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DP Odyssées 78 pour pdf - Theatre-contemporain.net

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<strong>Odyssées</strong> <strong>78</strong> – cinquième édition<br />

Les trois coups de la biennale <strong>Odyssées</strong> <strong>78</strong>, donnés dès la fin du mois de janvier<br />

sous la houlette du Conseil général des Yvelines et du Centre dramatique national<br />

de Sartrouville, résonnent aux quatre coins du département et lèvent le rideau sur<br />

les huit créations théâtrales de cette cinquième édition.<br />

Encore une fois, des auteurs et des artistes de renommée ont répondu à notre<br />

invitation <strong>pour</strong> tenter l’aventure d’<strong>Odyssées</strong> <strong>78</strong>. Chacun fera découvrir un univers,<br />

entendre des textes d’une diversité, d’une sensibilité, d’une qualité qui devraient<br />

réjouir les oreilles des enfants spectateurs, mais aussi des plus grands.<br />

L’attention particulière portée aux adolescents se <strong>pour</strong>suivra avec la création du<br />

« Terrier » de Kafka. Un projet destiné aux collèges et aux lycées, qui explore les<br />

émotions de l’adolescence à partir du théâtre.<br />

Du 21 janvier au 30 mai 2005, la croisière yvelinoise jettera l’ancre <strong>pour</strong><br />

460 représentations dans 80 communes. Quelques 50 000 spectateurs, enfants<br />

avec leurs enseignants ou avec leurs familles, pousseront les portes des théâtres,<br />

des salles des fêtes, des bibliothèques, des collèges et des lycées des villes et villages.<br />

C’est tout un département qui se mobilise, une aventure artistique et humaine<br />

exemplaire, où les partenaires sont des associés. C’est aussi un véritable esprit<br />

fédérateur qui souffle lorsque des initiatives se développent telles « <strong>Odyssées</strong> <strong>78</strong> à<br />

la campagne », manifestation intercommunale et festive autour de Beynes.<br />

La voie de la création théâtrale <strong>pour</strong> la jeunesse portée depuis 1997 par le Conseil<br />

général des Yvelines et le CDN de Sartrouville témoigne, à travers <strong>Odyssées</strong> <strong>78</strong>, de la<br />

fidélité vivante à cette mission qui nous est chère : permettre au théâtre d’être<br />

présent partout et pas seulement là où il y a un théâtre. C’est le juste dessein de<br />

la biennale que de toucher chacun sur son chemin.<br />

Franck Borotra<br />

Président du Conseil général des Yvelines, Ancien Ministre<br />

Claude Sévenier et Laurent Fréchuret<br />

Directeurs du Centre dramatique national de Sartrouville


Tout voir en deux jours… À vos agendas !<br />

départ en car de Paris (place de l’Étoile), retour à Paris<br />

Vendredi 4 février Mantes-la-Jolie 10 h 00 Catalina in fine<br />

Sartrouville 14 h 30 Snarks<br />

’’ 17 h 00 Sur la corde raide<br />

’’ 18 h 30 Le Terrier<br />

’’ 20 h 30 La Belle et les Bêtes<br />

Samedi 5 février Sartrouville 17 h 00 Je ris de me voir si belle<br />

’’ 18 h 30 Mortel Poème<br />

’’ 20 h 30 Savent-ils tout ?<br />

Jeudi 10 février Beynes 10 h 00 Le Belle et les Bêtes<br />

Marly-le-Roi 14 h 30 Snarks<br />

Sartrouville 17 h 00 Sur la corde raide<br />

’’ 18 h 30 Mortel Poème<br />

’’ 20 h 30 Catalina in fine<br />

Vendredi 11 février Maurepas 10 h 00 Je ris de me voir si belle<br />

Le Vési<strong>net</strong> 14 h 30 Savent-ils tout ?<br />

Sartrouville (lycée) 16 h 40 Le Terrier<br />

Jeudi 10 mars Villepreux 10 h 00 Savent-ils tout ?<br />

Coignières 14 h 00 Catalina in fine<br />

’’ 16 h 30 Sur la corde raide<br />

Vélizy-Villacoublay 18 h 30 Le Terrier<br />

’’ 20 h 00 La Belle et les Bêtes<br />

Vendredi 11 mars Beynes 10 h 00 Snarks<br />

Guyancourt 14 h 30 Je ris de me voir si belle<br />

’’ 16 h 30 Mortel Poème<br />

Vous recevrez un carton d’invitation début janvier, mais vous pouvez réserver dès maintenant<br />

auprès de Nicole Herbaut de Lamothe ou Hélène Orain au 01 48 <strong>78</strong> 02 50.<br />

Rédaction du dossier (textes et entretiens) : Dominique Darzacq<br />

visuels : ©design graphique Sur terre / D.Vision


Catalina in fine<br />

dès 8 ans<br />

de Fabrice Melquiot<br />

mise en scène Vincent Gœthals<br />

création le 24 janvier<br />

à la Friche A.-Malraux<br />

Mantes-la-Jolie<br />

Avec ses deux visages qui se contredisent, l’un qui pleure quand l’autre<br />

sourit, Catalina est une drôle de petite fille rebelle qui essaie de s’accommoder<br />

de son anomalie, de sa différence et de trouver sa place dans la<br />

société. Sa rencontre avec le vieil Honorin sera décisive. Elle, un peu sale<br />

gosse, côté Zazie, lui grincheux, installé dans son usine et dans son traintrain<br />

quotidien.<br />

avec<br />

Valérie Dablemont<br />

Marc Schapira<br />

Flavien Tassart<br />

lumière<br />

Pierre Lemoine<br />

son<br />

Bernard Vallery<br />

scénographie et costumes<br />

Damien Caille-Perret<br />

coproduction<br />

Théâtre de Sartrouville–CDN,<br />

Théâtre en scène,<br />

avec la participation de<br />

la Friche A.-Malraux–Mantes-la-Jolie<br />

et le soutien de<br />

la Compagnie de l’Oiseau-Mouche<br />

texte disponible chez L’Arche éditeur<br />

(éditeur et agent théâtral du texte représenté)<br />

Metteur en scène et comédien, Vincent Gœthals a fondé la compagnie<br />

qu’il dirige, Théâtre en scène, en 1986. Par la séduction de créations<br />

souvent brillantes et métissées de musique, de chant et de danse, toujours<br />

généreuses et ouvertes sur la réflexion, la troupe rayonne bien<br />

au-delà de Roubaix, sa ville d’implantation.<br />

Après des premiers pas à l’ombre de Diderot avec Jacques le Fataliste<br />

(1987) Vincent Gœthals a très vite affiché ses prédilections <strong>pour</strong> le<br />

répertoire <strong>contemporain</strong> qu’il arpente en dénicheur, soucieux de langues<br />

charpentées et de textes qui interpellent le spectateur sur le<br />

monde dans lequel il vit. Ce fut longtemps du côté des étrangers francophones<br />

et singulièrement les Québécois (Daniel Danis, Carole<br />

Frechette, Wajdi Mouawad) qu’il trouva sa provende. « J’ai eu jusqu’à<br />

présent beaucoup de mal avec les auteurs français mais c’est en train de<br />

changer » avoue-t-il, enthousiaste et heureux d’avoir rencontrer<br />

Fabrice Melquiot. « Une personnalité riche et profonde, un auteur au<br />

ton doux-amer dont la langue combine avec bonheur lyrisme et<br />

humour, concret et fantastique. »<br />

Depuis Le Pont de pierres et la peau d’images de Daniel Danis, qu’il a réalisé<br />

en 1999, Vincent Gœthals souhaitait s’adresser à nouveau au jeune public.<br />

Un projet sans cesse différé « faute de trouver une pièce porteuse ».<br />

En écrivant spécialement <strong>pour</strong> lui Catalina in fine, Fabrice Melquiot<br />

comble à la fois son souhait et ses exigences.<br />

Entretien avec Vincent Gœthals<br />

Comment et à quelle occasion avez-vous rencontré Fabrice Melquiot ?<br />

J’ai découvert Fabrice Melquiot avec le tapuscrit de sa pièce Le Diable<br />

en partage qui parle de la guerre de Yougoslavie et comment cette<br />

guerre civile est vécue au sein d’une famille. J’en ai tout de suite aimé<br />

l’écriture d’un lyrisme empreint d’humour, il y avait là un auteur qui<br />

possède une langue et charrie des univers. J’ai tout de suite eu envie<br />

de monter la pièce. De projets abandonnés en projets remis puis concrétisés,<br />

j’ai lu tout ce que Fabrice a écrit.


Parmi toutes ses pièces – car il est prolixe – j’ai été particulièrement<br />

séduit par la tonalité douce-amère de trois monologues autour de la<br />

dérive des adultes, de la séparation et de l’amour blessé. Pièces <strong>pour</strong><br />

adultes que je compte réaliser dans le cadre de théâtre en appartement,<br />

un des volets d’une plongée plus globale dans l’œuvre de cet auteur.<br />

Qu’est-ce qui vous a incité à lui commander une pièce <strong>pour</strong> les enfants ?<br />

Vincent Gœthals,<br />

le metteur en scène<br />

Ses plus récentes créations :<br />

1999 Le Pont de pierres et la<br />

peau d’images<br />

de Daniel Danis<br />

Vincent Goethals devient<br />

artiste associé à la scène<br />

nationale de Dunkerque<br />

Histoires courtes mais<br />

vraies, ou presque…<br />

portraits de 36 habitants<br />

de Dunkerque réalisés par<br />

36 metteurs en scène<br />

2000 Les Mains d’Edwige au<br />

moment de la naissance<br />

de Wajdi Mouawad<br />

2001 La Mélancolie du libraire<br />

de Pascale Tison<br />

2002 Violette sur la terre<br />

de Carole Fréchette<br />

Un Volpone<br />

d’après Ben Jonson<br />

2003 Cendres de cailloux<br />

de Daniel Danis (coup de<br />

cœur de l’ADAMI 2002)<br />

création au festival<br />

d’Avignon, salle Benoît XII<br />

(annulé <strong>pour</strong> circonstances<br />

historiques !)<br />

2005 Il sera artiste associé au<br />

Théâtre du Nord–Théâtre<br />

national de Lille/Tourcoing<br />

Ce projet est <strong>pour</strong> moi l’occasion de revenir au théâtre <strong>pour</strong> le jeune<br />

public. Une envie qui revient régulièrement depuis qu’en 1999 j’ai mis<br />

en scène Le Pont de pierres et la peau d’images de Daniel Danis. Ce que<br />

j’aime chez Melquiot, c’est qu’il ne prend pas les enfants <strong>pour</strong> des<br />

imbéciles. Il s’adresse à eux sans édulcorer sa langue. Quel que soit le<br />

thème qu’il aborde, ses textes, parfois même complexes, ouvrent toujours<br />

sur l’imaginaire.<br />

Je souhaitais monter un texte de lui <strong>pour</strong> les enfants, de préférence<br />

inédit. Ce qui était très ambitieux compte tenu de sa notoriété. Devant<br />

ma déception de ne pouvoir en trouver dans ce qu’il avait déjà écrit,<br />

c’est lui qui a décidé de m’en écrire un. Et puisqu’il écrivait <strong>pour</strong> moi,<br />

j’en ai profité <strong>pour</strong> lui dire ce que je souhaitais par rapport à son écriture,<br />

que je préférais ses pièces qui mélangent gravité et humour et dans<br />

lesquelles il est question des choses de la vie. Un peu plus tard je précisais<br />

encore ma commande en lui demandant de bien vouloir écrire <strong>pour</strong><br />

deux comédiens et une comédienne. Voilà comment est née Catalina<br />

petite fille aux deux visages, dont l’un sourit quand l’autre pleure.<br />

Mais qui est Catalina ?<br />

À première vue, Catalina est une sale gosse à qui on a envie de donner<br />

une bonne fessée <strong>pour</strong> qu’elle se calme. Pourtant, avec son petit<br />

côté Zazie c’est une rebelle qui pose une question grave : « Comment<br />

prendre sa place dans la société quand on se sent différent ? » Pour<br />

moi, en effet, il s’agit bien davantage de différence que de handicap.<br />

Ce deuxième visage, qui fait toujours le contraire de l’autre, n’existe<br />

peut-être que dans sa tête. Il est l’expression d’un mal être qui la rend<br />

inapte à la sociabilité. À côté d’elle, Honorin est le versant opposé,<br />

celui d’adultes engloutis dans une grisaille que déclinent métro, boulot,<br />

dodo et qui s’accroche à ses acquis. Leur rencontre est la confrontation<br />

entre une petite fille insatisfaite du monde dans lequel elle vit et un<br />

homme convaincu d’être bien où il est parce qu’il a fini par se faire<br />

une raison. À travers leur friction, les personnages nous disent que les<br />

couleurs de la vie et leur intensité dépendent de notre seule manière<br />

de la peindre. Ce qui me passionne dans cette pièce, outre l’épaisseur<br />

des personnages, c’est qu’elle est à la fois concrète et fantastique. Se<br />

frottent et s’embrouillent sans cesse le monde du réel avec l’usine et<br />

celui des rêves de Catalina. Ceux de ses moments de sommeil pendant<br />

lesquels son autre visage, celui de ses pensées intimes, prennent le<br />

dessus.


Fabrice Melquiot,<br />

l’auteur<br />

Fabrice Melquiot fut d’abord<br />

comédien au sein de la compagnie<br />

Théâtre des Millefontaines avec<br />

Emmanuel Demarcy-Mota.<br />

Parallèlement, il écrit dès 1998<br />

ses premiers textes <strong>pour</strong> enfants.<br />

Les Petites Mélancolies et Le Jardin<br />

de Beamon sont publiés à<br />

l’École des Loisirs et diffusés<br />

sur France Culture.<br />

Depuis quelques années, il se<br />

consacre entièrement à l’écriture.<br />

Ses textes sont publiés chez<br />

L’Arche Éditeur : L’Inattendu (2001),<br />

Percolateur Blues et La Semeuse<br />

(2001), Le Diable en partage<br />

et Kids (2002), Autour de ma<br />

pierre il ne fera pas nuit et<br />

La Dernière Balade de Lucy Jordan<br />

(2003), et bientôt Ma vie de<br />

chandelle. Perlino comment (2001)<br />

inaugure la collection Théâtre<br />

Jeunesse de L’Arche Éditeur ; suit<br />

Bouli Miro (2002), mis en scène<br />

en 2003 par Christian Gonon au<br />

Studio-Théâtre de la Comédie-<br />

Française. En 2003, Fabrice<br />

Melquiot s’est vu décerner le prix<br />

SACD, le prix Jean-Jacques<br />

Gauthier du Figaro et deux prix du<br />

Syndicat national de la critique :<br />

meilleure création d’une pièce en<br />

langue française <strong>pour</strong> Le Diable en<br />

partage, et révélation théâtrale de<br />

l’année.<br />

C’est là qu’apparaissent ses parents et l’énigmatique et désopilant<br />

Prince pas charmant qui vient faire un extra parce que les vrais Princes<br />

charmants sont pris <strong>pour</strong> des défilés de mode. Il y a là une manière<br />

cocasse de casser les clichés, de chambouler les idées reçues qui me<br />

plaît.<br />

Dans votre travail de metteur en scène, faites-vous une différence<br />

entre le théâtre jeune public et le théâtre adulte ?<br />

Étant peu soucieux de frontière et de catégorie, je ne monte pas<br />

Catalina en me posant la question du jeune public, cette question-là<br />

est une mauvaise question. La pièce est bonne ou pas, c’est la seule<br />

question qui compte. Après on fait, ou pas, un bon travail dessus. Ce<br />

qui compte c’est l’envie, le coup de foudre, les images que fait surgir<br />

la pièce et Catalina est de celles-là. Je vais donc m’adresser à tout le<br />

monde en sachant bien évidemment que je vais m’arranger <strong>pour</strong> solliciter<br />

l’imagination des enfants par un artisanat ludique, par la force<br />

des couleurs qu’appelle la pièce et par tout un univers lumineux et<br />

sonore qui sont de bons carburants d’imaginaire.<br />

Pourquoi tenez-vous à vous adresser au jeune public ? Pour forger le<br />

public de demain ?<br />

Pour deux raisons. Comme je l’ai dit à Fabrice, j’aime raconter des<br />

histoires qui ont plusieurs niveaux de lecture. J’aime les pièces dont<br />

les auteurs campent des personnages qui nous touchent, qui posent<br />

de bonnes questions sans donner de réponses toutes faites, qui<br />

éveillent la vigilance et disent quelque chose du monde. Si déjà je<br />

peux semer cette petite graine-là, j’en serais très heureux. En outre, il<br />

est vrai que mes diverses résidences d’artiste m’ont donné le goût d’un<br />

rapport à la population et au territoire. J’aime que le théâtre soit un<br />

moyen de nouer des liens et un appel à la curiosité. Si les enfants<br />

d’aujourd’hui deviennent des spectateurs de demain tant mieux, mais<br />

mon premier objectif est de les rendre curieux de la vie.


Snarks<br />

dès 6 ans<br />

d’après « La Chasse au Snark » et autres récits de Lewis Carroll<br />

écriture et mise en scène Laurent Fréchuret<br />

création le 23 janvier<br />

au Théâtre Simone-Signoret<br />

à Conflans-Sainte-Honorine<br />

avec<br />

Éric Borgen<br />

Nicolas Dufour<br />

Mireille Mossé<br />

scénographie<br />

Stephan Parmeggiani<br />

son<br />

François Chabrier<br />

lumière<br />

Olivier Sand<br />

assistante à la mise en scène<br />

Valérie Bezançon<br />

production Théâtre de Sartrouville–CDN<br />

Pour capturer un Snark, animal fabuleux, source de tous les fantasmes,<br />

il faut un navire, un équipage et le désir fou de partir à la pêche. Mais ce<br />

qui est moins évident, c’est que <strong>pour</strong> chasser le Snark « il faut être armé<br />

d’espoir, de dés à coudre, de fourchettes et de soin ». L’équipage finira-t-il<br />

par capturer le Snark ? La réponse se trouvera peut-être au terme de ce<br />

fabuleux voyage musical et chorégraphique au pays du non-sens.<br />

Friant d’écritures qui ont du fumet, Laurent Fréchuret se double d’un ogre<br />

littéraire qui « a besoin de dévorer un auteur des pieds à la tête » <strong>pour</strong><br />

mieux en saisir l’univers. C’est ainsi qu’il a « avalé » Artaud (50 comas),<br />

Beckett (Trilogie), Burroughs (Interzone), Cioran (Insomnies). Autant<br />

d’auteurs qui prennent à revers le conformisme de nos pensées et nous<br />

incitent à quelques pertinentes interrogations. Dans cet ordre d’idée, le<br />

facétieux logicien Charles L. Dodgson qui se lâchait en racontant aux<br />

petites filles, sous le nom de Lewis Carroll, des histoires farfelues et<br />

déraisonnables, ne pouvait pas échapper à l’appétit de Laurent<br />

Fréchuret qui a plongé dans l’œuvre comme on va à la pêche aux trésors.<br />

Dans un de ses filets, il a ramené une Alice insolente et plurielle <strong>pour</strong><br />

la joie des petits et des grands, et dans l’autre un Snark animal fabuleux<br />

né des mots-valises chers à Lewis Carroll snake (serpent) et shark<br />

(requin). C’est à cette chasse aussi surréaliste que burlesque que<br />

Laurent Fréchuret convie le jeune public de 6 à 8 ans.<br />

Entretien avec Laurent Fréchuret<br />

En plongeant dans l’œuvre de Lewis Carroll, vous n’avez pas seulement<br />

fait la connaissance d’Alice, mais vous avez fait d’étonnantes découvertes ?<br />

Il y a dans l’œuvre de Lewis Carroll de véritables perles rares. À côté de<br />

ses contes, de ses nombreuses lettres destinées à ses petites amies<br />

enfants, son œuvre foisonne de petites énigmes mathématiques, de<br />

devi<strong>net</strong>tes farfelues, de jeux incroyables et de réflexions sur le monde<br />

« morceaux et idées disparates venues spontanément à l’esprit » dit-il.<br />

Précurseur des surréalistes, André Breton affirmait qu’il était « notre<br />

premier maître en école buissonnière », Lewis Carroll manie allègrement<br />

cet art merveilleux du mystère et du non-sens, il fait s’entrechoquer<br />

les mots et les choses dans d’incroyables fulgurances. Il fourbit<br />

l’absurde en travaillant la langue qu’il réinvente, forge un autre<br />

monde en forgeant un autre vocabulaire, avec ce qu’il appelle les<br />

« mots-valises ». On met plusieurs mots dans une valise, on secoue et<br />

on en ressort un nouveau fait des différentes parties des autres. C’est<br />

ainsi qu’interrogé sur le sens du mot Snark il précise que c’est une<br />

créature mythologique, mi-serpent (snake) mi-requin (shark). En français,<br />

on <strong>pour</strong>rait dire un Serquin. Ce jeu sur la langue offre une matière très<br />

ludique au théâtre.


Comme <strong>pour</strong> Alice, votre Snark est doté d’un « s ». Pourquoi ? Est-il<br />

comme elle, puisé à toutes les sources de l’œuvre ?<br />

Laurent Fréchuret,<br />

quelques repères<br />

2004 Nommé codirecteur du<br />

Centre dramatique<br />

national de Sartrouville<br />

MISES EN SCÈNE<br />

1990 Mistero Buffo de Dario Fo<br />

1994 Fonde le Théâtre de l’Incendie,<br />

à Saint-Etienne, avec <strong>pour</strong><br />

projet central « Le poème<br />

et les voix humaines »<br />

1995 La Reconstitution<br />

de Bernard Noël<br />

Solo de Samuel Beckett<br />

1996 Alices d’après l’œuvre de<br />

Lewis Carroll<br />

Haute Surveillance de Ge<strong>net</strong><br />

Le Monologue de Molly Bloom<br />

de James Joyce<br />

1997 Samuel Beckett : la trilogie<br />

(Molloy, Malone meurt,<br />

L’Innommable)<br />

Conférences sur l’amour,<br />

le jeune homme et les galaxies<br />

d’après Cocteau, Valetti,<br />

Dario Fo et Franca Rame<br />

1998 Insomnies d’après Cioran<br />

1999 50 comas d’après Antonin<br />

Artaud<br />

2000 Ici (apparitions) de Laurent<br />

Fréchuret<br />

Oh Les beaux jours de Beckett<br />

La Colombe de Gounod<br />

Rouge, Noir et Ignorant<br />

d’Edward Bond<br />

2001 Hérodiade–Mallarmé,<br />

Le Viol de Lucrèce de Benjamin<br />

Britten<br />

L’Écossais de Chatou<br />

de Léo Delibes<br />

Interzone d’après William<br />

Burroughs<br />

2002 L’Uruguayen et La Pyramide<br />

de Copi<br />

2003 Le Mal rouge et or de Cocteau<br />

2004 Calderón de Pasolini<br />

Le Snark, comme Alice, est une créature si mystérieuse, si insondable<br />

qu’elle se multiplie au gré du temps et des lectures. Comme <strong>pour</strong><br />

Alice, chacun en a sa vision mais contrairement au spectacle Alices, la<br />

réalisation scénique s’inspire du seul poème, que j’ai remanié <strong>pour</strong> un<br />

voyage d’une heure, en supprimant la versification, mais en gardant<br />

l’esprit Shadoks de cette épopée fantaisiste teintée d’angoisse et où<br />

l’on « confond gouvernail et beaupré ».<br />

À bord d’un rafiot improbable et transformable, on rencontrera trois<br />

personnes, un boucher, un castor et un capitaine dont les seules connaissances<br />

maritimes sont de savoir agiter sa cloche. Non seulement ces trois<br />

chasseurs de chimères n’ont rien en commun, mais tout les oppose, ce<br />

qui ne va pas sans dangers <strong>pour</strong> les uns et <strong>pour</strong> les autres. Aventures et<br />

mésaventures, querelles et réconciliations, doutes et espoirs ponctuent<br />

cette course derrière cet animal fabuleux qu’est le Snark.<br />

Mais peut-on vraiment capturer le Snark ?<br />

Pas plus que les rêves qui appartiennent au domaine de l’impalpable,<br />

le Snark ne peut pas délivrer d’autres messages que celui que chacun<br />

veut entendre. Il n’est donc pas question de tirer l’histoire dans un<br />

sens ou un autre, pas plus qu’il n’est question de l’illustrer. Nous<br />

allons rester dans le monde de l’évocation en travaillant particulièrement<br />

la bande son : vent dans les voiles, grincement de filins et de<br />

portes. Nous allons également travailler sur les images en<br />

faisant surgir des ombres inquiétantes car la peur rôde. Personne<br />

n’ayant vu cet étrange animal, source de fantasme et d’effroi, chacun<br />

peut soupçonner l’autre d’être cet ennemi inconnu. Cette notion du danger<br />

à vaincre et autour duquel il faut se liguer <strong>pour</strong> l’emporter est particulièrement<br />

sensible chez les enfants de 6 à 8 ans et je les crois tout à<br />

fait capables d’embarquer avec jubilation <strong>pour</strong> la chasse au Snark.<br />

Pensez-vous important de vous adresser spécialement au jeune public<br />

et, ce faisant, pensez-vous forger le public de demain ?<br />

Lewis Carroll disait : « devenir adulte c’est commettre l’adultère » !<br />

Nous avons tous envie de replonger parfois dans ce jardin d’enfance<br />

dont peut-être nous ne sortons jamais tout à fait. Du moins je me plais<br />

à croire que rien n’est cloisonné et qu’il existe quelque portillon qui<br />

permet le passage entre le monde adulte et le monde de l’enfance.<br />

Aussi je ne vois pas trop la frontière entre l’un et l’autre lorsque je mets<br />

en scène un spectacle. Et <strong>pour</strong> l’un comme <strong>pour</strong> l’autre, je ne me projette<br />

pas dans l’avenir. Je pense au présent. Ici on se parle, ici on partage.


Savent-ils tout ?<br />

dès 6 ans<br />

de Toon Tellegen<br />

traduction et mise en scène Dirk Opstaele<br />

création le 21 janvier<br />

à La Ferme de Bel-Ébat<br />

Guyancourt<br />

pièce <strong>pour</strong> trois acteurs<br />

et un musicien<br />

avec en alternance<br />

Patrick Beckers<br />

Lula Emmanuelle Béry<br />

Michel Carcan<br />

Pascal Dujour<br />

Martine Godart<br />

Afra Val d’Or<br />

musique<br />

Max Vandervorst<br />

coproduction Théâtre de Sartrouville–CDN,<br />

Compagnie des Mutants, Ensemble Leporello.<br />

L’Ensemble Leporello reçoit les auspices<br />

du Gouvernement de la Flandre et la<br />

Compagnie des Mutants l’aide du<br />

ministère de la Communauté française<br />

de Belgique.<br />

L’Ensemble Leporello et son metteur en scène Dirk Opstaele ravissent<br />

depuis plusieurs années les spectateurs français qui ont eu la chance de<br />

voir leurs spectacles qui associent avec bonheur musique, chant, texte<br />

et mouvement. Bruxellois et international, le groupe réunit des artistes<br />

flamands, wallons, français, suédois, et qu’ils s’emparent de Racine,<br />

Corneille, Molière, Sarraute ou Guitry, c’est toujours avec un humour<br />

fou et un art décalé d’explorer la langue des grands auteurs. Nous<br />

avons aimé cette fraîcheur d’enfance qui se dégage de chacun de ses<br />

spectacles et sommes heureux qu’ils fassent partie de l’aventure<br />

<strong>Odyssées</strong> <strong>78</strong> avec un projet autour de Toon Tellegen et de ses<br />

merveilleux animaux. C’est la promesse d’un spectacle joyeux, impertinent,<br />

délicieusement poétique, où la musique et la danse à la manière des<br />

Leporello auront la part belle.<br />

Entretien avec Dirk Opstaele<br />

Qu’est-ce qui vous a séduit dans Savent-ils tout ?, l’ouvrage de Toon<br />

Tellegen ?<br />

Hollandais, et médecin en exercice, Toon Tellegen est devenu une star<br />

courtisée par tous les médias des Pays-Bas depuis la parution en un<br />

gros recueil de ses contes animaliers. Ce sont de très courtes histoires<br />

totalement délirantes qui n’ont rien d’académique ni de conventionnel.<br />

Elles ont un petit parfum de surréalisme, un grain de folie qui, par leur<br />

côté hallucinogène, me fait parfois penser à Henri Michaux. C’est<br />

toute cette poétique fantaisiste qui m’a séduit et l’intuition me dit<br />

qu’elles constituent un excellent matériau <strong>pour</strong> des acteurs qui aiment<br />

raconter des histoires.<br />

Y a-t-il un fil conducteur ou une morale qui traversent ces histoires ?<br />

Toon Tellegen n’écrit pas comme La Fontaine des fables morales mais<br />

des contes. Ils existent comme tels sans arrière-pensée ni message<br />

caché. L’auteur raconte des histoires <strong>pour</strong> le plaisir pur de raconter, chacune<br />

d’elles possède son climat, son émotion, sa tonalité joyeuse ou<br />

triste, avec comme fil conducteur, si on veut en trouver un, l’écureuil et<br />

la fourmi que l’on retrouve dans presque toutes les historiettes. À<br />

travers leurs rapports se dessine la question de l’amitié et de sa fragilité.<br />

Mais ces animaux que font-ils ? Quel est leur univers ?<br />

Pour résumer vite, on dira que l’univers de cette noria d’animaux très<br />

disparates est fantaisiste et festif, familier et fantastique. Toutes ces<br />

histoires racontent avec humour et une imagination débridée des<br />

moments de partage, de plaisir ou d’inquiétude.


Ces histoires-là, vous allez les raconter à des enfants, est-ce que ça<br />

vous incite à changer votre manière de faire ? Retrouverons-nous la<br />

« patte » Leporello ?<br />

Dirk Opstaele,<br />

et l’Ensemble Leporello<br />

L’Ensemble Leporello a vu le jour<br />

en 1986 lorsque Dirk Opstaele<br />

s’est entouré de plusieurs artistes<br />

belges (flamands et wallons)<br />

et étrangers <strong>pour</strong> fonder sa<br />

compagnie. Basée à Bruxelles, la<br />

troupe est itinérante et tourne en<br />

Europe depuis plus de 18 ans. Ses<br />

productions originales alliant<br />

toujours texte, chant, travail<br />

rythmique et chorégraphique.<br />

Directeur artistique et metteur en<br />

scène de la plupart des créations<br />

de l'Ensemble Leporello, Dirk<br />

Opstaele est autant metteur en<br />

scène, chorégraphe ou « metteur<br />

en piste » de productions théâtrales,<br />

ballets ou spectacles de cirque.<br />

Parmi ses dernières créations :<br />

• Bekket musiquethéâtredanse,<br />

Dirk Opstaele et Frank Nuyts<br />

• Mangeclous chorégraphie dans la rue<br />

• Britannis une intrigue tragique<br />

de Dirk Opstaele, d’après Racine<br />

• Isma de Nathalie Sarraute<br />

• Des fausses confidences de Marivaux<br />

• De Sid, traduction de Le Cid de<br />

Corneille<br />

• Et vogue !, d’après La Double<br />

Inconstance de Marivaux<br />

• Un Tartuffe version française de<br />

Een Tartuffe<br />

Je ne sais pas si c’est une « patte », mais je ne saurais pas faire autrement<br />

puisque notre façon de travailler repose sur l’idée que nous nous<br />

faisons du théâtre. Chacun de nos spectacles se fabrique comme un<br />

conte collectif avec des moments de dialogue. Que nous soyons huit ou<br />

dix, qu’il s’agisse de Molière, Racine ou Nathalie Sarraute, nous racontons<br />

des histoires au public. C’est ça, absolument, le théâtre. Là, avec<br />

Savent-ils tout ?, nous serons trois et un musicien <strong>pour</strong> raconter<br />

quelques-uns des contes de Toon Tellegen. Nous allons le faire sans nous<br />

poser trop de questions autres que celle du théâtre, mais en sachant que<br />

nous ne devons pas dépasser une heure. Peut-être mettrons-nous un réveil<br />

sur la scène et quand le réveil sonnera, nous nous arrêterons !<br />

Tous vos spectacles mélangent les genres, font appel au mouvement,<br />

à la voix, au chant. La parole ne vous suffit pas ?<br />

Les spectateurs ont des yeux ! Évidemment la parole suffit. C’est la<br />

quintessence de la communication, mais alors il faut faire des radio<br />

drames et éteindre la lumière. Tout ce qui se passe sur scène, le verbe,<br />

le mouvement, la lumière, tout est un langage. Certes, avec les mots,<br />

les choses sont claires, mais un geste, un mouvement peuvent exprimer<br />

tout un univers.<br />

C’est également la raison <strong>pour</strong> laquelle vous attachez beaucoup<br />

d’importance au rythme et que vous annotez les textes comme une<br />

partition ?<br />

Le rythme est primordial et souverain. C’est par lui que se transmet la<br />

force d’un texte, et le public, plus ou moins consciemment, le ressent.<br />

Faute de rythme, un drame, une comédie, peuvent se vider de leur<br />

substance. Si j’annote les textes, c’est que nos spectacles sont toujours<br />

très collectifs. Ce n’est jamais un comédien qui entre, fait sa prestation,<br />

ressort, etc. En scène, nous sommes un organisme solidaire où<br />

prime le jeu de l’acteur qui doit s’orchestrer comme une fugue de Bach.<br />

En répétition, je travaille les textes comme une partition. Je les annote<br />

dans le sens du rythme et j’essaie ensuite d’occuper la scène comme<br />

un orchestre.<br />

L’espace que vous occupez est nu. Vous n’aimez pas les décors ?<br />

Le théâtre existe depuis des millions d’années et n’a jamais eu besoin<br />

de décors <strong>pour</strong> la bonne raison que le théâtre n’habite pas l’espace<br />

mais le crée par le jeu des acteurs. Quand on met sur la scène une<br />

architecture, un escalier, un objet, on usurpe l’espace que l’acteur<br />

peut créer. On borne l’imaginaire du public. L’essence même du théâtre,<br />

c’est ce qui se passe dans la tête des spectateurs. C’est la raison <strong>pour</strong><br />

laquelle la scène vide lui donne toutes ses possibilités.


La Compagnie des Mutants<br />

« Remarquée dès sa création en<br />

1983, la Compagnie des Mutants<br />

s’est rapidement imposée comme<br />

l’une des compagnies phares du<br />

théâtre <strong>pour</strong> le jeune public. Ses<br />

créations sèment le trouble, font<br />

vaciller les repères, provoquent<br />

des courts-circuits…<br />

Eldorado, Si, Haro, La Valse du<br />

crapaud et Les Poules sont parmi<br />

les spectacles les plus originaux,<br />

les plus audacieux qu’il ait été<br />

donné à voir à de jeunes<br />

spectateurs.<br />

Au plaisir du jeu, ce théâtre gourmand,<br />

jubilatoire, associe tous les<br />

autres plaisirs de la scène. Théâtre<br />

hédoniste donc, visuel, musical,<br />

créateur d’images puissantes. »<br />

Jeanne Pigeon<br />

Depuis la création de la compagnie,<br />

les spectacles tournent<br />

régulièrement à l’étranger, en<br />

France, au Portugal, en Tunisie,<br />

en Allemagne, aux Pays-Bas et en<br />

Italie.<br />

L’invention de la scénographie au XVIII e siècle a marqué le début de la<br />

fin du théâtre qui a abouti au cinéma. Le cinéma est un grand art,<br />

mais ce n’est pas du théâtre.<br />

Vos mises en scène mélangent le savant et le ludique, le théâtre<br />

antique avec la musique et le chœur, et la commedia dell’arte <strong>pour</strong> la<br />

connivence avec le public. Pourquoi ?<br />

Il me semble qu’idéalement le théâtre doit parler du monde à toutes<br />

les classes sociales. Par instinct plus que par calcul, j’essaie de ne pas<br />

faire des spectacles que l’on regarde comme un objet de musée. Le<br />

théâtre n’est pas fait <strong>pour</strong> être regardé mais <strong>pour</strong> parler aux gens.<br />

C’est un art de l’adresse, c’est ce que m’a appris mon maître Jacques<br />

Lecocq. Et Artaud disait : « Il faut aspirer le public. » Pour cela il faut<br />

retenir son attention, lui parler, s’adresser à lui. Je ne m’adresse pas<br />

à des gens privés, mais à un vaste public anonyme, sans statut défini.<br />

Pourtant je sais bien qu’avec <strong>Odyssées</strong> <strong>78</strong> je vais m’adresser à un public<br />

très sectorisé, très spécial, et qu’on ne peut pas jouer du Nathalie<br />

Sarraute à des enfants de 6 à 8 ans.<br />

Qu’est-ce qui vous a décidé à accepter la proposition du Théâtre de<br />

Sartrouville ?<br />

Par curiosité. Parce que je n’ai jamais joué devant des enfants de cette<br />

tranche d’âge, et que j’ai toujours eu envie de le faire. N’ayant aucune<br />

expérience en ce domaine, je suis sur un terrain tout à fait inconnu,<br />

devant une page blanche. Pour le moment c’est très gai !<br />

Parmi leurs derniers spectacles :<br />

2003 Les Contes de Ionesco<br />

Un cœur ordinaire<br />

2001 Kour<br />

Les Aventures des<br />

Martiniques en Belgique<br />

1999 Mille milliards<br />

Les Mariés de l’an 2000<br />

Max fait son maximum<br />

1997 Les Poules<br />

1995 La Valse du crapaud


Je ris de me voir si belle<br />

ou solos au pluriel<br />

dès 8 ans<br />

conçu et réalisé par Julie Brochen et Franck Krawczyk<br />

création le 25 janvier<br />

au Centre culturel Jean-Vilar<br />

Marly-le-Roi<br />

avec<br />

Maryseult Wieczorek (soprano)<br />

Arthur Astier (musicien)<br />

musique<br />

Charles Gounod<br />

et Franck Krawczyk<br />

scénographie<br />

Julie Terrazzoni<br />

costumes<br />

Sylvette Dequest<br />

lumière<br />

Olivier Oudiou<br />

maquillages<br />

Catherine Nicolas<br />

C’est l’histoire d’une vieille dame seule dans son petit appartement.<br />

Peut-être a-t-elle été jadis cantatrice, reine ou impératrice car sur son<br />

mur est accrochée une petite harpe singulière et désaccordée. Peut-être<br />

n’a-t-elle jamais chanté ou juste en rêve, peut-être n’a-t-elle jamais existé ?<br />

Son expropriation prochaine, son jeune voisin de palier envahissant et<br />

peu conciliant la mettent en danger alors elle va parler, elle va chanter,<br />

livrer enfin son secret <strong>pour</strong> le rendre vivant.<br />

Singulières rencontres<br />

Les spectacles ne se nourrissent pas seulement de textes, leur moteur<br />

usent de carburants divers, hasard de rencontres, complicité d’humeur…<br />

et s’accouchent souvent sur la force d’un rêve si chevillé à<br />

l’âme qu’il se doit d’être partagé. Celui de Maryseult Wieczorek,<br />

d’incarner la Marguerite du Faust de Gounod, est le berceau de Je ris<br />

de me voir si belle, spectacle musical spécialement conçu à ses mesures<br />

par Julie Brochen (mise en scène) et Franck Krawczyk (musique) qui en<br />

toute complicité ont emmêlé avec verve le souffle de l’opéra et la<br />

malice de la bande dessinée.<br />

coproduction<br />

Théâtre de Sartrouville–CDN,<br />

ARCAL (producteur délégué),<br />

avec l’aide du Fonds de création lyrique.<br />

Spectacle réalisé avec le soutien du<br />

Théâtre de l’Aquarium.<br />

Marguerite par la bande… dessinée<br />

Parce que Maryseult Wieczorek, mezzo-soprano, doublée d’une<br />

excellente comédienne, « possède une voix magnifique et une présence<br />

sublime » Julie Brochen, peu soucieuse des préjugés et de la norme<br />

des emplois qui sévissent à l’opéra, n’avait pas hésité à lui confier le<br />

rôle de Krimhilde dans Die Lustigen Nibeluhgen d’Oscar Strauss. Une<br />

grande première <strong>pour</strong> cette chanteuse que le monde de l’opéra, compte<br />

tenu de sa voix et de sa stature, cantonne volontiers du côté des<br />

Walkyries. Elle savoura avec délice le plaisir de pouvoir être en scène<br />

« une jeune femme belle et amoureuse » et fit la confidence de son<br />

rêve secret. L’aveu fit son chemin jusqu’à cette rencontre de Julie<br />

Brochen avec Franck Krawczyk, un diable de musicien dont l’imaginaire<br />

fonctionne en surmultiplié et « qui n’a de cesse de placer la musique<br />

hors des balises du concert » et d’inventer toutes sortes de forme absolument<br />

hybrides <strong>pour</strong> mieux la faire entendre. Ils se prirent à rêver<br />

d’un spectacle musical <strong>pour</strong> le jeune public étant entendu que dans<br />

l’esprit de Julie Brochen « l’éventail devait aller de 3 à 99 ans ». En<br />

somme plus fort que Tintin qui fut au cœur de leur première conversation.<br />

L’idée de la Castafiore qui chante devant sa glace était d’autant<br />

plus séduisante « que Maryseult est le sosie de la Castafiore, et que si<br />

on faisait un film autour du personnage, elle serait l’interprète idéale ».


Mais après avoir vagabondé autour de Tintin, Julie Brochen a éprouvé<br />

le besoin d’aller à la découverte de Marguerite et ses multiples visages<br />

sédimentés par l’opéra et la littérature. S’est imposée « l’idée<br />

d’une incroyable solitude du personnage, ce qu’illustre la Castafiore<br />

chantant seule dans sa chambre ».<br />

Julie Brochen<br />

Julie Brochen est entrée en 1991<br />

au Conservatoire national supérieur<br />

d’art dramatique, elle a ensuite<br />

suivi le cours de maîtrise du<br />

Théâtre de Moscou sur le théâtre<br />

russe et travaillé quatre ans<br />

sur Tchekhov. En même temps,<br />

elle fondait sa compagnie<br />

Les Compagnons de jeu, avec<br />

laquelle elle s’est fait connaître<br />

notamment avec Penthésilée<br />

de Kleist et Le Décaméron des<br />

femmes de Julia Vozneskaya.<br />

Directrice depuis janvier 2002<br />

du Théâtre de l’Aquarium à la<br />

Cartoucherie de Vincennes,<br />

Julie Brochen a signé au printemps<br />

2003 sa première mise en scène<br />

d’un grand « classique » du<br />

théâtre russe, Oncle Vania<br />

de Tchekhov. Puis Le Cadavre<br />

vivant de Tolstoï <strong>pour</strong> le Festival<br />

d’Automne 2003. Elle monte<br />

son premier opéra à Caen en<br />

2001, Die Lustigen Nibeluhgen<br />

d’Oscar Strauss avec Maryseult<br />

Wieczorek. En 2002, elle monte<br />

<strong>pour</strong> le Festival d’Aix-en-Provence<br />

La Petite Renarde rusée de Janacek.<br />

La harpe et la guitare<br />

Je ris de me voir si belle « ne raconte pas l’histoire de Faust, mais celle<br />

de quelqu’un qui rêve de chanter le Faust de Gounod et dans ce rêve<br />

entre aussi un rêve de gloire, ce qui permet de suivre, aux côtés de<br />

Marguerite, d’autres pistes musicales » explique Franck Krawczyk, qui,<br />

sans renoncer à la harpe « symbole de la Marguerite de Gounod et<br />

image d’Épinal de toutes les Pénélope », a opté <strong>pour</strong> la guitare<br />

électrique « instrument qui permet toutes les extrapolations sonores ».<br />

Elles seront inattendues et étincelantes sous les doigts du jeune guitariste<br />

Arthur Astier, partenaire de Maryseult, diva de bande dessinée<br />

aux prises avec cette légendaire Marguerite qui « rit de se voir si belle<br />

en ce miroir ». Ensemble il feront entrer le jeune public dans l’univers<br />

de l’opéra par la meilleure porte qui soit, celle de la poésie teintée<br />

d’humour.<br />

Trois questions à Julie Brochen<br />

Les propositions musicales vous ont-elles posées des problèmes particuliers<br />

de mise en scène ?<br />

Comment faire coexister deux artistes aussi différents qu’un jeune guitariste<br />

et une chanteuse d’opéra, dans un espace qui a la faculté de se<br />

dilater ou de rétrécir selon les plateaux qui l’accueillent, a été la première<br />

question à résoudre. Une phrase de Schumann à sa mère m’a<br />

donné à la fois la clé de l’histoire que nous allons raconter et de son<br />

espace. Elle dit ceci : « Eh mère, ne peux-tu donc pas une seule fois<br />

quitter le fauteuil des ancêtres ! Voilà deux longues heures que tu y es<br />

assise sans dire un mot, en chantonnant le vieux refrain d’une chanson<br />

morte, et en frappant de ta main la fenêtre de haut en bas. » Cette<br />

image d’une femme âgée qui chantonne sur sa chaise m’a fait penser à<br />

toutes les grands-mères et arrière-grands-mères réunies qui nous font<br />

découvrir l’opéra en chantonnant des aires de Carmen.<br />

Alors j’ai demandé à Julie Terrazzoni, la scénographe, de concevoir<br />

une scénographie inspirée de ces immeubles en démolition dont on<br />

voit en coupe le dessin de chaque appartement offert comme un livre<br />

ouvert sur la vie des gens. Une partie figure l’endroit où vit une vieille<br />

dame avec sa harpe. À l’opposé, un loft, entièrement blanc, est un studio<br />

de répétition d’un guitariste. Au fur et à mesure de l’histoire, la<br />

musique et le blanc envahissent l’espace jusqu’à expulser de chez elle<br />

la vieille dame qui va se servir du blanc <strong>pour</strong> se projeter des photos de<br />

sa gloire passée, et nous découvrirons alors une Castafiore bardée de<br />

bijoux et de lauriers, de la Scala à Vienne en passant par l’Opéra de<br />

Paris. Par le biais d’un diaporama de diva, la vieille dame retrouvera la<br />

cantatrice.


Franck Krawczyk<br />

Né en 1969. Il obtient en 1992 un<br />

premier prix de composition au<br />

Conservatoire national supérieur<br />

de musique de Lyon, où, depuis<br />

1994, il est professeur de musique<br />

de chambre. Pour le Festival<br />

d’Automne, entre 1989 et 2001,<br />

il compose Kammerconzert,<br />

<strong>pour</strong> piano et orchestre (1989),<br />

Quasi una sonata <strong>pour</strong> piano (1996),<br />

Huitième nuit <strong>pour</strong> chœur (2001).<br />

Il collabore avec de nombreux<br />

musiciens tels Marc Coppey,<br />

Laurence Equilbey et le chœur<br />

Accentus, le Quatuor Ysaye,<br />

le Quatuor Arditi, l’Ensemble Fa,<br />

l’Ensemble 2e2m, l’Ensemble<br />

Anamorphoses, qui ont créés<br />

ses œuvres.<br />

Il reçoit le Prix Dugardin de la<br />

Sacem en 2000 et le 1 er Grand Prix<br />

de la création de Radio-Classique<br />

en 2001. Nées de son travail sur la<br />

transcription et la collaboration<br />

avec des peintres, il réalise des<br />

œuvres-concerts, Nacht und<br />

Traüme (Octobre en Normandie<br />

2000) avec Raymond Militaine,<br />

Les Chevaliers féériques avec<br />

Caroline Coppey, O Mensh !<br />

avec Christian Boltanski (Festival<br />

d’Automne 2003). Le Théâtre du<br />

Châtelet lui donne une carte<br />

blanche <strong>pour</strong> trois concerts dans<br />

les Midis Musicaux en 2004.<br />

Mais, depuis Tintin, la Castafiore véhicule l’idée de quelqu’un d’un<br />

peu ridicule et qui chante faux, ce qui n’est pas le cas de Maryseult.<br />

C’est physiquement que Maryseult est le sosie de la Castafiore de la bande<br />

dessinée, mais quand elle chante l’air des bijoux a capella c’est sublime. En<br />

tant que comédienne et metteur en scène, j’aime beaucoup faire rire le public,<br />

mais pas de n’importe quel rire, je n’aime pas celui qui s’en prend au ridicule<br />

des gens. C’est justement à cet endroit-là du rire que nous interroge le<br />

personnage de la Castafiore, et ça me bouleverse profondément.<br />

Finalement on ne sait rien d’elle. Est-ce une vieille dame nostalgique<br />

de son succès passé ? Est-ce une chanteuse un peu ratée ? ou quelqu’un<br />

qui aurait pu être chanteuse si on lui avait permis de l’être et qui<br />

chante seule devant sa glace ? Autant d’énigmes auxquelles nous ne tentons<br />

pas de répondre en tissant autour du personnage un spectacle aux<br />

mesures de Maryseult. Même Hergé n’aurait pu imaginer cette<br />

Castafiore-là !<br />

Ce qui me plaît dans la musique de Franck, car c’est elle que je mets<br />

en scène, c’est qu’il propose un véritable paysage sonore susceptible<br />

d’ouvrir les oreilles des enfants et de les faire entrer dans le monde de<br />

l’opéra en suscitant toute une variété de sentiments, de l’émotion à<br />

l’éclat de rire.<br />

Si vous n’aviez pas eu d’enfant, vous seriez-vous intéressée au jeune<br />

public ?<br />

Je m’y intéresse depuis que je fais du théâtre. En rentrant au<br />

Conservatoire j’ai renoué avec l’enfant que j’avais laissé sur les collines<br />

des Hautes-Alpes <strong>pour</strong> faire mes études de philosophie à Henri IV. Le<br />

métier de comédien à affaire avec l’enfance, c’est certain. Mais c’est<br />

en tant que spectatrice que m’est venue la passion du théâtre. Par ce<br />

miracle de la rencontre propre au théâtre et à lui seul. Quand, tout à<br />

coup, on a l’impression que c’est à vous personnellement, et pas à<br />

votre voisin, que s’adresse la personne qui est en scène. Cette sensation-là<br />

j’ai envie que chaque spectateur, enfant ou adulte, la ressente.


La Belle et les Bêtes<br />

dès 6 ans<br />

de Alfredo Arias et René de Ceccatty<br />

mise en scène Alfredo Arias<br />

création le 24 janvier<br />

au Théâtre de Sartrouville–CDN<br />

avec<br />

Émilie Gavois-Kahn<br />

Antonio Interlandi<br />

Romain Vigne<br />

Alfredo Arias et René de Ceccatty partant du conte original s’amusent<br />

et réinventent <strong>pour</strong> les enfants cette féerie fantastique.<br />

Dans le château enchanté du Prince-Miroir, la Belle rencontre des<br />

créatures tout à fait surprenantes : le Prince aux dents, le Prince aux<br />

doigts, le Prince aux yeux, le Prince au nez de crapaud et le Prince spirale.<br />

Entre ironie et fantastique, une promenade pleine de suspens dans les<br />

mystères du rêve et de l’amour. Le tout en musique et en chansons.<br />

musique<br />

Arturo Annecchino<br />

décor et costumes<br />

Françoise Tournafond<br />

masques<br />

Erhard Stiefel<br />

lumière<br />

Laurent Castaingt<br />

assitante à la mise en scène<br />

Yoko Aikawa-Verley<br />

assistante aux costumes<br />

Odile Delaeter<br />

réalisation décor et costumes<br />

lycée Jules-Verne de Sartrouville<br />

production<br />

Théâtre de Sartrouville–CDN,<br />

en collaboration avec le Groupe TSE,<br />

avec l’aide de Beaumarchais,<br />

de la Spedidam, et la participation<br />

artistique du Jeune Théâtre national.<br />

Spectacle réalisé avec le soutien<br />

du Théâtre de l’Aquarium.<br />

La Belle et le Miroir<br />

Alfredo Arias qui aime à parcourir tous les chemins du paysage<br />

théâtral, à en explorer tous les méandres et les mystères, ne pouvait<br />

rester insensible aux sirènes du Théâtre de Sartrouville qui lui proposait<br />

de s’aventurer du côté du théâtre <strong>pour</strong> enfants, territoire encore<br />

inconnu <strong>pour</strong> lui.<br />

Tel Vendredi sur son île, il a goûté, dans le plaisir, les fruits d’une<br />

liberté « que d’autres spectacles n’autorisent pas », débridé son<br />

humour et sa fantaisie « sans changer d’optique artistique », <strong>pour</strong><br />

proposer aux enfants une comédie musicale pétrie d’émotion et<br />

d’irrévérence et dont les héros n’ont cessé de se métamorphoser au fil<br />

du travail.<br />

Un univers surréel<br />

Parti du projet initial de réaliser une comédie musicale à partir du film<br />

de Jean Cocteau, et après un retour aux sources même du conte,<br />

Alfredo Arias et René de Ceccatty son compère en écriture, n’ont cessé<br />

de s’éloigner de l’histoire de La Belle et la Bête telle qu’elle fut popularisée<br />

par le cinéma. À la lumière de la relecture attentive de Mme de<br />

Villeneuve et de Mme Leprince de Beaumont, ils ont étoffé l’intrigue en y<br />

greffant d’autres histoires « qui permettent de tenir en haleine un jeune<br />

public qui s’impatiente vite et passe très vite d’un monde à l’autre ».<br />

Dès le début du travail, Alfredo Arias a senti la nécessité de s’éloigner<br />

d’un monde animalier qui, dit-il, « aurait pu évoquer celui des Peines<br />

de cœur d’une chatte française », et après une longue discussion avec<br />

Erhard Stiefel où il s’est avéré que le cliché de la monstruosité<br />

renvoyait automatiquement au monde animal, il a demandé à son<br />

équipe de travailler « sur l’idée de métamorphose des visages, de<br />

substituer le monde animal à un univers plus fantasmagorique et<br />

surréel ».


Alfredo Arias<br />

Né en Argentine, Alfredo Arias<br />

fonde, en compagnie d'amis artistes<br />

et acteurs, le groupe théâtral<br />

TSE à Buenos Aires, qui obtient<br />

immédiatement un immense<br />

succès avec des créations originales<br />

mêlant le fantastique, la féerie et<br />

l'humour : ce sera Dracula,<br />

Aventuras, Goddess.<br />

Jusqu'en 1985, le Groupe TSE<br />

assurera de nombreuses créations<br />

parmi lesquelles L’Etoile du Nord,<br />

Les Jumeaux vénitiens de Goldoni,<br />

La Bête dans la jungle de<br />

Marguerite Duras d'après Henry<br />

James, La Femme assise de Copi.<br />

En 1985, il obtient la direction du<br />

Centre dramatique national<br />

d'Aubervilliers où pendant six ans<br />

il mène de front un travail sur le<br />

répertoire classique, des créations<br />

<strong>contemporain</strong>es ainsi qu'une<br />

réinterprétation ironique du<br />

music-hall. En 1986, il crée dans<br />

la cour d'honneur du Palais des<br />

Papes <strong>pour</strong> le festival d’Avignon<br />

La Tempête de Shakespeare.<br />

La Comédie-Française l'invite alors<br />

à mettre en scène La Ronde de<br />

Schnitzler au Théâtre de l'Odéon.<br />

À partir de 1992, il commence une<br />

série de créations originales dans<br />

lesquelles il invente un nouveau<br />

langage théâtral qui mêle danse,<br />

musique et dialogues poétiques.<br />

Ce sera Mortadela qui obtient le<br />

Molière du meilleur spectacle<br />

musical. Puis Fous des Folies et<br />

Faust Argentin. Il met en scène<br />

Peines de cœur d'une chatte française<br />

(Molière du meilleur spectacle et<br />

Molière des meilleurs costumes),<br />

ainsi que La Dame aux camélias.<br />

Pour l’opéra, il a mis en scène<br />

notamment Les Indes galantes de<br />

Rameau, The Rake's Progress de<br />

Stravinsky, La Veuve joyeuse des<br />

Contes d'Hoffmann, Carmen.<br />

Parmi ses dernières mises en<br />

scène : Concha Bonita et Madame<br />

de Sade au Théâtre national de<br />

Chaillot où il créera en 2005<br />

Mambo Mystico.<br />

C’est ainsi que « la Bête » est devenue le « Prince-Miroir » dont la<br />

malédiction est de n’avoir <strong>pour</strong> visage que celui de ceux qui le regardent,<br />

qu’ils soient beaux ou laids. Ce malheureux prince, victime d’une fée<br />

qu’il ne voulait pas épouser, reçoit la visite de princes aux visages<br />

également disgraciés soit par la jalousie d’une fée vindicative tel le<br />

« Prince aux doigts » pianiste au succès trop éclatant, soit en punition<br />

d’un défaut comme le « Prince spirale » qui a la tête tournée par son<br />

trop d’ambition.<br />

Une Belle très peu conventionnelle<br />

Autant de personnages travaillés à partir de contes existants, mais<br />

bien loin de toute imagerie conventionnelle. Une volonté affirmée sans<br />

ambage par le choix de l’interprète de « la Belle », devenue Rose. En<br />

effet, la gouaille d’Émilie Gavois-Kahn, comédienne au physique généreux,<br />

nimbe d’une saine bonne humeur les états d’âme de tous ces<br />

malheureux princes. « C’est une fille de notre temps qui est très contrariée<br />

que son père l’ai envoyée au château. Comme elle est très réaliste,<br />

qu’elle ne croit pas aux contes de fées, elle use de son bon sens <strong>pour</strong><br />

aider chacun des princes à trouver une solution à leur misère. » Cette<br />

évolution de l’histoire s’est faite à partir de l’humeur et de l’humour<br />

d’Émilie qui est à l’opposée d’une Belle vaporeuse et transparente très<br />

années 50 telle qu’a pu la rêver Cocteau. « Ce que nous voulons, à travers<br />

le personnage de Rose, c’est dire aux enfants que le bonheur n’est<br />

pas une chose forcément compliquée ou inaccessible, qu’on le cherche<br />

parfois loin, alors qu’il peut être à portée de main. »<br />

Une musique métissée<br />

Dans la mesure où la musique n’est pas « une idée a priori, mais<br />

répond à une nécessité de l’écriture parce qu’elle permet aux enfants<br />

d’entrer dans l’histoire et d’en suivre les évènements de manière sensorielle<br />

», Arturo Annecchino a, lui aussi, remis l’ouvrage sur le métier<br />

en fonction de l’évolution des personnages. « Sachant quel type de<br />

personnage je voulais créer, il était intéressant de mettre la musique<br />

à leur service » explique Alfredo Arias qui a souhaité que le Prince-<br />

Miroir fasse, par les grands airs qu’il interprète, un clin d’œil malicieux<br />

aux divas d’opérette. Mais la musique, brillant métissage de rythmes<br />

et de styles, dans lequel se mêlent réminiscences savantes (Satie,<br />

Poulenc) et populaires venues d’Italie, d’Espagne, etc. n’est pas seulement<br />

« l’habillage » sonore des comédiens, c’est par elle également<br />

que l’histoire palpite dans l’étendue de sa tendresse et de son ironie.<br />

Entre le musicien et l’auteur, ce fut tout un travail d’échange et de<br />

réajustement car « une mélodie écrite à partir d’une phrase ou d’un<br />

poème peut susciter d’autres mots et d’autres idées ».


René de Ceccaty<br />

René de Ceccatty est né en 1952 à<br />

Tunis et vit à Paris. Il est romancier,<br />

dramaturge, traducteur,<br />

critique littéraire et éditeur. Il a<br />

fait des études de philosophie.<br />

Il a vécu au Japon et en Angleterre.<br />

Il est l’auteur d’une quinzaine de<br />

romans, parmi lesquels La Sentinelle<br />

du rêve (Seuil), L’Or et la Poussière,<br />

Babel des mers, L’Accompagnement,<br />

Aimer, Consolation provisoire,<br />

L’Éloignement (Gallimard), Fiction<br />

douce et Une fin (Seuil) et des<br />

essais sur Violette Leduc, Sade,<br />

Pétrarque, Pasolini. Il collabore<br />

régulièrement au Monde des livres<br />

et fait partie du comité de lecture<br />

des éditions du Seuil.<br />

Il travaille <strong>pour</strong> le théâtre avec<br />

Alfredo Arias avec lequel il a écrit<br />

Mortadela, les chansons de<br />

Fous des Folies, le one-woman<br />

show Nini, Faust argentin, Aimer<br />

sa mère, Peines de cœur d’une<br />

chatte française, dont la version<br />

romancée est parue aux éditions<br />

du Seuil.<br />

Son adaptation du roman<br />

d’Alexandre Dumas Fils La Dame<br />

aux camélias, sera mise en scène<br />

par Alfredo Arias et interprétée<br />

par Isabelle Adjani.<br />

En 2002 ce sera la comédie musicale<br />

Concha bonita, qu’il a écrite avec<br />

Alfredo Arias, sur une musique de<br />

Nicola Piovani.<br />

Il a traduit de très nombreux<br />

auteurs italiens parmi lesquels<br />

Leopardi, Saba, Penna, Moravia,<br />

Pasolini, Bonaviri. En collaboration<br />

avec Ryôji Nakamura, il a<br />

également traduit de nombreux<br />

auteurs japonais (Oe, Tanizaki,<br />

Mishima, Sôseki, Enchi, Kôno).<br />

Il est l’auteur de Mille ans de<br />

littérature japonaise.<br />

De changements en réajustements, de répétitions en éclats de rire, car<br />

le chantier de l’œuvre fut aussi joyeux que fécond, et, avec <strong>pour</strong><br />

baguettes magiques, Erhard Stiefel aux masques, Françoise<br />

Tournafond, « une complice inventive qui pige au quart de tour », aux<br />

décors et aux costumes, Arias a mis tous les atouts dans son jeu <strong>pour</strong><br />

entraîner les enfants dans une féerie musicale tirée à quatre épingles et<br />

où s’emmêlent les chimères de l’amour et la réalité. Il sait bien, lui qui ne<br />

cesse d’enchanter nos tréteaux avec l’aplomb d’une enfance jamais<br />

vraiment quittée, que les jeunes spectacteurs auxquels il s’adresse,<br />

s’empareront de l’histoire comme d’un jeu de cube avec laquelle ils<br />

joueront <strong>pour</strong> mieux se l’accaparer.<br />

* * *<br />

Dans cette nouvelle adaptation du célèbre conte de Mme de Villeneuve<br />

et de Mme Leprince de Beaumont, nous avons imaginé que la Belle<br />

n’était pas seule dans le château de la Bête, mais découvrait,<br />

progressivement, que des visteurs étranges venaient se confier au<br />

maître des lieux.<br />

En effet, dans l’histoire originale de Mme de Villeneuve, déjà, la Belle<br />

était servie par des animaux (des singes vêtus en valet qui parlaient<br />

grâce à des perroquets juchés sur leur tête) et découvraient toute une<br />

ménagerie.<br />

La tonalité générale du spectacle est la fantaisie ironique et légère.<br />

Sans jamais quitter le climat du merveilleux, on installe l’histoire<br />

plutôt dans la drôlerie, grâce à la bizarrerie des situations et des<br />

apparences.<br />

La Bête, étant un prince miroir, nb’a pas la malédiction habituelle aux<br />

contes. La Belle sera une jeune comédienne comique, ce qui accentuera<br />

l’aspect ironique de cette fable où les enfants passeront<br />

progressivement d’un climat de drôlerie à celui de la crainte et de<br />

l’émerveillement.<br />

René de Ceccatty


Trois pièces <strong>pour</strong> un acteur<br />

mises en scène par Christian Gangneron<br />

création à Jouars-Pontchartrain, médiathèque M.-de-Fontenac<br />

Christian Gangneron<br />

En 1983, Christian Gangneron fonde<br />

l'ARCAL (atelier de recherche et de<br />

création <strong>pour</strong> l'art lyrique).<br />

Dans ce cadre il met en scène des<br />

opéras de chambre baroques ou<br />

contemprains.<br />

Du festival d’Innsbruck au Festival<br />

d’Avignon en passant par Bakeley,<br />

les Opéras de Nantes, Rennes,<br />

Metz, La Ferme du Buisson à<br />

Marne-la-Vallée et la Maison de la<br />

musique de Nanterre, Christian<br />

Gangneron signe plus<br />

de 30 mises en scène, puisant,<br />

entre autres, dans le répertoire<br />

de Gabriel Fauré, Richard Strauss,<br />

Bizet, Carmen, Rossini, Mozart,<br />

Don Giovannni, Cosi fan tutte,<br />

Monteverdi, L'Orfeo, Haendel,<br />

Agrippine.<br />

Amoureux des petites formes à<br />

la frontière du théâtre et de la<br />

musique, il réalise, notamment, à<br />

partir de Cocteau et Darius<br />

Milhaud Les Malheurs d'Orphée et<br />

Le Pauvre Matelot.<br />

Lors de la quatrième édition<br />

d’<strong>Odyssées</strong> <strong>78</strong>, il a signé les mises<br />

en scène de Zaïna de Lucette<br />

Salibur, Mots de passe<br />

de Mohamed Kacimi, Un obus<br />

dans le cœur de Wajdi Mouawad.<br />

En 2004, il crée Têtes pansues<br />

à l’opéra de Reims sur un livret<br />

d’Eugène Durif.<br />

Trois créations, Sur la corde raide de Mike Kenny <strong>pour</strong> les plus jeunes,<br />

Mortel Poème de Michel Beretti <strong>pour</strong> les préadolescents, Le Terrier<br />

de Franz Kafka en direction des adolescents, constituent la trilogie<br />

Trois pièces <strong>pour</strong> un acteur.<br />

Partie d’une idée pratique, celle de rayonner dans le département des<br />

Yvelines, l’incursion dans le réseau des bibliothèques est passé de la<br />

lecture théâtralisée à la création artistique. Cette nouvelle expérience<br />

de type « théâtre à domicile » qui exclut de décorer la représentation<br />

<strong>pour</strong> mieux illimiter le langage, fut inaugurée lors de la dernière biennale<br />

par un « Voyage des mots » concocté par Christian Gangneron.<br />

Avec Zaïna de Lucette Salibur, Mots de passe de Mohamed Kacimi et<br />

Un obus dans le cœur, chacun des auteurs à qui Christian Gangneron<br />

avait passé commande, examinait à sa manière les maux des mots et<br />

de la langue.<br />

Pour que ce geste de la création ne reste pas anecdotique et afin de creuser<br />

ce qui semble un sillon à explorer, le Théâtre de Sartrouville n’a pas<br />

voulu changer de laboureur et a demandé à Christian Gangneron de<br />

récidiver dans sa démarche de manière à approfondir la relation triangulaire<br />

et intime qui peut se nouer entre un texte, un comédien et le public.


dès 6 ans<br />

Sur la corde raide<br />

de Mike Kenny<br />

traduction Séverine Magois<br />

avec<br />

Stéphanie Félix<br />

scénographie et accessoires<br />

Maud Hufnagel<br />

production Théâtre de Sartrouville–CDN,<br />

en collaboration avec l’ARCAL<br />

texte disponible dans la collection Heyoka<br />

Jeunesse, coédition Actes Sud–Papiers<br />

CDN de Sartrouville<br />

Rencontre avec Christian Gangneron<br />

En quoi et <strong>pour</strong>quoi, peut-on comparer la pièce de Mike Kenny à un<br />

oratorio ?<br />

Pratiqué au moment du carême où les représentations théâtrales<br />

étaient interdites, l’oratorio était au XVII e siècle, un moyen de raconter<br />

des histoires sans les représenter, ce qui leur donnait une singulière<br />

force émotive. Une des caractéristiques de l’oratorio est qu’il navigue<br />

en permanence entre narrateur et acteur. Constamment, celui qui<br />

raconte l’histoire en devient l’acteur. C’est exactement ce qui se passe<br />

avec l’écriture de la pièce de Mike Kenny. C’est du reste parce qu’elle<br />

est écrite sur ce mode là qu’il est possible à un seul acteur – une actrice<br />

au demeurant –, de prendre en charge l’histoire, cette petite fille, qui<br />

vient passer ses vacances chez ses grands-parents, constate que sa<br />

grand-mère n’est pas là, découvre que « certaines choses demeurent<br />

pareilles et d’autres changent » et fait l’apprentissage de la perte.<br />

Comment apprendre la perte et comment on se construit à partir de<br />

là, est un thème important à aborder avec les enfants.<br />

Comment envisagez-vous la réalisation scénique de cette histoire ?<br />

Mike Kenny<br />

Mike Kenny se frotte encore les<br />

yeux lorsqu'il regarde les 50<br />

pièces, essentiellement destinées<br />

aux enfants, qu'il a écrites en un<br />

peu plus de dix ans. Il avoue sans<br />

fausse modestie qu'il ne s'était<br />

jamais attendu à travailler<br />

dans le théâtre.<br />

En France, Jacques Nichet a été<br />

le premier metteur en scène à le<br />

faire connaître en créant<br />

La Chanson venue de la mer.<br />

Premier auteur à recevoir <strong>pour</strong><br />

Pierres de gué, le Children's<br />

Award, récompense décernée<br />

par le Arts Council of England,<br />

Mike Kenny est considéré comme<br />

l'un des auteurs majeurs du théâtre<br />

jeune public de Grande-Bretagne.<br />

Actes Sud–Papiers et le CDN de<br />

Sartrouville ont commencé la<br />

publication de son théâtre avec<br />

Pierres de gué puis Sur la corde<br />

raide et L’Enfant perdue <strong>pour</strong> la<br />

biennale <strong>Odyssées</strong> <strong>78</strong>.<br />

Après avoir tourné autour de l’idée d’un théâtre de marion<strong>net</strong>tes, il<br />

m’a semblé plus intéressant de m’appuyer sur le lien que tisse la pièce<br />

entre la permanence et le changement et d’en faire un principe formel<br />

d’écriture scénique. Comme Esmée, la petite fille passe plusieurs jours<br />

chez son grand-père, j’ai cherché chaque fois un code de récit différent<br />

et je suis certain que les enfants qui sont vifs et aigus nous suivront<br />

sur cette voie. Avec la complicité de Maud Hufnagel, formée à<br />

l’Institut de la marion<strong>net</strong>te de Charleville-Mézières, nous pensons à<br />

un univers de papier tel qu’on peut en trouver dans les bibliothèques.<br />

Avec des objets simples, ceux qui existent dans l’histoire, un parapluie,<br />

une paire de lu<strong>net</strong>tes, un crayon, nous allons inventer un théâtre<br />

d’objet très léger qui permettra à Stéphanie Félix, la comédienne, de<br />

prendre en charge les personnages et leur histoire. La structure de la<br />

pièce, les phrases qui reviennent comme une comptine, appellent un<br />

travail musical, <strong>pour</strong> le moment je tourne autour de Schubert, mais il<br />

y aura aussi une petite chanson<strong>net</strong>te qui nous rappellera qu’on est au<br />

bord de la mer.<br />

Dans cette pièce il y a deux personnages la petite fille et le grand-père,<br />

<strong>pour</strong>quoi avoir préféré une comédienne comme interprète ?<br />

Parce que c’est cette comédienne-là ! Parce que Stéphanie Félix a une<br />

façon de mettre des silences, une manière très personnelle et sans chichi<br />

de moduler sa voix, que la couleur de son timbre me paraissait mettre<br />

en jeu le texte de Mike Kenny de façon évidente. C’est vrai aussi que je<br />

suis plutôt du côté de la petite fille et que je trouve que Stéphanie<br />

possède une tonalité d’enfance qui va permettre l’identification. En<br />

outre, elle n’aura pas de problème <strong>pour</strong> suggérer le grand-père, alors<br />

qu’un garçon aurait eu plus de mal à évoquer une petite fille de façon<br />

telle que des enfants de 5/6 ans puissent s’identifier.


dès 8 ans<br />

Mortel Poème<br />

de Michel Beretti<br />

avec<br />

Samuel Faccioli<br />

production<br />

Théâtre de Sartrouville–CDN,<br />

en collaboration avec l’ARCAL<br />

Mortel Poème est le seul spectacle qui soit le fruit d’une commande.<br />

Quelle fut-elle et <strong>pour</strong>quoi Michel Beretti ?<br />

J’avais travaillé avec Michel Beretti sur Raphaël, reviens ! un opéra en<br />

direction des préadolescents, ceux qui sont à ce moment charnière du<br />

passage de l’école élémentaire au collège, avec ce que ça engendre<br />

comme crainte de se dire que l’on quitte l’enfance et que l’on va vers<br />

l’inconnu. Certes, tout avenir est brutal, mais <strong>pour</strong> les gamins c’est un<br />

moment d’une extrême violence. Il me semblait intéressant de retrouver<br />

Michel Beretti <strong>pour</strong> reprendre ce fil-là, fort du travail effectué autour des<br />

différentes langues auxquelles sont confrontés les enfants à l’occasion de<br />

Raphaël, reviens ! et lors de la dernière biennale d’<strong>Odyssées</strong> <strong>78</strong>.Sous<br />

certains aspects, j’étais resté un peu sur ma faim, il me semblait qu’on<br />

pouvait creuser le thème de manière plus directe et j’ai demandé à<br />

Michel Beretti de se colleter au fait que les enfants de 7 à 12 ans<br />

funambulisent au carrefour de trois langues, celle qu’ils apprennent<br />

sur le banc de l’école, celle qu’ils parlent dans la cour avec les copains,<br />

celle employée à la maison avec les parents. Trois langues différentes<br />

auxquelles s’affronte la quête de sa propre expression.<br />

Dans la mesure où le spectacle est interprété par un seul comédien,<br />

comment, de quelle manière Jérémie, le héros de Mortel Poème, va-t-il<br />

être trilingue ?<br />

Michel Beretti<br />

Michel Beretti, né en 1948, est<br />

l’auteur d’une cinquantaine de<br />

pièces et de livrets d’opéras<br />

représentés sur les scènes françaises,<br />

suisses, allemandes. Il a été par<br />

ailleurs dramaturge de l’Opéra de<br />

Paris de 1986 à 1995.<br />

Parmi ses dernières créations :<br />

Nous sommes à l’orée d’un univers<br />

fabuleux (Francophonies en<br />

Limousin 2003). Actuellement en<br />

résidence d’écriture dans le Jura<br />

<strong>pour</strong> l’édition 2004 de Par-dessus<br />

le mur, l’écriture.<br />

Avec Mortel Poème, il <strong>pour</strong>suit<br />

la collaboration commencée avec<br />

Christian Gangneron et l’ARCAL<br />

autour de Tobias, oratorio d’église,<br />

musique André Bon, puis avec<br />

Raphaël, reviens ! musique<br />

Bernard Cavanna.<br />

J’aime beaucoup ce titre de Mortel Poème car il est très imagé.<br />

« Mortel » est l’unique expression employée par les gamins <strong>pour</strong><br />

exprimer aussi bien l’intense bonheur que le comble de l’ennui.<br />

Jérémie n’y échappe pas et comme beaucoup d’enfants de son âge il<br />

possède un portable. Selon ses interlocuteurs, il passe d’une langue à<br />

l’autre non sans quelques dérapages. Anéantis par sa honteuse défaite<br />

lors d’une joute oratoire, il va dans un premier temps chercher refuge<br />

à ses ennuis dans le vide de l’ennui, mais à mesure de l’action et de<br />

l’histoire il va découvrir le pouvoir des mots et, en apprenant à écrire<br />

un poème, il apprendra aussi à vivre.<br />

Invité à écrire un poème, d’abord par un mystérieux SMS puis par la<br />

voix de Samira, une fille de son âge dont il ne s’imaginait pas qu’elle<br />

puisse s’intéresser à lui, il se prête au jeu. Mais le public n’entendra<br />

que des bribes de ce poème à partir desquelles il sera convié à écrire son<br />

propre poème. Ainsi à côté du poème de Jérémie, il y aura le poème de<br />

chacun et le spectacle deviendra ainsi une fabrique de poèmes.


dès 13 ans<br />

Le Terrier<br />

de Franz Kafka<br />

traduction<br />

Dominique Miermont<br />

avec<br />

Lionel Monier<br />

lumière<br />

Kelig Le Bars<br />

costumes<br />

Bruno Fatalot<br />

univers sonore<br />

Pierre Gufflet<br />

texte disponible aux éditions<br />

mille et une nuits © 1998<br />

production<br />

Théâtre de Sartrouville–CDN,<br />

en collaboration avec l’ARCAL<br />

Pourquoi avoir choisi Le Terrier de Kafka, comme troisième spectacle ?<br />

Lors de la dernière biennale, l’accueil réservé au texte de Wajdi<br />

Mouawad, Un obus dans le cœur, et la longue tournée qui a suivi, a<br />

permis de vérifier qu’il existe des possibilités de s’adresser aux adolescents<br />

en faisant appel à des émotions intimes et ce constat nous a<br />

amené à réfléchir autour de formes qui ne passeraient plus par les<br />

bibliothèques, mais par les collèges et éventuellement d’autres lieux,<br />

telles les salles polyvalentes, voire les scènes des théâtres. Dans cette<br />

perspective, Le Terrier m’a paru être un moyen d’approfondir et de<br />

resserrer les liens entre le théâtre et le public adolescent. Dans ce<br />

texte, qui se présente comme un monologue – ce qui satisfait à la<br />

contrainte d’un seul comédien –, il n’y a aucun réalisme et <strong>pour</strong>tant c’est<br />

terriblement concret, méticuleux même. Il s’agit d’organiser un<br />

endroit où on est à l’abri du danger, car il y a plein d’ennemis partout.<br />

Par le truchement du personnage, Kafka pose des hypothèses qu’il<br />

réfute tout aussitôt et pousse au plus loin l’analyse de l’angoisse, sans<br />

jamais la nommer. Il met en mots une réalité innommable qui me<br />

semble devoir résonner dans l’imaginaire adolescent. « On est tout<br />

seul à creuser sa galerie et il n’y a personne <strong>pour</strong> nous comprendre. »<br />

Comment allez vous mettre en scène cette œuvre littéraire ?<br />

Ce texte est l’un des derniers de Kafka et l’on sent bien qu’il est<br />

inachevé, que l’énigmatique troglodyte, bête ou homme, occupé à sa<br />

protection, <strong>pour</strong>rait creuser d’autres galeries, en supprimer d’autres,<br />

continuer sans cesse son ouvrage, ce qui offre une très grande liberté<br />

d’approche. Avec Lionel Monier, le comédien, nous avons réaménagé<br />

le terrier, redistribué les galeries de manière à ce que le public soit<br />

impliqué physiquement dans l’histoire. Nous avons opté <strong>pour</strong> un<br />

dispositif scénique en rond avec des travées axiales qui permettent au<br />

comédien de circuler de façon telle que le public soit à la fois l’espace<br />

du terrier et au cœur même de ce terrier envahi de bruissements, crissements,<br />

chuintements. Nous avons imaginé un véritable décor sonore<br />

qui permette de rendre très concrète l’écriture de Kafka et d’immerger<br />

le public dans une histoire qu’il va vivre de l’intérieur.<br />

Il semble bien que le thème de la perte, ne soit pas seulement au<br />

cœur de la pièce de Mike Kenny, mais qu’il courre tout au long des<br />

trois textes choisis ?<br />

Oui, absolument ! Ma raison profonde de faire du théâtre a affaire<br />

avec le travail de deuil, c’est le médium par excellence, cette façon qu’à<br />

le théâtre de quitter, de reprendre, est l’essence même du travail de<br />

deuil. Pour vraiment vivre sa vie, il faut être capable de faire le deuil<br />

de certaines choses, d’illusions, d’utopies… Pour avancer, il y a du<br />

deuil à faire c’est clair, et le théâtre travaille là-dessus.

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