jds_hors_serie_60_ans - CEA Saclay
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HORS SERIE SPÉCIAL <strong>60</strong> ANS<br />
3 e trimestre 2012<br />
La<br />
une<br />
science est<br />
aventure
Hall des guides du réacteur<br />
Orphée, instrument de recherche<br />
fondamentale dédié à l’étude de<br />
la structure de la matière.<br />
édito<br />
La science est une aventure. Intellectuelle<br />
et humaine. Au <strong>CEA</strong> de <strong>Saclay</strong>, celle-ci a<br />
commencé il y a tout juste <strong>60</strong> <strong>ans</strong>. Et cela<br />
méritait bien un numéro spécial !<br />
Pour vous faire partager cette aventure, la<br />
rédaction du Journal de <strong>Saclay</strong> a revisité<br />
les codes de la bande dessinée des années<br />
1950. Place donc à la « ligne claire ». Ce<br />
langage graphique retr<strong>ans</strong>crit la complexité<br />
du réel d<strong>ans</strong> une forme simple – en termes<br />
scientifiques, on pourrait presque parler<br />
de modélisation. Les contours sont nets,<br />
soulignés par des aplats de couleurs vives qui<br />
renforcent la lisibilité du dessin. Les cases<br />
ordonnées, le trait maîtrisé traduisent bien le<br />
rapport de confiance que l'époque entretenait<br />
avec la science. On sortait d’un conflit pour<br />
le moins dévastateur, et on comptait sur elle<br />
pour rebâtir… en mieux.<br />
Cette part d’utopie ancrée d<strong>ans</strong> la<br />
rationalité scientifique a donné à la société<br />
l’énergie nécessaire pour se reconstruire.<br />
Aujourd’hui, notre rapport à la science est<br />
plus complexe. Le champ des possibles<br />
qu’elle ouvre suscite autant d’attentes<br />
que d’inquiétudes. Détricoté, le mythe du<br />
Progrès porté par la technique ? À nous de<br />
tisser à mailles resserrées une autre relation<br />
entre science et société, plus modeste, plus<br />
mature. Mais qu’elle ne boude ni le rêve,<br />
ni l’enthousiasme, ni le plaisir, qui sont de<br />
puissants moteurs de l’action. Et puisqu’un<br />
anniversaire donne l’occasion de puiser d<strong>ans</strong><br />
le passé pour mieux se projeter d<strong>ans</strong> l’avenir,<br />
réactivons les optimismes l’espace de ces<br />
quelques pages… et au-delà.<br />
Marie Vandermersch<br />
Rédactrice en chef<br />
HORS SERIE<br />
SPÉCIAL <strong>60</strong> ANS<br />
En couverture : expédition<br />
au Groenland d<strong>ans</strong> le cadre<br />
des recherches sur le climat.<br />
Les scientifiques effectuent<br />
des carottages afin<br />
d’analyser la composition<br />
de l’air emprisonné d<strong>ans</strong> les<br />
couches de glace.<br />
Crédit illustrations : <strong>CEA</strong>/Delius
« L’audace va de pair avec l’équilibre »<br />
«L’audace<br />
avec<br />
l’équilibre »<br />
va de pair<br />
Jacques Vayron a été nommé Directeur du <strong>CEA</strong> <strong>Saclay</strong> le 19 mars 2012,<br />
un centre qu’il connaît bien puisqu’il y a exercé la fonction de<br />
Directeur-adjoint pendant un an et demi. Il nous présente ici sa<br />
perception du site, d<strong>ans</strong> une période où la recherche française est en<br />
pleine mutation, où le plateau de <strong>Saclay</strong> se tr<strong>ans</strong>forme, comme ce fut<br />
le cas au moment de la création du centre, voici <strong>60</strong> <strong>ans</strong>.<br />
Journal de <strong>Saclay</strong> : Selon vous,<br />
qu’est-ce qui fait la spécificité<br />
du centre <strong>CEA</strong> de <strong>Saclay</strong> ?<br />
Jacques Vayron : Sa spécificité, c’est sa diversité.<br />
Ce qui impressionne ici, c’est d’abord la grande pluridisciplinarité<br />
des activités de recherche que le centre<br />
abrite : des énergies bas-carbone aux technologies pour<br />
l’information et la santé, en passant par la physique et la<br />
chimie fondamentales, tous les domaines de recherche<br />
du <strong>CEA</strong> civil sont représentés. À côté des sciences de<br />
la matière et de l’énergie nucléaire qui constituent plus<br />
de la moitié des effectifs, les sciences du vivant et la<br />
recherche technologique rassemblent, chacune, tout de<br />
même 300 à 400 personnes. Par ailleurs, la Direction<br />
générale et l’ensemble des pôles fonctionnels du <strong>CEA</strong><br />
sont implantés sur le centre, ce qui contribue à le mettre<br />
en visibilité.<br />
Ce qui frappe aussi à <strong>Saclay</strong>, c’est qu’on y rencontre des<br />
chercheurs de toutes origines, preuve de la dimension<br />
internationale du site.<br />
JdS : Comment cette dimension<br />
internationale est-elle prise<br />
en compte ?<br />
Jacques Vayron : Ce sont les instituts et les départements<br />
qui font la renommée internationale du centre<br />
de <strong>Saclay</strong>. L’expertise scientifique et technique de leurs<br />
chercheurs et de leurs ingénieurs est reconnue et attire<br />
de nombreux scientifiques internationaux. Le centre se<br />
doit d’être à la hauteur et souhaite les accueillir le mieux<br />
possible. Nous venons de créer d<strong>ans</strong> cette optique un<br />
bureau d’accueil international, afin de les accompagner<br />
d<strong>ans</strong> les diverses démarches administratives qu’ils doivent<br />
effectuer lorsqu’ils arrivent en France.<br />
JdS : D<strong>ans</strong> un environnement<br />
si complexe, comment concevez-vous<br />
la fonction de Directeur de ce centre ?<br />
Jacques Vayron : Mon rôle n’est pas d’orchestrer la<br />
politique scientifique du centre mais de porter<br />
les recherches qui sont menées sur le site en<br />
offrant aux salariés un cadre de travail de<br />
qualité. En tant que Directeur de centre, je<br />
suis responsable de la sécurité du site,<br />
qui comporte notamment des installations<br />
nucléaires. Je suis aussi en<br />
charge de tout ce qui touche au<br />
quotidien des salariés : rénovation<br />
des bâtiments, organisation<br />
des tr<strong>ans</strong>ports, restauration,<br />
services divers… D<strong>ans</strong> la<br />
mesure du possible, j’essaie de<br />
consulter les unités, d’obtenir leur<br />
adhésion sur les projets que nous<br />
impulsons lorsque ceux-ci peuvent<br />
avoir des répercussions sur leur<br />
quotidien. Probablement un héritage<br />
de mon expérience passée d<strong>ans</strong> les<br />
ressources humaines. Diriger le centre<br />
CENTRE <strong>CEA</strong> DE SACLAY LE JOURNAL<br />
SPÉCIAL <strong>60</strong> ANS HORS SÉRIE<br />
3
« L’audace va de pair avec l’équilibre »<br />
de <strong>Saclay</strong>, c’est le gérer efficacement au présent en<br />
préparant son avenir, spécialement à ce moment de son<br />
histoire où il va connaître des changements importants.<br />
JdS : À ce propos comment, après <strong>60</strong> <strong>ans</strong><br />
d’existence, le centre <strong>CEA</strong> de <strong>Saclay</strong> se<br />
projette-t-il d<strong>ans</strong> l’avenir ?<br />
Jacques Vayron : Le centre de <strong>Saclay</strong> a été créé par<br />
des hommes et des femmes qui ont fait l’histoire des<br />
sciences, voire l’histoire tout court. Avec la reconstruction<br />
de l’après-guerre, l’aventure du nucléaire, le<br />
contexte de l’époque était à la fois plus difficile, car il<br />
fallait tout construire, et plus simple du point de vue du<br />
cadre et des contraintes qui, aujourd’hui, demandent<br />
une inventivité différente de celle des illustres pionniers<br />
des années 1950.<br />
D<strong>ans</strong> les dix <strong>ans</strong> à venir, l’ensemble du plateau de<br />
<strong>Saclay</strong> va se trouver d<strong>ans</strong> une phase qui va ressembler<br />
à ce qu’a été la création du centre <strong>CEA</strong> de <strong>Saclay</strong>. Nous<br />
La route des grandes piles du <strong>CEA</strong> de <strong>Saclay</strong>. Quatre<br />
réacteurs de recherche y ont été construits : EL2, EL3,<br />
Osiris et Orphée. Ces deux derniers réacteurs sont<br />
toujours exploités aujourd’hui.<br />
préparons activement cette étape. Il y a <strong>60</strong> <strong>ans</strong>, le site<br />
a été développé avec le souci d’organiser l’espace, de<br />
créer un cadre favorable aux activités de recherche.<br />
L’architecte Auguste Perret a joué un rôle crucial à<br />
l’époque. Yves Caristan, mon prédécesseur, a lancé<br />
une étude pour voir comment ce centre, marqué par un<br />
souci d’équilibre, d’harmonie, pourrait évoluer de façon<br />
à favoriser l’ouverture sur les autres acteurs du plateau.<br />
Car tous comptes faits, le centre de <strong>Saclay</strong> est bien une<br />
affaire d’équilibre et d’harmonie : équilibre entre les différentes<br />
disciplines, entre activités locales et dimension<br />
internationale, harmonie entre équipes de recherche<br />
et équipes fonctionnelles, équilibre entre excellence<br />
scientifique et exigences quotidiennes de protection<br />
des personnels et des riverains, de l’environnement et<br />
des installations.<br />
Pour moi, l’équilibre va de pair avec l’audace. Les<br />
scientifiques n’obtiennent pas de résultats exceptionnels<br />
s<strong>ans</strong> esprit d’initiative. Et être audacieux, ce n’est<br />
pas éviter les risques, c’est les prévenir et les maîtriser.<br />
Avec toutes les équipes du centre, nous sommes là<br />
pour donner un cadre qui permette aux chercheurs de<br />
<strong>Saclay</strong> de mener leur activité au meilleur niveau scientifique<br />
et d’exprimer leur créativité en toute sécurité.<br />
Propos recueillis par Aline Curtoni<br />
4 HORS SÉRIE SPÉCIAL <strong>60</strong> ANS
Éclaireurs du nucléaire<br />
Éclaireurs<br />
du nucléaire<br />
Il y a <strong>60</strong> <strong>ans</strong>, les premiers bâtiments du <strong>CEA</strong> venaient rompre la ligne d’horizon<br />
du plateau de <strong>Saclay</strong>. Les pieds d<strong>ans</strong> la boue mais l’esprit aiguisé, les chercheurs<br />
posaient les fondements du nucléaire civil français. Aujourd’hui, l’édifice<br />
est solide et sa renommée internationale n’est plus à faire. À la pointe de<br />
la connaissance, les équipes de <strong>Saclay</strong> avancent toujours en éclaireur.<br />
Nous sommes en 1939. L’Allemagne nazie est<br />
aux portes du pays. D<strong>ans</strong> leur laboratoire du<br />
Collège de France, le Prix Nobel Frédéric Joliot<br />
et ses collaborateurs, Lew Kowarski et H<strong>ans</strong><br />
Halban, viennent de publier secrètement trois brevets<br />
d’invention décrivant les principes d’un « dispositif de<br />
production d’énergie » qui utiliserait la fission nucléaire .<br />
Les applications peuvent être civiles… ou militaires .<br />
Un an plus tard, la France rend les armes. L’équipe se<br />
disperse pour mettre ses découvertes <strong>hors</strong> de portée des<br />
nazis. C’est finalement Fermi, aux États-Unis, qui fera<br />
diverger la première pile atomique en 1942. Lorsque le<br />
<strong>CEA</strong> est créé trois <strong>ans</strong> plus tard, il ne dispose pas des<br />
mêmes moyens financiers et informatiques, mais en<br />
CENTRE <strong>CEA</strong> DE SACLAY LE JOURNAL SPÉCIAL <strong>60</strong> ANS HORS SÉRIE 5
Éclaireurs du nucléaire<br />
«<br />
En quelques années, une réelle " école<br />
française " va voir le jour, qui connaîtra<br />
bientôt un renom incontestable à l’étranger. »<br />
quelques années, une réelle « école française » va voir<br />
le jour, qui connaîtra bientôt un renom incontestable à<br />
l’étranger. C’est bien souvent à <strong>Saclay</strong> 1 que germeront<br />
les concepts, les premiers jalons expérimentaux qui<br />
seront ensuite testés à plus grande échelle sur d’autres<br />
centres du <strong>CEA</strong>.<br />
Le nucléaire primordial<br />
D<strong>ans</strong> cette période de reconstruction, l’heure est à<br />
l’union nationale d<strong>ans</strong> le pays et à l’interdisciplinarité<br />
à <strong>Saclay</strong>. Physiciens, chimistes, mathématiciens,<br />
biologistes travaillent de concert à l’élaboration du<br />
socle de connaissances indispensables aux applications<br />
nucléaires. Tandis que les théoriciens se livrent à un<br />
défrichage intellectuel intense, les ingénieurs conçoivent<br />
les premières piles atomiques afin de pouvoir<br />
tester différentes filières de réacteur. Quand l’aventure<br />
commence, les scientifiques français ne maîtrisent pas<br />
les procédés d’enrichissement de l’uranium. Ces piles<br />
doivent donc pouvoir fonctionner à l’uranium naturel : la<br />
filière eau lourde 2 s’impose. Les deux premiers réacteurs<br />
construits à <strong>Saclay</strong> , EL2 et EL3, utilisent ce modérateur.<br />
Mais l’approvisionnement en eau lourde étant<br />
complexe et coûteux, les physiciens explorent d’autres<br />
pistes, testent d’autres sortes de combustible, d’autres<br />
modérateurs. C’est finalement la filière graphite-gaz,<br />
capable de fonctionner également à l’uranium naturel,<br />
que privilégient les équipes en place. Le <strong>CEA</strong> se lance<br />
d<strong>ans</strong> la phase industrielle avec la construction de trois<br />
réacteurs, G1, G2 et G3, sur son centre de Marcoule.<br />
De l’art d’enrichir<br />
Si le <strong>CEA</strong> concentre ses efforts sur les filières fonctionnant<br />
à l’uranium naturel, maîtriser l’enrichissement<br />
de l’uranium 3 est un objectif prioritaire, et ce dès les<br />
années 1950. L’enjeu qui se cache derrière ce verrou<br />
technique ? « L’indépendance nationale », estime le<br />
gouvernement du général de Gaulle. Car enrichir est une<br />
étape préalable à la fabrication d'une arme thermonucléaire.<br />
Pour le nucléaire civil, l’emploi d’un combustible<br />
enrichi autoriserait la conception de réacteurs à eau<br />
ordinaire plus compacts et moins coûteux. Nouveau<br />
défi pour les chercheurs de <strong>Saclay</strong> qui doivent trouver<br />
un moyen de séparer isotopes fissiles et non fissiles de<br />
l’uranium. Deux procédés de séparation, la diffusion<br />
gazeuse et l’ultracentrifugation, sont explorés d<strong>ans</strong> les<br />
installations pilotes de <strong>Saclay</strong>. Ces études aboutiront,<br />
au début des années 19<strong>60</strong>, à la construction d<strong>ans</strong> la<br />
Drôme de l’usine de Pierrelatte, qui s’appuie sur le<br />
procédé de diffusion gazeuse, plus mature 4 . À <strong>Saclay</strong>,<br />
les études sur la séparation isotopique ne s’interrompent<br />
pas pour autant, l’idée étant de mettre au point des<br />
méthodes plus sélectives et moins consommatrices.<br />
Tournant industriel<br />
La maîtrise de l'enrichissement de l’uranium est une<br />
victoire… mais un coup de semonce pour la filière<br />
graphite-gaz. En 1969, la France abandonne définitivement<br />
cette voie et choisit d’adapter la technologie<br />
des réacteurs à eau pressurisée de l’américain<br />
Westinghouse . Pour le <strong>CEA</strong>, ce tournant industriel est<br />
aussi un tournant culturel. Désormais, les équipes de<br />
<strong>Saclay</strong> travaillent à la francisation des licences américaines<br />
et apportent leur soutien scientifique et technologique<br />
aux industriels. Suite au choc pétrolier de 1973,<br />
1/ Une partie des recherches est également menée à<br />
Fontenay-aux-Roses, où démarre en 1948 la première pile<br />
française, Zoé.<br />
2/ L’eau lourde est composée d’oxygène et de deutérium, un isotope<br />
de l’hydrogène. Tout en tr<strong>ans</strong>portant la chaleur, elle joue le rôle de<br />
modérateur : en ralentissant les neutrons, elle favorise la fission de<br />
l’uranium 235.<br />
3/ L’uranium naturel n’est composé qu’à 0,7 % d’uranium 235, fissile.<br />
Les 99,3 % restants sont de l’uranium 238, non fissile. Le but de<br />
l’enrichissement de l’uranium est d’augmenter la part d’uranium 235<br />
d<strong>ans</strong> le combustible.<br />
4/ Cette technologie sera également mise en œuvre d<strong>ans</strong> la première<br />
usine Georges-Besse 1 en 1973 sur le site du Tricastin.<br />
D<strong>ans</strong> un réacteur de<br />
recherche « de type<br />
piscine », l’eau qui<br />
recouvre le cœur<br />
permet de refroidir<br />
le réacteur, de<br />
ralentir les neutrons<br />
et d’arrêter les<br />
rayonnements.<br />
6 HORS SÉRIE SPÉCIAL <strong>60</strong> ANS
CENTRE <strong>CEA</strong> DE SACLAY LE JOURNAL SPÉCIAL <strong>60</strong> ANS HORS SÉRIE 7
Éclaireurs du nucléaire<br />
Simulation numérique :<br />
quand les équations s’animent...<br />
D<strong>ans</strong> la salle obscure, sur l’écran de<br />
verre de 16 m 2 , une sorte de kaléidoscope<br />
géant se déploie en 3D sous les yeux des<br />
chercheurs. Un test cognitif nouvelle<br />
génération pour observer l'activité<br />
du cerveau ? Non, mais l’expérience<br />
n’est pas moins fascinante. Ce qu’ils<br />
visualisent, ce sont les conséquences<br />
d’un accident sur un cœur de réacteur…<br />
qui n’existe pas encore. Fiction ? Réalité ?<br />
Chaque point sur l’écran a une valeur<br />
scientifique, car ces images sont la<br />
traduction graphique des simulations<br />
numériques que la Direction de<br />
l’énergie nucléaire utilise pour décrire<br />
le comportement d’un système. À la<br />
vue de ces séquences fluides, on ne<br />
soupçonne pas le travail complexe fourni<br />
en amont par les équipes du Département<br />
de modélisation des systèmes et<br />
structures (DM2S), qui tissent les codes<br />
de calcul, entrelacent les équations et<br />
les algorithmes. « Ces codes de calcul<br />
constituent un vrai tour de force : ils<br />
peuvent s'appliquer à n’importe quelle<br />
filière de réacteur et sont un outil<br />
tant pour les industriels que pour les<br />
chercheurs », raconte Richard Lenain,<br />
adjoint du DM2S. Mais comment s’assurer<br />
de la fiabilité de la simulation ? En<br />
neutronique, pour recouper les données,<br />
les chercheurs combinent deux méthodes.<br />
La première, déterministe, résout<br />
toutes les équations du système jusqu’à<br />
l’obtention d'une solution globale ; la<br />
seconde, probabiliste, prend un neutron,<br />
« joue » son parcours d<strong>ans</strong> le réacteur,<br />
et accumule des milliards de « parties »<br />
jusqu’à l’obtention d’une image nette.<br />
D’un côté la photographie que le<br />
révélateur fait apparaître en une fois ; de<br />
l’autre, le tableau pointilliste construit<br />
point par point. Le réacteur Orphée, en<br />
service depuis 1980 à <strong>Saclay</strong>, a ainsi pu<br />
être conçu s<strong>ans</strong> maquette, en croisant<br />
les résultats obtenus sur les codes de<br />
calcul Apollo, déterministe, et Tripoli,<br />
probabiliste. Depuis, les progrès réalisés<br />
sont considérables et c’est maintenant<br />
d<strong>ans</strong> le détail que toutes les composantes<br />
d’un système nucléaire peuvent être<br />
calculées. La simulation est aussi utilisée<br />
d<strong>ans</strong> le cadre de l’exploitation des<br />
installations : le code Apollo constitue<br />
le socle des chaînes de calcul d’Areva<br />
et nourrit les simulateurs qu’EDF utilise<br />
pour former ses opérateurs.<br />
Peut-on imaginer un jour la mise au point<br />
d’un réacteur virtuel qui se prêterait à<br />
tous les tests ? Certains phénomènes,<br />
en chimie notamment, résistent à<br />
la mise en équation : les données<br />
sont imparfaites ; l’expérimentation<br />
reste une nécessité. Mais aujourd’hui,<br />
le recours aux supercalculateurs<br />
démultiplie le champ des possibles. Les<br />
chercheurs sont désormais capables<br />
d’articuler les équations de la neutronique<br />
avec celles de la thermodynamique et du<br />
combustible, de raccorder les échelles<br />
entre la physique du cœur et celle du<br />
réacteur. « La précision des simulations<br />
est telle que la résolution des écr<strong>ans</strong><br />
d’ordinateur ne suffit plus », constate<br />
Richard Lenain. « Or pour interpréter ces<br />
résultats, nous avons besoin de faire<br />
appel à nos sens, de brancher notre<br />
cerveau à l’image. Une incohérence<br />
d<strong>ans</strong> la simulation saute immédiatement<br />
aux yeux ». Le mur d’image est aussi<br />
un puissant outil collaboratif : devant<br />
l’écran, les mots prennent le relais des<br />
formules mathématiques. D<strong>ans</strong> la salle<br />
obscure, nos chercheurs activent<br />
intensément les deux hémisphères de leur<br />
cerveau… Le test cognitif n’est pas si loin<br />
finalement.<br />
la France décide d'accélérer son programme électronucléaire.<br />
Les nombreuses compétences acquises d<strong>ans</strong><br />
des domaines fondamentaux tels que la physique des<br />
réacteurs, la mécanique, les matériaux, le combustible<br />
permettront au <strong>CEA</strong> de jouer un rôle prépondérant d<strong>ans</strong><br />
le processus d’amélioration continue de la technologie<br />
des réacteurs à eau pressurisée français.<br />
<strong>Saclay</strong> : concentration<br />
de matière… grise<br />
Depuis cette époque, le centre de gravité des activités<br />
nucléaires du <strong>CEA</strong> s’est déporté vers le sud de la France :<br />
c’est à Cadarache et à Marcoule que sont implantés<br />
les moyens expérimentaux les plus lourds. À <strong>Saclay</strong>,<br />
la Direction de l’énergie nucléaire (DEN) conserve ses<br />
recherches amont et ses moyens de simulation numérique<br />
(cf. encadré). « L'objectif de nos travaux est d'avoir<br />
une compréhension fine des phénomènes de base qui<br />
entrent en jeu d<strong>ans</strong> un réacteur nucléaire », explique<br />
Sylvestre Pivet, Directeur délégué aux affaires nucléaires<br />
de <strong>Saclay</strong>. Trois installations nucléaires de base dédiées<br />
aux recherches sur le nucléaire restent implantées sur<br />
le centre : le réacteur Osiris, qui, depuis 1966, permet<br />
d’irradier sous hauts flux de neutrons des éléments de<br />
structure ou de combustible, le Leci (Laboratoire d’essais<br />
sur combustibles irradiés) qui scrute au microscope les<br />
conséquences de cette irradiation intensive sur le comportement<br />
mécanique et métallurgique des matériaux et<br />
du combustible, et un petit irradiateur Poséidon. Mais la<br />
8 HORS SÉRIE SPÉCIAL <strong>60</strong> ANS
«<br />
À <strong>Saclay</strong>, la Direction de l'énergie nucléaire<br />
concentre ses recherches amont et ses<br />
moyens de simulation numérique. »<br />
plupart des recherches liées au nucléaire sont finalement<br />
menées d<strong>ans</strong> des installations de taille plutôt modeste<br />
ou sur des plateformes qui ne font intervenir aucune<br />
réaction nucléaire. Au sein de Tamaris, les équipes<br />
reproduisent les contraintes mécaniques qu’exerce un<br />
séisme sur une structure. D<strong>ans</strong> l’accélérateur Jannus, on<br />
parvient à simuler les effets d’une irradiation neutronique<br />
grâce à un couplage de trois faisceaux ; sur la plateforme<br />
Corona, ce sont les phénomènes physico-chimiques de<br />
corrosion qui sont étudiés ; sur Mistra, l’attention des<br />
Le mur d’image est un<br />
outil collaboratif grâce<br />
auquel les chercheurs<br />
peuvent visualiser et<br />
analyser les données<br />
obtenues par simulation<br />
numérique.<br />
CENTRE <strong>CEA</strong> DE SACLAY LE JOURNAL SPÉCIAL <strong>60</strong> ANS HORS SÉRIE 9
«<br />
Le va-et-vient entre théorie,<br />
expérimentation et conception<br />
est constant et c’est aussi ce qui fait<br />
l’intérêt de ces recherches. »<br />
Salle de conduite<br />
d’un réacteur de<br />
recherche. Une<br />
équipe est présente<br />
en permanence<br />
afin de surveiller<br />
les paramètres de<br />
fonctionnement du<br />
réacteur.<br />
chercheurs se porte sur la cinétique de production et<br />
de recombinaison de l’hydrogène. Le va-et-vient entre<br />
théorie, expérimentation et conception est constant<br />
et c’est aussi ce qui fait l’intérêt de ces recherches.<br />
« Lorsque je demande aux doctorants de définir leur<br />
motivation principale pour venir travailler chez nous, la<br />
réponse qui revient très régulièrement est la suivante :<br />
nos laboratoires leur donnent l’occasion de mener une<br />
recherche de fond, nourrissante intellectuellement, et<br />
en connexion avec les industriels », conclut Sylvestre<br />
Pivet.<br />
Marie Vandermersch<br />
10 HORS SÉRIE SPÉCIAL <strong>60</strong> ANS
Marier robotique et réalité virtuelle<br />
Marier robotique<br />
et réalité virtuelle<br />
Observer un milieu confiné très irradiant et y intervenir s<strong>ans</strong> exposer l’opérateur :<br />
cette exigence du secteur électronucléaire a conduit les équipes du <strong>CEA</strong>-List 1 à<br />
développer des capteurs, des bras télémanipulateurs, des robots autonomes, etc.<br />
Enrichies par l’essor des technologies numériques, ces compétences intègrent<br />
aujourd’hui les potentialités de la réalité virtuelle, ce qui permet d’étendre leur<br />
champ d’applications au spatial, au prototypage industriel, à la compensation du<br />
handicap ou à la chirurgie.<br />
Dès son origine, le <strong>CEA</strong> s’est doté d’un département<br />
de robotique pour mettre au point des<br />
outils d’intervention en « milieu hostile », notamment<br />
pour manipuler des substances radioactives<br />
d<strong>ans</strong> ce que les gens du métier appellent des<br />
« labos chauds ». Ces matières sont confinées d<strong>ans</strong><br />
des enceintes étanches aux rayonnements ionisants<br />
d<strong>ans</strong> lesquelles personne ne pénètre. Les opérateurs<br />
travaillent par télémanipulation à l’extérieur de ces caissons,<br />
derrière d’épais verres au plomb, aussi protecteurs<br />
que les parois de béton adjacentes. « Ils actionnent<br />
un bras maître qui tr<strong>ans</strong>met la commande à un bras<br />
esclave, muni de pinces articulées », explique Philippe<br />
Gravez. Chercheur du laboratoire de simulation interactive<br />
du <strong>CEA</strong>-List, il a participé à l’évolution de la<br />
robotique au <strong>CEA</strong>.<br />
De la télémanipulation<br />
à la téléopération<br />
« Ces systèmes mécaniques, toujours utilisés, ont<br />
l’inconvénient d’être fixes et n’ont qu’un rayon d’action<br />
de quelques mètres. » Première évolution, la partie<br />
esclave de ces dispositifs, montée sur un véhicule ou<br />
un pont roulant, a permis de les rendre mobiles. La télémanipulation<br />
s’est ainsi progressivement tr<strong>ans</strong>formée<br />
1/ <strong>CEA</strong>-List : Institut de la Direction de la recherche technologique<br />
dédié aux systèmes numériques intelligents.<br />
Exosquelette inspiré d’un cobot (robot collaboratif)<br />
développé par le <strong>CEA</strong>-List et ses partenaires. Il accompagne<br />
« intelligemment » les mouvements de l’utilisateur pour<br />
faciliter le tr<strong>ans</strong>port de lourdes charges.<br />
CENTRE <strong>CEA</strong> DE SACLAY LE JOURNAL SPÉCIAL <strong>60</strong> ANS HORS SÉRIE 11
en téléopération. D<strong>ans</strong> les années 1980, le rapprochement<br />
entre les spécialistes de la robotique et ceux de<br />
la téléopération a permis de démultiplier les projets.<br />
« Nous avons exploré d’autres milieux hostiles, comme<br />
l’espace ou les fonds marins, dont les besoins en robotique<br />
ont explosé avec l’exploitation du pétrole sous la<br />
mer ». La robotique a ensuite abouti à des applications<br />
industrielles, puis de santé, notamment pour la compensation<br />
du handicap. À la fin des années 1990, les<br />
projets de robotique du futur <strong>CEA</strong>-List se partageaient<br />
déjà pour moitié entre le nucléaire et d’autres secteurs<br />
industriels.<br />
Des images à la place des yeux<br />
Une contrainte fréquemment rencontrée en milieu hostile<br />
oblige à associer une caméra aux « robots » téléopérés.<br />
« L’absence de vision directe ajoute une difficulté<br />
supplémentaire à la gestuelle déjà très laborieuse de<br />
la télémanipulation derrière un hublot au plomb. La<br />
durée nécessaire à un geste peut ainsi être multipliée<br />
par dix ». Le geste est d’autant plus délicat que l’opérateur<br />
ne ressent que peu, voire pas du tout, l’effet de<br />
son action. Le retour d’effort direct du bras, développé<br />
par les chercheurs, a permis de restituer cette sensation<br />
par l’intermédiaire de moteurs électriques.<br />
Une nouvelle discipline : l’haptique<br />
Pour guider le téléopérateur, des simulations informatiques<br />
en trois dimensions des milieux de travail<br />
ont été développées. Il peut ainsi accéder à la fois<br />
à l’image fournie par la caméra et à celle issue du<br />
modèle 3D sur ordinateur. Les bras à retour d’effort,<br />
devenus en quelques années très performants, complètent<br />
les informations utiles à la téléopération. « Dès les<br />
Robot téléopéré<br />
et monté sur<br />
chenilles permettant<br />
d’intervenir à<br />
distance en ambiance<br />
fortement radioactive.<br />
12 HORS SÉRIE SPÉCIAL <strong>60</strong> ANS
«<br />
D<strong>ans</strong> les années 1980, le rapprochement<br />
entre les spécialistes de la robotique<br />
et ceux de la téléopération a permis de<br />
démultiplier les projets. »<br />
Bras à retour<br />
d’effort pouvant<br />
être utilisé en<br />
milieu médical pour<br />
la rééducation<br />
post-traumatique.<br />
années 1990, nous avons eu l’idée de coupler ces<br />
bras à retour d’effort au modèle virtuel de l’ordinateur,<br />
pour aller plus loin d<strong>ans</strong> la réalité virtuelle. Ainsi est<br />
née une nouvelle discipline, l’haptique 2 , qui s’ajoute à<br />
nos activités en robotique », explique Philippe Gravez.<br />
Prototypage virtuel<br />
« Application majeure de l’haptique, le prototypage<br />
virtuel permet aujourd’hui à un constructeur automobile<br />
de tester un nouveau modèle bien plus vite que<br />
par le passé : l’opérateur perçoit en réalité virtuelle<br />
l’ensemble du véhicule et peut ainsi en tester les<br />
contraintes grâce à un bras maître haptique qui lui<br />
renvoie les sensations tactiles comme s’il était à l’intérieur.<br />
» Toujours grâce à l’haptique, l’ergonomie d’un<br />
poste de travail peut être évaluée avant sa création et<br />
la formation aux gestes techniques peut être assurée<br />
2/ L’haptique (du grec haptomai) désigne la science du toucher, et plus<br />
généralement la perception du corps d<strong>ans</strong> l’environnement.<br />
grâce à des bras haptiques, d<strong>ans</strong> des ambiances de<br />
travail entièrement virtuelles.<br />
Une robotique « coopérative »<br />
La robotique, de son côté, a donné naissance à une<br />
nouvelle discipline, la cobotique ou robotique « coopérative<br />
». Un « cobot » prend par exemple la forme<br />
d’un « exosquelette », sorte d’armature articulée que<br />
l’opérateur enfile comme un harnais : d<strong>ans</strong> l’industrie,<br />
il permet, en amplifiant le geste, de soulever une lourde<br />
charge s<strong>ans</strong> en supporter le poids ; en médecine, il<br />
peut rendre plus sûr et précis le geste d’un chirurgien.<br />
« Comme toujours, nous sommes très près des besoins<br />
de l’industrie et des métiers. Nos projets sont tous<br />
collaboratifs. C’est indispensable pour obtenir les<br />
meilleurs résultats technologiques », insiste Philippe<br />
Gravez. Les projets en partenariat industriel représentent<br />
aujourd’hui l’essentiel de l’activité du <strong>CEA</strong>-List.<br />
Charlotte Samson<br />
CENTRE <strong>CEA</strong> DE SACLAY LE JOURNAL<br />
SPÉCIAL <strong>60</strong> ANS HORS SÉRIE<br />
13
Les explorateurs de la matière<br />
Les explorateurs<br />
de la matière<br />
La mise en évidence d’une nouvelle particule, qui pourrait bien être le fameux boson de<br />
Higgs, vient de mettre la physique des particules sous le feu des projecteurs. Les chercheurs<br />
de l’Institut de recherche sur les lois fondamentales de l’Univers (Irfu) du <strong>CEA</strong> <strong>Saclay</strong> ont<br />
largement participé à cette découverte scientifique majeure. Depuis sa création, le <strong>CEA</strong><br />
de <strong>Saclay</strong> est un haut lieu de la recherche française sur la matière à toutes les échelles,<br />
d’espace et de temps, et d<strong>ans</strong> ses états les plus complexes. Cette expertise va de pair avec<br />
le développement de technologies capables d’atteindre des niveaux de performance inédits.<br />
M<br />
ercredi 4 juillet 2012, 11h, les porteparoles<br />
des deux expériences Atlas et<br />
CMS du Large Hadron Collider (LHC)<br />
annoncent la découverte d'une nouvelle<br />
particule qui pourrait être le boson de Higgs, particule<br />
nécessaire pour expliquer la notion de masse d<strong>ans</strong> le<br />
modèle standard. La nouvelle revêt une telle importance<br />
que la conférence est retr<strong>ans</strong>mise à <strong>Saclay</strong>, en direct<br />
depuis le Cern. La salle de conférence de l’Irfu est pleine<br />
à craquer. À l’annonce des résultats, le public laisse<br />
éclater son émotion.<br />
Effervescence toute légitime puisque des équipes de<br />
l’Irfu traquent cette particule depuis plus de 20 <strong>ans</strong><br />
et ont œuvré à la conception de l’accélérateur et des<br />
détecteurs géants qui ont permis de la dénicher. « Les<br />
principaux quadripôles 1 du LHC ont été conçus par des<br />
ingénieurs de l’Irfu, ainsi que des éléments importants<br />
des détecteurs Atlas et CMS », rappelle Antoine Daël,<br />
chef du Service des accélérateurs, de la cryogénie et du<br />
magnétisme. Aujourd’hui, c’est au sein de cet institut<br />
que sont conçus et testés les éléments d’accélérateurs<br />
et les éléments de détecteurs qui permettent d’explorer<br />
la matière à l’échelle subatomique. L’Institut est également<br />
spécialisé d<strong>ans</strong> l’accélération haute intensité de<br />
protons et de deutons et l’accélération au moyen de<br />
cavités supraconductrices.<br />
D’où viennent ces spécialités du <strong>CEA</strong>, aujourd’hui reconnues<br />
sur la scène internationale ? Produire de l’énergie<br />
à partir de réactions nucléaires, en optimiser les rendements,<br />
nécessitait de comprendre la nature des phénomènes<br />
mis en jeu. Construire les futures installations<br />
industrielles exigeait la maîtrise du comportement des<br />
matériaux. Au <strong>CEA</strong> <strong>Saclay</strong>, les sciences de la matière<br />
se sont donc déployées dès l’origine, pour accompagner<br />
les développements de l’énergie nucléaire. Elles sont<br />
rapidement devenues une discipline à part entière.<br />
Théoriciens et expérimentateurs qui se sont succédé sur<br />
le centre ont contribué à améliorer nos connaissances<br />
de la matière, avec le même enthousiasme que celui<br />
des physiciens qui ont découvert le boson de Higgs.<br />
Du Van de Graaff au LHC<br />
La communauté des accélérateurs et des détecteurs<br />
existe au <strong>CEA</strong> <strong>Saclay</strong> depuis sa création. Elle est née<br />
auprès des tout premiers accélérateurs du site, mis en<br />
service en 1952 : un Van de Graaf à électrons et un<br />
cyclotron 2 . Deux accélérateurs ont particulièrement<br />
contribué à la réputation de <strong>Saclay</strong> : l’accélérateur<br />
linéaire de <strong>Saclay</strong> (ALS) et le synchrotron Saturne2.<br />
1/ Éléments magnétiques permettant de focaliser les particules chargées,<br />
en particulier aux points de collision.<br />
2/ Accélérateur circulaire d<strong>ans</strong> lequel les particules chargées, placées d<strong>ans</strong><br />
un champ magnétique, sont accélérées par un champ électrique alternatif,<br />
suivant ainsi une trajectoire en spirale.<br />
14 HORS SÉRIE SPÉCIAL <strong>60</strong> ANS
«<br />
Déployées dès l’origine pour accompagner les<br />
développements de l’énergie nucléaire, les<br />
sciences de la matière sont rapidement devenues<br />
une discipline majeure du cea <strong>Saclay</strong>. »<br />
L’ALS, mis en service en 1968, était un accélérateur<br />
d’électrons spécialisé d<strong>ans</strong> l’étude de la structure des<br />
noyaux. Il a fonctionné jusqu’en 1990. Saturne2,<br />
successeur de Saturne inauguré en 1958, a été conçu<br />
au début des années 1970 3 . C’était un synchrotron 4 à<br />
protons, spécialisé d<strong>ans</strong> la physique hadronique 5 qui<br />
offrait la possibilité d’accélérer les ions légers. Démarré<br />
en 1980, son exploitation s’est arrêtée en 1997, date<br />
à laquelle a commencé son démantèlement, jusqu’au<br />
déclassement en 2005.<br />
Depuis, les bâtiments qui abritaient Saturne accueillent<br />
la plateforme qui regroupe la quasi-totalité des<br />
compétences du <strong>CEA</strong> en matière de recherche et<br />
3/ D<strong>ans</strong> le cadre d’un laboratoire national, en collaboration avec<br />
l’Institut national de physique nucléaire et de physique des particules du CNRS.<br />
4/ Accélérateur d<strong>ans</strong> lequel les particules gardent une trajectoire circulaire<br />
grâce à une succession de cavités accélératrices et d’aimants de courbure<br />
répartis sur un anneau.<br />
5/ Physique consacrée à l'étude de particules constituées de quelques<br />
quarks comme le proton.<br />
Installé à la frontière<br />
franco-suisse, le<br />
Large Hadron Collider<br />
(LHC) forme un<br />
anneau de 27 km<br />
de circonférence.<br />
Certaines pièces<br />
maîtresses de cet<br />
accélérateur ont<br />
été conçues par les<br />
équipes du <strong>CEA</strong> de<br />
<strong>Saclay</strong>.<br />
CENTRE <strong>CEA</strong> DE SACLAY LE JOURNAL<br />
SPÉCIAL <strong>60</strong> ANS HORS SÉRIE 15
Les explorateurs de la matière<br />
Ganil, c’est du lourd !<br />
Le Grand accélérateur national d’ions<br />
lourds (Ganil) implanté à Caen est rattaché<br />
au centre <strong>CEA</strong> de <strong>Saclay</strong>. Ses principaux<br />
axes de recherche sont la structure<br />
du noyau atomique, les interactions<br />
fondamentales, l’astrophysique nucléaire,<br />
les mécanismes de réaction et la physique<br />
théorique associée.<br />
Au début des années 1970, les physiciens<br />
qui travaillent sur l’étude du noyau, au<br />
<strong>CEA</strong> et à l’IN2P3, se trouvent de plus<br />
en plus limités d<strong>ans</strong> leurs recherches.<br />
Ils préconisent alors la création d’un<br />
accélérateur d’ions lourds sur le sol<br />
français. Un Groupement d’intérêt<br />
économique est alors créé entre le CNRS<br />
et le <strong>CEA</strong>, et le Ganil est mis en service<br />
en 1983. Un Système de production d’ions<br />
radioactifs accélérés en ligne (Spiral) le<br />
complète depuis 2001.<br />
Un nouvel accélérateur, Spiral2, est<br />
en cours de construction. Le principal<br />
objectif de cette installation sera de<br />
produire des noyaux « exotiques »,<br />
ces noyaux à durée de vie limitée qui<br />
présentent des structures inhabituelles,<br />
et de les étudier. À plus long terme, le<br />
Ganil est candidat pour accueillir Eurisol,<br />
la future génération d’accélérateurs qui<br />
permettra d’explorer la « terra incognita »<br />
de la carte des noyaux.<br />
Une des caractéristiques importantes<br />
du Ganil est que, dès sa conception, il a<br />
été prévu pour qu'y soient développées<br />
des recherches en physique non<br />
nucléaire. Ciril est la plateforme<br />
d’accueil des expériences de recherches<br />
interdisciplinaires auprès du Ganil. Elle<br />
est gérée par le Cimap 6 . Son objectif est<br />
double : promouvoir les potentialités<br />
du Ganil auprès de communautés<br />
scientifiques extrêmement variées et offrir<br />
des équipements performants répondant<br />
aux objectifs scientifiques des utilisateurs<br />
extérieurs.<br />
développement sur les accélérateurs. Synergium, c’est<br />
le nom évocateur qu’Antoine Daël a donné à cette<br />
infrastructure, le développement d’accélérateurs nécessitant<br />
des compétences de plus en plus pointues et des<br />
infrastructures de plus en plus sophistiquées.<br />
« Aujourd’hui, nous travaillons pour le projet Spiral2 du<br />
Ganil à Caen, en collaboration avec le CNRS, en particulier<br />
sur l’injecteur de l’accélérateur linéaire et sur<br />
la construction et les tests des cavités accélératrices<br />
supraconductrices. Nous poursuivons également les<br />
développements d’aimants à fort champ magnétique<br />
pour les évolutions futures du LHC, tout en maintenant<br />
des activités de R&D d<strong>ans</strong> la perspective d’accélérateurs<br />
d’énergies encore plus élevées ». À l’échelle<br />
internationale, on peut citer deux grands projets de<br />
machines destinées à l’étude des matériaux d<strong>ans</strong> toute<br />
leur richesse et leur diversité : le laser à électrons libres<br />
XFEL et la source de spallation européenne ESS. La<br />
réputation acquise par ces équipes a conduit d’autres<br />
6/ Centre de recherche sur les ions, les matériaux et la photonique,<br />
unité mixte de recherche <strong>CEA</strong>, CNRS, ENSICAEN et Université de Caen<br />
créée en 2008.<br />
communautés à s’adresser à l’Irfu : « Nous travaillons<br />
également pour la fusion nucléaire ou l’imagerie par<br />
résonance magnétique à haut champ ».<br />
D’Orphée à ESS<br />
Lorsqu’elle entrera en service, en 2019, ESS sera<br />
la source de neutrons la plus puissante du monde.<br />
Elle sera construite à Lund, en Suède. Pour l’heure,<br />
l’exploration de la matière au moyen de neutrons<br />
est une autre spécialité du <strong>CEA</strong> <strong>Saclay</strong>, et c’est<br />
auprès du réacteur expérimental Orphée, dédié à la<br />
recherche sur les matériaux, que ces études sont<br />
menées aujourd’hui. Opérationnelle depuis 1980,<br />
cette installation est remarquable par la qualité des<br />
faisceaux qu’elle délivre.<br />
« Nous avons soumis une proposition de collaboration<br />
pour la définition des spectromètres d’ESS », explique<br />
Alain Menelle, directeur-adjoint du Laboratoire Léon<br />
Brillouin (LLB) qui pilote ces études à <strong>Saclay</strong>. Ce<br />
laboratoire mixte <strong>CEA</strong>-CNRS est aujourd’hui chargé du<br />
développement des spectromètres qui exploitent les<br />
neutrons produits par le réacteur Orphée. Sa mission<br />
Quadripôle<br />
radiofréquence (RFQ)<br />
du futur accélérateur<br />
Spiral2. Conçue à<br />
<strong>Saclay</strong>, cette pièce<br />
sera placée en tête de<br />
l’accélérateur pour<br />
focaliser le faisceau,<br />
mettre les ions en<br />
paquets et les<br />
pré-accélérer.<br />
16 HORS SÉRIE SPÉCIAL <strong>60</strong> ANS
CENTRE <strong>CEA</strong> DE SACLAY LE JOURNAL<br />
SPÉCIAL <strong>60</strong> ANS HORS SÉRIE 17
Les explorateurs de la matière<br />
«<br />
La diffusion neutronique permet<br />
d’accéder à la structure de la<br />
matière à l’échelle de l’atome. »<br />
Hall des guides du réacteur<br />
expérimental Orphée. Les<br />
neutrons produits par le réacteur<br />
permettent aux chercheurs<br />
d’étudier la structure et la<br />
dynamique de la matière à<br />
l’échelle de l’atome.<br />
principale est d’accueillir et d’assister les expérimentateurs<br />
extérieurs, en mettant à leur disposition aussi<br />
bien les instruments nécessaires que les compétences<br />
de ses équipes en matière de diffusion neutronique.<br />
En parallèle, celles-ci poursuivent leurs propres programmes<br />
scientifiques, la plupart du temps au sein de<br />
collaborations.<br />
« La diffusion neutronique a commencé à <strong>Saclay</strong><br />
d<strong>ans</strong> les années 1950, auprès des premiers réacteurs<br />
de recherche du centre. Elle a été en vogue<br />
d<strong>ans</strong> les années 1970-1980 », rappelle Alain<br />
Menelle. « Aujourd’hui, peu de jeunes chercheurs<br />
sont conscients de ses potentialités ». Et pourtant,<br />
elle permet d’accéder à la structure de la matière à<br />
l’échelle de l’atome, en complément des rayons X. Sa<br />
sensibilité aux éléments légers comme l’hydrogène la<br />
rend très performante pour étudier les polymères et la<br />
matière biologique. Elle est, par ailleurs, indispensable<br />
pour sonder les propriétés magnétiques des matériaux.<br />
Enfin, l’absence de charge des neutrons leur confère<br />
un pouvoir de pénétration d<strong>ans</strong> la matière qui autorise<br />
l’utilisation d’échantillons de grande dimension, ce qui<br />
est particulièrement intéressant pour la recherche industrielle.<br />
« D<strong>ans</strong> la perspective du campus Paris-<strong>Saclay</strong>,<br />
nous allons augmenter notre offre de formation, par<br />
exemple en proposant des travaux pratiques aux étudiants<br />
du plateau ».<br />
Aline Curtoni<br />
18 HORS SÉRIE SPÉCIAL <strong>60</strong> ANS
Les sentinelles du climat<br />
Les sentinelles<br />
du climat<br />
Le changement climatique est l’un des grands défis que devra relever<br />
l’humanité d<strong>ans</strong> les prochaines années. Cette prise de conscience<br />
suscite un important effort de recherche auquel prend largement part<br />
le Laboratoire des sciences du climat et de l’environnement (LSCE).<br />
I<br />
l est l’un des plus réputés au monde d<strong>ans</strong> son<br />
domaine ! Créé en 1998, le Laboratoire des<br />
sciences du climat et de l’environnement (LSCE)<br />
est l’héritier d’une longue tradition de recherches<br />
innovantes sur le climat et les changements climatiques.<br />
« La recherche sur le climat et l’environnement a été<br />
Recherche en<br />
climatologie : poste de<br />
conduite d’un forage<br />
au Groenland.<br />
développée au <strong>CEA</strong> à partir des années 1950 autour du<br />
savoir-faire acquis d<strong>ans</strong> la mise en œuvre de méthodes<br />
d’analyse isotopiques et nucléaires » explique Philippe<br />
Bonté, Conseiller scientifique au LSCE. Une des figures<br />
tutélaires de cette époque est celle de Jacques Labeyrie,<br />
recruté par Frédéric Joliot-Curie pour développer et<br />
CENTRE <strong>CEA</strong> DE SACLAY LE JOURNAL<br />
SPÉCIAL <strong>60</strong> ANS HORS SÉRIE<br />
19
Les sentinelles du climat<br />
«<br />
L'expertise du<br />
Lsce sur le climat<br />
et le changement<br />
climatique est<br />
internationalement<br />
reconnue.»<br />
mettre en œuvre des méthodes de détection de l’uranium<br />
et de mesure de la radioactivité. Les techniques<br />
mises au point se révéleront rapidement avoir des<br />
applications inédites d<strong>ans</strong> bien d’autres domaines et<br />
notamment d<strong>ans</strong> celui des sciences de la Terre et du<br />
climat. Le Centre des faibles radioactivités (CFR) qui<br />
voit le jour en 1961 sera ainsi « l’un des pionniers<br />
d<strong>ans</strong> le développement des méthodes de datation<br />
au carbone 14 ». Les scientifiques ne vont plus cesser<br />
d’explorer les formidables possibilités offertes par les<br />
isotopes d<strong>ans</strong> l’étude des variations climatiques.<br />
Connaître le climat passé,<br />
mieux anticiper le climat du futur<br />
D<strong>ans</strong> les années 80, de plus en plus de voix s’élèvent<br />
au sein de la communauté scientifique pour alerter<br />
l’opinion publique sur l’existence d’un réchauffement<br />
climatique planétaire et les risques inhérents. Cette<br />
prise de conscience aboutit notamment à la création,<br />
en 1988, du GIEC. Le <strong>CEA</strong>, dont les experts ont<br />
été largement sollicités par le Giec, décide alors de<br />
renforcer son activité d<strong>ans</strong> ce domaine et crée en<br />
1991 le Laboratoire de modélisation du climat et de<br />
l’environnement (LMCE). Sous l’impulsion de quelques<br />
personnalités exceptionnelles telles le climatologue<br />
Jean Jouzel, la contribution des équipes est majeure.<br />
« L’analyse des carottes de glace forées en Antarctique,<br />
par exemple, a permis de déterminer les variations<br />
climatiques durant les 800 000 dernières années. Les<br />
équipes de <strong>Saclay</strong> ont ainsi été les premières à mettre<br />
en évidence le lien entre la teneur en gaz à effet de<br />
serre de la glace et l’évolution de la température sur<br />
le globe ». En 1998, le LMCE et le CFR fusionnent pour<br />
donner naissance à l’actuel Laboratoire des sciences<br />
du climat et de l’environnement (LSCE), unité mixte de<br />
recherche <strong>CEA</strong>-CNRS-UVSQ. Aujourd’hui, le LSCE est<br />
un des laboratoires les plus reconnus pour l’étude du<br />
climat en général et du changement climatique en particulier.<br />
Ses 300 chercheurs, ingénieurs et techniciens<br />
ont des parcours très variés : physiciens, chimistes,<br />
biologistes, mathématiciens, géologues, glaciologues,<br />
océanographes... Que ce soit par l’expérimentation,<br />
la modélisation ou l’analyse de données spatiales, les<br />
travaux du LSCE contribuent largement à l'amélioration<br />
des connaissances que nous avons du climat et de son<br />
évolution, préalable nécessaire pour relever les nombreux<br />
défis à venir.<br />
Gaëlle Degrez<br />
Opération de<br />
carottage en cours<br />
pour étudier le climat<br />
du passé. Plus le<br />
forage est profond,<br />
plus la glace est<br />
ancienne et plus les<br />
chercheurs remontent<br />
d<strong>ans</strong> le temps.<br />
20 HORS SÉRIE SPÉCIAL <strong>60</strong> ANS
voyage au centre de la vie<br />
Voyage au<br />
centre de la vie<br />
Il y a <strong>60</strong> <strong>ans</strong>, la biologie prenait place au <strong>CEA</strong> <strong>Saclay</strong> pour comprendre<br />
les effets des rayonnements ionisants sur le vivant, mais aussi comme<br />
domaine d’application de la radioactivité artificielle. À l’heure où la<br />
discipline évolue à une vitesse vertigineuse, le marquage radioactif<br />
demeure une de ses spécialités, au service de notre santé.<br />
E<br />
n 1935, un an seulement après avoir produit<br />
le premier élément radioactif artificiel 1 , Irène<br />
et Frédéric Joliot-Curie obtenaient le prix Nobel<br />
de Chimie. Frédéric Joliot a perçu très vite<br />
l’impact que cette découverte aurait sur les sciences de<br />
la vie : lorsque, en 1946, il devient le premier Haut-<br />
Commissaire du <strong>CEA</strong>, il décide d’y implanter la biologie.<br />
Depuis près de <strong>60</strong> <strong>ans</strong> donc, des biologistes du <strong>CEA</strong><br />
sont chargés d’explorer les possibilités offertes par les<br />
radiotraceurs (molécules radioactives), tout en étudiant<br />
les effets des rayonnements ionisants sur le vivant.<br />
Aujourd’hui, le marquage radioactif est devenu un outil<br />
incontournable de la recherche médicale. À Orsay et<br />
1/ Le phosphore 30, dont la demi-vie est de 156 s et qui se désintègre en<br />
silicium 31 en émettant un positon.<br />
Examen cérébral<br />
par tomographie<br />
par émission de<br />
positions (TEP). En<br />
médecine nucléaire,<br />
cette technique est<br />
notamment utilisée<br />
pour observer<br />
l’activité du cerveau.<br />
CENTRE <strong>CEA</strong> DE SACLAY LE JOURNAL<br />
SPÉCIAL <strong>60</strong> ANS HORS SÉRIE<br />
21
voyage au centre de la vie<br />
Principes de traques<br />
Le noyau d’un atome est constitué de<br />
protons et de neutrons. Un élément<br />
chimique est caractérisé par le nombre<br />
de ses protons. Les isotopes d’un<br />
même élément possèdent le même<br />
nombre de protons mais un nombre de<br />
neutrons différent. Certains isotopes<br />
sont radioactifs, c’est-à-dire qu’ils se<br />
désintègrent en émettant un rayonnement.<br />
On les appelle aussi radioéléments.<br />
La période radioactive ou demi-vie est le<br />
temps au bout duquel la moitié des noyaux<br />
radioactifs initialement présents a disparu.<br />
C’est une donnée spécifique à chaque<br />
radioisotope, qui varie d<strong>ans</strong> des gammes<br />
de valeurs très vastes, de la fraction de<br />
seconde à plusieurs milliards d’années.<br />
Les noyaux radioactifs peuvent être<br />
détectés, localisés et même dosés à<br />
distance par le rayonnement qu’ils<br />
émettent. Un radiotraceur ou molécule<br />
marquée résulte de l’introduction, par voie<br />
chimique ou enzymatique, d’un élément<br />
radioactif d<strong>ans</strong> sa structure chimique.<br />
Cette molécule est choisie pour sa capacité<br />
à « tracer » une fonction métabolique ou<br />
physiologique particulière. La méthode<br />
consiste à suivre le traceur, grâce à<br />
l’élément radioactif qu’il porte, le long des<br />
tr<strong>ans</strong>formations physiques ou chimiques<br />
qu’il subit.<br />
L’imagerie nucléaire permet, en<br />
particulier, de déterminer in vivo et de<br />
manière atraumatique la distribution<br />
du radiotraceur d<strong>ans</strong> un organisme<br />
vivant et d’étudier l’interaction de<br />
cette molécule radioactive avec une<br />
cible pharmacologique déterminée.<br />
La tomographie par émission de positons<br />
utilise des molécules marquées par<br />
un isotope radioactif, souvent à vie brève,<br />
qui se désintègre en émettant un positon.<br />
Ce dernier se détruit en créant deux<br />
photons, d’énergie bien définie, qui sont<br />
détectés par un tomographe autour du<br />
patient. Le traitement des signaux collectés<br />
fournit ainsi une image en trois dimensions<br />
de la répartition du radiotraceur d<strong>ans</strong><br />
l’organisme avec une précision de l’ordre<br />
du millimètre.<br />
à <strong>Saclay</strong>, des équipes de chimistes et de radiochimistes,<br />
ont recours quotidiennement aux radiotraceurs, que ce<br />
soit pour étudier le fonctionnement du cerveau, pour<br />
évaluer un traitement anticancéreux ou pour appréhender<br />
la toxicité de nanoparticules. D<strong>ans</strong> l’avenir, nul<br />
doute que le marquage saura se révéler un allié sûr d<strong>ans</strong><br />
les développements prometteurs de la nano-médecine.<br />
In vivo veritas<br />
L’imagerie médicale constitue, s<strong>ans</strong> doute, l’une des<br />
plus grandes révolutions de l’histoire de la médecine.<br />
Elle permet d’explorer in vivo le monde du vivant,<br />
l’Homme en particulier, tout en préservant l’intégrité<br />
du sujet étudié. Outil de diagnostic, elle est également<br />
largement utilisée d<strong>ans</strong> la recherche biomédicale où elle<br />
contribue à la fois à la compréhension fondamentale du<br />
fonctionnement de l’organisme et aux développements<br />
pharmaceutiques.<br />
Le Service hospitalier Frédéric Joliot (SHFJ), établi d<strong>ans</strong><br />
les locaux de l’hôpital d’Orsay depuis la fin des années<br />
1950, est spécialisé d<strong>ans</strong> la médecine et l’imagerie<br />
nucléaires. Son cœur de métier est l’innovation en<br />
matière de développement de nouveaux radiotraceurs<br />
et de nouvelles méthodologies, en particulier autour de<br />
la tomographie par émission de positons (TEP). « À l’origine,<br />
la TEP était destinée à l’imagerie du cerveau, l’organe<br />
humain considéré depuis toujours comme le plus<br />
noble et le plus complexe », explique Frédéric Dollé,<br />
responsable du groupe de chimie et de radiochimie et<br />
coordonnateur scientifique du SHFJ. « Le déploiement<br />
des neurosciences sur le plateau de <strong>Saclay</strong> est donc<br />
une opportunité stratégique pour nous ».<br />
Aujourd’hui, chercheurs et médecins exploitent principalement<br />
le [18F]-FDG 3 , molécule marquée au fluor<br />
18 4 , comme traceur du métabolisme du glucose.<br />
En cancérologie, celui-ci sert à détecter et à localiser<br />
précisément des tumeurs secondaires mais également<br />
à évaluer et suivre l’efficacité de traitements<br />
thérapeutiques. « Mais nous nous appliquons aussi à<br />
développer de nouveaux radiotraceurs, marqués au<br />
fluor 18 ou au carbone 11, pour la recherche sur les<br />
maladies neurodégénératives (Parkinson, mais surtout<br />
Alzheimer 5 ). » Peu de gens savent que, lorsque les<br />
symptômes principaux de la maladie de Parkinson<br />
apparaissent chez un patient, un très grand nombre<br />
de neurones dits dopaminergiques sont déjà détruits.<br />
« À ce jour, il n’existe que peu de traitements pour ces<br />
maladies », déplore Frédéric Dollé, « mais lorsqu’un<br />
médicament sera disponible ou en voie de l’être, l’imagerie<br />
pourrait fournir des informations précieuses pour<br />
3/ Fluorodésoxyglucose.<br />
4/ Cet élément est produit par tr<strong>ans</strong>mutation nucléaire,<br />
d<strong>ans</strong> un cyclotron qui fournit des protons. Le SHFJ réunit<br />
trois compétences importantes : la production des isotopes<br />
d<strong>ans</strong> le cyclotron, la synthèse chimique et la radiochimie,<br />
qui permettent d’obtenir et de caractériser la molécule marquée<br />
prête à être injectée.<br />
5/ Les premiers marqueurs de la maladie d’Alzheimer sont arrivés pour<br />
l’homme : le C11PIB et le 18F-AV-45.<br />
22 HORS SÉRIE SPÉCIAL <strong>60</strong> ANS
le développement pharmaceutique puis permettre une<br />
prise en charge plus précoce des patients, notamment<br />
avant l’apparition des signes cliniques ».<br />
Sur la piste des nanoparticules<br />
À la fin des années 1950, un autre service s’installe sur<br />
le site de <strong>Saclay</strong>, le Service des molécules marquées. Il<br />
a pour mission de fournir des molécules d’intérêt biologique<br />
marquées par un atome radioactif aux laboratoires<br />
de recherche scientifique, médicaux ou industriels. D<strong>ans</strong><br />
les années 1990, après de nombreuses années consacrées<br />
à la production, ses activités se sont recentrées<br />
sur la recherche.<br />
« Le marquage est une activité d’autant plus précieuse<br />
qu’elle est unique en France et très peu répandue d<strong>ans</strong><br />
le monde, tout au moins d<strong>ans</strong> la recherche publique »,<br />
précise Frédéric Taran, directeur-adjoint du Service<br />
de chimie bioorganique et de marquage (SCBM). Les<br />
radiochimistes du SCBM synthétisent des molécules<br />
marquées, essentiellement au tritium ou au carbone<br />
14 6 , qui sont utilisées comme outils d’investigation par<br />
des partenaires biologistes. Le service a ainsi développé<br />
des collaborations avec des équipes prestigieuses et a<br />
contribué à des avancées scientifiques importantes,<br />
telles que la découverte d’un nouveau récepteur sérotoninergique.<br />
Leur objectif est de développer de nouvelles<br />
6/ Tritium et carbone 14 ont des demi-vies respectives de 12 <strong>ans</strong> et de plus<br />
de 5000 <strong>ans</strong>. Ils se désintègrent en émettant un électron.<br />
7/ Assemblage d’atomes de carbone constitué de plusieurs feuillets de<br />
graphène enroulés les uns autour des autres.<br />
méthodes de marquage tout en continuant à synthétiser<br />
des molécules, aussi bien pour la recherche académique<br />
que pour l’industrie pharmaceutique. « Malgré<br />
l’apparition d’autres types de marquage, tels que le<br />
marquage par fluorescence, le marquage radioactif<br />
se révèle souvent indispensable ».<br />
Aujourd’hui, les équipes du <strong>CEA</strong> <strong>Saclay</strong> utilisent cette<br />
technique du marquage radioactif en toxicologie, pour<br />
pister le trajet de nanoparticules d<strong>ans</strong> un organisme.<br />
La taille de ces particules les rend difficilement détectables,<br />
sauf si on leur confère une propriété particulière :<br />
la radioactivité. L’équipe de Frédéric Taran s’est plus<br />
particulièrement intéressée aux nanotubes de carbone<br />
multifeuillets 7 . « Nous avons développé un procédé<br />
chimique qui permet de substituer du carbone 14 à<br />
des atomes de carbone 12 stable, directement sur la<br />
paroi des nanotubes ». Les molécules obtenues sont<br />
identiques du point de vue chimique. Injectées par<br />
voie intraveineuse à une population de rongeurs, elles<br />
peuvent être traquées d<strong>ans</strong> leur organisme, quelques<br />
heures, voire plusieurs mois après l’injection.<br />
Les premiers résultats ont déjà permis d’établir que,<br />
24 heures après l’exposition, les nanotubes s’accumulaient<br />
d<strong>ans</strong> le foie et les poumons des rongeurs sous<br />
forme d’agrégats. Ces recherches devraient se poursuivre,<br />
avec un financement de l’Agence nationale de<br />
sécurité sanitaire (Anses) et du programme tr<strong>ans</strong>versal<br />
Toxicologie du <strong>CEA</strong>. Le résultat de l’ensemble des<br />
études pourrait aider à la mise en place d’une législation<br />
sur la commercialisation des nanoparticules.<br />
Aline Curtoni<br />
La technique du<br />
marquage radioactif<br />
au carbone 14 est<br />
notamment employée<br />
d<strong>ans</strong> les études de<br />
toxicologie.<br />
CENTRE <strong>CEA</strong> DE SACLAY LE JOURNAL<br />
SPÉCIAL <strong>60</strong> ANS HORS SÉRIE<br />
23
Laboratoire d’expérimentation architecturale et urbanistique<br />
Le centre de <strong>Saclay</strong><br />
Laboratoire d’expérimentation<br />
architecturale et urbanistique<br />
Le centre <strong>CEA</strong> de <strong>Saclay</strong> est une pièce importante de la mosaïque que dessine<br />
le campus Paris-<strong>Saclay</strong>. La petite cité scientifique édifiée après-guerre est<br />
en pleine mutation. Pour grandir, elle peut s’appuyer sur les bases solides<br />
et innovantes posées voilà <strong>60</strong> <strong>ans</strong>.<br />
L<br />
e 18 octobre 1945, le général de Gaulle crée,<br />
par ordonnance, le Commissariat à l’énergie<br />
atomique. Frédéric Joliot-Curie et Raoul Dautry<br />
sont nommés respectivement Haut-Commissaire<br />
et Administrateur général du <strong>CEA</strong>. Dès la première<br />
réunion, au printemps 1946, le Comité à l’énergie<br />
atomique aborde le sujet de la construction d’un grand<br />
centre de recherche. Ce sera <strong>Saclay</strong>.<br />
Les origines<br />
Proche de la capitale, joignable par « la ligne de<br />
Sceaux » (aujourd’hui le RER B), faiblement peuplé, le<br />
plateau de <strong>Saclay</strong> répond aux caractéristiques souhaitées<br />
par l’équipe de Frédéric Joliot-Curie pour installer<br />
un « Centre d’études nucléaires ». À partir de 1948, le<br />
projet prend corps, avec l’achat de 175 hectares sur le<br />
plateau. Les premières équipes prendront possession<br />
des lieux en 1952, il y a juste <strong>60</strong> <strong>ans</strong>.<br />
La conception du centre est confiée à l’architecte<br />
Auguste Perret (1874-1954), l’orfèvre du béton, qui<br />
travaille à l’époque à la reconstruction de la ville<br />
du Havre 1 . Perret doit répondre à la commande des<br />
scientifiques en imaginant un site capable d’évoluer au<br />
rythme des innovations techniques et des besoins en<br />
instruments. Les découvertes du début de la première<br />
moitié du xx e siècle ont profondément tr<strong>ans</strong>formé la<br />
science, qui change d’échelle. Les instruments sont de<br />
plus en plus grands et puissants. L’architecte doit se<br />
projeter d<strong>ans</strong> le futur, inventer un site capable d’évoluer,<br />
de s’agrandir, d’héberger plus de personnels, s<strong>ans</strong><br />
déborder de ses clôtures<br />
Perret imagine un bâti capable d’accompagner le progrès<br />
scientifique s<strong>ans</strong> perdre ses qualités architecturales<br />
1/ Classée en 2005 par l’Unesco au Patrimoine mondial de l’Humanité.<br />
«<br />
et esthétiques. La charpente et le toit seront pérennes,<br />
et bien lisibles ; sous cet « abri souverain » – un concept<br />
qui lui est cher –, les volumes et les espaces seront<br />
modulables, les façades modifiables autant que de<br />
besoin.<br />
<strong>Saclay</strong>, ville rose<br />
La composition est l’art<br />
de faire tenir les services<br />
les plus compliqués d<strong>ans</strong><br />
le volume le plus simple. »<br />
Auguste Perret<br />
L’architecte, en collaboration avec les scientifiques du<br />
<strong>CEA</strong>, élabore un projet à la fois architectural et urbanistique.<br />
« Le Palais de l’atome », comme il l’appelle, sera<br />
une petite cité. La composition de l’ensemble fait par<br />
ailleurs référence à l’urbanisme versaillais : bâtiments de<br />
deux ou trois étages, environnement paysager, pièces<br />
d’eau. Les bâtiments sont percés de portes monumentales,<br />
ornés de corniches, de frontons, de chapiteaux et<br />
de pilastres, exécutés d<strong>ans</strong> un style sobre.<br />
24 HORS SÉRIE SPÉCIAL <strong>60</strong> ANS
Laboratoire d’expérimentation architecturale et urbanistique<br />
À <strong>Saclay</strong> comme au Palais d’Iéna, au Théâtre des<br />
Champs Élysées, à l’Église du Raincy, au Havre, Perret<br />
emploie son matériau de prédilection : le béton armé.<br />
Robuste, économique, celui-ci permet de créer une<br />
architecture à la fois simple et élégante. La ligne austère<br />
des bâtiments est animée par le travail du béton. Les<br />
structures primaires (poteaux et poutres) sont laissées<br />
« brut de décoffrage », pour faire apparaître les veines<br />
du bois. Le revêtement des façades, bouchardé 2 ,<br />
coloré d<strong>ans</strong> la masse, principalement en rose, prend<br />
l’aspect de la pierre. Perret se préoccupe aussi de<br />
l’éclairage : hauts plafonds, sheds 3 , puits de lumières,<br />
lanternons, grandes baies vitrées laissent pénétrer la<br />
lumière naturelle.<br />
Pour le plan, le choix se porte sur la trame, ou plan<br />
en damier, un concept fréquemment utilisé depuis<br />
l’Antiquité 4 . Un tracé orthogonal s’établit autour d’axes<br />
principaux et de routes secondaires, déterminant des<br />
îlots encore appelés pâtés de maisons ou quartiers.<br />
Pour relier les îlots, un « système de parcs » est mis en<br />
Bâtiment de la première<br />
pile construite à<br />
<strong>Saclay</strong>, EL2, conçu selon<br />
les pl<strong>ans</strong> de l’architecte<br />
Auguste Perret.<br />
place, inspiré des conceptions du paysagiste américain<br />
Frederick Olmsted, créateur du premier campus de<br />
l’Université de Berkeley. Plus de 5 000 arbres, dont<br />
des espèces rares, seront plantés sur le « campus »<br />
de <strong>Saclay</strong>. Au début des années 1990, un arboretum<br />
viendra compléter cet aménagement paysager.<br />
Ce plan, par sa souplesse, permet de penser le futur<br />
à partir du présent. Il est facilement aménageable en<br />
densifiant des parties (ilots) s<strong>ans</strong> avoir à modifier le<br />
tout. Il a permis au centre d’évoluer au fil du temps en<br />
fonction de ses activités et de ses besoins.<br />
2/ Béton dont la surface a subi, après durcissement, un traitement<br />
mécanique par martelage à l’aide d’un outil à pointes, la boucharde.<br />
Ce traitement fait affleurer le granulat et donne au béton l’aspect de<br />
la pierre taillée.<br />
3/ Le shed est la toiture en dents de scie avec un versant vitré sur sa<br />
longueur, couvrant en général un atelier industriel.<br />
4/ La paternité du plan en damier, ou trame, est attribuée à l’architecte<br />
grec Hippodamos de Milet (V e siècle avant JC).<br />
CENTRE <strong>CEA</strong> DE SACLAY LE JOURNAL<br />
SPÉCIAL <strong>60</strong> ANS HORS SÉRIE<br />
25
26 HORS SÉRIE SPÉCIAL <strong>60</strong> ANS
Laboratoire d’expérimentation architecturale et urbanistique<br />
Le château d’eau, emblématique de<br />
l’architecture Perret et du <strong>CEA</strong> de <strong>Saclay</strong>,<br />
avec sa structure poteaux-poutres<br />
apparente, ses corniches et ses parements<br />
en béton rosé.<br />
Le Centre de <strong>Saclay</strong> en chiffres<br />
220 ha<br />
380 bâtiments<br />
36 km de routes<br />
4,6 km de clôture<br />
11 km de galeries<br />
techniques enterrées<br />
5 400 salariés <strong>CEA</strong><br />
8 000 personnes<br />
présentes par jour<br />
Dès l’origine, le projet doit tenir compte des besoins<br />
techniques des expérimentateurs : vastes halls pour<br />
les grands instruments, laboratoires, ateliers, bureaux,<br />
galeries techniques, ponts roulants, alimentation en<br />
fluides (eau, gaz, électricité…). Mais la petite cité de<br />
l’atome sera aussi une ville avec son château d’eau,<br />
sa chaufferie, sa station d’épuration, ses magasins<br />
centraux, ses restaurants, ses parkings…<br />
Auguste Perret meurt en 1954. Il a pu dessiner une<br />
trentaine d’édifices, dont une vingtaine sera construite :<br />
le château d’eau, le bâtiment de la pile EL2, le<br />
bâtiment du cyclotron, le bâtiment de l’accélérateur<br />
Van de Graaff, les grands ateliers de mécanique, le<br />
bâtiment de la Direction, le bâtiment « en H », qui abrite<br />
la bibliothèque 5 , un restaurant…<br />
Le site évolue<br />
De nombreux bâtiments ont été construits à <strong>Saclay</strong><br />
depuis <strong>60</strong> <strong>ans</strong>. Les caractéristiques principales imprimées<br />
par le « style Perret » ont été conservées jusqu’à<br />
une date récente : utilisation du béton et couleur rose,<br />
faible hauteur des constructions. Des annexes ont<br />
été implantées, pour des raisons techniques, <strong>hors</strong> du<br />
centre. C’est le cas du Service hospitalier Frédéric-Joliot<br />
(1958), par exemple, situé d<strong>ans</strong> l’enceinte de l’Hôpital<br />
d’Orsay, ou encore du site de l’Orme des Merisiers<br />
(1968), où les physiciens se sont regroupés autour d’un<br />
grand instrument aujourd’hui démantelé : l’Accélérateur<br />
linéaire de <strong>Saclay</strong> (ALS).<br />
Depuis les années 1990, de nouveaux bâtiments ont<br />
été édifiés en rupture avec le style dominant : INSTN 6<br />
(1990, architecte Michel Proux), Siège du <strong>CEA</strong> (2005)<br />
et NeuroSpin (2007, architecte Claude Vasconi). Plus<br />
récemment le bâtiment « Digiteo » a pris place à la<br />
bordure du site. Le bâtiment « Doseo » est en cours de<br />
construction. D’autres projets sont à l’étude. En 2012,<br />
5/ La bibliothèque scientifique de <strong>Saclay</strong> offre des collections d<strong>ans</strong><br />
les différentes disciplines de recherche du <strong>CEA</strong>, notamment d<strong>ans</strong><br />
le domaine des Sciences et techniques nucléaires, pour lesquelles<br />
la Bibliothèque est Pôle Label associé de la Bibliothèque Nationale<br />
de France depuis 1996. D<strong>ans</strong> tous ces domaines la Bibliothèque<br />
acquiert et conserve un patrimoine de niveau doctoral et post-doctoral.<br />
Elle conserve plus de 90 000 livres papier et 12 000 livres électroniques,<br />
900 000 rapports et thèses et plus de 7 000 revues.<br />
6/ Institut national des sciences et techniques nucléaires.<br />
des équipes du <strong>CEA</strong>/<strong>Saclay</strong> se sont installées d<strong>ans</strong> de<br />
nouveaux bâtiments rattachés au centre et construits<br />
sur le plateau « <strong>hors</strong> les murs » : Nano-INNOV.<br />
<strong>Saclay</strong> demain<br />
Sur le campus du site principal, entre pelouses et<br />
espaces plantés, les bâtiments Perret sont toujours<br />
là ; la plupart d’entre eux ont eu plusieurs vies. La<br />
modularité a parfaitement rempli son rôle. Les espaces<br />
intérieurs ont changé d’affectation. À l’extérieur, « l’abri<br />
souverain » a perduré. Le bâtiment du cyclotron héberge<br />
aujourd'hui les syndicats nationaux. D<strong>ans</strong> l'enceinte<br />
de l’accélérateur Saturne, démantelé, a pris place la<br />
plateforme Synergium. Le tunnel souterrain de l’ancien<br />
Accélérateur linéaire de <strong>Saclay</strong> (ALS), à l’Orme<br />
des merisiers, accueillera bientôt le laser Apollon, le<br />
plus puissant du monde. D<strong>ans</strong> les grands ateliers de<br />
mécanique est installé Artémis, Accélérateur pour la<br />
recherche en sciences de la Terre, environnement et<br />
muséologie, etc.<br />
Aujourd’hui, le centre, composante historique du campus<br />
Paris-<strong>Saclay</strong>, a entrepris de se doter d’un schéma<br />
directeur. L’objectif est de programmer les travaux et<br />
aménagements qui faciliteront une intégration harmonieuse<br />
du site à son nouvel environnement, lui-même<br />
en construction.<br />
Curieusement, les principes qui inspirent les architectes,<br />
urbanistes et paysagistes qui ont en charge les projets<br />
de développement du plateau de <strong>Saclay</strong> sont ceux-là<br />
mêmes qui ont présidé à la création du centre <strong>CEA</strong> il<br />
y a <strong>60</strong> <strong>ans</strong>, lui permettant d’évoluer au fil du temps,<br />
s<strong>ans</strong> perdre son unité, tout en conservant la qualité de<br />
vie des personnels.<br />
La « cité atomique » de Joliot, Dautry et Perret est<br />
un haut lieu de la science. Elle est aussi, depuis sa<br />
création, un remarquable laboratoire d’expérimentation<br />
architecturale et urbanistique.<br />
Annemarie Gendre-Peter<br />
CENTRE <strong>CEA</strong> DE SACLAY LE JOURNAL<br />
SPÉCIAL <strong>60</strong> ANS HORS SÉRIE 27
TOUTE l’actualité<br />
du CEnTRE CEa de saclay<br />
www-centre-saclay.cea.fr<br />
Centre <strong>CEA</strong> de <strong>Saclay</strong> Le Journal / 3 e trimestre 2012 / Hors Série <strong>60</strong> <strong>ans</strong> du centre / Éditeur <strong>CEA</strong> (Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives)<br />
Centre de <strong>Saclay</strong> 91191 Gif-sur-Yvette Cedex / Directeur de la publication Jacques Vayron / Rédactrice en chef Marie Vandermersch<br />
Ont contribué à ce numéro Aline Curtoni, Annemarie Gendre-Peter, Charlotte Samson, Gaëlle Degrez / Illustrations Delius (delius-dessinateur.blogspot.com).<br />
Conception graphique Efil communication (www.efil.fr). N° ISSN 1276-2776 Centre <strong>CEA</strong> de <strong>Saclay</strong> / Droits de reproduction, textes et illustrations réservés pour tous pays.<br />
Impression Vincent (Tours), imprimeur labellisé Imprim’vert (charte pour la réduction de l’impact environnemental, la traçabilité et le traitement des déchets).<br />
Papier certifié PEFC / 10-31-1087 (garantie d’une gestion durable des ressources forestières).