alors que les relations

entre l’armée pakistanaise, les forces

de la coalition et l’armée afghane sont au

plus bas. Islamabad a annulé dernièrement

des réunions de coordination et, au

grand dam de Washington, s’est retirée de

plusieurs endroits des zones tribales, abandonnées

aux extrémistes islamistes. a

Françoise Chipaux

CHINE-TAÏWAN

Pékin et Taïpeh reprennent

les discussions directes,

interrompues depuis 1995

PÉKIN. Les négociateurs de Taïwan et de

la Chine ont engagé, jeudi 12 juin à

Pékin, le premier dialogue direct entre

les deux parties depuis 1995. Les discussions

portent sur la mise en place de vols

réguliers entre le continent et l’île et la

possibilité pour les touristes du continent

de se rendre à Taïwan.

Le négociateur taïwanais, Chiang Pinkun,

président de la Fondation des

échanges entre les deux rives (SEF), a

rencontré son homologue chinois de l’Association

pour les relations entre les

deux rives (ARATS), Chen Yunlin.

L’émissaire taïwanais doit également

être reçu, vendredi, par le président

chinois, Hu Jintao. Selon l’agence officielle

Chine nouvelle, Chen Yunlin a

accepté l’invitation de son homologue

taïwanais à se rendre dans l’île dans le

courant de l’année. – (AFP.)

BANGLADESH

L’ancien premier ministre

Hasina Wajed a quitté le pays

DACCA. L’ex-premier ministre du Bangladesh

Hasina Wajed, détenue depuis

près d’un an pour corruption et libérée

mercredi, a quitté le pays, jeudi 12 juin,

pour se rendre aux Etats-Unis, via Londres,

afin de recevoir un traitement

médical. M me Hasina, qui a dirigé ce

pays d’Asie du Sud entre 1996 et 2001,

est la présidente de la Ligue Awami

(opposition).

La libération de M me Hasina avait été

annoncée, lundi, par le gouvernement

intérimaire, et interprétée comme une

mesure d’apaisement à l’égard de l’opposition

avant des élections législatives

prévues en décembre.

D’après la presse, la rivale de M me Hasina

et également ex-premier ministre (de

2001 à 2006), Khaleda Zia, détenue

depuis septembre pour des faits de corruption,

devrait elle aussi être remise en

liberté pour recevoir des soins. – (AFP.)


International

0123

Vendredi 13 juin 2008 5

FRANCE-KAZAKHSTAN

Paris renforce

son partenariat

énergétique

avec le Kazakhstan

MOSCOU

CORRESPONDANTE

En visite à Paris mardi 10 et mercredi

11 juin, le président kazakh Noursoultan

Nazarbaev a signé un traité de partenariat

stratégique renforçant la coopération économique

entre les deux pays, notamment

dans le domaine de l’énergie nucléaire, du

pétrole et du gaz.

Le Kazakhstan est la plus vaste des républiques

d’Asie centrale (cinq fois la France

pour 15 millions d’habitants). Son soussol

regorge d’hydrocarbures et de minerais.

Les relations commerciales avec

Paris sont faibles (1,7 % des parts de marché).

La France se situe au huitième rang

des fournisseurs de cette ex-république

soviétique, loin derrière la Russie, la

Chine ou l’Allemagne. Courtisé par Moscou,

le Kazakhstan a été le premier pays

visité par le président russe, Dmitri Medvedev,

après sa prise de fonctions. La

Chine y est de plus en plus représentée.

Le groupe métallurgique français

Aubert et Duval a signé avec UKTMP,

fournisseur kazakh de titane, un accord

évalué à 850 millions d’euros. Ces accords

« annoncent de véritables partenariats

industriels, et pas seulement des contrats

commerciaux » souligne l’Elysée.

Le pays est dirigé depuis vingt ans par

Noursoultan Nazarbaev, 67 ans, un

ancien cadre du Parti communiste de

l’époque soviétique qui s’est maintenu au

pouvoir par des référendums et des élections

considérés comme non démocratiques

par l’Organisation pour la sécurité et

la coopération en Europe (OSCE). Pourtant,

le Kazakhstan a obtenu la présidence

de l’OSCE en 2010. Renouvelé il y a un an,

le Parlement ne compte plus aucun représentant

de l’opposition. a

Marie Jégo

Le premier ministre palestinien souhaite « édifier

un Etat en dépit de l’occupation » israélienne

Un an après sa nomination

à la tête du gouvernement,

Salam Fayyad estime qu’il faut

agir en dépit des contraintes

israéliennes pour entretenir

l’espoir et la confiance

RAMALLAH (Cisjordanie)

ENVOYÉS SPÉCIAUX

Ancien haut fonctionnaire du Fonds

monétaire international (FMI), né

en 1952 en Cisjordanie, ministre

des finances de l’Autorité palestinienne à

partir de 2002, Salam Fayyad occupe les

fonctions de premier ministre depuis le

coup de force du Hamas à Gaza en

juin 2007. Indépendant, il avait conduit

sa propre liste, « Troisième voie », aux

élections législatives de janvier 2006. Cette

liste n’avait recueilli que deux sièges.

Vous avez envoyé une lettre aux membres

de l’Union européenne critiquant

l’attitude d’Israël dans les négociations

de paix en cours et demandant à ce

titre de suspendre le projet de renforcement

des relations entre l’Etat juif et

les Vingt-Sept. Pourquoi ?

Ce qui me guide, c’est la préservation

de nos intérêts et de faire en sorte que le

processus de paix se poursuive. Je ne

demande pas à la communauté internationale

de prendre position pour ou

contre Israël, mais plutôt de prendre position

en faveur du processus de paix. Je ne

parle pas de boycottage. Notre approche

est constructive. Elle est en accord avec la

position de principe adoptée par le

Conseil européen le 28 janvier 2008 lorsqu’il

a été déclaré que la colonisation

dans les territoires occupés, y compris à

Jérusalem-Est, est illégale au regard du

droit international. C’est cela qui est en

jeu. Il faut mettre un terme à l’occupation.

Il faut créer un Etat viable, continu

et indépendant. Conformément à la déclaration

de George Bush en juin 2002.

Peu après que votre lettre à l’Union

européenne eut été rendue publique,

Israël a gelé pendant une semaine le

transfert du produit des taxes sur les

importations palestiniennes qu’il collecte

en votre nom. S’agissait-il d’une punition

?

Cet argent, c’est celui des contribuables

palestiniens. Il nous appartient. Aux

termes du protocole de Paris, Israël est

tenu de collecter ces sommes et de nous

les reverser. Qu’une lettre pareille constitue

la cause d’un retard ou d’une suspension

de ce versement est quelque chose

que je trouve incompréhensible. Une

autre chose : le président Mahmoud

Abbas nous soutient intégralement dans

cette affaire. Mon gouvernement est

d’abord son gouvernement.

Pensez-vous qu’Israël va stopper les

constructions dans les colonies ?

Si vous regardez les statistiques avant

et après Annapolis, plutôt qu’un gel de la

colonisation, il y a eu une accélération.

Nous ne pouvons l’accepter comme une

fatalité. Nous tentons de faire en sorte

que ça ne le devienne pas. C’est

crucial pour la viabilité du processus

de paix.

Dans ces conditions, pensezvous

qu’un accord de paix

puisse être trouvé avant la fin

de l’année, comme le demande

Georges Bush ?

Si vous me demandez si cela

est possible, je réponds oui.

Car tous les problèmes qui

sont sur la table ont déjà été discutés par

le passé, et les contours d’une solution

durable sont connus et font l’objet d’un

consensus international. Donc, oui, c’est

possible. Mais est-ce probable ? Je ne le

crois pas, étant donné ce qui se passe

avec la « feuille de route ».

« La communauté

internationale

doit prendre

position en faveur

du processus

de paix »

Salam Fayyad

Le premier ministre palestinien,

Salam Fayyad, en juin 2007. AWAD AWAD/AFP

Pensez-vous qu’il y a un manque de

volonté politique de la part d’Israël

concernant le processus de paix ?

Ce qui compte, ce sont les actes. Je ne

veux pas perdre de temps à spéculer sur

les intentions. Ce n’est pas mon tempérament.

J’ai des objectifs et la communauté

internationale les a acceptés

lors de la conférence de Paris

au mois de décembre. Chacun

a des obligations pour faire

assurer le succès de ce processus.

Mais les progrès doivent

être symétriques.

Vous ne perdez pas espoir ?

Pas du tout. Nous essayons

toujours de façon non violente

et civilisée de faire en sorte que

ce qui peut apparaître comme un fait

accompli ne soit plus un fait accompli. Je

me suis engagé pour cela.

Croyez-vous qu’il soit possible de

construire une économie dans un pays

occupé ?

Oui, on peut le faire. Mais peut-on

construire quelque chose de durable ?

C’est une autre question. Cependant,

cela ne veut pas dire que l’on ne doit pas

essayer de renforcer nos capacités, dans

le domaine économique comme sécuritaire,

pour tenter d’édifier un Etat en dépit

de l’occupation et des restrictions de toute

nature. Car cela nous place dans une

meilleure position pour mettre un terme

à l’occupation.

Bien sûr, nous pourrions le faire plus

rapidement, plus efficacement, s’il n’y

avait pas de contraintes. Mais il est important

d’agir de façon positive sur le terrain.

Ne serait-ce que pour ranimer l’espoir

et la confiance en nous-mêmes.

Laissez-moi vous rappeler qu’Israël

n’a pas été créé le 15 mai 1948. Cette date

correspond juste à la proclamation de

l’Etat. Ses institutions, elles, avaient été

bâties bien avant.

Jusqu’à quand allez-vous continuer

à fournir des efforts qui ne sont pas

récompensés par des progrès dans

les négociations ?

Que pouvons-nous faire afin que les

choses progressent ? J’ai deux options.

La première est de m’asseoir et de me

plaindre sans fin. La seconde, de prendre

le risque de construire quelque chose

dans l’adversité.

Y a-t-il une limite de temps

pour vous ?

Pour vous dire la vérité, il m’est difficile

de penser en termes de temps. Je n’ai

pas de contrôle sur le temps. Je ne sais

pas quand nous allons pouvoir régler

tout cela. Pour le moment, nous devons

nous assurer que la possibilité d’obtenir

une solution soit préservée. Nous devons

conserver un filet de sécurité. C’est pour

cela que les négociations doivent se poursuivre.

Il n’y a pas de plan B. a

Propos recueillis par

Benjamin Barthe

et Michel Bôle-Richard

DU 12 AU 14 JUIN

www.peugeot.fr

1000 € D’ÉCONOMIE SUPPLÉMENTAIRES *

SUR 2000 PEUGEOT 207 ET 308 IDENTIFIÉES EN STOCK

D’ÉCONOMIE

SOIT

2500 € *

SUR 308

SOIT

2300 € *

D’ÉCONOMIE

SUR 207

NOCTURNE LE JEUDI 12 JUIN À PARTIR DE 19H

*Offre de remise complémentaire, venant s’ajouter aux offres de remises pratiquées pendant les Prix Compétitifs du 2 juin au 31 juillet 2008, valable pour toute commande d’une Peugeot 207 (hors 207 Style

et hors 207 Trendy 1,4L essence 3 portes), ou d’une Peugeot 308 (hors 308 SW), neuve, identifiée en stock, lors des 48H Peugeot, du 12 au 14 juin, et livrée avant le 30 juin 2008. Offre cumulable uniquement

avec les offres de remises des Prix Compétitifs, réservée aux particuliers, dans le réseau Peugeot participant. 207 : Consommations mixtes (en l/100 km): de 4,5 à 7,4. Émissions de CO 2 (en g/km): de 120 à 175.

308 : Consommations mixtes (en l/100km): de 4,5** à 7,9. Émissions de CO 2 (en g/km): de 120** à 188. **Avec pneumatiques Michelin Energy Saver 15 ou 16 pouces.


International

0123

6 Vendredi 13 juin 2008

Aux Etats-Unis, le débat électoral entre M. McCain

et M. Obama se focalise sur la fiscalité

Le candidat républicain veut

renforcer les baisses d’impôts

accordées sous M. Bush.

Son adversaire démocrate

souhaite taxer plus lourdement

les plus-values boursières

NEW YORK

CORRESPONDANT

Selon John McCain, le futur candidat

républicain à l’élection présidentielle

de novembre, son adversaire démocrate,

Barack Obama, augmenterait les

impôts de « tous les Américains » s’il était

élu. Ce dernier juge pour sa part « injuste

» de comparer la politique fiscale préconisée

par M. McCain à celle menée par

George Bush : les propositions du sénateur

de l’Arizona sont pires, selon lui.

Entre les deux prétendants, le fer est

engagé sur le terrain économique.

M. McCain propose de pérenniser les baisses

d’impôts générales accordées sous

M. Bush, d’augmenter encore celles des

plus fortunés, de réduire l’imposition

d’une partie des classes moyennes de

2 000 dollars par an, enfin d’abaisser de

35 % à 25 % celle des entreprises. Il financerait

le manque à gagner fiscal par une

réduction du « gaspillage » public.

Plan de relance fédéral

M. Obama, lui, veut un nouveau plan

de relance fédéral de 50 milliards de dollars

(après les 150 milliards dégagés en

mai par M. Bush). Il rétablira l’imposition

des revenus supérieurs à 250 000 dollars

par an à son précédent niveau (de 36,5 %

à 39 %) et taxera plus lourdement les plusvalues

boursières (de 15 % à 28 %). Ainsi

pourra-t-il allouer aux salariés 1 000 dollars

de réduction fiscale par foyer en

Moment de détente pour John McCain avant son intervention devant des patrons, le 10 juin, à Washington. CHARLES DHARAPAK/AP

moyenne, réduire l’impôt des plus faibles

(les retraités pauvres ne seront plus imposés)

et financer l’éducation et l’assurancesanté

des nécessiteux. Il souhaite aussi

diminuer le déficit budgétaire.

Pourtant, crise et nécessité de convaincre

les « indépendants » obligent, les deux

candidats font des concessions au regard

de leur « philosophie économique ».

M. McCain, adversaire des dépenses publiques,

a admis, mardi 10 juin, que l’Etat

devait plus aider les propriétaires endettés

et souhaité une augmentation des allocations

chômage. M. Obama envisage de

« différer » certaines de ses propositions.

Mercredi, le Livre beige, rapport sur la

conjoncture de la Réserve fédérale (Fed,

banque centrale américaine), a rappelé les

termes du débat : entre la hausse des prix

de l’énergie et de l’agroalimentaire et un

marché de l’emploi alarmant, la consommation

est « coincée ». Le risque de récession

n’est pas enrayé. Dette, construction

au ralenti, crédit resserré, recul des investissements,

pouvoir d’achat en berne, les

enjeux sont multiples. Pourtant, la confrontation

politique se concentre presque uniquement

sur la fiscalité. « Aucun des deux

candidats n’aborde la question de fond, dit

Donald Grimes, professeur d’économie à

l’université du Michigan à Ann Arbour. En

1980, le taux d’épargne des Américains atteignait

10 %. Il est tombé à 0,5 %. La faiblesse

du dollar s’ajoute à une dette énorme. Mais

personne ne peut se faire élire en disant :

“Vous devrez apprendre à vivre heureux en

consommant moins et différemment”. »

En attendant, mauvaise nouvelle pour

M. Obama, l’une des trois personnes chargées

de lui trouver un colistier a démissionné

mercredi. Jim Johnson, ex-PDG de Fanny

Mae, premier préteur immobilier américain,

est accusé d’avoir obtenu un emprunt

à des conditions très avantageuses. a

Sylvain Cypel

CUBA

La Havane remet

en cause le dogme

de l’égalitarisme

salarial

À LA HAVANE, une réforme de la politique

salariale remet en cause un dogme du

régime castriste, l’égalitarisme. Dans son

édition du mercredi 11 juin, le quotidien

officiel Granma évoque une réglementation

du ministère du travail datée du

2 février qui aligne les salaires des entreprises

d’Etat (90 % de l’économie) sur ceux

déjà en vigueur dans les entreprises de

pointe, contrôlées par l’armée.

Désormais, plusieurs modes de paiement

pourront coexister dans une entreprise.

« Le travailleur gagnera en fonction

de sa productivité », explique Granma, qui

cite le vice-ministre du travail, Carlos

Mateu Pereira. « La tendance était que

tout le monde touche le même salaire, dit-il.

Cet égalitarisme n’est pas convenable. »

« Il y a parfois beaucoup de paternalisme

», ajoute-t-il. « La quantité et la qualité

» du travail seront donc prises en compte

dans le calcul de la rémunération.

D’après le vice-président José Ramon

Machado Ventura, les Cubains «ne

devraient pas avoir peur des hauts salaires

», à condition que cela « se traduise

par des résultats concrets » en termes de

production et de services. Alors que le

salaire moyen est de 408 pesos non

convertibles (12 euros), la fin du plafond

salarial en vigueur pourrait modifier l’attitude

des médecins, des enseignants et

d’autres professionnels, qui ont abandonné

l’exercice de leur métier pour une activité

informelle plus rémunératrice : faire

le taxi, louer une chambre, etc.

A La Havane, 19 % des personnes en

âge de travailler n’ont pas d’emploi,

selon des sources officielles. Cependant,

une moitié des Cubains a accès à des devises

ou aux pesos convertibles, provenant

des touristes, des entreprises étrangères

présentes sur l’île ou des fonds envoyés

par des proches résidant à l’étranger.

La réforme salariale devra s’appliquer

partout avant la fin du mois d’août. a

Paulo A. Paranagua

ARGENTINE CRISE SOCIALE ET POLITIQUE

La fronde rurale compromet la popularité

de la présidente argentine Cristina Kirchner

BUENOS AIRES

CORRESPONDANTE

L’espoir suscité par l’élection

d’une femme à la présidence de

l’Argentine semble être retombé.

Six mois après son investiture, la

péroniste Cristina Kirchner est

confrontée à plusieurs secteurs de

la société et à un climat social tendu,

qui ont écorné sa popularité.

En succédant à son mari, Nestor

Kirchner, elle avait promis un

nouveau style de gestion, un

meilleur fonctionnement des institutions,

« un temps de dialogue,

où il faut écouter plus que parler ».

Aujourd’hui, M me Kirchner est

en conflit avec les agriculteurs, qui

ont lancé depuis trois mois une

fronde rurale sans précédent, avec

l’Eglise catholique, qui lui reproche

de masquer les chiffres de la

pauvreté, et avec une grande partie

des médias, qui la qualifient

d’« arrogante ». Comme son

mari, elle ne donne pas de conférence

de presse et n’accorde pas

d’interview. Sa popularité est tombée

à 26 % d’opinions favorables,

d’après des sondages.

Des analystes évoquent un pouvoir

« de double commande » avec

Nestor Kirchner. Président du

Parti péroniste, ce dernier mobilise

les militants pour défendre le

gouvernement, cherchant à raviver

le souvenir du couple légendaire

Juan Peron et Evita. Les Kirchner

gouvernent avec deux ou

trois fidèles. Il n’y a jamais de réunion

du conseil des ministres.

Appels au dialogue

Sur un ton inusuel, Cristina Kirchner

a demandé pardon, lundi

9 juin : « au cas où quelqu’un se

serait senti offensé par une de mes

paroles ou un de mes gestes ».

Depuis le début du conflit avec le

campo (la « campagne »), elle

accuse les agriculteurs de fomenter

un coup d’Etat. Ceux-ci protestent

contre une hausse des impôts

sur les exportations de soja, la

principale richesse du pays.

Le 8 juin, ils avaient suspendu

leur troisième grève, espérant un

geste du gouvernement. Le lendemain,

M me Kirchner a assuré que

les taxes sur les exportations

étaient destinées « à une meilleure

redistribution de la richesse ». Pour

la première fois, elle a promis que

l’argent irait à la construction

d’hôpitaux, de logements sociaux

et de routes. Les quatre associations

rurales se sont félicité qu’il y

ait des investissements contre la

pauvreté, tout en soulignant que

les fonds ne proviennent que du

monde agricole, sans toucher des

secteurs prospères comme les banques,

le pétrole ou les mines.

Malgré les appels au dialogue

de l’Episcopat, de l’opposition et

des hommes d’affaires, le conflit

rural semble loin d’être résolu.

Dans la foulée, les camionneurs

ont annoncé, mardi, une grève illimitée

avec des blocages routiers.

Alors que le prix des denrées alimentaires

s’envole, l’Argentine est

l’un des principaux producteurs de

céréales. Troisième exportateur

mondial de graines de soja, c’est

aussi le deuxième pour le maïs et le

cinquième pour le blé. De l’aveu

même de M me Kirchner, le pays a la

capacité de nourrir 500 millions de

personnes. La fronde rurale risque

toutefois de faire sentir ses effets

sur les exportations argentines. a

Christine Legrand

EX-YOUGOSLAVIE

Arrestation en Serbie

d’un ancien conseiller

de Radovan Karadzic

LA HAYE. La cavale de Stojan

Zupljanin, qui fut l’un des

conseillers de l’ancien chef politique

des Serbes de Bosnie, Radovan

Karadzic, a pris fin mercredi

11 juin. Accusé par le Tribunal

pénal international pour l’ex-Yougoslavie

(TPIY) de crimes contre

l’humanité et de crimes de guerre

commis en Bosnie-Herzégovine

en 1992, Stojan Zupljanin a été

arrêté près de Belgrade par la

police et les services de renseignements

serbes. – (Corresp.)

ÉTATS-UNIS

Première exécution au Texas

depuis la fin du moratoire

WASHINGTON. Un homme de

37 ans, Karl Chamberlain,

condamné à mort pour le viol et

le meurtre d’une jeune femme, a

été exécuté, mercredi 11 juin, à la

prison de Huntsville, au Texas.

Il s’agit de la première exécution

au Texas depuis que la Cour

suprême a mis fin à un moratoire

de fait de sept mois en se prononçant

sur la constitutionnalité de

l’injection mortelle.

Une douzaine d’autres exécutions

sont prévues dans cet Etat

avant la fin de l’été. – (AFP.)

CANADA

Excuses du premier ministre

canadien aux autochtones

OTTAWA. Le premier ministre

canadien, Stephen Harper, a présenté,

mercredi 11 juin devant le

Parlement, des excuses officielles

aux populations indiennes pour

les discriminations et les mauvais

traitements du passé, notamment

la scolarisation forcée destinée

à couper les enfants de leurs

racines. Quelque 150 000 élèves

ont été envoyés, de 1870 à 1970,

dans des pensionnats où était

menée une politique d’assimilation

afin de « tuer l’Indien dans

l’enfant ». – (AFP, Reuters.)


Environnement & Sciences

0123

Vendredi 13 juin 2008 7

Le satellite Glast scrutera

la violence de l’Univers

Lancé mercredi 11 juin,

ce télescope spatial

détectera les rayons

gamma, indices de

phénomènes cosmiques

très énergétiques

Si tout le rayonnement électromagnétique

de l’Univers se

résumait sur un piano, les

ondes radio seraient les basses, la

lumière visible les trois notes

d’Au clair de la lune jouées au

milieu du clavier et les rayons

gamma la partie la plus aiguë…

pilonnée par un marteaupiqueur.

Cette fraction du spectre

témoigne en effet des phénomènes

les plus violents du cosmos,

qui mettent en jeu des quantités

d’énergie proches de l’inimaginable.

C’est elle que va observer le

télescope spatial Glast (Gammaray

large area space telescope),

lancé mercredi 11 juin par une

fusée américaine Delta-II, depuis

la base de Cap Canaveral (Floride).

Glast est un projet international

rassemblant les Etats-Unis, la

France – à travers cinq équipes –,

l’Allemagne, l’Italie, le Japon et la

Suède, pour un budget total de

690 millions de dollars.

Les rayons gamma sont énervants

pour les astronomes. Tellement

énergétiques qu’ils transpercent

l’espace comme une balle de

fusil une motte de beurre. Mais

dès qu’ils rencontrent la dense

atmosphère de notre Terre, ils

interagissent avec ses molécules

et ne parviennent pas au sol.

Seuls les rayons de très haute

énergie peuvent y être détectés de

manière indirecte, via les cascades

de particules qu’ils engendrent.

Pour étudier cette lumière

capricieuse, mieux vaut donc

monter au-dessus de l’atmosphère.

Comme le résume

Benoît Lott, directeur de recherches

au Centre d’études nucléaires

de Bordeaux-Gradignan et

coordonnateur d’un des groupes

qui analyseront les résultats de

Glast, « l’astronomie gamma est

une science jeune, née avec l’avènement

de l’ère spatiale ».

Glast, qui évoluera à 560 km

d’altitude, constitue donc le dernier

venu d’une lignée d’instruments,

dont les plus marquants

ont été l’européen COS-B

(1975-1982) et l’américain Compton

Gamma-Ray Observatory

(CGRO, 1991-2000). L’amélioration

que proposera Glast par rapport

à CGRO est énorme, souligne

Benoît Lott : « La sensibilité

de l’instrument sera meilleure,

d’un facteur 25. Son champ de

vision sera aussi plus large puisque

Glast couvrira 20 % du ciel à tout

moment et verra tout le ciel en deux

orbites, soit trois heures, ce qui est

important car l’Univers, en gamma,

est extrêmement variable. »

Saut technologique

Pour réaliser ce saut qualitatif,

il a fallu changer de technologie,

explique Berrie Giebels, du laboratoire

Leprince-Ringuet :

« L’instrument Egret qui équipait

CGRO fonctionnait avec une chambre

à étincelle. C’est une technique

assez encombrante, qui limite le

champ de vue, utilise du gaz et donc

implique des fuites. LAT, l’instrument

principal de Glast, marche

avec des cristaux de silicium. »

Du saut technologique découlera

un saut scientifique. CGRO a

détecté 271 événements gamma.

Glast, au cours de ses cinq ans de

mission, devrait en collecter dix

fois plus. Il nous transportera

dans les environnements les plus

extrêmes du cosmos, où de la

matière est accélérée à une vitesse

proche de celle de la lumière :

dans le maëlstrom de matière

tombant vers des trous noirs

immenses, contenant la masse de

millions voire de milliards de

Soleils ; dans la fusion de trous

noirs ou d’étoiles à neutrons ;

dans des hypernovae – explosions

d’étoiles géantes –, etc.

Les chercheurs espèrent aussi

que Glast pourra les aider à résoudre

certaines énigmes, comme celle

de la matière noire qui demeure

invisible alors qu’on sait la

peser. Les particules mystérieuses

qui la composent pourraient

se trahir sous l’« œil » de LAT :

en se rencontrant, elles s’annihileraient

mutuellement et créeraient

des rayons gamma. Encore de la

violence… a

Pierre Barthélémy

L’Univers vu

en lumière visible

L’Univers en rayons gamma

tel que le représentera

Glast après un an

d’observations

Suivant qu'on l'observe en lumière visible

ou dans la partie du spectre électro-magnétique

correspondant aux rayons gamma, l'Univers

ne présente pas le même visage. Dans le visible,

notre représentation du ciel est très largement

Voie lactée

Voie lactée

dominée par la Voie lactée. En gamma, la barre

centrale de notre galaxie est certes présente

mais l'image est parsemée de points chauds,

qui indiquent la présence de super-trous noirs

au centre d'autres galaxies.

Source : NASA

APICULTURE ALERTE SANITAIRE

Les ruches de l’Est de la France

se dépeuplent de façon inquiétante

LES APICULTEURS de l’Est de la

France sont en alerte. Depuis le

début du mois de mai, ils observent

d’importants dépeuplements

de leurs ruchers, le sud de

l’Alsace étant le plus touché. « Les

ouvrières partent butiner mais ne

reviennent pas et le rucher finit par

dépérir », constate Daniel Limon,

président du Syndicat des apiculteurs

professionnels d’Alsace, Lorraine

et Champagne.

« La situation est préoccupante,

certaines colonies ont totalement

disparu, même dans les montagnes

exemptes d’agriculture donc de pesticides

», constate Raymond Borneck,

président du Syndicat apicole

du Jura. Pour lui, le responsable

est Nosema ceranae, un champignon

pathogène détecté pour la

première fois dans cette partie de

la France en 2005.

Les syndicats nationaux, en

revanche, désignent d’autres coupables

: les pesticides. « L’apiculture

allemande est en crise. Le long

de la vallée du Rhin, 90 % du cheptel

est menacé˘par les phytosanitaires

agricoles. Huit d’entre eux, dont

le Poncho, viennent d’être interdits

d’urgence par le gouvernement fédéral.

Ces produits ne s’arrêtent pas à

la frontière ! », affirme Henri Clément,

président de l’Union nationale

des apiculteurs français.

Yves Vedrenne, président du Syndicat

national des apiculteurs,

explique pour sa part qu’«ilya

certainement plusieurs phénomènes

conjugués dans l’Est de la France,

mais les soupçons pèsent fortement

sur les semis de maïs enrobés

de Cruiser, un insecticide ».

Il y a une quinzaine de jours,

des échantillons ont été prélevés

pour analyses dans des ruchers

ayant subi des pertes. « Les premiers

résultats montrent des quantités

de spores de Nosema ceranae

très élevées, de nature à entraîner la

mort des abeilles », confirme

Marie-Pierre Chauzat de l’Agence

française de sécurité sanitaire

et alimentaire (Afssa). Mais la

scientifique reste prudente : «Il

est difficile d’attribuer la disparition

des ouvrières à la seule nosemose.

Le symptôme peut être également

dû au varroa, un acarien présent

dans toutes les colonies

d’abeilles. » Il n’y a donc peut-être

pas une mais plusieurs causes

dont la synergie mène au dépeuplement

massif et rapide des colonies

d’abeilles.

« Depuis des années, les instances

nationales sont focalisées sur les

pesticides et ignorent les problèmes

sanitaires causés par les parasitoses.

C’est grave ! », s’insurge Raymond

Borneck, dont la colère ne

fait que souligner à quel point le

milieu apicole est divisé.

Manque de formation

Ce qui freine une organisation

plus professionnelle de la filière.

Les apiculteurs manquent de formation,

peu de vétérinaires sont

spécialisés, les agents des groupements

sanitaires des abeilles sont

des bénévoles… « Nous ne disposons

même pas d’un institut technique

pour nous donner des directives

claires de lutte contre les maladies

», déplore Daniel Limon. La

création d’un tel institut, interface

entre le monde académique et les

professionnels de l’apiculture, fait

cependant partie d’une proposition

de résolution du député Jacques

Remiller (UMP, Isère), déposée

en octobre 2007.

En attendant, dans l’Est, l’heure

est à l’inquiétude et à l’urgence.

Le comité technique apicole d’Alsace

a fait une demande de subvention

auprès de la région, afin d’établir

une cartographie sanitaire des

exploitations professionnelles touchées.

Une épidémie de nosemose

en pleine saison de butinage serait

une catastrophe économique

d’autant que le Fumidil B, le seul

antibiotique efficace, n’est pas

autorisé à la vente en France. a

Olivier Rescanière


Europe

0123

8 Vendredi 13 juin 2008

Les socialistes européens se mobilisent contre

la possibilité de l’allongement du temps de travail

Les 27 ministres de l’emploi

ont maintenu et étendu

la dérogation à la règle

des 48 heures. Le Parlement

européen devrait se saisir

de cette affaire

BRUXELLES

BUREAU EUROPÉEN

Une partie des socialistes européens

ont entrepris de livrer bataille à un

compromis sur la directive « temps

de travail », adopté mardi 10 juin au petit

matin par les vingt-sept ministres de l’emploi.

Ils contestent le maintien, dans ce

texte, d’une dérogation à la règle des

48 heures hebdomadaires – la norme

européenne –, à la demande du Royaume-

Uni.

Sauf convention collective allant

au-delà, le temps de travail sera plafonné

dans l’Union européenne à 60, ou 65 heures

hebdomadaires – contre une limite

théorique de 78 heures à ce jour.

EN PLEIN CONFLIT sur les 35 heures,

l’accord européen sur le temps de travail

conclu par le ministre du travail français,

Xavier Bertrand, tombe plutôt mal.

Le texte, qui maintient la possibilité de

déroger à la durée légale hebdomadaire

des 48 heures fixée dans l’Union européenne,

inquiète les syndicats français.

Ces derniers, qu’ils appellent ou non à

la journée d’action sur le temps de travail

et les retraites du 17 juin préparée par la

CGT et la CFDT, dénoncent « un jour sombre

pour le droit social européen », comme

FO, « un grand bond en arrière de l’Europe

sociale », pour la CFTC, ou « une véritable

régression sociale », pour la CGT.

Conscient du télescopage des deux dossiers

la directive européenne et le projet

de loi sur la représentativité et le temps de

travail qui sera présenté au conseil des

ministres le 18 juin –, M. Bertrand s’est

MADRID

CORRESPONDANTE

Au troisième jour de la grève d’une partie

des camionneurs espagnols, qui demandent

une réduction temporaire des

impôts sur les carburants et la fixation de

tarifs minimaux pour le transport de marchandises,

le gouvernement de José Luis

Rodriguez Zapatero a opté pour la méthode

forte, mercredi 11 juin.

Quelque 25 000 policiers et gardes

civils ont été mobilisés pour disperser des

piquets de routiers qui bloquaient la circulation

des poids lourds et pour escorter des

camions non grévistes. L’impasse dans

laquelle se trouvent les négociations, les

perturbations causées par des grévistes

minoritaires (les deux organisations à l’origine

de la grève représentent 20 % de la

profession) et les reproches de l’opposition

l’ont convaincu de hausser le ton.

Fermées aux routiers depuis lundi, les

voies de passage vers la France de La Jonquera

(Catalogne) et d’Irun (Pays basque)

ont été dégagées par la police. Une soixantaine

de conducteurs ont été interpellés.

Mardi, un camionneur qui participait à un

piquet de grève avait été tué en tentant d’arrêter

un véhicule qui forçait le passage.

Dans la nuit de mardi à mercredi, un routier

a été gravement brûlé dans l’incendie

volontaire de son camion. Mercredi, des

dizaines de blessés ont été répertoriés au

cours d’affrontements entre les forces de

l’ordre et des camionneurs, des pêcheurs

(en Galice et à Séville) et des agriculteurs

(Almeria), qui demandent eux aussi des

aides.

Le ministre de l’intérieur, Alfredo Pérez

Rubalcaba, a suggéré aux transporteurs

non grévistes de solliciter la protection de

la police. Les forces de l’ordre ont escorté

des camions qui allaient livrer des vivres

au marché de gros de Barcelone, du carburant

dans les stations-service ou des médicaments

en Catalogne. Certaines pompes

à essence étaient à court de carburant dès

mardi, surtout en Catalogne. Dans les

grandes surfaces, les produits frais commencent

à se faire rares. Les producteursexportateurs

de fruits et légumes ont qualifié

de « dramatique » leur situation.

Les opposants au compromis entendent

combattre les principales modalités

du texte lors de son examen par le Parlement

européen. D’après l’eurodéputé

espagnol Alejandro Cercas, le rapporteur

socialiste sur le projet de directive, «la

position commune adoptée par le conseil

rend la conciliation avec le Parlement européen

extrêmement difficile ». A quelques

mois des élections européennes, en

juin 2009, les socialistes européens pourraient

se montrer d’autant plus fermes

qu’ils tiennent, avec ce texte dénoncé par

l’ensemble des syndicats, un dossier très

emblématique pour se démarquer des

conservateurs du PPE. Martin Schulz, le

chef du groupe socialiste, a reproché à

plusieurs reprises à José Manuel Barroso,

le président de la Commission, d’avoir

fait « l’autruche » en matière sociale pendant

son mandat.

Un vote en plénière n’est pas attendu

avant le mois de décembre, et pourrait

même avoir lieu sous présidence tchèque,

en janvier 2009. « Il faudra voir quelle est

l’ambiance : le processus pourrait prendre

voulu rassurant. « Les changements qui

interviendront au niveau européen ne diminueront

pas les garanties pour les Français

», a-t-il dit au Monde. La possibilité,

inscrite dans la directive, de considérer

les temps de garde comme des temps de

repos ne sera pas transposée en France, a

assuré M. Bertrand, « notamment pour

préserver la situation des hospitaliers ».

« Volte-face »

« Avec cet accord, nous encadrons bien

mieux l’“opt out” [la possibilité de

dérogation] qu’auparavant, et nous

l’avons plafonné à 60 ou 65 heures au lieu

de 78 heures actuellement », a-t-il fait

valoir. Le ministre du travail, qui a assoupli

la position de la France, abandonnant

le camp de ceux qui étaient pour la suppression

de l’“opt out”, se défend de tout

recul. « En cas d’échec de la discussion, le

Le ministre de l’intérieur a aussi offert à

l’industrie automobile d’assurer son approvisionnement.

Paralysée par le manque de

pièces détachées, la construction automobile,

premier secteur de l’industrie en Espagne

(elle produit 13 000 véhicules par

jour) est touchée de plein fouet. Des usines

Volkswagen, Renault, Nissan, Citroën,

Seat et Mercedes-Benz ont dû arrêter totalement

ou partiellement leur production.

Premier mouvement social

Le gouvernement a conclu un accord

avec les entreprises non grévistes. Mais les

organisations à l’origine du mouvement

ont affirmé qu’elles ne signeraient rien

tant que le gouvernement n’accepterait

du temps si les fronts sont très opposés dans

le contexte de la campagne électorale pour

les européennes », dit un diplomate.

La Confédération européenne des syndicats

(CES), qui salue par ailleurs les

avancées faites dans le domaine du travail

intérimaire, a promis de mobiliser les

eurodéputés sensibles à sa cause, lorsque

l’examen du texte en seconde lecture commencera,

après l’été. « Le texte va affaiblir

considérablement la situation des salariés,

surtout dans les pays qui ne disposent pas

de conventions collectives solides comme

dans les nouveaux Etats membres », craint

Catelene Passchier, une des responsables

de la CES, à Bruxelles.

Position du Labour britannique

Un rejet du texte en bloc au Parlement

est cependant peu probable, car une telle

décision doit être votée à la majorité absolue

des eurodéputés. Lors de la première

lecture, au printemps 2005, le Parlement

s’était prononcé, après des débats houleux,

contre la dérogation aux 48 heures

demandée par le Royaume-Uni, et pour la

L’accord européen inquiète les syndicats français

commissaire européen nous avait indiqué

qu’il retirerait la directive et nous aurions

eu une situation de no man’s land », plaide-t-il.

Ces assurances n’ont pas calmé les syndicats.

« La volte-face de la position française,

qui jusqu’ici s’appuyait sur “la crédibilité

du modèle social européen et la protection

de la santé des travailleurs”, est-elle le signe

d’une présidence française aux options

anglo-saxonnes au détriment du modèle

social français ? », s’interroge ainsi la

CFTC. Pour la CGT, qui prépare la journée

d’action du 17 juin, « les déclarations

d’autosatisfaction du ministre du travail

français, Xavier Bertrand, éclairent l’enjeu

du projet de loi de déréglementation du

temps de travail (…), qui anticipe déjà sur

la mise en œuvre de “l’opt out” dans le droit

français ». a

Rémi Barroux

CARBURANTS ET CONFLITS CIRCULATION BLOQUÉE EN ESPAGNE ET PRÉAVIS DE GRÈVE AU ROYAUME-UNI

M. Zapatero mobilise 25 000 policiers pour disperser les routiers en grève

Des policiers espagnols à Iznalloz, près de Grenade, où des routiers en grève bloquaient la route, mercredi 11 juin. JOSE LUIS ROCA/AFP

pas la fixation d’un prix plancher pour le

transport des marchandises, ce qu’il se

refuse à faire. Confronté à son premier

mouvement social depuis son arrivée au

pouvoir, en avril 2004, M. Zapatero a

annoncé une réunion des partenaires

sociaux le 18 juin.

Au Portugal, le gouvernement semble

avoir trouvé un accord avec les organisations

de transporteurs, qui étaient aussi en

grève. Mercredi, les avions n’étaient plus

ravitaillés en carburant à l’aéroport de Lisbonne.

Au Royaume-Uni, les transporteurs routiers

de Shell ont déposé un préavis de grève

de quatre jours à partir de vendredi

13 juin. Les chauffeurs routiers d’autres

prise en compte de l’ensemble des heures

de garde dans le temps de travail. Le groupe

socialiste pourrait être partagé entre

les élus qui, comme en France, ou en Espagne,

annoncent une opposition frontale,

et ceux dont les gouvernements ont

approuvé le compromis survenu mardi

entre les Etats membres. « L’enjeu sera de

voir dans quelle mesure les eurodéputés

seront en ligne avec les positions de leur capitale

d’origine, à quelques mois des élections

européennes », dit un expert des joutes parlementaires.

Seul cinq pays se sont abstenus

lors du côté du conseil – l’Espagne, la

Belgique, la Hongrie, Chypre, la Grèce –

en dénonçant une « régression » sociale.

La position du Labour britannique

sera importante. Il y a trois ans, les travaillistes

britanniques avaient voté contre

le maintien de la dérogation sur les

48 heures défendu par Tony Blair. L’attitude

des sociaux-démocrates allemands

est elle aussi incertaine : c’est un des

leurs, le ministre du travail, Olaf Scholz,

qui négocie pour le gouvernement allemand.

Faute de majorité pour bloquer le

texte, M. Schulz devrait plaider pour une

« opposition constructive » afin d’amender

le projet de directive sur les points les

plus controversés, la dérogation, ou la

façon de prendre en compte le temps de

garde. a

Philippe Ricard

RÉFÉRENCES

Le compromis négocié par les Vingt-

Sept confirme le plafond de 48 heures

de travail hebdomadaires.

Il maintient aussi la dérogation défendue

par les pays libéraux, qui permet à

un salarié de travailler au-dede ce plafond.

Les ministres du travail ont décidé de faire

la distinction entre temps de garde

inactif et actif, seul ce dernier devant

être pris en compte dans le temps de travail.

La Cour de justice européenne a

admis à plusieurs reprises que les

temps de garde devaient être considérés

comme du temps de travail.

compagnies pétrolières ou les indépendants

pourraient se joindre à ce mouvement

de protestation contre la hausse du

gazole. Les camionneurs menacent de bloquer

l’accès des raffineries et des dépôts

afin de perturber l’approvisionnement des

stations-service.

L’appel lancé par Gordon Brown aux

automobilistes, leur demandant de pas

paniquer, a eu l’effet inverse, comme en

attestent les queues devant les stations-services

du nord de l’Angleterre. Les protestataires

exigent par ailleurs l’annulation

d’une hausse des taxes sur les carburants

prévue en octobre. a

Cécile Chambraud

avec Marc Roche (à Londres)

UE AVANT LE VOTE IRLANDAIS

Les Lords ouvrent

la voie à la ratification

par Londres

du traité de Lisbonne

LONDRES

CORRESPONDANT

En rejetant, lors d’un vote très attendu,

un dernier appel pour un référendum sur

le traité européen de Lisbonne, la Chambre

des lords britannique a libéré le chemin,

mercredi 11 juin, pour sa ratification

définitive par la Grande-Bretagne. Ce

vote est un signal aux Irlandais, invités à

approuver le texte, jeudi 12 juin, lors d’un

référendum resté incertain jusqu’au

bout.

Au Royaume-Uni, le projet de loi de ratification

doit désormais revenir pour un dernier

imprimatur aux Communes, qui l’a

déjà approuvé. Il sera ensuite promulgué

par la reine Elizabeth II, qui devra écrire

au bas du traité la fameuse formule, «la

reine le veut », suivie de sa signature. Son

assentiment, purement formel, est attendu

pour la fin du mois ou au début de

juillet, juste après le début de la présidence

française de l’Union européenne.

Un amendement voué à l’échec

Les pairs eurosceptiques ne se faisaient

pas d’illusion. En raison de l’arithmétique

parlementaire en faveur de la ratification,

l’amendement réclamant l’organisation

d’un référendum déposé par les

conservateurs n’avait aucune chance

d’aboutir. La coalition pro-européenne

regroupant les travaillistes, les libérauxdémocrates

(centristes), les conservateurs

de la vieille garde pro-Lisbonne et

des indépendants l’a facilement emporté

par 280 voix contre 218. « Le traité de Lisbonne

est totalement différent de la Constitution.

L’argument démocratique en faveur

d’un référendum est très faible », a souligné

le pair travailliste, Lord Anderson.

Les députés de la Chambre des communes

avaient approuvé le document le

11 mars après le rejet d’une motion similaire

de la droite par 346 voix contre 206.

L’autre obstacle, le recours en justice

déposé par Stuart Wheeler, un donateur

du Parti conservateur exigeant un référendum,

a été mis en touche par la Haute

Cour de Londres. Aux yeux de cet homme

d’affaires excentrique ayant fait fortune

dans les paris sportifs, Gordon Brown n’a

pas respecté l’engagement de son prédécesseur,

Tony Blair, d’organiser une

consultation sur la Constitution. « Le

refus de tenir un référendum n’est pas seulement

immoral, mais illégal », a décla

son avocat. Reste qu’Outre-Manche, où

les référendums sont rarement utilisés,

l’Acte unique européen et le traité de

Maastricht ont été adoptés par voie parlementaire.

Que va-t-il se passer avec la signature

royale si l’Irlande, le seul pays européen à

être tenu par sa Constitution d’avoir un

référendum, dit non ? « Un rejet irlandais

augmenterait la pression sur Gordon

Brown pour qu’il abandonne le processus

de ratification royale. Il devrait résister à ces

requêtes jusqu’au conseil européen du

19 juin », estime Hugo Brady, un chercheur

du Center for European Reform, un

centre d’études européen basé à Londres.

Le vote de la Chambre haute sur le traité

de Lisbonne a été éclipsé en Grand-Bretagne

par la victoire obtenue de justesse

le même jour par le premier ministre,

Gordon Brown, aux Communes, sur son

projet de loi sur l’extension de détention

préventive de 28 à 42 jours dans les affaires

de terrorisme. Une quarantaine de

députés travaillistes ont voté contre ce texte,

qui a suscité des tensions au sein du

parti majoritaire. Le vote a été acquis par

315 voix contre 306, alors que le gouvernement

dispose théoriquement d’une majorité

de 65 voix. a

Marc Roche

La Grèce, la Finlande et

l’Estonie approuvent le traité

Avec le vote de la Grèce jeudi 12 juin, de la

Finlande et de l’Estonie mercredi, 18 des

27 Etats membres ont autorisé la ratification

du traité de Lisbonne, approuvé par les

dirigeants des 27 Etats membres le 19 octobre

2007. Outre l’Irlande, huit Etats doivent

encore se prononcer. Aucune surprise

n’est attendue au Royaume-Uni, en Italie,

aux Pays-Bas, en Belgique, ni même dans

les trois pays qui n’ont pas commencé le

processus de ratification (Espagne, Suède,

Chypre). La situation demeure incertaine

en République tchèque : la Cour constitutionnelle

doit juger si le traité de Lisbonne

respecte la Constitution tchèque.


France

0123

Vendredi 13 juin 2008 9

Constitution Les amendements des sénateurs compliquent la recherche de la majorité requise au Congrès

Réforme des institutions : le Sénat pose ses verrous

Les sénateurs du PS, du PCF et des

Verts ont claqué la porte de la commission

des lois du Sénat, mercredi

11 juin, où était examiné le projet de réforme

des institutions. La majorité sénatoriale

venait d’adopter un amendement du

rapporteur, Jean-Jacques Hyest (UMP,

Seine-et-Marne), inscrivant dans la

Constitution un mode d’élection des sénateurs

reposant sur un corps électoral

« essentiellement composé de membres des

assemblées délibérantes et des collectivités

territoriales », limitant par conséquent à

l’avance une éventuelle réforme de ce collège

électoral. « C’est une parodie de démocratie.

On nous prend pour des idiots »,

s’est exclamé Bernard Frimat (PS, Nord)

à la sortie de la commission. Le groupe

socialiste du Sénat a condamné, dans un

communiqué, une disposition « qui rendrait

l’alternance impossible au Sénat ».

Vraie colère ou simple prétexte, à l’approche

d’un débat qui devrait s’avérer

déterminant pour la suite du parcours du

projet de révision constitutionnelle ? Le

PS a fait de la réforme des modes de scrutin,

et notamment du scrutin sénatorial,

une des conditions de son approbation du

projet de loi. Le gouvernement s’est cependant

refusé, jusqu’à présent, à toute

concession sur ce point. Les propositions

de loi du PS portant sur le mode d’élection

des sénateurs ont été successivement écartées

à l’Assemblée nationale et au Sénat.

Pour Didier Maus, le pouvoir

de blocage du Sénat est anormal

L’AMENDEMENT à la réforme des institutions

accepté mercredi 11 juin par la

commission des lois du Sénat s’inscrit

dans la jurisprudence du Conseil constitutionnel.

Saisi par la droite sénatoriale sur

le projet de loi réformant le mode de scrutin

des sénateurs présenté par le gouvernement

de Lionel Jospin, le Conseil, alors

présidé par Yves Guéna, en avait censuré

une disposition essentielle. Elle prévoyait

que les conseils municipaux éliraient

leurs délégués à raison d’un par tranche

de 300 habitants. Dans l’esprit du gouvernement

Jospin et de sa majorité, il s’agissait

de corriger un système – qualifié

d’« anomalie » – qui pérennise la surreprésentation

des petites communes rurales

au détriment des villes et des agglomérations

urbaines.

Le Conseil avait alors estimé que «le

Sénat doit, dans la mesure où il assure la

représentation des collectivités territoriales,

être élu par un corps électoral qui est luimême

l’émanation de ces collectivités » et

que, « par suite, ce corps électoral doit être

essentiellement composé de membres des

assemblées délibérantes des collectivités territoriales

». C’est précisément cette notion

que la droite sénatoriale entend inscrire

dans la Constitution.

« Verrouillage supplémentaire »

Pour Didier Maus, président émérite

de l’Association française de droit constitutionnel,

si cette disposition était adoptée,

« ce serait incontestablement un verrouillage

supplémentaire ». Et d’expliquer

: « Le projet de loi constitutionnelle

pouvait ouvrir la voie à un rééquilibrage du

corps électoral : il prévoit que le Sénat assure

la représentation des collectivités territoriales

en tenant compte de leur population.

Mais le verrou introduit limite singulièrement

la portée de cette disposition. Il rend le

Sénat quasiment intouchable. »

Qu’advient-il, alors, en cas de désaccord

entre les deux chambres ? « Le Sénat

a un pouvoir de blocage absolument anormal,

estime M. Maus. Ce qui pouvait se justifier

en 1958, quand le président de la République

n’était pas élu au suffrage universel,

n’a plus de raison d’être aujourd’hui. Si

pour être adoptée une loi doit être approuvée

dans les mêmes termes par les deux assemblées,

il n’est pas normal qu’une chambre

élue au suffrage indirect dispose d’un pouvoir

de veto de fait. Il devrait dès lors y avoir

un moyen de trancher, et ce pouvoir n’appartient

qu’au peuple. Mais pour cela il faudrait

pouvoir réviser la Constitution et, pour

réviser la Constitution, il faut l’accord des

sénateurs. Leur droit de blocage, on le voit,

est totalement disproportionné. »

La situation est-elle, dès lors, insoluble

? M. Maus regrette que, d’une certaine

manière, l’occasion d’élargir le possible

recours à l’article 11 de la Constitution

pour la convocation d’un référendum ait

été manquée en 1995, lorsque fut soumis

par Jacques Chirac et son ministre de la

justice de l’époque, Jacques Toubon, un

projet de révision constitutionnelle qui se

heurta, lui aussi, à la résistance des sénateurs.

« Ce qui prouve, ajoute M. Maus,

que la majorité sénatoriale, quand il s’agit

de défendre ses intérêts, n’est pas aux ordres

du gouvernement. » Charles de Gaulle luimême

en avait fait les frais lorsqu’il s’avisa,

en 1969, de limiter les pouvoirs du

Sénat : il essuya un échec qui signa son

départ. Son président actuel, Christian

Poncelet, aime à le répéter : « Toucher au

Sénat, c’est mortel. »a

P. Rr

La droite sénatoriale a cependant franchi

un cran supplémentaire en souhaitant inscrire

dans la Constitution une sorte de

« verrou » dont elle n’ignorait pas que la

gauche y verrait une « provocation ». Elle

fragilise ainsi l’éventualité – ténue – d’un

compromis entre l’UMP et le PS sur le projet

qui doit être soumis à l’approbation du

Congrès et recueillir une majorité des

trois cinquièmes pour être définitivement

adopté.

« Jeu d’équilibre subtil »

« Le gouvernement et la majorité naviguent

à vue sur ce texte. Manifestement, il y

a un problème de cohérence », a estimé le

premier secrétaire du PS, François Hollande,

ajoutant que « si le texte ressort du

Sénat en recul même par rapport à la première

lecture à l’Assemblée, cela ne présage

pas d’un consensus ».

Le secrétaire d’Etat chargé des relations

avec le Parlement, Roger Karoutchi,

veut toutefois continuer à espérer que des

arrangements sont possibles. Ce qui suppose

de ramener la majorité sénatoriale à

de meilleures intentions. « On va devoir

s’expliquer », reconnaît laconiquement

l’ancien sénateur des Hauts-de-Seine.

M. Hyest, de son côté, ne se montre guère

réceptif. « On veut bien changer le Sénat,

mais pas le sacrifier. Et pour quel bénéfice ?

Pour que les socialistes, de toute façon, rejettent

la révision ? Si on commence à leur dire

amen, après ils demanderont autre chose »,

assure le président de la commission des

lois du Sénat, convaincu qu’« ils avaient

prévu leur coup ». Partisan de la « fermeté

», il entend « ne rien lâcher sur les principes

» : « On verra bien qui a raison. » A

quelques mois du prochain renouvellement

sénatorial, les sénateurs de l’UMP

sont d’autant plus vigilants qu’ils savent

que leur majorité en sortira encore amoindrie.

« Pour eux, cela passe avant tout »,

regrette le président du groupe UMP de

l’Assemblée, Jean-François Copé, qui voit

sa tâche d’autant plus compliquée que les

sénateurs ont également rejeté, en commission,

l’article tel qu’il avait été voté à

l’Assemblée rendant obligatoire un référendum

pour l’adhésion de la Turquie à

l’Union européenne. Une disposition

contraignante qui avait été introduite,

avec la bénédiction de Nicolas Sarkozy, à

la demande des opposants les plus déterminés

à l’entrée de la Turquie dans l’UE.

Leur chef de file, Richard Mallié (UMP),

ne décolère pas contre ses collègues du

Sénat. « Si c’est comme ça, je ne voterai pas

la réforme constitutionnelle, et je ne serai

pas le seul », assure le député des Bouchesdu-Rhône.

Le président de l’Assemblée

nationale, Bernard Accoyer, a pour sa part

exprimé le souhait que les députés « suivent

» désormais le Sénat sur ce point.

« Il va nous falloir construire un jeu

d’équilibre subtil entre toutes les contraintes

», admet M. Copé, qui souhaite continuer

à préserver les chances d’un consensus

avec l’opposition et d’un compromis

dans la majorité. L’intervention du Sénat

a toutefois passablement compliqué la

donne. « Ce n’est pas gagné, consent

M. Copé, mais ce n’est pas figé. » a

Patrick Roger

CALENDRIER

Le gouvernement avait annonla

tenue d’un Congrès le lundi 7 juillet à

Versailles pour l’adoption du projet de

loi constitutionnelle. Cette hypothèse

apparaît d’ores et déjà improbable.

Sénat. L’examen en séance commencera

mardi 17 juin. La discussion est prévue

jusqu’au lundi 23 juin.

Navette. Le texte reviendra ensuite en

deuxième lecture à l’Assemblée nationale,

la discussion ne pourra commencer,

au mieux, que le 1 er juillet, puis

retournera au Sénat.

Congrès. Si les deux chambres parviennent

à se mettre d’accord, le texte pourra

alors être soumis au Congrès. Le gouvernement

envisage désormais la date

du 21 juillet. Pour être adopté, le projet

de loi devra recueillir les trois cinquièmes

des suffrages exprimés.

DÉBAT LE PARTI MAJORITAIRE ORGANISE UNE CONVENTION SOCIALE À LA MUTUALITÉ

L’UMP, cornaquée par Nicolas Sarkozy,

cherche à redevenir une grande formation populaire

SUSCITER LE DÉBAT, remotiver les militants,

l’UMP, à l’unisson de Nicolas Sarkozy,

s’est lancé dans une opération « reconquête.

» La cible est identique : les classes

moyennes et populaires. Celles que le parti

considère comme ayant formé le

bataillon des abstentionnistes des dernières

élections municipales, ces électeurs

déçus mais qui toutefois ne se sont pas –

encore ? – tourné vers la gauche.

« Il faut faire revivre le P, de l’UMP, le P

de populaire », plaide Frédéric Lefèbvre,

député des Hauts-de-Seine et bouillonnant

porte parole du parti. Affaiblie par

la fuite de ses cerveaux qui ont, comme

Emmanuelle Mignon, suivi le chef de

l’Etat vers l’Elysée ou rejoint les cabinets

ministériels, contrariée par les luttes de

pouvoir interne, l’UMP a connu une sorte

de « baby blues » après l’entrée de son

président à l’Elysée. Du statut de force de

propositions, elle est passée – disent les

plus critiques – à une machine tout juste

bonne à produire des couacs.

« Il nous a fallu passer d’un parti de

conquête à un parti de gouvernement »,

analyse Dominique Paillé, autre porte

parole et conseiller du président de la

République. De la machine à produire et

à séduire à la machine à gérer. « Les lendemains

de l’élection présidentielles n’ont pas

été faciles, renchérit M. Lefèbvre. Nous

avons du trouver de nouvelles marques et

une organisation adaptée. Les adhérents

avaient rejoint l’UMP pour soutenir Nicolas

Sarkozy, il nous a fallu trouver une organisation

qui maintienne le lien avec lui. ».

C’est ainsi qu’au lendemain des élections

municipales le chef de l’Etat a pladeux

sentinelles, Xavier Bertrand et Nathalie

Koscusko-Morizet, aux côtés du secrétaire

général Patrick Devedjian.

« Il contrôle tout »

Pour tenter de « reprendre la main » sur

le débat alors que le PS et encalminé dans

la préparation de son congrès, l’UMP a

décidé de renouer avec les conventions thématiques

qui avaient nourri la campagne

présidentielle. Confiées à l’époque à

Emmanuelle Mignon, dix-huit conventions

« pour la France d’après » avaient

exploré entre mars 2005 et octobre 2006

tous les thèmes de la société française. Ces

débats ouverts à des personnalités extérieures

et à des experts avaient servi de socle au

programme du candidat.

C’est sur ce modèle que le parti organise

jeudi 12 juin, à la Mutualité sa convention

sur le social avec au programme des tables

rondes axées notamment sur la « relance

de l’ascenseur social ». Préparée par Pierre

Mehaignerie, Marc-Philippe Daubresse et

Philippe Juvin, elle doit accueillir quelques

personnalités du monde syndical et de l’entreprise,

notamment Guillaume Pepy, le

président de la SNCF « On a été très critiqué

au moment du paquet fiscal. Il faut montrer

que l’UMP est le défenseur de la justice sociale,

que nous ne sommes pas là pour faire des

cadeaux aux riches, plaide Philippe Cochet,

député du Rhône et délégué général à la

réforme. Il faut que le parti redevienne une

machine à idées, avant d’être une machine

électorale. L’UMP doit être devant le gouvernement,

quitte à déranger ». M. Devedjian

en a récemment fait la démonstration en

plaidant pour la suppression pure et simple

des 35 heures, là où M. Bertrand se

contentait de plaider pour des assouplissements

dans l’entreprise. Et mercredi

11 juin, le secrétaire général de l’UMP n’a

pas hésité à prendre ses distances avec le

Revenu de solidarité active, défendu par

Martin Hirsch, en mettant en garde contre

le risque de « créer une grande population

assistée ».

Cette convention qui veut redonner toute

sa place au débat arrive à point nommé

pour faire taire les critiques exprimées ces

derniers jours par les clubs et partis associés

sur le « monolithisme de l’UMP » ou

« sa RPRisation ». François Fillon devrait

y faire une courte apparition. Pour la photo

? Car l’UMP est et reste une machine au

service exclusif du chef de l’Etat. M. Sarkozy

se fait communiquer quotidiennement

l’évolution du nombre de militants, avalise

les initiatives, surveille l’évolution des fédérations

: « Il contrôle tout », lâchent en

cœur les porte-parole de l’UMP. a

Sophie Landrin

ENQUÊTE LE SRPJ DE VERSAILLES SAISI

Du matériel électronique découvert

dans la voiture de Bernard Thibault

UNE PLAINTE a été déposée au commissariat

de Draveil (Essonne) par Bernard

Thibault, secrétaire général de la CGT,

mercredi 11 juin à 15 heures, après que le

responsable syndical a découvert, tôt

dans la matinée de mercredi, sa porte de

garage ouverte et du matériel électronique

dans sa voiture.

L’enquête préliminaire a été confiée par

le parquet d’Evry à la police judiciaire de

Versailles. « Eu égard à la personnalité de

M. Thibault, il était normal que le procureur

d’Evry saisisse le SRPJ de Versailles »,

a-t-on indiqué au commissariat de Draveil.

Ce sont donc des membres de la police

judiciaire d’Evry et de Versailles qui ont

interrogé à Draveil, mercredi jusque tard

dans la soirée, M. Thibault, son épouse,

son chauffeur et un responsable de sa sécurité.

Ils se sont aussi rendus au domicile du

responsable syndical pour un relevé d’empreintes.

Le matériel retrouvé sur le plancher

de la voiture, qui était fermée, selon

les proches de M. Thibault, et dans la portière

arrière près d’une enceinte, a été

confié à la police : bout de fil électrique,

tournevis, carte électronique, du petit

matériel qui aurait été abandonné par le

ou les visiteurs. Ce pourrait être du matériel

de surveillance, selon une source proche

de l’enquête.

La police locale a pris des mesures pour

renforcer la surveillance autour du domicile

de M. Thibault. En octobre 2007, un

chat égorgé, peint en rouge, avait été

retrouvé accroché à l’entrée de sa demeure.

Il y a trois ans, c’était une tête de

cochon. Ce nouvel incident intervient

alors que la CGT prépare la mobilisation

du 17 juin contre la réforme du temps de

travail et les retraites. Le syndicat, qui dit

ne pas vouloir se laisser distraire de cet

objectif, attend de la police que toute la

lumière soit faite sur « la violation du domicile,

la nature du matériel retrouvé et les

auteurs ». a

Rémi Barroux

DÉPENSES

Luc Chatel justifie la hausse

du budget de l’Elysée en 2007

Le porte-parole du gouvernement, Luc

Chatel, a justifié, mercredi 11 juin, la progression

de 8,4 % des dépenses de l’Elysée

en 2007 par l’activité plus importante

de Nicolas Sarkozy. « Il y a 8 % d’augmentation

des dépenses, mais pour 300 %

d’activité en plus », a indiqué. « Les déplacements

en province ont été multipliés par

trois, les déplacements à l’étranger par

deux (…). » « Les frais de bouche, de réception

sont en diminution, a-t-il précisé,

citant entre autres : «-43 % sur le vin,

-8 % sur les traiteurs ». – (Reuters)


France

0123

10 Vendredi 13 juin 2008

La forte hausse des prix en mai alimente

les craintes d’une stagflation en France

Les conjoncturistes redoutent

une éventuelle hausse des taux

par la BCE. Excepté le smic qui

augmentera encore en juillet,

les salaires n’accélèrent pas.

Le pouvoir d’achat est menacé

Même s’il était généralement attendu,

le mauvais chiffre de l’inflation

française en mai relance les

interrogations sur la politique à venir de la

Banque centrale européenne (BCE). Une

éventuelle hausse des taux d’intérêt en

juillet ne pourrait qu’accentuer le ralentissement

attendu de la croissance française

en 2008 et, surtout, en 2009. Ce ne serait

pas « forcément une bonne nouvelle » dans

le contexte actuel, a déclaré, jeudi 12 juin

sur RTL, la ministre de l’économie, Christine

Lagarde.

Le renchérissement du pétrole et celui

des produits alimentaires, particulièrement

marqué pour les produits frais, sont

à l’origine de la plus forte hausse annuelle

(+3,3 %) des prix à la consommation

qu’ait annoncée l’Insee depuis le mois de

juillet 1991. L’inflation française, harmonisée

au niveau européen (IPCH), poussée à

la hausse par les franchises médicales, et

plus sensible, pour des raisons de pondération

différente, à l’évolution des prix de

l’énergie et des produits alimentaires, «a

même atteint son plus haut historique

depuis le début de la série à 3,7 % », souligne

Mathieu Kaiser (BNP Paribas). L’économiste

note que le choc pétrolier tend à

se diffuser aux prix des transports. « Etant

donné la poursuite des tensions et l’incertitude

régnant sur les marchés des matières premières,

il est désormais difficile d’affirmer

que le pic d’inflation est passé », ajoute-t-il.

Pour la plupart des conjoncturistes, les

Français vont devoir vivre avec une inflation

d’au moins 3 % jusqu’en septembre

et un pouvoir d’achat qui, en l’absence

d’accélération des salaires, s’amenuise.

Seul le smic est épargné. Mécaniquement

indexé sur l’inflation, il augmentera de

Les prix français sont-ils, comme le soutient

le gouvernement, supérieurs à

ceux pratiqués dans le reste de l’Union

européenne ?

En exhibant les prix de quelques produits

alimentaires, le secrétaire d’Etat à la

consommation, Luc Chatel, triche un

peu : d’abord parce qu’il existe dans chaque

pays, pour un produit donné, des différentiels

de prix très importants d’un

magasin à un autre au sein d’une même

enseigne. Ensuite, les habitudes de

consommation différant d’un pays à

l’autre, la comparaison de paniers non

similaires est délicate. Les estimations en

parité de pouvoir d’achat suggèrent que la

France aurait des niveaux de prix proches

de la moyenne de l’Union à 15. Elle était

mieux placée il y a 12 ans, avant les lois

Galland et Raffarin.

Mais entre 1996 et 2008, les prix relatifs

alimentaires ont évolué plus rapidement

dans notre pays, de l’ordre de 4 % à

5 %, ce qui représente une ponction

annuelle d’environ 5 milliards d’euros sur

les consommateurs. En même temps, les

profits des distributeurs ont augmenté

plus vite en France que chez nos voisins. Il

0,9 % au 1 er juillet après +2,3 % en mai.

Combinée aux deux chocs de l’euro fort

et du pétrole cher, qui, selon l’Insee, ont

réduit la croissance de 0,4 point par an

entre 2002 et 2007, cette perspective n’est

évidemment pas une bonne nouvelle pour

l’économie française. Pour Mathilde

Lemoine, directrice des études économiques

de HSBC France, « la vraie mauvaise

surprise, c’est la faiblesse, au premier trimestre,

de la consommation des ménages, qui est

pourtant le principal moteur de la croissance

française. Or le moral des Français, en berne,

est totalement corrélé à l’inflation ». Le

tout peut nourrir une spirale négative :

plus d’inflation, plus de déprime, moins

de consommation et moins de croissance.

Autrement dit, la stagflation. Avec un baril

de pétrole à 150 dollars et un relèvement,

par la BCE, des taux d’intérêt de 50 points

y a donc des marges pour faire baisser les

prix, mais pas de 30 %, et cela dépend des

produits.

Depuis 1996, les prix alimentaires évoluent

plus rapidement en France qu’en

Allemagne. Pourquoi ?

Les lois Galland et Raffarin ont conjugué

leurs effets. La première a empêché

une concurrence par les prix et la seconde

une concurrence par l’offre. La loi Raffarin

est à l’origine, dans un premier temps,

d’une politique malthusienne de création

de nouvelles grandes surfaces et, dans un

second temps, d’extension de surfaces

existantes. Elle a renforcé des positions

dominantes déjà existantes. C’est le

contraire de la concurrence.

Mais la loi Chatel de janvier 2008 a

changé la donne…

Oui, depuis sa promulgation, les distributeurs

peuvent restituer les « marges

arrière » aux consommateurs. Il suffit,

pour déclencher une baisse des prix, qu’ils

le veuillent. Et pour cela, il faut introduire

une concurrence entre opérateurs au

niveau local. L’étude récente de l’UFC-

Que choisir n’a fait que rendre public un

constat bien connu : dans au moins un

de base, la progression du produit intérieur

brut (PIB) français tomberait à

0,83 % en 2009, selon un scénario noir –

mais pas invraisemblable – de la banque.

tiers des zones de chalandise, il y a peu ou

pas de concurrence. L’exemple de Paris

est frappant : un seul groupe y détient

70 % des grandes surfaces alimentaires.

L’association de consommateurs propose

de permettre à une autorité de concurrence

de casser ces monopoles locaux et

d’obliger à des ventes de magasin entre

concurrents. Cette option radicale présente

l’avantage de régler immédiatement le

problème sans attendre une construction

frénétique de nouveaux commerces. Elle

pourrait permettre des baisses de prix

significatives.

Que peut-on attendre du projet de loi

de modernisation de l’économie (LME)

en cours d’examen au Parlement ?

Tel qu’il est actuellement, ce texte est

plutôt a minima et favorable aux distributeurs.

Il va permettre à la grande distribution

de répondre aux demandes de clients,

qui se tournent vers le hard discount. Les

consommateurs trouveront des prix bas,

non pas à travers une concurrence plus forte,

mais à travers une offre ciblée dédiée

au segment croissant des consommateurs

à faible pouvoir d’achat.

En revanche, les prix dans les magasins

« Bouffés de tous les côtés »

« Les consommateurs sont bouffés de

tous les côtés, note de manière imagée le

directeur des études de Natixis, Patrick

Artus. Leurs crédits à la consommation se

font plus chers et plus rares. Leurs emplois

sont menacés car les entreprises sont tentées

d’accélérer les délocalisations. Et les salaires

réels sont en croissance négative dans toute

la zone euro. Quant à l’Etat, il n’a plus d’argent

et fabrique du déficit. Le partage de la

charge est clairement défavorable aux Etats

et aux ménages. »

L’éventuelle hausse des taux de la BCE

dégraderait fortement la situation des banques,

des marchés financiers et accentuerait

l’hétérogénéité des économies européennes,

note M. Artus. Et pourrait même

être « catastrophique » en l’absence de coopération

entre la FED et la BCE. Pour l’économiste

de Natixis, qui a fréquemment critiqué

le président de la BCE, Jean-Claude

Trichet, la Banque centrale européenne se

trouve dans une position extrêmement difficile

: « Elle peut être tentée d’augmenter

les taux pour lutter contre une forme d’inflation

sur laquelle elle ne peut rien, au risque

de ralentir l’activité. Mais elle peut difficilement

ne rien faire, car, depuis peu, l’inflation

anticipée, sur laquelle elle se cale, augmente

et atteint des niveaux (2,5 %) qui peuvent

faire craindre des tensions inflationnistes

durables ». En somme, entre la peste et

le choléra, que peut-elle choisir ? a

Claire Guélaud

ENTRETIEN AVEC PHILIPPE ASKENAZY, DIRECTEUR DE RECHERCHE AU CNRS

« La loi de modernisation économique devrait offrir une petite baisse des prix »

classiques ne devraient guère bouger. En

somme, la loi LME devrait offrir une petite

baisse des prix aux consommateurs en

améliorant l’offre commerciale, sans détériorer

les profits des distributeurs.

Ce sont plutôt les industriels, en particuliers

les PME, qui devraient être les perdants

de la négociabilité des prix permise

par le projet de loi. Le risque est que les distributeurs

fassent tellement pression sur

leurs fournisseurs pour regagner des marges

que seuls les plus gros résisteront.

Une fois que les petits fournisseurs seront

morts, on se trouvera dans un affrontement

entre puissants industriels et grande

distribution. Et là, on peut obtenir des

prix d’équilibre au-dessus de ce qu’ils sont

aujourd’hui. C’est un risque d’éviction

dont la grande distribution est consciente.

Nul ne sait évaluer l’effet final sur les

prix du projet de loi de modernisation de

l’économie. De plus, les amendements proposés,

s’ils sont adoptés, risquent de limiter

l’effet de la loi. Accroître les pouvoirs

du maire revient à freiner l’implantation

des nouveaux points de vente. a

Propos recueillis par

C. Gu.

ÉDUCATION

Le financement

des universités pourrait

s’appuyer sur des

critères de performance

UN RAPPORT sénatorial, publié mercredi

11 juin, prône un système de financement

des universités sur des critères de

performance. Six sénateurs ont été chargés

par la ministre de l’enseignement supérieur,

Valérie Pécresse, de proposer une

réforme du système dit « de San Remo »

(système analytique de répartition des

moyens).

Utilisé depuis 1994, ce modèle permet à

l’Etat de répartir les emplois et de fixer le

montant de la dotation annuelle qu’il verse

aux universités, en tenant compte notamment

du nombre d’étudiants inscrits et de

la superficie des bâtiments. Critiqué pour

son caractère illisible et opaque, le système

San Remo est accusé de pousser les universités

à remplir leurs amphis au détriment

de la qualité.

Baptisé « Sympa » (système de répartition

des moyens à la performance et à l’activité),

le système envisagé au Sénat prône

une corrélation entre financement et performance.

10 % des crédits de formation

seraient évalués au titre de la performance,

contre 3 % actuellement. Pour la recherche,

déjà financée à hauteur de 20 % sur la

base d’objectifs, cette part pourrait être de

30 % dès 2009, et à terme atteindre 50 %.

« Système concurrentiel »

Pour évaluer l’efficacité d’une université,

les sénateurs suggèrent d’utiliser des

critères comme le taux d’insertion professionnelle

à six mois et à trois ans, tout en

prenant en compte la poursuite d’études.

Le niveau de salaire ou le statut de cadre

peuvent aussi constituer, selon les sénateurs,

des indicateurs pertinents.

Le groupe de travail propose aussi de

lier le financement au nombre d’étudiants

présents aux examens et non pas au nombre

d’étudiants inscrits, comme le prévoit

le système San Remo. Le taux d’occupation

des locaux, mais aussi des critères de

gestion administrative, financière et de ressources

humaines pourraient également

entrer en ligne de compte. Pour pondérer

les critères de performance, les parlementaires

suggèrent de croiser les résultats

d’insertion avec des indicateurs sur l’origine

socio-économique ou le niveau scolaire

des étudiants.

« En 2009, aucune université ne devrait

être perdante, assure le sénateur (non inscrit)

de l’Aube Philippe Adnot. Les universités

considérées comme “déficitaires”

devraient bénéficier d’une première tranche

de rattrapage, les universités “excédentaires”

conserveraient leurs moyens. A partir de

2010, le montant des dotations tiendrait à la

fois compte de la situation initiale par rapport

au rééquilibrage, de l’évolution de l’activité

et des progrès qualitatifs. » Ces propositions

pourraient toutefois raviver les

débats sur la « rentabilité » de certaines

filières. « Il pourra y avoir des redéploiements

de certaines disciplines sur un nombre

limité de sites », convient Jean-Léonce

Dupont (Union centriste-UDF, Calvados).

Le syndicat d’étudiants UNEF a réagi

aux propositions du Sénat en dénonçant,

mercredi, « la mise en place d’un système

concurrentiel pénalisant les universités qui

ont le plus besoin d’être aidées ». La mission

d’évaluation et de contrôle de l’Assemblée

nationale, qui travaille également

sur ce sujet, doit présenter ses conclusions

fin juin. a

Catherine Rollot

SOCIAL UNE PROGRESSION PLUS IMPORTANTE QUE PRÉVUE

70 700 emplois ont été créés dans

le secteur privé au premier trimestre

APRÈS la bonne nouvelle du chômage,

ce sont les créations d’emploi, au nombre

de 70 700 dans le secteur concurrentiel

pour le 1 er trimestre, qui se montrent plus

nombreuses qu’attendues. Selon les chiffres

publiés, jeudi 12 juin, par l’Insee et le

ministère de l’économie, la progression

est de 0,4 % par rapport au dernier trimestre

et de 1,6 % sur un an. La révision

à la hausse est forte puisque l’estimation

provisoire était de + 0,2 %, avec moins

de 40 000 nouveaux emplois prévus.

Cette progression de l’emploi est également

constatée par l’Unedic, qui perçoit

les cotisations chômage des employeurs

du secteur concurrentiel. Pour l’assurance-chômage,

la hausse est de 0,3 % avec

55 900 nouveaux emplois. « Une bonne

surprise », pour le responsable des statistiques

de l’assurance-chômage.

Malgré ce nouveau chiffre record –

18 184 200 salariés français dans le secteur

concurrentiel à la fin mars –, la décélération

des créations d’emploi est réelle

: 78 000 nouveaux emplois avaient été

enregistrés au dernier trimestre 2007 et

près de 75 000 au troisième trimestre.

L’industrie perd de plus en plus d’emplois,

-12 100 postes (-7 100 au 4 e trimestre

2007). La construction en a créé

12 000, même si, précise l’Unedic, la progression

dans ce secteur est moindre

qu’auparavant. Le secteur tertiaire et les

services restent les premiers créateurs

d’emploi en France.a

R. Bx.

FAITS DIVERS

Un corps de femme, sans tête ni

jambes, retrouvé dans une valise

près de Nantes

Un corps de femme, décapité et sans jambes,

a été retrouvé, mardi 10 juin, dans

une valise plongée dans la Sèvre nantaise,

à Vertou, commune limitrophe de

Nantes. « Il s’agit du corps d’une femme

de peau blanche, âgée de 50 à 60 ans, mesurant

entre 1, 55 mètre et 1,60 mètre et

pesant 80 kg », a indiqué le procureur de

la République de Nantes, Xavier Ronsin,

précisant que « la mort est récente ». Mercredi

soir, l’identité de la victime demeurait

officiellement inconnue, tout comme

« la cause première du décès ». – (Corresp.)

JUSTICE

Prison ferme pour le lancer mortel

d’un bloc de bitume

Guillaume P., plombier de 19 ans, a été

condamné par la cour d’assises des

mineurs de Loire-Atlantique, mercredi

11 juin, à cinq ans de réclusion criminelle,

dont deux assortis de sursis, pour

avoir lancé un bloc de bitume de 5 kg

depuis un pont, le 15 avril 2006, à Pont-

Château (Loire-Atlantique). Ce geste,

qu’il avait qualifié de « jeu », a tué Fabrice

Ferrand, 13 ans, passager d’une voiture

roulant en contrebas. Son ami,

Mathieu L., lycéen de 20 ans poursuivi

pour ne pas avoir empêché le drame, a

été condamné à trois ans de prison dont

un avec sursis. « J’aurais préféré une peine

d’intérêt général élevée plutôt que de la

prison ferme », a déclaré Martine

Ferrand, mère de la victime. – (Corresp.)

DÉFENSE

Crash d’un Mirage 2000

de la force nucléaire non armé

Un Mirage 2000 N affecté à la force de

dissuasion nucléaire, s’est écrasé, mercredi

11 juin, à Laurenan (Côtes-d’Armor).

Ses deux membres d’équipage, qui

se sont éjectés, sont sains et saufs. Comme

tous les avions de la composante

aérienne de la dissuasion nucléaire en

vol d’entraînement, ce Mirage, originaire

de la base aérienne 116 de Luxeuil

(Haute-Saône), n’était pas armé. Le précédent

crash, le 12 février, était aussi

celui d’un Mirage 2000 N de la base de

Luxeuil. – (AFP.)

ACCIDENT

Trois vacanciers allemands se noient

dans un affluent du Verdon

Trois vacanciers allemands, deux jeunes

femmes et leur guide, qui faisaient mercredi

11 juin en fin d’après-midi du canyoning

ont trouvé la mort dans un affluent

du Verdon. Ils ont été emportés par une

vague de crue consécutive aux orages.

Depuis quelques jours, le sous-préfet de

Castellane (Alpes-de-Haute-Provence)

avait pris un arrêté pour interdire les activités

nautiques et d’eau vive dans les gorges

du Verdon où le débit est de 75

mètres cube à la seconde. La pratique des

sports d’eau vive était cependant autorisée

dans l’affluent où l’accident a eu lieu.

– (AFP.)


Economie & Entreprises

0123

Vendredi 13 juin 2008 11

Industrie PSA Peugeot Citroën et Mitsubishi ont posé la première pierre de leur usine à Kalouga

La Russie, eldorado des

constructeurs automobiles

Au moment où la flambée des

prix des carburants touche

de plein fouet la plupart des

marchés automobiles et que les

constructeurs américains voient

leurs ventes de 4 × 4 s’effondrer

mois après mois, le marché automobile

russe, lui, est en pleine forme.

Ce secteur profite à plein de la

croissance économique de la Russie

: 7,8 % en 2007 après 6,7 % en

2006.

Ce boom économique est en

grande partie entretenu par les

revenus tirés des matières premières,

notamment énergétiques. Le

nombre de milliardaires en dollars

aurait quasiment doublé en

2007, passant de 60 à 110. Les millionnaires

augmentent plus que

n’importe où ailleurs. Mais cette

richesse croissante commence à

se diffuser dans la société russe.

L’émergence d’une classe moyenne

tire la consommation, à commencer

par l’automobile.

En 2007, les immatriculations

sur le marché russe ont largement

dépassé celle du marché français

(2,450 millions contre un peu plus

de 2 millions pour la France). Et le

potentiel est énorme. En effet, le

taux d’équipement n’est que de

210 véhicules pour 1 000 habitants,

contre 600 en Europe occidentale

et 800 aux Etats-Unis. Le

marché devrait dépasser 4 millions

de voitures en 2012. A cette

date ou même avant, la Russie

pourrait devenir le premier marché

européen devant l’Allemagne.

S’IMPLANTER à Moscou, pour

une entreprise étrangère, n’est pas

une sinécure. Depuis 2000, plusieurs

entreprises, comme Danone,

L’Oréal, Schlumberger, Total

ou Bouygues, font l’objet de redressements

fiscaux et bataillent

devant les tribunaux, parfois avec

succès, comme Bouygues. « Les

règlements sont souvent utilisés

pour contrarier un projet qui n’a

pas, pour des raisons très variées, la

faveur des dirigeants, qui font parfois

un usage discrétionnaire du

droit », déplore un entrepreneur

français.

Des délais plus longs

Installé en Russie depuis 2001,

où il a ouvert vingt et un magasins

et racheté la chaîne Ramstore,

Auchan rencontre pour la première

fois des difficultés. Son magasin

situé à Sokolniki dans Moscou,

achevé depuis décembre 2007,

attend toujours son ouverture. Vladimir

Yakunin, président des chemins

de fer russe, s’oppose à la

construction des voies d’accès au

magasin sur un terrain commun.

« Dès que nous avons compris que

c’était un terrain mixte, nous avons

engagé une négociation, indique

Jean Mailly, président d’Auchan

Russie. Elle n’a pas été facile car

nous n’avions pas compris tous les

rouages administratifs. »

Paradoxalement, malgré la bonne

image revendiquée par Auchan

en Russie, M. Mailly affirme que

d’autres problèmes pourraient survenir

dans le futur. « Les procédures

sont fouillées, précises et longues,

c’est d’autant plus vrai quand on

s’installe à Moscou », reconnaît-il.

Jusqu’à présent, il fallait environ

Cette forte hausse profite essentiellement

aux marques étrangères

: leurs ventes ont augmenté de

62 % en 2007. La Russie est déjà

le premier marché européen des

Japonais Toyota, Lexus, Mitsubishi,

Subaru ou du coréen Kia.

En revanche, la croissance du marché

ne profite pas aux constructeurs

locaux. Du fait d’une qualité

médiocre et d’une mauvaise image

de marque, leurs ventes plongent.

De 800 000 en 2007, elles

devraient tomber à 350 000 en

2015.

Multiples investissements

La classe moyenne préfère se

porter sur les modèles occidentaux

comme la Peugeot 308, la

Citroën C4 ou encore la Renault

Megane. Les plus riches, eux, s’affichent

dans de luxueux 4 × 4 ou

des véhicules encore plus haut de

gamme. « Nous avons vendu plus

de 8 000 voitures Infiniti (groupe

Nissan) dès la première année. C’est

bien au-dede toutes nos espérances

», confie Carlos Ghosn, le

patron de Renault-Nissan. Mais le

boom est tel que même la voiture à

bas coût de Renault, la Logan,

connaît un vrai succès. Depuis

2005, le constructeur français en a

écoulé 150 000.

Pas étonnant donc que tout le

monde veuille une part de ce nouvel

eldorado. Après General

Motors et Ford sur place depuis

longtemps, d’autres constructeurs

ont investi récemment.

L’implantation des étrangers

se révèle parfois compliquée

deux ans pour ouvrir un magasin.

« Ce délai risque de s’allonger car

les Russes deviennent de plus en plus

exigeants », conclut-il.

Dans le domaine de la construction,

après la crise financière de

1998, la compétition est devenue

âpre, avec des entreprises souvent

moins disantes, venues d’Ukraine,

de Slovénie, de Turquie ou des

ex-républiques soviétiques orientales,

Ouzbékistan, Tadjikistan, et

même de Chine.

« Nous n’avons rien signé à Moscou

depuis quelques années, reconnaît

un porte-parole du groupe

Bouygues, mais nous engrangeons

de beaux contrats ailleurs, notamment

à Ekaterinbourg » : dans la

capitale de l’Oural, le groupe va

construire l’Iset Tower, une tour

résidentielle de luxe (136 millions

d’euros) et un hôtel Hyatt (75 millions

d’euros), livré à l’automne

2008.

Ces projets sont conduits par

Valode et Pistre, seule agence d’architecture

française à disposer

d’une licence russe : « Nous rencontrons

plus de succès en province

que dans la capitale », reconnaît

Jean Pistre, qui travaille beaucoup

avec un conglomérat minier,

métallurgique et, désormais,

immobilier de l’Oural, UGMK.

Pour faire face aux difficultés

administratives grandissantes

dans le pays, PSA, lui, s’est adjoint

le soutient de la région de Kalouga.

« Elle a fait un effort pour que le

terrain nous soit accessible. C’est elle

qui s’est chargée d’effectuer les

démarches », reconnaît Didier Aleton,

responsable du projet. a

N. Bn

et Isabelle Rey-Lefebvre

Volkswagen n’a pas lésiné en

dépensant plus de 1 milliard

d’euros dans une usine pour produire

150 000 voitures par an.

Toyota a commencé sa production

fin 2007 et Nissan doit ouvrir

en 2009 une usine à Saint-Pétersbourg.

Quant à Renault, grâce au

rachat au printemps de 25 % du

russe Avtovaz, propriétaire de la

marque Lada, le pays va devenir

en 2009 son premier marché.

PSA Peugeot Citroën tente de

rattraper son retard. La Russie

constitue sa troisième zone de

développement prioritaire après

le Brésil et la Chine. Le constructeur

français a posé, mardi 10 juin

à Kalouga, la première pierre de

son usine en partenariat avec Mitsubishi.

L’investissement total

atteint 470 millions d’euros dont

70 % pour PSA. L’usine emploiera

3 000 personnes et doit entrer en

production en 2011 avec une capacité

initiale de 160 000 véhicules.

Une croissance continue

PRÉVISION DU MARCHÉ

AUTOMOBILE EN RUSSIE

en millions de véhicules

5

4

3

2

1

0

2,4

2007 2009 2011 2013 2015

Source : PSA Peugeot Citroën

Mais elle pourrait être portée à

300 000 unités.

Comme Volvo ou encore Volkswagen,

PSA a été largement soutenu

par Anatoly Artamonov, le gouverneur

de la région de Kaluga.

« Il y a quelques années, nous nous

sommes fixés pour objectif de faire

de cette région une des régions les

4,1

RÉPARTITION RÉGIONALE DES VENTES

D’AUTOMOBILES, en milliers de véhicules

2007 2010 prévisions

Moscou

Saint-Pétersbourg

Oural

Russie du Sud

Russie plaine centrale

Sibérie centrale

Sibérie orientale

plus attractives pour les investissements

et le premier pôle automobile

du pays. Nous avons réussi », se félicite

M. Artamonov.

Premier pôle automobile de la

Russie, Kaluga devrait accueillir

de nombreux fournisseurs. L’équipementier

Faurecia est dans la

phase finale de sélection d’un site

950

1 023

250

264

275

462

175

297

600

924

125

165

125

165

pour fournir PSA et Volkswagen.

Pour faire face à ce développement,

la région a augmenté de

plus de 72 % les logements. Et la

construction d’un centre de formation

automobile est en cours pour

répondre à la forte demande en

main-d’œuvre. a

Nathalie Brafman

ÉNERGIE

Les discussions entre BP et

ses alliés russes sont rompues

Les discussions entre le britannique

BP et ses associés russes

sur l’avenir de leur coentreprise

TNK-BP ont été rompues, affirmait

mercredi 11 juin l’agence

Reuters. Les Russes réclament

une réduction de 60 % des effectifs

étrangers de TNK-BP, une

représentation à parité de chacun

des deux camps dans l’ensemble

des conseils d’administration

des filiales de TNK-BP, et

des prérogatives élargies de mandataire

pour l’avocat de German

Khan, un important actionnaire

russe, membre de la direction

de TNK-BP. – (Reuters.)


Economie & Entreprises

0123

12 Vendredi 13 juin 2008

Le japonais Daiichi Sankyo prend le contrôle

du fabricant indien de génériques Ranbaxy

La transaction, d’un montant

compris entre 2,2 et 3 milliards

d’euros, illustre la volonté

des groupes pharmaceutiques

nippons de se diversifier

et de s’internationaliser

La pharmacie nippone multiplie les

acquisitions hors du territoire national.

Le laboratoire japonais Daiichi

Sankyo a annoncé, mercredi 11 juin, qu’il

lançait une offre d’achat amicale sur le

premier groupe pharmaceutique indien,

le fabricant de génériques Ranbaxy. L’opération

aura lieu en deux temps.

Tout d’abord, la famille Singh, fondatrice

de Rabaxy, cède les 34,8 % du capital

qu’elle détient avec un bonus de 31,4 %

par rapport au dernier cours de Bourse.

Ensuite, Daiichi lancera une offre publique

d’achat (OPA) sur le reste du capital.

Le coût total de la transaction se situerait

entre 3,4 et 4,6 milliards de dollars (entre

2,2 et 3 milliards d’euros).

Ranbaxy est le premier fabricant de

GRANGE CASTLE (Irlande)

ENVOYÉ SPÉCIAL

Le laboratoire américain Wyeth a investi

1,8 milliard d’euros en Irlande, à Grange

Castle, dans le comté sud de Dublin, pour

produire un kilogramme de matière active

d’Enbrel par jour. L’Enbrel est un médicament

biologique – il est tiré des cellules

ovariennes de hamster chinois – qui a

transformé la vie de milliers de personnes

atteintes de polyarthrite rhumatoïde, une

maladie douloureuse et invalidante. Mais

il est très coûteux (entre 10 000 et

20 000 euros par an et par malade).

La production de Grange Castle est suffisante

pour répondre à la demande de

l’Europe et des Etats-Unis. Mais le laboratoire

est aujourd’hui au carrefour de plusieurs

contraintes : le nombre de malades

va croître avec le vieillissement de la population,

des patients nouvellement solvables

arrivent des pays riches d’Asie

(Chine, Inde…) et les systèmes d’assurance-maladie

vont imposer progressivement

des réductions de prix.

Comment doubler la production –

deux kilos d’Enbrel par jour – sans investir

à nouveau 1,8 milliard d’euros ? Par

une augmentation des cadences ? L’usine

tourne déjà sept jours sur sept sans une

minute d’arrêt.

Réduire les temps de fabrication ou

trouver des fournisseurs moins chers ?

« Tirer les prix vers le bas engendre de

redoutables problèmes de qualité », explique

Jean-Pierre Reynier, professeur à la

médicaments indien, largement spécialisé

dans les génériques. Pour le japonais

dont les produits les plus connus sont le

Benicar (antihypertenseur) et le Prasugrel

(antithrombotique), l’acquisition

représente tout à la fois une diversification

importante dans les génériques, mais

aussi une réelle internationalisation. Ranbaxy,

comme tous les fabricants de génériques,

commercialise des médicaments

aux Etats- Unis et en

Europe.

Le PDG de Ranbaxy, Malvinder

Singh, le petit-fils du fondateur

de l’entreprise Bhai

Mohan Singh, sera maintenu

dans ses fonctions. « C’est un

pas très important vers le prochain

niveau de croissance », a

dit M. Singh à la presse à New

Delhi.

Alors que les groupes indiens sont fiers

de leurs récents achats en Occident –

notamment l’achat de Jaguar et Land Rover

par Tata –, M. Singh a défendu une vente

qui « va nous permettre de grossir, plus vite, et

d’être meilleur ». Il espère « transformer »

faculté de pharmacie de Marseille. Les

médicaments biologiques ont un niveau

de susceptibilité tel que toute modification

– le bouchon, la forme de l’ampoule

ou de la seringue, sans parler de l’excipient

qui accompagne la molécule – fait

surgir le risque d’une « dégradation de la

molécule ». Il est arrivé que, des fabricants

de bouchon n’ayant pas signalé à

un laboratoire une modification mineure

de leur produit, celui-ci a commencé de

Le PDG

de Ranbaxy

a défendu

une vente qui « va

nous permettre

de grossir, plus

vite, et d’être

meilleur »

son groupe – l’un des dix premiers fabricants

mondiaux de génériques – en «un

laboratoire pharmaceutique international de

recherche ».

Plusde80 % duchiffre d’affaires deRanbaxy

provient des produits génériques.

Mais comme tous les fabricants de

« copie », ce sont les profits réalisés sur les

médicaments innovants et brevetés qui les

font rêver. Beaucoup de fabricants

de génériques investissent

donc leurs profits dans une

recherche classique capable de

donnerlieu à un produit exclusif.

Ce rachat est un épisode de

plus dans la politique agressive

de diversification menée depuis

2008 par les laboratoires japonais.

Après le rachat de l’entreprise

de biotechnologie américaine

Millenium par le japonais Takeda

pour plus de 8 milliards de dollars, et

après la prise de contrôle de MGI Pharma

par Eisai pour 3,9 milliards, l’opération

Daiichi Sankyo est la troisième de grande

ampleur pour le marché nippon.

Daiichi se positionne désormais à la

neuvième place mondiale sur un marché

du générique estimé aujourd’hui à 120 milliards

de dollars. La stratégie suivie par le

laboratoire japonais est à peu près la

même que celle du suisse Novartis : répondre

aux besoins du marché national japonais

en médicaments génériques, réduire

les risques en explorant les différentes

facettes du marché du médicament et prendre

pied sur des marchés émergents

(Chine, sous continent indien) où il est

aujourd’hui absent.

En outre, compte tenu du fait que les

laboratoires nippons sont de taille très

modeste par rapport à leurs homologues

occidentaux, la course à la grandeur réduit

le risque d’être eux-mêmes avalés. Un danger

d’autant plus grand qu’ils rencontrent

les mêmes problèmes que les autres : une

difficulté certaine à assurer la relève de

médicaments qui vont prochainement

tomber dans le domaine public. Un laboratoire

comme Sanofi-Aventis ne fait ainsi

pas mystère de son intention d’acquérir

une structure conséquente sur le marché

japonais. a

Yves Mamou

BIOTECHNOLOGIES L’USINE DE GRANGE CASTLE, QUI PRODUIT LE MÉDICAMENT ENBREL, A DÉJÀ COÛTÉ 1,8 MILLIARD D’EUROS

Le laboratoire américain Wyeth cherche à doubler sa production en Irlande

A l’usine Wyeth de Grange Castle, dans le comté sud de Dublin, les employés travaillent 24 heures sur 24, sept jours sur sept, pour

produire un kilo par jour de matière active d’un médicament efficace pour soulager les malades atteints de polyarthrite rhumatoïde. DR

commercialiser un médicament moins

efficace pour les patients.

En biotechnologie, la réduction des

coûts passe donc par des investissements

en recherche. En galénique (mise en forme

du médicament) tout d’abord. L’enrobage

de la molécule dans un excipient

amélioré peut démultiplier l’effet de la

substance active.

Il est possible aussi de réduire les pertes,

qui peuvent atteindre 10 % de la production,

à chaque étape de la purification

du médicament. Une meilleure sélection

peut aussi accroître la densité des cellules

dans les cuves… Autant de pistes qui sont

des secrets techniques passant par des

dépôts de brevets. Quant à l’efficacité, elle

devra, après toute modification, être prouvée

à l’aide de nouveaux essais cliniques.

Les agences sanitaires sont fermes sur la

sécurité des produits. a

Y. M.

DÉVELOPPEMENT

Le « Club de Paris »

annule 413 millions

de dollars de la dette

de cinq pays pauvres

LES DIX-NEUF principaux pays créanciers

du monde, réunis dans le « Club de

Paris », ont annulé, en 2007, 413 millions

de dollars (268 millions d’euros)

des dettes publiques de l’Afghanistan, de

la République centrafricaine, de la Gambie,

du Sierra Leone et de Sao Tomé et

Principe, dans le cadre de la procédure

d’allégement de la dette des pays pauvres

très endettés.

Le premier rapport d’activité du Club,

publié le 11 juin, fait aussi état du remboursement

anticipé de 7,3 milliards de dollars

des dettes de l’ex-Yougoslavie, du Pérou,

du Gabon et de la Jordanie.

A l’occasion de la présentation de ce rapport,

Xavier Musca, président du Club et

directeur du Trésor français, a exprimé

« les préoccupations » des Etats membres

au sujet des « fonds vautours » qui achètent

les dettes décotées de certains pays

pauvres et qui demandent ensuite aux tribunaux

d’obliger ceux-ci à leur rembourser

la totalité de la dette. M. Musca a ainsi

cité la société américaine Donegal, qui a

racheté, à vil prix, la dette contractée par

la Zambie pour l’achat de matériels agricoles

roumains et qui a réalisé un profit

de 400 % en obtenant son remboursement

par un tribunal londonien.

Contrecarrer les fonds vautours

Ces « fonds vautours » ont déjà empoché

1 milliard de dollars sur les 2 milliards

qu’ils réclament en justice, notamment

au Congo et au Liberia. « C’est parfaitement

légal puisqu’une créance est un

titre de propriété, a commenté le président

du Club, mais ces demandes sont immorales,

car ces fonds s’approprient, en fait, les

annulations de dettes publiques consenties

aux pays pauvres par le Club, donc au détriment

de nos contribuables. »

Le Club a mis en place, avec les autres

acteurs multilatéraux (G7, Banque mondiale,

Fonds monétaire international, Banque

africaine de développement), une stratégie

pour contrecarrer l’action de ces prédateurs.

Il demande notamment aux pays

créanciers de ne pas vendre leurs créances

à ces fonds, afin que ces dettes impayées

puissent être rachetées par la Banque

mondiale et qu’elles puissent par la suite

être annulées. Une aide juridique est par

ailleurs apportée aux pays « attaqués »

par les « fonds vautours ».

D’autre part, le Club s’efforce d’associer

à ses travaux les pays émergents devenus

d’importants prêteurs (Abu Dhabi,

Brésil, Israël, Koweït, Corée du Sud, Turquie,

Chine). En effet, il souhaite les persuader

qu’il serait dommageable de réendetter

excessivement les pays dont la

dette vient d’être annulée et qu’il

convient de discipliner l’attribution de

prêts, par ailleurs bienvenus. a

Alain Faujas

Deux stewards licenciés pour des

« blagues » considérées comme graves

Légitime sanction contre des salariés

irresponsables ? Représailles visant

à écarter des gêneurs ? Le licenciement

de deux stewards par la compagnie

irlandaise CityJet, une filiale d’Air France,

crée des remous.

Le 14 mai, lors d’un vol Dublin-Paris,

un chef de cabine glisse quelques « blagues

» en annonçant les consignes de

sécurité : « Veuillez garder votre ceinture

de sécurité Gucci attachée », « des gilets de

sauvetage Chanel sont situés sous votre siège

», etc. L’épisode est rapporté à la direction

de CityJet par un passager, cadre

chez Air France. Après enquête, la compagnie

irlandaise découvre que le plaisantin

n’était pas en service mais en « positioning

» : il portait son uniforme et pouvait,

en cas de nécessité, être sollicité,

mais il ne figurait pas sur le planning du

vol ; les démonstrations de sécurité

auraient dû être assurées par le « chef de

cabine en titre », affirme M e Stéphane

Bloch, l’avocat de CityJet.

D’après la compagnie, l’auteur des facéties

aurait ajouté : « Les parents voyageant

avec des enfants doivent mettre leur

masque à oxygène avant d’en appliquer un

à leurs enfants, en commençant par celui

qu’ils préfèrent. » L’intéressé, qui désire

garder l’anonymat, dément.

Jugeant ces comportements très graves,

CityJet congédie, à la fin mai, le blagueur

et le chef de cabine « en titre », coupable

d’avoir laissé faire. Deux hôtesses

écopent d’un avertissement.

Cette décision est liée « au fait que nous

avons assigné CityJet devant les prud’hommes

», estime l’un des stewards. Soumis

au code du travail irlandais, une vingtaine

de salariés établis en France demandent

à bénéficier de la loi française. Ce

problème de droit est, par ailleurs, au

cœur d’une enquête préliminaire ouverte

par le parquet de Créteil ; les deux chefs

de cabine remerciés ont été entendus

dans le cadre de ces investigations. Selon

Bernard Thouvenot, vice-procureur au tribunal

de grande instance de Créteil, les

auditions se déroulent dans un « mauvais

climat » car les salariés donnent le sentiment

de « ne pas s’exprimer librement ».

« Ils ont peur de perdre leur emploi et de ne

pas en retrouver dans d’autres compagnies

», commente M e Nathalie Micault,

l’avocate des navigants.

M e Bloch assure qu’il n’y a pas de lien

entre les deux procédures en cours et les

licenciements des stewards. Même s’ils

n’avaient pas saisi la justice, explique-t-il,

ces salariés « auraient été sanctionnés de

la même manière » car ils ont « détourné

les règles de sécurité ». a

Bertrand Bissuel

TRANSPORT UN INVESTISSEMENT DE 300 MILLIONS D’EUROS, CRÉATEUR DE PLUS DE 2 000 EMPLOIS

A Leipzig, DHL a ouvert son troisième hub mondial

LEIPZIG (Allemagne)

ENVOYÉE SPÉCIALE

C’est un aéroport dans l’aéroport : un hangar

où peuvent entrer deux Airbus A380 et

un immense centre de stockage et de tri se

dressent sur un espace de quelque 200 hectares.

A proximité, sur une piste toute neuve,

près de soixante avions atterrissent chaque

soir. Ils déchargent, puis repartent, du

cœur de la nuit au petit matin, lestés d’une

nouvelle cargaison de colis.

A l’aéroport de Leipzig-Halle, en Saxe

(Est), le leader mondial de la livraison

express DHL vient de mettre en service son

nouveau hub européen. Filiale du groupe

allemand Deutsche Post World Net, DHL a

inauguré officiellementà la fin du mois dernier

cette plate-forme aérienne pour les

colis à forte valeur ajoutée et les paquets

express. Soit deux ans et demi après avoir

lancé le projet, à l’automne 2005. Une grande

partie des activités implantées à l’aéroport

de Bruxelles-Zavantem ont été délocalisées

à Leipzig, choisie notamment au

détriment de Vatry en France.

« Nous avions un besoin urgent de nous

agrandir. A Leipzig, à la différence de Bruxelles,

nous avons l’autorisation de faire voler

les avions la nuit, soit un fonctionnement du

site vingt-quatre heures sur vingt-quatre,

explique Claus Korfmacher, porte-parole

de DHL. En outre, nous nous trouvons ici

aux portes de l’Europe de l’Est et nous avons

à disposition un personnel motivé et qualifié.

» L’investissement, évalué à 300 millions

d’euros, a été subventionné à hauteur

de 70 millions d’euros par les pouvoirs

publics. En échange, l’entreprise s’est

engagée à créer 3 500 emplois d’ici à 2012.

Déjà 2 000 personnes ont été embauchées,

dont 90 % sont originaires de cette

région d’ex-RDA durement touchée par le

chômage.

Avec Leipzig, le spécialiste du courrier

express entend renforcer son maillage

entre l’Europe, l’Amérique du Nord et

l’Asie. La nouvelle plate-forme compte dès

son démarrage parmi les trois principaux

hubs de DHL, aux côtés de Wilmington

aux Etats-Unis (Ohio) et Hongkong.

100 000 paquets en une heure

L’entreprise s’enorgueillit de ce site

logistique, selon elle « le plus moderne en

Europe, voire dans le monde ». Dans la halle

de stockage, véritable centre nerveux du

hub, un dédale de tapis roulants achemine

sur quatre étages les colis et les paquets

arrivés de toute l’Europe par trains,

camions et avions. Une fois réceptionnés,

ils sont triés selon leur taille et leur contenu,

remballés si besoin, puis répartis en

fonction de leur destination.

En journée, les installations fonctionnent

au ralenti ; la nuit, l’activité est intense

dans ce bâtiment de 48 000 mètres carrés.

« De l’atterrissage au décollage, les

marchandises restent rarement plus de

deux heures sur place, décrit une responsable

technique, Condula Pabsch. Jusqu’à

100 000 paquets et documents peuvent être

expédiés en une heure grâce à un processus

presque entièrement automatisé. »

1 500 tonnes de marchandises sont

envoyées chaque jour ouvrable vers une

cinquantaine de destinations à travers le

monde. DHL vise 2 000 tonnes par jour

d’ici à 2012, soit 600 000 tonnes par an.

« La plate-forme aérienne de Leipzig-Halle

est un centre logistique d’envergure mondiale

», grâce auquel le groupe assoit sa

« position dominante dans le secteur de la

livraison express », s’est réjoui Frank

Appel, président de la maison mère Deutsche

Post, lors de l’inauguration du site.

DHL justifie son investissement par la forte

croissance des échanges et la division

mondiale du travail. Comme ses concurrents

UPS et FedEx, la division express du

groupe profite à plein de la mondialisation,

malgré des pertes enregistrées par

son activité aux Etats-Unis. En 2007, le

nombre de ses envois a dépassé 900 millions,

vers 120 000 destinations.

M. Appel a annoncé le prochain développement

du nouveau hub. Le terrain offrirait

assez d’espace pour construire deux

autres centres de stockage. a

Marie de Vergès


Economie & Médias

0123

Vendredi 13 juin 2008 13

IMMOBILIER UNE CESSION ENVISAGÉE

L’avenir incertain du pôle logements

d’Icade, filiale de la Caisse des dépôts

LE CONSEIL d’administration d’Icade,

mercredi 11 juin, n’a pas permis de voir

plus clairement l’avenir du pôle de logements

de cette filiale d’immobilier cotée en

Bourse de la Caisse des dépôts et consignations

(CDC).

Malgré des démentis, la presse (le site

d’information sur Internet Médiapart, le

6 juin, puis La Tribune, le 10 juin) s’était

fait l’écho d’un projet de cession de l’intégralité

du pôle de logements d’Icade

(40 000 logements). Ce projet allait très

au-dede la vente de 14 500 logements

annoncée en début d’année.

Les administrateurs d’Icade escomptaient

donc des clarifications de la part des

dirigeants d’Icade et de sa maison mère, la

CDC. Ils n’en ont pas obtenu. Mais ils ont

acquis la conviction, de sources concordantes,

au terme d’un conseil heurté, que des

« discussions poussées » ont bel et bien eu

lieu sur une cession massive de logements,

sans qu’ils en aient été avertis ou saisis. Ce

qui, selon ces sources, constitue une entorse

aux règles de gouvernance.

BERLIN

Questions sur le logement social

En fait, ainsi que l’ont affirmé Icade et la

CDC, il n’existe aucun mandat de vente

officiel du pôle de logements d’Icade, pas

plus qu’il n’y a d’offre formelle de la part

d’un acheteur. Tout s’est passé de manière

discrète et officieuse, dans le cadre du processus

de vente du bloc de 14 500 logements,

piloté notamment par un banquier

de BNP Paribas, Charles Sayag, une star

des fusions et des acquisitions dans l’immobilier.

Un consortium de sociétés HLM,

dont l’immobilière 3F, a fait part de son

intérêt pour l’ensemble du pôle immobilier

d’Icade, et notamment les 30 000 logements

non sociaux au plan juridique, mais

qui jouent ce rôle de fait, et auxquels les

maires sont attachés. Ce patrimoine est

valorisé autour de 3,5 milliards d’euros.

A travers cette vente, c’est la question de

l’avenir de la société qui est posée, et donc

de la politique de la CDC en matière de

logement social, l’une des grandes politiques

publiques du moment. Débarrassée

de sa vocation résidentielle et sociale, Icade

deviendrait une foncière classique, et

peut-être plus rentable, à la tête d’un patrimoine

de bureaux et de commerces.

« Ce n’est pas forcément une mauvaise

idée de remettre les logements d’Icade dans le

patrimoine social. Mais il faut faire les choses

dans les règles et, surtout, avec une vision

stratégique claire », estime un proche du

dossier. La cession du pôle de logements

d’Icade, qui exerce par ailleurs une activité

d’administration de biens et de promotion,

rendrait délicat le maintien du statut

de SIIC, avantageux sur le plan fiscal.

Dans ce contexte flou, Serge Grzybowsky,

le président d’Icade, réitère qu’« Icade

poursuit sa politique de cession de logements

telle qu’annoncé », soit la vente de

14 500 logements à différents bailleurs

sociaux, et de 2 500 logements à leurs occupants,

entre 2008 et 2012.

M. Grzybowsky ajoute cependant que

« l’avenir du logement dans Icade est un sujet

dont on peut débattre et, s’il y a des évolutions,

ellesseront discutées devant le comité destratégie

et le conseil d’administration. Je suis, il est

vrai, approché chaque jour par des entreprises

sociales de l’habitat mais notre désengagement

n’est pas à l’ordre du jour ». a

Anne Michel et Isabelle Rey-Lefebvre

ALIMENTATION 200 MILLIONS DE BOUTEILLES VENDUES EN 2007

Le fabuleux succès de Bionade, soda

allemand à la conquête du monde

CORRESPONDANCE

Blottie dans les collines boisées du nord de

la Bavière, la petite ville d’Ostheim von der

Rhön offre au visiteur l’apparence d’une

jolie bourgade endormie. C’est pourtant là

qu’a débuté l’histoire de Bionade, une

entreprise qui enregistre depuis trois ans

des taux de croissance fulgurants. La clé

de son succès : une limonade 100 % naturelle

devenue culte en Allemagne.

En 2005, Bionade a vendu 20 millions

de bouteilles, 70 millions en 2006 et

200 millions en 2007. Jour après jour, un

ballet incessant de camions s’approvisionne

à la brasserie Peter où sont produits,

quotidiennement, un million de sodas.

« L’ambiance qui règne ici est un peu celle

d’une ville de chercheurs d’or. Tout change et

s’agrandit à toute vitesse », raconte Peter

Kowalsky, gérant de cette PME familiale.

Pour répondre à une demande exponentielle,

le site doit sans cesse être repensé.

En deux ans, trois nouvelles chaînes d’embouteillage

et 12 km de tuyauterie ont été

construits. Les bureaux ont déménagé

dans le centre-ville. Quatre réservoirs

neufs sont prêts à être mis en route. « Avec

une progression de nos ventes de 300 %, chaque

année depuis trois ans, nous devons en

permanence recalculer nos investissements,

explique Stephan Kowalsky, frère de Peter

et responsable du développement technique

de Bionade. C’est très excitant et en

même temps, c’est un véritable défi de devoir

mener de front la production et les travaux

d’aménagement permanents. »

Les membres de l’entreprise aiment rappeler

l’histoire loufoque de cette limonade

au secret de fabrication jalousement gardé.

Dans les années 1980, touchée de plein

fouet par le déclin de la consommation de

bière, la brasserie Peter est au bord de la

faillite. Le maître brasseur Dieter Leopold,

beau-père de Peter et Stephan Kowalsky,

se lance le défi de créer une nouvelle boisson.

Fermentée, mais sans alcool et entièrement

biologique. Huit années durant, il

met au point sa recette et la peaufine. En

1995, la marque est déposée et la première

Bionade mise en bouteille.

« Les débuts ont été très difficiles : contrairement

à ce que nous pensions, personne ne

voulait de notre invention », se souvient

Peter Kowalsky.

Au début des années 2000, c’est le

déclic. Sous l’impulsion d’un publicitaire,

Wolfgang Blum, la stratégie et le design

sont repensés. Distribué à Hambourg et à

Berlin, le soda commence à capter une

clientèle urbaine et branchée. Peu à peu

ses quatre parfums (sureau, gingembreorange,

litchi et plantes) séduisent les

consommateurs, à l’heure de la vague bio.

Convoitises

Aujourd’hui, la Bionade est partout :

dans les bars, les cantines scolaires, les restaurants

d’entreprise. En août 2007, l’entreprise

a passé un contrat de distribution

avec McDonald’s. Après Fanta et Sprite,

elle est la troisième limonade la plus

consommée par les Allemands. « Même

bio, cette boisson n’est pas destinée à être chic.

Nous voulons en faire un produit de masse »,

affirme M. Blum, aujourd’hui associé et

directeur marketing de Bionade.

Rançon de sa gloire, la PME suscite les

convoitises. Depuis deux ans, Coca-Cola

multiplie les offres de rachat. Sa dernière

tentative date de mi-avril. Mais, aux dires

de ses propriétaires, Bionade n’est pas à

vendre. L’Allemagne est devenue un marché

trop petit pour la boisson gazeuse, partie

fin 2006 à la conquête de l’international.

Elle est aujourd’hui distribuée dans

vingt pays, dont la France depuis mi-2007.

Et, depuis le mois d’avril, les Etats-Unis.

« L’heure est historique : Bionade est la première

marque allemande de soda à être vendue

sur le marché américain, se réjouit

M. Blum. Et elle a les moyens de faire jeu

égal avec Fanta, Sprite ou Seven up. » a

Marie de Vergès

Jean-François Copé, le 11 juin : pour le député, France Télévisions doit devenir un « média global ». MARC CHAUMEIL/FÉDÉPHOTO POUR « LE MONDE »

La commission Copé prône une

profonde réorganisation de France 3

La commission préconise

de poursuivre le « virage

éditorial » pris par France

Télévisions, en faisant

des chaînes du service public

« ni élitistes ni confidentielles »

Jean-François Copé, président (UMP)

de la commission chargée de réfléchir

à l’avenir de la télévision publique

sans publicité, a présenté, mercredi

11 juin, les grandes lignes du rapport

final qui doit être remis au président de

la République le 25 juin.

Après avoir déjà acté à l’unanimité l’indexation

de la redevance audiovisuelle

sur l’inflation et l’élargissement de l’assiette

aux autres moyens de réception

(Internet, téléphonie mobile), la commission

va, cette semaine, se décider sur une

taxation des chaînes privées et des fournisseurs

d’accès Internet pour compenser

le manque à gagner des recettes

publicitaires de France Télévisions.

Concernant le « modèle culturel et de

création », la commission préconise de

poursuivre le « virage éditorial » engagé

par Patrick de Carolis, PDG de France

Télévisions, en faisant des chaînes du service

public des télévisions « ni élitistes ni

confidentielles ». Pour cela, la commission

insiste sur la transformation de

SELON les différentes pistes retenues

par la commission Copé sur la suppression

progressive ou totale de la publicité

sur les chaînes publiques, l’agence Aegis

Média Expert a fait des estimations du

manque à gagner pour France Télévisions

calculé sur la base des investissements

en 2007.

D’après les estimations de l’agence, la

baisse de recettes serait de 280 millions

d’euros net par an jusqu’en 2011 (date de

la suppression totale de la publicité) et de

110 millions d’euros net pour 2009,

année au cours de laquelle la publicité

serait supprimée après 20 heures. Pendant

la phase transitoire (2009-2011),

« les investisseurs pourraient reporter intégralement

cet investissement sur les chaînes

privées nationales et [celles] de la télévision

numérique terrestre (TNT) », souligne

l’agence. Dans l’hypothèse où le « parrainage

publicitaire » serait conservé pour

l’outre-mer, les décrochages régionaux

de France 3 et les sites Internet de France

France Télévisions en un « média global

», composé de six unités de programmes

(fiction, cinéma, arts-musique-littérature-civilisations,

documentaire, divertissements,

jeunesse). Elle souhaite une

« nouvelle identité » des chaînes : France

2 (fédératrice), France 4 (innovation),

France 5 (savoir et décryptage),

RFO (cultures et diversités). A ces chaînes

s’ajouteraient plusieurs chaînes thématiques

numériques (information, santé,

sciences, spectacle vivant…).

Sept régions au lieu de treize

Mais c’est France 3 qui subirait la

plus grosse révolution avec un renforcement

de son « identité régionale » autour

de sept régions au lieu de treize actuellement.

« C’est un renversement complet de

son mode de fonctionnement », a souligné

M. Copé. « Au lieu d’une chaîne nationale

et de décrochages régionaux, nous proposons

un réseau de chaînes régionales et un

décrochage national », a-t-il poursuivi,

en demandant que cette réorganisation

se fasse toutefois « par étapes ». « Le programme

de ses sept chaînes régionales comprendrait

la retransmission d’événements

locaux et une plus grande place serait donnée

aux rendez-vous d’information de

proximité », a-t-il précisé.

Parallèlement, le décrochage national

devrait participer à la valorisation des

régions et des patrimoines locaux par la

Télévisions, le coût annuel pour le groupe

public serait ramené de 800 à 650 millions

d’euros net (incluant, outre la perte

de recettes, le remplacement de trois heures

de publicité par jour par des programmes).

fabrication de programmes nationaux

en région et par des structures de production

déconcentrées. L’information

devrait être aussi bouleversée avec «la

recherche des synergies » entre les rédactions

afin de développer un portail d’information

unique et des bulletins d’information

sur France 4 et France 5, adaptés

à l’identité de ces chaînes.

Concernant la gouvernance, la commission

recommande le regroupement

de toutes les sociétés de France Télévisions

en une société unique avec un

conseil d’administration de douze membres

où ne seraient pas présents les parlementaires.

Outre deux salariés, huit personnalités

qualifiées de l’entreprise y siégeraient

et les représentants de l’Etat

auraient un droit de veto, sauf pour la désignation

du PDG. Ce dernier, jusqu’ici

nommé par le Conseil supérieur de

l’audiovisuel (CSA) serait élu par le

conseil d’administration sur présentation

de trois noms sélectionnés par le CSA.

Selon le schéma avancé par la commission,

le PDG nommerait deux directeurs

généraux, un pour les contenus, un autre

pour les moyens. Enfin, le contrat d’objectifs

et de moyens (COM) – actuellement

de trois ans – sera allongé à

cinq ans, la durée du mandat d’un président,

« pour gagner en cohérence et en efficacité

». a

Daniel Psenny

France Télévisions devra trouver 650 à 800 millions d’euros

Une manne pour les régies

Les grands groupes privés (TF1, M6

et Canal+) pourraient se partager environ

10 points de parts de marché publicitaire

supplémentaires. Les autres régies

bénéficieraient elles aussi de cette nouvelle

manne avec 14 millions d’euros

brut pour Lagardère Publicité, 8 millions

brut pour TMC Régie, 6 millions

pour MTV Publicité, 3 millions pour

NRJ Régie et NextRadio, 900 000 euros

pour Bolloré et Manchette.

« La suppression de la publicité sur les

chaînes publiques n’est pas une bonne chose

pour les annonceurs », affirme Valérie

Négrier, directrice du pôle expert TV

chez Aegis. « Il y aura des vases communicants

avec [leurs rivales] privées mais plusieurs

annonceurs seront obligés de se priver

de cibles spécifiques aux chaînes de service

public comme les enfants et les seniors

qui représentent respectivement 6 % et

15 % des recettes publicitaires de France

Télévisions », poursuit-elle.

La seconde coupure publicitaire qui

pourrait être octroyée aux réseaux privés

rapporterait 300 millions d’euros, et

même 435 millions d’euros si la réglementation

sur les interruptions publicitaires

était assouplie de 6 à 9 minutes

par heure. Selon Aegis Média Expert, la

suppression de la publicité sur les chaînes

publiques ne bénéficiera pas à la

presse écrite et à Internet. Seule la presse

magazine pourrait récupérer une partie

des annonceurs qui, pour certaines

cibles, n’investissaient que sur France

Télévisions. En 2007, cette publicité très

ciblée avait rapporté 68 millions d’euros

au groupe public. a

D. P.

AGROALIMENTAIRE

InBev lance une OPA hostile

sur son rival Anheuser-Busch

Le brasseur belgo-brésilien InBev, l’un

des trois géants mondiaux de la bière, a

proposé mercredi à son rival américain

Anheuser-Busch, le producteur de la

Budweiser, de le racheter pour 46,3 milliards

de dollars (30 milliards d’euros),

afin de créer le premier brasseur mondial.

La nouvelle entité aurait un chiffre

d’affaires de 36 milliards de dollars et

laisserait loin derrière elle SABMiller,

fort de 21 milliards de dollars de chiffre

d’affaires. Le nouveau groupe issu d’une

fusion entre InBev et Anheuser-Busch

serait aussi le leader de la bière en

Chine, un marché-clé convoité par tous

les brasseurs mondiaux.

InBev propose 65 dollars par action en

numéraire, soit une prime de 35 % par

rapport au cours de Bourse moyen observé

avant la récente spéculation déclenchée

par les rumeurs de rachat.

JEUX

Le gouvernement compte ouvrir

le capital de la Française des Jeux

Le gouvernement a confirmé, mercredi

10 juin, qu’il réfléchissait à l’actionnariat

de la Française des Jeux. « La Française

des Jeux devra adapter sa stratégie, son

organisation et sa gouvernance. L’Etat va

engager dans ce contexte une réflexion sur

l’évolution de l’actionnariat du groupe », a

déclaré Eric Woerth, le ministre du budget

au cours du conseil des ministres.

FINANCE

Sophie Boegner, administrateur

de la SLPS (Wendel), a été révoquée

Sophie Boegner, l’administrateur de la

Société lorraine de participations sidérurgiques

(SLPS) qui avait porté plainte

contre la direction de Wendel, a été révoquée

mercredi 11 juin par l’assemblée

générale des actionnaires, à 82,2 %, selon

un porte-parole. La question de la succession

d’Ernest-Antoine Seillière à la présidence

a été renvoyée à l’automne.

L’Assemblée libéralise

la distribution du Livret A

L’Assemblée nationale a répondu mercredi

11 juin aux injonctions de Bruxelles

en votant la généralisation de la distribution

du Livret A à tous les établissements

de crédit.

Auparavant, ce champion de l’épargne

populaire était entre les mains de trois

établissements (Banque postale, Caisses

d’épargne et Crédit mutuel pour le

Livret bleu).


Economie & Finances

0123

14 Vendredi 13 juin 2008

Le professeur, la Réserve

fédérale et l’inflation

BEN BERNANKE est à la fois professeur

d’université et banquier

central. Le discours qu’il a prononcé,

lundi 9 juin, reflète ses

deux points de vue. Celui de l’ancien

doyen du département d’économie

de l’université de Princeton

est bien plus alarmant que

celui du président de la Réserve

fédérale américaine (Fed).

Les marchés ne se sont intéressés

qu’aux propos du patron de la

Fed. M. Bernanke a minimisé le

risque « de ralentissement économique

substantiel », n’a exprimé

aucune inquiétude relative à la stabilité

financière et a affirmé que la

Fed allait « fortement résister » à

toute révision en hausse des perspectives

d’inflation à long terme.

Ce qui a été considéré comme une

succession de mots-clés annonçant

une future hausse des taux.

Celle-ci est dorénavant anticipée

pour août.

Pourtant la partie universitaire

était plus révélatrice. Elle a montré

que M. Bernanke est profondément

troublé par la mécanique

inflationniste.

Le premier sujet était le prix des

matières premières. Il est exclu de

la statistique préférée de la Fed

sur l’inflation sous-jacente. Mais

M. Bernanke a admis que cette

politique a conduit à des « sousévaluations

» de l’inflation. Il a

aussi exprimé son incompréhension

des causes de la flambée des

cours de matières premières aussi

variées. Il s’est alors tourné vers la

relation entre prix et salaires. Les

données restent assez floues, mais

il semble que les employeurs ne

respectent pas les modèles économiques,

qui incitent à ne pas aligner

les hausses de salaire sur l’inflation.

Au motif qu’une économie

affaiblie devrait empêcher les

salaires d’augmenter et de suivre

les prix.

La conclusion de M. Bernanke

portait sur les prévisions d’inflation.

Pour lui, personne ne sait

comment elles sont réalisées,

pourquoi elles changent ni comment

elles pèsent immédiatement

sur les salaires et les prix. Les professeurs

aiment les débats animés.

Aussi, que M. Bernanke

reconnaisse son ignorance ne doit

pas être interprété comme un cri

d’impuissance. Mais avec la persistance

d’une inflation mondiale,

qui surprend la plupart des économistes,

le modèle conventionnel

pourrait connaître quelques changements

de fond.

Peut-être M. Bernanke devraitil

penser un peu plus à la monnaie

et au crédit. La théorie monétariste

pourrait finalement connaître

un renouveau. a

Edward Hadas

La crise efface la compétence

des gouvernements

LA DÉMISSION du gouvernement

sud-coréen comme l’agitation

sociale en Malaisie proviennent

de la flambée du prix des

matières premières. Ces fluctuations

rendent les autorités, même

compétentes, impuissantes.

En Corée du Sud, la crise a été

officiellement provoquée par la

décision de Séoul, en avril, de lever

l’interdiction d’importations de

bœufs en provenance des Etats-

Unis, dans l’espoir (sans doute futile)

que cela persuaderait le

Congrès américain de ratifier l’accord

de libre-échange entre les

Etats-Unis et la Corée. L’augmentation

simultanée des prix de l’alimentation

et de ceux de l’énergie a

déclenché des vagues de protestations,

des menaces de grèves et a

fait descendre la cote de popularité

du pouvoir local à moins de

25 % – ce qui est inhabituel pour

un gouvernement et un président

élus à de larges majorités quelques

mois plus tôt.

En Malaisie, le prix du baril à

130 dollars fait que les subventions

entraînent un coût budgétaire

intolérable, représentant 9 %

du produit intérieur brut. La hausse

de 41 % du gazole s’est accompagnée

de menaces de protestations

de masse, affaiblissant davantage

la fragile et récente administration

d’Abdulllah Ahmed Badawi.

Dans les deux cas, le bouleversement

du prix des matières premières

a fait basculer des opinions qui

s’étaient récemment exprimées,

mettant fin à la lune de miel que

tout gouvernement nouvellement

élu est en droit d’espérer.

Les violentes fluctuations des

prix font souffrir les consommateurs.

Ce tourment peut vite prendre

la forme d’un scandale politique,

les dirigeants se voyant alors

reprocher faiblesse et incompétence.

De tels « tsunamis » sur les

prix effacent donc l’avantage

qu’ont les gouvernements économiquement

capables sur ceux qui

sont ineptes, et accroît la probabilité

que des régimes économiquement

extrémistes ou populistes

émergent du chaos. a

Martin Hutchinson

Pour plus de commentaires, connectez-vous

sur Breakingviews.com

Ecofrictions Les « gents »

préfèrent l’Asie à la City

Les anciennes possessions

de la Couronne défient leur

ex-colonisateur sur son terrain

: la finance. A en croire

une presse britannique alarmiste,

les places boursières des économies

émergentes, en particulier

Dubaï, Mumbai et Singapour,

débauchent à tour de bras des professionnels

londoniens.

Les « gents » se verraient offrir

des salaires mirobolants, jusqu’à

quatre fois leurs rémunérations

londoniennes, des avantages fiscaux

et en nature colossaux, ainsi

qu’un cadre de vie agréable. S’ajoutent

l’absence de contraintes réglementaires,

des relations privilégiées

avec un marché intérieur en

plein boom, l’utilisation de l’anglais

et l’esprit d’aventure.

« Les places émergentes disposent

de toute l’infrastructure nécessaire,

notamment des télécommunications

et des liaisons aériennes nécessaires à

l’exercice du métier de banquier. Et,

quand les individus décampent, les

banques suivent », souligne Ralf Silva,

analyste auprès du Tower-

Group, à propos du récent transfert

par Goldman Sachs et Merrill

Lynch d’équipes entières de la City

« à l’est de Suez ».

Peter Hahn, de la Cass Business

School, partage ce diagnostic :

« Alors que Londres souffre de la crise

du crédit, ces places peuvent tirer

LES BOURSES DANS LE MONDE 12/6, 9h56

Pays Indice Dernier % var. Maxi Mini PER

cours 2008 2008

FRANCE CAC 40 4681,96 12/6 0,45 5665,94 2/1 4416,71 17/3 10,90

CAC Mid100 6955,54 12/6 0,16 7736,69 2/1 5759,58 22/1

CAC Small 90 6641,49 11/6 -0,95 8124,81 2/1 6034,08 22/1

SBF 250 3309,82 11/6 -1,99 3953,69 2/1 3136,96 17/3 11,50

ALLEMAGNE DAX Index 6671,66 12/6 0,32 8100,64 2/1 6167,82 17/3 11,30

ROYAUME UNI FTSE 100 index 5725,90 12/6 0,05 6534,70 4/1 5338,70 22/1 10,50

SUISSE Swiss market 7143,03 12/6 -0,34 8421,00 3/1 6769,80 17/3 15,90

ETATS-UNIS Dow Jones ind. 12083,77 11/6 -1,68 13279,54 2/1 11634,82 22/1 12,90

Nasdaq composite 2394,01 11/6 -2,24 2661,50 2/1 2155,42 17/3 20,50

JAPON Nikkei 225 13888,60 12/6 -2,08 15156,66 4/1 11691,00 17/3 15,70

PER - Price Earning Ratio (ou cours/bénéfice) : cours de Bourse divisé par le bénéfice par action estimé pour

l'exercice courant. PER : FactSet JCF Estimates ; données : la Cote Bleue.

n/d : valeur non disponible.

COURS DE L'EURO

Achat

Vente

dollar us ................................1,5435...........1,5437

yen.......................................165,9000 ......165,9300

couronne tchèque.............24,3430.........24,3630

couronne danoise ...............7,4581...........7,4591

livre sterling.........................0,7900...........0,7901

forint hongrois...............246,9900 ......247,9900

zloty polonais ......................3,3780...........3,3880

couronne suédoise ..............9,3631...........9,3648

couronne slovaque ..........30,2610.........30,3610

franc suisse ...........................1,6077...........1,6079

couronne norvég. ...............8,0241...........8,0281

rouble...................................36,5820.........36,6820

livre turque...........................1,9373...........1,9473

dollar australien ................1,6441...........1,6451

dollar canadien...................1,5779...........1,5789

yuan chinois .......................10,6605.........10,6705

won sud-coréen ............1592,4000 ....1593,4000

dollar néo-zéland...............2,0423...........2,0523

rand sud-africain .............12,3639.........12,3739

Londres voit partir

de jeunes banquiers,

mais garde des atouts :

ses horaires, son droit,

sa stabilité

profit du boom des transactions. Par

ailleurs, en ces périodes de vaches

maigres, le coût exorbitant des loyers

et du train professionnel ainsi que

l’aggravation de la pression fiscale

sur les expatriés pénalisent la City. »

Enfin, le quartier financier

connaît une montée de la délinquance

et des comportements antisociaux,

étant considéré avec

hostilité comme un repaire de nantis

par nombre des sujets de Sa

Majesté. L’utilisation de la cocaïne

et l’ivresse d’une minorité de jeunes

banquiers stressés défrayent la

chronique de la presse populaire.

Alors… « Mumbai, Dubaï, Shanghaï…

Goodbye », comme l’a joliment

énoncé un journal britannique

adepte des bouts rimés ? « Cette

nouvelle concurrence concerne toutes

les places financières occidentales.

Il s’agit d’un défi à long terme » :

sans sous-estimer cette menace,

OR

JEUDI 12 JUIN 9h56 Cours % var.

ONCE D'OR EN DOLLAR.................874,25.......-1,16

PÉTROLE

JEUDI 12 JUIN 9h56 Cours % var.

LIGHT SWEET CRUDE .................................................

TAUX

TAUX D'INTÉRÊT LE 12/6

Taux Taux Taux Taux

j.le j. 3 mois 10 ans 30 ans

france 4,04 4,96 4,74 4,98

royaume-uni 5,09 5,95 5,30 4,96

italie 4,04 4,96 5,12 5,37

allemagne 4,04 4,96 4,54 4,87

japon 0,58 0,92 1,80 2,54

états-unis 2,10 2,79 4,09 4,83

suisse 2,10 2,88 3,38 3,53

Tony Halmos, directeur de la communication

de la Corporation of

London, le lobby de la haute finance,

reste confiant. Il y a l’avantage

des fuseaux horaires : Londres

commence après la fermeture de

Tokyo et avant l’ouverture de New

York, ce qui permet de jouer. Le

droit qualifié de jurisprudentiel et

le système judiciaire anglais rassurent.

Et, à l’instar de Wall Street, sa

rivale historique, la City dispose

d’un formidable réseau de bureaux

d’avocats, de cabinets d’audit et

d’entreprises de relations publiques

aux méthodes rodées.

Enfin, à l’ombre de la Banque

d’Angleterre, la règle du jeu financier

ne change pas selon les vicissitudes

politiques, comme c’est trop

souvent le cas dans le Golfe ou

dans le sous-continent indien.

Dans sa campagne de promotion,

Dubai souligne que les Porsche

coûtent deux fois moins cher

dans l’émirat que dans la City.

« C’est bien la preuve que ceux qui

partent sont des flambeurs cupides,

le genre d’adepte du clinquant dont

on n’a pas besoin », souligne un responsable

d’une banque étrangère.

« Tellement “non-U” [non upper

class, mal vu] Dubaï », aurait murmuré

la romancière snob Nancy

Mitford… a

Marc Roche

(Londres, correspondant)

VALEURS DU CAC40

TABLEAU DE BORD

Chine

L’indice des prix à la consommation

en Chine a augmenté

de 7,7 % en mai en glissement

annuel, en recul par rapport à

avril (+ 8,5 %), a annoncé le

Bureau national des statistiques,

jeudi 12 juin. Sur les cinq premiers

mois de l’année, l’indice a

progressé de 8,1 %.

Les investissements directs

étrangers (IDE) en Chine ont

progressé de 37,94 % en mai,

en glissement annuel, atteignant

7,761 milliards de dollars (5 milliards

d’euros), a annoncé le

ministère chinois du commerce,

jeudi 12 juin. Sur les cinq premiers

mois de l’année, ils ont totalisé

42,778 milliards de dollars,

en hausse de 54,97 %.

Etats-Unis

L’activité économique est restée

« généralement faible »

depuis fin avril aux Etats-Unis,

a indiqué la Réserve fédérale

américaine (Fed) dans son Livre

beige publié mercredi 11 juin.

« Les dépenses de consommation

ont ralenti depuis le dernier rapport,

les revenus étant rognés par

la hausse des prix de l’énergie et

des denrées alimentaires », explique

la Fed dans son rapport.

Inde

La banque centrale indienne a

annoncé un relèvement d’un

quart de point de son taux directeur

à court terme, à 8 %, mercredi

11 juin. Cette décision est prise

alors que l’inflation s’est établie

début juin à 8,24 % sur un an.

Jeudi 12 juin 9h45

Valeur Dernier Cours % var. % var. Plus Plus Divid. Code

cours préc. /préc. 31/12 haut bas net ISIN

ACCOR ............................◗ 46,25 46,48 -0,49 -15,45 56,30 42,45 3,15 T FR0000120404

AIR FRANCE-KLM .............◗ 15,96 15,91 0,31 -33,64 24,61 15,20 0,48 T FR0000031122

AIR LIQUIDE ......................◗ 84,60 84,15 0,53 -8,57 95,64 74,67 2,25 T FR0000120073

ALCATEL-LUCENT .............◗ 4,19 4,26 -1,76 -15,35 5,15 3,24 0,16 T FR0000130007

ALSTOM.............................◗ 154,50 151,53 1,96 5,10 168,24 113,15 0,80 T FR0010220475

ARCELORMITTAL ..............◗ 61,99 62,08 -0,14 16,54 67,79 35,35 0,21 A LU0323134006

AXA....................................◗ 20,59 20,56 0,15 -24,83 27,60 19,18 1,20 T FR0000120628

BNP PARIBAS ....................◗ 60,02 59,65 0,62 -19,13 75,41 52,12 3,35 T FR0000131104

BOUYGUES........................◗ 44,93 44,73 0,45 -21,18 57,25 39,44 1,50 T FR0000120503

CAP GEMINI ......................◗ 40,64 40,75 -0,27 -5,49 45,14 31,12 1,00 T FR0000125338

CARREFOUR ......................◗ 43,39 43,38 0,02 -18,58 53,75 43,27 1,08 T FR0000120172

CREDIT AGRICOLE ............◗ 13,62 13,58 0,29 -36,04 21,58 13,45 1,20 T FR0000045072

DANONE............................◗ 52,66 52,72 -0,11 -14,23 64,00 50,10 1,10 T FR0000120644

DEXIA.................................◗ 13,07 13,10 -0,23 -24,06 18,86 12,90 0,68 T BE0003796134

EADS ..................................◗ 13,78 13,60 1,32 -36,88 22,20 12,83 0,10 T NL0000235190

EDF .....................................◗ 67,65 68,88 -1,79 -16,97 83,90 53,87 0,70 S FR0010242511

ESSILOR INTL.....................◗ 40,04 39,94 0,25 -8,27 44,39 35,00 0,62 T FR0000121667

FRANCE TELECOM ............◗ 18,14 18,02 0,64 -26,34 26,14 17,68 1,30 T FR0000133308

GAZ DE FRANCE................◗ 43,39 43,15 0,56 8,47 44,77 33,35 1,26 T FR0010208488

LAFARGE............................◗ 110,43 108,79 1,51 -11,30 125,45 102,65 4,00 T FR0000120537

LAGARDERE ......................◗ 42,16 42,06 0,24 -17,80 54,68 42,00 1,30 T FR0000130213

L'OREAL .............................◗ 74,48 73,74 1,00 -23,98 99,26 72,47 1,38 T FR0000120321

LVMH MOET HEN.............◗ 70,72 70,47 0,35 -14,47 83,93 61,95 1,25 S FR0000121014

MICHELIN ..........................◗ 47,57 47,78 -0,44 -39,40 79,90 47,12 1,60 T FR0000121261

PERNOD RICARD ..............◗ 70,44 70,03 0,59 -10,89 79,97 61,65 1,26 S FR0000120693

PEUGEOT...........................◗ 35,57 36,11 -1,50 -31,40 53,68 35,54 1,50 T FR0000121501

PPR.....................................◗ 77,45 78,37 -1,17 -29,59 112,76 77,10 3,45 T FR0000121485

RENAULT ...........................◗ 58,00 58,04 -0,07 -40,21 99,16 57,65 3,80 T FR0000131906

SAINT-GOBAIN.................◗ 46,00 45,73 0,59 -28,67 65,26 45,41 1,70 T FR0000125007

SANOFI-AVENTIS .............◗ 42,98 42,88 0,23 -31,76 66,90 42,41 2,07 T FR0000120578

SCHNEIDER ELECTRIC.......◗ 76,50 76,69 -0,25 -17,46 94,29 69,01 3,30 T FR0000121972

SOCIETE GENERALE ..........◗ 57,99 57,46 0,92 -37,37 93,52 57,11 0,90 T FR0000130809

STMICROELECTRONICS ...◗ 7,48 7,60 -1,58 -23,67 9,89 6,21 0,05 A NL0000226223

SUEZ...................................◗ 46,28 46,12 0,35 -0,62 49,35 37,70 1,36 T FR0000120529

TOTAL ................................◗ 54,00 53,40 1,12 -4,98 59,50 45,45 1,07 S FR0000120271

UNIBAIL-RODAMCO ........◗ 156,06 156,13 -0,04 4,10 175,50 136,51 1,70 A FR0000124711

VALLOUREC.......................◗ 205,25 200,60 2,32 10,86 212,60 120,02 4,00 S FR0000120354

VEOLIA ENVIRON. ............◗ 40,60 40,40 0,50 -34,99 64,00 40,22 1,21 T FR0000124141

VINCI..................................◗ 42,76 42,31 1,06 -15,58 51,15 39,60 1,05 S FR0000125486

VIVENDI.............................◗ 25,56 25,64 -0,29 -18,55 31,60 23,05 1,30 T FR0000127771

Cours en euros.

◗ : valeur pouvant bénéficier du service de règlement différé (SRD). # : valeur faisant l'objet d'un contrat d'animation.

Plus haut et plus bas : depuis le 1/1/2008. n/d : valeur non disponible. A : acompte, S : solde, T : totalité.

Retrouvez l’ensemble des cotations sur notre site Internet :

http://finance.lemonde.fr

SICAV ET FCP

SÉLECTION publiée sous la

responsabilité de l'émetteur

Dernier cours connu le 12/6 à 9h

Valeur Cours date

en euro valeur

Fonds communs de placements

Ec.BENEF.RESP(EX EC1,2,3FUTUR) 49,99 10/6

ECUREUIL ACTIONS EUROP. C 18,28 10/6

ECUREUIL CAPIPREMIERE C 2624,37 10/6

ECUREUIL CAPITAL C 53,21 10/6

ECUREUIL DYNAMIQUE + D 39,12 10/6

ECUREUIL ENERGIE D 44,10 10/6

ECUREUIL EURIBOR 1210,28 10/6

ECUREUIL EXPANSION C 17775,03 10/6

ECUREUIL INVESTISSEMENT D 54,55 9/6

ECUREUIL MONEPREMIERE C 2331,01 10/6

ECUREUIL SECURIPREMIERE C 2507,11 10/6

ECUREUIL SENSIPREMIERE C 3116,71 10/6

ECUREUIL TRESORERIE C 64,90 11/6

ECUREUIL TRIMESTRIEL D 248,20 10/6

Multi-promoteurs

CM EUROPE ACTIONS 26,90 11/6

Fonds communs de placements

CM-CIC EURO ACT C 23,95 10/6

CM SELECTION PEA 8,88 10/6

CM OBLIG CT C 190,26 11/6

CM-CIC MID EUROPE 21,33 10/6

CM-CIC TEMPERE 163,23 10/6

CM-CIC DYN.EUROPE 36,85 10/6

CM-CIC FRANCE 38,33 10/6

CM MONDE ACTIONS 247,58 10/6

CM-CIC EQUILIBRE 70,44 10/6

GMO ACTIONS 102,79 10/6

LBPAM ACTIONS AMERIQUE C 22,04 10/6

LBPAM ACTIONS DEVELDURABLE C 129,89 10/6

LBPAM ACTIONS DEVELDURABLE D 119,45 10/6

LBPAM ACTIONS DEVELDURABLE S 85,98 10/6

LBPAM ACTIONS EURO R 30,17 10/6

LBPAM ACTIONS FRANCE C 102,00 10/6

LBPAM ACTIONS FRANCE D 91,95 10/6

LBPAM ACTIONS INDICE FRANCE 39,64 10/6

LBPAM ACTIONS INDICE EURO 93,91 10/6

LBPAM ACTIONS MIDCAP C 120,01 10/6

LBPAM ACTIONS MIDCAP D 111,13 10/6

LBPAM ACTIONS MONDE C 200,66 10/6

LBPAM ACTIONS MONDE D 168,53 10/6

LBPAM ACTIONS PACIFIQUE C 17,35 10/6

LBPAM MONETAIRE 1 C 124,28 11/6

LBPAM MONETAIRE1D 109,59 11/6

LBPAM OBLI LONG TERME 1 D 122,59 10/6

LBPAM OBLI MOYEN TERME C 223,08 10/6

LBPAM OBLI REVENUS 725,64 10/6

LBPAM PROFIL 100 C 74,16 10/6

LBPAM PROFIL 100 D 68,00 10/6

LBPAM PROFIL 100 S 89,29 10/6

LBPAM PROFIL 15 C 218,49 10/6

LBPAM PROFIL 15 D 200,17 10/6

LBPAM PROFIL 50 C 222,75 10/6

LBPAM PROFIL 50 D 204,62 10/6

LBPAM PROFIL 80 C 235,22 10/6

LBPAM PROFIL 80 D 216,73 10/6

LBPAM PROFIL 80 PEA C 89,09 10/6

LBPAM PROFIL 80 PEA D 81,59 10/6

LBPAM PROFIL 80 PEA S 91,57 10/6

(Publicité)

LBPAM TRESORERIE 2 C 3093,97 11/6

LBPAM TRESORERIE 2 D 2267,76 11/6

VIVACCIO ACTIONS 103,23 10/6

Fonds communs de placements

LBPAM ACTIONS TELECOM 48,68 10/6

LBPAM ACTIONS EUROPE C 69,52 10/6

LBPAM ACTIONS FINANCE 76,05 10/6

LBPAM ACTIONS SANTE 85,97 10/6

LBPAM OBLI EUROPE D 101,02 10/6

FCP Multi-gestion

F&C ASIA PACIFIC DYNAMIC A 13,10 10/6

F&C ASIA PACIFIC DYNAMIC I 13,17 10/6

F&C ASIA PACIFIC DYNAMIC X 13,25 10/6

F&C DIVERS.GR. A HDG USD 196,98 10/6

F&C DIVERS.GR. X GBP 99,36 10/6

F&C EMERGING MKTS. BD A USD 12,78 10/6

F&C EMERGING MKTS BD C HDG 106,06 10/6

F&C ENHALPHAUKEQ I GBP 100,77 10/6

F&C ENHALPHAUKEQ X GBP 101,13 10/6

F&C EUR INFLATION LINK BD A 9,93 10/6

F&C EUR INFLATION LINK BD I 9,69 10/6

F&C EUROPEAN CORPORATE BD A 16,41 10/6

F&C EURO HIGH YLD BD A 13,08 10/6

F&C EUROP SM CAP A 14,24 10/6

F&C EUROPEAN EQTY A 15,51 10/6

F&C GL .EMG. MKT. A USD 26,93 10/6

F&C GL CLIMATE OPP A 49,28 10/6

F&C GL CLIMATE OPP. A USD 76,24 10/6

F&C GL CONV BD AH 12,54 10/6

F&G GLOBAL CONVERTIBLE BD A 11,79 10/6

F&C GLB CONVERTIBLE OPP EUROIH 12,67 10/6

F&C GL REAL ESTATE A 13,03 10/6

F&C GTAA ALPHA FUND A 92,95 10/6

F&C GTAA ALPHA FUND I 93,54 10/6

F&C GTAA ALPHA FUND I GBP 99,38 10/6

F&C JAPAN.EQTY A 21,64 10/6

F&C NORTH AMER EQ. A 18,82 10/6

F&C PACIFIC EQTY A 40,75 10/6

F&C STEWARDSHIP INT A 8,90 10/6

F&C STEWARDSHIP INT I 9,27 10/6

F&C US SMALL COMP A USD 81,18 11/6

F&C US SMALL COMP C USD 8,86 11/6

Fonds communs de placements

CM-CIC DYN.INTERN. 27,44 10/6

CIC OBLI C.T. D 130,37 11/6

CIC OBLIGATIONS D 24,29 11/6

CM-CIC MID FRANCE 34,66 10/6

CM-CIC USA 6,55 10/6

CM- CIC JAPON 4,27 9/6

CIC PROFILE EQUILI 19,68 10/6

CM-CIC TEMPERE 163,23 10/6

CIC PLAN BOURSE 12,96 10/6

......................................................................................

......................................................................................

......................................................................................

......................................................................................

......................................................................................

......................................................................................

......................................................................................

......................................................................................

......................................................................................

......................................................................................

......................................................................................

......................................................................................

......................................................................................

......................................................................................

......................................................................................

......................................................................................

......................................................................................

......................................................................................

......................................................................................

......................................................................................

......................................................................................

......................................................................................

......................................................................................

......................................................................................

......................................................................................

......................................................................................


0123

Décryptages

Vendredi 13 juin 2008 15

Portrait

Tzipi Livni

La

prétendante

PARCOURS

1958

Naissance à Tel-Aviv

(Israël).

1980-1984

Agent du Mossad, l’une des

agences de renseignement

israéliennes.

1999

Elue députée

à la Knesset.

2001

Ministre

de la coopération régionale.

Mars 2006

Devient ministre des

affaires étrangères.

2007

Demande, en mai,

la démission du premier

ministre, Ehoud Olmert.

La ministre

des affaires étrangères

israélienne

est convaincue

que le chef

du gouvernement,

Ehoud Olmert,

va démissionner.

Persuadée que

son heure est venue,

elle veut lui succéder

et se prépare

pour cette bataille

Tzipi Livni est dans les

starting-blocks. Tous

les sondages la placent

en tête. Elle est convaincue

qu’Ehoud Olmert, le

premier ministre – mis

en cause par la justice

pour une affaire de

financement illégal de ses campagnes

électorales –, ne pourra plus tenir longtemps

dans la position inconfortable

dans laquelle il se trouve. Tzipi Livni est

persuadée que son heure est venue. La

ministre israélienne des affaires étrangères

a donc demandé que des primaires

aient lieu au sein du parti Kadima (En

avant) pour désigner un successeur à l’actuel

chef du gouvernement. Elle se prépare

à cette bataille d’appareil en recensant

ses appuis.

La lutte ne sera pas facile contre son

principal adversaire, l’ancien chef d’étatmajor

de l’armée, Shaul Mofaz, ministre

des transports. Ehoud Olmert, non plus,

n’est pas disposé à lui faire de cadeau. Au

contraire. Il va tout tenter pour faire

échouer cette concurrente qui, contrairement

à lui, ne contrôle pas les rouages du

parti. C’est là son principal handicap.

En revanche, cette avocate de profession

dispose d’un atout capital, outre

celui de sa popularité : son intégrité.

Jamais impliquée dans un scandale de

quelque nature qu’il soit, la « M me Propre

» de la politique israélienne fait figure

de renouveau après la succession d’affaires

qui ont terni l’image de bon nombre

de dirigeants politiques du pays ces

dernières années.

Sans espoir de lui trouver la moindre

casserole, ses adversaires et concurrents

s’efforcent de mettre en avant son côté

novice en politique ainsi qu’un parcours

sans beaucoup de relief. Mais comme le

dit Daniel Bensimon, journaliste à Haaretz,

« son avantage est qu’ici en Israël on

adore le changement, et sa faiblesse est que

le parti a peur d’elle. C’est un peu comme

Ségolène Royal avant la présidentielle : plébiscitée

à l’extérieur et contestée à l’intérieur

».

Bientôt âgée de 50 ans, Tzipi Livni est,

il est vrai, entrée tard en politique. Fidèle

du Likoud (droite nationaliste), elle a été

élue pour la première fois à la Knesset

(Parlement) en mai 1999. Issue d’une

famille de combattants de l’Irgoun, organisation

ultranationaliste juive qui a eu

recours à des opérations terroristes

contre les Anglais et les Palestiniens

avant la création de l’Etat d’Israël en

1948, Tzipi Livni a été élevée dans la tradition

conservatrice, le goût du secret et la

volonté indéfectible du combat dans lesquels

ses parents Sara et Eitan se sont

illustrés. Aujourd’hui encore, elle

connaît par cœur les chants de conquête

et de sacrifice qui ont bercé son enfance.

Rendant hommage à sa mère, décédée

en octobre 2007, elle a salué « cette guerrière

qui a entraîné tout le monde dans son

sillage ». Dans sa jeunesse, elle en fut aussi

une. Pendant au moins quatre ans, au

début des années 1980, elle a été un agent

du Mossad – officiellement en tant qu’expert

juridique – et aurait participé à la traque

de dirigeants de l’Organisation de

libération de la Palestine (OLP), notamment

en Europe. Bien évidemment, peu a

filtré de ces années de lutte clandestine.

Revenue à une vie plus paisible, elle

achève des études de droit à peine commencées,

puis devient avocate, spécialiste

du droit commercial. C’est tout naturellement

qu’elle s’est orientée vers la politique

pour continuer le combat entrepris par les

Le pays l’aime

parce qu’il ne sait

que peu de chose d’elle

Herb Keinon

du « Jerusalem

Post »

siens et par cette famille politique issue de

l’Irgoun qu’est devenu le Likoud. Même si

elle n’est pas du même bord politique que

Golda Meir, elle voue une profonde admiration

à la seule femme israélienne qui fut

ministre des affaires étrangères pour devenir

ensuite premier ministre. Une trajectoire

qu’elle espère bien suivre. Son parcours

politique a été rapide grâce à la protection

que lui a offerte Ariel Sharon. Elle

a suivi sans sourciller ses inflexions politiques

en faveur du désengagement de la

bande de Gaza et de la scission du Likoud

avec la création de Kadima.

Tzipi Livni sait ce qu’elle veut, et elle est

prête à faire ce qu’il faut pour y parvenir.

On raconte qu’en février 2003, afin d’obtenir

le portefeuille convoité, elle n’a pas

hésité à devancer l’heure du rendez-vous

du candidat précédent pour lui souffler le

ministère qu’il allait se voir attribuer.

Après plusieurs expériences au sein du

gouvernement Sharon, elle obtient enfin,

en mars 2006, le poste ambitionné de

ministre des affaires étrangères, considéré

comme le tremplin naturel à la direction

du gouvernement.

Ce n’est pas parce qu’elle est particulièrement

pressée qu’elle veut accéder à la

plus haute marche mais parce qu’elle pense

qu’il faut faire avancer les choses dans

une certaine direction. Celle de la création

d’un Etat palestinien, dont elle est convaincue

que c’est une nécessité afin de préserver

le caractère juif de l’Etat d’Israël. Elle

est donc parfaitement à sa place à la tête

de l’équipe qui mène les négociations avec

les Palestiniens. Sa complicité avec Condoleezza

Rice, secrétaire d’Etat américaine,

lui a permis d’asseoir son autorité et de

parfaire son apprentissage des arcanes

internationaux.

Tout le monde avait mis sur le compte

de son inexpérience sa demande de démission

d’Ehoud Olmert, en mai 2007, après

la publication du rapport préliminaire

dévastateur de la commission Winograd

sur la guerre du Liban de l’été 2006. Elle

avait été accusée de manque de courage

pour ne pas avoir abandonné ses fonctions

après ce qui lui avait valu le surnom

« Tzipi the Knife ».

Certains lui reprochent d’être toujours

profondément ancrée à droite lorsqu’elle

affirme que les Palestiniens d’Israël

n’auront plus qu’à se taire si l’Etat palestinien

est créé ou que « les Palestiniens ne

pourront célébrer leur indépendance que

lorsqu’ils auront supprimé de leur vocabulaire

le terme Nakba [catastrophe] », utilisé

pour évoquer la saisie de leurs terres et

l’éviction de leurs villages. Gideon Levy,

du quotidien Haaretz, n’a pas manqué de

la clouer au pilori, mais estime néanmoins

qu’elle est « préférable » à tous les successeurs

potentiels d’Ehoud Olmert.

En vérité, Tzipi Livni reste un grand

point d’interrogation. « Le pays l’aime parce

qu’il ne sait que peu de choses d’elle », ironise

Herb Keinon, du Jerusalem Post. Discrète,

secrète, refusant toujours de parler

d’elle et de ses projets, cette quinquagénaire

reste à découvrir. Plutôt froide, sérieuse,

préférant les choses simples aux mondanités,

elle préserve jalousement sa vie

privée.

Mariée et mère de deux enfants, elle est

considérée comme féministe, mais estime

que la promotion doit reposer sur les mérites

et non sur le genre. Au ministère des

affaires étrangères, elle est considérée

comme une bonne professionnelle, un

peu trop distante, qui, pour se positionner

dans le rôle de premier ministre, va devoir

sortir de sa carapace. a

Michel Bôle-Richard

Photo Ammar Awad/Reuters


Reportage

0123

16 Vendredi 13 juin 2008

La communauté

sino-coréenne

de Yanji, à la

frontière chinoise,

est en majorité

chrétienne

et les églises

sont un maillon

des réseaux

qui viennent

en aide

aux réfugiés.

PHOTO PETER PARKS/AFP

Les

fugitives

Des Nord-Coréennes

Menue mais

robuste, avec

ses cheveux

courts et son

visage halé par

le travail des

champs, c’est

un petit bout

de femme brave

et décidée. Agenouillée sur l’ondol (sol

de papier huilé chauffé par-dessous)

d’une modeste maison de style coréen, elle

porte dans ses bras son enfant endormi.

De la République populaire démocratique

de Corée (RPDC) à ce hameau chinois

situé à une trentaine de kilomètres du

fleuve Tumen, qui marque la frontière

entre les deux pays, elle a fait un court

voyage, une tragique odyssée qui reflète

celle de milliers de Coréennes fuyant leur

pays.

Originaire de la ville minière d’Onsong,

nonloin de la frontière, elle travaillait à l’extraction

du charbon. Le nord de la province

d’Hamgyong, jouxtant la Chine, est la

régionla plus pauvre dela RPDC : la « Sibérie

coréenne », dit-on, en raison de son climat,mais

aussi parce que c’est traditionnellement

une région de bannissement. Son

père, membre du Parti des travailleurs, fut

« purgé » lorsqu’elle était encore enfant, et

la famille quitta Pyongyang, où vivent les

privilégiés. Devenu mineur, le père mourut

pendant la grande famine de la seconde

moitié des années 1990, qui fit un million

de morts (5 % de la population).

« J’ai pensé que moi non plus je ne survivrais

pas et j’ai décidé de partir. Je n’étais

jamais sortie de ma commune. La rumeur

disait qu’en Chine on vivait mieux. Quand

on ne sait rien, on supporte tout, mais, si une

lumière apparaît dans la nuit, on va vers

elle, dit-elle. C’est la faim et l’absence de perspective

plus que la répression politique qui

poussent à partir. »

Elle avait 19 ans. Elle soudoya un gardefrontière

et passa le fleuve. « L’eau arrivait

jusqu’au cou. Je portais un paquet de vêtements

secs sur la tête. » Sur l’autre rive, elle

fut appréhendée par la police chinoise.

Renvoyée en RPDC, questionnée, semoncée,

battue. Un mois plus tard, elle recommençait.

Découverte, elle fut à nouveau

rapatriée. « Cette fois, lors de l’interrogatoire,

j’ai hurlé que j’avais soudoyé des gardesfrontières.

J’ai fait un tel vacarme que, craignant

que mes cris parviennent à leurs supérieurs,

les policiers m’ont jetée dehors. »

La troisième tentative faillit aussi tourner

mal. « Du côté chinois, je suis tombée

sur un barrage de police. Dans la Jeep, j’ai

pu faire glisser les menottes, trop grandes

pour mes poignets, et j’ai sauté en marche.

Puis j’ai couru, couru et j’ai pu les semer »,

raconte-t-elle, enjouée comme un enfant

qui a joué un bon tour. Parcourant à pied

30 km à travers la montagne, elle est parvenue

jusqu’à ce hameau habité par des

Sino-Coréens.

L’importante communauté d’origine

coréenne de Yanbian, la région autonome

jouxtant la RPDC, est implantée là depuis

trois générations. Elle se chiffre à près

d’un million d’habitants, ce qui permet

aux migrants de se fondre dans la masse.

La majorité vient faire un peu d’argent et

repart. D’autres essaient de s’exfiltrer au

fil d’un long périple de 5 000 km jusqu’au

Yunnan pour passer au Laos, puis en

Thaïlande, où ils demandent asile en

Corée du Sud.

Cette jeune femme (26 ans) est arrivée

là il y a quatre ans. Après quelques mois,

elle a commencé à vivre avec un paysan

qui a le double de son âge et dont elle a eu

son enfant. Elle sourit quand on lui demande

si elle est heureuse. « Mais j’ai peur. »

Au cours de son récit, son regard ne s’est

voilé qu’une fois lorsqu’elle raconta comment

elle avait reconnu sa tante sur une

photo présentée aux habitants du village

par des policiers qui cherchaient à identifier

une femme assassinée et dévalisée

dont le corps venait d’être découvert. Passée

en Chine, elle avait été victime de passeurs

brigands.

Depuis le début de l’année, les 1 300 km

de la frontière sino-nord-coréenne sont

scellés. Caméras, clôtures de grillage sur

plusieurs centaines de mètres aux endroits

connus pour être des lieux de passage, renforcement

des patrouilles de policiers et de

soldats sur la route longeant le fleuve et

doublement des amendes en cas d’assistance

à un migrant, sont dissuasifs. Il en va de

même sur la rive nord-coréenne, où il faut

passer plusieurs contrôles avant de parvenir

au fleuve et où les punitions infligées à

franchissent chaque

année la frontière

chinoise avec l’aide

de passeurs.

Elles rentrent parfois

avec un peu d’argent,

essaient de passer

en Corée du Sud,

ou se retrouvent sur

le marché de la nuit

Henry Chang, Lucien Simon

Yangi, Chine, Envoyés spéciaux

ceux qui sont pris ont été alourdies.

Plus de 200 000 à la fin des années

1990, lors de la grande famine, les

migrants nord-coréens en Chine ne sont

plus que 30 000 selon les organisations

humanitaires locales. « Désormais, le nombre

des passages est infime », dit le prêtre

d’un village aux maisons basses couvertes

de chaume, non loin de la Tumen, dont

l’église est surmontée d’une croix disproportionnée

par rapport au modeste bâtiment

: un point de repère pour les

migrants. La communauté sino-coréenne

est en majorité chrétienne et les églises

sont un maillon des réseaux qui leur viennent

en aide.

La question des transfuges nordcoréens

a longtemps été secondaire pour

la Chine. Elle estime que ceux-ci ne sont

pas des réfugiés, mais des « migrants économiques

» en situation illégale, qu’elle

rapatrie conformément à l’accord frontalier

avec la RPDC. Pourtant, à la veille des

Jeux olympiques, Pékin veut éviter un nouveau

foyer de critiques internationales de

non-respect des droits de l’homme. « Les

autorités chinoises ont deux objectifs, poursuit

le prêtre, bloquer les arrivées et faire

preuve d’une plus grande flexibilité à l’égard

de ceux qui sont déjà en Chine. » C’est le cas

pour les enfants nés de liaisons entre des

Coréennes et des Chinois.

« Lorsque les mères ont été rapatriées de

force, les enfants illégitimes [la femme étant

en situation illégale, il n’y a pas eu de

mariage] sont souvent abandonnés par les

pères », commente le directeur d’une petite

école de la région, qui compte sept

orphelins parmi une quarantaine d’élèves.

« Non déclarés, ces enfants n’ont pas droit à

l’éducation gratuite. Mais, depuis le début

de l’année, les autorités acceptent de leur donner

des certificats. Indirectement, c’est une

garantie pour la mère. Celle-ci reste cependant

en situation irrégulière, toujours à la

merci d’une déportation », poursuit-il.

Selon les organisations humanitaires internationales,

ces enfants apatrides abandonnés

seraient plusieurs milliers.

Autre assouplissement : « Depuis quelques

mois, les déportations ont pratiquement

cessé », dit le prêtre. Une tolérance,

confirmée par plusieurs sources, mais qui

n’est peut-être que temporaire.

Ces dernières années, les femmes sont

trois fois plus nombreuses que les hommes

à être entrées clandestinement en Chine.

« Elles encourent en général des punitions

moins sévères », assure le prêtre. Pas toujours

: parmi les 15 personnes exécutées

en mars dans la région d’Onsong, il y avait

13 femmes. Ceux ou celles qui avaient l’intention

de fuir au sud sont passibles de

lourdes peines : camp, exécution publique.

Les Coréennes passées en Chine sont

parfois mariées : elles tentent de gagner

un peu d’argent pour nourrir leur famille

et retournent en RPDC. D’autres essaient

Shenyang

CHINE

LIAONING

Dandong

Yalu

CORÉE DU NORD

Pyongyang

Séoul

Yangi

JILIN

CORÉE

DU SUD

RUSSIE

Onsong

HAMGYONG

Tu m e n

150 km

de refaire leur vie. Toutes risquent d’être

victimes des « marchands de femmes » :

violentées, vendues comme épouses à des

paysans âgés ou handicapés, ou contraintes

de se prostituer. « Vulnérables comme

toutes les femmes en détresse, elles sont des

proies d’autant plus faciles qu’elles sont en

situation illégale », dit-il.

Dans les quartiers coréens des villes

frontalières, « on peut vivre sans parler un

mot de chinois », dit un homme d’affaires

sino-coréen de Shenyang. C’est le cas dans

le quartier de Xinda, ruisselant de lumières

et d’enseignes de restaurants et de karaokebars,

de cette capitale de la province de

Liaoning. Des migrantes coréennes travaillent

clandestinement comme serveuses,

plongeuses, domestiques. D’autres se

« défendent » sur le marché de la nuit.

Dans ce bar luxueux, cette jeune Coréenne

au visage avenant et en robe froufroutante

ultracourte pourrait être une hôtesse

comme une autre. Dans un lieu plus discret,

elle raconte son histoire : « J’ai

26 ans dont huit passés dans l’armée populaire.

J’ai fini sous-lieutenant, dit-elle. Puis

j’ai été envoyée en usine. Je n’avais aucune

chance de m’en sortir dans la patrie et j’ai

décidé de partir. Une amie passée en Chine

m’a envoyé de l’argent et j’ai soudoyé des gardes-frontières.

J’ai trouvé ce travail grâce à

mon amie. Je ne m’étais jamais maquillée de

ma vie et des hommes je ne connaissais que

les soldats. Avec l’argent gagné en trois mois,

j’ai fait venir ma mère. »

Les passeurs fournissent à des contacts

de l’autre côté de la frontière des téléphones

mobiles chinois. Ils leur indiquent la

personne à contacter – « même à l’autre

bout du pays ». Un rendez-vous téléphonique

est fixé. « C’est ainsi que ma mère est

passée en échange de 3 000 yuans

[280 euros] », raconte-t-elle.

Les communications téléphoniques

clandestines sont aussi un moyen d’entrevoirce

qui se passe en RPDC : les témoignages

indiquent que la pénurie alimentaire,

sans atteindre les proportions de la famine

de la seconde partie des années 1990, a

déjà des conséquences dramatiques dans

les régions pauvres : « En raison de la fermeture

de la frontière, mes compatriotes sont

comme des poissons dans un bocal qui se vide

de son eau, dit l’ex-soldate devenue hôtesse.

La surveillance de la frontière est plus sévère.

Mais quand on a faim… »

Elle ne sort qu’à la tombée du jour. Shenyang

est l’avant-poste de la présence

nord-coréenne en Chine après Dandong,

sur l’estuaire du fleuve Yalu qui, à l’ouest,

marque la frontière avec la RPDC. Mais

c’est aussi un nid d’espions : donc une ville

dangereuse pour les illégaux. a


Débats

0123

Vendredi 13 juin 2008 17

Lelivre

dujour

De Gaulle,

en mille anecdotes

En 1959, le second maître de

marine Guy-Marcel Hennequin

entre au service du général de

Gaulle comme valet de chambre.

Il raconte : « Je viens de faire couler

son bain quand, de retour dans sa chambre,

j’entends soudain parler dans la salle

de bains ! Je n’ai pourtant fait entrer personne

(…) Je frappe donc à la porte, l’entrebâille,

et qu’est-ce que je vois ? Il est seul,

debout, en peignoir, devant son miroir et

répète le texte d’un discours comme le

ferait un comédien. Tout y est, les gestes,

les mimiques, les intonations. »

Vivre avec de Gaulle

Michel Tauriac

Plon, 610 p., 24 ¤

Ils ne sont pas nombreux à avoir vu,

comme Guy-Marcel Hennequin, Charles

de Gaulle en peignoir. Ni à avoir pu

l’observer à son bureau, chez lui ou à

table. Les témoins de cette époque se

font même rares. C’est l’intérêt de cet

ouvrage de leur donner une fois encore,

sinon une dernière fois, la parole.

Michel Tauriac connaît bien le sujet.

Il a déjà publié un livre d’entretiens avec

Philippe de Gaulle, devenu un best-seller,

De Gaulle, mon père (deux tomes,

Plon, 2002 et 2004). Ce nouvel ouvrage

est dans la même veine et vise le même

public : les passionnés de l’homme intime.

Il a pour titre explicite Vivre avec de

Gaulle et pour sous-titre : « Les derniers

témoins racontent l’homme ».

Les 95 personnalités mises à contribution

par Michel Tauriac ont, pour certaines,

déjà parlé ou publié leurs Mémoires

: Jacques Chirac, Jean-Louis Crémieux-Brilhac,

Jean Foyer, Valéry Giscard

d’Estaing, Jean-Marcel Jeanneney,

Pierre Lefranc, Jean Mauriac, Lucien

Neuwirth, Edgard Pisani, pour ne citer

que les plus notoires.

D’autres témoignent pour la première

fois, comme Alice Garrigoux, une

archiviste à laquelle de Gaulle confia le

soin, en 1945, de mettre en ordre les

300 cartons de documents qu’il avait

rapportés de Londres et d’Alger.

Ce gros livre, qui aurait pu être plus

court, rassemble leurs témoignages en

33 chapitres dont l’intitulé illustre chacun

un trait de caractère de l’homme du

18-Juin : « Séducteur », « Impassible »,

« Perfectionniste »… Et aussi : « Coléreux

», « Impatient »…

La dévotion de Michel Tauriac pour

son sujet est telle qu’il manque parfois

de recul. Pour évoquer l’exceptionnelle

mémoire de De Gaulle, il prétend que

« l’on n’a jamais surpris le Général

devant un micro, un papier à la main,

excepté à Londres, le 18 juin 1940 ».

Alors que l’une des photos les plus

connues de celui-ci le montre tenant des

feuilles dactylographiées le 16 juin 1946

à Bayeux (Calvados), le jour où il prononce

son fameux discours sur l’avenir

des institutions.

Michel Tauriac profite aussi de ce

livre pour corriger certains jugements à

l’emporte-pièce qu’il avait laissé Philippe

de Gaulle formuler dans De Gaulle,

mon père, quand il n’avait pas abondé

dans son sens. Il revient sur l’échec de

l’attaque franco-britannique de Dakar

(1940), une opération destinée à ouvrir

les portes de l’Afrique occidentale à la

France libre. Très affecté par cet échec,

de Gaulle, qui était de l’expédition, a-t-il

songé à ce moment-là au suicide ? Dans

De Gaulle, mon père, Michel Tauriac

parle de « rumeur ». Aujourd’hui, il privilégie

le témoignage d’un proche du

Général, Philippe Dechartre, auquel

l’homme du 18-Juin aurait dit : «Eh

bien, figurez-vous que moi aussi [à

Dakar] j’ai pensé au suicide. »

D’inflexions historiographiques en

anecdotes, ce livre se lit avec plaisir.

Hauteur, causticité : par sa personnalité

et sa place dans l’Histoire, le Général est

une source perpétuelle d’étonnement.

Parmi les curiosités de l’ouvrage, on relèvera

cet aparté du grand homme, que sa

stature et ses fonctions plaçaient très

au-dessus des contingences quotidiennes

: « Depuis 1940, ce qui m’ennuie,

c’est que je ne connais pas les prix pratiqués

en France. Je n’ai aucune idée de la

valeur des choses. » a

Bertrand Le Gendre

Europe : carpettes s’abstenir !

Sauf à accentuer son déficit démocratique, l’Union doit choisir ses responsables en toute clarté

Dans leurs discours, les dirigeants

européens appellent

toujours à une Union européenne

plus démocratique,

plus transparente, plus efficace.

Après les référendums

négatifs de 2005, c’était

juré, croix de bois, croix de fer, nos autorités

avaient compris les attentes du peuple.

Et Nicolas Sarkozy d’affirmer à Strasbourg

en octobre 2007 : « L’Europe doit

avoir plus de débats, plus de démocratie et au

fond plus de politique. »

La présidence française de l’Union, qui

commence le 1 er juillet, va offrir une magnifique

occasion de voir comment les promesses

se traduisent en actes. C’est en

effet le Conseil européen, composé des

vingt-sept chefs d’Etat et de gouvernement

de l’UE, qui doit bientôt doter celleci

d’un président stable et d’un haut représentant,

chargé de l’action externe, aux

pouvoirs renforcés. En 2009, le mandat de

l’actuel président de la Commission arrive

Bipolaires par Brito

Sylvie Goulard

Présidente

du Mouvement européen France

également à échéance. Trois nominations,

trois postes stratégiques. Désigner nos dirigeants

après un débat public constitue,

pour l’Union, un enjeu de légitimité mais

aussi de crédibilité internationale. Pour

peser plus dans les affaires du monde, les

Européens devraient choisir les meilleurs

d’entre eux, les plus indépendants, les plus

combatifs. Et non se mettre d’accord sur

les moins gênants, d’autant plus appréciés

qu’ils ne fâchent personne.

Au nom de la démocratie et de l’efficacité,

la présidence française de l’Union pourrait

poser sept exigences nouvelles.

1. Respecter le calendrier démocratique.

Aux termes du traité de Lisbonne, le

prochain président de la Commission sera

Roger Beauvois

Président de la CNDS

Pierre Truche

Ancien président de la CNDS

issu de la majorité du Parlement européen

élu en juin 2009. Il est particulièrement

choquant que certains envisagent de

conclure « un marché » dès 2008. Si les

gouvernants veulent décourager les

citoyens européens d’aller voter, qu’ils

continuent ainsi ! La démocratie impose

d’attendre juin 2009, quitte à prévoir des

solutions transitoires pour les premiers

mois de l’année.

2. Faire la lumière sur la sélection. La

pratique des petits arrangements entre

amis, dans le huis-clos du Conseil européen,

doit cesser. Il serait inouï que l’organe

suprême de l’Union s’affranchisse des

règles de transparence que les traités imposent

aux autres institutions communautaires.

Cette période d’une année laisse le

temps d’organiser une phase de dépôt des

candidatures puis un débat public, sous

des formes à définir, impliquant notamment

le Parlement européen et les Parlements

nationaux. La campagne pour les

élections européennes serait le moment,

La déontologie menacée par la Constitution

La Commission de déontologie de la sécurité pourrait passer à la trappe

Ainsi, l’Assemblée nationale a

adopté le 3 juin le projet de loi

constitutionnelle qui comporte,

en son article 31, la création

d’un défenseur des droits des

citoyens. Il se substituera d’abord au

médiateur de la République, dont l’exposé

des motifs du projet regrettait qu’il ne

puisse pas être saisi directement ; une simple

loi aurait pu combler cette lacune.

Mais il s’agit aussi, toujours selon l’exposé

des motifs, de supprimer « des autorités

dont la multiplicité affaiblit l’efficacité ».

Parmi elles, c’est la Commission nationale

de déontologie de la sécurité (CNDS), qui

est nommément visée.

Créée par la loi du 6 juin 2000, cette

autorité administrative indépendante est

chargée de « veiller au respect de la déontologie

par les personnes exerçant des activités

de sécurité sur le territoire de la République

». Toute personne s’estimant victime

d’un tel manquement doit s’adresser à un

parlementaire dont c’est le rôle éminent

de vérifier si l’intervention de la CNDS est

« méritée ». Ce système fonctionne et n’appelle

pas de saisines directes qui, par leur

nombre, risqueraient de nuire à l’efficacité

du contrôle.

Si tout service de sécurité, public comme

privé, peut être concerné, la quasi-totalité

des saisines vise la sécurité publique

dans la police et l’administration pénitentiaire,

qui ont dans leurs missions la possibilité

de porter atteinte à des droits de

l’homme fondamentaux (arrestation,

détention…). L’objet n’est pas de régler,

comme le ferait un médiateur, un litige

entre un particulier et un de ces services.

C’est à la justice judiciaire ou administrative

de statuer. La loi donne pour mission à

la CNDS de formuler « tout avis ou recommandation

visant à remédier aux manquements

constatés ou en prévenir le renouvellement

».

La CNDS procède à des auditions (les

personnes convoquées sont tenues de

déférer) ainsi qu’à des vérifications sur place

même exceptionnellement sans préavis

; les autorités publiques doivent lui

fournir des informations et pièces et

même saisir leur corps de contrôle à sa

demande. Après délibération, outre les

avis et recommandations, la CNDS peut

porter à la connaissance de l’autorité titulaire

du pouvoir disciplinaire ainsi que du

procureur de la République les faits qui lui

ont été soumis.

Tant ces pouvoirs que la place des services

contrôlés, parmi les institutions

dotées de droits exceptionnels, imposent

une commission composée de personnalités

compétentes et incontestables (quatre

parlementaires, des représentants des

trois hautes juridictions françaises, des

membres de la société civile, universitaires,

decin, ancien bâtonnier, ancien

commissaire de police…). Les décisions

prises le sont à l’unanimité. La ministre de

la justice a précisé lors des débats qu’après

la suppression de la CNDS, le défenseur,

reprenant les missions de la commission,

« pourrait être assisté d’un collège ». Pourquoi,

dès lors, supprimer ce qui existe ?

Le président de la CNDS est nommé

par le président de la République, qui a

toujours choisi un ancien haut magistrat.

La richesse de la composition prévue par

la loi ainsi que l’existence de la CNDS,

reconnues par les institutions européennes

compétentes en la matière, ne sauraient

être contestées. Il ne faudrait pas

que ce qui apparaît, notamment par son

inscription dans la Constitution, comme

une avancée dans la défense des droits des

citoyens, se traduise par une remise en

question des garanties qui leur sont déjà

acquises. a

La qualité d’ancien membre

du Conseil européen assure

une certaine expérience.

Elle ne garantit pas

les aptitudes requises

pour occuper une fonction

supranationale

pour chaque parti européen, d’indiquer

quel est son programme et quels sont ses

candidats. Ceux-ci seraient appelés à visiter

les Etats membres, à exposer leurs

vues, à se faire connaître.

3. Définir des postes avant de choisir

des individus. Des noms (Tony Blair, Jean-

Claude Juncker, Jose Manuel Barroso) circulent

déjà mais, au fond, pour quoi faire ?

Le profil le plus probable pour le « président

» du conseil est celui d’une chairperson

à l’anglo-saxonne, c’est-à-dire l’animateur

d’une équipe, un facilitateur de compromis

ou bien d’un président autorité

morale à l’italienne ou à l’allemande. Mais

pour les Français, l’image présidentielle

est autre. Il faudrait en parler ouvertement

sinon les frustrations seront grandes.

4. Répartir les tâches entre ces différentes

autorités. Les risques de rivalité sont

considérables. Si un accord n’est pas trouvé

pour éviter les empiétements, notamment

dans les fonctions de représentation

extérieure de l’UE, la cacophonie, la tradition

des délégations européennes pléthoriques

se perpétueront, au détriment de l’intérêt

européen.

5. Juger les candidats sur pièces et non

sur titre. La qualité d’ancien membre du

Conseil européen – qui tend à devenir une

condition incontournable – assure une certaine

expérience. Elle ne garantit pas les

aptitudes requises pour occuper une fonction

supranationale. En outre, elle réduit le

vivier. Si elle avait été imposée jadis, Jacques

Delors ne serait jamais devenu président

de la Commission. Il faut au contraire

élargir le cercle afin de mobiliser des

talents plus divers. Enfin, une évaluation

plus systématique des candidats est nécessaire

: des instituts de recherche indépendants,

répartis dans différents Etats membres

pourraient dresser un bilan de l’action

de chacun des candidats, dans ses

fonctions nationales ou dans ses fonctions

européennes antérieures.

6. Poser des exigences de fond. Nul ne

peut prétendre diriger l’UE s’il vient d’un

pays qui s’est abstenu de reconnaître la

Charte des droits fondamentaux. En effet,

au nom de quelles valeurs irait-il par exemple

conclure de nouvelles adhésions ? Les

dirigeants européens ne peuvent pas non

plus être issus des Etats qui se sont affranchis

des accords de Schengen et de l’euro.

Il serait incompréhensible pour des Européens

consentant de tels partages de souveraineté

d’être dirigés par ceux qui s’y sont

dérobés.

7. Accorder au moins l’un de ces postes

à une femme. Les plus hautes autorités

européennes ne sauraient ignorer les exigences

de parité imposées aux collectivités

locales, aux Parlements nationaux et aux

entreprises, ni décrédibiliser des décennies

d’efforts de l’UE en faveur de la nondiscrimination.

Enfin, face aux intégristes

de toutes confessions, la défense de la mixité

constitue l’une des priorités de nos sociétés,

tout comme l’intégration des personnes

issues de l’immigration. La condition

non écrite tendant à privilégier les anciens

membres du Conseil renforce au contraire

tous les conservatismes.

L’Union européenne se trouve à un

moment-clé de son histoire. L’enjeu de ces

nominations est immense. La présidence

française peut aider l’UE à éviter sept

péchés capitaux contre l’esprit européen.

Il serait tout à son honneur de proposer

une véritable « rupture » démocratique

afin d’éviter que le Conseil européen ne

sorte les noms des heureux élus comme un

magicien fait apparaître des lapins, sans

expliquer d’où ils viennent, ni où ils ont l’intention

d’aller. a


Disparitions

0123

18 Vendredi 13 juin 2008

Claude

Dityvon

Il photographiait

la réalité sociale avec

un regard plus poétique

que documentaire

Claude Dityvon, photographe,

fondateur de l’agence Viva, est

mort le 3 juin, à l’âge de 71 ans,

des suites d’un cancer. Il occupait

une place à part dans la

photographie française. Ses influences littéraires

et cinématographiques, son

regard porté sur la réalité sociale, plus poétique

que journalistique, en ont fait un

auteur difficilement classable, en marge

des courants et des modes, un peu oublié

par la presse et les commandes publiques.

Célèbre pour ses photographies de

Mai 1968, il n’a jamais collé à l’actualité,

au contraire d’un Gilles Caron, préférant

des images décalées, étonnantes.

Comme celle où un homme est

assis sur une chaise, impassible, au

beau milieu des fumigènes et des CRS.

Dans ses images en noir et blanc,

Claude Dityvon fait se côtoyer une

recherche formelle poussée et des flous

féeriques. « Je suis un hybride d’Henri

Cartier-Bresson et de Robert Frank »,

déclarait-il d’ailleurs au Monde en

1994, héritant du Français sa maîtrise

de la géométrie, et du Suisse son goût

de la subjectivité.

1937 Naissance à La Rochelle

1972 Fonde Viva, agence

de photographes marqués

par les idéaux de Mai 1968

3 juin 2008 Mort

Dès ses débuts, Claude Dityvon se

passionne pour son époque : les lieux

en marge, les groupes sociaux comme

les mineurs et les pêcheurs, le monde

du travail, les bidonvilles. Mais il choisit

de la montrer avec un regard plus

poétique que documentaire. Très vite,

en 1970, il gagne le prix Niépce. L’agence

Viva, dont il est l’un des fondateurs

en 1972, témoigne de cette envie de

raconter la société avec un regard

d’auteur. Pour partager l’aventure de

cette agence alternative et militante, on

trouve à ses côtés François Hers, Hervé

Gloaguen, Martine Franck, Richard

Kalvar, Guy Le Querrec.

Marqués par les idéaux de Mai 1968,

les membres de Viva sont fermement

ancrés à gauche, refusent tout spectaculaire,

préfèrent le noir et blanc à la couleur,

sont intransigeants sur l’éthique

et la déontologie. Ils ont une réputation

difficile, la presse les boude. Toujours

au bord de la faillite, opposés sur les

stratégies à adopter, ils finissent par se

séparer, minés par leurs contradictions.

Le Querrec, Franck et Kalvar

rejoignent l’agence Magnum, tandis

que Dityvon tente de prolonger l’expérience

Viva, seul, en la rachetant en

1982. C’est un échec.

Déchiré, contradictoire, tout comme

son œuvre, Claude Dityvon était un

écorché vif, « profondément marqué par

l’enfance », qui utilisait la photographie

pour parler du monde, mais aussi

de lui et de ses proches. Ses références

premières sont moins à chercher dans

la photographie que dans la littérature,

le jazz et avant tout le cinéma, dont il

était un consommateur boulimique : à

Paris, après son service militaire, il

voyait plus d’un film par jour. Il était

marqué par le cinéma muet (Friedrich

Murnau), sensible aussi à la lumière

propre aux films de Jean Vigo . « L’Atalante,

de Vigo, a été un déclic terrible »,

disait-il. Les années 1980 vont lui donner

l’occasion deder à sa passion : il

collabore aux Cahiers du cinéma et travaille

sur les plateaux de tournage de

Claude Chabrol, Maurice Pialat, André

Téchiné ou Jacques Demy. Dans les

années 2000, il partira ensuite sur les

traces d’Arthur Rimbaud à Djibouti et

photographiera la vie des habitants de

Zanzibar.

La ville natale de Claude Dityvon,

La Rochelle, programme jusqu’à la fin

de l’été plusieurs expositions en hommage

au photographe. a

Claire Guillot

Mohamed Charfi

Il fut l’artisan principal d’une réforme de l’enseignement tunisien. Ce défenseur

des droits de l’homme siégea aussi à l’ONU pour le dialogue des civilisations

Professeur émérite à la

faculté des sciences juridiques

de Tunis, ministre de

l’éducation de 1989 à

1994, ancien président de

la Ligue tunisienne des

droits de l’homme

(LTDH), une cause dont il resta toute sa

vie un fidèle militant, Mohamed Charfi

est mort d’un cancer, vendredi 6 juin, à

Tunis. Il était âgé de 71 ans.

11 octobre 1936 Naissance à Sfax

(Tunisie)

1989-1994 Ministre de l’éducation

2002 Lance un Manisfeste

de la République

6 juin 2008 Mort à Tunis

Elégant, rigoureux, séduisant, cet

homme de conviction, passionné de politique,

était né à Sfax le 11 octobre 1936.

Rien ne destinait le jeune garçon, issu

d’une famille de lettrés religieux, plutôt

conservateurs, à devenir ce moderniste

flamboyant, ouvertement laïque et féministe,

qui sera, dès la fin des années 1980,

la bête noire des islamistes. Le surnom

de « Jules Ferry tunisien » qui lui est donné

au moment où il entreprend sa réforme

de l’éducation, en 1989, l’a longtemps

poursuivi. Sans qu’il s’en offusque.

Rien ne destinait non plus ce fort en

thème à participer, après des études à

Paris, à la création du mouvement d’extrême

gauche Perspectives. Au début des

années 1960, le tiers-monde est en ébullition.

La Tunisie n’est pas à l’écart du

tumulte. Républicain et « patriote »,comme

il se définit lui-même, Mohamed

Charfi a toujours eu « le cœur à gauche ».

La dérive autoritaire du régime du président

Habib Bourguiba le révolte. Mais,

au Maghreb, la contestation se paye

cher : par la prison et la torture.

En 1968, la plupart des militants de

Perspectives sont arrêtés et embastillés.

Mohamed Charfi passe un an en prison.

Il commence cependant à s’éloigner des

positions, trop radicales à ses yeux, de ses

camarades, attirés par le maoïsme.

A sa sortie de prison, il reprend le chemin

de l’université et devient professeur

de droit. Sans lâcher le militantisme. Il

est l’un des premiers à s’engager dans la

lutte pour le respect des droits de l’homme.

A la fois homme d’action et de

J’ai connu Jacques-Francis Rolland,

appelé familièrement « JFR » par ses

amis, au lycée parisien Rollin, devenu

Jacques-Decour après la seconde guerre

mondiale. Il était né le 26 juillet 1922 à

Albertville, en Savoie. Son père était l’écrivain

Louis Francis. Il avait le visage carré,

le menton légèrement en galoche. Il était

déjà gouailleur. Je le trouvais gamin.

Quand nous nous sommes retrouvés

sous l’Occupation, au début de 1942, à Toulouse,

le gamin était devenu un jeune bolchevik,

qui me poussait à entrer au Parti

communiste clandestin. J’étais alors devenu

marxiste, mais il me disait d’un ton docte

: « Il ne suffit pas de lire Marx, il faut

aimer la classe ouvrière. » Nous avons milité

ensemble à Lyon chez les étudiants communistes

au sein des Forces unies de la jeunesse

patriotique. Nous méditions d’écrire

ensemble un livre sur « la lutte des classes

réflexion, il est à lui seul un condensé de

la Tunisie moderne… et de ses paradoxes.

Pour preuve : en 1989, alors qu’il est président

de la LTDH, le chef de l’Etat, Zine

El Abidine Ben Ali, au pouvoir depuis

deux ans, lui offre le ministère de l’éducation.

Ayant accepté cette dernière charge,

il se retire de la première. Ministre, il met

en chantier une réforme qui établit une

nette séparation entre l’enseignement

religieux et l’instruction civique et qui,

surtout, ouvre écoles et lycées à la pensée

contemporaine et au regard critique.

Démocrate sans parti

Cette réforme, exceptionnelle au regard

du monde arabe, assoit durablement la

réputation de Mohamed Charfi, au-de

du paysage maghrébin. Quelques années

plus tard, l’auteur d’Islam et liberté, le

malentendu historique (Albin Michel,

1999) sera appelé à siéger au sein de la

Commission de haut niveau [high level

en France ». Le soir, dans notre chambre

d’étudiants, nous déclamions des passages

d’Une saison en enfer.

Nous avons été recrutés ensemble au

Mouvement de résistance des prisonniers

et déportés, qui allait fusionner en 1943

avec celui de François Mitterrand. J’y suis

resté ; lui s’en est détaché pour rejoindre le

réseau Mithridate, que dirigeait l’écrivain

Roger Vailland. De notre jeunesse résistante

il a tiré un récit romancé, La Chute de

Barcelone (Gallimard, 1952), qui mériterait

d’être réédité tant il restitue bien cette

expérience de notre génération. Roger

Vailland en fit son héros Rodrigue dans

son roman Drôle de jeu.

A la Libération, il devient grand reporter

à Ce soir, et part comme correspondant

de guerre auprès des troupes américaines.

Il se trouve au moment chaud sur

le pont de Remagen, puis son petit groupe

de journalistes est encerclé par des SS

au monument des nations de Leipzig. Un

photographe est tué près de lui, mais il

est miraculeusement sauvé par des chars

américains. La guerre terminée, il continue

sa vie aventureuse en partant pour le

Moyen-Orient et l’Inde. Après son retour

à Paris, il collabore à l’hebdomadaire

Action. Il se plaît à fréquenter des groupes

divers et parfois ennemis, comme le

clan Duras, le clan Sartre, le clan Martinet

de L’Observateur, et évidemment les

committee] des Nations unies pour le dialogue

des civilisations. Ce n’est pas le lustre

des titres qui l’attire. En 1994, sans tapage

ni amertume, il avait démissionné de son

poste de ministre, marquant ainsi son

désaccord avec le durcissement du régime.

Démocrate sans parti, ce penseur-militant

suit de près l’actualité politique internationale

– qu’il évoque dans ses chroniques

sur les ondes de la radio marocaine

Medi 1. Si beaucoup, en Tunisie, ont vu

en lui l’un des meilleurs candidats pour

diriger l’opposition progressiste, Mohamed

Charfi n’a pas eu le temps ou l’occasion

de suivre cette voie jusqu’au bout.

En 2002, il lance un Manifeste de la République,

en réaction à la réforme constitutionnelle

qui prolonge la durée des mandats

présidentiels. Ce sera sa dernière

grande initiative politique. Marié à une

brillante physicienne, père de trois filles,

Mohamed Charfi laisse aussi orpheline

toute une génération de démocrates. a

Catherine Simon

Jacques-Francis Rolland

Ecrivain et journaliste, il avait tiré plusieurs récits de sa jeunesse résistante

et de son engagement au Parti communiste, jusqu’en 1956

26 juillet 1922 Naissance

à Albertville (Savoie)

1942 S’engage dans la Résistance

1956 Quitte le Parti communiste

1984 Grand Prix du roman de l’Académie

française avec « Un dimanche inoubliable

près des casernes »

4 juin 2008 Mort à Beauvais

En 1999, à Paris. ADINE SAGALYN

héros de notre génération résistante

aujourd’hui complètement ignorés : Pierre

Hervé, Marcel Degliame, Pierre Courtade.

L’enterrement de ce dernier, tristement

avili au service du Parti, a inspiré

son roman Un dimanche inoubliable près

des casernes (Grasset, 1984)

En 1950, il se sédentarise, passe l’agrégation,

devient professeur d’histoire,

s’installe à Silly-Tillard, dans l’Oise, avec

sa femme Flavienne, parmi une petite

colonie d’intellectuels qui compte Jacques

Havet et Robert Scipion. Il s’est arraché

au Parti communiste en 1956. Il a

notamment publié Le Grand Pan est mort

(1965), Le Tango chinois (1970) (Gallimard),

et, en 1989, une biographie de

Boris Savinkov, L’Homme qui défia Lénine

(Grasset et Fasquelle).

Il travaillait à ses Mémoires, les avait

presque achevées quand une hospitalisation

qu’on avait crue provisoire lui a fait

subir deux opérations successives. Jegarderai

le souvenir de son visage souriant d’il y

a deux semaines, quand je lui disais :

« Allons, faut que tu sortes d’ici, tu as ta

conclusion à terminer. » Il approuvait de la

tête, l’air content. « Il faut qu’on reprenne

nos petits verres quotidiens de rouge avec saucisson

et rillettes. » Il approuvait encore. Il

est mort le 4 juin, à l’hôpital de Beauvais. a

Edgar Morin

Sociologue

Saban

Bajramovic

Ce chanteur tzigane

était surnommé

« le Frank Sinatra

des Roms »

Il avait publié une trentaine d’albums,

signé 650 chansons, et on le

surnommait le « Frank Sinatra

des Roms ». Le chanteur tzigane

Saban Bajramovic est mort des suites

d’un infarctus, dimanche 8 juin, à

l’hôpital de Nis, en Serbie, la ville où il

était né le 16 avril 1936. Il était âgé de

72 ans.

16 avril 1936 Naissance à Nis (Serbie)

1964 Enregistre son premier disque et

fonde son groupe, Crna Mamba

8 juin 2008 Mort à Nis (Serbie)

Emir Kusturica avait à plusieurs reprises

utilisé ses talents. Le cinéaste avait

utilisé une de ses compositions, Mesecina

(Djeli Mara), arrangée par Goran Bregovic,

pour la bande originale d’Underground,

ou encore Bubamara sur celle de

Chat noir, chat blanc.

Saban Bajramovic entretiendra du

reste une relation de complicité avec

Goran Bregovic, musicien fétiche du réalisateur

serbe, qui l’intègre dans son projet

musical Tales and Songs From Weddings

and Funerals. Il a également joué

et chanté dans le film L’Ange gardien, de

Goran Paskaljevic, qui dénonçait la triste

condition des Tziganes yougoslaves

en 1988.

Saban Bajramovic avait passé trois

ans dans un des camps de travail créés

par le maréchal Tito, à Goli Otok, île-goulag

sur la côte Dalmate, que l’on retrouve

dans Papa est en voyage d’affaires

d’Emir Kusturica.

De cette expérience très dure, vécue

pour des motifs romantiques – amoureux

à 19 ans, il avait déserté les rangs de

l’armée –, Saban avait gardé des cicatrices

au visage, mais aussi des traces positives

: en prison, cet enfant des rues a lu,

appris la vie et la philosophie. Au camp,

il avait créé un orchestre, interprétant

du Louis Amstrong, du Frank Sinatra,

des chansons romantiques mexicaines

ou espagnoles, en bref, phagocytant,

dans la plus pure tradition rom, tout ce

qui passait à portée de ses oreilles.

Saban Bajramovic n’avait pas de

domicile connu, et affichait une ignorance

volontaire des « papiers qu’on lui fait

signer », ce qui permettra aux copieurs

et aux voleurs de se servir librement

dans le répertoire de ce chanteur exceptionnel.

Il ne donnait presque jamais de

concerts, jugeant les sommes proposées

dérisoires. Dans un mariage, il était

payé à la chanson, très cher.

Il avait enregistré son premier disque

en 1964, puis fondé son orchestre, Crna

Mamba. Rare en France, ce maître admiré

par tous les Tziganes des Balkans et

au-delà avait chanté à Paris lors du festival

Voyage en Tziganie en mai 2006.

En 2007, avant d’entrer dans une

période de graves ennuis de santé, il

avait enregistré un titre sur l’album

Queens and Kings de la Fanfare Ciorcalia,

hommage à quelques « reines et

rois » de la musique et du chant tziganes

des Balkans. a

Véronique Mortaigne

Vijay

Tendulkar

Auteur indien prolifique et célèbre de

dizaines de pièces de théâtre, scénariste,

journaliste, essayiste, Vijay Tendulkar

est mort le 19 mai à Pune, à l’âge de

80 ans.

Né le 6 janvier 1928 à Kolhapur, il fut saisi

très tôt par le démon de l’écriture : il

aurait produit son premier récit à 6 ans

et à 11 ans sa première pièce. Lanonciation

des injustices sociales, la description

de la violence sous toutes ses formes

fournissent la trame de beaucoup de ses

écrits. Accusé d’avoir un goût morbide

pour la violence et l’obscénité, Vijay Tendulkar

fut plus d’une fois en butte à l’hostilité

publique.


0123

Culture&vous

Vendredi 13 juin 2008 19

Actualités

Patrimoine Le rendez-vous annuel des jardins s’ouvre aux autres arts

La mutation du Festival de Chaumont

Ici&ailleurs

Les stars du Web chez

les rockers de Weezer

Vue aérienne du château et du parc de Chaumont-sur-Loire. MARC HELLER

Après deux années de

transition, le Festival

international des jardins

de Chaumont-sur-

Loire (Loir-et-Cher)

commence une double mutation :

administrative et culturelle. Ce

changement est bien sûr motivé

par la mort brutale, en 2005, de

son créateur, Jean-Paul Pigeat, qui

avait imposé une marque très personnelle

sur une manifestation

dont il assumait l’entière responsabilité

depuis sa création en 1992.

Mais surtout parce que la

région Centre est devenue propriétaire

du château et du parc de Chaumont-sur-Loire,

grâce à une transaction

avec l’Etat. Ce dernier avait

concédé à l’association qui gérait

le Festival un morceau du parc.

Celui-ci retrouve donc son unité en

devenant un Centre d’arts et de

nature, Festival international des

jardins. « Tout en gardant ses fondamentaux

», précise François Barré,

le président du nouvel Etablissement

public de coopération culturelle

(EPCC).

Le but de la région Centre est de

maintenir l’événement central qui

draine plus de 150 000 visiteurs

par an : la création annuelle d’une

vingtaine de jardins éphémères,

confiés après concours à autant de

créateurs, sur un thème donné. Cette

année : « Des jardins en partage

», sous la direction du paysagiste

Louis Benech. Une vingtaine de

parcelles déclinent cette idée un

peu floue, avec des approches

diverses et pas toujours convaincantes

: superpositions de trames,

éloge du compost, évocation du

cimetière, partage de l’eau…

L’une des réalisations les plus

réussies est celle de l’Ecole d’horticulture

d’Angers, avec ses murs de

pierres volcaniques qui racontent

comment la fragmentation de la

Terre a débouché sur la biodiversité.

Deux paysagistes de

talent, Michel Corajoud

et Alexandre Chemetoff,

qui boudaient Chaumont

depuis l’origine,

se sont investis cette

année, hors concours,

dans deux gestes minimalistes

que les visiteurs

auront peut-être

du mal à détecter, l’un face au parc

historique dessiné en 1884, par

Achille Duchêne, l’autre face à la

Loire.

Mais n’est-ce pas l’idée même

d’un thème fédérateur pour l’ensemble

du Festival des jardins, qui

s’essouffle ? Peut-être faut-il trouver

un autre biais pour que cette

manifestation où l’on « venait

piquer des idées », selon Jean-

Paul Pigeat, « reste majeure » tout

en s’intégrant au sein du nouvel

ensemble : le Centre d’arts et de

nature, un titre non moins fourretout.

Pour François Barré, il s’agit

de faire une percée en direction des

arts plastiques, du cinéma, de la

musique et de l’architecture.

La difficulté

va être de faire

monter

en puissance

les autres arts

sans banaliser

celui des jardins

Ce n’est pas la place qui manque,

le château de Chaumont,

Renaissance, avec son curieux

décor intérieur XIX e siècle, et ses

nombreux bâtiments annexes (ferme,

écuries), largement sousemployés,

pourraient être mieux

utilisés. Le parc d’Achille Duchêne

– en très mauvais état – devrait lui

aussi servir d’écrin. « Nous avons

dès cette année lancé une commande

publique à un artiste, Iannis

Kounellis. Installée le

1 er juillet dans la galerie

du château, elle sera

renouvelée tous les trois

ans », précise M. Barré.

Bricolé à toute vitesse

par la nouvelle directrice

de Chaumont, Chantal

Colleu-Dumond, le

programme accumule au cours de

l’été quantité de manifestations

diverses. A commencer par la photographie,

qui fait une apparition

remarquée sur ces bords de Loire.

Une mini-exposition Gursky, le

photographe américain, rare et

cher, accrochée dans deux salons

du château – trois grands paysages

lacustres.

On verra aussi, dans la ferme du

château, une exposition sur les jardins

ouvriers et familiaux photographiés

par les représentants de

l’école humaniste, de Doisneau à

Boubat, mais aussi par des anonymes.

Le 15 juin, un concert de l’Ensemble

Microkosmos aura lieu

dans les écuries du château.

Issey Miyake esquisse au Japon

son « Homme du XXI e siècle »

Le designer a conçu une exposition dans son institution de Tokyo

Tokyo

Correspondant

Après de 70 ans, le créateur

japonais Issey Miyake montre

à son pays qu’il continue

à s’émerveiller de l’inventivité

humaine. Mondialement connu

pour son invention, Pleats Please –

vêtements plissés, légers et infroissables

–, il ne s’est jamais considéré

comme un « couturier » mais

comme un « designer ». Ses collections

furent toujours d’étonnants

spectacles plus que de simples

« présentations de mode ».

L’exposition « L’homme du

XXI e siècle » qu’il a conçue au

21_21 Design Sight de Tokyo est

une consécration de cette approche.

Elle dure jusqu’au 6 juillet.

D’une seule envolée d’acier telle

une pièce de tissu jetée dans le jardin

du complexe Midtown, au

cœur du quartier de Roppongi,

21_21 Design Sight a été dessiné

par le grand architecte japonais

Tadao Ando. Ce n’est pas un musée

avec collections et archives, mais

un « forum » : un lieu dans lequel

se rassemblent des talents d’horizons

divers pour travailler sur un

thème arrêté par les trois directeurs,

Issey Miyake et les designers

Taku Sato et Naoto Fukasawa. Les

artistes sont moins choisis en fonction

de ce qu’ils ont déjà réalisé que

de ce qu’ils sont en train d’élaborer.

L’exposition est construite

autour de l’idée de la fragilité des

êtres et des choses, de l’érosion du

temps, de la rareté des ressources

et de la destruction de l’environnement,

mais aussi de la renaissance.

Presque tous les matériaux utilisés

pour les œuvres présentées ont été

recyclés.

La figure mythique du dragon,

symbole à la fois de destruction et

de renaissance, est le thème de l’installation

réalisée par Issey Miyake

avec son équipe. En apesanteur,

ondulant à travers une salle plongée

dans la pénombre, le dragon

constitué d’une myriade de morceaux

de papier beige est inspiré,

selon Issey Miyake, par le Serpent

à huit têtes et huit queues (Yamatano-Orochi)

de la mythologie nippone.

Au sol, huit formes humaines,

également en papier – référence

au Sacre du printemps, d’Igor Stravinsky

–, qui dansent en dépit de la

monstrueuse présence au-dessus

de leurs têtes, symbolisent l’énergie

positive.

Des visions plus technologiques,

des sièges en Pleats Please

conçus par le cabinet de design

Nendo, la forme humaine de Dui

Seid faite à partir de branches du

mûrier qui sert à fabriquer le

papier japonais (washi) ou le cerfvolant

en emballages de café en

grains, de Yazou Hokama venu

d’Okinawa, donnent du futur des

images plus colorées et festives. a

Philippe Pons

C’est à partir du 1 er juillet que

les animations se déplaceront

dans le parc historique, avec un

festival de cinéma Jardins d’images,

ainsi que Les Lucioles d’Erik

Samakh (installations) et de

Michel Séméniako (photographies).

François Barré aimerait

même développer ici un Centre

de ressources photographiques

sur le patrimoine et le paysage.

« Il s’agit d’une nouvelle naissance

pour Chaumont », explique

Chantal Colleu-Dumond, qui dispose

d’un budget de fonctionnement

de 4,3 millions d’euros, dont

les trois quarts sont issus des ressources

propres du Festival.

La difficulté va être de faire

monter en puissance les autres

arts sans banaliser celui des jardins,

réduits à une sorte de fairevaloir,

tout en renouvelant profondément

l’idée même du Festival

originel. L’entreprise est difficile.

a

Emmanuel de Roux

Centre d’arts et de nature, Festival

international des jardins, Chaumontsur-Loire

(Loir-et-Cher). Tél. :

02-54-20-99-22. Tous les jours de

9 h 30 à la tombée de la nuit. Jusqu’au

19 octobre.

C’est un condensé d’humour,

d’imaginaire et de délires

loufoques. Pork and Beans,

le dernier clip de Weezer – le groupe

américain de rock vitaminé

pour teenagers –, est une curiosité,

qui ouvre grande la porte de la

communauté Internet. La vidéo

met en lumière un concept méconnu,

celui du « mème » – sans faute

d’orthographe. Sur la Toile, le

terme renvoie à des personnages,

photographies, dessins et vidéos

récurrentes, qui jouent le rôle de

langage ou de codes. Weezer a

plus spécialement invité les

« mèmes » en chair et en os, ceux

qu’on peut découvrir sur le site

d’hébergement de vidéos YouTube.

On les voit tous ensemble, animaux

et humains mélangés, prendre

la guitare, sauter en compagnie

des membres du groupe, se

parodier eux-mêmes, ce qui crée

un joli effet de fourre-tout éclectique,

de folklore bigarré et de rencontres

improbables.

Ils sont presque tous là : Fritz et

Stephen, les savants fous du bonbon

à la menthe Mentos mélangé

au Coca, qui donne des explosions

spectaculaires. Gary Brolsma, le

petit gros qui fit se fendre la poire

à des milliers de cliqueurs avec un

play-back de la chanson Dragostea

Din Tei, du groupe moldave

O-Zone. Et même le Dramatic

Gopher, ce rongeur inutile à l’œil

torve.

Cinéma

Deuxième séance pour le

film d’horreur « Martyrs »

Après avoir rencontré Pascal

Laugier le réalisateur du film

d’horreur Martyrs, la ministre

de la culture, Christine Albanel,

a demandé mercredi 11 juin «un

nouvel examen » de ce film à la

commission de classification des

œuvres cinématographiques. Le

29 mai, celle-ci avait rendu un

premier avis préconisant son

interdiction aux mineurs (Le

PARIS, 1960-1972

C’est Matthew Cullen, cofondateur

du studio Motion Theory et

réalisateur entre autres des clips

Animal, du groupe américain

REM, et Girl, du chanteur de pop

Beck, qui les a conviés. Un touche-à-tout

à l’imagination débordante,

que le magazine américain

Rolling Stone a récemment pla

dans sa « hot list » des créateurs

de films les plus en vue.

A l’origine, les mèmes désignent

des « éléments d’une culture pouvant

être transmis par des moyens

non génétiques, en particulier par

l’imitation ». Le terme a été créé

en 1976 par Richard Dworkins,

dans son livre Le Gène égoïste.

Dworkins était persuadé que les

cultures évoluaient comme les

êtres vivants, par variations et

sélection naturelle.

Ces figures forment la sève d’une

nouvelle pop culture, branchée sur

l’intime et le do it yourself, et dont

le Web accélère les mutations

génétiques. La vidéo de Weezer a

déjà été vue plus de cinq millions

de fois, signe de l’engouement

d’une communauté pour ces icônes

qui la distinguent et participent

de sa formation. Mais paradoxalement,

Weezer tue ainsi dans

l’œuf ce qui reste de l’antique espèce,

et qui constitue encore le produit

principal du groupe californien

: son disque, attendu pour le

16 juin. a

Aude Lorriaux

Monde du 11 juin), suscitant de

vives réactions dans les milieux

du cinéma.

Le réalisateur a été reçu, lundi

9 juin, au ministère de la culture

« pour présenter ses arguments et

notamment la démarche artistique

à l’origine de ses choix »,a

indiqué le ministère dans un

communiqué. La sortie du film

était prévue au départ le 18 juin

mais son distributeur, Wild

Bunch, a préféré la différer. –

(AFP.)

FIGURATION

NARRATIVE


Culture

0123

20 Vendredi 13 juin 2008

A Naples, le théâtre après les ordures

Un nouveau festival international anime une ville en dépression, envahie par les déchets

Théâtre

Naples

Envoyée spéciale

Après cinq mois de crise

des ordures qui ont vu

Naples baigner dans

une mer de déchets

ménagers, il n’y a pratiquement

plus de sacs poubelles

dans les rues de la ville, du moins

pas plus qu’en temps normal. Les

camions bennes sillonnent la ville

en permanence, histoire sans doute

de rassurer les passants.

Cela rassure aussi Renato Quaglia,

qui après avoir été pendant

neuf ans responsable des arts de

la scène de la Biennale de Venise,

a été nommé pour trois ans directeur

artistique du Napoli Teatro

Festival Italia dont la première édition

a débuté le 6 juin (jusqu’au

29 juin). « Monter le festival dans

ces conditions a été très difficile ditil,

d’autant plus qu’ici tout est compliqué.

»

Après cela, même les trombes

d’eau qui se sont déversées sur la

ville le premier soir, obligeant à

annuler la représentation des

Troyennes, par la Compagnia Teatrale

Europea de la ville de

Naples, prévue en plein air, et à la

reporter au lendemain dans un

théâtre couvert, n’ont pas réussi à

le décourager.

Il faut dire que le problème du

ramassage des ordures ménagères,

en plus de risquer de faire fuir

les spectateurs, était d’autant plus

préoccupant que le festival a mis

la protection de l’environnement

au premier plan, allant jusqu’à faire

poser des installations photovoltaïques

sur les toits de la ville et

de celle, proche, de Caserte pour

Musique

CHAISE

du 14 au 27 juin 2008

nouvelle distribution

LÉNA BRÉBAN,

PIERRE-FÉLIX GRAVIÈRE,

DOMINIQUE VALADIÉ,

ABBÈS ZAHMANI

texte

EDWARD BOND

mise en scène

ALAIN FRANÇON

« Storm/o », de Giulana Lo Porto, quinze minutes magiques entre danse et poésie, théâtre et musique. LUCIANO ROMANO

assurer sa consommation électrique.

Le ridicule n’était pas loin…

« Naples est la plus théâtrale des

villes italiennes ! », s’exclame

M. Quaglia. C’est là qu’est né au

XVII e siècle, Pulcinella (littéralement,

« bec de poulet »), Polichinelle,

comme le rappellent toutes

les boutiques de souvenirs et avec

lui, la comedia dell’arte.

Mais ce n’est pas uniquement

par tradition que la ville a été désignée

sur concours parmi vingt

autres pour devenir le siège de ce

nouveau festival international de

Un ciel de printemps légèrement

nostalgique, un groupe

de jeunes filles blacks

dansant aux accents d’une fanfare

à la Kusturica : rien, sur le parvis

de la basilique Saint-Denis,

pour annoncer la terrible leçon de

vie que va nous administrer la

Grande Messe des morts de Berlioz

(1803-1869) sous la baguette de

Sir Colin Davis. Berliozien de la

première heure (c’est en écoutant

Berlioz qu’il décida enfant qu’il

serait chef d’orchestre), le chef britannique

s’est fait prophète du

compositeur, au disque comme

dans les salles de concert.

Ce soir, il est le berliozien de

l’heure dernière et c’est en messie

qu’il dirige le Requiem dont le compositeur

écrivait à son ami Humbert

Ferrand le 11 janvier 1867 :

« Si j’étais menacé de voir brûler

mon œuvre entière, c’est pour la Messe

des morts que je demanderais

grâce ».

Terminé trente ans plus tôt, le

Requiem fut d’abord exécuté le

5 décembre 1837 à la mémoire du

maréchal Edouard Mortier, avant

de célébrer la prise de Constantine,

où le général Charles Denys,

comte de Damrémont, avait trouvé

la mort. Alfred de Vigny, qui

l’entendit en l’église Saint-Louis

des Invalides, parlera d’une musique

« belle et bizarre, sauvage,

convulsive et douloureuse ».

Mais aussi démiurgique et frappée

de gigantisme : les cinq cents

musiciens voulus par Berlioz (en

cela héritier des grandes célébrations

révolutionnaires et des fastes

impériaux) furent réduits à 450

avant de se stabiliser autour de

400 exécutants.

Une musique dont les effets

cathartiques avaient été soigneusement

pensés par le compositeur,

qui avait disposé aux quatre

théâtre, c’est aussi parce qu’il y

existe près de cent cinquante salles

(consacrées toutefois au théâtre

de boulevard, « de télévision »)

et parce que c’est « une ville d’artistes

», ajoute M. Quaglia.

Sir Colin Davis, prophète de Berlioz

A Saint-Denis, le chef d’orchestre britannique dirige le « Requiem »

angles de l’édifice une quadriphonie

de petits orchestres de cuivres,

de manière à frapper davantage au

moment du fameux « Dies Irae »

annonçant la fin du monde et le

Jugement dernier.

C’est ainsi que Colin Davis a

déchaîné les peurs et les pleurs, les

suppliques et les prières. Le ténor

belge Marc Laho (un joli timbre)

remplaçait le jeune Sébastien Guèze,

dans l’angélique « Sanctus ».

Une seule voix pour les Chœurs de

l’Académie Sainte-Cécile de Rome

et ceux de Radio France, tandis

que l’Orchestre national de France

témoignait de sa complicité avec le

chef d’orchestre britannique. a

Marie-Aude Roux

Festival de Saint-Denis. « Requiem » de

Berlioz. Sir Colin Davis (dir.). Basilique

Saint-Denis, 1, rue de la Légion-d’Honneur,

Saint-Denis (Seine-Saint-Denis). Le 11 juin.

Concert redonné le 13 juin à 20 h 30. Tél. :

01-48-13-06-07. De 26 ¤ à 65 ¤.

12 REPRÉSENTATIONS EXCEPTIONNELLES

THÉÂTRE NATIONAL DE LA COLLINE 15, RUE MALTE-BRUN 72020 PARIS 01 44 62 52 52 WWW.COLLINE.FR

langer langues et cultures

Les raisons politiques sont difficiles

à cerner : la décision a été prise

sous le gouvernement de Romano

Prodi mais son lancement se

fait avec Silvio Berlusconi, et personne

ne tient à commenter. Bien

sûr, on espère des retombées économiques,

mais il s’agit aussi de

sortir la ville de son isolement et,

comme le dit le directeur artistique,

« de cesser de se regarder les

pieds ».

M. Quaglia fait une distinction

entre la pauvreté, « quand on n’arrive

pas à boucler ses fins de mois »,

et la paupérisation, « quand on

n’arrive pas à boucler ses fins de

mois et qu’on n’a pas d’espoir que

cela s’arrange ». Pour lui, la pauvreté

et la criminalité ont conduit

les Napolitains à la « dépression

». Il est urgent de les en sortir

Les hommes pantins d’un magicien

de la scène nommé Philippe Genty

La pièce « Boliloc », un enchantement au Théâtre du Rond-Point

Théâtre

et le festival, espère-t-il, peut

jouer un rôle positif. « C’est une

ville où se côtoient depuis toujours

une noblesse très riche et le peuple.

Mais la bourgeoisie naissante, c’est

la Camorra », la mafia napolitaine.

Les prix des spectacles sont

donc très abordables. Avec un

budget assez raisonnable : cinq

millions d’euros pour trois semaines

de spectacles. Un million est

consacré à la partie technique, un

autre à la communication et les

trois millions restant à la partie

Un magicien enchante le

Théâtre du Rond-Point, à

Paris, depuis le 27 mai. Un

magicien de théâtre, à la fois maître

de marionnettes, chorégraphe,

inventeur d’images rêveuses

et poétiques qui, depuis trente

ans, font le tour du monde. A

70 ans, Philippe Genty signe,

avec sa vieille complice, Mary

Underwood, un de ses plus beaux

spectacles : Boliloc, soliloque burlesque

pour une jeune femme lancée

dans un vertigineux voyage

intérieur. Une fantaisie où se

déploie avec une maîtrise tranquille

toute la liberté des arts de la

scène, qui met le public du Rond-

Point, tous âges confondus, dans

un état de bonheur avancé.

Qu’a-t-elle en réserve dans ses

boîtes bleues empilées en tous

sens, la jeune femme avec qui tout

commence ? Ses monstres intérieurs,

peut-être, djinns-dibbouks à

tête humaine, au corps élastique,

disparaissant-réapparaissant à

leur gré. Comment faire pour

vivre avec ? Comment les extraire

du refuge interne où ils se sont

tapis ? A quel savant – fou, évidemment

– se vouer pour effectuer

l’opération, mener l’exploration

jusqu’aux « souvenirs interdits

» cachés dans les replis de

l’âme ?

Tout est matière à métamorphoses,

dans l’espace scénique

découpé par les superbes lumières

de Baptiste Bussy. A l’issue

d’une drolissime scène d’opération

sur laquelle veille un étrange

robot-transfuseur, l’espace intérieur,

corps et âme, de l’héroïne,

devient comme par enchantement

cosmos habité de lunes à la

Méliès : c’est proprement magique.

Ce sont les lois de l’inconscient

qui gouvernent ce théâtre imprégné

de surréalisme et lui dictent

ses images somptueuses, fertiles :

vaste cocon-chrysalide translucide

enfantant d’un monstre rouge

comme le diable, doté, telle une

pieuvre, de multiples membres.

Voyage à la 2001 : l’Odyssée de l’espace

dans un paysage fœtal de

membranes diaphanes, avec

chambres secrètes et corridors

dérobés.

BRAME

gouaches

LORENCEAU

PARIS

68, bd Malesherbes - 75008 Paris

Tel.:33145221689-Internet:www.gbl.fr

artistique. L’Etat a investi deux

millions, la région de Campanie,

trois millions. Et la ville ? « Niente,

rien. »

La programmation, qui a évité

les grands noms « que l’on voit

partout », a misé sur l’originalité

comme les quinze minutes bellissimas

de Storm/o, de Giuliana Lo

Porto, les créations comme Another

Sleepy Dusty Delta Day, de Jan

Fabre, que l’on verra à Avignon,

en juillet ou Lo Vommaro a duello,

du maestro Roberto De Simone,

et également des commandes

(L’Inseguitore, de Tiziano Scarpa,

Alberi adagiati sulla luce, du poète

libanais Adonis ou encore Chie-

Chan e Io, de l’écrivaine japonaise

Banana Yoshimoto, adapté par

Giorgio Amitrano.)

langes des langues et des

cultures pour Les Troyennes, en

quatre langues (français, italien,

portugais et espagnol), qui manifeste

la naissance d’une troupe

européenne, mais aussi Médée, de

Max Rouquette, dans la mise en

scène de Jean-Louis Martinelli

(que l’on avait pu voir en 2003

aux Amandiers, à Nanterre) avec

une troupe du Burkina Fasso (en

français et en bambara) et Peine

d’amour perdue, de Shakespeare

(du 20 au 22 juin), dans la mise en

scène d’Emmanuel Demarcy-

Mota, le nouveau directeur du

Théâtre de la Ville, à Paris, en français

et en portugais. En tout, deux

cents représentations réparties

sur trente lieux, neuf langues et

quelque deux cents artistes. a

Martine Silber

Festival de théâtre de Naples. Via

Depretis, 130. Tél. : +39-081- 413-904.

De 5 ¤ à 15 ¤.

www. napoliteatrofestival. it

Le corps dans tous ses états

Qu’est-ce qui est vrai, qu’est-ce

qui est faux dans cette fantasmagorie

où tout se recompose sans cesse

? Qui est la marionnette, qui

l’être vivant ? Les techniques de

manipulation de Philippe Genty

sont si savantes, sa science de l’illusion

si fine, que le trouble s’installe

en permanence : homme-pantin,

homme-machine, homme-robot…

Intérieur-extérieur, jeu entre l’infiniment

petit et l’infiniment grand,

entre les Lilliputiens et les géants,

changements d’échelle, mécanique

des fluides et des corps…

Il est vraiment dans tous ses

états, le corps vu par Philippe Genty.

Et ses trois comédiens-danseurs-acrobates,

Alice Osborne,

Scott Koehler et surtout l’extraordinaire

Christian Hecq, souple

comme du caoutchouc, explorent,

avec un plaisir de jeu communicatif,

toutes les déclinaisons de l’acteur-marionnette.

Dommage, juste, que la toute

fin du spectacle s’achemine vers

quelque chose de plus mièvre, malgré,

là encore, la beauté de cette

image de prairie duveteuse où se

perdent de petits êtres de bois et de

chiffon. Perdus dans le grand monde

comme à l’intérieur d’euxmêmes.

a

Fabienne Darge

« Boliloc », par Philippe Genty et Mary

Underwood. Avec Christian Hecq, Scott

Koehler et Alice Osborne. Théâtre du

Rond-Point, 2 bis, av. Franklin-D.-Roosevelt,

Paris-8 e .M o Franklin-D.-Roosevelt.

Du mardi au samedi à 20 h 30, dimanche

à 15 heures, jusqu’au 6 juillet. De

14 ¤ à 33 ¤. Durée : 1 h 30.Tél. :

01-44-95-98-21. www.theatredurondpoint.fr

Du 22 mai au 4 juillet 2008


Culture

0123

Vendredi 13 juin 2008 21

Carolyn Carlson

fédère l’Europe

de la danse à

la Cartoucherie

Danse

C’est une première ! Depuis le

4 juin, les cinq théâtres de

La Cartoucherie, à Paris, se

mobilisent pour la danse contemporaine

à travers la troisième édition

du festival June Events initié

en 2004 et dirigé par la chorégraphe

Carolyn Carlson. Entre le

Théâtre de l’Aquarium, celui du

Soleil et de la Tempête, vingt-cinq

chorégraphes européens composent

un menu différent chaque

soir – entre petites formes façon

apéro chorégraphique et plats de

résistance plus consistants – jusqu’au

20 juin.

Cette façon de se serrer les coudes

fait plaisir dans le contexte de

frilosité affective et économique

actuelle. Que des metteurs en scène

comme Ariane Mnouchkine ou

Julie Brochen, qui a par ailleurs

participé à une soirée d’improvisation

avec Carolyn Carlson le 7 juin,

se fédèrent autour de jeunes chorégraphes

n’est pas une mince affaire.

Il a fallu toute la conviction de

Carolyn Carlson, qui a planté son

Atelier de Paris (centre de formation

pour danseurs professionnels)

à la Cartoucherie depuis

1999, pour que l’opération prenne

cette ampleur.

Au Théâtre du Chaudron, le

chorégraphe finlandais Juha Marsalo

dansait Parfum, le 7 juin, avec

sa complice Sara Orselli. Sur des

musiques indiennes et chinoises,

ce duo entre une créature à tête en

papier gaufré et une jeune femme

accro à son vaporisateur de parfum

ouvrait des pistes esthétiques

subtiles sans affirmer tout à fait

son propos. Traiter de la légèreté,

de l’apesanteur, de la diffusion du

mouvement, pourquoi pas, à

condition de ne pas s’évanouir

dans l’espace.

Fable insolite

Plutôt porté sur des pièces massives

et musclées qui roulent au

sol et crient leur malaise, Juha

Marsalo tentait de révéler sa face

cachée à travers la mise en scène

d’un fantasme asiatique. Large

éventail qui chasse le parfum, berceuses

aigrelettes, jeu de pliage et

dépliage de papier, les ingrédients

d’une petite fable insolite

sont là, mais la recette manque de

tonus.

Juha Marsalo, en résidence à

l’Atelier de Paris depuis 2004, fait

partie de cette jeune garde finlandaise

que Carolyn Carlson, Californienne

et d’origine finlandaise,

soutient depuis la création de la

manifestation. Dans le cadre de

l’opération « 100 % Finlande »,

qui programme des artistes, designers,

circassiens, auteurs de BD

dans toute la France, elle accueille

huit jeunes chorégraphes finlandais

pendant trois jours. « J’ai mis

en scène mes meilleurs spectacles,

les plus fous, les plus étranges, lorsque

j’étais directrice du City Theatre

d’Helsinki (1991-1992), glisse

Carolyn Carlson, par ailleurs à la

tête du Centre chorégraphique de

Roubaix - Nord - Pas-de-Calais

depuis 2004. J’aime l’absurdité des

habitants de ce pays, dont je me sens

très proche. »

Du 13 au 15 juin, le Tout-Helsinki

de la danse contemporaine sera

à La Cartoucherie. Entre des films

de danse, des dégustations de spécialités,

du shopping tradition et

design, on pourra se glisser dans

les volutes de Susanna Leinonen,

recevoir un uppercut de la jeune

et nerveuse Eeva Muilu ou savourer

tout simplement l’élégance

physique de Tommi Kitti. Une

bonne introduction à la singularité

finlandaise entre lâcher-tout

sans parapet et retenue vissée. a

Rosita Boisseau

June Events. Danse à La Cartoucherie,

route du Champ-de-Manœuvre,

Paris-12 e . Jusqu’au 20 juin.

Du 13 au 15 juin, programme finlandais.

Tél. : 01-41-74-17-07. De 10 ¤ à 20 ¤.

SélectionDVD

La glorification du mensonge par

Fritz Lang, cinéaste des apparences

« Les Bourreaux meurent aussi » et « La Rue rouge », deux films qui érigent le faux en vérité

En 1942, Heydrich, représentant

du Reich à Prague

et surnommé « le

Bourreau », est assassiné.

L’événement donne

à Fritz Lang (1890-1976) l’idée de

faire un film sur la résistance tchèque.

Il concocte un scénario avec

Bertolt Brecht qu’il a décidé d’aider

à survivre aux Etats-Unis. Ainsi

naît Les bourreaux meurent aussi

(1943), dont Bernard Eisenschitz

relate longuement l’élaboration

dans le bonus du film, réédité dans

sa version intégrale de 2 h 15. Les

démêlés de Brecht avec le scénariste

John Wexley qui s’adjugea la

paternité du scénario. Les désaccords

entre Brecht et Lang, mais

aussi leur détermination commune

à raconter cette histoire d’une ville

liguée contre la Gestapo, jouant

une comédie pour sauver le tueur

dumonstre nazides griffes répressives

et la vie des otages.

L’idée des deux créateurs allemands

était d’exalter la force du

peuple contre les tyrans. Déterminé

à servir la cause antinazie, Fritz

Lang signe aussi Chasse à l’homme,

Agnès Varda

Jacquot de Nantes

Malade, Jacques Demy peignait

et écrivait, quand Agnès Varda se

mit à faire un film évoquant

l’enfance de son compagnon à

Nantes, sur sa demande. Cette

lettre d’amour retrace l’éclosion

d’une vocation. Agnès Varda y

relève de front trois défis : filmer

les jeunes années de Demy en

noir et blanc, dans le ton des

films français des années

1930-1940 ; montrer le décalage

entre les scènes qu’il avait vécues

et ce qu’il en avait fait au

cinéma ; et montrer Demy au

plus près, et son souci d’être

« avec le temps ». Demy mourut

en 1990, dix jours après la fin du

tournage. Le DVD est

accompagné d’un livret et de

films souvenirs, témoignages,

récit du tournage, ainsi que du

Sabotier du Val de Loire, de

Demy, et d’une interview de trois

hommes de cinéma qui

bricolèrent eux aussi de la

pellicule lorsqu’ils étaient

gamins (Patrice Leconte, Melvil

Poupaud et Jean-Noël Félix). a

J.-L. D.

1 DVD Ciné Tamaris.

Danielle Arbid

Dans les champs

de bataille

Un homme perdu

Les films de Danielle Arbid

portent en eux la trace de son

histoire, celle d’une jeune femme

qui a grandi au Liban pendant la

guerre civile. Ses deux premiers

films sont deux portraits

d’individus dans la tourmente.

Sur fond de violence hors champ

et de sensualité, le premier, Dans

les champs de bataille, retrace le

quotidien d’une pré-adolescente

que la guerre fait passer trop vite

à l’âge adulte. Un homme perdu

invente la rencontre entre un

personnage inspiré du

photographe Antoine D’Agata et

un ancien combattant de la

guerre du Liban désireux

d’effacer son passé. Ponctué de

scènes de sexe, ce road movie en

terres proche-orientales se perd

dans les chemins de l’oubli pour

que ses personnages puissent

envisager le présent en hommes

libres. Préfacés par le critique

Philippe Azoury, les films sont

accompagnés d’entretiens avec

Danielle Arbid et de son

court-métrage, Nous. a

I. R.

2 DVD MK2 édition.

LE GRAND S UCCÈS

DE L AROUSSE

RÉÉDITÉ !

Redécouvrez

récit de la cavale d’un Anglais traqué

par les SS et décidé à tuer Hitler.

Comme Lubitsch dans To Be Or

NotTo Be, ou Chaplin dans Le Dictateur,

il use des faux-semblants du

théâtre dans Les bourreaux meurent

aussi, tragédie épique qui ose

mener plusieurs intrigues de

concert (l’enquête policière pour

retrouver l’assassin, la manière

dont ce dernier file entre les doigts

des occupants,les affres psychologiques

de Masha, la jeune femme qui

lui vient en aide, le destin de Czaka

l’opportuniste).

Il s’avère que c’est en jouant la

comédie queles Tchèques vont gruger

les nazis, dépeints ici comme

des guignols cabotins, pantins

expressionnistes. Chacun use d’un

masqueet accumule les faux témoignages

: l’assassin se fait passer

pour un architecte amoureux,

Masha mime une liaison sentimentale,

son père – pris en otage –

cache qu’il écoute la radio des résistants,

Czaka joue double jeu,

mi-résistant mi-collabo. La lutte

contre le nazisme passe par le spectacle,

la manipulation, les subterfuges.

Les Tchèques bernent les Allemands

sur leur propre terrain :

celuidela mise en scène. Cette glorification

du mensonge est ce qui fut

reproché à Lang par le bureau de

censure, qui jugea le film immoral !

On retrouve ce thème de la dissimulation

dans l’autre film sorti par

les éditions Carlotta : La Rue rouge

(1945). Il s’agit de l’adaptation d’un

roman déjà transposé à l’écran par

JeanRenoir dans La Chienne. L’histoire

d’un peintre amateur subjugué

par une femme qui le manipule,

s’adjuge la paternité de ses toiles,

et qu’il tue, condamné à vie par

ses remords. Là encore, mais cette

fois pour montrer un homme victime

de ses pulsions (sexuelle etartistique),

Fritz Lang orchestre un

cycle d’aveuglements et de travestissements

de la vérité. Toutle monde

ment, jusqu’à prendre ses propres

désirs pour la réalité. Le vrai

passe pour le faux, seuls les mensonges

sont écoutés. Otage de ses

fantasmes, le héros succombe à un

jeu de dupes. a

Jean-Luc Douin

Les bourreaux meurent aussi, 1 coffret,

2 DVD, Carlotta. La Rue rouge,

1 DVD, Carlotta.

LHISTOIRE DE FRANCE

EN BANDES DESSINÉES

2 000 ans d'histoire

en 16 volumes édition collector

Les choix

du «Monde»

Musique

Nordeste do Brasil

BOBIGNY. La MC 93 de Bobigny

consacre un week-end à la musique

du Nordeste brésilien et en particulier

la scène très active de Recife,

capitale du Pernambouc. A la programmation,

Rémy Kolpa Kopoul

de Radio Nova. De quoi découvrir

en scène des artistes comme Spok

Frevo Orquestra, Silverio Pessoa,

Orquestra do Fuba et DJ Dolores.

MC 93, 1, boulevard Lénine, Bobigny.

Tél. : 01-41-60-72-72. Les 13 et

14 juin, à 19 h 30. De 9 ¤ à 15 ¤.

Théâtre

Lettre à mon juge

PARIS. La pièce Lettre à mon juge

adaptée du roman de Simenon par

et avec Robert Benoit au Théâtre

du Lucernaire, originellement prévue

jusqu’au 7 juin, a été prolongée

jusqu’au samedi 30 août.

Théâtre du Lucernaire, 53, rue

Notre-Dame-des-Champs, Paris-6 e .

M o Notre-Dame-des-Champs. Tél. :

01-45-44-57-34. Du mardi au samedi,

à 21 heures. De 10 ¤ à 30 ¤.

Dès le 14 juin,

le volume 2,

de

Clovis

aux

Vikings


&vous

Lundi Mardi Mercredi Jeudi Vendredi

0123

22 Roues libres Santé&forme A table A la maison En voyage

Vendredi 13 juin 2008

Les grandes stars

du petit électroménager

Machines à café, à bière, à confiture, sèche-cheveux, yaourtières :

le marché français a progressé de 9 % en un an

Ilse passe toujours quelque

chose au rayon du petit électroménager.

Une année, ce

sont les machines à café

expresso qui se hissent au

rang de stars, envahissant les cuisines

et les écrans de télévision.

Une autre, ce sont les machines à

pain qui explosent. Régulièrement,

les aspirateurs, tour à tour

avec ou sans sac, « compacts »,

« silencieux » ou même « intelligents

» créent l’événement.

Aujourd’hui, ce sont les yaourtières

qui font leur grand retour, et

les appareils à confiture qui réapparaissent.

Les machines à fabriquer

de la bière font une entrée fulgurante

(avec plus de 70 000 pièces

vendues en un an). Les robotscafé

– ces machines qui moulent

les grains, avec bruit et odeur

garantis, pour un café de « pro »,

pourraient détrôner les machines

à café expresso. Pour demain, les

espoirs des industriels se portent

vers les appareils pour la beauté et

l’hygiène mais aussi vers le petit

équipement médical (comme les

tensiomètres).

Bref, le secteur du petit électroménager

n’en finit pas de faire

parler de lui. Les Français, qui

aiment de plus en plus passer du

temps chez eux et fabriquer euxmêmes

leur pain, soupe et autre

jus de fruit, équipent leur cuisine.

Ils possèdent en moyenne

14 appareils par foyer. En un an

(d’avril 2007 à avril 2008),

2,150 milliards d’euros ont été

dépensés pour le petit électroménager.

Soit une progression de

plus 9 % du chiffre d’affaires.

Le secteur se divise en quatre

grands secteurs : entretien des

sols et du linge, beauté et hygiène,

préparation culinaire et cuisson,

préparation des boissons.

Cela représente une multitude de

produits, qui vont du pèse-personne

au robot ménager, en passant

par la brosse à dents électrique, le

grille-pain, le sèche-cheveux, etc.

Cette diversité est une chance

que les fabricants savent saisir, à

condition de se mettre à l’écoute

des attentes du consommateur.

Clé de voûte du dynamisme de ce

secteur depuis plusieurs années,

l’innovation s’attache à satisfaire

au plus près cette demande.

« Aujourd’hui, elle porte principalement

sur le confort d’utilisation, précise

Vincent Bougeard, directeur

marketing de DeLonghi et

Kenwood. Face à la surenchère des

produits technologiques qui envahissent

la maison et le quotidien (ordinateur,

téléphones portables, lecteurs

DVD…), le consommateur

attend du petit électroménager des

produits solides et simples. » La

recherche porte sur la technologie

mais aussi sur le design. « Le client

souhaite une ergonomie simplifiée,

afin qu’au premier coup d’œil il puisse

comprendre son appareil. »

Depuis que la cuisine est devenue

une pièce que l’on ne cache

plus, les appareils qui s’y trouvent

doivent être beaux et correspondre

aux nouvelles tendances de la décoration.

Ces dernières années, le

marché est porté par

Dans certains cas,

les engins finissent

par devenir

un attribut

du statut social.

Cela s’est vérifié

avec les machines

à café expresso

Mixeur

Kenwood

KMX55. DR

deux désirs forts du

consommateur : celui

d’avoir chez lui des appareils

comparables à

ceux des professionnels,

mais aussi des machines

qui permettent de

manger plus frais et

plus sain. Autrefois marché

de niche, les « kitchen

machines » (ces robots à bol

ouvert utilisés pour la pâtisserie, et

qui, avec un accessoire, peuvent

hacher la viande) enregistrent une

progression de 46 % en un an.

Quant à la friteuse sans huile de

Seb, en dépit de son prix élevé

(200 euros), les ventes ont explosé

(plus 28 % en un an), au point de

représenter plus du tiers du marché

global de la friteuse en France. La

même année, les mixeurs ont progressé

de 12 %.

Le petit électroménager

est un marché

qui fonctionne essentiellement

sur le bouche-à-oreille, car,

explique André Dot, directeur marketing

du groupe Seb France, «ce

sont, pour beaucoup, des appareils

qu’on utilise avec et pour les autres.

Le café, les frites, le pain se consomment

en famille et entre amis ». Et

d’ajouter : « Du même coup, dans

certains cas, ils finissent

par devenir un attribut

du statut social. Cela

s’est vérifié avec les

machines à café expresso,

et se voit aujourd’hui

avec les machines à bière.

»

Beau, solide, efficace

et pratique : le petit

électroménager doit

être à la hauteur de ces attentes.

« On observe dans ce secteur le phénomène

de l’effet sablier qui se

retrouve ailleurs, notamment dans

l’habillement, souligne Vincent

Bougeard. C’est-à-dire un fort

développement dans le haut de gamme

et dans les premiers prix. Entre

les deux, point de salut. On recherche

soit le top, soit le meilleur rapport

qualité/ prix. » a

Véronique Cauhapé

Jardins & jardinières

Attention, danger !

Alain Lompech

Il fait chaud, enfin, parfois ! Et

les roses vont pouvoir s’épanouir

davantage sans craindre

de pourrir en boutons. Certaines

variétés anciennes bien doubles

sont sensibles à la pluie, qui fait se

coller les uns aux autres les pétales

extérieurs. Si l’on s’y prend à

temps, on peut réussir à contrarier

cette évolution, mais bien souvent,

à peine épanouie, la rose perd alors

ses pétales, qui s’éparpillent au sol.

Ce que l’on peut en revanche

réellement prévenir, c’est la chute

des grandes vivaces qui tiennent

mal et s’effondrent vite fait quand

il fait orage, voire quand il pleut.

Et toujours en pleine floraison.

Les delphiniums sont particulièrement

fragiles, et comme ils sont

hauts, voire très hauts, quand ils

poussent bien, ils doivent être

tuteurés tôt. Et de façon discrète,

ce qui n’est pas du tout évident.

En fait, il faut jouer avec le temps

et ne se résoudre à les attacher à

de fins piquets que le plus tard possible,

de façon que le jardin ne soit

pas hérissé de tiges disgracieuses.

Quel dommage que les variétés

naines soient si étranges, difformes,

sans élégance.

L’aconit, qui ressemble tant au

delphinium (dans sa variété naine),

est, ce que beaucoup de jardiniers

ignorent, l’un des poisons

les plus redoutables – le plus toxique

de notre flore. L’Aconit napel,

que l’on appelle aussi casque de

Jupiter, est bleu très foncé, violet

ou rose. C’est une splendeur, qui

résiste à tout et vit très longtemps.

Son feuillage est vert vif, quand

celui du delphinium est vert glauque.

Ses tiges sont dressées et solides

et ses fleurs réparties le long

de cette tige. Il en existe d’autres

dans la nature, comme l’aconit tueloup,

aux fleurs jaunes.

On trouve cette plante dans les

lieux humides mais aérés, jusque

haut en altitude, mais aussi en plaine,

en Normandie. L’aconit est

souvent planté dans les vieux jardins

et est très fréquemment vendu

dans les jardineries. Il fleurit

l’été. Mais attention, deux grammes

de racines suffisent à envoyer

un homme au cimetière.

Ce n’est pas la seule plante qui

soit toxique au point d’être mortelle

: l’if, le laurier-rose, le daphné

dit bois-joli, le bonnet-d’évêque,

les narcisses le sont aussi. Mieux

vaut, en fait, se dire, si l’on n’est

pas un herboriste confirmé, que

les plantes ornementales sont faites

pour être mangées des yeux,

mais ni mâchonnées ni utilisées

pour faire des tisanes.

Le jardin ne manque pas de

dangers : la rallonge électrique de

la tondeuse qui baigne dans l’eau,

le râteau au sol… dont l’effet n’est

drôle que dans les films muets, la

tondeuse bidouillée pour tourner

sans que la poignée soit maintenue,

les cailloux dans l’herbe, etc.

Il faut donc faire attention,

mais il y a une chose dont il faut

absolument se prémunir, c’est le

tétanos, maladie très dangereuse,

et même mortelle. Aussi il faut

impérativement se faire vacciner

ou faire effectuer son rappel. La

moindre blessure, la moindre

épine de rosier peut être la porte

d’entrée du tétanos… a


&vous

0123

Vendredi 13 juin 2008 23

Le BHV distribue l’œuvre

d’Erro aux Parisiens

La fresque d’Erro, de 30 mètres de large sur 6 mètres de haut, qui

parade depuis fin mai sur la façade du BHV, va être découpée en

carrés de 45 × 45 cm… puis distribuée aux Parisiens le mercredi

18 juin, de 16 heures à 20 heures. Chaque morceau de la fresque,

inspirée des bandes dessinées et du pop art, sera accompagné

d’une reproduction de l’œuvre, numérotée et signée par l’artiste

islandais, de quoi créer une émeute dans la petite rue de la Verrerie,

où aura lieu l’événement. Alors qu’il participe à l’exposition du

Grand Palais « La Figuration narrative » (jusqu’au 13 juillet), Gudmundur

Gudmundsson, dit Erro, 76 ans, n’a pas hésité à réaliser

une œuvre exclusive pour l’enseigne de bricolage : « Dès mon arrivée

à Paris, en 1958, c’est là que j’achetais tout mon matériel pour la

peinture », a confié l’artiste, ravi. a V. L. PHOTO : DR

Aujourd’hui

Globe-trotteurs au volant :

appel à la prudence

Fallait-il ajouter l’Inde à

l’édition 2008 du Guide

de la conduite dans les

régions du monde (autoescape.com)

? Qui connaît le souscontinent

sait que la peur au ventre

vous tient sur ces routes principales

trop étroites pour que

deux véhicules se croisent. Il sait

que, face à face, l’un des deux

conducteurs lâchera prise avant

l’impact en se jetant sur le bascôté

dans un coup de volant.

Bien sûr, l’image de Ganesh, le

dieu protecteur, accrochée au

rétroviseur, comme le sourire

amusé du chauffeur, rassurent.

Si ce guide précise que «la

CE WEEK-END

conduite en Inde s’apparente à un

jeu vidéo dans lequel tout peut

arriver », il aurait mieux valu

déconseiller formellement d’y

prendre le volant. Parmi les

82 pays répertoriés, on apprend

que le taux d’accidents est élevé

en Afrique du Sud, par manque

d’expérience des conducteurs, et

qu’un rapatriement sanitaire est

fortement recommandé ! Que la

route de La Paz aux Yungas, en

Bolivie, considérée comme «la

plus dangereuse du monde », est

« entourée d’un décor merveilleux

», et ainsi de suite.

Avis de danger aux casse-cou

de tout poil. a Fl. E.

Face à la hausse des appels,

SOS-Amitié manque de bénévoles

En 2007, l’association, créée en 1960, a répondu à 2 000 appels téléphoniques par jour

Evoquer SOS-Amitié, c’est

réveiller immanquablement

le souvenir d’une scène ou

d’une réplique du film Le Père Noël

est une ordure. La réalité est loin

d’être aussi joyeuse, même si les

bénévoles qui donnent de leur

temps et de leur énergie à cette

association d’écoute et de prévention

du suicide sont loin d’être

dépourvus d’humour et de recul.

Mieux vaut, d’ailleurs, être doté de

ces deux qualités pour faire face

aux situations douloureuses, qui

sont plutôt en augmentation.

En 2007, SOS-Amitié a reçu

724 000 appels téléphoniques

(soit 2 000 par jour) contre

600 000 en 2000. Soit, une hausse

de 20 % en sept ans.

Résultat : l’association créée en

1960, reconnue d’utilité publique

en 1967, serait presque en passe de

lancer son propre SOS. « Aujourd’hui,

pour être présents 24 heures

sur 24 et 7 jours sur 7 sur nos cinquante

centres d’écoute en France, il

faudrait avoir 2 050 écoutants. Or

nous n’en avons que 1 800 environ

», explique Rémi Rousseau,

administrateur fédéral de SOS-

Amitié France.

L’association peine aujourd’hui

à recruter des volontaires. « Les

écoutants ont du mal à s’engager

autant qu’on le souhaiterait, continue

M. Rousseau, à savoir une disponibilité

de 20 heures par mois,

incluant une nuit entière. » En

outre, la bonne volonté ne suffit

pas. Il faut aussi passer toutes les

étapes auxquelles SOS-Amitié soumet

chacun des postulants : entretien

avec un psychiatre, 30 à

60 heures (étalées sur douze

semaines environ) de découverte

de l’association et d’information

sur les différents troubles mentaux,

puis formation en situation

auprès d’un écoutant confirmé.

A l’issue de ce parcours, c’est à

peine une personne sur dix qui

sera retenue. La sélection est rude,

mais indispensable, car les souffrances

qui s’expriment sont lourdes,

notamment celles liées aux

problèmes matériels comme le

logement, le chômage ou la précarité

(en hausse de 33 % par rapport à

2002).

Premier motif depuis toujours,

le sentiment de solitude augmente

aussi, et représente aujourd’hui

23 % des interventions. Il y a aussi

la forte progression des appels en

provenance de personnes atteintes

de maladies mentales (plus 50 %

par rapport à 2002). Faire face à

des cas de dépression grave, de

schizophrénie, de paranoïa pose

problème à certains écoutants qui

estiment « ne pas être faits pour

ça ». Difficile en effet de s’improviser

sur ces pathologies qui exigent

une prise en charge et un suivi que

la société n’assure pas.

« Les écoutants sont de plus en

plus souvent confrontés à des expériences

traumatisantes et à des

détresses spectaculaires, souligne

Rémi Rousseau. Il faut être capable

de maintenir un équilibre entre

empathie et distance par rapport

aux personnes qui appellent, mais

aussi d’accepter la part

de frustration inhérente à

cette forme d’aide, dont

on ne voit jamais les

retombées. »

Car l’un des fondements

de SOS-Amitié,

c’est le respect de l’anonymat.

Pour celui qui

appelle, cela permet une

totale liberté d’expression. Pour

l’écoutant, c’est une garantie de

protection mentale et physique.

Lors de sa création, le premier

objectif que s’était fixé l’association

était l’aide aux personnes suicidaires.

En France, plus que dans

n’importe quel autre pays d’Europe,

le nombre des suicides augmente

(10 713 en 2005, selon l’Inserm).

Pourtant, le nombre d’appels provenant

de ceux qui sont en situation

de désespoir (2 %) et de « suicidants

» – c’est-à-dire ayant déjà

engagé un processus suicidaire

comme la prise de médicaments

(0,2 %) – reste stable.

L’un des

fondements

de l’identité

de SOS-Amitié,

c’est l’anonymat

respecté

de part et d’autre

Les écoutants de SOS-Amitié

sont essentiellement des femmes,

âgées en moyenne de 60 ans. Un

profil lié, en grande partie, à la disponibilité

exigée et à l’expérience

de la vie nécessaire pour ce rôle.

« Nous aimerions avoir plus d’hommes,

car leur écoute est extrêmement

intéressante et apporte autre chose

», remarque M. Rousseau. Certains

bénévoles restent des années

à SOS-Amitié (vingt ans parfois)

mais ce n’est pas ce qui est souhaité

à l’association. « Deux années

seraient une bonne moyenne », estime

M. Rousseau.

Les appels proviennent pratiquement

autant d’hommes (47 %)

que de femmes (53 %). Une conversation

dure en moyenne 15 à

20 minutes, mais cela peut aussi

aller jusqu’à une heure.

Depuis 2006, l’association

a une adresse

sur Internet. En 2007,

elle y a enregistré

2 443 appels (contre

2 379 l’année précédente).

Les femmes sont

plus nombreuses à s’y

exprimer (70 %) que les

hommes. Et les personnes qui écrivent

sur le site sont plus jeunes

(45 % ont entre 25 et 39 ans, 30 %

de 40 à 60 ans, 13 % de 20 à 24 ans

et 7 % ont moins de 20 ans) que celles

qui appellent au téléphone.

Sur Internet, le suicide est évoqué

dans 16 % des messages,

contre 2 % au téléphone. Les

autres situations se retrouvent

dans les mêmes proportions sur

les deux moyens de communication.

a

Véronique Cauhapé

SOS-Amitié : Tél. : 01-40-09-15-22

www.sos-amitie.com/

+

Requiem

par Leonard Bernstein


4,95

en plus

du Monde 2

Santé

Nouveau délai

pour les patients en ALD

Les patients reconnus en affection

longue durée (ALD) avant le

15 novembre 2005, et qui devaient

faire un bilan médical avant

le 1 er juillet 2008 pour continuer à

bénéficier d’une prise en charge à

100 %, ont jusqu’au 31 décembre

2009. Ce report, annoncé le

9 juin, est dû au retard pris par

l’établissement de nouveaux protocoles

de soins, qui risquait de

provoquer « des ruptures de droits

inacceptables dans la prise en charge

des patients concernés ».En

2006, près de 8 millions de salariés

étaient en ALD couvrant trente

maladies (diabète, cancer, sida,

etc.). En 2004, la loi a conditionné

à l’établissement d’un nouveau

« protocole de soins » la prise

en charge de 100 % des dépenses

de santé dont bénéficient les

patients. Protocole qui doit être

établi par le médecin traitant du

patient et le médecin conseil de

l’assurance-maladie.

VENTE À PRIX EXCEPTIONNEL

remise jusqu’à -80%

PORCELAINE, ARTS DE LA TABLE, BIJOUX

mercredi 11 juin: 10h à 20h

jeudi 12 et vendredi 13 juin : 10h à 18h

samedi 14 juin : 10h à 15h30

EMGP

45 av. Victor Hugo

Hall 210

Aubervilliers

Parking sur place

Sortie périphérique - Porte dʼAubervilliers - Bus 552 arrêt Net squ@re

Autorisation de la Préfecture de Seine St Denis n° 07- 3347 du 14 septembre 2007


24

&Sport

0123

Vendredi 13 juin 2008

Euro 2008

Domenech, fidèle à ses idées

Avant le match face aux Pays-Bas, vendredi, le sélectionneur des Bleus, volontiers opaque, vante la stabilité

Football

Châtel-Saint-Denis (Suisse)

Envoyé spécial

Les critiques qui ont suivi

la copie rendue par les

Bleus lors de leur premier

match de l’Euro

contre les Roumains

(0-0), les supputations sur les

chances de la France de sortir

vivante du « groupe de la mort »,

les effets de manche à quarantehuit

heures d’un match crucial

face aux Pays-Bas, vendredi

13 juin, à Berne, Raymond Domenech

laisse cela à d’autres.

Le sélectionneur français n’en a

cure ou feint de ne pas s’y intéresser.

La partition n’est pas nouvelle

mais, avouons-le, l’entraîneur améliore

de jour en jour ses qualités

d’interprète. Mercredi, sous le chapiteau

de Châtel-Saint-Denis, le

petit village où s’entraînent les

Français, le chef d’orchestre des

Bleus a livré l’un de ses meilleurs

concerts.

Le sélectionneur excelle dans le

registre du contournement. Un

journaliste l’interroge sur ses

choix tactiques face à la Roumanie

: Raymond Domenech se présente

en « entraîneur de base »

indiquant à ses joueurs des

« consignes stupides ». Le technicien

dirigera pourtant le 13 juin

au soir sa 53 e rencontre à la tête de

l’équipe de France A, autant

qu’Aimé Jacquet (sélectionneur

entre 1994 et 1998) et Roger

Lemerre (entre 1998 et 2002). Un

autre envoyé spécial le sonde sur

la composition du onze qui affrontera

les Pays-Bas, vainqueurs par

KO des champions du monde italiens

(3-0) le 9 juin : il annonce

quatre postes pouvant donner

lieu à un changement de titulaire

et s’empresse de glisser, « tu peux

me croire… si tu en as envie » !

Raymond Domenech joue avec

la presse et souvent se joue d’elle.

« Quand je discute avec Aimé Jacquet

et qu’il me dit quelque chose,

cela me touche. C’est probablement

juste, cela vient d’un technicien de

haut niveau, expliquait-il au Monde

mi-avril. Quand un journaliste

écrit quelque chose, j’ai envie de lui

dire “corrige ta formule” ! Sur le

fond, il ne sera jamais crédible, il

maîtrise la forme, mais pas le fond

du foot. » Et l’entraîneur des Bleus

de poursuivre : « J’ai une forme de

cohérence, je ne suis pas influençable

par l’extérieur. A l’intérieur du groupe

en revanche, je suis à l’écoute. »

Pour quoi faire ?

Sous la tente géante des conférences

de presse, le long de laquelle

s’agglutinent les voitures des

médias de l’Europe entière, le discours

reste le même. Séduire le

public par un football plus offensif,

plus débridé, pour quoi faire ?

« L’objectif n’est pas de séduire ou

de réussir d’entrée un match exceptionnel

puis de se ramasser ensuite.

C’est de jouer de mieux en mieux et

d’avancer. » Même si, à progresser

à si petits pas, les Bleus risquent de

rater leur rendez-vous avec l’Euro.

« Je crois à la stabilité, à la force de

l’équipe, à la solidité de sa défense »,

martèle Raymond Domenech.

Face aux Pays-Bas, Thierry Henry,

en attaque, devrait faire son

retour, remis de sa contracture à la

cuisse. Patrick Vieira, le capitaine

aux 105 sélections, a lui aussi

retrouvé l’entraînement. Sur le cas

des deux hommes, Raymond

Domenech, fidèle à sa ligne de

conduite, ne s’arrête pas vraiment.

La veille, William Gallas avait

évoqué le sujet. « Avec Thierry, Nico

[Anelka] ou Karim [Benzema], on

a des attaquants très rapides, qui

vont nous permettre de jouer en

contre-attaque, au cas où les Hollandais

se découvrent un peu », espéraitil.

La philosophie du sélectionneur

est bien intégrée.

« La sélection batave est impressionnante,

elle est capable de jouer

vite, à une touche de balle, en mouvement

», prévient Raymond Domenech,

qui n’hésite jamais à enfoncer

une porte ouverte. Dire une

chose, la relativiser, entretenir le

doute. La parole est aux exégètes.

« Avoir des certitudes lorsqu’on fait

partie d’un groupe comme celui-ci,

avec l’Italie et les Pays-Bas, c’est être

fou. Je ne le suis pas ! », ironise le

sélectionneur. a

Simon Roger

On lâche rien

Le piège des espaces

Didier Deschamps

C’est un tout autre match qui

attend l’équipe de France,

vendredi 13 juin, à Berne.

D’abord parce qu’il aura lieu en

soirée : les Bleus connaîtront ainsi

le résultat de la rencontre commençant

à 18 heures (Italie-Roumanie),

ce qui n’est pas négligeable

lors d’une phase de poules

comme celle-ci. Ensuite parce

qu’un adversaire totalement différent

du précédent se présente

devant eux : l’équipe des Pays-

Bas est une formation qui va de

l’avant, qui joue vite, qui crée du

danger mais aussi… des espaces –

ces fameux « espaces » qui ont

tant manqué aux Français contre

la Roumanie. Mais là est précisément

le piège dans lequel ils

devront ne pas tomber. Vouloir

compenser ce qu’on a raté lors du

premier match, chercher à transposer

ce qu’on aurait dû faire

contre les Roumains serait une

erreur. Les Bleus auront plus d’espace,

certes ; ils devraient pouvoir

mieux s’exprimer offensivement

face à ce type d’équipe, oui. Mais

ils devront d’abord être très solides

défensivement. Et ne pas se

lancer à l’attaque en criant : « En

avant toute ! »

L’enjeu de ce match sera, avant

toute chose, de répondre à la vitesse

et à la vivacité des joueurs offensifs

néerlandais – notamment

Sneijder et Van der Vaart, deux

joueurs qui se déplacent beaucoup

sur le terrain. Pour avoir aligné

trois défenseurs très lents,

l’Italie a payé le prix fort (3-0) face

à cette équipe lors de la première

journée du groupe C. Le problème

de la vitesse, dans le football, c’est

que tu peux difficilement la

contrer à partir du moment où ton

vis-à-vis est lancé dans l’espace :

s’il est plus rapide que toi, tu ne

peux plus le rattraper. La seule

solution, pour un défenseur, c’est

alors d’anticiper sur les déplacements

de l’attaquant adverse ou

sur les trajectoires du ballon.

Contrarier des joueurs hyper-rapides

est possible avec de l’expérience

et de l’intelligence. Sur ce planlà,

l’équipe de France est plutôt

bien fournie.

Elle le sera encore plus si Patrick

Vieira fait son retour sur le terrain

à l’occasion de ce match. Son

impact physique ne sera pas de

trop, par ailleurs, face aux milieux

de terrain néerlandais. Mais pourra-t-il

tenir sa place ? Sera-t-il

capable de jouer une heure seulement

? L’incertitude est grande.

Thierry Henry, en revanche, sera

bien là, lui. Sa capacité à créer de

la profondeur sur le front de l’attaque

a fait défaut contre la Roumanie.

Sa présence devrait également

avoir un impact sur cette

rencontre.

Reste la question du système de

jeu à adopter. J’ai envie de dire…

peu importe. Ce qui compte, c’est

éviter de donner la sensation d’un

jeu stéréotypé. Et avoir des jambes,

bien sûr. Tu peux mettre en

place tous les systèmes du monde,

si les jambes ne suivent pas, ton

animation ne fonctionnera

jamais. Les Bleus ont manqué de

jus lors de leur premier match. Ils

en auront besoin vendredi. Vu ce

qui les attend… a

Didier Deschamps était le capitaine de

l’équipe de France championne du

monde en 1998 et d’Europe en 2000.

Groupe D

L’Espagnol David Villa

se fissure l’index

L’attaquant espagnol David Villa,

auteur d’un triplé contre la Russie

mardi 10 juin, en match comptant

pour le groupe D de l’Euro 2008

(4-1), souffre d’une fissure à l’index

droit, a annoncé mercredi l’attachée

de presse de la Fédération

espagnole, Paloma Antoranz.

« Il souffre d’une petite fissure qui

ne l’empêchera pas de disputer le

prochain match » contre la Suède,

a déclaré M me Antoranz. Villa s’est

blessé lors de la célébration de

son premier but face aux Russes,

en se coinçant l’index dans le

maillot de son coéquipier Fernando

Torres.

Organisation

Pas d’incidents graves

en Autriche

Les autorités autrichiennes,

qui ont fait état de 249 interpellations

dans le pays depuis le

début de l’Euro 2008, samedi

7 juin, se sont déclarées « très

satisfaites du déroulement des événements

», lors d’un premier

bilan, mercredi 11 juin, ne signalant

pas d’incidents graves. Les

rares incidents, comme à Klagenfurt

(sud du pays), samedi et

dimanche, entre supporteurs allemands

et polonais, ont été rapidement

maîtrisés. Au total, 21 personnes

ont été officiellement

blessées, dont quatre policiers,

depuis le 7 juin.


&Sport

0123

Vendredi 13 juin 2008 25

Football

Euro 2008

Les matches

Classement

Groupe A

Mercredi 11 juin, Genève

République tchèque - Portugal 1-3

Mercredi 11 juin, Bâle

Suisse - Turquie 1-2

1 I Portugal ...........................................6 points

2 I Turquie ............................................. 3 points

2 I République tchèque ......................... 3 points

4 I Suisse ...............................................0 point

La Suisse, pays hôte

de l’Euro, est déjà éliminée

La « Nati » a été défaite par la Turquie (2-1), sous une pluie diluvienne

Groupe B

Jeudi 12 juin, Klagenfurt, 18 h, M6

Croatie - Allemagne

Jeudi 12 juin, Vienne, 20 h 45, M6

Autriche - Pologne

1 IAllemagne......................................... 3 points

2 I Croatie ............................................. 3 points

3 I Autriche ...........................................0 point

4 I Pologne ............................................0 point

Groupe C

Vendredi 13 juin, Zurich, 18 h, TF1

Italie - Roumanie

Vendredi 13 juin, Berne, 20 h 45, TF1

Pays-Bas - France

1 IPays-Bas ........................................... 3 points

2 IFrance ................................................1 point

2 IRoumanie...........................................1 point

4 IItalie..................................................0 point

Groupe D

Samedi 14 juin, Innsbruck,18 h, M6

Suède - Espagne

Samedi 14 juin, Salzbourg, 20 h 45, TF1

Grèce - Russie

1 I Espagne ........................................... 3 points

2 I Suède............................................... 3 points

3 I Grèce ...............................................0 point

4 I Russie ..............................................0 point

Bâle

Envoyé spécial

Bras dessus, bras dessous,

ils s’apprêtent à

faire la fête dans le centre

de Bâle, envahi par

une marée de maillots

et tee-shirt rouges. L’un a entouré

ses épaules d’un drapeau turc,

l’autre a fait de même avec celui de

la Suisse. Ils rient, chantent, se lancent

des blagues. L’un hurle « Turkiye

! », l’autre « Hop Schwiiz ! »

Cette image résume bien l’atmosphère

chaleureuse qui régnait

à Bâle mercredi 11 juin, à l’occasion

d’une journée que beaucoup

redoutaient.

Trois ans après les graves incidents

survenus après un match

Turquie-Suisse disputé à Istanbul,

au cours duquel des joueurs helvètes

avaient été pourchassés et certains

frappés, joueurs, dirigeants

et supporteurs des deux camps se

sont, cette fois, parfaitement

tenus. Malgré la fin cruelle de la

rencontre, mercredi, pour la Suisse,

l’un des deux pays organisateurs

de l’Euro, avec l’Autriche.

En cette orageuse soirée bâloise,

la Nati dirigée par Köbi Kuhn a

déjà dit adieu à « son » Euro. En

seulement deux matches, son destin

a été scellé. Après sa défaite

lors du match d’ouverture face aux

Tchèques, il fallait face aux Turcs,

eux aussi battus lors de leur entrée

dans la compétition, se reprendre.

Portée par un public moins calme

que d’habitude, la Nati n’a pas

réussi son pari. Pour la

première fois depuis

l’élimination prématurée

de la Belgique lors

de l’Euro 2000, une

nation hôte est priée de

quitter la compétition

aussi tôt.

Sur la pelouse du

« C’est une

très, très grosse

déception,

mais la Suisse

s’en remettra »

Parc Saint-Jacques,

détrempée par un violent

orage en première période, les

fans suisses y ont pourtant cru.

Leurs favoris, qui alignaient trois

joueurs d’origine turque au coup

d’envoi (Hakan Yakin, Gökhan

Inler et Eren Derdiyok), menaient

à la mi-temps grâce à un but d’Hakan

Yakin. Dans ce genre de conditions

météorologiques, la pluie

diluvienne favorise l’équipe la

moins technique, la moins apte à

Köbi Kuhn, entraîneur

de l’équipe helvétique

garder le ballon. Il était donc logique

que la Suisse mène face à des

joueurs turcs plus doués techniquement,

mais aussi plus gênés

par le terrain.

Il a suffi que la pluie cesse

pour que la logique reprenne ses

droits. En inscrivant deux buts

en seconde période, dont l’un

dans les arrêts de jeu, les joueurs

de Fatih Terim ont

poussé la Nati dehors.

« C’est une très, très

grosse déception, mais

la Suisse s’en remettra

», a déclaré Köbi

Kuhn, en poste depuis

sept longues années et

qui va céder sa place de

sélectionneur au célèbre

technicien allemand

Ottmar Hitzfeld.

Les Turcs, eux, ne sont pas encore

sûrs de pouvoir continuer longtemps

leur route et donc de profiter

du luxe de La Réserve, l’établissement

somptueux qui leur sert de

résidence à Bellevue, au bord du

lac Léman. Pour en jouir encore

un peu, il va leur falloir battre les

Tchèques, dimanche, à Genève.

Le sélectionneur Fatih Terim,

La forme de Tiger Woods

à l’épreuve de l’US Open

Le numéro un mondial revient après une opération au genou

Le match entre la Suisse (en rouge) et la Turquie sous le déluge bâlois, le 11 juin. PASCAL LAUENER/REUTERS

surnommé « l’empereur », a déjà

emmené son pays vers sa première

phase finale (Euro 1996) et permis

au football turc de remporter

son premier titre européen (Coupe

de l’UEFA 2000 pour Galatasaray).

Ambitieux, l’expérimenté

technicien n’a pas l’intention de

quitter rapidement la Suisse où

ses joueurs évoluent presque à

domicile. Voir la Turquie continuer

son chemin permettrait à la

fête populaire de continuer dans

les rues suisses. Le Portugal, autre

équipe suivie par de nombreux

supporteurs, est déjà qualifié. a

Alain Constant

Le Portugal en quarts, Luiz Felipe Scolari à Chelsea

Le Portugal s’est qualifié pour les

quarts de finale de l’Euro, mercredi

11 juin, grâce à sa victoire (3-1)

face à la République tchèque, à

Genève, et à celle de la Turquie

contre la Suisse (2-1). Le capitaine

Nuno Gomes et ses équipiers sont

assurés de terminer en tête du

groupe A et donc de rencontrer le

deuxième du groupe B, qui comprend

l’Allemagne, la Croatie, la

Pologne et l’Autriche. La sélection

portugaise s’est imposée face aux

Tchèques grâce à des buts de

Deco (8 e minute), Cristiano Ronaldo

(63 e ) et Ricardo Quaresma

(90 e + 1), contre une réalisation de

Libor Sionko (17 e ).

Dans la soirée, mercredi, le club

anglais de Chelsea a par ailleurs

annoncé que le sélectionneur du

Portugal, Luiz Felipe Scolari,

deviendrait son manager général

le 1 er juillet. Le Brésilien avait pourtant

nié avoir des contacts avec

Chelsea, qui n’a plus d’entraîneur

depuis le limogeage de l’Israélien

Avram Grant.

Golf

Avant chaque grand rendezvous

majeur, depuis que

Tiger Woods écrase de sa

suprématie le golf mondial, la

question la plus fréquemment formulée

est de savoir qui finira

deuxième derrière lui. Avant la

108 e édition de l’US Open, qui a

lieu du 12 au 15 juin sur le parcours

sud de Torrey Pines, à San

Diego (Californie), l’interrogation

peut être transposée : qui finira

premier devant Woods ? Sur

les rotules, comme il l’était lors

du Masters d’Augusta, en avril, le

n o 1 mondial avait en effet terminé

deuxième. Opéré du genou gauche

dès le surlendemain de cette

relative contre-performance, « le

Tigre » n’est pas revenu à la compétition

depuis lors.

Prudent, Woods n’a joué que

neuf trous lors de sa première partie

d’entraînement, lundi 9 juin.

Si l’Américain s’aligne, c’est qu’il

estime probablement être revenu

au meilleur de sa condition. Mais

un doute subsiste quant à sa capacité

de l’emporter.

L’US Open pourrait donc une

nouvelle fois réserver une surprise

en consacrant un vainqueur

inattendu, d’autant que ce tournoi

majeur est celui qui réussit le

moins au Tigre, qui ne l’a gagné

qu’à deux reprises, en 2000 et

2002, alors qu’il a remporté trois

Cyclisme

Tom Boonen exclu du

prochain Tour de France

Après le contrôle positif de Tom

Boonen à la cocaïne, faute d’une

décision de la part de son équipe

Quick Step, les organisateurs de

la Grande Boucle ont exclu mercredi

11 juin le coureur belge du

prochain Tour de France, qui partira

de Brest, le 5 juillet.

Open britanniques, quatre Masters

et quatre USPGA.

Depuis la victoire de Jim

Furyk, en 2003, aucun Américain

n’a plus remporté ce titre dont le

trophée a fait le tour de la planète,

par l’hémisphère Sud, serré dans

les bras du Sud-Africain Retief

Goosen, vainqueur en 2004, puis

du Néo-Zélandais Michael Campbell

en 2005, de l’Australien Geoff

Ogilvy en 2006 et de l’Argentin

Angel Cabrera en 2007. Ces trois

derniers ont remporté d’ailleurs à

cette occasion leur premier tournoi

majeur. « Voir autant de

joueurs non américains remporter

des tournois est le reflet du développement

du golf partout dans le monde

et cela est très positif », se

réjouit Angel Cabrera, qui se verrait

bien l’emporter une deuxième

fois.

Beaucoup plus rapide

« Le parcours de Torrey Pines, je

ne le connais pas vraiment, admet

l’Argentin. J’y ai juste joué deux

fois en 2003. » Cela se passait lors

du Buick Invitational, épreuve du

circuit américain qui a lieu tous

les ans sur les deux parcours de

Torrey Pines, où il n’avait pas passé

le cut. A en croire l’homme de

Cordoba, connaître un parcours

ne représente pas forcément une

aide pour remporter le tournoi

qui s’y joue. La preuve, celui qui

est surnommé « el Pato » (le

Automobile

Marion Bartoli incertaine

pour Wimbledon

La Française Marion Bartoli

(10 e mondiale), a été battue mercredi

11 juin au 2 e tour du tournoi

de Birmingham par la Tchèque

Petra Cetkovska. Elle pourrait ne

pas participer à Wimbledon, dont

elle a été finaliste en 2007, en raison

d’une tendinite à un poignet.

canard) n’avait jamais mis les

pieds sur celui d’Oakmont (Pennsylvanie),

théâtre de la dernière

édition de l’US Open.

La relation d’extrême familiarité

que Tiger Woods et Phil Mickelson

entretiennent avec Torrey

Pines – le premier a remporté le

Buick Invitational à six reprises,

et le second, qui est par ailleurs

domicilié à deux pas du parcours,

trois fois – ne leur serait donc

d’aucune utilité. Surnommé

« Docteur Open » pour ses interventions

méphistophéliques sur

les parcours destinés à accueillir

l’US Open, l’architecte Rees Jones

ne saurait démentir. « Le parcours

tel qu’il est aujourd’hui n’a

rien à voir à ce qu’il est en janvier

lors du Buick Invitational, précise-t-il.

Il est beaucoup plus ferme et

beaucoup plus rapide. Les joueurs

devront taper des coups vraiment

très bons pour arrêter leurs balles

sur les greens. »

L’Espagnol Sergio Garcia,

dont le palmarès est encore vierge

de tout tournoi majeur mais

qui a remporté au mois de mai le

Players Championship, considéré

comme le 5 e majeur, ou le quadragénaire

rugissant Thomas Levet,

seul représentant français, ont

donc toutes les chances de créer

la surprise. Tout comme les 154

autres concurrents qui devaient

prendre le départ jeudi 12 juin. a

Jean-Louis Aragon

Rugby

Parra blessé au Mondial

des moins de 20 ans

Le capitaine de l’équipe de France

des moins de 20 ans, Morgan Parra,

blessé à la main droite, est forfait

pour le reste du Mondial des

moins de 20 ans de rugby disputé

au Pays de Galles. La France jouera

sa place en demi-finale, samedi

14 juin, contre le Pays de Galles.

Dès le 13 juin, le CD-livret « Requiem »

de Mozart, par Leonard Bernstein.

€*

4,95

en plus

du Monde

En plus du Monde et du Monde 2.

Découvrez l’œuvre légendaire de Mozart,

par l’Orchestre symphonique de la radio bavaroise

dirigé par Leonard Bernstein.

Pour plus d’informations : www.lemonde.fr/DG et au 0825 120 219 (0,15 € TTC / min)

* Collection Le Monde & Deutsche Grammophon : à partir du 11 janvier, chaque vendredi chez votre marchand de journaux avec

Le Monde daté du samedi et son supplément Le Monde 2. En plus du prix du journal et de son supplément, le numéro

1 Beethoven : 1 € ; le numéro 2 + le numéro 3 : 4,95 € ; chaque numéro suivant : 4,95 €. Chaque CD et son livret peuvent être

achetés séparément à la boutique du Monde – 80, bd Auguste Blanqui – 75013 Paris ou par correspondance. Offre valable en

France métropolitaine et dans la limite des stocks disponibles.


Vendredi 13 juin 2008 Le 13.06.2008

Frais mais lumineux

20 km/h

Brest

< -10°


17°

30 km/h

-10 à -5° - 5 à 0°

En France

Samedi


17°


19°

11°

22°

15 km/h

ST-ANTOINE

COEFF. DE MARÉE: 48

Cherbourg


20°


19°


16°


19°

Biarritz

15°

18°

10°

18°

11°

16°

12°

22° 15°

24°

0 à 5°

15 km/h

Caen


20°


15°

Rennes

Nantes

Limoges


17°

Bordeaux

14°

21°

5 à 10°


20°

13°

22°

Poitiers


19°

Rouen


17°

Orléans


19°

Toulouse

14°

19°

10 à 15° 15 à 20° 20 à 25° 25 à 30° 30 à 35°

LEVER: 05h45

COUCHER: 21h55

PARIS

Jours suivants

Région

Nord-Ouest

Ile-de-France

Nord-Est

Sud-Ouest

Sud-Est

Amiens


17°

PARIS

10°

19°


17°

Perpignan

17°

22°

Météo & Jeux

0123

26 Vendredi 13 juin 2008

Lille

15°

25°


18°

Montpellier

Dijon

Clermont-

Ferrand


18°


18° 9°

Châlonsen-Champagne

18°

Clermont-

Ferrand Lyon

12°

20°

45 km/h

Dimanche Lundi

11°

17°

10°

18°


17°

14°

20°

13°

23°

17°

24°

>35°

LEVER: 17h05

COUCHER: 02h32

PARIS


15°

Metz

Grenoble

11°

20°

Besançon

10°

17°

11°

20°

Marseille

11°

17°

11°

17°

11°

20°

14°

19°

14°

24°

Températures

à l’aube

et l’après-midi

Strasbourg

Ajaccio

Chamonix

16°

23°


15°

Nice

17°

23°

La journée débutera fraîchement avec quelques brumes et nuages bas par endroits,

notamment dans les vallées. Quelques gouttes tomberont près de la frontière allemande

ou encore en Haute-Savoie et du côté de la Normandie. La couverture nuageuse sera plus

importante sur le piémont pyrénéen où quelques pluies se produiront. Les conditions

évolueront peu l'après-midi : l'ambiance s'annonce lumineuse malgré des nuages assez

nombreux, et quelques ondées se produiront entre la Normandie et le Limousin. C'est au

sud de la Garonne que nuages et averses seront les plus nombreux.

Mardi

10°

19°

10°

19°

10°

20°

12°

21°

13°

22°

EN EUROPE

Amsterdam très nuageux

Athènes beau temps

Belgrade éclaircies

Berlin averses éparses

Berne éclaircies

Bratislava couvert

Bruxelles éclaircies

Budapest couvert

Bucarest orageux

Copenhague

Dublin

Edimbourg

Helsinki

Istanbul

Kiev

La Valette

Lisbonne

Ljubljana

Londres

Luxembourg

Madrid

Moscou

Nicosie

Oslo

Prague

Reykjavik

Riga

Rome

Sofia

Stockholm

Tallin

Tirana

Varsovie

Vienne

Vilnius

Zagreb

10 17

18 30

15 28

11 17

9 17

14 25

6 15

15 18

21 26

orageux 8 17

couvert 9 15

couvert 7 12

éclaircies 5 17

ensoleillé 16 35

très nuageux 20 33

beau temps 18 23

beau temps 17 26

averses éparses 10 21

très nuageux 9 16

éclaircies 8 17

éclaircies

T9

26

éclaircies 11 25

beau temps 20 31

pluvieux 11 16

averses éparses 13 15

beau temps 5 14

éclaircies 7 21

ensoleillé 15 25

orageux 16 23

averses éparses 12 19

ensoleillé 4 20

averses modérées17

25

très nuageux 12 25

très nuageux 12 24

très nuageux 9 22

forte pluie 14 23

20°

26°

Cumul pluviométrique

le 13.06.2008

> 50 mm

15-50 mm

5-15 mm

1-5 mm

< 1 mm

Anchorage


14°

Honolulu

Los Angeles

22°

32°

1005

T

Météorologue en direct

au 0899 700 703

(1,34 € l’appel + 0,34 € la minute)

7 jours/7 de 6h30-18h

Service proposé par MeteoNews

en partenariat avec Le Monde

http://www.meteonews.fr

DANS LE MONDE

Alger ensoleillé 14 24

Amman beau temps 14 31

Bangkok averses modérées 24 33

Beyrouth beau temps 21 25

Brasilia ensoleillé 14 23

Buenos Aires beau temps 6 17

Dakar ensoleillé H

18 27

Djakarta éclaircies 22 31

Dubai beau temps 29 39

Hongkong forte pluie 26 27

Jérusalem beau temps 13 31

Kinshasa beau temps 18 31

Le Caire beau temps 15 37

Mexico orageux 14 20

Montréal éclaircies 16 25

Nairobi éclaircies 12 22

New Delhi averses éparses 28 40

New York beau temps 15 32

Pékin orageux 15 35

Pretoria beau temps 8 20

Rabat beau temps 15 30

Séoul beau temps 15 29

Singapour

Sydney

Téhéran

Tokyo

Tunis

Washington

1030

averses éparses 25 33

très nuageux 6 14

beau temps 16 37

ensoleillé 14 27

ensoleillé 15 28

beau temps 17 32

OUTREMER

Cayenne averses éparses

Fort-de-Fr. averses éparses

Nouméa ensoleillé

Papeete averses éparses

Pte-à-Pitre averses éparses

St-Denis très nuageux

Vancouver

13°

16°

Chicago

19°

23°

Québec

12°

23°

25°

Miami

30°

24 29

23 31

17 26

25 28

23 29

17 23

Managua

21°

Caracas

32° 23°

31°

Lima

16°

La Paz

16° -1°


Santiago du Chili

13°

19°

En Europe

13.06.2008 12h TU

A

< -10°

Reykjavik

1025

Anticyclone

Front chaud

Occlusion

Rio de Janeiro

17°

30°

-10 à -5° - 5 à 0°

D

1020

Lisbonne

Dépression

0 à 5°

Front froid

Thalweg

Dublin

5 à 10°

1015

Paris

10°

19°

Barcelone

18°

22°

Tripoli

Marrakech

16°

17°

25°

30°

Abidjan

19°

32°

Yaoundé

20°

25°

Madrid

Séville

Rabat

Londres

1010

Edimbourg

Paris

A

Alger

D

Barcelone

Oslo

D

Amsterdam

Bruxelles

1005

Munich

Berne

Milan

Rome

Tunis

Stockholm

Copenhague

Berlin

Tripoli

D

10 à 15° 15 à 20° 20 à 25° 25 à 30° 30 à 35°

St-Pétersbourg


21°

Ankara


30°

Khartoum

25°

45°

Le Cap


20°

Bagdad

20°

39°

Riyad

20°

40°

Antananarivo


15°

Omsk

21°

23°

Kaboul 19°

33°

Prague

Vienne

Varsovie

Budapest

Zagreb

Belgrade

Dans le monde Des pluies et des orages arroseront copieusement le Midwest, aux Etats-Unis

>35°

Irkoutsk

11°

25°

Karachi

28°

Hanoi

39° 25°

31°

Sofia

Shanghai

21°

22°

Kuala Lumpur

25°

32°

La France

métropolitaine

Helsinki

Riga

Minsk

1005

Athènes

D

Bucarest

Istanbul

1010

1010

Kiev

Odessa

Vladivostock


22°


21°

Le Caire

Alice Springs

St-Pétersbourg

Ankara

Port Moresby

25°

27°

Moscou

Beyrouth

Jérusalem

Auckland

11°

20°

48

E ttc

A/S

Achetez jusqu’au 24/06. Voyagez du 15/07 au 3/09/08.

Tarif hors frais de service, à partir de, soumis à conditions, sur vols directs.

MOTS CROISÉS Nº 08 - 137

Retrouvez nos grilles sur www.lemonde.fr

I

II

III

IV

V

VI

VII

VIII

IX

X

1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12

HORIZONTALEMENT

I. Fait travailler les neurones.

II. Domination absolue. Venue

de Russie avec plein d’histoires

à raconter. III. Allumés avec

intentions. Bon pour accord. IV.

Fait l’alliance. Article. Les plus

grandes sont les plus fermées.

V. Prise d’air. A prendre avec

modération. VI. La première

n’est pas toujours bonne. Vers

grec. Trouvé dans l’erreur. VII.

Protections rapprochées.

Mesures prises sur le terrain.

VIII. Reste à l’écart. Protecteur

des espèces. IX. Voyelles. Le

petit est souvent serré. X. Pas

facile à toucher.

Solution du n° 08 - 136

Horizontalement

I. Hauts de-forme. - II. Usnée.

Pubien. - III. Miséreuse. UV. -

IV. On. Sincérité. - V. Ria. Nie.

Eger. - VI. Iéna. Ver. - VII.

Snober. Akène. - VIII. Dotes. Iu.

- IX. Elira. Pipier. - X.

Syndicaliste.

VERTICALEMENT

1. Peut reprendre du service. 2.

Etoiles de mers. 3. Grand des

forêts américaines. Mise en rapport.

4. Alouette africaine. Droit

à l’entrée du cimetière. 5. Pour

suivre ses affaires quotidiennes.

6. Bien arrivée. Sorties du

néant. Facilite le tirage. 7.

Personnel. Appelée quand ça va

mal. 8. Préposition. Révolté. 9.

Belle mais tristement monotone.

Propos puéril. 10. Similaire.

Suiveur imbécile. 11. Sans voile.

Page d’histoire. Propos de la

France d’en haut. 12. Travaille

dans les fonds.

Philippe Dupuis

Verticalement

1. Humoristes. - 2. Asinien. Ly. -

3. Uns. Anodin. - 4. Tees. Abord.

- 5. Serin. Etai. - 6. Enivré. - 7.

Epucée. Spa. - 8. Fuse. Râ. Il. - 9.

Obère. Képi. - 10. Ri. Igné. Is. -

11. Meute. Niet. - 12. Envergeure.

SUDOKU Nº 806 Solution du n o 805

9 4 1

4 5

8 7 6 5

9

2 7 1

3 9 1 5 2

3 9

2 5 4

8 6

Réalisé par Koalog (http://sudoku.koalog.com)

Un jeu pour chaque jour

Lundi daté mardi Affaire de logique

Mardi daté mercredi Scrabble

Mercredi daté jeudi Bridge

Vendredi daté Samedi L’art en question

Samedi daté dimanche-lundi Echecs

LOTO Nº 47

5 4 6 9 1 7 2 3 8

7 1 9 2 8 3 4 6 5

2 3 8 6 4 5 9 1 7

9 2 3 7 5 4 1 8 6

4 7 5 8 6 1 3 2 9

8 6 1 3 9 2 7 5 4

3 9 2 5 7 6 8 4 1

6 8 4 1 3 9 5 7 2

1 5 7 4 2 8 6 9 3

Difficile

Complétez toute la

grille avec des chiffres

allant de 1 à9.

Chaque chiffre ne doit

être utilisé qu’une

seule fois par ligne,

par colonne et par

carré deneufcases.

Le Loto

Les résultats sont

publiés dans cette page

dans nos éditions datées

dimanche-lundi, mardi

et vendredi

Résultats des tirages effectués mercredi 11 juin.

Premier tirage : 6, 7, 9, 35, 45, 46 ; complémentaire : 1. Rapports pour

6 numéros : 741 916,00 ¤ ; 5 numéros et complémentaire : 5 984,10 ¤ ;

5 numéros : 1 227,10 ¤ ; 4 numéros et complémentaire : 45,40 ¤ ; 4 numéros

: 22,70 ¤ ; 3 numéros et complémentaire : 4,00 ¤ ; 3 numéros : 2,00 ¤.

Second tirage : 22, 25, 26, 35, 45, 47 ; complémentaire : 31. Rapports

pour 6 numéros : 1 597 586,00 ¤ ; 5 numéros et complémentaire :

8 626,80 ¤ ; 5 numéros : 1 238,20 ¤ ; 4 numéros et complémentaire :

52,80 ¤ ; 4 numéros : 26,40 ¤ ; 3 numéros et complémentaire : 5,20 ¤ ;

3 numéros : 2,60 ¤. Joker : 5 579 883

Temps prévu ce week-end en Europe

Légende

Pictogramme de

la journée

Ville Samedi Dimanche Lundi

Amsterdam

Athènes

Barcelone

Berlin

Bruxelles

Budapest

Copenhague

Dublin

Florence

Genève

Istanbul

Lisbonne

Londres

Madrid

Moscou

Prague

Reykjavik

Rome

Séville

Stockholm

Venise

Vienne

beau


14°


19°

17°

29°

16°

21°


21°


16°

13°

18°


18°

10°

14°

15°

22°


19°

15°

33°

13°

23°


18°

18°

26°

15°

29°


19°


15°

15°

25°

18°

36°

10°

19°

15°

20°


22°

éclaircies

pluie modérée

Température matin

Température après-midi

10°

19°

17°

30°

17°

23°

14°

19°

11°

17°

13°

25°

10°

19°


15°

12°

25°

10°

17°

19°

30°

17°

22°


19°

18°

24°

17°

25°

11°

18°


12°

12°

24°

22°

36°


20°

13°

23°


25°


19°

16°

29°

17°

25°


22°


19°

15°

27°


17°


15°

14°

26°

12°

18°

14°

30°

14°

21°

11°

20°

14°

26°

10°

25°

10°

20°


13°

16°

26°

18°

32°

12°

18°

16°

22°

15°

18°


Ecrans

0123

Vendredi 13 juin 2008 27

Télévision

« C dans l’air » passe

l’été sur France 5 avec

Thierry Guerrier

A partir du 30 juin, Thierry Guerrier,

qui anime « C à dire ? ! » sur

France 5 du lundi au vendredi,

prendra le relais d’Yves Calvi à la

présentation du magazine

« C dans l’air ». L’émission reste

à l’antenne tout l’été, du lundi au

vendredi à 17 h 45, avec des reportages

inédits liés à l’actualité.

Canal+ retenue pour

la haute définition

La chaîne cryptée Canal+ a obtenu,

mardi 10 juin, le canal pour

une diffusion en haute définition

(HD) qu’elle avait sollicité

auprès du Conseil supérieur de

l’audiovisuel (CSA). Canal+ était

l’unique candidat à ce canal réservé

à une télévision payante.

Selon le CSA, la chaîne s’est engagée

à diffuser «l’essentiel de ses

programmes» en haute définition

«entre 14 heures et minuit»,à

compter de 2012. Le CSA avait

déjà attribué deux canaux en HD

aux chaînes privées TF1 et M6.

Par ailleurs, deux chaînes publiques,

France 2 et Arte,

avaient préempté des canaux

pour une diffusion en HD.

Selon le CSA, l’offre de haute définition

comprendra donc «dès cette

année» cinq chaînes sur la télévision

numérique terrestre

(TNT): TF1 HD, M6 HD, F2 H