illuMiNENT la ViE DE MilliERs D'aFGhaNs - UNDP Afghanistan

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QUAND DÉMOCRATIE

LOCALE VA DE PAIR

AVEC DÉVELOPPEMENT

Mohammed Malang Miskinyaar, président de l’Assemblée de

développement du district de Mahmoud Râqi. (Joel van Houdt/PNUD)

Kumar M Tiku

Mahmoud-é-Râqi, province de

Kapisa —À 42 ans, Mushtari, titulaire

d’un diplôme d’études secondaires et

secrétaire de l’Assemblée de développement

du district de Mahmoud Râqi,

à quelque 80 kilomètres au nord de

Kaboul, présente aux autres membres

un projet de construction d’une école

primaire pour filles. Mushtari, qui vient

de participer à un atelier de formation de

six jours sur la conception, le suivi et la

gestion financière d’un projet, s’exprime

avec assurance sur les objectifs du projet,

l’évaluation de la sécurité du village où

serait construit l’établissement et le plan

de travail général du projet.

Malgré la burqa, le voile intégral traditionnel

porté par de nombreuses musulmanes,

qui dissimule son visage, elle

s’exprime avec force et détermination. S’il

ne s’agit en fait que de l’exercice de mise

en pratique qui conclut le programme

de formation soutenu par le PNUD, les

personnes qui écoutent Mushtari avec

respect et attention font elles, réellement

partie de l’assemblée.

Depuis 2006, la quasi-totalité des

districts afghans (388 sur un total de 402)

a désigné et soutenu la mise en place

d’une Assemblée de développement du

district, grâce au soutien apporté par le

PNUD à un programme national visant

à créer des instances de gouvernement

légitimes et responsables à l’échelon

local. Ce programme a également permis

la création, dans plus de 120 districts,

de centres d’information qui ont pour

mission de recueillir et de transmettre au

niveau du district des données fiables et

cruciales sur le développement, ainsi que

sur les aspects sociaux et économiques.

Contrairement aux traditionnelles

jirgas et à d’autres organes de gouvernement

au niveau des villages, les

membres de l’Assemblée sont élus par

la population dont ils doivent défendre

les intérêts. Ils ont pour tâche principale

d’améliorer la qualité, la transparence et

la viabilité des projets de développement

rural sur le long terme. Dans le cadre de

cette initiative, la plupart des nouvelles

assemblées et de leurs membres ont

reçu une formation sur la gouvernance

locale et le règlement des conflits. Ils

ont aussi été sensibilisés à l’importance

de l’égalité entre les sexes, ainsi qu’aux

tenants et aux aboutissants des projets

de développement, depuis la collecte de

fonds et l’acquisition des équipements

nécessaires, jusqu’à la mise en œuvre et

le suivi.

RÉCONCILIER

LES FAMILLES

« En l’absence de système judiciaire

fonctionnel, la population locale préfère

nous solliciter plutôt que les tribunaux

existants pour arbitrer les différends

familiaux et les querelles de voisinage

», explique Mohammed Malang

Miskinyaar, qui, à cinquante ans, préside

l’assemblée du district de Mahmoud

Râqi, où Mushtari occupe la fonction

de secrétaire.

Il ajoute que si les jirgas ont parfois

pris des décisions qui allaient à l’encontre

du droit afghan moderne, le système

d’assemblées de développement des

districts est, lui, conforme à la loi. Tout

aussi important, les assemblées comptent

également des femmes élues, ce qui

permet aux femmes de faire entendre

ouvertement leurs voix pour que leurs

préoccupations soient prises en compte.

Depuis que l’Assemblée de développement

du district a été créée il y a

trois ans, Mushtari, qui habite le village

de Deh Baba Ali dans le district de

Mahmoud Râqi, est passée du statut de

simple membre à celui de secrétaire.

Chaque jour, cette mère de six enfants

consacre bénévolement trois heures de

son temps aux travaux de l’assemblée.

L’une des tâches qui lui tiennent le plus

à cœur est de rencontrer les villageoises

du district individuellement et en groupe

pour s’informer des problèmes qu’elles

rencontrent en vue de les évoquer plus

tard lors des réunions.

Mushtari indique que la pauvreté

est très répandue parmi les femmes du

district, et elle est convaincue du rôle

déterminant qu’a joué l’Assemblée pour

soutenir des projets dont elles sont les

principales bénéficiaires. « Notre assemblée

de développement du district a déjà

beaucoup fait pour mettre en œuvre des

projets qui ont permis aux femmes de

générer des revenus, qu’il s’agisse par

exemple d’apiculture, de transformation

de tomates ou de boulangerie »,

explique-t-elle.

Dans le village de Sufian, situé dans

le district de Mir Bacha Kot (province de

Kaboul), Ghulam Mohiuddin, producteur

de raisin, se félicite de la réussite du

projet de construction d’un canal d’irrigation

de 150 mètres lancé par l’assemblée

locale. Les conflits entre villageois sur la

répartition de l’eau sont maintenant de

l’histoire ancienne, et les rendements

agricoles ont augmenté. Le rendement

de ses vignes atteint aujourd’hui 80 % de

son potentiel, contre 50 % l’an passé. « Ce

canal est une bénédiction », dit-il.

Les membres de l’Assemblée

de développement du district de

Mahmoud Râqi sont fiers des compétences

acquises ces trois dernières

années, que ce soit pour rédiger une

proposition, concevoir un projet, passer

des marchés ou assurer le suivi et la

gestion financière d’un projet.

DES ATTENTES DE PLUS

EN PLUS GRANDES

Miskinyaar, le président de l’Assemblée,

s’inquiète toutefois du fait que les

membres ne touchent pas encore de

salaire et que les financements réguliers

pour assurer le fonctionnement de

l’assemblée manquent toujours.

« Les attentes sont de plus en plus

grandes, et nous passons de longues

heures à traiter les problèmes que nous

signale la population locale, soupire un

membre. La petite subvention de 170

dollars par mois que nous touchons suffit

à peine à couvrir nos besoins quotidiens. »

Le district manque également cruellement

d’argent pour financer bon

nombre de projets mis en œuvre par

son assemblée dans le cadre de son plan

de développement. Avant la création

des assemblées de développement des

districts, seuls quelques projets de développement

existaient en Afghanistan,

et beaucoup pâtissaient de lacunes sur

le plan de l’exécution. Miskinyaar cite

l’exemple d’un projet de production

d’énergie qui a échoué, car il reposait

sur des générateurs diesel trop coûteux

à entretenir.

« Si l’Assemblée de développement

du district devait concevoir un projet

d’énergie, nous nous orienterons vers un

projet de microcentrale hydroélectrique,

qui a plus de chances d’être viable sur

le long terme », explique Waris, viceprésident

de l’Assemblée.

Le succès de ces assemblées en

Afghanistan a accéléré les progrès dans

l’élaboration d’une politique unifiée au

service d’un développement cohérent

et décentralisé à l’échelle du district. Un

récent décret présidentiel a chargé le

ministère afghan de la Réhabilitation

rurale et du développement, partenaire

du PNUD, de fusionner un certain nombre

d’assemblées de développement des

districts avec des chouras pour créer des

Conseils de coordination des districts. Le

PNUD et le ministère pilotent la préparation

des règlements pour la création

de ces nouveaux organes, qui, à terme,

coordonneront le développement et la

gouvernance au niveau des districts. •

Femme travaillant dans une usine de transformation de tomates

située à 80 km au nord de Kaboul. Cette usine a été créée par

l’agence locale de développement du district, dans le cadre d’un

programme d’emploi pour les femmes. (Joel van Houdt/PNUD)

Abdul Waris, vice-président de l’Assemblée de

développement du district de Mahmoud Râqi, prend

la parole lors d’une réunion. (Joel van Houdt/PNUD)

6 La Tribune du développement Numéro sur l’Afghanistan

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