CONFÉRENCEÀDOMICILE - Arts et Vie

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CONFÉRENCEÀDOMICILE ■ DES PYRAMIDES À LA VALLÉE DES ROIS,

VOYAGE DANS LA TOMBE DES PHARAONS

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Dans les entrailles de la terre, le mort se régénère.

Le cadavre est confié à la “Salle de l’Or”, nom

rituel de la chambre du sarcophage. Le précieux

métal évoque bien entendu l’indestructible chair

des dieux, à commencer par celle de leur créateur,

le soleil. Toutefois, au sein de la montagne, il est

également une allusion à la grande déesse de la

maternité, Hathor, dont une épithète fréquente

est la “Dorée”. Au terme de sa gestation symbolique,

le roi, devenu un germe de l’astre triomphant,

peut entreprendre sa remontée vers le jour. Il doit

d’abord passer par l’antichambre de son caveau,

ou “Salle du Char”. Le précieux véhicule, qui offrit

tant de victoires aux pharaons de cette époque,

est, par excellence, le moyen de transport de celui

qui veut traverser sans péril les étendues

désertiques qui longent l’Égypte.

Au début de la XVIII e dynastie, la dernière salle,

celle qui précède immédiatement le couloir qui

mène vers la lumière, est creusée d’un immense

puits. Les pilleurs de sépulture n’étaient pas

idiots, d’autant que pour certains, ils ont participé

eux-mêmes à la réalisation du tombeau. La fosse

n’est donc pas destinée à les arrêter. Comme

souvent dans la pensée égyptienne, l’utile est

rituellement associé au religieux. Située dans le

désert, la vallée des Rois est régulièrement la

proie de violents orages. Les eaux d’infiltration

menacent la tombe. Elles seront recueillies dans

le puits, mais ce n’est pas sa seule fonction.

Il est également en contact avec les flots du

chaos liquide primordial. Le soleil, entraînant les

défunts régénérés dans son sillage, s’y plonge

juste avant de surgir de l’horizon.

REPRÉSENTATION DE LA DÉESSE HATHOR - [ Y. DAVANT ]

Le destin d’outre-tombe

LES CHAMPS DE L’AU-DELÀ - [ J.-M. ROUSSEAU ]

Tout comme à l’époque des pyramides, la “géographie” symbolique d’une tombe

de la vallée des Rois intègre le souverain défunt à la Douat et aux mystérieux

processus de régénération qui s’y déroulent. La sépulture se suffit à elle-même

pour opérer cette assimilation magique. Néanmoins, son décor en renforce

l’efficacité et révèle les spéculations religieuses qui furent développées au cours

du Nouvel Empire.

Les représentations les plus simples évoquent le trépassé accueilli par les divinités

dans leur domaine. L’autre monde n’est en effet ni plus ni moins que celui des

dieux. Ceux-ci apparaissent sur les piliers, dans la salle du puits ou dans l’antichambre.

Ils souhaitent la bienvenue au nouvel arrivant et l’aident à surmonter les

obstacles de la mort. Face à de telles images, le visiteur n’est pas surpris. Comme

sur les parois des temples, elles racontent l’éternel dialogue que le roi entretient

avec le divin. En revanche les impressionnantes compositions qui enluminent

couloirs et chambres peuvent laisser perplexe. Le nombre des acteurs et l’aspect

pour le moins étrange de certains déroutent un esprit moderne. Ces “livres”

contiennent en réalité la quintessence du savoir de l’époque. Ils évoquent le

destin nocturne du soleil avec lequel le roi défunt se confond. Reflet des perpétuelles

interrogations des penseurs, ils évoluent avec le temps et de nouvelles

cosmographies apparaissent de génération en génération sans toutefois annuler

celles qui précèdent. Elles se complètent et s’enrichissent mutuellement. Peu à

peu, elles finissent par trouver leur place canonique dans le tombeau.

Un des éléments clés de ces spéculations sur le destin nocturne du soleil est au

cœur même de la conception égyptienne du divin créateur. En engendrant l’univers,

le démiurge s’y déploie et disperse ses forces en autant de formes divines qu’il

existe de fonctions organisatrices du cosmos. Il repousse ainsi les ténèbres du

chaos, mais épuise son énergie. Il est donc nécessaire de ramener les dieux vers

leur géniteur. Cette respiration solaire a eu lieu une première fois à l’aube des

temps, mais depuis elle se reproduit chaque jour. Ce destin est comparable à

celui d’Osiris dont la vitalité se répand dans le pays au moment de l’inondation.

Le démembrement du dieu, dont les morceaux ont été déposés dans toute

l’Égypte, évoque ce phénomène indispensable au renouvellement de la vie. Dans

le mythe osirien, c’est le principe féminin, sous la forme d’Isis, qui permet la

reconstitution du dieu. Une fois rassemblés, les lambeaux divins permettent à

son époux de retrouver son intégrité et donc de reproduire son acte créateur.

Le dieu, qui incarne l’éternel retour des forces de la nature, et le soleil ont donc

une destinée commune qui est exploitée dans la vallée des Rois. Sous la forme

d’une entité à tête de bélier, les deux forces sont confondues et accomplissent

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