Intelligence économique et territoriale - Base de connaissance AEGE

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Intelligence économique et territoriale - Base de connaissance AEGE

L'INTELLIGENCE ECONOMIQUE ET

TERRITORIALE

Un défi majeur pour la prospérité des

PME-PMI et des régions au XXIe siècle

Il faut travailler à la rendre totalement opérationnelle et indispensable aux chefs d’entreprises,

non seulement à ceux des grands « champions » nationaux et des industries de souveraineté,

mais aussi et surtout à ceux des PME-PMI.

Mots clés

PME, PMI, Région, Intelligence territoriale, Etat, Autorité gouvernementale, Développement,

Organisation, Concurrence, Compétition internationale, Innovation, Politique industrielle

07/06/2006

Auteurs :

Rémy Pautrat, Eric Delbecque

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L’intelligence économique et territoriale :

un défi majeur pour la prospérité des PME-PMI et des

régions au XXIe siècle

Rémy PAUTRAT

Préfet de Région honoraire

Président de l’I.E.R.S.E.

Eric DELBECQUE

Secrétaire Général de l’I.E.R.S.E.

L’intelligence économique : une nouvelle culture pour un nouveau

monde

L’intelligence économique a suscité une importante production d’écrits

spécialisés, de discours, d’articles à spectre large et de commentaires pointus

depuis 2002. Plusieurs raisons expliquent cette vague montante de pages et

d’ouvrages autour d’une notion qui forme en même temps une discipline à part

entière et un ensemble de pratiques éminemment concrètes s’organisant chaque

jour davantage en de véritables dispositifs opérationnels. La première est que

l’intelligence économique traduit un besoin de nouveaux outils (qui doit être

encore précisé dans sa formulation) de la part d’entreprises confrontées à des

contextes concurrentiels durcis et complexifiés.

La deuxième réside dans le fait que les rapports marquants consacrés en propre à

la discipline ou aux questions consubstantielles à celle-ci (ceux de Bernard

Carayon bien entendu, mais aussi ceux de Christian Blanc, de Jean-Louis Beffa,

de Bernard Deflesselles, du MEDEF…), puis les mesures 1 prises par le

Gouvernement suite à ces diagnostics (sources d’inquiétudes et d’interrogations),

ont engendré d’insignes débats et observations, participant le plus souvent à

l’intérêt du débat global.

La troisième est que l’intelligence économique constitue tout à la fois un savoirfaire

autonome et une perspective, une manière de penser (adossée à des

connaissances spécifiques) permettant de lier entre elles et d’ordonner diverses

problématiques majeures qui détermineront le visage du capitalisme dans les

décennies à venir. Elle autorise en somme à donner du sens aux événements et

1 Notamment la nomination d’Alain Juillet comme Haut Responsable de l’Intelligence

Economique.


évolutions économiques. Pour être totalement concret et précis, l’intelligence

économique sert à clarifier les enjeux mêlés des stratégies globales de puissance

des Etats, de la sécurité nationale et européenne, de la défense du périmètre de

souveraineté de l’économie, de la nouvelle politique industrielle (qui se manifeste

à travers l’Agence de l’innovation industrielle, les pôles de compétitivité et

l’intelligence territoriale, cette dernière renouvelant le concept et la pratique de

l’aménagement du territoire) et de la compétitivité par l’innovation (notamment

dans le domaine des TIC). Pour résumer, l’intelligence économique se révèle une

clef conceptuelle et opérationnelle pour comprendre en profondeur le « nouvel

esprit du capitalisme » 2 et l’économie de la connaissance, donc pour savoir

comment favoriser la conquête des marchés internationaux par nos entreprises.

Mais l’évolution du contexte économique international (notamment le

déploiement commercial, industriel et technologique de la Chine) nous indique

vigoureusement qu’il ne suffit plus de disserter sur la discipline, même si la

propagation de la culture qu’elle constitue, ainsi que son approfondissement

théorique, restent indispensables. Il faut travailler à la rendre totalement

opérationnelle et indispensable aux chefs d’entreprises, non seulement à ceux des

grands « champions » nationaux et des industries de souveraineté, mais aussi et

surtout à ceux des PME-PMI. En effet, ces derniers forment le cœur innovant des

pôles technologiques de nos territoires (actuellement dans une nouvelle phase de

cristallisation via la dynamique des pôles de compétitivité) : ils s’avèrent par

conséquent moteurs du développement industriel et économique de nos régions.

Mettre en place rapidement des dispositifs efficients suscitant l’intérêt immédiat

des dirigeants des petites et moyennes entreprises pour la démarche

d’intelligence économique s’impose donc comme l’un des chantiers majeurs dans

les années à venir.

Car l’intelligence économique, arme de la guerre économique, n’est pas un

exercice spéculatif : elle est au contraire un outil essentiel que doivent

s’approprier nos entrepreneurs pour capitaliser des avantages décisifs sur le

« théâtre des opérations » commerciales. En effet, les PME-PMI ne sont pas

immunisées contre la concurrence internationale. Comme les grands groupes,

dont elles sont d’ailleurs les sous-traitants quotidiens, elles doivent créer toujours

plus de valeur ajoutée en maîtrisant simultanément leurs coûts : au final, il s’agit

de préserver les positions acquises et de conquérir de nouveaux marchés. C’est-àdire

qu’il faut faire face à des compétiteurs particulièrement offensifs, en lutte les

uns contre les autres pour obtenir la « suprématie » sur d’anciens mondes, ou

pour aborder en maître des terrae incognitae commerciales de plus en plus rares.

C’est à ce titre que l’intelligence économique est nécessaire aux PME/PMI : elles

ont besoin d’organiser un système de veille performant pour observer la

concurrence (dans le but d’y résister avec force ou d’entrer dans de subtiles et

souples relations de coopétition), et pour détecter les marchés émergents et les

niches stratégiques (afin de les investir durablement) ; il leur faut aussi anticiper

2 Voir l’ouvrage portant ce titre écrit par Luc Boltanski et Eve Chiapello (Gallimard).


sans relâche en surveillant l’environnement global dans lequel elles s’insèrent

(notamment le cadre réglementaire et les contextes politiques, culturels ou

sociologiques, qui conditionnent certaines possibilités d’expansion) ; et elles

doivent enfin s’affirmer comme des acteurs à la pointe de la créativité

technologique, ce qui implique de protéger leurs innovations, leur patrimoine

informationnel, et leur activité économique quotidienne.

Sans aucun doute, il est d’abord de la responsabilité de l’entreprise de mettre en

place les conditions organisationnelles et les outils d’une démarche d’intelligence

économique, laquelle vise, pour reprendre la définition posée par le référentiel du

SGDN 3 construit par la groupe de travail d’Alain Juillet, « la maîtrise et la

protection de l’information stratégique utile aux acteurs économiques ». En effet,

il n’appartient pas à l’Etat d’indiquer par exemple aux professionnels du privé

comment favoriser la diffusion d’une culture collective de l’information,

comment travailler en réseaux – notamment en utilisant au mieux toutes les

ressources des Nouvelles Technologies de l’Information et de la Communication

–, ou comment valoriser commercialement l’innovation dans un environnement

global hyperconcurrentiel…

Dans la mesure où les spécialistes d’un secteur d’activité (détenteurs d’une

compétence et d’une expertise spécifiques) en sont les premiers et meilleurs

connaisseurs, il serait totalement stérile de vouloir introduire par le haut, en

provenance du secteur public de surcroît, une méthodologie contraignante

d’implantation et de fonctionnement des outils et procédures d’intelligence

économique. Ceux-ci doivent faire l’objet d’une appropriation particulièrement

volontariste par les professionnels, lesquels détiennent seuls les clés de

l’intégration et de l’enracinement de « l’approche intelligence économique » au

sein de leurs entreprises.

En revanche, le rôle des pouvoirs publics se révèle éminent et crucial dans le

domaine de la sécurité économique, dans celui de la production/diffusion

d’informations nécessaires à la conquête de marchés, et enfin dans celui de

l’appui opérationnel à l’expansion commerciale internationale de nos entreprises.

De ce point de vue, la circulation de l’information entre la sphère publique et le

secteur privé s’affirmera comme un élément primordial qui conditionnera la

réussite de la politique publique d’intelligence économique. A l’évidence, ce défi

du partage de la connaissance concernera d’abord l’Etat et les petites et

moyennes entreprises. En effet, il s’agit aujourd’hui (pour des raisons

économiques évidentes, notamment liées à l’emploi) de concentrer les efforts sur

la politique publique d’intelligence économique territorialisée : or, la politique

d’intelligence territoriale menée principalement par le Ministère de l’Intérieur et

de l’Aménagement du Territoire vise en premier lieu les PME-PMI, qui sont la

substance économique même du territoire national, et qui ne disposent pas des

mêmes modes d’accès à la connaissance stratégique et des mêmes capacités

3 Secrétariat Général de la Défense Nationale.


financières que les multinationales pour implanter en leur sein les outils et

contenus informationnels formant le cœur de l’intelligence économique.

Cette ambition de faire circuler et de rendre efficaces les données collectées par

les pouvoirs publics doit résolument mobiliser l’Etat dans la mesure où protéger

et épauler la partie la plus dense de notre tissu économique national, c’est-à-dire

les petites et moyennes entreprises, ce sera aussi favoriser la stratégie de

puissance économique de la France et de l’Union européenne.

Il importe enfin de souligner que la circulation de l’information entre la sphère

publique et le secteur privé pourra aussi s’effectuer au profit de la première, dans

le sens d’une remontée de données stratégiques en direction des administrations

et autorités gouvernementales. En effet, quels meilleurs interlocuteurs que les

entreprises pour éclairer l’Etat sur les compétiteurs internationaux et les grands

enjeux technologiques, industriels et commerciaux qui se posent aux acteurs du

développement économique national (et qui affectent directement tout à la fois

l’emploi et la protection du périmètre stratégique de souveraineté) ?

En fait, les PME/PMI doivent s’orienter dans un environnement complexe avec

des moyens limités, et c’est pourquoi il leur faut s’accoutumer aux pratiques

d’intelligence économique. Il incombe en contrepartie à l’État et aux collectivités

territoriales de donner la première impulsion de cette grande dynamique

collective que constitue l’intelligence territoriale (c’est-à-dire l’intelligence

économique territorialisée). C’est à eux de faciliter l’organisation maillée des

ressources de nos territoires (pour faire naître de nouvelles compétences et

marcher vers l’excellence en additionnant celles qui existent déjà), de permettre

aux entreprises de mettre en valeur leurs avantages comparatifs (en configurant

adéquatement le « milieu » local), de contribuer à souligner leurs savoir-faire (en

oeuvrant à la montée en puissance d’un véritable marketing territorial), de

favoriser l’assimilation de connaissances innovantes pour mieux se distinguer de

la concurrence et vendre leurs produits et services (en structurant la veille

publique, en diffusant les résultats de cette dernière, et en les maillant avec les

capacités privées). Favoriser des partenariats entre les entreprises, les centres

universitaires et les collectivités locales, s’affirme capital pour la santé du

maillage économique national. Or, c’est précisément le rôle central de l’Etat

stratège en matière économique et industrielle, celui qu’illustre de manière

emblématique la récente dynamique des pôles de compétitivité.

L’intelligence territoriale au service du développement local

C’est d’ailleurs précisément cette ambition d’une stratégie publique économique

et industrielle, tout à fait respectueuse des règles de la libre concurrence, qui

constitue le sens du programme d’expérimentation d’intelligence territoriale mise

en place fin 2003 4 par le gouvernement et qui amplifie les initiatives prises, il y a

quelques années, en Basse-Normandie, Franche-Comté ou Nord-Pas-de-Calais,

4 Avec les 9 régions expérimentales.


véritables régions pionnières dans le développement de l’intelligence économique

appliquée aux territoires. Ces actions d’intelligence économique territoriale se

développent autour d’une coopération active entre les entreprises, les collectivités

territoriales et l’État. Ce partenariat doit être prioritairement dirigé vers les PME-

PMI, dont les structures et les capacités financières ne leur permettent pas

d’accéder aisément à toutes les informations disponibles et nécessaires à

l’amélioration de leur compétitivité et à leur pérennité.

Nous vivons aujourd’hui dans un monde d’abord caractérisé par la vitesse ; les

capitaux, les marchandises et les hommes circulent de plus en plus vite et en

quantités de plus en plus importantes. Mais les idées aussi accélèrent, souvent

pour disparaître à peine nées. Leur rythme extrêmement rapide de succession les

qualifie comme des concepts à la mode, des produits « jetables » qui se révèlent

par conséquent inadaptés à rendre compte des gigantesques évolutions en cours,

à donner du sens et à bâtir l’avenir. L’intelligence territoriale est précisément tout

le contraire d’une idée à la mode : elle constitue un concept, et surtout une

pratique, modernes, c’est-à-dire en prise sur les réalités contemporaines, ce qui

est totalement différent… Elle s’enracine dans plusieurs constats, aujourd’hui

évidents.

Le premier est que la concurrence internationale n’épargne pas les territoires

ainsi que les hommes et les femmes qui en constituent la substance. Le contexte

concurrentiel durci que nous connaissons depuis le milieu des années 80,

précisions-nous plus haut, ne concerne pas que les grands groupes, les

multinationales. Nos régions, nos PME-PMI, sont également touchées par les

contraintes nouvelles de la compétitivité. Trois conséquences en cascade en

résultent : une certaine forme de désindustrialisation, le chômage, et la

désertification des territoires les plus fragiles économiquement (ce qui menace

par ailleurs la cohésion sociale nationale).

Le deuxième constat réside dans le fait que les sources vives du dynamisme

national et de l’innovation s’inscrivent, comme nous l’évoquions précédemment,

dans les régions, dans les petites et moyennes entreprises, dans les savoir-faire

locaux spécifiques et dans l’énergie des entrepreneurs des structures de taille les

plus modestes. Il importe donc de potentialiser toute cette richesse en devenir en

articulant les initiatives des acteurs économiques et les possibilités de soutien et

de coordination des pouvoirs publics.

Le troisième constat est qu’il faut aujourd’hui anticiper le développement et les

mutations économiques, les penser et les organiser très en amont. En résumer,

prospective et stratégie sont indispensables à l’innovation et à la conquête de

marchés.

Le quatrième et dernier constat réside dans l’évidence que le travail en réseau ne

représente plus une option mais une nécessité. Pour innover et se développer, les

acteurs économiques ne peuvent plus agir de manière isolée : ils doivent

coopérer, mutualiser leurs connaissances et leurs compétences, certes en


préservant leurs savoir-faire essentiels mais en comprenant aussi que la

connivence des opérateurs est devenue une source cruciale de valeur ajoutée dans

les modes productifs du XXIe siècle et dans le contexte de développement

accéléré des pays émergents. Nos urgences collectives sont au nombre de deux :

la première est d’inventer et de développer des organisations apprenantes en

réseau, à savoir des entités capables de s’ajuster de manière coordonnée à de

nouvelles conditions en un minimum de temps ; la seconde est de lutter sans

relâche contre l’empilement des structures et le stockage stérile des données et

des savoirs. Seule l‘information qui circule, améliorant l’interopérabilité des

acteurs et des systèmes, seule l’information qui est partagée, crée de la richesse.

A cet égard, il importe d’éviter les confusions ; si la mise en place de mesures de

sécurité économique se révèle cardinale dans l’entreprise et, plus globalement,

dans la gouvernance globale des pôles de compétitivité, il ne s’agit en aucun cas

de succomber au syndrome de la forteresse. Il est uniquement question de

protéger la valeur ajoutée intellectuelle stratégique des firmes, leur potentiel

d’innovation, en les préservant de la prédation et des manœuvres illicites. La

sécurité des entreprises s’inscrit dans la promotion de leur essor technologique et

conséquemment commercial.

Favoriser le développement économique national (et l’inscrire dans la dynamique

européenne) passe donc désormais par une attention soutenue portée à la

prospérité de nos territoires et de leur tissu de TPE et de PME-PMI. Or, comme le

souligne le Plan national d’intelligence économique des Chambres de Commerce

et d’Industrie, présenté le 29 novembre 2005 devant l’Assemblée Générale de

l’ACFCI 5 , dans le cadre du climat concurrentiel actuel, « la maîtrise de

l’intelligence économique est un levier indispensable des stratégies de riposte et

de développement. Reconquérir des positions offensives sur des marchés

essentiels passe aussi par la mise en place de véritables systèmes d’intelligence et

de sécurité économique. En France, le Haut responsable à l’intelligence

économique coordonne une telle politique et l’ambition stratégique qui

l’accompagne de renforcer la nouvelle dynamique industrielle et de recherche de

la France. L’urgence est de préserver et de promouvoir les savoir-faire

technologiques clés, l’ambition est de construire une culture nationale, durable

en la matière, dans un objectif clair, accompagner la dynamique de croissance et

d’emploi pour une influence retrouvée. »

Or, les CCI remarquent précisément chez les dirigeants de PME un déficit

concernant « l’usage des techniques de pilotage stratégique, plus

particulièrement en matière concurrentielle. […] C’est souvent sous la pression

des marchés et de la concurrence que ces entreprises vivent la nécessité de mettre

en place des organisations de veille stratégique et d’intelligence économique et de

les partager. »

5 Assemblée des Chambres Françaises de Commerce et d’Industrie.


Il était donc indispensable de familiariser nos territoires avec la culture et les

outils opérationnels de l’intelligence économique, à savoir la veille, la sécurité

économique et l’influence. C’est exactement ce que se propose de réaliser

l’intelligence territoriale.

Mais pour le dire de manière moins académique, il s’agit en fait de construire de

nouveaux réseaux locaux de compétitivité et de vigilance, de structurer notre

capacité collective à générer une véritable dynamique de développement ; pour

cela il est nécessaire de coordonner nos actions et de valoriser nos savoir-faire

afin de révéler nos atouts, de capter les connaissances nouvelles pour mieux

éclairer nos stratégies et donc mieux nous différencier.

Multiplier les initiatives, susciter les partenariats entre les entreprises, les

universités, les collectivités locales, les centres d’expertise et de compétence

régionaux, constituer le véritable objectif et la définition la plus pertinente de

l’intelligence territoriale, laquelle apparaît donc finalement comme le moteur

essentiel de la revitalisation de nos tissus économiques locaux. Par conséquent, il

est évidemment clair que les pôles de compétitivité forment désormais

l’expression la plus enthousiasmante et riche de promesses de l’intelligence

territoriale.

Ce qu’apporte finalement la politique d’intelligence territoriale (sous la forme de

l’organisation de la coopération public/privé), c’est la reconnaissance de trois

réalités majeures, décisives pour notre avenir collectif :

• L’emploi dépendra de notre compétitivité, laquelle repose en grande partie

sur notre capacité au travail coopération, en réseau.

• La production de savoir à haute valeur ajoutée et la conquête de marchés

reposent notamment sur des dynamiques d’influence qui réclament la

connivence de l’État et des entreprises.

• La puissance nationale et européenne se nourrit de la santé du tissu

économique.

Enfin, il faut insister sur le fait que l’intelligence territoriale constitue un levier

puissant au service de la modernisation de l’action des pouvoirs publics et de

l’édification de l’Etat stratège. L’heure est en effet à la concertation, à la

collaboration et l’agrégation des énergies des multiples intervenants du

développement économique local, notamment régional. L’État n’impose plus

abruptement : il définit les règles du jeu national, propose des initiatives,

supervise l’interaction des divers acteurs et contrôle la conformité des

mouvements sur l’échiquier socioéconomique aux règles définies

démocratiquement. De ce point de vue, l’intelligence territoriale favorise

grandement l’apprentissage de cette tâche d’animation au profit de l’intérêt

collectif qui incombe à l’Etat.


Rémy PAUTRAT

Rémy Pautrat a été Directeur de la DST avant

de devenir Conseiller technique puis Conseiller

pour la sécurité auprès du Premier ministre.

Préfet de l’Essonne en 1991, il assuma ensuite

la fonction de Secrétaire général adjoint de la

défense nationale (1994) où il a mis en place le

premier dispositif national de compétitivité et

de sécurité économique. Préfet de la région

Basse-Normandie en 1996, il imagina le

premier schéma régional d’intelligence

économique, et lança, un an plus tard, l’idée

des premiers pôles avec le Conseil régional.

Préfet du Nord Pas-de-Calais en 1999, il créa le

CDIES. En 2002, Préfet évaluateur de l’action des préfets en poste territorial, il

fut l’un des initiateurs des premières expérimentations régionales d’intelligence

économique du ministère de l’Intérieur. Rémy Pautrat, Préfet de Région

honoraire, est aujourd’hui Président de l’Institut d’Etudes et de Recherche pour

la Sécurité des Entreprises.

Eric DELBECQUE

Éric Delbecque est secrétaire général de l’Institut d’études et

de recherches pour la sécurité des entreprises (IERSE).

Expert en intelligence économique et stratégique, il a fait

partie du pôle d’intelligence territoriale de l’ADIT et fut

auparavant responsable de l’intelligence économique au sein

d’une filiale du groupe LCF Rothschild. Il enseigne

également en troisième cycle à Paris 1 Panthéon Sorbonne,

à l’École de guerre économique et au pôle universitaire

Léonard de Vinci. Il est l’auteur du livre L’Europe puissance ou le rêve français,

paru en 2006 aux éditions des Syrtes. Éric Delbecque est diplômé de l’Institut

d’études politiques de Paris, titulaire d’une maîtrise de philosophie, et docteur en

histoire du XX e siècle.

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