ROMS DE FRANCE, ROMS EN FRANCE - Cédis Formation

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ROMS DE FRANCE, ROMS EN FRANCE - Cédis Formation

LES PRATIQUES #10

ROMS DE FRANCE,

ROMS EN FRANCE

Le peuple du voyage

COMPRENDRE

pour AGIR aujourd’hui dans sa collectivité

et sur son territoire.


COORDINATION DU PROJET

Cédis

RÉDACTEURS

Jean-Pierre Dacheux

Docteur en philosophie

Bernard Delemotte

Élu à Amiens

ROMS DE FRANCE,

ROMS EN FRANCE

Le peuple du voyage

REMERCIEMENTS

Les auteurs remercient de leurs conseils ou contributions :

Stéphanie Bocquet

Thérèse Couraud

Marie-Hélène Eloy

Chloé Faouzi

Florence Février

Bruno Fruitier

Malik Ifri

Jean-Luc Le Drenn

Alain Monteagle

Évelyne Pommerat

Pierre Surun

et les membres de la commission immigration des Verts.


Directeur de publication : Henri Arévalo

Comité de rédaction : Pierre Serne

Secrétaire du comité : Marie-José Blouin

Cédis

105-107, boulevard de Chanzy

93100 Montreuil

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Citoyens du voyage

Les Roms nous interpellent tous les jours sur notre capacité à mettre en

œuvre les trois valeurs gravées sur le fronton de nos mairies.

La liberté, parce que ce principe est central à leur culture et que toute

l’organisation de la société française tend à inhiber leur légitime aspiration.

L’égalité, parce que citoyens à part entière, les Roms font l’objet répété de

discriminations et de réduction d’accès aux droits. La fraternité, parce que

la solidarité, la tolérance et le respect ne sont pas toujours au rendez-vous

quand il s’agit d’établir des liens avec la communauté des gens du voyage.

ÉDITORIAL

C’est à nous, élu-e-s de la République, d’être les garants de ce triptyque

de valeurs. Certes, notre rôle est difficile, particulièrement délicat, tant

sont vives les tensions quotidiennes qui naissent du choc des cultures, mais

notre responsabilité est immense car la qualité de notre posture engendre

le cercle vertueux du respect mutuel et du bien vivre ensemble.

Ce guide éclairera celles et ceux qui ont à cœur de dépasser les stéréotypes

et veulent se plonger avec rigueur et conviction sur la question de l’accueil

des Roms, citoyens de nos territoires.

Merci aux deux auteurs qui élèvent avec brio la réflexion sur une question

particulièrement sensible. Merci aux acteurs de terrain, qui ont apporté

leur contribution à cet ouvrage, et un merci appuyé pour son conseil à Fredo

Lievy, l’ambassadeur du peuple des Roms chez celui des écologistes !

HENRI ARÉVALO

Président du Cédis


1|COMPRENDRE POUR AGIR

SOMMAIRE

Se repérer dans les dénominations des Roms...................................12

L’histoire des Roms..........................................................................................18

De l’Inde à l’Europe.....................................................................................................18

Une présence en France.............................................................................................20

Avant le XX e siècle............................................................................................20

La loi raciste de 1912........................................................................................22

L’internement (1940-1946)..................................................................................23

La loi du 3 janvier 1969......................................................................................24

La loi Besson I.................................................................................................27

La loi Besson II................................................................................................29

Une histoire européenne.............................................................................................30

Avant la seconde guerre mondiale : l’esclavage oublié...............................................30

Pendant la guerre 39-45 : le génocide nazi ou « Samudaripen »..................................33

En régime communiste : la sédentarisation forcée..................................................36

Dans l’Europe politique : 2007, le tournant pour les Roms.........................................38

Répartition des Roms dans l’ensemble de l’Europe................................................41

Roms et Gadjé.......................................................................................................44

2|AGIR AVEC LES ROMS FRANÇAIS

L’accueil et le stationnement.......................................................................53

L’habitat.............................................................................................................54

Les aires d’accueil.......................................................................................................54

La taxe d’habitation....................................................................................................56

Le logement pérenne...................................................................................................57

Les stationnements spontanés...................................................................................57

FICHE OUTIL N°1 Les terrains familiaux...........................................................59

FICHE OUTIL N°2 Le schéma départemental d’accueil des gens du voyage.....60

FICHE OUTIL N°3 Les aires permanentes d’accueil............................................61

FICHE OUTIL N°4 Les aires de grands passages

et les aires de grands rassemblements.....................................62

L’éducation...................................................................................................63

L’éducation des enfants...............................................................................................63

L’éducation des adultes...............................................................................................65

FICHE OUTIL N°5 Le CNED et les ASET...................................................................66

La culture...............................................................................................................67

La santé...................................................................................................................68

Les activités économiques............................................................................70

La citoyenneté....................................................................................................72

6


3|AGIR AVEC LES ROMS ÉTRANGERS

L’accueil..................................................................................................................79

L’habitat...............................................................................................................81

L’éducation...........................................................................................................84

La culture...............................................................................................................86

La santé...................................................................................................................87

Les activités économiques............................................................................89

La citoyenneté.....................................................................................................89

4|SE DOCUMENTER

Annexe.................................................................................................................94

Bibliographie, cyberographie, études et textes signalés..............98

Bibliographie.............................................................................................................98

Cyberographie.........................................................................................................101

Études, rapports et textes européens......................................................................104

7


INTRODUCTION

Les Roms :

une population méconnue

Il est, en Europe, une population mal aimée. Elle compte plus de dix millions de

personnes. Elle s’est installée en Europe voici sept siècles. Elle est originaire du

nord de l’Inde. Elle interpelle, par son mode de vie, tous les peuples de la Terre.

Il s’agit d’Européens qui se nomment les Roms. Rom veut dire « homme » dans la

langue romani. Le romani est une langue qui s’est développée à partir de parlers

populaires comme le penjâbî ou l’hindî, dont la forme savante était le sanskrit.

Les Roms sont appelés Tsiganes par les non-Roms. Les Roms appellent, eux, ces

non-Roms des « Gadjé ».

Les Roms nous posent des questions politiques et philosophiques. Ils ont subi,

comme les Juifs, un génocide de la part des nazis. Ils ont connu, en Roumanie,

comme les Noirs, des siècles d’esclavage. Ils s’affirment comme « une nation sans

territoire ». Ils contestent à tout homme le droit à la propriété individuelle du

sol.

Les Roms ou Tsiganes vivent par groupes de familles très solidaires entre elles.

Ils travaillent comme artisans ou commerçants, rarement en entreprise. Ils ne

sont pas nomades mais mobiles, car souvent déplacés ou pourchassés.

En France, on les appelle les « gens du voyage » même si la majorité d’entre eux

ne voyage pas. La locution « gens du voyage » est une appellation administrative

sans équivalent en Europe. Elle permet de ne pas désigner les Roms ou Tsiganes

car la France ne reconnaît aucune minorité. Dans la loi française, Tsigane n’existe

pas plus qu’Occitan, Corse, Basque ou Breton.

Par leur nombre, les Roms constituent, pourtant, la première minorité culturelle

d’Europe. On les trouve aussi dans les Amériques et d’autres continents. Ils

ont une représentation auprès des Nations unies. Ils ont une délégation auprès

du Conseil de l’Europe (47 États). Une eurodéputée romni, hongroise, siège au

Parlement de l’Union européenne.

Les Roms sont rejetés, bannis, exclus parce qu’ils ne s’intègrent pas. Ils ont une

identité culturelle forte qu’ils ne veulent pas abandonner. Leur grande peur est

de devenir des Gadjé. Ils font douter les Gadjé de leurs certitudes. Ils vivent

parmi les Gadjé, mais pas comme eux.

Les Roms amènent à s’interroger sur le modèle social dominant. Ils travaillent

pour eux-mêmes mais refusent le travail-emploi, le travail salarié. Ils sont très

attachés à leur liberté de citoyen mais votent peu ou pas. Pour apprendre à

lire, leurs enfants fréquentent l’école mais n’y restent pas nécessairement. Les

principaux apprentissages de la vie s’effectuent dans la famille et par la famille.

8


Les Roms n’expriment pas leur philosophie de la vie dans des écrits. On compte,

parmi eux, peu d’écrivains mais beaucoup de musiciens. Leur influence sur l’art

musical est grande. Guitaristes, violonistes, percussionnistes se rencontrent

partout. Le chant et la danse font partie de leur univers quotidien.

Les Roms ou Tsiganes sont méconnus et méprisés. Leur vie proche de la nature,

incontrôlable, est jugée suspecte. On les a tenus pour des « voleurs de poules »,

ou pire, « d’enfants ». Leur pauvreté ou leur richesse étonnent : comment peut-on

vivre ainsi ? Ils sont, dès lors, très surveillés par les polices.

Les Roms n’ont pas le drapeau d’un État, mais un emblème, celui d’une nation.

Il se présente comme deux barres d’égale largeur, bleue en haut, verte en bas.

Sur ce fond apparaît la roue rouge de la liberté, de la mobilité et de la souffrance.

C’est l’image d’un dur parcours de vie sous le ciel et à même la Terre. La roue, en

outre, rappelle la chakra et l’origine indienne.

Les Roms ont un hymne : « Gelem, Gelem » qui est un cri contre le malheur. On

y retrouve les thèmes du voyage sans fin et de la persécution ininterrompue.

Ce chant a été composé dans les années 1970. Tous les Roms ne le connaissent

pas. Mais beaucoup se retrouvent pourtant, spontanément, dans cette musique

et cette plainte.

Les Roms ont longtemps été considérés comme des nomades. Pourtant leur

grande majorité est aujourd’hui sédentaire. En France, une partie des Tsiganes,

dits les Manouches, ont une caravane. Cet habitat mobile a remplacé la roulotte

tirée par des chevaux. Les Roms, même quand ils ont une maison, « voyagent

dans leur tête ».

Les premières questions que nous posent les Roms sont d’ordre anthropologique.

Comment est-il possible de vivre sans adopter les mœurs de la majorité ?

Comment survit-on, au travers des siècles, en étant toujours et partout

repoussés ? Y a-t-il des liens entre cette population européenne et les peuples

autochtones ? L’attachement à la Terre-mère, que nul ne peut posséder, en est-il

un signe ?

9


INTRODUCTION

Sous le regard des Roms, nos concepts semblent être soumis à l’examen, tels

ceux de résidence et citoyenneté, ethnies et nations, minorités et communautés,

territoire et patrie, propriété et appropriation, représentation et démocratie ;

ou encore nomadisme et circulations, universalisme et cosmopolitisme, et

enfin holocauste et ethnocide, république et fédéralisme, multiculturalisme et

intégration.

La philosophie politique tout entière est donc convoquée pour comprendre ce

peuple sans État. Les Roms constituent un peuple par leur langue, leur histoire

et leur pérennité. Les Roms sont citoyens du monde sans le savoir. Ils sont des

Terriens avant même d’être des Européens. Cosmopolites pratiques, ils ne sont

pas sans patrie : ils en ont plusieurs. Ils ont, comme État, chacun de ceux où ils

résident.

Les Roms constituent une contradiction vivante. Ils vivent à part même s’ils

ne veulent pas vivre à part. Les administrations ne veulent pas non plus les

mettre à part et le font quand même. Roms et Gadjé s’attirent et se repoussent.

Cet équilibre, toujours instable, dure depuis presque un millénaire. Ce type

d’humanité, complexe et riche d’enseignements, nous étonne. Il est, aujourd’hui,

une source d’interrogations utiles. Ainsi la capacité à s’adapter à une vie simple

et sobre est d’actualité. Le talent pour récupérer les marchandises abandonnées

aussi.

Vouloir faire connaître ces hommes d’Europe peut surprendre. En réalité, les

Roms posent des questions universelles. Leur résilience, face à tous les régimes

politiques, depuis des siècles, reste un mystère. Mais, mieux encore, ils posent les

questions de ce temps. Celles des rapports de l’homme à la Terre, à la nature, au

travail... Celles de la pérennité des cultures et de la biodiversité humaine.

10


COMPRENDRE POUR AGIR

1


Se repérer dans les dénominations des Roms

Constater la multiplicité des dénominations

La première difficulté à laquelle on se heurte, quand on

aborde l’univers des Roms ou Tsiganes, est la multiplicité

des noms qu’on leur donne ou qu’ils se donnent euxmêmes.

L’emploi très discuté de ces différents vocables

pour désigner une population mal nommée, non nommée

ou, à en croire certains, « innommable » révèle les obstacles

que, d’emblée, va rencontrer celui qui cherche à cerner la

spécificité rom ou tsigane.

Derrière cette multiplicité de désignations apparaissent

souvent des désaccords dus à des approches différentes des

populations roms. Chaque écrivain adopte un vocabulaire

et justifie son choix, souvent par l’intermédiaire de notes

préalables.

Xavier Rothéa, auteur de France, pays des droits des

Roms ? 1 , s’en tient à Roms.

Pour Marcel Courthiade, professeur de langue romani à

l’INALCO, il apparaît légitime, si l’endonyme « Rrom » est

issu de la langue romani, de retenir ce mot chaque fois qu’il

est question du peuple tel qu’il s’autodésigne.

On trouve, dans les textes des institutions internationales,

quatre écritures du pluriel : des Rom, des Roms, des Roma,

des Rroms ! Cette polygraphie atteste que plusieurs regards

se croisent quand il est question d’évoquer la population

dite « rom » ou « rrom ».

1. Xavier Rothéa, France,

pays des droits des

Roms ?, Lyon, éditions

Carobella ex-natura,

2003, p. 14.

Marcel Courthiade, si exigeant qu’il soit du point de vue

de la linguistique qu’il enseigne, souligne, cependant, que

les spécialistes, comme les intéressés, ne s’interdisent

pas, pour des raisons de communication, d’entretenir euxmêmes

des ambiguïtés. Rrom ou Rom restent donc utilisés,

tout comme Tsigane ou Tzigane. Mais Rrom, Manus,

Sinté, Kalé sont des endonymes (autodésignations),

tandis que Tsigane ou Tzigane, et toutes les nombreuses

autres appellations, sont des exonymes (des désignations

apparues dans le vocabulaire des Gadjé).

14


Roms ou Tsiganes ? Rechercher la bonne

appellation dans les sciences humaines

Toute écriture est un compromis où se révèle le rapport

entre celui qui écrit et celui qui est le sujet de l’écriture.

Fixer le vocabulaire est une gageure.

Le mot tsigane est un nom attribué. Il dérive du grec

atsinkanos d’où est issu le latin médiéval atinganus ou

cinganus. Le français moderne en fera tsigane (Zigeuner

en allemand, zingaro en italien, cykan en russe, etc.).

En Grèce, les Roms ont stationné dans une région appelée

Petite-Égypte en raison de sa fertilité et par analogie avec

le delta du Nil. Se mêlant à la foule en route pour la Terre

sainte et vendant au plus offrant leurs talents de forgerons,

de savetiers, de cordonniers, ils se firent remarquer par les

pèlerins et chroniqueurs qui les nommèrent alors Égyptiens

(d’où dérivèrent Gipsy et Gitan).

Au début du XV e siècle, les Roms, qui ont donc longtemps

séjourné en Grèce et dans les pays voisins (Serbie et

principautés roumaines), ont repris leur marche vers

l’ouest. En 1417, les Tsiganes traversent la Hongrie et

l’Allemagne : l’empereur Sigismond, roi de Bohême et de

Hongrie, leur remet des lettres de protection. Et les voilà

devenus Bohémiens : leurs chefs sont « comte de Bohême »,

voire « comte des Bohémiens de Petite-Égypte »...

Béatrice Jaulin 2 , après avoir rappelé toutes ces

dénominations utilisées pour désigner les Roms, précise,

citant Vaux de Foletier, le père de la sociologie tsigane,

que, « pour les historiens, les ethnologues, les sociologues,

le mot tsigane est certainement le meilleur parce qu’il ne

prête pas à confusion et qu’il couvre toutes les appellations

du groupe ».

Ce que conteste, une fois de plus, Marcel Courthiade : « Il

n’est pas question bien entendu de censurer les mots –

tsigane/gipsy –, mais de leur rendre leur vrai sens, celui

d’un regard posé par des étrangers peu informés, parfois

romantiques, souvent racistes, sur plusieurs catégories

de personnes ». Ces vocables « n’ont nullement leur place

dans le discours scientifique ou politique d’actualité, ni les

médias ».

2. Béatrice Jaulin, Les

Roms de Montreuil 1945-

1975, éditions Autrement,

Paris, 2000.

15


« Tsigane » appartient-il au discours scientifique, oui ou

non ? Vaux de Foletier, mais aussi Jean-Pierre Liégeois 3 ,

Henriette Asséo, Patrick Williams, Alain Reyniers ont

toujours soutenu que oui. La revue Études tsiganes n’est

pas encore sur le point de changer de titre !

Remarquons que le mot Tzigane 4 (écrit avec un z) est

souvent encore utilisé pour désigner des musiciens. Claire

Auzias 5 a cessé de s’en servir. Il faut utiliser le vocable

qui permet d’être compris, en tenant compte, autant qu’il

se peut, de ce que disent d’eux-mêmes les Roms. Patrick

Williams 6 , en effet, constate, comme Marcel Courthiade,

que parler des Roms, pour un Gadjo, ou parler des Roms

pour un Rom, diffère sur un point essentiel : la globalisation,

la perception de la totalité de la population concernée.

3. Jean-Pierre Liégeois,

Roms et Tsiganes, Paris,

La Découverte, 2009,

p. 27.

4. Dans les dictionnaires

du XIX e siècle, et

notamment le Grand

Larousse, n’existait alors

que la graphie tzigane !

5. Historienne, spécialiste

des Roms.

6. Ethnomusicologue,

chercheur au CNRS.

7. Claire Pedotti,

Glossaire sur les Roms

et les Gens du voyage,

Conseil de l’Europe,

référence : HDIM.

IO/218/07 du 27

septembre 2007. http://

www.coe.int/t/dg4/

linguistic/Source/

Roma_Glossaire_

FR.doc

8. Claire Cossée,

« L’impossible neutralité

des sciences sociales

face aux catégorisations

militantes, “ Tsiganes ”,

“ Gens du voyage ”,

“ Rroms ” ou autres

ethnonymes ? »

Migrations Société, marsavril

2010, p. 159-176.

http://www.revuesplurielles.org

/php/index.php?nav=

revue&no=16&sr=

2&no_dossier=128&aff=

sommaire

« Le glossaire doit être mis à jour et l’harmonisation de

la terminologie est estimée indispensable » 7 , observe

Claire Pedotti, traductrice du Conseil de l’Europe. Claire

Cossée, docteur en sociologie, constate que « face aux

catégories militantes, la neutralité des sciences sociales

est impossible » 8 . S’il en est ainsi, c’est que les désignations

des Roms ne sont pas fixées, ne le seront pas de sitôt, et

pourraient bien ne jamais l’être... !

La discrimination commence par le vocabulaire

Le tout premier des rejets dont peut souffrir un homme,

c’est d’être mal nommé. Nommer c’est connaître. Être

affublé d’un surnom ou nom d’emprunt permet à votre

interlocuteur de vous nier.

Et même si, comme le remarque encore Marcel Courthiade,

« toute analogie avec les intouchables indiens est un

contresens », il n’en reste pas moins que les Tsiganes

constituent, à la fois par glissement de sens et surtout par

le rejet qui les vise, « un peuple paria ». Les parias sont

ceux qui, peu ou prou, sourdement ou violemment, sont

exclus des rangs de l’humanité, ceux qui, comme les Juifs

ou les Noirs, ont pu être considérés comme bons à éliminer

ou à tenir en esclavage.

Doit-on rappeler aussi la discrimination des Roms liée

à leur couleur de peau basanée ? Les Kalé (les « noirs »),

depuis le début du XIX e siècle, ont été décrits, de même

que l’ensemble des Tsiganes, comme des personnages

16


« dégoûtants » dont la noirceur de la peau dénotait

l’infériorité et le maléfice. Les Roms auront partagé, tant

avec les Noirs d’Afrique qu’avec les Juifs, l’accusation

d’être des êtres humains diminués et malfaisants.

Le vocable tsigane est devenu infamant (en tout cas très

discriminatoire et infériorisant, comme le mot esclave,

auquel il s’identifie en Roumanie) dans tous les pays de

l’Est de l’Europe où les Roms sont, précisément, les plus

nombreux.

Les Ashkalis (au Kosovo), les Béas (en Hongrie) ou les

Yéniches (en Allemagne) – aucune de ces trois populations

n’est rom ! – souffrent tout autant du rejet des Gadjé

que les Roms, et parfois en leur nom, car ce qui leur est

reproché est de vivre dans des conditions voisines de celles

des Roms.

Comprendre pourquoi l’appellation

« Gens du voyage » n’existe qu’en France

La notion de « Gens du voyage » a été employée, à partir de

1972, dans deux décrets d’application de la « Loi n°69-3 du

3 janvier 1969 relative à l’exercice des activités ambulantes

et au régime applicable aux personnes circulant en France

sans domicile ni résidence fixe ». On observera que la loi

de 1969, toujours en vigueur, parle de « personnes » et

nullement de « gens du voyage ». Cette désignation de « gens

du voyage » n’est, du reste, qu’une catégorie administrative

aux contours mal définis. Elle est impossible à traduire en

une autre langue et n’a ni singulier ni féminin. Le mot

« gens » s’applique à une population indéterminée. « Ces

gens-là », une expression fréquemment employée, marque

une distance, voire un mépris.

Il n’en reste pas moins que nombre de « gens du voyage »...

ne voyagent pas. Le voyage est un déplacement physique

mais il existe aussi une culture du voyage qui ne concerne

pas que les personnes vivant en habitat mobile. Les

voyageurs ne sont pas nécessairement tsiganes. Pardessus

tout, les Roms, en Europe, très majoritairement

sédentaires, ne sont pas assimilables à des « gens du

voyage » et ils l’affirment avec force dès la première phrase

du Décalogue du Palais Bourbon 9 qu’ils ont signé le 8 avril

2009.

9. Voir annexe. Diffusé

sur le blog de l’Union

romani internationale :

http://www.blogg.org/

blog-77046.html

17


Nombre de ceux qui emploient l’expression « gens du

voyage » (puisqu’il ne peut en être autrement dans les

relations avec les administrations) sont donc très loin d’en

admettre la signification vague, imprécise et finalement

discriminante 10 , alors qu’elle était, au contraire, née

d’un refus des désignations ethniques, régionalistes ou

particularistes.

10. Il a été créé en 1997,

et mis en place, au sein

de la Direction générale

de la Gendarmerie

nationale, une cellule

interministérielle de

liaison sur la délinquance

itinérante (CILDI).

Contrairement à la

lettre et à l’esprit de la

réglementation, dans

certaines gendarmeries,

on s’est laissé aller à

utiliser une appellation

insoutenable, « les

MENS » (minorités

ethniques non

sédentarisées) substituée

à « gens du voyage ».

Cette appellation a été

relayée et donc révélée

par une élue du Conseil

régional d’Île-de-France,

qui, pour s’opposer au

vote de crédits concernant

l’action sociale en

faveur de concitoyens

en difficulté, dont les

gens du voyage, n’a pas

hésité à affirmer que « les

délinquants itinérants

sont issus soit des

banlieues à risque, soit

des minorités ethniques

non sédentarisées

(MENS) plus

communément appelées

gens du voyage… ». Elle

avait même affirmé :

« L’appellation “gens du

voyage” est en passe de

disparaître. Il va falloir

les appeler des MENS ».

Le 15 décembre 2009, le

MRAP a saisi le doyen

des juges d’instruction

du Tribunal de Grande

Instance de Paris, à ce

propos, considéré comme

raciste.

Nous ne ferons pas usage de cette locution sauf quand elle

apparaît dans des textes administratifs cités.

La difficile et indispensable distinction entre

les « gens du voyage » et le monde du voyage

À force de parler des « gens du voyage », on a fini par

modifier le sens de l’expression administrative. Ceux qui

s’en servaient pour parler des autres, ou d’eux-mêmes,

se sont éloignés de ce qui était sous-entendu : le Tsigane

reste un nomade, un sans-domicile fixe. Les « gens du

voyage » qui ne voyagent pas, ou plus, et qui se considèrent

pourtant comme des voyageurs existent bel et bien. Car les

« gens du voyage » sont, en réalité, les Hommes du Voyage.

Comme souvent, les Tsiganes détournent les mots, se les

accaparent et les ressortent poétiquement transformés.

Le Voyage est devenu un pays, une province imaginaire,

un nouveau monde, un territoire « autre », une réalité

non virtuelle qu’habitent les Voyageurs. Il est difficile de

comprendre que le Voyageur ne voyage pas (sur le territoire

de la France puisqu’il est « sans territoire ») alors qu’il est

présent, et chez lui, partout, dans ce nouveau monde du

Voyage. Comme Internet, cet espace habité qui se joue des

frontières et des États, le Voyage est un domaine nouveau

qu’ont imaginé et investi les Voyageurs. Débordant le

matérialisme du territoire physique, et puisqu’il n’est

aucun pays rom, voici créée une nouvelle occupation de la

Terre qui n’est pas une possession mais une appartenance.

L’homme est un voyageur. Les Gadjé ne semblent pas

le savoir qui croient que le voyage commence quand on

s’éloigne de sa résidence. Eh bien non, le Voyage est notre

humanité même qui véhicule tout ce qui nous fait, où que

nous soyons, sur la planète. Le Rom est un Voyageur, qu’il

circule ou demeure. Il est un homme qui ne rêve pas de

s’arrêter, de se fixer, de se « sédentariser » même s’il est

objectivement sédentaire. Il se veut capable de mobilité.

Il ne veut et ne peut posséder la Terre parce qu’il s’y

promène. C’est celui qui occupe toute la Terre en pensée.

18


Les Voyageurs, quel que soit le nom qu’on leur donne, ne

sont décidément pas des « gens du voyage » mais le peuple

du Voyage.

Nous écrirons ici Roms par souci de

simplicité et de compréhension générale

Nous ne nions nullement qu’on puisse parler, en France,

de Manouches, Gitans, Tsiganes ou Roms... Nous

reconnaissons que, derrière les mots, se cachent des

pratiques, des valeurs, des histoires, des diversités. Les

Roms composent un peuple pluriel dont la richesse ne

se fond dans aucune unicité. Il réussit à rapprocher des

mœurs, coutumes et traditions construites dans des pays

très différents. Comme l’a souligné Vaclav Havel, s’il est

un peuple européen, ce sont bien les Roms, à l’image de la

devise de l’Europe (In varietate concordia ou « Unité dans

la diversité »).

C’est ainsi que nous les considérons : Roms de France et

Roms en France, différant profondément, mais ayant des

points communs. Les comprendre pour agir suppose que

nous sachions distinguer, sans les séparer, ces populations

qui ne sauraient se fondre dans le creuset de nos sociétés.

Nous avons pris le parti d’aborder ensemble les questions

relatives aux Roms de France et aux Roms en France. Nous

ne nous dissimulons pas que cela risque de nous exposer

à des critiques, mais nous sommes prêts à les affronter.

Tout rapprochement artificiel ne tenant pas compte de

différences historiques considérables nous ferait verser

dans un mauvais parti pris. Par contre, nier, à cause de

cela, que deux motifs majeurs suffisent à rapprocher Roms

de France et Roms en France nous semblerait conduire à

une erreur intellectuelle grave.

Le présent et l’actualité distinguent tous les Roms, non

seulement parce que leur dispersion, où qu’ils vivent en

Europe, a des effets sur leur langue, leurs adaptations,

leurs pratiques musicales ou autres, mais surtout parce

que leur unité même est faite de pluralité. L’adaptabilité

commune à tous les Roms ne les éloigne pas définitivement

les uns des autres et n’interdit pas des nuances voire des

désaccords entre des communautés roms différentes.

19


Le passé et l’histoire rapprochent tous les Roms, où qu’ils

vivent, non seulement à cause de leur très lointaine origine

commune indienne, mais surtout à cause de la haine

partout constatée qui les a suivis dans toute l’Europe

jusqu’à la tentative d’éradication nazie. La très grande

diversité des Roms n’empêche pas qu’ils constituent un

même peuple résistant à toutes les contraintes et à toutes

les violences de ceux qui leur contestent leur rôle et leur

place spécifique dans l’histoire.

Nous écrirons donc « Roms », vocable d’usage désormais

courant dans tous les documents internationaux.

L’histoire des Roms

De l’Inde à l’Europe

Sans entrer dans le débat sur les conditions qui ont conduit

les Roms du nord de l’Inde vers l’Europe, on sait que c’est

l’étude de la langue des Roms qui a révélé leur origine

indienne.

Dans la seconde édition de Carmen, en 1847, Prosper

Mérimée rajoute un étonnant chapitre IV à son roman.

Outre ses considérations, révélatrices de l’attrait et de

la répulsion que lui inspirent les Roms, il fait état de

ses « études sur les rommani » et révèle ses sources :

Grellmann 11 et Borrow 12 . Il écrit : « La plupart des

orientalistes qui ont étudié la langue des Bohémiens croient

qu’ils sont originaires de l’Inde » et il précise : « Un grand

nombre de racines et beaucoup de formes grammaticales

du rommani se retrouvent dans les idiomes dérivés du

sanscrit ». La source indienne est, avec lui, définitivement

admise.

Aujourd’hui encore, c’est la langue qui, après nous avoir

indiqué d’où venaient les Roms, leur permet de garder une

place spécifique dans l’espace européen.

11. Heinrich Grellmann,

Dissertation on the

Gipseys, Londres,

Ballantine, 1807.

12. George Borrow, The

Zincali, 1841.

Les Roms ne sont pas partis d’eux-mêmes. Leurs ancêtres

ont fait l’objet d’une razzia au début du XI e siècle. Ils ne sont

entrés en Europe qu’au cours du XIV e siècle, en France au

début du XV e . On sait peu de chose sur leur séjour en Perse

(l’Iran actuel). L’histoire et la légende se mêlent pour nous

donner à penser que la diaspora qui les mena vers l’Europe

fut une quête de liberté.

20


Il faut insister sur la compréhension d’une fuite en avant

qui n’a pas ramené les Roms vers l’Inde mais les a entrainés

vers l’Europe. À la différence des peuples nomades qui

poussent devant eux leurs troupeaux, en quête d’herbages,

les Roms ont vécu une autre mobilité. Les confusions entre

nomades et voyageurs sont fréquentes. Les Roms ont réagi

à des événements qui les menaçaient. Le voyage a été, au

cœur de leur vie, non un choix mais une nécessité vitale.

Pour échapper à l’esclavage, à la persécution, au pogrom,

ou parce qu’ils étaient chassés, pourchassés, interdits de

séjour, les Roms sont mille fois partis vers des horizons

inconnus. Il est inscrit dans leur culture que fuir peut

signifier survivre. « Décamper » s’impose quand aucun

champ ne peut plus vous accueillir. Qu’on vive en chariot,

en roulotte, dans un squat ou dans une cabane, la vigilance

est la même : il faut pouvoir s’échapper, s’en aller vers des

lieux plus cléments, pour un temps ou pour longtemps. Le

Gadjo, même aimable, peut devenir pressant et dangereux,

car il a la culture de la propriété et il dispose de la force.

La langue, le voyage, mais aussi l’art, ont permis aux

Roms de perdurer, en dépit de toutes les violences qu’ils

ont dû supporter. Un art multiple qui ne s’est pas limité

à la musique. On dit qu’arrachés de la ville de Kannauj 13 ,

les Roms ont été emmenés pour que leur art de soigner

les chevaux, de travailler les métaux, comme de chanter,

danser et jouer des instruments, soient mis au service des

puissants sultans turco-afghans qui régnèrent sur le Nord

de l’Inde entre le X e et le XII e siècle.

Ils ont fui un esclavage sans savoir qu’ils allaient en

rencontrer un autre et sont partis vers l’ouest, suivant la

course du soleil. Chemin faisant, le romani s’est enrichi de

nombreux mots : persans, arméniens, caucasiens, grecs...

(L’Anatolie, où ils ont longuement séjourné, n’était pas

encore turque, mais de culture grecque).

Le passage du Bosphore a marqué le grand éparpillement

du peuple rom : certains groupes sont allés vers le nord

jusqu’en Russie et en Finlande, d’autres vers l’Europe

occidentale, mais le plus gros de la troupe s’est arrêté en

Europe centrale et orientale.

De ce parcours, les Roms ont conservé des traces

ineffaçables qu’on relève dans la langue romani, dans leur

défiance à l’égard de toutes les fixations territoriales, mais

13. Le manuscrit Kitab

al-Yamini (Livre des

Yamins) d’Abu Nasr

Al-’Utbi, chroniqueur

arabe du XI e siècle, donne

assez d’éléments pour

placer le lieu d’origine

des Roms à Kannauj

(Uttar Pradesh), capitale

culturelle, spirituelle et

en partie économique de

l’Inde du Nord depuis

le VII e siècle, jusqu’à sa

destruction en 1018.

21


aussi, comme le fait apparaître leurs musiques, partout en

Europe, dans leur capacité d’adaptation qui leur permet de

s’imprégner de l’âme d’un pays sans perdre la leur.

© DR

Les Roms de l’Inde à l’Europe

Une présence en France

Avant le XX e siècle

Ne tentons aucun résumé historique, qui ne pourrait

approcher les travaux de l’historienne Henriette Asséo 14 .

Il convient surtout de souligner, en 2010, la profondeur de

l’implantation des Tsiganes en France depuis le XV e siècle

et l’influence considérable que ce peuple aura exercée sur

la vie sociale et culturelle, notamment au XIX e siècle.

14. Henriette Asséo,

« L’Odyssée des

Tsiganes », Les

Collections de l’Histoire,

n° 43 p. 6-15.

http://www.histoire.

presse.fr/content/2_

recherche-index/

article?id=9901

Mais aussi un livre qui ne

vieillit pas : Les Tsiganes

une destinée européenne,

Gallimard, nouvelle

édition 2006.

Les « Bohémiens » font partie du paysage rural français

depuis le XV e siècle. Le mot Tsiganes n’apparaît qu’au

cours de la seconde moitié du XIX e siècle. Il est utilisé en

français, pour la première fois, en 1826, pour parler de

populations vivant en Russie. Victor Hugo, en 1832, et

Alphonse de Lamartine, en 1835, se servent des termes

zingara et zingari. Mais les Tsiganes (on ne disait pas

Roms, alors) appartiennent, depuis des siècles, à l’histoire

de la France et, maintenant qu’on les découvre européens,

il serait regrettable qu’on ignore que nos ancêtres les

ont connus, dans notre pays, depuis bien plus d’un demimillénaire.

22


Des documents, dans nos archives, attestent que les

Tsiganes sont, dès le XV e siècle, non seulement des visiteurs

mais des habitants de notre territoire. Ils furent même,

à leur arrivée, bien accueillis. Si cela se gâta ensuite, ils

devinrent plus tard, au XIX e siècle, l’objet d’un mythe

romantique, « la vie de Bohême », qui a inspiré écrivains

et musiciens. Cette contradiction entre des sentiments

d’attrait et de rejet est une constante. Elle n’a pas disparu,

car l’on ne peut à la fois admirer et blâmer. Une certitude,

cependant, cette tension entre Tsiganes et Gadjé appartient

à notre passé comme à notre présent et il s’agit donc d’une

donnée qui ne peut être écartée.

Baladins, Bohémiens, Carares, Camps Volants, Rabouins,

Romanichels, Égyptiens, ces appellations anciennes, qui

s’ajoutent à celles qui font encore l’objet de débats, ont

témoigné, tout au long des siècles de cette présence dans

le vocabulaire populaire et donc dans la réalité sociale, en

maintes régions de France.

On ne veut pas d’eux mais on ne peut s’en passer : cette

affirmation semble recouvrir l’ensemble des relations

tumultueuses mais passionnées qui permettaient de

conjuguer condamnation et fascination.

Des romanciers ont décrit cette attirance et cet effroi que

faisait naître la rencontre des Tsiganes 15 . Dans l’un de

ses romans historiques, Walter Scott (1771-1832) met en

scène, au côté de son héros Quentin Durward 16 , Hayraddin

le Bohémien, à qui il fait dire :

« –… Je ne suis d’aucun pays. Je suis un Zingaro, un

Bohémien, un Égyptien, tout ce qu’il plaît aux Européens

de nous appeler ; mais je n’ai aucun pays. »

Mérimée, avec l’insoumise Carmen, mettra en scène une

Gitane au comportement scandaleux. L’Esmeralda de Victor

Hugo incarne, dans le cadre de son roman, Notre-Dame de

Paris 17 , la Bohémienne mythique, désirable et intouchable,

victime de l’abominable et lubrique archidiacre Claude

Frollo qui a en horreur les « Égyptiennes et les Zingari ».

Il en est de même pour les musiciens. Les opéras abondent

où sont présents les « Bohémiens », au-delà de la Carmen du

Français Bizet, notamment l’Italien Verdi avec Le Trouvère

ou le russe Rachmaninov avec Aleko. Liszt, Offenbach,

Léo Delibes, Debussy, Eric Satie, Ravel, Massenet se sont

15. Sur le rapport des

Roms à la littérature, on

se reportera utilement

au livre de Djuric Rajko

et Courthiade Marcel,

Les Rroms dans les

belles-lettres européennes,

L’Harmattan, 2004.

16. Water Scott, Quentin

Durward, éditions Famot,

Genève, 1975.

17. Victor Hugo, Notre-

Dame de Paris, première

édition en 1831.

23


enthousiasmés pour les musiciens tsiganes. De même, plus

près de nous, Yehudi Menuhin, Pablo Casals...

La mythologie qui entoure les Roms repose, depuis

longtemps, sur l’archétype de l’homme à l’état de nature.

Ce mythe du bon sauvage, quand se clôt le XVIII e siècle

et s’ouvre la période romantique, s’applique aisément au

« Bohémien » qui professe, avec le culte de la liberté, sa

volonté d’en payer, s’il le faut, tout le prix.

La loi raciste de 1912

Après le recensement général de 1895 de tous les

« nomades, bohémiens et vagabonds », suivi du fichage des

« nomades » par les brigades régionales de police mobile

créées en 1907 à l’initiative de Clemenceau, un projet de

loi du gouvernement, daté du 25 novembre 1908, voit le

jour, « relatif à la réglementation de la circulation des

nomades ». Il donnera lieu à la loi du 16 juillet 1912 18 .

La loi du 16 juillet 1912, qui installait « un régime

discriminatoire et disciplinaire qui allait durer près de

soixante ans », portait « sur l’exercice des professions

ambulantes et la réglementation de la circulation des

nomades ». Son article 3 disposait que « sont réputés

nomades pour l’application de la présente loi, quelle que soit

leur nationalité, tous individus circulant en France sans

domicile ni résidence fixe et ne rentrant dans aucune des

catégories ci-dessus spécifiées » (commerçants ambulants

et forains, ainsi que leurs salariés).

18. Voir Emmanuel

Filhol, « La loi de 1912

sur la circulation des

« nomades » (Tsiganes)

en France », Revue

européenne des migrations

internationales, vol. 23,

n°2, 2007, mis en ligne le

1 octobre 2010.

http://remi.revues.org/

index4179.html

On peut qualifier cette loi de raciste non seulement parce

qu’elle instaurait un « carnet anthropologique » scandaleux,

mais parce qu’elle caractérisait une population au moyen

d’un vocable (la dénomination « nomade ») qui séparait les

Français sédentaires, présumés normaux, des « individus »

qui, « quelle que soit leur nationalité », n’ont point de

résidence ou de domicile fixe.

Le décret du 16 février 1913 portant réglementation publique

pour l’exécution de cette loi du 16 juillet 1912, en son article

8, définissait ainsi le carnet anthropométrique :

« Le carnet anthropométrique porte les noms et prénoms,

ainsi que les surnoms sous lesquels le nomade est connu,

l’indication du pays d’origine, la date et le lieu de naissance,

ainsi que toutes les mentions de nature à établir son identité.

24


Il doit, en outre, recevoir le signalement anthropométrique

qui indique notamment la hauteur de la taille, celle du

buste, l’envergure, la longueur et la largeur de la tête, le

diamètre bizygomatique, la longeur de l’oreille droite, la

longueur des doigts médius et auriculaires gauches, celle de

la coudée gauche, celle du pied gauche, la couleur des yeux :

des cases sont réservées pour les empreintes digitales et pour

les deux photographies (profil et face) du porteur du carnet.

Tout carnet anthropométrique porte un numéro d’ordre et

la date de délivrance. Il n’est pas établi de carnet d’identité

pour les enfants qui n’ont pas treize ans révolus » 19 .

Il convient de bien comprendre l’influence qu’a exercée sur

l’opinion et les pouvoirs publics cette mise en suspicion

systématique des « nomades ». Si l’on a mis dans des camps

les familles tsiganes, à l’approche de la guerre 1940-1945,

c’est que l’on craignait leur trahison, leurs bavardages,

leur manipulation par l’ennemi, leur transmission

d’informations stratégiques, leur absence de patriotisme.

Si on les y a laissés enfermés pendant toute la durée du

conflit et au-delà, jusqu’en 1946, c’est non seulement parce

que le gouvernement de Vichy était sous la domination de

l’Allemagne nazie, mais aussi parce que l’administration

française était convaincue que les « nomades », n’étant pas

de « bons Français », ne méritaient aucune considération et

risquaient d’engendrer des désordres dont le pays pouvait

se passer au cours de cette période troublée.

La loi du 3 janvier 1969 a aboli le carnet anthropométrique

et abandonné le vocable « nomade ». Elle n’a pas

supprimé, en même temps, cette méfiance institutionnelle

permanente à l’égard de ces « individus » remuants, trop

peu contrôlables, fréquemment insoumis, bref impossibles

à faire entrer dans le système normatif de formation du

citoyen français. Disparue de la législation française, la loi

de 1912 a laissé des traces qui demeurent visibles.

L’internement (1940-1946)

Oubli, déni et amnésie républicaine

Le film de Tony Gatliff, Liberté, apparu sur nos écrans,

début 2010, est une œuvre d’art. Mais c’est aussi la relation,

appuyée sur d’incontestables documents historiques, du

traitement que les autorités françaises ont infligé aux

Tsiganes sous le régime de Vichy.

19. Source : Bulletin

officiel du ministère de

l’Intérieur, février 1913,

p. 79-82.

25


Le site Résistance et Romanitude rassemblait, dès 2005,

les principales sources d’information sur cette période

historique 20 . La revue du MRAP, Différences 21 , fournit,

dans plusieurs numéros plus récents, des documents

qui permettent d’établir la vérité, notamment grâce au

travail d’Emmanuel Filhol et Marie-Christine Hubert 22 .

On s’y reportera d’autant plus volontiers que, regroupées

au sein du collectif Mémoires Tsiganes, les associations

tsiganes, soutenues par des historiens, ont choisi 2010

pour commémorer ces événements tombés dans l’oubli

pour cause « d’amnésie républicaine » 23 .

Le discours historique en France, en effet, a ignoré

l’internement des Tsiganes. Aucun des manuels d’histoire

utilisés dans les lycées ne consacre une ligne à ce sujet. Les

gouvernements de la République qui se sont succédé depuis

la Libération n’ont rien dit du sort des Tsiganes pendant la

seconde guerre mondiale. Il n’y a pas de Mémorial national

leur rendant hommage.

Le souvenir des lieux d’internement ne s’est pas fixé

parce que les camps ont disparu. Pendant longtemps,

les communes où avaient été internés les nomades ont

masqué, purement et simplement, la réalité des camps.

Des municipalités refusent encore d’admettre, de nos

jours, qu’un camp pour les « nomades » ait existé sur

l’emplacement de leur commune. Et pourtant...

20. http://www.

romanitude.fr/spip.

php?article22

21. http://www.

differences-larevue.

org/article-linternement-destsiganes-en-franceemmanuel-filhol-4-

48566940.html

22. Emmanuel Filhol et

Marie-Christine Hubert,

Les Tsiganes en France :

un sort à part (1939-

1946), préface d’Henriette

Asséo, Perrin, 2009,

398 pages.

23. http://www.

memoirestsiganes1939-1946.fr

Décret du conseil des ministres du 6 avril 1940 (extrait) :

« Il convenait d’interdire la circulation des nomades et de

les astreindre à une résidence forcée sous la surveillance de

la police et de la gendarmerie ».

La loi du 3 janvier 1969

Les « nomades » vont devenir des « gens du voyage »

La rupture de 1969 avec le texte totalement discriminatoire

de 1912 a pu être considérée comme une avancée vers une

meilleure considération des Français tsiganes, cependant,

aujourd’hui, la loi « relative à l’exercice des activités

ambulantes »... apparaît comme obsolète. Si l’on est passé,

quelques mois après la révolution comportementale de

1968, de l’hostilité à la simple méfiance, le critère de

discrimination demeure toujours la non-sédentarité.

26


2010, une année consacrée à la mémoire de l’internement

des Tsiganes en France pendant la seconde guerre mondiale

Avril 1940 - Avril 2010

70 ans de silence autour de l’internement des Tsiganes

En France, de nombreuses familles

tsiganes (quelque six mille hommes,

femmes, vieillards, enfants) furent

internées dans des camps gérés par

l’administration française. Cela s’est

passé entre 1940 et 1946.

Rassemblés à l’automne 1940,

dans des carrières et des châteaux

abandonnés, les internés connurent,

peu après, des camps plus structurés,

administrés par les préfectures et

surveillés par des gendarmes, comme

à Mérignac (Gironde), Moisdon-la-

Rivière (Loire-Atlantique), Poitiers

(Vienne). Fin 1941, les Tsiganes

furent regroupés au sein de camps

régionaux : Montreuil-Bellay (Maineet-Loire),

Mulsanne (Sarthe), Jargeau

(Loiret), Saint-Maurice-aux-Riches-

Hommes (Yonne). Le froid, la faim,

l’absence d’hygiène eurent raison des

plus fragiles.

Les Tsiganes ne seront pas libérés

en 1944 comme les autres internés

administratifs. Ne souhaitant pas

les retrouver sur les routes de

France, l’internement fut assimilé à

l’assignation à résidence, le décret du

6 avril étant toujours en vigueur. Ce

n’est qu’avec le décret du 10 mai 1946,

officialisant la fin de la guerre, que les

derniers « nomades » obtinrent leur

libération.

À lire, une BD : Tsiganes : 1940-

1945, Le camp de concentration de

Montreuil-Bellay, par Kkrist Mirror

(auteur), Francis Groux (postface),

Éditions Emmanuel Proust, 2008,

96 pages. Dossier documentaire de

Jacques Sigot 2 .

Les Tsiganes expulsés d’Alsace-

Lorraine à l’été 1940 ont été internés

dans les camps d’Argelès-sur-Mer,

Barcarès puis Rivesaltes. En mai

1942, le gouvernement de Vichy créa à

Saliers (Bouches-du-Rhône) un camp

réservé aux Tsiganes 1 . Il accueillit

à l’automne 1942 les Tsiganes

de Rivesaltes. Dans les Hautes-

Pyrénées, le camp de Lannemezan

accueillit essentiellement des Tsiganes

étrangers.

1. http://www.rencontrestsiganes.asso.fr/spip.php?rubrique58

2. http://jacques-sigot.blogspot.com/2009/07/montreuil-bellay-en-livres.html

27


Le carnet anthropologique disparaît mais le carnet ou

le livret de circulation le remplace. L’incitation à la

sédentarisation va beaucoup plus loin que l’immobilisation

des habitats. Elle tend à faire disparaître les signes

distinctifs d’une vie « autre » que celle que mènent les

Français « ordinaires ». La carte d’identité est accessible

à qui se range et abandonne la caravane. La surveillance

étroite de qui déplace sa maison avec lui n’a pas cessé.

L’itinérant reste un suspect. Il faut montrer « patte

blanche », passer au commissariat ou à la gendarmerie,

tous les trois mois ou tous les ans, selon ses revenus, pour

faire tamponner le document qui autorise à circuler en

permanence.

En clair, si l’on quitte la roulotte, on devient « un-Françaiscomme-les-autres

». Si l’on ne vit pas dans un pavillon ou

un appartement, on est alors un Français particulier qui

n’a droit ni à la carte d’identité ni au passeport. Nombre

de Gitans, au sud de la France, disposent de la carte

d’identité parce qu’ils demeurent dans des logements fixes.

On constate, ainsi, que la France ne veut reconnaître ni

la tsiganité ni la mobilité comme faisant partie de ce qui

peut caractériser un citoyen français. Bref, un Français

n’appartient à aucune minorité et, en général, doit vivre

dans une maison.

Ce caractère global, total, « républicain » de la loi de 1969

fait aujourd’hui question. Au nom de la Constitution, on

ne reconnaît aucune distinction entre les citoyens, mais on

en fait une en n’attribuant pas la carte d’identité à tous

les Français sans exception. L’abandon du carnet ou du

livret de circulation serait non seulement une mesure de

respect à l’égard des Français vivant en habitat mobile,

mais la preuve que la pleine citoyenneté des Tsiganes est

en marche. Notons que le livret de circulation et le carnet

de circulation sont des pièces professionnelles internes au

territoire national. Elles ne sont pas valables aux sorties

des frontières françaises.

Tout ne serait pas accompli, pour autant, si cet article de

la loi de 1969, concernant les livrets, était abrogé. Que le

temps minimum prévu pour se réinscrire sur des listes

électorales soit différent pour un sédentaire ou un nonsédentaire

est également contraire à l’égalité des Français

devant la loi. C’est pourtant actuellement encore le cas

pour les Français tsiganes qui ont obligation de séjourner

28


trois ans avant de pouvoir se réinscrire, contre six mois

pour tous les autres Français !

On peut en outre observer, comme si la coupe n’était pas

déjà pleine, qu’un taux maximal de présence par commune

de rattachement est fixé par chaque préfet : il ne doit

pas dépasser 3 %. Autrement dit, il y aurait danger de

déséquilibre social ou électoral quand trop de Français

tsiganes vivent dans la même commune. Le sous-entendu

est scandaleux. On estime que serait néfaste l’influence

que pourrait subir une population du fait de l’existence

d’une forte minorité de compatriotes tsiganes en son sein.

La loi de 1969 est dépassée. Elle ne respecte ni l’esprit

ni la forme de la Loi fondamentale française. Qu’il y ait

des Français de seconde zone débouche sur un risque

d’apartheid de fait. C’est l’ensemble du dispositif législatif

déterminant le droit à vivre en habitat mobile qui est à

réécrire. Un Français, qu’il soit ou non tsigane, doit disposer

de la liberté de faire d’un habitat mobile son habitation.

L’expression « gens du voyage » qui est devenue d’usage

administratif permanent à partir de 1972 a constitué une

tentative de surmonter la contradiction entre le refus de

tsiganité et son acceptation. Il n’y a pas de Tsiganes en

France, du point de vue de l’État, mais il y « des gens »

qui ont constamment droit « au voyage ». Et ce sera... les

« gens du voyage ».

La loi Besson I

Une loi sur le logement social incluant

le logement des « gens du voyage »

La loi n° 90-449 du 31 mai 1990 24 , brève, visant à la mise

en œuvre du droit au logement garantissait « à toute

personne ou famille éprouvant des difficultés particulières,

en raison notamment de l’inadaptation de ses ressources

ou de ses conditions d’existence, une aide de la collectivité,

pour accéder à un logement décent et indépendant ou

s’y maintenir ». Ce n’est donc pas une loi concernant les

« gens du voyage » mais toutes les personnes en difficulté

de logement.

Elle prévoyait que soit élaboré et mis en œuvre par l’État

et le département, dans un délai de douze mois à compter

de la promulgation de la loi, dans chaque département,

24. http://www.

legifrance.gouv.fr/

affichTexte.do?cidTe

xte=LEGITEXT000006

075926&dateTexte=20

100518

29


un « plan départemental d’action pour le logement des

personnes défavorisées » (PDALPD).

C’est dans la seconde partie de la loi, en son dernier article,

qu’apparaissent clairement les dispositions relatives aux

conditions d’accueil spécifiques des gens du voyage :

Art. 28. « Un schéma départemental prévoit les conditions

d’accueil spécifiques des gens du voyage, en ce qui concerne

le passage et le séjour, en y incluant les conditions de

scolarisation des enfants et celles d’exercice d’activités

économiques.

Toute commune de plus de 5 000 habitants prévoit les

conditions de passage et de séjour des gens du voyage sur son

territoire, par la réservation de terrains aménagés à cet effet.

Dès la réalisation de l’aire d’accueil définie à l’alinéa cidessus,

le maire ou les maires des communes qui se sont

groupées pour la réaliser pourront, par arrêté, interdire le

stationnement des gens du voyage sur le reste du territoire

communal. »

Les novations de ce texte prudent, peu ou pas appliqué en

ce qui concerne les « gens du voyage », n’étaient pourtant

pas légères. Un schéma départemental particulier, inclus

donc dans le plan départemental, évoquait la scolarisation

et les activités économiques des « gens du voyage ».

Pour leur passage et leur séjour, y apparaissait, pour la

première fois, l’obligation faite aux communes de plus de

5 000 habitants, de réserver un terrain.

Le droit de vivre en habitat mobile, de circuler et de séjourner

était, ainsi, implicitement reconnu et, en conséquence,

les conditions matérielles permettant l’accueil des familles

de passage étaient énoncées. Les élus des villes concernées

étaient censés être rassurés car le stationnement hors de

ces terrains réservés pouvaient être interdit.

On sait ce qu’il en advint. Sans contrainte de l’État, les

communes se sont refusées à ouvrir des espaces pouvant

« attirer » des Roms, jusqu’à cette date tous français,

mais considérés comme indésirables par la majorité des

habitants.

Cette loi, plusieurs fois modifiée, « consolidée », reste en

vigueur dans sa première partie générale. Elle concerne

les Tsiganes qui recherchent un habitat adapté. Elle reste

30


en rapport avec la loi récente n° 2007-290 du 5 mars 2007,

dite loi DALO 25 . La loi Besson I n’est donc pas abrogée

mais elle a été remplacée, dans sa seconde partie, par la loi

Besson II qui est, elle, consacrée exclusivement à l’accueil

et à l’habitat des « gens du voyage ».

La loi Besson II

La première loi Besson, celle de 1990, faisait mention de

logement et non d’habitat. La seconde loi Besson, celle de

l’an 2000, au contraire, dès son article 1 er , associe accueil

et habitat. L’habitat, précise Emmanuel Aubin, l’auteur

de La commune et les gens du voyage 26 , est plus large que

le logement : « L’habitat renvoie à l’espace dans lequel le

logement s’insère », tandis que « le logement évoque le lieu

où l’on habite ».

« La loi du 5 juillet 2000 est la première loi républicaine qui

prend en compte l’habitat des gens du voyage ». L’habitat

mobile complète et élargit le concept de résidence mobile :

si, comme l’écrivait le philosophe Paul Ricœur, « habiter

enveloppe l’acte de demeurer, de s’arrêter, de se fixer »,

cela n’empêche pas pour autant, et facilite peut-être, la

circulation, car « il est dans la circulation d’aller et venir ».

L’occupation du sol change, dès lors qu’il n’y a plus choix

entre habiter ou circuler et que l’on peut non seulement

habiter et circuler, mais circuler pour mieux habiter.

La loi constitutionnelle permet de vivre en habitat mobile,

mais le droit y fixe des limites telles que les Roms se voient

demander, tout à la fois, d’interrompre et de reprendre

leurs voyages. La loi Besson II, sans y parvenir, tendait à

la légalisation de l’habitat mobile.

Les insuffisances et l’inapplication majeure dont souffre ce

texte de loi vieux de dix ans ne doivent pas masquer qu’il

s’est agi, en juillet 2000, d’un acte législatif correspondant

à une volonté politique jamais rencontrée jusqu’alors. Il y

avait, il y a encore, motifs à critiquer ce dispositif impossible

à faire accepter par la majorité des communes concernées. Il

n’en reste pas moins que l’État, sans doute pour la première

fois de son histoire, a voulu vaincre les réticences de ceux

qui refusent de se donner les moyens de rendre possible la

vie en habitat mobile des Français qui ont choisi ce mode

de vie familiale. Le représentant de l’État pouvait suppléer

les défaillances des communes de mauvaise volonté ;

25. http://www.

legifrance.gouv.fr/

affichTexte.do;jsessioni

d=57C1795D71F7FC874

771DC5F1F08977B.tpdj

o05v_2?cidTexte=JORF

TEXT000000271094&ca

tegorieLien=id

26. Emmanuel Aubin, La

commune et les gens du

voyage, 3 e édition, Paris,

Berger-Levrault, 2009.

31


l’aide financière prévue allégeait considérablement la

charge des collectivités locales tant pour ce qui concerne

l’investissement que le fonctionnement des aires d’accueil ;

des délais étaient fixés qui empêchaient que perdure trop

longtemps l’attente des mises en chantier.

Après 2002, cette volonté politique a cessé de s’exprimer.

Les gouvernements Raffarin, de Villepin et Fillon ont pu,

à coups de circulaires d’application, vider la loi Besson de

son contenu et ce qui devait être achevé en 2004 n’est pas

réalisé à la moitié, en 2010. Un ministre de l’Intérieur a pu,

même, signifier aux préfets qu’ils n’auraient pas à rappeler

à l’ordre les élus boudant la loi. Un texte de loi a pu, ainsi,

être détricoté (sans qu’il soit même besoin de l’abroger !)

et nul n’y a trouvé à redire bien qu’il s’agisse d’une

pratique politique surprenante. Évidemment, aux maires

déterminés et courageux qui entendent agir, on n’interdit

pas de réaliser, sur le territoire de leur commune, l’aire

d’accueil que la loi leur impose, mais, à présent, c’est l’État

qui est défaillant, et les collectivités engagées, communes

ou syndicats de communes, ont bien du mérite quand elles

parviennent à leur fin.

Il s’ensuit, bien entendu, que les familles intéressées ont

cessé de croire que les aires d’accueil et d’hébergement se

généraliseraient en France. Elles rappellent, évidemment,

qu’on exige d’elles le respect de lois encadrant le

stationnement alors que des villes importantes ne respectent

pas elles-mêmes les obligations de la loi Besson.

Une histoire européenne

Avant la seconde guerre mondiale :

l’esclavage oublié

Ce qui, au cours des siècles passés, a caractérisé le plus

l’histoire des Roms, c’est le rejet croissant dont ils ont fait

l’objet au fur et à mesure qu’apparaissaient des mœurs

que les autres peuples d’Europe n’acceptaient pas. Les

Roms sont ainsi devenus, pour survivre, des résistants

historiques. Tout a été tenté pour les éradiquer de cette

Europe où ils avaient pénétré voici plus de sept siècles.

Jamais leur mode de vie n’a été accepté. Ils ont donc subi

toutes les formes de contrainte que les pouvoirs successifs

ont pu imaginer pour les écarter de nos aires de vie.

Une des toutes premières manifestations de ce rejet aura

été la prise en esclavage des Roms et l’exploitation de leurs

32


savoir-faire, dès le début du XIV e siècle, à leur arrivée en

Moldavie et en Munténie (appelée aussi Valachie), ces

principautés qui constituaient la Roumanie, au XIX e siècle.

Bien que cet événement historique, cet esclavage, ait duré

un demi-millénaire, la quasi-totalité des Européens n’en

savent rien, ne l’ont pas appris, ne sont pas en mesure de

le reconnaître et, à la vérité, s’en désintéressent.

L’esclavage des Roms fait pourtant partie de l’histoire de

l’Europe et pas seulement de l’histoire de la Roumanie. Oui,

il y a eu des nègres blancs en Europe, et, du reste, la fin de

l’esclavage organisé par les boyards, les monastères et les

princes moldaves ou valaques coïncide avec l’interdiction

de l’esclavage transatlantique, au mitan du XIX e siècle,

en 1855 et 1856. Tandis que Victor Schœlcher, à Paris,

obtenait, en 1848, le vote formel de l’abandon de l’esclavage,

à Iassi et à Bucarest, Mihail Kogalniceanu 27 luttait pour

faire abandonner, formellement aussi, le droit d’imposer

aux Roms de continuer à vivre sous la domination sans

partage des propriétaires.

Pourquoi a-t-on fait le silence sur cette très longue

violence imposée à un peuple, dans une partie de l’Europe

fréquentée, dès les siècles passés, par de nombreux

intellectuels francophones ? Pourquoi les Roms, souvent

du reste appelés « les Noirs » par les autres habitants

européens, du fait de leur teint, ont-ils été « oubliés » dans

les dénonciations de l’esclavage ?

Il y eut un « code tsigane » comme il y eut un « code noir »,

et en bien des points comparables. On lit dans le code pénal

de Munténie, en 1818 encore :

- Section 2 : les Tsiganes naissent esclaves.

- Section 3 : tout enfant né d’une mère esclave est un

esclave.

- Section 5 : tout propriétaire a le droit de vendre ou de

donner ses esclaves.

- Section 7 : tout Tsigane sans propriétaire est la propriété

du Prince.

Au reste, cette assimilation du Tsigane à l’esclave est bien

antérieure. Ian Hancock, Rom de nationalité étatsunienne,

linguiste de l’université du Texas, situe vers 1500 le

moment où employer le mot Tsigane s’est trouvé confondu

avec « esclave rom ». On comprend mieux pourquoi, en

27. Historien et homme

politique roumain

(1817-1891). Il devint

le quatrième Premier

ministre de Roumanie le

11 octobre 1863, après

l’union des principautés

de Moldavie et de

Valachie.

33


Roumanie, et dans tout l’Est de l’Europe, Tsigane est

encore un mot très péjoratif, un exonyme que nombre de

Roms n’emploient pas.

Les Roms ont été et restent au nombre des témoins de ce

qui fonde tout esclavage : le rejet de l’identité de chaque

individu, sa négation en tant que semblable, le mépris

d’un peuple sans pouvoir. La prise de possession d’autrui,

que constitue l’esclavage, est la conséquence obligée de la

prise de possession d’un sol. Quand un boyard moldave

utilisait des esclaves roms pour cultiver sa terre, sans leur

donner d’autre droit à vivre que celui de se nourrir pour

recommencer sa tâche, jour après jour, il se comportait

comme le producteur de coton qui obligeait les Noirs à

exploiter ses champs : dans un cas comme dans l’autre,

l’être humain était réifié, transformé en une chose sur

laquelle on avait tous les droits, du droit de cuissage au

droit de tuer.

Les Roms qui ne sont, bien entendu, que des hommes comme

les autres (Rom ou Manouche signifie « homme véritable »

en langue romani) portent sur eux les traces de ce que

tant d’autres hommes ont pu subir : esclavage, génocide,

racisme, « discrimination structurelle grave », déni culturel

et linguistique, ségrégation. Mais ils subissent, en outre,

un rejet spécifique en tant que minorité non nationale

mais transnationale.

Tant que l’Europe ne sera qu’une Europe de nations

territoriales, les Roms représenteront l’archétype d’une

humanité dont les droits universels ne s’enracinent

vraiment nulle part. Ils restent esclaves des idéologies

de propriétaires. Ils sont, du même coup, et sans même

le savoir, les indicateurs d’un long chemin historique qui

conduit vers une planète hospitalière. Kant, le philosophe

de La paix perpétuelle, croyait nécessaire cette hospitalité

universelle puisque la Terre est ronde.

Les Roms pensent que la Terre est à eux parce qu’à nous

tous, mais aussi, l’inverse, parce que nous appartenons tous

à la Terre et n’en serons jamais propriétaires. Ce disant,

ils détruisent tout concept de possession de type colonial

ou esclavagiste, que ce soit sous leurs formes historiques

ou sous leurs formes contemporaines.

34


Voilà qui fait des Roms des contestataires permanents qui

n’ont besoin d’aucun discours pour se retirer du monde des

Gadjé. Qui les accompagne risque de subir le même sort,

mais en même temps il se libère de toute pensée esclave.

Pendant la guerre 39-45 :

le génocide nazi ou « Samudaripen »

Les Roms de France n’ont pas été exterminés mais ils ont

été parqués. Ailleurs en Europe, on a voulu les éliminer de

l’histoire des hommes. Des milliers d’entre eux furent tués

dans les camps d’extermination d’Auschwitz-Birkenau, de

Chelmno, de Belzec, de Sobibor et de Treblinka. Le génocide

perpétré par les nazis a conduit des centaines de milliers

de Roms vers la mort, que ce soit par l’extermination

programmée dans des camps ou par des exécutions de

masse dans les campagnes ou les bois. Ainsi, depuis 1941,

les Einsatzgruppen assassinaient les Tsiganes en arrière du

front. Beaucoup de Tsiganes furent notamment assassinés

avec les Juifs, à Babi Yar, près de Kiev.

On peut désormais tout savoir de cette extermination mais

l’oubli s’est abattu sur ce crime d’État, le Samudaripen 28 .

Dans son livre, La Trêve 29 , Primo Levi lui donne un nom :

Hurbinek. L’enfant rom de trois ans au bras tatoué, mort

à Auschwitz en mars 1945, aura été ainsi désigné par les

déportés, fascinés par la volonté d’entrer dans le monde de

ce petit « Bohémien ».

Dès 1926, les Tsiganes sont tombés, en Allemagne, sous le

coup d’une loi destinée à combattre les vagabonds et autres

réfractaires au travail. Obligés de se faire enregistrer, à

partir de 1929, ils risquaient le travail forcé pendant deux

ans, s’ils étaient inactifs. Entre juillet et novembre 1933,

des Tsiganes ont été stérilisés, d’autres envoyés dans des

camps de concentration. Ils portaient le triangle brun,

symbole des asociaux, ou vert, symbole des criminels,

parfois marqué de la lettre Z pour Zigeuner.

Pendant les Jeux olympiques de 1936, ils ont été enfermés

dans un camp de la banlieue de Berlin. Puis d’autres camps

de regroupement de Tsiganes ont été créés dans diverses

villes comme Buchenwald, Dachau, Sachsenhausen, et

Lichtenburg.

Le triangle brun

28. Claire Auzias, dans

son livre Samudaripen,

explique la construction

du mot en langue romani :

mudaripen, c’est le

meurtre ; samudaripen, le

meurtre total.

29. Primo Levi, La Trêve,

Grasset, 1966.

35


Dans la perspective de leur éventuelle déportation hors

d’Allemagne, tous les Tsiganes furent enfermés dans des

camps spéciaux (Zigeunerlager). Avec la suspension des

déportations de Tsiganes en 1940, ces camps devinrent

des lieux de détention à long terme pour les Tsiganes.

Les camps de Marzahn à Berlin et ceux de Lackenbach

et de Salzbourg en Autriche furent parmi les plus

terribles. Les nazis incarcérèrent aussi des milliers de

Tsiganes dans les camps de concentration de Bergen-

Belsen, de Sachsenhausen, de Buchenwald, de Dachau, de

Mauthausen et de Ravensbrück.

L’arrêté d’Himmler du 8 décembre 1938 définissait le

Tsigane comme « un ennemi biologique, de race étrangère

et de sang étranger ». Un autre arrêté d’Himmler, du 17

octobre 1939, ordonnait l’internement des Tsiganes.

Au printemps 1940, plusieurs trains de déportation

transportaient des familles entières venant des régions de

Hambourg, Cologne, Stuttgart, vers la Pologne, des camps

de travail et des ghettos, c’est-à-dire vers la mort.

À l’automne 1941, Himmler ordonnait de déporter dans

le ghetto de Lodz 5 000 Sintis et Roms d’Autriche, des

enfants et des adolescents. Le responsable du transport

était... Adolf Eichmann.

L’ordre de déportation d’Himmler du 16 décembre 1942,

« Auschwitz Erlass », concernait la déportation des Tsiganes

de onze pays d’Europe. Jusqu’en février 1943, de nombreux

Tsiganes, dont beaucoup d’enfants et d’adolescents, ont été

déportés à Auschwitz-Birkenau, dont 10 000 provenant

de familles du Reich. Certains moururent pendant le

transport, puis de faim, de maladies, « d’expériences

médicales » et d’actions de gazage en mars et mai 1943.

Des bébés, tatoués, moururent peu après leur naissance 30 .

30. Voir l’Encyclopédie

multimédia de la Shoah.

http://memorial-wlc.

recette.lbn.fr/article.

php?lang=fr&Module

Id=75

En Serbie, en automne 1941, des pelotons d’exécution de

l’armée allemande (la Wehrmacht) exécutèrent presque

toute la population des hommes tsiganes adultes ainsi

que la plupart des hommes juifs adultes, pour se venger

de l’assassinat de soldats allemands par des résistants

serbes. En Croatie, les Oustachis (fascistes croates alliés

de l’Allemagne) tuèrent près de 50 000 Tsiganes. Beaucoup

de Tsiganes furent internés et exterminés dans le camp de

concentration de Jasenovac.

36


Les Roumains n’adoptèrent pas de politique systématique

d’extermination des Tsiganes. Cependant, en 1941 et 1942,

de 20 000 à 26 000 Tsiganes de la région de Bucarest furent

expulsés en Transnistrie, en Ukraine sous occupation

roumaine, où des milliers devaient mourir de maladie, de

famine et de mauvais traitements.

Action de résistance au camp de Birkenau

Avertis de la « liquidation » du

camp tsigane, par le secrétaire

du camp de Birkenau, le Polonais

Tadeusz Joachimowski, une action

de résistance éclate le 16 mai 1944.

Le soir, les baraques sont encerclées

par une soixantaine de SS armés de

mitraillettes. Quand l’ordre est donné

de sortir des baraques, ils n’obéissent

pas. Ils sont armés d’outils, de

bêches, de haches, de pieds de biche

et comptent se saisir des mitraillettes

quand les SS pénètreront dans les

baraques. Les SS abandonnent : parmi

les Tsiganes se trouvaient des soldats

de la Wehrmachtpro venant du front

russe et qui avaient été déportés fin

1943.

Les Tsiganes d’Allemagne furent déportés à Auschwitz,

où un camp avait été conçu spécialement pour eux : « le

camp des familles gitanes ». Des familles entières y étaient

incarcérées ensemble. Les jumeaux et les nains furent

cependant séparés des autres et soumis aux expériences

médicales pseudo-scientifiques menées par le capitaine SS,

le docteur Josef Mengele. Des médecins nazis utilisèrent

également des prisonniers tsiganes dans des expériences

médicales dans les camps de Ravensbrück, du Natzweiler-

Struthof et de Sachsenhausen.

Rudolf Hoess écrit dans Le commandant d’Auschwitz parle

qu’il ne fut pas facile de faire entrer les Tsiganes dans

les chambres à gaz. Filip Müller, du Sonderkommando

témoigne : « De toutes parts, les gens hurlaient : “Nous

sommes des Allemands...” De la chambre à gaz montaient

des cris : “Nous voulons vivre” jusqu’à ce que le gaz fasse

son effet. »

Après la guerre, la discrimination contre les Tsiganes

ne cessa pas immédiatement. La République fédérale

d’Allemagne décida que toutes les mesures prises contre

37


les Tsiganes avant 1943 (incarcération, stérilisation

et déportation) étaient une politique de l’État et ne

nécessitaient pas de réparations. Le chancelier allemand

Helmut Kohl reconnut formellement en 1982 la réalité

du génocide des Tsiganes, mais à cette date, la plupart

des victimes susceptibles de toucher des réparations,

conformément à la loi allemande, étaient déjà mortes.

En France, une récente proposition de loi a été enregistrée

à la présidence de l’Assemblée nationale française, le 15

février 2007, tendant à la reconnaissance du génocide

tsigane pendant la seconde guerre mondiale. Elle n’a pas

encore fait l’objet d’un vote.

© DR

Camp de concentration d’Auschwitz

En régime communiste : la sédentarisation forcée

Sous le régime communiste, les minorités ethniques

connurent des formes particulières de répression. À partir

des années 1960 et ensuite, en Roumanie, avec l’arrivée

au pouvoir de Ceaucescu (en 1965), les Roms subirent la

politique officielle d’homogénéisation ethnique. Le concept

d’uniformisation sociale justifiait la politique d’assimilation

forcée des minorités, et notamment des Roms.

Officiellement, les Roms n’existaient pas. Leur spécificité

était associée à un statut inférieur. L’identité rom

38


était assimilée à une culture de la pauvreté et du sousdéveloppement.

L’État se faisait un devoir de « roumaniser »

les Roms, c’est-à-dire de les forcer à se hisser sur l’échelle

du progrès social.

Presque la moitié des travailleurs roms étaient embauchés

dans l’agriculture, remplissant surtout des tâches

non qualifiées dans les fermes d’État. Ceux qui ne se

soumettaient pas au régime de travail imposé tombaient

sous l’effet d’un décret punissant « le parasitisme social »,

« l’anarchisme » et « les comportements déviants » par la

prison et les travaux forcés. Ainsi, la pratique des métiers

dits traditionnels était officiellement interdite, car elle

supposait la commercialisation des produits fabriqués,

devenue illégale.

Le pouvoir central essaya de « roumaniser » aussi l’habitat

des Roms par la sédentarisation de force. Ils furent

rassemblés dans des maisons construites à leur intention

en périphérie des communes rurales ou, plus tard, dans

des immeubles aux banlieues de villes.

L’enseignement fut un autre volet de la politique

d’assimilation. L’école était obligatoire pour tous les

enfants, mais le manque de moyens des parents restait

un facteur d’absentéisme. Le taux d’analphabétisme des

Roms resta très élevé.

Il manquait des programmes d’enseignement adaptés

aux réalités d’une minorité traumatisée par l’histoire et

maintenue dans l’ignorance. La grande majorité des Roms

sont donc restés en marge de la société. Ceux qui avaient

réussi à s’adapter aux mesures prises par le régime l’ont

fait au prix de la perte de leur identité. Ils ont formé une

classe sociale moyenne assez bien intégrée, mais qui reniait

la plupart du temps son origine.

Dans l’ensemble, les politiques gouvernementales, quels

que soient par ailleurs les buts énoncés, ont abouti à

des résultats très divers en Europe de l’Est. Sans doute,

les conditions de vie et le niveau d’instruction des Roms

ont-ils rapidement progressé par rapport aux périodes

antérieures, et une couche sociale de Roms dotés d’une

instruction relativement solide a émergé. Cependant, « le

prix payé pour cette intégration est très élevé » 31 .

31. Elena Marushiakova,

Veselin Popov, Politique

de l’État dans les pays

communistes, Édition

exclusive du Conseil de

l’Europe.

39


Dans l’Europe politique :

2007, le tournant pour les Roms

Le 1 er janvier 2007, les Roms roumains ou bulgares

sont passés du statut de citoyen d’Europe, non membre

de l’Union européenne, à celui de citoyen européen,

disposant de droits nouveaux, ce à quoi, par exemple, les

Roms d’Albanie, du Kosovo, voire de Suisse, ne peuvent

prétendre...

Les Roms sont, en effet, des Européens de l’Union s’ils font

partie de l’un des 27 États de l’Union européenne. Ils sont

des Européens « non encore européens », s’ils vivent dans

l’un des États en attente d’admission au sein de l’Union

(tel que la Croatie, la Serbie, voire la Turquie, où vivent, en

Thrace, environ 500 000 Roms). Ils peuvent même être des

Européens pour longtemps hors de l’Union européenne (un

Ukrainien, un Moldave ou un Macédonien, par exemple).

Enfin, bien qu’en plus petit nombre, les Roms peuvent être

sans lien avec l’Europe (des Roms habitants des États-

Unis ou d’Argentine ou... d’Australie).

Un Rom pouvait, cependant, se penser européen avant

(chronologiquement) d’être devenu membre de l’Union

européenne. Les Roms se disent volontiers européens

et français ou européens et italiens ou européens et

espagnols, mais pas européens parce que français, italiens

ou espagnols.

L’européanité des Roms roumains a précédé l’adhésion de

leur pays à l’Union. Les Roms d’Europe y vivent, génération

après génération, depuis au moins sept siècles, bien avant

que ne se soient constitués des États tels que l’Allemagne,

l’Italie ou... la Roumanie ! Les prétendre non européens

aurait quelque chose d’incongru.

Depuis plus de quarante ans, les Roms d’Europe, au sein

de leurs instances délibératives, se sont déclarés comme

étant une « nation sans territoire », sans territoire compact

notamment. Autrement dit, les Roms, en tant que tels, sont

certes sans aucun État qui leur soit commun, mais ils se

pensent comme une nation présente dans toute l’Europe,

ayant une histoire, une langue, une culture, un hymne et

même un drapeau.

Comment pourrait exister une nation sans État ? En

particulier pour nous, Français, qui avons inventé le

concept d’État-nation ; cela n’a guère de sens.

40


Longtemps le « Juif errant » et le « peuple du Vent »

ont connu des destins parallèles : ils étaient partout et

nulle part chez eux, en Europe. Ensemble, ils ont connu

la discrimination suprême : le génocide, la tentative

d’éradication totale du territoire européen par l’État nazi.

Mais des Juifs ont conquis, en 1948, un espace, celui de

l’actuel État d’Israël, tandis que les Roms, eux, n’ont pas

voulu, et n’auraient d’ailleurs pas pu, trouver, sur notre

continent, une terre qui leur soit propre. Ils sont donc

restés installés sur tout le continent, en diaspora, mais

sans autre lien territorial que l’Europe elle-même.

Ce contexte historique et géographique de la citoyenneté

des Roms d’Europe est largement méconnu et cette

ignorance pèse sur nos relations avec eux. C’est en ayant

à l’esprit tous ces repères et nuances qu’il faut tenter

d’appréhender la question de la citoyenneté des Roms de

France et des Roms en France, de nos concitoyens français

et de nos concitoyens étrangers, notamment roumains.

S’agissant, par exemple, du droit de vote, qui n’est pas le

tout de la citoyenneté mais qui en est l’une des conditions

nécessaires, on relève que le Tsigane français, s’il vit en

habitat mobile et s’il change de commune de rattachement,

sera privé de son droit de vote pendant trois ans (Pour

tout autre citoyen, le délai de réinscription sur les listes

électorales n’est que de... six mois). Autrement dit, la loi du

3 janvier 1969 crée, à son égard, une juridiction d’exception

en matière électorale.

Pour les Roms étrangers, notamment roumains ou bulgares,

qui peuvent, en principe, élire les députés européens, mais

aussi les conseillers municipaux en France, la situation

est pire. Un Rom de l’Union européenne sur mille vivant

en France aurait pu participer aux scrutins de 2008

(municipal) et 2009 (européen). L’inscription sur les listes

électorales de Roms de Roumanie, par exemple, aurait

supposé une adresse fixe, ce que leur interdit l’insécurité

permanente de leur lieu de résidence.

La citoyenneté européenne constitue donc une capacité

dont on peut ne pas pouvoir disposer. On peut, ainsi,

circuler librement dans l’Union européenne, si l’on est

originaire de l’un des 27 États qui la constitue, mais l’on

ne peut demeurer, rester, séjourner, régulièrement, que

dans le seul pays dont on est originaire, si l’on ne possède

41


pas les ressources suffisantes pour aller vivre ailleurs,

y travailler, s’y loger, s’y faire soigner et y scolariser ses

enfants. La citoyenneté, européenne ou pas, a des limites

strictes : celles des revenus.

Si être bon citoyen, c’est respecter les lois mais

également bénéficier du respect que les lois imposent aux

administrations, on peut dire que les Roms ou Tsiganes de

l’Union auront bien du mal à se comporter en bons citoyens

et à se faire entendre et reconnaître comme tels. L’économie

de survie dans laquelle ils sont plongés les marginalise et

les place dans une précarité constante.

Le renvoi ou le retour « volontaire » vers la Roumanie

n’empêchera pas la reprise du chemin vers la France tant

qu’on trouvera, dans nos poubelles françaises, beaucoup

plus, et mieux, que dans les décharges des banlieues et

des villages roumains. N’oublions pas non plus que, même

si c’est en bien moindre proportion, bien des Français

tsiganes, gitans ou manouches (sans oublier les Yéniches,

vivant comme les Roms, sans en être) connaissent euxmêmes

l’extrême misère. S’il faut écarter l’idée selon

laquelle tsiganité égalerait pauvreté, à l’évidence, les Roms

d’Europe, français ou non, font partie des populations les

plus souffrantes de notre continent.

32. Résolution du

Parlement européen

du 25 mars 2010 sur

le deuxième sommet

européen sur les Roms.

http://www.europarl.

europa.eu/sides/get

Doc.do?type=TA&

reference=P7-TA-2010-

0085&language=FR&

ring=P7-RC-2010-0222

33. Conseil de l’Europe

s’engage en faveur des

Roms.

http://assembly.

coe.int/ASP/

NewsManager/FMB_

NewsManagerView.

asp?ID=5436&L=1

Les Roms ont donc, et tout spécialement depuis 2007,

un en-commun, un vécu social qui leur est propre et un

rapport avec les sociétés qui interpellent toute l’Union

européenne. La Commission européenne, l’exécutif de

l’Union européenne, a d’ailleurs décidé d’organiser des

sommets roms tous les deux ans. Le premier sommet rom

européen s’est tenu à Bruxelles le 16 septembre 2008.

Le deuxième sommet européen sur l’inclusion des Roms

s’est ouvert à Cordoue le 8 avril 2010, date de la Journée

internationale des Roms. Le 25 mars 2010, le Parlement

européen avait adopté massivement (572 députés ayant

voté pour) une vigoureuse résolution sur la nécessité de

faire déboucher ce deuxième sommet sur des propositions

engageant tous les États 32 . C’est pourtant le désintérêt et

l’impuissance qui ont prévalu.

Juste avant, le 7 avril 2010, l’Assemblée parlementaire

du Conseil de l’Europe avait aussi sonné l’alarme 33 .

Un rapport de l’Assemblée parlementaire du Conseil

de l’Europe dénonçait « l’aggravation d’une tendance à

42


l’antitsiganisme de la pire espèce » et lançait la campagne

Dosta 34 (« assez » en romani).

Bref, depuis 2007, il semble devenu impossible de se

dire européen en acceptant seulement les Européens

qui nous conviennent. En refusant la part tsigane de

notre européanité, nous nous condamnerions à installer

un véritable apartheid visant quiconque n’aurait pas

les revenus, la docilité et la culture compatibles avec le

système économique et social dominant en Europe, ce

qui serait expressément contraire à la Charte des Droits

fondamentaux de l’Union européenne 35 .

Répartition des Roms dans l’ensemble de Europe

Dénombrer les Roms en Europe rencontre plusieurs

difficultés, notamment celles-ci : en plusieurs pays tout

comptage ethnique est interdit ; ici le pouvoir local minimise

le nombre des Roms (ce fut longtemps le cas en Roumanie ou

en Slovaquie) ; là, au contraire, on surévalue les effectifs de

cette population pour hypertrophier les difficultés sociales

attribuées aux Roms ; enfin, les recensements achoppent

sur l’établissement de critères permettant de déterminer

qui est Rom et qui ne l’est pas.

Cependant, on peut fournir des ordres de grandeur. Jean-

Pierre Liégeois propose une fourchette qui va de 8 à 12

millions de Roms, non pas dans 27 mais 40 États européens,

donc bien au-delà de l’Union 36 .

Les incertitudes elles-mêmes sont intéressantes à

considérer. Quand on estime le nombre des Gitans en

Espagne à 500 000 ou à 800 000, on met en évidence,

de toute façon, que c’est là que vit la plus importante

composante de la population rom, à l’ouest de l’Europe.

Quand on annonce que la France compte entre 250 000

et 400 000 Tsiganes (d’aucuns considèrent que c’est plus

encore 37 ), on découvre que, si nous sommes en présence

d’un dénombrement exact impossible, les Français tsiganes

constituent une composante importante de la population

française et que les « gens du voyage » y sont minoritaires.

Enfin, en Europe centrale, quand on relève que les Roms

approchent ou dépassent le million de personnes, en

Roumanie et en Bulgarie, on s’aperçoit qu’en ces pays, ils

représentent jusqu’à 10 % des populations locales.

34. L’actrice et

réalisatrice Fanny Ardant

est la marraine de la

campagne Dosta sur les

Roms.

http://www.dosta.org/fr

35. Charte des Droits

fondamentaux de l’Union

européenne.

http://www.europarl.

europa.eu/charter/

default_fr.htm

36. Jean-Pierre Liégeois,

Roms et Tsiganes, Paris,

La Découverte, 2009,

p. 28.

37. Voir Wikipedia :

http://fr.wikipedia.org/

wiki/Roms

43


Quelques repères permettent de prendre la mesure d’une

présence qui n’est pas exactement cernée et attestent que

nous avons non seulement affaire à une population « en »

Europe mais bien à une population « intrinsèquement »

européenne.

• En effet, l’ancienneté de leur installation en Europe,

attestée par des documents historiques incontestables,

fait des Roms l’un des constituants de l’Europe politique,

apparu avant même que ne naissent plusieurs États

membres de l’actuelle Union (les Roms étaient présents

dans les principautés roumaines avant que la Roumanie

n’existe).

• La répartition des Roms dans quasiment toute l’Europe,

même si les deux tiers d’entre eux se situent dans sa partie

est, révèle que cette population sans territoire propre, sans

État et sans revendication nationaliste, a pour territoire,

de fait, l’Europe elle-même. Ce qui fait dire que là où sont

les Roms, il y a de l’Europe. L’entrée de la Roumanie et de

la Bulgarie dans l’Union, en 2007, a constitué un tournant

historique car, d’un seul coup, les Roms sont apparus, aux

yeux des responsables politiques de Bruxelles, comme une

réalité au sens plein du mot : « considérable ».

• Les Roms qui vivent hors de l’Union européenne n’en

sont pas moins européens. Il n’est guère de différence entre

un Rom turc et un Rom grec, ou plus à l’est en Thrace,

entre un Rom turc et un Rom bulgare. Les Roms albanais,

kosovars, macédoniens, croates ou serbes... entreront, avec

le temps, les uns après les autres, au sein de l’Union. En

Suisse, en Norvège, en Ukraine, en Russie, hors donc de

l’Union européenne, la présence des Roms se compte en

milliers, voire en centaines de milliers.

• Les Roms rappellent aussi la variété ethnographique

de l’Europe. L’histoire du continent est pleine de peuples

dont la renommée s’est éteinte. La cause en est que des

processus unificateurs et nationalistes ont effacé des

spécificités, brisé des cultures, interdit l’usage de langues.

Les Roms n’existent encore que parce qu’ils ne se sont ni

fondus ni dilués dans ces « intégrations ».

S’il fallait tenter de dresser la liste des seuls pays d’Europe

comptant plus de Roms que n’en compte la France, on

pourrait, à partir d’évaluations minimales, sujettes à caution,

mais dont la relativité maintient un niveau d’appréciation

acceptable, dresser la liste limitative suivante :

44


Cette approche, qui souffre de ne pas mettre en évidence

d’autres présences dépassant la centaine de milliers

(par exemple au sein de l’Allemagne, la Grèce, l’Italie,

la Macédoine, la République tchèque, le Royaume-Uni

ou l’Ukraine), permet cependant de vérifier le poids et

l’ampleur d’une population qui n’est pas seulement la plus

importante minorité ethnique en Europe mais aussi le

révélateur d’une Europe en puissance, celle qui tient peu

compte des frontières et qui se déploie avant même que

des rapprochements politiques s’effectuent, se préparent,

ou seulement s’envisagent.

Reste une question délicate : celle des Roms apatrides 38 .

Thomas Hammarberg, commissaire aux Droits de

l’Homme du Conseil de l’Europe, estime que beaucoup de

Roms n’ont pas de papiers d’identité. En réalité, d’après

des estimations, des milliers de Roms n’ont pas d’existence

administrative du tout. Souvent, ils n’ont jamais obtenu

de certificat de naissance et ne peuvent pas surmonter les

obstacles administratifs lorsqu’ils essaient d’être reconnus

par l’État. Ce problème est largement méconnu 39 . Bien sûr,

il est difficile d’établir des faits dans ce domaine mais les

pouvoirs publics ne se donnent pas suffisamment la peine de

recueillir des données utiles en ce qui concerne l’étendue et

la nature de cette marginalisation systématique. L’apatride

n’est considéré par aucun État comme son ressortissant.

Il est donc l’archétype du sans-droits. La tentation existe

pour des États « sans complaisance » vis-à-vis des Roms

de laisser stagner ces discriminés parmi les discriminés.

Si peu nombreux soient-ils par rapport à l’ensemble des

Roms, les apatrides donnent à penser, plus largement, que

celui qui est totalement « sans papiers » finit par n’avoir

aucune existence.

38. Voir le rapport de

Thomas Hammarberg :

http://www.coe.

int/t/commissioner/

Viewpoints/090706_

fr.asp

39. De jeunes Romni

(femme rom en langue

romani), voleuses à la

tire, se donnant comme

nom Amidovic (nom

bosniaque que les jeunes

voleuses donnent à la

police pour échapper à

la justice), probablement

bosniaques, se servent

de leur apatridie pour

échapper à la police,

impuissante à contrôler

ces mineures sans

identité et sans origine.

Une preuve, s’il en fallait

une, que l’abandon des

apatrides conduit à la

délinquance.

45


La répartition des Roms, en Europe, rend manifeste

que les politiques gouvernementales peinent, partout,

à déterminer des politiques qui soient autres que

ségrégatives ou intégratives. Unis et divers, les Roms le

sont. Les Européens ne le sont pas encore tous, car ils ne

voient pas comment certains d’entre eux pourraient vivre

sans entrer dans le même moule social.

Roms et Gadjé

Espace vacant ou espace de vacances ?

40. Héritier de la

caravane, le camping-car

a séduit les Français :

la France possède

désormais le deuxième

parc européen, derrière

l’Allemagne. En 2005,

200 000 Français étaient

propriétaires d’un

camping-car.

41. Jeanne Bayol, Les

roulottes, une invitation

au voyage, Paris, Éditions

Aubanel, Paris, 2005,

159 pages.

Une Provençale, Jeanne

Bayol, s’est lancée, à

Saint-Rémy de Provence,

dans la restauration, la

fabrication et la vente de

roulottes qu’elle peint et

décore. « Elles font partie

de notre imaginaire,

explique-t-elle. Elles

ouvrent des fenêtres sur

de nouveaux horizons,

invitent à un voyage

immobile. »

http://www.jeannebayol.com

42. Voir le site http://

www.les-verdines.com

43. Lire l’analyse de

France Poulain, Le guide

du camping-caravaning

sur parcelles privées,

Éditions Cheminements,

49260 Le Coudray

Macouard, juin 2005,

128 pages.

Camping et caravaning sont des activités de vacances. Les

terrains de camping ne sont pas ouverts à ceux qui font de

la caravane leur habitat mobile. Le retraité ou la famille

en vacances peut voyager dans son camping-car 40 , aller

s’installer en tout lieu touristique, séjourner, puis partir à

son gré : ces gens qui voyagent ne font pas partie des gens

du voyage.

On a progressivement marchandisé l’hébergement. Le

camping dit « sauvage » (celui où l’on ne paie pas son

emplacement et qui n’est pas organisé) est désormais

interdit en France. Il n’y a plus de sol « libre ». Un

espace vacant n’est pas un espace de vacances ! C’est une

propriété.

La roulotte 41 est devenue un fantasme de Gadjo. Le

Bohémien au coin du champ, la verdine 42 romantique, c’est

fini. La roulotte est réservée, à présent, à ces vacances de

rêve des Gadjé, celles qui font plaisir aux grands et petits

enfants dans un rapport qualité-prix acceptable. Le temps

d’un été, on peut y dormir, y accumuler des souvenirs, puis

on retournera aux choses sérieuses. Cette vie rêvée ne sera

jamais qu’une parenthèse.

Il faut dire qu’il y a de la subversion dans la vie du

campeur 43 . Les mieux expérimentés, ceux qui s’autogèrent

et sont le moins possible des consommateurs téléguidés,

acquièrent un savoir-vivre, au contact de la nature, qui fait

d’eux des contestataires spontanés. Il y a une tendance au

self government dans cette population, bref des ferments

d’opposition au système social bien régulé où tout est prévu.

46


Qu’il faille passer par une autre façon de se loger pour

contester le mode de vie social dominant, cela les Roms

vivant en caravane ne le théorisent pas ; ils le pratiquent.

Mais eux paient cher cette utopie mise au quotidien.

L’habitat mobile, même toléré, ne sera jamais qu’une

exception. Sous toile, en caravane, en camping-car, et

même en mobil-home ou en bungalow, on peut se payer

des vacances ou des loisirs, mais on ne peut s’installer, à

sa guise, dans le banal et l’ordinaire.

Le non-sédentaire :

une menace de précarité et de perte d’intimité

Les Voyageurs sont-ils des SDF ? On l’avait constaté,

avec les trois cents à quatre cents tentes que l’association

Médecins du Monde avait voulu mettre à la disposition des

sans-domicile fixe, à Paris : rien n’est pensé pour vivre en

ville hors d’un logement « en dur ». Comme hébergement

temporaire de sauvegarde, la tente, ce palliatif a d’abord

été apprécié. Comme abri permanent en pleine ville, cela

a vite constitué une solution de plus en plus mal vue. Il

est vrai qu’on ne sait plus vivre de peu, surtout dans des

environnements qui ne le permettent pas, du fait de la

réprobation des voisins, surtout à cause d’empêchements

pratiques et matériels, voire des proximités jugées ou

étant dangereuses.

Quand le « sans-domicile fixe » se fixe en ville, fût-ce

provisoirement, toute sa vie devient visible et se concentre

dans un espace délimité. Ce qu’absorbe le non-urbain ou

le péri-urbain, l’urbain doit le gérer, le prendre en charge,

le traiter, l’éliminer : les déchets de la vie deviennent les

déchets de la ville mais, pour cela, encore faut-il que le

producteur de déchets soit un citadin, installé dans une

organisation de quartier stable et depuis longtemps mise

en pratique. Un terrain de camping à Paris, en bordure du

Bois de Boulogne, est réservé aux touristes. Aucun Rom

n’en approche. Pas davantage les SDF. C’est une terre

gardée, une aire de luxe.

L’association Halem (Habitants de logements éphémères

ou mobiles 44 ) s’est fait connaître au cours de l’année 2005.

Elle distingue trois types d’utilisateurs de l’habitat mobile

en France : des personnes s’en servant pour leurs loisirs,

des personnes ayant fait le choix de ce mode de vie, des

personnes contraintes d’abandonner la sédentarité par

44. « L’Association des

habitants de logements

éphémères ou mobiles,

Halem, regroupe des

travailleurs pauvres, des

personnes vivant avec

des minima sociaux dont

des petites retraites, des

nomades pour des raisons

professionnelles et des

personnes ayant choisi ce

mode de vie. Nouveaux

venus à ce mode de vie, ils

ne bénéficient même pas

de l’héritage culturel et de

la solidarité qui a permis

aux gens du voyage de

survivre en dépit d’une

discrimination séculaire. »

Voir http://www.

halemfrance.org

47


extrême précarité. « Sont Halémois, lit-on à l’article 7 des

statuts de cette association, les personnes qui habitent à

l’année, dans des structures mobiles, telles des caravanes

ou autres véhicules sur roues, péniches et autres structures

flottantes, tentes, tipis et autres structures en toile, voire

des cabanes ou autres structures en bois ou tout autres

matériaux légers et, de façon générale, toute structure non

reconnue comme habitation par les pouvoirs publics ».

45. Aux termes de

l’article R.111-37 du

Code de l’urbanisme,

(décret 2007-18 du 5

janvier 2007), « sont

regardés comme des

caravanes les véhicules

terrestres habitables

qui sont destinés à une

occupation temporaire

ou saisonnière à usage

de loisir, qui conservent

en permanence des

moyens de mobilité

leur permettant de se

déplacer par eux-mêmes

ou d’être déplacés par

traction et que le code

de la route n’interdit

pas de faire circuler ».

(Les moyens de mobilité,

depuis une circulaire de

1972, sont caractérisés

par l’existence de roues

munies de bandes

pneumatiques, d’un

moyen de remorquage

et de dispositifs

réglementaires

de freinage et de

signalisation).

http://admi.net/

jo/20070106/

EQUU0601334D.html

Dans le cadre du Code

de l’urbanisme, la

caravane n’est donc pas

une habitation, dès lors

qu’on ne l’occupe pas de

façon permanente. Une

législation particulière

pour l’habitat caravane

est rappelée dans le

Guide de l’habitat adapté

pour les gens du voyage.

http://www.logement.

gouv.fr/article.

php3?id_article=6882

Ces « sans-toit » devenant des « avec-toit », même s’il s’agit

de protections bien fragiles, vivent-ils « un rêve de voyage

immobile » ? La « cabanisation » est un phénomène dont

l’ampleur est masquée. Il s’agit d’une nouvelle forme de

camping populaire installée entre la propriété et l’illégalité.

Les pouvoirs publics ferment les yeux sur ce qu’ils ne

contrôlent plus.

Dans les périodes d’extension des zones de misère, on

réapprend donc à vivre en caravane 45 , en mobil-home 46 ou

en bungalow et autres cabanons. On s’autorise, parfois, à

« demander conseil à des gitans ». C’est une occupation du sol

encore accessible, dans le domaine privé 47 par des centaines

de milliers de personnes. C’est une « nomadisation »

rampante. Et ce qui frappe, c’est le rapprochement possible

entre ce mode de vie et d’hébergement avec ce que des

Roms expérimentent depuis si longtemps.

Roms et Gadjé : un choc culturel mal exprimé

La distance infranchissable entre Roms et Gadjé pourrait

bien constituer la cause principale de la survivance du

peuple rom. Roms et Gadjé sont porteurs d’humanités

inconciliables mais qui ne peuvent que vivre ensemble.

Cette dialectique du rejet et du besoin mutuels concourt

au maintien durable de la spécificité des Roms, qui ne

peuvent être des Gadjé et qui demeurent ainsi, à jamais,

des Roms. Ils existent à part, mais ils existent. Si un Gadjo

pense pouvoir vivre sans les Roms, un Rom, au sein d’une

société dominante, sait ne pouvoir vivre sans les Gadjé.

L’identité rom, au moins pour la période de notre histoire la

plus récente, a une cause indestructible : « Nous sommes,

disent les Roms, parce que l’on a voulu que nous ne soyons

plus. Nous sommes des Roms parce que nous n’existons

pas aux yeux des Gadjé qui pensent le monde, leur monde,

sans nous. »

48


Les Roms sont rejetés parce qu’ils irritent les Gadjé

depuis bien longtemps. Louis XI les faisait pendre. Le

III e Reich voulut une Europe Zigeunerfrei – pure de tout

Tsigane. Pour les faire disparaître, on a tenté, en vain,

trois solutions : la première, dite « finale », l’extermination

(celle des nazis), la seconde, l’assimilation sociale forcée,

à l’Est de l’Europe (celle des communistes), la troisième

enfin, l’exclusion, celle qui fait disparaître « de notre vue »

les regroupements intempestifs (dans nos pays aux mœurs

moins définitives). Nous ne savons et ne pouvons vivre

avec les Roms alors que nous ne parvenons ni à les faire

disparaître, ni à les ignorer sous peine de renier nos propres

valeurs. Si l’on veut ouvrir un espace de débat délimité par

les repères ici posés, il nous faut donc, finalement, nous

laisser interpeller.

Ainsi pensent les Roms :

• « La terre est à tous. » Les Gadjé croient pouvoir se

l’approprier. Mais tôt ou tard la terre absorbe ceux qui ont

voulu la posséder.

• « Les Roms sont un peuple sans territoire. » Une nation

qui veut conserver un sol pour elle seule se condamne à

la guerre. Il n’est, d’ailleurs, pas besoin d’un Romanestan,

d’un Romanoland ou d’une Romanie pour que les Roms

aient une citoyenneté européenne.

• « À la façon de vivre sa liberté, on reconnaît ce qu’est un

homme. » Le travail n’est pas fait pour gagner de l’argent

mais pour vivre. Si l’on est moins libre en gagnant plus

d’argent, il faut moins travailler.

• « Le Rom n’est pas un nomade : c’est un homme qui,

étant chez lui partout, veut pouvoir se déplacer au gré de

sa liberté. » Connaître c’est voyager.

• « Le Rom ne peut vivre sans son art et notamment sans

musique. » Cet art intrigue les Gadjé et parfois les attire

vers les Tsiganes. Il y a là une étonnante contradiction,

un phénomène d’attraction-répulsion, et les mêmes qui

suivent, avec passion, les concerts de musique manouche

dénonceront la présence des caravanes de ces mêmes

Manouches auprès de leur habitat.

On notera qu’au travers de ces cinq principales

interpellations – il en est d’autres – c’est le rapport au

monde, au fond la philosophie, sur laquelle s’affrontent la

société dominante et la minorité rom : propriété, nation,

46. L’arrêté du 30 juin

1992 définit le mobilhome

comme « une

caravane de grande

dimension, tractable

hors gabarit routier,

stationnant sur les

terrains autorisés ».

47. France Poulain

affirme que, « dans les

enquêtes menées sur

les différents terrains,

il est possible d’estimer

que près de 80 %

des installations de

camping-caravaning sur

parcelles privées sont des

caravanes dont 70 % sont

sédentarisées ».

49


50

travail, liberté, art, autant de concepts sur lesquels

apparaissent des divergences. Tout se passe comme si

le Rom était le verso de la médaille où se trouve gravée

l’identité humaine. Que change le recto et changera le

verso. Les Roms semblent là pour rappeler qu’il n’y aura

jamais une seule façon d’être un homme et c’est une réserve

d’espoir que de pouvoir compter sur un autre savoir-être.


AGIR AVEC

LES ROMS FRANÇAIS

2


Agir avec les Voyageurs français nécessite une écoute qui

prend du temps. Ce n’est pas aisé pour les élus dans le cadre

d’un mandat de quelques années. Cette écoute conduit à

des approches diversifiées : Manouches, Gitans, Sintés ont

des expériences historiques qui ne sont pas identiques et

ils n’acceptent pas toujours d’être appelés Roms, même si

les autorités européennes ont adopté l’usage d’un mot qui

recouvre toutes les disparités, dans tous les pays.

Ne perdons jamais de vue que les Roms ou Tsiganes français

souffrent de n’être pas considérés comme des Français à

part entière et c’est pourquoi le risque de confusion avec

les Roms étrangers leur est insupportable.

Enfin, les subtilités du rapport entre mobilité et sédentarité

méritent d’être examinées avec prudence et nuance. Non,

tous les Manouches ne vivent pas en caravane. Oui, tous

les Tsiganes vivent dans l’esprit du voyage. Non, toutes

les aires d’accueil ne sont pas accueillantes. Oui, nombre

de familles sont satisfaites de la réalisation d’aires de

stationnement. Non, les Voyageurs n’effectuent pas de

longs déplacements. Oui, ils suivent des circuits habituels

pour assurer leurs activités économiques. Oui, ils peuvent

cesser de se déplacer par pauvreté, fatigue, vieillissement,

ou rapprochement familial. Non, cela ne veut pas dire qu’ils

ne reprendront jamais la route. Oui, il y a de la sédentarité

dans la mobilité : il faut bien stationner pour se nourrir,

scolariser des enfants, faire soigner des malades, proposer

ses services artisanaux à des Gadjé...

Selon que les Voyageurs ont connu ou non la vie foraine,

le monde du cirque ou l’insécurité du stationnement,

ils n’usent pas de l’habitat mobile de la même manière.

Il reste bien quelques roulottes tirées par des chevaux

tandis que certaines familles disposent de caravanes

très confortables. D’autres connaissent la misère. D’où la

nécessité d’une observation fine des pratiques de vie et

l’importance de la multiplication des rencontres car sans

l’apport de Voyageurs pouvant fournir leur avis sur ce qui

est envisagé pour eux, le risque est grand de ne jamais

satisfaire les besoins.

54


L’accueil et le stationnement

Toute commune, qu’elle ait plus ou moins de 5 000

habitants, doit pouvoir accueillir sur son territoire les

caravanes de passage. Pour les communes de plus de 5 000

habitants, c’est une obligation légale depuis les lois Besson.

Pour les communes de moins de 5 000 habitants, c’est une

obligation jurisprudentielle depuis un arrêt « Ville de Lille »

rendu par le Conseil d’État en 1983 et sur lequel s’appuie

une circulaire de 1986 qui demande que chaque maire

« désigne un terrain de passage qui convienne au séjour

temporaire des gens du voyage ». La circulaire 48 indique

que la durée du stationnement ne peut être inférieure à

quarante-huit heures et doit être d’une durée maximale

de quinze jours. Ce terrain doit bénéficier d’un équipement

minimum, dalle bétonnée, point d’eau, possibilité d’un

branchement provisoire au réseau électrique.

Constatant en 2003 que « la persistance du stationnement

sauvage constitue la réponse des gens du voyage à

l’insuffisance des aires existantes », l’Association des

petites villes de France (APVF) proposait dans un Livre

blanc 49 de privilégier l’intercommunalité pour mutualiser

les coûts d’investissements et de fonctionnement et de

passer, pour accueillir les gens du voyage, de la « logique

d’incompréhension à celle de l’acceptation ».

Chaque mairie est une référence pour les Roms en

déplacement. Il est essentiel qu’ils y trouvent des

interlocuteurs courtois et en empathie à leur égard. L’élu,

l’agent administratif ou technique en charge de cette

responsabilité doivent pouvoir être facilement identifiés,

y compris quand la commune a délégué la gestion de la ou

des aires d’accueil à une association.

La domiciliation administrative

La loi du 3 janvier 1969 50 oblige les gens du voyage

circulant plus de six mois dans l’année à se rattacher

auprès d’une commune. Il s’agit d’aligner leurs relations

avec les différentes administrations publiques sur le droit

commun. Ce rattachement, lié à la délivrance d’un titre

de circulation, fait l’objet d’une demande au préfet qui

sollicite l’avis de la commune intéressée. Le maire dispose

d’un délai de quinze jours pour répondre.

48. Circulaire n° 86-370

du 16 décembre 1986

fnasat.centredoc.

fr/opac/doc_num.

php?explnum_id=33

49. Livre blanc de

l’Association des petites

villes de France publié

par La gazette des

communes, avril 2003.

50. Article 7 de la loi du 3

janvier 1969.

55


La loi de 1969 fixe un plafond théorique de domiciliations

par commune, 3 % de la population dénombrée au dernier

recensement dans la commune. Des dérogations sont

prévues à ce « seuil de tolérance » mais le quota de gens

du voyage domiciliés dans une commune ne peut dépasser

5 % du nombre d’habitants.

Des Voyageurs sédentarisés, ayant des difficultés à faire

reconnaître leur propriété comme un domicile, peuvent

avoir besoin, eux aussi, d’une domiciliation administrative

qui peut se faire au centre communal d’action sociale ou au

siège d’une association agréée.

La domiciliation peut être davantage qu’un acte purement

administratif. Elle peut être l’occasion de tisser des liens

entre les Roms et les référents communaux, de régler

au mieux les problèmes de stationnement, les questions

scolaires et sociales, de gérer le suivi du courrier…

Un Guide pratique de la domiciliation 51 , paru en 2010,

édité conjointement par l’UNCCAS et la FNARS 52 ,

téléchargeable gratuitement sur internet, constitue un

outil d’information indispensable.

L’habitat

Les aires d’accueil

Les Voyageurs, sédentarisés ou de passage, doivent

pouvoir séjourner dans les communes ou agglomérations

en bon voisinage avec les autres résidents, dans le respect

de l’environnement et des règles d’hygiène et de sécurité.

51. http://www.unccas.

org/publications/guidedomiciliation.asp

52. UNCCAS, Union

nationale des centres

communaux et

intercommunaux d’action

sociale

http://www.unccas.org

FNARS, Fédération

nationale d’accueil et de

réinsertion sociale

http://www.fnars.org

Même si elle n’est pas le mode exclusif d’habitat des Roms

français, la caravane reste le logement encore fréquent

des Voyageurs. Chaque famille possède en général une

caravane pour les parents, une pour les enfants, parfois

une troisième pour la cuisine et des camions pour le travail.

Les aires classiques de parking ne sont donc nullement

adaptées au stationnement des Voyageurs et c’est bien de

terrains spécifiques dont ils ont besoin pour stationner.

La tradition de loger les Roms loin des habitations

communales, près de décharges publiques, sur des friches

56


industrielles, sur des terrains inondables ou pollués, ne

doit plus être la règle mais, au contraire, l’exception. Il est

pourtant difficile de combattre cette tendance à exclure une

communauté dont on veut ignorer l’existence ou éloigner

les éventuelles perturbations.

© Bloëm|dijOnscOpe|2010

Le premier travail que doivent entreprendre des élus

nouvellement en charge de ce dossier, ou des citoyens

préoccupés de la question, est donc, à la fois :

• de faire un bilan de l’histoire locale et du contexte

géographique en matière de séjour des Voyageurs : nombre

de familles, époques de séjour, terrains utilisés, difficultés

rencontrées…

• de se concerter avec les interlocuteurs des communautés

concernées, afin de trouver, ensemble, les améliorations à

apporter à la situation présente.

Se posera, rapidement, la question des terrains disponibles

dans la commune ou l’agglomération, de leur adéquation

à la demande, de la proximité des écoles, commerces et

structures de soins… Les décisions prises en matière de

terrains d’accueil devront être inscrites dans le Programme

local de l’habitat (PLH).

Si nécessaire, les possibilités légales en matière de

préemption de terrains 53 ou de droit au logement opposable 54

pourront être utilisées.

53. Articles L.211-1

et L.211-2 du Code de

l’urbanisme

http://droit-finances.

commentcamarche.net/

legifrance/10-code-de-lurbanisme/28217/droitde-preemption-urbain

fnasat.centredoc.

fr/opac/doc_num.

php?explnum_id=33

54. Loi du 5 mars 2007

dite loi DALO

http://infos.lagazette

descommunes.

com/30779/dalol%E2%80%99alerte-desparlementaires

57


En informant, le plus vite possible, les structures

participatives telles que les comités de quartier, et en les

associant à la réalisation du projet, on facilitera la bonne

entente avec le voisinage des aires d’accueil.

La taxe d’habitation

Décidée au nom du principe de l’égalité devant l’impôt, la

taxe d’habitation pour les caravanes, prévue par la loi de

finances de 2006, a fait l’objet de virulentes polémiques.

Un vote des parlementaires, le 23 décembre 2009, la

rend applicable à partir de 2010. C’est une surprise car le

gouvernement avait demandé le report en 2011. Toutefois,

le décret d’application en Conseil d’État 55 n’était toujours

pas connu, courant juin 2010.

Cette taxe, dont le tarif est égal à 25 euros par mètre carré,

assimile la résidence mobile terrestre au logement principal.

Compte tenu des revenus de la majorité des Voyageurs,

peu de ménages devraient s’acquitter de ce nouvel impôt.

Accessoirement, cette loi fait aussi disparaître le seul

privilège dont bénéficiaient les habitants de caravanes :

ils devront s’acquitter de la redevance télé… Mais si

cette nouvelle taxe d’habitation devait être effectivement

appliquée, de nombreuses questions devraient trouver

rapidement des réponses 56 .

55. Un décret en Conseil

d’État est un texte

réglementaire de droit

français élaboré selon une

procédure différente de

celle d’un décret simple.

L’avis du Conseil d’État,

saisi du projet préparé

par le gouvernement,

doit être recueilli.

Autrement dit, un décret

qui dans sa version

publiée contiendrait des

dispositions n’ayant pas

été soumises à l’avis du

Conseil d’État serait

susceptible d’être annulé

par un recours en excès

de pouvoir. Enfin, un

décret en Conseil d’État

ne peut être modifié que

par un décret pris selon

les mêmes règles.

56. http://halem.infini.

fr/spip.php?article34

Cette taxe conduit-elle à la reconnaissance de la caravane

comme logement ? Impliquera-t-elle automatiquement

des aides au logement, des taux de crédit et des contrats

d’assurance plus avantageux pour l’achat de caravanes

et des terrains familiaux ? La taxe d’habitation rendrat-elle

caduque, en droit, l’expulsion administrative de la

caravane-logement des stationnements litigieux ? Rendrat-elle

possible de s’installer au centre des villes ? Permettrat-elle

de bénéficier de la trêve hivernale sur les coupures

d’eau et d’électricité, ou sur l’impossibilité d’expulsion ?

D’autres questions surgissent pour percevoir la taxe. Qui

va la payer ? Les usagers des aires d’accueil ? Les gens du

voyage pouvant être identifiés comme tels du fait des titres

de circulation ? Tous les propriétaires de caravanes ne

pouvant justifier d’une autre résidence ? Comment sera-telle

perçue : forfait ou vignette ? Tout n’est pas dit.

58


Le logement pérenne

Il est des Voyageurs qui ont immobilisé leurs caravanes,

légalement ou non, sur des terrains municipaux ou privés.

Même s’ils n’ont pas abandonné l’idée de se déplacer

à nouveau, en pratique, ils se sont « sédentarisés » 57 .

C’est pour eux que les textes officiels parlent d’« habitat

adapté ».

À défaut de disposer d’installations pérennes, correctes et

acceptées, les « sédentarisés » iront vers les aires de moyen

séjour qui ne leur sont pas destinées et prendront des

places qui manqueront aux Voyageurs qui voyagent.

Les terrains familiaux, regroupant un petit nombre

de caravanes, peuvent répondre à ce désir ou ce

besoin d’interruption du voyage. Progressivement, des

constructions « classiques » vont s’y élever auprès des

caravanes.

Des familles peuvent également être intéressées par des

logements « en dur ». Il convient alors de faciliter leur

accès aux logements sociaux et de les faire bénéficier du

droit commun. Attention, cependant, aux transitions :

on ne passe pas aisément d’une caravane entourée d’un

espace vert, à un appartement dans un grand immeuble.

Il ne faut pas s’étonner des refus de certaines attributions

de logement social. Lorsque cela est possible, des pavillons

avec un espace de terrain minimal seront proposés.

La progressive sédentarisation des Roms français n’est

pas récente, mais elle n’est permanente que dans quelques

agglomérations (comme le quartier Saint-Jacques à

Perpignan) ; elle a pourtant tendance à se développer sur

l’ensemble du territoire, comme ailleurs en Europe.

Les stationnements spontanés

Les autorités publiques peuvent être sollicitées par le

propriétaire du terrain occupé, ou les voisins, en cas de

stationnement spontané (préférer ce terme à celui de

stationnement « sauvage » !) sur le territoire de la commune.

Si le schéma départemental n’est pas respecté, il n’est pas

possible, en pratique, de s’opposer totalement à ce type de

stationnement. Si les aires de moyen séjour ou de grands

passages existent dans la commune ou à proximité, il doit

57. Peut-on « se »

sédentariser ? Le

sédentaire est,

étymologiquement, celui

qui s’assied, qui siège,

donc qui s’arrête, se

repose. Le stationnement,

en ce sens, devient

une sédentarisation

temporaire. On est

sédentaire par force

ou par nécessité. Tout

animal est animé. L’ours

ou la marmotte ne sont

sédentaires que l’hiver.

L’homme, cet animal

supérieur, n’est pas

sédentaire par nature

mais par culture. La

sédentarité est un choix.

Ce n’est pas un état

stable.

59


être possible de trouver une solution, mais des conflits inter

ou intrafamiliaux peuvent expliquer la non-utilisation de

telle ou telle des structures existantes.

Ces stationnements spontanés peuvent accélérer la mise

en œuvre du schéma départemental et la réalisation

des aires prévues. Dans tous les cas, le dialogue et la

persuasion seront préférés à la coercition et au recours à

la force publique. L’information directe, sans menaces, sur

les droits et devoirs des uns et des autres, permet souvent

que la situation se règle d’elle-même, par le départ des

caravanes. Le rôle de « négociateur » de l’élu compétent

peut être décisif.

Textes parus au début de l’été 2010 concernant la réalisation

des aires d’accueil et de stationnement en France

1. Le Conseil constitutionnel saisi

le 28 mai 2010 par le Conseil d’État

sur la question de la conformité aux

droits et libertés des articles 9 et 9-1

de la loi du 5 juillet 2000 relative à

l’accueil et à l’habitat des gens du

voyage, a décidé que ces articles sont

conformes à la Constitution. La loi

Besson reste donc conforme au droit

français et continuera de s’appliquer.

Les critiques politiques faites à ce texte

devront aboutir autrement, peut-être

via la réforme de la loi du 3 janvier 1969

devenue, sur bien des points, obsolète.

Le texte et ses considérants sont

accessibles sur le site de Conseil

constitutionnel à la référence :

http://www.conseilconstitutionnel.fr/conseilconstitutionnel/francais/

les-decisions/acces-par-date/

decisions-depuis-1959/2010/2010-

13-qpc/decision-n-2010-13-qpc-du-

09-juillet-2010.48598.html

2. Le Comité des ministres du

Conseil de l’Europe a adopté le 30

juin 2010, lors de la 1089 e réunion

des délégués des ministres, une

résolution relative à la création, en

France, d’un nombre insuffisant

d’aires d’accueil. Elle fait suite à la

réclamation collective n° 51/2008 du

Centre européen des droits des Roms

(CEDR) contre la France. On trouvera

cette importante et sévère résolution

– CM/ResChS(2010)5 – ainsi que

la longue réponse de la France, sur

le site du Conseil de l’Europe, à la

référence suivante :

https://wcd.coe.int/ViewDoc.

jsp?Ref=CM/ResChS%282010%29

5&Language=lanFrench&Ver=or

iginal&Site=CM&BackColorInte

rnet=C3C3C3&BackColorIntran

et=EDB021&BackColorLogged=

F5D383

60


Les terrains familiaux

Cadre législatif et réglementaire

• Ancien article L. 443-3 du code de l’urbanisme

devenu l’article L. 444-1

• Circulaire UHC/IUH 1/26 n° 2003-76 du 17

décembre 2003

Objectif

Aménager des terrains permettant l’installation

de caravanes constituant l’habitat permanent de

gens du voyage.

Répondre à la demande

Pour des raisons économiques ou familiales

(scolarisation des enfants, problèmes de santé...),

des gens du voyage se sédentarisent ou veulent

le faire en conservant, au moins dans un premier

temps, leur mode d’habitation en caravane.

Ces installations ne relèvent pas du schéma

départemental d’accueil des gens du voyage mais

en sont complémentaires.

Les initiatives d’aménagement de terrains en

ce sens peuvent avoir un caractère privé, les

occupants étant locataires ou propriétaires de

l’emplacement. Les communes peuvent être

maîtres d’œuvre et prévoir des équipements

collectifs de qualité, intégrant notamment les

dernières techniques en matière d’isolation,

sur ces terrains familiaux. Chaque terrain est

aménagé pour quelques caravanes appartenant à

une même unité familiale.

Financements

Les terrains familiaux réalisés par les communes

peuvent bénéficier de subventions de l’État dans

les mêmes conditions financières que les aires

d’accueil prévues par le schéma départemental.

Ce financement n’est pas possible en cas d’habitat

mixte (caravane et logement en dur) alors qu’il

s’agit d’une évolution assez naturelle vers un

mode d’habitat plus traditionnel.

Attention

Contrairement aux aires d’accueil, séparées des

habitations communales par un espace plus ou

moins important, les terrains familiaux doivent

pouvoir, comme le recommande la circulaire

ministérielle, s’intégrer dans la diversité urbaine.

Ils répondent à la mixité sociale de l’habitat

en conformité avec le code de l’urbanisme, les

plans d’occupation des sols ou les plans locaux

d’urbanisme. Il n’est nullement obligatoire

de les localiser de préférence en périphérie

d’agglomération.

FICHE OUTIL N°1 « L’HABITAT »

Des formalités à remplir

Une autorisation d’aménagement portant sur

l’ensemble des travaux et équipements prévus

sur le terrain (clôtures, locaux communs,

plantations…) est à déposer en mairie par le

propriétaire du terrain ou avec son autorisation

et tient lieu de permis de construire pour les

constructions en dur entrant dans le champ

d’application de ce permis. Cette autorisation

d’aménager, facultative si le terrain accueille

moins de six caravanes et obligatoire au-delà,

permet de ne pas avoir à renouveler tous les

trois ans l’autorisation de stationnement des

caravanes.

La jurisprudence tend à soumettre au droit

commun l’autorisation d’aménager une aire

d’habitat pour les gens du voyage, contrairement

au régime spécial des autorisations qu’ont les

terrains de camping où stationnent également

des caravanes et des résidences mobiles.

61


FICHE OUTIL N°2 « L’HABITAT »

Le schéma départemental d’accueil

des gens du voyage

Cadre législatif et réglementaire

• La loi 2000-614 du 5 juillet 2000 relative à

l’accueil et l’habitat des gens du voyage

• Circulaire interministérielle du 16 mars 1992

Objectif

Le schéma départemental est pour les pouvoirs

publics « le pivot du dispositif d’accueil des gens

du voyage ». Créé par la première loi Besson de

mai 1990, ce schéma n’est devenu opérationnel

qu’après la deuxième loi Besson du 5 juillet 2000

qui prévoyait que, dans les deux ans qui suivent

sa promulgation, un schéma départemental

d’accueil des gens du voyage soit mis en place

dans chaque département.

Modalités

Un acte juridique est élaboré de façon conjointe

par le préfet en tant que représentant de l’État

dans le département et par le président du

conseil général. Cet acte prévoit « les secteurs

géographiques d’implantation des aires

permanentes d’accueil et les communes où cellesci

doivent être réalisées ».

Les études préalables à l’établissement du schéma

sont financées de la même façon que les dépenses

d’investissement des aires d’accueil, à hauteur de

50 % par l’État.

Une commission consultative départementale,

composée des représentants des communes

concernées (celles de plus de 5 000 habitants),

des représentants des gens du voyage et de

représentants associatifs, est obligatoirement

consultée.

Le schéma s’impose aux communes concernées.

Une coordination régionale est mise en place sous

l’autorité du préfet de région.

Les schémas départementaux sont révisables

tous les six ans.

(soit un taux de réalisation de 50 %) ». Mais

financement et réalisation sont deux... ! En 2010,

moins de la moitié des places prévues dans les

aires sont effectivement construites.

De dérogation en dérogation, le calendrier

prévisionnel n’a pas été respecté et les mises en

œuvre des schémas départementaux ont pris du

retard. Les révisions, prévues tous les six ans,

sont en cours, en 2010, dans une majorité de

départements.

Les commissions consultatives départementales

composées « des représentants des gens du

voyage et des associations intervenant auprès des

gens du voyage » doivent se réunir normalement

chaque année.

Dans la mesure où l’État est engagé dans le

financement et la gestion des aires prévues dans

le schéma départemental, ce schéma devient

obligatoire pour les communes concernées. Là

aussi, une fois le schéma élaboré, les communes

et agglomérations peuvent mettre une plus ou

moins grande « bonne volonté » dans le respect de

leurs obligations et essayer de jouer la montre par

rapport aux délais requis pour ne pas perdre les

subventions dont elles peuvent bénéficier.

L’obligation de réaliser des aires d’accueil ne

concerne que les communes de plus de 5 000

habitants. A contrario, rien n’empêche des

communes de moins de 5 000 habitants de

réaliser des structures d’accueil en fonction des

besoins et du contexte géographique du schéma

départemental. Au sein des agglomérations, la

disponibilité de terrains propices fait que les

réalisations ne sont pas fonction uniquement de

la taille des communes. Attention, cependant,

de ne pas tomber dans une surenchère au moins

offrant ! Les élus doivent se montrer vigilants

dans l’exercice de leurs responsabilités en ce

domaine.

Pratique

Le sénateur Hérisson affirme qu’« au 31 décembre

2007, les schémas départementaux prescrivent

l’aménagement de 41 840 places en aires

d’accueil. À cette même date, 13 583 places sont

en service soit un taux de réalisation de 32 %,

en progression de 7 points sur le bilan établi au

31 décembre 2006. Toutefois, la tendance s’est

nettement accélérée, notamment en 2007. À la fin

de l’année 2007, 21 165 places étaient financées

Il est important de savoir que tant que le

schéma départemental n’est pas réalisé

en totalité, les pouvoirs publics ne peuvent

s’opposer au stationnement spontané des gens

du voyage. Il serait cependant fâcheux que

la seule motivation des maires soit de créer

des aires pour interdire tout stationnement

ailleurs. Ce serait inciter les Voyageurs à se

défier des stationnements dans les « terrains

désignés ».

62


Les aires permanentes d’accueil

Cadre législatif et réglementaire

• La loi 2000-614 du 5 juillet 2000 relative à

l’accueil et l’habitat des gens du voyage

Objectif

Offrir un stationnement sécurisé et de qualité,

tout au long de l’année, aux résidences mobiles

des gens du voyage.

Accueillir en réseau

Au-delà des schémas départementaux et des

obligations des communes de plus de 5 000

habitants, il est essentiel de permettre aux

familles de se déplacer d’une zone géographique

à une autre en étant assurées de trouver un

emplacement adapté à leurs besoins. La réalisation

d’aires d’accueil en intercommunalité permet la

mutualisation des moyens d’investissement et

de gestion. Les liaisons téléphoniques entre les

différents gestionnaires de terrains permettent

une rotation sereine des caravanes.

Conception et aménagement

du terrain

Choisir le terrain en fonction de son

environnement, de la proximité des écoles et des

autres services. Un compromis entre proximité

et éloignement des riverains est à trouver mais

il faut chercher à ce que l’implantation de l’aire

d’accueil soit valorisante aussi bien pour les

usagers que pour le voisinage.

Terrain pouvant recevoir 15 à 50 caravanes

réparties sur 8 à 20 emplacements distincts. Un

emplacement peut contenir une, deux ou trois

caravanes. Il est pourvu d’une borne munie de

trois prises électriques et de trois robinets, d’un

cabinet de toilettes et d’une douche avec coin

lavabo. L’individualisation des sanitaires par

« emplacements familles », entretenus par les

usagers eux-mêmes, est mieux acceptée et se

révèle plus fiable que des sanitaires collectifs.

Mode de fonctionnement

Les gestionnaires de l’aire d’accueil, collectivité ou

association délégataire, ont pour tâches de régler

les problèmes techniques (horaires d’ouverture

du terrain, organisation de l’installation

des caravanes…), d’assurer l’entretien et la

maintenance des équipements, d’encaisser les

droits de place, les consommations d’eau et

d’électricité… Ils ont aussi un rôle de médiation

dans les conflits internes ou avec le voisinage,

d’aide aux formalités administratives, de

coordination avec les services de police…

La rapidité des interventions sur les petites

réparations, sur le nettoyage et l’entretien des

abords est essentielle pour que s’instaure un

climat de confiance entre gestionnaire et usagers.

Dans cet esprit, le régisseur-agent d’accueil a un

rôle central.

Des aires de moyen séjour

Destinées à des Voyageurs résidant plusieurs

semaines, voire plusieurs mois, dans la même

agglomération, les aires de moyen séjour ne

doivent pas être occupées par des gens du

voyage sédentarisés. Les gestionnaires de ce

type d’équipement savent « faire tourner » les

« semi-sédentarisés » entre les différentes aires

de la région et il est indispensable, pour eux, de

travailler en réseau. Les gros travaux d’entretien

nécessitent souvent de fermer ces équipements

un ou deux mois chaque année.

Une des difficultés majeures rencontrées par les

gestionnaires de ces espaces porte sur la gestion

des déchets de toute nature, organiques, ménagers,

industriels… : seaux hygiéniques déversés au

pourtour de l’aire, objets non biodégradables

bouchant les toilettes, bennes à ordures non ou

mal utilisées… Il faut s’armer de persévérance et

trouver avec les usagers les solutions les mieux

adaptées aux besoins et habitudes, sans renoncer

à mettre en place, à terme, après une véritable

éducation, un tri sélectif.

FICHE OUTIL N°3 « L’HABITAT »

63


FICHE OUTIL N°4 « L’HABITAT »

Les aires de grands passages

et les aires de grands rassemblements

Cadre législatif et réglementaire

• Loi du 5 juillet 2000 (article 4)

• Circulaire interministérielle du 5 juillet 2001

Objectif

Permettre à des groupes familiaux importants

(50 à 200 caravanes) de stationner pendant un

court séjour.

La réalisation des aires de grands passages est de

la responsabilité des communes désignées par le

schéma départemental d’accueil mais l’Etat peut

en assurer la maîtrise d’ouvrage.

Les terrains ne sont pas considérés comme des

lieux d’habitats permanents et peuvent être

situés sur des zones non constructibles. Ils sont

souvent plus éloignés des habitations communales

que les aires de moyens séjours. Ils doivent être

accessibles par des voies carrossables, alimentés

en eau et bénéficier du ramassage des ordures

ménagères.

Les aires de grands rassemblements concernent

beaucoup plus que 200 caravanes et sont

exclusivement de la compétence de l’État. Il s’agit

essentiellement de rassemblements religieux

traditionnels, une fois par an, souvent sur des

terrains militaires déclassés.

L’Association sociale nationale internationale

tsigane (ASNIT), fondée en 1975, œuvre sociale

du mouvement Vie et lumière, coordonne la

grosse majorité des grands passages. Un modèle

de convention ou « protocole d’occupation

temporaire » est accessible sur le site :

http://www.sieanat.fr/spip.php?article103

Plus sommaires dans leurs équipements, les aires

de grands passages ne sont utilisées que pour des

courts séjours par des groupes familiaux ou des

missions. Dans les régions septentrionales, elles

ne sont souvent ouvertes que du printemps à

l’automne. Équipements prévus pour un grand

nombre d’utilisateurs, ces aires doivent disposer

des fondamentaux d’une résidence même

temporaire, en particulier l’accès à l’eau courante,

à l’électricité (les Voyageurs ont souvent à leur

disposition un groupe électrogène), aux toilettes

publiques.

L’existence d’un interlocuteur reconnu par le

groupe, pasteur ou autorité familiale, facilite

le dialogue avec le gestionnaire et il y a peu de

conflits de voisinage. Les questions de propreté,

de déjections, de non-utilisation des toilettes, de

déchets en dehors des bennes à ordures… restent

la difficulté classique des gestionnaires.

64


L’éducation

L’éducation des enfants

Les enfants résidant en France, sédentarisés ou itinérants,

sont soumis à l’obligation scolaire de six à seize ans. Cette

obligation se heurte aux déplacements des familles mais

aussi au vécu scolaire parfois négatif des parents et à la

culture de l’oralité (les Voyageurs n’ont guère recours

à l’écrit entre eux). L’Éducation nationale a précisé les

modalités d’inscription et de scolarisation des enfants du

voyage dans une circulaire 58 .

Faciliter l’inscription des enfants à l’école

L’inscription scolaire pour l’école primaire est une

compétence municipale et les communes doivent veiller

à faciliter cette inscription. Le fait que l’hébergement

est provisoire sur le territoire de la commune ne doit pas

être un obstacle. La scolarisation s’effectue dans l’une des

écoles du lieu de stationnement.

La Haute autorité de lutte contre les discriminations et

pour l’égalité (HALDE) a été saisie de plusieurs refus

de scolarisation, « pour éviter la pérennisation de leur

installation sur la commune ». La HALDE « recommande

au ministre de l’Éducation d’évaluer le taux de scolarisation

des enfants de gens du voyage et, le cas échéant, les

conditions de cet accès à l’éducation. Elle recommande

sans attendre que soit rappelé le cadre de la loi et le droit

de chaque enfant présent sur le territoire d’une commune

à être scolarisé » 59 .

L’absence d’un ou plusieurs des documents nécessaires

pour l’inscription, le certificat de radiation de l’école

précédente par exemple, ne doit pas empêcher l’accueil

provisoire de l’enfant, en attendant la production des

documents manquants et l’inscription définitive.

Pour les villes ayant plusieurs écoles, la concertation

avec le chargé de mission de l’Inspection académique, le

Centre académique pour la scolarisation des nouveaux

arrivants et des gens du voyage (CASNAV), et les équipes

enseignantes, permettra de trouver les écoles pouvant

accueillir les enfants dans les meilleures conditions. Seront

58. Circulaire 2002-

101, Bulletin officiel de

l’Éducation nationale,

n°10, du 25 avril 2002

http://www.education.

gouv.fr/bo/2002/

special10/default.htm

59. Délibération n° 2007-

372 du 17 décembre 2007.

65


pris en compte : la proximité des lieux de stationnement des

familles, le nombre d’élèves par classe, l’existence d’aides

spécialisées aux élèves en difficulté, les mesures prises pour

l’insertion des enfants dans l’école, l’accès à la restauration

scolaire… Attention à ne pas regrouper tous les enfants,

s’ils sont nombreux, dans un même établissement.

L’école élémentaire

La préscolarisation, de trois à six ans, souhaitable pour

tous, n’est pratiquée que par les familles sédentarisées

et, dans un contexte culturel d’hyper-protection du petit

enfant, les familles hésitent à scolariser en maternelle.

Pour la scolarisation en école élémentaire, l’adhésion

des familles, qu’elles soient sédentarisées ou itinérantes,

est assez générale, mais, pour certaines d’entre elles,

l’objectif se limite à ce que les enfants sachent lire, écrire

et compter.

Un certain nombre de points favorables à une scolarisation

réussie sont rappelés aux enseignants dans les circulaires

des inspections académiques et des CASNAV : rassurer

les familles en visitant les locaux avec elles et les enfants

lorsqu’ils sont nouveaux dans l’école ; répartir les enfants

dans l’école en donnant une préférence au critère de

l’âge ; ne pas stigmatiser l’enfant ; mettre en valeur leurs

compétences et favoriser l’interculturel ; différencier

sans marginaliser ; donner des responsabilités aux plus

grands…

La mise en place d’un livret scolaire destiné à l’élève

et à ses parents permet de suivre l’enfant d’une école à

l’autre, d’évaluer ses savoirs et savoir-faire, de valoriser

sa progression.

Le collège et/ou l’enseignement à distance

La scolarisation dans les collèges est beaucoup plus

difficile : dès l’âge de douze ans, le jeune Rom est considéré

comme un adulte et doit participer à l’activité économique

de la famille. Les parents craignent les mauvaises

fréquentations, la drogue, une assimilation au monde des

Gadjé…

Ces difficultés ont été à l’origine du recours à l’enseignement

à distance.

66


Dès 1989, une résolution 60 adoptée par les ministres de

l’Éducation européens, demandait aux États membres

de promouvoir « l’expérimentation de l’enseignement

à distance, lequel peut mieux répondre à la réalité du

nomadisme ». Nomadisme ou non, il s’agissait d’une

heureuse initiative : l’éducation peut s’organiser loin des

écoles.

L’éducation des adultes

On n’éduque pas des Roms adultes. Sans le volontariat

et, plus encore, la demande des intéressés, aucune

alphabétisation ne connaîtra le succès. Car c’est

d’alphabétisation seulement qu’il s’agit. L’éducation, au

sens plein du mot, les Roms s’en chargent.

Le livre est l’outil indispensable dont le choix va être

déterminant. Son contenu ne peut être scolaire. Mieux

vaudrait que la vie des Voyageurs y soit évoquée (que ce

soit dans une BD, un livre de jeunesse, voire un roman de

Matéo Maximoff 61 ). La forme et le fond sont inséparables,

en l’occurrence.

Rien n’interdit le lien avec les apprentissages des enfants

(quand passe le camion-école, par exemple). Le recours au

bénévolat, l’appui sur les associations qui ont la confiance

des Voyageurs, le déplacement sur les lieux de vie,

l’individualisation, le choix d’horaires compatibles avec

les activités économiques : telles sont les conditions qui

rendent évidente la difficulté de cette action de formation.

Il ne faudra pas renoncer dès le premier échec. La

recherche de l’aide de Roms sachant lire et écrire est plus

qu’utile : leur chemin d’accès à l’apprentissage est peutêtre

réempruntable.

L’alphabétisation n’est peut-être pas l’éducation des Roms

mais elle est sûrement une possibilité de coéducation entre

adultes roms et Gadjé. Et c’est un facteur de paix sociale

auquel les élus locaux ont toutes raisons de s’intéresser,

ne fût-ce qu’en soutenant les associations, en ouvrant des

locaux proches des lieux de vie, en faisant acquérir des

livres par les bibliothèques municipales... Activité modeste

et peu spectaculaire, l’alphabétisation peut avoir des effets

profonds en rapprochant les habitants d’un même quartier.

Oser l’entreprendre est un acte citoyen.

60. Résolution 89/C 153/3

du 22.5.89, Journal

officiel des Communautés

européennes, n° C 153/3

du 21.6.89

http://www.cned.

re/gensduvoyage/

Fichier%20PDF/

Resolution%2089.pdf

61. Gérard Gartner (dit

Mutsa), Matéo Maximoff,

carnets de route, Éditions

Alteredit, 2006,

491 pages.

Matéo Maximoff (1917-

1999), né de père rom

kaldaras et de mère

manouche, vécut à...

Romainville !

67


Le CNED et les ASET

FICHE OUTIL N°5 « L’HABITAT »

68

Le Centre national

d’enseignement à distance

Créé en 1944, le CNED est un établissement

public du ministère de l’Éducation nationale qui

permet à des jeunes, dans l’impossibilité de suivre

une scolarité classique en raison notamment

d’une maladie ou d’un handicap, d’être scolarisés

à distance.

En France, c’est après la Résolution européenne

de 1989 que fut créé, en 1991, au sein du CNED,

au niveau collège, un poste spécifique pour la

scolarisation des enfants de Tsiganes et Voyageurs,

financé par la Communauté européenne.

La première à occuper ce poste fut une agrégée

romni, Jovhanna Bourguignon, rapidement

secondée puis remplacée par Elisabeth Clanet

dit Lamanit, formée en langue romani à l’Institut

national des langues et civilisations orientales

(INALCO).

La pédagogie du CNED pour cette population s’est

forgée au contact des associations de Voyageurs et

des Centres de formation pour la scolarisation des

enfants de migrants (CEFISEM), devenus depuis

2002 les CASNAV, très actifs auprès des Roms.

Les cours de mise à niveau privilégient une

ergonomie adaptée à l’espace de la caravane et

à la semi-autonomie de l’élève (cours maniables

regroupant toutes les matières sur un même

fascicule) et une pédagogie en harmonie avec les

représentations culturelles des gens du voyage en

matière d’instruction (évitant ce qui est ludique).

Un module « Cultures du Voyage » donne aux

élèves accès à leur Histoire aux travers de textes

juridiques, littéraires, poétiques et historiques.

Elisabeth Clanet, chargée de mission pour

la formation des gens du voyage au CNED,

constate cependant que la scolarisation à

distance, au niveau du collège, « n’est pas

parfaitement adaptée à la situation des familles

sédentarisées. Celles-ci… seraient sans doute

mieux soutenues dans un collège en bénéficiant

d’un accueil et d’un encadrement adaptés » 1 . Un

travail complémentaire avec les collèges doit être

privilégié. Des conventions permettent à certains

élèves du CNED d’être suivis quelques heures

dans un collège, d’y « mettre les pieds » pour la

première fois et d’apprivoiser ce collège. Mais

ceci suppose des moyens pour l’aménagement du

temps scolaire, le volontariat des enseignants,

des soutiens particuliers…

Elisabeth Clanet ne cache pas les limites de cet

enseignement à distance :

• l’élève est isolé face aux cours, la plupart des

parents étant dans l’impossibilité d’accompagner

leurs enfants dans leur travail scolaire ;

• même ergonomiques, les cours du CNED restent

difficiles à manipuler dans une caravane exiguë ;

• les délais d’expédition par la poste des

documents (contrôles, copies corrigées) pour

parvenir aux élèves, en constant déplacement,

sont très longs.

« Un accompagnement, au sein d’une structure

scolaire et par des personnes qualifiées, est

indispensable à l’intégration de ces jeunes

au collège et plus généralement au sein de la

communauté nationale. »

Les ASET 2

Les enseignants, membres de l’ASET (association

d’aide à la scolarisation des enfants tsiganes et

autres jeunes en difficulté), appartiennent à un

établissement public ou privé sous contrat.

Ils ont dans leur classe des enfants du voyage ou

se rendent sur différents lieux de stationnement

des Voyageurs pour accueillir leurs enfants.

Ils mettent tout en œuvre pour atteindre la

fréquentation en classe ordinaire. Ils utilisent

comme moyens : une antenne scolaire mobile (un

« camion école »), une pédagogie individualisée

qui vise l’efficacité dans un temps restreint, avec

des effectifs limités et variables, en lien avec

les familles, en partenariat avec l’Inspection

académique, les collectivités locales, les

associations, les CASNAV...

1. Elisabeth Clanet dit Lamanit, La scolarisation

des enfants du voyage au Centre national

d’enseignement à distance, Distances et savoirs,

Hors série, 2008.

http://www.distanceetdroitaleducation.org/.../

DS2008-HS-Clanet-dit-Lamanit.pdf

2. http://www.aset.asso.fr


La culture

La romanitude ou le romanipen, comme disent les Roms,

ne se réduit pas à des idées, ni même à la musique, si

essentielle soit-elle. La langue romani, certes, véhicule

l’histoire, les légendes, les mythes, les coutumes, les

traditions, les rapports entre communautés unies et

distinctes, mais, là encore, tout n’est pas dit.

Il existe une « philosophie pratique », indicible, qui permet

aux Roms une résilience à nulle autre pareille, une

résistance à l’épreuve, qui leur a permis de ne pas sombrer,

jusqu’ici, dans l’anéantissement promis à tous les peuples

victimes d’un ethnocide 62 . Réussir à ne pas vivre comme les

Gadjé, condition sine qua non de la survie culturelle, c’est

plus qu’un savoir, c’est un art.

Il y a d’innombrables artistes chez les Roms : des

musiciens, des peintres, des danseurs, des hommes et

femmes du cirque, des comédiens, voire des écrivains tel

Matéo Maximoff, mais leur art est également ailleurs,

un art de vivre que nous définissons mal et qui les porte

collectivement.

La culture rom est donc bien davantage que tout ce qui en

fait l’éclat et la curiosité. Cela n’interdit point de goûter le

jazz manouche de Django, même si tous les Manouches ne

sont pas guitaristes, le violon tsigane des pays de l’Est même

si tous les Tsiganes de Budapest ne sont pas violonistes,

les fanfares de Serbie même si tous les Roms de Serbie

ne sont pas percussionnistes, les chanteurs de flamenco

gitans mêmes si tous les Gitans et Gitanes espagnols ne

sont ni danseurs ni chanteurs, le cirque Romanès même

si tous les Sintés ne sont pas des Boglioni. Etc. « La vie de

Bohème » est un beau rêve de liberté même si la vie des

Roms n’a rien d’un rêve.

Les Roms sont culturellement insaisissables. Ainsi, rares

sont les Roms athées, même s’ils ont pu passer pour

tels quand ils n’obéissaient pas à l’Église. On trouve, en

Europe, des Roms catholiques, orthodoxes, protestants,

musulmans. L’identité rom trouve à s’exprimer dans les

grands rassemblements où s’interpénètrent les chants

religieux et profanes. Si le rachaï (le prêtre, toujours

un Gadjo) a souvent laissé la place au pasteur (toujours

62. Pierre Clastres a

vulgarisé ce mot. « Le

génocide assassine les

peuples dans leur corps,

l’ethnocide les tue dans

leur esprit », écrit-il. Il

faut lire en entier cet

article éclairant.

http://www.persee.

fr/web/revues/home/

prescript/article/

hom_0439-4216_1974_

num_14_3_367479#

69


un Tsigane), c’est surtout parce que c’est au sein de la

communauté que se trouvent ceux qui peuvent concilier la

foi des Roms, leur être profond, et leur immersion dans la

collectivité qui les entoure.

On trouvera, et c’est un signe de vitalité culturelle, de

multiples sites où s’expriment la diversité et l’unité du

peuple rom. Il suffit, pour s’en convaincre, d’aller, par

exemple, sur le site Cultures tsiganes 63 , sur celui du

peintre Gabi Jimenez 64 ou du cinéaste Tony Gatliff 65 , parmi

cent autres. Chaque fois, on y trouve une esthétique et un

récit, une expression qui parle à tous, par sa beauté et son

contenu. La culture rom est universelle et particulière :

cela se voit et s’entend. Nous nous y retrouvons au dehors

et à l’intérieur, tout à la fois. C’est une œuvre d’art.

Que faire quand on est en présence de ce foisonnement ?

Un élu, une association locale peut lui donner à s’exprimer.

Ils seront rarement déçus. Si les Gadjé sont séduits, sans

saisir tout le message, souvent poignant, qu’expriment les

chanteurs, danseurs, musiciens, plasticiens, gens du cirque

et du théâtre, simples artisans, etc., les manifestations,

spectacles, concerts et autres expositions offrent des

occasions de rencontres à nulle autre pareille. À elles

seules, elles permettent de « se supporter » avant même

de se rapprocher et de s’entendre. Et même si la culture

tsigane n’est pas totalement là, elle laisse passer un appel

à la vie assez bouleversant pour que chaque ville, chaque

quartier de France sache qu’il y a une partie du mystère de

l’homme à ne pas sacrifier chez les Roms.

63. http://www.

cultures-tsiganes.org

64. http://www.les-arts.

net/jimenez

65. http://www.

myspace.com/gatlif

66. Jacqueline

Charlemagne, « Politiques

sociales, exclusion,

santé », Études tsiganes,

n° 14, p.10-33, « Tsiganes

et santé : de nouveaux

risques ? »

Consultable sur http://

www.etudestsiganes.

asso.fr/tablesrevue/

indextexteintegral.

html

La santé

Dès son numéro 14, la revue Études tsiganes 66 insistait

sur les conséquences du mode de vie des Voyageurs pour

leur santé. En effet, il est des préjugés selon lesquels,

pour les Roms vivant en habitat mobile, vivre « dans la

nature » serait vivre en bonne santé, mais vivre dans la

mobilité risquerait de propager et « faire attraper » toutes

les maladies.

La réalité est plus simple et plus cruelle : c’est la précarité

qui est la cause de la moindre espérance de vie des Voyageurs.

Ils le savent. Ils recourent aux soins hospitaliers.

70


Mais ils mangent mal. La lutte pour l’hygiène, à cause

du manque d’accès à l’eau, est quotidienne. En 2010,

des Voyageurs n’ont encore d’autre solution que d’aller

chercher leur eau à pied. Ils sont installés dans des lieux

insalubres (à proximité des déchetteries, par exemple) ou

dangereux (au bord des routes). La mortalité accidentelle

est plus importante que celle des Gadjé.

La menace permanente de se faire expulser constitue aussi

l’une des causes de troubles dus au stress. Des conduites

addictives (observées dans les PRAPS 67 ) peuvent être

associées à certaines exclusions. La consommation de

drogues dures reste certes marginale chez les Tsiganes

en France, mais la dépendance aux antidépresseurs est

fréquente.

La santé des Tsiganes est caractérisée par le bon état

des jeunes enfants, souvent bien protégés dans leurs

familles, mais par l’usure rapide des adultes. On ne vit

pas impunément loin de l’organisation sociale sans en

payer le prix dans son corps. « Les services sanitaires,

hôpitaux, maternités, dispensaires, consultations de

planning familial, pouponnières, pharmacies perçoivent

les Tsiganes comme une catégorie de population à part

avec une culture particulière qui s’oppose souvent à toute

prescription médicale ou traitement », relevait Jacqueline

Charlemagne. En effet, pour les Voyageurs, confier sa santé

au personnel soignant gadjé ne va pas sans réticences.

La solidarité des familles est étroite, que ce soit pour

payer les frais des soins ou pour accompagner les malades

dans les hôpitaux. Cela surprend, et parfois inquiète,

infirmiers et médecins. En fin de vie, le malade n’est pas

laissé à l’abandon. L’entourer étroitement, dans le cadre

hospitalier, ne s’effectue pas toujours sans tensions.

Il importe aussi de s’interroger sur ce qu’est « une population

en situation de vulnérabilité sociale ». Cette discrimination

qu’on trouve dans des documents officiels est-elle positive ?

L’expression contient un message subliminal : les Roms se

mettent et nous mettent en danger, parce qu’ils transportent

des maladies et ne bénéficient pas des soins obligatoires.

Comme si la vulnérabilité, les risques encourus n’avaient

d’autre cause que le comportement des intéressés ! Dans

La santé des gens du voyage 68 , il est établi que l’accès au

logement et à la citoyenneté constituent un enjeu sanitaire.

67. Programmes

régionaux d’accès à

la prévention et aux

soins, en direction des

personnes en situation de

précarité. Qu’est-ce qu’un

PRAPS ?

Voir http://

galaxiejeunesse.

injep.fr/pros/fiche.

php?id=281

68. La santé des gens du

voyage. Comprendre et

agir, groupe de travail

Santé des Gens du

voyage, Réseau français

des villes-santé de l’OMS,

2009.

71


« Ce qui est en cause, y lit-on, ce n’est pas l’habitat mobile

en soi, jugé précaire, mais le traitement qui lui est accordé

par les pouvoirs publics ». Autrement dit, que la caravane

ne soit pas considérée comme une habitation interdit de

l’installer, l’aménager, la déplacer, la financer, l’assurer,

de telle façon qu’elle constitue un lieu de vie sécurisé,

stable, banal, reconnu, où la santé physique et mentale

des membres de la famille puisse bénéficier d’un logis

« hospitalier ».

Plus de quarante associations, membres de la FNASAT 69 ,

effectuent un travail d’accompagnement auprès des

Voyageurs. Elles jouent un rôle déterminant. C’est là que

Roms et Gadjé coopèrent le mieux. Elles complètent et

souvent suppléent, ou soutiennent, les centres communaux

d’action sociale (CCAS), ou autres services, perplexes et

embarrassés face à ce public qui s’adresse à eux mais sans

« s’intégrer » dans les dispositifs habituels.

Les activités économiques

Vers d’autres métiers artisanaux

Il était des métiers traditionnels : rempailleurs de chaises,

affûteurs de couteaux et ciseaux, vanniers, éleveurs de

chevaux, montreurs et dresseurs d’animaux sauvages,

lecteurs des lignes de la main... C’était au temps où la vie

rurale dominait encore la société. C’était au temps où la

main-d’œuvre de passage avait son utilité. C’était au temps

où l’on trouvait toujours à s’employer, fût-ce pour quelques

jours, si l’on avait des muscles et du courage.

69. Fédération nationale

des associations solidaires

d’action avec les Tsiganes

et les Gens du voyage.

La FNASAT fédère

plus de 80 associations

et organisations en

France. On en trouve la

liste nominative et les

adresses sur le site http://

www.fnasat.asso.fr/

actionsassoc/sante.

html

Cette époque est révolue. Il en reste des souvenirs, de

célèbres tableaux d’artistes et un mythe : celui du Tsigane

au travail auprès de sa roulotte ou au bord du cours d’eau.

Le Gitan de la chanson qui « était un grand musicien »,

le Vitalis du roman Sans famille portant son spectacle de

village en village, les verdines d’où l’on attend le client à

l’occasion du pèlerinage des Saintes-Maries de la Mer, ce

n’est pas tout à fait fini, mais ce n’est pas ce qui fait vivre

la majorité des Gitans, Manouches et autres Sintés : les

Roms de France.

72


Les Roms ne courent pas pour autant vers les usines.

Artisans, il coupent les haies, recouvrent les toits,

élaguent les arbres, font des jardins, vendent des draps,

des matelas, des chaises sur les marchés. À la saison

des cueillettes, ils se louent pour ramasser les fruits,

font les vendanges. On trouve encore quelques fondeurs

d’étain mais la récupération des métaux et leur revente

chez les ferrailleurs est plus lucrative. Savoir récupérer

ce qu’abandonnent les Gadjé, le soir où l’on dépose « les

grosses » pour la collecte mensuelle des encombrants qui

n’ont pas été amenés en déchetterie, c’est bien plus qu’un

savoir-faire, c’est un métier. Les nuits sont courtes pour

ceux qui fouillent, choisissent, font un pré-tri, courent pour

arriver avant leurs concurrents, évitent d’étaler (ne pas

perturber permet d’être accepté comme prédécesseurs des

éboueurs).

Les activités économiques qui nourrissent les familles ne

sont pas toutes sans danger. Les risques à grimper dans

les arbres ou sur les toits, désincarcérer les moteurs de

machines à laver ou de réfrigérateurs, enlever les gaines

des câbles électriques, réparer les voitures souvent sans

matériel professionnel..., ne sont pas minces ! Le prix

de la liberté dans le travail se paie parfois très cher. À

cela s’ajoute la manipulation de produits polluants, qu’il

s’agisse des cartouches d’encre épuisées, des huiles de

vidange, des déchets électroniques, piles... Sans compter,

pour les chineurs, les risques de plonger les mains dans

certaines poubelles où verres brisées, produits nocifs,

détritus corrompus sont mêlés sans réel souci pour la santé

des personnes en contact avec les ordures ménagères.

Des activités d’avenir ?

C’est dans des décharges publiques que les chiffonniers

d’Emmaüs ont commencé à récupérer des objets de toute

sorte. Ces premiers compagnons auxquels la société n’avait

pas consenti de place ont créé une activité économique

qui leur a permis de vivre sans aides ni subventions.

Aujourd’hui, ils récupèrent, trient, réparent, valorisent et

remettent leur collecte dans le circuit économique. Leurs

bric-à-brac sont courus par des chineurs et une foule de

brocanteurs professionnels. Ils ont, en somme, inventé il

y a plus d’un demi-siècle une activité d’aujourd’hui. Ce fut

un acte fondateur.

73


Les Roms entrent dans cette logique sans peine. « Vivre

sur le dos des Gadjé » ne signifie pas nécessairement qu’on

les gruge ou qu’on les vole. Ce qui est abandonné ou rejeté,

et qui est pourtant récupérable et recyclable, représente

une immense richesse cumulée. Laisser faire et même

approuver ces « collectes privées » et nullement sauvages

constitue, pour les villes, un moyen de « donner du travail

à ceux qui n’en ont pas », de valoriser une tâche ingrate

qui évite l’encrassement des cités, bref, l’avenir étant à la

récupération et à la réutilisation des déchets, faire valoir la

pratique des Voyageurs chineurs et ferrailleurs peut créer

des liens entre eux et les services techniques des mairies.

70. Pour exercer une

activité ambulante, une

carte professionnelle est

nécessaire (LME 4 août

2008 ; c. com. art. L. 123-

29 et R. 123-208-2 à R.

123-208-8).

Le décret 2009-194

du 18 février 2009

prévoit les conditions

et les modalités de

délivrance de cette

« carte permettant

l’exercice d’une activité

commerciale ou artisanale

ambulante ».

Un arrêté du 21 janvier

2010 complète le code du

commerce de plusieurs

articles, apportant les

précisions nécessaires à

la mise en œuvre de cette

obligation.

http://www.infoentrepriseslr.fr/

themes/creer_

reprendre/cadre_

juridique/commercant_

ambulant

Encore faut-il que ce soit voulu et pensé. Il n’est pas

question de laisser les trottoirs jonchés par les restes des

fouilles effectuées. Il n’est pas question, non plus, que les

déchetteries récupèrent tout et ne laissent plus rien de

rentable qui soit accessible aux récupérateurs individuels.

Les entreprises doivent ne pas tout accaparer quand

l’activité produit des profits. C’est le meilleur moyen,

sinon, de pousser les familles vers des activités illicites.

La délinquance, que les Roms ne sont ni les seuls ni les

premiers à connaître, est ce que la misère déclenche et

justifie. Disposer de revenus fait chuter la délinquance.

Il est, bien entendu, d’autres activités économiques

qui ne sont pas propres aux Roms et notamment les

métiers musicaux ou artistiques. Quant aux « activités

ambulantes », elles débordent les métiers de forains

toujours concernés par la loi de 1969. On se reportera

aux textes récents qui en traitent (car les commerçants

et artisans ambulants disposent d’un domicile ou d’une

résidence fixe depuis plus de 6 mois) 70 .

La citoyenneté

Le Rom français n’est pas un citoyen comme les autres. Il

a des papiers spécifiques, et les règles d’inscription sur les

listes électorales lui sont aussi particulières.

Les titres de circulation

En 1969, le carnet de circulation, pour la majorité des

Voyageurs, et le livret de circulation, pour ceux qui peuvent

74


justifier de ressources suffisantes, ont remplacé le carnet

anthropométrique d’identité. Ils doivent être visés tous

les trois mois pour le carnet ou tous les ans pour le livret

par un commandant de gendarmerie ou un commissaire

de police nationale 71 . Seuls les gens du voyage inscrits au

Répertoire des métiers ou au Registre du commerce ont

un livret de circulation spécial, non soumis à l’obligation

de visa. Le défaut de carnet de circulation est puni d’une

peine de prison allant de trois mois à un an. L’absence de

livret n’est punie que d’une amende.

La HALDE a estimé que ces moyens de contrôle étaient

disproportionnés et contraires aux stipulations de la

Convention européenne des droits de l’Homme et de

la Déclaration universelle des droits de l’Homme 72 . La

Haute autorité remarque que « tout citoyen français a la

possibilité d’aller et venir librement sur le territoire, sans

avoir à présenter un document… » et recommande au

gouvernement de revoir les conditions de délivrance du

carnet de circulation et d’éliminer l’obligation de le faire

viser.

Cette discrimination est une séquelle de la loi raciste de

1912. Elle a été dénoncée à de nombreuses reprises et,

le 6 mai 2010, lors de la première cérémonie, à Lyon, de

commémoration de l’internement des Tsiganes français,

les députés socialistes, Jean-Louis Touraine et Pierre-

Alain Muet, ont annoncé leur volonté de déposer une

proposition de loi visant à supprimer ces carnets de

circulation. La disposition est d’autant plus anachronique

que nombre de commerçants refusent de reconnaître les

titres de circulation comme pièces d’identité pour valider

un paiement par chèque.

La carte nationale d’identité devrait suffire aux Roms,

comme aux autres Français, pour prouver leur identité.

Or l’obtention de cette carte est parfois difficile pour un

Voyageur et, sur la carte, l’adresse qui correspond à la

commune de rattachement avec la mention SDF stigmatise

et rend identifiable immédiatement la personne comme

étant un-e Français-e pas comme les autres. La mention

de l’adresse devrait disparaître des cartes d’identité

nationale, d’autant qu’elle n’est pas mise à jour entre

deux renouvellements et qu’en pratique, pour beaucoup

de personnes, elle ne correspond plus à la réalité. La

HALDE invite le gouvernement « à prendre des mesures

71. Article 10 de la loi du

3 janvier 1969.

72. Délibération n° 2007-

372 du 17 décembre 2007.

75


immédiates et concrètes pour permettre aux gens du

voyage qui n’en disposent pas de se voir délivrer une carte

nationale d’identité, ce document ne devant comporter

aucune mention faisant indirectement apparaître l’origine

des personnes concernées » 73 .

Le droit de vote

La loi de 1969 définit les conditions d’inscription des gens

du voyage sur les listes électorales 74 et indique notamment

que cette inscription n’est possible que « sur la demande des

intéressés, après trois ans de rattachement ininterrompu

dans la même commune ».

Or, par ailleurs, le code électoral 75 prévoit que les « citoyens

qui ne peuvent fournir la preuve d’un domicile ou d’une

résidence et auxquels la loi n’a pas fixé une commune de

rattachement » sont inscrits sur la liste électorale de la

commune où est situé l’organisme d’accueil dont l’adresse

figure depuis au moins six mois sur leur carte nationale

d’identité. Bref, pour être inscrit sur les listes électorales,

mieux vaut être SDF que Voyageur !

Il s’agit d’une discrimination manifeste, dénoncée, elle

aussi, à de nombreuses reprises, et récemment encore

par la HALDE, qui recommande « en premier lieu la

modification de la loi de 1969 et du code électoral afin qu’il

soit mis fin à l’exigence d’un rattachement de trois années

à une commune pour les gens du voyage, alors même qu’un

rattachement de six mois seulement est exigé pour les

sans-domicile fixe ».

73. Délibération de

la HALDE, op. cit.

Recommandations, p. 6,

point 39.

http://www.halde.fr/

IMG/pdf/Deliberation_

de_l a_HALDE.pdf

74. On peut consulter

le texte de loi en son

entier sur http://www.

legifrance.gouv.fr/

affichTexte.do?cidTe

xte=JORFTEXT00000

0317526&categorieLi

en=cid

75. Article L15-1 du code

électoral.

En restant dans la légalité des textes actuels, les communes

peuvent mener une politique volontariste d’incitation à

l’inscription sur les listes électorales des gens du voyage

qui leur sont « rattachés ». C’est une manière de les

reconnaître comme des citoyens à part entière, même si

ce geste n’aura souvent pas d’incidence immédiate sur la

participation aux processus électoraux. Jusqu’à présent,

seuls des Voyageurs sédentarisés exercent leurs droits

civiques et certains d’entre eux sont élus dans des conseils

municipaux.

Représentativité et concertation

En dehors des commissions consultatives départementales

76


prévues par les lois Besson, des structures de concertation

peuvent être mises en place par les communes ou les

agglomérations. Comme ceux existant déjà pour certaines

catégories de population (jeunes, personnes âgées, immigrés,

habitants d’un quartier…), ces conseils ou commissions

extra-municipales 76 permettent, par un dialogue régulier,

de mieux connaître les difficultés rencontrées, les besoins

et de chercher à améliorer le « vivre ensemble » avec tous

les autres citoyens.

76. Sur le fonctionnement

des commissions extramunicipales,

voir le

rappel de La Gazette des

communes :

http://infos.

lagazettedescommnes

.com/31587/fichen%C2%B0-6-lefonctionnement-duconseil-municipal

Et sur les comités

consultatifs, le code

général des collectivités

territoriales :

http://www.

legifrance.gouv.fr/

affichCodeArticle.do ;js

essionid=64049ACCE54

12D4EC4005F16C22BC

689.tpdjo05v_2cidTexte

=LEGITEXT0000060706

33&idArticle=LEGIAR

TI000006390130&dateT

exte=20100613&categor

ieLien=cid#LEGIARTI0

00006390130

77


AGIR AVEC

LES ROMS ÉTRANGERS

3


Les Roms étrangers, présents en France, sont citoyens de

l’Union européenne (Roumains et Bulgares) ou ne le sont

pas (Kosovars, Bosniaques...).

Deux politiques différentes sont à promouvoir : l’une

accorde aux citoyens de l’Union, notamment Roumains,

tous les droits auxquels ils peuvent prétendre depuis

janvier 2007, et l’autre permet d’accueillir des étrangers

non communautaires dans des conditions respectueuses

du droit international. Dans le premier cas, on est en

présence de 10 000 à 15 000 personnes ; dans le second,

probablement moins de 1 000 personnes sont concernées.

Il convient d’insister, encore une fois, sur la nécessité

d’une distinction formelle entre Roms de France et Roms

en France. Plus on rapproche les problématiques, plus il

faut en relever les différences. On peut appartenir à une

même famille sans faire partie de la même fratrie. Par

leur nombre, leur nationalité, leur convictions, les Roms de

France (qu’ils soient Sintés-Manouches ou Kalés-Gitans)

ne peuvent être confondus avec les Roms en France plus

de vingt fois moins nombreux, étrangers, et n’ayant pas la

même approche du voyage.

L’appellation européenne officielle (Roms) ne dissout pas

toutes les populations tsiganes ou voyageuses dans un

même ensemble indifférencié. Au contraire, ce qui fait

l’originalité des Roms, c’est qu’on ne peut ni les fondre

ni les confondre. La « nation sans territoire » n’est pas

uniforme et les Roms de France sont très attachés à leur

état de Français.

Agir avec les Roms étrangers nécessite de tenir compte de

toutes ces nuances auxquelles un Français est mal préparé

tant le concept d’État-nation (né en France) le prédispose à

associer État, territoire et nationalité sans prise en compte

des minorités, qu’elles soient régionales ou nationales. C’est

la dimension européenne de la question rom qui permet le

mieux d’en marquer la diversité et l’unité, tout à la fois, et

d’échapper à tout risque de confusion. La plus nombreuse

des minorités du continent n’est pas destinée à vivre dans

un même État. Le penser serait même dangereux pour ce

peuple composite.

80


L’accueil

Peut-on parler d’accueil des Roms, en France ? Non, car

tout est entrepris pour encourager des retours 77 au pays.

Oui, car c’est une obligation à laquelle la France est

soumise en tant qu’État de l’Union européenne.

Il ne faut pas confondre l’aide au retour volontaire (elle

ne concerne pas les Roms roumains) et l’aide au retour

humanitaire (qui « s’adresse principalement aux étrangers,

y compris d’origine communautaire, réguliers ou non,

mais qui sont en situation de dénuement ou de grande

précarité »). Autrement dit, un Rom serbe peut prétendre

à la première, un Rom bulgare à la seconde.

Le retour volontaire correspond à l’acceptation de quitter

la France parce qu’on y est en situation irrégulière et sous

le coup d’une décision administrative d’avoir à partir 78 ,

tandis que le retour humanitaire s’applique aux personnes

manquant de revenus pour pouvoir vivre en France, même

s’ils ont le droit d’y séjourner... S’élevant entre 200 euros et

300 euros par personne, cette aide est moins importante que

l’aide au retour volontaire 79 , le pays de retour bénéficiant

déjà d’aides européennes.

Ainsi, au 31 octobre 2008, sur 7 862 personnes ayant

bénéficié de cette aide, 7 028 étaient roumaines. Écrasante

majorité d’où il ressort qu’alors près des trois quarts des

Roms roumains seraient retournés au pays ! On peut en

douter : comment se fait-il que le nombre de Roms en

France n’ait guère changé ? Y a-t-il eu des retours vers

la France ? Des remplacements ? Ou a-t-on donné des

informations inexactes ? Il n’est pas interdit d’affirmer

qu’on a « fait du chiffre » sans souci excessif de vérité.

L’OFII (Office français de l’immigration et de l’intégration)

a succédé en 2009 à l’ANAEM (Agence nationale de l’accueil

des étrangers et des migrations). Établissement public et

opérateur d’une politique sous la tutelle du ministère en

charge de l’immigration, l’OFII précise ainsi son rôle :

« Ce n’est que récemment que le concept d’intégration

des étrangers vivant en France s’est imposé ; il oriente à

présent leur accueil et leur suivi pendant une période de

cinq ans après leur arrivée sur le sol français ». L’accueil

n’est donc plus un but mais la conséquence d’une politique

77. http://www.ofii.

fr/retourner_dans_

son_pays_57/index.

html?sub_menu=7

78. Par refus de séjour

ou de renouvellement de

titre de séjour entrainant

une invitation à quitter

le territoire français

(IQTF) ou une obligation

à quitter le territoire

français (OQTF).

79. http://www.senat.fr/

rap/l08-099-315/l08-099-

3159.html

81


d’intégration redéfinie et sévère qui limite strictement

l’accès au territoire français 80 .

On peut, néanmoins, parler d’un accueil, en quelque

sorte obligatoire et nécessaire depuis que la reconduite

à la frontière 81 , par contrainte ou par persuasion, n’est

envisageable qu’en cas de délinquance avérée. La présence

parfois ancienne, datant des années 1990, de Roms restés

dans la précarité, mais ayant fini par obtenir un titre de

séjour, n’a pas conduit vers leur insertion complète. D’une

part, le maintien des familles dans un habitat instable

et regroupé a conduit à des installations illicites, d’autre

part, le manque d’emploi a fragilisé le séjour, contraint

au travail au noir, bref a éloigné les conditions d’un bon

accueil.

80. Se reporter au cahier

juridique « Les droits

des citoyens de l’UE

et de leur famille »,

publié par le GISTI :

http://www.gisti.org/

publication_pres.

php?id_article=1815

81. L’APRF (arrêté

préfectoral de reconduite

à la frontière) est une

mesure d’autorité,

difficile à mettre en

œuvre et susceptible

d’être contestée devant

le tribunal administratif,

depuis janvier 2007.

Voir la définition de la

reconduite à la frontière

des étrangers concernés :

http://vosdroits.servicepublic.fr/F11954.xhtml

82. Des accords signés

de réadmission avec le

nouvel État du Kosovo

« pays sûr » conduisent

au retour forcé de Roms

réfugiés en Suisse,

Allemagne, Belgique

ou France. Voir http://

www.gisti.org/spip.

php?article1778

Comme les aires permanentes d’accueil prévues par la loi

Besson ne sont ni réglementairement, ni de fait, accessibles

aux Roms étrangers, l’accueil, ou plutôt la tolérance, passe

par des hauts et des bas. Le droit de vivre en France fût-il

acquis, la possibilité de séjourner est constamment remise

en question. D’autant que, sur un même terrain, peuvent

se regrouper des familles de statuts différents, issues de

mêmes régions, voire de mêmes villages, à l’Est de l’Europe,

mais arrivées à des dates différentes et ne disposant pas

des mêmes autorisations de séjour.

La transposition de la directive européenne, dite « directive

retour », de 2008, (sur les « normes et procédures

communes applicables dans les États membres au retour

des ressortissants de pays tiers en séjour irrégulier »)

pourrait prendre la forme d’une nouvelle loi relative à

l’immigration, à l’intégration et à la nationalité influençant

profondément la pratique de l’éloignement des étrangers,

Roms ou pas...

Comme on le voit, l’accueil des Roms étrangers est relatif.

On navigue entre le refus et l’acceptation du séjour pour

les ressortissants de l’Union. On « évacue » la question,

certes marginale, de la présence de Roms étrangers « noneuropéens

», en les renvoyant notamment vers les États

de l’ex-Yougoslavie où il est affirmé qu’ils ne courent plus

aucun danger (ce qui, pour les familles venues du Kosovo 82 ,

n’a rien de certain !).

82


L’accueil ne dépend pas des seules dispositions

administratives. Les collectivités locales se contenterontelles

de déplacer les Roms vers les marges lointaines

des cités ou vers des villes voisines ? Les associations

de soutien aux Roms étrangers n’en peuvent plus de

compenser l’indifférence ou l’hostilité des pouvoirs publics

par des actions de solidarité, certes indispensables mais

qui ne peuvent qu’accompagner les familles sans fournir

de solution évolutive et pérenne. Dans un contexte

économique fragile, les Roms sont de plus en plus en

danger. Les accueillir, c’est contribuer à les sauver.

L’exemple d’Indre (44610), dans la banlieue nantaise

En octobre 2009, des familles

roms roumaines ont installé une

cinquantaine de caravanes sur une

friche industrielle de la commune

d’Indre (3 700 habitants). La majorité

municipale a permis à ces familles

de passer l’hiver dans des conditions

acceptables, avec accès à l’eau, à

l’électricité et benne à ordures. Les

riverains ont été tenus informés. Une

association locale de soutien s’est

créée. L’hiver a été traversé sans

troubles. Un débat reste ouvert dans

la population 1 .

1. http://www.presseocean.fr/actu/actu_

detail_-Les-Roms-au-coeur-du-conseil-

_40310-1150390_actu.Htm

L’habitat

Le retour des bidonvilles

Qui approche les Roms étrangers constate que le

regroupement de caravanes pratiquement hors d’état

de rouler, la « cabanisation », organisent leur habitat

en bidonville. S’il en est qui ont pu se loger dans des

appartements, ou qui ont squatté une habitation

abandonnée, le plus souvent les Roms installent

des campements improvisés et s’abritent dans des

hébergements très provisoires, promis à des déplacements

fréquents, voire à des destructions successives.

Le bidonville n’est pas un phénomène inconnu en France.

Dans les années 1960, des bidonvilles géants ont servi de

lieux de vie à des immigrés européens (Portugais le plus

83


souvent) ou nord-africains (Algériens, principalement).

Mais aujourd’hui, le temps des migrations massives est

révolu, les bidonvilles avaient disparu, les Roumains sont

beaucoup moins nombreux que les immigrés d’hier, l’appel

à la main-d’œuvre a cessé et l’Union européenne s’est

agrandie, non seulement au Portugal mais à la Roumanie.

La présence de ces îlots d’habitats précaires choque

davantage que voici un demi-siècle. Elle est un marqueur

de la grande pauvreté au cœur d’une Europe qui se pensait

en marche vers le confort général.

Ces caravanes rassemblées font penser aux « gens

du voyage ». Bien à tort ! Non seulement les Roms de

Roumanie n’ont pas amené de caravanes (il n’y en a pas

à l’Est de l’Europe), mais ils sont sédentaires. Les Roms

étrangers ne sont pas des « gens du voyage », et c’est à

peine s’ils savent parfois atteler une caravane (ce qui a

pu entraîner des accidents funestes). Les campements

sont des villages reconstitués. Y vivent des hommes et des

femmes, souvent jeunes, qui ont quitté les mêmes localités

où ils se connaissaient déjà.

Quel est le statut de cet habitat-bidonville ? Lors des

procès où se jugent les demandes d’expulsion, il n’est pas

rare qu’on fasse référence aux textes concernant l’habitat

mobile, la loi de 1969 ou la loi Besson II. Cela conduit à des

décisions cocasses ou irritantes. Ici un tribunal relève que,

pour pouvoir obtenir le départ des caravanes, la commune

doit avoir construit son aire d’accueil (alors que les Roms

ne peuvent y avoir accès) ; ailleurs, un autre tribunal

justifie l’expulsion par des considérants relatifs aux « gens

du voyage » (ce qui ne les concerne pas).

La réalité est que les Roms s’installent sur les friches

et délaissés urbains, les friches rurales ou les espaces

« laissés en jachère », ainsi que dans les zones non encore

reconverties pour cause de pollutions. Un sol vacant est

accessible ; il n’en est pas moins, en droit, interdit, par des

occupants sans droit ni titres.

Les villages d’insertion

Quelle réponse apporter alors à cette impossibilité de

« s’installer provisoirement quelque part » ? Depuis

2006, des « villages d’insertion » ont été mis en place,

en particulier dans plusieurs communes de la banlieue

84


parisienne, à Saint-Ouen, Bagnolet, Aubervilliers,

Montreuil et Saint-Denis ou dans la région bordelaise 83 ,

pour des Roms bulgares. Plutôt ça que rien ? La controverse

n’a pas tardé.

Gérés par une convention MOUS (maîtrise d’œuvre urbaine

et sociale) conclue entre la préfecture, la municipalité et une

entreprise d’insertion sociale, ces « villages » accueillent

peu de familles. L’effort des villes reste bridé par les

charges budgétaires mais aussi par les exigences imposées

aux familles, choisies en nombre limité et astreintes, en

principe, à des critères précis (Les Roms doivent prouver

qu’ils maîtrisent le français, qu’ils disposent d’un emploi et

que leurs enfants sont scolarisés. S’ils répondent à tous ces

critères, ils pourront bénéficier d’un logement en caravane

ou en bâtiments préfabriqués, pour une durée maximale

de 3 ans...).

La Voix des Rroms dénonce le caractère stigmatisant des

villages d’insertion, conçus pour les seuls Roms : ce ne sont,

« ni plus ni moins que des camps de semi-internement

destinés à parquer une communauté qui effraie », tranche

son président, Samir Mile, qui ajoute : « Les difficultés ne

viennent pas du fait d’être Rrom, mais de l’errance forcée,

de l’habitat indigne et du manque d’emploi dont souffrent

des personnes de toutes origines et de toutes cultures » 84 .

Des maires de Seine-Saint-Denis ont suspendu leur

participation financière 85 aux villages d’insertion, le

1 er avril 2010, pour protester contre l’abandon du dossier

par l’État qui vise plutôt, à en juger par la multiplication

des expulsions ces dernières années, à obtenir le maximum

de départs de France.

La ville de Montreuil, qui a une longue histoire commune

avec les Roms 86 , et qui s’est engagée dans la plus importante

des MOUS, pour un budget d’un million d’euros, veut

échapper à ces critiques, auxquelles s’ajoutent, à l’inverse,

celles d’habitants hostiles aux Roms eux-mêmes. On lui

oppose que des enfants roms dans les écoles vont faire

baisser le niveau scolaire, que le voisinage des parents est

la cause de la baisse du prix des pavillons. Le Syndicat des

eaux d’Île-de-France lui refuse même, malgré deux décisions

de justice, de laisser un terrain vide à la disposition d’une

installation temporaire de Roms. Rien n’est simple : quand

une juste volonté politique s’exprime, elle peut se heurter

83. http://www.

sudouest.fr/2010/05/06/

l-etat-entre-la-mous-etl-urgence-84230-2780.

php

84. http://infos.

lagazettedescommunes

.com/25513/le-debatsur-les-villagesd%E2%80%99insertiondedies-aux-rroms-secristallise-a-montreuil/

85. http://www.

aubervilliers.fr/

actu5598.html

86. Béatrice Jaulin, Les

Roms de Montreuil 1945-

1975, éditions Autrement.

85


à des obstacles qui défigurent son projet initial. Montreuil

recherche, du reste, des solutions nouvelles, ne fût-ce que

parce que le gardiennage représente 75 % du budget du

village d’insertion.

Le village d’insertion sera-t-il aux Roms étrangers ce que

sont les aires d’accueil pour les « gens du voyage » ? Non

seulement on peut en douter, mais ce n’est pas souhaitable.

Les villages d’insertion, bien différents d’une ville à l’autre,

ne recouvrent qu’une petite partie des besoins et, aussi,

isolent les Roms des autres habitants ainsi que des autres

Roms. Serait-ce donc l’impasse ? Les réponses contiennent

de surprenantes nuances : pour certaines familles mieux

vaut ce qui est mauvais que ce qui est pire. Pour les

« exclus » de ces villages, mieux vaut cette exclusion-là

que d’être exclus de France. Enfin, et surtout, faire face à

l’imprévu et à la dureté des mesures administratives fait

partie de ce que les Roms connaissent et gèrent depuis des

générations.

L’éducation

Pour les enfants des Roms étrangers, le premier souci est de

pouvoir accéder à l’école en France. C’était, en Roumanie,

possible mais pratiquement difficile. C’est, en France,

théoriquement obligatoire mais, de fait, refusé. Scolariser,

c’est reconnaître le droit à séjourner près de l’école avec sa

famille. L’inscription, dans les mairies, revient à accepter

une présence que parfois l’on refuse.

87. http://www.

halde.fr/spip.

php?page=article&id_

article=12967&liens=ok

88. http://www.

romeurope.org/Unecampagne-pour-ledroit-a-l,237.html

Dans sa délibération 2009-231, du 8 juin 2009 87 , la HALDE

a ordonné à un maire de scolariser des enfants roms, au

motif que « les circulaires n° 2002-063 du 20-3-2002

relative aux modalités d’inscription et de scolarisation

des élèves de nationalité étrangère, et n° 2002-100 du 25-

4-2002 relative à l’organisation de la scolarité des élèves

nouvellement arrivés en France sans maîtrise suffisante

de la langue française ou des apprentissages, rappellent

par ailleurs l’obligation de scolarisation et précisent que les

élèves nouvellement arrivés sont obligatoirement inscrits

dans les classes ordinaires... »

Un document, consultable et imprimable, sur le site

Romeurope 88 , très instructif, établi par le Collectif pour le

86


droit des enfants roms à l’éducation, souligne, d’emblée,

que la Convention internationale des droits de l’enfant 89

fait obligation de proposer l’école à tous les enfants.

Le Code de l’éducation (art. L131-1) précise qu’en France

l’instruction est obligatoire pour les enfants des deux

sexes, français et étrangers, entre six ans et seize ans et

qu’elle est assurée prioritairement dans les établissements

d’enseignement 90 .

Le droit est dit. Pourtant, le nombre de Roms scolarisés est

faible. La mauvaise volonté de maires influencés par les

réticences de leurs administrés n’explique pas tout. Aller

à l’école suppose qu’on n’en soit pas trop éloigné, qu’on soit

propre, qu’on porte des vêtements présentables, qu’une

structure d’accueil et d’enseignement soit prévue, qu’on

ne change pas d’école constamment, qu’on paie la cantine,

qu’on soit vacciné, qu’on trouve des fournitures scolaires

(stylos, cahiers et autres outils demandés), bref qu’on soit

entré dans de bonnes habitudes, vite intenables quand des

événements familiaux bouleversent le quotidien.

Les enfants sont accompagnés vers cette scolarisation par

des bénévoles, parfois par des enseignants spécialisés.

Les enseignants privés des ASET 91 n’interviennent pas

qu’auprès d’enfants français. Les enseignants publics

des CASNAV 92 , plus particulièrement chargés de la

scolarisation des enfants non francophones, sont actifs.

Autrement dit, l’accès à l’école est, tout à la fois, obligatoire,

prévu, organisé, pris en charge, mais... n’est pas réellement

effectif, dans la majorité des cas, parce que, comme pour

la santé, c’est de l’habitat que tout dépend. Les enfants

sont mal scolarisés parce qu’ils n’ont pas de domiciliation

stable.

La campagne permanente pour le droit à l’éducation

des enfants roms achoppe sur une évidence : la présence

en France des Roms, enfants inclus, n’est pas un souci

partagé par la majorité des citoyens. Oui, accepter les

enfants, c’est accepter les parents, mais cela, les pouvoirs

publics (souvent), et une partie de l’opinion (constamment),

rechignent à l’admettre. Au-delà de l’engagement

nécessaire en faveur du respect du droit, il est une autre

action à développer : l’information du public si l’on veut

que les a priori et les objections régressent sensiblement. Il

y faut du courage parce que cela soulève des critiques.

89. http://www.

defenseurdesenfants.

fr/cide.php

90. Le site qui s’adresse

aux personnes qui se

soucient de l’instruction

par la famille ou par le

biais d’un organisme

d’enseignement à

distance (type CNED) le

souligne : http://www.

lesenfantsdabord.org/

pages/loi.php

91. Liste et adresses des

ASET sur http://www.

fnasat.asso.fr/assoce/

antennesaset.html

92. Liste et adresses des

CASNAV sur http://

www.sceren.fr/vei/

ressources/carnet/

casnav.htm

87


Le rôle des élus est, sur ce point, décisif. Ils ont l’autorité,

la compétence et les moyens de faire admettre le message

selon lequel tout enfant non éduqué deviendrait, un jour,

une charge et une menace pour le pays.

La culture

S’il est inconcevable de parler d’une culture propre aux

Roms en France, car la romanitude est transversale à

tous les Roms du monde entier, il est possible cependant,

avec les Roms de l’Est de l’Europe, de mieux comprendre

l’affrontement interculturel où nous sommes tous

engagés.

Les Roms prouvent qu’un sédentaire peut être mobile

et que sédentarité et nomadisme ne s’opposent plus.

Impossible de bouger sans s’arrêter, mais qui s’arrête doit

pouvoir repartir : tel est ce message culturel qui fait du

voyage la condition même de la formation permanente

des êtres humains. Les Roms sont des Voyageurs, pas des

nomades, et ils ne sont pas plus nomades, et pas moins,

que les Gadjé !

La « créolisation » du monde, le brassage des peuples,

sont dus à leur mobilité croissante, elle-même accélérée

par les grands moyens de transport qui ont aidé à la prise

de conscience de l’unité du monde. Nous sommes tous

nomades mais pas tous mobiles, pourrions-nous dire, mais

les Roms ont, eux, la culture de la mobilité.

La « poétique » des Roms va plus profond qu’une politique.

Elle interpelle chacun. La culture de cette « nation sans

territoire » entre en dialogue avec toutes les nations et

pas seulement les 192 États-nations de l’ONU. L’offre

surprend et dresse, depuis longtemps, contre eux, tous les

nationalistes qui font de la nation leur chose, un culte et

une exclusivité.

La culture est l’expression de l’être profond, et les Roms

portent en eux une histoire faite d’errance et d’esclavage,

où se superposent une diaspora, non voulue, et une

immobilisation, contrainte. Là se trouvent les racines de

ce comportement paradoxal à la recherche d’une stabilité

jamais trouvée.

88


Les élus et responsables d’associations ont, ensemble, la

responsabilité et la possibilité de rendre tous les citoyens

sensibles à cette richesse culturelle. L’action des villes

par des expositions, des spectacles, des concerts permet

cette sensibilisation, qui abolit toute « romaphobie ». On

saisira mieux, alors, comment des musiques endiablées ou

nostalgiques, violentes ou douces, parlent à l’âme de tout

homme pour lui dire : notre histoire tragique, c’est la vôtre,

ne le comprenez-vous pas ?

La santé des Roms étrangers

Les Roms ne vivent pas dans des caravanes mais, le plus

souvent, en « bidonville », dans des lieux relevant de

« l’habitat indigne », au sens de la loi SRU 93 . La nature

de cet habitat les expose fortement à des pathologies.

Cependant, les causes principales de leur mauvais état de

santé sont liées à des difficultés matérielles quotidiennes :

manque d’eau, absence de collecte des déchets, manque de

latrines, dangers liés au feu, alimentation déséquilibrée ou

périmée, environnement insalubre, éloignement des lieux

de soins...

Avec sept missions, Médecins du Monde 94 organise des

visites sanitaires sur les terrains. L’association offre des

soins de santé primaire et oriente vers une prise en charge

dans le système de droit commun. Elle a le souci de ce

qui a rapport avec la périnatalité : prévention des IVG,

suivi des grossesses, information sur la contraception,

vaccination des enfants, accompagnements en PMI et aux

centres de planning. Médecins du Monde, en outre, facilite

la scolarisation, vaccine, intervient auprès des communes

pour améliorer l’hygiène sur les terrains, témoigne,

sensibilise et mobilise. Toutefois, le manque de personnel

ne permet pas que cette action soit régulière.

Les Roms se tournent donc souvent vers les centres

hospitaliers en cas d’urgence ou de trop vive inquiétude.

Ils rencontrent alors l’obstacle que représente le coût des

soins et des médicaments. L’« inaccessibilité à la CMU

de base et à la CMU-C pour les Européens dépourvus de

ressources et/ou de couverture maladie », depuis 2007,

conduit à recourir à l’AME.

93. Loi relative à

la solidarité et au

renouvellement urbain.

Votée le 13 décembre

2000, six mois après la loi

Besson II, dans le même

esprit, pour garantir un

« habitat décent ».

94. http://www.

medecinsdumonde.org/

fr/En-France/Rroms

89


L’aide médicale d’État (AME) permet la prise en charge

des dépenses de soins et les consultations médicales. Le

bénéficiaire de l’AME 95 est dispensé d’avancer les frais. Pour

l’obtenir, il faut justifier de son identité (carte d’identité,

passeport ou extrait de naissance traduit en français par

une autorité agréée...), résider en France depuis plus

de trois mois, ne pas avoir de titre de séjour, avoir une

domiciliation ou une attestation d’hébergement. Le dossier

est à déposer auprès de la caisse primaire d’assurance

maladie du lieu de domiciliation. L’AME est alors délivrée

pour un an, renouvelable, mais pas automatiquement.

Une demande doit être faite, deux mois avant l’expiration

de l’ancienne AME. Si l’on n’est pas francophone ou quand

on est mal informé, ce dispositif d’accès aux soins, sauf

soutiens de compétences bénévoles, n’est, en pratique,

qu’entrouvert.

La santé pour les Roms est un souci permanent. Inutile de

dire que le stress lié aux expulsions successives engendre

des troubles dont il est difficile de mesurer l’ampleur mais

dont on constate les effets pénibles, notamment sur les

enfants. Réorganiser ensuite un habitat, retrouver ou

reconstruire un abri pour se protéger du froid ou du soleil,

de la poussière, de la pluie ou du vent, fait partie de la lutte

pour la santé, c’est-à-dire la survie. Seules l’expérience et

une « patience » à mi-chemin entre résignation et courage

aident à supporter cette précarité qu’aggrave l’isolement.

95. Formulaire :

http://www.ameli.fr/

fileadmin/user_upload/

formulaires/S3720.pdf

96. Voir le rapport de

Romeurope de 2008,

p. 73-76 notamment.

http://www.romeurope.

org/Annees-mi-2008-

2007-2006-2005-2004.

html

Qui ne voit que la mendicité est un moindre mal ? Les

quelques euros récoltés, après des heures passées à tendre

la main, permettent de manger. L’entrainement vers la

délinquance est une chute que beaucoup de Roms évitent,

mais pas tous. Pour demeurer dans « le droit chemin »,

mieux vaut qu’il y ait un chemin à suivre et qu’il soit droit.

La santé mentale aussi en est affectée. Le soutien des

travailleurs sociaux, des CCAS est, à cet égard, des plus

nécessaires.

Une fois cette situation connue, le rôle des acteurs locaux

n’est pas négligeable. Souvent la peur de fixer les familles

conduit à refuser ce minimum vital : poubelles, latrines,

apport d’eau, traducteurs, PMI, accompagnement social...

C’est pourtant la collectivité tout entière qu’on assiste et

qu’on protège quand on fournit ces services aux Roms 96 .

À moins qu’il faille accepter que l’Europe ne soigne pas

90


une partie des siens. Ce qu’aucune autorité n’est prête à

tolérer. Et pourtant...

Les activités économiques

Les Roms étrangers, en France, sont roumains, parfois

bulgares. Les Roms d’autres nationalités, peu nombreux,

n’ont même pas accès aux « 150 métiers ouverts aux

ressortissants des États européens soumis à des dispositions

transitoires » 97 . Un dispositif particulier de libre circulation

du séjour et du travail concerne, en effet, les ressortissants

de l’Union européenne mais, pour les ressortissants de la

Bulgarie et de la Roumanie, les autorisations de travail

restent obligatoires jusqu’à la fin de la période transitoire

de 7 ans, comprenant trois périodes d’une durée respective

de 2 ans, 3 ans et 2 ans, à compter du 1 er janvier 2007.

Quant aux 150 métiers, leur nombre ne doit pas faire

illusion. En regardant les codes ROME 98 , on se rend compte

que l’ouverture n’est point si importante qu’il y paraît.

S’ajoute à ces limitations de l’embauche l’obligation pour

les employeurs de payer, au début de la période d’emploi,

une taxe à l’OFII d’un montant variant avec la durée du

contrat de travail 99 , mais pouvant aller jusqu’à 60 % du

salaire mensuel versé, dans la limite de 2,5 fois le SMIC.

À quoi s’ajoutera la demande d’autorisation de travail à

déposer auprès de la direction départementale du travail,

de l’emploi et de la formation professionnelle (DDTEFP).

Les activités économiques sont donc limitées par la

réglementation autant que par le chômage. Les Roms ne

sont, pourtant, pas sans capacité ni inactifs. Le travail

au noir, inévitable, s’impose à eux. La récupération des

métaux, la revente des vêtements, la vente de journaux,

de fleurs, le spectacle musical sont autant de maigres mais

indispensables sources de revenus. « Tenir » est une activité

en soi, non répertoriée, difficile à qualifier d’économique,

mais qui occupe à plein temps.

La citoyenneté

Un Rom roumain ou bulgare est un citoyen roumain ou

bulgare, et donc un citoyen européen. Un Rom kosovar est

citoyen d’un pays où ses droits sont mal reconnus. Bref un

Rom étranger a deux citoyennetés à assumer : celle de son

97. Arrêté du 18 janvier

2008 modifié par celui du

24 juin 2008 et accessible

via le site http://

www.immigrationprofessionnelle.

gouv.fr/textes-der%C3%A9f%C3%

A9rence/ressortissantsde-l-unioneurop%C3%A9enne

98. ROME signifie

Répertoire opérationnel

des métiers et des

emplois.

99. Voir le détail

sur http://www.

questionsdetrangers.

com/changementdu-montant-de-lataxe-due-a-lofii-pourlembauche-detranger/

91


pays d’origine et celle de l’Union européenne quand son

pays en est membre.

Ce qui est de droit, une fois de plus, ne correspond guère

à la réalité. Dès le 22 décembre 2006, une circulaire 100

au titre explicite (« Modalités d’admission au séjour et

d’éloignement des ressortissants roumains et bulgares à

partir du 1 er janvier 2007 ») annonçait que les Roms qui

allaient entrer dans l’Union ne seraient pas les bienvenus.

Les Roms n’y sont pas cités, mais cela ne trompait personne.

Limitation de l’accueil, préparation de l’éloignement : la

France bloquait, ou tout au moins freinait, un droit : celui

au libre séjour que permet la directive européenne 2004/38/

CE du 29 avril 2004 101 .

© Thibault Roy|dijOnscOpe|2010

100. Voir http://

www.gisti.org/spip.

php?article943

101. Voir http://eur-lex.

europa.eu/LexUriServ/

LexUriServ.do?uri=

CELEX:32004

L0038:FR:NOT

102. Voir http://www.

romanitude.fr/spip.

php?article136

103. Voir http://www.

laquadrature.net/wiki/

LiviaJaroka/fr

Ces réticences ne facilitent pas l’exercice d’autres droits

notamment la possibilité de voter, à l’occasion d’élections

européennes et d’élections municipales 102 . S’inscrire sur

les listes électorales sans domiciliation précise est tout

simplement impossible. Être candidat relève du mythe.

Depuis 2009, le Parlement européen ne compte plus

qu’une seule députée romni et hongroise : Livia Jaroka 103 .

Les Roms, qui savent qu’en dépit de leur nombre, ils ne

pèsent pas sur les décisions prises, y compris celles qui les

concernent, votent peu ou pas.

Sans la volonté patiente d’élus locaux, avec incitation des

intéressés à user de leur droit, on ne voit guère quand, en

France, la participation des Roms aux scrutins deviendrait

effective. Sauf, peut-être, un jour à découpler le droit de

vote de la nationalité et à faire émerger la citoyenneté

européenne de résidence en l’attachant à la personne.

92


SE DOCUMENTER

4


Annexe

ANNEXE

Quand des Roms parlent des Roms, au printemps 2009, à l’occasion d’une

rencontre, dans l’enceinte de l’Assemblée nationale, cela peut aboutir à un

texte fort ayant pour titre Le décalogue du Palais Bourbon. Il n’est

pas si fréquent que des écrits portent les signatures de personnalités roms.

C’est pourquoi nous accordons à ce texte une importance particulière. Il fait

litière d’idées toutes faites qui détournent les Français de certains de leurs

concitoyens. Il révèle et précise ce que les Roms pensent de la façon dont on

les désigne. Il rappelle enfin, et avec quelle dignité, qui sont les Roms et ce

à quoi ils aspirent.

Le décalogue du Palais Bourbon 1

Ce que les Roms disent d’eux-mêmes...

1. En France, l’appellation « gens du voyage » désigne, dans le vocabulaire

de l’administration et souvent de la population française, notre population.

Nous ne nous reconnaissons pas nous-mêmes sous cette appellation d’un

point de vue humain, culturel et identitaire.

2. Tenant compte de ce qui précède, lorsque l’appellation « gens du

voyage » se substitue aux mots Tsiganes, Manouches, Gitans, Rroms,

Sintés ou Yéniches pour désigner nos populations respectives à des fins

d’hostilité, dépréciatives, discriminatoires, ou racistes à notre égard,

nous exigeons que cet acte soit considéré comme de l’antitsiganisme et/

ou de la tsiganophobie, et soit systématiquement dénoncé et condamné

publiquement par les autorités. L’association de ces mots à la délinquance,

la misère, la marginalité, la mendicité etc. doit être condamnée de la même

manière, à moins d’être mise en perspective avec une vision globale de nos

populations, prenant en compte tous ses aspects positifs.

3. Dans le cadre de la préparation à la ratification par la France de la

Charte européenne des langues régionales ou minoritaires, l’article 75-1

de la Constitution française de 1958, reconnaît, depuis 2008, les langues

régionales, comme appartenant au patrimoine de la France. L’inscription

des langues régionales dans la Constitution française en tant que partie

intégrante du patrimoine de la France, combiné à la pratique de la langue

romani parlée par la population qui en est héritière sur le territoire de la

1. Le 8 avril 2009, ce texte a été conjointement présenté et ratifié à l’Assemblée nationale par :

Marcel Hognon, Union romani internationale ; Johnny Michelet, pasteur ; Fernand Delage, France

Liberté Voyage ; Marcel Courthiade, Rromani Baxt ; Anastasia Hognon, Mouvement intellectuel

tsigane ; Jean Sarguera, Centre culturel gitan ; Jeanne Gamonet, Centre AVER contre le racisme ;

Madeleine Hognon, Europe Passion ; Saimir Mile, La Voix des Rroms ; Eugène Daumas, Union

française Association tsigane ; Pascale Hognon, Romani Tchay ; Emile Scheitz, Association familiale

des gens du voyage en Île-de-France ; Tony Gatlif, réalisateur ; Alexandre Romanès, directeur du

cirque Romanès.

96


République, doit être interprétée comme la reconnaissance d’une identité

spécifique dans l’espace de la France métropolitaine.

De ce fait, notre population, ainsi que l’ensemble de ses caractéristiques ou

spécificités, est reconnue implicitement comme l’une des composantes de la

nation ; corollairement, son patrimoine et sa création moderne doivent être

reconnus comme des richesses de cette nation.

Or, nous constatons, à ce jour, qu’en aucun point du territoire national, rien

ne nous permet de préserver, développer et promouvoir ni ce patrimoine

culturel, ni son expression en création contemporaine, ni tout ce qui s’y

attache, alors qu’ils sont attestés et reconnus par la Constitution.

Poursuivant, nous, représentants de notre population de France dans sa

large diversité, souhaitons obtenir, à l’égal des autres collectivités, un

statut officiel adapté, nous permettant, de façon non territoriale, d’assurer,

dans le cadre d’une diversité culturelle largement souhaitée par les

autorités françaises de tous niveaux, la restructuration et la promotion de

notre patrimoine culturel et linguistique en tant que partie intégrante du

patrimoine français.

Étant donné la particularité de la répartition territoriale de notre population,

nous appelons de nos vœux une politique volontariste et immédiate de

l’État en direction des actions culturelles menées actuellement par nos

associations. En effet, cette particularité ne nous permettant pas de

bénéficier de la décentralisation, une action directe de l’État est nécessaire

pour la préservation et la promotion de notre patrimoine culturel, partie

intégrante du patrimoine de France.

4. En vue de la protection des nos intérêts légitimes, nous souhaitons

qu’un groupe de réflexion, attaché au plus haut niveau de l’État, soit

constitué au sein de notre population. Ce groupe, constitué d’hommes et

femmes élus au sein de notre population, devra représenter l’ensemble

des groupes linguistiques et historiques de notre population en France,

indépendamment de leur mode de vie actuel. Ses membres seront désignés

au sein de nos associations actives sur tout le territoire métropolitain.

5. Dans le monde actuel, où la mobilité et la flexibilité sont promues, à

juste titre, comme des facteurs de développement et de croissance, nous

rappelons les principes de l’article 13 de la Déclaration universelle des droits

de l’homme, votée à l’unanimité dans le cadre de l’ONU, et demandons

le respect du droit de circuler et de stationner pour toutes les personnes,

indépendamment de leur identité culturelle, de leurs moyens de mobilité

ou de tout autre critère.

Toute entrave à une libre circulation ou à un libre stationnement, sous

quelque forme que ce soit, et dans quelques lieux que ce soit, sera considérée

comme un acte de discrimination et d’infraction à l’article suscité.

97


ANNEXE

Nous remettons donc en cause les dispositions prises à l’occasion de la

création des aires de stationnement et des schémas départementaux pour

ceux d’entre nous qui sont attachés à un mode de vie mobile. Les traditions de

vie en habitat mobile d’une large partie de notre population en France sont

ancrées et attachées depuis des siècles, au cœur de la population française

dans toutes ses composantes comme un patrimoine culturel national. Nous

avons le droit légitime de pouvoir séjourner en toute sécurité dans chaque

village, chaque commune de France, dans des conditions décentes et sans

limitation de temps.

Nous souhaitons que la restructuration de ces conditions d’accueil soit

réalisée en accord avec les représentants de nos associations à travers une

véritable concertation participative.

6. Nous souhaitons que la contribution de notre population, partie

intégrante de la nation française depuis plusieurs siècles, et active sur les

plans culturel, patrimonial, artistique, industriel, économique, sociologique,

spirituel, écologique, agricole, celui du développement durable, etc. soit

dûment reconnue et mentionnée dans les livres scolaires. Le mode de vie

mobile devra être expliqué à tous les élèves de France dans les manuels de

géographie, ainsi que, dans les manuels d’histoire, l’arrivée des premiers

Rroms en France (1417-1427), les persécutions notamment sous Louis XIV,

l’esclavage jusqu’au XIX e siècle et le génocide hitlérien, selon une approche

développée en collaboration avec la chaire de rromani de l’Inalco et le

CNED.

7. Les traits caractéristiques de notre population n’étant pas d’ordre

physique, une discrimination positive basée sur notre apparence n’aurait

aucune justification. Nous souhaitons donc qu’une discrimination positive,

de la part des administrations, soit appliquée aux actions, culturelles

ou autres, émanant de nos associations et nous appelons de nos vœux la

création d’un Fonds public pour la promotion de notre langue et de notre

culture, ceci entrant dans le champ d’application de l’article 75-1 de la

Constitution.

8. Nous souhaitons qu’un dispositif d’aide à la formation d’intellectuels

au sein de notre population soit mis en place le plus rapidement possible.

Dans ce but, il est notamment indispensable qu’une aide soit apportée aux

jeunes de notre population désireux de poursuivre des études de langue et

civilisation rromani et que ces études soient reconnues dans les processus

de recherche et de demande d’emploi. Une aide substantielle sera aussi

apportée à l’enseignement à distance.

Étant donné les initiatives actuelles sur le plan européen, nous pressons la

France à rejoindre la Décennie de l’inclusion des Roms, ce qui permettrait

notamment l’attribution de bourses d’études parmi notre population, en

France, dans le cadre du Fonds d’éducation pour les Roms, ou encore la

98


participation de nos associations à des projets d’envergure européenne.

La France étant le seul pays au monde à posséder une chaire de langue

et civilisation rromani et à développer une politique explicitement

anticommunautariste, il est souhaitable qu’elle soit plus active pour former

nos jeunes de l’étranger afin que ceux-ci puissent faire rayonner les valeurs

acquises lors de leurs études en France.

De plus, compte tenu des difficultés d’enseignement, de formation ou

d’accès à la culture d’une partie de notre population, difficultés liées ou

non à un mode de vie mobile, nous souhaitons qu’un cursus de formation

professionnelle spécifique soit mis en œuvre en direction des familles

souhaitant reconquérir une indépendance professionnelle adaptée.

9. Nous souhaitons que soit reconnue, à l’occasion des différents conflits, la

part active de notre population à la défense de la Patrie et de ses fondements

philosophiques.

10. Nous souhaitons que soit reconnu l’internement de notre population

sur le sol national, de 1915 à 1919 et de 1939 à 1946 et que l’ensemble des

camps présents sur le territoire national soient recensés et honorés comme

des lieux de mémoire.

Nous souhaitons que le génocide de notre population, appelé Samudaripen,

ainsi que l’implication des autorités françaises de l’époque dans ce génocide,

soient reconnus et qu’ils fassent l’objet d’activités, non seulement scolaires

(v. supra), mais également publiques, en tant que partie intégrante de

l’histoire de la France et de l’Europe.

99


Bibliographie, cyberographie, études et textes signalés

BIBLIOGRAPHIE

Bibliographie

Bibliographie minimale (livres)

Asséo Henriette, Les Tsiganes, une destinée européenne, Paris, Gallimard,

Découvertes n° 218, 1994, réédition 2006, 160 pages.

Aubin Emmanuel, La commune et les gens du voyage, Paris, Berger-

Levrault, 2008, 328 pages.

Auzias Claire et Courthiade Marcel, Les Tsiganes ou Le destin sauvage

des Roms de l’Est, Paris, Michalon, 1998, 130 pages.

Auzias Claire, Samudaripen, le génocide des Tsiganes, Paris, L’esprit

frappeur, 1999, 204 pages.

Auzias Claire, Tsiganes, l’éternité et après, éditions Indigènes, col. « Ceux

qui marchent contre le vent », 2010, 32 pages.

Bordigoni Marc, Les Gitans, Paris, Le Cavalier bleu, collection « Idées

reçues », 2007, 128 pages.

Garo Morgan, Les Rroms, une nation en devenir, Paris, éditions Syllepses,

2007, 235 pages.

Liégeois Jean-Pierre (sous la direction de), L’accès aux droits sociaux des

populations tsiganes en France, Rennes, éditions ENSP, 2007, 272 pages.

Liégeois Jean-Pierre, Roms et Tsiganes, Paris, La Découverte, collection

« Repères », n° 530, 2009.

Mérimée Prosper, Carmen, Paris, Le livre de Poche, n° 3125, 1996,

chapitre IV, p. 140-147.

Rothéa Xavier, France, pays des droits des Roms ?, Lyon, éditions

Carobella (ex-natura), 2003, 130 pages.

Vaux de Foletier François, Le Monde des Tsiganes, Paris, Berger-

Levrault, 1983, 213 pages.

100


Bibliographie récente (revues)

Les Roms, la minorité la plus discriminée d’Europe, Journal de l’ARC

(Action et Recherche Culturelle), bimestriel, n°100, Bruxelles, janvierfévrier

2009. 4 pages.

http://www.arc-culture.org/journal.html

Racisme et amalgames, dossier Rroms du magazine Le Tigre, Paris, 20

janvier 2009.

http://www.le-tigre.net/Racisme-et-amalgame.html?var_

recherche=racisme%20et%20amalgames

Les dessous de la chasse aux « Roms » à Dijon, numéro hors-série de la

publication Blabla, paru en février 2010, 24 pages.

http://www.brassicanigra.org/blabla/numero-hs-1/les-dessous-de-lachasse-aux-roms-a-dijon.html

Kit action de l’association ALPIL, fiches juridiques et pratiques, Lyon,

septembre 2009, 26 fiches.

http://www.habiter.org/wp-content/uploads/KitAction.pdf

« Guide d’accompagnement des nouveaux ressortissants de l’Union

européenne (Roumains et Bulgares) », Secours catholique, Paris, mars

2010, 10 pages.

http://www.secours-catholique.org/delegation/paris

Rroms, un peuple de promeneurs, revue Cassandre, n° 8, printemps 2010.

http://www.horschamp.org

Roms de Roumanie, la diversité méconnue, revue Études tsiganes, n° 38,

2 e trimestre 2009.

http://www.etudestsiganes.asso.fr

Les Rroms, indésirables Européens, hebdomadaire Lien social, Toulouse,

26-11-2009.

http://www.lien-social.com

Henriette Asséo, L’odyssée des Tsiganes, revue L’Histoire, n° 43, avril-juin

2009.

http://www.histoire.presse.fr

Marc Bordigoni, « Gitans : Halte aux idées reçues », revue du MRAP

Différences, 8 mai 2010 et Journal du CNRS, n° 243, avril 2010.

http://www.differences-larevue.org/article-gitans-halte-aux-idees-reues-marc-bordigoni-cnrs-50017556.html

101


BIBLIOGRAPHIE

Tsiganes, Rroms, Gitans, Gens du voyage, revue Différences,n° 259,

juillet-septembre 2006.

http://a33.idata.over-blog.com/3/39/87/56/TGV/259roms.jpg

« Roms de Roumanie : la diversité méconnue », Études tsiganes, n° 38,

2009.

http://www.etudestsiganes.asso.fr

Rapport sur la France de la Commission européenne contre le racisme et

l’intolérance (ECRI).

http://www.coe.int/t/dghl/monitoring/ecri/Library/PressReleases/68-

15_06_2010_France_fr.asp

Jérôme Huguet, « Juste un air d’accueil », revue Vacarme, n° 38, hiver

2007.

http://www.vacarme.org/article1236.html

Jean-Baptiste Duez, « Les Roms de Seine-Saint-Denis. Un éternel

provisoire », revue Asylon(s), Réseau scientifique Terra, mai 2008.

http://www.reseau-terra.eu/article743.html

Claude Veyret pour APIS, « Roms en France : un siècle de répressions et

de persécutions ».

http://www.mediascitoyens.org/Roms-en-France-un-siecle-de.html

Bibliographie des bibliographies

La sélection de la FNASAT :

http://www.fnasat.asso.fr/bibliographie/documents.html

La bibliographie établie par Michel Rigolot, du CASNAV de l’Académie de

Besançon :

http://www.sceren.fr/revueVEI/159/bibliographie_159.pdf

La bibliographie du samudaripen et de l’internement :

http://www.memoires-tsiganes1939-1946.fr/bibliographie.html

La « webographie subjective » et la « page tsigane » d’Anne Solange Kalina

Siret :

http://anneso.samizdat.net/tsiganes/tsi.html

102


Filmographie brève

1993 : Latcho Drom, de Tony Gatlif, film musical (tous pays)

1996 : Alma Gitana, de Chus Gutiérrez (Espagne)

1997 : Gadjo Dilo, de Tony Gatlif (Roumanie)

1998 : Chat noir chat blanc, d’Emir Kusturica (bord du Danube)

2000 : Vengo, de Tony Gatlif, film musical (Espagne)

2002 : Swing, de Tony Gatlif, film musical

2005 : Pavee Lackeen, la fille du voyage, de Perry Ogden (Irlande)

2010 : Liberté, de Tony Gatlif (France)

CYBEROGRAPHIE

Cyberographie

Annuaire Google des sites concernant les Roms ou Tsiganes

http://www.google.com/Top/World/Fran%C3%A7ais/

Soci%C3%A9t%C3%A9/Peuples_et_communaut%C3%A9s/Rroms

Association nationale des gens du voyage catholiques, ANGVC

http://www.angvc.fr

CCFD

http://www.a-part-entiere.org/index.php

Centre culturel tsigane

http://membres.multimania.fr/centretzigane

CLIVE, Centre de liaison et d’information voyage école

http://www.etab.ac-caen.fr/cormorans-elem/Site%20Clive/Accueil.html

Conseil de l’Europe : « Roms et Gens du voyage »

http://www.coe.int/t/dg3/romatravellers/default_fr.asp

Courrier des Balkans

http://balkans.courriers.info

Cultures tsiganes : un site qui fourmille d’adresses

http://www.cultures-tsiganes.org/cultures_tsiganes/liens/liens_p1.htm

Déroutes et détours, et sa revue L’Autre voie

http://www.deroutes.com/roms.htm

103


CYBEROGRAPHIE

Dosta (« assez » en romani)

http://www.dosta.org/fr

ERRC en anglais

http://www.errc.org

Fils du vent sans pays, site de recherche et de combat pour la mémoire

des peuples nomades, tsiganes, roms, forains et autres Voyageurs dits

« gens du voyage ».

http://filsduvent.kazeo.com

FNASAT

http://www.fnasat.asso.fr

La FNASAT-Gens du voyage (Fédération nationale des associations

solidaires d’action avec les Tsiganes et les Gens du voyage) et le réseau

documentaire unique offrant, dans six centres de documentations

ouverts au public (Paris, Lyon, Nancy, Poitiers, Toulouse et Tarbes),

une information générale sur l’ensemble des problématiques tsiganes

et roms. Elle rassemble 80 associations agissant en France. Elle assure

des formations. Elle gère l’activité du comité PECO (association loi 1901

regroupant plus d’une trentaine d’associations françaises travaillant dans

les pays d’Europe centrale et orientale).

http://www.comite-peco.org/sommaire.php3

Habiter autrement

http://www.habiter-autrement.org/26_Campings/camp_ca.htm

Halem

http://www.halemfrance.org

Kkrist Mirror, auteur de BD

http://www.kkristmirror.com/template.php?id_rubrique=14&id_ss_

rubrique=114

Ligue des droits de l’homme, Toulon

http://www.ldh-toulon.net/spip.php?rubrique163

Mémoires tsiganes

http://www.memoires-tsiganes1939-1946.fr

Migrations santé et ses nombreuses adresses utiles

http://migrations-sante.eu/contact/1003_liens.php

Mouvement intellectuel tsigane. Amari Daï

http://mouvement-intellectuel-tsigane.blogg.org

104


Novipe Kosov@

http://rroma.courriers.info/?lang=fr

Réseau Idéal – Gens du voyage : ouvert aux seuls professionnels ou

collectivités publiques.

http://www.reseau-gdv.net/Main.jsp

Résistance et romanitude

http://www.romanitude.fr

Routard (le dossier du), « Gitans, Manouches et Tsiganes, la route du

Rom », réalisé par Michel Doussot

http://www.routard.com/mag_dossiers/id_dm/56/ordre/1.htm

Romeurope (Collectif national droits de l’homme)

http://www.romeurope.org

Roms Action, site de l’association grenobloise

http://www.romsaction.org/site

Rromani Baxt Albania (en anglais)

http://www.rromani.org

Solidarité avec les gens du voyage (Hautes-Pyrénées) et notamment son

relevé des textes de lois

http://www.sagv65.com/textes_de_loi.php

Toute l’Europe

http://www.touteleurope.fr/fr/actions/citoyennete-justice/securitejustice/presentation/comparatif-la-population-rom-dans-les-etatsmembres.html

Tsiganes, Roms : le site d’Yvon Massardier

http://mayvon.chez-alice.fr

Union romani internationale

http://union-romani-internationale.blogg.org

Urba-Rom : centre de ressources

http://urbarom.crevilles.org

Voix des Rroms (La)

http://rroms.blogspot.com

105


Études, rapports et textes européens

ÉTUDES, RAPPORTS

TEXTES EUROPÉENS

Les documents ici cités, tous récents (postérieurs à 2005), contiennent

les informations utiles émanant d’organismes officiels, ou non, qualifiés

pour décrire l’état de la situation à laquelle sont confrontés les acteurs de

terrain.

2005, Rapport Gil-Robles.

http://www.libertysecurity.org/article813.html

M. Alvaro Gil Roblès, commissaire aux droits de l’homme du Conseil de

l’Europe, a remis, le 4 mai 2005, son rapport « Sur la situation en matière

de droits de l’homme des Roms, Sintés et gens du voyage en Europe ».

2005, Rapport ERRC.

http://www.errc.org/db/01/A6/m000001A6.pdf

Le Centre européen pour les droits des Roms, dont le siège est à Budapest,

a produit, en novembre 2005, son rapport pays n° 15, intitulé : « Hors d’ici,

Anti-tsiganisme en France ».

2007, Délibération de la HALDE sur les Roms français.

http://www.halde.fr/IMG/pdf/Deliberation_de_la_HALDE.pdf

La délibération n° 2007-372 du 17 décembre 2007 de la Haute Autorité de

lutte contre les discriminations et pour l’égalité examine avec précision le

statut juridique spécifique des « gens du voyage ».

2008, « Étude et propositions sur la situation des Roms et des gens du

voyage en France » de la CNCDH.

http://www.cncdh.fr/IMG/pdf/08.02.07_Etude_et_propositions_sur_la_

situation_des_Roms_et_des_gens_du_voyage_en_France-2.pdf

2008, Évaluation du dispositif d’accueil des gens du voyage.

http://www.dguhc-logement.fr/infolog/droit_logt/gdv.php

« Le rapport final d’évaluation du dispositif d’accueil des gens du voyage »,

établi sous l’autorité du ministère de la Ville et du Logement, est paru en

janvier 2008.

2009, Délibération de la HALDE sur les Roms roumains.

http://www.fnasat.asso.fr/Halde%202009%20372.pdf

La délibération n° 2009-372 du 26 octobre 2009 de la Haute Autorité de

lutte contre les discriminations et pour l’égalité examine, avec précision, la

situation des Roms roumains et bulgares en France.

106


2010, Rapport ECRI.

http://www.coe.int/t/dghl/monitoring/ecri/library/pressreleases/68-

15_06_2010_france_FR.asp

Ce quatrième rapport de la Commission européenne contre le racisme et

l’intolérance sur la France (ECRI), paru le 15 juin 2010, exprime p. 32 à

36 des réserves et des recommandations concernant les « Gens du voyage ».

(ECRI)

2010, Rapport annuel Romeurope.

http://www.romeurope.org/rapport-annuel.html

On trouve, sur le site de Romeurope, le dernier rapport, celui de 2008.

Celui de 2009, très complet, y sera publié.

Résolutions de l’Union européenne

Situation des Roms dans l’Union européenne : P6_TA(2005)0151

http://www.europarl.europa.eu/sides/getDoc.do?pubRef=-//EP//

TEXT+TA+P6-TA-2005-0151+0+DOC+XML+V0//FR&language=FR

Situation des femmes roms dans l’Union européenne : P6_TA-

PROV(2006)0244

http://www.europarl.europa.eu/sides/getDoc.do?pubRef=-//EP//

TEXT+TA+P6-TA-2006-0244+0+DOC+XML+V0//FR&language=FR

Droit de circuler et séjourner librement sur le territoire des États

membres : P6_TA(2007)0534

http://www.europarl.europa.eu/sides/getDoc.do?pubRef=-//EP//

TEXT+TA+P6-TA-2007-0534+0+DOC+XML+V0//FR&language=FR

Une stratégie européenne vis-à-vis des Roms : P6_TA(2008)0035

http://www.europarl.europa.eu/sides/getDoc.do?pubRef=-//EP//

TEXT+TA+P6-TA-2008-0035+0+DOC+XML+V0//FR&language=FR

Le deuxième sommet européen sur les Roms : P7_TA(2010)0085

http://www.europarl.europa.eu/sides/getDoc.

do?type=TA&reference=P7-TA-2010-0085&language=fr&IdTis=XTC-

VTJ-3D4HK-DD-FAPPW8-9IOK

107


Imprimé sur papier recyclé cyclus

Correction / Relecture : Anne Kraft

Conception graphique : Yanni Panajotopoulos

yanni@pleineouverture.com

Cet ouvrage a été achevé d’imprimer

par l’imprimerie Darantiere Imprim’Vert

à Quetigny (21) en août 2010

N° d’impression : XX XXXX

Dépôt légal : 3 e trimestre 2010

ISBN : 978-2-916952-35-2

Diffusion / Distribution : Pollen

Éditions le passager clandestin

71, rue André Joineau – 93310 Le Pré-Saint-Gervais

www.lepassagerclandestin.fr


ROMS DE FRANCE, ROMS EN FRANCE

Le peuple du voyage

Population méconnue, la plus nombreuse des minorités culturelles, présente en Europe

depuis des siècles, les Roms comptent plus de dix millions de personnes. Ils ont subi

partout l’exclusion et les persécutions : l’esclavage en Roumanie du XIV e au XIX e siècle,

l’extermination dans les camps nazis... Peuple à l’identité multiple, son unité se trouve

dans son histoire, sa langue et son appartenance à une « nation sans territoire ».

La loi Besson de juillet 2000 a reconnu les responsabilités de l’État et des villes de plus de

5 000 habitants dans la réalisation des aires d’accueil et de stationnement pour les Roms.

Mais l’application de la loi, dix ans après, est loin d’être achevée car la mobilisation des

pouvoirs publics est très insuffisante. Les aires d’accueil, si elles restent utiles, ne constituent

pas le principal sujet à traiter pour que les Roms vivent, partout, dans la dignité.

Ce guide propose des repères pour permettre, en France, d’aider les Roms à sortir

d’une marginalité en laquelle, quoi qu’on dise, ils ne se complaisent pas. Les Roms ont

leur place parmi nous, selon les textes internationaux que notre pays a approuvés.

La réalité sociale, moins évidente, à laquelle les responsables locaux se trouvent

nécessairement confrontés, exige d’être abordée avec courage et compétence.

Jean-Pierre Dacheux

Docteur en philosophie, il a soutenu sa thèse sur « Les interpellations tsiganes

de la philosophie des Lumières ».

Bernard Delemotte

Élu à Amiens, il travaille depuis de nombreuses années les questions

de la citoyenneté européenne.

10 ! TTC

978-2-916952-35-2

Imprimé en France

le passager clandestin

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