Cahier de propositions Politiques foncières et réformes ... - aGter

agter.asso.fr

Cahier de propositions Politiques foncières et réformes ... - aGter

paysannes.

Nous nous appuierons sur quelques exemples qui font l'objet de fiches détaillées dans la

partie deux du cahier (Taiwan, Pologne, Albanie, Zimbabwe), et tout particulièrement sur

la comparaison des réformes agraires du Honduras et du Nicaragua (fiches # 8, 9 et 10)

Une question se pose d'emblée à qui a observé l'évolution récente de ces deux pays

centraméricains: comment se fait-il qu'une part considérable des résultats de réformes

agraires qui avaient été le produit de nombreuses années de luttes et d'efforts ait pu être

balayée en seulement quelques années après un changement politique et l'application de

politiques néo-libérales ?

Sans reprendre ici en détail les éléments que nous développons dans la fiche # 10, nous

pouvons tirer de ces expériences les enseignements suivants.

‣ beaucoup de réformes agraires n'ont pas tenu compte du fait que les structures

agraires se modifient en permanence et qu'une certaine mobilité du foncier est

nécessaire pour que les exploitations familiales ou coopératives mises en place soient

viables.

‣ elles ont voulu imposer des schémas de production collective qui ne correspondaient

pas aux revendications des paysans pauvres et qui ne faisaient fi des avantages de la

production familiale

‣ elles ont été appliquées depuis le haut par les Etats, en se servant des organisations

paysannes comme d'instruments pour appliquer des modèles qui n'étaient pas le

produit des luttes paysannes.

‣ elles ont traité le secteur réformé à part, en le mettant sous la protection de l'Etat,

avec un régime foncier spécifique et en spécialisant les organisations paysannes qui y

travaillaient. Ce faisant, elles n'ont pas permis la mise en place de processus

d'apprentissage collectif de la gestion du foncier qui seraient nécessaires à l'avenir

pour préserver les acquis et elles ont divisé les mouvements paysans.

‣ enfin, il n'y a pas eu cohérence entre politiques de réforme agraire et politique

économique. Quand les contraintes qui pesaient sur les modes d'organisation ont été

levées, quand les coopératives se sont parcellées au Nicaragua par exemple,

l'abandon brusque des subventions et du crédit a littéralement étranglé

économiquement les bénéficiaires de la réforme agraire.

En ce sens, les réformes agraires du Nicaragua et du Honduras sont donc radicalement

différentes de celle du Mexique du début du siècle passé.

Le cas de Taiwan est particulièrement instructif par rapport au dernier enseignement que

nous évoquions: la réforme agraire dans ce pays a su articuler politique économique et

transformations agraires, en prenant soin de protéger au moins temporairement les

nouveaux propriétaires des effets du marché mondial, et en retardant la mécanisation

lourde pour pouvoir tirer les bénéfices des investissements en travail des paysans (voir la

fiche correspondante en partie deux).

Les mécanismes utilisés pour mettre en place les réformes agraires, la place et le rôle

respectif des organisations paysannes et de l'Etat, et enfin l'articulation de la réforme

agraire avec les politiques publiques agricoles constituent donc des facteurs essentiels

pour leur réussite.

L'examen des évolutions postérieures des "secteurs réformés", des tendances et des

risques de "contre-réformes" permet de mieux comprendre la réforme agraire comme un

processus qui intervient sur les rapports de force et sur les dynamiques et qui doit, de ce

fait, pouvoir anticiper sur les évolutions à venir, dans un contexte où l'Etat ne sera plus

aussi puissant. Une réforme agraire est toujours une intervention politique. Peu importe

d'avancer doucement, si après les premières mesures, la situation est plus favorable

qu'auparavant à un approfondissement des transformations agraires. Plus la situation est

difficile et plus la réforme agraire est nécessaire (voir la fiche # 4 sur le Zimbabwe,

Cahier de propositions APM Partie I. Page 37 Politiques foncières. Nov. 2002

More magazines by this user
Similar magazines