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pax

concordia

troisième trimestre 2011 - n° 7

Revue de l’église catholique d’Algérie

Dossier : Le défi des langues

Regard : Corruption et prédation

Patrimoine : Le labyrinthe de Chlef


03 éditorial et mot de la rédaction

05 église universelle

Jean-Paul II et l’islam : Interview de

Muhammad el-Sammak

27 octobre 2011 : Les 25 ans de la

rencontre d’Assise

Benoît XVI et la Côte d’Ivoire

08 église au Maghreb

Paroles d’évêques : Libye et migrants

Réfugiés à la frontière tunisienne :

Interview du père Jonathan

11 Regard sur l’Algérie

Corruption et prédation

13 Dossier

Le défi des langues

21 Dialogue

Mamerthe : Ma vie de croyante en Algérie

Rencontres entre ibadites et catholiques

23 A propos de ...

Le film Essaha - la Place

24 Actualité des diocèses

Alger : Session des sourds, kermesse au

foyer des jeunes, expo à NDA

Oran : Visite épiscopale, réco étudiante,

cycle « Une passion pour... »

Constantine : 48h avec Augustin, cercles

de lecture, adieu au P. Duplan

Ghardaïa : Conférence sur les suites

d’Assise, pèlerinage à Tamanrasset

28 Des livres à lire

30 Patrimoine

La mosaïque du labyrinthe à Chlef

31 Bloc-notes

Bloc-notes et bulletin d’abonnement

Plusieurs lecteurs nous envoient

leurs encouragements, avec quelquefois

des compléments.

Passionnant, ce dernier numéro, en particulier le

dossier sur les Algériennes. J’ai beaucoup apprécié la

fresque de Dalila Djerbal et les témoignages. Et l’ensemble

du numéro est varié et très vivant. Merci de

ce cadeau (rassurez-vous, je pense à renouveler mon

abonnement !).

Simone Polycarpe, d’Annaba.

Merci pour la revue : j’ai trouvé admirable le texte

d’Aïcha Naïli (n°6, p. 10), qui en dit autant sur le P. Pierre

que sur elle. Personnalités d’une rare qualité, qui sont

les vraies passerelles entre les cultures.

Mr Bohn.

Francis Gouin de Constantine a été intrigué par

l’inscription des martyrs à Constantine (n°6, p. 29). Celle-ci

porte (ligne 1) le mot MARTURORUM (mal recopié

en-dessous martuorum dans le texte reconstitué). Le

mot n’existe pas en latin. Le sculpteur aurait dû graver

martyrum.

Notre ami jésuite peut constater que le niveau de latin

du rédacteur de l’article n’est guère meilleur que celui

du graveur du VI e siècle, dont la Société d’archéologie

de Constantine avait déjà repéré le « barbarisme, excusable

de la part d’un ouvrier illettré et peut-être grec »

mal latinisé, comme le donnent à penser d’autres indices

comme la forme delta donnée au D !

Le site Internet de l’église d’Algérie est à nouveau

mis à jour quasi quotidiennement. Aussi, n’hésitez

pas à le consulter :

http://www.ada.asso.dz

Trimestriel

éditeur : Association diocésaine d’Algérie (ADA), numéro

d’agrément 18, en date du 16 novembre 1974, délivré

par le Ministère de l’Intérieur

Adresse : Pax et Concordia, Archevêché d’Alger,

13 rue Khelifa Boukhalfa, 16000 Alger-Gare

Dépôt légal : à parution

Directeur de publication : Mgr Ghaleb Bader

équipe de rédaction : Dominique Lebon, Marie-Christine

Rousseau, Marie-Danièle Ligouzat, Michel Guillaud

Coordinateur de la rédaction : Michel Guillaud

Gérante : Marie-Danièle Ligouzat

Mise en page : Raphaël Watier

Courriel rédaction et abonnements :

paxetconcordia@gmail.com

Photos de couverture : chapelle du Saint-Sacrement de

la cathédrale d’Oran, photo de Raphaël Watier ; oliviers

dans la région de Sig, photo de Jean-Louis Déclais.


Mgr Alphonse Georger

évêque d’Oran

RETRAITE ?

Il ne s’agit pas des retraites spirituelles que tous les baptisés laïcs et clercs

sont encouragés à faire tout au long de leur vie, à certaines périodes de

l’année, en vue d’un renouveau spirituel de leur foi et de leur engagement

apostolique. Il s’agit de l’âge de la retraite, particulièrement de celle des

évêques. Cette question peut intéresser tout le monde et trouve sa place

dans notre revue pour une plus grande information concernant la vie de

l’Église.

Dans la vie civile, dans certains pays, l’âge de la retraite pour les fonctionnaires,

les employés, les ouvriers est établi pour un âge déterminé : 55, 60, 65 ans

mais guère au-delà. Dans d’autres pays, gouvernements et partis politiques

se disputent la fixation de l’âge de la retraite, jouant avec les intérêts

économiques, sociaux, électoraux de leur pays.

Qu’en est-il dans l’Église, pour ses clercs, particulièrement pour les évêques ?

Jusqu’à la promulgation du nouveau code de droit canonique en 1983, les

évêques restaient en place et en fonction jusqu’à leur mort, ce qui est encore

le cas dans la plupart des Églises orthodoxes. Cette situation était souvent

difficile et au détriment de la vie pastorale d’un diocèse : le grand âge de

l’évêque, ses problèmes de santé handicapaient et la vie de l’évêque et celle

de son diocèse. Certes, lorsque les forces physiques d’un évêque déclinaient,

on lui adjoignait un auxiliaire ou un coadjuteur avec droit de succession qui

mourait parfois avant l’évêque qu’il était censé remplacer un jour. Le concile

Vatican II avait demandé que les évêques puissent se retirer et prendre la

retraite à l’âge de 75 ans (les curés aussi présentent leur démission à 75 ans.

Souvent, l’évêque les garde en place, s’il n’y a pas de relève).

Le canon 401 stipule que l’Évêque diocésain qui a atteint soixante-quinze ans

accomplis (ce qui sera le cas pour l’évêque d’Oran lorsque paraîtra ce numéro

de Pax et Concordia) est prié de présenter la renonciation à son office au Pontife

Suprême qui y pourvoira après examen de toutes les circonstances.

Le Pape a la liberté d’accepter ou non cette renonciation. Parfois l’arrivée d’un

nouvel évêque se fait attendre des semaines, des mois, voire plusieurs années.

Parfois aussi, l’évêque démissionnaire est « relevé » de son siège épiscopal

mais reste « administrateur » du diocèse jusqu’à l’arrivée de son successeur.

Que devient l’évêque dont la renonciation a été acceptée ? Selon le canon 402,

il porte désormais le titre d’évêque émérite de son diocèse ou ancien évêque

de. Ainsi, en Algérie, nous avons l’archevêque émérite d’Alger, Mgr Henri

Teissier, et l’évêque émérite de Constantine et Hippone, Mgr Gabriel Piroird.

Autrefois, on attribuait à l’évêque démissionnaire le titre d’un ancien évêché

qui n’existe plus. Ainsi, il pouvait être évêque titulaire de Césarée (Cherchell),

Pomaria (Tlemcen), Tipasa… avec l’interdiction d’y célébrer !

Le même canon stipule que l’évêque émérite, s’il le désire, conserve sa résidence

dans le diocèse, à moins que, dans certains cas et en raison de circonstances

particulières, le Siège Apostolique n’y pourvoie autrement. Dans la plupart des

cas, pour ne pas gêner son successeur, l’évêque émérite se retire dans un autre

édito

pax concordia


édito

diocèse où il peut être aumônier d’une communauté religieuse ou même faire

office de curé dans une paroisse ; souvent aussi il se retire dans sa famille.

Un temps de repos, de prière, de rencontres fraternelles avant la grande

rencontre avec Celui dont ils étaient les ministres

Quant à la subsistance matérielle, le canon 402 dit encore : La Conférence

des évêques doit veiller à assurer un entretien convenable et digne à l’Évêque

démissionnaire, en considérant cependant que l’obligation en incombe en premier

lieu au diocèse qu’il a servi. L’évêque émérite n’a plus de pouvoir de juridiction

(gouvernement) dans le diocèse où il était le pasteur, mais il reste évêque

jusqu’à sa mort de par le sacrement de l’ordre. Ainsi, il peut célébrer partout

le sacrement de la réconciliation, il a le pouvoir de conférer le sacrement de

l’ordre, de la confirmation. Il peut consacrer une église, célébrer la messe

chrismale. Dans sa demeure, il peut avoir une chapelle privée.

Pour trouver un successeur, le nonce apostolique est chargé de présenter au

pape une liste de trois noms de prêtres idoines à l’épiscopat. La Conférence des

évêques fait de même et chaque évêque peut, individuellement, présenter sa

liste de candidats.

Les consultations pour le siège d’Oran ont commencé. Prions l’Esprit-Saint

d’éclairer ceux à qui revient la responsabilité de présenter au pape une liste de

noms parmi lesquels se trouvera le candidat appelé à cette charge pastorale

de successeur des apôtres.

Que la retraite des évêques soit un temps de repos, de prière, de rencontres

fraternelles avant la grande rencontre avec Celui dont ils étaient les « ministres »

(serviteurs).

Mgr Alphonse Georger

Évêque d’Oran

4

Le mot de la rédaction

A l’heure où nous écrivons ces lignes, Libye et Syrie

sont en plein drame. Le patriarche copte-catholique

dit : Ne poussez pas le monde arabe à des révolutions,

occasions de violences terribles et avec des répercussions

dramatiques pour les minoritaires dont

font partie les chrétiens, mais faites pression sur nos

gouvernants. Le vicaire apostolique de Tripoli quant

à lui, rappelle que la légalité onusienne n’est pas pour

autant nécessairement morale, quand elle renonce au

dialogue politique et se résout aux bombardements.

La marge est étroite entre patience et résignation chez

ceux qui souffrent, entre ingérence et solidarité chez

ceux qui voudraient les aider. Des intérêts inavoués se

mêlent aux meilleures intentions. Entre ceux qui proclament

de grands principes et ceux qui se veulent

réalistes, entre ceux qui proclament une guerre juste

et ceux qui la disent immorale, nous sommes ramenés

à la distinction devenue classique entre « éthique de

conviction » et « éthique de responsabilité ». Dans ce

numéro, les évêques du nord et du sud de la Méditerranée

essaient de dépasser cet antagonisme à propos

des migrants (p. 8), cependant que le père Jonathan

nous donne un écho de l’engagement d’individus et

d’associations humanitaires avec les réfugiés (p. 9),

dans une nouvelle rubrique de notre Revue intitulée

« église au Maghreb ».

Dans ces soubresauts, les dimensions culturelles et religieuses

ne sont jamais loin.

Au moment où se prépare le 25 e anniversaire de la

rencontre d’Assise, Muhammad El-Sammak entend

montrer la marque de Jean-Paul II dans les relations

islamo-chrétiennes (p. 5).

Le dossier (pp. 13 à 20) nous introduit à un autre défi

pour la compréhension mutuelle : celui des langues.

Défi pour les Algériens eux-mêmes, défi pour les

étrangers, défi pour la rencontre. Certains chrétiens

s’y inscrivent de manière directe comme traducteurs,

mais chacun en Algérie y est affronté à titre personnel

et quotidien.

Lecture (p. 29) et cinéma (p. 23) sont aussi au programme

de ce numéro, où vous pourrez vous laisser

guider pour trouver l’issue de vos labyrinthes (p. 30).


Jean-Paul II et l’islam

Dans un témoignage donné à l’Agence Zenit (zenit.org) le 28 avril

2011, Mohammad Al-Sammak, conseiller du Mufti du Liban, dit tout

ce que selon lui le dialogue islamo-chrétien doit au pape Jean-Paul II.

Extraits.

Le 24 janvier 2002, un train

quittait le Vatican, transportant

le pape et ses invités

- j’étais l’un d’eux - jusqu’à

Assise, au tombeau de saint

François, le premier chrétien à être entré

en débat théologique avec des Oulémas musulmans,

pendant les croisades, à Damiette en égypte.

En 1986, Jean-Paul II avait choisi Assise pour son initiative

mondiale de dialogue entre les religions, et en

2002, il voulait consacrer cet événement.

A Assise, Jean-Paul II a lancé un

appel à toute l’humanité : « le

plein rétablissement de l’ordre

moral et social brisé passe par

une harmonisation entre la justice

et le pardon, car les piliers

de la vraie paix sont la justice

et cette forme particulière de

l’amour qu’est le pardon ».

Selon lui, « le terrorisme est fils

d’un fondamentalisme fanatique,

qui naît de la conviction

de pouvoir imposer à tous sa

propre conception de la vérité.

Alors qu’au contraire, à supposer

même que l’on ait atteint la

vérité - et c’est toujours d’une

manière limitée et perfectible -,

on ne peut jamais l’imposer à

d’autres. Le respect de la conscience d’autrui, dans

laquelle se reflète l’image même de Dieu, permet

Jean-Paul II à Assise : Le respect de la conscience

d’autrui, dans laquelle se reflète l’image

même de Dieu, permet seulement de proposer

la vérité aux autres, auxquels appartient ensuite

la responsabilité de l’accueillir.

© Pascal Aude

seulement de proposer la vérité aux

autres, auxquels appartient ensuite la

responsabilité de l’accueillir ».

J’ai rencontré Jean-Paul II pour la première

fois en 1987 lors de sa visite à Malte.

Quand il a entendu d’où je venais, il m’a

dit : « Du Liban ?... et que faites-vous pour le Liban ? »

Aussitôt, je répondis : « Et vous, que faites-vous pour

le Liban ? ». A cette époque-là, la guerre civile faisait

rage. Le pape, surpris par ma réponse, m’a alors

dit : « Vous verrez ce que nous ferons pour le Liban...

mon fils, le moment n’est pas

venu d’en dire plus ».

Sept ans après, en 1994, un

synode spécial pour le Liban

était convoqué. Le pape insistait

pour que des représentants

de toutes les confessions

musulmanes au Liban y participent,

non pas comme observateurs,

mais comme membres

à part entière. C’était une

nouveauté absolue dans l’histoire

des synodes.

A la séance d’ouverture, je me

suis approché du pape pour lui

demander : « Vous souvenezvous

de notre conversation à

Malte ? » - « Quelle conversation

? » - « Celle sur le Liban ». Aussitôt, ses yeux se mirent

à briller : « C’est vous ! Je ne me souviens pas de

votre nom. Pardonnez-moi. Mais je n’ai jamais oublié

cette brève conversation. Je suis très heureux de la

participation musulmane au synode, et particulière-

La rencontre de François d’Assise et du Sultan

Dans le numéro 6 de Pax et Concordia, vous trouverez

le point de vue de Muhammad el-Sammak sur le dialogue

interreligieux : Dialoguer, c’est l’art de trouver la vérité

chez l’autre.

église universelle

pax concordia


église universelle

Que serait-il arrivé aux relations islamochrétiennes

si le pape Jean-Paul II ne s’était

pas opposé à la guerre en Irak, la déclarant

immorale et injustifiée ?

ment heureux de vous voir ici avec nous ».

Un vendredi, au cours du synode, j’ai remis une note

au secrétaire général, l’informant que je quitterai l’assemblée

pour aller à la mosquée. Celui-ci avait donné

son accord, mais il en avait parlé au pape qui était près

de lui et, après avoir informé l’assemblée du contenu

de la note, il avait ajouté : « Le Saint-Père souhaite

que nos hôtes musulmans prient pour la bonne réussite

du synode ». Geste inouï : le chef de l’Église catholique

demandant à un musulman de prier pour la

réussite d’une rencontre chrétienne présidée par lui

au Vatican, et en présence de nombreux prélats !

Concernant les relations islamo-chrétiennes en général,

le pape a fait plusieurs démarches sans précédent.

Par exemple, il avait pour principe de ne jamais

faire de lien entre aucune religion et le terrorisme.

Imaginez s’il ne s’était pas opposé à la guerre angloaméricaine

contre l’Irak, la déclarant immorale et injustifiée.

Si, au contraire, il s’était prononcé comme le

voulaient Washington et Londres. Que serait-il arrivé

aux relations islamo-chrétiennes ?

Il est triste et honteux que, malgré cela, les chrétiens

au Moyen-Orient, surtout ceux d’Irak, soient agressés

et persécutés. Même lorsque Georges Bush a dit que

la guerre en Irak était une nouvelle croisade, le pape a

réaffirmé que celle-ci était contraire aux valeurs chrétiennes.

Nous devons rester fidèles à ce précieux héritage.

Une manière est de continuer à collaborer ensemble,

chrétiens et musulmans, partout dans le monde. Je

crois que Jean-Paul II avait compris, avec une profonde

spiritualité, la phrase du Christ dans l’Évangile de

Jean : « J’ai encore d’autres brebis, qui ne sont pas de

cette bergerie » (Jn10,16). Il a ouvert une page éclatante

de l’histoire des rapports islamo-chrétiens, y

apposant sa signature spécifique de l’amour.

Chaque fois que je viens à Rome, je me rends sur sa

tombe au Vatican, je m’arrête pieusement au pied

de celle-ci et je dis : « Pardonnez-moi, monsieur. J’ai

vu ce que vous avez fait pour le Liban... mais

j’ai honte de vous raconter ce que nous, nous

avons fait. »

Propos recueillis et traduits par

Robert Cheaib et Isabelle Cousturié

Assise, basilique Saint-François

Pèlerins de la paix, pèlerins de la vérité

27 octobre 2011 : croyants et incroyants à Assise

« Pèlerins de la vérité, pèlerins de la paix » : tel est le thème choisi par Benoît XVI pour célébrer le

27 octobre prochain, à Assise, la ville de saint François, le 25e anniversaire du rassemblement

des religions autour de Jean-Paul II.

Le pape invite les croyants des différents confessions chrétiennes et traditions religieuses, mais

aussi – c’est une nouveauté - les incroyants à prendre part à sa démarche de pèlerinage. « Chaque

être humain, au fond, est un pèlerin en quête de vérité et de bien. » Seront ainsi invitées

des personnalités du monde de la culture et de la science, qui, elles aussi, dans leur activité,

cherchent la vérité et sont responsables de la justice et de la paix dans le monde.

Le Saint-Siège encourage les diocèses à organiser des veillées préparatoires.

D.L.

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Benoît XVI et la Côte d’Ivoire

Chercher la paix par les moyens de la paix

Au cours de la Semaine Sainte, Benoît XVI a inséré, cette

année, un hors-programme, au début de l’après-midi du

Vendredi Saint. Sur la RAI Uno, il a répondu à sept questions

qui lui ont été posées par des gens de différents pays. Parmi

eux, une musulmane de Côte d’Ivoire : Bintù.

église universelle

Bintù salue d’abord le pape en arabe

Que Dieu soit au milieu de toutes les paroles que nous échangerons et que

Dieu soit avec toi.

puis demande en français

Cher Saint-Père, ici en Côte d’Ivoire, nous avons toujours vécu en harmonie

entre chrétiens et musulmans. Les familles sont souvent formées de membres

des deux religions. Il existe aussi une diversité d’ethnies, mais nous

n’avons jamais eu de problèmes. Aujourd’hui, tout a changé : la crise que

nous vivons, à cause de la politique, sème la division. Combien d’innocents

ont perdu la vie ! Combien de réfugiés, combien de mamans et combien

d’enfants traumatisés ! Les messagers ont exhorté à la paix, les prophètes

ont exhorté à la paix. Jésus est un homme de paix. Vous, en tant qu’ambassadeur

de Jésus, que conseilleriez-vous pour notre pays ?

© Dominique Foucault

Le pape Benoît XVI

Je voudrais répondre à ce salut : Dieu soit aussi avec toi, qu’il t’aide toujours. Je dois dire que

j’ai reçu des lettres déchirantes de Côte d’Ivoire, qui rendent compte de toute la tristesse, de

la profondeur de la souffrance, et je suis attristé que nous puissions faire si peu. Nous pouvons

toujours faire une chose : être en union de prière avec vous et, dans la mesure du possible, agir

dans la charité. Nous voulons surtout encourager, autant qu’il est possible, les contacts politiques

et humains. (…) Nous voulons surtout faire entendre la voix de Jésus, auquel vous aussi

vous croyez comme prophète. Il a toujours été l’homme de la paix. On pouvait s’attendre, lors

de la venue de Dieu sur terre, à ce qu’il s’agisse d’un homme d’une grande force, qui détruise les

puissances adverses, qu’il soit un homme de grande violence pour établir la paix. Rien de cela en

fait. Il est venu faible avec la seule force de l’amour, totalement sans violence jusqu’à se laisser

crucifier. Voilà le vrai visage de Dieu. La violence ne vient jamais de Dieu, elle n’aide jamais à faire

de bonnes choses, elle est un moyen destructeur et ne constitue pas un chemin pour sortir des

difficultés. Il est donc une forte voix contre tout type de violence. J’invite fortement toutes les

parties à renoncer à la violence et à chercher les chemins de la paix. Vous ne contribuerez pas à

la recomposition de votre peuple par la violence même si vous pensez avoir raison. La seule voie

est de renoncer à la violence, de reprendre le dialogue et de tenter de trouver ensemble la paix

avec une nouvelle attention de l’un pour l’autre, avec une nouvelle disponibilité à s’ouvrir l’un à

l’autre. Et cela, chère Madame, est le vrai message de Jésus : chercher la paix par les moyens de la

paix et cesser la violence. Nous prions pour vous, pour que tous les composants de votre société

entendent cette voix de Jésus et que reviennent ainsi la paix et la communion.

Source : Chiesa (chiesa.espresso.repubblica.it)

pax concordia

7


église au maghreb

évêque de Tripoli (Libye) :

Bombarder est un acte immoral

Le vicaire apostolique de Tripoli, Mgr Giovanni Martinelli, ne cesse

d’en appeler à la priorité du dialogue politique. Nous donnons ici un

extrait de ses déclarations à l’Agence Fides le 6 mai 2011.

Je suis surpris par les déclarations selon lesquelles

je devrais m’occuper seulement de

questions spirituelles et qui font état du fait

que les bombardements ont été autorisés

par l’ONU. Ceci ne signifie pas que l’ONU,

l’OTAN ou l’Union européenne aient l’autorité

morale pour décider de bombarder. Je ne veux

certes pas interférer avec l’action politique de

quiconque mais il est de mon devoir d’affirmer

que bombarder constitue toujours un acte immoral.

Je respecte les Nations Unies, je respecte

l’OTAN, mais s’il existe des violations des droits

de l’homme quelque part, je ne peux pas utiliser

la même méthode pour les faire cesser. En tant

que chrétien, je dois recourir à des méthodes pacifiques,

au premier rang desquelles le dialogue.

Formalités à la douane tunisienne

évêques de la Méditerranée :

écouter les migrants nous change

Du 2 au 4 mai 2011 s’est tenue à Tunis une rencontre d’évêques

venus de France, d’Espagne et du Maghreb. On trouvera ci-dessous

quelques extraits du communiqué final de leur rencontre.

8

Concernant la Libye, les évêques appuient les interventions

du Pape Benoît XVI et de Mgr Giovanni Martinelli,

sur la priorité du dialogue politique.

Touchant la question cruciale des migrants, le Maghreb

est le lieu de transit des migrants en provenance de

l’Afrique sub-saharienne et les églises y sont témoins

des drames que vivent des hommes et des femmes

qui quittent leur pays, et elles font d’importants efforts

pour les accueillir et les accompagner.

Ces personnes sont remarquables, dans leur détresse,

par la force humaine et spirituelle qui les pousse à

continuer leur transhumance qui hélas se transforme

souvent en calvaire. Se mettre à leur écoute aide à

changer le regard, à être plus exigeants sur les questions

de justice et de solidarité à l’égard de ces frères et

sœurs étrangers qui frappent à notre porte.

Deux attitudes ont du mal à se rejoindre : (celles) qui

veulent assurer d’abord la sécurité et la protection de

leurs citoyens (...) ; et celle des disciples de l’Évangile,

qui, au risque d’être taxés de naïveté, veulent servir

d’abord les personnes et les défendre dans leur dignité,

y compris si elles sont clandestines et sans papiers. Ces

deux attitudes pourraient se conjuguer si l’argent dépensé

pour protéger les frontières servait à développer

l’indépendance alimentaire des pays d’où partent les

migrants et si des moyens étaient mis en œuvre pour

assurer une vie digne à tous les citoyens. Ceux-ci ne seraient

plus dans la nécessité de partir au péril de leur

vie. Depuis des dizaines d’années, les papes ne cessent

de le dire, comment ne pas le redire avec eux ?


Réfugiés à la frontière tuniso-libyenne

Interview du père Jonathan Bahago - Père Blanc à Sfax

Comment es-tu entré en contact avec les

réfugiés fuyant la Libye ?

Le père Dominique, prêtre diocésain, m’a dit de venir

à la frontière avec lui. C’est un homme très engagé

socialement. Il avait reçu un don pour acheter des

boites de thon pour l’ONG Samaritan’s Purse qui

préparait des repas pour les réfugiés.

Qu’as-tu vu sur place ?

Le groupe le plus nombreux était alors du Bangladesh :

plus de 8000 ! Et ensuite les Philippins et les Chinois,

qui ont été vite évacués, suivis des Sri Lankais et des

ressortissants africains de nombreux pays. Mais les

Burkinabés et les Tchadiens ont été également vite

pris en charge par leurs ambassades et évacués.

Tu peux nous parler du camp ?

Une fois qu’elles quittent la Libye les personnes

s’inscrivent auprès de l’Organisation Internationale

des Migrations (O.I.M.) tente en plastique, pour six ou

sept personnes, qu’ils peuvent planter aux endroits

aménagés par des bulldozers. Tu reçois aussi un

petit matelas et une couverture. Malheureusement

il n’y avait que trois toilettes et aucune douche donc

on se débrouillait comme on pouvait. Par contre la

nourriture était abondante. Ici, je dois dire combien

les Tunisiens, tant des individus que des associations,

ont été généreux non seulement en ce qui concerne

les denrées alimentaires mais aussi en donnant de

leur temps et en étant présents au service de tous les

réfugiés...

Quel était votre engagement

concret ?

On logeait dans un petit hôtel à 30 km du

camp. Chaque matin, à 5h, nous partions

pour travailler dans l’ONG Samaritan’s

Purse pour préparer et distribuer le

petit-déjeuner. Et tout de suite après on

commençait à nouveau à préparer le repas

de 15h. Tu ne peux pas imaginer la quantité

de carottes, oignons et riz qu’il faut préparer

pour cette foule ! Sans compter le fait qu’il

faut soulever des marmites immenses et les

laver ! Je dois rendre hommage à Sr Mercé

et Sr Marie Claire, des Petites Sœurs de

Jésus, qui, dès le début, se sont impliquées à fond dans

les camps.

Quels autres acteurs étaient sur place ?

Le Programme Alimentaire Mondial (PAM), l’Organisation

Internationale des Migrations, les Croissant Rouge

Algérien et Tunisien, une association de psychologues

tunisiens, mais aussi Caritas Liban, Caritas Internationalis

et Caritas France, cette dernière avec des moyens

de communications pour rassurer les familles des réfugiés.

Tous ces organismes étaient parfaitement encadrés

par l’armée tunisienne, qui a été remarquable en

tout point : discipline, organisation, équité...

Le Père Jonathan (à genoux) sous une tente

pax concordia 9

église au maghreb


église au maghreb

Face à l’énormité de la tâche votre

contribution était très modeste...

A un moment, les volontaires ont été remplacés par

des salariés. Nous avons pu nous consacrer à écouter

ces personnes en désarroi, dans leurs tentes : avant la

guerre leurs salaires étaient en retard, ensuite certaines

banques ont refusé de leur verser leurs économies.

Conduits à la frontière, l’armée libyenne les a délestés

de tout (portables, montres, argent...). Ils se posent

beaucoup de questions et à nous aussi : « Quel avenir

pour moi Father ? J’ai émigré pour avoir de l’argent et

à présent je suis encore plus pauvre. Si jamais je dois

retourner dans mon pays, jamais je n’irai dans ma ville...

quelle honte ! » Certains te disent directement : « Qu’estce

que tu peux faire pour moi ? Tu peux m’aider à passer

en Europe ? »

Mais écouter, ça sert à quelque chose ?

Ensemble, en parlant et en s’écoutant c’est comme

une thérapie. J’ai trouvé des compatriotes qui m’ont

demandé de les aider. J’ai contacté l’ambassade du

Nigeria par téléphone et j’ai même fait le déplacement

à Tunis (presque 800 km) pour les pousser à agir : une

semaine après 1300 nigérians étaient évacués par

l’O.I.M. Mais les réfugiés arrivent en désordre et ne

partent pas tous ensemble.

Qu’est-ce qui t’a frappé le plus en voyant la

vie au camp ?

D’abord la condition

des femmes, surtout

celles avec bébés

ou enceintes !

Malheureusement,

je dois reconnaître

que la prostitution

s’était organisée

dans le camp.

Ensuite la solidarité

des Tunisiens qui se

Des volontaires à la cuisine

sont donnés à fond

10

pour aider cette foule dans le besoin ; certains sont

même venus s’installer à proximité des camps ; ils n’ont

pas uniquement donné des choses : eux-même se sont

donnés ! Je revois encore les scouts tunisiens en train

de ramasser les ordures...

Et pour finir, la diversité d’organismes qui sont

rapidement venus pour aider. L’ONG qui nous a

accueillis est d’origine protestante, mais nous avons

travaillé ensemble pour répondre à la question « Qui

est mon prochain ? »

Comment va évoluer la situation ?

Déjà certaines ONG sont parties et l’afflux des réfugiés

est moindre. Tout dépendra de la situation interne en

Libye, car certains ne rêvent que d’y retourner vite !

Après cette expérience, tu es content de ton

arrivée en Tunisie ?

Je n’avais jamais pensé qu’en arrivant ici, je devrais

répondre à un appel aussi urgent et aussi humain. Mais

je dois dire que sans le soutien de ma communauté qui

s’est organisée pour y aller à tour de rôle, qui a accepté

de prélever dans son budget pour aider... je n’aurais rien

pu faire. Et tous les confrères de la Province du Maghreb

nous ont soutenus, par la prière, en envoyant des dons,

en nous téléphonant, en demandant des nouvelles...

Je dois avouer que je ne suis plus le même depuis mon

passage par les camps des réfugiés : je pensais donner

et j’ai beaucoup reçu, beaucoup appris sur l’esprit

d’écoute, sur les raisons qui poussent les gens à partir,

les itinéraires, les raisons de la migration...

J’ai senti une grande faiblesse car je ne pouvais rien

pour eux qui réclamaient soit un billet d’avion pour

rentrer soit un passage pour l’Europe, mais je crois que

le Christ a fait quelque chose à travers moi. Je pense

au jour où j’ai passé trois heures à calmer 500 de mes

compatriotes et à répondre sans cesse aux mêmes

questions. En tout cas, nous y retournerons !

Merci à Relais Pères Blancs Maghreb qui nous a autorisé à

reproduire cet interview : relaispbmaghreb@hotmail.com.


Corruption et prédation

Depuis les années 1980, un vent de

réformes et de remise en question

des politiques de développement a

soufflé sur les pays anciennement

colonisés autant que sur les pays

de l’ancien bloc socialiste. Partout, l’économie

de marché libérale ou néo-libérale s’est imposée,

provoquant une série de crises multiformes.

L’uniformisation des modèles économiques et

politiques a entraîné une perte relative de souveraineté

des États. Le démantèlement du monopole

étatique sur les secteurs productifs a laissé

la porte ouverte à la constitution de systèmes

contrôlés par de nouvelles oligarchies.

Avec le temps, il est devenu plus qu’évident que

le désengagement de l’État et la privatisation

n’ont pas été soutenus par l’intervention d’agences

gouvernementales capables d’évaluer et de vendre

les entreprises d’État dans une transaction transparente.

Les poursuites engagées contre les anciens

présidents de la Tunisie et de l’Égypte pour appropriation

frauduleuse de biens publics et transferts illicites

de fonds sont là pour en témoigner.

Les réformes dites de la première génération – la maîtrise

de la politique macroéconomique, la réduction

des tarifs, la privatisation, la dérégulation etc. – n’ont

eu d’autre effet que de fragiliser les États et d’affaiblir

leur capacité à assurer leur souveraineté intérieure

autant que leur pouvoir de négociation internationale

face aux grands groupes multinationaux. Mais si les

États se fragilisent par certains aspects, ils se fortifient

par d’autres. La militarisation accrue sous prétexte

de défense nationale, les dépenses dites de sécurité,

le recrutement massif dans les services de police accompagnent

le rétrécissement du champ politique

et l’affaiblissement du pouvoir de contrôle des représentants

de la nation.

L’absence de transparence dans la passation des marchés

est, sans conteste, le facteur le plus important

dans le transfert des fonds publics et leur conversion

en fortunes privées. Certains secteurs semblent plus

exposés que d’autres aux malversations. Le rapport

annuel de Transparency International indique que

« plus de 4 milliards de dollars américains sont consacrés

aux marchés publics annuellement à travers le

monde. De la construction de barrages et d’écoles

à la fourniture de services de collecte d’ordures, les

travaux publics et le bâtiment sont désignés, étude

après étude, comme le secteur le plus exposé à la

corruption – aussi bien dans le monde en développement

que dans le monde développé » 1 .

D’autres secteurs comme celui de la santé et des équipements

publics sont exposés au phénomène. Mais,

parmi tous, le secteur des hydrocarbures et celui de la

défense qui brassent des capitaux considérables apparaissent

comme des champs privilégiés de la corruption

à grande échelle. Ce qui les caractérise, c’est

que les appels d’offre ne concernent que très peu les

regard sur l’algérie

1- Peter Eigen, Rapport mondial sur la corruption 2005,

Ed. Economica, Paris, 2005, p.2.

11

pax concordia 11


egard sur l’algérie

entreprises autochtones et mettent directement en

rapport les responsables de ces secteurs au plus haut

niveau de la hiérarchie (certains les appellent « les décideurs

») avec les fournisseurs étrangers.

Mark Pyman, un des consultants de Transparency International,

rappelle que « le Département du Commerce

des États-Unis estime que la corruption dans

le commerce de l’armement équivaut approximativement

à 50% de toutes les malversations à l’échelle

mondiale » 2 .

Dans la plupart des pays où la corruption règne, il

est quasiment impossible pour un chercheur ou un

journaliste d’accéder aux bases de données d’un ministère

quelconque ou d’une entreprise nationale. Il

est parfois plus aisé de passer par la Banque Mondiale

ou par le FMI pour être informé des comptes

de la nation.

La corruption dans les secteurs

névralgiques est manifestement

dommageable

pour la nation : du matériel inutile est acheté, du matériel

essentiel ne fonctionne pas comme prévu, et les

pots-de-vin augmentent le coût total des achats. Cela

est aussi vrai dans le secteur du médicament et des

équipements médicaux. La malfaçon dans la construction

et les travaux publics fait courir des risques énormes

aux populations en transformant des secousses

telluriques d’intensité variable ou de fortes précipitations

en de véritables catastrophes humaines.

2- Mark Pyman, Exposé préparé pour le 4 e colloque sur

« La démocratie, la citoyenneté et la transparence »

tenu à Alger du 1 er au 3 novembre 2006, in Transparency

International.

Créée en 1991-1992, la revue NAQD d’études et de critique

sociale est une publication bilingue (français-arabe)

qui paraît en Algérie, sous la direction de Daho Djerbal.

Tirée à 2000 exemplaires, sa diffusion se fait par abonnements,

en Algérie et à l’étranger. Elle est indépendante de

toute autorité gouvernementale.

Les contributions publiées sont des études portant sur les

problèmes de société vécus dans la région du Maghreb et

du Moyen-Orient mais aussi dans le Sud global. Elles sont

destinées à un large public ainsi qu’à des chercheurs dans

le domaine des sciences humaines et sociales.

Corruption et prédation se tiennent main

dans la main.

http://www.revue-naqd.org

revue_naqd@yahoo.fr

Mais, plus grave encore,

c’est la dissémination du

phénomène à tous les rouages

de l’appareil d’État et

des services publics qui pose problème. Comme dit

un dicton populaire, le poisson commence à pourrir

par la tête. La contagion atteint régulièrement

les rouages intermédiaires avant de se répandre au

niveau local. Les chroniques judiciaires et la presse

quotidienne ne tarissent pas d’affaires de surfacturations

et de malversations liées à la passation des

marchés.

Progressivement, c’est la société dans son

ensemble qui souffre de l’absence de crédibilité des

institutions, et l’État s’affaiblit tout en s’exposant aux

capacités croissantes des oligarchies d’influer sur ses

décisions. Dans beaucoup de cas, quand ce ne sont

pas les bureaux des Assemblées qui bloquent les

commissions d’enquête parlementaires, ce sont les

dits représentants de la nation (à quelques exceptions

près) qui se laissent corrompre et votent, contre

pots-de-vin, des lois ou dispositions réglementaires

favorisant les oligarques et les monopoleurs du

commerce extérieur au détriment des entreprises du

secteur productif national. C’est le cas des branches

pharmaceutiques et du médicament comme de

l’agro-alimentaire. Nous atteignons là le phénomène

des réseaux de l’échange corrompu qui opère un vaet-vient

du sommet de l’état au niveau micro-social

en se répandant dans toutes les formes du pouvoir

(administratif, judiciaire, civil et militaire).

Daho Djerbal

Maître de conférences en histoire contemporaine

Directeur de la revue NAQD

12


Le défi des langues

حتدي اللغات

Dossier

Photo de J.M. Chassine

coordonné par M. Guillaud

pax concordia

13


DOSSIER

Me comprends-tu ?

14

Quelle langue parlez-vous donc ? 1

Quelle langue parlez-vous en

Algérie ? Plusieurs assurément.

Nous naviguons entre trois groupes

de langues en tout cas.

La sphère arabophone, la plus importante

du point de vue des locuteurs, qui recouvre

plusieurs registres, du plus structuré au plus

souple : l’arabe classique, proche du référent

coranique ; l’arabe moderne standard, langue

de communication entre pays arabes, langue

des médias et de l’enseignement ; et le dialecte, langue

maternelle de la majorité, témoignant « d’une

formidable résistance face à la stigmatisation et au

rejet que véhiculent à son égard les normes culturelles

dominantes ».

La sphère berbérophone, avec les parlers amazighs,

langue maternelle d’une partie de la population difficile

à dénombrer de manière sûre, surtout dans les

Aurès, la Kabylie, le Gouraya, le Hoggar et le Mzab.

Le défi des langues

Numériquement minoritaires, confinés à un usage

strictement oral, mais vecteurs d’une tradition ancienne

et vivace, ils connaissent une certaine marginalisation

malgré la reconnaissance du tamazigh

comme langue nationale au début des années 2000

et sa mention dans le préambule et l’article 3 de la

Constitution.

La sphère des langues étrangères et surtout le français.

Les circonstances de son intrusion ont donné à

ce dernier un statut très particulier. A L’indépendance,

la proportion de lettrés en langue française dépassant

largement celle des lettrés en langue arabe,

la langue française devient par la force des choses

la langue de l’administration. A partir de

1978 est mise en œuvre une politique

d’arabisation du système scolaire. L’enseignement

du français va péricliter et

même disparaître dans certaines régions

de l’intérieur et du sud. Toutefois, le français

reste langue d’enseignement pour

de nombreuses matières scientifiques de

l’enseignement supérieur, ce qui provoque

de grosses difficultés.

© JM Segers



« L’amère expérience m’a enseigné que l’autre ne s’intéressera

à moi que si je me tourne vers lui. »

A. Kilito, p.16

L’effort de se comprendre

Comment faire un avec trois,

construire l’unité à partir de ces

trois mondes ? La question est

très concrète et quotidienne.

On l’aura compris, la question des langues en Algérie

reste complexe, douloureuse, affectivement et idéologiquement

chargée. Pour tous, Algériens d’abord,

mais aussi pour les étrangers qui se mêlent d’apprendre

la... ou les langues d’Algérie. Laquelle apprendre,

et selon quelle priorité ? La question se pose bien

évidemment aussi à l’intérieur même de l’Église

d’Algérie : comment

faire droit à des légitimités

plurielles, et

pas seulement au plus

commode pour la majorité

!

Ce dossier aborde

modestement quelques

aspects de ce défi des langues

chez les chrétiens

d’Algérie, que ce soit pour

leur propre usage ou le service

de la collectivité 2 .

Michel Guillaud

© JM Chassine

1- La première partie de cet article doit beaucoup aux écrits

de Khaoula Taleb Ibrahimi, notamment dans L’Année du

Maghreb, I (2004), pp. 207-218.

2- On trouvera dans ces pages quelques citations tirées de

l’ouvrage d’Abdelfattah Kilito, Tu ne parleras pas ma langue, traduit

de l’arabe par Francis Gouin, Media-Plus, Constantine, 2008.


Table ronde avec Francis Gouin et Marcel Bois, traducteurs

Jongleur de mots, passeurs de sens

DOSSIER

Le premier est à Constantine, le second à Alger. Hommes de lettres, ils traduisent

des livres, de l’arabe vers le français. F. Gouin a traduit une dizaine d’ouvrages,

essentiellement d’auteurs marocains, tel Abdelfattah Kilito. M. Bois a traduit

entre 1971 et 2011 des œuvres de Abdelhamid Benhadouga, Tahar Ouettar,

Brahim Saâdi et Waciny Laredj. Tous deux traducteurs et prêtres, ils dressent

des passerelles entre les peuples, pour les faire se comprendre dès ici-bas.

Nous les avons interrogés.

Comment devient-on traducteur ?

FG. Je suis né et j’ai passé toute mon enfance et

ma jeunesse au Maroc. Dans les années 1980, l’idée

m’est venue de traduire

des œuvres marocaines

pour faire connaître à

l’étranger le patrimoine

marocain, dans le but

d’une rencontre des

cultures.

Au départ, j’ai traduit

des grands classiques,

qui font partie du patrimoine

marocain, que

tout lycéen marocain

des années 1980 a lus.

Après, il y a ceux que j’ai pu lire un été sur la plage

et que j’ai eu envie de traduire, et ceux commandés

par un éditeur.

J’ai actuellement quelques projets avec Media-Plus,

chez qui je relis tout ce qui se publie, y compris

quand ce sont des traductions vers l’arabe.

MB. Au départ, c’est le hasard des rencontres, puis

un lien se noue avec un auteur. J’ai été professeur de

français au lycée El-Mokrani d’Alger de 1969 à 1986.

C’est là qu’un collègue m’a fait rencontrer Benhadouga

et encouragé à traduire. Ça a bien marché

avec Le vent du sud (1971). Après, avec lui, les traductions

se sont enchaînées.

Un phénomène à relever : une traduction aide à découvrir

et relancer l’original. L’édition, la diffusion et

la critique se heurtent encore à beaucoup de problèmes.

Avec Benhadouga une véritable amitié s’est nouée.

On est allés au moins une dizaine de fois dans des

lycées où des profs avaient

mis au programme Le vent du

sud. C’était d’ailleurs souvent

des profs de français. Moi je

l’avais pris en français et le

collègue prof d’arabe l’avait

pris en arabe. On faisait venir

l’auteur. C’était passionnant.

Il était devenu mon meilleur

ami. C’est l’homme le plus

droit que j’ai rencontré de

toute mon existence.

Plus récemment, j’ai travaillé avec Brahim Saâdi :

Confession au retour des ténèbres, il y a 4 ans, qui

n’est pas encore sorti. J’ai aussi traduit de lui un petit

livre, Fatwa à l’heure de la mort, sur lequel on avait

travaillé avec un petit groupe d‘amis, aux Glycines.

Un de ses livres est sorti en octobre, El-aazham - Le

potentat. Il tombe à pic avec ce titre et ce thème,

avec ce qui se passe en ce moment. Mais je suis déjà

sur la traduction d’un livre de 400 pages de Waciny

Laredj, La demeure andalouse.

Les traducteurs, c’est une denrée rare ?

FG. Beaucoup d’auteurs maghrébins sont bilingues,

mais très peu maîtrisent vraiment bien les deux langues.

Par exemple, Kilito écrit le français parfaitement,

mais il me faisait toujours relire ses textes. Il

disait : « J’ai besoin d’être relu par un francophone

d’origine ».

MB. Le métier ne nourrit pas son homme. Des gens

s’y mettraient si ça leur permettait de gagner leur

vie.

pax concordia

15


DOSSIER

16

FG. Seul un traducteur professionnel qui travaille

pour une institution culturelle ou commerciale (des

notices de pharmacie), ou une ambassade, peut vivre

de son travail. Mais quelqu’un qui ne traduit que de

la littérature ne peut vivre que s’il est salarié d’une

grande maison d’édition.

MB. Il y aurait surtout besoin de traducteurs du

français ou de l’anglais vers l’arabe. Quand Lachraf

était ministre

de l’éducation

en 1976, il

disait que ce

que l’UNESCO

estime comme

b a g a g e

n é c e s s a i r e

p o u r

q u e l q u ’ u n

qui entre à

l’Université,

il en manque

80% pour

qui est

monolingue

a r a b e .

L’ensemble du

monde arabe

traduit à peu près autant que la Grèce ou l’Espagne

en une année. Il y a beaucoup de raisons, mais de

fait voilà un ensemble de 300 millions d’habitants

qui ne traduit pas plus qu’un pays de 30 millions

d’habitants !

Les auteurs écrivent tous en arabe

moderne ?

FG. Je rêve d’une littérature dialectale, mais ce n’est

pas demain la veille. Aucun dialogue réel ne se fait

en littéraire. Ça donne quelque chose de très particulier.

C’est un vrai problème d’écrire une langue et

en parler une autre. Certains auteurs ont voulu écrire

en dialectal, mais ils n’ont pas été suivis. L’arabe littéraire

est un peu comme le latin qui s’est maintenu

dans le monde religieux mais aussi universitaire pendant

des siècles alors qu’il n’était plus parlé. Toutes

proportions gardées, c’est analogue. En tout cas, il y

a un décalage très net entre langue écrite et langue

parlée. Il a certains avantages bien sûr. Avec un jeune

syrien qui nous a rendu visite récemment, qui ne parlait

que l’arabe, mais ne comprenait pas l’algérien,

nous parlions un arabe littéraire, comme je l’ai fait en

latin il y a cinquante ans avec des collègues d’autres

coins du monde.

Plaisir ou labeur ?

FG. C’est un travail qui est exigeant, qui demande

beaucoup de temps. Il faut qu’un livre te plaise. Si tu

n’es pas emballé, c’est difficile.

J’y trouve beaucoup de plaisir d’abord quand l’œuvre

elle-même est

valable. Et puis

Tu ne parleras pas ma langue !






Un beau jour, je compris que je n’aime pas que des étrangers parlent

ma langue. Comment est-ce arrivé ? Je croyais être un homme ouvert,

tolérant, bienveillant envers les étrangers comme envers les miens,

et je pensais aussi que mon devoir était de travailler pour le ‘rayonnement’

de ma langue, pour que se multiplie le nombre de ceux qui

la parlent, etc. Or ce noble idéal disparut le jour où je compris que je

n’aimais pas que des étrangers parlent ma langue.

A. Kilito, p. 95-96

il y a le travail

qui consiste

à le faire passer

dans une

autre langue.

C’est un sport

i n t e l l e c t u e l

que j’aime

beaucoup. J’ai

été formé à ça

dans ma jeunesse

avec le

latin et le grec.

Il y a des phrases

ou des expressions

que

tu mets des journées à trouver. La nuit, tu te réveilles

et tac ! L’étincelle a jailli !

MB. Le problème n’est pas la compréhension du

texte, mais la manière de le rendre. Une traduction

littéraire, ce n’est jamais fini. Chaque fois que tu relis,

tu trouves des choses à reprendre.

Traduire, c’est un sacerdoce ?!

MB. Ce qui me frappe le plus, c’est de faire porter

la voix de gens d’une culture différente. Quelqu’un

disait que Hamoud Boualem vaut largement Coca-Cola,

mais la situation est telle qu’il n’a pas les

moyens de se faire entendre comme Coca-Cola. Il y

a des auteurs algériens qui, si la diffusion, l’édition

et la critique littéraire marchaient mieux, auraient

une audience beaucoup plus large. Ça multiplierait

l’audience des œuvres originales. Côté éditions, ça

s’améliore. Il y a une centaine de maisons d’édition

en Algérie. Côté diffusion, en dehors des grandes

villes, il n’y a pas de vraies librairies. Un libraire gagne

moins facilement sa vie qu’un propriétaire de

fast food. Et puis dans les foires du Livre, il y a plus

de dictionnaires, de livres de religion et de cuisine


que de littérature.

Côté critique littéraire, il y a une revue, L’ivrescq.

C’est récent. Il y a eu une dizaine de numéros pour

l’instant. On la trouve en kiosque.

FG. Pour moi qui suis jésuite, le travail intellectuel

est une mission apostolique importante, et même

une priorité. D’autres sont théologiens, philosophes

ou littéraires ; un collègue fait des critiques de théâtre.

C’est une forme de travail intellectuel au service

de la communication entre deux mondes, deux

cultures. C’est un service apostolique. Pour moi c’est

très important.

MB. En face des grandes questions, la vie, la mort,

l’amour, chacun a une sensibilité qu’il a puisée dans

ses racines, dans sa langue maternelle. S’il arrive à

l’exprimer, son expression sera différente de celle

des autres. La traduction permet de le partager à

un plus grand nombre. On a pendant longtemps estimé

que la voix des gens différents n’avait rien de

spécialement intéressant à nous faire entendre, et

puis au bout d’un moment c’est eux qui nous donnent

des leçons d’ouverture.

Tu connais l’histoire de la tour de Babel ? Les fils

d’Adam parlant une seule langue s’imaginent à un

moment pouvoir construire une tour dont le sommet

toucherait aux cieux. Ils sont arrêtés dans leur

entreprise par Dieu qui leur impose la diversité des

langues. On a coutume d’y voir une punition divine

imposée à l’orgueil des hommes. Mais pourquoi ne

pas y voir une sage précaution divine pour éviter

l’uniformité dont nous menace une certaine mondialisation,

pour nous donner une vision du monde

aux mille couleurs plutôt qu’en noir et blanc ?

DOSSIER

Touche pas à ma langue !











Ne nous réjouissons-nous pas d’entendre un étranger parler notre langue ? N’accueillons-nous pas avec

bienveillance et empressement l’effort qu’il fait pour s’adresser à nous et exprimer son dessein ? Ne l’encourageons-nous

pas à la persévérance et à la poursuite de son effort ? Le fait est que la chose requiert

un effort, une peine, cela se voit et s’entend quand il parle. Sa prononciation est approximative, ses mots

aléatoires et hasardeux, ses phrases irrégulières et baroques. A travers son discours, il nous envoie le message

suivant : je suis un étranger, je ne suis pas l’un de vous. Il n’ouvre la bouche que pour faire passer ce

message. En résumé, il suscite la pitié et éveille en nous le désir - louable et digne de reconnaissance - de

l’aider, de lui prêter assistance, de le secourir.

Mais qu’arrive-t-il quand cet étranger parle exactement comme nous, quand il apparaît tout à fait comme

nous ? Tout change alors, gentillesse et commisération ne sont plus de mise, et naît la méfiance. Cette

personne, d’origine si lointaine, suscite l’embarras, non seulement elle met à mal notre complexe de supériorité,

mais aussi elle nous dépouille brusquement de notre langue, nous arrache notre langage et les

constituants de notre existence, ce que nous pensons notre identité ; elle nous dépouille de nous-mêmes

et de notre abri.

A. Kilito, p. 99

pax concordia

17


DOSSIER

Charles de Foucauld traducteur

18

Les travaux de Charles de Foucauld (1858-1916), moine dans le sud algérien,

font référence pour la connaissance de la culture et de la langue touarègues.

Antoine Chatelard, Petit Frère de Jésus, nous dit l’évolution dans ce domaine

de l’ermite du Hoggar.

Aborder Charles de Foucauld sous ce titre, c’est limiter

à l’extrême son travail linguistique. En effet, son travail

de traducteur ne représente qu’une infime partie

de son œuvre linguistique, mais il n’est pas sans intérêt

de le présenter

à deux

moments très

différents qui

mettent en évidence

l’évolution

de sa relation

aux autres.

1- En juin 1904,

au bout de

trois mois de

marche, pendant

lesquels

il a commencé

à pratiquer la

langue, pour

pouvoir causer avec tout le monde, il commence la

traduction des évangiles. Cette méthode a l’avantage

de lui fournir tout un vocabulaire qu’il pense aussitôt

rendre utilisable pour « permettre à d’autres d’apprendre

rapidement la langue », mais il reconnaîtra

très vite que cette traduction est inutilisable et il ne

prendra jamais le temps de la corriger. Dans un minuscule

carnet, qui est le

premier essai de classement

alphabétique des

mots français, il a noté

aussi des phrases qu’il

a essayé de traduire. Le

contenu est révélateur

des intentions de l’auteur

à cette étape de son travail.

Il ne pense qu’à traduire

ce qu’il veut dire.

2- Avec l’arrivée de son

ami Motylinski, en 1906,

la méthode change. Il

n’est plus question de traduire ce qu’il veut dire mais

d’écouter ce que les gens disent et de le consigner

par écrit. En juin et juillet, deux mois de travail sur

place, avec un homme qui raconte des histoires très

intéressantes sur la vie des Touaregs, fourniront une

collection de textes qui seront le point de départ et la

matière première de tout le travail postérieur. Charles

de Foucauld a tout pris en note en même temps que

son ami pour pouvoir faire la traduction de ces textes.

Mais plus tard il y renoncera et se contentera d’envoyer

à l’éditeur une traduction mot à mot.

La seule traduction importante sera celle des 6000

vers de poésies qu’il recueillera en 1907 et achèvera,

dix ans plus tard, deux jours avant sa mort. Travail

encore plus prodigieux que celui du fameux dictionnaire

de 2028 pages ! De chaque vers transcrit il

donne une traduction littérale, puis une seconde plus

explicative, et, en bas de page, la traduction française

de toute la poésie. Cette traduction se veut proche

de l’original et n’est pas toujours très poétique mais

c’est elle qui permet d’entrer dans la littérature des

habitants de l’Ahaggar.

Il a recueilli en même temps 215 proverbes qu’il a traduits

et expliqués. Il traduisit aussi une centaine de

pensées choisies dans le livre des Proverbes à cause

de leur corrélation avec les précédents.

Antoine Chatelard

Parle ma langue, ou bien tais-toi !






Parle ma langue, ou bien tais-toi : c’est une situation largement répandue.

Pourquoi ne parles-tu pas comme moi ? Dans des moments de fatigue, il peut

arriver que j’éprouve de la colère en voyant quelqu’un qui ignore ma langue ;

parfois, c’est le comble et je pense que c’est sa faute, qu’il fait exprès de plastronner

en parlant une autre langue pour se moquer de moi et m’irriter...

A. Kilito, p.96


L’église d’Algérie

et l’enseignement des langues

DOSSIER

L’Église d‘Algérie - notamment depuis l’indépendance du pays - s’est

préoccupée de donner à ses membres - et à toute personne concernée -

les moyens d’accéder à la connaissance des langues du pays. Voici une

présentation des efforts déployés dans ce but dans le diocèse d’Alger,

notamment par les Pères Blancs et les Soeurs Blanches. D’autres moyens

ont été mis en œuvre également par d’autres diocèses.

Les Glycines, centre d’études diocésain

L’enseignement de l’arabe littéraire dit à plein temps a

été assuré à Alger au Centre d’Études Pédagogiques des

Sœurs des Saints Cœurs (libanaises) à partir de 1965 et

jusqu’à l’intégration des Écoles privées en 1976. Après

cela, elles ont poursuivi leur effort au Centre d’Études

Diocésain des Glycines.

Pour les cours à temps partiel, pendant une douzaine

d’années (1977-1989), le père Fisset, et un lazariste libanais,

le père Mousalli, ont joué un rôle majeur aux Glycines.

Ces cours se poursuivent dans ce Centre sous la

responsabilité des pères Michel Gallardo et Jean-Marie

Leclercq, prêtres diocésains.

L’enseignement de l’arabe parlé algérien, à plein temps,

surtout à l’usage des religieux et religieuses, a d’abord

été assuré au Centre d’Études de Dialectes Maghrébins,

ouvert par les Sœurs Blanches, en 1965, à l’Oasis (les

Sources) jusqu’à l’ouverture des Glycines qui ont pris la

suite de cette formation, toujours en s’appuyant sur l’expérience

des Sœurs Blanches. Par ailleurs, une formation

à l’arabe parlé algérien à temps partiel a été assurée au

collège Sainte-élisabeth pour des centaines de personnes,

surtout laïcs expatriés, par les Sœurs

Blanches des Palmiers (près du Telemly),

longtemps sous la responsabilité de Soeur

Thérèse Buffet. De son côté, le père Gabriel

Deville, des Glycines, avait élaboré un instrument

linguistique qui visait à transmettre

des éléments de l’arabe dit moderne.

Pour l’enseignement du parler algérien,

une méthode déjà utilisée par les Soeurs

Blanches, dénommée Kamel, a été reprise

et équipée de matériels audio-visuels

et d’exercices structuraux pendant l’été

1971. Cette méthode est toujours utilisée

aux Glycines et en d’autres lieux. Elle a été

enrichie par les travaux sur la grammaire

du père Georgin et complétée par des

éléments nouveaux : pièces de théâtre algériennes,

comme el-Khobza d’Alloula, ou

dialogues de film comme Omar Qatleto, etc.

Pour les religieux/ses étrangers en régions berbérophones,

les instruments pédagogiques mis en place

au Centre d’Études de Fort National (Larbaa Nath Irathen)

par les Sœurs Blanches, le père Dallet et Sœur

Madeleine Allain, ont été régulièrement améliorés

avec des outils audio-visuels et utilisés dans divers cadres

: aux Glycines avec Sœur Lucienne Brousse et le

père Reesing ou dans des sessions en Kabylie sous la

responsabilité de Lucienne Brousse qui d’ailleurs publiera

à l’ENAG très prochainement la méthode intitulée

Tizi bbuchen renouvelée avec la collaboration de

spécialistes.

Tous ces moyens pédagogiques ont été aussi utilisés à

divers plans en France pour initier aux parlers algériens

ceux qui travaillaient ou vivaient en relation avec des

familles d’origine algérienne.

© R. Watier

Henri Teissier

ancien directeur du centre d’études diocésain des Glycines

pax concordia 19


DOSSIER

Traduire la Bible ?

Les livres qui constituent la Bible ont été écrits en des langues diverses, la

plupart en hébreu avec quelques pages en araméen (une langue cousine de

l’hébreu), les autres en grec. Donc peu de gens lisent la Bible dans sa langue

originelle. Qu’as-tu à dire là-dessus, toi qui as participé à la Traduction Œcuménique

de la Bible ?

Pour répondre à cette question, je me suis adressé à

la Bible elle-même :

Qu’est-ce ça te fait d’être traduite ?

Elle m’a regardé d’un air étonné et elle a éclaté de

rire :

– Je suis faite pour ça ! Le jour même où Esdras me

promulguait en hébreu, dit-on, on me traduisait en

araméen (Né 8,8). Peu après, les Juifs d’Alexandrie me

traduisaient en grec. Même le petit-fils du brave Jésus

ben Sirac a voulu traduire en grec le livre de son

grand-père, et vous pouvez lire ce qu’il pense de son

travail. Quant à la Pentecôte, c’est bien l’éclatement

du message vers toutes les langues. Et avez-vous mesuré

ce fait tout simple ? Vous ne possédez pas les

paroles de Jésus dans sa propre langue, mais en grec.

Du coup, impossible d’idolâtrer les mots.

Mais ne dit-on pas : traduire, c’est trahir ?

- Ça, c’est un beau jeu de mots en italien (traduttore,

traditore), mais c’est stupide. Évidemment, traduire,

c’est un processus jamais achevé, ça demande de la

compétence et du travail collectif. Mais sans traduction,

il n’y aurait tout simplement pas d’humanité. Je

crois d’ailleurs que, parfois, mes traductions ont aidé

certaines langues à devenir classiques.

Il y a quand même des choses difficiles à traduire.

- Quand des choses sont vraiment impossibles à traduire,

c’est qu’elles n’ont pas de sens, ou qu’on en a

perdu la clef. Ce qu’on perd quelquefois, c’est le jeu

poétique, certaines assonances, etc. Mais ce n’est pas

grave. Si vous y tenez, apprenez l’hébreu. Sinon, vous

pouvez avoir les mêmes jouissances esthétiques chez

vous avec Ronsard, Verlaine ou Brassens. Certes, mon

Isaïe en hébreu est très bien ; mais chanté avec la musique

de Haendel sur la traduction anglaise du roi Jacques,

il n’est pas mal non plus.

Tu ne penses pas vraiment que ceux qui parlent

hébreu ont un avantage ?

Vous croyez que ceux qui parlent hébreu aujourd’hui

peuvent comprendre le livre de Job aussi facilement

que leur journal ? Quand des textes sont très vieux,

qu’ils soient dans votre langue ou dans une autre, il

faut toujours une initiation. Quant au message spirituel

et moral que je porte – et c’est quand même là

l’essentiel –, ne pensez pas qu’il est plus facile de le

recevoir et de le mettre en pratique si on parle hébreu

ou grec plutôt qu’une autre langue !

Jean-Louis Déclais

Ci-contre une page de la Bible polyglotte de

Walton, éditée à Londres de 1654 à 1657, en six

volumes.

Ici, le livre du Lévitique, chapitres 4 et 5.

Sur la page de gauche : en haut le texte hébreu, la

Vulgate latine et le texte grec de la Septante ; en

bas la version syriaque.

Sur la page de droite : en haut le Targum

(araméen) et le texte samaritain ; en bas une

version arabe.

Toutes les versions (sauf la Vulgate évidemment)

sont accompagnées d’une traduction latine motà-mot.

Début 16 e siècle, une autre polyglotte avait paru

en Espagne, éditée par l’université d’Alcalá.

20

Retrouvez une image plus grande sur : http://www.ada.asso.dz/fichiers/BibleWalton.jpg


Ma vie de croyante en Algérie

Une étudiante chrétienne témoigne ici du parcours qui l’a aidée

à entrer en amitié et dialogue avec des Algériens musulmans.

Avant de venir, je savais que l’Algérie était

un pays musulman. Je pensais qu’il n’y

avait pas d’églises. La plupart des personnes

que je croisais au pays me le disaient.

J’ai cherché des documents et des objets

qui pourraient m’aider à garder ma foi : la Bible, le chapelet,

la croix.

A mon arrivée au Tarf, dans l’Est algérien, il y a deux

ans, j’ai été accueillie par d’autres étudiants étrangers.

Les chrétiens m’ont montré la Basilique Saint-Augustin

d’Annaba, à 60 km. J’ai donc eu quand même la joie

de trouver l’église, d’avoir un endroit où je peux vivre

l’Eucharistie, même si ce n’est pas proche. Cette année,

j’ai accueilli à mon tour d’autres étudiants chrétiens.

Avec d’autres, nous allons quelquefois à la basilique.

Pas tous les vendredis, du fait de la distance. En plus, on

ne peut pas partir tout seul de peur des agressions sur

la montagne. Heureusement, la plupart des étudiants

chrétiens qui sont au Tarf sont heureux d’être chrétiens

et comprennent que la prière est importante, que ce soit

dans l’église ou dans la chambre…

Pour moi, j’ai de la chance : je vis avec une compatriote

chrétienne, on prie chaque jour ensemble, on lit les passages

bibliques du jour. Elle est ma vraie sœur même si

on n’est pas de la même famille. Les vendredis, si on ne

va pas à Annaba, on fait une prière dans la chambre en

communion avec les autres.

Quelquefois on se sent isolés au Tarf du fait qu’on ne

peut pas participer à l’Eucharistie chaque semaine, faire

partie de la chorale ou d’autres groupes. On a même

pensé faire une prière ensemble chaque semaine, mais

on n’a pas pu trouver une salle où on puisse se rassembler.

De toutes façons, l’Église (prêtres, pasteurs, sœurs,

les étudiants chrétiens…) nous soutient et nous aide

dans beaucoup de choses, surtout en organisant les récollections,

les sessions de prière, la session de Taizé…

Je suis très reconnaissante à l’équipe de Ben Smen qui

m’a aidée dans beaucoup de choses qui m’ont fait grandir

dans ma foi. J’ai participé à un chantier de travail organisé

pendant les vacances d’été, en juillet 2010. J’étais

très contente de passer deux semaines

dans un endroit où je recevais l’Eucharistie

chaque jour. Je me sentais apaisée.

On était une équipe composée d’étudiants

sub-sahariens (chrétiens) et d’Algériens

(musulmans). Une belle équipe.

On travaillait ensemble et on partageait

tout. On était comme des frères et sœurs,

comme membres d’une même famille. ça

m’a permis par la suite d’avoir des vraies

amies algériennes, à la cité universitaire

ou ailleurs. Avant, je pensais que ce n’était

pas possible, mais j’ai su que si ! Il suffit

d’oser la rencontre avec l’autre comme je

l’ai appris dans la récollection de septembre

2010 à Ben Smen. Je suis très heureuse

d’avoir des amis(es) tant algériens(nes)

que d’autres nationalités, et des compatriotes

, chrétiens et musulmans, car on est

tous fils et filles d’un même Père, Dieu.

Mamerthe Nzeyimana

Dialogue

pax concordia


Dialogue

Catholiques et Ibadites se rencontrent

à Beni Izguen

Il y a environ trois ans, notre diocèse organisait quelques jours d’initiation à l’islam pour les nouveaux arrivants

à Ghardaïa. L’intervenant qui assurait la formation nous demanda de chercher quelqu’un qui pourrait

nous présenter le rite ibadite.

Nous avions contacté des amis mozabites qui nous invitèrent à un de leurs centres à Beni Izguen. Toute la

paroisse de Ghardaïa accompagna les nouveaux arrivants. Un groupe de mozabites nous y attendait. La

rencontre fut très positive. Suivant nos questions, l’un ou l’autre des mozabites présents y répondait. L’échange

fut très ouvert et fraternel.

A la fin de nos échanges, le responsable du groupe qui nous accueillait exprima le désir que des rencontres

puissent avoir lieu régulièrement entre nous. Depuis, nous nous sommes rencontrés régulièrement tous les

trois mois. Nous avons échangé sur plusieurs thèmes : fraternité, tolérance, respect, humilité, solidarité… Les

échanges ont toujours été très ouverts et très simples. Le groupe a pris comme nom : GRACE : Groupe de Réflexion

et d’Action Culturelle et éducative.

La participation est variable et de leur côté et du nôtre suivant les possibilités de chacun. Ils ont exprimé le désir

que le groupe soit ouvert à des personnes qui viendraient d’en-dehors de Ghardaïa en ce qui nous concerne.

De notre côté, nous avons souhaité que leur groupe s’ouvre aux non mozabites et si possible aux femmes. Du

coup, lors d’une des dernières rencontres, une femme algérienne non mozabite a participé.

Nous pensons que ces rencontres doivent continuer.

Felix Tellechea

Beni Izguen, dont le nom signifie

« Les fils de ceux qui détiennent

la foi » est la plus typique des

cinq Cités du Mzab. Elle a acquis

le qualificatif de « sainte » sans

doute en raison du nom qu’elle

porte ! La ville est construite en

amphithéâtre à flanc de colline

et sur le sommet ont été édifiés

à la fois une tour de garde et un

minaret. La ville est cerclée d’un

rempart percé de trois grandes

portes qui se fermaient pour la

nuit il y a encore quelques années.

Elle est célèbre pour son

marché à la criée qui a lieu tous

les jours sauf le vendredi entre la

prière de l’Asr et la prière du Maghreb. C’est le seul endroit où l’on peut accéder sans guide.

Les coutumes qui régissent la cité sont restées assez rigoureuses, mais elles n’échappent pas

aux exigences et à la pression de la modernité. Ces dernières années, en raison du retour de

bon nombre de Mozabites (habitants du M’Zab), la ville a essaimé sur les hauteurs environnantes,

et l’on peut en apercevoir l’extension, qui adopte une configuration semblable à la

vieille cité.

22


Cinéma : Essaha – la Place

Explosion de jeunesse pour années de glaise

Après-midi de printemps. Maison de la Culture.

Une foule de jeunes se presse. Les journaux

et la radio locale l’ont annoncée : projection

gratuite du film Essaha - la Place. Un film

pour les jeunes,

tout en musique et danses.

Comédie musicale. La première

d’Algérie. Primée au Festival

de Ouagadougou. Pas de cinéma

ici. Tous fermés depuis la

décennie noire. Sur pression

des islamistes. « Des lieux de

débauche » disaient-ils. Alors

heureusement, à côté de la

dizaine de salles survivantes

qui restent pour tout le pays,

il y a quelques Maisons de la

Culture.

Les lumières s’éteignent. ça

siffle et chahute un peu. Le

film démarre. Un responsable

fait monter le volume. Pour

couvrir le chahut ? Non, pour

entrer dans l’ambiance : de la

musique, du chant, de la danse.

On décolle. Tout le monde est

embarqué, pour deux heures

de traversée, avec Kawazaki,

Yacine, Hchicha, Kenza et les

autres. Un film plein de pêche,

de vie, de santé, de tendresse et de rire. Pourtant, il évoque

la société algérienne avec ses travers et ses contradictions,

les problèmes des jeunes, entre traditions et aspirations,

les rapports entre générations, entre garçons et filles, le

chômage, les problèmes de logement, la corruption, les

visas, la harga. Tout y passe, sauf

la religion peut-être, mais avec humour

et légèreté, auto-dérision.

Le fil conducteur ? Qu’est-ce qu’on

fait de la place au milieu de la Cité ?

On la laisse devenir lieu de trafic et

décharge ? Ou bien on a un projet,

on la défend comme un bien pour

tous, et sans se taper dessus ? La place,

c’est l’Algérie bien sûr. Tout est

Dahmane Ouzid

politique dans le film, mais sans en avoir l’air, simplement

parce que la politique c’est la vie, la vie commune, de tous

les jours.

Quand la lumière revient, c’est l’apothéose. L’enthousiasme.

A cause de la musique et

de la danse, mais aussi parce

que c’est notre vie. Ça ne ressasse

pas les décennies de

braise, de plomb ou de sang.

Ce sont nos années de désir et

de glaise. Désirs de vie malgré

la glaise de tout ce qui nous

englue, le système, le chômage

et les traditions. La vie n’est

pas tuée par les discours, par

une langue littéraire formelle.

Malgré les problèmes évoqués,

la gouaille du dialectal

(sous-titré en français) et la

force de la jeunesse libèrent la

joie, qui explose. C’est nous, et

le monde est à nous.

Dans le débat, le réalisateur

peine à faire émerger quelques

critiques tellement les jeunes

sont contents. Il explique les

vingt ans de galère pour arriver

à faire le film, l’aventure

des castings sauvages pour

trouver des acteurs en l’absence

de lieux de formation, la pauvreté des moyens, la place

du hijab dans le film, etc. Au passage, il s’excuse pour son

arabe cassé - enfance et jeunesse en France dans une famille

kabyle -, il a appris l’arabe adulte une fois venu pour

le service national dans une Algérie qu’il n’a plus quittée.

Du coup, ceux qui lui reprochaient de trop parler français

applaudissent son effort d’arabisation. On se fait prendre

en photo avec lui.

Vivement le DVD ou la version télévisée pour revoir le film

au plus vite !

Michel Guillaud

Essaha - la Place, réalisateur Dahmane Ouzid, scénariste

Salim Aïssa, Algérie, 2010, 115 mn.

à propos de ...

pax concordia


ACTUALITÉ DES DIOCÈSES

Diocèse d’Alger

Kermesse au foyer des jeunes à Alger

Une kermesse ludique et environnementale

a réuni mi-avril les enfants, leurs copains,

leurs familles et les amis du foyer

des jeunes Amitié sans Frontières à la

Maison Diocésaine. Les enfants ont pu

jouer dans huit stands :

parcours sportif dans le

bois, course de sacs et

jeu de massacre, paysages

d’eau et observation

de vers à soie,

jeu de mime, fresque à

peindre, plante verte à

planter, jeu de tri, parcours

à la cuillère ... Parmi

de multiples animations,

un clown et son

acolyte. Merci à tous,

jeunes et amis, de nous

avoir permis de passer

une si belle après-midi,

y compris en offrant les lots de tombola !

Thérèse Gernigon

Une formation pour personnes sourdes

L’initiative de cette session de formation,

qui s’est tenue mi-avril vient de l’association

des sourds et muets Yemma Gouraya

de Badjarah, en partenariat avec l’association

Rencontre et Développement (CCSA)

d’Alger-Centre et la Maison des Pères Blancs de la rue

des Fusillés d’Alger. Une trentaine de sourds adultes

entre 20 et 40 ans y ont participé sous la direction très

dynamique d’une animatrice de l’émission de France

3 et TV5 L’œil et la main. Nous avons été frappés par la

densité et la qualité de la formation et des échanges.

Je me suis rappelé les moments heureux vécus ensemble

lorsqu’ils grandissaient, mais aussi les énormes

souffrances subies par eux du fait de ne pas

être compris par l’autre, en y incluant les plus proches,

dont les parents. La période du terrorisme des

années 90 a eu aussi un impact important dans la

construction de leur personnalité. Parallèlement le

sentiment d’exclusion peut parfois avoir des conséquences

psychologiques graves sur la personne, d’où

l’importance de cette session permettant aux uns et

aux autres de porter un regard sur lui-même. Tous les

participants ont été très heureux, d’où notre souhait

que cette initiative se renouvelle au plus vite.

Jan Heuft

Enseignant pour handicapés auditifs, à la retraite


Exposition de photos organisée à l’occasion

de Tlemcen 2011 capitale de la Culture

Islamique par le réseau culturel français en

Algérie.

Cette exposition itinérante de photos

anciennes de Jérusalem a été accueillie à Notre-Dame

d’Afrique au mois d’avril.

Les photos proviennent du fonds photographique de

l’école Biblique de Jérusalem, tenue par les Pères Dominicains.

Deux thèmes ont été traités. Le premier, fait méticuleusement,

le tour complet des remparts. Le second,

l’esplanade des mosquées et le Harâm.

Merci à l’École Biblique de Jérusalem d’avoir ouvert ce

trésor au grand public et merci au réseau culturel français

d’Algérie de l’avoir proposé à Notre-Dame d’Afrique.


Diocèse d’Oran

Une visite épiscopale

Dans la semaine de Pâques, le diocèse

a reçu la visite de Mgr Pierre Raffin,

évêque de Metz, accompagné d’un

jeune diacre. Des liens particuliers

l’unissent à nos évêques, Pierre

Claverie, par qui il a été ordonné évêque et

Alphonse Georger, originaire de Moselle, qu’il

a ordonné évêque dans sa cathédrale en août

1998. Sébastien, le diacre, est de Sarreguemines,

comme notre évêque. Il nous écrit : « Plusieurs

choses m’ont frappé.

La première, c’est

votre grand amour

pour l’Algérie et ses

habitants. Ce beau

pays est devenu le

vôtre, les relations

tissées au fil des ans

avec les Algériens

remplissent votre vie.

Vous avez conscience

de votre fragilité et de l’indispensable solidarité qui

doit unir les communautés et les personnes... »

Une récollection des étudiants à Tlemcen

Laissons la parole aux participants : « Ces

quatre jours furent des moments inoubliables.

La récollection, organisée cette

année par les étudiants de Sidi Bel Abbès,

a regroupé environ quatre-vingt étudiants

venant des wilayas de l’Ouest. Au programme : prières,

méditations, conférences et carrefours sur les

thèmes Jeunesse et engagement chrétien, Moi et

mon prochain, Jeune chrétien et les réseaux sociaux

comme face-book, skype, etc. Dans une ambiance

de paix, de joie et de fraternité ces quatre jours sont

passés sans qu’on s’en rende compte ! ». Nelly de

Mostaganem écrit : « Les prières sont formulées dans

plusieurs langues et surtout les chants attestent de la

variété de la communauté. Chacun y apporte sa touche

et c’est un moment riche que de prier dans un

tel climat. L’heure était au gospel, au chant ivoirien,

lingala… Nous étions tous bercés par ces musiques

qui nous rappelaient nos pays respectifs. Étonnante

concordance qui fait vibrer les cœurs, certains étaient

émus jusqu’aux larmes… Vrai miracle d’unité, de partage.

L’émotion était au rendez-vous quand l’évêque

nous a annoncé son départ proche… »

Une passion pour…

C’est le thème choisi, cette année, pour les

conférences organisées chaque mois au

Centre Pierre-Claverie par le père Bernard

Janicot. La nouvelle salle de conférences

aménagée au Centre a été inaugurée par

un concert du groupe Nassim el Andalous, puis M.

Karim Ouaras nous a fait partager sa passion pour les

graffitis par lesquels s’expriment les jeunes d’Alger. En

janvier, ce fut une passionnante table ronde sur « La littérature

algérienne, reflet de la société ? » qui rassembla

Mme Maïssa Bey, M. Kamel Daoud et M. Hadj Miliani.

En février deux sociologues nous ont fait découvrir la

vie intense dans deux quartiers périphériques d’Oran ;

en mars, nous avons entendu un guitariste, une jeune

chanteuse et un pianiste et nous sommes entrés dans

leur passion pour la musique ; en avril, Jean-Baptiste

Humbert, archéologue à Gaza pendant dix ans, nous

a commenté avec

compétence et pédagogie

les photos

remarquables de

ses fouilles. La dernière

conférence

de l’année nous

entraînera dans

une passion pour

le cinéma.

Thierry Becker

actualité des diocèses

pax concordia


ACTUALITÉ DES DIOCÈSES

Diocèse de Constantine et Hippone

Comment tenir un lien de communion dans un diocèse où certains chrétiens

doivent faire trois heures de trajet pour rejoindre une assemblée dominicale ?

Il faut certes un évêque voyageur, mais aussi des occasions de rencontre.

48 h avec saint Augustin

Ils étaient trente pèlerins en bus dans les montagnes

entre Thagaste,

c’est-à-dire Souk

Ahras, Madaure et

Hippone, de toutes

générations, représentatifs

de la diversité du diocèse,

ils ont joyeusement dormi

en dortoirs, et même approché

son olivier ! Pour

finir, ils ont célébré Notre-

Dame d’Afrique à la basilique

d’Hippone le 30 avril.

Cercles de lecture par Internet

Deux groupes ont été lancés ce printemps,

mettant en lien seize personnes

dispersées à plusieurs centaines

de kilomètres les uns des autres. Le

premier cercle est sur un ouvrage

en langue française de Paolo Dall’Oglio sur la rencontre

avec l’islam. Les neuf participants lisent un

chapitre chaque mois et envoient aux autres leurs

réactions. Le second livre est un roman d’un auteur

algérien, Brahim Saadi, dont chacun assure la traduction

ou le résumé d’un chapitre et l’envoie aux

autres avec ses commentaires. Deux rencontres physiques

seulement réuniront les membres du groupe.

Vous avez dit « dialogue » ?

Quelle chance d’avoir pu être accompagnés

par Jean-Marc Aveline, de l’institut

catholique de la Méditerranée, pour

notre rencontre annuelle de réflexion

diocésaine ! Ce directeur de l’institut

catholique de la Méditerranée (depuis 2002), nous a

impressionnés par sa capacité à dire simplement

les choses, sa grande modestie, sa capacité

à citer de mémoire des pages entières de

la Bible ou des conciles, et son émotion à retrouver

le pays de sa petite enfance. Il a même

donné une conférence à l’université islamique

de Constantine sur le thème Le dialogue entre

les religions au service de la paix.

Bonheurs et épreuves des étudiants

Le deuxième semestre a été

marqué par de nombreuses

grèves, des reports

incessants des examens,

l’angoisse d’une année

blanche. Malgré cela, les étudiants

ont eu plusieurs occasions de se rencontrer

: groupe de préparation des

JMJ, journées diocésaines avec le

père Hubert Le Bouquin sur le thème

des prochaines JMJ, groupes de prière

de l’Est, 20 e anniversaire de la restauration

de la démocratie au Mali.

À Dieu Robert Duplan

Éducateur, puis médecin, curé, responsable

du Centre d’accueil diocésain, à Ighil

Ali en Kabylie, à Constantine à l’école

Jeanne d’Arc, sur les Hauts Plateaux entre

Bordj Bou Arreridj et Sétif, le père Robert

a noué et gardé fidèlement des liens profonds, tant

avec ses amis algériens qu’avec les étudiants subsahariens

et les coopérants. Il est décédé le 24 mars

2011, jour du soixantième anniversaire de son ordination

sacerdotale. Plusieurs amis d’Algérie s’étaient

rendu pour les funérailles à Nîmes où il

est décédé après un mois d’hospitalisation.

Beaucoup lui ont rendu hommage

pour le « quarantième jour », le 7 mai à

Constantine.

Michel Guillaud


Diocèse de Laghouat Ghardaïa

Conférence sur le dialogue

Dans le cadre des conférences organisées au

CCDS de Ghardaia, le père Thierry Becker,

du diocèse d’Oran, est venu parler de la

rencontre d’Assise initiée par le pape Jean-

Paul II en février 2002, et de ses suites. Tous

les auditeurs ont pu saisir combien la joie d’avoir participé

à cet événement si riche était présente en lui aujourd’hui

encore et l’animait dans ses rencontres en Algérie.

Les suites de la rencontre d’Assise ? Discours de Ratisbonne,

« Lettre des 38 » puis « des 138 », rencontre de théologiens

chrétiens et musulmans furent évoqués, montrant

comment, avec des hauts et des bas, ce dialogue avance

depuis une dizaine d’années. Quelques-unes des initiatives

heureuses de dialogue en Algérie, en France et ailleurs

concluaient cette conférence avec une invitation aux participants

à vivre au jour le jour cet « esprit d’Assise ».

Marie-Christine Rousseau

Pèlerinage à Tamanrasset

Le pèlerinage des nouveaux arrivés, c’est un rite dans

notre diocèse depuis 2006. Mon mari et moi avons eu la

chance d’y participer

en mars dernier.

Pour nous, de Ghardaïa,

il a commencé par

20 heures de bus pour

rejoindre Tamanrasset.

Premier temps de traversée

du désert - mille

trois cent kilomètres -,

de mise à distance du

quotidien et de méditation

: le désert n’est

pas uniforme, mon désert

intérieur non plus.

Nous étions un groupe

d’une douzaine. Je ne

puis évoquer chacun, mais je ne peux passer sous silence

la présence d’Ahmed notre guide et de son neveu Mohammed.

La halte à Térhénanet, leur village, a été pour

moi un des moments forts de cette marche. Entrapercevoir

ce que peut être leur vie dans ce cadre-là. Et nous

sommes restés stupéfaits le soir où Ahmed a préparé

une taghella qu’il a cuite dans la cendre ; pain qu’il a ensuite

rompu et partagé.

Photos : Patrick de Boissieu

Marcher dans le désert, trois jours et demi durant, bivouaquer,

prier...

Le vivre ensemble prend un relief particulier, école du

respect de l’autre, de l’accueil de ses différences dans le

concret du quotidien. Au désert, on ne peut tricher avec

soi-même.

Marcher vers l’Assekrem : j’en avais rêvé depuis tant

d’années. Et je marchais, légère, comme si mon corps

avait gardé en mémoire les kilomètres parcourus jusqu’à

Compostelle. Des paysages grandioses et quelle merveille,

après des heures dans ce désert dur, chaotique,

minéral, de découvrir une guelta, petit coin de verdure

avec un peu d’eau et un palmier là comme un véritable

feu d’artifice.

A l’Assekrem, temps de solitude en couple, fantastique

lui aussi. Par ailleurs, quel témoignage que celui des frères

qui vivent là-haut !

« Le désert, a écrit Charles de Foucauld, est un lieu où on

accueille, on reçoit, on se vide de soi-même pour laisser

la place à Dieu ». Mais en moi, le mot même de Dieu se

vide ; il se met à sonner creux, comme la phonolite, cette

pierre volcanique que nous foulons. A l’Assekrem je

contemple ce paysage si fabuleux à toute heure. Je suis

comblée par tant de beauté.

Pas besoin de croire en Dieu pour admirer tout cela.

Dépouillement. En quoi, en Qui je crois ?

Anne de Boissieu

actualité des diocèses

pax concordia


des livres à lire

Encore un livre sur Tibhirine et Christian de Chergé !? Certes,

en lisant ces pages, une impression de « déjà lu » peut saisir le

lecteur pressé... mais il aurait tort de s’arrêter à cette première

impression !

Les auteurs, tous membres de l’Institut de Sciences et de

Théologie des Religion (ISTR) de Marseille ont réalisé un atelier de recherche

sur la pensée (et la portée) théologique de Christian de Chergé et de sa

communauté dont nous avons dans ce petit ouvrage les résultats. Une certaine

connaissance des thèmes et de la théologie chrétienne (et musulmane)

sont indispensables. Mais ces pages ont l’avantage de nous faire entrevoir

l’immense travail de réflexion et de prière accompli par la communauté de

Notre Dame de l’Atlas. Tous les thèmes chers à Christian de Chergé sont

explorés ici : l’allégorie de l’échelle, la Visitation, la communion des saints, le

mal, l’Incarnation, la fraternité... Si je devais recommander quelques pages à

ne pas manquer, je parlerais du savoureux chapitre plein d’humour (eh oui,

mystique et dialogue interreligieux peuvent être déclinés avec un sourire aux

lèvres !) : « Du bon usage de l’échelle mystique » (p. 35-43), et deux autres

chapitres : « La Visitation ou le mystère de la rencontre » (p. 61-75) et « Une

échelle à double sens, variations sur l’Ascension » (p. 93-108).

En finissant chaque chapitre un temps de silence et de méditation est

indispensable (lecteurs pressés s’abstenir !), et une certitude s’impose : quelle

magnifique vocation et quel don avait reçus le père de Chergé pour aller si loin

dans un chemin aussi exigeant que celui de la rencontre vraie entre chrétiens

et musulmans. Et une question surgit alors : qui reprendra le flambeau ?

José Maria Cantal Rivas pb

Le verbe s’est fait

frere

Christian de Chergé et le dialogue

islamo-chrétien

A.N. Clément

C. Salenson

Sr B. Avon

R. Michel

Bayard (Spiritualité), 2010.

155 pages

Voilà un livre que j’ai beaucoup aimé. L’auteur, né en 1937,

y raconte l’histoire de sa famille ; ses ancêtres, éleveurs de

chevaux, sont chassés des Hauts Plateaux par une invasion

de criquets, avant les années 1830. Ils s’installent dans la région

de Sétif. Nous y passons de longues années, d’occupation

et d’humiliations.

Après des études secondaires au Lycée d’Aumale, à Constantine, l’auteur

se retrouve incorporé, malgré lui, dans l’armée française : 28 mois de

service, dont la moitié passée à Tigzirt. Libéré, il arrive à Grenoble pour

continuer ses études, jusqu’au début de 1961 où il décide de rejoindre

les rangs de l’Armée de Libération Nationale.

Nous entrons avec lui dans l’Algérie indépendante et débordante d’allégresse.

Nous le voyons affronté à l’étroitesse des idées du «éfélène».

Il remplit différents postes de responsabilité, tout en restant fidèle à

ses origines sétifiennes. Puis, c’est le désespoir et l’exil familial en Bretagne.

J’ai refermé ce livre passionnant, préfacé par Jean Lacouture ; j’y ai reconnu

un témoignage exceptionnel rédigé avec une réelle liberté de

ton, sans aveuglement ni rancoeur. Il m’a aidé à mieux comprendre mes

amis algériens de la génération de Bechir Hadjadj.

Michel Lombard

Les voleurs de rêves

150 ans d’histoire d’une famille

algérienne

Bechir HADJADJ

Albin Michel, 2007.

Préface de Jean Lacouture

460 pages

28


Deux préfaces au livre : l’une d’Henri Teissier ; l’autre de Mohamed

Arkoun (décédé en septembre 2010), bref essai sur le blocage

conceptuel islam - Occident.

Introduction : l’auteur a découvert Henri Sanson en 1991 à

travers son livre Religion et laïcité, une approche « laïque » de

l’islam (Centre Thomas More, 1989).

Trois parties : biographie, bibliographie, textes inédits.

Biographie : D’origine algérienne par sa mère, Henri Sanson a vécu pratiquement

toute sa vie en Algérie. Devenu jésuite, il y a travaillé 50 ans, dont 30 à

Ben Smen (Alger), centre spirituel, lieu de rencontre et de réflexion. Sa grande

œuvre aura été le Secrétariat social, fondé en 1950, qui produisit trente ans

durant des études sur l’Algérie, ses problèmes et son évolution. Parallèlement,

il a réfléchi sur l’islam, et multiplié conférences et communications.

Bibliographie : Henri Sanson a beaucoup écrit : 24 livres, 200 articles, nombreux

textes inédits. Trois grands centres d’intérêt : 1- la société algérienne

(publications du Secrétariat social). Elles « ont permis d’y voir clair dès 1950

dans la complexité de la tragédie algérienne » (p. 37). 2- l’islam, souvent regardé

« en miroir » avec le christianisme. 3- la vie spirituelle chrétienne.

Textes inédits : 4 textes récents (2004 à 2009) et intéressants. En particulier

le 3 e (Islam et état) et le 4 e (Rapport Algérie-Orient-Occident).

Un opuscule facile à lire, premier hommage à un grand Algérien, et invitation

à des travaux plus approfondis sur son œuvre.

Francis Gouin

Père Henri Sanson sj,

Itinéraire d’un chrétien d’Algérie

Mehenni Akbal

L’Harmattan, 2010.

162 pages

des livres à lire

Comme le font chaque jour des centaines de migrants, Bilal a traversé

le Sahara sur des camions et rencontré des passeurs sans

scrupules, des esclavagistes nouveau modèle. Arrivé au camp

de rétention de Lampedusa, il vit le quotidien des demandeurs

d’asile. Certains seront renvoyés chez eux, empruntant en sens

inverse le chemin à travers le désert. D’autres, les plus chanceux, seront

libérés avec une feuille d’expulsion. Feuille qu’ils se hâteront de déchirer

en mille morceaux pour tenter leur chance en Italie, en France, en Allemagne.

Témoignage poignant de cet homme sous nom d’emprunt, qui raconte la

vie d’étudiants, de professionnels ou de jeunes au chômage fuyant leur

patrie pour un pays de rêve d’où ils espèrent faire vivre leur famille en

détresse.

Vie de ces nouveaux « héros » qui mettent leur vie en jeu, héros de notre

siècle, pleins d’espérance : battus à chaque barrage - et ils sont nombreux

depuis Dakar, à travers le Mali, le Niger, la Libye, fouillés et dépouillés jusque

dans leur intimité, obligés de se vendre en esclavage pour pouvoir,

un jour, continuer leur trajet, lorsque leur patron les laissera partir.

La beauté du désert, la présence de la mort, n’entament pas la certitude

de leur réussite, car ils savent que Dieu la veut.

Jean Désigaux

Bilal sur la route des

clandestins

Fabrizio Gatti

Albin Michel, 2009.

Traduit de l’italien par Jean-Luc Defromont

pax concordia

29


patrimoine

La mosaïque du labyrinthe de Chlef

date du IV e siècle après J.C. Elle a

été découverte en 1848 dans les

ruines d’une grande basilique de

l’antique Castellum Tingitanum

(l’actuelle Chlef) en Maurétanie césarienne.

Après le séisme de 1954, le pavement du labyrinthe

et son inscription furent acheminés

vers Alger et placés dans l’actuelle cathédrale

du Sacré-Cœur où il se trouve encore.

Il s’agit d’un labyrinthe carré à quatre secteurs

au trait, c’est-à-dire, dans le cas présent, ne

comprenant que deux couleurs ; le cheminement

se fait sur une bande blanche orientée

vers la droite, en enroulement (ici, avec le fil

d’Ariane à l’entrée). Les méandres du labyrinthe

sont traités en noir sur fond blanc, les

tesselles variant entre 1 cm et 1,5 cm de côté.

Le centre de la composition est occupé par un

carré d’environ 60 cm de côté au sein duquel

se développe un jeu de lettres ; ce jeu est formé des

deux mots sancta ecclesia à partir d’un « S » central sur

13 lignes menant à un assemblage de lettres (13) se répétant

dans tous les sens (haut/bas et gauche/droite) .

Le pavement entreposé dans l’actuelle cathédrale mesure

3,45m x 3,20 m.

Le labyrinthe de Chlef est

le plus ancien que l’on ait

retrouvé dans un édifice

chrétien. Il symbolise l’ordre

régnant dans l’univers

créé par Dieu. Le fidèle qui

pénètre dans le sanctuaire

est invité, dès l’entrée,

en s’avançant vers l’autel

de Dieu, à rejoindre le but

final, but suggéré par le

jeu des lettres, la sancta

ecclesia.

Schéma du labyrinthe : la foi, tel un fil d’Ariane,

guide le fidèle vers le salut

La mosaïque du labyrinthe de Chlef : la

foi et sa représentation

Avec son fil d’Ariane

qu’il faut suivre, le labyrinthe

convie le croyant à faire

confiance au seul chemin proposé pour atteindre Dieu

et parvenir ainsi au salut, lieu de résurrection et d’illumination

au sein de la « Sainte Église » : C’est l’Église,

en effet, qui conduit le fidèle à la communion avec le

Christ au centre, précisément, du labyrinthe !

Le fil d’Ariane symbolise ici la foi chrétienne qui guide

le fidèle dans les épreuves de la vie et lui évite les pièges

du péché. Le labyrinthe devient dès lors la voie

vers la connaissance qui permet à chacun d’accéder à

l’Église pour y célébrer l’Eucharistie.

Aussi bien, « La Sainte Église, c’est nous, écrit saint

Augustin. Quand je dis ‘nous’, je n’entends pas seulement

nous qui sommes ici, vous qui m’écoutez, mais

tout ce que nous sommes par la bonté de Dieu, de

chrétiens fidèles, ici, dans cette Église, je veux dire dans

cette cité, autant qu’il y en a dans la région, autant qu’il

y en a dans cette province…car, du lever du soleil à

son couchant, le nom du Seigneur est béni. Voilà ce qui

constitue l’Église catholique, notre vraie Mère, véritable

épouse de cet Époux » (Saint Augustin, Sermon 213).

Par cette représentation du labyrinthe, le fidèle est instruit,

éduqué, enseigné ! Il est au cœur de ce qui se joue

en lui-même : ici, l’image, la représentation, dialogue

avec la foi.

Sabah Ferdi, chercheur


SKIKNABA 2011

Vie chrétienne

dans la simplicité et la fraternité

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du 9 au 16 juillet

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Participation aux frais : 1500 dinars

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d’Afrique sub-saharienne en Algérie sur les thèmes :

étudiants d’Afrique sub-saharienne en

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Taizé Tlemcen

du 7 au 15 août 2011

Viens vivre avec nous une semaine

inoubliable à Taizé Tlemcen

Inscriptions : taizeenalgerie@yahoo.fr

Lieu : maison du Focolare, Dar El Salam, à

Tlemcen

Participation aux frais : 1200 DA

Attention : nombre de places limité à 120 !

Taizé : la découverte d’une autre manière de vivre,

c’est inexplicable, il faut venir pour comprendre !

Université d’été

proposée par l’église catholique en algérie

à ALGER

Du 14 au 21 juillet

Une semaine de rencontre pour les étudiants

chrétiens en première année

Pour apprendre à mieux connaître l’Algérie,

pour s’aider à vivre mieux

Pour réfléchir sur la question des droits de

l’homme

Pour prier, chanter, partager, réfléchir ensemble

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مجلة كنيسة اجلزائر الكاثوليكية

جويلية - 2011 العدد 7

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