La pollution de l'eau

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La pollution de l'eau

TÉ M O I G N A G E

Patrick WEINGERTNER

Directeur Planification - Agence de l’eau Rhin-Meuse

L’impact des rejets salins sur la qualité

des eaux de surface et souterraines dans la vallée de la Moselle

Dans la Moselle, les rejets de chlorures des soudières

s’ajoutent à une part de salinité naturelle (environ

un centaine de mg/l), notamment à partir d’apports

du secteur de DOMBASLE et par la Seille.

Il en résulte au total, une salinité notable de

la Moselle de l’ordre de 500 mg/l à certaines

périodes de l’année, qui reste significative jusqu’à la

confluence avec le Rhin en Allemagne.

Cette salinité constitue un handicap certain pour

les usages de la Moselle en tant que ressource

pour l’alimentation en eau potable, même si des

traitements appropriés (osmose inverse par exemple)

permettraient un traitement de potabilisation, mais

moyennant des coûts élevés.

Par ailleurs, dans la nappe alluviale, les possibilités

de captage sont limitées en quantité en raison des

risques d’invasion salée d’eau de Moselle dans la

nappe. Ces risques sont majorés en période d’étiage

et en fonction des débits de pompage des forages.

De ce fait, les rejets de chlorures des soudières

en Moselle sont à l’origine d’un important conflit

d’usage avec les collectivités utilisatrices d’eau de

Moselle ou de nappe et notamment la Ville de

METZ et les syndicats qui s’alimentent à partir de la

nappe alluviale.

Au plan juridique, un contentieux oppose depuis

plusieurs années la Ville de METZ aux soudières et

aussi à l’Etat pour avoir autorisé leurs rejets.

Dès 1999, le Comité de bassin avait souhaité qu’une

étude globale « Moselle » précise les perspectives de

réduction des rejets de chlorures. Cette étude avait

conclu à l’absence de solution économiquement

supportable pour réduire de manière importante

ou supprimer les rejets. En solutions palliatives,

des adductions d’eau pour assurer les besoins des

collectivités étaient aussi envisagées.

La seule solution proposée pour améliorer la qualité

de la Moselle consistait à transférer totalement

ou partiellement les rejets vers le Rhin en amont

de la frontière avec l’Allemagne. Ceci permettait

de restaurer la qualité de la Moselle jusqu’à

COBLENCE au confluent avec le Rhin, sans accroître

significativement la concentration en chlorures dans

le Rhin en amont de COBLENCE, le bilan pour le Rhin

étant à charge identique en aval du confluent avec

la Moselle. Toutefois, cette solution de transfert

n’a pas pu se concrétiser, notamment en raison de

fortes réticences du côté alsacien.

Dans le cadre de l’élaboration des nouveaux SDAGE

2010-2015, un groupe de travail spécifique a été

constitué pour examiner la situation de la Moselle

et de sa nappe alluviale en regard des exigences

de la DCE pour le bon état des eaux de surface

et souterraines, et aussi des contraintes pour les

usages en aval.

Des études ont aussi été engagées, d’une part pour

préciser l’état général de la Moselle et de sa nappe

d’accompagnement et, d’autre part pour actualiser

les études de 1999 sur les solutions envisageables.

Ces études sont actuellement en cours d’évaluation

par le groupe de travail, mais ne semblent pas

révéler de solution technique nouvelle susceptible

de régler globalement ce problème.

Pour autant, la situation actuelle ne peut pas être

considérée comme durablement acceptable, ni pour

les soudières, ni pour les usagers de l’eau de Moselle

et de sa nappe alluviale, ni au niveau international.


Pour les soudières, aucune perspective de

développement des activités n’est envisageable

sans qu’elle ne s’accompagne d’une réduction des

rejets déjà existants (une extension des capacités

de production demandée en 1999 n’a pas été

accordée).

• Pour les usagers de l’eau de Moselle et de sa nappe

alluviale, une amélioration de la situation est

impérativement souhaitée. Pour certains syndicats

utilisant l’eau de la nappe alluviale, une obligation

est d’ailleurs faite de restaurer rapidement la

qualité de l’eau distribuée.

• Au niveau international, l’équilibre trouvé dans

le cadre de la convention de BONN qui fixe les

rejets autorisés dans la Moselle et le Rhin devient

sans doute précaire dans la mesure où cette

convention est déjà ancienne et que les besoins en

eau potable sont en croissance dans les pays en

aval (Luxembourg, notamment), avec des souhaits

de pouvoir mobiliser la ressource Moselle.

Dans ce contexte, le maintien d’un statu quo sur

la situation existante ne peut pas être considéré

comme s’inscrivant dans une perspective de

développement durable, ni du point de vue des

activités économiques, ni de celui des usagers. Si

une solution globale unique ne s’avère pas possible,

des combinaisons pourraient être recherchées

pour améliorer au mieux les rejets et compenser

les restrictions ou difficultés rencontrées pour

les usages en aval, tout en préservant les activités

économiques concernées. Dans cet esprit, le projet

de SDAGE fixe parmi ses grandes orientations , la

nécessité « d’adapter les concentrations en sels

minéraux dans le milieu pour atteindre le meilleur

état possible des eaux de surface et souterraines , en

préservant le développement économique et social

de la région et en confortant les usages en aval.

La situation réglementaire

Solange GIONTA

Inspecteur des Installations Classées

Les sociétés NOVACARB et SOLVAY CARBONATE

France, respectivement situées à Laneuvevilledevant-Nancy

et à Dombasle-sur-Meurthe, sont

toutes deux autorisées à exploiter une installation

de fabrication de carbonate de sodium.

Le processus de fabrication du carbonate de

sodium engendre la formation de chlorure de

calcium, liquide minéralisé non valorisable. Comme

le rappelle le document de référence européen

sur les meilleures techniques disponibles pour la

fabrication des produits chimiques inorganiques

en grands volumes (production n° 2), ce liquide

constitue un effluent qui sera rejeté dans le milieu

naturel, après épuration par séparation liquide/

solide. En effet, l’effluent transite par plusieurs

étapes de décantation et modulation. En sortie

des bassins de modulation, le rejet des effluents

produits par les sociétés NOVACARB et SOLVAY

CARBONATE France dans le milieu est assuré via

le système de télégestion des rejets informatisé,

commun aux deux sociétés, appelé MARISOLOR.

Ces rejets sont automatiquement ajustés en fonction

de la concentration en chlorures enregistrée à

Hauconcourt ; puisque sur le plan réglementaire,

les rejets de chlorure sont limités en tonnage mais

surtout en concentration : Les soudières sont tenues

de moduler leurs rejets en fonction du débit de la

Moselle de façon à ne pas ajouter plus de 400 mg/l

à la concentration naturelle de la Moselle à hauteur

de Hauconcourt. (à titre de comparaison, la mer est

salée à 30 g/ l, 60 fois plus que la Moselle). Cette

valeur résulte d’une convention internationale

(convention de Bonn) et est respectée par les

industriels.

Bilan des rejets salins de NOVACARB

pour l’année 2007

• Rejets de chlorures en 2007

Les quantités de chlorures rejetées dans la Meurthe

par la société NOVACARB s’élèvent à 464 841 tonnes

en 2007, ce qui correspond à un flux annuel moyen

de 14,74 Kg Cl - /s pour 2007.

•Autres paramètres de rejets

La masse totale annuelle de sels dissous s’élève

à 746 159 tonnes en 2007, soit une moyenne de

2 044 tonnes/jour.

L’ensemble des moyennes journalières relatives

au pH et au débit ainsi qu’aux concentrations en

Matières En Suspension (MES) et en Azote et à

la température, issues de l’autosurveillance sont

inférieures aux valeurs limites.

• Contrôles contradictoires

Les contrôles réalisés par un laboratoire agréé

indépendant au cours de quatre campagnes de

prélèvement n’ont pas montré d’écart significatif

entre les valeurs issues de l’autosurveillance et

celles issues de ces contrôles pour les mesures

d’azote total, de MES et de chlorures.

72 La prévention des pollutions - La pollution de l’eau

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