Le vin suisse? Ca n existe pas - Univerre
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VAUD Ces villes qui booment. 54<br />
WELTWOCHE les croisés du blochérisme. 62<br />
ELECTIONS FÉDÉRALES L'UDC et le PS en disgrôce? 66<br />
I<br />
<strong>Le</strong>s vignobles de Lavaux ont beau appartenir<br />
au Patrimoine mondial de l'Unesco, les <strong>vin</strong>s de<br />
la région souffrent d'un énorme déficit d'image.<br />
Par Pascal Vuistiner<br />
isère! Alors<br />
que les <strong>vin</strong>s <strong>suisse</strong>s n'ont jamais décroché<br />
autant de médailles d'or et de clistinctions 8<br />
dans les grands concours internationaux,<br />
cette année, ils ne se sont jamais si mal O<br />
z<br />
vendus dans le monde. Par rapport à l'année<br />
2005, les exportations ont chuté de Go% en<br />
2006. Pire encore, depuis dix ans, seul un 2<br />
petit 1% de nos crus <strong>pas</strong>se la frontière. Un 3<br />
d-iiffre qui - au mieux - stagne, quand il ne<br />
chute <strong>pas</strong> comme l'an dernier. <strong>Le</strong> défiat $<br />
d'image est donc partout: le <strong>vin</strong> <strong>suisse</strong> f -<br />
n'<strong>existe</strong> <strong>pas</strong>. Au point que dans certains $<br />
restaurants, il n'y en a <strong>pas</strong> un à la carte, un 5<br />
t<br />
constat qui ne concerne <strong>pas</strong> que la Suisse z<br />
alémanique. 4 a<br />
<strong>Le</strong>s raisons de ce sabotage ne manquent<br />
s<br />
<strong>pas</strong>. La plus importante tient à des querelles 6<br />
Z<br />
intestines d'un autre âge. <strong>Le</strong>s producteurs ;<br />
W<br />
sont en guerre contre les négociants, les g<br />
Valaisans contre les Vaudois, contre les Suis- 6<br />
Y<br />
ses et souvent contre eux-mêmes. Bref, le g<br />
monde de la viticulture helvétique n'est plus<br />
régi aujourd'hui que par un seul leitmotiv: le Q<br />
chacun pour soi. $ 0<br />
<strong>Le</strong> Valais, premier canton viticole avec près 6' 5<br />
de 30% de la production, s'est même mis en 8<br />
tête de faire cavalier seul en claquant la forte 2<br />
de deux organismes faîtiers, la Fédération<br />
<strong>suisse</strong> des producteurs, mais aussi de l'Inter- g<br />
profession <strong>suisse</strong> de la vigne et du <strong>vin</strong> qui + %!<br />
BILAN No 234 43
ENJEUX<br />
dossier *<br />
1 <strong>Le</strong> <strong>vin</strong> <strong>suisse</strong>? <strong>Ca</strong> n'<strong>existe</strong> <strong>pas</strong><br />
a<br />
domaine en Valais. II s'intéresse en<br />
particulier à la petite ar<strong>vin</strong>e.<br />
La maison Chapoutier, très active<br />
dans la vallée du Rhône, lorgne aussi<br />
sur le Vieux-Pays et cherche à s'y<br />
implanter en rachetant un domaine.<br />
Des discussions seraient en cours<br />
avec plusieurs producteurs-encaveurs<br />
sans qu'aucun contrat ne soit encore<br />
signé.<br />
En Valais, ces maisons renommées<br />
rencontrent deux problèmes: le<br />
morcellement du vignoble et le très<br />
grand nombre de cépages. En dessous<br />
de 10 hectares pour un même cépage,<br />
il est en effet difficile de concourir<br />
au niveau international, et ce même<br />
pour un <strong>vin</strong> de domaine.<br />
regroupe tous les acteurs de la filière. Autant<br />
dire que sans locomotive, le train du <strong>vin</strong> n'est<br />
plus sur les rails! Plusieurs dirigeants valaisans,<br />
de Pierre Devanthéry, à la section<br />
valaisanne de l'Interprofession, jusqu'à Pierre-Yves<br />
Roduit, le patron de l'office cantonal<br />
de la viticulture, dament h( et fort que le<br />
canton fait les meilleurs <strong>vin</strong>s du monde et<br />
qu'il peut très bien se débrouiller tout seul.<br />
Certes. Mais même si c'était vrai, un Valais<br />
isolé ne pourrait jamais s'en sortir tout seul à<br />
l'étranger. <strong>Le</strong> premier producteur de <strong>vin</strong>s du<br />
pays ne peut <strong>pas</strong> avoir raison contre la terre<br />
entière, même si cette dernière est peuplée<br />
d'incompétents et d'incapables!<br />
«Alors que la qdté des <strong>vin</strong>s est remarquable,<br />
le Valais joue depuis quelques mois un<br />
drôle de jeu. <strong>Le</strong> ton est donné par des idéalistes<br />
qui ne représentent qu'eux-mêmes et qui ne<br />
voient <strong>pas</strong> les réalités du marché. C'est très<br />
néfaste pour toute la profession», analyse<br />
Jean-Marc Arnez-Droz, ancien directeur de<br />
Pro<strong>vin</strong>s aujourd'hui responsable des domaines<br />
-du groupe Hess dans le monde entier (lire<br />
ci-après). «L'ambiance est délétère. <strong>Le</strong> Valais a<br />
manqué de diplomatie, confirme Jean-Bernard<br />
Rou<strong>vin</strong>ez, directeur de la maison éponyme qui<br />
regroupe aussi la maison Orsat. Il y a une<br />
cassure. Plus personne ne veut travailler ensemble.<br />
La faillite.de Swiss Wine Comrnunication<br />
(SWC) a laissé des traces.»<br />
Du <strong>vin</strong> au goût de fromage<br />
SWC. <strong>Le</strong> mot est lâché. Prononcée en juillet<br />
2005, la faillite de l'agence de promotion de<br />
l'Interprofession <strong>suisse</strong> a laissé une ardoise<br />
de près de 5 millions et des rancunes tenaces.<br />
Au royaume du <strong>vin</strong>, plus rien n'est comme<br />
avant. «Chacun a repris les mauvaises habitudes<br />
du <strong>pas</strong>sé, luttant pour freiner le voisin<br />
et militant pour plus de protectionnisme»,<br />
résume Jean-René Germanier, patron de la<br />
cave du même nom à Vétroz et conseiller<br />
national radical.<br />
Avec la naissance de SWC en 2004, un<br />
semblant d'unité semblait avoir enfin permis<br />
aux acteurs de la viti<strong>vin</strong>iculture <strong>suisse</strong> de<br />
réussir le pari de l'export, de se forger une<br />
image commune, de s'acheter une crédibilité<br />
internationale. Observatoire des <strong>vin</strong>s <strong>suisse</strong>s,<br />
gala des <strong>vin</strong>s <strong>suisse</strong>s, guide des <strong>vin</strong>s <strong>suisse</strong>s,<br />
Swiss Wine bars, campagne de publicité à<br />
l'étranger: une nouvelle ambition était née.<br />
La lune de miel aura fait long feu, puisqu'en<br />
été 2005 déjà, c'est la faillite. <strong>Le</strong> gala et le<br />
guide sont repris par Vinea à Sierre; les bars<br />
de Lausanne et de Berne <strong>pas</strong>sent en mains<br />
privées alors que ceux de Bruxelles et de<br />
Genève ferment; l'observatoire disparaît.<br />
Pire: les acteurs se renvoient la balle de la<br />
responsabiité. L'affaire s'enlise. A ce jour, la<br />
clôture de la fadlite n'a d'ailleurs toujours <strong>pas</strong><br />
été prononcée.<br />
SWC aurait dû permettre de faire table<br />
rase du <strong>pas</strong>sé et de repartir d'un bon pied.<br />
Or, depuis 2005, rien ou presque ne se fait<br />
pour promouvoir les <strong>vin</strong>s <strong>suisse</strong>s à l'étranger.<br />
Pourtant, Swiss Wine Promotion, une nouvelle<br />
structure soutenue par six régions, a vu<br />
le jour, mais elle reste une coqde vide. A<br />
son actif, elle n'a qu'un vague partenariat<br />
avec Swiss Cheese Marketing qui dispose,<br />
avec 40 millions, d'un budget dix fois plus<br />
important que celui dont bénéficient les <strong>vin</strong>s.<br />
Mais il ne s'agit <strong>pas</strong> uniquement d'une<br />
affaire d'argent, puisqu'en 2007, la branche<br />
viti<strong>vin</strong>iculture, toujours minée par les conflits,<br />
n'utilisera même <strong>pas</strong> l'entier des quelque<br />
4,3 millions mis à sa disposition par la<br />
Confédération. C'est dire l'ambiance qui règne<br />
dans une profession qui laisse la défense<br />
de son image aux barons du fromage. C'est<br />
un peu comme si les montres de luxe étaient<br />
représentées par l'industrie des machines. Si<br />
le secteur viti<strong>vin</strong>icole n'est plus capable de<br />
prendre son destin en main, c'est bien que le<br />
mal est plus profond.<br />
En quête d'un visionnaire<br />
«En plus des problèmes de structures qui<br />
finiront par la ruiner, il manque à la profession<br />
une vision portée par un homme de<br />
caractère qui a la reconnaissance de ses pairs<br />
et les moyens financiers de son ambition»,<br />
analyse Jacques Perrin, expert en <strong>vin</strong>s et<br />
directeur de <strong>Ca</strong>ves SA à Gland. <strong>Le</strong> pays est<br />
donc en quête de son propre baron du<br />
Barolo, de son Chapoutier de la vallée du<br />
Rhône, voire d'un double de Peter <strong>Le</strong>hmann<br />
en Australie. Une personnalité qui parvienne<br />
au fil des ans à imposer une image, un style,<br />
mais aussi des <strong>vin</strong>s reconnus mondialement. 3<br />
Dans les faits, aucun signe d'union n'est $<br />
perceptible. Chacun fait son petit business Y<br />
dans son coin, sans véritables moyens. <strong>Le</strong>s<br />
maisons Pro<strong>vin</strong>s et Schenk viennent tout B<br />
44 No 234 BILAN
ENJELX A!&<br />
dossier<br />
juste de nommer une personne en charge<br />
des marchés export. «<strong>Le</strong>s 75% de notre<br />
budget commeraal- soit 400 ooo francs -<br />
sont investis à Zurich», indique David Genolet,<br />
directeur du marketing de Pro<strong>vin</strong>s, le<br />
premier producteur en Suisse. Si ce dernier<br />
convient qu'il doit être présent seul à Zurich<br />
pour des questions de concurrence, il admet<br />
toutefois que «de se retrouver à d m sur le<br />
même dient à l'étranger, c'est un peu dommage».<br />
<strong>Le</strong> <strong>vin</strong> <strong>suisse</strong>, estime-t-il comme<br />
nombre d'autres acteurs de la profession, est<br />
un produit de niche: jamais il ne pourra se<br />
battre sur des volumes, mais sur le marché<br />
haut de gamme, avec des bouteilles vendues<br />
à plus de 25 francs. Raison pour laquelle il<br />
faut se contenter d'un tout petit marché<br />
confidentiel (lire encadré). «J'approuve ce<br />
positionnement, ajoute Jean-Bernard Rou<strong>vin</strong>ez,<br />
néanmoins les crus helvétiques restent<br />
chers pour des produits souvent inconnus.»<br />
Philippe Varone, directeur d'une importante<br />
cave à Sion, poursuit: «Il nous manque l'état<br />
d'esprit pour développer de manière crédible<br />
nos ventes à l'étranger. Pour le moment, on<br />
n'exporte réellement que lorsqu'il y a surplus.<br />
Or, cette attitude est déraisonnable.»<br />
Pas de nécessité économique<br />
<strong>Le</strong> volume de production, c'est bien le second<br />
talon d'Achille de la branche. <strong>Le</strong>s <strong>vin</strong>s <strong>suisse</strong>s<br />
sont excellents, mais il en manque diablement.<br />
Avec 15 ooo hectares, la Suisse fait figure de<br />
nain mondial. <strong>Ca</strong>r 15 ooo hectares, c'est à<br />
peine la surface de l'Alsace ou d'un grand<br />
domaine australien. Par ailleurs, le muésirne<br />
2007, par exemple, s'annonce faible en termes<br />
de quantité puisqu'il risque d'être, comrpe ces<br />
trois dernières années, IO à 15% en dessous de<br />
la moyenne de la décennie. Conséquence:<br />
toute la production est vendue, sans laisser de<br />
(Je ne crois <strong>pas</strong><br />
à la Chine))<br />
Si les crus helvétiques sont a la<br />
peine, qu'en est-il des <strong>vin</strong>s chinois-<br />
Pourraient-ils inonder le marché<br />
<strong>suisse</strong> ces prochaines années? uJe r<br />
crois <strong>pas</strong>, avance Christophe Bürki,<br />
chef des achats boissons chez Coop,<br />
le leader du marché national. La<br />
Chine ne propose rien de neuf. La<br />
culture du <strong>vin</strong> n'y <strong>existe</strong> <strong>pas</strong>. <strong>Le</strong> pays<br />
n'offre pour le moment que des<br />
copies de l'existant dans une logique<br />
industrielle. Et puis, n'oublions <strong>pas</strong><br />
l'actuelle mauvaise image des<br />
produits chinois. Restons<br />
pragmatiques, il n'y a <strong>pas</strong> lieu de<br />
s'inauiéter pour les <strong>vin</strong>s <strong>suisse</strong>s.))<br />
2010 pour SWJU 1117 m11~<br />
que de 1%.<br />
:? Ce chiffre d'affaires représente un montani Entre 2096 et<br />
$1 équivalent à celui de l'industrie cosmétiqu~ de 10 ddlans<br />
'2 II est aussi deux fois plus élevé que le chiff de 17,2096 et<br />
: d'affaires du GYME (Google, Yahoo, MSN, une croissance<br />
eBay) :, .-*.T P;~ a-&:$ de 3 dollars, une croissance faible à 2,44%<br />
. 4. thf+--<br />
stock. Imposçîble donc d'approvisionner un<br />
marché étranger dans ces conditions. «<strong>Le</strong><br />
fendant en est la meilleure illustration. Excédentaire<br />
il y a quelques années, il en manque<br />
aujourd'hui», indique Thierry Walz, directeur<br />
d'uva<strong>vin</strong>s, à Tolochenaz. «Il n'y a aucune<br />
nécessité économique à exporter, poursuit<br />
Jean-René Germanier. <strong>Le</strong> marché se porte trop<br />
bien,» En atteste l'immense effort réalisé par le<br />
Valais qui a replanté Goo hectares de fendant<br />
en spécialités pour un montant de l'ordre de<br />
80 millions.<br />
La publicité, enfin, mérite qu'on lui accorde<br />
un bel effort. <strong>Le</strong>s crus du Nouveau-Monde<br />
continuent de grignoter des parts de marché,<br />
et la proportion de <strong>vin</strong>s étrangers consommés<br />
en Suisse est <strong>pas</strong>sée de Go à 65% aujourd'hui.<br />
<strong>Le</strong>s <strong>vin</strong>s <strong>suisse</strong>s ont besoin d'une promotion<br />
globale et commune, qui soit capable de<br />
consimire des marchés et une image à l'étranger.<br />
«Il est très dommage qu'aucune nécessité<br />
économique ne pousse le secteur à s'unir,<br />
conclut Christophe Darbellay, président des<br />
<strong>Ca</strong>ves Gilliard, à Sion, et président du PDC. <strong>Le</strong><br />
marché du <strong>vin</strong> est le plus libéralisé de tous les<br />
produits agricoles en Suisse. Il serait triste de<br />
vivre en Suisse uniquement avec des <strong>vin</strong>s<br />
importés. Dans le même esprit, exporter IO%<br />
de nos <strong>vin</strong>s me paraît un objectif raisonnable.<br />
Mais il n'y a <strong>pas</strong> de miracle. Pour amorcer la<br />
pompe, il faut beaucoup d'argent et beaucoup<br />
d'efforts.» +<br />
BILAN No 234 45