Maurice Montcalm - Fédération des producteurs de lait du Québec

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Maurice Montcalm - Fédération des producteurs de lait du Québec

ACTUALITÉ

Un nouvel administrateur à la FPLQ

Maurice

Montcalm

Saint-Jean–Valleyfield

PAR YVON GENDREAU*

C’EST D’ABORD ET AVANT TOUT POUR

S’ASSURER QUE LA RELÈVE POURRA

PRENDRE SA PLACE DANS LES PROCHAINES

ANNÉES – ET CONTRIBUER AINSI À LA

PÉRENNITÉ DE LA PRODUCTION LAITIÈRE –

QUE MAURICE MONTCALM, UN PRODUCTEUR DE

SAINT-LOUIS-DE-GONZAGUE, S’ENGAGE DANS

SON NOUVEAU RÔLE D’ADMINISTRATEUR À LA

FÉDÉRATION DES PRODUCTEURS DE LAIT

DU QUÉBEC.

LE PRODUCTEUR DE LAIT QUÉBÉCOIS SEPTEMBRE 2007

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ACTUALITÉ

Nicolas,

Julie,

Jérémie,

Maurice,

Frédéric,

François,

Marc et

Roselyne.

S’il avoue que sa propre relève le préoccupe,

il croit aussi que c’est en misant

sur la prochaine génération que les

fermes laitières québécoises pourront

se développer et continuer à répondre

aux besoins des consommateurs.

Malgré les menaces que représentent

la mondialisation et, plus particulièrement,

les négociations à l’Organisation

mondiale du commerce (OMC), il soutient

que les producteurs ne doivent

pas rester passifs, mais bien poursuivre

le combat pour leur survie et prendre

les décisions qui s’imposent.

PENSER À DEMAIN

Pour Maurice, la planification stratégique

élaborée par la Fédération des

producteurs de lait du Québec (FPLQ)

reste un bon moyen de relever les défis

et de contourner les embûches que

l’avenir réserve. En établissant les balises

nécessaires pour guider la production

laitière au cours des 10 prochaines

années, Maurice estime que cette activité

continuera de faire partie du paysage

agricole québécois et que c’est

l’ensemble des producteurs en sortira

gagnant.

D’ailleurs, Maurice adhère entièrement

aux énoncés de la vision d’avenir

adoptée par les délégués à la dernière

assemblée générale annuelle de la

FPLQ. L’idée que les fermes soient

réparties sur tout le territoire et qu’elles

soient moins endettées lui tient particulièrement

à cœur. « Et pour être

moins endetté, il faut être conscient du

lien qui existe entre l’endettement et le

prix du quota », signale Maurice.

Le niveau de la dette de plusieurs

fermes du Québec atteint aujourd’hui

L’idée que les

fermes soient

réparties sur

tout le territoire

et qu’elles

soient moins

endettée lui tient

particulièrement

à cœur.

un niveau inquiétant. Les discussions

sur le plafonnement du prix du quota

étaient donc nécessaires selon Maurice.

« Les dirigeants n’avaient pas seulement

le pouvoir de mener la consultation,

ils avaient le devoir d’entreprendre

cette démarche. Il fallait amener les

gens à se questionner pour trouver une

direction pour tout le monde. »

Il admet du même souffle qu’il est

toujours délicat de toucher au portefeuille

des gens. « Ça entraîne des réactions

émotives qui sont tout à fait

humaines. Et quand tu te retrouves seul

chez toi et que tu es très émotif, tu

trouves difficilement des solutions ou

des alternatives. Il faut que les

dirigeants soient capables de proposer

des idées et d’inciter les gens à en

débattre pour trouver des solutions

communes. C’est le rôle d’un administrateur

de porter le débat plus loin que

les intérêts personnels. Ça fait partie de

la démocratie. »

Dans toute cette démarche, Maurice

croit qu’il fallait faire la preuve qu’il est

plus intéressant de maintenir une ferme

laitière en production que de la démanteler.

Selon lui, la FPLQ devait s’occuper

de cette question. « Si le prix du quota

est très alléchant, la tentation peut être

forte de vouloir vendre plutôt que de

transférer. Ce n’est pas évident de

toucher à des acquis, mais le droit de

produire ne doit pas être vu ou considéré

comme un bien spéculatif. C’est

un outil qui permet de faire fonctionner

ton entreprise pendant tout le temps

que tu l’exploites. C’est cette philosophie

qu’il faut garder. »

Et la taille de son entreprise, faudrat-il

la limiter ou au contraire l’augmenter?

Maurice croit que la tendance

sera à l’expansion, mais il ajoute qu’elle

sera du niveau d’endettement des

fermes.

DES CONSOMMATEURS

AU RENDEZ-VOUS

«S’il y a de la relève, les consommateurs

seront encore là pour acheter les produits

[de l’agriculture] », affirme-t-il. Et

il ajoute qu’ils continueront de

demander des produits de qualité qui

répondent à leurs goûts. Il prend pour

exemple la récente augmentation de la

demande de fromages fins et soutient

que la FPLQ devra continuer à encourager

le développement de produits de

créneau.

Les producteurs devront toutefois

pouvoir affronter la concurrence,

qu’elle vienne de l’étranger ou des

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SEPTEMBRE 2007 LE PRODUCTEUR DE LAIT QUÉBÉCOIS


produits d’imitation et de remplacement.

« Si on se distancie trop de la concurrence

sur le plan des coûts, les

consommateurs feront peut-être

d’autres choix. Devant deux produits à

l’épicerie, dont l’un à 3 $ et l’autre à 5

$, le consommateur risque d’opter pour

le moins cher. Il faut toujours garder

cette réalité en tête. » Il précise cependant

que l’aspect « santé » des produits

laitiers joue en leur faveur et qu’il faut

continuer d’explorer cette avenue.

UN SYSTÈME À PROTÉGER

Conscient que l’avenir de la production

laitière dépend aussi d’un contexte

plus global, il soutient que les producteurs

de toutes les provinces devront

serrer les rangs pour défendre la gestion

de l’offre.

« Au Québec, nous sommes profondément

convaincus qu’il faut garder

notre système de gestion de l’offre,

insiste-t-il. En Ontario, les dirigeants en

sont peut-être convaincus, mais ils ne

réagissent pas de la même façon. Quand

ils disent qu’il faut faire concurrence

aux produits importés, par la baisse des

prix ou par des classes spéciales, on

fragilise notre système. Notre quota va

perdre sa raison d’être quand il se sera

tellement affaibli que tout passera à

côté. Les producteurs doivent donc tout

mettre en œuvre pour le protéger le

plus possible. Quand une porte est

ouverte, elle est dure à refermer. »

Maurice et sa conjointe, Julie.

La région de

Saint-Jean–Valleyfield

Le territoire du Syndicat des producteurs de lait de Saint-Jean–Valleyfield

englobe l’ensemble de la Montérégie-Ouest de même que quelques

municipalités de la Montérégie-Est. Il s’étend de l’ouest de la rivière

Richelieu et du sud de l’île de Montréal jusqu’aux frontières avec l’Ontario

et les États-Unis. Une vingtaine de producteurs laitiers ontariens, détenteurs

de quota du Québec, sont également représentés par le Syndicat. Les

517 fermes établies sur son territoire livrent 7,5 % de la production laitière

québécoise.

MONTÉRÉGIE-OUEST : 3 153 ENTREPRISES AGRICOLES

POURCENTAGE NOMBRE

D’ENTREPRISES D’ENTREPRISES

Productions animales 36 % 1 135

Bovins laitiers 25 % 788

Bovins de boucherie 7 % 221

Chevaux 2 % 63

Porcs 2 % 63

Productions végétales 54 % 1 702

Céréales et oléoprotéagineux 33 % 1 041

Pommes 4 % 126

Légumes frais 9 % 284

Légumes de transformation 2 % 63

Fourrages 3 % 94

Cultures abritées 3 % 94

Autres productions animales ou végétales 10 % 315

Source : MAPAQ, Direction régionale de la Montérégie-Ouest, Rapport annuel 2002-2003.

La Montérégie-Ouest compte 3 153 entreprises agricoles. Au Québec,

la région se classe au deuxième rang pour la production de veaux de

finition (bouvillons d’abattage) et au premier rang pour les légumes de

transformation (fèves, maïs sucré, pois, etc.) et le maïs-grain.

Quelques entreprises de transformation laitière sont implantées sur

le territoire du Syndicat, soit Danone (Boucherville), Natrel (Saint-Bruno),

Les produits de marque Liberté (Brossard), la Fromagerie de l’Alpage

(Châteauguay) et les Fromages Chaput (Châteauguay).

Les autres secteurs de la transformation agroalimentaire ne sont pas

en reste. Mentionnons les Vergers Leahy, spécialisés dans la fabrication de

purée de pommes et qui accaparent 70 % de ce marché au Canada, ainsi

que la cidrerie La Face cachée de la pomme et la Cidrerie du Minot, qui se

spécialisent dans la fabrication de cidre et de cidre de glace.

Les abattoirs Z. Billette situés à Saint-Louis-de-Gonzague, en majeure

partie propriété des producteurs de bouvillons d’abattage du Québec,

constituent la plus importante entreprise d’abattage de bovins de finition

au Québec. Cette municipalité accueille également Les élevages Périgord,

une entreprise qui élève et abat des canards.

Une bonne partie du territoire de Saint-Jean–Valleyfield est désignée

sous le vocable « Les Jardins du Québec ». Il n’est donc pas étonnant d’y

retrouver plusieurs entreprises de production et de transformation de fruits

et légumes, dont Veg Pro International, Saladexpress et Aliments Carrière.

En terminant, soulignons que le Syndicat met l’accent sur la valorisation

de la profession à travers le projet La route du lait à l’école. Cette

activité, offerte pour la première fois durant l’année scolaire 2004-2005,

permet aux élèves de la troisième année du primaire et de la troisième

année du secondaire (cours de géographie) d’apprendre l’abc du métier de

producteur laitier.

Source : Catherine Turgeon, secrétaire du Syndicat des producteurs de lait de Saint-Jean–Valleyfield.

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ACTUALITÉ

Il soulève également le fait que les

baisses de prix ne se reflètent pas toujours

dans le prix de détail. En effet, faitil

remarquer, au cours de la dernière

année, les importations de protéines

laitières ont considérablement augmenté,

mais les économies réalisées par ces

importations n’ont pas été transférées

aux consommateurs puisque les prix des

produits vendus en épicerie qui contiennent

ces ingrédients ont aussi augmenté.

Il croit donc à l’importance d’apporter

des solutions au problème des

importations d’ingrédients laitiers le

plus tôt possible. Ayant bon espoir que

l’article 28 règle en partie le problème

dans un avenir plus ou moins rapproché,

Maurice est d’avis que les transformateurs

ne s’en trouveront pas plus

mal pour autant. Selon lui, transformateurs

et détaillants doivent garder à

l’esprit qu’ils ont intérêt à ce que les producteurs

soient eux aussi en bonne

santé financière puisqu’ils dépendent

tous les uns des autres.

LE POUVOIR D’INFLUENCER

Au sujet des négociations sur l’agriculture

à l’OMC, Maurice signale qu’il

faut rester aux aguets. La menace de

la disparition de nombreux producteurs

de lait québécois et canadiens plane

depuis les premières discussions sur le

libre-échange et est toujours bien réelle.

Si elle ne s’est pas encore matérialisée,

selon Maurice, c’est en bonne partie

parce qu’il y a des gens qui se sont

battus contre cette menace et qui ont

vu aux intérêts des producteurs. « Les

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SEPTEMBRE 2007 LE PRODUCTEUR DE LAIT QUÉBÉCOIS


producteurs doivent continuer d’appuyer

leurs dirigeants dans leurs

démarches. »

Soulignant que les producteurs ont

une certaine influence auprès des gouvernements

qui établissent les politiques,

il constate qu’ils doivent cependant

souvent faire preuve de

détermination et revenir sans cesse à

la charge pour se faire comprendre.

« Le dossier des importations de concentrés

de protéines et celui des

normes de composition des fromages

illustrent bien les actions qu’il faut

souvent entreprendre et l’acharnement

qu’il faut démontrer pour obtenir

certains gains. Si l’on ne peut faire

faire au gouvernement ce que l’on

veut, on peut quand même réussir à

l’influencer un peu. »

S’IMPLIQUER

C’est depuis 1985 que Maurice

s’implique au Syndicat des producteurs

de lait de Saint-Jean–Valleyfield, dans

le district de Beauharnois. Il n’en est

toutefois devenu officiellement administrateur

qu’en 2000. Il a aussi été

membre de son syndicat de base de

l’Union des producteurs agricoles de

1976 à 1991.

En outre, il fait partie du conseil

municipal de Saint-Louis-de-Gonzague

depuis 1993 et assume la fonction de

maire suppléant depuis 2002.

PORTRAIT DE LA FERME

Ayant terminé sa formation à l’École

d’agriculture de Sainte-Martine en 1968,

Maurice travaillera avec son père

jusqu’en 1974. Après deux années

d’exploitation en location, lui et son frère

François achèteront la ferme paternelle.

Leur frère Marc viendra travailler avec

eux. Ils n’avaient alors que 33 vaches.

Aujourd’hui, leur troupeau Holstein pur

sang compte 280 têtes, dont 145 vaches

en lactation, et leur terre fait 90 ha.

Formée en compagnie, la ferme

familiale est actuellement entre les

mains des trois frères, de Julie, la

femme de Maurice, et de Roselyne, la

femme de Marc. L’entreprise a entrepris

des démarches auprès du groupeconseil

de la région pour commencer

le transfert vers la relève : Frédéric et

Jérémie, les jumeaux de Roselyne et

Marc, et Nicolas, le fils de Julie et

Maurice. Tous trois ont une formation

en gestion et exploitation d’entreprise

agricole.

Maurice se dit heureux de pouvoir

compter sur la présence des autres

partenaires de la ferme et de sa relève

sans qui il ne lui serait pas possible de

s’impliquer dans son syndicat.

* Yvon Gendreau, journaliste,

Communications et vie syndicale, FPLQ

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