illuMiNENT la ViE DE MilliERs D'aFGhaNs - UNDP Afghanistan

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illuMiNENT la ViE DE MilliERs D'aFGhaNs - UNDP Afghanistan

Programme des Nations Unies pour le développement

Tribune du Développement

1 er mai 2013

Au service

des peuples

et des nations

Numéro sur l’Afghanistan

À l’intérieur de la microcentrale

hydroélectrique, dans le village de

Kata Qala. (Joel van Houdt/PNUD)

DES MICROCENTRALES ÉLECTRIQUES

ILLUMINENT

LA VIE DE MILLIERS

D’AFGHANS

Mujib Mashal

Borghaso, province de Bâmiyân—

À onze ans, Mohammed Nasim, qui est

en sixième année d’études, se lève tous

les matins à 5h30 pour suivre un cours

d’informatique dans une salle de classe

improvisée, dans le village de Borghaso

(province de Bâmiyân), au nord-ouest

de Kaboul. Il dessine une maison avec

Microsoft Paint, la colorie et tape son

nom dans un coin du document, sous le

regard attentif de son jeune professeur.

Mohamed a les mains sèches et gercées

à cause du froid.

À l’extérieur, un peu plus loin, les

agriculteurs s’efforcent de rentrer leurs

récoltes de blé avant l’arrivée d’un

hiver rigoureux. Au loin, les sommets

des montagnes déjà couverts de neige

brillent au soleil.

Mohammed fait partie des 46

personnes (28 enfants et 18 adultes) qui

assistent à ce cours d’informatique. Si la

salle de classe, récemment construite,

est un don d’un ancien du village, une

telle initiative n’aurait jamais pu voir le

jour dans cette province, dépourvue de

réseau d’électricité, sans la mise en place

VERS UN SYSTÈME

DE NOMINATION

FONDÉ SUR LE MÉRITE

PAGE 4

de microcentrales hydroélectriques. En

Afghanistan, la consommation d’électricité

par habitant est l’une des plus faibles

au monde. En 2007, seulement 7 % de

la population avait accès à l’électricité,

d’après les chiffres du gouvernement.

Depuis, ce chiffre est passé à près de

30 %, grâce à une hausse des importations

d’électricité ainsi qu’à la construction

de centrales hydroélectriques et à

panneaux solaires. L’électricité importée,

qui couvre plus de la moitié de la

consommation du pays, n’arrive cependant

pas jusqu’à la province de Bâmiyân.

C’est pourquoi le Programme des

Nations Unies pour le développement

(PNUD) a financé la construction de

18 microcentrales hydroélectriques

dans cette région, avec un budget de

997 000 dollars, financé en partie grâce

à la générosité des Gouvernements du

Danemark, du Japon, de la Norvège

des Pays-Bas, ainsi que l’Union européenne.

À l’heure actuelle, la production

d’électricité des centrales avoisine les

196 kilowatts et couvre les besoins de

2 163 foyers, bénéficiant ainsi à plus de

15 000 personnes.

Si ces centrales ont apporté des

QUAND DÉMOCRATIE

LOCALE VA DE PAIR

AVEC DÉVELOPPEMENT

PAGE 6

améliorations concrètes dans la vie

des villageois, qui en dépendent

maintenant pour leur accès à l’électricité,

elles ont aussi permis de créer

des emplois sur place, d’améliorer les

relations avec le Gouvernement afghan

et de fournir une source d’énergie

écologique et durable. Dans un pays

où une grande partie de la population

dépend du kérosène, du bois et de

la bouse de vache pour se chauffer et

s’éclairer, ces centrales constituent une

alternative propre et plus saine, car

elles éliminent la fumée à l’intérieur

des habitations. Selon l’Organisation

mondiale de la Santé, presque deux

millions de personnes dans le monde

décèdent chaque année prématurément

des suites de maladies imputables

à la pollution de l’air intérieur

produite par les combustibles solides

utilisés par les ménages.

Dans le cas de la centrale hydroélectrique

de Borghaso, la mise en œuvre du

projet de construction a demandé à la

choura (assemblée traditionnelle réunissant

les anciens du village et les chefs religieux)

huit mois de travail, pour un coût

total de 62 064 dollars. SUITE À LA PAGE 2

LES NOUVEAUX

CONSEILS DE

L’ENVIRONNEMENT

CHANGENT LA DONNE

DANS LES PROVINCES

AFGHANES

PAGE 7

BIENVENUE

Ajay Chhibber rencontre S.E.M. Khalili, vice-président de la République

islamique d’Afghanistan (PNUD Afghanistan/Sayeed Farhad Zalmai)

Chers lecteurs,

J’ai le grand plaisir de vous présenter ce numéro de la Tribune du

développement. Nous avons voulu vous présenter un autre regard sur

l’Afghanistan en mettant à l’honneur les hommes et les femmes qui relèvent

de nombreux défis pour apporter des changements positifs et faire évoluer

les mentalités dans ce pays. Le PNUD est fier de contribuer à cette évolution.

Vous y trouverez des articles sur les projets mis en œuvre en Afghanistan

à des échelles plus ou moins importantes. Ils ont pour point commun de

refléter l’aspiration de tout un peuple à améliorer la situation du pays. Les

rêves et les espoirs des Afghans rejoignent les valeurs centrales du PNUD

et sa mission en matière de réduction de la pauvreté, de gouvernance

démocratique, de prévention des crises et de relèvement, d’environnement

et de développement durable. Le peuple afghan est curieux, et il a soif de

connaissances et de nouveaux défis. Le soutien apporté par des gouvernements

et des organisations caritatives de partout dans le monde a joué

un rôle essentiel dans ces efforts. Et les choses avancent, comme vous le

verrez dans ce numéro consacré à l’Afghanistan, si vous prenez le temps de

le parcourir et de lire les différents témoignages. Nous vous souhaitons une

bonne lecture et espérons que vous n’hésiterez pas à nous faire part de vos

suggestions, commentaires ou idées.

Cordialement,

Ajay Chhibber

Sous-secrétaire général, Administrateur assistant du PNUD et

Directeur du Bureau régional pour l’Asie-Pacifique

Numéro sur l’Afghanistan

La Tribune du développement 1


GÉRER LA

TRANSITION EN

AFGHANISTAN

REBECA GRYNSPAN, ADMINISTRATRICE ASSOCIÉE DU PNUD

Alors que l’échéance du retrait des forces

internationales d’Afghanistan, annoncé

pour 2014, se rapproche, le système des

Nations Unies et les autres organisations

mondiales présentes sur place peuvent

s’attendre à jouer un rôle plus important

aux côtés du Gouvernement afghan

dans la gestion de la transition et après

celle-ci. Présent dans le pays depuis

50 ans à travers la mise en œuvre d’activités

de développement, le Programme

des Nations Unies pour le développement

(PNUD) a, dans cette perspective,

une mission délicate à mener.

L’Afghanistan est le pays où nous avons

mis en place notre programme le plus

vaste. Nous nous sommes engagés à

être présents sur la durée et comptons

renforcer notre collaboration avec les

autorités et la population dans l’espoir

de bâtir une nation plus forte.

Depuis 2001, l’un des principaux axes

de notre mission a été le soutien au Fonds

d’affectation spéciale pour le maintien

de l’ordre (LOTFA), un programme

mis en œuvre au niveau du ministère

afghan de l’Intérieur. Grâce à ce Fonds,

le pays a pu se doter de forces de police

dont les effectifs atteignent aujourd’hui

140 000 agents, et ce malgré les

problèmes de sécurité et les risques

ÉDITORIAL

opérationnels. Dans les mois et les

années à venir, le PNUD collaborera

étroitement avec le ministère de l’Intérieur

pour accroître l’efficacité opérationnelle

et la transparence du LOFTA

afin qu’il puisse continuer d’apparaître

comme un rempart contre les menaces

pesant sur la stabilité du pays.

Outre l’appui apporté au LOFTA, le

PNUD gère des projets de développement

dans les 34 provinces du pays,

en collaboration avec le gouvernement

et des organisations de la société civile.

L’objectif est de favoriser une transition

pacifique, à mesure que la participation

des institutions nationales et locales

dans le programme de développement

du pays, la gestion de l’économie

et la gouvernance progresse. Depuis

2002, le PNUD a ainsi mené à bien

avec le Gouvernement afghan plus de

2 300 projets d’infrastructures rurales.

Ceux-ci ont amélioré la vie de plus de

14 millions d’habitants et créé près de

3,8 millions de journées de travail, par

le biais d’un programme « Argent contre

travail ». Grâce aux efforts déployés,

presque 1,6 million d’Afghans ont

maintenant accès à l’eau potable et

132 000 habitants des zones rurales

ont accès à l’électricité pour l’éclairage,

l’éducation et l’agriculture grâce à un

réseau de microcentrales hydroélectriques

soutenu par le PNUD.

Fort de ces expériences et conscient

des besoins exprimés par les Afghans, le

PNUD va progressivement recentrer son

action en matière de développement

sur trois domaines clés : la consolidation

de la gouvernance démocratique,

notamment les élections, l’amélioration

de la condition de la femme et la création

d’emplois pour les jeunes.

Dans le domaine de la gouvenance,

notre organisation a contribué à reconstruire

et à rétablir les institutions du pays,

notamment la Commission électorale

indépendante et le Parlement. Alors que

la responsabilité du processus électoral

est progressivement transférée à la

Commission électorale indépendante,

le PNUD lui fournit une assistance pour

améliorer les méthodes d’identification

des électeurs et élargir la participation

démocratique en vue des élections présidentielles

de 2014, à la lumière des enseignements

des précédentes élections. Il

met également en œuvre des actions pour

renforcer l’administration au niveau des

provinces et des localités.

Après plus de 30 années de conflits,

l’Afghanistan reste confronté à d’énormes

problèmes de développement, dont

beaucoup sont liés à l’amélioration de

la situation des femmes. Tant que des

progrès significatifs dans ce domaine

n’auront pas été enregistrés, aucune

avancée ne sera possible sur le plan des

indices de développement humain, qui

figurent pour l’Afghanistan parmi les plus

bas au monde. C’est la raison pour laquelle

le PNUD fera de la question de l’egalite

entre les sexes un axe fondamental de

tous ses programmes de developpement.

Dans le cadre du LOFTA, il a ainsi contribué

au recrutement et à la formation de 1 500

femmes policiers, et lancé dans les médias

une vaste campagne de sensibilisation

pour convaincre la population du rôle

déterminant que les femmes ont à jouer

dans le renforcement de la sécurité de

leurs communautés.

Même s’il reste beaucoup de chemin

à parcourir pour parvenir à l’égalité entre

les sexes en Afghanistan, les femmes

participent activement à la prise de décisions

à plusieurs niveaux. Les femmes

occupent plus de 27 % des sièges au

Parlement et la participation de la société

civile a progressé ces dernières années.

Néanmoins, garantir aux femmes un rôle

dans les décisions politiques demeure

problématique, en particulier dans les

négociations de paix.

Dans un pays où 46 % de la population

a moins de 15 ans, l’emploi des

jeunes et leur participation à l’économie,

la société civile et la gouvernance sont

essentiels. À la lumière des soulèvements

populaires au Moyen-Orient,

pour la plupart menés par des jeunes

désœuvrés, le PNUD est particulièrement

attentif au désarroi de la jeunesse

afghane, qui représente elle-aussi un

risque de troubles sociaux. Frustrés et

privés d’opportunités, ces jeunes constituent

également des cibles idéales

pour les groupes d’insurgés. Dans un

tel contexte, le PNUD souligne la nécessité

d’aider le Gouvernement afghan à

concevoir de stratégies en direction des

jeunes. Grâce à son aide, le ministère

de la Jeunesse a entamé un dialogue

avec des partenaires du secteur privé

pour permettre aux jeunes d’accéder

à des formations professionnelles. Ces

dernières années, quelque 200 000

jeunes Afghans ont pu ainsi bénéficier

d’une formation professionnelle ou

d’autres types de formation.

Le PNUD est convaincu que l’avenir

de l’Afghanistan, son développement

et sa sécurité sont entre les mains de

son peuple, connu pour sa fierté. Nous

attendons avec impatience le jour où

notre présence à une large échelle ne

sera plus nécessaire et où nous pourrons

annoncer, nous aussi, notre retrait

du pays. D’ici là, nous continuerons

d’œuvrer aux côtés du gouvernement

et du peuple afghan pour jeter les bases

d’un avenir sûr et paisible pour tous. •

L’Afghanistan est le pays où nous avons mis en place notre

programme le plus vaste. Nous nous sommes engagés à être présents

sur la durée et comptons renforcer notre collaboration avec les autorités

et la population dans l’espoir de bâtir une nation plus forte.

TABLE DES MATIÈRES

1

2

3

Pour

4

Pour

5

Les

5

On

6

Quand

7

Les

8

L’Afghanistan

Des microcentrales

hydroélectriques

illuminent la vie de

milliers d’Afghans

Éditorial : Gérer la

transition en

Afghanistan

une police

de proximité

un système de

nomination fondé sur

le mérite

dignitaires

religieux invoquent

l’Islam pour aider

les femmes

recrute :

femmes policiers

démocratie

locale va de pair avec

développement

nouveaux conseils

de l’environnement

changent la donne

dans les provinces

afghanes

en chiffres

2 La Tribune du développement Numéro sur l’Afghanistan

Publié par le

Programme des Nations Unies

pour le développement

Bureau régional pour l’Asie et le Pacifique

Équipe éditoriale

Nicholas Rosellini, Deodat Maharaj,

Satinder Bindra, Pernille Mortensen,

Trygve Olfarnes, Kumar M Tiku,

Lamine Bal, Megan Cossey et

Maureen Lynch

One United Nations Plaza

New York, NY 10017, USA

Les articles peuvent être reproduits

librement à condition que la source

soit indiquée.

MAQUETTE

Suazion, Inc.

traduction

Julie Perry

impression

Consolidated Graphics

Imprimé sur papier recyclable grâce

à un procédé écologique.

Au service

des peuples

et des nations

Le PNUD forge des partenariats à tous les

niveaux de la société pour aider à construire des

nations résilientes, afin de mener à bien une

croissance qui améliore la qualité de vie

de chacun. Présents dans plus de 170 pays et

territoires, nous offrons une perspective

mondiale et des connaissances locales

au service des peuples et des nations.

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Twitter.com/undp

DES MICROCENTRALES

ÉLECTRIQUES

ILLUMINENT LA VIE DE

MILLIERS D’AFGHANS

SUITE DE LA PAGE 1

Les 12,7 kilowatts produits par la centrale

permettent d’approvisionner en électricité

160 familles, soit 1 120 personnes.

Confier la responsabilité des projets aux

chouras assure un degré élevé d’appropriation

par la population locale, une

condition préalable pour garantir que les

centrales soient réellement utiles et que

les communautés qui les ont construites

les entretiennent.

Outre la supervision et la coordination

des travaux, les chouras sont chargées

de mettre en place une tarification

Fillette assistant à un cours d’informatique dans une salle de classe improvisée,

au village de Borghaso, dans la province de Bâmiyân. (Joel van Houdt/PNUD)

après l’ouverture des centrales, afin

qu’elles deviennent autosuffisantes sur

le plan financier. À Borghaso, l’électricité

est facturée chaque mois 90 centimes par

ampoule et 1,70 dollar par poste de télévision.

Les paiements sont encaissés par

le trésorier de la choura. Ils permettent

de financer le salaire mensuel des deux

électriciens assurant le fonctionnement

de la centrale, lesquels ont été formés

lors d’une formation de 15 jours organisé

par le PNUD dans la capitale de la

province. L’argent restant est mis sur un

compte d’épargne pour financer d’éventuelles

réparations.

Si le soir, l’électricité constitue à

présent une alternative bon marché aux

lampes à huile et aux poêles à bois, réduisant

les coûts d’éclairage de presque

90 % et éliminant la pollution à l’intérieur

des habitations, les populations

bénéficiaires s’efforcent d’imaginer des

solutions originales pour utiliser également

l’électricité pendant les heures

creuses. Le cours d’informatique de

Borghaso en est un exemple, même si les

effectifs demeurent faibles en raison des

frais d’inscription de 10 dollars par élève,

une somme encore très élevée dans ce

village pauvre.

« De nos jours, le savoir et les technologies

occupent une place déterminante »,

explique Mohamed Hakim, chef de la

choura de Borghaso et dont la fille, qui

est en deuxième année, est inscrite au

cours. « Oui, les frais sont assez élevés,

mais les parents acceptent de les payer

parce que nos enfants devront pouvoir

se défendre sur le marché du travail. »

Dans le district de Sia-Khak, situé à

20 minutes de route environ de

Borghaso, la choura SUITE À LA PAGE 3


DES MICROCENTRALES

ÉLECTRIQUES

ILLUMINENT LA VIE DE

MILLIERS D’AFGHANS

SUITE DE LA PAGE 2

locale a décidé de construire un

moulin relié à sa microcentrale hydroélectrique.

Il a la capacité de moudre

1 100 kilos de blé par jour et son

utilisation coûte un kilo de blé pour

10 kilos moulus.

Dans le village de Kata Qala (district

de Yakawlang), à près d’une heure

et demie de route de la capitale de la

province, la choura a organisé un cours

d’informatique pour utiliser en journée

l’électricité produite par la centrale

hydroélectrique locale. Ce cours,

dispensé à deux horaires différents,

permet à près de 30 élèves d’acquérir

des compétences informatiques de

base, pour un tarif mensuel de 5 dollars.

La centrale électrique de Kata Qala a

été construite en 2010 et la choura a

d’ores et déjà épargné 2 000 dollars sur

les recettes perçues, déduction faite

des salaires des électriciens.

À l’une des réunions qui se tiennent

régulièrement dans le village,

Nabi Muzzafari, représentant du ministère

afghan du Relèvement rural et

du Développement et partenaire du

PNUD sur le terrain, a plaidé pour la

mise en œuvre de plusieurs projets

qui, selon lui, peuvent apporter des

changements concrets et positifs pour

l’économie locale.

« Vous devez garder un peu d’argent

de côté pour parer aux éventuelles

pannes au niveau de la centrale,

mais pourquoi ne pas ouvrir un cours

d’anglais ou d’alphabétisation pour les

adultes avec le reste ? a-t-il demandé

aux autres participants. Ou mieux,

pourquoi ne pas construire une petite

usine de tissage de tapis ? Apprenez

à une dizaine de personnes à tisser et

leur situation financière sera radicalement

transformée. »

POUR UNE POLICE

DE PROXIMITÉ

Le colonel Noor Agha Ibrahimkhail,

chef de la police du district de Farza,

rencontre des chefs de village à Farza,

dans la province de Kaboul. (Photo :

PNUD/Sayeed Farhad Zalmai)

Le soir, l’électricité

constitue à présent

une alternative bon

marché aux lampes

à huile et aux poêles

à bois, réduisant

les coûts d’éclairage

de presque 90 % et

éliminant la pollution

à l’intérieur des

habitations.

L’idée a donné lieu à des échanges

animés, au cours desquels les membres

de la choura et Nabi Muzzafari ont

évalué les avantages des différents

projets qu’ils pouvaient mettre en

œuvre avec l’argent économisé. Tous

ont compris que les microcentrales

hydroélectriques ne servaient pas

uniquement à éclairer la nuit les habitations

des paysans pauvres, mais

qu’elles avaient également un rôle

majeur à jouer dans le développement

de l’économie locale, pour certaines

des communautés les plus démunies

du pays. •

Abdul Hamid, électricien,

travaille dans la microcentrale

hydroélectrique de Borghaso.

(Joel van Houdt/PNUD)

Kumar M Tiku

Farza, province de Kaboul — Le

colonel Noor Agha Ibrahimkhail, chef

de la police du district de Farza, situé à

45 kilomètres au nord de Kaboul, est un

officier expérimenté qui, tout au long

de sa carrière, a souvent été confronté

à la violence et au chaos. Comparé à ses

précédentes affectations, Farza est un

havre de paix et de tranquillité.

« La principale différence ici, c’est

que la population écoute les anciens.

Les messages que nous faisons passer

par leur intermédiaire sont facilement

acceptés par la communauté. C’est

incroyable, je n’ai jamais vu ça ailleurs »,

explique-t-il.

En septembre 2009, le Gouvernement

afghan, soutenu par le PNUD, a organisé

des actions de sensibilisation en direction

des communautés de huit districts

du nord de la province de Kaboul.

L’objectif était de renforcer les liens entre

la population et les forces de police.

Les districts de la ville de Kaboul, Mir

Bacha Kot, Kalakan, Guldara, Deh Sabz,

Qarabagh, Shakardara et Istalif ont été

les premiers à en bénéficier. L’initiative

de police de proximité Police-e-Mardumi

s’inscrit dans la plus recente stratégie

de l’Afghanistan en matière de police

nationale. Elle est soutenue par la Suisse

et les États-Unis.

Dans un contexte général de

méfiance et de dialogue limité entre

la population et les forces de police, le

modèle de police de proximité de Farza

fait figure d’exemple. Il permet de revaloriser

l’image des agents de police et leur

rôle de protecteurs à visage humain. Le

chantier engagé - renforcer l’État de droit

en Afghanistan - est immense. Outre la

province de Kaboul, le projet a été mis

en œuvre dans les régions de Herat et

Jalalabad, et devrait être étendu à 60

districts et 15 provinces supplémentaires.

Des formations assez poussées

devront être organisées pour que

les agents de police et la population

intègrent le concept de police orientée

vers la communauté. Pour gagner la

confiance de la population, il a d’abord

fallu présenter les forces de police

locales aux dirigeants communautaires,

notamment les membres élus des

conseils de développement communautaire

et des assemblées de développement

des districts, les chefs religieux

et la choura locale.

Haji Mohammad Hanif, chef (Malik)

du village de Qalai Salim Khan, dans

le district de Farza, explique que grâce

à l’initiative Police-e-Mardumi et à des

entretiens réguliers avec le colonel

Ibrahimkhail, la sécurité s’est considérablement

améliorée. Ce changement a

eu pour résultat d’accélérer la construction

des infrastructures de base (routes,

écoles et centres de santé) dans tout

le district.

« Nos rencontres hebdomadaires avec

le gouverneur du district et le chef de la

police ont servi de cadre pour évoquer les

menaces, analyser l’activité des insurgés et

trouver ensemble des solutions, raconte-til.

Nous ne laisserons pas les insurgés infiltrer

nos villages s’ils menacent nos vies et

nos infrastructures. »

Raz Mohammad, un commerçant

local, rejoint l’avis du chef du village.

« Contrairement à d’autres régions du

pays, nous n’avons jamais eu à fermer

nos établissement à cause de la criminalité

et de la violence. Pas l’année dernière,

en tout cas et tout cela, grâce au rôle

joué par les chefs de notre communauté

et la police locale, qui collaborent pour

assurer la paix au quotidien ici, à Farza. »

À Farza, le principal défi en matière

de sécurité tient à sa situation géographique.

Le district est entouré de

montagnes et du fait de l’éparpillement

des troupes, les Taliban peuvent

facilement occuper l’un des sommets

environnants et lancer des attaques

sur le district. Ces derniers restent en

effet très largement présents dans un

district voisin, plus à l’ouest, déchiré par

les conflits.

Au cours des cinq derniers mois,

les combattants taliban ont posé des

mines dans des zones inhabitées. Grâce

à la coopération de jeunes de la communauté,

celles-ci ont été identifiées et

désamorcées avant d’être détruites. Le

chef de la police attribue quant à lui

les progrès enregistrés au niveau de

la sécurité du district, modestes mais

significatifs, aux liens étroits noués entre

la police et les communautés.

« Ce qui est pratique, dans cette

coopération entre la communauté et la

police, c’est que nous nous connaissons

tous », note Bahloul, un ancien de la

communauté très respecté qui ne porte

qu’un seul nom. Selon lui, les problèmes

rencontrés par les femmes sont régulièrement

abordés lors des réunions organisées

au niveau des districts.

« Au niveau des villages, les femmes

sont représentées aux conseils des

chouras. Les représentants des chouras

qui siègent au comité du district attirent

l’attention des représentants du district

sur leurs problèmes », explique-t-il.

Les chefs de la communauté reconnaissent

que la police a amélioré la

sécurité des filles dans les écoles,

les cliniques et d’autres institutions

publiques. Le district de Farza compte

quatre lycées pour filles, cinq écoles du

deuxième cycle et six écoles du premier

cycle, pour 61 000 habitants. Dans les

centres de santé locaux, les femmes

travaillent même de nuit.

« Ce district a une tradition de

respect envers les femmes, indique Haji

Mohammad Hanif. Nous faisons preuve

de fermeté pour les crimes commis à

leur encontre. »

Si les anciens de la communauté et

les Oulémas (chefs religieux) ont apporté

au gouvernement leur aide pour lutter

contre la petite criminalité et favoriser

les progrès en matière de développement,

reste encore à fournir aux forces de

police un équipement approprié et à les

former, pour pouvoir réagir plus efficacement

aux menaces externes, fait cependant

remarquer Haji Mohammad Hanif.

Les habitants, eux, reconnaissent que

les vols ont diminué.

« Ce qui nous occupe surtout, ce sont

les problèmes liés aux disputes familiales.

La plupart sont liés à la pauvreté

et au chômage. S’il y avait davantage

d’emplois pour les jeunes, ils ne rejoindraient

pas le camp des insurgés. Cela ne

pourrait qu’avoir des effets positifs sur la

sécurité », indique-t-il.

Le Gouvernement afghan soutient

cette nouvelle approche du maintien

de l’ordre. Lors d’une réunion qui s’est

tenue récemment avec des diplomates

étrangers à Kaboul, le ministre de

l’Intérieur, Ghulam Mujtaba Patang, a

préconisé la création d’une force de

police civile qui inclurait des agents

non armés, une transformation qui,

selon lui « réduirait la distance entre la

population et la police. » •

« Nos rencontres hebdomadaires avec

le gouverneur du district et le chef de la

police ont servi de cadre pour évoquer

les menaces, analyser l’activité des

insurgés et trouver ensemble des

solutions. Nous ne laisserons pas les

insurgés infiltrer nos villages s’ils menacent

nos vies et nos infrastructures. » –

Haji Mohammad Hanif, Malik du

village de Qalai Salim Khan

Numéro sur l’Afghanistan

La Tribune du développement 3


Pour UN SYSTÈME DE NOMINATION

FONDÉ SUR LE MÉRITE

Le PNUD a soutenu la création du premier réseau de femmes membres des

conseils provinciaux dans le nord de l’Afghanistan. (PNUD Afghanistan)

Duncan Keith Wilson

Kaboul—Sayra Shakib Sadat était une

jeune étudiante issue d’une famille analphabète

et vivait dans un village isolé

du nord de l’Afghanistan lorsque les

combats entre les dirigeants politiques

et les moudjahidins ont éclaté au début

des années 1980.

Les combattants se sont livrés à des

actes brutaux d’extorsion et de violence,

et les services publics de santé et d’éducation

atteignaient rarement son village

de Zargar-khana ainsi que d’autres

zones du nord du pays, également en

proie aux conflits.

Vingt ans plus tard, Shakib, devenue

enseignante dans cette même province

de Jawzjan, a connu une répression similaire,

cette fois sous le régime taliban.

« J’ai traversé une période extrêmement

difficile, raconte Shakib,

aujourd’hui âgée de 50 ans. Depuis mes

années d’étude, la fonction publique

est un domaine qui me passionne.

J’espérais que les personnes occupant

ces postes fassent preuve d’honnêteté,

et se mettent réellement au service

de la communauté et du peuple.

Mais mon expérience de l’administration

a été marquée par les combats,

et j’ai abandonné tout espoir. »

se souvient-elle.

Sayra Shakib Sadat, Gouverneur du district de Khuwaja Do Koh,

est la seule femme parmi ses homologues. Elle a été nommée

dans le cadre d’un système de nomination fondé sur le mérite,

mis en place avec l’appui du PNUD. (PNUD Afghanistan)

Et pourtant en janvier 2013, à l’issue

d’une cérémonie de prestation de

serment, Shakib est devenue gouverneur

de district, seule femme parmi les

61 nouveaux gouverneurs de district et

les 15 gouverneurs adjoints de province

nommés dans le cadre d’un système de

nomination fondé sur le mérite.

Tous ont juré de promouvoir la

bonne gouvernance et une prestation

efficace des services, de faire respecter

l’Islam et d’observer la Constitution et

les lois du pays.

Aujourd’hui, ce sont plus de 50 % des

373 gouverneurs de district et la quasitotalité

des 34 gouverneurs adjoints de

province qui ont été recrutés par le biais

d’une procédure transparente et compétitive

mise en œuvre par le Gouvernement

afghan, avec le soutien du PNUD.

Le changement accompli est considérable,

si l’on pense qu’il y a seulement

cinq ans, tous les gouverneurs adjoints

de province et les gouverneurs de district

étaient nommés, pour beaucoup, sur la

base de leur appartenance politique.

Shakib estime que si ce système était

demeuré en place, des candidats issus

de milieux pauvres et isolés comme elle

n’auraient eu aucune chance. Selon elle,

ce système de nomination fondé sur le

mérite « est important pour construire

un avenir meilleur pour la gouvernance

et l’Afghanistan. Il apportera beaucoup

d’espoir au peuple afghan, parce que les

postes iront à des personnes plus diplômées

et plus compétentes. »

Le nouveau processus de recrutement

est mis en œuvre par la Commission

afghane de la fonction publique. Elle

publie dans tout le pays des avis de

vacance de poste, précisant les qualifications

minimales requises en termes

de formation et d’expérience, et proposant

des salaires en adéquation avec la

grille des salaires de la fonction publique

afghane. La Commission travaille avec la

Direction indépendante pour la gouvernance

locale. Ensemble, elles administrent

par l’entremise d’un comité mixte

un examen écrit de gestion et d’administration,

et reçoivent les candidats retenus

en entretien.

Renaud Meyer, Directeur de pays

adjoint du PNUD en Afghanistan, indique

que ces nominations fondées sur le

mérite jouent un rôle capital dans la

promotion de la bonne gouvernance,

notamment dans la perspective de la

transition politique qui débutera en 2014.

« L’État afghan est arrivé, au milieu des

conflits, à une étape cruciale du processus

d’édification nationale. Dans ce contexte,

les représentants du gouvernement au

niveau local sont le maillon essentiel

entre le gouvernement national et les

citoyens. Ils doivent d’abord comprendre

les problèmes que rencontrent les

citoyens à l’échelon local, puis travailler à

la mise en place de solutions. »

En tant que gouverneur de district,

Shakib coordonne et supervise au

niveau du district de Khuwaja Do Koh

(province de Jawzjan) les activités de

services de base, tels que la santé, l’éducation,

la sécurité et la justice. Elle reçoit

de nombreux responsables de services

de base et dirigeants communautaires

dans son bureau, meublé de manière

sommaire.

« Il est important pour moi d’écouter

les gens et de connaître leurs préoccupations

et leurs attentes vis à vis du

gouvernement, explique-t-elle. Nous

devons aider les familles et les communautés

à mieux connaître les autorités

locales. L’un des principaux problèmes

des responsables locaux, est qu’ils ne

sont pas à l’écoute du peuple. »

Lors de la cérémonie de prestation

de serment, organisée avec le concours

du PNUD, Abdul Khaliq Farahi, Directeur

général de la Direction indépendante

pour la gouvernance locale, a qualifié

le système de nomination fondé sur le

mérite d’« événement majeur pour la

gouvernance locale de l’Afghanistan ».

« Les nominations ne dépendent

plus de la tribu, de la race, du sexe

ou de quelconques privilèges, et les

gouverneurs adjoints de province ou de

districts peuvent remplir leur mission de

manière transparente et responsable »,

se félicite-t-il.

Le projet de nomination fondée sur le

mérite du PNUD soutient la gouvernance

locale et la réforme de l’administration

publique, avec pour objectif de donner

aux administrations régionales et locales

les moyens de mener à bien leur mission

de manière efficace, et d’améliorer les

systèmes administratifs ainsi que les

procédures de gestion des résultats.

« Il est important pour moi d’écouter les gens et de connaître

leurs préoccupations et leurs attentes vis à vis du gouvernement.

Nous devons aider les familles et les communautés

à mieux connaître les autorités locales. L’un des principaux

problèmes des responsables locaux, c’est qu’ils ne sont pas à

l’écoute du peuple. » – Sayra Shakib Sadat,

seule femme gouverneur de district en Afghanistan

Une fois nommés, les gouverneurs de

district sont confrontés à de nombreux

problèmes, au premier rang desquels,

le manque de ressources et l’insécurité,

et, dans le cas de Shakib, les critiques

personnelles et le harcèlement.

« L’une des difficultés que je

rencontre, c’est la concurrence des

hommes du district. Cela s’explique

par le fait que les gens pensent qu’une

femme ne peut pas être nommée

représentante au niveau du district. Le

jour où j’ai décidé de servir les gens

et la fonction publique, je savais qu’il

me faudrait affronter des obstacles de

toutes parts, c’est pourquoi j’ai décidé

d’annoncer clairement mes objectifs.

Les problèmes que je dois surmonter

sont nombreux. »

Pour Shakib, nouveau gouverneur

du district de Khuwaja Do Koh, cette

approche fondée sur l’écoute et la

recherche de solutions est fondamentale

pour une bonne gouvernance.

La tâche est délicate, mais elle ne

baisse pas les bras. « Shakib », son

prénom, signifie patience, et son poème

préféré, en dari, rappelle qu’avec de la

patience « une pierre peut se transformer

en joyau. » •

4 La Tribune du développement Numéro sur l’Afghanistan


LES DIGNITAIRES

RELIGIEUX INVOQUENT

L’ISLAM POUR AIDER

LES FEMMES

Sayed Barez, MISSION D’ASSISTANCE DES NATIONS UNIES EN AFGHANISTAN

Kabul—Le Gouvernement afghan fait appel aux mollahs et aux oulémas (clercs et

dignitaires religieux), pour sensibiliser le public aux droits conférés aux femmes par

la loi islamique, dans le cadre d’un programme appuyé par le PNUD.

Ce programme national, mis en œuvre par le ministère du Hadj et des Affaires

religieuses et le ministère des Affaires féminines, demande aux mollahs ainsi qu’aux

autres dirigeants islamiques et communautaires de sensibiliser le public aux conséquences

du mariage précoce, du mariage forcé et de la violence contre les femmes.

Les mollahs, les oulémas et les dirigeants communautaires qui participent au

programme, soutenu par l’Italie et le Royaume-Uni, ont commencé à s’exprimer

sur les actes de violence à l’égard des femmes lors du sermon du vendredi dans

les mosquées.

Leur auditoire, composé exclusivement d’hommes, se voit expliquer les conséquences

négatives de tels actes, conformément aux textes islamiques. On espère

ainsi qu’en impliquant les hommes d’entrée de jeu en tant qu’agents de changement,

il sera possible de commencer à faire évoluer le regard de la société sur le

statut des femmes.

« En Afghanistan, quand on donne aux gens des instructions fondées sur leurs

valeurs religieuses, ils écoutent et les acceptent facilement, explique Mawalwi Abdul

Hanan, l’un des participants. Nous croyons qu’en y associant les chefs religieux, ces

programmes contribueront à réduire la violence domestique. »

Les participants débattent également des questions d’héritage, notamment en

comparant les dispositions du droit islamique sur le droit des femmes en matière

d’héritage à ce qui se passe dans les faits.

La population de l’Afghanistan est composée dans sa quasi-totalité de communautés

traditionnelles, qui se conforment strictement à la culture et aux coutumes

locales. En conséquence, il est fréquent que les gens ne fassent confiance qu’aux

érudits religieux et aux mollahs, qui sont respectés en tant que dirigeants communautaires

sages et honnêtes, gardiens des valeurs de la société.

« Ce type de formation joue un rôle essentiel pour les personnes qui travaillent

comme nous dans la fonction publique et viennent en aide à la population, remarque

Abdul Wasa Antazar, responsable adjoint du district de Rodad dans la province de

Nangarhar. Nous avons beaucoup appris sur les droits des femmes et la violence à

leur encontre, et nous tiendrons compte de ces enseignements dans notre travail

au quotidien. »

Antazar, ses 25 collègues et un groupe d’anciens des villages ont participé à une

formation de 10 jours sur les droits des femmes.

Le programme a démarré à la fin 2009 dans la province de Balkh, dans le nord du

pays. 250 mollahs originaires de cinq districts ont pris part à une série de formations,

d’activités de renforcement des connaissances et de débats participatifs sur les droits

de femmes dans l’Islam. Aujourd’hui, il touche plus de 3 900 communautés et des

dirigeants religieux de six provinces différentes.

Faridullah, 35 ans, a pu entendre ces nouveaux messages concernant les droits

des femmes dans sa mosquée, à Jalalabad, depuis que son mollah a participé à

cette formation.

« Pour ma part, je ne savais pas grand-chose sur les droits des femmes. Depuis

que notre mollah nous en a parlé, j’ai beaucoup appris et j’essaie maintenant d’assister

régulièrement à ses sermons, indique-t-il. Si les mollahs continuent d’en parler,

je suis certain que la violence à l’égard des femmes diminuera considérablement

dans les communautés afghanes. »

Le PNUD œuvre aux côtés du Gouvernement afghan pour prendre en compte les

besoins des femmes, ce qui est d’une importance cruciale pour le développement

du pays. Les autorités gouvernementales se sont engagées récemment à accélérer le

renforcement de la participation des femmes à la fonction publique, pour la porter

à 30 % d’ici 2013. •

Le PNUD apporte son soutien pour

l’organisation de formations sur

la violence sexiste pour les chefs

religieux afghans.

Le lieutenantcolonel

Latifa Bayat

et le capitaine Zohra

Daulatzia échangent

sur leurs expériences

dans la police. (PNUD

Afghanistan)

ON RECRUTE :

FEMMES POLICIERS

Titus Moetsabi

Kabul—Cela fait maintenant quatre

ans que le capitaine Zohra Daulatzia a

intégré la Police nationale afghane, mais

c’est toujours avec une grande fierté que

cette mère de deux fillettes de 10 et 8

ans évoque le jour où elle a réalisé l’un

de ses souhaits les plus chers.

« J’étais excitée à l’idée de porter un

uniforme, à tel point que je me sentais

comme sur un petit nuage. J’étais folle

de joie », raconte-t-elle.

Le cas du capitaine Daulatzia

fait encore figure d’exception en

Afghanistan. Si les femmes représentent

la moitié de la population du pays,

seulement 1 % des agents de police sont

des femmes. Le ministère de l’Intérieur

a pour ambition d’augmenter ce chiffre

pour améliorer la qualité des services

rendus par la police nationale à l’ensemble

de la population.

« Dans les sociétés dominées par les

hommes, on rencontre toujours beaucoup

de problèmes », explique le lieutenant-colonel

Latifa Bayat, Directrice

adjointe de l’Unité pour l’égalité entre

les sexes du ministère de l’Intérieur,

entrée dans la police depuis maintenant

15 ans. « Nos traditions ne permettent

pas aux femmes d’intégrer les forces

de police. Les femmes n’ont pas accès

à l’éducation, d’où leur manque de

compétences, même quand il s’agit de

trouver un emploi dans la police. »

Le PNUD, par le biais de son Fonds

d’affectation spéciale pour le maintien

de l’ordre en Afghanistan et avec le

soutien de ses partenaires au développement,

collabore étroitement avec le

ministère de l’Intérieur, où les équipes

du Fonds sont basées, pour concrétiser

cet objectif. Début 2010, le Fonds et le

ministère ont mis en place un système

visant à permettre à la police nationale

de commencer à recruter des femmes.

Le PNUD et le ministère ont également

lancé une série de campagnes multimédia

à la radio et à la télévision pour

encourager les femmes à postuler.

Une ligne téléphonique a été ouverte

pour les informer et des représentants

de la police, chargés de recruter des

jeunes filles dès la fin de leurs études

secondaires.

Le projet du PNUD propose également

aux femmes policiers, à partir

du grade de lieutenant-colonel, des

formations d’une durée de trois mois

en leadership, gestion, comptabilité

et technologies de l’information. Tous

les agents de police sont dorénavant

formés au nouveau code de conduite

de l’Office des Nations Unies contre

la drogue et le crime, et les femmes

policiers chargées de traiter les cas de

violence domestique bénéficient d’une

formation pour apprendre à analyser les

scènes de crimes, en collaboration avec

la Mission de police de l’Union européenne

en Afghanistan.

Le Fonds d’affectation spéciale pour

le maintien de l’ordre en Afghanistan

du PNUD et le ministère de l’Intérieur

ont mis en place 33 « unités d’intervention

familiale » dans tout le pays.

Dans le cadre de cette politique active

de recrutement, les femmes policiers

qui vont intégrer ces

unités reçoivent également

une formation en

technologies de l’information.

Elles sont sensibilisées

aux exigences de

travail de la police scientifique

et formées à traiter

les pièces à conviction,

interroger les témoins,

victimes et suspects,

recueillir les dépositions

et compiler les dossiers

des différentes affaires.

Les femmes policiers

qui ont participé à ces

formations spécialisées

affirment qu’elles ont eu

pour effet d’améliorer

la prise de décisions au

quotidien, ainsi que leur

connaissance des politiques

et des pratiques,

tout en leur permettant

plus généralement de

gagner en assurance.

Les obstacles à surmonter

demeurent importants. Des campagnes

de recrutement plus efficaces et une

évolution des mentalités au sein de la

police nationale et des communautés

elles-mêmes sont nécessaires pour que

la situation évolue.

« Dans tout le pays, la police nationale

peine généralement à assurer sa propre

sécurité », explique Marina Hamidzada,

spécialiste des questions d’égalité entre

hommes et femmes au Fonds d’affectation

spéciale pour le maintien de l’ordre.

« Pour les femmes policiers, le problème

se pose avec encore plus d’acuité. Elles

ne peuvent même pas patrouiller dans

les rues en uniforme », ajoute-t-elle.

L’expérience montre que l’exercice peut

se solder, pour certaines d’entre elles, de

manière tragique.

D’après le capitaine Daulatzia, qui a

bénéficié elle aussi de formations organisées

dans le cadre du programme, le

principal défi pour ces femmes tient à

la manière dont elles sont perçues par

leurs collègues.

« Même si elles jouissent d’un certain

pouvoir en tant que femmes et peuvent

diriger des services, les femmes policiers

« J’étais

excitée à l’idée

de porter un

uniforme, à tel

point que je me

sentais comme

sur un petit

nuage. J’étais

folle de joie. »

– Capitaine

Zohra

Daulatzia

ont du mal à se débarrasser auprès

de leurs collègues de leur image de

faiblesse, explique-t-elle. Le savoir et le

pouvoir ne sont pas des attributs exclusivement

masculins, c’est ce que nous

essayons de leur faire comprendre au

quotidien. »

En 2011, une enquête d’opinion

sur la police financée par le PNUD a

montré que la contribution des agents

de police féminins, notamment pour

les questions familiales et les affaires

de violence domestique,

était jugée positive. 53 %

des personnes interrogées

étaient favorables

à la présence de

femmes policiers dans

leur communauté. En

août 2012, les effectifs

féminins dans la police

s’élevaient à 1 445 agents

de grades différents, soit

1 000 de plus qu’en

2007, année du lancement

du programme

de recrutement. Parmi

elles, trois généraux de

brigade, 35 lieutenants

et 584 sergents.

On est encore bien

loin de l’objectif du

programme de 5 000

femmes recrutées d’ici

juin 2014. Cependant

le Fonds d’affectation

spéciale pour le maintien

de l’ordre et le Ministère de l’Intérieur

ont convenu d’accélérer le recrutement

tout en axant leurs efforts sur les

obstacles au recrutement des femmes

dans les forces de polices.

« Nous devons mettre en place

un mécanisme de surveillance pour

garantir que les postes destinés aux

femmes ne soient pas pourvus au bout

du compte par des hommes », souligne

de capitaine Daulatzia.

Les femmes membres de la police

nationale peuvent maintenant échanger

sur leur situation et leur métier dans

le cadre de l’Association afghane des

femmes policiers, créée avec le soutien

du Fonds d’affectation spéciale pour

le maintien de l’ordre et du ministère

de l’Intérieur.

Le lieutenant-colonel Bayat, qui a

quinze ans d’ancienneté dans les forces

de police et le capitaine Daulatzia, maintenant

en troisième année d’études de

droit dans une université privée où elle

suit des cours du soir, après son travail,

expliquent que par le biais de l’Association

afghane des femmes policiers,

elles ont pu rencontrer d’autres femmes

fortes, tout aussi capables que leurs

homologues masculins. •

Numéro sur l’Afghanistan

La Tribune du développement 5


QUAND DÉMOCRATIE

LOCALE VA DE PAIR

AVEC DÉVELOPPEMENT

Mohammed Malang Miskinyaar, président de l’Assemblée de

développement du district de Mahmoud Râqi. (Joel van Houdt/PNUD)

Kumar M Tiku

Mahmoud-é-Râqi, province de

Kapisa —À 42 ans, Mushtari, titulaire

d’un diplôme d’études secondaires et

secrétaire de l’Assemblée de développement

du district de Mahmoud Râqi,

à quelque 80 kilomètres au nord de

Kaboul, présente aux autres membres

un projet de construction d’une école

primaire pour filles. Mushtari, qui vient

de participer à un atelier de formation de

six jours sur la conception, le suivi et la

gestion financière d’un projet, s’exprime

avec assurance sur les objectifs du projet,

l’évaluation de la sécurité du village où

serait construit l’établissement et le plan

de travail général du projet.

Malgré la burqa, le voile intégral traditionnel

porté par de nombreuses musulmanes,

qui dissimule son visage, elle

s’exprime avec force et détermination. S’il

ne s’agit en fait que de l’exercice de mise

en pratique qui conclut le programme

de formation soutenu par le PNUD, les

personnes qui écoutent Mushtari avec

respect et attention font elles, réellement

partie de l’assemblée.

Depuis 2006, la quasi-totalité des

districts afghans (388 sur un total de 402)

a désigné et soutenu la mise en place

d’une Assemblée de développement du

district, grâce au soutien apporté par le

PNUD à un programme national visant

à créer des instances de gouvernement

légitimes et responsables à l’échelon

local. Ce programme a également permis

la création, dans plus de 120 districts,

de centres d’information qui ont pour

mission de recueillir et de transmettre au

niveau du district des données fiables et

cruciales sur le développement, ainsi que

sur les aspects sociaux et économiques.

Contrairement aux traditionnelles

jirgas et à d’autres organes de gouvernement

au niveau des villages, les

membres de l’Assemblée sont élus par

la population dont ils doivent défendre

les intérêts. Ils ont pour tâche principale

d’améliorer la qualité, la transparence et

la viabilité des projets de développement

rural sur le long terme. Dans le cadre de

cette initiative, la plupart des nouvelles

assemblées et de leurs membres ont

reçu une formation sur la gouvernance

locale et le règlement des conflits. Ils

ont aussi été sensibilisés à l’importance

de l’égalité entre les sexes, ainsi qu’aux

tenants et aux aboutissants des projets

de développement, depuis la collecte de

fonds et l’acquisition des équipements

nécessaires, jusqu’à la mise en œuvre et

le suivi.

RÉCONCILIER

LES FAMILLES

« En l’absence de système judiciaire

fonctionnel, la population locale préfère

nous solliciter plutôt que les tribunaux

existants pour arbitrer les différends

familiaux et les querelles de voisinage

», explique Mohammed Malang

Miskinyaar, qui, à cinquante ans, préside

l’assemblée du district de Mahmoud

Râqi, où Mushtari occupe la fonction

de secrétaire.

Il ajoute que si les jirgas ont parfois

pris des décisions qui allaient à l’encontre

du droit afghan moderne, le système

d’assemblées de développement des

districts est, lui, conforme à la loi. Tout

aussi important, les assemblées comptent

également des femmes élues, ce qui

permet aux femmes de faire entendre

ouvertement leurs voix pour que leurs

préoccupations soient prises en compte.

Depuis que l’Assemblée de développement

du district a été créée il y a

trois ans, Mushtari, qui habite le village

de Deh Baba Ali dans le district de

Mahmoud Râqi, est passée du statut de

simple membre à celui de secrétaire.

Chaque jour, cette mère de six enfants

consacre bénévolement trois heures de

son temps aux travaux de l’assemblée.

L’une des tâches qui lui tiennent le plus

à cœur est de rencontrer les villageoises

du district individuellement et en groupe

pour s’informer des problèmes qu’elles

rencontrent en vue de les évoquer plus

tard lors des réunions.

Mushtari indique que la pauvreté

est très répandue parmi les femmes du

district, et elle est convaincue du rôle

déterminant qu’a joué l’Assemblée pour

soutenir des projets dont elles sont les

principales bénéficiaires. « Notre assemblée

de développement du district a déjà

beaucoup fait pour mettre en œuvre des

projets qui ont permis aux femmes de

générer des revenus, qu’il s’agisse par

exemple d’apiculture, de transformation

de tomates ou de boulangerie »,

explique-t-elle.

Dans le village de Sufian, situé dans

le district de Mir Bacha Kot (province de

Kaboul), Ghulam Mohiuddin, producteur

de raisin, se félicite de la réussite du

projet de construction d’un canal d’irrigation

de 150 mètres lancé par l’assemblée

locale. Les conflits entre villageois sur la

répartition de l’eau sont maintenant de

l’histoire ancienne, et les rendements

agricoles ont augmenté. Le rendement

de ses vignes atteint aujourd’hui 80 % de

son potentiel, contre 50 % l’an passé. « Ce

canal est une bénédiction », dit-il.

Les membres de l’Assemblée

de développement du district de

Mahmoud Râqi sont fiers des compétences

acquises ces trois dernières

années, que ce soit pour rédiger une

proposition, concevoir un projet, passer

des marchés ou assurer le suivi et la

gestion financière d’un projet.

DES ATTENTES DE PLUS

EN PLUS GRANDES

Miskinyaar, le président de l’Assemblée,

s’inquiète toutefois du fait que les

membres ne touchent pas encore de

salaire et que les financements réguliers

pour assurer le fonctionnement de

l’assemblée manquent toujours.

« Les attentes sont de plus en plus

grandes, et nous passons de longues

heures à traiter les problèmes que nous

signale la population locale, soupire un

membre. La petite subvention de 170

dollars par mois que nous touchons suffit

à peine à couvrir nos besoins quotidiens. »

Le district manque également cruellement

d’argent pour financer bon

nombre de projets mis en œuvre par

son assemblée dans le cadre de son plan

de développement. Avant la création

des assemblées de développement des

districts, seuls quelques projets de développement

existaient en Afghanistan,

et beaucoup pâtissaient de lacunes sur

le plan de l’exécution. Miskinyaar cite

l’exemple d’un projet de production

d’énergie qui a échoué, car il reposait

sur des générateurs diesel trop coûteux

à entretenir.

« Si l’Assemblée de développement

du district devait concevoir un projet

d’énergie, nous nous orienterons vers un

projet de microcentrale hydroélectrique,

qui a plus de chances d’être viable sur

le long terme », explique Waris, viceprésident

de l’Assemblée.

Le succès de ces assemblées en

Afghanistan a accéléré les progrès dans

l’élaboration d’une politique unifiée au

service d’un développement cohérent

et décentralisé à l’échelle du district. Un

récent décret présidentiel a chargé le

ministère afghan de la Réhabilitation

rurale et du développement, partenaire

du PNUD, de fusionner un certain nombre

d’assemblées de développement des

districts avec des chouras pour créer des

Conseils de coordination des districts. Le

PNUD et le ministère pilotent la préparation

des règlements pour la création

de ces nouveaux organes, qui, à terme,

coordonneront le développement et la

gouvernance au niveau des districts. •

Femme travaillant dans une usine de transformation de tomates

située à 80 km au nord de Kaboul. Cette usine a été créée par

l’agence locale de développement du district, dans le cadre d’un

programme d’emploi pour les femmes. (Joel van Houdt/PNUD)

Abdul Waris, vice-président de l’Assemblée de

développement du district de Mahmoud Râqi, prend

la parole lors d’une réunion. (Joel van Houdt/PNUD)

6 La Tribune du développement Numéro sur l’Afghanistan


LES NOUVEAUX CONSEILS DE

L’ENVIRONNEMENT CHANGENT LA

DONNE DANS LES PROVINCES AFGHANES

Shabana, 9 ans et son frère vont chercher de l’eau pour

leur famille à la seule source d’eau de Charikar, le canal

de Joe-e-Projey. (Sayeed Farhad Zalmai/PNUD)

Kumar M Tiku

Char-i-Kar, Parwan Province—

Mohammed Tahir, un mécanicien habitant

la ville de Charikar, dans le nord

du pays, contemple les eaux du canal

qui traverse sa ville et s’inquiète de

ce qu’il adviendra des enfants qui en

boivent l’eau.

« Beaucoup de jeunes vies ont été

fauchées à cause de ce canal. C’est un

vivier de microbes et de maladies », se

lamente-t-il, les larmes aux yeux.

Mohammed ne fait que répéter ce

que les habitants savent depuis des

années. À 70 ans, il est le chef d’une

famille nombreuse, avec huit enfants

et une pléthore de petits-enfants. L’eau

du canal est nocive pour la santé, voire

mortelle dans certains cas.

Pour les quelque 10 000 familles de

Charikar, le canal de Joe-e-Projey, sur

la rivière du Pandjchir, dans la province

de Parwan, est la seule source d’eau. La

croissance économique non durable et

l’absence de réseaux d’égouts ont fini

par assécher et transformer en dépotoir

ses eaux, autrefois propres. La situation

va bientôt changer, car une nouvelle

agence de protection de l’environnement

prévoit de nettoyer le canal et de

lutter contre d’autres problèmes environnementaux,

dans la province de Parwan.

Habib Rahman, 36 ans, travaille dans

un bureau de change et est père de cinq

enfants. « Nous sommes enlisés dans

un bourbier de maladie, de mort et de

pauvreté, dit-il. Lorsque nous amenons

nos enfants chez le médecin, l’eau du

canal est pointée du doigt. Peu d’entre

nous peuvent financer le traitement

médical, de sorte que bien souvent, nous

les laissons mourir. »

Mais le nouveau Conseil consultatif

pour l’environnement de la province de

Parwan, située à 60 kilomètres environ

au nord de Kaboul, entend remédier à

la situation. Il a entamé des discussions

avec les autorités pour entreprendre le

nettoyage du canal.

À l’heure actuelle, 22 provinces

afghanes sur 34 se sont dotées d’un

conseil consultatif pour l’environnement,

grâce à une initiative nationale de

gestion de l’environnement soutenue

par le PNUD, en partenariat avec l’Organisation

des Nations Unies pour

l’Alimentation et l’Agriculture (FAO) et

le Programme des Nations Unies pour

l’environnement (PNUE) et financée par

le Fonds pour la réalisation des objectifs

du Millénaire pour le développement

(F-OMD). Les conseils ont l’obligation

légale, devant le gouvernement central,

de se réunir deux fois par an. Ces conseils

comptent 30 membres, parmi lesquels

figurent notamment des maires, des

responsables d’administrations locales,

des anciens, des oulémas et des représentants

d’organisations de femmes et

de jeunes.

Ils ont pour objectif de jouer un rôle

de conseil et de sensibilisation pour

contribuer à la mise en place de politiques

et de procédures en matière d’environnement

à l’échelle des provinces.

De plus en plus souvent, les projets de

développement et d’infrastructures

dans le pays sont soumis au gouvernement

pour une évaluation sommaire

et publique. Les conseils le déchargent

progressivement de cette responsabilité.

Mohammed Mahfouz Kohistani,

directeur régional pour la province de

Parwan de l’agence nationale de protection

de l’environnement, qui accueille le

conseil consultatif de l’environnement,

explique que son agence assure conjointement

avec le Conseil un suivi étroit de

l’évolution d’une nouvelle implantation

urbaine. Celle-ci se situe à la périphérie

de Charikar et a été baptisée Ahmed

Shah Massoud City, en hommage au

légendaire combattant tadjik.

Il ajoute que l’aménagement de

Massoud City obéit à des normes environnementales

draconiennes. Un réseau

de drainage et un système d’évacuation

des eaux usées ont par exemple été mis

en place. « Ce que nous voulons, c’est

que les habitants de cette ville nouvelle

n’aient plus jamais à payer le prix d’une

négligence chronique de l’environnement

», indique-t-il.

La participation active des nouveaux

conseils provinciaux au processus de

développement a accéléré la prise de

conscience chez les représentants des

pouvoirs publics et des communautés,

des menaces écologiques qui pèsent sur

la province de Parwan.

D’après Abdul Wasih Azizi, représentant

régional du ministère du

Relèvement rural et du développement,

les problèmes environnementaux sont

clairement reflétés et pris en compte

dans chacun des 826 plans d’action des

conseils de développement communautaire,

au niveau des villages. Son

ministère a demandé à tous les Conseils

et à toutes les Assemblées de développement

des districts d’appliquer des

normes environnementales strictes.

Les actions entreprises vont bien

au-delà du nettoyage du canal. La

communauté elle-même participe à un

effort de grande envergure pour reboiser

la région. Les habitants se souviennent

d’une époque où la province était

verdoyante et couverte d’arbres.

« Dans mon enfance, la route de

Kaboul à Parwan était bordée d’imposants

peupliers qui donnaient de l’ombre

de chaque côté, raconte Kefayatullah, 35

ans. Les Russes sont venus et ont procédé

à des coupes massives pour faciliter les

déplacements de leurs troupes. Du jour

au lendemain, nos villages ont perdu

leurs arbres et se sont retrouvés à nu. »

Il y a trois ans, Haji Mohammad

Khalid, président de l’association des

ouvriers qualifiés du district voisin de

Golgondy, et membre du Conseil consultatif

pour l’environnement de la province

de Parwan, a géré un projet qui a permis

de planter plus de 8 000 pins.

« Les jeunes arbres ont été plantés il

y a trois ans et nos bénévoles en

prennent toujours soin. Presque tous ont

survécu », se félicite-t-il.

Mullah Abdul Wasih Safi, représentant

du ministère des Affaires religieuses

et islamiques au niveau de la province,

indique que l’environnement constitue

l’une des principales responsabilités des

oulémas. Selon lui, des versets du Coran

insistent sur la nécessité de protéger l’environnement

et d’encourager l’hygiène

publique.

« Je considère que mon principal

devoir religieux est d’inviter les autres

musulmans à faire tout leur possible

pour protéger notre environnement

fragile », dit-il.

Le Conseil consultatif pour l’environnement

de la province de Parwan est

d’ores et déjà parvenu à convaincre les

entreprises locales d’arrêter de brûler

des pneus et des matières plastiques,

une pratique largement responsable de

maladies respiratoires et particulièrement

répandue dans les boulangeries

et les hammams. Sur la base des recommandations

du Conseil, les autorités de

la province ont pris des mesures sévères

à l’encontre de ces établissements, allant

jusqu’à fermer le plus grand hammam de

Charikar. La plupart des établissements

ont maintenant adopté le gaz naturel

liquéfié comme combustible. •

À l’heure actuelle, 22 provinces afghanes sur 34 se sont

dotées d’un conseil consultatif pour l’environnement, grâce à

une initiative nationale de gestion de l’environnement soutenue

par le PNUD, en partenariat avec la FAO et le PNUE et financée

par le Fonds pour la réalisation des OMD.

Un bénévole examine

l’un des 8 000 pins

plantés à Charikar.

(Sayeed Farhad

Zalmai/PNUD)

« Beaucoup de jeunes vies ont été fauchées à cause de

ce canal. C’est un foyer de microbes et de maladies », se

lamente Mohammed Tahir, un habitant de Charikar âgé

de 70 ans. (Sayeed Farhad Zalmai/PNUD)

Numéro sur l’Afghanistan

La Tribune du développement 7


L’AFGHANISTAN EN CHIFFRES

HIRAT

FARAH

BADGHIS

GHOR

JAWZJAN

FARYAB

SARI PUL

DAY

KUNDI

URUZGAN

BALKH

PANJSHER NURISTAN

Bâmiyân

KUNAR

PARWAN

KAPISA

Kaboul LAGHMAN

kaboul

WARDAK

NANGARHAR

LOGAR

ZABUL

SAMANGAN

GHAZNI

BADAKHSHAN

KUNDUZ

TAKHAR

BAGHLAN

PAKTIKA

PAKTYA

KHOST

Projets soutenus

par le PNUD

Réduction de la pauvreté

et création de moyens de

subsistance durables

Gouvernance démocratique

Prévention des crises et

relèvement

Environnement et

développement durable

NIMROZ

1 557

femmes policiers

recrutées grâce

au PNUD

Images (de gauche à droite) : Farzana Wahidy/

PNUD ; Farzana Wahidy/PNUD ; Joel van Houdt/

PNUD ; Farzana Wahidy/PNUD ; Marie Frechon/PNUD

HILMAND

KANDAHAR

1 405 km

de routes reliant 4 228

villages aux principales

villes des districts et aux

marchés construites

avec l’aide du PNUD

106

microcentrales

hydroélectriques

construites

17 023

familles raccordées

au réseau électrique

43 000

élèves suivant un

programme axé sur

les droits de l’homme

4,9 millions

de journées de travail

créées, par le biais du

programme « Argent

contre travail »

4 millions

d’électeurs ont voté

lors des élections

législatives de 2010

1 682

fonctionnaires du

ministère de l’Intérieur

formées en gestion financière,

en comptabilité, en

ressources humaines, en

administration et

aux dernières

technologies en

matière de

salaires et de virements

Donateurs

Allemagne

Australie

Canada

Danemark

Espagne

États-Unis

Finlande

Inde

Italie

Japon

Norvège

Pays-Bas

Pologne

République de Corée

République tchèque

Royaume-Uni

Suède

Suisse

Turquie

Union européenne

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des Nations Unies

en Afghanistan

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