Etude archéologique et historique de l'Arc boisé - Conseil général ...

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Etude archéologique et historique de l'Arc boisé - Conseil général ...

UNE FORET, DEUX RIVIERES

L’ARC BOISE, LE MORBRAS ET LE REVEILLON

Etude historique et archéologique - 2009

Karine Berthier


INTRODUCTION

La Charte forestière de territoire de l’Arc boisé, initiée en 2002 par le Conseil général et l’Office

National des Forêts, et signée en 2004 par plusieurs partenaires , s’articule autour de deux principales

orientations : la préservation du massif forestier et l’accueil du public. Elle s’est également donné

comme objectif de mieux connaître le patrimoine forestier, qu’il soit écologique ou historique, pour

mieux le protéger et le faire connaître.

C’est dans ce cadre que le service départemental d’archéologie a proposé, comme l’une des

actions de mise en œuvre de la Charte, que soit réalisée une étude historique et archéologique du

massif de l’Arc boisé. Ses objectifs étaient les suivants : améliorer la connaissance sur un territoire

encore peu exploré, protéger les richesses archéologiques, mettre en valeur le patrimoine historique

et archéologique auprès du grand public. Cette étude a été pilotée par la Direction des Espaces Verts

et du Paysage, en collaboration avec l’Agence régionale des Espaces Verts de la Région Ile-de-France,

partenaire de la Charte, qui en a cofinancé la réalisation.

La méthodologie utilisée pour cette étude a consisté principalement en une recherche de

documents d’archives (documents cartographiques et écrits), ainsi qu’une recherche auprès de toutes

les associations locales. Elle a été complétée par les données du service départemental d’archéologie,

notamment la carte archéologique, ainsi que des prospections archéologiques réalisées sur une partie

du massif en collaboration avec l’ONF.

Le territoire d’étude a été élargi du massif de l’Arc boisé jusqu’au deux vallées qui l’entourent,

le Morbras et le Réveillon. En effet, les liens d’usages sont très forts sur le plan historique entre ces

sites, et il est apparu nécessaire de les étudier ensemble. L’ensemble du territoire de la forêt et des

deux rivières a donc été pris en compte, avec deux thèmes principaux : l’homme et la forêt et l’homme

et l’eau.

Ces recherches ont eu un intérêt majeur pour la compréhension du territoire. Elles ont permis

notamment :

- une meilleure compréhension du paysage et de son évolution

- une compréhension du rôle de la forêt, tant dans la gestion de l’eau, que l’approvisionnement en bois

ou les ressources énergétiques

- une connaissance approfondie de la gestion forestière depuis le Moyen Age qui peut apporter des

éléments pour la gestion forestière d’aujourd’hui

- la mise en évidence d’un petit patrimoine historique

L’étude a montré comment au fil du temps, jusqu’au XXe siècle, les éléments naturels - forêt,

eau, landes - ont été aménagés et exploités pour les besoins de l’homme sans pour autant que les

équilibres soient rompus. De nombreux enseignements pourraient en être tirés aujourd’hui pour

assurer une gestion durable du territoire.

2


SYNTHESE

I – LE TERRITOIRE

Le territoire concerné par cette étude historique et archéologique couvre l’ensemble du massif

de l’Arc boisé, soit plus de 3000 ha de forêts qui s’étendent sur trois départements (Essonne, Valde-Marne

et Seine-et-Marne), ainsi que les deux vallées, du Morbras et du Réveillon qui encadrent ce

massif.

Sur le plan pédologique, il faut noter dans le massif de Notre-Dame la présence de sols

assez pauvres et une hydromorphie importante peu favorable au développement des arbres. Ces

caractéristiques expliquent en partie des modes de gestion au cours du temps.

L’étude montre les liens importants qui existent entre le massif forestier et les rivières qui l’entourent.

Ainsi, plusieurs rus qui alimentent le Morbras et le Réveillon proviennent de la forêt, et notamment

des drainages forestiers.

II – PANORAMA DE L’OCCUPATION HUMAINE

Pour les périodes les plus anciennes (préhistoire, protohistoire et gallo-romaine), des indices

d’occupation humaine ont été mis en évidence principalement dans les vallées et à proximité des

rus. Au moyen-âge, les villages se sont également développés au bord ou à proximité des ruisseaux.

L’occupation des paroisses s’est organisée à partir du Ve siècle.

Au moyen-âge apparaît également un réseau de châteaux (mottes féodales, donjons, tours), qui

témoignent de la présence de seigneurs. Cet ensemble pouvait avoir un rôle défensif pour la protection

des frontières du royaume, car l’espace boisé formé par les massifs de Notre-Dame et la Grange

délimitait la partie orientale du Royaume de France.

L’homme et la forêt

I – L’EVOLUTION DU MASSIF FORESTIER ET DE SON OCCUPATION

La forêt, jusqu’au VIIe siècle, appartient au domaine royal. A partir de cette période, le roi

en fait don soit à des congrégations religieuses soit à différents membres de la noblesse pour les

remercier de leurs services. Au cours de la période médiévale, quelques changements apparaissent.

Aux côtés de grands propriétaires monastiques et aristocratiques, on voit désormais des laïcs,

comme les Blanchet, détenir des bois. A partir du XVIIIe siècle, on trouve désormais des rentiers, des

banquiers et de grands bourgeois parmi le clergé et la noblesse. Les secteurs forestiers du Bois Notre-

Dame, appartenant au XVIIIe siècle, au duc de Penthièvre, sont gérés conjointement avec le massif

d’Armainvilliers également propriété ducale. Ces relations inters-forêts se retrouvent aussi dans la

gestion du domaine du marquisat d’Ormesson. Les gardes chasses du marquis transfèrent les lapins

saisis dans les bois derrière les Marmousets dans la garenne aménagée à proximité de la ferme des

Bordes à Chennevières-sur-Marne.

La superficie des parcellaires varie selon la période historique et selon le propriétaire. Au cours

du Moyen Age et au début de l’époque moderne, le chapitre Notre-dame de Paris détient la majorité

de la forêt Notre-Dame, entre 300 et 400 arpents, qu’il loue dans son ensemble à un ou plusieurs

marchands avec l’autorisation d’abattre un nombre défini d’arbres. Les rus ne semblent pas avoir un

rôle de limites parcellaires. Avec la vente de cantons de bois par certains établissements religieux

comme l’abbaye d’Yerres à de grands seigneurs laïcs, comme Charles de Valois, duc d’Angoulême,

au début du XVIIe siècle, on assiste à un morcellement de secteurs boisés et à la multiplication de

parcelles s’organisant le long des chemins d’accès et de vidange Avec la formation du domaine de

Grosbois, sous la direction des Wagram, au cours du XIXe siècle, les parcelles de bois sont multipliées

pour la gestion forestière. Elles s’organisent désormais autour des fossés de drainage et des chemins

de desserte.

3


L’évolution de l’occupation du massif et de ses abords au fil de l’histoire a eu des conséquences

sur l’évolution du massif lui-même et des superficies boisées. Ainsi, se sont succédées différentes

périodes de défrichements qui témoignent de l’activité et des usages des espaces forestiers.

Les premiers défrichements qui apparaissent dès le néolithique se font pour répondre à une demande

de bois, soit pour la réduction du minerai de fer, soit, pour l’ouverture d’axes de circulations, soit pour

la construction de l’habitat. Entre Ie et le VIIIe siècle, ce sont les extensions des domaines qui se font

au détriment de l’espace forestier.

Pour la période médiévale, les défrichements se font sous l’égide des établissements religieux,

comme le chapitre cathédral de Notre-Dame, les abbayes de Saint-Maur-des-Fossés, de Saint-Martindes-Champs,

de Notre-Dame d’Yerres et d’Yvernaux. L’installation des monastères nécessite en effet

des déboisements. Ces coupes de bois se font dans le but d’une mise en valeur du terroir autour de

granges agricoles, comme par exemple la Grange du Milieu.

A partir du XVIIe siècle, deux grands domaines marquent particulièrement le paysage du massif

forestier, auquel ils sont étroitement liés. Il s’agit du domaine du Piple et du domaine de Gros-Bois. Si

ces domaines s’inscrivent dans le paysage forestier, ils comportent également différents milieux tels

que des parcs, vergers, terres agricoles, qui ont été liés au cours de leur histoire à leur fonctionnement

et à diverses opérations d’embellissement.

Au début du XXe siècle, la mise en défense du camp retranché de Paris, destiné à assurer la protection

de la capitale a également entraîné des défrichements.

Enfin, au cours du XXe siècle, c’est la création de différents lotissements d’habitation qui ont contribué

au déboisement du massif.

II – L’EXPLOITATION DE LA FORET

Le paysage forestier est influencé par la topographie et la nature des sols mais aussi par l’action de

l’homme sur les peuplements forestiers.

L’action de l’homme sur les peuplements est de différents ordres : l’exploitation de la forêt au travers

de la sylviculture, la pratique de la chasse, les pratiques agricoles en relation avec les forêts, et

l’exploitation des ressources énergétiques de la forêt.

Les pratiques de sylviculture ont commencé dès le XIIe siècle par ce qui était appelée le furetage, c’està-dire

le prélèvement sélectif des arbres en fonction des besoins. Cette pratique a entraîné la raréfaction

des plus beaux fûts et la dégradation des peuplements. Elle a donc été remplacée progressivement

par une exploitation en taillis et futaie permettant une meilleure gestion du peuplement forestier. Pour

favoriser cette meilleure gestion, le pouvoir royal tente, dès le XIVe siècle, de définir des pratiques de

sylviculture. L’amélioration de la sylviculture se traduit également par d’autres pratiques telles que la

mise en réserve qui permet d’assurer la régénération des arbres, et l’établissement de rotations. Avec

ces améliorations viennent également les calculs des coupes par les forestiers afin de quantifier les

quantités de bois produites.

Le drainage constitue un autre grand volet de l’exploitation sylvicole des forêts du massif. En effet, le

caractère très hydromorphe des sols a nécessité, pour améliorer la qualité des peuplements, la mise en

place d’un système hydraulique important. Celui-ci a été mis en place par les établissements religieux

et a continué d’être entretenu, notamment par la famille de Wagram jusqu’au début du XXe siècle. Son

entretien a ensuite été abandonné. Ce drainage s’est traduit la mise en place d’un important réseau de

fossés qui alimentaient les étangs situés en lisière de fossés. Ces fossés sont encore présents dans le

massif, même si leur fonctionnement est aujourd’hui difficile à percevoir.

La pratique de la sylviculture est associée à une importante économie du bois. La gestion du bois par les

établissements religieux permet son utilisation pour du bois d’œuvre pour leurs différents domaines

mais aussi de nombreux autres usages. A partir du XVIe siècle, ce ne sont plus les chanoines mais les

marchands de bois qui assurent la gestion des boisements. Si ces marchands venaient à cette époque

des villages autour du massif, ils vont progressivement venir de Paris puis de toute l’Ile-deFrance,

attestant à la fois du grand besoin en bois dans la région et de la plus grande facilité des transports.

La chasse est une autre activité qui marque l’utilisation de la forêt et son paysage. Elle reste jusqu’au

XVIIIe siècle un privilège du clergé et de la noblesse et les massifs de Notre-Dame, la Grange et Gros-

4


Bois, ont contribué, comme d’autres en Ile-de-France, aux plaisirs des chasses des rois. Après la mort

du maréchal Berthier, son domaine de chasse est loué à différents notables et bourgeois des environs

ou de Paris. La chasse reste une activité très importante au XIXe siècle.

Peu de données existent sur les prises de grands gibiers. En revanche, on constate l’importance de

la chasse pour l’alimentation des établissements religieux et pour la régulation des petits animaux

nuisibles.

La pratique de la chasse est associée à d’autres types d’exploitation du paysage, comme la mise

en place de garennes, aménagées en bordures du massif forestier, pour y élever des lapins et des

lièvres.

L’histoire de l’exploitation forestière du massif est également très liée aux pratiques agricoles. Les

mises en cultures de certaines parcelles ont parfois été faites au détriment des parcelles boisées.

Mais ce sont aussi les landes et les friches qui ont pu être cultivées. Par ailleurs les espaces forestiers

ont aussi été utilisés pour les pâtures, notamment au travers de la mise à disposition de la part des

propriétaires religieux de zones de pâturage pour les paysans des environs.

Enfin, l’exploitation des ressources énergétiques de la forêt et de ses environs a eu des impacts non

négligeables sur son paysage et ses peuplements, encore visibles aujourd’hui. Ainsi, les nombreuses

mares, en eau ou bien asséchées, encore visibles dans la forêt Notre-Dame sont les vestiges des

anciennes zones d’extraction de meulière, argile, sable. Les exploitations de charbon, minerai de fer ou

meulières nécessitent de plus des coupes d’arbres et la mise en place de chemins d’exploitations.

Les tuileries ont connu une activité notable autour du massif. Même si leur impact direct sur la forêt

est difficile à estimer, il s’agit d’une activité très bien implantée sur le territoire qui a contribué à son

économie.

III – ROLE STRATEGIQUE, LORS DE CONFLITS, D’UN MASSIF FORESTIER DU SUD-EST PARISIEN

Dans les différents conflits, la forêt, et en particulier ce secteur de l’Arc boisé, joue un rôle majeur

dans les différents plans de batailles, avec l’installation de sites défensifs, l’utilisation du bois pour

la création d’ouvrages entraînant des déboisements. Cette implication d’un espace forestier dans les

conflits induit également un impact important sur la vie quotidienne des habitants des environs, qui

doivent subir des pillages mais également fournir nourriture et bois aux soldats. .

Pendant la période de la Fronde (1648-1652), l’ouest du massif forestier, autour de Grosbois et la

forêt de la Grange, a été le théâtre de nombreux affrontements. Ainsi, les massifs de la Grange, Gros-

Bois et Notre-Dame sont le lieu de rencontre des deux troupes, de Condé d’une part et de Turenne

d’autre part. Des camps des deux armées sont installés dans le secteur. Ce sont ainsi plusieurs milliers

d’hommes qui occupent ce territoire à cette occasion. Des vestiges de cet événement persistent

aujourd’hui dans le paysage, comme le « camp des Lorrains ».

Jusqu’à la fin de l’Ancien régime et pendant la Révolution, l’Est parisien fut épargné de tout affrontement

de troupes armées, mais pendant les batailles Napoléoniennes et la guerre de 1870, des combats se

sont déroulés dans le secteur de l’Arc boisé.

Après 1870, celui-ci est directement concerné par la création d’une ceinture de fortification pour la

mise en défense du Camp Retranché de Paris, avec notamment, la construction des forts de Villeneuve-

Saint-Georges et de Sucy-en-Brie.

Lors de la guerre de 14-18, le massif de Notre-Dame est directement concerné par un vaste chantier

de mise en défense, mobilisant une manœuvre civile et militaire importante pour l’édification d’abris,

la pose de voies ferrées, la coupe des arbres, le creusement de tranchées, etc.

5


I – LES INSTALLATIONS HUMAINES ET L’EAU

L’homme et l’eau

Les installations humaines ont de tout temps été largement influencées par la présence de l’eau. Avec

les documents d’archive au moyen-âge apparaissent des mentions précises et localisées de l’utilisation

de l’eau par l’homme : construction de moulins, drainages, création d’étangs.

Dans notre secteur, les différentes demeures seigneuriales (manoir d’Amboile, la Folie-Monthéty, le

château des Marmousets) ont utilisé et mis en scène l’eau. L’eau est également une constante dans

l’édification des sites abbatiaux (abbaye d’Yerres, abbaye d’Yverneaux, commanderie templière de

Santeny). L’eau des cours d’eau était utilisée pour faire tourner les moulins et l’eau canalisée permettait

l’alimentation des fontaines et les cuisines.

II – LES MOULINS A EAU : DES OUVRAGES DE REGULATION

Au moyen-âge, l’eau est, avec le vent la première source d’énergie dont dispose l’homme. Les moulins

à eau se développent à cette époque et l’Ile-de-France participe largement à ce développement. Plus

particulièrement, sur la vallée du Morbras ce sont 8 moulins à eau qui sont recensés, et 7 sur la vallée

du Réveillon. Les installations sur ces cours d’eau servaient principalement à la production de farine.

Les moulins, qui appartenaient surtout à des seigneurs laïcs et à quelques établissements religieux,

étaient loués à des meuniers.

L’installation des moulins sur les cours d’eau a joué un rôle capital dans la transformation de ceuxci.

En effet, pour leur alimentation, il peut être nécessaire de creuser des biefs, mettre en place des

barrages ou créer des étangs. En modifiant l’hydrologie locale, la création de moulins a été propice au

développement de populations de poissons. C’est pourquoi, des pêcheries se sont souvent installées à

proximité des moulins. Les droits de pêches étaient d’ailleurs souvent accordés aux meuniers.

III – LES ETANGS

La création des étangs s’est accélérée à partir du XIe siècle. Certains avaient une vocation de protection

des inondations en aval, d’autres une vocation uniquement piscicole. Avec le développement de la

pisciculture, ces étangs sont devenus pour les établissements religieux comme pour les laïcs une

source de revenu intéressante.

Ces étangs ont cependant entraîné des modifications considérables du fonctionnement du régime

hydraulique, ainsi que de la flore et la faune auparavant liées aux zones marécageuses.

Sur notre territoire, la création des étangs est également souvent liée, en amont, à la gestion de l’eau

dans le massif forestier. Ceux-ci étaient en effet alimentés par le réseau de drainage et de fossés

destinés à assainir les parcelles forestières.

L’utilisation des étangs, et donc leur entretien diminue à partir du XVIIe siècle.

IV – L’AGRICULTURE

La pratique de l’agriculture dans les vallées se traduit par la réalisation de systèmes de drainage et

d’irrigation. Les canaux servent à la fois à l’irrigation et au drainage des prairies de fond de vallée.

Les mares présentes dans les pièces agricoles participent également à l’irrigation et au drainage des

parcelles.

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Une forêt, deux rivières : L’Arc boisé, le Réveillon et le Morbras


Une forêt, deux rivières : L’Arc boisé, le Réveillon et le Morbras

Une forêt, deux rivières

L’arc boisé, le Morbras et le Réveillon

(histoire et archéologie)

I – Le t e r r i t o i r e

1. Le massif forestier de l’Arc boisé

Le territoire de l’Arc Boisé s’étend sur l’ensemble des massifs

boisés situés dans le sud-est du département du Val-de-Marne, à moins

d’une vingtaine de kilomètres de Paris. Les 3030 ha de forêt représentant

23% de ce territoire sont situés principalement dans le Val-de-Marne

mais recouvrent également à l’ouest des communes de l’Essonne et à

l’est celles de la Seine-et-Marne 1 . Le massif boisé est constitué à 79%

(2383 ha) par des forêts domaniales (forêt Notre-Dame et forêt de La

Grange) et comporte également une forêt régionale de 148 ha. Il est

encadré au Nord par le Morbras, affluent de la Marne, et au Sud par le

Réveillon, affluent de l’Yerres. Les forêts privées couvrent 436 ha et sont

représentées principalement par quelques grands domaines, comme le

château de Grosbois et Le Piple (Figure 1).

Figure 1, carte de l’Arc boisé

1

Il s’agit des communes de Boissy-

Saint-Léger,Limeil-Brévannes,

Marolles en Brie, La Queue-en-Brie,

Santeny, Sucy-en-Brie, Valenton et

Villecresnes pour le Val-de-Marne,

des communes de Crosne et de

Yerres pour le département de

l’Essonne, et enfin des communes de

Lésigny, Ozoir-la-Ferrière, Pontault-

Combault, Servon et de Roissy-en-

Brie pour la Seine-et-Marne.

1. 1. Géologie

D’un point de vue géologique, la forêt Notre-Dame est située sur

le plateau de Brie, recouvert d’une couche de limons de plateau, avec

cependant à l’Ouest au niveau de la commune de Sucy-en-Brie et à l’Est

à Lésigny, des affleurements de sables et de grès de Fontainebleau. Ces

dépôts superficiels recouvrent les calcaires de Brie dont une partie s’est

transformée en meulière.

Le Bois de La Grange offre un substrat composé de sables et de

grès de Fontainebleau d’où émergent quelques affleurements formés de

cailloutis de Sénart. Le point altimétrique le plus haut de l’espace boisé

se situe au Mont-Griffon qui culmine à 116 m, et le point le plus bas se

trouve à Boissy-Saint-Léger à environ 40 m. Dans les vallées, on retrouve

en terrasse en limite de plateau du calcaire et meulière de Brie et en fond

de vallée différents types de marnes (marnes à huîtres, marnes vertes et

marnes bleues et blanches).

8


Une forêt, deux rivières : L’Arc boisé, le Réveillon et le Morbras

1. 2. Formation des sols

Les sols de la forêt Notre-Dame sont fortement appauvris.

Ils sont constitués de sols bruns à tendance podzolique : ce sont

des sols qui s’acidifient et s’appauvrissent en éléments chimiques. Ces

sols produisent en s’humidifiant des humus du type « mor », qui se

décomposent lentement et seulement sous l’action des champignons.

Ce phénomène s’explique en grande partie par l’inondation périodique

de ces sols (en hiver et au printemps) faisant apparaître des pseudogleys

(hydromorphie temporaire). L’hydromorphie de surface s’explique par

la présence d’un plancher argileux se trouvant à moins d’un mètre de

profondeur en moyenne. Celui-ci correspond à la couche d’argile meulière.

Elle s’explique également par la faible profondeur de la nappe aquifère,

qui est retenue à 3 m de profondeur par l’argile. Ces hydromorphies

temporaires sont typiques des plateaux, elles s’appellent également

« nappes perchées ». Elles ne se manifestent en général qu’en périodes

pluvieuses.

L’hydromorphie des sols est peu favorable au développement

des arbres.

En effet, un milieu engorgé peut s’avérer asphyxiant pour

les racines. L’hydromorphie de surface est plus néfaste que celle de

profondeur, les racines y étant moins nombreuses. Pour répondre à cette

contrainte, les arbres développent des systèmes racinaires très étalés

et peu profonds, n’assurant plus leur rôle de maintien et les rendant

très sensibles aux périodes sèches 2 . Ces caractéristiques géologiques

et pédologiques ne permettent pas le développement naturel d’arbres

forts et d’une futaie vigoureuse.

2. Les cours d’eau

2. 1. Le Morbras

Le bassin versant présente une superficie totale de 55 km 2 . Le

Morbras coule sur deux départements, la Seine-et-Marne et le Val-de-

Marne. Affluent de rive gauche de la Marne, il prend sa source, à une

altitude de 115 mètres, à Pontcarré (77) dans la forêt de Ferrières et

traverse 8 communes avant de se jeter dans la Marne à Bonneuil-sur-

Marne, à la cote de 35 m (Figure 2).

Figure 2, le bassin versant du Morbras

2

TISSOT (G.), 1998, p. 25.

9


Une forêt, deux rivières : L’Arc boisé, le Réveillon et le Morbras

La vallée se révèle donc peu profonde et présente en amont

un cours très étroit qui s’élargit à partir de La Queue-en-Brie. La pente

demeure assez faible de Pontcarré à Roissy-en-Brie (2 à 5%), puis elle

s’accentue sur le territoire de La Queue-en-Brie pour devenir relativement

forte à partir d’Ormesson (10 à 25%) 3 . La rivière entre dans le Val-de-

Marne à la hauteur de La Queue-en-Brie et se jette dans la Marne. Depuis

sa source à Pontcarré, le Morbras parcourt une vingtaine de kilomètres

jusqu’à son exutoire actuel à Bonneuil-sur-Marne. Sur son tracé, la rivière

reçoit un apport en eau de nombreux petits rus aussi bien en rive droite

(4) qu’en rive gauche (4) 4 . Le ru des Nageoires, affluent de rive gauche,

est alimenté par des fossés provenant des douves des Marmousets et de

la forêt de Binel (Figure 3) 5 . Le débit du Morbras, avant la mise en place

des stations d’épuration de Pontault-Combault et de Roissy-en-Brie en

1997 et 1998, pouvait varier, en fonction des aléas climatiques, de plus

de 400 l/s après une période humide à moins de 100 l/s par temps sec.

Le bassin versant du Morbras occupe les limites nord-ouest du plateau

de Brie qui s’étend entre la Marne et la Seine 6 .

Figure 3, les fossés et le ru des Nageoires

3

GUYON (Fr.) dir., 1996, p. 17.

4

PAMPIN (L.), 2005, p. 11. Les

principaux affluents sont en rive

droite, de l’amont vers l’aval, la

vidée de la Ferrandière, les rus de

Berchère, du Château, de la Fontaine

des Bordes, le ru des Bordes ; en rive

gauche, les rus de la Patrouille, des

nageoires, de la Fontaine de Villiers

et le ru de la Poire.

5

GUYON (Fr.) dir., 1996, p. 17 ;

TISSOT (G.), 1998, p. 29 ; PAMPIN

(L.), 2005, p. 11.

6

GUYON (Fr.) dir., 1996, p. 17.

7

PAMPIN (L.), 2005, p. 10.

8

Archives départementales de la

Seine-et-Marne, (désormais Arch.

dép. Seine-et-Marne), 14Fi 4310,

plan d’intendance de la commune

de Férolles, 1785.

2. 2. Le Réveillon

Le bassin versant du Réveillon a une superficie totale de 96 km 2

et s’étend sur trois départements : la Seine-et-Marne, le Val-de-Marne

et l’Essonne. Depuis sa source en amont de Chevry-Cossigny dans le

parc Péreire, le Réveillon parcourt une vingtaine de kilomètres avant de

se jeter dans l’Yerres, affluent de rive droite de la Seine, à Yerres 7 . Le

Réveillon est alimenté en eau par de nombreux chenaux de drainage

forestiers et par plusieurs affluents : en rive droite, il s’agit des rus de la

Ferme, de la Chauvennerie, de la Ménagerie également appelé « ruisseau

d’Ozouer » 8 , de Bervilliers, du château de Choigny, de la Saussaye, de

Boissy-Saint-Léger et de celui de la Fontaine du Camp ; en rive gauche,

les rus du Coupe-Gorge et du Bois Saint-Leu (Figure 4).

10


Une forêt, deux rivières : L’Arc boisé, le Réveillon et le Morbras

Figure 4, bassin versant du Réveillon

Le régime hydraulique du Réveillon peut-être de type torrentiel

lors de pluies importantes 9 . Ce cours d’eau entaille le plateau briard

d’Est en ouest et génère, comme le Morbras, un paysage de coteaux et

de vallées 10 .

Période

Débit

minimal

(l/s)

Débit

maximal

(l/s)

Débit

moyen

(l/s)

Mai-octobre 2002 30 2850 100

Novembre 2002-avril 2003 60 2700 430

Tableau 1, débits relevés à la station Santeny 71 par la DSEA-EA 09

II – Pa n o r a m a d e l’o c c u pat i o n h u m a in e

1. Pré et Protohistoire

Le massif forestier de l’Arc boisé faisait partie d’un ensemble

plus vaste aux périodes anciennes, joignant au Sud-Est, la forêt

de Sénart, à l’Est la forêt d’Armainvilliers et au Nord la forêt du

Plessis.

Les interventions archéologiques menées lors de travaux de

construction montrent une occupation humaine importante, au nord

de l’Arc boisé, notamment dans la vallée du Morbras au cours du

Néolithique, elle se révèle plus diffuse le long du Réveillon avec la

présence de menhirs sur le plateau dans les communes de Mandresles-Roses

et de Villecresnes. Il est probable que des terrasses aient été

aménagées en bordure du Morbras, comme le soulignent les nombreux

sites découverts sur le territoire de La Queue-en-Brie (Figure 5).

9

Par exemple, le 13 mars 2002,

suite à une averse entraînant une

pluviométrie de 33,8 mm, le débit

est passé de 380 litres/seconde à 7

m 3 /seconde en 31 heures.

10

BATAILLON (A.), 1994, p. 7 ;

BATAILLON (A.), 2000, p. 86 ;

PAMPIN (L.), 2005, p. 10.

11


Une forêt, deux rivières : L’Arc boisé, le Réveillon et le Morbras

Figure 5, cartographie des vestiges Pré et Protohistoriques

2. Gallo-romaine

Pour la période gallo-romaine, des indices d’occupation ont

été trouvés sur le plateau en rive gauche à Noiseau ou bien au Sud

du domaine des Marmousets à La Queue-en-Brie. Plusieurs foyers

ayant servi à la réduction de minerais de fer, attribués à la période galloromaine,

ont été mis en évidence au lieu-dit « Les Marnières », sur la

commune de La Queue-en-Brie 11 .

Dans la vallée du Réveillon, des substructions d’une

occupation antique ont été découvertes à Lésigny en rive gauche

du ru de la Ménagerie non loin de la Grande Romaine 12 , à Santeny, à

proximité du ru du Château de Choigny et enfin à Servon, où la présence

de deux bâtiments avec plusieurs puits dans l’espace agricole ont été

dégagés (Figure 6). A Brunoy, aux Bosserons, des scories ferrugineuses

ont été trouvées en aménagement des fondations d’un bâtiment galloromain

13 .

11

ANDRIEUX (Ph.) dir., 1999, p.

189.

12

Ce toponyme peut rappeler

l’existence d’une occupation

antique.

13

SENEE (A.), 2003, p. 46.

Figure 6, carte des vestiges gallo-romains

12


Une forêt, deux rivières : L’Arc boisé, le Réveillon et le Morbras

3. Moyen Age

3. 1. Les paroisses

Les paroisses de la vallée du Réveillon sont presque toutes

très anciennes, et consacrées à des saints honorés dès les premiers

temps de l’évangélisation.

Deux églises, Marolles et Attilly, sont dédiées à Saint Julien 14 . Ces

sanctuaires sont séparés l’un de l’autre par les églises de Santeny et de

Ferrolles, dédiées à Saint Germain d’Auxerre 15 . Il est donc plausible de

voir la fondation des deux églises Saint Julien par l’évêque d’Auxerre au

cours du Ve siècle.

L’origine des paroisses de Lésigny et de Servon est plus difficile

à situer dans le temps. Dans la première, Saint Yvon est un personnage

légendaire du cycle de Saint-Denis, de même dans la seconde, sainte

Colombe. Les trois cures suivantes sont postérieures aux précédentes.

Les cures de Chevry et de Villecresnes, sont dédiées à Notre-Dame et

celle de Grosbois à Saint Jean-Baptiste 16 .

L’organisation paroissiale semble donc se mettre en place

à partir du Ve siècle, période où les cures de Servon et de Lésigny

apparaissent. De la première se détachent successivement Marolles,

Santeny, Grosbois et Villecresnes ; de la seconde Attilly, Ferrolles et

Chevry ; deux paroisses initiales au centre et au nord du ruisseau.

Tous les villages anciens sont situés au bord du ruisseau

comme Ferrolles, Attilly, Santeny, ou à quelques mètres plus haut sur les

premières pentes qui permettent d’atteindre le plateau, comme Chevry,

Marolles, Lésigny, Villecresnes et Servon. Grosbois, seul est plus éloigné,

mais il est à l’origine d’un petit vallon qui rejoint la vallée principale

entre Marolles et Villecresnes 17 .

Boissy-Saint-Léger a été donnée à l’abbaye de Saint-Maurdes-Fossés,

vers 650, par Clovis II. L’église Saint-Léger de Boissy a

probablement été construite au VIIIe siècle 18 . Du côté Nord, vers la

Marne, c’est par le vallon du Morbras que s’est effectué l’essartage de

la forêt. Selon Michel Roblin : « Pour anciennes que soient certaines de

ces paroisses, il est certain qu’elles n’ont desservi au début que des

hameaux de bûcherons » 19 . Les plus vieilles paroisses sont sans doute

Saint-Côme et Saint-Damien de Combault, Saint-Germain de Roissy et

Saint-Denis de Pontault. L’église de Saint-Nicolas de La-Queue-en-Brie

date de la fin du XIe siècle et Saint-Philippe et Saint-Jacques de Noiseau

est un détachement de Sucy en 1218 20 (Figure 7).

Figure 7, carte de l’occupation humaine au Moyen Age

14

Saint martyrisé à Brioude au début

du IVe siècle.

15

Germain d’Auxerre, selon Grégoire

de Tours, a découvert en 431, les

restes de saint Julien.

16

ROBLIN (M.), 1951, p. 315-320.

17

ROBLIN (M.), 1951, p. 310-311.

18

ROBLIN (M.), 1951, p. 315-320.

19

ROBLIN (M.), 1951, p. 314.

20

ROBLIN (M.), 1951, p. 314-315.

13


Une forêt, deux rivières : L’Arc boisé, le Réveillon et le Morbras

3. 2. Les châteaux

L’espace boisé formé des massifs du bois Notre-Dame, de Grosbois

et de La Grange se situe en limite orientale du royaume de France et

des terres du comté de Champagne 21 . Il est traversé par un important

axe commercial reliant Paris à Brie-Comte-Robert. A travers les sources

historiques, un réseau de « châteaux » (mottes féodales, donjon, tour),

signe d’une main-mise seigneuriale forte, est apparu. Cet ensemble

défensif peut peut-être être rattaché à un morcellement seigneurial

mais aussi à une ligne de protection des frontières du royaume. Dans la

partie Sud, on trouve la mention ou bien les vestiges de ces différentes

structures : Grosbois à Boissy-Saint-Léger 22 , les sites de la « motte » et

de Grattepeau à Santeny 23 , et la « Tour de Ganne » à Brunoy 24 , et à l’Est

la Folie-Montéty à Pontault-Combault, la Grange Bel-Air à Férolles-Atilly,

« les ruines du château des Buttes » à Chevry-Cossigny 25 , la Petite-Pointe

à Ozoir-la-Ferrière 26 , et le donjon de La Queue-en-Brie 27 (Figure 8).

Figure 8, cartographie des ouvrages défensifs seigneuriaux

21

Le comté de Champagne rejoint le

domaine royal en 1314.

22

CIPRUT (E.), 1967, p. 131-189 ;

Archives nationales, (désormais

Arch. nat.), Minutier central, XIX,

liasse 335, dans le devis d’ouvrages

concernant le domaine de Grosbois,

il est fait mention d’une « motte »,

vestige probable d’une ancienne

structure défensive.

23

Archives départementales de

l’Essonne, (désormais Arch. dép.

Essonne), A 1132 ; SENEE (A.), 1996,

p. 3-4.

24

Arch. nat., NI Seine-et-Oise 24.

25

Arch. dép. Seine-et-Marne, 135F

104.

26

Arch. nat., NIV Seine-et-Marne

30.

27

Association Caudacienne d’Etude

des Patrimoines.

28

Arch. dép. ’Essonne, A 890.

A Grosbois, la présence d’un habitat, probablement un simple

hameau, regroupant quelques maisons, est attestée au moins jusqu’au

XVIe siècle. Raoul Moreau, propriétaire du manoir et parc de Grosbois,

achète plusieurs maisons et fermes au « village de Grosbois », et

une centaine d’arpents de terre et quelques prés 28 . Une chapelle est

mentionnée au XVe siècle. Cet habitat disparaît, probablement au cours

de la seconde moitié du XVIe siècle, et seule la chapelle demeure.

14


l’homme et la foret


L’Homme et la foret

L’homme et la forêt

I – L’é v o l u t i o n d u m a s s i f f o r e s t i e r e t d e s o n

o c c u pat i o n

1. Les premiers défrichements

Les premières traces de défrichements apparaissent

vraisemblablement au cours du néolithique. Avec la période galloromaine,

la demande en bois s’accélère, notamment pour la réduction

du minerais de fer du site des « Marnières » à La Queue-en-Brie. Les

découvertes d’habitats sur les communes de Santeny, Servon et de

Lésigny laissent à penser l’existence de plusieurs voiries desservant ces

constructions. La mise en place de ces axes de circulation a nécessité

automatiquement un déboisement, tout comme la mise en culture

d’espaces agricoles.

La vallée moyenne du Réveillon, où ces toponymes sont plus rares

et où le village de Servon ne renferme pratiquement pas de bois, semble

pour cette raison la cellule initiale de la vie agricole. Santeny et Lésigny

qui flanquent Servon semblent les deux premiers bourgeonnements

de la clairière gauloise à l’époque romaine. L’archéologie apporte

quelques informations supplémentaires sur les activités humaines.

Des foyers ayant servi à la réduction de minerais de fer, attribués à la

période gallo-romaine, ont été trouvés sur la commune de La Queue-en-

Brie. La construction de l’habitat a nécessité du bois, comme le montre

les coffrages de puits mis au jour à « l’arpent Ferré » à Servon, et les

nombreux trous de poteaux dégagés à Santeny et attribués au Xe-XIe

siècle (Figure 9).

Ferme gauloise (Parc

archéologique de Samara)

Maison médiévale, Xe-XIe siècle

(Charavines, lac Paladru)

Figure 9, continuité architecturale (Ier s. av. J.-C. au Xe-XIe s. ap. J.-C.)

Cependant l’usage du bois ne se limite pas aux constructions

puisque, comme le montre le mobilier archéologique, de la vaisselle

(bols, écuelles, cuillères) a été fabriquée en bois. Les habitants produisent

eux-mêmes les outils nécessaires à leurs activités : travail du bois,

filage et tissage. L’osier, présent dans les zones humides, est récolté

et transformé en paniers, nattes. Le fort besoin en bois a probablement

contribué à une évolution des espèces forestières dès l’implantation de

communautés villageoises. Des clairières ont été créées pour le pâturage

16


l’homme et la foret

des troupeaux et l’implantation des bâtiments.

Les extensions des domaines entre les Ier et VIIIème siècles

se sont poursuivis aux dépens de la forêt.

Selon Michel Roblin, le défrichement s’est opéré de chaque côté

du Réveillon, mais il s’est arrêté très vite vers le Sud-Est, à cause de la

proximité d’autres domaines déjà constitués. Les domaines ont donc

progressé vers le Nord-Ouest aux dépens de la forêt, et les terroirs les

plus importants sont encore aujourd’hui ceux qui sont les plus boisés. Le

défrichement fut très lent et la plupart des lieux habités vers le VIe siècle

portent des noms indiquant qu’ils furent à l’origine, et déjà cependant à

l’époque romaine, de simples essarts environnés de bois ou de landes :

Marolles, Férolles, Attilly et Chevry.

2 . La période médiévale et la main mise des religieux sur

la forêt.

2. 1. Les premiers établissements religieux

Possesseurs de vastes patrimoines ligneux, les établissements

religieux semblent être à l’origine d’une première prise en main des

forêts.

Le massif forestier n’apparaît dans les textes qu’à partir du VIIe

siècle avec la donation de Clovis II à l’abbaye de Saint-Maur-des-Fossés de

la seigneurie de Boissy-Saint-Léger dont dépend le domaine du Piple 29 .

A partir du IXe siècle, les chanoines de la cathédrale de Paris

reçoivent du comte Etienne de Paris tous ses biens dont les bois qu’il

avait en une terre appelée « Sulciacus » 30 .

Au début du XIIe siècle, l’évêque de Paris cède au monastère

clunisien de Saint-Martin-des-Champs les terres de Marolles où l’abbaye

implante un prieuré 31 .

En 1190, Philippe Auguste, afin de se constituer un domaine

de chasse dans le bois de Vincennes indemnise de la perte de droits

d’usages l’abbaye de Saint-Victor-de-Paris en lui cédant un bois appelé

« Gros-Bois », situé entre Marolles et Villecresnes 32 .

2. 2. Les nouveaux ordres religieux

A la recherche d’un isolement géographique, c’est-à-dire d’un

« désert », de nouvelles congrégations religieuses s’établissent dans le

massif forestier ou bien en limites.

Les cisterciennes d’Yerres s’installent dans les années 1130 en

bordure du Réveillon à l’extrémité sud de l’espace boisé. Les seigneurs

laïcs limitent parfois les droits d’usages des religieux. Ainsi, l’abbaye

d’Yerres, au début du XIIe siècle, reçoit seulement le droit de prendre

du bois dans la forêt proche de Brunoy et la liberté de porter la charge

de deux ânes pour le chauffage de la communauté 33 .

A Lésigny, des ermites fondent dans la forêt un monastère à

Monthéty vers 1170. Cet établissement, souffrant d’un important manque

d’eau, et tombant en ruines, est rattaché à l’abbaye d’Yverneaux de

l’ordre augustinien vers 1218 34 .

Plus tardivement, vers les années 1290, les templiers prennent

possession du terroir de Santeny 35 . Cet ordre militaire doit procéder par

des achats pour se rendre maître de ce secteur géographique. Guillaume

dit Bataille, seigneur de Villemenon, vend aux templiers pour la somme

de 1000 livres parisis ce qu’il possède en biens à Santeny. En 1292, les

moines soldats achètent au même individu le manoir de Santeny pour

690 livres parisis. Cette vague d’acquisition s’achève trois ans plus tard

29

PIERART (Z.-J.), 2003 (réédition),

Paris, p. 387.

30

Arch. nat., S 388 ; WEISS (ch., E.),

2005 (réédition de 1951), p. 32 ;

NOEL (V.), 1999, p. 23 ; NOEL (V.),,

2003, inédit, p. 25.

31

Arch. dép. Essonne, A 1110 ;

PIERART (Z.-J.), 2003 (réed. 1876),

tome II, p. 445. Le monastère de

Saint-Martin-des-Champs est fondé

dans les années 1059.

32

DEREX (J.-M.), 1998, p. 48.

L’abbaye de Saint-Victor-de-Paris est

fondée en 1108.

33

PIERART (Z.-J.), 2003 (réed. 1876),

tome II, p. 401.

34

LEBEUF (Abbé), 1883, p. 364.

35

Arch. dép. Essonne, A 960.

36

MANNIER (E.), 1872, p. 26.

17


L’Homme et la foret

par l’achat de 19 arpents de bois au Chêne Gaillard 36 .

Un dernier établissement religieux apparaît au cours de la première

moitié du XVIIe siècle : il s’agit du couvent des Camaldules qui est édifié

dans les bois appartenant à Charles de Valois, duc d’Angoulême 37 .

2. 3. La formation du patrimoine forestier

La noblesse locale dote les monastères de cantons de

bois, contribuant ainsi à un partage du massif entre les divers

établissements religieux. Afin de gérer leur bois, les différents

établissements religieux implantent des fermes dans le massif forestier

ou en lisières.

Dans les premiers temps, la forêt Notre-Dame sert essentiellement

pour l’approvisionnement et le chauffage de la communauté du chapitre

Notre-Dame 38 . A la fin du XVe siècle, le chapitre Notre-Dame fait défricher

plusieurs parcelles, implantées sur le territoire de La Queue-en-Brie,

le long des chemins de Paris 39 , de Brie-Comte-Robert, vers le lieu-dit

« Champlain », l’Hermitage, c’est-à-dire les terres voisines de terroirs de

Noiseau et Ormesson 40 .

En 1488, le chapitre de Notre-Dame loue à un marchand de

Marolles, Raoulet Letellier, 100 à 120 arpents de prés, terres en friches,

haies, bois et buissons, dénommés « les bois du chapitre de Paris » et

« les écrues du bois Notre-Dame », situés au sud du territoire de La

Queue-en-Brie, probablement en bordure de Sucy et de Noiseau. Les

limites de « confront » permettent une localisation plus fine : entre « le

bois des Bruyères », tenant d’un côté « le fossé des bois Notre-Dame »,

« Champfeste 41 », « le closeau Chenart », d’un autre côté et par le haut

« aux Hayes Franches ». Raoulet Letellier doit défricher la première

année une trentaine d’arpents et construire une habitation dotée d’une

grange et d’une étable, puis tous les deux ans seize arpents 42 .

Saint-Maur-des-Fossés aménage son manoir du Piple afin de

gérer les 7 arpents de son parc ainsi que la centaine située dans la forêt

voisine 43 .

Les moniales d’Yerres possèdent toute la partie sud-ouest

du massif, c’est-à-dire le Bois de la Grange où elles installent un

établissement agricole, appelé « une grange », afin de mettre en valeur

leur patrimoine 44 . Les augustins construisent deux structures agricoles à

Lésigny, l’une à « La Jonchère » et l’autre au « Buisson » 45 (Figure 10).

37

Arch. dép. Essonne, 26H 1.

38

Arch. nat., S 394.

39

Actuelle nationale 4.

40

Arch. nat., S 401.

41

Ce lieu-dit est également appelé

« Champ Fêtu ».

42

Arch. nat., S 401.

43

Arch. nat., LL 48, f° 79.

44

Arch. dép. Essonne, 63H 1,

inventaire de l’abbaye d’Yerres,

tome 1, 1780. Ce massif était

composé des bois suivants : le

« bois Blanchard », le « bois Pavé »,

le « bois du Regard », le « bois

de la Taupinette », le « bois de la

Gruette », le « bois du Griffon » et le

lieu-dit « la garenne ».

45

Arch. dép. Seine-et-Marne, H 140.

Figure 10, le patrimoine forestier des établissements religieux

Il est possible de saisir la formation d’un patrimoine boisé

18


l’homme et la foret

à travers les chartes du prieuré de Marolles, dépendant de l’abbaye

de Saint-Martin-des-Champs. Dans l’acte de 1117, Saint-Martin-des-

Champs reçoit de l’évêque de Paris « tout ce que ce dernier possédait à

Marolles, en terres, hôtes, cens, bois, justice, domaine, voirie et tous les

fiefs tant en terres que bois ainsi qu’à Chevry, et à Mandres » 46 . Cette

donation est complétée à la fin du XIIe siècle par la moitié des bois de

« Doncis » 47 . Au début du XIIIe siècle, le patrimoine forestier du prieuré

de Marolles se compose de la moitié du bois de Brévannes, de « la grande

forêt » située près de Marolles, du bois dit « bois Germain », et d’un

bois appelé « le Limets ». En 1265, il faut ajouter le bois de Marolles,

appelé vulgairement le bois du Périer puis le bois de la Brosse, localisé à

proximité du parc de Grosbois [dans son étendue de 1576] et une partie

du bois de Pierre de l’Epine 48 . Les religieux de Marolles s’engagent à dire

une messe du Saint-Esprit, durant la vie des donateurs et à leur décès,

chaque année, une messe pour le repos de leur âme 49 .

L’extrémité Nord-Est de la forêt reste dans la main mise de

seigneurs laïcs, comme les Blanchet dont le domaine s’étend de La

Queue-en-Brie à Pontault-Combault 50 .

La toponymie permet de compléter les données historiques. A

l’extrémité Est du bois Notre-Dame, il existe un lieu-dit « les essarts »,

non loin de la Garenne de Pontillault, c’est-à-dire une terre nouvellement

défrichée.

3. Les grands domaines

A partir du XVIIe siècle, quelques grandes propriétés, situées

en limite forestière, s’agrandissent en intégrant dans leurs murs

des pièces de bois et des chemins.

Charles de Valois, duc d’Angoulême, réunit à son parc de

Grosbois les bois du prieuré de Marolles. A La-Grange-du-Milieu, le sieur

Gaudion, un siècle plus tard, incorpore dans son domaine l’ancien chemin

longeant les douves 51 . Dans le jardin de Lésigny, un nombre important

de buis, dits « buis de Soissons », sont plantés. La superficie des parcs,

au début du XVIIIe siècle, varie désormais entre 99 arpents, soit environ

34 hectares, pour celui de La-Grange et 1300 arpents, soit environ 445

ha, pour Grosbois 52 . Ces domaines s’inscrivent dans le paysage forestier,

avec la mise en place de grandes allées, des avenues, contribuant à la

création de nouvelles perspectives. Les nouveaux massifs intégrés dans

les parcs, que se soit au Piple ou bien à Grosbois, offrent des milieux

semblables à ceux de la forêt.

En 1719, le Piple présente un parc de 200 arpents, soit environ

68 hectares, dans lequel sont signalées de nombreuses allées, plusieurs

pièces d’eau alimentées par des fossés venant des Bruyères. Aux 120

arpents, soit environ 41 hectares, de bois taillis de haute futaie et de

baliveaux, il faut ajouter 78 arpents, environ 27 hectares, de milieux

ouverts formés de terres labourables (froment, seigle et avoine) 53 . A

Grosbois, les mêmes paysages existent : les taillis cohabitent avec les

prés et les pâturages ou avec les bruyères et les friches. Les domaines

du Piple et de Grosbois ont fait partie pendant quelques années d’une

même seigneurie formée au XVIe siècle par Nicolas de Harlay de Sancy,

seigneur de Grosbois et de Boissy puis tenue par Charles de Valois, duc

d’Angoulême. Par la suite, ce dernier vend le Piple et ne conservera

que Grosbois. Au XVIIIe siècle, des bâtiments et une grange côtoient le

pavillon édifié à côté de la porte dite du Piple, à l’extrémité Nord-Ouest

du parc de Grosbois 54 .

46

Arch. dép. Essonne, A 1110,

cartulaire du prieuré de Marolles,

1117-1584.

47

Arch. dép. Essonne, A 1110.

48

Arch. dép. Essonne, A 1110,

cartulaire du prieuré de Marolles,

1117-1584.

49

Arch. dep. Essonne, A 1110 et A

1178.

50

Arch. nat., P 28 3 .

51

Arch. dép. Essonne, A 891.

52

Arch. nat., S 1862.

53

Arch. nat., S 1862.

54

Arch. nat., S 1862.

19


L’Homme et la foret

3. 1. Le Piple

Charles de Valois, acquéreur du domaine en 1611, a rassemblé

en un seul ensemble le bois du Piple, de 14 à 17 hectares, la partie

agricole et les habitations 55 . Il le vend vingt-cinq ans plus tard à Jean

Gaudard, conseiller au Parlement. Le domaine du Piple se compose en

1634, « de bâtiments et masures, de cours et jardins, d’un colombier ».

Aux constructions, il faut ajouter des étangs et 74 arpents, environ 25

hectares, de bois taillis dans lesquels se trouvent 10 arpents, environ 3

hectares et demi, de terre « qui est la place de la masure qui était dedans

jadis ». Le domaine est traversé par des allées et des fossés. A l’extérieur,

24 hectares composés de pâturage et de broussailles forment un clos,

ceinturé de petits fossés et de haies 56 . Au début du XVIIIe siècle, Le Piple

se compose d’une grande basse cour fermée de murs, dans laquelle on

aperçoit un puits, des granges, des écuries, une remise à carrosse, un

grand colombier, les vestiges d’une vieille tour ainsi qu’une fontaine.

En quittant la première cour, on entre dans un espace en demi-cercle,

également clos de murs, dans lequel on voit à droite le bois, desservi

par une allée de jeunes noyers, et à gauche le château, entouré de petits

fossés, et accessible par un pont-levis. Des jardins ont été établis de

part et d’autre de cette cour. Une serre servant pour la préservation des

oranges est également mentionnée dans cet espace. La coupe des bois

est faite tous les 18 ans dans les 120 arpents de bois (taillis de haute

futaie et baliveaux) 57 . La propriété à cette date appartient à François

Alphonse Henault de Cantobre. Au début du XIXe siècle, Charles Louis

Schumeister de Meynau, « espion de Napoléon », installe dans le parc

une brasserie, une tuilerie et des fours à chaux. Pour le fonctionnement

de ces différentes industries, il est fort probable que Schumeister ait

utilisé les matériaux de son domaine : argile et bois. Pour la brasserie,

du bois et de l’eau sont nécessaires et on peut envisager des plantations

d’orge plus importantes. La famille Hottinguer en devient propriétaire

en 1819. Henri Hottiguer, maire de Boissy-Saint-Léger fait agrandir le

château, vers 1850, par l’architecte Phidias Vestier. Actuellement, le

domaine couvre une superficie de plus de 113 hectares 58 .

3. 2. Le parc de Grosbois

55

Arch. nat., S 1862.

56

Arch. nat., S 1862.

57

Arch. nat., S 1862.

58

http://assoc.pagespro-orange.fr/

saintleger20/region4/94.cppiple.

htm.

59

Arch. dép. Essonne, A 890 et A

891 ; Arch. nat., S 1862.

60

WEIGERT (R.-A.), 1962, p. 190 ;

Arch. nat., Minutier central, étude

LXXII, liasse 10.

61

Renseignements communiqués

par Aurélia Rostaing ; Arch. nat., Z 1J

456.

62

Arch. nat., Z 1J 533.

63

Arch. nat., 173bis AP 102.

Le parc de Grosbois est agrandi au XVIIe siècle avec l’acquisition de

bois au nord et à l’est 59 . Le duc d’Angoulême charge, en 1640, l’ingénieur

et architecte Jean Thiriot d’établir un grand perron pour desservir les

parterres 60 . Cinquante ans plus tard, Achille de Harlay de Sancy, premier

président au Parlement, nouvel acquéreur constate le mauvais état des

parterres qui se présentent alors sous forme de « compartiments ». Les

aménagements du parc se présentent d’une manière assez confuse 61 . En

1718, le financier Samuel Bernard en devint le maître. Le jardin, à cette

date, se compose de deux grandes pièces de parterre en broderie et de

platebandes de buis avec des arbustes. Une grande allée en terrasse

est visible entre le château et le parterre, avec une descente en fer à

cheval. Des platebandes et plusieurs arbustes forment un boulingrin,

de nombreuses allées desservent le jardin. Des potagers sont aménagés

de chaque côté des parterres 62 . On trouve alors dans le parc et jardin

de Grosbois : orangers, « balatiers », citronniers, bergamotiers, cèdres,

grenadiers, mirthe et autres arbres et fleurs 63 (Figure 11).

20


l’homme et la foret

Figure 11, les jardins de Grosbois, 1706.

(Archives départementales de la Seine-et-Marne, E 195)

Le domaine, après être passé dans les mains de plusieurs

propriétaires, appartient de 1776 à la Révolution, au comte de Provence,

frère du roi Louis XVI et futur Louis XVIII. A la fin du XVIIIe siècle, une

patte d’oie mène à la grille suivie d’une longue allée conduisant au

château 64 . Le parterre, entouré d’eau sauf du côté du château, se termine

par une grande pelouse décorée d’arbres en boules. Le thème de la

chasse est présent dans deux sculptures entourant les boulingrins : la

première représente un chasseur qui prend un lion dans ses filets et la

seconde figure un athlète qui dompte un ours 65 . Le parc contient plus de

1700 arpents, environ 581 hectares, de terres labourables, de vignes,

de futaies et de bois taillis 66 . On aperçoit à proximité du château une

orangerie et de vastes potagers, ainsi qu’une faisanderie (Figure 12).

Figure 12, le parc de Grosbois sous le comte de Provence

(Arch. dép. Val-de-Marne, 2J 21)

64

DEZALLIER d’ARGENVILLE (A.-J.),

1747, p. 351.

65

DEZALLIER d’ARGENVILLE (A.-J.),

1747, p. 353.

66

DEZALLIER d’ARGENVILLE (A.-J.), p.

353.

21


L’Homme et la foret

Avec l’acquisition de la propriété par la famille Wagram au début

du XIXe siècle, les jardins subissent quelques transformations, une

faisanderie est construite au nord du château. Les abords de la demeure

sont dégagés afin de retrouver les perspectives du XVIIIe siècle, des

charmilles sont édifiées le long de la grande percée centrale, des sources

sont captées afin d’alimenter le miroir d’eau au pied du château, des

peupliers d’Italie sont plantés dans les allées 67 . Par peur d’un manque de

bois, il est ordonné au XVIIIe siècle aux propriétaires de terrains riverains

d’une grande route royale de la border d’ormes, de hêtres et d’arbres

fruitiers. Les plantations doivent souligner le tracé d’une route et surtout

le fixer tout en répondant au souci du gouvernement royal de multiplier

les arbres, tant forestiers que fruitiers. Les arbres composant les allées

qui desservent Grosbois sont connus grâce aux marchés effectués avec

les marchands de bois 68 . Les quatre allées partant de l’Etoile de Bellevue,

les deux allées partant de la poste de Grosbois (ensemble de bâtiments

se trouvant à droite de l’entrée du domaine de Grosbois) ainsi que les

deux allées partant de la grille de Grosbois sont formées de 623 ormes

et de 42 châtaigniers. Il faut également ajouter les 122 ormes, 56 frênes,

3 châtaigniers, 5 tilleuls et les 3 sauvageons bordant la pièce de bois de

la Garenne 69 . Des coupes sont aussi faites dans les allées à l’intérieur du

parc, notamment celles se trouvant au Sud et à l’Est du château. Vers

1788, l’ensemble des ormes, c’est-à-dire 1082, formant ces huit allées,

doit être coupé 70 . Il est mentionné la présence d’un « saut de loup »,

également dit « Ha-Ha », dans le prolongement de l’allée Nord-Sud,

conduisant de la terrasse aux Bruyères de Grosbois et formant un point

de vue sur le bois Notre-Dame 71 . Au début des années 1790, les massifs

de bois à l’Ouest du parc de Grosbois se composent essentiellement de

chênes 72 .

67

ROSTAING (A.), Recherches

inédites.

68

Arch. dép. Essonne, B 312.

69

Arch. dép. Essonne, B 312.

70

Arch. dép. Essonne, B 312.

71

Arch. dép. Essonne, B 312.

72

Arch. dép. Yvelines, IVQ 7.

73

Arch. dép. Yvelines, IVQ 7.

74

QUELLIER (Fl.), 2003, p. 64.

75

QUELLIER (Fl.), 2003, p. 94.

76

QUELLIER (Fl.), 2003, p. 95.

77

QUELLIER (Fl.), 2003, p. 95.

78

PELT (J.-M.), 1994, p. 57-58.

En 1792, l’inventaire des biens du comte de Provence décrit les

différentes espèces d’arbres présentes dans les potagers du château. Ils

contiennent 1750 poiriers greffés, 2400 cognassiers, 700 pommiers, 900

pommiers Paradis, 250 autres poiriers greffés, 2850 poiriers sauvageons,

18660 boutures de Paradis, 1000 amandiers, 2350 pruniers sauvageons,

600 merisiers, 350 groseilliers, 2000 mûriers blancs, 250 épines, 1788

épines de Sibérie, 80 lauriers et 400 églantiers 73 . L’importance des

poiriers peut sans doute s’expliquer par la consommation possible de ce

fruit tout au long de l’année 74 . Les cognassiers et les merisiers peuvent

servir pour la greffe de fruits, comme la poire pour le cognassier et

le raisin pour le merisier 75 . La proximité de la forêt est un élément

important pour le développement des pépinières. Pour exemple, une des

pommes les plus consommées en Ile-de-France est la pomme de Bondy

dont le nom pourrait provenir du massif forestier voisin 76 . Ainsi si les

traités d’arboriculture préconisent, pour former une bonne pépinière, de

planter « de jeunes poiriers, pommiers, (et) merisiers levés dans les bois

avec de bonnes racines », les jardiniers eux, « plantent des pépinières de

pétraux {…], poiriers et pommiers sauvageons qu’ils vont chercher dans

les bois » 77 . C’est aussi en forêt que des variétés sauvages ont pu être

sélectionnées telle le poirier : 2850 poiriers sauvageons sont inventoriés

dans les potagers du château. Le groseillier serait directement issu des

forêts sans qu’il soit nécessaire de le greffer 78 . La forêt fournit aussi

aux marchands les feuilles permettant de protéger les fruits lors du

transport vers les marchés urbains. Pour amortir des chocs pouvant

abîmer les fruits, des feuilles tapissent l’intérieur des paniers, elles

servent également de protection contre les intempéries en formant un

couvercle sur le panier.

22


l’homme et la foret

En 1792, les fruits du domaine de Grosbois sont vendus aux

enchères. La récolte des 500 châtaigniers situés le long de la route allant

de la grille de Grosbois à Yerres est acquise par un dénommé Debrienne

de Santeny. Les récoltes du parc de Grosbois, couvrant une superficie

d’un peu plus de 40 hectares, sont également estimées avant d’être

mises aux enchères (Tableau 2) 79 .

Localisation (proximité)

Blé

(ha)

Avoine

(ha)

Seigle

(ha)

Orge

(ha)

Vesse

(ha)

Luzerne

(ha)

Foin

Non

indiqué

(ha)

Auberge de Grosbois 10,26 1,50

Quinconce de la route de

Brie

2,05

Porte de la route de Brie 1,71 1,71

Allée des Peupliers

Porte de la ferme 3,42

Allée tournante 5,47

Chaussée de Brie 2,40

Etang de Marolles 1,71

Porte de la route de

Marolles

2,40

Marnière de Marolles 0,69

Parc devant le château 0,69

Entrée du parc 0,60

Allée de Brie 0,35

Avant-cour du château 0,35 0,37

Fontaine du parc

*

3,42

Boulingrin 1,20

Total 14,02 13,3 1,71 3,42 0, 70 4,92 2,17

Tableau 2, récoltes du parc de Grosbois, 1792 (Arch. dép. Yvelines, IVQ 7)

Un an plus tard, deux experts sont nommés pour lever les

plans et procès-verbaux des biens du comte de Provence 80 . Il est même

projeté de diviser le parc de Grosbois en 600 lots afin de le vendre 81 .

Sous Fouché, à l’extrême fin du XVIIIe siècle, les fossés du château

servent de potagers 82 . Au XIXe siècle, la princesse Elisabeth, veuve du

maréchal de Wagram, afin d’embellir le domaine, poursuit la politique

d’expérimentation pratiquée dans les jardins et vergers de Grosbois.

Elle commande régulièrement des graines de navets, pois, choux, choux

de Bruxelles, choux-fleurs, asperges, cardons et fait planter des arbres

fruitiers, figuiers, poiriers (130 en 1823), pêchers, abricotiers, cerisiers

ou encore arbres à bergamote, livrés par les meilleurs fournisseurs,

comme le pépiniériste de Monsieur, frère du Roi 83 .

79

Arch. dép. Yvelines, IVQ 7.

80

Arch. dép. Essonne, L 11.

81

Arch. dép. Yvelines, IVQ 7.

82

Arch. nat., 173bis AP 95.

83

LALLIARD (Fr.), 2002, p. 139.

23


L’Homme et la foret

4. La mise en défense du camp retranché de Paris

La mise en défense du Camp retranché de Paris a également

entraîné d’importantes modifications de l’espace boisé au début du

XXe siècle.

Les militaires ont élaboré plusieurs plans concernant la protection

de la capitale. Ainsi en 1904, dans le plan XV, sont recensés les

déboisements défensifs prévus dans la région du Sud-Est. Il est projeté

une « large coupure dans le bois Notre-Dame, prolongeant la ligne

Villecresnes-Marolles depuis la porte de Lésigny (domaine de Grosbois),

dans la direction Marolles-Noiseau ». Ce déboisement doit s’étendre

jusqu’au Carrefour des Huit-Routes 84 (Figure 13).

Figure 13, photographie aérienne, bois des Friches, 1949

(IGN)

5. La création de lotissements

La croissance urbaine a contribué à la création de lotissements,

essentiellement populaires.

Des projets naissent au début du XXe siècle mais n’aboutissent pas,

faute d’accord entre les propriétaires. Le prince de Wagram s’oppose

en 1900 à la construction d’un lotissement dans les Bois de La Grange,

à côté de Grosbois, afin de préserver la perspective de son château 85 .

Après la Première Guerre Mondiale, l’urbanisation se développe dans les

communes bordant l’espace forestier. A Boissy-Saint-Léger, en 1920, la

Société du Bois Notre-Dame, qui deviendra ensuite la Société Immobilière

de Boissy-Saint-Léger, achète le terrain du Bois Clary pour le lotir. De

nouvelles routes sont ouvertes et le bois est divisé en 656 lots 86 (Figure

14).

84

Service Historique de la Défense,

désormais indiqué Serv. Hist.

Défense, 7N 1877.

85

NICOL (J.-P.), 1996, p. 39.

86

GUILLEMARD (R.), 1992, p. 113.

24


l’homme et la foret

Figure 14, lotissement du Bois Clary, début XXe siècle

(collection particulière)

Du côté de Sucy-en-Brie, l’urbanisation du plateau et des Bruyères

débute à la même période. Sur les terrains vides des Bruyères, une

première parcelle est découpée en 281 lots. Toutefois, des protestations

apparaissent très vite car les écoles, peu nombreuses, sont jugées trop

lointaines (1600 m) pour les enfants habitant « au milieu des bois » 87 .

Les habitations correspondent plus à des maisonnettes et elles sont

souvent construites en briques plutôt qu’en pierres, voire même en

bois. En 1930, il est recensé dans le lotissement Notre-Dame seulement

49 constructions en dur sur 98 88 . L’eau courante n’étant pas installée,

les habitants creusent des puits dans leur propriété. La découverte dans

la parcelle 28 du Bois Notre-Dame des vestiges d’une structure bâtie à

proximité d’un ancien puits peut rappeler ces constructions du début

du XXe siècle.

6. Les routes

Au début du XVIIe siècle, le duc d’Angoulême, fils illégitime de Charles

IX, fait empierrer les chemins et tracer de nouvelles avenues dans ses

bois 89 . Au siècle suivant, des barrières sont placées sur les chemins

privés 90 . Une nouvelle route est ouverte dans le « bois Clos », en 1748,

afin de relier le village de Crosne au chemin de Villeneuve-Saint-Georges

à La-Grange-du-Milieu. Ce nouvel axe traverse également « les Uselles

de Crosne » 91 . En 1786, des allées sont faites dans le « Buisson Notre-

Dame » par le duc de Penthièvre afin de faciliter la chasse. Ce canton

de bois se trouve au sud du bois des Marmousets 92 . En 1888, il est fait

mention de « toutes les allées et routes créées par le prince de Wagram »

aux Camaldules et à Notre-Dame 93 .

7. L’attrait de la forêt

Le massif forestier a bénéficié à partir de la seconde moitié du XIXe

siècle de l’intérêt des peintres attirés par ces nouveaux lieux de loisirs,

tout comme des parisiens et des habitants des communes voisines qui,

à partir de la mise en place de la ligne ferroviaire dans les années 1870,

viennent s’y promener le dimanche et se restaurer dans les différents

relais et buvettes établis en lisières est et ouest du massif forestier

(Figure 15).

87

CARROT (G.), 2001, p. 110.

88

CARROT (G.), 2001, p. 131.

89

PIERART (Z.-J.), 2003 (réed. 1876),

tome II, p. 390.

90

Arch. nat., Z1 e 309 à Z1 e 311.

91

Arch. nat., S 7020.

92

Arch. nat., 173bisAP 371.

93

Arch. nat., 173bisAP 368.

25


L’Homme et la foret

Figure 15, cartes postales des buvettes de Boissy et de Villecresnes

(Arch. dép. Val-de-Marne)

7. 1. Les peintres

-Gustave Caillebotte, seconde moitié du XIXe siècle : allée du

Grand Ah-Ah !; chemin du sous-bois à Yerres

-Rouard, fin XIXe-1912, peintre de La-Queue-en-Brie

7. 2. Le chemin de fer

Le prolongement de la ligne la Bastille-la Varenne en direction de

la commune de Verneuil-l’Etang dans la Seine-et-Marne débute en 1867.

Cependant quelques riverains s’opposent à son tracé et ralentissent

fortement le projet 94 : le prince de Wagram, afin de préserver ses terres,

impose ainsi deux grandes courbes : l’une au niveau du Bois de la

Grange, et l’autre dans la plaine de Mandres 95 . Le train arrive à Sucy-en-

Brie en 1872, la gare de Boissy-Saint-Léger est ouverte au public deux

ans plus tard, et en 1875, la section comprise entre Boissy et Brie-Comte-

Robert est mise en service. Cependant, ce n’est qu’à partir de 1897 que

des wagons de marchandises seront accrochés en queue de certains

trains. Les roses sont ainsi livrées aux Halles de Paris. La commune de

Mandres compte en 1911, 21 rosiéristes et elle ne prendra d’ailleurs le

nom de Mandres-les-Roses qu’à partir de 1954. A Boissy-Saint-Léger,

Henri Vacherot introduit la culture de l’orchidée dans son établissement

d’horticulture, déjà réputé pour ses œillets. A partir de 1913, avec

son gendre Maurice Lecoufle, il développe les techniques de culture et

contribue fortement à la démocratisation de l’orchidée 96 .

94

LALLIARD ( (Fr.), 2006-18/19, [en

ligne : http://ruralia.revues.org/

document1141.html].

95

NICOL (J.-P.), 1996, p. 38.

96

D’après http://www.topic-topos.

com/d-val-de-marne_cc-haut-val-demarne_obj-94040132_132_14

26


l’homme et la foret

II – L’e x p l o i tat i o n d e l a f o r ê t

1 . Le peuplement forestier et son exploitation

1. 1. Les essences

Au travers des divers documents d’archives, il est possible de

constituer deux sous-groupes dans les arbres nommés. Le premier

correspond aux essences les plus fréquemment relevées, soit les essences

majeures. Le second inclut celles dont la représentation demeure plus

discrète. Dans le premier, on trouve donc le chêne, le frêne et le hêtre.

Dans le second, s’inscrivent le bouleau, l’aulne, le charme, le saule et le

tilleul, accompagnés des fruitiers tels le poirier et le pommier.

Cependant, de nombreuses espèces d’arbres ne sont jamais

citées dans les textes, pas toujours du fait de leur rareté mais bien

plutôt pour leur rôle négligeable dans les diverses relations qu’entretient

l’homme avec elles. Les sources écrites ne sont donc pas un miroir

environnemental fidèle.

De plus, la mention de certaines espèces végétales n’est pas

attestée par les sources écrites bien que celles-ci aient été présentes.

C’est le cas de la fougère utilisée dans l’industrie de la verrerie. Il en est

de même des buissons et des épineux qui apparaissent seulement dans

la toponymie « le buisson » à Lésigny.

Les forestiers constatent au cours du XVIIIe siècle une véritable

déroute du hêtre, accompagnée parfois de la régression du chêne.

Ils remarquent la substitution d’essences secondaires, souvent moins

appréciées, comme le tremble, le frêne, le bouleau ou le charme. Ils sont

confrontés à une évolution régressive des peuplements qui témoigne de

déséquilibres écologiques bien réels, voire d’un appauvrissement des

sols 97 .

Les archives du marquisat de Grosbois apportent quelques

informations complémentaires, notamment sur les essences 98 .

Pour exemple, en 1750, Louis Germain Chauvelin, ministre d’Etat,

vend à Jean Cousin, marchand de bois de Brie-Comte-Robert, 70 arpents

de taillis de chênes situés aux environs des Camaldules, « en plusieurs

cantons tant pleins que vuides », à la condition que le marchand laisse

16 baliveaux par arpent de l’âge des taillis 99 . Une nouvelle clause

apparaît dans ce document : Jean Cousin, pour la vidange, doit se servir

uniquement des routes qui lui ont été désignées 100 . L’année suivante,

c’est un marchand de Montreuil qui prend la coupe de 42 arpents de

bois taillis de chêne, situés à « la Grande et à la Petite Touffe », au nord

de Santeny 101 . La même année, Gabriel Vincent, marchand de bois à Issy

prend les 30 arpents formant le bois d’Auteuil à Villecresnes (Figure

16) 102 .

97

BURIDANT (J.), 2004, p. 218.

98

M. Chauvelin, garde des Sceaux,

obtient en 1734, des lettres patentes

du roi Louis XV, qui érigèrent en

marquisat sous le titre de Grosbois,

les terres de Grosbois, de Boissy-

Saint-Léger, de Cersay, d’Yerres, de

Santeny et de Marolles. Ce marquisat

sera uni à Brunoy en 1777, sous le

titre de duché-pairie de Brunoy.

99

Arch. dép. Essonne, A 891.

100

Arch. nat., S 394. en 1629,

le prévôt de Sucy avait exigé le

rétablissement du chemin de Sucy à

Yverneaux et surtout une largeur de

6 m afin de permettre la circulation

des chariots.

101

Arch. dép. Essonne, A 891.

102

Arch. dép. Essonne, A 891.

27


L’Homme et la foret

Figure 16, coupe dans les bois de la Touffe à Santeny

(Arch. dép. Essonne, A 1117)

La toponymie apporte quelques informations complémentaires

sur la flore présente dans le massif forestier. Plusieurs chemins portent

le nom d’une espèce : chemin du Tremble, du Coudrier, des Charmes,

du Lierre, des Jacinthes, etc.

1.2 La naissance de la sylviculture

Le paysage forestier est influencé par la topographie, par

la nature primitive du sol et par son évolution, qui est elle-même

influencée par l’action de l’homme sur les peuplements.

1. 2. 1. La pratique du fustage jusqu’au XVIIIe siècle

Le bois d’œuvre est prélevé au XIIe siècle par furetage, c’està-dire

sous forme de prélèvement sélectif aléatoire : on coupe les arbres

en fonction des besoins, au hasard des tournées dans les massifs. Cette

gestion entraîne la raréfaction des beaux fûts aux abords des villes.

Le terme de furetage tend progressivement à se substituer à celui de

fustage au tout début de l’époque moderne (XVIIIe siècle). Appliqué aux

forêts, ce mot tend à montrer que ce type de coupe conduit à la ruine

et à la dégradation des peuplements 103 .

Les règles sylvicoles qui s’imposent progressivement, à partir de

l’époque moderne, reposent sur des éléments très caractéristiques. Le

premier concerne la prohibition du « furetage », c’est-à-dire du fustage.

Ce mot jusqu’à la fin du Moyen Age désigne alors une exploitation faite

de-ci, de-là, par pied d’arbre au gré des besoins et sans ordre préalable.

Ce type d’exploitation conduit surtout à purger la forêt des gros bois.

103

BURIDANT (J.), 2004, p. 208.

1. 2. 2. La pratique des taillis et futaie

A l’abandon des peuplements irréguliers fait écho la définition

plus stricte des deux types que sont le « taillis » et la « futaie ». Ces

deux termes sont trompeurs puisqu’ils changent de sens dans le courant

du XVIIIe siècle. Jusqu’à la fin du XVIIe siècle, les termes de taillis et de

futaie ne s’appliquent pas au mode de reproduction des arbres, mais

28


l’homme et la foret

seulement à leur âge. Le taillis est un peuplement composé d’arbres de

moins de trente ans, issus de graine ou de souche. La futaie est, elle,

composée d’arbres plus âgés 104 . Aujourd’hui, taillis et futaie désignent

des régimes sylvicoles définis par le mode de reproduction des arbres.

A la « futaie » correspond une reproduction sexuée, l’arbre issu d’une

graine, formant un seul brin. Le terme de futaie s’applique alors à un

peuplement quel que soit son âge et sa régularité : dans des futaies

équiennes, on distingue le gaulis, le perchis, la jeune futaie, la haute

futaie et la vieille futaie, mais il peut aussi exister des futaies irrégulières.

A contrario, au « taillis » correspond une multiplication végétative, les

tiges de l’arbre étant issues de rejets de souche. On distingue alors le

taillis simple, où tous les arbres ont été recépés au même moment, et

le taillis fureté. Ce terme s’applique surtout à des peuplements jeunes,

car les vieilles souches sont le plus souvent incapables de rejeter, mais il

est possible de rencontrer des peuplements issus du vieillissement d’un

taillis.

Les propriétaires (le roi, les nobles et les ecclésiastiques,

mettent « en defens » les centres des massifs, pour y conduire le

boisement en futaie. Ces cantons sont interdits d’exploitation. On se

contente simplement d’enlever les arbres mal formés. Dans les taillis, on

commence à réserver à chaque coupe des baliveaux, arbres prometteurs

que l’on laisse pousser jusqu’à ce qu’ils acquièrent la taille requise.

Avant d’être exploités, les baliveaux les plus anciens renouvellent le

peuplement grâce à leur semis. Ce traitement aboutit au taillis sous

futaie.

A partir du XIVe siècle, le pouvoir royal tente d’unifier ces

règles et ces pratiques. En 1318, Philippe V crée une administration

des forêts de la Couronne, les Maîtrises, institue des tribunaux forestiers

qui interdisent de « forer » au hasard et prescrit la généralisation des

coupes réglées avec planification de l’emplacement et de l’importance

des prélèvements. Cependant, malgré la promulgation de nombreuses

ordonnances pour améliorer l’administration des forêts, des inspections

sont organisées régulièrement afin d’empêcher les abus.

Pour le XIXe siècle, seules les archives de la famille de Wagram

permettent de saisir la gestion d’un domaine forestier. Le maréchal

s’est constitué une importante réserve de bois au Sud et au Nord-Est du

parc de Grosbois, avec les deux grands massifs des Camaldules et de

la forêt Notre-Dame. Sa méthode consiste à exploiter les bois en taillis

sous futaie. Il préconise la vente des coupes de bois en lots importants

à de gros marchands de bois pourvus d’abondantes liquidités. De la

sorte, ces forêts constituèrent d’appréciables réserves de disponibilité

monétaire 105 . Après la mort du maréchal, l’exploitation des bois en taillis

sous futaie, déjà pratiquée en son temps, devient plus rationnelle, avec

un aménagement rigoureux en séries, elles-mêmes divisées en coupes

exploitées annuellement. La forêt des Camaldules fut ainsi partagée en

deux séries, l’une de 273 ha en bois durs aménagée à vingt ans, et

l’autre de 69 ha en châtaigniers aménagée à dix ans 106 . Pour sa part la

forêt Notre-Dame est partagée en trois coupes aménagées à dix-huit

ans, et enfin quelques parcelles isolées, dont le bois d’Auteuil, formant

la dernière série. Une fois les coupes arrêtées, un géomètre était

chargé de mesurer la contenance des coupes, d’en estimer le revenu

probable et d’indiquer le meilleure mode d’exploitation 107 . Les ventes

sont pratiquées aux enchères et les adjudicataires sont de nouveau des

marchands de bois ou de charbon des communes environnantes 108 .

104

BURIDANT (J.), 2004, p. 210

105

LALLIARD (Fr.), 2002, p. 87.

106

La première série comporte

20 coupes de 13,66 ha de surface

moyenne, et la seconde 10 coupes

d’une surface moyenne de 6,58 ha.

107

LALLIARD (Fr.), 2002, p. 226.

108

LALLIARD (Fr.), 2002, p. 227.

29


L’Homme et la foret

1. 2. 3. Le calcul des coupes par les forestiers

L’abandon des peuplements furetés conduit, à partir du XVIIe

siècle, à la mise en coupe réglée, les aménagistes cherchant à

établir la possibilité des forêts en cours de réformation, c’est-àdire

l’importance de leurs coupes. La notion de surface terrière étant

totalement inconnue, et le cubage des arbres restant embryonnaire, la

« possibilité par volume », qui correspond au volume de bois pouvant être

récolté dans un peuplement, ne peut pas être appréciée. Les forestiers se

contentent de calculer la « possibilité par contenance », c’est-à-dire par

surface. L’opération consiste donc à mesurer la surface totale de la forêt,

puis à la diviser en autant de parts que l’aménagement prévoit d’années

de révolution, pour obtenir la surface annuelle pouvant être mise en

coupe. Mais cette simplicité se révèle trompeuse car l’application des

principes bute sur plusieurs obstacles, qui tiennent à l’incorporation des

laies et des layons dans les calculs de superficie, ou encore à l’absence de

prise en compte des déformations cartographiques liées aux pentes. Les

forestiers ont donc préféré pendant longtemps asseoir des surfaces de

coupes correspondant à la quotité annuelle permise par l’aménagement,

sans qu’un véritable parcellaire soit établi sur le terrain. La forêt est alors

divisée en « triages », qui correspondent à de grandes entités intégrant

plusieurs « coupes » (Figure 17).

Figure 17, organisation des coupes dans le bois de Sucy, 1750

(Arch. nat., S 394)

Le terme de triage ne prend vraiment son sens actuel qu’au cours

du XVIIIe siècle, lorsque l’on songe à diviser l’espace boisé en un certain

nombre de parties soumises à des aménagements spécifiques. C’est

dans ces triages que l’on instaurera des parcellaires fixes, marqués sur

le terrain par un bornage particulier 109 .

109

BURIDANT (J.), 2004, p. 211.

1. 2. 4. Les réserves

La mise en place de réserves permet d’une part d’assurer les

régénérations par la sélection d’arbres et d’autre part de concilier la

production de bois de feu, apporté surtout par le taillis, et de bois de

construction, offert par la futaie. Deux solutions sont envisageables ;

réserve par surface ou par pied d’arbre.

Les réserves par surface conduisent à la distraction en réserve

d’une partie des bois pour croître en futaie, le reste étant dévolu au

taillis. C’est ce sens que retient le règlement de 1561, qui oblige à

30


l’homme et la foret

conserver des « tiers de réserve », et l’ordonnance de 1669 qui oblige

les communautés religieuses ou laïques à conserver un quart de leurs

bois en futaie.

La seconde voie tend à maintenir des arbres de réserve sur toutes

les coupes, qu’elles soient de futaie ou de taillis. Les ordonnances du

XVIe siècle fixent la densité des réserves à 8 ou 10 par arpent, soit 16

à 20 réserves à l’hectare. L’ordonnance de 1669 fixe la norme à 10

baliveaux par arpent dans les futaies (environ 20 à l’hectare), et 16 dans

les taillis (environ 32 à l’hectare). Les arbres servant à la régénération,

conservés dans les futaies sont censés l’être durant toute la révolution

suivante : ils sont donc abattus au terme de deux révolutions. Les

arbres conservés dans les coupes de taillis ne peuvent quant à eux être

abattus qu’au terme de « trois âges », soit à la quatrième révolution.

« Taillis » et « futaie » se distinguant à l’époque par l’âge de mise en

coupe. Cette politique a conduit à façonner des peuplements inéquiens,

présentant des arbres d’âges gradués, multiples de la révolution fixée

par l’aménagement.

En Ile-de-France, où les bois servent surtout au chauffage, les

densités initiales des arbres de réserve restent faibles, autour de 10

baliveaux par arpent (environ 20 à l’hectare), ce qui conduit à favoriser

le taillis. Au bout de trois révolutions, les réserves restent donc encore

peu nombreuses, autour de 60 baliveaux à l’hectare. Ce type de balivage

crée des peuplements très clairs, où la futaie ne peut véritablement

prendre le dessus sur le taillis 110 . Dans le bois Notre-Dame, à la fin du

XVIe siècle, les chanoines recommandent aux marchands de bois qui

viennent de prendre à bail les 300 arpents du bois, de le diviser en

« 18 coupes égales et de laisser dans chaque coupe 12 baliveaux et 8

baliveaux de l’âge du bois qu’ils abattent » 111 .

1. 2. 5. La durée des rotations

Tout autant que la densité des tiges, la durée des rotations

régit le produit final. En théorie le cycle du taillis ne doit pas être inférieur

à dix ans. Cette durée, déjà très courte, conduit à des bois de petit calibre,

tout en dégradant les sols. Au vu des demandes d’autorisations de coupe

avancée par les établissements religieux (Yerres) devant les maîtrises

des Eaux et Forêts, qui apparaissent à partir de la seconde moitié du

XVIIe siècle, on constate que cette limite est rarement atteinte.

Le parc de Grosbois se compose au XVIIIe siècle de plusieurs pièces

de taillis, de 15, 18 et 20 ans de chêne, notamment entre les allées du

Mail et des Chasseurs, et les allées du Clocher et de Boissy (actuellement

allée du Moulin) 112 . La coupe des bois, dans le domaine du Piple, est

faite tous les 18 ans dans les 120 arpents de bois (taillis de haute futaie

et baliveaux) soit 41 hectares 113 . Dans le bois de Santeny, composé de

la Grande et de la Petite Touffe, et d’une partie du bois du Poirier, on

trouve dans les 52 arpents de taillis de chêne, soit environ 18 hectares,

quelques frênes et châtaigniers, ainsi que quelques pommiers 114 .

1.3. Le drainage

1. 3. 1. Un entretien constant sous l’Ancien régime

La forêt Notre-Dame et le bois de la Grange présentent de nos

jours un important réseau de fossés. Ce circuit hydraulique se compose

de drains secondaires et de collecteurs principaux qui rejoignent les

ruisseaux et alimentent, au final, les étangs établis soit aux lisières de

la forêt comme c’est le cas pour l’étang du Buisson à Lésigny ou bien

directement dans les bois pour les étangs de Marolles et de Boissy.

110

BURIDANT (J.), 2004, p. 214.

111

Arch. nat., S 388.

112

Arch. dép. Yvelines, IVQ 7.

113

Arch. nat., S 1862.

114

Arch. dép. Essonne, A 1117.

31


L’Homme et la foret

Le drainage instauré par les établissements religieux, en

assainissant un milieu marécageux, a permis un enrichissement de la

forêt initiale par l’introduction de chênes et de hêtres, arbres qui n’y

poussaient pas primitivement car ce sont des espèces qui supportent

mal les sols chargés d’un taux d’humidité élevé. Ces fossés sont orientés

soit Nord-Sud, soit Est-Ouest (Figure 18).

Figure 18, photographie d’un fossé en forêt Notre-Dame

L’absence de conflits entre les différents propriétaires des massifs

laisse à penser que ces aménagements ont été réalisés de concert car ils

traversent l’ensemble de l’espace boisé. Les premières mentions dans

les textes datent seulement du XVIe siècle. Le sieur Cirier est autorisé

à faire à ses frais des fossés de 6 pieds de largeur, soit de 2 m environ,

entre les bois d’Uselles de Sucy, afin d’empêcher « les vaches d’y entrer

et de conduire l’eau à travers les fossés » 115 . Des drains sont creusés le

long des chemins dans les « bois de Sucy » 116 .

115

Arch. nat., S 397.

116

Arch. nat., S 393. Il s’agit du bois

actuellement appelé « le bois du

chapitre Notre-Dame ».

117

Arch. nat., S 393. Ces fossés

se situent dans la partie Nord

de l’actuelle forêt Notre-Dame,

comprise entre « la forêt de Binel »

à l’Est, « les Bruyères » au Sud et

« le bois du chapitre » au Nord.

118

Les massifs forestiers de l’Arc

boisé ne sont pas les seuls à

présenter un réseau de fossés

comme le montre le texte de 1691

suivant, conservé aux Arch. dép.

Yvelines, A 474. En mars 1691,

« toisé des fossés et seignées

faits dans la forêt de Sénart pour

déceicher ladite forêt ».

En 1614, Philippe Quetier, sergent garde des bois du chapitre

Notre-Dame, « estime que pour le bien dudit bois et procurer l’évacuation

des eaux, il faut faire un grand fossé à travers, à commencer depuis le

fossé du bout des Bruyères d’en haut qui est proche du bois des Feniers

à venir au bois et fossé des « Uzelles de Noiseau », et revenant le long

d’une petite vallée tirant droit à revenir à l’ancien fossé du bois des

Uzelles. Le fossé devra avoir 5 pieds de large par le haut et 1 pied de

large par le bas, soit environ 1,65 m en gueule et 0,33 m par le bas. Il

convient aussi de faire plusieurs saignées qui viendront droit au grand

fossé, c’est-à-dire 8 ou 10 saignées du côté vers la Vente de Binelle et

vers la ferme des Marmousets » 117 .

L’entretien de ces drains revient constamment dans les

archives, soulignant ainsi leur importance 118 . Ils font régulièrement

l’objet d’arpentage et de travaux de curage.

En 1744, c’est le secteur du Montgriffon qui est réaménagé

avec la réfection « des dix toises et demi de pierrées, [soit une vingtaine

32


l’homme et la foret

de mètres], à la Grande patte d’oie du château de La Grange pour le

passage des eaux du ru de la Grange, et 12 toises de pierrées, [presque

25 m], à la traverse de la route de Grosbois pour le passage des eaux

de la partie basse ». Des pierrées, c’est-à-dire des conduites de 1 pied de

large sur 1 pied et demi de haut, en pierre et servant à l’écoulement des

eaux, sont construites pour permettre le passage sous les chemins 119 . La

même année, il est fait mention de « grands fossés entourant les bois

taillis composant « le bois des Bouleaux » 120 .

Certains fossés sont en relation avec des mares, c’est-àdire

des anciennes zones d’extraction de matériaux comme l’argile, la

meulière, etc. Ils dirigent en effet soit les eaux drainées vers ces mares

comme le montre ce plan de la fin du XVIIe ou du début du XVIIIe siècle

(Figure 19) ou bien servent à évacuer l’eau des mares 121 .

Figure 19, croquis du fossé de drainage des eaux vers la mare Jumeau,

XVIIe-XVIIIe siècle.

1. 3. 2. Le rôle de la famille de Wagram dans le drainage

forestier au XIXe siècle

Au début du XIXe siècle, le maréchal Berthier achète avec la vente

des biens de la Roer et de la Sarre la forêt des Camaldules, les bois Notre-

Dame, soit 384,64 ha, et ceux de la cure de Santeny (50 ha), de la Queue

à Pontault (165 ha), et de la Grange (613,26 ha) confisqués au comte

de Provence et au marquis de Villedeuil de Sainte-Marie, comme biens

nationaux 122 . Par une stratégie de regroupement de ses investissements

fonciers autour de Grosbois, le maréchal s’est ainsi constitué un immense

domaine de plus de 2000 ha, dont il entretient régulièrement les drains

comme le souligne les nombreuses lettres échangées entre le régisseur

et le Prince au cours du XIXe siècle 123 .

En 1825, M. Bonamy de Villeplaine, propriétaire du domaine de

la Grange-du-Milieu, sollicite M. Bontemps, intendant du maréchal afin

que soit reconnu comme mitoyen le fossé séparant « le bois d’Yon »,

appartenant à Grosbois, avec l’avenue appelée de « la Danse » (actuelle

allée de Thésée). En 1887, une dizaine d’hommes travaille pendant 126

jours à la réfection du « fossé de la Louvetière », drain recevant les eaux

des « Friches de Pontault », commençant à la route Royale et finissant

119

Arch. dép. Yvelines, A 474.

120

Arch. nat., S 393.

121

Arch. nat., S 394, bois et voirie,

1269-1785.

122

LALLIARD (Fr.), 2002, p. 67.

123

Arch. nat., 173bisAP 95. Le

domaine de Grosbois a été acheté

par le Prince de Wagram à Fouché,

ministre de la Police, en 1805.

33


L’Homme et la foret

au chemin n° 51 de Pontault à Lésigny, actuelle route départementale 51.

Il s’agit d’assainir aux moyens de plusieurs fossés, bordant les routins

qui quadrillent les 18 parcelles, les bois de la « Queue de Pontault »

(actuellement appelés « la forêt de Binel »), en dirigeant les eaux dans

des mares voisines 124 . Il est constaté qu’aucune opération de curage ou

d’élagage de ces fossés n’a été faite depuis 1863. La longueur des fossés

présents dans les bois de « la Queue de Pontault » est estimée à 7830

m 125 . Ce réseau se compose de collecteurs principaux recevant l’eau de

fossés secondaires également appelés des « sangsues » (Figure 20).

Figure 20, dessin d’un réseau de fossés dans le bois de « la Queue de

Pontault » (Arch. nat., 173bisAP 370)

L’année suivante, plusieurs opérations sont menées afin d’assainir

les bois Hautpoul et Clary à Boissy-Saint-Léger. Il s’agit de procéder au

curage des deux vidanges établies entre l’enceinte du parc de Grosbois

et le chemin de Sucy à Brie-Comte-Robert 126 . Les frais sont partagés

entre la famille de Wagram et M. Révillon 127 . En été de la même année,

des ouvriers interviennent sur des fossés de la forêt Notre-Dame, aux

Camaldules, et élaguent plus de 2200 m de fossés dans la « Coupe des

Huit routes » 128 .

124

Arch. nat., 173bisAP 370. Les

parcelles sont orientées Est-Ouest,

coupées par trois grands axes Nord-

Sud (la route de Pontault à Maison-

Blanche dit de la Louvetière, la route

Jacquet et la route de Pontault à

Lésigny) et un axe Est-Ouest qui est

l’allée Royale.

125

Arch. nat., 173bisAP 370.

126

Arch. nat., 173bisAP 368. ces

fossés de vidange se trouvent

actuellement dans les parcelles n° 3,

4, 5, 16 et 17 du bois Notre-Dame.

127

Arch. nat., 173bisAP 368.

128

Arch. nat., 173bisAP 368.

L’entretien des fossés de drainage semble avoir été négligé

au cours du XXe siècle. Il est possible de rattacher cet abandon à un

changement d’utilisation des espaces forestiers. En effet, le bois n’est

plus la principale énergie pour le chauffage et la forêt ne rapporte donc

plus de revenus permettant de supporter les dépenses d’entretien.

34


l’homme et la foret

2. L’économie de la forêt

2. 1. L’usage du bois par les établissements religieux

Indispensable à toute activité, le bois est, au Moyen Age, le

matériau par excellence.

Il est difficile de saisir l’organisation économique des massifs

forestiers qui appartiennent aux établissements religieux, propriétaires

des massifs forestiers. Toutefois quelques indices sont fournis par les

registres de comptabilité du prieuré de Marolles et des accords passés

entre l’abbaye de Saint-Maur-des-Fossés et le chapitre cathédral de Paris

montrent que les bois sont utilisés comme bois d’œuvre mais aussi pour

de nombreux autres usages.

Ainsi en 1279, les moines de Saint-Maur autorisent les chanoines

de Notre-Dame à utiliser le port de Brétigny, à Sucy-en-Brie, afin de

charger sur des bateaux les merrains et les pièces de bois provenant

du « bois de Sucy », propriété du chapitre 129 . Les chanoines, afin de

produire des merrains utilisables comme bois d’œuvre, disposent

d’arbres centenaires qui pourront être utilisés pour la construction

d’échafaudage mais aussi pour l’entretien des différents domaines

du chapitre. Des données issues de la comptabilité de l’année 1315

du prieuré de Marolles montrent d’autres usages du bois : fabrication

d’échalas pour les vignes au nombre de 1900, de 4 milliers de fagots,

de 700 fagots de cotterêts (bois fendu), de 600 perches pour fabriquer

des échelles, de 6 charrettes de bûches, de tables, huisserie (portes

et fenêtres du prieuré), seaux du puits, cerceaux pour la tonnellerie,

d’échelles, et de madriers pour la grange et les étables de Mandres 130 .

2. 2. Les coupes et les marchands de bois, XVIe-XIXe

siècles

A la lecture des archives, il est possible de mettre en évidence

une évolution géographique des marchands de bois. Jusqu’au XVIe

siècle, ceux-ci sont originaires des villages proches des massifs

forestiers, alors qu’à partir du XVIIe siècle, ils viennent de Paris. Au

cours du XVIIIe siècle, les marchands de bois viennent de toute l’Ilede-France.

La gestion de la forêt Notre-Dame dépend de l’office des matines

et jusqu’au début du XVIe siècle, c’est un chanoine de la cathédrale qui

prend pour sa vie durant le bail du bois Notre-Dame, pour un loyer de

32 livres 131 .

A partir de la seconde moitié du XVIe siècle, ce sont désormais

des marchands qui vont gérer les 3 à 400 arpents de la forêt, soit environ

1530 à 2040 hectares. Les visites de « certaines pièces de bois et taillis

appartenant au chapitre et vulgairement appelées les bois Notre-Dame »

sont réalisées par les représentants du Maître des Eaux et Forêts qui

indiquent les arbres trouvés. En 1554, on signale ainsi 417 chênes de

plusieurs grosseurs, dont 88 chênes morts, 107 chênes couronnés morts

et 113 chênes verts. Sur les 109 chênes restant, 34 présentaient un

tour variant de 5 à 7 pieds, environ 1,65 m à 2, 30 m 132 . Les marchands

sont originaires des villages limitrophes, comme Boissy-Saint-Léger et

Villeneuve-Saint-Georges.

129

Arch. nat., LL 46, f° 130 ; Arch.

Nat., S 388.

130

Arch. dép. Essonne, A 1098,

prieuré de Marolles-en-Brie, comptes

sur parchemin, 1315.

131

Arch. nat., S 388.

132

Arch. nat., S 388.

133

Ancien mot pour élagage.

134

Jeune arbre non ébranché pour

croître en futaie.

35


L’Homme et la foret

Par exemple, en 1555, le chapitre Notre-Dame vend à Denis le

Debonnaire, marchand de Boissy, et à Antoine Couveur, un agriculteur de

Valenton, « la tonsure 133 et coupe des 81 anciens chênes et baliveaux 134 ,

secs et couronnés » se trouvant dans les bois Notre-Dame, à Sucy,

moyennant le prix de 350 livres. Ces arbres doivent être prélevés dans

les 76 hectares de bois taillis 135 . Treize ans plus tard, c’est le fils de

Denis le Debonnaire qui prend pour la durée de 9 années « 150 arpents

de bois taillis, tant plantés que vides dans une pièce de bois assise au

terroir de Sucy contenant 300 arpents, appelée le bois Notre-Dame »

pour 700 livres et la livraison de 500 fagots et 500 cotterêts. Les clauses

du bail sont clairement précisées. Le preneur ne peut couper ou faire

couper que 15 arpents parmi les plus vieux et anciens taillis. La coupe

des bois doit se faire en saison, de la Saint-Martin d’hiver (11 novembre)

à la mi-mai et la vidange un an après. Il accepte d’entretenir les fossés

qui sont à l’entour du bois, tant du côté des Bruyères que du côté des

terres labourables de Noiseau, de sorte qu’ils fassent 4 pieds de largeur

au sommet et 4 pieds de profondeur, soit environ 1,30 m de large pour

1,30 m de profondeur. Le preneur reçoit du chapitre pour la garde des

bois la somme de 30 livres tournois par an 136 .

En 1584, deux marchands locaux prennent à bail pour 18 ans les

300 arpents du bois Notre-Dame. Les chanoines leur recommandent de

diviser le bois en « 18 coupes égales et de laisser dans chaque coupe 12

baliveaux et 8 baliveaux de l’âge du bois qu’ils abattent » 137 . Dans le bail

de 1598, on apprend que dans les 75 arpents de bois taillis baillés sont

compris également 7 à 8 arpents « où le feu a passé » 138 . Ces données

peuvent être complétées par celles issues du secteur actuel du bois de

La Grange.

Ainsi en 1593, Jean Huet, marchand de Crosne et Claude

Boursault, marchand de Yerres, achètent au seigneur d’Yerres la coupe

de plusieurs pièces de bois, situées dans le terroir de Yerres, délimitées

par le chemin de Yerres à Valenton et le chemin de la Muette à Villeneuve-

Saint-Georges 139 . Dans ces coupes sont présentes « des places vides et des

mares anciennes ». Les deux marchands doivent laisser dans les coupes

les baliveaux, qu’ils peuvent élaguer jusqu’à la hauteur de la cognée et

« 8 jeunes de brain », c’est-à-dire les jets de bois, s’ils en aperçoivent 140 .

Les deux marchands sont tenus de livrer sur le port Saint-Paul à Paris à la

prochaine fête de la Chandeleur 3 cordes de bois et 1200 de « daurents »

et 2 cordes de souche au château d’Yerres 141 .

135

Arch. nat., S 388.

136

Arch. nat., S 388.

137

Arch. nat., S 388.

138

Arch. nat., S 388.

139

Arch. dép. Essonne, A 1115.

140

Lorsque l’on coupait les taillis,

les brins les plus hauts et les plus

droits étaient laissés pour venir en

futaie.

141

Arch. dép. Essonne, A 1115.

142

BERTHIER (K.), 2007, p. 231-

248.

143

BOURQUIN-SIMONIN (M.-H.),

2006, 369 p. ; BOISSIERE (J.), 1995,

p. 237-242.

144

BOISSIERE (J.), 1991, p. 31-49.

A partir du XVIIe siècle, les marchands ne viennent plus des

villages proches (Boissy, Valenton, Crosne, Yerres et Villeneuve-Saint-

Georges) mais sont désormais issus de Paris. Il est possible que cette

évolution soit à mettre en rapport avec les besoins en chauffage de la

capitale du royaume. Paris a vu presque tripler sa population de 1450 à

1550 et afin de répondre à la demande, les édiles de la capitale se sont

tournés vers des massifs forestiers de plus en plus éloignés, comme

celui du Morvan et vers un mode de transport, le flottage 142 . Le Bureau

de la ville, institution issue de l’ancienne confrérie des marchands de

l’eau, c’est-à-dire des marchands faisant venir leur marchandise par

voie fluviale, met en place les mécanismes de gestion, d’organisation

et de rationalisation de l’approvisionnement en bois de chauffe de la

capitale 143 . Tout imprévu se soldait en effet par une crise sanitaire aux

enjeux politiques considérables. Paris, selon les estimations de Jean

Boissière, consommait environ 350000 stères au milieu du XVIe siècle,

830000 sous la Régence et 1500000 à la fin de l’Ancien Régime dont les

deux tiers de bois flotté 144 .

36


l’homme et la foret

Jean Guillemain, marchand parisien, loue pour 7 ans 140 arpents

de bois taillis, appelés bois Notre-Dame, qu’il organisera chaque année

en une coupe de 20 arpents. En 1618, aucun marchand n’accepte de

prendre en location les bois du chapitre car une partie a brûlé 145 . Vingtcinq

ans plus tard, François Amblard, un marchand parisien, afferme 9

coupes de 30 arpents chacune, avec toutefois l’interdiction de toucher

aux pieds corniers qui sont sur les fossés ni aux baliveaux. Suite à un

incendie qui a pris dans les 3 dernières coupes où beaucoup de hautes

herbes et de fougères avaient poussé, son bail s’interrompt 146 .

2. 3. Les conflits de bornage et de coupe des arbres

L’exploitation de la forêt donne lieu à un certain nombre de

conflits. Lors de conflits de bornages, les parties en présence s’entourent

d’experts et d’avocats chargés de les conseiller.

En 1230, des experts sont convoqués à la suite d’un litige qui

oppose Simon de Poissy et le prieuré de Marolles au sujet de bornes

plantées en limites de son bois de Brévannes et du bois de Marolles

appartenant au prieuré 147 . Le conflit est finalement résolu quinze ans

plus tard par l’acceptation de Simon de Poissy de laisser les bornes en

place 148 . En 1537, un conflit surgit entre Jean La Rivière et Claude de la

Sengle, commandeur de Santeny, à cause du bornage du bois Larcher-

Sanguin. La partie de bois contentieuse est dessinée sur un plan ainsi

que les différentes bornes.

Les prospections menées dans la partie Nord-Ouest de la forêt

Notre-Dame ont permis de retrouver plusieurs types de bornes. Certaines

ont pu être identifiées grâce à l’initiale du propriétaire de la parcelle,

gravée dessus : « H » pour Hottinguer et « W » pour Wagram. D’autres,

en revanche, sont de simples bornes placées en limite de petits fossés,

sans aucune indication (forêt Notre-Dame, parcelle 29).

Les bornes de pierre : témoins de l’exploitation de la forêt

Les parcelles de bois sont délimitées par des bornes de pierres

(Figures 21 et 22).

Des bornes portant le « W » des Wagram délimitent les coupes

de bois et de simples bornes en pierre avec juste un numéro cernent les

parcelles louées pour la chasse.

Figure 21, plan des bois de Santeny avec bornes de pierre, 1537

145

Arch. nat., S 388.

146

Arch. nat., S 388.

147

Arch. dép. Essonne, A 1110.

148

Arch. dép. Essonne, A 1151.

37


L’Homme et la foret

(Arch. dép. Essonne, A 1166)

Borne épigraphe avec le « H »

de la famille Hottinguer, parcelle 24

Simples pierres de bornage, parcelle 29

Figure 22, exemples de bornes en forêt Notre-Dame

D’autres conflits sont liés à une exploitation non autorisée du

bois sur une propriété.

Au cours du XVIe siècle, une procédure est lancée contre Michel

Picot, qui se dit seigneur en partie de Santeny « pour avoir fait couper

deux chênes dans une voirie, près de la chaussée de Gratte-Peau » 149 .

En 1765, les gardes du marquisat d’Ormesson constatent que plusieurs

hommes et femmes avec 3 chevaux ont coupé à l’aide de serpes et

de haches du bois vert (chêne, charme) de grosseur allant de 2,54

cm à plus de 10 cm de tour dans la pièce de bois des « 90 arpents de

38


l’homme et la foret

l’Hermitage » 150 . Le garde doit surprendre les individus en flagrant délit

et parfois faire face aux réactions violentes des délinquants. Ainsi en

octobre 1783, Simon Fortel, lors de son inspection des bois Notre-Dame,

surprend des femmes en train de couper des arbres et façonner une

vingtaine de fagots liés avec des liens en bois. Il constate qu’elles ont

abattu deux brins vifs d’une cépée afin de faire passer un cheval pour

transporter les fagots. A sa vue elles s’enfuient et abandonnent dans la

précipitation leurs bonnets et foulards. Simon Fortel ramasse les effets

et les dépose au greffe où les femmes viennent les réclamer. Devant son

refus de les rendre, elles se sont jetées sur lui et « l’ont maltraité » 151 .

Au cours du mois de décembre de la même année, le garde surprend un

manœuvrier de Santeny qui a déjà « coupé et fagotté 7 gros fagots de

bois mort », liés avec des liens de bouleau. Ces bois ont été pris dans un

bois taillis attenant les bruyères de Santeny tenant au lieu-dit « la Patte

d’Oie » près la route de Maison Blanche 152 . Les épines, c’est-à-dire les

arbrisseaux épineux, sont également prélevés. Ainsi en 1791, le garde

des bois de M. d’Ormesson, a constaté que des épines ont été arrachées

pour faire des fagots 153 .

3. Forêt et chasse

La chasse fait partie des activités importantes dans un massif

forestier tel que celui des forêt Notre-Dame, Grosbois et La Grange.

Elle est restée jusqu’au XVIIIe siècle un privilège du clergé et de la

noblesse.

3. 1. La chasse pour l’alimentation et la régulation des

nuisibles

Au temps des établissements religieux, les animaux chassés

servent principalement à la consommation alimentaire dans les

monastères.

Les informations sur les animaux chassés par les moines

demeurent rares, cependant à travers la consommation alimentaire d’un

couvent de femmes, il est possible de dégager quelques données.

Les religieuses d’Yerres financent des chasseurs pour abattre

le gibier de leur bois et ainsi le consommer à leur table. En 1173, un

« mémoire du gibier » mentionne des lapins, des perdrix, des lapereaux,

des lièvres, des « pescheux » (volatile non identifié), des pigeons

ramiers, des poules d’eau, des cailles et des bécassines qui sont servis

au réfectoire 154 .

Plus tard, les tableaux de chasse du roi comportent de

nombreuses pièces, petits animaux ou grand gibier.

Six siècles plus tard, lors de passage dans le secteur, le roi Louis

XVI chasse dans la forêt Notre-Dame et dans les bois de La Grange et

de Grosbois, bien que les espèces tuées soient rarement identifiées, le

tableau de chasse demeure considérable (Tableau 3).

149

Arch. dép. Essonne, A 937.

150

Arch. dép. Val-de-Marne, B 34.

151

Arch. dép. Essonne, B 313.

152

Arch. dép. Essonne, B 313.

153

Archives Municipales de Sucyen-Brie,

désormais indiquées Arch.

Mun. Sucy, I1j B 2 .

154

Arch. dép. Essonne, 63H 45.

39


L’Homme et la foret

Année

Grosbois

Parc de

Grosbois

La Grange

Plaine de

Mandres

4 octobre 1776 2 cerfs

16 novembre 1776 88 pièces 230 pièces

17 novembre 1777 433 pièces

12 novembre 1778 339 pièces

26 novembre 1778 104 pièces

2 décembre 1779 780 pièces

11 novembre 1780 665 pièces

30 novembre 1780 477 pièces

Tableau 3, tableau de chasse de Louis XVI et de la cour 155

La chasse a également pour vocation la régulation des

animaux nuisibles.

La composante animale des réserves cynégétiques fluctue selon

les activités humaines et notamment l’importance de la chasse. Il est

possible de distinguer deux groupes d’animaux d’après les archives du

duc de Penthièvre pour le XVIIIe siècle 156 .

L’inspecteur des chasses du duc de Penthièvre rétribue, au cours

des mois de janvier et de juillet 1788, une douzaine d’individus chargés

d’éliminer les animaux nuisibles, c’est-à-dire des animaux considérés

par l’homme comme étant des prédateurs ou des charognards, présents

dans les forêts ducales (Figure 23). Les chasseurs reçoivent une somme

variable selon l’espèce tuée 157 . Le tableau de chasse de janvier 1788

montre que les « becs crochus », (peut-être des éperviers, des faucons ou

des buses), et les corneilles sont les espèces volatiles les plus abattues,

tout comme les fouines, les putois et les renards sont les mammifères

les plus pourchassés. Ces animaux sont donc les « nuisibles » les plus

fréquents et ceux que l’on désire le moins. Par contre, le blaireau, bien

qu’indésirable, ne semble pas vraiment intéresser le chasseur.

Nombre de têtes abattues

155

WEISS (ch., E.), 2005 (réédition de

1951), p. 228.

156

La définition des deux groupes

d’animaux : espèces favorisées et

défavorisées a été mise en évidence

par François DUCEPPE-LAMARRE

dans la publication de sa thèse,

Chasse et pâturage dans les forêts

du Nord de la France. Pour une

archéologie du paysage sylvestre

(XIe-XVIe siècles) en 2007, 315 p.

157

Arch. dép. Seine-et-Marne, 135F

3.

210

129

1

14

67

Figure 23, nombre de « bêtes puantes » abattues en janvier 1788

(Arch. dép. Seine-et-Marne., 135F 3)

71

5

83

95

Renards

Fouines

Belettes

Blaireaux

Putois

Chats

Corneilles

Becs crochus

Héron

40


l’homme et la foret

Des animaux sont élevés en tant qu’auxiliaire du chasseur. C’est

le cas des chiens mais aussi des furets. Le garde de chasse du marquisat

d’Ormesson est chargé, en outre de repérer les terriers de lapins dans les

bois situés du côté des Marmousets, mais aussi d’attraper les animaux

à l’aide d’un furet et de les relâcher dans la garenne des Bordes, située

dans la baronnie des Bordes-Monlavées 158 . Des « niches écologiques »

sont aménagées par l’homme.

A proximité d’Armainvilliers, les œufs de perdrix, 770, trouvés

dans la luzerne par les faucheurs, en juillet 1789, sont systématiquement

rapportés à la faisanderie. Deux journaliers reçoivent un salaire l’un

de 43 livres 4 sous pour 36 journées et l’autre de 54 livres pour 45

journées, passées à chercher et à ramasser des œufs de fourmis dans

les bois, nourriture fort appréciée des faisans 159 . Dans l’inventaire

révolutionnaire, rédigé en 1792, du château de Grosbois, ancienne

propriété du comte de Provence 160 , il est noté 23 panneaux de chasse

à grande bête, 13 panneaux à lapin, 40 cerfs et biches, 80 daims et

daines, 30 chevreuils, sans compter les perdrix et faisans 161 .

La toponymie apporte quelques données supplémentaires

sur la faune présente dans le massif boisé. Des noms d’animaux sont

associés aux routes et chemins : la Louvetière, la Hure, le chevreuil,

etc.

3. 2. La mise en place de garennes

Une garenne est un lieu artificiel créé par l’homme pour y

enfermer généralement des lapins ou des lièvres, espèces dont la

diffusion spatiale reflète le succès de l’introduction. Elles peuvent être

ceinturées de haies, de murs ou de fossés en eau.

Les établissements religieux, tout comme la noblesse,

aménagent à proximité du massif forestier des garennes soit

directement dans leur parc soit à proximité de leur bois. Les parcs,

clos de murs, deviennent des espaces délimités et réglementés pour

satisfaire en tout premier lieu les conceptions seigneuriales de la chasse.

Ils se transforment ainsi en des réserves 162 . Jouxtant des résidences

seigneuriales rurales, (comme Les Marmousets, La Maison-Blanche,

le château de Lésigny, Grosbois, La-Grange-du-Milieu, Le Piple), ces

territoires incluent des milieux ouverts mais font la part belle aux zones

boisées.

A partir du XIIIe siècle, l’abbaye de Saint-Maur-des-Fossés installe

plusieurs garennes, avec des terriers afin de favoriser la préservation

des lapins et leur reproduction, autour du manoir du Piple et notamment

le long du chemin de Marolles 163 . Au cours de la période médiévale,

le prieur de Marolles détient le droit de chasse dans l’espace boisé,

actuellement clos dans le parc de Grosbois 164 . En 1478, Nicolas Viole,

seigneur pour moitié de Noiseau-sur-Amboile, reçoit l’autorisation de

construire une garenne dans sa seigneurie 165 . Plus tardivement, une

garenne est signalée à proximité de Monthéty 166 . Au XVIIIe siècle, « la

garenne de Grosbois était abondante en lapins, de très bon goût, à

cause des genièvres dont ils vivaient » 167 . En 1703, il est signalé dans

une pièce de bois taillis dite « la Garenne » et appelée anciennement « la

Muette », des « vestiges de murailles » formant une clôture 168 . A partir

du XVIIIe siècle, de nombreuses garennes sont figurées sur les plans 169

(Figure 24).

158

Archives dép. Val-de-Marne, B 34,

registres des gardes du marquisat

d’Ormesson, 1761-1766.

159

Arch. dép. Seine-et-Marne, 135F

3.

160

Il s’agit de Louis Stanislas Xavier,

Monsieur, frère du roi, futur Louis

XVIII.

161

Arch. dép. Yvelines, 4Q 7.

162

DUCEPPE-LAMARRE (Fr.), 2004, p.

41.

163

PIERART (Z.-J.), 2003 (réed. 1876),

tome II, p. 388-389.

164

PIERART (Z.-J.), 2003 (réed. 1876),

tome II, p. 446.

165

PIERART (Z.-J.), 2003 (réed. 1876),

tome II, p. 460.

166

Arch. dép. Essonne, 26H 1.

167

WEISS (ch., E.), 2005 (réédition de

1951), p. 132.

168

Arch. nat., S 7017. Cette pièce

de bois se situe en bordure du

chemin de Villeneuve-Saint-Georges

à la Grange-du-Milieu. Il est fort

probable qu’il s’agisse de l’actuel

pièce de bois dite « le Séminaire »,

parcelle 33 de la forêt domaniale de

La Grange.

169

Arch. dép. Seine-et-Marne, E 195,

pour la garenne de Grosbois ; Arch.

nat., S 398, pour la garenne de

Noiseau ; Arch. dép. Val-de-Marne,

B 34-40, garenne de la ferme des

Bordes à Chennevières-sur-Marne ;

Arch. nat., NIV Seine-et-Marne 30,

pour la garenne de Romaine.

41


L’Homme et la foret

Figure 24, cartographie des garennes, Moyen-Age au XVIIIe siècle

3. 3. Les Wagram et la chasse au XIXe siècle

170

LALLIARD (Fr.), 2002, p. 87.

171

LALLIARD (Fr.), 2002, p. 87. Le

maréchal Berthier reçoit après la

bataille de Wagram en 1809 pour

le remercier le titre de « prince de

Wagram.

172

LALLIARD (Fr.), 2002, p. 139.

173

Arch. nat., 173bisAP 371.

174

Arch. nat., 173bisAP 365.

175

LALLIARD (Fr.), 2002, p. 228.

176

LALLIARD (Fr.), 2002, p. 229.

177

LALLIARD (Fr.), 2002, p. 230.

L’exploitation sylvestre combinée à la pratique de la vénerie

apporta d’importantes ressources au Maréchal Berthier. Il s’était

constitué une importante réserve de bois au Sud et au Nord-Est du

parc, avec les deux grands massifs des Camaldules et de la forêt Notre-

Dame, dont la gestion fut confiée à Pernet, son maréchal du palais 170 .

Sous l’Empire, il est nommé en 1804 « grand veneur » avec la charge

d’organiser les chasses et d’entretenir une meute importante 171 . Après

sa mort en 1815, son épouse la princesse Elisabeth, pour augmenter

ses recettes, et après avoir vendu le domaine de Chambord, décide de

louer à des particuliers les chasses de Grosbois, alors que le maréchal

Berthier s’en était toujours réservé l’exclusivité. Ces vastes réserves

boisées aux portes de Paris furent très demandées car leur proximité

constituait un emplacement exceptionnel 172 . On trouve ainsi parmi les

locataires, le baron et la baronne Gourgaud, propriétaires du château

de La Grange, le magistrat Bérard des Glajeux, possesseur de l’ancienne

ferme seigneuriale du domaine d’Ormesson, ainsi que des membres de

la bourgeoisie parisienne, avocats ou négociants.

Les parcelles de chasse sont délimitées par des bornes en pierre,

encore visibles aujourd’hui, portant des numéros 173 . Le prince héritier,

Napoléon-Alexandre, fait aménager plusieurs palis (palissade) dans le

parc de Grosbois : un pour les daims contenant une douzaine d’animaux

dont un blanc, un autre pour les deux cerfs et quatre biches. Les faisans

et les perdrix abondent dans le parc 174 .

A partir de 1840, le prince de Wagram, Napoléon-Alexandre,

concède des petites chasses à des paysans du cru contre des fermages

en nature. Mais avec l’avènement du Second empire, le prince réduit

le nombre de ses locataires de chasses, et en découpe de plus grands

lots 175 . En 1880, plus de 2000 lapins ont été abattus. Le grand gibier

était fourni au prince par l’Administration des forêts et domaines de la

Couronne, tandis que le petit gibier pouvait soit être sauvage comme les

lièvres, soit élevé par le prince, comme les faisans issus d’œufs provenant

du Jardin d’acclimatation de Paris. Le Prince entretient une meute de 30

chiens bâtards et de deux limiers 176 . En moyenne, on tuait, au tir ou à

courre, au moins 300 pièces par mois, dont une partie était vendue 177 .

Aux côtés de grands pavillons de chasse, comme celui dit de Maastricht

construit dans les Bruyères, à l’ouest du « Carrefour de la Patte d’Oie » en

1889, on peut voir de simples cabanes dans les « Friches de Marolles »,

42


l’homme et la foret

(actuellement ce canton de bois porte le nom de « bois du Grippet » et

de « bois de Marolles ») 178 .

3. 4. Les conflits liés à la chasse

Les plaintes liées à l’activité de chasse sont constantes à

travers le temps. Elles émanent soit de propriétaires protestant de

la présence de chasseurs sur leurs terres soit des paysans qui se

plaignent des très nombreux lapins et du passage des chasseurs

dans les récoltes.

En 1762, les gardes du marquisat d’Ormesson dont les « 90

arpents de l’Hermitage », pièce de bois proche des Marmousets 179 , font

partie, rencontrent le sieur Morais, propriétaire des Marmousets avec un

fusil et deux chiens qui chasse dans les bois du marquis 180 .

A la fin du XVIIIe siècle, à la lecture des cahiers de doléances de

plusieurs communes, il est possible de saisir l’importance des tracas

causés à la fois par la présence de nombreux lapins mais aussi par la

noblesse détruisant les récoltes lors de poursuites de gibiers. Les paysans

se plaignent ainsi des passages des cavaliers, lors de chasses, dans les

champs pas encore récoltés. Ces mêmes remarques se retrouvent au

XIXe siècle, lorsque les lapins s’échappant des bois du Prince détruisent

les récoltes 181 .

Le chargé d’affaires du maréchal somme les gardes du domaine

de bien faire leur travail afin d’éviter les dégâts occasionnés par les

animaux 182 . Des furets sont élevés à Grosbois pour déloger les lièvres

et les lapins qui consommaient le lait produit par la laiterie de la

ferme 183 . On apprend lors d’un procès opposant le prince de Wagram

à un dénommé Plancon, un chasseur, que bien que celui-ci avait loué

pour 9 ans la chasse dans les « Uzelles de Marolles », il n’avait pas le

droit de chasser dans les fossés bordant cette parcelle 184 . Les gardes du

domaine de Grosbois sont chargés de relever les délits : moutons qui

mangent du trèfle, vol d’herbes ou de châtaignes, coupes de bois mort

et même vif, extraction de pierres, pâturages illicites, écorçage d’arbres

ou fabrications de cannes et de baliveaux avec du bois chapardé 185 . Le

braconnage était pourchassé avec sévérité : pêche illicite, pose de collets,

tirs de volatiles ou furetage de terriers, emprunt de chemins interdits,

franchissement de barrières.

Les cultivateurs se plaignent au cours de l’année 1879 de la

présence de nombreux sangliers. Un « lieutenant de louveterie » est

nommé par le préfet pour l’arrondissement de Corbeil afin de procéder

sans retard à la destruction des sangliers sur le territoire de Sucy 186 .

3. 5. l’impact du gibier sur l’écosystème

Pendant plusieurs siècles, la forêt a été traitée, aménagée en

fonction de la chasse, ce qui a eu des conséquences sur la qualité

des peuplements forestiers.

On y recherchait la plus forte densité de gibier et, comme celuici

faisait des dégâts dans les moissons, en compensation, les riverains

s’étaient vu accorder des droits dans les taillis et taillis sous futaie. Ces

prélèvements conjugués à l’abondance des cerfs et de chevreuils, ont

nui à la régénération des peuplements. Cela explique les vides (landes,

bruyères), visibles sur les cartes du XVIIIe et XIXe siècles, qui représentent

près de la moitié de la superficie du massif.

178

Arch. nat., 173bisAP 365 et

173bisAP 422. A Roissy-en-Brie,

l’ancien moulin de Berchères ne

fonctionne plus depuis 1880 et il

sert jusqu’en 1921 de pavillon de

chasse.

179

Le Buisson Notre-Dame se situe

entre les Usages de Noiseau et les

bois du chapitre Notre-Dame.

180

Arch. dép. Val-de-Marne, B 34.

181

LALLIARD (Fr.), L2002, p. 181.

182

LALLIARD (Fr.), 2002, p. 196.

183

LALLIARD (Fr.), 2002, p. 219.

184

Arch. nat., 173bis AP 365 et

173bis AP 370.

185

Arch. nat., 173bis AP 375,

dossier 3, dégâts de lapins, délits de

chasse.

186

Arch. Mun. Sucy, 3F 3.

43


L’Homme et la foret

4. Forêt et agriculture

L’histoire de l’exploitation forestière est très liée au cours du temps

aux activités agricoles. Ce sont soit des terres en friches ou des

landes qui sont mises en culture, soit des exploitations agricoles

qui se développent autour de la forêt aux dépens de celle-ci. Mais

un lien étroit existe aussi avec les activités de pâturage qui peuvent

être tantôt autorisées, tantôt sources de conflits dans les zones

forestières.

4.1 . Les mises en culture

4. 1. 1. La mise en culture des landes

La présence de la lande résulte en partie d’un environnement

façonné par l’homme depuis environ 3000 à 5000 ans, quand les

premières communautés de paysans éclaircirent la forêt pour travailler le

sol avant qu’il ne s’appauvrisse. La bruyère s’installe en effet sur les sols

généralement pauvres, siliceux et acides. Les grands incendies naturels

de forêt occasionnés par la foudre devaient également «rajeunir» le

milieu avec la lande en premier stade de colonisation.

Des tentatives de mise en culture des secteurs de lande

apparaissent dans la seconde moitié du XVIIe siècle, au Nord-Est du parc

de Grosbois :

Jean Mariot prend en location du chapitre Notre-Dame 120

arpents de bruyères au lieu dit « les Bruslés ». Les chanoines l’autorisent

à cultiver ce qu’il souhaite 187 . En 1701, il est fait mention « d’une ferme

qui était autrefois dans le bois de la Grande Haye Renard ». Cette ferme

dépendant de Grosbois était détruite à cette date 188 .

4. 1. 2. La mise en culture des terres en friche au XVIIIème

siècle

187

Arch. nat., S 393.

188

Arch. nat., S 1862. Le bois de la

Grande Haye Renard se situe à l’est

de l’allée du Château de Grosbois,

et il est formé actuellement d’une

partie de la Garenne de Grosbois, du

bois de la Justice et du bois Moreau

(parcelle 23 du bois de La-Grange).

189

Arch. dép. Val-de-Marne, BB 2884,

CHENET (J.-M.), 1982, p. 325.

190

Arch. nat., Z 1e 272.

Entre 1767 et 1789, la surface des terres labourables augmente

du fait de déboisements ou de mises en cultures de friches.

Ainsi des déboisements ont été opérés par le marquis d’Ormesson,

notamment autour du château des Marmousets 189 . Ces nouvelles terres

labourables se situaient à l’emplacement actuel du centre de Modélisme

et du domaine départemental des Marmousets, ainsi que sur les parcelles

116, 115, 47, 44, 43 et 41 de la forêt Notre-Dame.

Or il n’est pas le seul propriétaire à se lancer dans la mise en

valeur de friches. On voit ainsi le duc de Penthièvre (Louis Jean Marie de

Bourbon, arrière petit-fils de Louis XIV et de Mme de Montespan) ou bien

Monsieur (Louis Stanislas Xavier de France, comte de Provence, futur

Louis XVIII) autoriser la mise en culture de zones peu rentables. Dans

les années 1770, différents artisans (boucher, bûcheron, meunier, etc.),

demeurant à Sucy-en-Brie, déclarent avoir pris la quantité de plusieurs

arpents de terres en friches et en landes afin de les « dessécher,

défricher, et mettre en valeur » au lieu-dit « les bruyères de Sucy » 190 .

Certaines de ces pièces de terres incultes se situaient à proximité de la

route de Maison-Blanche (actuel sentier de Monthéty) et du chemin de

Paris (actuel chemin du Vieux Pavé de Paris).

4. 1. 3. Les mises en culture par famille de Wagram au

XIXème siècle

44


l’homme et la foret

Les informations se multiplient deux siècles plus tard avec

la famille de Wagram qui, bien qu’exploitant le domaine forestier,

développe un important centre d’élevage.

En 1815, le domaine de Grosbois abrite un troupeau bovin de 20

têtes (1 taureau, 15 vaches et 4 génisses) et un troupeau ovin de 107

têtes (6 béliers, 55 brebis et 46 moutons) à l’exception de 27 béliers

mérinos. L’écurie de la ferme abritait 14 chevaux et la porcherie 3

cochons 191 . La grande ferme, établie à l’entrée du domaine, gère la mise

en valeur d’environ 129 hectares de terres labourables et un peu moins

de 19 hectares de prés, dont une partie produisait du seigle, de l’orge et

du blé, et l’autre était consacrée à la culture des fourrages, luzerne et

avoine, destinés à l’élevage. Il augmente son troupeau ovin qui comporte

désormais 340 têtes à partir de 1834 (fumure des terres). Trois ans

plus tard, la ferme de Grosbois abritait 427 moutons. L’achat de béliers

Southdown laisse penser que ce troupeau fut de plus en plus destiné à la

viande de boucherie, même si les ventes de laine et de peaux procuraient

de substantiels revenus.

La famille de Wagram, possédant déjà un grand bois de 145 ha,

rebaptisé « le bois Clary » 192 , situé immédiatement au Nord du parc sur

les communes de Boissy-Saint-Léger et de Marolles, ainsi que quelques

parcelles de terre, se lance à partir de 1852 dans l’acquisition de

terrains dans « les bruyères de Sucy » 193 . A partir de 1855, la conquête

des Bruyères de Sucy se poursuit, tout en achetant des biens dans les

communes voisines de Santeny, Villecresnes et Marolles, dont la ferme

et les terres du Bois d’Auteuil. Le prince de Wagram fait construire, en

1850, une seconde ferme au nord du parc de Grosbois, appelée « la

ferme des Bruyères » ou bien « la ferme de Sucy » (Figure 25).

Figure 25, la ferme des Bruyères, début XXe siècle

(collection particulière)

Ce bâtiment à colombages était destiné à la mise en valeur des

terrains convertis en prés ou terres labourables au Nord du parc. Le

prince privilégie désormais son troupeau bovin, et son nombre d’ovins

redescend à partir des années 1860 à moins d’une centaine 194 .

191

LALLIARD (Fr.), 2002, p. 85.

192

Le nom de jeune fille de la

princesse Zénaïde est Clary.

Aujourd’hui transformé sous le

même patronyme en lotissements.

193

LALLIARD (Fr.), 2002, p. 205-

206.

194

LALLIARD (Fr.), 2002, p. 218.

45


L’Homme et la foret

L’augmentation des besoins alimentaires du troupeau nécessita

la réorganisation des assolements. De très grandes parcelles sont

créées, et des prairies artificielles de trèfle incarnat, luzerne ou sainfoin

sont plantées, tandis que la production d’avoine est augmentée, de telle

sorte, que comme pour le blé, le domaine peut vendre l’excédent 195 . La

production de luzerne, de trèfle incarnat et de vesce était consommée

sur place. L’orge et le seigle sont définitivement abandonnés dans les

années 1880. Grâce au troupeau ovin, le fumier du parc est obtenu en

abondance, mais la quantité du bétail trop insuffisante nécessita l’usage

de la fumure au guano dés les années 1830 196 . La forte demande en

main d’œuvre saisonnière augmenta et le prince pour limiter le coût

des salaires s’équipa, dans les années 1860, d’une batteuse puis d’une

machine à battre propulsée par une « locomotive » à vapeur, de trois

faucheuses, d’une moissonneuse, d’une faneuse ainsi que d’un semoir

à betteraves, d’un autre pour l’engrais, de deux rouleaux, de deux

charrues et de plus d’une dizaine d’herses 197 . Le prince installe même

dans sa ferme de Noiseau une distillerie, exploitée sans autorisation,

afin de répondre à la demande montante d’alcool industriel destiné à

lutter contre l’oïdium des vignes 198 .

Une forêt artificielle

En 1880, le baron Rodolphe Hottinguer se lance dans le

peuplement sylvicole du bois des Bouleaux sur le territoire de Sucy 199 .

Ces reboisements s’intensifient après la Première guerre mondiale : le

secteur des « Grandes friches » est replanté, tout comme les terres en

culture à l’Est du bois de Grattepeau.

4. 2 Les pâtures

4. 2. 1. Les droits d’usages octroyés par les établissements

religieux

Les animaux domestiques profitent des herbages sylvestres

pour se nourrir. Des droits d’usages sont donc accordés aux habitants

par les propriétaires forestiers pour le pâturage et le panage.

Les droits de pâturage et de panage permettaient aux animaux

en été de brouter l’herbe en abondance dans les forêts, et à l’automne,

surtout aux porcs, de consommer les glands, faines et fruits tombés.

Selon Georges Plaisance, chaque famille avait droit à trois porcs 200 . Les

moutons étaient dans certains cas admis, les chèvres exclues car elles

mangent les jeunes pousses. Les bovins vivent en grande partie dans la

forêt, soit en vaine pâture, soit à certaines époques en vive pâture dans

des futaies mieux gardées. Les chevaux pouvaient également pâturer

dans les bois.

195

LALLIARD (Fr.), 2006-18/19, [en

ligne : http://ruralia.revues.org/

document1141.html]

196

LALLIARD (Fr.), 2002, p. 220.

197

LALLIARD (Fr.), 2002, p. 221.

198

Arch. nat., Minutier central, étude

CXVIII, liasse 1169.

199

Arch. Mun. Sucy-en-Brie, 3F 2.

200

PLAISANCE (G.), 1988, p. 53.

201

LEBEUF (Abbé), 1883, p. 35.

202

Arch. dép. Essonne, A 1110 ;

Arch. nat., S 1862.

Pour le panage, l’époque de la glandée était souvent ouverte de

la Saint-Michel, le 29 septembre, à la Saint-André, le 30 novembre. Au

IXe siècle, une pièce de bois de 5 km de tour, à proximité de Villeneuve-

Saint-Georges pouvait nourrir 500 porcs 201 .

A partir du XIIIe siècle, pour certains espaces boisés s’instaure

le notion « de defens », c’est-à-dire qu’en-dessous d’un âge minimal

des arbres, le pâturage est interdit.

Par exemple dans les bois du prieuré de Marolles, selon un accord

conclu en 1247 entre le prieuré et les habitants de Marolles, le pâturage

46


l’homme et la foret

ne pouvait plus s’exercer après la 5 e feuille, c’est-à-dire dans des taillis

de 5 ans, dans les bois appelés « la grande forêt » (magna foresta) et le

« bois Germain ». En contrepartie, le prieur abandonne aux habitants le

bois « le Limets » pour y mener leur bétail et prendre du bois pour leur

chauffage et leurs constructions 202 .

En 1280, le chapitre Notre-Dame accorde aux habitants de

Noiseau le droit de prendre l’herbe de la forêt de Noiseau ainsi que le droit

de pâturage dans les bois lui appartenant à Noiseau. En contrepartie,

chaque foyer devra remettre aux chanoines le lendemain de Noël un

denier et un pain 203 .

Pour compléter la nourriture des animaux, les villageois

récoltaient les feuilles de frêne, orme, coudrier, érable, cueillies après

la sève d’août et séchées 204 . Les droits d’usages mettent en évidence

une tentative de régulation du régime alimentaire des troupeaux, qui

sont cantonnés à l’herbe et non aux pousses pré-ligneuses des jeunes

arbres.

Des traces de cette activité pastorale sont encore présentes

dans le paysage grâce à la toponymie. On trouve ainsi le « chemin

du Parc aux Bœufs », qui relie actuellement la frange septentrionale de

Marolles au « Carrefour des Huit routes » en direction de La Queue-en-

Brie. Cet axe dessert un canton de bois prénommé « le Parc aux Bœufs ».

Le terme d’Uzelles associé au nom d’une mare, à Noiseau, renvoie

aux droits d’usages. Le panage concerne les porcs qui se nourrissent

essentiellement de glands et de faines.

4. 2. 2. L’impact des pâtures sur l’écosystème

La pâture entraîne des modifications éco-systémiques sur

le milieu physique forestier qui se circonscrivent aux sols de deux

manières. Soit par une compression occasionnée par le piétinement

répété des animaux, donc une modification des qualités plastiques du

substrat, soit par l’élimination des déchets organiques du bétail sous

forme solide ou liquide, donc une transformation du pH du sol. Dans un

cas comme dans l’autre, ces modifications localisées des sols par le bétail

ont des répercussions qui sont incluses dans le processus d’ensemble.

Ainsi, le tassement et l’appauvrissement de l’humus constituent les

premières étapes vers le lessivage, l’hydromorphie et l’asphyxie de

l’horizon humifère forestier.

Ces incidences des troupeaux sur la végétation forestière sont

connues puisque la législation interdit la présence des ovi-caprins dans

la forêt.

A titre d’exemple, le problème de la régénération des taillis est

évoqué dans un accord entre le prieuré de Marolles et les habitants

du village : les animaux domestiques peuvent aller dans les taillis

uniquement lorsque ces derniers ont atteint 5 ans d’âge.

Les porcins participent également à la dégradation sylvestre.

Ils s’attaquent à une autre phase de la régénération des jeunes taillis

ainsi qu’à la strate herbacée. Les troupeaux de porcs mangent les

glands, piétinent l’herbe et creusent de nombreux sillons en vue de la

découverte de glands, de lombrics ou autres insectes, empêchant ainsi

dans certains secteurs boisés l’entretien et le semis des glands.

L’impact du pâturage peut expliquer que l’exercice de celui-ci

puisse être source de conflits.

203

Arch. nat., S 395 et S 393.

204

PLAISANCE (G.), 1988, p. 86.

47


L’Homme et la foret

Les données, rares pour la période médiévale, ne veulent pas

signaler l’absence de conflits mais cette rareté peut vraisemblablement

s’expliquer par la non conservation des documents. Pour verbaliser, il

fallait que les gardes surprennent le contrevenant en flagrant délit. Les

plaintes émanent des gardes chasses des différents propriétaires des

espaces agricoles et boisés qui découvrent des individus qui font paître

leur troupeau soit dans des lieux appartenant à d’autres propriétaires

soit dans des emplacements où le pâturage est interdit.

Ainsi en 1761, le garde chasse surprend Antoine Diot, berger du

sieur Goilard, fermier à Chalendray, de la paroisse de Montgeron, qui

fait paître un troupeau de moutons d’environ 60 bêtes, accompagné de

Louis Leroux, vacher du sieur des Vignes, propriétaire d’une ferme à

Chalendray, surveillant un troupeau de vaches composé de 20 vaches

et d’un taureau, dans la quinconce d’ormes située au terroir de Brunoy,

lieu-dit « les Gaudaux » 205 . En 1784, le garde de Santeny a vu le troupeau

du sieur Avisse, fermier audit Santeny, conduit par Piquet, le berger,

composé d’environ 300 bêtes dont 150 pâturaient dans les javelles d’une

pièce de blé, lieu-dit « au fondement » proche le territoire de Mandres,

et les 50 autres dans une pièce de luzerne proche la pièce de blé 206 .

En 1791, des plaintes signalent également des pâturages de plusieurs

troupeaux de vaches dans les bois de divers propriétaires 207 .

Les lisières

L’impact de l’homme sur les lisières est difficilement perceptible.

Cependant les clôtures sous forme de fossés et de talus ne semblent

apparaître qu’à partir du XIIIe siècle à la fin du mouvement de déboisement.

Les lisières forestières s’inscrivent dans une perspective d’ouverture des

paysages. Il semble plus que probable que les champs cultivés butaient

contre les franges forestières. On trouve dans les lisières, la présence

de structures archéologiques comme les bornes de pierres ou bien des

arbres remarquables servant de limites de parcelles.

5. Exploitation des ressources énergétiques de la forêt

5. 1. L’extraction des matériaux

205

Arch. dép. Essonne, B 311.

206

Arch. dép. Essonne, B 313.

207

Arch. Mun. Sucy ; I1j B 2 .

208

PIERART (Z.-J.), 2003 (réed.

1876), tome II, p. 469.

209

Arch. nat., S 393.

210

Arch. dép. Seine-et-Marne, 135F

98.

211

Arch. dép. Val-de-Marne, série

Fi.

212

DURBET (G.), 2001.

5. 1. 1. Charbon de bois

Les traces de l’activité charbonnière demeurent assez diffuses

mais sont attestées depuis le XIIIe siècle.

La première mention de charbon de bois apparaît dans une

ordonnance royale de 1270 dans laquelle il est stipulé que le voyer a

le droit de prendre la quantité de deux sacs, soit environ 400 litres,

sur tout le charbon qui viendra en sacs de Santeny, Tournan et Ozoir

jusqu’à Paris 208 . Moins d’une vingtaine d’années plus tard, une « voye

Carbonière » est signalée dans le bois du chapitre Notre-Dame dans le

secteur de Noiseau 209 . Quelques traces de charbonnage apparaissent au

XVIIIe siècle à l’est de Lésigny, dans les bois de la Mare et de Bervilliers 210 .

Cependant tout au long du XIXe siècle, de nombreuses familles, de Boissy-

Saint-Léger et de Sucy, travaillent au charbonnage dans la zone ouest de

la forêt Notre-Dame comme le montrent différentes cartes postales 211

mais aussi la mise au jour par la Mission du patrimoine de Sucy-en-Brie

en 2001 d’une loge dans la parcelle 26 du bois des Bouleaux 212 .

48


l’homme et la foret

5. 1. 2. Minerais de fer

La présence dans le substrat de grés ferrugineux peut

renforcer l’idée d’une exploitation métallurgique importante de la

période protohistorique jusqu’au haut Moyen Age.

Les découvertes archéologiques de plusieurs foyers ayant servi à

la réduction de minerais de fer, attribués à la période gallo-romaine, ont

été mis en évidence sur la commune de La Queue-en-Brie. A Brunoy, aux

Bosserons, des scories ferrugineux ont été trouvées en aménagement

des fondations d’un bâtiment gallo-romain 213 . Il est possible que les

grès ferrugineux aient été exploités aux époques anciennes. Pour la

période médiévale, un chemin reliant Périgny à Servon est encore appelé

au début du XVe siècle « chemin Myniais » 214 . Il faut rappeler que des

traces d’extractions de minerais ont été localisées dans les bois d’Ozoirla-Ferrière.

Bien que les découvertes d’un artisanat du fer se situent en

dehors de la zone forestière, l’impact de la métallurgie est important.

En effet, pour atteindre les températures de fusion du fer, il faut une

quantité importante de charbon de bois.

5. 1. 3. Ouvertures des carrières

Les textes demeurent muets sur l’ouverture de carrières au cours de la

période médiévale, cependant, il est possible de définir quelques zones

d’extractions grâce à des données plus tardives (textes et plans), la géologie

et les prospections menées en milieu forestier 215 . Les nombreuses

mares, en eau ou bien asséchées, encore visibles dans la forêt Notre-

Dame sont les vestiges des anciennes zones d’extraction de meulière,

argile, sable. Ces zones, comme le montre la carte de l’abbé Delagrive,

se trouvaient dans des espaces non boisés et desservis par plusieurs

chemins (Figure 26).

Figure 26, localisation des zones d’extractions, XVIIIe siècle

Les fosses de creusement, une fois le matériau exploité, se sont

remplies d’eau du fait de l’hydromorphie du sous-sol. La profondeur,

tout comme la superficie de ces mares est variable : de 15 à 50 m de

diamètre pour les plus grandes avec une profondeur de 2 à 3 m. Les

exploitants ont également extrait des matériaux en suivant le filon

comme on le voit dans la parcelle 19 de la forêt Notre-Dame (Figure

27).

213

SENEE (A.), 2003, p. 46.

214

Arch. nat., S 3989 B .

215

Arch. dép. Seine-et-Marne, E 195.

Les prospections archéologiques

ont été réalisées pendant 11 jours

uniquement dans le secteur de

la forêt Notre-Dame (communes

de Sucy-en-Brie et de Noiseau)

comprenant les parcelles 18 à 40 et

dans la forêt régionale de Grosbois,

des parcelles 1 à 34.

49


L’Homme et la foret

Figure 27, zones d’extraction (parcelle 19)

En 1541, François Ier entreprend la construction d’un château

avec parc et clôture dans la seigneurie d’Yerres, appartenant à Jean

Budé. Des carrières de pierre et d’argile sont ouvertes dans les bois

proches du chantier afin de fournir les matières premières. Des fours

à chaux sont édifiés et des arbres sont abattus afin de permettre le

passage des chariots 216 . Plusieurs « fouilles de pierre » sont signalées

dans le secteur des Bruyères de Sucy dans les années 1780 217 (figure

28).

Figure 28, carrières de meulière (forêt Notre-Dame)

(Arch. nat., NII Seine-et-Oise 2)

216

Arch. dép. Essonne, A 956.

217

Arch. Mun. Sucy-en-Brie, N1.

218

Archives nat., 173bis AP 377.

Dans la seconde moitié du XIXe siècle, c’est la construction

du fort de Villeneuve-Saint-Georges qui nécessite l’ouverture de

plusieurs carrières. En 1877, Huquin, entrepreneur du fort de Villeneuve-

Saint-Georges, reçoit ainsi l’autorisation d’ouvrir des carrières de pierre

meulière dans diverses pièces de terre et bois dépendant de Grosbois,

situées à Yerres dans les bois de la Blotte, le bois Louis et le bois Clos

(extrémité Sud-Ouest de la forêt de La Grange) 218 . L’ouverture de ces

carrières occasionna l’abattage des arbres, leur vente mais aussi la mise

en place de voies de circulation. Le prince de Wagram accepte ainsi la

50


l’homme et la foret

pose d’une voie ferrée, à voie étroite, affectée au transport des matériaux

dans le bois de Grandville 219 .

A partir des années 1880, plusieurs demandes d’ouverture

de carrières sont faites au bois des Camaldules, au lieu-dit « la Fosse

aux Biches ». En 1892, l’épuisement du gisement de la carrière du bois

d’Enfer pousse les cantonniers à solliciter l’autorisation du Prince de

Wagram de réaliser des sondages dans le « bois Renaudin », connu sous

le nom de « bois Bourron » 220 . Ces petites carrières de pierre servent

essentiellement à l’entretien des chemins publics 221 .

Au XXe siècle, dans la vallée du Morbras, quelques demandes

d’exploitation de carrières à ciel ouvert sont accordées, notamment

à La-Queue-en-Brie, « afin d’extraire de la meulière et de la caillasse » 222 .

On en trouve par exemple au lieu-dit « les Sapins », exploitées en

1928 par Rizziero Gianni. A ces demandes d’exploitation sont parfois

associées des demandes d’établir des dépôts d’explosifs, comme celui

existant au lotissement des Bordes à La-Queue-en-Brie, appartenant à

Ludovic Gadolini 223 .

5. 1. 4. Les vestiges des zones d’extraction

Les recherches menées sur le terrain, dans le secteur Sucy-

Noiseau, partie nord-ouest de la forêt Notre-Dame, ont permis de localiser

les vestiges d’anciennes zones d’extraction (Figure 29). Les traces

d’extraction des carrières de grès et d’argile se présentent actuellement

sous plusieurs formes. La plus fréquente est caractérisée par de grande

mare en eau d’un diamètre variant entre 20 et 40 m. Il est possible de

définir la profondeur, entre 2 et 3 m, de ces carrières à ciel ouvert grâce

aux mares asséchées. Dans la parcelle 19, des excavations de 2 à 3

m, de forme arrondie ou oblongue, et d’une profondeur inférieure à 2

m, montrent une autre forme dans l’organisation de l’exploitation des

matériaux. Dans la parcelle 144, les parties sommitales ainsi que les

bords présentent les vestiges d’une ancienne carrière de grès (restes de

préparation de la pierre extraite avant de la charger sur les chariots).

Figure 29, localisation des zones d’extraction

219

Archives nat., 173bis AP 377.

220

Archives nat., 173bis AP 377.

221

Arch. dép. Val-de-Marne,

EDEPOTBOISSY, 2O 7.

222

Arch. dép. Val-de-Marne, E dépôt

La-Queue 5I2.

223

Arch. dép. Val-de-Marne, E dépôt

La-Queue 5I2.

51


L’Homme et la foret

5. 2. Apparition de proto-industries aux franges de la

forêt

5. 2. 1. Les tuileries et briqueteries

Longtemps, le terme de « tuilerie » a désigné indifféremment

tous les types d’ateliers de terre cuite. La distinction sémantique entre

« tuilerie » et « briqueterie » s’affirme à partir du XIXe siècle, tout

au moins dans le secteur actuel de l’Arc boisé. Les archives, toutes

périodes confondues, soulignent l’importance de cette industrie en

périphérie du massif forestier puisque l’on compte 14 tuileries de la

fin du XIVe siècle jusqu’au début du XXe siècle (Figure 30).

Figure 30, carte des tuileries

Cependant la documentation n’a pas permis de toujours

saisir l’origine de l’ensemble des tuileries et encore moins l’évolution

économique de la production de terre cuite architecturale de ce secteur

géographique. L’iconographie et les sources écrites confrontées aux

recherches menées sur le terrain, ont permis de localiser les vestiges

des anciennes zones d’extraction d’argile. Les tuileries sont établies

dans un rayon de quelques kilomètres autour du massif forestier, et

peu éloignées des grands axes commerciaux. La rareté des sources

médiévales ne permet pas de dire si tous ces ateliers existaient déjà au

XIIe-XIIIe siècle, mais cela paraît vraisemblable pour certains d’entre eux,

notamment pour le site de La Queue-en-Brie. Par ailleurs, l’engouement

pour la construction en briques à partir de la fin du XVIe siècle, à l’image

des châteaux d’Ormesson et de Grosbois, peut expliquer la multiplication

des tuileries. Cette mode de « pierre et brique » se retrouve au début

du XVIIe siècle dans les prestigieuses façades de la Place royale à Paris

(actuelle Place des Vosges).

Les ateliers sont implantés :

-à proximité d’un cours d’eau naturel ou bien d’aménagements

hydrauliques comme des fossés ou des étangs ; ainsi, la tuilerie édifiée

en 1597 pour la construction du château de Grosbois a probablement

été construite en bordure du ru de Boissy ou de celui de Marolles.

-à l’écart des habitations, en bordure de forêt et à proximité des

zones d’extraction d’argile. La tuilerie de Marolles, attestée au XVIIIe

siècle, tout comme la briqueterie de La Queue-en-Brie du XXe siècle

correspondent à ce dernier critère.

Les tuileries n’ont pas toutes été édifiées durant la même

52


l’homme et la foret

période. Certaines créations, comme les tuileries de Grosbois et du

Piple répondent à des besoins précis des propriétaires. Pour la première,

Nicolas de Harlay, baron de Sancy, autorise en 1597 l’architecte Florent

Fournier, à construire des « fourneaux tant à chaux qu’à brique » pour

l’édification de son château 224 . Pour la seconde Charles Louis Schulmeister

de Meynau, propriétaire du domaine du Piple, établit une tuilerie dans la

première décennie du XIXe siècle pour entretenir ses bâtiments.

La plus ancienne mention concerne la tuilerie de La Queue-en-

Brie, village où il est mentionné la présence en 1394 d’un dénommé

Jean le Tuilier 225 . A partir du début du XVe siècle, les mentions se

multiplient : en 1411, une tuilerie est attestée à Mandres, ainsi qu’une

carrière d’argile vers le Bois d’Auteil à Villecresnes 226 . Au siècle suivant,

il est fait mention de tuileries à Santeny, à Lésigny et à Brunoy 227 .

Les plans issus de l’atlas du marquisat de Grosbois, confrontés

à ceux du cadastre napoléonien, ont permis de localiser en bordure

du Réveillon sur les communes de Marolles-en-Brie, Santeny et de

Villecresnes, les argilières. Il apparaît, comme le montre le bail passé

entre le Prince de Wagram et le tuilier Pierre Louis Dodier, en 1858, que

ce dernier reçoit l’autorisation de « tirer de la terre rouge » dans des

endroits bien définis, comme « le Soufflet chaudronnier » à Marolles, et

situés dans un rayon de quelques centaines de mètres de son four 228 .

En revanche, grâce aux archives, il est possible de reconstituer ces

exploitations. Les mentions concernant les bâtiments de la tuilerie sont

rares.

En 1773, le marché de construction de la future tuilerie du

Plessis-Saint-Antoine révèle des données intéressantes sur la taille et la

capacité d’enfournement 229 . La tuilerie se compose d’une halle dotée de

5 travées de 14 pieds de long et de large, c’est-à-dire de 5 m par 5 m

environ. Chaque travée est équipée d’un four pouvant contenir de 25 à

30000 tuiles. Un pavillon est édifié pour loger le tuilier et les ouvriers.

Dans une travée d’un des bâtiments de la tuilerie de Marolles, on trouve,

en 1830, une pièce servant de « mouloir » et la présence d’un séchoir

est indiquée 230 .

Quelques contrats de location permettent de saisir la gestion de

ces structures.

Le tuilier de La Queue-en-Brie qui se charge de la construction

de celle du Plessis en 1773 prend l’atelier une fois les travaux achevés.

Dans son bail, il est marqué que l’argile ainsi que le bois, des bourrées

d’épines, seront pris dans le parc du Plessis et qu’il devra payer chaque

cent de bourrées d’épines 2 livres 10 sous 231 .

Le Prince de Wagram, lorsqu’il loue sa tuilerie de Marolles, en

1858, inclut une clause obligeant son locataire à lui fournir toute la tuile

nécessaire, et sans aucune indemnité, pour l’entretien et la réparation

des propriétés du domaine de Grosbois 232 .

Il est difficile de définir la production de ces différentes

installations, cependant bien que les textes parlent de tuilerie, les fours

ont également servi à produire aussi bien des tuiles, des carreaux de

pavement que des briques. Cette affirmation est confirmée par exemple

par la présence de briques, employées en chaînages verticaux et pour

les encadrements des baies, en alternance avec la pierre de taille, dans

le château de Grosbois en 1597 alors qu’il est fait mention simplement

de tuilerie édifiée spécialement pour ce chantier. En 1765, le marquis

d’Ormesson, dans un acte de location de la terre et seigneurie de la

baronnie des Bordes, à Chennevières-sur-Marne, se réserve le droit

224

CIPRUT (E.), 1967, p. 137 ; Arch.

nat., Minutier central, étude XIX,

liasse 335.

225

Arch. nat., P 28 3 .

226

Arch. nat., S 3989 B .

227

Arch. dép. Essonne, A 1077, f° 92v.

En 1507, une « fosse de la tuilerie »

est signalée à Santeny, probablement

à proximité des ateliers ; Arch. dép.

Seine-et-Marne, 135F 97. En 1524,

présence d’une tuilerie sur le terroir

de Lésigny ; Arch. dép. Essonne, 2 E

14/1. Une tuilerie existe en 1547

à Brunoy ; Arch. nat., NIII Seine-et-

Oise 282. Certaines tuileries ne sont

connues que par une représentation

sur un plan, comme cela est le cas

de celle de Yerres, implantée vers la

forêt d’Ardenay, en bordure du ru

du Réveillon.

228

Arch. nat., 173bis AP 368 et

173bis AP 370. Cette tuilerie est

attestée en 1730.

229

Arch. nat., R 3 615.

230

Arch. nat., 173bis AP 370.

231

Arch. nat., R 3 615.

232

Arch. nat., 173bis AP 370.

53


L’Homme et la foret

de prendre de l’argile pour la manufacture de faïences et la tuileriebriqueterie

de La Queue-en-Brie, et d’utiliser la pierre extraite pour

diverses constructions dont la fabrication des meules des moulins

de la faïencerie 233 . En 1901, François Joseph Dandois signale qu’il

souhaite établir une briqueterie à La Queue-en-Brie, au lieu-dit « la

Pompe », afin de produire des briques et des poteries 234 . La diffusion

et la commercialisation de cette production n’est pas connue, toutefois

des actes notariés de la seconde moitié du XVIIe siècle, montrent des

relations commerciales entre un tuilier de Chennevières-sur-Marne et

un couvreur de Sucy. François Baillet se fournit ainsi en tuiles auprès

de François Chebon, marchand tuilier de Chennevières-sur-Marne, pour

refaire les toitures des maisons de Sucy-en-Brie 235 .

Les tuiliers ont pu également exploiter les gisements

sableux présents dans le massif forestier comme dégraissant. Les

affleurements de sable à l’est de la forêt Notre-Dame à Lésigny et dans

la forêt de La Grange ont été exploités par l’homme au moins au cours

de la période moderne comme le soulignent de nombreux plans 236 .

Une « sablonnière » est figurée au Sud de Grosbois, en 1706, et deux

« sablières » sont signalées à Monthéty (Figure 31). Bien qu’aucune donnée

ne nous le confirme pour les siècles antérieurs, il est vraisemblable qu’il

en était de même. A Villecresnes, des anciennes zones d’extraction de

sable ont été utilisées aux XVIIIe et XIXe siècles, à proximité du « bois

Prie Dieu » 237 .

Figure 31, plan de la « sablonnière » de Grosbois, 1706

(Arch. dép. Seine-et-Marne, E 195)

233

Arch. nat., R 3 478.

234

Arch. dép. Val-de-Marne, 5I 1-1.

235

Arch. dép. Val-de-Marne, 3 E 1-1.

236

Arch. dép. Seine-et-Marne, E 195;

Arch. nat., NIV Seine-et-Marne 30.

237

Informations communiquées par

Mme Lydia Henrich, service culturel

de Villecresnes.

238

Arch. nat., R 3 478.

239

Arch. nat., Q 1 1507.

Les marnes extraites pour les tuileries ont également servi à un

autre usage comme le souligne en 1765, le marquis d’Ormesson qui se

réserve « les marnes, argiles et autres terres de cette nature dont il aura

besoin pour la culture de ses terres » 238 .

5. 2. 2. Verrerie

Au milieu du XVIIIe siècle, une nouvelle industrie apparaît pour

seulement quelques années : une verrerie est construite dans la Grande

rue de Villeneuve-Saint-Georges 239 . Puis, l’ensemble des bâtiments est

acquis par le roi afin d’y installer de nouvelles écuries, faute de place

dans celles de Choisy 240 .

54


l’homme et la foret

5. 3. Les impacts des industries sur la forêt

L’extraction des matériaux, la fabrication de charbon de bois

(carrières de meulière, charbonnière, etc.) nécessita tout d’abord la

coupe des arbres afin de dégager l’aire des ateliers des carriers. Des

chemins ont été ouverts dans la forêt afin de permettre le passage

des chariots.

Une étude anglaise réalisée sur l’utilisation des peuplements

de taillis du Lake District, dans le Devon (Grande-Bretagne), apporte

quelques informations sur l’incidence sur les taillis de la fabrication de

charbon de bois produit à l’aide de fours portables 241 . Il faut environ

300 à 350 tonnes/an de bois séché à l’air pour produire 50 tonnes de

charbon de bois. Lors de la mise en défense de Paris en 1904, des données

permettent de saisir la quantité de bois nécessaire à la fabrication d’une

meule de charbon : de 12 à 15 stères de bois 242 .

Il est difficile de définir l’impact des tuileries sur la forêt, faute de

données locales. Cependant, en s’appuyant sur des documents issus

des fouilles archéologiques ou bien de publications, la quantité d’argile

nécessaire à une fournée de tuiles et de briques peut être estimée 243 .

De plus, la capacité d’enfournement est variable selon les tuileries et

briqueteries.

En Bourgogne, un atelier, appartenant au duc de Bourgogne, en

1354, peut contenir 11000 tuiles, et il pouvait être fait 6 cuissons en

16 mois. 244 . Si l’on prend les tuileries de l’abbaye de Cîteaux, dans la

même région, celles-ci avaient des capacités d’enfournement moindres

et le nombre de fournées annuelles varie entre 5 et 7 au cours des XVIe

et XVIIe siècle 245 . Pour la fabrication de 5000 tuiles, d’un poids de 1 kg,

il faut environ la quantité de 6 tonnes et demi d’argile et la cuisson va

nécessiter l’emploi de 24 stères de bois (bûches au début de la cuisson qui

doit être lente et ensuite des fagots pour la montée en température).

240

Arch. nat., Q 1 1507.

241

FRANKLIN (D.-J.), 1993, p. 18.

242

Serv. Hist. Défense, 7N 1877. Il

est envisagé, en 1904, de tirer des

déboisements défensifs, réalisés

dans la région Sud-Est (secteurs

Villiers-Champigny et Sucy-

Villeneuve-Saint-Georges), 30 stères

et 500 fagots par hectare. Le poids

d’un fagot est estimé à 15 kg et un

ouvrier peut couper par jour 3 stères

de bois, ou bien manutentionner

et charger 5 stères. Des données

permettent également de saisir la

quantité de bois pour une meule, il

faut donc de 12 à 15 stères de bois.

243

CHAPELOT (J.), CHAPELOT (O.),

RIETH (B.), sous presse.

244

CHAPELOT (O.), 1986, p. 23-32.

245

BERTHIER (K.), FLOUZAT (A.), sous

presse.

55


L’Homme et la foret

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57


L’Homme et la foret

III – Rô l e s t r at é g i q u e l o r s d e c o n f l i t s d’u n m a s s i f

f o r e s t i e r d u s u d-e s t parisien

1. La Fronde (1648-1652)

1. 1. Repères historiques

1. 1. 1. Les causes

La Fronde survient en pleine période de conflit avec l’étranger.

La Guerre de Trente ans s’est achevée en 1648, avec pour conséquence

l’accroissement de l’influence de la France sur le Rhin. Dans les

pays allemands, face au Saint empire romain germanique, la lutte se

poursuit avec l’Espagne, sur les frontières du Nord de la France et

dans les Pyrénées. La guerre qui ne s’achève pas avant 1659, nécessite

d’importantes finances et la concentration des pouvoirs. Le peuple et la

noblesse protestent, les catholiques français prônent un rapprochement

avec le roi catholique d’Espagne. De plus, l’agitation apparaît avec

l’arrivée de Mazarin et la régence d’Anne d’Autriche, à la suite des décès

de Richelieu en 1642 puis de Louis XIII en 1643. Le Parlement de Paris

et les Princes de Sang (Monsieur, la Grande Mademoiselle, Condé, Conti,

Beaufort, oncles et cousins du roi), la haute noblesse et leurs vassaux

entrent en lutte pour s’emparer du pouvoir. La population parisienne se

soulève ainsi que les campagnes 246 .

1. 1. 2. La Fronde Parlementaire

Lors de la Fronde Parlementaire (de mai 1648 à mai 1649), alors

que la capitale est aux mains des parisiens et du Parlement de Paris,

le Prince de Condé, avec 8000 hommes, isole la capitale en formant

un blocus à partir de janvier 1649, empêchant l’approvisionnement de

la ville. Des troupes, au service du Roi, tiennent Corbeil, Lagny, Saint-

Cloud, stoppent les parisiens à Juvisy, prennent Charenton et à partir

de février 1649, une des garnisons tient Brie-Comte-Robert, Lésigny et

Villeneuve-Saint-Georges 247 . Le 11 mars 1649, la régente Anne d’Autriche

et son premier ministre Mazarin concluent la paix avec le Parlement de

Paris. C’est la fin de la Fronde parlementaire. Les magistrats renoncent à

limiter en France le pouvoir royal.

1. 1. 3. La Fronde des Princes

La cour quitte le château de Saint-Germain-en-Laye où elle s’était

réfugiée avec la famille royale, et regagne Paris en octobre. Le roi est

accueilli sous les acclamations mais il doit désormais faire face à la

Fronde des Princes, plus violente et combative mais désordonnée. A

Paris et dans les provinces se multiplient les «mazarinades», pamphlets

et chansons satiriques qui brocardent Mazarin et même le traînent dans

la boue. Le Grand Condé fomente des complots avec quelques grands

seigneurs dont son frère le prince de Conti, et bientôt, la guerre civile,

aggravée par l’intervention des Espagnols, met le pays à feu et à sang.

Avec la Fronde des Princes (de janvier 1650 à octobre 1652) les actions

se multiplient.

1. 2. La Fronde dans les massifs de Notre-Dame, de

Grosbois et de La Grange

246

CHANCELIER (M.), 1998, p. 14.

247

CHANCELIER (M.), 1998, p. 18.

Le Prince de Condé est désormais le chef de la rébellion, et il

s’appuie sur des troupes recrutées dans le Midi et dans sa province de

Guyenne. En mai 1652, Charles IV de Lorraine qui se déclare pour

58


l’homme et la foret

Condé, revient de l’Est à la tête de ses troupes et s’arrête à Villeneuve-

Saint-Georges, pour se préparer à faire route sur Paris. Turenne, qui

dirige les forces du roi et de Mazarin, quitte précipitamment le siège

d’Etampes afin d’empêcher la jonction des armées des Lorrains et des

Condéens (Figure 32).

Figure 32, déplacements des troupes en 1652

Il traverse la Seine à Corbeil et l’Yerres à Brunoy. Turenne fait

construire un pont en bois, formé d’embarcations et de poutres

enlevées à des maisons, pour faire traverser l’Yerres à ses hommes

et couper la route à Charles IV de Lorraine qu’il rejoint à Boissy-Saint-

Léger, près de Grosbois 248 . Les lorrains rassemblent 5000 cavaliers

et 3000 fantassins et tiennent le Mont-Griffon et les alentours. Ils

établissent en une nuit 6 redoutes du côté de « la plaine », aux horizons

dégagés de Limeil. Ils sont protégés par l’Yerres et d’épais boisements

(Bois Notre-Dame, parcs de Grosbois et de La-Grange-du-Milieu comme

l’indique un plan, conservé à la Bibliothèque nationale et publié par

Michel Chancelier (Figure 33) 249 .

Figure 33, carte des affrontements, XVIIe siècle

(Bibliothèque nationale)

248

JACQUART (J.), 1960, p. 264.

249

CHANCELIER (M.), 1998, p. 26 ;

SAIGE (G.), 1883-1885, p. 287. Les

troupes de Turenne, manquent

de vivres, mais sont parfaitement

équipées en canons.

59


L’Homme et la foret

250

MOREAU (M.), 1856, (première

édition 1681), p. 97-98.

251

MOREAU (M.), 1856, (première

édition 1681), p. 104. Le maréchal

de Turenne occupe effectivement le

camp où le duc de Lorraine s’était

retranché au mois de juin précédent

après la libération d’Etampes.

252

CHERUEL (A.), éd., 1858 ; SAIGE

(G.), 1883-1885, p. 290.

253

MOREAU (M.), 1856, (première

édition 1681), p. 98. Les troupes

du Roi contrôlaient les accès à la

Seine.

254

WEISS (ch., E.),2005 (réédition de

1951), p. 130.

255

MOREAU (M.), 1856, (première

édition 1681), p. 99. Grosbois

ayant des sauvegardes de tous

les généraux, le duc de Lorraine

était obligé d’en respecter les

dépendances. Il ne pouvait donc

ni faire entrer ses troupes dans le

parc ni dans les bois de la Grange

du Milieu. ; WEISS (ch., E.), 2005

(réédition de 1951), p. 132.

256

MOREAU (M.), 1856, (première

édition 1681), p. 101 ; WEISS (ch.,

E.), 2005 (réédition de 1951), p.

134 ; CHERUEL (A.), éd., 1858.

257

MOREAU (M.), 1856, (première

édition 1681), p. 104 ; SAIGE (G.),

1883-1885, p. 290 ; CHERUEL (A.),

éd., 1858.

258

CHANCELIER (M.), 1998, p. 17.

L’infanterie est placée derrière les redoutes et les canons sont

situés sur les hauteurs. Il reçoit du duc de Beaufort un appui de 1200 à

1500 combattants, et des armées des ducs Eberhard III de Wurtemberg et

de Charles IV de Lorraine et de Bar : 20 000 combattants font face aux

troupes royales qui comptent 8000 hommes 250 . Le duc de Lorraine

s’installe sur les hauteurs de Montgeron, Eberhard III de Wurtemberg

tient le secteur de Grosbois et Condé établit des retranchements

face à ceux de Turenne, en contrebas du coteau de Limeil. Madame

de la Guette rappelle que le maréchal de Turenne occupe et fortifie les

retranchements qui avaient été édifiés par les Lorrains auparavant, et

les relie par des « lignes » 251 , tandis que Mademoiselle de Montpensier,

lors d’une de ses visites aux Prince de Condé à Grosbois, signale, dans

ses Mémoires, « quelques petits retranchements sur une hauteur, qui

se nomme la Montagne du Griffon » 252 . Madame de la Guette, dans ses

Mémoires, raconte également qu’elle est hissée sur un four à chaux,

situé vers un pavillon du parc de Grosbois, afin de contempler les deux

armées en présence : les lorrains venaient de la plaine de Brie-Comte-

Robert, tandis que les troupes royales campaient entre la Seine et

l’Yerres, un peu au-dessus de Villeneuve-Saint-Georges 253 . Les Lorrains

établissent leur campement au Cheval Griffon, entre Crosne et Yerres 254 .

Grâce aux informations de Madame de la Guette, il est possible de situer

les belligérants : le parti du roi, avec Turenne, est basé vers Villeneuve-

Saint-Georges, des soldats de l’infanterie royale sont embusqués dans

les bois de la Grange du Milieu et un camp-volant poursuit les troupes

de Condé qui devaient passer entre Turenne et l’infanterie au risque

d’essuyer leurs tirs. De plus, les paysans des environs, au nombre de

10000, réfugiés dans le parc de Grosbois risquaient de se retourner

contre les hommes de Condé établis à Grosbois 255 . Le duc de Lorraine,

devant le danger, refuse le combat et s’éloigne pour loger ses hommes

entre Mandres et Cerçay, tandis que lui installe son camp à Valenton et

à Limeil 256 . L’armée royale de Turenne se replie en pleine nuit au moyen

de ponts de bateaux mis en place sur la Seine. Les armées sont formées

en grande partie de mercenaires Suisses du côté du Roi et de Lorrains,

Allemands ou Croates du côté de Condé. Certains chefs militaires comme

les ducs d’Ulrich de Wurtemberg et Charles IV de Lorraine hésitent

même à choisir leur camp et proposent d’engager leurs troupes au

service du plus offrant. Les mercenaires sont cantonnés dans des camps

fortifiés d’où ils rayonnent pour « vivre sur le pays ». Toutefois dans les

Mémoires de Mme de La Guette et de Mlle de Montpensier, il apparaît

que les commandements des armées se rendent régulièrement à Paris

où ils sont reçus dans des dîners. Au cours du conflit, on organise des

visites des différents campements pour les dames de la noblesse 257 . Les

troupes armées des belligérants se retirent des communes orientales de

Paris à la fin de l’année 1652. L’armement et la composition des armées

se sont perfectionnés : importance de l’artillerie, des canonniers, des

mousquetaires et de la cavalerie légère (pistolets à deux coups), du

génie 258 . Cependant, le poids des canons complique le déplacement des

troupes, et l’usage de la poudre noire indique à l’adversaire la position

des tireurs dans la forêt. Ces contraintes se retrouvent dans les deux

camps et expliquent sans doute les cantonnements des armées dans le

massif forestier.

1. 3. Traces actuelles des combats

Le plateau Briard, dans ses confins de l’Ouest, (le Mont Griffon

culmine à 115 m) domine la vallée de l’Yerres (dont les berges sont

situées à 32 m) et la forêt de Sénart et permet d’avoir une vue sur la

confluence des vallées de la Seine, de l’Yerres, de la Marne et sur Paris.

60


l’homme et la foret

La permanence de certains toponymes sur le territoire actuel

témoigne de la violence des affrontements entre les troupes royales

commandées par Turenne et les troupes adverses dirigées par Condé

dans le secteur d’études 259 . Les toponymes rappellent essentiellement la

présence des troupes ennemies : le Petit et le Grand Wirtemberg (Limeil-

Brévannes) 260 , le Camp des Lorrains (Yerres), la Mare Armée (Yerres), le

Chemin des Lorrains (Brunoy et Villecresnes 261 ). A Villecresnes, dans la

pente du Mont-Ezard, une ferme a été détruite par les Lorrains, d’où le

toponyme de « Camp » et de « la Fontaine du camp » 262 . Des vestiges de

cet épisode ont perduré dans le paysage comme l’indiquent à la fois un

plan du début du XVIIIe siècle sous l’appellation « fort de Virtemberg en

forme de redoute à étoile » 263 et un relevé archéologique 264 (Figures 34

et 35).

Figure 34, représentation du « fort de Virtemberg en forme de redoute

à étoile », début XVIIIe siècle (Arch. dép. Essonne, A 1163)

Le « Camp des Lorrains », ancienne construction militaire, se

situe dans la parcelle 24, le long de l’allée couverte menant au château

de Grosbois 265 . L’emplacement de ce « fort » est encore identifiable

par la présence d’un vaste fossé de 4 m. de large, en partie comblé,

entourant une plate forme de 2500 m 2 , présentant une forme d’étoile à

quatre branches. Il est probable qu’une palissade en bois, figurée sur le

plan du XVIIIe siècle, renforçait le système défensif de la structure. Cet

aménagement faisait partie d’un ensemble militaire, formé de bastions

avec canons.

Figure 35, relevé archéologique du « Camp des Lorrains », commune

d’Yerres, (SENEE (A.), « Toponymes témoins de l’histoire de La

Fronde »…)

259

SENEE (A.), à paraître.

260

Arch. dép. Val-de-Marne, Limeil-

Brévannes, la section C du cadastre

Napoléonien s’intitule « Fiefs de

Wirtemberg et de Bligny ».

261

Arch. dép. Val-de-Marne,

Villecresnes, la section C 1 du cadastre

Napoléonien s’intitule « Chemin des

Lorreins ».

262

WEISS (ch., E.), 2005 (réédition de

1951), p. 145.

263

Arch. dép. Essonne, A 1163 ; Arch.

nat., 173bis AP 368. Le « Camp des

Lorrains » est également figuré sur

un plan de 1818.

264

SENEE (A.), , à paraître.

265

CHANCELIER (M.), 1998, p. 18.

Cet auteur signale l’édification de

redoutes autour du Mont-Griffon

du côté de la plaine au cours de la

Fronde.

61


L’Homme et la foret

2. La mise en défense de Paris

2. 1. Le premier Empire

Les acquis juridiques et sociaux (destruction de la féodalité,

des privilèges et de la vente des biens nationaux) instaurés par la

Révolution, sont préservés sous l’Empire. Cependant, du point de vue

économique, la Révolution marque le déclin des façades maritimes et

oppose à la désindustrialisation de l’Ouest, la nouvelle industrialisation

conquérante du Nord et de l’Est. La nouvelle donne se manifeste aussi

par le renforcement du rôle de Paris, capitale industrielle et financière,

qui centralise les décisions économiques provoquant l’afflux de capitaux

et d’hommes d’affaires. Les grands propriétaires fonciers constituent la

nouvelle classe dirigeante, l’ancienne aristocratie se mêlant à la nouvelle.

On assiste à une promotion de la bourgeoisie tout comme à l’apparition

de « nouveaux riches », nés du négoce ou de l’industrie, qui se fondent

dans les rangs des notables. Napoléon, souhaitant faire de Paris une

capitale phare de l’Europe, lance un vaste programme de rénovation

urbaine (construction de trottoirs, de caniveaux, numérotation des

maisons, de ponts, de quais, etc.).

Ainsi, dès 1805, le Comité central des fortifications réfléchit à un

renforcement des défenses de la capitale, mais les crédits manquants, il

fut décidé de conforter les défenses des frontières de l’Empire (Anvers,

Mayence, Alexandrie, etc.…) 266 . Paris ne se présente pas comme une

place forte, en 1814, mais plutôt comme un vaste dépôt de troupes

à l’instruction ou en transit. L’empereur demande la fortification des

faubourgs et la réparation des trous du mur des fermiers généraux 267 .

Devant l’avancée des troupes ennemies, il est décidé début mars,

et trop tardivement, d’établir des batteries sur Montmartre. Dans les

campagnes, les affrontements font rage. Ainsi entre Santeny et Servon,

« la butte à Gayen » ou du Point du Jour qui était défendue par les Marie-

Louise, de jeunes recrues, et les gardes nationaux en 1814, est enlevée

par le comte Gagern, lieutenant du maréchal Blücher, qui commande

l’armée des « Quatre Grands » 268 . La reddition est signée le 31 mars

1814.

En 1815, pendant les Cent-Jours, Napoléon ordonne, dès le 1 er

mai, l’édification de plusieurs retranchements en terre, flanqués de

batteries d’artillerie sous casemates en bois et terre, autour de Paris.

Les travaux ne seront réalisés qu’à Montmartre, Belleville, Saint-Mandé

et Bercy. Malgré l’abdication de l’empereur le 22 juin, les combats se

poursuivent autour de la capitale jusqu’au 3 juillet, date de la capitulation

de l’armée impériale. Louis XVIII revient en France cinq jours plus tard.

2. 2. La guerre de 1870

266

BARROS (M.), PERNOT (J.-Fr.) dir.,

2005, p. 23.

267

BARROS (M.), PERNOT (J.-Fr.) dir.,

2005, p. 23.

268

NICOL (P.), 1986, p. 3. Les

« Quatre Grands » représentent

les vainqueurs de Napoléon : le

Royaume-Uni, la Prusse, l’empire

autrichien et l’empire russe.

269

VIOLLET-LE-DUC (E.), 1871, p.

31.

270

VIOLLET-LE-DUC (E.), 1871, p.

32.

271

VIOLLET-LE-DUC (E.), 1871, p.

99.

2. 2. 1. Les combats

Au cours de la guerre de 1870, des combats violents se

déroulent dans le secteur de Champigny-sur-Marne, la ligne de

front se situe sur une longueur de 6 kilomètres, entre Noisy-le-

Grand et Chennevières-sur-Marne. Les allemands se sont fortifiés

sur une hauteur à Ormesson et bombardent les français 269 . L’artillerie

ennemie est parfaitement protégée par des ouvrages 270 . A Ormesson,

les Prussiens, au lieu-dit le Temps Perdu, ont construit un poste pouvant

contenir 300 hommes, muni d’un retranchement 271 . Les allemands, en se

retirant sur les hauteurs de Villiers-sur-Marne, avaient laissé un de leurs

campements, situé dans le petit bois « le Plant », à droite de la route

n° 45, montant de « la Fourche » à Villiers. Les soldats ennemis avaient

creusé des trous en forme de cône très-aplati, garnis de clayonnage, et

62


l’homme et la foret

sur lesquels ils dormaient et faisaient la cuisine (Figure 36). Au centre de

la construction, une petite plate-forme, circulaire et entourée de pierre,

repose sur des cailloux afin d’absorber l’eau 272 . Certains des cônes,

légèrement enterrés, pouvaient être recouverts de bois et/ou de terre.

Figure 36, vestige d’un campement allemand dans le bois « le Plant »,

1870, (VIOLLET-LE-DUC (E.), Mémoire sur la défense de Paris, p. 142)

Viollet-le-Duc note dans son ouvrage sur la défense de Paris que

« les troupes allemandes, suivant les instructions de l’état major prussien,

campent, toutes les fois que cela est possible, dans les bois 273 . L’auteur

regrette que nos défenses n’aient pas été établies dans « un rayon plus

étendu et de manière à occuper les véritables positions stratégiques qui

entourent Paris », comme par exemple à l’Est, les hauteurs de Coeuilly,

de La Queue-en-Brie ; au Sud, sur celles des bois Notre-Dame et de La

Grange 274 .

2. 2. 2. Le programme de fortification

Suite aux sièges de 1870, un nouveau programme de

fortification s’impose : il s’agit du « système étendu » composé de

plusieurs forts, redoutes, bastions présentant un cercle de 126 km

autour de Paris 275 .

La loi du 27 juillet 1872 crée une armée basée sur le principe du

service obligatoire pour tous les citoyens. L’armement évolue : l’artillerie

se dote de canons à tube en acier et à chargement par la culasse, et d’un

nouveau fusil à cartouche métallique 276 .

Entre 1874 et 1885, le général Séré de Rivières lance la construction

de 18 forts dont pour l’Est parisien : Villeneuve-Saint-Georges, Sucyen-Brie,

Champigny-sur-Marne, Villiers-sur-Marne, Chelles et Vaujours.

Tactiquement, la défense de Paris s’organise en trois groupements

géographiques de forts. Le 1 er au nord, de Cormeilles à Stains, oblige

l’ennemi à traverser la Seine à l’ouest de l’Oise et permet de contrôler

les plaines de France. Le 2 eme à l’est, de Vaujours à Villeneuve-Saint-

Georges, tient les plateaux d’où les allemands avaient bombardé les

forts et bloqué toutes sorties en 1870. Le 3 e au sud-ouest de Palaiseau

à Marly-le-Roi, facilite une sortie en direction d’une armée de secours

venant de la Loire ou des ports de l’Atlantique 277 .

Les forts, installés sur les buttes dominant Paris et les plaines

de l’Ile-de-France, empêchent ainsi l’assiégeant, contenu au pied des

272

VIOLLET-LE-DUC (E.), 1871, p.

141-142.

273

VIOLLET-LE-DUC (E.), 1871, p.

141-144.

274

VIOLLET-LE-DUC (E.), 1871, p.

141-153.

275

Viollet-le-Duc,en tant qu’ancien

lieutenant-colonel de la Légion

auxiliaire du Génie, avait proposé

une zone encore plus importante

dans son livre Mémoire sur la défense

de Paris, publié en 1871.

276

BARROS (M.), PERNOT (J.-Fr.) dir.,

juin 2005, p. 99.

277

BARROS (M.), PERNOT (J.-Fr.) dir.,

2005, p. 101.

63


L’Homme et la foret

collines, de voir dans le camp retranché.

Au début de l’année 1877, Huquin, entrepreneur du fort de

Villeneuve-Saint-Georges, reçoit l’autorisation d’ouvrir des carrières

de pierre meulière dans diverses pièces de terre et bois dépendant de

Grosbois, situées à Yerres dans les bois de la Blotte, le bois Louis et le

bois Clos 278 . Le prince de Wagram, propriétaire des parcelles, accepte la

pose d’une voie ferrée, à voie étroite, affectée au transport des matériaux

dans le bois de Grandville 279 . L’année suivante, en juin, la commission du

Génie militaire procède à l’arpentage des terrains, au lieu-dit « La Noyer

Pignon », afin de tracer la place du fort de Sucy-en-Brie 280 .

Les nouveaux ouvrages défensifs construits après les événements

de 1870, ont été édifiés sur les anciens emplacements des troupes

prussiennes (Figure 37). Les forts de Séré devaient assurer le stockage

des munitions afin de servir de ligne de résistance, mais à partir de

1886 avec la découverte de la mélinite, un nouvel explosif, qui allonge

la portée de l’artillerie, ces défenses deviennent caduques 281 .

278

Arch. nat., 173bis AP 377.

279

Arch. nat., 173bis AP 377.

280

Arch. Mun. Sucy-en-Brie, I1j a².

Pour l’architecture et l’organisation

spatiale des forts, voir M. Robert

JACQUES, président de l’Association

des Amis du Fort de Sucy.

281

JACQUES (R.), 1999, p. 160.

Figure 37, Cartographie des ouvrages défensifs de 1880

(BARROS (M.), PERNOT (J.-Fr.) dir., Les fortifications en Ile-de-France,

1792-1944, IAURIF, 2005, p. 119)

64


l’homme et la foret

2. 3. « Le camp retranché de Paris » : les préparatifs à la

guerre 1914-1918

La mise en défense du Camp retranché de Paris a entraîné

d’importantes modifications de l’espace boisé au cours de la Première

Guerre Mondiale. Dès le mois de décembre 1914, « une commission

des forêts fonctionne au 4e bureau de l’État-major de l’armée » avec

comme attribution principale de « préparer par tous voies et moyens la

constitution des approvisionnements des bois de toutes espèces pour les

besoins de l’armée » 282 .

2. 3. 1. Le dispositif de défense

Depuis la défaite de 1870, l’armée réfléchit à la mise en

défense de Paris en proposant plusieurs plans de travaux au cours

de la fin du XIXe siècle, avec inspections sur le terrain.

L’évolution des techniques militaires (armement et stratégie)

entraîne des modifications dans l’organisation des forts et la gestion

des troupes. Le 12 avril 1912, une délégation de la Haute Commission

des Places fortes se rend sur le front sud-est pour examiner sur place

les travaux du Camp retranché, c’est-à-dire l’occupation du plateau de

Villeneuve-Saint-Georges et l’extension en lisière est du bois Notre-

Dame. La délégation constate que le fort de Sucy ne peut pas servir

en appui au fort de Villeneuve-Saint-Georges, ni comme soutien de la

position avancée en lisière est du bois Notre-Dame car il est dominé

par la crête ouest de cette zone boisée et n’a pas de dégagement 283 . La

coupe des arbres vers Marolles nécessiterait trop de déboisements.

Afin de résister à l’avancée de l’ennemi, et pour conserver ce

secteur forestier, il est décidé de créer, « entre Pontault-Combaut

et Lésigny, au saillant compris entre le Morbras et le Réveillon, un

centre de résistance principal, dont la ligne de front engloberait le

Mamelon de Montéty et dont le point d’appui principal serait un fort

solide à établir auprès des Friches au niveau de l’étranglement du bois

et en déboisant largement » 284 .

De plus, le long du Réveillon, il est décidé d’organiser pour

la défense trois centres de résistance, formés d’abris bétonnés, à

Grattepeau, à Cerçay-Villecresnes et au Mont-Griffon. De plus, les

points d’appui nombreux (châteaux, murs de parcs, bosquets), en rive

droite de l’Yerres et du Réveillon, favorisent une défense au fusil et à la

mitrailleuse, renforcée par les bois couvrant le plateau en particulier de

Marolles à Lésigny. La ligne de défense, préconisée entre Marolles et

Sucy, est abandonnée au profit d’une ligne en lisière est de la forêt.

En mars 1913, il est ajouté la construction d’un ouvrage sur

le plateau entre Périgny et Servon, en avant du petit bois isolé (bois

Saint-Leu). Parallèlement à ces nouveaux aménagements, il est prévu la

construction d’une voie étroite, de 0,60 m, pour ravitailler l’Artillerie et

le Génie 285 . Cette défense est renforcée par de nombreuses batteries de

canons (Figures 38 et 39). 282

AMAT (J.-P.), 1996, 109-125.

283

Serv. Hist. Défense, 7N 1873.

284

Arch. dép. Seine-et-Marne, 3444W

185, servitudes militaires, camp

retranché, 1871-1977. En 1887,

des déboisements avaient déjà été

envisagés dans la zone Est de l’actuel

département du Val-de-Marne.

285

Serv. Hist. Défense, 7N 1873.

65


L’Homme et la foret

Figure 38, cartographie des ouvrages de défense du Camp retranché de

Paris en 1916, (Service Historique de la Défense, 7N 1873)

2. 3. 2. Le chantier de consolidation des ouvrages

Dès la déclaration de guerre, le 3 août 1914, le gouverneur de

Paris, met en application les règlements sur la guerre de forteresse

de 1913. Le plan XVII prévoyait l’état de défense de Paris à partir du

40 e jour de mobilisation, soit le 10 septembre. Mais suite à la défaite

de l’armée française aux frontières et à l’avancée des forces

allemandes, l’édification de fortifications s’intensifie avec notamment

la construction d’une ligne jalonnée de 28 abris en béton.

Figure 39, cartographie des principaux ouvrages dans les massifs

forestiers de Notre-Dame, de Grosbois et de La Grange, 1916

66


l’homme et la foret

Gallieni, nommé par décret du 26 août 1914 du Président de

la République, « Gouverneur militaire de Paris et commandant des

armées de Paris », est informé de la situation défavorable du Camp

retranché de Paris : les forts et ouvrages n’étaient pas armés, les

batteries extérieures des intervalles étaient à peine commencées

et dans aucune les pièces n’étaient en place ; les abris à munitions

n’existaient pas et les munitions elles-mêmes étaient toujours dans les

magasins de secteurs, ne pouvant être transportées par la voie étroite en

construction; les ouvrages d’infanterie, destinés à garnir les intervalles

entre les forts et à couvrir les batteries, venaient à peine d’être piquetés

sur le terrain. De plus, les approvisionnements prévus par le journal de

mobilisation de la place étaient insuffisants et il fallait encore plusieurs

semaines pour les porter au complet ; enfin, et surtout, les 4 divisions

et les 2 brigades territoriales, - une centaine de milliers d’hommes qui

formaient la garnison du camp retranché, étaient des troupes sans

cohésion, sans instruction militaire, insuffisamment encadrées et sur la

valeur desquelles on ne pouvait guère compter si l’ennemi se présentait

en force devant Paris. Le 29 août, il constate que « les travaux du génie

sont en retard, … les ouvriers manquent, quittent les chantiers pour

aller ailleurs, etc.. Le retard est surtout marqué dans le secteur est ».

De même, les ouvrages de fortification sont loin d’être achevés et un

bon nombre sont mal placés. Enfin le matériel est ancien, obsolète et les

projectiles, pour la très grande majorité, en poudre noire.

Le gouverneur ordonne la réquisition de tous les moyens de

transport pour acheminer l’armement jusqu’aux forts. Le 31 août,

la région nord, la plus menacée, est visitée par l’état major parisien,

ainsi que les nombreux ouvrages, batteries, tranchées d’infanterie,

qui garnissent les intervalles entre les forts. Des travailleurs civils, des

terrassiers professionnels, réquisitionnés, creusent la terre, abattent

les arbres qui gênent la vue, posent des fils de fer, etc. De nouvelles

troupes gagnent le Camp retranché afin de renforcer la protection

de la zone. Il s’agit de la 6e armée (4 divisions de réserve, 1 division

du 7e corps et une brigade marocaine), de la 45e division algérienne

et du 4e corps qui vient de Verdun et commencera à débarquer le 3

septembre dans le sud du Camp retranché. Gallieni réquisitionne le

nombre de taxi-autos nécessaires pour hâter le transport des munitions

jusqu’aux batteries.

Début septembre, les observatoires, établis pour régler le tir

des batteries, sont reliés par le téléphone. Les allemands et autrichiens,

grâce à leurs canons de 420 et de 305, détruisent sans difficultés les

forts bétonnés. Les militaires français se servent de l’expérience acquise

lors de la guerre des Balkans et de celle de Mandchourie pour affronter

l’ennemi : mise en place d’un système de tranchées profondes et

étroites, recouvertes par des masses de terre et de rondins, flanquées

par des mitrailleuses et précédées par tout un réseau de défenses

accessoires, fils de fer, chevaux de frise, trous de loup, etc., occupées

par des hommes instruits et déterminés, constituant un ensemble à peu

près imprenable. C’est d’après ces idées qu’étaient conduits les travaux

aux abords de Paris. Toute la région, entre Pontoise et la presqu’île de

Carnetin au nord, entre la Marne et Brunoy à l’est; enfin, entre la Seine

et Poissy, par Trappes et Palaiseau, dans la direction sud, se couvrait

d’une triple ligne de tranchées, parsemées de nombreuses batteries, où

avaient été transportées les pièces de 155, 120 et 95.

Le 5 septembre 1914, les troupes d’artillerie du Camp retranché,

environ 8000 hommes, en plus des artilleries divisionnaires et

67


L’Homme et la foret

des trois groupes de sortie, s’occupaient activement à l’armement

des forts ainsi que des batteries construites dans les intervalles et

en avant de ces forts.

Sous la direction du colonel Péchot, ce même service assurait

l’établissement de la plate-forme et de la pose d’une voie étroite destinée

à relier les entrepôts des secteurs avec les divers ouvrages fortifiés.

Les troupes du génie, environ 2000 hommes, plus 6500 Réservistes

de l’Armée Territoriale (R. A. T.) prennent une part active à tous ces

travaux. Le général Gallieni dans ses Mémoires constate que « pendant

ces journées de septembre, tout le Camp retranché était transformé

en un vaste chantier, limité par les points suivants : Pontoise, Ecouen,

Lagny, Brunoy, Longjumeau, Trappes, Poissy » 286 .

Le 6, l’activité se poursuit, particulièrement sur les fronts nord

et est, plus spécialement menacés, tout comme les travaux d’armement

et d’approvisionnement des forts et batteries. Déjà, les importants

ouvrages de l’Orme de Morlu (place d’armes) et de Blanc-Mesnil, dans le

Nord, et de Collégien, d’Emerainville, des Friches 287 , de Mandres et du

Bois d’Auteil à Villecresnes, dans l’Est, comprenant des abris bétonnés,

étaient en voie d’achèvement (Figure 40) 288 .

Figure 40, centre de résistance des Friches

(dessin de M. et J. Barros, avril 1992)

286

Les ouvriers, militaires et civils,

travaillent la nuit à la lueur des

torches.

287

JACQUES (R.), sans date, n.p.

288

JACQUES (R.), 1999, p. 162.

289

batmarn1.club.fr/gallimen.htm ;

GALLIENI (général), Mémoires du

général Gallieni. Défense de Paris,

25 août-11 septembre 1914, Paris,

1920, 269 p.

Des réseaux de tranchées pour infanterie, avec abris et boyaux

de communication, protégés par des lignes de fil de fer, se faisaient

de plus en plus denses, tandis que les batteries d’artillerie étaient

approvisionnées en munitions et vivres (Figure 41) 289 .

68


l’homme et la foret

Figure 41, position des troupes le 30 septembre 1914 (en bleu

l’Artillerie et en jaune le Génie)

(Service Historique de la Défense, 23N 29)

Dans notre secteur forestier, des coupes sont pratiquées dans

les parcelles boisées pour dégager l’angle de tir des ouvrages 290 .

Une note, recensant les opérations de mise en état de défense du camp

retranché, effectuées par le Service du Génie, du 27 août 1914 au 15 avril

1915, stipule que des ordres ont été donnés pour recruter des bûcherons

venant des régions forestières française (Nièvre, Loiret, Yonne, Cher,

Sarthe, Orne, etc.), ainsi que la réquisition de gardes forestiers 291 . « La

concentration en quelques chantiers d’un effectif de 5 à 600 bûcherons

professionnels, venant pour la plupart du Cher, a permis au général

Krüger d’affecter une centaine de travailleurs au bois Notre-Dame, et

environ 250 au bois du Condreaux entre Chelles et Vaujours, tout en

gardant une réserve de 250 bûcherons » 292 . Pour mener à bien les travaux

de déboisements, des compagnies de chasseurs forestiers participent à

l’organisation des coupes, et plusieurs gardes forestiers demeurent à

Ozoir-la-Ferrière pour répondre aux diverses demandes 293 .

Des centres de résistance sont construits. Ils se présentent

sous la forme d’un abri bétonné pouvant recevoir une compagnie ou une

demie compagnie, protégé par un parapet en terre de 2,50 m de relief à

profil triangulaire et avec des tranchées en avant. Dans l’Arc Boisé, il est

indiqué en 1915, la présence dans la « zone est, 5 e secteur, deux centres

de résistance aux Friches, un à Mandres au Bois Saint-Leu et un au Bois

d’Auteuil à Villecresnes » 294 . Toujours dans la même zone, on creuse

également des « tranchées de position avancée », dans le secteur de

Lésigny, au niveau de la ferme d’Hiverneaux, du château de la Jonchère

et à Servon à l’Est du cimetière. D’autres tranchées sont creusées en

lisière de la forêt le long de la frange est, comme par exemple aux

Buis de Monthéty et au Bois de l’Erable (Figure 42). Des batteries, de

gros calibre, sont disposées aux points stratégiques, comme les deux,

établies en avant des ouvrages des Friches, ou bien celles du Bois de

Grattepeau, du Mont-Griffon, etc. 295 . Au sommet de ce dernier site, une

levée de terre formant des creusements de 5 m de diamètre et servant

pour la protection de l’artillerie des tirs des avions ennemis, était encore

290

JACQUES (R.), 1999, p. 162.

291

Serv. Hist. Défense, 23N 16.

292

JACQUES (R.), 1999, p. 163.

293

Serv. Hist. Défense, 23N 30. Dès

1875, les personnels sont soumis

aux lois militaires et entrent dans la

composition des forces territoriales

ou « d’active ». Avec la création du

corps des chasseurs forestiers, les

élèves de l’École Forestière reçoivent

une instruction militaire.

294

Serv. Hist. Défense, 23N 16.

295

Serv. Hist. Défense, 23N 16.

69


L’Homme et la foret

visible dans les années 1980 296 . Les forts de Villeneuve-Saint-Georges

et de Sucy-en-Brie, en tant qu’aménagements défensifs plus anciens,

sont intégrés pleinement dans le dispositif du Camp retranché de Paris.

Dans le premier, d’ailleurs, sera installé un poste de défense contre les

aéronefs 297 .

Figure 42, cartographie des ouvrages de défense du Camp retranché de

Paris, avril 1915, (Service Historique de la Défense, 23N 16)

3. Contraintes et enjeux d’un massif forestier

3. 1. Le rôle de la forêt

296

BORJON (M.), 1984, p. 11.

297

Serv. Hist. Défense, 23N 16.

298

AMAT (J.-P.), 1996, 109-125.

299

AMAT (J.-P.), 1996, 109-125.

300

VIOLLET-LE-DUC (E.), 1871, 299

p.

La forêt tient un rôle prépondérant dans l’organisation

défensive du territoire. Elle est une barrière aux déplacements ; elle

les arrête, les canalise, les oriente... ou les désoriente. Sa lisière est

un masque qui sépare deux domaines, celui clair et ouvert des terres

agricoles, celui sombre et clos du « couvert ». Son effet d’écran est

accentué par le foisonnement d’une vie arbustive et herbacée 298 .

Ces caractéristiques se retrouvent dans les techniques

stratégiques mises en place par les militaires. Au niveau de la tactique,

les instructions sur les travaux de campagne de l’infanterie insistent

toutes sur les aménagements nécessaires pour utiliser au mieux les

lisières dans le combat défensif : laisser l’aspect naturel, conserver sur

une certaine largeur les arbres et les arbustes en les élaguant de façon

à dégager le champ de tir des tireurs occupant la lisière ; abattre, en

arrière de cette bande, le taillis et les petits arbres pour créer une allée

praticable aux fantassins ; construire une tranchée derrière le rideau

d’arbres laissés en lisière. Les zones humides de l’espace boisé peuvent

rendre le massif forestier difficilement praticable l’hiver, tout comme les

forêts implantées au sommet de buttes peuvent devenir des défenses

importantes. La lisière forestière, doublée d’un espace couvert linéaire,

naturel, comme un cours d’eau, ou anthropique, comme une route, peut

servir au rassemblement discret de troupes 299 . Dans ses commentaires

publiés dans son livre sur la défense de Paris, Viollet-le-Duc, souligne un

usage important du bois et de la terre dans la construction d’ouvrages

défensifs par l’armée prussienne 300 .

70


l’homme et la foret

Pour certains, la défaite de 1870 peut s’expliquer par l’absence

de troupes dans les grands massifs forestiers, masquant ainsi leurs

mouvements à l’ennemi. Faisant l’analyse des combats de 1870, Lucien

Chancerel, chef de bataillon dans l’infanterie territoriale et inspecteur

des Eaux et Forêts retiendra en 1910 cinq types d’utilisation des bois

par les armées. « Dissimuler les mouvements, comme à la bataille de

Sedan où tous les massifs boisés ont caché les manœuvres allemandes

(…) ; créer des centres de résistance, comme l’occupation des petits

bois de Saint-Privat (…) ; constituer ou compléter une ligne de défense,

comme à Champigny où les parcs boisés furent des points d’appui ;

lancer des attaques par surprise, ainsi à Beaumont en Argonne (…) ;

protéger une retraite comme celle du Mans, fin décembre 1870, derrière

la forêt de Marchenoir » 301 .

La construction des forts de Sucy-en-Brie et de Villeneuve-

Saint-Georges, inscrits dans les « travaux de défense autour de Paris »

entraîna quelques conflits. En juin 1878, le garde champêtre rapporte

les délits commis sur le territoire de la commune par la commission du

Génie militaire qui procède à l’arpentage de différentes pièces de terre

non récoltées, au lieu-dit « La Noyer Pignon », afin de tracer la place du

fort de Sucy 302 .

Ces opérations ont également un impact physique sur le

milieu forestier avec des déboisements, extractions, création de

chemins.

Huquin, entrepreneur du fort de Villeneuve, est autorisé, fin janvier

1877, à occuper temporairement pour l’extraction de pierre meulière

diverses pièces de terre et bois dépendant de Grosbois, situés à Yerres

dans les bois de la Blotte, le bois Louis et le bois Clos 303 . L’ouverture des

carrières nécessita l’abattage des arbres, leur vente mais aussi la mise

en place de voie de circulation.

Le prince de Wagram accepte la pose d’une voie ferrée, à

voie étroite, affectée au transport des matériaux dans le bois de

Grandville 304 .

Les militaires élaborent plusieurs plans concernant la protection

de la capitale. Ainsi en 1904, dans le plan XV, sont recensés les

déboisements défensifs prévus dans la région du Sud-Est. Il est

projeté une « large coupure dans le bois Notre-Dame, prolongeant la ligne

Villecresnes-Marolles depuis la porte de Lésigny (domaine de Grosbois),

dans la direction Marolles-Noiseau ». Ce déboisement doit s’étendre

jusqu’au Carrefour des Huit-Routes 305 . Les coupes s’organisent selon

deux catégories : la première comprend les travaux à entreprendre,

sans ordre spécial, dès la déclaration de guerre. Les bois abattus servent

pour « le fascinage, le palissadement, le blindage » et la protection des

ouvrages de 1 ère ligne et des batteries, magasins, postes de surveillance,

etc. La seconde catégorie comprend les déboisements à faire pour

dégager les vues des lignes de défense et pour la fourniture de bois

d’œuvre destiné à l’organisation des ouvrages de 2 ème ligne 306 . Il est

envisagé de faire des coupes dans le bois de La Grange (taillis de 1 à 18

ans avec chênes, bouleaux et châtaigniers) et dans le bois Notre-Dame

(taillis de 1 à 20 ans avec chênes, bouleaux, châtaigniers et divers). Les

bois provenant des déboisements de la 1 ère catégorie, ont été utilisés

pour le confortement des talus des tranchées, pour l’édification des

centres de résistance et la protection des batteries, la couverture des

abris 307 . La région Sud-Est doit également fournir, pour le ravitaillement

en combustible, 35925 stères de bois et 598750 bourrées 308 . Les bois

301

CHANCEREL (L.), 1910.

302

Arch. Mun. Sucy-en-Brie, I1j a².

303

Arch. nat., 173bis AP 377.

304

Arch. nat., 173bis AP 377.

2305

Serv. Hist. Défense, 7N 1877.

306

Serv. Hist. Défense, 7N 1877.

307

Serv. Hist. Défense, 23N 16.

71


L’Homme et la foret

coupés (chênes, frênes, charmes, bouleaux, noisetiers, châtaigniers,

ormes, peupliers, saules, et coudriers) sont conduits à Choisy-le-Roi, car

les chemins, en direction du port le plus proche, à Gournay, sont mal

entretenus et il n’est pas possible de réquisitionner assez de bateaux

sur la Marne pour les acheminer vers d’autres lieux 309 . Afin de mener à

bien les déboisements, des travailleurs civils sont réquisitionnés. Leur

nombre s’élève à 1395 hommes pour les villages de la zone de Sucy-

Villeneuve-Saint-Georges 310 . De plus, pour le creusement des tranchées,

les militaires ont pu réquisitionner de nombreux civils car la réalisation

de ces ouvrages en terre ne nécessitait pas une main-d’œuvre qualifiée.

Au cours de la Seconde Guerre mondiale, un seul ouvrage sera

construit dans le périmètre forestier : il s’agit d’une batterie allemande

anti-aérienne (parcelle 65 de Notre-Dame) 311 . Depuis 1945, l’éventualité

d’un affrontement militaire aux portes de Paris ayant disparu aucun

ouvrage de défense contemporaine n’a été édifié dans l’Arc boisé.

3. 2. Impacts sur la vie quotidienne

308

Serv. Hist. Défense, 7N 1877.

Il est envisagé, en 1904, de tirer

des déboisements défensifs,

réalisés dans la région Sud-Est

(secteurs Villiers-Champigny et

Sucy-Villeneuve-Saint-Georges), 30

stères et 500 fagots par hectare.

Le poids d’un fagot est estimé à

15 kg et un ouvrier peut couper

par jour 3 stères de bois, ou bien

manutentionner et charger 5 stères.

Des données permettent également

de saisir la quantité de bois pour

une meule, il faut donc de 12 à 15

stères de bois.

309

Serv. Hist. Défense, 7N 1877.

310

Serv. Hist. Défense, 7N 1877.

311

Information communiquée par

les Amis du Fort de Sucy.

312

Arch. nat., S 388.

313

CHANCELIER (M.), 1998, p. 18 ;

MOREAU (M.), 1856, (première

édition 1681), p. 95.

314

MOREAU (M.), 1856, (première

édition 1681), p. 92.

315

SAIGE (G.), 1883-1885, p. 238.

316

WEISS (ch., E.), 2005 (réédition de

1951), p. 146.

317

CHANCELIER (M.), 1998, p. 27. A

Boissy-Saint-Léger, le curé signale

également un taux de mortalité

importante.

Les conflits liés à la soldatesque interviennent lors de crises,

cependant, il faut signaler un procès verbal du 4 janvier 1625 concernant

des « enlèvements et dégâts faits dans les bois Notre Dame » par les

officiers du roi logés à Sucy-en-Brie qui ont coupé plusieurs chênes, de

1,35 m de circonférence, et façonné des fagots de branchages 312 .

Lors de la Fronde, les campagnes se vident face à l’avancée et

à l’occupation des troupes. Madame de La Guette rassemble ses gens

pour les mettre à l’abri à Grosbois 313 . Les soldats brûlent et pillent les

villages, les récoltes sont détruites 314 . Plusieurs plaintes mentionnent le

pillage des églises et des bâtiments : les gouttières, et autres éléments

en plomb sont arrachés et fondus 315 .

Les troupes du prince de Condé campent presque un mois, de juin

à juillet 1652, entre Limeil, Boissy-Saint-Léger, Mandres et Villecresnes,

sont chassées puis reviennent en août de la même année. Les troupeaux

et les réserves des villages sont pillés par les deux armées. Les deux

armées adverses abattent des arbres afin d’établir des camps et surtout

de construire les palissades et cuire la nourriture. Les soldats creusent

des fossés et aplanissent le terrain.

En octobre 1652, dans 22 villages aux environs de Villeneuve-

Saint-Georges il est recensé 374 mourants et dans Villeneuve même,

1200 à 1500 chevaux tués gisent dans les rues aux côtés de nombreuses

dépouilles de soldats et de victimes de la faim 316 . Les registres de

sépultures de Villeneuve-Saint-Georges recensent pour l’année 1652,

492 décès, contre 20 à 30 en année normale, avec des pics en été au

moment des opérations et en automne à la fin du conflit : 44 décès en

juillet, 46 en août, 104 en septembre, 96 en octobre et 42 en novembre,

soit 332 morts durant les affrontements 317 .

En dehors des pillages, les habitants doivent loger les troupes

et leur fournir nourriture, bois et fourrage pour les chevaux.

Il est possible de saisir l’ampleur des désastres causés par la

Fronde, notamment lors de l’occupation de la contrée par les différentes

armées avec des données plus tardives mais issues également de la

présence de troupes ennemies. Les travaux de Jacques Hantraye, traitant

des réquisitions, contribuent à une meilleure compréhension de l’impact

72


l’homme et la foret

de l’occupation de troupes ennemies en milieu rural lors des conflits de

1814 et 1815 318 . L’ordre de réquisition émane soit des militaires, soit

des administrateurs civils (sous-préfets ou maires) qui délivrent un ordre

écrit, le « réquisitoire ». La situation change selon les communes : les

troupes, logeant chez l’habitant, consomment sur place, généralement

sans contrepartie financière ou bien « les denrées, nourriture pour les

hommes, mais aussi bois et chandelles, sans oublier le fourrage des

chevaux, sont consommées hors du lieu de réquisition » 319 .

Pour exemple, en 1815, la commune de Sucy-en-Brie ravitaille

en vivres et en fourrage les troupes russes cantonnées devant Grosbois.

Il faut fournir, par jour, pour chacun des 300 hommes : une ration de

pain, une ration de viande, une bouteille de vin ou d’eau-de-vie, et pour

les chevaux, la municipalité livre une ration de fourrage soit 10 bottes

de foin pour chacun des 300 animaux 320 . Le bois n’est pas indiqué mais

il est vraisemblable que là encore les soldats se servirent dans les forêts

voisines pour leurs besoins divers. Les réquisitions menées par l’ennemi

contribuent « à la perception du militaire comme un parasite, parfois

assimilé aux calamités météorologiques » 321 . A Boissy-Saint-Léger, on

parle de « grêle » 322 . De plus, avec l’occupation, de nouvelles pratiques

de consommation apparaissent. Ainsi les civils recevant des militaires

chez eux sont contraints au spectacle d’une consommation de luxe

–liqueurs, rhum, café, thé, mets sucrés 323 - jusqu’alors réservée aux

classes aisées de la société, et souvent urbaines. A Valenton, entre le 15

et le 25 avril 1814, alors qu’il n’y a plus de vin dans la commune, des

militaires alliés obligent des personnes aisées « à s’en procurer à prix

d’argent en leur disant que s’il n’y en avait plus dans la commune il n’en

manquait pas à Paris et qu’il était facile d’en faire venir » 324 .

318

HANTRAYE (J.), 2001, p. 117-

139.

319

HANTRAYE (J.), 2001, p. 120.

320

Arch. Mun. Sucy-en-Brie, 5H 1.

321

HANTRAYE (J.), 2001, p. 126.

322

HANTRAYE (J.), 2001, p. 126.

323

HANTRAYE (J.), 2001, p. 128. Le

café est bien moins répandu dans

les campagnes qu’à Paris., et le

sucre et les boissons coloniales sont

alors des denrées rares, à cause du

blocus continental.

324

HANTRAYE (J.), 2001, p. 129.

73


L’Homme et la foret

Bibliographie

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territoire, 1871-1914. Exemple Lorrain », Mémorial de Verdun, 1996,

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1792-1944, IAURIF, association Vauban, juin 2005, 219 p.

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-HANTRAYE (J.), « Guerre et monde rural. Les réquisitions dans les

environs de Paris (1814-1816) », Histoire et Sociétés Rurales, n° 16, 2 e

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-JACQUART (J.), « La Fronde des Princes dans la région parisienne et ses

conséquences matérielles », Revue d’histoire moderne et contemporaine,

T. VII, 1960, p. 257-290.

-JACQUES (R.), Forêt domaniale de Notre-Dame. Inventaire des vestiges

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-JACQUES (R.), « Août 1914 dans le sud-est parisien : les ouvrages du

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-MOREAU (M.), Mémoires de Madame de La Guette, Paris, nouvelle

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-SENEE (A.), « L’enceinte quadrangulaire de Grattepeau », Clio 94, n° 14,

1996, p. 3-4.

-SENEE (A.), « Les structures de la guerre de 14-18 dans les massifs

forestiers de Sénart, La Grange et Notre-Dame », Monmartel, SAHAVY,

à paraître.

-SENEE (A.), « Toponymes témoins de l’histoire de La Fronde (1648-

1652) », actes du Colloque Sylva 2004, Velaine-en-Haye 13-15 décembre

2004, à paraître.

-TISSOT (G.), Etude du détournement d’usage. Les Marmousets, rapport

de stage DEVP, BTS Aménagement paysager, Ecole du Paysage de Blois,

1998, 45 p.

-VIOLLET-le-DUC (E.), Mémoire sur la défense de Paris, septembre 1870-

janvier 1871, Paris, 1871, 299 p.

74


L’homme et l’eau


L’homme et l’eau

L’homme et l’eau

325

LEBEUF (L.), 1888, (réédition

1985), p. 11.

326

La méthode, devenue classique,

de hiérarchisation des branches

d’un réseau hydrographique

réalisée par Horton-Strahler, en

1952, est fondée sur l’importance

croissante de ces branches, depuis

les ramifications originelles jusqu’à

la fin du collecteur principal.

Tant que celui-ci est dépourvu

de tributaires d’égale puissance,

il est dit « d’ordre 1 ». Par le jeu

de confluences successives, son

numéro d’ordre croît (ordre 2, puis

ordre 3, 4, 5, etc.), avec la taille du

bassin et la densité du drainage.

327

LEBEUF (L.), 1888, (réédition

1985), p. 7.

328

En Île-de-France, plusieurs

publications, réalisées au cours des

dernières années, montrent l’intérêt

d’étudier les cours d’eau de faible

importance : KRIER (V.), SOULIER

(P.), 2000, p. 22 ; BENOIT (P.),

BERTHIER (K.), 2001, p. 208-210 ;

BENSAADOUNE (S.), GENTILI (F.),

PASTRE (J.-F.), GAUTHIER (A.), 2005,

p. 67-82 ; BERTHIER (K.), 2007, p.

169-188.

329

En Île-de-France, le résultat des

fouilles archéologiques terrestres,

sur la région, reste faible et se

limite à des études en Seine-et-

Marne : BERTHIER (K.), BENOIT

(P.), 2004, p. 3-9 ; BAUCHET (O.),

GALOYER (A.), 1992, p. 341-346 ;

BULLOT (D.), BULLOT (D.), 2002, p.

91-98. En revanche, les recherches

subaquatiques, effectuées, depuis

plusieurs années, sur la Seine, la

Marne et affluents, sont en plein

essor. Réalisées par Philippe Bonnin

et le Groupement de Recherches

Archéologiques Subaquatiques,

pour la Seine et ses affluents, et

par Olivier Bauchet, pour la Marne,

ces études apportent des données

fondamentales à la compréhension

des aménagements des rivières

en Île-de-France : BONNIN (P.), ,

2005, p. 91-103 (voir aussi le site

du GRAS : http://archsubgras.free.

fr/pbibliographie.html) ; BAUCHET

(O.), 2001, p. 212-213 ; BAUCHET

(O.), 2000, p. 53-66 ; BAUCHET (O.),

2000, p. 127-131.

330

BAUCHET (O.), 1995, 2 volumes,

140 et 70 p. ; SERNA (V.), 1996, 3

vol., 722p. ; BERTHIER (K.), 2003, p.

217-232.

331

CURTAT (Ph.), 2006, 127 p. ;

BONIN (Ph.), 1992, p. 67-88.

« La partie la plus fertile de la Brie est une vaste oasis comprise

entre la rive droite de la Seine et la rive gauche de la Marne, où se

rencontrent terres labourables, prairies naturelles, bois et forêts ;

cette partie est traversée par plusieurs petits cours d’eau tels que la

Voulzie, l’Yères et le Morin qui fertilisent le sol, et donnent à cette

contrée quelque chose de riant et de pittoresque » s’exclamait Louis

Lebeuf en 1888 325 .

C’est ramener l’existence de ces « petits cours d’eau », dont

l’importance relève des niveaux 1 à 3 selon la classification de Horton-

Strahler 326 , à une dimension qui n’a pas été la leur au cours de l’Histoire.

En effet, ces rivières, ces rus, ne se sont pas contentés d’être utiles à

l’agriculture ou de répondre aux aspirations bucoliques des esthètes

parisiens fuyant la capitale, cette « Babylone moderne » 327 , ils ont été

le sujet et l’outil de vastes modifications de l’environnement et sont

de plus en plus étudiés 328 . Ce travail s’inscrit donc dans les recherches

actuelles menées sur l’aménagement des rivières 329 .

Cependant si les grands cours d’eau ont fait l’objet de plusieurs

travaux 330 , dans peu de cas l’ensemble du bassin a été pris en compte

(Figure 43). Les études réalisées sur les petites et moyennes rivières,

peu nombreuses, sont abordées selon des axes de recherches bien

précis, comme la batellerie, les zones portuaires, le commerce ou bien

la meunerie.

Cette étude a pour but de présenter un travail axé principalement

sur l’analyse des sources historiques et archéologiques afin de définir

des événements phares comme la mise en place d’un important réseau

de drainage, la construction d’étangs en tête de bassin, de moulins,

l’aménagement de sites monastiques et laïcs, la création de parcs et

jardins 331 .

Figure 43, bassin versant du Morbras et du Réveillon

(DSEA-CG 94)

76


L’homme et l’eau

I – Les installations humaines et l’eau

1. Les implantations humaines au cours de l’histoire

Les impacts anthropiques sur les cours d’eau situés entre

Marne et Seine ne sont guère perceptibles avant la deuxième moitié

du Moyen Âge (XI e -XV e siècles). A partir de cette période, les textes

se multiplient et des vestiges subsistent 332 . Il est vraisemblable qu’il y

a eu des aménagements à l’époque romaine (création de viviers ou de

moulins), comme cela est attesté pour d’autres communes du Val-de-

Marne, mais pas pour la zone présentement étudiée 333 . En revanche,

des aménagements de rivière et l’existence de moulins sont connus

pour la période carolingienne, dans les possessions des abbayes de

Saint-Germain-des-Prés et de Saint-Maur-des-Fossés : les documents

indiquent en effet que peu d’hommes se trouvaient à une distance

supérieure à 5 km, soit une heure de marche d’un moulin 334 .

Dès la seconde moitié du X e siècle, l’Île-de-France subit

un profond remaniement de ses centres ruraux. De nombreux

habitats anciens sont abandonnés au profit de nouveaux sites 335 . Ce

mouvement s’amplifie avec l’installation d’établissements religieux

fondés par le roi ou par les seigneurs locaux qui vont, peu à peu, devenir

propriétaires de grands territoires et, pour certains, greffer l’habitat :

chartreux, cisterciens, templiers, augustins, hospitaliers. Nombre

d’entre eux s’installent en fond de vallée. Les documents d’archives

étant plus importants, apparaissent, alors, les premières mentions

précises d’actions sur l’eau parfaitement localisées et identifiables :

construction de moulins et de biefs, drainage des zones marécageuses

des fonds de vallées et des forêts, multiplication des étangs en tête

de bassin, introduction de la carpe 336 . Il s’ensuit une transformation

totale du paysage : il n’existe à peu près plus de cours d’eau à l’état

purement naturel et les conditions économiques et sociales de vie dans

les vallées sont radicalement modifiées.

2. L’utilisation de l’eau dans les aménagements

2. 1. Les sites seigneuriaux

Les sites des demeures seigneuriales ont subi de nombreuses

transformations au cours des siècles, il est donc difficile de mettre

en évidence leur système d’alimentation en eau. Cependant, lorsque

ces structures défensives ont perduré dans le paysage ou bien ont

été représentées sur des plans, il est possible de discerner leur

aménagement. Les sites installés en bordure des cours d’eau sont

alimentés par ces derniers, alors que ceux édifiés sur le plateau,

comme les Marmousets, la Folie-Monthéty ou bien Grattepeau

reçoivent les eaux drainées de la forêt.

L’espace boisé formé des massifs du bois Notre-Dame, de Grosbois et

de la Grange, en limite orientale du royaume de France et des terres

du comté de Champagne 337 est protégé par un réseau de « châteaux »,

(mottes féodales, donjon, tour). Dans la partie Sud, on trouve la mention

ou bien les vestiges de ces différentes structures : le château de Grosbois

à Boissy-Saint-Léger 338 , les sites de la « motte » et de Grattepeau à

Santeny 339 , et la « Tour de Ganne » à Brunoy 340 , et à l’Est la Folie-

Monthéty à Pontault-Combault, la Grange Bel-Air à Férolles-Atilly, « les

ruines du château des Buttes » à Chevry-Cossigny 341 , la Petite-Pointe à

Ozoir-la-Ferrière 342 , et le donjon de La-Queue-en-Brie 343 . La présence de

332

Les sources documentaires sont

à chercher essentiellement dans les

fonds des établissements religieux,

les archives seigneuriales et royales

ayant beaucoup souffert des

destructions révolutionnaires. Cette

richesse des archives religieuses

permet d’organiser des prospections

qui peuvent aboutir à la découverte

de structures conservées : dérivation

de rivières, construction de canaux,

aménagement de biefs, de chutes

d’eau, restes de soubassements de

moulins, chaussées d’étangs, fossés

de drainage, etc.

333

BERTHIER (K.), BENOIT (P.), 2004,

p. 3-9 ;

334

LOHRMANN (D.), 1989, p. 367-

404 ; CHAMPION (E.), 1996, 96 p.

335

BONIN (T.), 1998, p. 57.

336

CLAVEL (B.), 2001, 204 p.

337

Le comté de Champagne rejoint

le domaine royal en 1314.

338

CIPRUT (E.), 1967, p. 131-189 ;

Arch. nat., Minutier central, étude

XIX, liasse 335, dans le devis

d’ouvrages concernant le domaine

de Grosbois, il est fait mention d’une

« motte », vestige probable d’une

ancienne structure défensive.

339

Arch. dép. Essonne, A 1132 ;

SENEE (A.), 1996, p. 3-4.

340

Arch. nat., NI Seine-et-Oise 24.

341

Arch. dép. Seine-et-Marne, 135F

104.

342

Arch. nat., NIV Seine-et-Marne

30.

343

Association Caudacienne d’Etude

des Patrimoines ; Arch. nat., P 28 3 ,

acte n°XXXI, aveu et dénombrement

de 1394. Le site fortifié de La-Queueen-Brie

est dit « chastel » dans les

archives.

77


L’homme et l’eau

ces édifices s’explique par un morcellement important de la seigneurie.

En remerciement de leurs services, le roi ou des représentants de la

famille royale ont donné en fiefs des terres, bois, manoirs, moulins, à

divers laïcs, notamment dans le secteur nord-est. Pour exemple Pierre

Blanchet, secrétaire de Charles V et ne possédant aucun quartier de

noblesse, reçoit la terre de La-Queue-en-Brie avec les possessions qui

s’y attachent : Pontault, Pontillault, Berchères, une partie de Roissy, de

Ferrières, de Torcy, Noiseau, Amboille, Sucy-en-Brie, etc. 344 .

Il est possible de saisir les éléments composant un « manoir »

à travers les sources écrites : le manoir d’Amboile, ancien nom

d’Ormesson, se compose de bâtiments, avec un jardin, des vergers, un

colombier et deux « fosses à poisson », c’est-à-dire de viviers établis

sur une dérivation du Morbras 345 . L’Hermitage, à La-Queue-en-Brie,

également dit « le Petit-Hôtel » au XIVe siècle, est formé d’une maison

avec dépendances, et des fossés entourent l’ensemble (Figure 44) 346 . La

« Folie-lez-Monthéty », manoir mentionné en 1394, se présente comme

un quadrilatère rectangulaire de 55 sur 40 mètres environ, entouré

d’un fossé alimenté en eau par des drains 347 . Le château actuel des

Marmousets, du début du XIXe siècle, rappelle une architecture plus

ancienne avec ses douves en eau. On retrouve de semblables structures

au Piple, propriété des religieux de Saint-Maur-des-Fossés 348 .

Figure 44, Le domaine de L’Hermitage d’après l’abbé Delagrive

Au sud-est, à Santeny, « lostel de Gratepel » est décrit comme

« une motte entourée de fossez, lieu et manoir ou souloit avoir cy devant

maison, granges, étables, court et jardin. Auquel lieu ny a à présent

qu’un corps de logis » contenant environ 12 m², une bergerie de 18 m

de long sur 6 de large. Le tout couvert de tuile 349 .

344

Arch. nat., P 28 3 , acte n°XXXI,

aveu et dénombrement de 1394 ;

ROBLIN (J.), 1994, p. 16.

345

Arch. nat., P 28 3 , acte n°XXXI,

aveu et dénombrement de 1394 ;

VARAIGNE (Ph.),1972, p. 39.

346

ROBLIN (J.), 1994, p. 55.

347

Arch. nat., P 28 3 , acte n°XXXI,

aveu et dénombrement de 1394 ;

ROBERT (J.), 2001, non paginé.

348

PIERART (Z.-J.), 2003 (réed.

1876), p. 388-389.

349

Arch. nat., S 5146 A , commanderie

de Saint-Jean-en-l’Ile, possessions,

dont dossier n° 28, Grattepel à

Santeny, 1488-1740.

350

BERTHIER (K.), ROUILLARD (J.),

1999, p. 121-147.

2. 2. Les abbayes

La présence de l’eau apparaît comme une constante de la

création des sites abbatiaux 350 .

Les dispositions des établissements religieux présentent

des caractéristiques particulières du fait des nombreux espaces qui

avaient besoin d’eau : cuisines, bâtiments artisanaux ou agricoles,

jardins. Ainsi, l’abbaye de Notre-Dame d’Yerres est établie, en 1132,

dans le fond de la vallée du Réveillon, où l’espace plat est propice à

la construction de bâtiments, mais l’inconvénient majeur, l’humidité,

conditionne cependant des aménagements hydrauliques car l’édification

des bâtiments claustraux ne peut se faire sans ces travaux préalables,

qui drainent et assèchent le site. Afin d’assainir le site marécageux de

Notre-Dame d’Yerres, le Réveillon, est rejeté dans un canal sur le flanc

Est et une digue barre la vallée. Par ailleurs, la déclivité naturelle du sol a

été utilisée pour installer le système d’adduction qui s’écoule du point le

plus élevé du fond de la vallée, là où est construite l’église, vers les points

78


L’homme et l’eau

plus bas, là où sont édifiés les bâtiments utilitaires comme le moulin à

blé, établi non loin de la confluence du Réveillon et de l’Yerres.

L’abbaye augustinienne d’Yverneaux en offre un autre exemple.

Ermitage, à l’origine installé près de Monthéty vers les années 1170, cet

établissement, souffrant d’un important manque d’eau, et tombant en

ruines, est rattaché à l’abbaye d’Yverneaux de l’ordre augustinien vers

1218 351 . Le nouveau site est implanté à la confluence du ru du Buisson et

du ru de la Ménagerie, un petit affluent du Réveillon, en aval du village de

Lésigny. Les moines entreprennent alors une série de travaux destinés à

rendre l’espace habitable : ils drainent le sol, protègent le site en élevant

une digue à l’Est, et contrôlent les arrivées d’eau du ru en créant en

amont un étang, là où se trouvaient des marécages.

La commanderie templière de Santeny est alimentée en eau par

le ru du Château de Choigny 352 .

Les abbayes utilisaient les cours d’eau pour faire tourner les

moulins et de l’eau canalisée pour des usages domestiques.

Si le cours d’eau servait à faire tourner les moulins de l’abbaye et

à desservir le potager et les latrines, c’est l’eau canalisée d’une source

qui alimentait la grande fontaine du cloître, les cuisines et le réfectoire

des abbayes de Notre-Dame d’Yerres et d’Yverneaux. Les plans du XVIIIe

siècle montrent pour ces deux sites, la présence de sources soit dans

l’enclos monastique soit à proximité 353 .

La léproserie de Champlain, à La-Queue-en-Brie, attestée au

XIIIe siècle, est alimentée en eau par la fontaine saint-Lazare 354 . Lors

de la construction du couvent des Camaldules au XVIIe siècle, le duc

d’Angoulême a fait « marquer et baliver » jusqu’à 14 arpents dans ces

bois, au lieu-dit « le Bourron », pour y installer les religieux 355 . Jean

Thiriot, architecte et ingénieur du roi, est chargé d’édifier les bâtiments

mais aussi d’établir les conduites de captages des sources pour alimenter

le couvent (Figure 45) 356 .

Figure 45, plan du réseau hydraulique des Camaldules, 1749.

(Archives départementales de l’Essonne, A 1163)

351

LEBEUF (Abbé), 1883, p. 364.

352

Arch. dép. Val-de-Marne, 2J 21, f°

19.

353

Arch. nat., NII Seine-et-Oise 282

et NII Seine-et-Marne 192.

354

TOUATI (Fr.-O.), 1996, p. 309.

355

Arch. dép. Essonne, 26H 1.

356

WEIGER (R.-A.), 1962, p. 189-

192 ; Arch. dép. Essonne, A 1163,

plan de 1749 figurant les conduites

souterraines desservant les

Camaldules.

79


L’homme et l’eau

II – Les moulins à eau : des ouvrages de

régulation

1. Les moulins en Ile-de-France

A côté de sa propre force et celle de l’animal, la puissance de

l’eau et du vent est, grâce au moulin, la première source d’énergie

motrice dont dispose l’homme au Moyen Age. Si à l’époque romaine

déjà, des moulins à eau écrasaient le blé en Occident, les siècles

médiévaux sont ceux de la multiplication des roues hydrauliques (Figure

45). Les moulins à eau ou à vent sont alors la principale source d’énergie

motrice (avec les forces musculaires humaines et animales). Ils servent

à de nombreux usages : moudre le grain, marteler le fer chauffé,

écraser le tan, fouler le drap, fabriquer le papier, broyer du minerai,

actionner les soufflets de forge, aiguiser les couteaux, scier le bois.

357

CALLEBAT (L.), FLEURY (P.), 1986,

p. 20 ; BERTHIER (K.), BENOIT (P.),

2004, p. 3-9.

L’Ile-de-France, bien dotée en cours d’eau, riche en blé et en

hommes, a très largement participé à ce développement. Dès le haut

Moyen Age, la région parisienne possède de nombreux moulins à blé.

Pour exemple, il suffit de regarder l’inventaire des revenus de l’abbaye

de Saint-Germain-des-Prés, connu sous le nom de polyptyque d’Irminon,

du nom de l’abbé qui l’a fait rédigé, qui recense une quarantaine de

moulins, établis sur différentes rivières. Si les renseignements manquent

pour caractériser ces appareils au cours de cette période, l’archéologie

permet de compléter ces données historiques. Il faut toutefois rappeler

qu’il existait déjà de nombreux moulins à eau dans les campagnes dès

l’époque romaine, comme le signalent les auteurs latins et les découvertes

archéologiques 357 .

Description d’un moulin

Les descriptions de « roues à aubes et moulins à eau » fournies

par Vitruve peuvent parfaitement illustrer les reconstitutions de moulins

trouvés en Angleterre et datant soit de la conquête romaine soit de

l’antiquité tardive, IVe siècle (Figure 46). La roue de ces deux moulins

est dotée d’aubes qui, lorsqu’elles sont frappées par la force du courant,

sont mises en mouvement et font tourner la roue. Il s’agit dans ces deux

cas de moulins à roue verticale, alimentée par-dessous.

Figure 46, exemples de moulins à eau d’époque romaine

Moulin à eau du IVe siècle ap. J.-C.,

Moulin à eau d’époque romaine

d’Inkham (Angleterre)

d’Halwhistle (Angleterre)

80


L’homme et l’eau

En Ile-de-France, la plupart des moulins à eau a été installée sur

des cours d’eau de moyenne importance, comme le montre le polyptyque

d’Irminon 358 . L’exceptionnelle croissance économique et démographique

de la région parisienne au cours des siècles du Moyen Age central se

manifeste par la multiplication des moulins ruraux. Il apparaît cependant

que dans la première moitié du XIV e siècle, à la veille de la grande crise 359 ,

les moulins représentent des revenus non négligeables pour leurs

possesseurs, en particulier les grands établissements religieux.

Le moulin hydraulique, de quelque nature qu’il soit (fixe,

pendant, bateau), apparaît comme une machine très usitée tant par

les établissements religieux que par les seigneurs locaux 360 . Doté, a

priori, d’une fonction utilitaire, il semble cependant avoir eu aussi une

fonction ostentatoire : c’est une machine qui coûte cher, ce qui renforce

le prestige de son propriétaire. Le sieur de La Guillaumie, seigneur de

Santeny, construit au XVIIIe siècle un moulin, non pas sur le Réveillon,

rivière qui traverse le territoire de Santeny - sans doute impropre à cet

usage et qui n’a pas été aménagé - mais sur le ruisseau voisin qui résulte

d’une source - le ru du Château - et d’eaux de ruissellement 361 . Le ruisseau

n’étant pas suffisant pour alimenter la machine régulièrement, il a fallu

édifier une chaussée pour la mise en place d’un étang qui renforce le flux

initial 362 .

Il n’en reste pas moins que la fonction utilitaire, la première

recherchée et la plus ancienne attestée, est l’activité de meunerie.

Le développement de la meunerie dans la deuxième moitié du Moyen

Âge est lié à la demande d’une population en forte croissance dont la

nourriture de base est le pain 363 . L’alimentation de base des villageois

repose sur le pain, les potages de légumes et les gruaux de farine 364 .

Il est également possible que les défrichements aient contribué au

développement de la production céréalière. L’amélioration des techniques

agraires (assolement, ajout d’un élément métallique -le fer- à la charrue,

perfectionnement des outils agricoles) a participé à la croissance des

surfaces cultivées et à l’augmentation des rendements. Cependant, il

est probable que la production locale de farine ou de pain, après avoir

alimenté les marchés locaux, ait répondu à la demande urbaine. Tous les

établissements ecclésiastiques possèdent au moins un moulin à blé,

le roi et les seigneurs sont propriétaires de moulins banaux.

2. Les moulins dans les vallées du Morbras et du

Réveillon

Les moulins du Morbras apparaissent très tardivement dans les

archives. Les premières mentions datent seulement du XIVe siècle, alors

que sur l’Yerres, ces installations hydrauliques sont signalées dès le

XIIe siècle. 365 . Cette différence s’explique par les sources historiques ;

dans un cas, on ne dispose que des données des seigneurs laïcs, alors

que dans le second cas, des informations issues des établissements

religieux. Les recherches menées sur les moulins à eau, durant

les périodes médiévale et moderne, des vallées du Morbras et du

Réveillon, permettent de recenser en tout 8 moulins à eau pour la

première et 7 pour la seconde (Figure 47) 366 . Si le Réveillon est peu

équipé, contrairement au Morbras, plusieurs de ses affluents ont servi

pour actionner les roues. Sur la quinzaine d’usines, 6 ont été édifiées

sous la chaussée d’un étang, 7 sont alimentées par un bief et 2 n’ont pu

être déterminées (Tableau 3).

358

CHAMPION (E.), 1996, 96 p.

359

La fin du Moyen-Age est

marquée par une période de grande

instabilité : La guerre de Cent ans

(1346-1453) dont les combats

dévastent les campagnes, la grande

épidémie de peste noire (1346-

1348), les Jacqueries ou révoltes

de paysans contre les seigneurs,

nées de la misère des villageois

(1358) et enfin, à travers tout le

siècle, les pillages des routiers,

brigands qui s’en prenaient aux

marchands, voyageurs ou paysans

et le rançonnement des mercenaires

qui, entre les batailles, n’étaient

plus rétribués et se « payaient » sur

l’habitant.

360

Le moulin fixe est un moulin à eau

dont les mécanismes de meunerie ne

nécessitent pas de déplacement pour

fonctionner. Dans cette catégorie on

peut placer les moulins sur bief et

sur étang, Les moulins-pendants

sont des structures fixes reposant

sur une armature de pieux fichés

dans le lit du fleuve, soit à l’aval des

arches des ponts, soit directement

dans le cours d’eau, auquel cas ils

sont reliés à la rive par une passerelle

ou par un pont. La roue est établie

sur un châssis que les meuniers

peuvent faire monter ou descendre

pour suivre le niveau des eaux de la

Seine ou de la Marne ; Les moulinsbateaux

se présentent comme des

embarcations équipées d’une roue

mue par le courant, actionnant

des meules installées à l’intérieur,

et accrochées par des cordes aux

arches. Ils sont généralement

installés sur des fleuves.

361

BRAUDEL (F.), 1979, p. 312.

L’installation de moulin à proximité

des sources d’un cours d’eau peut

s’expliquer par le fait que les sources

importantes ne gèlent pas lors des

grands froids.

362

Arch. dép. Essonne, A 1168.

363

COMET (G.), 1992, 711 p.

364

LAURIOUX (B.), 2006, 300 p.

365

ROBLIN (J.), 1994, p. 19 ;

VARAIGNE (Ph.), 1972, p. 37 ; Arch.

nat., P 28 3 , aveu de Loys Blanchet, 8

mars 1394.

366

Ce nombre de moulins a varié

au cours des siècles, comme le

montre l’acte de 1394 signalant de

nombreux moulins en ruine du fait

de la guerre de Cent ans.

81


L’homme et l’eau

Commune

Nom du

moulin

Date

d’apparition

Bassin

Cours

d’eau

Alimentation

Types

de

roue

369

RAMBAULT (M.-Cl.), HERMAN (N.),

SOULIE (J.-L.), 1992, p. 21. Selon les

auteurs, il est possible qu’il y ait

existé un second moulin mais les

informations manquent pour dire

s’il s’agit d’un moulin à eau ou bien

d’un moulin à vent.

370

LEBEAU (E.), 1954, p .163 ; Arch.

nat., P 28 3 .

371

LEBEAU (E.), 1954, p. 163.

372

ROBLIN (J.), 1994, p. 19 ; Arch.

nat., P 28 3 , aveu de Loys Blanchet,

8 mars 1394.

373

ROBLIN (J.), 1994, p. 19 ; Arch.

nat., P 28 3 , aveu de Loys Blanchet,

8 mars 1394.

374

VARAIGNE (Ph.), 1972, p. 43 ;

Arch. nat., P 1 2 , hommage de petit

fief d’Amboile rendu par Lambert

Clutin, le 4 octobre 1427.

375

ROBLIN (J.), 1994, p. 19 ; Arch.

nat., P 28 3 , aveu de Loys Blanchet,

8 mars 1394.

376

Arch. nat., S 389.

377

Arch. dép. Seine-et-Marne, 135F

102, ce moulin appartient au cours

de l’époque médiévale à l’abbaye

d’Yerres.

378

GRENIER (M.), 1994, p. 109.

379

Arch. dép. Seine-et-Marne, 14Fi

4302, plan d’intendance de la

commune d’Attilly, 1785. L’abbé

LEBEUF signale dans son ouvrage,

Histoire de la ville et de tout le

diocèse de Paris, dans le tome 5,

publié en 1883, à la page 277,

qu’en 1275, Jean Grapin, reconnaît

qu’il n’a pas le droit d’arrêter le

cours du ruisseau de Férolles dont

les moines de Saint-Maur sont

propriétaires. Il est probable que le

moulin date de cette période.

380

Arch. dép. Seine-et-Marne, E 1671,

plan du XVIIIe siècle. Il est probable

qu’un moulin ait été construit sur le

ru de la Ménagerie non loin de La

Jonchère car toponymes « pré du

Moulin » et « fontaine du Moulin » ;

Arch. nat., S 3212, dans un bail de

1478, il est fait mention du « ru du

Moulin » et du « pré du moulin »

près de la Jonchère.

381

AArch. dép. Essonne, A 1168.

382

LEBEUF (Abbé), 1883, p. 253.

383

CURTAT (Ph.), 1992, p. 99.

Roissy-en-

Brie

Pardessus

Pontault-

Combault

Pardessous

Pontault-

Combault

Moulin de

Berchères 369 XIIe siècle Morbras Morbras Etang

Moulin de

Pontault 370 XIIe ( ?)-1394 Morbras Morbras Bief

Moulin

« proche

le pont sur

XIVe siècle Morbras Morbras étang

l’étang » 371

Moulin 372 1394 Morbras Morbras Bief

Moulin des

Bordes 373 1394 Morbras

Ru de la

Fontaine

des Bordes

( ?)

Bief

Moulin de

Champlain 374 1422 Morbras Morbras Bief

Ormesson Moulin 375 1394 Morbras Morbras Etang

Pardessus

Sucy-en-

Brie

Pardessus

Chevry-

Cossigny

Pardessus

Férolles-

Attilly

Pardessous

Férolles-

Attilly

Moulin de

Touillon 376 1279 Morbras Morbras Etang

Moulin de

Chevry 377 Moyen Age Réveillon Réveillon Etang

Moulin de

Férolles 378

Réveillon Réveillon Bief

Moulin de

la Borde- Moyen-Age Réveillon Réveillon Bief

Grappin 379

Lésigny Moulin 380 1472 Réveillon

Santeny Moulin 381 1734 Réveillon

Servon

Yerres

Yerres

Moulin de

Villemenon 382 1385 Réveillon

Moulin de

l’abbaye

Ru de la

Ménagerie

Ru du

Château de

Choigny

Ru de

Villemenon

ou de

Sainte-

Colombe

Etang

XIIe siècle Réveillon Réveillon Bief

Moulin de

Mézières 383 vers 1140 Yerres Yerres Bief

Tableau 3, Les moulins des vallées du Morbras et du Réveillon

Pardessus

La-Queueen-Brie

Pardessous

La-Queueen-Brie

Pardessous

La-Queueen-Brie

Pardessous

indéterminée

Pardessous

indéterminée

indéterminée

Pardessus

indéterminée

indéterminée

Pardessous

Pardessous

82


L’homme et l’eau

Les installations établies sur ces deux cours d’eau ont servi à

la production de farine (blé, froment). L’Yerres présente là aussi une

différence car on voit la mise en place de moulins à draps et à huile

au cours du XVe siècle à Brunoy 367 .

Au moment où les moulins à draps et à huile apparaissent à

Brunoy, la France a subi depuis plusieurs décennies la première phase

de la grande crise qui a marqué l’Europe tout au long d’un siècle, environ

de 1350 à 1450. La peste a frappé très durement la population et les

effets de la guerre se sont faits sentir par un accroissement des charges

fiscales. La baisse démographique entraîne une demande moindre de

blé et libère des chutes d’eau pour d’autres activités. Le changement

d’utilisation ne modifie pas le système hydraulique, l’énergie nécessaire

à actionner les piles ou la roue verticale ne dépassait pas celle qui

actionnait les meules et qui écrasait le grain. Dans un foulon hydraulique,

l’arbre moteur reçoit des cames soulevant des maillets, ou piles, qui

retombaient sous leur poids et foulaient le drap. Au cours de cette

période, plusieurs sites sont déclarés « en ruine et de nulle valeur » car

les villageois se sont enfuis ou bien faute de meunier, le propriétaire ne

trouve pas de locataire 368 . Des chutes d’eau et des moulins disparaissent

après la crise, comme c’est le cas du moulin des Bordes qui n’apparaît

plus dans la documentation par la suite.

2. 1. Les propriétaires de moulins

Les moulins établis sur le Morbras ou bien sur le Réveillon

et sur les affluents de ce dernier appartiennent en grande majorité

à des seigneurs laïcs. Sur les treize structures, deux seulement sont

détenues par un établissement religieux, l’abbaye d’Yerres. Cette

constatation est issue de l’absence de documents concernant l’abbaye

d’Yverneaux. Il faut aussi noter la présence de deux moulins à vent, à

Santeny et à Sucy-en-Brie.

Figure 47, carte des moulins des bassins du Morbras et du Réveillon

367

Arch. dép. Essonne, A 821 ;

CURTAT (Ph.),1992, p. 86.

368

Arch. nat., P 28 3 .

83


L’homme et l’eau

Les documents fournissent peu d’informations sur les

constructeurs de ces moulins. Les laïcs semblent les principaux

fondateurs, même dans le cas des moulins appartenant aux

cisterciennes. Les religieuses se constituent leur patrimoine meunier

grâce à des donations.

Au XIIe siècle, Hugues de la Force donne ainsi la moitié du moulin

de Mézières aux religieuses (Figure 48) 384 . En 1275, elles ne possèdent

toujours pas l’ensemble de la structure puisque la charge des réparations

est divisée entre elles et l’autre propriétaire 385 . Il en est de même pour

le chapitre Notre-Dame de Paris qui achète en deux phases le moulin

de Touillon : la première moitié du moulin est achetée en 1279 et la

dernière est acquise en 1287 386 . A Yerres, tout au long du Moyen-Age,

le moulin banal appartiendra aux trois quarts aux chartreux de Paris et

le quart restant aux cisterciennes 387 . La gestion d’un moulin à eau par

plusieurs propriétaires n’est pas rare car elle réduit les coûts d’entretien,

même si cela peut créer des conflits importants.

Figure 48, plan du moulin de Mézières, 1780.

(Archives départementales de l’Essonne, 63H 45)

384

Arch. dép. Essonne, 63H 1,

inventaire d’Yerres, f° 50, tome 1,

1780.

385

Archives départementales de

l’Essonne, 63H 57.

386

Archives nationales, S 389.

387

Arch. nat., S 3989 B .

388

Arch. nat., S 3989 B .

389

Arch. dép. Val-de-Marne, 3 E 1/9

2. 2. L’utilisation des moulins

Les moulins ne sont pas directement exploités par les seigneurs,

laïcs ou religieux eux-mêmes, mais ils sont baillés principalement à des

meuniers au cours de la période médiévale. Puis, à partir du XVIIIe siècle,

on voit apparaître des marchands boulangers aux côtés de ces derniers.

En 1478, Pierre Olignon qui prend à bail le moulin banal d’Yerres pour la

somme de 7 livres parisis par an, est dit « meunier et charpentier » et il

peut ainsi réaliser lui-même les travaux d’entretien des vannes, roue et

pièces en bois du mécanisme 388 . Au cours de l’année 1700, le seigneur

de Grandval à Sucy-en-Brie dont dépend désormais le moulin de Touillon,

baille ce dernier à un meunier de Moissy-Cramayel pour une durée de

9 ans avec les bâtiments associés (granges, maison) et prés, pour 600

livres de loyer annuel. Le meunier s’engage à entretenir l’installation,

à tailler les saules le long de l’étang, à ne pas pêcher dans celui-ci ni

dans le « faux ru », à moudre 6 setiers de grains fournis chaque année

par le propriétaire, soit environ 952 litres 389 . De même, Pierre Baudart,

meunier du moulin d’Amboile, c’est-à-dire d’Ormesson, en juillet 1712,

84


L’homme et l’eau

de son bail, donné par le sieur d’Ormesson, à un marchand boulanger

de Brie-Comte-Robert 390 .

3. L’installation des moulins sur les cours d’eau

3. 1. La transformation des cours d’eau

La présence de moulins a joué un rôle capital dans la

transformation des cours d’eau. Tout d’abord, ces machines ont

colonisé jusqu’au moindre ru pour peu qu’il ait eu une pente

suffisante : c’est le cas du Morbras, aujourd’hui ruisseau plus que

modeste, qui en faisait tourner huit, parfaitement attestées à l’époque

médiévale. Ensuite, la construction du moulin a pu servir à fixer

le cours de rivières parfois divagantes aux emplacements de ces

structures. Mais surtout, le gros besoin en eau du moulin a amené les

hommes à modifier le paysage pour l’alimenter de façon satisfaisante

par le creusement de biefs, la mise en place de barrages ou d’étangs, la

création de chutes.

C’est le cas du ru de la Ménagerie qui faisait tourner un moulin.

Le cours naturel, inadapté à la mise en place de moulin, a été doté

d’une dérivation qui a été implantée à l’endroit le plus pentu de la

vallée. Cette opération a entraîné de gros travaux d’aménagement du

milieu, notamment l’entaillage du coteau à proximité du château de

Lésigny, afin d’y installer le maximum de machines pour un maximum

de rendement.

3. 2. Les moulins sur étang

Si les sources écrites, dans le cadre de cette étude, pour la période

médiévale ne fournissent pas beaucoup d’informations, l’iconographie

de la période moderne apporte des données complémentaires. Le

système hydraulique, en particulier la hauteur de la chute et la

forme des amenées d’eau, permet de caractériser les modes de

fonctionnement des moulins. Dans la partie étudiée, sur les quinze

installations repérées, six sont alimentées par-dessus (quatre sur le

Morbras, une sur le Réveillon, à Chevry-Cossigny et la dernière sur le ru

du Château à Santeny) (Figure 49).

Le moulin de Santeny, 1734

(Archives départementales de

l’Essonne, A 1168)

Figure 49, moulins sur étang

Le moulin d’Amboile, 1705

(Archives nationales, S 398)

Un moulin établi sous la chaussée d’un étang est alimenté par

une dérivation provenant de ce dernier. Le choix de cette construction

nécessite l’édification d’une digue en terre, parfois renforcée par des

maçonneries, de plusieurs mètres de haut, barrant une vallée sur une

centaine de mètres, afin de former un étang fournissant un apport d’eau

constant. Le moulin est situé dans l’axe du fond de vallée (Figure 50).

390

Arch. dép. Val-de-Marne, 3 E 1-

10, Chennevières, Jacques Paillart,

tabellion, 1705-1712.

85


L’homme et l’eau

Figure 50, Implantation de moulin sur étang

(dessin Roque Robaglia)

3. 3. Les moulins sur bief

Les autres moulins sont équipés de roues actionnées pardessous

et sont établis sur des biefs.

Les moulins implantés donc sur le Morbras et le Réveillon sont

majoritairement alimentés en eau par un canal artificiel, un bief. La rivière

est barrée en amont par une vanne créant une dérivation dont la pente

plus importante que le cours d’eau, permet de faire tourner une roue. La

longueur des biefs peut varier de 200 à 800 m selon les sites et selon la

pente à donner (Figure 51). Leurs parois, d’après l’exemple du moulin

de la Roche, à Arcueil, pouvaient être renforcées par des pieux et des

palplanches ou bien par de la maçonnerie, avec une largeur comprise

entre 2 et 3 m 391 .

391

RODRIGUEZ (P.), FLEURY-

CHASSIGNOL (L.), 1998, 85 p. +

annexes.

Figure 51, Implantation de moulin sur bief

(dessin Roque Robaglia)

86


L’homme et l’eau

4. Fonctionnement d’un moulin

La reconstitution d’un moulin peut permettre de mieux saisir

le fonctionnement de ce dernier.

Le schéma réalisé par le Service Régional de l’Inventaire de

Poitou-Charentes, bien que représentant une structure extérieure à

notre région peut tout à fait s’appliquer à notre étude (Figure 52). Il

permet de comprendre les différents mécanismes composant un moulin

à eau, tels qu’ils sont cités dans les visites ou prisées de moulin du XV e

au XVIII e siècle, avant la prise à bail 392 .

Schéma d’un moulin à blé du XVIII e siècle

Détail des mécanismes d’un moulin à blé du XVIII e siècle,

© Service régional de l’inventaire de Poitou-Charentes / Zoé Lambert, 2007

Figure 52, moulin à blé

Légende : La roue à eau est mue par la force du courant, qui la fait tourner : cette

énergie est transformée en mouvement mécanique circulaire. La roue du moulin

(1) est reliée, par l’intermédiaire de l’arbre (2), au rouet de fosse (3). Ce rouet,

muni de dents d’engrenage, alluchons (4), entraîne une lanterne (5), fixée à une

pièce métallique, l’anille, qui fait bouger la meule supérieure (courante) (6b)

au-dessus de la meule dormante (6a). Un trou au centre de la meule supérieure,

l’œillard (7), permet le passage du blé, versé de la trémie (8), entre les deux

meules.

392

Arch. nat., S 389, S 3989 B et S 7018.

Une prisée est une visite d’experts

(charpentiers, meuniers) effectuée

afin d’estimer les bâtiments et les

mécanismes composant le moulin,

(vanne, roue, meule, etc.).

87


L’homme et l’eau

4. 1. Les pièces d’un moulin

Aux extrémités de l’arbre, se loge une pièce métallique appelée le

tourillon qui supporte le poids de l’arbre et son mouvement de rotation.

Il repose sur une pièce de bois appelée cheveuseul. Cet élément, plus

tendre que le métal du tourillon permet une rotation sans heurts de

l’arbre. La roue, en bois, est le moteur du moulin et son diamètre connu

pour le XVII e siècle, est de 11 pieds, soit d’environ 3,63 m 393 . Puis les

mécanismes intérieurs sont mentionnés. Il s’agit tout d’abord du rouet,

d’un diamètre de 7 pieds, environ 2,31 m, qui est un engrenage en

bois, servant de liaison entre l’arbre et « le paignon », c’est-à-dire la

lanterne (Figure 53). Il permet de transformer le mouvement vertical

de la roue en mouvement horizontal, et il est composé d’une roue de

bois emmanchée sur l’arbre, et de dents de bois nommées alluchons

ou fuseaux, qui entraînent les fuseaux de la lanterne, première pièce à

mouvement horizontal.

Figure 53, éléments composant le paignon

Dans les prisées du XV e siècle, le terme de « lanterne » n’est pas

utilisé, l’expert emploie celui de « paignon », et ce n’est que dans les

visites du XVIII e siècle que l’on voit écrit « lanterne » 394 . Dans chaque

mention, ces éléments sont décrits par deux et ils sont soit cerclés de fer

soit de bois. Il s’agit d’une série de tiges en bois, les fuseaux, qui relient

deux plateaux circulaires également en bois. Le fer du moulin, importante

pièce de métal, assure le lien entre le « paignon » et la paire de meules.

Son extrémité inférieure se termine par une pointe sur laquelle il tourne

et qui repose sur le palier. Soumis aux effets d’une rotation rapide, aux

poids de la meule et du fer, le palier s’use vite.

C’est sur l’extrémité supérieure du fer qui se rétrécit afin de

traverser les meules, que s’emboîte l’anille (Figure 54).

Figure 54, Anille

393

Arch. nat., S 7018.

394

Arch. nat., S 7018.

Il s’agit d’une pièce de fer qui s’encastre dans la meule courante

et permet de fixer celle-ci au fer. Les deux pierres du moulin, c’est-àdire

la meule courante et la meule gisante, sont estimées séparément.

88


L’homme et l’eau

Elles font chacune environ 6 pieds, soit environ 2 m, pour une épaisseur

de 1 pied, environ 0,33 m. Ces meules sont entourées d’un cerclage

dont la matière n’est pas spécifiée. Les éléments servant à recueillir la

farine sont également estimés. La trémie, formée de planches de bois,

est placée au-dessus des meules, et déverse le grain pour qu’il soit

broyé. Un cylindre de bois, l’archure, entoure les meules et empêche la

dispersion de la farine qu’elle conduit, par une ouverture, dans la huche.

Ce coffre de bois, d’une longueur de 2 mètres, reçoit les produits de la

mouture. Les outils servant à lever les sacs au moyen de poulies et de

câbles sont aussi prisés, tout comme les différents types de marteaux

servant à l’entretien des meules.

Les chartreux font estimer le prix des tournants et travaillants du

moulin banal d’Yerres en 1461 par Jehan Huitvit, meunier et charpentier

de la Grande cognée 395 . Sept années plus tard, une nouvelle expertise est

réalisée par Nicolas Le Goulx, « juré du roi en l’office de charpenterie »,

Pierre Aubourt, « bachelier », Pierre Sausson, « charpentier de la Grande

cognée » qui examinent les pièces en bois de la structure, notamment les

poutres et poteaux maintenant les meules, les sablières et le plancher. Les

experts estiment la valeur de l’ensemble des « tournants et travaillants »

à 58 livres et 14 sols parisis. Ils indiquent que le coût des réparations

reviendrait à 93 livres 8 sols parisis 396 . L’abbé qui peut être sur place

ou bien se faire représenter, est accompagné des meuniers du moulin

et d’experts comme Pierre Aubourt, charpentier de la grande cognée et

ouvrier de moulins, et d’autres meuniers, afin d’examiner et d’estimer

le moulin.

En 1478, Pierre Sausson, charpentier de la grande cognée et

meunier intervient de nouveau sur ce moulin 397 . Il estime ainsi l’arbre

gisant et la roue, c’est-à-dire tout d’abord l’axe de la roue qui permet de

transmettre le mouvement de la roue au mécanisme qui broie le grain.

L’arbre est constitué d’une pièce de bois nécessitant l’utilisation d’un

tronc entier du fait de son diamètre et de sa longueur. Les dimensions

de cet élément apparaissent lors d’une prisée de 1699 : l’arbre mesure

alors 16 pieds 2 pouces de long et 17 pouces et demi de gros, soit environ

5,30 m de long pour 0,45 m de diamètre 398 .

4. 2. Le vannage

Les systèmes de vannage peuvent être connus grâce à la prisée

du moulin de Mézières de 1724. Ils sont en bois de chêne et présentent

des tailles variables selon leur usage : les 3 vannes servant à la décharge

des eaux font chacune 2 pieds 9 pouces de large et 3 pieds 2 pouces de

hauteur, soit 0,90 m de large pour 1,50 m de hauteur, alors que celle

de la roue a une largeur de 3 pieds 4 pouces sur 3 pieds 2 pouces de

hauteur, soit 1,55 m pour 1,50 m de haut 399 (Figure 55).

Le preneur du moulin doit entretenir la rivière lors de son bail

et il prend, dans sa location, également d’autres structures comme une

maison où loger, des granges, écuries, etc. et des quartiers de jardin ou

bien de pré. En 1478, la réfection de la toiture du moulin nécessite 5000

tuiles 400 . Le bâtiment, maçonnerie liée avec de la chaux et du sablon,

mesure 28 toises de long sur un peu plus de 10 de large, soit environ

55 m par 20, avec la roue présente sur le mur pignon, côté du cours

d’eau 401 .

395

Arch. nat., S 3989 B .

396

Arch. nat., S 3989 B .Pierre

Aubourt est également intervenu

en tant qu’expert avec le titre de

« charpentier de la grande cognée et

ouvrier de moulins » lors de la visite

du moulin d’Antony, sur la Bièvre,

appartenant à l’abbaye de Saint-

Germain-des-Prés.

397

Arch. nat., S 7018.

398

Arch. nat., S 7018.

399

Arch. dép. Essonne, 63H 57.

400

Arch. nat., S 7018.

401

Arch. nat., S 7018.

89


L’homme et l’eau

Figure 55, bief et vannages du moulin de Mézières

(Archives départementales de l’Essonne, A 1121)

5. Pêcheries et moulins

5. 1. Le moulin : un lieu propice à la pêche

• L’installation de moulins est propice aux pêcheries

Outre l’encouragement au drainage de parcelles forestières,

l’installation de moulins a aussi transformé l’hydrologie locale et

permis l’installation de pêcheries.

Un circuit artificiel de barrages et de biefs, alternant avec des

chutes, crée des aires où l’eau, plus calme, se réchauffe davantage et

permet un développement algal différent et plus important que celui

de la rivière. Les poissons y trouvent une alimentation supplémentaire.

L’oxygénation de l’eau, augmentée par l’effet de chute de l’eau et

son brassage par la roue du moulin, engendre un milieu propre au

développement piscicole 402 . Une population de poissons sédentaires

se développe alors. Les chutes d’eau, le plus souvent de moyenne

importance, ne nuisent que peu à la remontée des migrateurs. L’obstacle,

que présentaient les moulins à la migration des poissons, est difficile à

mesurer. La présence de bief équipé de chute d’eau de faible hauteur ne

permet pas le passage des poissons. En effet, ceux-ci, pour remonter le

cours d’eau doivent trouver un passage établi dans la continuité de la

chute d’eau.

402

BENOIT (P.), BERTHIER (K.), BILLEN

(G.), GARNIER (J.), 2001.

Des pêcheries, aménagements de pieux en bois fichés dans le lit

de la rivière, sont souvent mentionnées à proximité du moulin (Figure

56) : en 1385, le moulin de Villemenon, sur le Réveillon, est doté d’une

90


L’homme et l’eau

telle structure 403 . Dans la prisée de 1478 du moulin banal d’Yerres,

la pêcherie est estimée 48 sous parisis 404 . L’archéologie renforce ces

données avec la découverte d’un tel aménagement à Brunoy, daté

vraisemblablement du VI-VIIe siècle 405 .

Figure 56, moulin et pêcherie

(psautier de Lutrell, 1325)

Il est à noter qu’aucune tannerie ne semble avoir été installée

le long de l’Yerres, du Morbras ou du Réveillon, contrairement à la

situation rencontrée, au sud de Paris, dans la vallée de la Bièvre 406 .

On peut s’interroger sur un éventuel lien entre cette absence notable

et la présence de nombreuses pêcheries qui peuvent difficilement

s’accommoder de partager la même eau que les tanneries.

5. 2. Les droits de pêche

Les cours d’eau sont détenus par plusieurs propriétaires qui cèdent

leur droit en échange d’un loyer en nature ou en argent. Fréquemment

dans les baux de moulin, le meunier reçoit le droit de pêche dans le

cours d’eau alimentant la roue, mais avec des restrictions au niveau

des engins de pêche.

En 1712, Pierre Baudart, marchand meunier du moulin d’Amboile

peut ainsi pêcher dans le Morbras 407 . Denis Martin, meunier du moulin

de Périgny, n’a pas le droit d’utiliser l’épervier et des filets et il doit

retirer sous peine d’amende la huche, caisse en bois servant à stocker

le poisson fraîchement pêché, installée dans la rivière 408 . A la fin du

XVe siècle, Jehan Gommery prend à bail, pour 9 années, des chartreux

la pêche dans la rivière d’Yerres depuis la fontaine Bruant jusqu’à la

rivière des seigneurs de Gaillonnel, moyennant 16 sous parisis, 300

écrevisses, deux plats de poissons valant chaque plat 2 sous parisis.

Dans cette location, il est également mentionné que Jehan Gommery doit

maintenir en bon état le gord avec des pieux et pierres 409 . A Santeny, au

XVIe siècle, le grand prieur baille pour trois ans à Claude Guinety le droit

de pêche depuis « la rue des Bief jusqu’à la fontaine Bruyant », contre la

somme de 12 livres par an, à la condition que le pêcheur prête ses filets

et ustensiles au seigneur deux fois par an pour pêcher dans les fossés

de son château et dans la rivière d’Yerres 410 . Une soixantaine d’années

plus tard, dans un bail à Jean de l’Epine, la zone de pêche est mieux

définie : elle se situe sur « la rivière de Santeny » et dans l’Yerres sur

une étendue de 392 m. Le prix du bail est de 3 livres 50 sous, avec en

plus deux plats de poissons à fournir par an 411 . Il ne faut cependant pas

oublier que la simple pêche à la ligne existait puisque des hameçons ont

été retrouvés sur le site de la villa gallo-romaine de Servon 412 .

403

LEBEUF (Abbé), 1883, p. 253.

404

Arch. nat., S 3989 B .

405

BONIN (Ph.), 1992, p. 71.

406

BERTHIER (K.), article consultable

en format pdf sur http://hal.

archives-ouvertes.fr/hal-00196684/

fr/

407

Arch. dép. Val-de-Marne, 3 E 1-10.

408

Arch. dép. Essonne, A 884.

409

Arch. nat., S 3989 B .

410

Arch. dép. Essonne, A 979.

411

Arch. dép. Essonne, A 979.

412

GRENIER (M.), 1994, p. 113.

91


L’homme et l’eau

413

MAHN (J.-B.), 1982 ; PRESSOUYRE

(L.), 1990.

414

La carpe est un poisson venant

d’Asie, c’est-à-dire d’une vaste zone

allant de la Mandchourie aux rivières

alimentant la Mer Noire. L’élevage

de cet animal se propage en Europe

du Xe au XIIIe siècles. Parallèlement

à la diffusion de la carpe, les étangs

se multiplient.

415

HOFFMANN (R. C.), 1994, p. 139-

150 ; BENOIT (P.), 2002, p. 227-

236. ; Van Neer (W.), Ervynck (A.),

2004.

416

D’après La nouvelle maison

rustique, La carpe est un animal

résistant, elle souffre le charroi

mieux que le brochet, la perche et

le gardon, elle peut être portée dans

une hotte à sec pendant deux heures

par temps frais (La nouvelle maison

rustique ou économie générale

de tous les biens de campagne, la

manière de les entretenir et de les

multiplier, tome II, 4 e partie : Les

étangs, la pêche, la chasse et autres

amusemens champêtres ; la cuisine

et l’office, livre 1 er , Les étangs et

la pêche, 10 e édition, Paris, chez

Durand neveu, 1775, p. 528).

417

D’après La nouvelle maison

rustique, l’étang piscicole « est

un endroit qui, de sa nature, doit

être bas, large et spacieux, qui ait

l’égout et la chute des eaux de part

et d’autre, et qui soit rafraîchi par

quelque fontaine ou ruisseau qui

tombe dedans. Il faut encore que

ce lieu soit resserré et relevé des

deux côtés, afin qu’à moins de frais,

l’on y puisse faire la chaussée. (…)

Communément, on donne huit à dix

pieds d’eau dans le milieu et le plus

creux de l’étang et on y fait assez

souvent un bon fossé traversé par

des rigoles qui amènent toute l’eau

et le poisson de l’étang jusqu’à la

bonde : pour cet effet, tout le terrain

doit aller en pente de ce côté-là ».

La profondeur de l’étang, le long de

la chaussée, doit être de sept à huit

pieds et de six pieds minimum car

si elle n’est que de quatre ou cinq

pieds, le poisson risque de manquer

d’eau en été (sécheresse) et en

hiver (fortes gelées). La présence

d’un cours d’eau vive qui traverse

l’étang est conseillée : « (…)

quelque courant d’eau qui passe au

travers de l’étang, le renouvelle et

rende le poisson plus gaillard, plus

nombreux et plus sain. » (op. cit., p.

516-517). En Brie, le pied valait 32,5

cm, et au XVIII e siècle, un étang à

poissons devait donc mesurer 2,60

m à 3,25 m de profondeur en son

centre, environ 2,30 m à 2,60 m le

long de la chaussée et ne jamais

descendre au-dessous de 1,95 m,

car avec une hauteur d’eau de 1,30

m à 1,60 m, le poisson risquait de

périr à certaines périodes.

III – Les étangs et autres aménagements

hydrauliques

1. Les étangs et la pisciculture

Les cours d’eau peuvent être renforcés par la création, en

amont, d’étangs, uniques ou en chapelet, formant des retenues d’eau

nécessaires pour avoir l’assurance d’un débit annuel régulier. La

création d’étangs, à partir du XIe siècle, a été liée au développement

de la pisciculture.

Les interdits concernant la consommation de viande, qu’il

s’agisse d’interdiction totale comme pour les cisterciens 413 ou partielle

pour les autres ordres et les fidèles, ont entraîné le développement de

la pisciculture en eau douce en général et de l’élevage de la carpe en

particulier. La consommation de poissons apportait les éléments azotés

nécessaires à une alimentation obligatoirement appauvrie. Par ailleurs,

l’introduction de la carpe en Europe occidentale 414 , au cours du XIII e

siècle, a relancé la pratique de la pisciculture 415 . En effet, la carpe est un

animal robuste qui supporte, vivante, les longs transports, contrairement

à d’autres poissons plus fragiles 416 .

La nécessité d’établir des barrages et de créer des étangs, pour

protéger des inondations les sites d’implantation en fond de vallées,

a mené directement à la pratique de la pisciculture : ces grandes

retenues d’eau pouvaient devenir rentables si on les empoissonnait. Il ne

restait qu’un second pas à franchir qui le fut par tous les établissements

religieux ainsi que par des propriétaires laïcs : créer des étangs seulement

pour l’élevage des poissons et principalement pour celui de la carpe.

Les étangs à vocation uniquement piscicole se distinguent nettement

des autres (étangs de retenue d’eau aménagés pour assécher un site,

approvisionner un établissement en eau ou pour actionner un moulin) :

leurs chaussées sont moins élevées et moins massives car ils ont peu de

profondeur, ce sont des étangs larges et bas, dont des chaussées, de

deux à trois mètres de hauteur, suffisent 417 . Ces chaussées sont édifiées

en terre 418 avec, parfois, des renforcements de maçonnerie au droit des

déversoirs 419 .

Quelquefois isolés, ces étangs sont plus fréquemment disposés

en chapelet comme à Roissy-en-Brie et sont souvent aménagés au fond

d’une combe au profil plus ou moins marqué 420 . La maîtrise de l’élevage

des poissons a amené la création d’étangs de faciès divers : étangs

pour l’alevinage 421 , pour la pêche, pour la conservation du poisson 422 .

L’alevinage se faisait, en général, dans des étangs de surface réduite

(quelques hectares), de faible profondeur (0,60 à 0,80 m), bien orientés

au soleil, protégés des vents froids du nord et de l’est qui perturbent

la production herbicole 423 . Les étangs de conservation du poisson, de

taille aussi bien plus réduite que les grands étangs, permettaient de se

procurer du poisson rapidement en cas de besoin (approvisionnement

domestique, vente ponctuelle) 424 .

2. Les étangs dans les vallées du Morbras et du

Réveillon

L’abbaye d’Yverneaux semble avoir possédé plusieurs de ces

étangs affectés uniquement à la pisciculture comme ceux du Buisson et

de Contrainte, à Lésigny. La taille réduite de ces étangs indique l’usage

92


L’homme et l’eau

de ces plans d’eau comme centre de reproduction pour les carpes (Figure

57).

Figure 57, plan d’un étang

(légende : le déchargeoir peut également s’appeler le déversoir)

Ce développement de la pisciculture, bien connu pour

les établissements monastiques, a rapidement entraîné une

production qui a dépassé les seuls besoins de la consommation

des propriétaires : ces étangs sont alors devenus des sources de

revenus non négligeables.

À titre d’exemple (en dehors de la zone d’étude), les 6 juillet 1492

et 2 octobre 1497, Adam Fauvreau et Guillaume Frizon s’associent, avec

trois autres marchands de poissons, pour acheter la pêche des étangs

de Villefermoy et de Barbeau, propriétés des cisterciens de Barbeau. La

vente de la pêche d’octobre 1497, réalisée le 20 octobre, soit dix-huit

jours après la pêche, a été faite selon les prix suivants : 60 sous tournois

– soit 3 livres - pour le cent de carpes longues de 9 à 12 pouces et 6 livres

tournois pour le cent de carpes longues de plus de 12 pouces 425 . Sachant

que les animaux étaient élevés par milliers dans un étang 426 , leur vente

représente des sommes significatives.

Ce facteur, joint à l’adoption de ce poisson résistant qu’est

la carpe, à la nature du sous-sol 427 et à la proximité de Paris - milieu

privilégié d’écoulement de l’excédent de production piscicole 428 -,

explique le développement considérable des étangs en Brie 429 .

Les données manquent pour les étangs établis dans le bassin du

Réveillon, cependant il est possible de saisir quelques informations à

418

« (…) de bonne terre glaise ou

autre terre forte (…) » conseille La

nouvelle maison rustique…, op. cit.,

p.518.

419

« Endroit par où déverse,

s’épanche le trop-plein des eaux

d’un étang, d’un canal. » (LITTRÉ,

Dictionnaire de la langue française,

1863).

420

BERTHIER (K.), ROUILLARD (J.),

1999, p. 121-147 ; BERTHIER (K.),

2006, p. 281-293.

421

C’est-à-dire l’élevage des jeunes

poissons ou alevins.

422

Cela est attesté pour les étangs

de la châtellenie de Montcenis :

VIGNIER (F.), 1975, p. 1-20.

423

CLÉMENT-GRANDCOURT (M.),

1982 ; La nouvelle maison rustique

décrit un étang d’alevinage pour la

carpe, appelé « carpière » : « L’étang

destiné pour carpière doit avoir huit

à dix arpents et ne point manquer

d’eau en été, afin que les carpes que

l’on y mettra pour frayer puissent

s’égayer sur l’herbe des rivages,

ce qu’elles font dans le temps du

frai, sur le bord qui est exposé au

midi et au couchant » (op. cit., p.

527). Sous l’Ancien Régime, l’arpent

seine-et-marnais, qui variait selon

les endroits, valait de 40 à 50 ares

(Tableau…), les étangs d’alevinage

locaux pouvaient donc couvrir, au

XVIII e siècle, de 3,20 ha à 4 ha, voire

5 ha.

424

CLÉMENT-GRANDCOURT

(M.), 1982 ; La nouvelle maison

rustique définit deux types d’étang

de conservation : le vivier et le

réservoir. « Un vivier est une pièce

d’eau vive, où l’on met du poisson

qui s’y nourrit pour la provision de

la maison et pour la vente courante,

au lieu qu’on met le menu poisson

dans les étangs pour croître et

multiplier tranquillement jusqu’à ce

qu’on pêche l’étang. L’un est pour le

gros, l’autre est pour le détail. (…)

On appelle réservoirs toute sorte

de lieu où on réserve le poisson, tel

qu’il puisse être, pour le prendre

facilement quand on en a besoin. ».

Et l’auteur de préciser qu’il existe

« des grands et des petits viviers »

ainsi que « des grands et des petits

réservoirs » (op. cit., p. 536).

425

Arch. nat., Minutier central, étude

XIX, liasse 7 pour la pêche de juillet

1492, liasse 12, pour la pêche et

la vente d’octobre 1497. Avant la

Révolution, la valeur du pouce en

Brie était la même qu’à Paris : un

pouce valait 2,707 cm. COCHET-

COCHET (C.), 1997, p. 246.

426

Les prescriptions de La nouvelle

maison rustique, p. 526, en la

matière sont les suivantes : un étang

de cinquante arpents doit s’aleviner

d’au moins 10 000 carpes, un

étang de trente arpents, d’au moins

8 000.

93


L’homme et l’eau

partir de la période moderne.

En 1613, les trois étangs de Lésigny présentent des superficies

variables : le grand étang 19 arpents (8 hectares), l’étang neuf 9 arpents

(un peu moins de 4 hectares), et l’étang du parc 14 arpents (6 hectares).

Ils sont pris en location pour 9 ans par Urbain Pelletier qui peut y

organiser la pêche, pour la somme de 200 livres par an 430 .

427

Le plateau de Brie est recouvert

de sols de limon quaternaire qui

s’étendent sur un socle meulier,

composé de bancs de meulière

et de tuf ou argile à meulières,

faiblement incliné. Ce socle joue un

rôle de retenue des eaux de pluie

qui s’infiltrent au travers des limons

jusqu’à lui où elles forment une

nappe phréatique à niveau variable

selon la saison et la pluviosité de

l’année.

428

BENOIT (P.), 2003, p. 64-73.

429

LEBEUF (L.), 1888, (réédition

1985), p. 19-20. « Outre les rivières

et les canaux dont nous venons de

parler, des étangs d’une certaine

étendue se rencontrent çà et

dans le département ; ils y étaient

jadis bien plus nombreux ; il n’y a

guère aujourd’hui que l’étang de

Villefermoy et celui d’Armainvilliers

qui méritent d’être cités, ce dernier

a 83 hectares de superficie ».

430

Arch. dép. Seine-et-Marne, 135F

103, Lésigny, inventaire des titres,

XVIIIe siècle.

431

Arch. dép. Seine-et-Marne, 135F

103, Lésigny, inventaire des titres,

XVIIIe siècle.

432

Arch. dép. Seine-et-Marne, 135F

102, Lésigny, administration, XVIIIe

siècle.

433

Arch. dép. Seine-et-Marne 135F

98, Lésigny, foi et hommage,

consistance, cueillerets et comptes,

XVIe-XVIIIe siècles.

434

Arch. dép. Seine-et-Marne, 135F

102, Lésigny, administration, XVIIIe

siècle.

435

VARAIGNE (Ph.), 1972, p. 36 et

39 ; Arch. nat., P 28 3 , aveu de Loys

Blanchet, 8 mars 1394 : les deux

fiefs se composent d’un manoir,

avec colombier et un jardin « assis

en la ville d’Amboelle ».

436

Arch. dép. Seine-et-Marne, 135F

102, Lésigny, administration, XVIIIe

siècle.

437

La queue de l’étang est l’endroit

par où l’eau entre dans l’étang.

Pour le type d’espèces pêchées, un mémoire des années 1775

fournit un état des étangs d’Armainvilliers et de Lésigny, ainsi que leur

rempoissonnement. Au chapitre consacré aux étangs de Lésigny, il est

noté la présence de sept pièces d’eau qui ont été péchées au cours du

mois de novembre 1774. Le rédacteur signale « qu’il a été remis dans

l’étang vis-à-vis le château beaucoup de brochets, tanches et carpes le

tout fort gros. A l’étang du Buisson, à Lésigny, il y a resté un peu d’alvins

mais on ne peut guère fonder d’espérance sur ce poisson en général

attendu le grand délabrement où étaient les grilles lorsque l’on y a mis

ce poisson. Ces grilles n’ont été rétablies qu’après l’hiver. Il y a beaucoup

de poisson dans les fossés du château, c’est-à-dire des brochets, carpes

et perches, mais on ne peut en dire la quantité attendu qu’ils n’ont point

été péchés du temps du feu prince ». L’année suivante, dans l’étang de

Contrainte, à Lésigny, les pêcheurs n’ont trouvé que 40 poissons. Cette

pénurie s’explique par l’absence de grilles aux vannes de décharge 431 .

Ces aménagements nécessitent un entretien constant comme le

note en 1776, le sieur Agobert, propriétaire du fief de la Barre à Férolles-

Attilly : « toutes les décharges des étangs ont « des renards » (trous)

profonds par où l’on se perd », les glacis en chaux et ciment sont à refaire

en grande partie et ils présentent de nombreuses cavités 432 . Toutefois,

l’entretien défaillant n’est pas la seule cause d’absence de poisson. Pour

exemple dans la baronnie de Lésigny, en 1735, il est constaté que le

nombre des poissons contenus dans les étangs est très faible du fait de

la sécheresse 433 . En 1776, Agobert ajoute d’ailleurs que « quoiqu’il ne

soit pas présumer qu’il puisse y avoir beaucoup de poissons à présent

dans les étangs vu qu’il n’y a pas de grilles pour les retenir, ni dans les

fossés attendu qu’il en est mort une grande quantité l’année dernière

par les grandes chaleurs et faute d’eau » 434 .

Après la pêche, le poisson piégé était alors transporté dans

d’autres petits bassins ou fosses à poisson en vue de les conserver

jusqu’à leur consommation. Ces structures peuvent être construites à

la sortie du déchargeoir de l’étang, du moulin ou bien à proximité d’un

château. Ainsi, en 1394, on trouve quatre de ces aménagements dans

deux manoirs situés à Ormesson 435 . En 1540, on en trouve à côté du

moulin de Chevry 436 .

3. Les étangs et les modifications du régime

hydraulique

3. 1. L’impact des étangs

La création de ces très nombreux étangs a apporté aux

zones humides, et, au-delà, au milieu fluvial, des modifications

considérables. Ces étangs, dotés d’un pouvoir de rétention des eaux

sans doute supérieur à celui des marais, en tous cas plus facilement

contrôlable, ont contribué, en stockant les eaux en période sèche, à une

régularisation des débits, difficile à apprécier au niveau de la Seine, mais

parfois considérable au niveau local.

94


L’homme et l’eau

La végétation a changé, au moins dans sa répartition

géographique ; les plantes habituelles des marais, comme les joncs,

se sont concentrées en queue d’étang 437 . Les bords se sont couverts

d’une ripisylve proche de celle des rivières. C’est cependant la faune

qui connut les modifications les plus importantes. Si les palmipèdes

ont continué à fréquenter les étangs comme ils fréquentaient les marais,

en revanche, de profondes transformations ont touché la population des

poissons. En effet, la présence d’étangs accroît la production d’algues,

en particulier à la fin de l’hiver - moment de frai pour de nombreuses

espèces -, ce qui facilite la reproduction. La présence d’algues nourricières

se fait même sentir jusque dans les cours d’eau, à l’aval des digues, et

crée un milieu très favorable au développement des poissons vivant en

eau libre 438 .

L’établissement de ces étangs a pu avoir aussi des

conséquences sur les zones situées en amont, particulièrement

sur les sites boisés où l’écoulement naturel des eaux s’effectuait

difficilement. Quand l’apport aqueux fourni par le ru ou la rivière n’était

pas suffisant, des drainages ont été réalisés afin d’améliorer le débit

de la rivière et de maintenir un certain niveau d’eau dans les étangs,

notamment en période sèche.

3. 2. L’exemple des augustins d’Yverneaux

Un exemple remarquable en est donné par l’abbaye d’Yverneaux

(augustins) à Lésigny. Les étangs, établis sur des terres de l’abbaye,

étaient alimentés par un réseau de drains creusés dans les forêts

avoisinantes dont la longueur totale approche plusieurs kilomètres. Ce

circuit hydraulique, qui a été prospecté, se compose de petits fossés de

drainage et de collecteurs plus importants qui rejoignent les ruisseaux

et alimente, au final, les étangs 439 .

L’association de ces religieux avec, notamment, les chanoines

du chapitre Notre-Dame de Paris et les moines du prieuré de Marollesen-Brie,

a permis la réalisation d’ensembles de collecteurs drainant un

plateau sur lequel se trouve actuellement une forêt de 2860 ha 440 . Il

est difficile de retracer la chronologie du développement de ce réseau,

même s’il est certainement, à l’origine, médiéval puisque les sources

les plus anciennes mentionnent quelques uns de ces aménagements

dès le XIII e siècle. Les drains aboutissent dans des étangs aménagés aux

franges de la forêt, comme ceux de Boissy, de Marolles et du Buisson

à Lésigny. Le drainage instauré par ces établissements religieux, en

assainissant un milieu marécageux, a permis un enrichissement de la

forêt initiale par l’introduction de chênes et de hêtres, arbres qui n’y

poussaient pas primitivement car ce sont des espèces qui supportent

mal d’avoir les pieds dans l’eau.

A partir du XVIIe siècle, des étangs disparaissent, faute

d’entretien et jugés peu rentables. C’est le cas de l’étang de Marolles

qui ne sert plus qu’à l’abreuvage des animaux et qui est désormais

rarement pêché 441 . Des moulins, alimentés par une retenue d’eau,

ne le sont plus désormais que par la décharge de l’étang. Sur le plan

d’intendance d’Ormesson, l’étang de Touillon est asséché.

4. Abreuvoirs et lavoirs

Bien que présentes au cours de la période médiévale, ces

constructions sont de simples aménagements de berge, les lavoirs en

dur ne semblent apparaître qu’à partir du XVIIIe siècle. On trouve des

abreuvoirs à proximité des ponts, comme celui de La Queue-en-Brie 442 .

438

BENOIT (P.), BERTHIER (K.), BILLEN

(G.), GARNIER (J.), 2001.

439

La prospection a été conduite

par Karine Berthier au cours de

l’automne 2007.

440

La forêt de 2860 ha se compose

des massifs forestiers des forêts de

Notre-Dame et de Grosbois, du bois

de la Grange.

441

Arch. nat., S 1862.

442

ROBLIN (J.), 1994, p. 93.

443

ROBLIN (J.), 1994, p. 133.

444

ROBLIN (J.), 1994, p. 134.

95


L’homme et l’eau

Dans cette commune, les lavandières préféraient laver leur linge à un

lavoir alimenté par une source, situé à 300 m à l’est du village 443 .Ce

bâtiment est seulement doté d’une toiture en 1843 444 . A Roissy-en-Brie,

il existe deux lavoirs : l’un alimenté par une source, la fontaine Saint-

Robert, et par une dérivation du Morbras, qui sera détruit en 1974, et

le second, établi au hameau des Friches, consiste, depuis 1890, en un

bassin de 3 m par 3 m pouvant servir à 5 ou 6 personnes, à découvert,

alimenté par un puit accolé au lavoir et muni d’une grande roue (pompe

aspirante) 445 . A Sucy-en-Brie, en 1836, Mlle Lachenardière donne à la

municipalité un terrain proche de la fontaine de Villiers afin de construire

un lavoir 446 (Figure 58).

Figure 58, lavoir de la fontaine de Villiers au début du XXe siècle.

5. Les gués

Afin de franchir le Morbras et le Réveillon, en complément des

ponts, on trouve quelques gués, au niveau de la ferme de Pontillaut sur

le Morbras 447 . Sur le Réveillon, un gué appelé « Blanchet » est mentionné

dans un document du début du XVIe siècle 448 . De tels aménagements

existent aussi sur l’Yerres, notamment à Périgny, en 1367, à proximité

du moulin, à Mandres, Brunoy et Villeneuve-Saint-Georges 449 . Certains

gués ont été remplacés par des ponts, comme cela a été le cas à Santeny

en 1866 450 .

IV – L’agriculture

445

RAMBAULT (M.-Cl.), HERMAN (N.),

SOULIE (J.-L.),1992, p. 126-127.

446

Arch. Mun. Sucy-en-Brie, N3C.

447

HUCHET (B.), 1994, p. 92.

448

Arch. dép. Essonne, A 1077.

449

Arch. nat., Q 1 1507; BONIN (Ph.),

1992, p. 67-87 ; BONIN (Ph.), 1998,

p. 52.

450

Arch. dép. Essonne, 7S 164.

L’élevage est très important au Moyen Age et les bovins et

les ovins séjournent une partie de l’année dans des pâtures. D’autre

part, on trouve aussi des parcelles de fauche uniquement dédiées à la

production du foin pour la saison d’hiver. Ces prés de fauche et ces

prairies apparaissent systématiquement situés en fond de vallée,

le long des cours d’eau. Il est exceptionnel qu’une prairie n’ait pas un

accès à la rivière. Cette caractéristique a une raison : la nécessité de

les irriguer.

96


L’homme et l’eau

Cette irrigation est différente, dans ses buts et dans ses

techniques, de celle utilisée en Europe du Sud, pays où l’eau se fait rare

en saison chaude et où l’on recourt alors à cette pratique. Ici, l’eau ne

manque pas, pourtant on irrigue les prés. Réalisé en hiver ou au début

du printemps, l’apport d’eau dans les prés et prairies permet, d’une part,

de fournir les éléments azotés indispensables à la croissance herbeuse

et, d’autre part, d’exercer une influence thermique : la circulation de

filets d’eau douce, dont la température est obligatoirement supérieure à

0° C, réchauffe un sol froid ou gelé.

Les canaux d’irrigation sont, aussi, autant de moyens de

drainage ; ils permettent d’évacuer l’eau lorsqu’elle n’est plus nécessaire

et de réguler l’hygrométrie des pâtures qui sont souvent d’anciens

marais.

Ce processus d’aménagement du milieu par un propriétaire ne

peut se faire, à grande échelle, que par l’acquisition ordonnée de petits

cours d’eau dans leur totalité, accompagnée de celle de leurs rives, ou

du moins, dans certains cas, de kilomètres de cours en continu 451 . Il est

probable que les cisterciennes d’Yerres, à partir du XIIe siècle, voulant

mettre en valeur leur territoire proche de leur Grange du Milieu, établissent

des fossés de drainage et d’irrigation. Pour ce faire, elles acquièrent

les parcelles de bois le long du « ru de la Grange » 452 . Les augustins

d’Yverneaux procèdent de la même façon à proximité de l’abbaye. Très

vite, autour du couvent, sont décrits des prés et des terres labourables.

Les moines défrichent et établissent une ferme au Buisson 453 . Les bois

sont drainés par des fossés et les eaux sont rassemblées dans un étang.

Les religieux de Saint-Martin-des-Champs, dont dépend le prieuré de

Marolles ont réalisé les mêmes travaux avec le creusement de l’étang

de Marolles.

Le plateau de Brie présente sur le plan agricole des caractéristiques

spécifiques 454 . Les fermiers curent régulièrement les « vuidanges »,

c’est-à-dire les fossés qui traversaient leurs terres.

En septembre 1665, un terrassier accepte « pour faciliter les

vidanges » de raffermir et de nettoyer plusieurs fossés, notamment le

long de la pièce des Fourneaux, ceux qui sont vers les dernières maisons

de Marolles jusqu’aux Uzelles de ce village, ainsi que les fossés le long du

parc de Grosbois. Il reçoit pour salaire 100 livres en 5 payements égaux de

20 livres au fur et à mesure de l’avancée des travaux 455 . Ces fossoyeurs,

à l’automne comme au printemps, doivent relever les brèches, rafraîchir

les fossés, nettoyer les sangsues, ces rigoles ouvertes pour faciliter

le drainage. Ils creusaient également des mares de formes plus ou

moins circulaires, d’un diamètre variant entre 15 à 20 mètres et les

terres extraites servaient à rehausser les alentours, tandis que l’argile

ou la meulière partaient en direction des tuileries pour la première ou

bien vers les demeures en construction ou les chemins pour la seconde.

Ces mares s’asséchaient en été et elles se remplissaient lentement en

hiver en assainissant les parcelles. En septembre 1865, l’exploitant des

terres, appartenant au prince de Wagram et bordant le Réveillon, reçoit

l’autorisation d’établir un barrage temporaire sur le cours d’eau afin

d’irriguer les terrains riverains. La commune de Marolles procédera de

la même façon pour ses propres prairies 456 .

451

CABOURET (M.), 1999, 318 p. ;

ROUILLARD (J.), 2003, vol. 1, p. 145-

175 ; vol. 2, p. 479-489, p. 606-

615 ; BERTHIER (K.), BENOIT (P.),

ROUILLARD (J.), ROUZEAU (B.), 2007,

p. 33-48.

452

Arch. dép. Yvelines, A 474. Les

eaux de ce ru sont mentionnées en

1744.

453

LEBEUF (Abbé), 1883, p. 361.

454

DEREX (J.-M.), 2001, p. 37.

455

Arch. dép. Essonne, 2 E 16/1,

Santeny et Marolles, marquisat de

Grosbois puis duché de Brunoy,

étude Lalouette, greffier et tabellion

de Marolles, 1665-1673.

456

Arch. dép. Essonne, 7S 164.

97


L’homme et l’eau

V. Aménagements et évolution des parcs et

jardins

1. Le réaménagement des châteaux à la fin du Moyen

Age

A la fin du Moyen Age, les anciens châteaux seigneuriaux,

abandonnant leur rôle défensif, font l’objet de réaménagements

importants, principalement pour des besoins d’agrément.

Autour des douves s’organisent désormais des grands parcs

clos, comme à Ormesson, à Sucy-en-Brie, où des canaux et des parterres

et fontaines sont édifiés. Les mottes féodales, on peut citer ici celle de

Grosbois, sont négligées et tombent en ruines au profit de nouvelles

constructions.

Les châteaux reconstruits présentent des façades faites de

briques et de pierres, comme à Ormesson, Grosbois ou bien à La-

Grange-du-Milieu. Les premières structures mises en place dans les

grands domaines servent tout d’abord à alimenter en eau les fossés des

mottes ou manoir (Figure 59). En 1597, Nicolas de Harlay transforme

les anciens bâtiments du manoir de Grosbois 457 . Les matériaux pour la

construction sont prélevés sur place ou bien acheminés par bateau au

port de Bonneuil puis transportés dans des chariots jusqu’au chantier.

Le bois, le grés, ainsi que l’argile pour les tuileries sont pris dans le

domaine de Grosbois et la forêt environnante, les pierres, en revanche,

proviennent des carrières de Saint-Maur.

Figure 59, Des vestiges du XVIe siècle : les douves des Marmousets

2. La place de l’eau dans les parcs

457

Arch. dép. Essonne, A 891 ; Arch.

nat., Minutier central, étude XIX,

liasse 335.

458

BOUDON (Fr.), 1999, p. 137-

160.

459

Arch. dép. Essonne, A 891.

460

ROSTAING (A.), recherches

inédites.

A partir du XVe siècle, l’eau joue un rôle de plus en plus

important dans les jardins. Son statut change dans les parcs en

passant d’un usage défensif à une fonction d’agrément.

Au XV e siècle, il est encore difficile de concevoir sa place réelle

dans l’environnement du château 458 , mais avec le XVI e siècle, les

renseignements commencent à se multiplier.

Les jardins tendent à se moderniser : des marchés sont passés

avec divers entrepreneurs pour construire des fontaines, des grottes. Les

zones d’implantations des jardins font l’objet de drainage permettant de

98


L’homme et l’eau

retenir l’eau dans des bassins. De nouveaux canaux sont creusés ou

bien remplacent le lit naturel du cours d’eau, comme cela est réalisé

à Ormesson avec le grand canal qui joue un rôle prépondérant dans

l’équilibre physique du jardin. Placé en prolongement de l’ancien

déversoir conservé, il draine le sol gorgé d’eau. Les canaux permettent

aussi de hiérarchiser les différents carrés comme les vergers et potagers

autour du château. Le changement de statut de l’eau entraîne une

modification dans la dénomination des éléments qui lui sont associés :

un « fossé » devient un canal.

A La-Grange-du-Milieu à Yerres, des fossés sont creusés et

l’habitation est desservie par un pont-levis, des murs ceinturent le

domaine 459 . Charles de Valois, fils naturel de Charles IX achète la

propriété en 1616 et équipe le jardin de fontaines et de grottes 460 .

Au château de Villemenon à Servon, Le maître fontainier Philippe

Gon est chargé, en 1608, de réaliser des conduites souterraines avec

regards pour alimenter en eau un bassin et « un rocher à l’antique

avec coquillages ». Les eaux captées proviennent du secteur du bois de

Grattepeau 461 . En 1668, deux terrassiers de Marolles s’engagent envers

Monsieur de Verthamont à faire les tranchées pour la conduite des eaux

dans ce même château 462 .

A Lésigny, des « ingénieurs » illustres, comme Clément II

Métezeau et Thomas Francine, œuvrent sur le site au cours des premières

décennies du XVIIe siècle 463 . Ces hommes, intervenant notamment sur

les chantiers royaux, comme l’aqueduc Médicis, le canal de Briare, sont

présents pour diriger les travaux effectués au canal et aux étangs.

Le château de Lésigny, avant de devenir propriété de la famille

de Luynes vers 1620, appartient à Léonora Galigaï, épouse de Concino

Cocini, maréchal d’Ancre, et sœur de lait de la reine Marie de Médicis 464 .

Au cours de l’année 1622, le sculpteur Vincent Vidal réalise des travaux

exécutés aux bassins et fontaines du château. Quelques mois plus tard,

à la suite d’un toisé de Francis Métezeau, architecte des bâtiments du

roi, élaboré en collaboration avec Augustin Guillain, Jean Autissier et

Sébastien Jacquet, jurés du roi ès œuvres de maçonnerie, des sculptures

sont placées dans le jardin 465 .

Nicolas Lambert charge des manœuvriers et des terrassiers de

Lésigny, de refaire les berges du canal et des bassins de son domaine

de Grand-Val à Sucy. Il s’engage à fournir et charrier sur le chantier la

glaise nécessaire 466 . Une dizaine d’années plus tard, un nouveau canal

est réalisé dans ce même domaine, alimenté par les eaux du Morbras

et par un fossé provenant des douves 467 (Figure 60). Les terrains sont

nivelés afin d’établir des jardins en terrasse favorisant la vue sur les

domaines.

461

Arch. nat., Minutier central, étude

LXII, liasse 49 ; Arch. dép. Seine-et-

Marne, E 1671.

462

Arch. dép. Essonne, 2 E 16/2.

463

Arch. nat., Minutier central, étude

VII, liasse 11.

464

FLEURY (A.), 1969, p. 582-585 ;

Arch. nat., Minutier central, étude

VII, liasse 11.

465

FLEURY (A.), , 1969, p. 698 ;

Arch. nat., Minutier central, étude

VII, liasse 9.

466

Arch. dép. Val-de-Marne, 3 E 1-2.

467

Arch. dép. Val-de-Marne, 3 E 1-1.

99


L’homme et l’eau

Figure 60, château de Grand-Val à Sucy-en-Brie, XVIIIe siècle

(Archives nationales, NII Seine-et-Oise 2)

468

Arch. dép. Essonne, 2 E 15/1.

469

WEIGERT (R.-A.), 1953, p. 123.

Jean Thiriot est l’architecte qui

a participé à la construction de

la digue de La Rochelle. Il est

également intervenu sur le chantier

de l’aqueduc Médicis.

470

Arch. dép. Essonne, A 890 et A

891 ; Arch. nat., S 1862.

471

Arch. dép. Seine-et-Marne, E

195.

472

Arch. nat., Z1J 533, f° 4 ;

ROSTAING (A.), recherches inédites.

100


L’homme et l’eau

3. L’agencement des jardins

Quelques descriptions permettent de saisir l’agencement des

jardins.

L’ancien domaine des cisterciennes de La-Grange-du-Milieu

appartient désormais à Duret de Chevry qui aménage les allées au

cours des années 1630 : certaines sont pavées tandis que d’autres sont

sablées 468 . Jean Thiriot, architecte du roi, intervient sur ce site et sur

ceux des Camaldules et de Grosbois 469 .

Le parc de Grosbois est agrandi au XVIIe siècle avec l’acquisition

de bois au Nord et à l’Est : 160 arpents appartenant au seigneur de

Brévannes, les bois de Saint-Martin et de Marolles, possessions du

prieuré du même nom, sont enfermés dans le parc, tout comme des

axes de circulation 470 (Figure 61). L’étang de Marolles et les sources

de la Fontaine Saint-Jean et de Sylvie sont désormais intégrés dans la

propriété 471 .

Figure 61, localisation du bois de Bréviande, en fait de Brévannes,

croquis XVIIe-XVIIIe siècle

(Archives nationales, S 401)

Au début du XVIIIe siècle, le jardin de Grosbois « fait retour à

droite du château en deux grandes pièces de parterre en broderie et

platebandes de buis avec des arbustes, une grande allée en terrasse

au devant et entre le château et le parterre, avec une descente en fer

à cheval ; dans le retour du jardin à droite, plusieurs platebandes et

plusieurs arbustes formant un boulingrin, le tout avec des allées ; après

2 pièces de parterre est une pièce d’eau en manière de canal faisant

retour aux côtés des pièces de parterre ; de chaque côté, deux potagers

où sont de petites pièces d’eau; ensuite des pièces d’eau terminant le

parterre est un fer à cheval de gazon et bassin jaillissant de même figure

de fer à cheval ; le surplus du parc est en bois » 472 (Figure 62).

473

Arch. nat., NIII Seine-et-Oise 282.

474

Arch. dép. Essonne, A 890.

475

Arch. dép. Essonne, A 891.

101


L’homme et l’eau

Figure 62, les jardins de Grosbois, 1706.

Figure 62, les jardins de Grosbois, 1706

(Archives départementales de la Seine-et-Marne, E 195)

Les édifices religieux font également l’objet d’aménagements

comme le montre le plan du préau de l’abbaye d’Yerres en 1752 473

(Figure 63).

Figure 63, broderies du préau de l’abbaye cistercienne d’Yerres.

(Archives nationales, NIII Seine-et-Oise 282)

476

BONIN (Ph.), 1992, p. 71.

477

Ce moulin fabriquait

probablement de l’huile à partir de

noix ou de faines. Ces fruits peuvent

se trouver en forêt de Sénart.

478

CURTAT (Ph.), 1992, p. 84.

479

Arch. dép. Essonne, 2 E 14/18.

480

Arch. dép. Essonne, 2 E 14/18.

481

BONIN (Ph.), 1992, p. 79; Arch.

dép. Essonne, A 1196 et 1197.

Des allées apparaissent contribuant à de nouvelles perspectives.

Gaudion, propriétaire de La-Grange-du-Milieu, ouvre « une triple allée »,

fermée de barrières, desservant l’accès à sa demeure et conduisant au

grand chemin de Grosbois 474 . L’ancien chemin longeant les douves est

incorporé à la propriété et en contre partie, il met en place un nouveau

chemin à l’usage public au niveau de son avant-cour 475 . D’autres

transformations peuvent être réalisées afin d’alimenter en eau les

fontaines et jets d’eau des jardins.

102


L’homme et l’eau

3. 1. Les aménagements de l’Yerres autour du château

de Brunoy par Jean Paris de Montmartel

Sur la vallée de l’Yerres, Jean Paris de Monmartel, entre les années

1722 et 1762, nouveau seigneur de Brunoy, modifie le paysage de la

vallée pour embellir son château de Brunoy 476 (Figure 64).

Figure 64, cours de la vallée de l’Yerres entre Epinay et Yerres, 1708

(Archives nationales, NI Seine-et-Oise 24)

Paris de Monmartel transforme le moulin à huile 477 d’Epinay-sous-

Sénart en un « moulin pompe » au cours des années 1732-1736 478 . Il s’agit

d’une machine équipée d’une roue et servant pour alimenter les jardins.

Parallèlement, un étang de 7 arpents est établi à proximité. En 1733, il

demande à André Dubois, fontainier, de faire construire deux étangs

et des fossés conduisant l’eau au château de Brunoy 479 . Cet ouvrage

nécessite l’emploi de plusieurs ouvriers et la fourniture des charrois

pour le transport des matériaux. Les travaux doivent correspondre aux

souhaits de Jean Paris de Monmartel et être réceptionnés par l’architecte

Jean Mansart de Jouy (petit-fils de Jules Hardouin-Mansart, architecte de

Versailles) 480 .

A partir des années 1740, plusieurs terrains sont acquis sur

la commune d’Epinay-sous-Sénart et des marchés sont passés avec

des terrassiers et un fontainier pour construire les deux « étangs de

Bosserons » et capter les eaux provenant du « fossé Daniel », issu de la

forêt de Sénart 481 (Figure 65).

Figure 65, les étangs de Bosserons

(Archives départementales de l’Essonne, A 1197)

482

Arch. dép. Essonne, A 666.

483

Arch. dép. Essonne, A 841.

484

Arch. nat., S 7018.

485

CURTAT (Ph.), 1992, p. 92-93.

103


L’homme et l’eau

En 1756, Paris de Monmartel obtient des religieux de Saint-Antoinedes-Champs

de Paris un bail emphytéotique « des bâtiments proche du

moulin de Rochop et du cours d’eau pour l’usage du moulin et tel autre

usage qu’il jugera à propos de faire » 482 . Désormais seul propriétaire

de terrains bordant la rivière, Paris de Monmartel fait creuser un canal,

débutant en amont du moulin de Rochot, sur la commune de Boussy-

Saint-Antoine, et suivant la courbe de l’Yerres, de 2285 m de long sur 12

m de large, pour alimenter la machine qu’il a faite construire en-dessous

de l’étang de l’Epine 483 . Le séminaire de Saint-Sulpice, propriétaire du

moulin de Mézières se plaint de la longueur du canal qui à l’origine ne

devait faire que 595 m 484 (Figure 66).

Figure 66, le canal de Rochot

(Archives nationales, NIII Seine-et-Oise 549)

Le canal de Rochot a pour fonction d’actionner la nouvelle machine

construite par l’ingénieur Laurent au début des années 1760. Des roues

au nombre de 8 mettent en mouvement les 8 corps de pompe servant

à aspirer et à refouler l’eau. La pompe élève au moyen de tuyaux à une

hauteur de 100 pieds jusqu’à 150 pouces d’eau dans deux réservoirs

situés en haut du parc de Brunoy 485 . Paris de Monmartel finance la pose

de plus de 8 kilomètres de canalisations (Figure 67).

486

Arch. dép. Essonne, B 310.

487

Arch. Mun. Sucy-en-Brie, O 3 .

488

RAMBAULT (M.-Cl.), HERMAN (N.),

SOULIE (J.-L.), 1992, p. 218.

489

Arch. dép. Seine-et-Marne, 5MP

97.

Figure 67, conduites d’eau du château de Brunoy

(Archives nationales, NII Seine-et-Oise 67)

104


L’homme et l’eau

3. 2. Les glacières

Des glacières sont construites à proximité de châteaux afin de

conserver les viandes, fruits et légumes. L’hiver, la neige des fossés et

la glace des mares sont amassées au dessus d’un puisard. Aidée par une

procédure de condensation à partir de vapeur d’eau, la formation de la

glace permet la conservation des aliments. La glacière des Marmousets

date du XVIIIe siècle, et elle s’intègre aux ornements du parc. Surmontée

d’une butte de terre, protégée par l’ombre des arbres, la « grotte

glacière » est profondément creusée dans le sol. On y pénètre par un

vestibule formant sas. A Grosbois, à l’ouest du château, une glacière

avait été établie, et certaines mares du parc, de faible profondeur,

permettaient de fournir également de la glace, comme par exemple celle

dite « la mare à la glace ».

VI. Inondation et maladie

1. Les risques d’inondation

1. 1 L’entretien des cours d’eau

L’entretien des cours d’eau, notamment des biefs est inclus

dans les baux des moulins. Ces curages sont destinés à maintenir

le bon écoulement de l’eau et éviter ainsi les inondations. L’absence

de conflits relatés dans les archives laisse à penser que ces clauses

étaient généralement respectées. Toutefois, on trouve quelques traces

de données relatives à l’entretien des cours d’eau.

En 1785, il est convenu que le curage du ruisseau de Santeny

depuis le pont Neuf de ce village jusqu’à celui de Marolles sur le grand

chemin de Paris à Brie-Comte-Robert, est à la charge de la vingtaine

de propriétaires possédant des terrains limitrophes au cours d’eau. Ils

doivent le curer afin que l’eau puisse s’écouler facilement et ils reçoivent

l’autorisation d’épandre les terres sur leurs prés 486 .

En 1824, le propriétaire du moulin d’Ormesson et son locataire

se plaignent du manque d’entretien du Morbras et du ruisseau de

la Fontaine de Villiers. Ils demandent aux ingénieurs des Ponts-et-

Chaussées de retirer les obstacles, c’est-à-dire la pièce d’eau située dans

la ferme de l’Hermitage et l’étang présent dans la propriété du marquis

d’Ormesson, gênant le fonctionnement de leur usine 487 .

Le Morbras était sujet à des crues, au début du XIXe siècle,

provoquées par le mauvais temps mais aussi par les eaux de drainage.

En 1849, le maire demande, suite à de nombreuses plaintes, que le

cours d’eau soit curé 488 . Des plaintes apparaissent en rapport avec

de nouvelles industries, comme à la sucrerie de Chevry-Cossigny qui

est accusée dans les années 1870 de rejeter ses eaux usées dans le

Réveillon 489 .

1. 2. Les inondations

Les cours d’eau principaux ne sont pas les seuls responsables

des inondations, les rus secondaires comme la Fontaine de Villers,

le ru des Nageoires pour le Morbras, ou bien ceux de la Ménagerie et

du Château de Choigny pour le Réveillon et surtout les exutoires des

fossés forestiers contribuent fortement aux désordres hydriques.

490

Le cabinet de géomètre de Sucyen-Brie

de M. Garciot conserve les

plans et données de comptabilité

de l’ancienne étude de Lefèvre et de

Marceau.

491

Arch. nat., 173bisAP 370.

492

RAMBAULT (M.-Cl.), HERMAN (N.),

SOULIE (J.-L.), 1992, p. 139.

493

RAMBAULT (M.-Cl.), HERMAN (N.),

SOULIE (J.-L.), 1992, p. 140.

105


L’homme et l’eau

En début d’année 1880, le prince de Wagram charge deux

géomètres de Sucy-en-Brie, Lefèvre et Marceau, « d’étudier un projet

de drainage qu’il se propose de soumettre au conseil municipal de

Marolles » 490 . Ce drainage a pour but d’éviter que le village soit encore

inondé, comme il l’a été l’été précédent. Il s’agit d’établir un gros

collecteur recueillant les eaux de la forêt pour les diriger à travers les

terres du prince dans l’étang de Marolles. Ce collecteur permettrait

également d’assainir plusieurs mares et les bas fonds de la plaine, ainsi

que la voie aux Vaches régulièrement submergée lors d’hivers humides 491 .

Faute de financement, cet ouvrage ne sera pas construit. Il est possible

de restituer quelques uns de ces fossés à travers les photographies

aériennes (Figure 68).

Figure 68, traces de réseaux de fossés à Marolles-en-Brie

2. Les épidémies

Les épidémies semblent rares puisqu’une seule est signalée dans

les textes. En août 1895, une épidémie de dysenterie à Roissy entraîne la

mort de plusieurs personnes (17 victimes) 492 . Les édiles et la population,

relayés par la presse, accusent d’une part les fermiers de la commune

qui épandent sur leurs champs les boues provenant de Paris, et d’autre

part le Morbras dont les eaux sont souillées par les eaux ménagères, les

ordures, les fosses d’aisance, les « tueries », c’est-à-dire des endroits

où l’on abattait les animaux destinés à la boucherie, les tas de fumiers

et les étables. Selon un médecin, « les gadoues de Paris, employées

malgré de nombreuses protestations par deux fermiers du pays, sont

bien responsable de l’épidémie de dysenterie ». C’est l’accumulation de

cette «matière » sur les terres de la commune (120 wagons auraient été

dénombrés en quelques jours) qui a créé le danger 493 .

106


L’homme et l’eau

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109


CONCLUSION

De tout temps l’Homme a influé sur l’évolution des massifs forestiers comme l’a montré cette

étude sur le territoire de l’Arc boisé.

Son occupation au fil des siècles a par exemple entraîné des défrichements qui apparaissent

dès le Néolithique et se poursuivent jusqu’au 20ème siècle. L’origine de ces défrichements est variée

mais on remarque qu’ils sont souvent causés par la volonté d’agrandir les domaines, religieux ou laïcs.

C’est ainsi qu’on voit apparaître au 17ème siècle les domaines du Piple et de Grosbois.

La forêt n’est pas seulement défrichée sous l’action de l’homme, elle est aussi exploitée, et

cela de plusieurs façons. Tout d’abord à travers la sylviculture à partir du 12ème siècle dont les

pratiques ont évolué au fil du temps pour permettre d’allier récolte et régénération, mais également

avec l’exploitation des zones de meulière, d’argile ou de sable. Autant d’anciennes carrières qui sont

à l’origine de la richesse des nombreuses mares de l’Arc boisé.

L’étude a également démontré que ce massif forestier a eu un rôle important dans les différents

conflits qui se sont succédés de la période de la Fronde à la 1ère guerre mondiale. Secteur stratégique

pour protéger l’est de Paris, l’Arc boisé a été le théâtre de plusieurs affrontements mais il a aussi

été un site clé de la mise en défense de Paris pendant la guerre 14-18 sans qu’aucun combat ne s’y

déroule.

L’Arc boisé est entouré de deux rivières, le Morbras et le Réveillon. Cette étude a démontré

qu’elles étaient en grande partie alimentées par des rus dont l’origine est le réseau de drainage

créé en forêt Notre-Dame par les établissements religieux. Dans ces deux vallées la présence de

l’eau a largement influencé l’installation des hommes qui ont su exploiter dès le moyen âge cette

ressource: tantôt source d’énergie avec le développement de moulins à eau destinés le plus souvent

à la production de farine; tantôt source d’agrément pour alimenter les fontaines et pièces d’eau des

demeures seigneuriales et des différents domaines; tantôt source d’alimentation avec la création de

pêcheries.

Le massif forestier de l’Arc boisé et les deux vallées qui l’entourent ont été clairement marqués

au cours de l’histoire par l’influence humaine. De nombreuses traces de cette influence passée sont

encore visibles aujourd’hui. On les retrouve, par exemple, dans la présence de nombreuses mares,

d’un réseau important de fossés, de plusieurs vestiges d’ouvrages défensifs ou encore plus simplement

dans la toponymie. Autant de signes qu’il est nécessaire de connaître pour les acteurs locaux afin de

comprendre l’évolution de leur territoire au fil des siècles.

110


POSTFACE

De 1918 au début du XXI ème siècle, une brève histoire récente de l’Arc boisé

François HUART

chargé de mission à l’Agence des espaces verts de la Région d’Ile-de-France

La situation historique de l’Arc boisé

La péninsule Ouest du plateau de la Brie, située entre la vallée de la Marne au Nord et celle de

l’Yerres au Sud, dans laquelle s’inscrit l’ensemble forestier de l’Arc boisé (constitué principalement

du Bois de La Grange et des forêts de Grosbois et de Notre-Dame) a été utilisée de façon singulière

depuis le haut moyen-âge, comparée aux autres territoires ruraux à proximité de Paris.

Ainsi, le massif forestier a été intensivement exploité pendant plusieurs siècles pour le bois à

transformer en charbon. Son sous-sol a été creusé en de multiples petites carrières d’extraction des

matériaux (notamment pierres - en particulier meulières - et glaise). Enfin, la situation géostratégique

de l’Arc boisé lui a conféré un rôle militaire au cours de divers conflits (notamment la Fronde et la

guerre de 1914-1918). Les autres utilisations forestières, courantes ailleurs (bois d’œuvre, chasse,

pâture), y sont restées secondaires.

Les abords agricoles ont été de longue date marqués par la culture céréalière propre à la Brie

et, de façon particulière à partir du milieu du XIX ème siècle, par une diversification dans la culture

de la fleur, en pot ou coupée 1 , en réponse aux demandes ornementales de la classe bourgeoise

parisienne.

Quant aux cours d’eau, ils ont été équipés de nombreux moulins de meunerie, souvent

complétés par des pièces d’eau vive à usage piscicole. Les autres types de moulins (de foulage, de

pressage, etc.) y ont été absents. Les tanneurs et teinturiers, occupants habituels des rives de cours

d’eau proches des villes (comme le long de la Bièvre val-de-marnaise 2 , par exemple), ne s’y sont

jamais installés.

La montée en puissance de l’ère industrielle et d’une économie appréhendée à une vaste échelle (au

moins nationale) modifient en profondeur les usages de l’Arc boisé, jusqu’à le laisser en situation de

quasi déshérence au lendemain du premier conflit mondial.

La forêt et ses franges

Le contexte géopolitique et militaire en Europe occidentale ne recourant plus ni à la guerre de

position, ni au combat rapproché, la situation stratégique que l’Arc boisé détenait est devenue vide

de sens après 1918. La houille, transportée par le chemin de fer, ayant supplanté le charbon de bois,

l’activité charbonnière disparaît complètement dans ses forêts. Le développement de l’utilisation dans

le bâtiment d’un nouveau matériau de construction, le béton armé 3 , conduit à l’abandon progressif de

l’extraction locale des pierres et de la glaise 4 et à la fermeture, en 1945, de la dernière briqueterie du

secteur de l’Arc boisé, la briqueterie Dandois à la Queue-en-Brie.

L’activité humaine a, pour ainsi dire, déserté la forêt de l’Arc boisé. De l’entre-deux guerres à

1975, la valeur de ce massif ne réside plus dans les activités forestières qui pouvaient s’y déployer.

1 Le train des Roses (1872-1953), Jean-Pierre Nicole, Courrier de l’environnement de l’INRA n° 28, août 1996,

in http://www.roseraie-cg94.fr/roseraie_internet/IMG/pdf/Courrier_Environnement_28aout1996.pdf ; les

roses étaient cultivées notamment à Boissy-Saint-Léger, Mandres-les-Roses, Santeny, Marolles-en-Brie, Servon,

Villecresnes

2 Etude historique et archéologique de la vallée de la Bièvre, Karine Berthier, rapport final 2004-2005

3 Inventé en France par François Hennebique (1842-1921) qui en dépose le brevet en 1892

4 En dépit d’un engouement pour ces matériaux dans la construction pavillonnaire autour des années 1930 et,

pour le cas de la brique, dans les « habitations à bon marché » - les HBM, notamment celles de la ceinture de Paris

- et les « maisons de rapports ». Il faut noter que la brique, restée encore en vogue jusqu’à la fin de la deuxième

guerre mondiale, est alors majoritairement fabriquée dans les régions houillères, puis convoyée à Paris par le fer

ou les canaux. L’ampleur de la reconstruction après 1945, puis les besoins considérables en logements pour les

rapatriés d’Algérie après l’indépendance de 1962 orientent les choix constructifs en France en faveur de la filière

industrielle du béton armé, marginalisant l’emploi de la brique.

111


L’Arc boisé et ses franges sont déqualifiés au point de ne sembler bons qu’à accueillir les

services satellites de Paris et sa banlieue dense, d’une part, et à constituer une réserve foncière propre

à étendre l’urbanisation, d’autre part. Son existence en tant que milieu forestier est même menacée.

La région parisienne s’installe dans la civilisation mobile et urbaine au cours de la seconde

moitié du XX ème siècle.

La ville exige des infrastructures de transport. Elles tracent des scarifications dans le massif forestier

de l’Arc boisé pour le transport de l’énergie 5 (lignes à haute tension et feeders gaz), le transport des

véhicules automobiles individuels ou du fret routier 6 et le transport ferré des passagers 7 .

De plus, l’agglomération parisienne reporte à ses marges nombre de ses services urbains,

en particuliers ceux qui comportent des nuisances ou nécessitent une vaste surface. Les abords de

l’Arc boisé en reçoivent leur part : décharge publique 8 , casse automobile 9 , unité de compostage ou

déchetterie 10 , nouveaux établissements scolaires 11 . La tendance, depuis près d’un demi-siècle, au

déplacement des cimetières hors du centre des villes s’applique ici également 12 . De la même manière,

des zones d’activités sont installées au contact direct de la lisière forestière de l’Arc boisé 13 .

Toutefois, ce sont les lotissements pavillonnaires qui grèvent massivement les lisières de l’Arc

boisé 14 et même certaines parcelles enclavées dans le bois. Cette propension a été initiée au lieu

dit du Bois-Clary 15 à Boissy-Saint-léger dès 1930 puis s’est propagée dans la plupart des communes

riveraines de la forêt 16 . Le ministre de la Construction, Jacques Maziol (1962-1965), est favorable à une

urbanisation complète des forêts du Bois de La Grange, de Grosbois et Notre-Dame 17 . Des banques

et plusieurs groupes financiers achètent de vastes ensembles forestiers dans l’Arc boisé dans cette

perspective. A contrario, le rapport duodécennal 1964-1975 met en avant la nécessité de sauvegarde

du patrimoine boisé en Ile-de-France 18 . Le délégué général au District de la région de Paris 19 , Paul

Delouvrier, partisan résolu de la préservation des massifs du Bois de la Grange, Grosbois et Notre-

Dame, finit par emporter la décision 20 . Le rapport Poirier préconisant le rachat de ces forêts par l’Etat

fait l’objet d’un avis favorable du District, en novembre 1974 21 . Une procédure de déclaration d’utilité

5 Poste électrique du Morbras à Roissy-en-Brie transformant la très haute tension (THT) en haute tension (HT) et

lignes aval, alimentant Créteil et la zone intermodale de Bonneuil-Valenton

6 Route nationale 104, dite « francilienne », voie rapide ouverte au cours de la décennie 1970, qui coupe la forêt

de Notre-Dame du nord au sud

7 Trains de banlieue avec la mise en service en 1977 de la deuxième branche de la ligne A du réseau express

régional (RER), de Boissy-Saint-Léger à Noisy-le-Grand/Mont d’est, et de grandes lignes avec la création, à la fin de

la décennie 1980, de la ligne d’interconnexion des TGV qui traverse le Bois de la Grange d’Est en Ouest

8 Décharge publique de la butte Choigny à Santeny et Servon créée en 1967 au pied de la forêt de Notre-Dame,

fermée vers 1980

9 Casse automobile du Pavé de Pontault-Combault

10 Unité de compostage et déchetterie intercommunale (ouverte en 2007) à la Queue-en-Brie en bordure de la

forêt de Notre-Dame

11 Les collèges de Marolles-en-Brie et Boissy-Saint-Léger, les lycées de Sucy-en-Brie et de Limeil-Brevannes

12 Le nouveau cimetière d’Yerres, le vaste cimetière intercommunal de la Fontaine-Saint-Martin à Villeneuve-Saint-

Georges et Limeil-Brevannes, le cimetière de Boissy-Saint-Léger, le cimetière de Lésigny, etc.

13 On peut citer par exemple, la Zone d’activité du Bois Cerdon à Valenton ou encore la Zone artisanale de la Plaine

haute à Crosnes.

14 Voir carte des occupations du sol du territoire de l’Arc boisé, p. 4 du Guide des bonnes pratiques pour la

protection et la gestion des lisières en milieu urbanisé, Sarah Sainsaulieu, Laurent Charré, OGE, septembre 2008,

15 A l’emplacement de la garenne du Bois-Clary

16 Notamment à Yerres, Limeil-Brevannes, Villecresnes, Ozoir-la-Ferrière, Lésigny, Santeny, Marolles-en-Brie,

Noiseau

17 Voir Entretien avec Jean-Marie Poirier, sénateur-maire de Sucy-en-Brie, ancien président du District de la région

parisienne, recueilli par Georges Carrot, le 8 septembre 2000, http://www.shas.fr/sucy/carrot/entretien_JM-

Poirier.2000/index.htm

18 Préparation du VIIème plan, Groupe de travail n°5 « Forêts et espaces verts urbains », pré-rapport d’orientation

générale, novembre 1975, p. 1

19 Le District de la région de Paris a été créé en 1961. En 1964, le District définit un Programme d’acquisitions

forestières de 9.460 ha

20 Voir Entretien avec Jean-Marie Poirier, sénateur-maire de Sucy-en-Brie, ancien président du District de la région

parisienne, recueilli par Georges Carrot, le 8 septembre 2000, http://www.shas.fr/sucy/carrot/entretien_JM-

Poirier.2000/index.htm

21 Préparation du VIIème plan, Groupe de travail n°5 « Forêts et espaces verts urbains », pré-rapport d’orientation

générale, novembre 1975, p. 1. Ces préconisations prolongent les « Propositions pour une politique régionale des

espaces verts et des forêts » présentées par l’administration aux assemblées régionales en mars 1971

112


publique (DUP) portant sur la forêt de Notre–Dame est alors engagée par arrêté préfectoral du 31 janvier

1975 permettant l’acquisition par voie d’expropriation. A partir de cette même année, l’Etat acquiert

des parcelles forestières dans ces forêts 22 et en confie la gestion à l’Office national des forêts (ONF) 23 .

Le District décide de financer 50 % de l’acquisition de la forêt de Notre-Dame, aide financière que

reprend ensuite à sa charge l’Agence des espaces verts. Le District de la région de Paris acquiert

pour sa part la partie nord-ouest du domaine de Grosbois. La Région Ile-de-France, qui est créée par

la loi du 6 mai 1976 24 , en devient propriétaire et son Agence des espaces verts (AEV) est chargée de

l’aménagement et la gestion de cette forêt. Une nouvelle vocation est donc conférée aux forêts du

sud-est parisien : accueillir le public de l’agglomération centrale et les futurs habitants de la ville

nouvelle de Marne-la-Vallée 25 . Les premiers aménagements sont réalisés dès 1977 en forêt régionale de

Grosbois faisant suite à plusieurs décennies d’entretien forestier privé déficient et, dans certains cas, de

parcelles plantées en résineux en contradiction avec les caractéristiques du sol. Les essences de feuillus

y sont dorénavant plantées. A partir de la fin des années 1990, l’AEV et l’ONF accordent la priorité à la

régénération naturelle dans leurs massifs, dès que ce choix est possible. L’exploitation des bois en vue

d’en tirer un revenu n’est pas prioritaire.

La partie Est du domaine de Grosbois, comprenant le château et le vallon du Réveillon, est quant

à elle achetée par la Société d’encouragement à l’élevage du cheval français qui y installe un centre

d’entraînement pour les trotteurs attelés.

En 1976, le schéma directeur d’aménagement et d’urbanisme de la région Ile-de-France (SDAURIF)

définit les zones naturelles d’équilibre (ZNE), contrepoint des zones à urbaniser des villes nouvelles, et

surtout introduit la notion de « ceinture verte » au sein de laquelle s’étend le territoire de l’Arc boisé.

Au cours de la décennie 1970, les loisirs, et en particulier les loisirs de nature, prennent une

place croissance dans les pratiques de la société française, notamment en réponse à l’aspiration des

citadins toujours plus nombreux. L’Arc boisé reflète cette dilection : des équipements sportifs publics

ou privés 26 , des centres équestres 27 , des jardins familiaux 28 , des centres de loisirs 29 sont implantés en

bordure de forêt, représentant un linéaire cumulé de lisière 30 significatif.

En 1994, le schéma directeur de la région d’Ile-de-France (SDRIF) conforte la protection de la

forêt en instaurant une bande de protection non aedificandi de 50 mètres en bordure du massif, hors

des zones urbaines constituées. Pendant la phase de préparation de ce document d’aménagement, le

conseil général du Val-de-Marne prend une délibération, en 1993, en faveur du maintien et la mise en

valeur du patrimoine boisé et forestier du département 31 .

L’Agence des espaces verts crée plusieurs périmètres régionaux d’intervention foncière (PRIF)

autour de l’Arc boisé, s’ajoutant à la forêt régionale de Grosbois : la Fontaine Saint-Martin en 1991, les

abords de la coulée verte de l’interconnexion des TGV en 1999, Servon en 2008 32 .

22 A commencer par 195 hectares au Bois de la Grange, in Préparation du VIIème plan, Groupe de travail n°5 « Forêts

et espaces verts urbains », pré-rapport d’orientation générale, novembre 1975, p. 21 ;

23 L’AEV apporte son aide financière à l’ONF à multiples reprises pour l’amélioration de l’accueil du public dans

les forêts domaniales du secteur

24 Loi n° 76-394 du 6 mai 1976 portant création de la Région d’Ile-de-France et de l’Agence des espaces verts de

la Région d’Ile-de-France

25 Le schéma directeur d’aménagement et d’urbanisme de la région parisienne (SDAURP-1965), bien que jamais

officiellement promulgué, a guidé l’aménagement de l’Ile-de-France pendant une décennie et proposé la création

de cinq villes nouvelles en Ile-de-France. De 1969 à 1973, chaque ville nouvelle est dotée d’un établissement public

d’aménagement (EPA). L’EPA Marne est créé par décret du 17 août 1972

26 Le parc des sports et de loisirs de Sucy-en-Brie, le centre sportif de Limeil-Brevannes, le parc des sports d’Yerres,

les terrains de sports de Maison-Blanche à Lésigny, les golfs de Lésigny, Ozoir-la-Ferrière, etc.

27 Les centres équestres des Bagaudes à Marolles-en-Brie, de Sucy-en-Brie, de Lésigny, etc.

28 Les jardins familiaux de Crosnes, deValenton, de Limeil-Brevannes, de Pontault-Combault, de Lésigny

29 Le circuit et la piste de modélisme du Département du Val-de-Marne à la Queue-en-Brie

30 Voir carte des occupations du sol du territoire de l’Arc boisé p. 4 du Guide des bonnes pratiques pour la

protection et la gestion des lisières en milieu urbanisé, Sarah Sainsaulieu, Laurent Charré, OGE, septembre 2008,

31 Cette délibération propose les orientations suivantes : réaliser un inventaire détaillé du patrimoine forestier ;

renforcer les protections réglementaires existantes ; développer l’accessibilité et la sécurité du massif forestier ;

concevoir des plans d’utilisation et de valorisation des bois et forêts ; in Charte forestière de territoire de l’Arc

boisé – Diagnostic, orientations et propositions d’actions 2004-2008, décembre 2003, p. 3,

32 Le PRIF de la Fontaine Saint-Martin est situé à Villeneuve-Saint-Georges ; le PRIF des abords de la coulée verte

de l’interconnexion des TGV s’étend sur les communes de Villecresnes, Marolles-en-Brie, Santeny et Mandres-les-

Roses

113


Le 26 décembre 1999, une tempête exceptionnelle traverse le nord de la France et s’abat

également sur l’Arc boisé. Les dégâts sont importants (nombreux chablis, chandelles, arbres encroués)

mais la forêt n’est heureusement pas entièrement dévastée. Les bois sont fermés au public par arrêté

préfectoral qui n’est levé qu’au cours du printemps. Près d’une décennie plus tard, les conséquences

de la tempête sont résorbées mais pas complètement effacées.

Sous l’impulsion du Conseil général du Val-de-Marne une charte forestière de territoire, nommée

« de l’Arc boisé », est élaborée puis signée le 30 juin 2004 par la presque totalité des collectivités de

situation 33 , l’Agence des espaces verts, l’Office national des forêts et dix-neuf associations d’usagers

des 3.200 hectares du massif forestier. Ses objectifs sont de mieux connaître et protéger le territoire

forestier, ses lisières et ses abords en conciliant l’accueil du public.

La charte retient parmi ses objectifs de réalisation la liaison « interforêt » entre la forêt Notre-

Dame et celle d’Armainvilliers 34 . Les travaux de plantation sont réalisés en 2007 et 2008.

En 2005, les services de l’Etat en charge de la forêt 35 lancent une démarche visant à définir un

périmètre de « forêt de protection » sur l’ensemble du massif de l’Arc boisé et ses abords naturels

immédiats.

Le « Plan vert départemental Val-de-Marne 2006-2016 » réaffirme la nécessité, au sein de l’Arc

boisé, du « maintien de l’intégrité de la forêt et l’amélioration de l’accueil du public » et appelle à la

vigilance face à aux « risques de morcellement et de grignotage » 36 .

Le 25 septembre 2008, le conseil régional d’Ile-de-France adopte son nouveau projet de SDRIF,

confirmant la plupart des dispositions protégeant l’Arc boisé 37 .

Les abords agricoles et naturels de la forêt

Une part significative des terrains agricoles et naturels au contact des bourgs et villes qui

entourent le massif de l’Arc boisé ont été supplantés par l’urbanisation, ces espaces étant, trop

souvent, considérés comme de la réserve foncière. Le mouvement s’est amorcé dans la moitié Ouest

du territoire de l’Arc boisé. La période de 1970 à la fin des années 1990 a été la plus consommatrice

d’espace rural dans le territoire de l’Arc boisé, essentiellement par le logement pavillonnaire mais

aussi par les zones d’activité commerciale.

Les surfaces horticoles qui, à partir des années 1930, sont équipées de plus en plus souvent de

serres chauffées, connaissent une sévère régression à partir de la crise du pétrole de 1974 et désertent

complètement le terroir de Marolles-en-Brie, Santeny et Servon. La grande culture et des pâtures se

redéployent alors sur les parcelles naguère horticoles.

Une occupation particulière des terres agricoles en bordure Nord de la forêt Notre-Dame, sur

une superficie de 52 hectares est à signaler. Une station de télécommunication radioélectrique est

mise en service à Noiseau en 1931. Après un démembrement en 1940 pour la soustraire aux troupes

d’occupations allemandes, elle est remise en service en 1949 38 . Jusqu’en 1965, le centre de Noiseau

est le seul sur le sol métropolitain capable de recevoir les ondes décamétriques transcontinentales,

notamment en provenance des colonies françaises. Deux centres assurent quant à eux les émissions

depuis la métropole : Sainte-Assise, à Seine-Port et Boissise-la-Bertrand en Seine-et-Marne, et Pontoise

dans le Val-d’Oise. Les sites sont couverts d’antennes. Celles-ci sont soit accrochées au sommet de

mâts métalliques de plus de cent mètres de haut et ancrées au sol à l’autre extrémité, traçant une forme

de tour Eiffel dans l’espace, soit tendues à l’horizontale dessinant ainsi une forme de losange supporté

par quatre poteaux de béton de 12 à 20 mètres de haut 39 . L’augmentation des parasites électriques

générés par l’urbanisation nouvelle des années 1970 conduit à l’abandon de l’activité de transmission

et au démontage des antennes. Une quarantaine d’hectares retournent alors à l’agriculture.

33 La Région d’Ile-de-France, les trois Conseil généraux concernés (Val-de-Marne, Essonne, Seine-et-Marne), quatre

Communautés, quinze Communes ; la charte a une durée de validité de cinq ans ; voir le détail du texte de la

charte : http://www.cg94.fr/files/0702/La_charte_forestiere_orientations.pdf

34 Cette opération fait l’objet d’un financement conjoint de l’Etat et de l’AEV dans le cadre du contrat de plan

Etat-Région 2000-2006

35 Le Service régional de la forêt et du bois (SERFOB) de la Direction régionale et interdépartementale de l’agriculture

de l’alimentation et de la forêt de l’Ile-de-France (DRIAAF)

36 Plan vert départemental Val-de-Marne 2006-2016, DECV, 2006, p. 26. Voir aussi pp. 27-28

37 La principale entorse à la protection des abords du massif se situe à Lésigny, au lieu-dit Maison-Blanche qui

est susceptible de devenir urbanisé

38 Voir http://www.mairie-noiseau.fr/pageLibre000106d8.html

39 Voir : http://ed95.ref-union.org/pagestech/retroreportage.pdf

114


Les cours d’eau

Les rus (jadis intensément utilisés tant pour l’énergie hydraulique que pour la pisciculture) sont

en déshérence. L’imperméabilisation (résultant de l’urbanisation croissante et du recueil des eaux de

ruissellement dans un réseau d’évacuation) tend à atténuer la recharge des nappes d’eau souterraines

et à tarir les petits affluents du Réveillon ou du Morbras. Au contraire, les eaux pluviales recueillies sur

les toitures toujours plus nombreuses, collectées puis souvent rejetées directement dans le Morbras

ou le Réveillon, sans temporisation résultant du transit par le sol, provoquent des inondations en aval,

à l’occasion de fortes précipitations d’orage 40 .

Par ailleurs, le développement urbain sans assainissement concomitant a dégradé la qualité

chimique et biologique de l’eau des rus pendant plusieurs décennies.

En 1999, le projet d’une coulée verte a été décidé et approuvé par les communes, la région

d’Ile-de-France et l’Agence des espaces verts entre la base de loisirs de Créteil et la forêt Notre-Dame 41 .

Elle devrait emprunter les bords du Réveillon à Santeny et redonner une nouvelle vocation au ru. De

plus, en amont, à Servon, une aire de pêche de loisirs est aménagée sur les berges du Réveillon.

Par ailleurs, le SDRIF adopté par le Conseil régional le 25 septembre 2008, insiste sur l’utilité

des zones d’expansion des crues conservées perméables, dans la gestion des épisodes de montée des

eaux superficielles.

La stratégie régionale pour la biodiversité, adoptée en 2007, affirme l’importance de la

préservation des zones humides naturelles pour la diversité des habitats, de la faune et de la flore. La

même année, le conseil général du Val-de-Marne lance l’élaboration de son plan bleu départemental,

incluant la protection et la mise en valeur des rus et leurs berges, tant sous l’angle de la biodiversité

que du risque d’inondation.

40 C’est le cas notamment de certains quartiers d’Ormesson ou de Bonneuil-sur-Marne dans le vallon du Morbras,

en aval de La Queue-en-Brie et de Pontault-Combault

41 La coulée verte de l’interconnexion des TGV, sous maîtrise d’ouvrage conjointe, depuis 2008, de l’Agence des

espaces verts et du conseil général du Val-de-Marne

115


TABLE DES MATIERES

Introduction 2

Synthèse 3

une forêt, deux rivières : l’arc boisé, le réveillon et le morbras

I - Le territoire 8

1. Le massif forestier de l’Arc boisé 8

1. 1. Géologie 8

1. 2. Formation des sols 9

2. Les cours d’eau 9

2. 1. Le Morbras 9

2. 2. Le Réveillon 10

II – Panorama de l’occupation humaine 11

1. Pré et Protohistoire 11

2. Gallo-romain 12

3. Moyen Age 13

3. 1. Les paroisses 13

3. 2. Les châteaux 14

L’HOMME ET LA FORET

I – L’évolution du massif forestier et de son occupation 16

1. Les premiers défrichements 16

2. La période médiévale et la main mise des religieux sur la forêt 17

2. 1. Les premiers établissements religieux 17

2. 2. Les nouveaux ordres religieux 17

2. 3. La formation du patrimoine forestier 18

3. Les grands domaines 19

3. 1. Le Piple 20

3. 2. Le parc de Grosbois 20

4. La mise en défense du camp retranché de Paris 24

5. La création de lotissements 24

6. Les routes 25

7. L’attrait de la forêt 25

7. 1. Les peintres 26

7. 2. Le chemin de fer 26

II – L’exploitation de la forêt 27

1. Le peuplement forestier et son exploitation 27

1. 1. Les essences 27

1. 2. La naissance de la sylviculture 28

1. 2. 1. La pratique du fustage jusqu’au XVIIIe siècle 28

1. 2. 2. La pratique des taillis et futaie 28

1. 2. 3. Le calcul des coupes par les forestiers 30

1. 2. 4. Les réserves 30

1. 2. 5. La durée des rotations 31

1. 3. Le drainage 31

1. 3. 1. Un entretien constant sous l’Ancien régime 31

1. 3. 2. Le rôle de la famille de Wagram dans le drainage forestier au XIXe siècle 33

2. L’économie de la forêt 35

2. 1. L’usage du bois par les établissements religieux 35

2. 2. Les coupes et les marchands de bois, XVIe-XIXe siècles 35

2. 3. Les conflits de bornage et de coupe des arbres 37

116


3. Forêt et chasse 39

3. 1. La chasse pour l’alimentation et la régulation des nuisibles 39

3. 2. La mise en place des garennes 41

3. 3. Les Wagram et la chasse au XIXe siècle 42

3. 4. Les conflits liés à la chasse 43

3. 5. L’impact du gibier sur l’écosystème 43

4. Forêt et agriculture 44

4. 1. Les mises en culture 44

4. 1. 1. La mise en culture des landes 44

4. 1. 2. La mise en culture des terres en friches au XVIIIe siècles 44

4. 1. 3. La mise en culture par la famille de Wagram au XIXe siècle 44

4. 2. Les pâtures 46

4. 2. 1. Les droits d’usages octroyés par les établissements religieux 46

4. 2. 2. L’impact des pâtures sur l’écosystèmes 47

5. Exploitation des ressources énergétiques de la forêt 48

5. 1. L’extraction des matériaux 48

5. 1. 1. Charbon de bois 48

5. 1. 2. Minerai de fer 48

5. 1. 3. Ouverture des carrières 48

5. 1. 4. Les vestiges des zones d’extraction 51

5. 2. Apparition de proto-industrie aux franges de la forêt 52

5. 2. 1. Les tuileries et briqueteries 52

5. 2. 2. Verrerie 54

5. 3. Les impacts des industries sur la forêt 55

Bibliographie 56

III – Rôle stratégique lors de conflits d’un massif forestier du Sud-Est

parisien 58

1. La Fronde (1648-1652) 58

1. 1. Repères historiques 58

1. 1. 1. Les causes 58

1. 1. 2. La Fronde Parlementaire 58

1. 1. 3. La Fronde des Princes 58

1. 2. La Fronde dans les massifs forestiers de Notre-Dame, Grosbois et La Grange 58

1. 3. Traces actuelles des combats 60

2. La mise en défense de Paris 62

2. 1. le premier Empire 62

2. 2. la guerre de 1870 62

2. 2. 1. Les combats 62

2. 2. 2. Le programme de fortification 63

2. 3. « Le camp retranché de Paris » : les préparatifs à la guerre 1914-1918 65

2. 3. 1. Le dispositif de défense 65

2. 3. 2. Le chantier de consolidation des ouvrages 66

3. Contraintes et enjeux d’un massif forestier 70

3. 1. Le rôle de la forêt 70

3. 2. Impacts sur la vie quotidienne 72

Bibliographie 74

117


L’HOMME ET L’EAU

.

I - Les installations humaines et l’eau 77

1. Les implantations humaines au cours de l’histoire 77

2. L’utilisation de l’eau dans les aménagements 77

2. 1. Les sites seigneuriaux 78

2. 2. Les abbayes 78

II - Les moulins à eau : des ouvrages de régulation 80

1. Les moulins en Ile-de-France 81

2. Les moulins dans les vallées du Morbras et du Réveillon 81

2. 1. Les propriétaires de moulins 83

2. 2. L’utilisation des moulins 84

3. L’installation des moulins sur les cours d’eau 85

3. 1. La transformation des cours d’eau 85

3. 2. Les moulins sur étang 85

3. 3. Les moulins sur bief 86

4. Fonctionnement d’un moulin 87

4. 1. les pièces d’un moulin 88

4. 2. Le vannage 89

5. Pêcheries et moulins 90

5. 1. Le moulin : un lieu propice à la pêche 90

5. 2. Les droits de pêche 91

III - Les étangs et autres aménagements hydrauliques 92

1. Les étangs et la pisciculture 92

2. Les étangs dans les vallées du Morbras et du Réveillon 92

3. Les étangs et les modifications du régime hydraulique 94

3. 1. L’impact des étangs 94

3. 2. L’exemple des augustins d’Yverneaux 95

4. Abreuvoirs et lavoirs 95

5. Les gués 96

IV - L’agriculture 96

V - Aménagements et évolution des parcs et jardins 98

1. Le réaménagement des châteaux à la fin du Moyen Age 98

2. La place de l’eau dans les parcs 98

3. L’agencement des jardins 101

3. 1. Les aménagements de l’Yerres autour du château de Brunoy 103

3. 2. Les glacières 105

VI - Inondation et maladie 105

1. Les risques d’inondation 105

1. 1. L’entretien des cours d’eau 105

1. 2. Les inondations 105

2. Les épidémies 106

Bibliographie 107

Conclusion 110

Postface 111

Table des matières 116

Glossaire 119

Personnages 120

Données archéologiques 122

118


GLOSSAIRE

-Anille : pièce de fer permettant de fixer la meule courante.

-Anthropique : se dit d’un paysage ou d’un sol dont la formation résulte de l’intervention humaine.

-Archure : cylindre de bois cloué qui entoure les meules, empêchant la dispersion de la farine qu’elle

dirige vers un coffre en bois, la maie.

-Arpent: ancienne mesure agraire.

-Bachelier : au Moyen Age, jeune homme, en partie vassale, n’ayant pas encore reçu de fief.

-Banalité : dans la France du Moyen Age et de l’Ancien régime, servitude consistant dans l’usage

obligatoire et public d’un bien appartenant au seigneur.

-Baliver : choisir et marquer les baliveaux.

-Bief : canal de dérivation amenant l’eau à une machine hydraulique.

-Chanoine : ecclésiastique siégeant au chapitre de la cathédrale ou de la collégiale.

-Chapitre : assemblée tenue par des chanoines, des religieux ou des religieuses.

-Chaussée (d‘étang) : élévation de terre, pouvant être renforcée par un coffrage en pierre, pour retenir

l’eau d’un étang.

-Cheveuseul : poutre de bois sur laquelle repose le tourillon.

-Déchargeoir : canal dans lequel s’écoule le trop-plein d’un étang, d’un bief.

-Essartage : défrichement d’un terrain boisé en vue d’une mise en culture.

-Essarts : terre essartée.

-Duché-pairie : duché auquel la pairie était attachée.

-Fer du moulin : pièce métallique faisant le lien entre la lanterne et la paire de meules. C’est sur son

extrémité que s’emboîte l’anille fixant ainsi la meule au fer.

-Fuseaux : également appelés « alluchons », tiges cylindriques reliant les deux plateaux inférieur et

supérieur de la lanterne.

-Garenne : aménagement d’un lieu boisé où les lapins vivent à l’état sauvage, pouvant être entourée

de fossés ou de palissades.

-Gord : pêcherie fluviale formée de deux rangs convergents de pieux, avec un verveux au somment de

l’angle.

-Lanterne : appelée aussi « paignon » dans les sources médiévales, première pièce à mouvement

horizontal. Cette pièce d’engrenage se présente sous la forme d’une cage dont les deux plateaux

circulaires sont reliés entre eux par des fuseaux.

-Marchand boulanger : fabricant de pain vendant également sa production (même chose pour les

tuiliers).

-Meule : la mouture du grain s’effectue grâce à une paire de meules. La meule courante ou tournante,

surmonte la meule gisante ou dormante. Elles sont taillées dans la pierre et leur surface est rayonnée

pour écraser le grain.

-Molinie : plante herbacée se développant en milieu humide.

-Pairie : terme de féodalité. Dignité attachée à un grand fief qui relevait immédiatement de la

couronne.

-Palier : appelée aussi « crapaudine », pièce métallique sur laquelle tourne l’extrémité inférieure de la

pointe du fer.

-Polyptyque d’Irminon : inventaire décrivant les possessions de l’abbaye de Saint-Germain-des-Prés,

rédigé dans la première moitié du IXe siècle par l’abbé Irminon.

-Prisée : une visite d’experts (charpentiers, meuniers) effectuée afin d’estimer les bâtiments et les

mécanismes composant le moulin, (vanne, roue, meule, etc.).

-Puantes (bêtes) : bêtes jugées nuisibles.

-Ripisylve : ensemble de formations végétales présentes sur les berges d’un cours d’eau.

-Rouet : il s’agit d’une pièce mobile placée à l’intérieur du moulin, permettant avec la lanterne de

transformer le mouvement vertical de la roue au mouvement horizontal des meules.

-Setier : ancienne mesure de capacité qui variait selon les régions et la matière mesurée.

-Thou : vanne en bois, souvent établie au centre de la chaussée permettant la vidange de l’étang.

-Tourillon : pièce métallique placée à l’extrémité de l’arbre de la roue du moulin.

-Tuerie : action de tuer en masse.

-Vassal : personne liée à un suzerain par l’obligation de foi et hommage et qui lui doit des services

personnels.

-Vassalité : système féodal fondé sur l’existence de liens entre suzerains et vassaux.

-Vidange (bois) : enlèvement des bois abattus d’une coupe.

119


PERSONNAGES

-Nicolas de Harlay de Sancy (1546-1629), est issu d’une famille de protestant et dut se convertir au

catholicisme en 1572. Au service du roi Henri III en 1589, il mène une campagne militaire en Savoie et

conquiert le pays de Gex, rattaché à la France en 1601. Il devient, sous Henri IV, membre du Conseil

des finances à partir de 1594. Il devient successivement conseiller au Parlement, maître des requêtes,

ambassadeur en Angleterre et en Allemagne, surintendant des finances. Par son mariage avec Marie

Moreau en 1575, il obtient le domaine et la seigneurie de Grosbois et de Boissy (actuellement Boissy-

Saint-Léger). Il est disgracié en 1598. Dans les premières années du XVIIe siècle, il finance les projets

d’asséchements des marais lancés par le hollandais Humphrey Bradley. En 1612, il participe à une

expédition au Brésil dans le but de fonder une colonie française mais ils sont chassés en 1615 par les

portugais.

-Charles de Valois (28 avril 1573-24 septembre 1650), est le fils naturel de Charles IX et de Marie

Touchet (1549-1638), dame de Belleville. Il hérite en 1599 de Catherine de Médicis du comté

d’Auvergne. Il est emprisonné en 1604 à la Bastille pour avoir conspiré contre Henri IV et il est libéré

en 1616. Il combat dans les troupes de Louis XIII et devient comte de Ponthieu et duc d’Angoulême

en 1619. Il épouse en premières noces Charlotte de Montmorency en 1591 et en secondes noces en

l’église de Boissy-Saint-Léger Françoise de Nargonne. Le duc d’Angoulême devient au début du XVIIe

siècle, propriétaire des domaines du Piple et de Grosbois.

-Louis Germain Chauvelin (1685-1762) est nommé garde des Sceaux en 1727, puis secrétaire d’Etat

aux Affaires étrangères. Il achète en 1731 le château de Grosbois et fait ériger en 1734 les terres

de Sucy, Boissy-Saint-Léger, Villeneuve-Saint-Georges, Yerres, Santeny, Marolles, le fief de Cerçay à

Villecresnes en marquisat. Mais en 1737, il tombe en disgrâce et doit s’exiler à Bourges. Il ne revient

en son domaine de Grosbois qu’en 1746.

-Louis Jean Marie de Bourbon (16 novembre 1725-4 mars 1793), duc de Penthièvre, comte d’Eu, est

le fils unique de Louis Alexandre de Bourbon (1678-1737), comte de Toulouse, duc de Penthièvre, fils

naturel légitimé de Louis XIV et de Madame de Montespan, et de Marie Victoire de Noailles. Il épouse

en 1744 Marie Thérèse Félicité d’Este-Modène (1726-1754) dont il eu sept enfants. A la mort de en

1775, il reçoit entre autres domaines la seigneurie d’Armainvilliers.

-Comte de Provence, frère du roi Louis XVI et futur Louis XVIII, possède plusieurs domaines en Brie.

Il fait ériger les marquisats de Brunoy et de Grosbois en duché-pairie.

-Louis Alexandre Berthier (20 novembre 1753-1 er juin 1815) est le fils de Jean-Baptiste Berthier,

ingénieur géographe de l’armée anobli par Louis XV, et de Marie-Françoise Lhuillier de la Serre, femme

de chambre de Monsieur (futur Louis XVIII). Il entre en 1764 à l’Ecole royale du génie de Mézières

et deux ans plus tard il est nommé ingénieur géographe. Il participe à la Guerre d’indépendance

américaine sous les ordres de Lafayette. Au début de la période révolutionnaire, comme officier de

la garde nationale, il facilite l’émigration de plusieurs nobles dont plusieurs membres de la famille

royale. A partir de la fin du XVIIIe siècle, il participe, sous les ordres de Napoléon Bonaparte aux

campagnes d’Italie et d’Egypte. Il achète le domaine de Grosbois au début du XIXe siècle. Sous le

consulat, il est nommé ministre de la Guerre et reçoit le titre de maréchal en 1804. Il devient en 1809

prince de Wagram. Il épouse en 1809 Marie-Elisabeth de Bavière (1784-1849), fille du duc Guillaume. Il

participe à toutes les campagnes de Napoléon comme major général de l’armée. Sous la Restauration,

il est nommé par Louis XVIII en 1814 pair de France. Au retour de l’empereur, il suit le roi et se réfugie

dans son château de Bamberg en Bavière.

-Napoléon-Alexandre Berthier (1810-1887), fils du maréchal et 2 nd prince de Wagram. Il est pair de

France par hérédité dès 1815. Il épouse en 1831 Zénaïde Françoise Clary. il est nommé sénateur en

1852.

-Alexandre Louis Marie Philippe Berthier, 3 e prince de Wagram, épouse Berhe Claire de Rothschild.

Il meurt en 1911 à Grosbois.

120


-Alexandre Louis Philippe Marie Berthier, 4 e prince de Wagram, meurt en 1918.

-Jean-Conrad Hottinguer (15 février 1764 à Zurich-1841). En 1783, il reçoit une formation au métier

de la banque. L’année suivante, il entre à Paris chez Le Couteulx et Cie, maison dirigée par le futur

gouverneur de la Banque de France, Jean-Barthélémy Le Couteulx. Il devient le correspondant des

banquiers zurichois. En 1793, il part pour l’Angleterre où il épouse Martha Eliza Redwood, fille d’un

planteur américain. Il s’embarque pour l’Armérique pour y faire du négoce. Il rentre en France en 1796

et crée la Société Hottinguer et Cie. Il est régent de la Banque de France de 1803 à 1833 et il est fait

baron de l’Empire en 1810. Il est élu député de la Seine en 1815 et en 1819, il achète le château du

Piple où il meurt en 1841.

121


DONNEES ARCHEOLOGIQUES

Les prospections se sont déroulées dans deux secteurs de l’Arc boisé.:

-au Nord, en forêt Notre-Dame, sur les parcelles n° 18 à 39

-au Sud, dans la forêt régionale de Grosbois, dans les parcelles n° 1 à 34.

Les découvertes ont montré la présence d’anciens fossés de drainage dans les deux boisements, ainsi

que les traces de zones d’extractions de matériaux (argile, meulière, sable). Ces éléments sont encores

visibles sous la forme des nombreuses mares, vestiges de cete activité. Des axes de circulation et des

limites parcellaires ont pu être observées également.

Forêt Notre-Dame

Parcelle 22, zone d’extraction

Parcelle 22, puits

Parcelle 28, construction

rectangulaire

122


123


124


CARTOGRAPHIE DES SITES REPERES

Forêt Notre-Dame

Forêt Régionale de Grosbois

Forêt Régionale de Grosbois, zone fossoyée dans la parcelle 11

125

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