et concordia - Église Catholique d'Algérie

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et concordia - Église Catholique d'Algérie

pax

concordia

Troisième trimestre 2013 - n° 15

ISSN : 2170-1709

Revue de l’église catholique d’Algérie

L’aventure de la revue Hayat

L’énigme du vitrail de Tibhirine

Dossier : Charles de Foucauld et les Petits Frères


03 éditorial et mot de la rédaction

Nous n’avons qu’une partie de la réponse,

par J.-P. Vesco

05 église universelle

Le labo argentin du pape François

Saint Augustin à Moscou

Centrafrique pays fantôme

07 Année de la foi

Qu’as-tu fait de l’appel de Dieu ?

Témoignages

10 Dialogue

L’aventure de la revue Hayat

Initiatives libanaises

13 Que faire?

Mon fils est homosexuel !

23 Trois mois en bref

24 église d’Algérie

Alger : Chrétiens dans la guerre de

libération

Oran : le CDES

Constantine : nos maisons d’accueil

Ghardaïa : session avec Mgr Lahham

28 À propos de

Des Algériens au Forum altermondialiste de

Tunis : témoignages

30 Des livres à lire

L. Aslaoui, J. -F. Debargue, M. Benchicou,

J. Moltmann

32 Patrimoine

L’énigme du vitrail de Tibhirine

34 Méditation

La « prière d’abandon » de Charles de

Foucauld

35 Bloc-notes et bulletin d’abonnement

15 Dossier

Charles de Foucauld en Algérie aujourd’hui

Les 80 ans des Petits Frères de Jésus

Le dossier « Églises d’Algérie » du

n°14 a suscité plusieurs réactions

de lecteurs.

Plusieurs disent combien ils

y ont appris. L’un d’entre eux

exprime cependant que la coexistence

n’est pas toujours

facile au quotidien : Je me permets de vous écrire pour

vous dire que je suis assez déconcerté (…) une chose est de

les accueillir, autre chose est de leur donner la parole (…)

Il y en a qui viennent aux messes et qui entrainent d’autres

(…), font de la retape parmi « nos » étudiants. Le dialogue

n’est pas franchement facile, ni évident. Oui cela ne me rend

pas seulement bien mal à l’aise ici mais me déconcerte très

profondément ! (PD)

Nous entendons bien les interrogations naissant de la

confrontation locale aux pratiques de tel ou tel groupe. Il

n’est d’ailleurs pas exclu que ces mêmes Églises expriment

elles aussi à notre égard certains griefs. Parmi les choses

douloureuses entre nous, la moindre n’est pas le passage

de certaines personnes d’une communauté à l’autre.

Ce n’est donc pas avec une totale naïveté que nous

avons préparé ce dossier. Une première démarche a été

cette fois-ci de donner la parole. Ce n’est pas le tout de

ce que nous pouvons faire sur le sujet, en Église et dans

la revue. Cette interpellation va certainement pousser

notre équipe à aller plus loin sur le sujet pour nous aider

mutuellement à nous situer en vérité dans le dialogue

entre Églises et communautés diverses. (MG)

D’autres se sont sentis oubliés, comme en témoigne ce

message d’Abdenour Aït Abdelmalek, pasteur de l’Église

Méthodiste Unie, à Larbaa Nath Irathen : Ce matin, j’ai eu

l’agréable surprise de me faire remettre le dernier numéro

de votre revue Pax & Concordia par ma voisine de palier

sœur Élisabeth. Quelle fut ma déception en feuilletant

votre papier de découvrir que l’Église fondatrice du courant

protestant en Algérie depuis plus d’un siècle, en l’occurrence

l’Église méthodiste ne fait pas partie de votre liste d’Églises

algériennes. Est-ce un oubli ou un déni ? Cordialement.

Ni oubli, ni déni en un domaine délicat où est passé le

vent de l’épreuve, et où il est difficile de reconnaître avec

justesse, avec justice, qui est qui. Au risque de blesser un

pasteur méthodiste, ce que nous regrettons vivement,

nous avions trop pris à la lettre l’intention unificatrice des

diverses composantes du protestantisme en Algérie, telle

qu’elle s’exprime dans l’ouvrage Protestants en Algérie

(2004) page 60 : « Les protestants prennent la résolution

de s’unir en une seule et même Église », estimant à tort

semble-t-il que l’appellation « réformés » les englobait

tous, alors qu’il aurait fallu dire « protestants » plutôt que

« réformés » en page 22. Et de fait nous sommes heureux

de préciser à nos lecteurs que l’appellation de chrétiens

méthodistes est toujours honorée dans les communautés

des Ouaddhias, de Larbaa, de Ouacif, de Constantine.

(DM)


Nous n’avons qu’une partie

de la réponse !

Mgr Jean-Paul Vesco

évêque d'Oran

Des activités qui ne

sont ni un prétexte

ni une fin en soi

Comment continuer

à transmettre

ce « supplément

d’âme » ?

Le 3 mai dernier, nous avons célébré à Oran les cinquante ans du Centre

de Documentation Économique et Sociale (CDES), une bibliothèque

spécialisée en sciences juridiques, humaines et sociales. Cette

bibliothèque a contribué à la formation de générations d'étudiants

(plusieurs dizaines de milliers) dont certains sont devenus à leur

tour enseignants. Elle est l'une des bibliothèques de niveau universitaire ou

scolaire qui ont permis à l'Église catholique de participer très concrètement

à la construction de l'Algérie d'aujourd'hui. C'est dire si la vie de l'Église est

intimement liée à ces « plateformes de rencontre » ainsi que les avait nommées

Pierre Claverie, au moins pour ce qui concerne son inscription dans la société

algérienne.

Cinquante ans, c'est en effet l'âge de l'Algérie indépendante. C'est aussi l'âge

de l'Église telle qu'elle se donne à voir aujourd'hui, née de l'appel prophétique

du cardinal Duval à rester en Algérie malgré l'exode massif des chrétiens

d'origine européenne. Cinquante ans, c'est encore l'âge du concile Vatican II

qui nous a encouragés à prendre au sérieux la foi de l'autre, non-chrétien,

ainsi que la société dans laquelle nous vivons. La concordance entre ces trois

événements n'est pas le seul fait du hasard ; elle singularise notre Église en

Algérie et désigne ses racines.

Trois moments peuvent illustrer cette communauté de destin entre l'Église et

les « plateformes de rencontre » telles que le CDES dont elle est à l'origine.

Lors de la célébration de son cinquantenaire, il a été rappelé que le CDES n'est

pas né de rien en 1963, mais a été suscité par le « bureau social d'Alger » fondé

en 1929 dont la vocation était de réfléchir aux questions de développement

en Algérie. Cela signifie que, même à l'époque dite coloniale, des membres de

l'Église prenaient au sérieux le pays et ses habitants arabes pour eux-mêmes.

De même, l'appel prophétique du cardinal Duval ne vient pas de nulle part

mais est nourri de cette partie de l'Église qui, bien avant l'indépendance, a

été en lien direct avec la population arabe et berbère par le travail partagé

(prêtres et sœurs au travail), l'accès aux soins, à l'éducation...

Durant des décennies, nos bibliothèques ont été pour les étudiants algériens

le passage presque obligé pour l'accès aux livres et revues nécessaires à leurs

études en raison notamment de la déficience des bibliothèques universitaires

en cours de constitution. Aujourd'hui encore, en venant chercher les livres dont

ils ont besoin, les étudiants reçoivent beaucoup plus que ce qu'ils sont venus

chercher, même si aucun n'a jamais reçu le baptême. On ne peut dénombrer les

liens noués, les rencontres en profondeur - qui ont marqué des vies entières -

entre des personnes qui n'auraient jamais dû se rencontrer tant les barrières

de religion, de culture, d'âge semblaient insurmontables. Les livres ne sont pas

un prétexte pour attirer des étudiants comme des poissons dans un filet, mais

ils ne sont pas non plus une fin en soi. De même, les activités caritatives qui

font le quotidien de tant de membres de l'Église ne sont pas un alibi au service

d'un dessein caché, mais elles ne sont pas non plus une fin en soi qui ferait de

l'Église une ONG comme une autre. Elles sont l'expression de la diaconie d'une

Église dont la vocation est de témoigner de l'amour de Dieu pour les hommes

et les femmes de toute race, peuple et religion. Et ce témoignage ne peut

s'exprimer pleinement que dans l'épaisseur d'une rencontre en humanité.

Aujourd'hui, le paysage intellectuel a changé. Le rôle de suppléance de

bibliothèques universitaires parvenues à maturité a diminué. Les sources

d'accès au savoir se sont multipliées du fait du développement exponentiel

d'internet, et nos bibliothèques ont à réfléchir sur leur avenir. Dès lors qu'elles

pax concordia

édito


édito

ne sont plus un point de passage obligé, sont-elles pour autant en train de

perdre leur raison d'être ? Comment continuer à transmettre ce « supplément

d'âme » dont la société et le monde ont au moins autant besoin aujourd'hui

qu'hier ? Il en est de même pour notre Église en Algérie. Depuis cinquante

ans, par étapes successives, elle n'a cessé de perdre, et perd encore, de

son utilité sociale même si de nouvelles initiatives viennent répondre à de

nouveaux besoins. La question est posée de savoir si, en perdant de son utilité

sociale, elle perd aussi de sa raison d'être comme Église au service (en diaconie)

d'un pays de tradition musulmane ou si, au contraire, le sens profond de sa

présence s'en trouve davantage dévoilé, comme mis à nu.

Nous n'avons pas grand peine à répondre à cette question, mais nous n'avons

qu'une partie de la réponse. L'autre partie appartient à la société algérienne

elle-même.

+ Jean-Paul Vesco

Le mot de la rédaction

C’est grand bonheur de lire dans ce numéro l’aventure de

la revue Hayat, de sa dynamique équipe et de la famille

qu’elle constitue avec ses lectrices, ou du Centre de

Documentation Économique et Sociale d’Oran qui vient

de fêter son cinquantenaire.

En même temps, le premier éditorial signé de Jean-Paul

Vesco, nouvel évêque d’Oran, nous invite à prendre acte

d’une certaine diminution de nos forces et à ne pas perdre

de vue l’essentiel.

Le souffle des témoignages donnés dans la rubrique Année

de la foi ainsi que dans le dossier sur Charles de Foucauld

en Algérie aujourd’hui, réalisé avec la Fraternité des Petits

Frères de Jésus (née en Algérie il y a 80 ans), atteste, s’il le

fallait, de l’enjeu, au travers de nos activités, de travailler à

« structurer l’homme intérieur ».

En retraçant avec humour leur enquête sur un vitrail

du monastère de Tibhirine, Anne et Hubert, volontaires

DCC, nous instruisent sur la richesse catéchétique de

l’iconographie chrétienne. Pour la seconde occurrence

de la rubrique Que faire, la question à laquelle répond

Hubert de Tiaret nous rappelle que, par-delà les actuels

débats européens sur la prise en compte juridique de

l’homosexualité, l’appel à la chasteté nous traverse dans

la diversité de nos états de vie et de nos structurations

personnelles.

Ce numéro nous ouvre aussi au delà de l’Algérie et nous fait

passer par Buenos Aires pour mieux connaître le contexte

interreligieux étonnant d’où vient le pape François, et

par Bangui pour entendre l’appel d’un pays déchiré.

Henri, Fatima et Sabah nous emmènent à Beyrouth ou

Moscou, tandis que Khadidja et Laurence évoquent leur

participation au Forum social mondial de Tunis, où elles

ont trouvé écho à leurs propres combats ici en Algérie.

Présentation de l’artiste

Mokrane Bouzid, né à Alger, a beaucoup voyagé avant

de poser ses valises à Timimoun il y a plus d’une

dizaine d’années. Il a exposé au Maroc, au Sénégal et

en Espagne, et bien sûr en Algérie : Alger, Adrar, …

Il exposera cette année à Tlemcen. Il a une page sur

facebook et une autre sur my-art.com.

L’œuvre en 1 ère de couverture est intitulée La rencontre

Sebou, et l’autre couverture a pour titre Contemplation.

Ce sont deux huiles sur toile liées à la grande fête

de Timimoun qu’on appelle le Sebou, célébrée sept

jours après le Mouloud qui commémore la naissance

du prophète de l’islam. L’esprit de la fête, c’est la

réconciliation des clans qui se faisaient la guerre. La

femme chante l’Ahallil, le chant sacré du Gourara,

classé au patrimoine immatériel de l’humanité par

l’Unesco en 2005.

Trimestriel

éditeur : Association diocésaine d’Algérie (ADA),

n° d’agrément 18, en date du 16 novembre 1974, délivré par le

Ministère de l’Intérieur.

Adresse : Pax et Concordia, Archevêché d’Alger

13 rue Khelifa Boukhalfa, 16000 Alger-Gare

Dépôt légal : n° 2201-2010

Directeur de publication : Mgr Ghaleb Bader

équipe de rédaction : Dominique Lebon, Marie-Christine

Rousseau, Marie-Danièle Ligouzat, Michel Guillaud

Coordinateur de la rédaction : Michel Guillaud

Gérante : Marie-Danièle Ligouzat

Mise en page : Lamia

Courriel rédaction : paxetconcordia@gmail.com

Courriel abonnements :

paxetconcordia.abonnements@gmail.com

Site internet de l’église d’Algérie :

http://www.eglise-catholique-algerie.org


Le labo argentin du pape François

L'Argentine, pays d'immigration majoritairement catholique, constitue une sorte de

laboratoire pour l'œcuménisme et le dialogue interreligieux. Dans ce laboratoire,

que faisait donc Mgr Jorge Mario Bergoglio, celui qui allait devenir le pape François ?

En novembre 2012, le cardinal Bergoglio

accueillait dans sa cathédrale de Buenos

Aires les représentants des communautés

juive, musulmane et chrétiennes de

différentes confessions, qu'il avait invités

à prier ensemble pour la paix au Moyen-Orient.

« Avec la guerre, tout est perdu, avec la paix, tout

est gagné » déclarait le primat d'Argentine, tandis

que le représentant des musulmans affirmait devant

l'assemblée : « En Terre sainte, à Al-Qods, Jérusalem,

quel est l'endroit le plus sacré ? La mosquée Al-Aqsa ?

Le Mur des Lamentations ? Le Saint-Sépulcre ? Tous

sont des lieux sacrés, mais une chose est certaine : le

lieu le plus sacré, c'est

toujours l'autre ». Cette

rencontre de prière

a été suivie de deux

autres, l'une dans une

mosquée, l'autre à la

grande synagogue de

Buenos Aires.

La communauté

juive argentine est

la plus importante

d'Amérique latine,

et entretient de

bonnes relations avec

l’Église catholique.

Déjà le prédécesseur

de Mgr Bergoglio

avait fait installer en

1997 dans la cathédrale de Buenos Aires un mural

composé de deux panneaux de verre entre lesquels

sont placées des feuilles de livres de prières sauvés

des ruines de Treblinka, d'Auschwitz et du ghetto

de Varsovie. Il commémore les victimes de la Shoah

et de deux attentats commis à Buenos Aires dans

les années 1990. Baruj Tenenbaum, créateur de la

Fondation internationale Raoul Wallenberg, juif

d’origine argentine et ami personnel de Jorge Mario

Bergoglio, raconte que le futur pape allait lui-même

au marché acheter des fleurs pour mettre sur la tombe

de son prédécesseur, qui avait souhaité être inhumé

Le cardinal Bergolio dans le métro

devant la fresque des victimes. Il avait, disait-il encore,

beaucoup d'amis rabbins. En 2010, le Cardinal a publié

un livre d'entretiens avec le rabbin et écrivain argentin

Abraham Skorka, récemment traduit et édité en France

sous le titre Sur la terre comme au ciel (éd. R. Laffont,

2013).

De même, pendant ses années d'épiscopat, le cardinal

Bergoglio a développé des relations d'amitié avec la

communauté musulmane, qui elle aussi est la plus

importante en Amérique latine. Le docteur Noufouri

est responsable du Centro Islámico de la República

Argentina (CIRA), l'organisme qui, depuis 1932,

représente officiellement la communauté musulmane.

Il rapporte qu'un jour,

déjeunant avec le

conseil d'administration

de cet organisme, le

cardinal Bergoglio

racontait qu'il avait

parlé à Rome de ses

visites à la communauté

musulmane qui, pour

Noël, lui envoyait

ses vœux. Et il avait

constaté alors que ses

interlocuteurs avaient

du mal à le croire. Pour

le docteur Noufouri,

« l'Argentine est un

modèle de dialogue

et de coexistence qui

pourrait être exporté dans le monde. »

Comme les orthodoxes avec qui il entretenait des

relations de confiance, les évangéliques – un Argentin

sur dix aujourd'hui - ont salué l'élection du pape

François. Auprès d'eux, il a la réputation d'être un

homme de Dieu, passionné pour l'unité de l'Église,

au-delà du seul plan des institutions : « Ce n'est pas

seulement un ecclésiastique, c'est un homme centré

sur Jésus, et rempli de l'Esprit saint », dit de lui Luis Palau,

prédicateur argentin de renommée internationale.

Dominique Lebon

église universelle

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église universelle

© paixcentrafrique.org

Centrafrique pays fantôme

La Centrafrique est un « pays fantôme »,

ont déclaré en avril dernier les évêques du

diocèse de Bangui, dans une lettre ouverte

au nouveau président Michel Djotodia.

Celui-ci n'a pas d'autorité sur les rebelles

qui l'ont porté au pouvoir, l’État et son administration

sont en panne, le pays est livré aux bandes armées :

pillages, meurtres, viols, enfants-soldats, personnes

déplacées, manque de médicaments.

Le motif du

soulèvement

contre le président

Bozizé – rétablir

la justice alors

que les régions

du nord avaient

été abandonnées

– était noble,

mais les évêques

soulignent la faute

des rebelles : « la logique de la guerre a été privilégiée

aux dépens du dialogue ». Conséquence : « partout où

les éléments de la Séléka sont passés, la population est

en pleurs et en deuil ».

La Centrafrique est dévastée, mais il y a des gagnants,

à chercher hors du pays, du côté de ceux qui ont aidé

la Séléka, des prédateurs mal identifiés. Mercenaires

venus du Soudan, du Tchad ? Rebelles ougandais

et autres bandits ? États voisins ? Grands opérateurs

économiques convoitant les richesses minérales du

pays ?

La Séléka est constituée

surtout de musulmans. La

population musulmane a

moins souffert des pillages

et l’Église catholique a

été une cible privilégiée

des rebelles. Ce conflit

« nord-sud », dont l'origine

est socio-économique,

peut muter en conflit de

religions. Les politiques ont

une grande responsabilité.

© Ouest-France

Brèves

Les évêques ont donc appelé le président à favoriser

une cohabitation pacifique et fraternelle de tous les

Centrafricains, seule voie pour que la Centrafrique

retrouve un visage et se gouverne à nouveau ellemême.

Augustin à Moscou

Un colloque sur saint Augustin et la

culture universelle s'est tenu à Moscou

le 23 avril 2013, organisé conjointement

par l’ambassade d’Algérie en Russie,

l’Église russe orthodoxe et l’université de

Moscou. Parmi les participants, madame Sabah Ferdi

et Mgr Teissier, archevêque émérite d’Alger, tous deux

envoyés par le ministère de la culture algérien.

L’intérêt de ce colloque venait d’abord de la diversité

des structures et des personnes engagées dans son

organisation. Il s’agissait en effet d’une rencontre

voulue par des responsables algériens, impliquant

l’identité arabe et musulmane de leur nation, pour

présenter la dimension universelle du message

d’Augustin, un théologien chrétien né sur le territoire

de l’Algérie actuelle. Cette initiative était organisée

avec l’Église orthodoxe de Russie dont le patrimoine

spirituel a plutôt ses racines dans la patristique grecque

de l’Orient, mais qui dépassait ainsi ses frontières pour

étudier le message d‘un fondateur du patrimoine

spirituel de l’Occident.

Cette Église russe, très attachée à son patrimoine

propre, était ainsi conduite à découvrir l’ouverture

de l’Algérie qui respecte et fait connaître un penseur

latin de l‘Occident chrétien, né et ayant vécu dans

ce qui est aujourd’hui l’Algérie. Et l’Algérie donnait à

l’opinion russe et particulièrement à l’Église de Russie,

une lecture ouverte de sa tradition propre, à une

époque où certains milieux, en Europe, laissent des

préjugés déformer les regards sur le monde arabe et

musulman.

Ce colloque a aussi mis en évidence l’existence en

Russie d’une réflexion ancienne et actuelle sur l’œuvre

de saint Augustin, et le rayonnement d’un fils de

la nation algérienne dans une zone de culture très

éloignée de la Méditerranée. (Source : H. Teissier)


Qu’as-tu fait de l’appel de Dieu ?

Très divers par leur origine, leur âge, leur situation sociale ou

professionnelle, et la région d’Algérie où ils vivent, ils nous

partagent comment le souffle de la foi traverse leur existence.

Je m'apprête à quitter Alger après 6 ans d’expatriation. J’aimerais partager ce que j'ai vécu en tant que la sœur

venant de loin. Je suis étudiante malienne, j’ai grandi dans une famille chrétienne, dans un pays laïc dont 90% est

musulman.

J’ai vécu une enfance assez active : vie associative, sportive, scoutisme. Adolescente, j’ai eu un bon suivi qui m’a

permis de prendre part à des activités de l’Église comme la plupart des étudiants venant d’Afrique : caté, chorale,

récollections, etc. C’est ce tumulte d’activités que j’ai quitté pour venir suivre ma formation en Algérie.

Je me rappelle ce fin décembre hivernal où mes pas ont foulé pour la première fois ce sol d'Algérie avec la peur au

ventre d’avoir quitté les miens, mon environnement naturel, pour embrasser l’inconnu.

Je suis venue avec une grande soif, avec une détermination digne d’un jeune étudiant étranger : soif de connaissance

de mon nouveau pays, soif de vivre, soif d’apprendre de l’autre, frère, sœur, père ou mère qui me sera donné sur

mon chemin ; soif de voir ce que l’autre a de différent.

J’ai marché les yeux grands ouverts, les oreilles ouvertes, la main ouverte, prête à la tendre et à toucher, bouche

pressée de demander et prête à sourire, le cœur à recevoir et à donner. Ça a été possible grâce à ma foi religieuse,

qui s’est affermie ici.

Marie-Constance

Année de la foi

Je suis baptisé depuis Pâques dernier.

C’est récent, mais ce n’est pas classé dans

un tiroir. J’étais conscient de ce que je

faisais. Il y a des gens qui ont cherché à

me faire changer d’avis. J’ai tenu bon.

En Algérie, j’ai rencontré une Église

universelle, qui m’a beaucoup soutenu.

Je me suis découvert en Algérie.

Maintenant, je sais qui je suis, et qui je

veux être. Il m’arrive, quand je suis sur

le point de faire un truc qui n’honore

pas Dieu, d’avoir un déclic qui me vient :

« Oh, que fais-tu ?! Sois cohérent avec ton

baptême ! »

Je suis toujours en recherche de la vérité.

Chaque fois qu’il y a une proposition de

l’Église, une rencontre, une session, je

veux y être, je ne veux pas la manquer.

J’ai encore soif d’avancer.

Jean-Pérèle

Dans la chapelle des Petites Sœurs à Touggourt

J’ai grandi avec l’Église. Je suivais la loi de mon père. Je ne

me posais pas de questions. Mais ma foi s’est endormie. Je

faisais tout ce qui me semblait bon. Je m’étais écarté de la vie

chrétienne. Mon séjour en prison a joué beaucoup. Je relis ma

vie. J’écris, des pages et des pages : comment Dieu se manifeste

à moi, comment ça me travaille, la lecture de la Bible, les visites

du prêtre, comment la paroisse accueille mon épouse et mes

enfants quand ils viennent me voir. La prison c’est très dur, mais

c’est bénéfique pour celui qui en tire la leçon.

Paul

pax concordia


Année de la foi

À la maison, on lisait la Bible avec le papa. J’allais aussi à la

messe par obligation, mais j’avais la tête dure.

En août 2010, je suis entré en Algérie avec un passeport

disant que j’étais musulman. La vie était dure. Dans le

dortoir où je logeais, quand je me réveillais la nuit, je

priais, je faisais le signe de croix. Le gérant du dortoir, qui

dormait à côté de moi, en était gêné, et c’est lui qui m’a

indiqué l’église. Ensuite, je suis entré en prison.

Mon séjour en prison a beaucoup stimulé ma foi. Je lis

la Bible, seul ou avec les autres détenus chrétiens. Ça me

donne sagesse et foi. Ça aide à se connaître, à être sympa

avec les autres, ça indique comment se comporter dans

la vie. Rien n’est éternel sauf Dieu. En sortant, ça ne sera

plus comme avant. Ici, tu repenses à toute ta vie, ça aide

à être intelligent.

Dans l'erg à Beni-Abbès

Nicolas

Il y a longtemps que j’y songe, à la

confirmation, mais j’ai toujours hésité. Je me

suis toujours posé des questions sur moimême

aussi bien que sur le christianisme.

J’ai toujours supposé cela normal dans

la mesure où je vis dans un entourage en

majorité musulman, que ce soit au sein

de ma propre famille ou dans notre cité

universitaire. Partout, j’ai eu l’occasion et la

chance de contempler l’Islam à travers mon

père, mes amis et beaucoup de ceux qui

tiennent à moi. J’ignore si cette voie que je

suis est celle que le Seigneur souhaite ou

si c’est elle qui serait la « vraie » comme je

l’entends si souvent dire autour de moi. Mais

je crois en une chose, et c’est une évidence

pour moi : l’Amour de Dieu. Cet Amour,

c’est le pilier de ma vie, ce qui me maintient

debout, et c’est pourquoi il m’est maintes

fois arrivé de penser que s’il advenait qu’on

me l’ôte ou que j’en perde croyance, je crois

que j’aurais tout perdu. Je ne suis sans doute

pas une incarnation du bien, mais c’est par

cet Amour que j’y aspire. J’aimerais encore

plus contempler cet Amour du Bon Dieu en

Le laissant me le montrer davantage. Alors

pourquoi ne pas me laisser emporter tout

simplement, au lieu de vouloir toujours

bien faire et tout faire par moi-même ? Je

reste persuadée que chacun parvient à le

découvrir de diverses manières, quelles que

soient nos croyances ou nos religions.

Noëlle

J’ai été baptisé bébé. Aucun souvenir. Éduqué dans une

famille chrétienne. Actif dans des mouvements d’Action

catholique, de visite aux malades, d’aide aux démunis.

Des conférences, des témoignages, ont soutenu ma foi.

Montrer le bon chemin aux plus jeunes, c’est important

pour moi. Je l’ai vécu comme Xavéri, dans le mouvement

xavérien, fondé au Congo Kinshasa en référence à saint

François-Xavier, un missionnaire débordant d’énergie

qui a été jusqu’en Inde. Il avait la volonté de donner une

éducation aux jeunes, une éducation chrétienne. Ça a

touché Georges Defour, le fondateur du mouvement.

Je me sens heureux et épanoui dans le chemin que mes

parents m’ont montré. Ce que j’ai vécu ici comme étudiant

en médecine a affermi ma foi : lectures, changements de

milieu, questions posées par les autres.

Jean-Claude

Moi aussi, j’ai été baptisé dans la nuit de

Pâques.

Ma connaissance de l’Église est ancienne.

Enseignant, issu d’une famille ouverte, depuis

longtemps je sais beaucoup de choses. Mais il y a

eu un virage, un tournant : comme la différence

qu’il y a entre connaître et vivre, entre extérieur

et intérieur. Désormais, je participe.

Personne n’est venu me chercher. Un appel ?

Pas téléphonique, mais de l’intérieur. Dans le

tiroir de mon bureau, il y a le cierge de mon

baptême, comme en moi, il y a un feu nouveau.

Jérémie-A


Je n’ai jamais pratiqué aucune religion. Un jour, adulte,

j’étais sorti me promener, et voilà que sans l’avoir

programmé, je me suis retrouvé le doigt sur la sonnette

de la paroisse. Là, pendant des années, j’ai lu l’Évangile,

chaque semaine, pendant une heure. Ça me faisait du

bien. Je n’en demandais pas plus. On ne me poussait pas à

plus. Puis un jour, j’ai compris que le baptême, ça pouvait

être aussi pour moi. Quelque chose de fort me tirait vers

le Christ.

Avant d’être baptisé, je sentais quelque chose de lourd

sur mes épaules. La nuit de mon baptême, c’est comme

si ce poids s’en est allé. Au fond de mon cœur, même si

je ne suis pas jeune et en bonne santé, je me sens léger,

heureux.

Jean-Baptiste-S

Oued à El-Kantara (W. Biskra)

Année de la foi

Je viens d’une famille musulmane du côté de mon père. Ma mère s’est islamisée en 2004 après son mariage avec

mon papa. Jusqu’aujourd’hui ma famille maternelle est chrétienne. Pendant mon enfance j’allais à l’église, jusqu’à

l’âge de 13 ans où mon papa que je ne connaissais même pas bien survint dans ma vie et m’interdit d’aller à l’église.

Chagrinée, je ne savais à qui me confier je priais et lisais ma bible chaque jour. Quelque chose me disait que je devais

suivre le Christ quelle que soit ma situation. En février 2010, mon papa me dit : « ma fille, tu dois commencer à aller

à la mosquée ». Je lui dis non ; il insista. Alors je pris la décision d’aller voir. Mais je ne me sentais pas très bien dans

cette prière ; il y avait un manque que je ressentais en moi, le désir d’être avec Christ. Mes amis me conseillaient de

dire à mon père que j’étais musulmane et que je reste chrétienne pour qu’il continue à m’aider financièrement. Je

ne trouvais pas bonne cette idée. Un soir je décidai de l’appeler et de lui dire la vérité : « Papa je suis chrétienne et je

reste chrétienne ». Il me répondit : « Ne m’appelle plus jamais papa ». Je ne l’ai plus revu. J’étais blessée.

Un an après le bac, j’ai obtenu une bourse pour continuer mes études en Algérie. J’étais dans un nouveau pays où

je ne connaissais presque personne, j’avais vraiment besoin du soutien de mes parents. Je priais, jeûnais et lisais

ma bible en demandant à Jésus quel chemin je devais prendre. Un jour, j’ai lu un verset qui disait : « même quand

tes parents t’abandonneront, moi le Seigneur ton Dieu je serai toujours là pour toi » et un autre qui dit : « honore

ton père et ta mère afin que tes jours soient prolongés ». Je ne savais vraiment pas si je devais être chrétienne ou

musulmane.

Plus tard j’ai rencontré des Algériens chrétiens et ils m’ont fait part de leur expérience. Ils m’ont dit qu’ils étaient

rejetés par leur famille et même par la société et de là je compris beaucoup de choses. Je décidais de demander les

sacrements. La veille de mon baptême, très tard dans la nuit, j’ai appelé mon papa pour le lui dire. Il m’a répondu :

« c’est le chemin de l’échec, tout ce que tu entreprendras ne marchera jamais, tu ne seras plus ma fille et ne

m’appelle plus jamais papa, rappelle-toi bien de ces paroles quand tu seras dans l’échec car je t’ai bien prévenue ».

Je ne renonçais point à mon baptême mais je pleurais toute la nuit jusqu’au matin. Après mon baptême, ma mère

se demandait comment j’allais vivre ici vu que son revenu était insuffisant. Mais Dieu était là ; un oncle maternel

est venu à mon aide.

Depuis mon baptême, j’essaie d’être là pour les autres, ma fréquence de prière a augmenté et je ne me suis pas

encore trouvée dans l’échec que mon papa m’avait prédit. Je continue à aimer mon papa, je n’ai point de haine

envers lui et je prie beaucoup pour lui et vous demande de prier aussi pour mon papa et ma famille paternelle pour

qu’un jour ils puissent m’accepter et respecter ma religion comme je les accepte et respecte leur religion. Priez aussi

pour ma famille maternelle et aussi pour mes études et ma vie de couple car je suis sur le point de faire un choix. Je

serai toujours au service de l’Église. Si vous avez besoin d’aide, faites-moi signe ; si mon programme me le permet,

je vous rendrai ce service avec joie. Une fois de plus, je remercie l’Église d’Algérie pour les multiples rencontres

qu’elle ne cesse d’organiser dans le but de l’affermissement de la foi des jeunes étudiants sub-sahariens.

Linda

pax concordia


Dialogue

L’aventure de Hayat

Connaissez-vous la revue Hayat ? Beaucoup ont participé d’une façon ou

d’une autre à sa diffusion, parfois à donner une suggestion, une critique ou

un article ! Mais, pour ceux qui ne l’ont pas encore feuilletée, nous avons

demandé à la douzaine de femmes qui animent la revue de nous la présenter.

Hayat est une revue bilingue, en français et en

arabe, née d’un accord entre la Caritas et le

Croissant Rouge Algérien en 1983 afin de donner

une formation en couture et tricot aux femmes

qui fréquentaient les centres du C.R.A. ! À l’origine,

c’était un bulletin de liaison entre les centres,

composé de fiches techniques pour que les

filles puissent progresser dans leurs activités. Le

bulletin était ronéotypé. Le père Denis Gonzalez et

madame Madeleine Touzard ont été les initiateurs

de Hayat qui fête ses 30 ans cette année.

Très vite cette formation s’est élargie à tous les

domaines intéressant les femmes, et ils sont

nombreux : culturel, social et sociétal, des relations

dans le couple ou la famille, de la santé et de

l’hygiène, de l’alimentation et de la diététique,

de la connaissance de nos régions ou des autres

pays, sans oublier les témoignages de vie envoyés

par les lectrices ou proposés par nous sur une

femme qui a fait bouger la vie dans son milieu !

Bien sûr, toutes les techniques manuelles ont

aussi une bonne place, elles permettent souvent

à la maman de faire rentrer un peu d’argent dans

la maison.

Qui sont les lectrices de Hayat ?

Hayat s’adresse surtout aux femmes de l’intérieur :

nous avons des lectrices à Tamanrasset, à Ouargla,

Chéchar... Un certain nombre d’entre elles habitent

dans des villages, et ne sortent pas souvent de leur

maison. Elles lisent surtout en arabe. Mais l’écho

qui nous arrive des lectrices des grandes villes du

pays dit également leur intérêt pour cette revue.

Au fond, à travers la revue, nous les écoutons,

nous leur donnons la parole, à elles qui n'ont pas

beaucoup d'occasions d’être écoutées. Chacune

de nous est en relation avec des lectrices. Nous

prenons en compte leurs demandes, nous

essayons de les faire écrire, de les interviewer,

nous recueillons leurs témoignages, de telle sorte

que Hayat parle vraiment de la vie des femmes

d’ici. Comme l’écrivait une lectrice : « Hayat, tu es

un rayon de soleil, un sourire, une joie… Tu n’es

pas une revue ordinaire, tu essaies d’aborder tous

les domaines qui nous intéressent ». Recevoir

une revue à son nom, à son adresse, c’est pour

certaines quelque chose d’important, qui fait

qu’elles se sentent davantage reconnues.

Nous veillons à ce que le contenu des articles ne

soit pas choquant, par exemple lorsqu’on parle

du corps humain. Si nous abordons des thèmes

tabous, le harcèlement sexuel, la pédophilie,

etc., nous le faisons discrètement, à l’aide de

témoignages. De même, si nous dénonçons des

situations, nous essayons de faire attention à ce

que cela n’entraine pas l’exclusion des victimes,

mais nous préférons leur donner la parole. Nous

ne parlons ni de religion ni de politique.

Au début, les lectrices, quand on publiait un

courrier d’elles dans Hayat, ne voulaient pas le

signer ni mettre leur adresse. Cela a bien changé,

une grande confiance est née, elles participent de

plus en plus à la vie de la revue. Elles connaissent

mieux leurs droits et elles se sentent valorisées à

leurs yeux et aux yeux des autres et voient ainsi


qu’elles ont des choses à

dire.

Quel est le but de la

revue ?

Le but de la revue est

d’être proche des femmes

et de les soutenir dans ce

qu’elles vivent aujourd’hui.

Quand une personne se

sent reconnue, elle peut

mieux "occuper sa place"

dans la société. Afin

d’enrichir la réflexion de

nos lectrices, nous leur

faisons découvrir ce que

font les femmes ailleurs,

les richesses de notre pays,

des conseils concernant

leurs droits ou l’éducation des enfants…

Nous savons également que la revue est utilisée

par des médecins, des enseignants de français

et dans les familles par les enfants pour préparer

des exposés qu’on leur demande à l’école. Des

maris, des frères lisent la revue. Nous constatons

que là aussi la confiance a grandi. De notre côté

également, nous sommes plus attentives à inclure

les familles dans la démarche de Hayat. Un mari

nous a remerciées pour les moments forts que sa

femme a pu vivre avec l’équipe de la revue. Un

vieux monsieur est venu dans nos bureaux, depuis

Ghardaïa, pour abonner ses filles et ses bellesfilles.

Étant une équipe jeune et dynamique, nous

sommes amenées à parler aussi de facebook,

de coiffure, de musique, etc. Notre équipe est

interculturelle et cette diversité est une grande

richesse : chacune apporte quelque chose. En

travaillant ensemble, nous constatons que les

mêmes valeurs nous animent.

À travers les années et les différentes équipes

de rédaction, Hayat s’améliore, en particulier

grâce aux lectrices qui nous écrivent ou que nous

rencontrons. Cette rencontre des abonnées s’est

révélée très vite indispensable afin de les mobiliser

pour nous aider aussi à la diffusion. Étant destinée

surtout aux femmes des milieux les plus démunis

en moyens pour se cultiver, s’informer, se former

dans les domaines qui correspondent à leurs goûts,

la revue ne peut être connue que par le bouche à

oreille.

C’est ainsi qu’une abonnée peut devenir un point

de repère pour les femmes de sa région, et quel

meilleur moyen pour

créer des relations audelà

de la famille, et

chercher à rencontrer

celles qui ont besoin

de cette "bouffée

d’oxygène" ? Les

sœurs des différentes

communautés du

pays nous aident aussi

beaucoup.

Bienheureux portables

également, qui nous

permettent d’avoir

régulièrement des

nouvelles de chacune,

d’encourager et de

résoudre les problèmes

que la revue peut rencontrer sur son chemin entre

nous et celles qui l’attendent ! Afin de faciliter

ce travail nous essayons de les connaître une à

une. Ces rencontres sont d’intenses moments de

connaissance, de partage, et de prise de conscience

de leur responsabilité. Lorsque chacune découvre

que l’on peut compter sur elle, elle grandit en force

intérieure et en sérénité ! Et c’est bien le plus beau

fruit de toutes ces rencontres.

Ces voyages, ces rencontres, sont des lieux où nous

vivons le "donner et recevoir" dans les secteurs de

notre vie les plus inattendus, et qui construisent

entre nous toutes un vivre ensemble qui nous

donne beaucoup de joie.

L’équipe de Hayat

Nous étions en visite à Ouargla, chez les petites

sœurs de Saint-François, et avec elles nous

sommes allées dans les ksour voisins rejoindre

des abonnées et visiter un petit atelier de

couture.

Soudain deux femmes arrivent essoufflées

d’avoir couru, en criant : « Madame Hayat,

Madame Hayat ! » Elles nous supplient de

prolonger leur abonnement gratuitement. Elles

n’avaient pas d’argent, vivant de troc, mais

voulaient la revue. « Chaque soir nous nous

réunissons, toutes les femmes de la courée,

chacune lit une page et nous essayons de tout

comprendre ensemble. »

Quelle émotion en écoutant leur témoignage …

et quel encouragement !

Andrée Geoffroy

Dialogue

pax concordia


Dialogue

© Bernard Mallet

Initiatives libanaises

Les tensions interconfessionnelles au Liban ont souvent fait la « une »

des médias. C’est pourquoi il est bon de faire connaître les efforts

accomplis pour une meilleure relation entre les communautés.

Le plus ancien, c’est l’Institut d’études islamochrétiennes

mis en place, en pleine guerre

du Liban, par le P. Dupré La Tour s.j. et M.

Hicham Nashabé, directeur des Maqâsid

sunnites du Liban. Cette structure fait partie

de l’université Saint-Joseph de Beyrouth. Elle délivre à

des étudiants de toutes les confessions des diplômes de

compétence islamo-chrétienne. Les formations se font

sur la base d’une double intervention, sur chaque thème

(Révélation, Foi, Morale, etc.), l’une par un enseignant

chrétien, l’autre par un enseignant musulman.

La deuxième structure que j’ai rencontrée en mars

dernier, c’est l’association « Adyân » (religions). Elle

ne dépend d’aucune Église ou confession. Nous

y avons été reçus, avec la personnalité algérienne

qui m’accompagnait, par une jeune responsable

sunnite, docteure

de l’Institut d’études

islamo-chrétiennes.

Dans les écoles, elle

s’efforce d’ouvrir les

esprits des enfants et

des jeunes au respect

interconfessionnel et

aux collaborations avec

tous.

La troisième initiative est

la plus récente. C’est dans

Grande mosquée sunnite de Beyrouth

ce cadre que nous avions

été invités. C’est l’engagement d’un libanais membre de

la communauté chrétienne d’Alger qui nous a permis

d’être associés à cette célébration. Depuis cinq ans, l’État

libanais a reconnu la fête de l’Annonciation comme une

fête officielle nationale, chômée, du dialogue islamochrétien,

rassemblant en particulier des membres de

toutes les confessions pour une prière commune dans

la chapelle du collège jésuite de Djamhour, institution

à l’origine du projet. Le 25 mars au soir, pendant deux

heures, les psalmodies et les versets mariaux du Coran

ou de la Bible ainsi que les témoignages se sont mêlés

jusqu’à ce qu’une prière commune soit lue ensemble.

Avec l’autre déléguée algérienne, nous avons donné

chacun notre témoignage marial, elle dans son identité

musulmane

et moi en tant

que chrétien.

Comment

faire connaître

de telles

initiatives à

nos amis pour

nous stimuler

à chercher

ensemble

© Bernard Mallet

Notre-Dame de Djamhour

ce qui

pourrait développer un dialogue inter-religieux qui

correspondrait à notre situation dans notre pays ?

Henri Teissier

Témoignage d’un ado après un camp

interconfessionnel l‘été dernier

Je suis chrétien maronite. Je n’avais jamais

pensé qu’un jour je pourrais rencontrer des

non-chrétiens. Quand j’ai été invité à participer

au camp, malgré le défi intérieur que cela était

pour moi, j’ai accepté de participer. Le jour du

départ, j’ai mis ma croix à mon cou. Le second

jour, j’ai fait connaissance avec deux participants

musulmans qui sont devenus mes amis. Un soir

je bavardais avec Ali. Il a regardé ma croix et il

m’a dit : donne-moi la croix que tu portes autour

du cou. Je lui ai dit : On verra… À la fin du camp,

avant de nous séparer, j’ai dit à Ali : Je te fais

confiance, je te donne ma croix. Si tu es fidèle à

notre amitié, garde cette croix. Depuis je ne l’ai

pas revu, mais je suis sûr qu’il a toujours ma croix,

et qu’il la gardera, car j’ai vu dans ses yeux qu’il

était sincère. Je me disais que j‘étais un chrétien

persécuté et j’avais envie de me venger et de

ne pas accepter "l’autre". Mais après que j’ai fait

connaissance avec quelques-uns de ces "autres"

qui ne sont pas de ma religion, j’ai compris qu’ils

étaient mes concitoyens et que je voulais aimer

tous les Libanais sans distinction.


Notre fils est homosexuel !

« Notre fils nous a déclaré qu’il était homosexuel. Comment comprendre

ce qui lui arrive ? Quel est son avenir ? Que faut-il penser de ce

qu’on entend dans les pays occidentaux du mariage homosexuel ? »

L’éveil de la conscience sexuelle est

toujours un travail psychique délicat

et la maturité affective et sexuelle un

itinéraire progressif qui dure tout au

long de l’existence humaine. Il est des

personnes, hommes et femmes, qui découvrent

au cours de l’adolescence ou parfois même plus

tard qu’elles ont une orientation homosexuelle.

Il est difficile de dire pourquoi il en est ainsi.

Ce qui est certain, c’est qu’on ne choisit pas

son orientation sexuelle. Il s’agit cependant

d’apprendre à vivre le mieux possible, le plus

dignement possible, avec ce que nous sommes,

dans la reconnaissance apaisée des mouvements

intérieurs qui nous habitent, en apprenant à les

maîtriser et à les mettre au service de la relation

aux autres.

De ce point de vue, que l’on soit hétérosexuel

ou homosexuel, le travail n’est jamais fini. On

pourrait dire qu’il s’agit d’une conversion qui va

de l’amour égoïste qui recherche la satisfaction

personnelle à l’amour parfait capable de se

donner aux autres. Cet amour parfait implique

la chasteté : « La chasteté signifie l’intégration

réussie de la sexualité dans la personne et

par là l’unité intérieure de l’être humain dans

son être corporel et spirituel » (Catéchisme de

l’Église catholique n° 2337). On ne naît donc pas

chaste, on le devient par un travail psychique et

spirituel long et patient, par des périodes plus

heureuses, d’autres plus difficiles, des chutes et

des relèvements.

Pour tous, l’acte sexuel doit se vivre de la manière

la plus chaste possible et donc à l’intérieur d’une

relation de couple, d’amour, de fidélité, de total

engagement personnel pour l’autre et ouverte

à la procréation. Pour tous les couples, vivre

la relation sexuelle d’une manière chaste est

difficile et il faut sans doute beaucoup de temps

pour y parvenir.

Il arrive que deux personnes de même

sexe s’aiment et désirent vivre en

couple. Ce ne peut être évidemment

sous la forme du mariage, du point de

vue chrétien. Mais elles peuvent trouver

soutien et épanouissement mutuel et par leur vie

commune avoir une réelle fécondité par le bien

qu’elles procurent ensemble autour d’eux.

Des sociétés occidentales admettent l’existence

officielle de ces couples, d’autres ne l’imaginent

même pas possible.

Quoiqu’il en soit, les relations sexuelles sont-elles

normales pour ces couples homosexuels ? Pour

eux, qu’est-ce que la chasteté ?

La doctrine de l’Église s’appuyant sur la tradition

est que « les actes d’homosexualité sont

intrinsèquement désordonnés ». Il y manque en

particulier une des finalités de l’union sexuelle qui

est la procréation. Pour l’Église, l’union sexuelle

ne peut donc être pour un couple homosexuel

l’expression normale de son amour.

L’abstinence sexuelle est-elle alors un idéal

impossible à atteindre ? Certains couples mêmes

hétérosexuels en font le choix. Quand il s’agit

réellement d’un désir de chasteté, ayant assumé

heureusement leur sexualité, on ne peut que

profondément reconnaître la grandeur et la

beauté de cette décision

Hubert Le Bouquin

Pour aller plus loin :

Xavier Thévenot, Mon fils est homosexuel, comment

réagir ? comment l’accompagner ? éditions saintaugustin,

2009, 127 pages.

Joël Pralong, Mais qui a dit que Dieu n’aimait pas

les homos ? Témoignages, récits, éditions saintaugustin,

2013, 123 pages.

QUE FAIRE ?

pax concordia


Que faire ?

ابني مثلي الجنس

‏"أخبرنا ولدي أنه مثلي الجنس.‏ كيف علينا تفهم ذ لك و أي مستقبل له ؟ و ماذا عن زواج المثلين في بعض الدول الغربية"‏ ؟

إيقاظ الوعي اجلنسي عمل نفساين معقد والطريق إىل النضج العاطفي واجلنسي يظل ينمو طيلة احلياة

البشرية.‏

فهناك أشخاص ‏)رجال أو نساء(‏ يكتشفون يف سن املراهقة وأحيانا بعدها أن لديهم ميول مثلية وطبعا

من الصعب تفسري سبب ذلك.‏ غري أن األكيد هو أن امليول اجلنسية ليست اختيارية.ولكن من املهم معرفة كيفية

العيش بأحسن طريقة وبكل احرتام ملا حنن عليه.‏ وباالعرتاف اهلادئ ملا بداخلنا من أحاسيس وأن نتحكم فيها

لنجعلها يف خدمة اآلخرين.‏

من هذا اجلانب أن نكون مثلي أو متغاير اجلنس فالعمل الذايت ال ينتهي أبدا،‏ حبيث أن األمر يتعلق بالتحول

من العاطفة األنانية الساعية إلشباع رغباهتا إىل العاطفة الكاملة القادرة على أن تبذل من أجل اآلخرين.‏

هذه العاطفة الكاملة تستدعي العفة ‏"العفة تعين االندماج الناجح للجنس والشخص وبذلك الوحدة الداخلية

للكائن البشري يف كيانه اجلسدي والروحي"‏ ‏)كتاب التعليم للكنيسة الكاثوليكية 2337( فنحن ال نولد بالعفة

ولكن نسعى لذلك بفضل عمل بدين و روحاين طويل و شاق منر فيه مبراحل صعبة وأخرى سهلة وبكبوات

وانتصارات.‏

بالنسبة للجميع العالقة اجلنسية جيب أن تكون عفيفة إىل أقصى درجة وداخل عالقة زوجية ميلؤها احلب والوفاء

واهلبة الكاملة لآلخر وأن تكون أيضا حمققة لإلجناب.‏ ولكن الوصول إىل هذه العالقة العفيفة صعب و يتطلب

الكثري من الوقت و املثابرة.‏

قد حيدث أن يتفق متحابان مثليان على العيش معا.‏ ذلك غري ممكن يف إطار زواج من وجهة نظر مسيحية ولكن

ميكن من خالل حياهتما املشرتكة التآزر و زراعة اخلري حوهلما.‏

هناك جمتمعات تعرتف هبده العالقة بصورة رمسية و جمتمعات أخرى ال ميكنها حىت تصور ذلك.‏

على كل حال هل العالقة اجلنسية جائزة عند املثليني ؟ و ما هي العفة لديهم ؟

من وجهة نظر التعليم املسيحي ‏"العالقة اجلنسية املثلية غري مالئمة"‏ فهي ال ميكن هلا حتقيق غاية اإلجناب.‏ إذن

بالنسبة للكنيسة العالقة اجلنسية ليست التعبري املالئم عن العاطفة عند زوج من املثليني.‏

هل االمتناع اجلنسي ممكن املنال ؟

قد حيدث أحيانا ان بعض األزواج حىت من املغايرين خيتارون هذا الطريق الصعب والذي ال خيلو من العظمة.‏

الراهب هيوبرت


Charles de Foucauld en Algérie

aujourd'hui

Les 80 ans de la Fraternité des Petits Frères de Jésus

pax concordia

13


DOSSIER

Histoire de la Fraternité

Le père de Foucauld, à sa mort le 1 er décembre 1916 à Tamanrasset, ne laisse ni compagnons

ni disciples reconnus. Sa conversion avait été marquée par les mots de l'abbé Huvelin :

« Jésus a tellement pris la dernière place que jamais personne n'a pu la lui ravir ».

D'abord moine trappiste en Syrie, puis ermite à Nazareth, ordonné prêtre à

Viviers, il s'installe à Beni Abbès, puis rejoint Tamanrasset dans la pauvreté.

Il écrit en 1905 : « mes dernières retraites de diaconat et de sacerdoce m'ont

montré que cette vie de Nazareth, ma vocation, il fallait la mener non en

Terre sainte tant aimée, mais parmi les âmes les plus malades, les brebis les

plus délaissées », en « frère universel ». Il appellera sa maison « Fraternité ».

En 1921, le livre de René Bazin sur la vie de Charles

de Foucauld devait susciter des vocations diverses,

inspirées par ses écrits et par sa vie.

René Voillaume, alors novice chez les Pères Blancs

en Algérie, note le 12 décembre 1925 : « Il me vient

le désir de mener une vie comme celle du père de

Foucauld ». C'est au séminaire de Saint-Sulpice à Paris,

où il continue ses études pour raisons de santé, que va

se former un petit groupe attiré par la spiritualité du

père de Foucauld.

René Voillaume obtient en janvier 1928 le carnet

contenant la « Constitution des Petits Frères du

Sacré-Coeur » écrite en 1899 par le frère Charles : « Ce

carnet fut une véritable révélation ; nous étions pleins

d'enthousiasme et séduits par l'idéal exprimé dans ces

pages. Relique très précieuse». Règle d'une extrême

exigence…

René Voillaume maintient ses liens avec ses amis pour

préciser leur orientation, qui aboutit à la Charte d'avril

1930 : « Imiter la vie cachée et laborieuse de Nazareth

avec au cœur de la vie l'adoration perpétuelle du Saint-

Sacrement. Installés dans les pays les plus délaissés,

ils travaillent au salut des âmes. Leur existence serait

cloitrée, humble et silencieuse. Quant aux œuvres

extérieures, elles ne seraient tolérées que dans la

mesure où elles ne remettraient pas en question le

recueillement, la prière, la pénitence ».

En 1933, les prospections pour un lieu de fondation

aboutissent à l'acquisition d'un bordj abandonné à

El-Abiodh Sidi-Cheikh, centre religieux musulman en

pleine activité où est enterré Sidi Abdelkader dit « Sidi

Cheikh » qui avait fondé sa propre confrérie, la Cheikhia.

La cérémonie de prise d'habit a lieu à Montmartre le 8

septembre 1933 en présence d'une foule considérable.

Puis ce fut le départ pour l'Algérie.

Le 22 septembre 1933, René Voillaume et deux frères

s'installent dans le bordj à El-Abiodh où les rejoindront

trois autres frères. Le 6 octobre, la première messe

communautaire sera considérée comme date de

fondation. Très vite sera entreprise la construction

d'une chapelle inspirée de l'architecture traditionnelle

régionale.

Bien des tâtonnements et une extrême pauvreté

La coupole de la grande chapelle

marquent les premières années, en même temps

qu'une étude de la langue arabe, de la théologie et de

la mystique musulmanes, jointe à une connaissance

et adaptation à tout ce qu'ils peuvent trouver de bon

dans la mentalité, la culture, les coutumes des gens du

pays. L'usage de l'arabe est introduit dans la liturgie.

Des actions caritatives et aides techniques sont

exercées auprès de la population.

Le 19 mars 1936, c’est la reconnaissance de la

Fraternité comme congrégation diocésaine par Mgr

16


Nouet, préfet apostolique du Sahara.

Le 30 août 1938 a lieu l'érection canonique des « Petits

frères du Sacré-Cœur de Jésus » dits « Frères de la

Solitude » en congrégation diocésaine qui deviendra

en 1946 « Petits Frères de Jésus ».

À la veille de la deuxième guerre mondiale, en

septembre 1939, la communauté compte 11 frères

dont 4 profès perpétuels. Durant la guerre, les frères

collaboreront aux distributions de vivres, occasion

d'un renforcement de leurs liens avec la population.

En réalité, la référence à leur inspirateur ne tient plus

beaucoup de place dans leur vie. Certains s’étonnent

de cette distance et veulent revenir aux sources de

leur vocation.

En 1944, le retour des frères conduit à une relecture

de la vie et des orientations du père de Foucauld,

qui conduit à "intérioriser" et

adapter la notion de clôture. Une

rencontre et un rapprochement

avec Magdeleine Hutin

(sœur Magdeleine) devaient

aussi influer fortement les

orientations de René Voillaume :

« Il me semble, dit-il, que nous ne

devons faire qu'une famille » ; ce

qui conduira à l'installation de la

fraternité des Petites Sœurs à El-

Abiodh le 19 Août 1946.

1945 est une période de conférences multiples et de

différentes rencontres en France : J. Maritain, J. Loew,

Mgr de Provenchères, qui conduiront René Voillaume

à une révision des Constitutions tandis que se faisait

jour aussi l'idée de fondation de fraternités ouvrières

en France : « S'insérer au milieu des hommes comme

le levain dans la pâte, non seulement dans le monde

de l'Islam, mais dans les régions paganisées ou en voie

de l'être de nos vieux pays de chrétienté ». Audience

de Pie XII en août 1946.

À El-Abiodh, les frères essaient d'organiser un syndicat

d'entraide où frères et paysans du ksar travaillent

ensemble à égalité. Naissance d'un projet de fraternité

d'étude à Saint-Maximin auprès des Dominicains.

Une nouvelle étape apparaît avec la fondation le 1 er

mai 1947 de la première fraternité ouvrière à Aix-en-

Provence et en 1950 la publication du livre de René

Voillaume Au cœur des masses.

La communauté grandit. La fondation de fraternités

dans plus de 20 pays conduit à organiser le système

des diaires, nouvelles transmises à tous les frères par

chaque fraternité.

El-Abiodh demeure le seul noviciat avec le frère Noël

Retaillau (Milad Aïssa) comme maitre des novices,

tandis qu'une fraternité de frères et une de sœurs y

partagent la vie des nomades.

Le noviciat est marqué par le travail le matin « hors

clôture » ; les après-midis sont consacrées à la prière,

la lecture de la bible et de longs temps d'adoration.

Des journées de désert sont prévues, solitaires ou en

groupe. Le noviciat s'achève par la Khaloua, longue

traversée du désert vers Beni-Abbès.

À partir de décembre 1955, la situation sécuritaire

s'aggrave à El-Abiodh et causera la mort d'un frère,

puis de 15 militaires. René Voillaume décide de

déplacer le noviciat, laissant le frère Milad avec trois

ou quatre frères et les fraternités nomades. Une

partie des grands bâtiments accueillera des familles

pauvres ou victimes des

destructions. La Fraternité

sera davantage orientée

vers le village et prendra un

associé pour le travail du

jardin. Elle interviendra en

1958-59 pour dénoncer des

tortures faites par l'armée.

Une branche indépendante,

qui s'appliquerait à des

activités apostoliques, mais

dans le même esprit, les

« Petits Frères de l'Évangile », dont une fraternité se

trouve à Beni-Abbès, nait en 1956. Une fédération des

deux communautés dont l'une est présente dans 34

pays, l'autre dans 16, est en cours.

À El-Abiodh, après l'indépendance, frères et sœurs

continuent leur vie de prière et d'insertion, plusieurs

étant embauchés dans des services publics ou la

santé. La Fraternité s'ouvre à l'accueil de frères en

année sabbatique. Celle-ci est accompagnée de longs

séjours au désert dans les ermitages très isolés de

Moulk Sliman. Milad en demeure le guide spirituel

jusqu'à sa mort le 8 décembre 1984.

La fraternité demeure alors avec trois frères. Les petites

sœurs ferment la tente nomade en 1996 en raison des

événements. Actuellement, la fraternité, réduite à

deux frères, accompagnée de la fraternité des quatre

petites sœurs dans le partage de l'eucharistie et

l'accueil, achève probablement cette présence, dans

l'action de grâce pour ce qui fut semé et confiante

dans l'espérance.

Bruno PFJ

DOSSIER

pax concordia

17


DOSSIER

Mon Seigneur Jésus, comme il sera vite pauvre

celui qui, Vous aimant de tout son cœur, ne

pourra souffrir d’être plus riche que son Bienaimé.

Charles de Foucauld, retraite à Nazareth,

1897

Il n’y a pas, je crois, de parole de l’Évangile qui

ait fait sur moi une plus profonde impression

et transformé davantage ma vie que celle-ci :

« Tout ce que vous faites à un de ces petits,

c’est à moi que vous le faites ».

Charles de Foucauld, dans une lettre à

Louis Massignon, 1916

Lieu de fondation

des Petits Frères de

Jésus

Petits Frères et

Petites Sœurs

Petites Sœurs

Petits Frères et Petites Sœurs

Petits Frères

Lieu de

fondation

des Petites

Sœurs de

Jésus

Petites Sœurs

Ermitage de Charles de Foucauld

Petits Frères

DOSSIER

Oui, le nomadisme peut nous aider à ne pas

oublier que nous sommes « en voyage » tant

que nous ne serons pas totalement « arrêtés »

dans l’assouvissement de la vision et de la

possession de Dieu.

René Voillaume, diaire, février 1966

Petites Sœurs

Ermitage de Charles de Foucauld

Petits Frères et Petites Sœurs

Quand des Algériens musulmans montent à l’Assekrem

Beaucoup d’Algériens viennent à l’Assekrem, sans rien savoir de

l’histoire du lieu, ni de Charles de Foucauld. Ils savent le lieu très

beau, ils espèrent y voir un beau coucher ou lever de soleil.

À leur arrivée, l’un de nous les accueille et leur propose de visiter

l’ermitage où Charles de Foucauld vécut cinq mois en 1911. Maison

de pierres : deux pièces, l’une où il vivait, qui est notre salle

de prière. Déchaussés comme nous, plusieurs y pénètrent et s’y

photographient (certains notent l’orientation vers l’est). Dans

l’autre pièce où lui priait, des panneaux illustrent les étapes de

sa vie. L’écoute se fait attentive quand on évoque son voyage au

Maroc et sa rencontre avec « les hommes de l’Islam », « le profond

bouleversement » que cela produit en lui. De même quand on

dit son abstention de prosélytisme auprès des Touaregs et son

intérêt pour leur culture : son travail linguistique. Tous regardent,

photographient le dictionnaire : « sept années de travail » ! Labeur

colossal qui l’a poussé à venir habiter la montagne pour

mieux rencontrer les nomades et scruter leur langue. Quand on

précise qu’il choisit ce lieu de l’Assekrem car sa beauté l’éblouit,

comme l’œuvre de Dieu créateur, ce qui invite à la prière, on perçoit

l’assentiment des visiteurs. Ce qu’ils écrivent sur le livre d’or

en témoigne.

La visite, abrégée par le souci de voir le coucher du soleil, peut se

poursuivre au lever pour les plus motivés auxquels nous offrons

une boisson chaude, face au paysage. Moment d’une « rencontre

» amicale. Ainsi l’Assekrem demeure pour tout visiteur le signe

dressé dans le ciel d’une « fraternelle présence ».

Édouard PFJ

Pour aller plus loin :

www.charlesdefoucauld.org

www.petitsfreresdejesus.fr

Les Petits Frères de Jésus éditent un bulletin

semestriel intitulé Nouvelles des Fraternités.

On peut y lire des témoignages de frères

des quatre coins du monde. Pour le recevoir,

s'adresser à : fratlillesud@yahoo.fr

Contact :

Jean Perrette, Cité Mahieddine, Bt B n°12,

16700 ALGER - jeanperrette@yahoo.fr

La famille spirituelle de Charles de Foucauld

en Algérie

Petits Frères de Jésus (nés en 1933)

Petites Sœurs du Sacré-Cœur (1933)

Petites Sœurs de Jésus (1939)

Fraternité sacerdotale Jésus-Caritas (1951)

Fraternités séculières Charles de Foucauld (1955)

Petits Frères de l’Évangile (1956)

Ermitage de Charles de Foucauld et bordj

Petits Frères et Petites Sœurs

18

pax concordia

19


DOSSIER

Comment frère Charles inspire aujourd'hui

Le témoignage de deux frères

C’est bien Charles de Foucauld qui m’a

inculqué des idées fortes qui m’ont

guidé dès mon plus jeune âge. Je vous

partage les deux phrases et les deux

anecdotes qui m’ont le plus marqué.

1 ère phrase : Charles de Foucauld vient d’entrer

à la Trappe, il se donne comme programme :

« Amour de Dieu, amour des hommes, c’est toute

ma vie, ce sera toute ma vie je l’espère » (Lettre à

Duveyrier 24/4/1890). Personnellement, j’y vois son

autoportrait, sa devise, le leitmotiv de sa vie.

Et l’anecdote qui l’accompagne : son ami Louis

Massignon est très porté aux apparitions et

révélations, etc. Il lui écrit deux lettres (12/1/1912

et 23/1/1912) pour lui demander ce qu’il pense

des apparitions de la Salette. Sa première lettre

a le silence

comme réponse,

mais face à son

insistance il lui

répond sans

a m b i g ü i t é :

« C’est du

temps perdu

d ’ e m p l o y e r

du temps à

examiner cela,

(…) souvenezvous

toujours et

pratiquement de

la parole divine : le premier devoir est d’aimer Dieu

de tout son cœur, le deuxième d’aimer son prochain

comme soi-même, tout est là et il faut toujours

en revenir là (…) c’est le précepte du Maitre et il

suffit » (Tamanrasset le 10/3/1912). Toute sa vie a

été unifiée et purifiée par une foi vive au double

commandement - j’ai recensé plus d’une douzaine

de citations - et nous renvoie à l’essentiel de nos

vies, à la qualité de nos relations et de nos rapports

avec Dieu et avec les autres.

2 de phrase :« Revenons à l’Évangile ; si nous ne vivons

pas l’Évangile, Jésus ne vit pas en nous. Revenons à

la pauvreté, à la simplicité chrétienne » (soulignés

par lui, Lettre à l'abbé Caron 30/6/1909).

Et voilà une anecdote très parlante : le 3 juin 1906,

Charles de Foucauld réussit à faire venir auprès de

lui son ami Motylinski, « un des hommes les plus

savants d’Algérie », né à Mascara, et professeur

d’arabe et de berbère à Constantine, pour l’aider

dans ses travaux de langue touarègue. La présence

de cet homme hors du commun pendant quelques

mois dans le Hoggar inaugure une nouvelle

approche de la langue. Il ne s'agit plus de dire aux

Touaregs ce qu'il veut leur dire mais d'écouter ce

qu'ils ont à dire. Ce sera la transcription des Textes

en prose qui parlent de leur vie et de leur histoire.

Ce sera surtout, pendant les années suivantes, la

longue collecte des Proverbes et des 6000 vers de

Poésies. Avant cela, il ne pensait qu’à traduire ce

qu’il voulait leur transmettre et d’abord l’Évangile.

Dès son premier voyage dans le Hoggar, il avait

traduit les quatre

évangiles dans

la langue des

T o u a r e g s .

« Ce m’est

une grande

consolation que

le premier livre

de cette langue

soit les saints

é v a n g i l e s »

(Lettre à Mme

de Bondy le

6/09/1904).

Oui, à mon avis, il s’agit d’un événement majeur dans

sa vie. En 1908, il dira au docteur Dautheville : « Je

suis ici, non pas pour convertir les Touaregs, mais

pour essayer de les comprendre ». Abandonnant

son projet de conversion, il se contentera de vivre la

relation, l’amitié, l’accueil, l’exemple, la confiance,

la bonté.

C’est plus tard que j’ai découvert la vie des Petits

Frères de Jésus : Évangile, simplicité de vie et de

rapports avec Dieu et avec les autres. Et plus tard

encore que j’ai découvert cette Église d’Algérie

et j’ai compris alors combien le message et les

intuitions de Charles de Foucauld l’ont marquée et

guidée. Action de grâces.

Ventura PFJ

20


Au collège, un jour, libre choix d’un sujet

de dissertation. C’était dans les années

soixante, au milieu des grands courants

de la décolonisation et l’idée m’est venue

de proposer quelques pages sur les

réactions de Charles de Foucauld face à l’esclavage à Béni-

Abbès. Commentaires élogieux du prof, un brave abbé.

De cette époque, j’ai aussi retrouvé une biographie annotée

: j’avais souligné les passages où il était question des

marchands

véreux exploitant

les

T o u a r e g s .

P r e m i è r e

a p p r o c h e

ou premier

visage : un

Foucauld engagé

pour la

justice sociale.

Une fibre

que l’Église a

un peu perdue, me semble-t-il.

Quelques années plus tard, du temps où il était possible

de se balader à travers l’Afrique sans autre risque que

celui de faire de très belles rencontres, traversée du Sahara

en 2 CV jusqu’au Niger. El Goléa, Tam, un crochet à

l’Assekrem. Fascination du désert : les grandes étendues

lumineuses me retiennent davantage que les lieux où

vécut frère Charles. Je constate - découverte peut-être

banale - que le désert est habité : les bivouacs le soir avec

les chauffeurs routiers, les invitations dans les villages ou

sous la tente, le thé… Rencontrer des hommes, des femmes,

des enfants et partager, fraterniser, ne fut-ce qu’un

Dessins publiés dans Charles de Foucauld, Esquisses

sahariennes, trois carnets inédits de 1885, par Jean

Maisonneuve Éditeur, sous l’égide du Centre d’études

sur l’histoire du Sahara, Paris, 1985.

Dates du voyage : mi-septembre 1885, départ de

Tiaret ; arrivée à Gabès, mi-janvier 1886. 2000 km

en compagnie d’une colonne militaire jusqu’au 28

novembre, ensuite accompagné d’un seul guide

depuis Ouargla en direction de l’est.

Dessin p. 20 : 9 octobre 1885. Départ pour le M’zab.

Campement à Niili, à 50 km de Laghouat dans la

région des daïa, dépressions où les mares temporaires

permettent des cultures.

Dessin p. 21 : arrivée à El Oued, la ville aux mille

coupoles.

instant. Plus tard, j’apprendrai que, si Foucauld est parti

au désert, c’est pour partager la vie des hommes, pas par

goût des solitudes minérales. Et parce que ces hommes

étaient à ses yeux les plus pauvres, les plus loins de tout.

Il y a une quinzaine d’années, j’ai quitté « la vie active » ;

j’ai souhaité devenir « petit frère ». Une réponse tardive à

la découverte de l’amour gratuit de Dieu pour tous. Et la

« ligne Foucauld » me semblait évidente, lui qui voulait

imiter la vie cachée de Jésus à Nazareth, ce bled perdu

de Galilée, et

partager celle

des plus pauvres

; traduit en

d’autres termes

(préambule de

sans influence ».

nos Constitutions)

: « une

participation

réelle à la condition

sociale de

ceux qui sont

sans nom et

Charles de Foucauld a suivi des intuitions (certains parlent

d’appels de l’Esprit) qui l’ont conduit, virages après

virages, à Tamanrasset, où il s’est pleinement réalisé. Une

de ses intuitions, par exemple, en chemin dans le Hoggar

en mai 1904 : un arrêt à Tit, à une cinquantaine de kilomètres

de Tam. Il y a là un oued et une montagne conique,

et le village à ses pieds. Frère Charles a fait le projet

de s'installer là ; mais où exactement ? Il vise le sommet

de la montagne, près du ciel, loin de tout... Noté dans son

carnet son dialogue avec Jésus, selon son habitude, qui

lui répond : « Si tu le peux, établis-toi au pied de la montagne,

dans ces rochers semblables à ceux de Bethléem

et de Nazareth, où tu as à la fois la perfection de mon imitation

et de la charité ; pour ce qui est du recueillement,

c'est l'amour qui doit te recueillir en moi intérieurement

et non l'éloignement de mes enfants ; vois-moi en eux ; et

comme moi à Nazareth, vis près d'eux, perdu en Dieu ».

Sa vie contemplative, il la veut au milieu des hommes,

dans leur vie, une vie partagée jusqu’au bout.

Le frère Charles s’est retrouvé seul à Tam, lui qui rêvait

d’avoir des compagnons. Comme lui, j’essaie de partager

la vie de ceux qui nous entourent, mais en ayant la

chance de vivre en fraternité avec d’autres frères. Une

vie fraternelle qui m’est nécessaire : elle est le creuset

se vérifie l’autre fraternité, plus idéale : celle de tous les

hommes entre eux, donc avec moi, à cause de notre bien

aimé frère et Seigneur Jésus.

Yvan PFJ

pax concordia 21

DOSSIER


DOSSIER

Frère Charles intéresse aussi les laïcs !

Les fraternités séculières

Les fraternités séculières Charles de Foucauld regroupent des hommes et des

femmes de toutes origines, de tous milieux et états de vie qui, à la suite de frère

Charles, veulent s’entraider pour suivre Jésus et vivre l’Évangile. En Algérie existent

deux fraternités séculières, l’une à Alger depuis 1986, l’autre à Béjaia depuis 1998.

Les témoignages ci-dessous ont été recueillis lors d'une Semaine de Nazareth qui

rassemble tous les deux ans à Alger les membres des Fraternités et les personnes

intéressées... Cette semaine 2013 était animée par un Petit Frère venu de Béni Abbès.

« Charles de Foucauld nous donne la chance de vivre la

fraternité universelle, simple, de découvrir l’autre dans

ce qu’il est vraiment, sans masques, de vivre une vie de

Nazareth en faisant attention à l’autre, en le respectant. »

« J’ai découvert en Charles de Foucauld un homme plein

d’amour qui a marché sur les pas de Jésus. »

« Grâce à la Fraternité séculière, j’ai découvert Charles

de Foucauld, sa vie, son existence, sa mort. La Fraternité

me permet de mieux prier surtout lors de l’adoration

silencieuse et d’ouvrir mon cœur et mieux être à l’écoute

des autres. »

« C’est à la Fraternité que j’ai appris à écouter ce que les

autres vivent en profondeur et à pouvoir partager ce que

moi-même j’essaie de vivre. »

« La Fraternité m’a apporté l’amour, le partage et a

renforcé ma relation avec Dieu. »

« Pour moi, Charles de Foucauld n’est pas un modèle à

imiter mais il a indiqué, en le vivant, un chemin à suivre

pour ressembler à Jésus de Nazareth. »

« La Fraternité m’a apporté un plus dans ma vie de

chrétien, la vitalité, l’amour, la lumière et de mieux

comprendre les textes de l’Évangile ; j’ai découvert

aussi l’adoration silencieuse avec laquelle on se met en

dialogue avec Dieu. »

« Charles de Foucauld est un chemin d’Évangile ; à

l ’ e x e m p l e

de Jésus

il a voulu

« descendre »

en se faisant

pauvre, en

choisissant

la dernière

place pour

s a n c t i fi e r

les âmes en

portant Jésus

parmi elles en silence. Ce n’est pas facile mais cela vaut

le coup d’essayer. »

« Ma vie en Fraternité n’a rien changé à mon parcours de

vie. J’ai continué avec des hauts et des bas ; par contre,

j’ai appris à mieux accepter l’autre qui est différent de

moi, à essayer d’aimer celui qui ne m’aime pas. J’ai aussi

et surtout découvert l’Évangile en profondeur, ce qui me

permet de grandir en sagesse. »

« Avec Charles de Foucauld, j’ai appris la fraternité

universelle et j’essaie de crier l’Évangile par toute ma

vie. »

« À notre mariage nous avions choisi le texte d’Emmaüs :

vivre pleinement les rencontres. C’est ce que nous avons

essayé de vivre ici en famille, un peu comme Priscille et

Aquila au service de l’Église, comme Charles de Foucauld

l’avait souligné dans ses textes sur la place des laïcs.

Vivre la fraternité universelle, vivre simplement la vie de

Nazareth qui transforme les choses ordinaires en vécu

du Royaume dès ici-bas. Mais pour cela rester branché

sur la source de toute vie, l’eucharistie et la prière. La

Fraternité nous ressource par le partage et la prière et

nous appelle continuellement à la conversion. Elle est

une communauté de partage. »

Témoignages rassemblés par Jean et Thérèse Gernigon

22


L’Algérie au fil des jours

Ces militants qui font bouger le Sud. Portraits croisés

des figures de proue de la

contestation. Ils ont appris à tisser

leurs propres toiles médiatiques

quand ils ne se font pas euxmêmes

journalistes-citoyens ou

avocats. Yacine Zaïd à Laghouat,

Kameleddine Fekhar à Ghardaïa

et Tahar Belabbès à Ouargla sont

devenus des figures de proue

dans cette lutte des régions

du Sud pour un développement plus équitable,

un partage plus juste des richesses nationales, une

plus grande justice sociale ou simplement le droit

d’avoir un emploi qui assure une vie digne. El Watan,

18.03.2013

Annaba. Dans le silence de la nuit… Orfia fi samt el

lil, présentée au festival national du théâtre féminin,

s’attaque ouvertement à la lâcheté sociale qui entoure

le drame des filles violées au maquis dans les années

1990. « Parce que la plaie est encore ouverte. Il faut

en finir avec la culture de l’oubli. On n’a pas tourné la

page. On n’oubliera jamais ! » a estimé l’auteur Omar

Fetmouche. El Watan, 06.03.2013

Temacine. Des jardins filtrants pour assainir les

eaux usées. L’expérience pilote a été concluante. Le

ministre des Ressources en eau assume et généralise

au Sud, à la suite de l’expérience du « jardin filtrant »

de Temacine dans la région de Touggourt : un filtre

végétal capable d’absorber et d’éliminer l’ensemble

des composants polluants par phytoremédiation. Le

Soir d’Algérie, 30.04.2013

Alger. Sortie nocturne pour les enfants de la lune

au jardin d’essai du Hamma (cette maladie rare est

caractérisée par une sensibilité excessive de la peau

au soleil, des troubles oculaires et un risque multiplié

par 1000 de développer un cancer de la peau ou des

yeux). 500 enfants seraient atteints de cette maladie,

selon un membre de l’association Essaada, qui les

prend en charge. El Watan 19.05.2013

Alger. Festival international (10 nationalités d’Europe

et d’Amérique avec l’Algérie) des architectures de

terre à l’EPAU (École polytechnique d’architecture et

d’urbanisme). Une certaine fébrilité était dans l’air le

23 avril à l’EPAU. Et pour cause ! Les étudiants ont mis

la main « à la pâte » ! Et ce, en passant de la théorie à la

pratique d'une architecture séculaire, celle de la terre.

El Watan, 25.04.2013

Poétiquement dit, ces gros mots en daridja algérien !

À l’image de tous les peuples… les Algériens se

libèrent dans la langue, une seule et unique langue :

daridja. Leur dialectal pluriel. Nous ne sommes justes,

transparents, sincèrement vrais, que lorsque nous

sommes dans la langue du peuple : daridja. ... Amin

Zaoui, écrivain. Liberté, 10.04.2013

Alger. Il est mort le poète. Mustapha Toumi,

compositeur engagé. Le grand poète, parolier

et auteur mythique

de la chanson chaâbi

(populaire), la qacida

Sobhane Allah Ya Eltif,

immortalisée par cheikh

El Hadj M’Hamed El Anka,

est décédé à l’âge de

76 ans dans la nuit du 2

au 3 avril à Alger. Cette

qacida évoque à la fois

l’injustice, la corruption,

la transformation sociale

et l’inversion des valeurs. El Watan, 04.04.2013

Meskiana. Une katébienne nous quitte… Yamina

Mechakra (1949-2013). Auteur d’un véritable chefd’œuvre

avec La Grotte éclatée (éd. Sned, Alger, 1979).

Un témoin parmi d’autres,

Amin Zaoui : « une grande

perte pour le monde

littéraire maghrébin

et méditerranéen. À

l’exemple de Kateb Yacine,

Yamina aborde l’individu

dans ses cassures et sa

sensibilité. Yamina incarne pour moi la fragilité

solide ». Liberté, 21.05.2013.

Brèves glanées par Gérard de Bélair

Trois mois en bref

pax concordia


église d'algérie

Après le discours de bienvenue de

l’archevêque d’Alger Mgr Ghaleb

Bader, M. Redha Malek, ancien chef du

Gouvernement rend dans son discours

inaugural un vibrant hommage aux

chrétiens d’Algérie et d’ailleurs qui ont soutenu

les Algériens dans leur combat pour leur liberté.

J’écoute avec attention ce grand orateur. Cet

homme de la génération de

mes parents commence alors

à raconter ces hommes et ces

femmes que je n’ai pas connus

mais à qui je dois tant, aussi. Par

leur courage et leur sacrifice, ils

ont permis que je naisse et vive

libre.

Des noms fusent et résonnent

dans la salle silencieuse, ceux

de laïcs (les Libéraux) et de

religieux : Pierre Chaulet, Mgr

Duval, André Mandouze, le

curé Bérenguer, Robert Barrat.

M. Malek explique comment la confiance

s’installe au fur et à mesure et devient mutuelle

entre le FLN / ALN et ces chrétiens nés en Algérie

ou venant de métropole qui prennent des positions

auxquelles rien ne les oblige sinon leurs valeurs

morales et leurs profondes convictions humanistes.

J’y apprends qu’André Mandouze (professeur à

l’université d’Alger dès 1947 et spécialiste de saint

Augustin) attire l’attention de l’opinion publique

sur les conséquences de la situation intenable dans

laquelle se trouvent les Algériens. Il ne cessera de

résister à travers ses revues : Consciences algériennes,

Esprit et Consciences maghrébines. C’est le curé

Bérenguer qui, parlant l’espagnol, est choisi pour

accompagner M. Ferhat Abbas dans son voyage

en Amérique Latine pour y expliquer la révolution

algérienne. L’archevêque d’Alger Mgr Duval

Diocèse d'Alger

Des chrétiens dans la guerre de libération

Journée d’étude au Centre diocésain des Glycines

Le Centre des Glycines a organisé samedi 25 mai 2013 une journée

d’étude intitulée « Des chrétiens dans la guerre, 1954-1962 ».

dénonce la torture dès janvier 1955.

La chercheure américaine de l’université de Tampa en

Floride examine les questions morales qui se posent

aux responsables catholiques et protestants, à tous

les niveaux de la hiérarchie, sur la conduite à tenir

face à la torture des militaires, à la répression de la

population. Comment, du mot d’ordre « Taisez-vous

et priez », certains vont choisir la désobéissance.

Comme le témoignage de

M. Daho Djerbal qui, dans les

années 80, interviewe l’abbé

Scotto. Cet enfant de Hussein

Dey, devenu prêtre, va, grâce à

l’abbé Declercq, rencontrer la

misère des gourbis de Meftah,

ce qui changera radicalement

le sens de sa vie.

Mme Malika El Korso souligne

l’importance de l’engagement

du journal Témoignage Chrétien

dans la guerre, en faveur de

la justice, avec l’exemple des

lettres de Jean Muller, publiées par le journal en

février 1957. Après l’émouvant témoignage de Denis

Gonzalez concernant Mgr Duval, un hommage

appuyé est rendu à sœur Renée et au travail des

sœurs de Grandchamp dans les bidonvilles d’Oued

Ouchayeh.

J’ai appris le rôle immense tenu par les prêtres de

la Mission de France, ici mais aussi beaucoup en

France avec le cardinal Liénart ainsi que celui des

Libéraux de tout bord qui ont marqué l’histoire de

l’Algérie. Quand Mgr Teissier clôture la séance, je me

dis que cette journée aura été pour moi une belle

leçon d’histoire. Malgré l’humilité de ces hommes et

de ces femmes, héros silencieux, partis ou toujours

parmi nous, ils seront reconnus par l’Histoire car ils

ont fait l’histoire de l’Algérie indépendante.

Djida Braï

Redha Malek


Le samedi 5 mai 2013, le Centre de Documentation

Économique et Sociale d’Oran (CDES)

a fêté son cinquantième anniversaire. Àl’origine,

il se voulait centre de ressources documentaires

au service du développement économique

et social de l’Algérie, et aussi lieu de rencontres

et d’échanges où se pratique une fraternelle solidarité,

toute idée de propagande et de prosélytisme étant exclue.

Dans les années 1970, le CDES se développe. À la

fin de cette décennie, l’enseignement des sciences sociales

est arabisé. Le directeur d’alors, Géraud Geneste,

relève le défi et acquiert des livres en langue arabe. En

1991, il est remplacé par Bernard Janicot. La même année

une annexe est ouverte (CDES Sophia, actuellement

dirigé par Mlle Leila Tennci) spécialisée en histoire, philosophie

et psychologie, qui grandira rapidement grâce

au travail acharné des pères Décisier et Tardy. Pendant

les « années noires », le CDES n’a jamais fermé ses portes,

restant l’un des rares lieux vivants de la ville d’Oran.

Ces années ont été aussi marquées par l’informatisation

du fonds et par la création de l’association des amis du

CDES d’Oran (LACDESO) dont P.-J. Roca est le président.

Diocèse d'Oran

50 ans dans le milieu universitaire oranais

Le CDES

Mon premier contact avec le CDES date de

1996. J’étais étudiante en psychologie. En 2002,

je suis passée du statut de lectrice à celui de

documentaliste. Je devais aider à mon tour les

étudiants. Être documentaliste, pour moi, ça ne

se limitait pas à trouver le livre idéal. Je me suis

engagée à essayer de comprendre à partir de

leur sujet de recherche le fond de la pensée des

étudiants. C’était aussi bénéfique pour moi car

tout en les initiant à la recherche, j’enrichissais mes

connaissances. J’apprenais beaucoup avec les

étudiants et les enseignants d’autres disciplines.

Le CDES est un espace pour la pluridisciplinarité.

Aujourd’hui, je poursuis une thèse de doctorat

en anthropologie de la santé. Pour moi, le CDES

apporte vraiment une bouffée d’air dans la

recherche en sciences humaines et sociales. Il peut

même bouleverser le parcours d’un étudiant ou

d’un chercheur.

L. T.

église d'algérie

Le CDES est pour moi un foyer de savoir, de dialogue

et de tolérance. Toute bibliothèque est un lieu

sacré, où on oublie toutes nos préoccupations et

nos attachements. Seule subsiste la soif de lire. Le

potentiel d’une bibliothèque ne s’épuise pas dans

le simple emprunt d’un livre. Le CDES offre à ses

abonnés des cafés-débats. C’était la première fois que

je participais à un débat de qualité où les intervenants

expriment leurs idées en toute liberté dans le respect

mutuel. Pour l’étudiant, c’est une occasion précieuse

de développer ses idées, construire ses opinions. Mon

contact avec le CDES a consolidé mon attachement

au livre et à la culture mais j’ai aussi appris que le

contact entre les gens de différentes confessions ne

peut être que bénéfique pour le développement d’un

langage humain qui puise ses termes dans les valeurs

universelles.

S. S.

Lors de cette journée de célébration ont été tenues

plusieurs tables-rondes. Le terme de « socialisation »,

employé dans son intervention par le professeur Elaïdi

pour définir un des apports principaux du CDES, qualifie

bien l’expérience faite par les jeunes enseignants : ceuxci,

dans leurs témoignages, ont exprimé l’ouverture humaine

reçue pendant ces années au CDES, à travers les

relations créées et les échanges interdisciplinaires.

Tania Felfli

© Thibault Philippe

L'adresse du site internet du CDES :

http://www.cdesoran.org

pax concordia


église d'algérie

Diocèse de Constantine

Deux maisons d'accueil

Le diocèse essaie d’améliorer ses deux maisons d’accueil de Skikda et Constantine.

L’une bénéficie de la proximité de la mer, l’autre est plus centrale pour les

rassemblements diocésains. Outre les activités paroissiales ou en relation avec le

voisinage, ces maisons accueillent aussi des groupes ou des individus pour des séjours.

À Skikda, les étudiants l’appellent "l’Oasis"

Pour un temps d’hospitalité et de repos dans les locaux de la

paroisse Sainte-Thérèse de Skikda, nous sommes accueillis

à côté de l'église devenue pouponnière. La maison est,

pour les habitants de Skikda et pour l'administration, le

lieu où des chrétiens se retrouvent et accueillent ceux

qui frappent à la porte. C'est le désir du diocèse d'ouvrir

la maison à ceux qui passent et désirent une rencontre. La

vie de l'Église catholique ici est appelée à faire signe, dans

un style de vie domestique, fraternel et œcuménique.

Se reposer – se rencontrer - se ressourcer - prier ensemble - se

former

Les activités que nous proposons rendent visible et

possible une vie ecclésiale.

Chaque premier week-end du mois : un temps de

récollection, pause et initiation à la prière. Le nombre

est limité à dix personnes pour faciliter le silence et

l'attention.

Mais il est toujours

possible de venir, en

dehors du premier

week end, pour un

temps de pause.

Les trois autres

week-ends sont

gérés par un

animateur choisi

dans le groupe qui

se présente. Les

visiteurs ou invités

à déjeuner sont les

bienvenus.

La messe régulière est le samedi, à 14 h ou à 11 h, selon les

demandes.

Les référents de la paroisse de Skikda sont le père Roland

et le père Théoneste.

À Constantine, la maison du Bon Pasteur fait peau

neuve

Après la réfection des toitures et la restauration des

façades, notre Maison diocésaine donne davantage envie

de sonner à la porte. De fait, des personnes généreuses

croient que nous sommes la pouponnière. C'est un peu

vrai, mais nous sommes aussi en

quelque sorte une maternité !

Après quelques autres, Laure et

Benoît nous ont aidés à rendre

l’intérieur plus accueillant

et à le moderniser. Changer

la décoration des murs ne

suffisait pas : des étudiants ont

consacré une bonne partie de

leurs congés à refaire certaines

peintures. Que tous soient ici

remerciés.

La plomberie a aussi été rénovée.

Des chauffe-eaux ont même fait leur apparition ! La cuisine

mise à disposition des différents groupes est maintenant

agréable et fonctionnelle.

Mieux : pour permettre la formation des jardinières

d’enfants (un grand besoin dans notre métropole en

pleine expansion) la salle d’activités a été aménagée pour

dégager une salle de documentation et un bureau pour la

responsable du projet.

Le « chalet », lui aussi équipé d’une cuisine, offre cinq pièces

pour des groupes plus petits ou des personnes désirant

prendre quelques jours de calme pour l’étude (comme des

chercheurs consultant les archives) ou le recueillement.

Le jardin offre aussi un agréable espace de verdure et de

repos.

Avis aux amateurs !

Évidemment, pour la synchronisation de toutes les activités

il est nécessaire de planifier son séjour à l’avance avec les

responsables de la maison.

Le référent de la maison du Bon Pasteur est le père

Jean- Marie.


Diocèse de Ghardaïa

Qu’arrive-t-il au monde arabe ?

Session avec Mgr Maroun Lahham

Du 24 au 26 mars, une vingtaine de personnes venant de tous les horizons de notre

diocèse se sont retrouvées à Ghardaïa pour une session animée par Maroun Lahham,

ancien archevêque de Tunis et aujourd’hui vicaire du Patriarche latin de Jérusalem

pour la Jordanie, sur le thème « Le monde arabe : religions, Églises et défis actuels ».

église d'algérie

Une journée et demie a été consacrée au rôle

des religions dans l’évolution des sociétés

arabes. De plus en plus, les arabes chrétiens

demandent la reconnaissance d’une

citoyenneté totale, le droit à la différence

et à la liberté de conscience, ce qui est indispensable

pour un enrichissement réciproque

de la minorité et de la majorité. Mgr

Lahham nous a aussi fait pénétrer

dans cet univers qu’il connaît bien

des Églises au Moyen-Orient :

Églises non-catholiques et Églises

catholiques. Les repères historiques

qu’il nous a donnés nous ont permis

de mieux saisir cette diversité.

Puis nous nous sommes focalisés

sur la Terre sainte. Après avoir passé

en revue les divers enjeux locaux –

historique, humain, politique et religieux – nous nous

sommes interrogés sur le sens qu’avait Jérusalem pour

nous avant d’aborder la signification de Jérusalem

d’une part pour les chrétiens palestiniens et d’autre

part pour les musulmans.

C'est par une conférence publique, « Quelle espérance

pour la Palestine aujourd’hui ? », que s'achevait cette

session, permettant à des amis musulmans, fort

intéressés par le sujet, de se joindre à nous. La clarté

des propos de Mgr Lahham, sa connaissance « vécue »

de ce coin du monde et sa réflexion ont été relevés

par tous, mais ce qui nous a le plus touchés, c'est son

témoignage : celui d'un chrétien palestinien, pasteur

engagé avec conviction dans le dialogue œcuménique.

Sa simplicité, sa sérénité et son espérance dans ce

contexte de violence, nous ont tous conquis. Une

rencontre que nous ne sommes pas près d’oublier !

Anne de Boissieu

À propos du printemps arabe

« Le Moyen-Orient, et les pays arabes en général,

ne sont plus les mêmes et un retour en arrière est

impensable…»

« Les pays arabes qui choisissent d’être gouvernés

par un Islam politique doivent aussi savoir que l’Islam

politique doit être modéré… Avec un

Occident qui accepte les nouvelles règles

du jeu politique, et avec un Islam politique

arabe ouvert et modéré, la vie devient

possible. »

Mgr Lahham

Et nous ?

C’est avant tout le témoignage d'espérance

sur l’avenir du monde arabe et de la

Palestine, et sur les relations de dialogue

et de collaboration entre chrétiens des

différentes Églises, qui m’a frappée. Je me suis sentie

invitée à marcher dans cette même Espérance qui

illumine tout chemin de la lumière de Pâques. Cette

espérance nous en faisons l’expérience par le dialogue

dans nos communautés de vie et dans les rencontres

avec des personnes de culture et foi différentes.

Dialogue, où l’on peut dire ce qu'on croit et pense,

sans l'imposer à l'interlocuteur… même à un "barbu"

aux propos fanatiques, comme dans l'exemple vécu

par le père Lahham dans les rues de Tunis.

Pour moi c’est aussi un appel à prier pour ces peuples,

qui vivent dans la guerre et la violence, à apprendre,

de Jésus, à "être avec" tous ceux qu'Il nous confie et qui

nous accueillent en Algérie, à voir chaque personne

comme frère ou sœur, citoyen de la famille humaine,

celle de Dieu.

P. S. Giulia Amata

pax concordia


à propos de

Des Algériens au Forum altermondialiste de Tunis

Interview

Du 26 au 30 mars dernier, Tunis a été la capitale de la société civile altermondialiste.

À l’occasion du 12 e Forum social mondial (FSM), 4000 organisations et près de 60 000

participants de 120 pays se sont rassemblés pour ce grand rendez-vous mondial. C’était

la première fois que le FSM avait lieu dans un pays arabe. Nous avons interviewé à son

retour Khadidja Belkhodja, de Tiaret, qui y a participé avec la délégation algérienne.

Khadidja, qu'est-ce qui vous a amenée à aller

à Tunis pour participer au Forum social ?

Tout est parti du Salon du livre, lors d'une

rencontre avec des femmes indiennes. J'ai été

invitée à aller au Forum par l'association Lalla

Fatma N'Soumer, qui défend les droits des

femmes. Mais j'ai d'abord pensé que je n'irais pas

à Tunis, parce que ce qui m'intéresse d'abord,

c'est l'action de proximité, ici à Tiaret. Et puis,

il y a eu le meurtre de Belaïd Chokri, le 6 février

dernier. Cette mort m'a beaucoup touchée, et

alors j'ai changé d'avis. Je me suis dit : « Il faut que

j'y aille. » Avant de partir à Tunis, notre délégation

est allé porter une gerbe à l'ambassade de Tunisie

à Alger, en mémoire de Belaïd Chokri.

Quelle est donc cette action de proximité à

laquelle vous tenez tant ?

Je suis bénévole dans une association qui s'occupe

de l'enfance en détresse. On avait suivi en 2009

120 enfants. Cela m’a amenée à lutter contre les

violences faites aux femmes. Concrètement, on

accompagne des femmes avec des médecins

légistes, des juristes, etc. Avec le réseau Wassila/

Avife, l’an dernier, on a organisé une journée

d'étude sur ce sujet à Tiaret. Cette journée, on l'a

commencée par un hommage aux onze femmes

de Tiaret décédées durant l'année 2011, victimes

de violences conjugales.

Et puis, avec des amis, on a fondé un collectif

contre l'oubli, pour la mémoire vivante, pour

transmettre le message des filles et des fils de

Tiaret qui se sont sacrifiés pour la promotion

sociale, culturelle, syndicale de la ville de Tiaret.

On a organisé quelques manifestations, en mars

dernier, et puis alors que je rentrais de Tunis,

l'un des nôtres, Boumediene Missoum, que nous

aimions beaucoup - il avait été le directeur de la

cinémathèque de Tiaret - est décédé brutalement.

Il venait tout juste de rentrer d'Allemagne, où il

vivait en exil depuis vingt ans.

© JM Cantal

Parlez-nous du Forum…

D'abord, cela a été un peu difficile d'y arriver.

Deux bus n'ont pas été autorisés à traverser la

frontière. Mais on s'est débrouillé sans ces bus

pour aller de la frontière jusqu'à Tunis, avec l'aide

des Tunisiens. Les passagers d’un troisième bus

n’ont pas pu entrer en Tunisie.

À Tunis, j'ai rencontré l'épouse de Belaïd Chokri,

Basma Khalfaoui Belaïd, une militante qui a choisi

de rester debout. Elle dit : « J'ai toute la vie pour

pleurer ». Chokri a aussi laissé deux filles. Moi, je

ne voulais pas que la Tunisie plonge dans le même

chaos que celui qu'a connu l'Algérie. Je voulais

leur dire, aux Tunisiens, de faire attention que ne

leur arrive pas ce qui nous est arrivé à nous les

Algériens.

Le premier jour, il y avait une assemblée mondiale

de femmes en lutte contre les discriminations. Le

combat pour la défense des droits des femmes est

très important si on veut que le monde change

vraiment, devienne meilleur. J'ai écouté beaucoup

d'intervenantes, des femmes tunisiennes, bien

sûr, mais aussi de Palestine, du Mali, du Brésil, de

Syrie, d'Égypte, du Sénégal.


Et puis après, j'ai participé à des ateliers. C'était

difficile de choisir, il y en avait plus de deux mille,

et parfois on avait du mal à être au bon moment

au bon endroit. J'ai choisi des ateliers sur les

femmes. On a terminé par une manifestation pour

la Palestine, c'est une tradition au Forum Social

Mondial, cela rassemble les participants.

Khadidja, vous êtes docteur vétérinaire, vous

dirigez un centre régional d’insémination à

Tiaret, vous avez une famille, vous militez,

cela fait une vie bien remplie ?

Oui, c’est exigeant quand on est une femme,

je dois être très compétente dans mon activité

professionnelle, et très bien tenir la maison, sinon

des gens s’empresseraient de me reprocher mes

activités à l’extérieur.

Propos recueillis par D.L.

à propos de

© Khadidja Belkhodja

Mais il y avait aussi des tensions : entre Marocains

et délégués du Polisario, entre Tunisiens

d'Ennahda et Tunisiens démocrates, entre Syriens

pro-Assad et de l’opposition. Et nous-mêmes, les

militants algériens (notre collectif de citoyens, et

puis des parents de disparus, qui étaient venus

de leur côté), on a retrouvé là-bas une délégation

algérienne « officielle », qui vantait les mérites de

l'Algérie démocratique !

Qu'est-ce que vous retiendrez de ce Forum ?

Là-bas, j'ai pensé : « C'est pas péché de rêver, de

rêver à un monde meilleur, faire reculer la misère et

que tous les enfants soient heureux… » D'ailleurs,

des fois, dans notre action, je vois des petits

changements. Mais en même temps il faut bien

voir que le changement ne se fera pas demain, il

faut du temps. C'est un peu comme la guerre de

libération, il en a fallu du temps !

Ensuite, à propos des femmes, partout le fond est

le même, on retrouve toujours les mêmes histoires

de femmes avec les hommes.

Et puis, encore une autre conclusion, il y a du boulot

à faire. Il faut que les associations coordonnent

leurs activités, jusqu'au plan international, pour

pouvoir changer les choses. Il faudrait qu'il y ait

plus de jeunes encore, plus de participants à ces

forums.

Ça bouge !

La marche d’ouverture à Tunis 2013 fut pour moi

l'un des événements les plus forts de ce FSM : tous

ensemble dans la bonne humeur, sans aucun

débordement apparent, dans une ville de Tunis

paralysée par notre marche, venant du monde

entier pour dire que d'autres "possibles" sont

envisageables. Chacun libre de son vêtement, de

sa banderole, de son chant ou de son silence (merci

Karine pour le Sinaï !) comme de son cri.

Longue ligne de fraternité, de toutes religions

(c'est bien d'ailleurs ce qui relie), qui croit encore

que quelque chose reste à faire pour améliorer ce

monde.

Ronde des ateliers : choisir, chercher, marcher

(encore), zigzaguer entre les stands, trouver la

bonne salle, s’installer, écouter, réfléchir, réagir,

prendre la parole si nécessaire. Rencontres entre

les ateliers : dans le métro les jeunes tunisiens ont

besoin de parler. Un jeune étudiant congolais en

profite pour créer une animation en faveur de

la paix en RDC ; une enseignante du pays, ayant

étudié en Algérie, parle à voix basse de la situation

actuelle au pays du jasmin…

Je retiendrai cette interpellation de Jean-Pierre

Cassarino, de Return Migration and Development

Platform : « Travaillons sur les causes de la

migration ! » Si la migration est au cœur du FSM,

c’est peut-être parce qu’elle n’est que l’émergence

d’autres maux : accaparement des terres, pillage

des ressources naturelles, cultures intensives pour

biocarburants polluants et OGM.

Un autre monde est possible ! Accrochons-nous à

cette réalité, agissons, pour que les générations à

venir y croient encore.

Laurence Huard smnda

pax concordia


Des église livres d'algérie à lire

Alger, juin 2011. En se promenant dans le centre-ville

d'Alger, Leïla Aslaoui se fait apostropher par une femme

cachée sous son jilbab : « Tu n'as absolument pas

changé. Et moi, m'as-tu reconnue ? » Après un moment

de recul, Leïla reconnaît sa camarade de lycée d'il y a

près de cinquante ans, Bahidja, celle qui lui a confié un lourd secret en juin

1963, dans la cour du lycée Lazerges. Et comme si elles s'étaient quittées

la veille, Bahidja entreprend le récit de sa vie au cours de ces cinquante

années qui viennent de s'écouler. Elle lui explique comment, jeune lycéenne

souhaitant faire des études en mathématiques, elle est devenue cette femme

seule qui se cache entièrement sous ses voilages noirs et arpente sans cesse

les rues d'Alger.

Au travers de la vie de Bahidja, l’auteure nous fait entrevoir ce qu'a pu être

la vie de certaines femmes dans les années douloureuses de l'Algérie : la

violence de la rue qui se répercute dans la vie familiale, les déchirures de la

société qui font exploser les liens familiaux, le poids des traditions. Dans une

ambiance assez noire sont dépeints le repli sur soi de Bahidja et le choix de

disparaître sous son habit pour se protéger de la violence de son entourage,

de sa méfiance, de son indifférence.

La narratrice analyse les enchaînements qui l'ont amenée à sa vie d'aujourd'hui

et ce qu'elle aurait pu être si les événements n'avait pas été les mêmes.

Un livre très puissant malgré sa noirceur qui donne envie de découvrir les

autres œuvres de cette auteure.

Estelle Dubois

Sans voile, sans

remords

Leïla Aslaoui-Hemmadi

Dalimen, 2012

200 pages

Pourquoi ai-je attendu deux ans pour lire ce livre ? Parce qu’on

approche toujours avec crainte un ouvrage qui évoque le

drame d’un peuple, dont on sait qu’il va nous bousculer ?

En fait, ce n’est pas d’abord un plaidoyer que présente

l’auteur, mais des personnes, une rencontre. Nous prenons

le temps de découvrir, d’observer ; nous endurons la chaleur, affrontons

le vent, goutons l’accueil, partageons les perplexités, ou l’admiration.

L’analyse n’est pas absente, mais le ressenti domine, en une prose souvent

poétique. Il faut prendre son temps pour lire ce livre, en peser les mots.

Jean-François a quitté sa ferme en France pour vivre comme volontaire

dans un camp de réfugiés sahraouis et y accompagner un projet de

développement du CCFD. Au jour le jour, il a noirci des carnets de notes

dont il livre ici de larges extraits, prêtant sa plume au cri des pierres. Il est

aujourd’hui un des animateurs de Caritas Algérie.

Je suis une goutte d’eau qui doute. Corriger une injustice avec des moyens

dérisoires et inappropriés ne porte pas à l’enthousiasme à moins d’être

un "ravi" de village. Je ne suis qu’une goutte d’eau qui doute et ce faisant

s’évapore, diminuant sa chance de se déverser sur le brasier. Et si la victoire

de la goutte consistait à faire douter le brasier, et non à l’éteindre. À moins

peut être également d’apporter sans forcément comprendre cinq pains, deux

poissons et sa confiance à Un qui les demande pour commencer à faire cette

impossible distribution… (p. 108)

Michel Guillaud

Journal d’un camp

sahraoui

Le cri des pierres

Jean-François

DEBARGUE

Éditions Karthala, 2011

237 pages


Un soir de l’année 2007, huit personnes à bord d’un Range

Rover quittent Alger, espérant gagner Tamanrasset avant le

matin pour fuir les forces de police à leurs trousses. Comment

en sont-ils arrivés là ? Qui sont-ils les uns pour les autres ?

Les réponses à ces questions, le lecteur ne les obtiendra

qu’en se plongeant dans les 650 pages de la saga familiale écrite par

M. Benchicou : entre les mains de ces fugitifs, un cahier, confié par le

mendiant du cimetière, suspend un instant le présent et leur révèle

l’étonnante épopée de leurs pères, suscitant à son tour souvenirs et

confessions.

De Fathma N’soumeur à l’Algérie déchirée des années rouges, en passant

par Verdun, l’Espagne de Franco et la Palestine, c’est une formidable

fresque du XX e siècle, de ses espoirs, de ses violences et de ses cruelles

déceptions qui se dessine à travers la mémoire de la famille Imeslayène

dont les hommes, chacun épris à sa manière, tout autant de femmes

que d’idéal, vivent pour l’amour et meurent pour la liberté. Malgré la

densité des références historiques et le grand nombre de protagonistes

– heureusement rassemblés dans un arbre généalogique – ce premier

roman d’un homme habituellement connu pour ses engagements

politiques séduit, au-delà des prises de position, par le charme et la

variété de personnages attachants et le souffle poétique qui le traverse.

Mathilde Cazeaux

Le Mensonge de Dieu

Mohamed Benchicou

Éditions KOUKOU et INAS, 2011

648 pages

des livres à lire

Grâce à sa résurrection divine d’entre les morts, cette fin sans

issue de Christ sur la croix de Golgotha est devenue son vrai

commencement. Si nous gardons ce fait en mémoire, nous ne

nous découragerons pas mais nous attendrons que de chaque

fin surgisse un nouveau commencement.

Dans cet ouvrage l’auteur regarde les expériences existentielles

personnelles : naissance, nouvelle naissance, résurrection.

L’avenir est la plénitude d’occasions qui font appel à notre créativité ;

ses perspectives nous rendent jeunes quel que soit l’âge. Dans la

première partie, l’auteur traite de différentes jeunesses dans l’histoire

allemande – celle du XIX e siècle : les « Wandervogel », de la jeunesse

hitlérienne et de l’enfant consommateur. Dans la deuxième partie sur la

nouvelle naissance, il part de son expérience de l’après-nazisme, et de

différentes renaissances après des catastrophes dans la bible : Noé, l’Exil,

le Golgotha. Les catastrophes du monde moderne sont-elles une fin sans

commencement ? Puis il aborde la justice de Dieu, la spiritualité des sens et

la force vitale de l’espérance. Dans la troisième partie du commencement

plutôt qu’une fin, de la communion des saints, de la vie éternelle.

L’auteur évite intentionnellement des expressions théologiques

spécialisées et l’emploi de nombreuses citations. Il s’efforce d’exprimer

ce qui correspond à ses convictions personnelles pour atteindre un large

public. À lire.

Jean Désigaux s.j.

De commencements en

recommencements

Jürgen Moltmann

Éd. Empreinte – temps présent, 2012

Version française, 200 pages

Traduction Antoine Doriath

Version originale en allemand,2003

Gütersloher Verlagshaus Gütersloh

pax concordia


patrimoine

L'énigme du vitrail de Tibhirine

À quelques kilomètres de Médéa se trouve le monastère de Tibhirine où a

vécu une communauté de moines cisterciens de 1938 à 1996. Nous nous

rappelons l’enlèvement et la fin tragique de sept d’entre eux en 1996.

Depuis décembre 2011, nous assurons l’accueil des nombreux visiteurs qui montent

au monastère. Au fil des années, nous avons nous-mêmes beaucoup appris.

Mais nous avions une interrogation, une énigme : la signification

d’un des vitraux de la chapelle. Ceux-ci proviennent de l’ancienne

église de Boumedfaa. Ils ont été transférés à Tibhirine vers 1970,

quand les frères ont transformé un ancien chai 1 en chapelle.

Un vitrail représente le Christ en croix ; un autre représente Marie les mains

ouvertes. Ce vitrail de la Vierge est entouré de quatre médaillons dont trois sont

très explicites : un agneau, un poisson, une abeille. Le quatrième nous intriguait…

Le vitrail aux quatre médaillons

Les trois premiers sont connus de tous. Ils ont une

signification particulière pour les chrétiens :

• l’agneau représente Jésus, dont le corps est

nourriture pour les chrétiens. Il est ainsi désigné

par Jean-Baptiste (Jn 1, 29-34) ;

• le poisson se dit ιχθυς (ichtus) en grec. Chacune de

ces cinq lettres grecques est l’initiale d’un des mots

qui forment la formule suivante : Jésus Christ Fils

de Dieu Sauveur. De là vient que le poisson fut pris

comme symbole du Christ et de la foi chrétienne ;

• l’abeille fait penser à la terre promise au peuple

hébreu dans la bible, le pays « où coulent le lait et

le miel » (Ex 3, 8).

Quel pouvait-être ce quatrième animal ou symbole ?

Nous avons interrogé les visiteurs pour avoir leur avis.

Nous avons obtenu des réponses nombreuses, parfois

originales, faisant preuve de beaucoup d’imagination.

Mais aucune d’elles ne nous paraissait convaincante :

source, rocher, mains, sauterelle, couple...

Nous avons diffusé la photo sur internet. Là encore

de nombreuses interprétations nous sont parvenues.

Plusieurs pères abbés de monastères cisterciens en

France ont risqué une lecture. Parmi eux, le père abbé

d’Aiguebelle a été très affirmatif : il s’agit d’un pélican.

Il tenait lui-même l’information du père Roland qui

a vécu à Tibhirine. Nous sommes retournés devant

le mystérieux médaillon pour la vérifier et percevoir

l’oiseau : rien à faire !

Lors d’un passage à Bordj El Kiffan, nous avons constaté

que les vitraux de la chapelle avaient la même facture

et des motifs similaires : l’agneau et le pélican. Cela

renforçait notre conviction que nous étions sur la

bonne piste…

À Tizi-Ouzou, notre regard est tombé sur un dépliant

des Pères Blancs où figurait l’emblème du pélican.

Nous avons ainsi appris que le cardinal Lavigerie

(1825-1892), fondateur des Pères Blancs, en avait fait

son blason.

Sur le site web de la « Société des missionnaires

d’Afrique » (Pères Blancs), nous avons trouvé cette

1

Ce chai avait été construit par les premiers propriétaires

pour emmagasiner le raisin produit sur les 375 hectares

que comptait alors le domaine.


information :

Les petits du pélican,

nus et aveugles à

la naissance, sont

nourris par les parents

par régurgitation de

nourriture en voie de

digestion, ce qui a

donné lieu à la légende

du pélican « sortant ses

tripes » pour nourrir ses

enfants. (explication

tirée du Grand

Larousse).

Donc on pensait qu’il

Le modèle en bois

donnait sa vie pour ses enfants

quand il

ne trouvait pas de nourriture. On retrouve son dessin sur

certains autels anciens, symbole du Christ en croix qui

donne sa vie. Il a été choisi comme emblème de la charité

par notre fondateur. (Caritas était la devise inscrite sur le

blason du cardinal Lavigerie).

Le père François, archiviste des Pères Blancs, nous

a affirmé que ces derniers n’avaient pas habité

Boumedfaa. Donc ce vitrail n’était pas lié à eux.

Face au vitrail, aucun visiteur ne pouvait authentifier

l’hypothèse du pélican, aussi vraisemblable qu’elle fût.

Les indices s’accumulaient, sans que nous puissions

aboutir !

C’est au cours d’un passage en France que nous avons

incidemment trouvé la solution. Une de nos lectrices

avait imprimé la photo du médaillon sur une feuille

de papier et l’avait posée sur une table pour que nous

puissions nous pencher sur le mystère !

Et là, stupéfaction… le pélican apparaissait très

clairement : la feuille était placée à l’envers !

Nous en avons eu la confirmation par le fils des

créateurs du vitrail dont nous avons retrouvé la trace

aux archives de l’évêché d’Alger. M. Delevallez nous a

envoyé la photo d’une autre œuvre de ses parents, une

sculpture sur bois, qui a exactement le même dessin

que le vitrail : un pélican avec ses deux petits !

En fait, lors de son installation dans la chapelle de

Tibhirine, le vitrail a été recomposé élément par

élément. Sans doute les poseurs n’ont-ils pas vu ce

que représentait le médaillon du pélican et, bien

Père Pélican

En hébreu, "pélican" viendrait du nom Abraham (Ab-

Père et Raham ou Rarham-pélican), d'où la symbolique

hébraïque qui fait d'Abraham le "Père Pélican" ou "Père

miséricordieux".

Le médaillon présenté à l'endroit

involontairement, ils l’ont placé tête en bas !

Grâce aux outils informatiques, nous pouvons

reconstituer ce que devrait être aujourd’hui l’ensemble

de ce vitrail si ce médaillon était remis à l’endroit. Peutêtre,

un jour, un spécialiste pourra-t-il rendre au vitrail

son aspect d’origine ?

Hubert et Anne Ploquin

Pourquoi le pélican ?

« Le Fils de l’Homme n’est pas venu pour être servi

mais pour servir et donner sa vie en rançon pour

une multitude » (Mt 20, 28). C’est cette définition du

service par le don de soi en vue du salut qui, selon

la tradition des Anciens, [affirme que le pélican] se

blesse lui-même pour nourrir ses petits, et même

pour leur redonner vie, jusqu’à mourir lui-même.

Le « pélican en sa piété » est la représentation de

l’amour paternel qui ne recule devant aucun sacrifice.

Cet amour paternel est encore souligné par les ailes

du pélican protégeant les petits : « Sois sans crainte,

petit troupeau, car votre Père s’est complu à vous

donner le Royaume » (Lc 12, 32).

Le pélican nourrit ses petits en dégorgeant les

poissons emmagasinés dans sa poche membraneuse.

Pour la vider, il presse son bec contre sa poitrine qu’il

semble frapper, d’où la légende qu’il se perce le flanc

pour nourrir ses enfants. Ainsi, il redonne, par son

sang, la vie à ses petits morts ou affamés. Le pélican

représente le sacrifice rédempteur du Christ et le

sacrement de l’Eucharistie. Il est symbole de charité

et de résurrection. Par sa blancheur, il figure aussi

l’innocence du Christ donnant son sang pour les

hommes. Le coq est l’emblème du Christ ressuscité,

le pélican l’emblème du Christ eucharistique.

(Informations trouvées sur un site paroissial)

patrimoine

pax concordia


méditation

La "prière d'abandon"

extraite d'une méditation de Charles de Foucauld

Mon Père,

je m’abandonne à toi,

fais de moi ce qu’il te plaira,

quoi que tu fasses de moi je te remercie,

je suis prêt à tout,

j’accepte tout,

pourvu que ta volonté se fasse en moi,

en toutes tes créatures.

Je ne désire rien d’autre, mon Dieu.

Je remets mon âme entre tes mains.

Je te la donne, mon Dieu,

avec tout l’amour de mon cœur,

parce que je t’aime,

et que ce m’est un besoin d’amour

de me donner,

de me remettre entre tes mains

sans mesure,

avec une infinie confiance,

car tu es mon Père.

Amen !

Charles de Foucauld

أبيت،‏

إين أسلّم لك ذايت،‏

فافعل يب ما تشاء.‏

ومهما فعلت يب ، فأنا شاكر لك.‏

إين مستعد لكل شيء،‏

وأرتضي بكل شيء.‏

ليس يل رغبة أخرى يا إهلي،‏

سوى أن تكمل إرادتُك يفّ‏

و يف مجيع خالئقك.‏

إينّ‏ أستودع روحي بني يديك،‏

و أهبها لك يا إهلي،‏

بكلّ‏ ما يف قليب من احلبّ،‏

ألين أحبّك،‏

و ألن احلبّ‏ يتطلّب من

أن أهبَ‏ نفسي،‏

أن أودعَها بني يديك،‏

من دون ما قياس،‏

و بثقة ال حدّ‏ هلا...‏

ألنك أيب.‏

آمني

األخ شارل يسوع


La CERNA à Tanger

La CERNA, Conférence des Évêques de la Région

Nord de l’Afrique, tiendra sa prochaine rencontre

du 6 au 10 octobre à Tanger au Maroc.

Se Comprendre (1956-2012) sur CD

La publication mensuelle Se Comprendre a été

fondée en 1955 à Paris par les Pères Blancs, pour

la formation des personnes engagées dans la

rencontre avec les musulmans. Ce bulletin cessera

de paraître en décembre 2013. L’ensemble des

numéros parus ont été numérisés et mis sur CD-

Rom. Le prix est de 30 € franco de port. Quelques

exemplaires sont en vente à la maison provinciale

des Pères Blancs d’Alger pbprovmaghreb@

yahoo.fr. On peut aussi consulter www.

comprendre.org.

Claude l’Africain

Le pape François a nommé Mgr Rault, évêque de

Laghouat, comme membre du Conseil spécial

pour l’Afrique du Synode des évêques. Ce Conseil

est l’instance de suivi du deuxième Synode des

évêques pour l’Afrique, d’octobre 2009, où Claude

représentait la CERNA avec Mgr Maroun Lahham

aujourd’hui à Amman. La prochaine séance de

travail de ce Conseil se tiendra début octobre.

Bravo Père Jean-Paul !

L’abbé Jean-Paul Kaboré est prêtre du diocèse

de Koupéla (Burkina Faso). Il a été « prêté » au

diocèse d’Alger il y a sept ans. Il est curé de Blida.

L’ambassade du Burkina Faso à Alger a voulu

rendre hommage à cet homme discret qui, à Blida,

tel un bon pasteur, s’occupe de ses paroissiens

tous africains, en le nommant Chevalier de l’Ordre

du Mérite du Faso. Son pays, a-confessionnel mais

ouvert au rôle social que jouent les religions, a

voulu honorer celui qui a contribué à renforcer

les relations entre le Burkina et l’Algérie.

Le salon de l’ambassade accueillait de nombreux

invités, dont l’archevêque Mgr Bader et des

représentants de la communauté estudiantine

que Jean-Paul sert à Blida et comme aumônier

national des étudiants. (JMCR)

Épreuve pour l’Église de Libye

En avril dernier, deux Petites Sœurs de Jésus sont

décédées à Tripoli dans un accident.

Leur fraternité était très insérée dans leur

quartier et présente d’une manière discrète

mais significative à la communauté chrétienne.

Discrète parce que les sœurs se refusaient à y être

animatrices ou catéchistes malgré les besoins, eu

égard à leur vocation propre; mais significative

parce que leur enracinement et leurs liens, leur

investissement linguistique, leur mode de vie très

inculturé, étaient un stimulant pour toute l’Église

de Tripolitaine.

Janine-Olga, Thérèse-Suzanne et une voisine sont

décédées dans la collision. Pour Pascale-Yvonne et

Maria-Mechtild, rescapées, l’épreuve sera double

puisqu’elle signe la fermeture de la Fraternité des

Petites Sœurs à Tripoli, au moment même où les

franciscaines (FMM) quittent la Libye.

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