CEAS_lejournal_49 - CEA Saclay
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Dégagement en 2006 d’un mur<br />
et d’un four sur le site d’une villa<br />
gallo-romaine, à <strong>Saclay</strong>,<br />
au Val d'Albian.<br />
© O. BLIN / INRAP
édito<br />
ÉVÈNEMENT Visite présidentielle à <strong>Saclay</strong><br />
Les premiers bâtiments du campus<br />
de Paris-<strong>Saclay</strong> sortent aujourd’hui<br />
de terre. C'est ce qu'a pu constater de visu<br />
le président de la République à l'occasion de<br />
sa visite du futur centre d'intégration de<br />
nanotechnologies Nano-INNOV, le 14<br />
septembre dernier. Il a annoncé à cette<br />
occasion le déménagement sur le plateau de<br />
<strong>Saclay</strong> de deux grandes écoles parisiennes,<br />
Mines ParisTech et Télécom ParisTech, qui<br />
s'ajoutent aux établissements d'excellence qui<br />
seront présents à terme sur le plateau.<br />
À l'heure où se dessine de plus en plus<br />
nettement le campus de Paris-<strong>Saclay</strong>, il n'est<br />
pas inutile de revenir sur le passé du plateau<br />
de <strong>Saclay</strong>. On croyait que les lieux étaient<br />
restés longtemps inhabités jusqu'à ce que la<br />
construction de l'École polytechnique, dans les<br />
années 1970, révèle des vestiges d'habitats<br />
gallo-romains. Depuis, plusieurs fouilles de<br />
sites gaulois, gallo-romains et médiévaux ont<br />
“<br />
UNE IDENTITÉ NOUVELLE<br />
EST EN TRAIN D'ÉMERGER,<br />
DANS LA CONTINUITÉ DE<br />
L’OCCUPATION DU SITE<br />
”<br />
été conduites par l'association d'archéologie<br />
du centre <strong>CEA</strong> de <strong>Saclay</strong>, puis par l'Institut<br />
national de recherches archéologiques<br />
préventives (Inrap). La dernière en date est<br />
précisément celle du site de Nano-INNOV. Les<br />
chantiers du campus seront autant d'occasions<br />
de préciser et de compléter les informations<br />
déjà recueillies, à une échelle significative. Le<br />
plateau de <strong>Saclay</strong> a une histoire riche qu'il est<br />
intéressant de découvrir alors même qu'une<br />
identité nouvelle est en train d'y émerger dans<br />
la continuité de l’occupation du site.<br />
Yves Caristan,<br />
Directeur du centre <strong>CEA</strong><br />
de <strong>Saclay</strong><br />
Le grand<br />
cluster<br />
devient réalité<br />
« Ce grand cluster, depuis des décennies, chacun<br />
en parle, chacun le souhaite. Aujourd’hui, il devient<br />
réalité » a expliqué le chef de l'État lorsqu’il s’est<br />
rendu sur le plateau de <strong>Saclay</strong>, le 24 septembre.<br />
L<br />
e président de la République a visité le<br />
chantier du centre d’intégration Nano-<br />
INNOV Paris-Région, construit sous<br />
maîtrise d’ouvrage <strong>CEA</strong>, avant de<br />
prononcer un discours à l’Institut d’Optique<br />
Graduate School. En plus du déménagement de<br />
l'ENSTA ParisTech (École nationale supérieure<br />
de techniques avancées), déjà prévu pour la<br />
prochaine rentrée, les transferts envisagés dès<br />
2011 concernent AgroParistech, l'École centrale<br />
de Paris, l'ENSAE (École nationale de la<br />
statistique et de l'administration économique),<br />
une partie du pôle biologie-santé de l'Université<br />
Paris-Sud 11, la Fondation des mathématiques,<br />
l’École des mines et l’Institut Télécom.<br />
Des équipements pour la vie étudiante et la<br />
rénovation de laboratoires de recherche à<br />
Le Président de la République a visité le chantier<br />
du centre d'intégration Nano-INNOV, sur<br />
le campus de Paris-<strong>Saclay</strong>.<br />
De gauche à droite : Dominique Vernay (Thales,<br />
Président du pôle de compétitivité SYSTEM@TIC<br />
PARIS-RÉGION), Valérie Pécresse, ministre de<br />
l'Enseignement supérieur et de la Recherche,<br />
Nathalie Kosciusko-Morizet, secrétaire d'État chargée<br />
de la Prospective et du Développement de l'économie<br />
numérique, auprès du Premier ministre,<br />
Nicolas Sarkozy, Président de la République française,<br />
Bernard Bigot, administrateur général du <strong>CEA</strong>,<br />
Michel Mercier, ministre de l'Espace rural et de<br />
l'Aménagement du territoire, Yves Caristan, directeur<br />
du centre <strong>CEA</strong> de <strong>Saclay</strong>, Pierre Veltz, PDG du Conseil<br />
d’administration de l’Établissement public de<br />
Paris-<strong>Saclay</strong>, Claude Chappert, directeur de l'Institut<br />
d’électronique fondamentale, Riadh Cammoun,<br />
directeur de l’Institut <strong>CEA</strong> LIST.<br />
© LAURENCE GODART<br />
6 CENTRE <strong>CEA</strong> DE SACLAY LE JOURNAL
Visite présidentielle à <strong>Saclay</strong> ÉVÈNEMENT<br />
l’École polytechnique et à Supélec sont également<br />
prévus. Le campus de Paris-<strong>Saclay</strong><br />
accueillera, à partir de 2011, 11 000 personnes<br />
supplémentaires, soit 25 % de plus qu'aujourd'hui.<br />
À Nano-INNOV, Nicolas Sarkozy a été accueilli<br />
par Bernard Bigot, Administrateur général du<br />
<strong>CEA</strong>, accompagné d’Yves Caristan, directeur du<br />
centre de <strong>Saclay</strong> et des sciences de la matière<br />
du <strong>CEA</strong>. Lors de cette visite, la Fondation de<br />
coopération scientifique, qui porte le projet du<br />
campus de Paris-<strong>Saclay</strong>, a été présentée par son<br />
président, Paul Vialle. Riadh Cammoun, directeur<br />
de l’Institut <strong>CEA</strong> LIST (Laboratoire d’intégration<br />
des systèmes et des technologies) et<br />
Dominique Vernay, président du pôle de compétitivité<br />
SYSTEM@TIC PARIS-RÉGION ont<br />
présenté le centre d’Intégration Nano-INNOV<br />
opéré par le <strong>CEA</strong>. Les deux premiers bâtiments,<br />
qui seront livrés début 2011, accueilleront<br />
environ 650 chercheurs. Mobilisés sur<br />
des priorités de recherche interdisciplinaire à<br />
forts enjeux sociétaux, des nanotechnologies à<br />
« Faire de <strong>Saclay</strong><br />
un ensemble de classe mondiale<br />
dans le domaine scientifique<br />
et technologique. »<br />
leur intégration dans les systèmes, les acteurs<br />
académiques et industriels du plateau de<br />
<strong>Saclay</strong> s’y réuniront autour de plateformes<br />
communes. Enfin, Pierre Veltz, délégué ministériel<br />
à l'aménagement du plateau de <strong>Saclay</strong>, a<br />
fait un point sur les travaux d’aménagement.<br />
Le Président était accompagné de Valérie<br />
Pécresse, ministre de l'Enseignement supérieur<br />
et de la Recherche, Michel Mercier, ministre<br />
de l'Espace rural et de l'Aménagement du territoire,<br />
Nathalie Kosciusko-Morizet, secrétaire<br />
d'État de la Prospective et Développement de<br />
l'économie numérique.<br />
© LAURENCE GODART<br />
Pierre Veltz présente aux personnalités l’esprit<br />
des futurs aménagements.<br />
Verbatim...<br />
Dans son discours, le président de la République<br />
a notamment déclaré :<br />
« Aujourd'hui je suis heureux de confirmer le<br />
lancement de l'opération d'aménagement du<br />
campus Paris-<strong>Saclay</strong>. Nous voulons faire de<br />
<strong>Saclay</strong> un ensemble de classe mondiale dans<br />
le domaine scientifique et technologique. »<br />
« Vous le savez, 850 millions d'euros de<br />
dotation en capital ont déjà été attribués au<br />
campus de Paris-<strong>Saclay</strong> au titre de l'opération<br />
campus, portée par Valérie Pécresse que je veux<br />
remercier une nouvelle fois. L'État rajoute une<br />
subvention - excusez du peu - d'un milliard<br />
d'euros. Ce milliard nous le prélevons sur les<br />
crédits du programme des investissements<br />
d'avenir, le Grand emprunt, dont le commissaire<br />
général à l'investissement, René Ricol, a<br />
la responsabilité. S'ajouteront à ce milliard<br />
850 millions, un milliard d'euros de ressources<br />
apportées par les différents acteurs, qu'elles<br />
proviennent de leurs propres activités, de la<br />
valorisation du patrimoine immobilier et foncier<br />
qu'ils occupent actuellement, ou de collectes de<br />
fonds auprès de leurs anciens élèves et de leurs<br />
partenaires. C'est un niveau de financement<br />
sans précédent pour le campus de <strong>Saclay</strong>. »<br />
« L'histoire de <strong>Saclay</strong> raconte soixante ans<br />
d'investissements épars souvent mal<br />
coordonnés. Nous avons voulu rompre avec<br />
cette pratique et mettre en œuvre une véritable<br />
stratégie. »<br />
CENTRE <strong>CEA</strong> DE SACLAY LE JOURNAL<br />
3
DOSSIER Fouilles archéologiques<br />
Fouilles archéologiques sur le plateau de <strong>Saclay</strong><br />
Une mémoire<br />
pourl’avenir<br />
Comment l’occupation humaine du plateau de <strong>Saclay</strong> a-t-elle évolué au cours des<br />
âges ? Les travaux d’archéologie préventive, précédant les aménagements du campus<br />
de Paris-<strong>Saclay</strong>, permettent de répondre à une telle question. Une identité est en<br />
grande partie le fruit d’une histoire, voire d’une préhistoire. À l’heure où des évolutions<br />
majeures se profilent, il importe de mieux les connaître.<br />
© LAURENT JUHEL / INRAP<br />
Représentation du site de l’Orme des merisiers<br />
à l’époque celtique. Détail d’une aquarelle<br />
de Laurent Juhel (Inrap).<br />
Olivier Blin qui répond aux questions<br />
du journal du centre <strong>CEA</strong> de <strong>Saclay</strong><br />
dans l’interview ci-contre, est adjoint<br />
scientifique et technique de l’Institut<br />
national de recherches en archéologie préventive<br />
(Inrap), rattaché à la Direction interrégionale<br />
Centre - Île-de-France.<br />
On voit çà et là de larges tranchées<br />
sur le plateau. À quoi servent-elles ?<br />
Olivier Blin : Lorsque vous voyez des ensembles<br />
de tranchées larges de 3 mètres et espacées de<br />
30 mètres, c’est qu’un diagnostic archéologique<br />
est en cours. La majorité des aménagements prévus<br />
dans le cadre de l’OIN (Opération d’intérêt<br />
national) sont précédés de ces diagnostics.<br />
Aujourd’hui les archéologues interviennent très<br />
souvent, dès que l’on veut aménager un territoire.<br />
Ils sont sur le terrain bien avant le démarrage<br />
des chantiers de construction. C’est ce que<br />
l’on appelle l’archéologie préventive.<br />
En quoi consiste un diagnostic ?<br />
O. B. : Les tranchées ont pour but d’ôter la terre<br />
végétale de surface. Labourée depuis des<br />
siècles, celle-ci ne renferme plus aucun vestige<br />
4 CENTRE <strong>CEA</strong> DE SACLAY LE JOURNAL
Fouilles archéologiques DOSSIER<br />
© STÉPHANE HARLÉ / INRAP<br />
L’Inrap<br />
Depuis 2001, la loi sur l’archéologie préventive<br />
fait obligation d’évaluer l’intérêt archéologique<br />
d’un terrain avant des travaux d’aménagement.<br />
L’Inrap a été créé en 2002 en application de cette<br />
loi. Il effectue un diagnostic sur un terrain sur<br />
la demande du préfet de Région, via la Direction<br />
régionales des affaires culturelles (Drac). Si le<br />
rapport de l’Inrap le justifie, la Drac prescrit<br />
des fouilles. Les travaux sont à la charge de<br />
l’aménageur qui choisit l’opérateur de son choix,<br />
à condition qu’il soit agréé par le Ministère de<br />
la Culture. En pratique, les fouilles sont réalisées<br />
très en amont du début des travaux. Il arrive<br />
que le projet de construction soit modifié pour<br />
préserver un site archéologique.<br />
Ce service public original s’autofinance grâce<br />
à la redevance d’archéologie préventive sur<br />
les chantiers. Aujourd’hui, 90 % de l’archéologie<br />
française est préventive.<br />
Alors que l’archéologie traditionnelle privilégie<br />
les sites exceptionnels, l’approche systématique<br />
permise par la loi donne toute son importance<br />
aux sites plus ordinaires que l’on trouve en grand<br />
nombre en France.<br />
Céramique en contexte de fouilles.<br />
exploitable. Sous cette couche 1 , on peut découvrir<br />
la trace de fondations, de tranchées, de poteaux<br />
ou des témoignages d’occupations diverses.<br />
Lorsque des éléments intéressants sont mis à<br />
jour, l’État peut demander d’entreprendre des<br />
fouilles plus approfondies.<br />
Que vous apprennent ces fouilles ?<br />
O. B. : Les silex retrouvés dans les champs indiquent<br />
une occupation néolithique, dès 2500 av.<br />
J.-C. Les sites archéologiques les plus structurés<br />
remontent à la fin de l’Âge du bronze et au<br />
Premier âge du fer (de 1400 av. J.-C. à 475 av.<br />
J.-C.). Ils montrent un habitat rural déjà dense,<br />
qui tend à battre en brèche l’idée selon laquelle<br />
les plateaux auraient été investis plus tardivement<br />
que les vallées.<br />
Une présence humaine, étroitement liée à une<br />
activité agricole et pastorale, est observée selon<br />
un maillage bien plus serré que ce que l’on croyait<br />
jusque-là, quasiment en continu depuis les<br />
périodes celte et gauloise jusqu’au 17 e siècle.<br />
On trouve des sites gaulois tous les 300 mètres<br />
(de 260 av. J.-C. à 50 av. J.-C.) et des sites galloromains<br />
tous les 400 mètres (de 50 av. J.-C. à<br />
400 ap. J.-C.). Il faut noter l’apparition de villas<br />
gallo-romaines, de type aristocratique, situées<br />
sur les bords sud et nord du plateau.<br />
Dès l’époque gauloise, la culture de blé de<br />
qualité et la consommation de produits rares<br />
comme la coriandre montrent que des relations<br />
existaient avec la Gaule méridionale. Le plateau<br />
de <strong>Saclay</strong> était en effet situé sur une grande<br />
voie de circulation et de migrations du sud vers<br />
le nord.<br />
De nombreux sites antiques ont connu ensuite<br />
des réoccupations médiévales. Les villages<br />
comme Saint-Aubin, implantés sur des éminences,<br />
sont apparus à cette période.<br />
Jusqu’au 17 e siècle, le plateau a été très bien<br />
drainé grâce à des dizaines de mares et tout un<br />
réseau complexe de fossés et de drains à ciel<br />
ouvert. Les aménagements destinés à approvisionner<br />
en eau le château de Versailles ont<br />
modifié durablement la physionomie du plateau.<br />
Certaines mares ont été comblées, devenant<br />
progressivement des mouillères. L’habitat s’est<br />
raréfié à cette époque, pour des raisons qui<br />
restent à éclaircir. L’espace agricole s’est figé<br />
suivant le dessin des rigoles cernant le plateau.<br />
Nous avons la chance, sur le plateau de <strong>Saclay</strong>,<br />
de pouvoir disposer de données sur de très<br />
grandes surfaces. Cela permet de comprendre<br />
l’évolution des paysages, la structuration du<br />
peuplement et des activités humaines, etc. L’expérience<br />
acquise ici servira à mettre au point des<br />
modèles pour d’autres fouilles en Île-de-France.<br />
Quels sont les principaux sites mis<br />
à jour ?<br />
O. B. : On observe la mise en valeur du terroir<br />
à grande échelle, dès le 2 e siècle av. J.-C., grâce<br />
aux restes livrés par trois sites de fouilles : Palaiseau<br />
« les Trois Mares » (exploré en 2000, avant<br />
l’implantation de la société Danone-Vitapole),<br />
Saint-Aubin « l’Orme des merisiers » (en 2002,<br />
avant la construction du synchrotron Soleil),<br />
<strong>Saclay</strong> « Val d’Albian » (en 2006, avant la<br />
construction d’un lotissement privé).<br />
Le site des Trois Mares correspond à un domaine<br />
aristocratique celte qui s’est étendu sur près de<br />
4 hectares avant de devenir un petit habitat<br />
gallo-romain.<br />
© OLIVIER BLIN / INRAP<br />
La révolution de l’archéologie préventive<br />
Depuis une vingtaine d'années, le développement<br />
de l'archéologie préventive – conjugué à<br />
la multiplication des travaux d'aménagement<br />
du territoire, à une prise de conscience collective<br />
et à la récente reconnaissance légale de la discipline<br />
en France – a permis de faire évoluer de façon<br />
très importante la connaissance du passé.<br />
Grâce à l'étendue des zones étudiées et à l'importance<br />
des séries archéologiques mises au jour, des corpus<br />
entièrement nouveaux sont désormais accessibles.<br />
Une approche nouvelle du Paléolithique, du<br />
Néolithique ou de l'âge du Fer est désormais possible,<br />
tandis que de nombreuses données sont aujourd'hui<br />
disponibles, notamment sur la romanisation de<br />
la Gaule ou sur le Moyen-âge, pour prendre<br />
l'exemple du domaine français. Enfin, si ces travaux<br />
ont permis des avancées significatives dans<br />
le domaine de l'histoire humaine, ils jouent aussi<br />
un rôle essentiel dans la connaissance de l'évolution<br />
du climat, de l'environnement et du paysage.<br />
CENTRE <strong>CEA</strong> DE SACLAY LE JOURNAL 5
DOSSIER Fouilles archéologiques<br />
Vue aérienne du chantier de fouilles.<br />
© LAURENT DELAGE / BALLOIDE-PHOTO ET CYRIL GIORGI / INRAP<br />
Un réseau de chercheurs<br />
L’Inrap s’appuie sur un vaste réseau de<br />
chercheurs, au sein même de l’institut mais<br />
aussi venant de nombreuses institutions<br />
dont principalement le CNRS.<br />
Les archéologues peuvent ainsi recourir aux<br />
services de nombreux spécialistes : céramologues<br />
(poteries, tuiles, briques), palynologues (spores,<br />
pollens), xylologues (bois), etc. Les tracéologues,<br />
quant à eux, apprennent aux archéologues que<br />
tels silex qu’ils prenaient pour des grattoirs<br />
étaient en réalité des couteaux. Ils sont capables<br />
de préciser s’ils servaient à couper de l’herbe,<br />
du cuir ou de la viande.<br />
La gangue de corrosion d’objets ferreux anciens<br />
peut également receler des informations<br />
intéressantes : il arrive qu’on y retrouve des fibres<br />
de textiles dont il est possible de reconstituer,<br />
grâce à des analyses spécialisées, les couleurs<br />
ou même les décors.<br />
Notons enfin que l’Inrap fait pratiquer 800<br />
datations chaque année, sur le centre <strong>CEA</strong> de<br />
<strong>Saclay</strong>, au Laboratoire de mesure du carbone 14<br />
dont le ministère de la Culture est partenaire.<br />
© INRAP<br />
À l’Orme des merisiers, nous avons trouvé une<br />
villa gallo-romaine à laquelle ont succédé de<br />
modestes bâtiments mérovingiens (450 - 750),<br />
puis un fief médiéval (1000 - 1300).<br />
Le site du Val d’Albian est celui d’une villa<br />
gallo-romaine.<br />
Les fouilles ont permis de détailler l’évolution<br />
des bâtiments et domaines au fil du temps.<br />
L’observation d’objets du quotidien, notamment<br />
des céramiques de provenances diverses, fournit<br />
des indications sur les modes de vie et les<br />
échanges commerciaux. L’analyse de fosses<br />
« dépotoirs » donne des renseignements sur<br />
l’alimentation humaine.<br />
La dernière fouille en date est celle située sur le<br />
terrain de Nano-INNOV, à Palaiseau. Les résultats<br />
ne sont pas encore publiés. Il s’agit aussi<br />
d’une villa gallo-romaine construite sur une<br />
occupation gauloise et réoccupée au Moyen-âge.<br />
Où peut-on voir les résultats<br />
de vos recherches ?<br />
O. B. : En 2007, nous avons exposé les résultats<br />
des fouilles sur le plateau de <strong>Saclay</strong> et nous<br />
avons publié un livret pédagogique. Nous renouvellerons<br />
cette forme de communication dès que<br />
possible. Les objets que nous trouvons sont<br />
entreposés dans nos centres archéologiques,<br />
comme celui de Pantin. Nous publions chaque<br />
année un rapport d’activité dans lequel figurent<br />
nos travaux sur le plateau. Nos publications sont<br />
disponibles sur demande, auprès de l’Inrap.<br />
Pour en savoir plus : www.inrap.fr<br />
Comment peut-on résumer<br />
votre apport ?<br />
O. B. : Notre travail permet de comprendre l’histoire<br />
de l’écosystème rural local, l’évolution et<br />
l’organisation de l’occupation humaine dans le<br />
temps, comme l’histoire hydrologique du plateau.<br />
En somme, nous accompagnons la démarche<br />
d’aménagement de l’OIN. Nous fournissons la<br />
mémoire nécessaire pour l’intégrer harmonieusement<br />
dans cet environnement unique.<br />
Site de diagnostics et de fouilles<br />
à Palaiseau (2010).<br />
1/ Sur le plateau de <strong>Saclay</strong>, la terre cultivable recouvre<br />
des sédiments issus de l’érosion éolienne, le lœss ou limon,<br />
qu’on distingue aisément avec leur couleur plus claire.<br />
6 CENTRE <strong>CEA</strong> DE SACLAY LE JOURNAL
Fouilles archéologiques DOSSIER<br />
Des bénévoles<br />
au service de l’archéologie<br />
Depuis 1976, la section archéologique de l’Association artistique et culturelle<br />
du centre <strong>CEA</strong> de <strong>Saclay</strong> (AAC-<strong>CEA</strong>) est à l’affût d’objets et de sites anciens sur<br />
le plateau de <strong>Saclay</strong> et ses environs. Elle a réalisé des fouilles qui l’ont conduit<br />
«<br />
à plusieurs découvertes importantes.<br />
© DANIEL GIGANON / AAC-<strong>CEA</strong><br />
Dans les année 70-80, les gens nous appelaient<br />
dès qu’ils voyaient une pelleteuse,<br />
raconte Daniel Giganon, membre de<br />
l’AAC-<strong>CEA</strong>. Ce n’est plus le cas aujourd’hui puisque<br />
l’Inrap intervient bien avant les travaux pour<br />
évaluer l’intérêt archéologique d’un terrain.»<br />
À côté des interventions liées à des travaux,<br />
l’association a prospecté le plateau de manière<br />
systématique afin de compléter la carte des<br />
gisements archéologiques dressée par le ministère<br />
de la Culture, utilisant pour cela des<br />
moyens aussi divers que l'examen des terrains<br />
labourés, les mesures géophysiques 1 , ou les<br />
photos aériennes. « Nous avons été les premiers<br />
à mettre en évidence une occupation des lieux<br />
bien antérieure à ce qu’on imaginait, précise<br />
Daniel Giganon. Nous sommes intervenus sur un<br />
grand nombre de sites, préhistoriques, gaulois,<br />
gallo-romains, et du haut Moyen-âge. On trouve<br />
en moyenne, une occupation ancienne tous les<br />
500 mètres. »<br />
Un trésor, une nécropole…<br />
Dès 1979, la section archéologique découvrait<br />
une portion de l’ancienne route médiévale<br />
reliant Paris à Chevreuse dans l’enceinte du<br />
centre <strong>CEA</strong> à l’aplomb du petit pont de pierre<br />
du 18 e siècle franchissant la rigole de Corbeville.<br />
Cette route recouvre une voie romaine<br />
plus ancienne.<br />
© DANIEL GIGANON / AAC-<strong>CEA</strong><br />
Fouille d'un habitat d'époque Néolithique<br />
(environ 3 000 avant J.-C.) à Saint-Aubin<br />
« les algorithmes » (91).<br />
Lors de la modification du tracé de la route<br />
départementale 128, en 1981, entre la ferme<br />
du Moulon et le rond-point de Corbeville 2 , les<br />
membres de la section ont mis au jour une<br />
occupation gauloise et des structures galloromaines.<br />
Dans le même secteur, quatre<br />
années plus tard, ils découvraient un trésor<br />
monétaire romain du 3 e siècle composé de près<br />
d'un millier de sesterces en bronze contenus<br />
dans une amphore provenant d’Asie Mineure !<br />
Des vestiges gallo-romains<br />
visibles depuis la route<br />
À Villiers-le-Bâcle, les investigations de l'association<br />
ont révélé un autre site archéologique<br />
d’importance. Celui-ci fut occupé du 1 er au<br />
10 e siècle et comprend notamment un habitat<br />
mérovingien, une chapelle et une nécropole<br />
carolingiennes d’une centaine de sépultures<br />
dont 35 ont pu être étudiées. De nombreux<br />
Trésor monétaire de Gif-sur-Yvette (91)<br />
Sesterce de Marc-Aurèle César<br />
(139 à 161 après J.-C.).<br />
objets y ont été recueillis. Certains d’entre eux<br />
sont exposés à la mairie d’Orsay.<br />
Autre fouille conduite par l’AA-<strong>CEA</strong> : des fondations<br />
gallo-romaines sont encore visibles<br />
depuis la route, en face de la Maison de l’ingénieur<br />
de l’Université Paris-sud 11. Elles dessinent<br />
les contours d’un bâtiment constitué de<br />
deux pavillons reliés par une galerie. Certaines<br />
pièces étaient chauffées par le sol. Des caves,<br />
un puits, une cour pavée et l’emplacement<br />
d’un jardin planté d’arbres ont également été<br />
identifiés.<br />
« Notre activité s’est aujourd’hui déplacée pour<br />
l’essentiel hors du plateau », souligne Daniel<br />
Giganon. « Mais il reste une tâche de fond, que<br />
nous avons entreprise il y a une dizaine d’années :<br />
c’est l’inventaire des bornes gravées du 18 e et 19 e<br />
siècles qui délimitaient les territoires du roi et que<br />
l’activité agricole moderne fait progressivement<br />
disparaître.»<br />
© ANDRÉ CLAUDET /AAC-<strong>CEA</strong><br />
Trésor monétaire romain de Gif-sur-Yvette (91)<br />
Amphore qui contenait les pièces et moulage<br />
du bloc de monnaies agglomérées.<br />
1/ La mesure de différences dans la résistivité du sol<br />
permet de repérer la présence de vestiges archéologiques.<br />
2/ À côté de l’actuel centre de recherche NeuroSpin<br />
destiné à l’exploration cérébrale.<br />
CENTRE <strong>CEA</strong> DE SACLAY LE JOURNAL 97
EXPÉRIENCE Mesure sur un objet quantique<br />
Mesurer... la mesure !<br />
Lorsqu’on mesure un objet, en mesure-t-on une propriété préexistante ?<br />
Ou bien le résultat obtenu est-il créé par le processus de mesure lui-même<br />
et la perturbation qu’il introduit ? C’est cette deuxième possibilité,<br />
assez dérangeante, que la mécanique quantique prédit, et qu’une équipe<br />
de physiciens de <strong>Saclay</strong> vient d’illustrer d’une façon nouvelle<br />
par une expérience sur un circuit électrique.<br />
C<br />
onstruire un ordinateur capable de traiter<br />
l’information plus efficacement en tirant<br />
parti de toute la richesse de la mécanique<br />
quantique est l’un des rêves des physiciens<br />
depuis de nombreuses années. Cet ordinateur<br />
quantique stockerait l’information non plus<br />
dans des bits 1 égaux à 0 ou 1, mais dans des<br />
bits quantiques (qubits) pouvant être dans ces<br />
deux états à la fois.<br />
Ce rêve peine à se matérialiser parce qu’il est<br />
extrêmement difficile de manipuler des objets<br />
quantiques, comme des atomes, des ions ou<br />
des électrons, en conservant leur caractère<br />
quantique durant un temps suffisamment long<br />
pour effectuer un calcul utile. La moindre<br />
interaction d’un qubit avec le monde qui l’entoure,<br />
efface son caractère quantique et le fait<br />
retomber dans la banalité. La vie d’un qubit est<br />
en fait très éphémère...<br />
Des atomes artificiels<br />
dans des circuits électriques<br />
L’équipe Quantronique de l’IRAMIS 2 , tente de<br />
développer un processeur quantique élémentaire<br />
impliquant des qubits basés non pas sur<br />
des objets quantiques élémentaires comme<br />
des atomes ou des ions, mais sur des circuits<br />
électriques supraconducteurs à jonctions<br />
Josephson. Ces circuits, comme le « quantronium<br />
» développé en 2002, sont de véritables<br />
« atomes artificiels » : ils en ont toutes les propriétés,<br />
dont celle de pouvoir se trouver dans<br />
deux états mesurables à la fois (les physiciens<br />
parlent de « superposition » d’états). À ce titre,<br />
ils peuvent aussi servir à des expériences fondamentales<br />
de test de la mécanique quantique.<br />
Mesurer l’effet d’une mesure<br />
Selon la théorie quantique, une superposition<br />
d’état est une sorte d’ « hybride » entre plusieurs<br />
potentialités dont une et une seule se<br />
réalise lors d’une mesure. La mesure décide<br />
donc de l’état d’un objet quantique et le modifie<br />
ainsi radicalement. Pour mesurer cet effet<br />
de la mesure sur l’état de l’objet, Anupam Garg<br />
© DIDIER TOUZEAU / <strong>CEA</strong><br />
Montage expérimental.<br />
8 CENTRE <strong>CEA</strong> DE SACLAY LE JOURNAL
Mesure sur un objet quantique EXPÉRIENCE<br />
En savoir<br />
plus...<br />
Qu’est-ce qu’un bit ?<br />
Un bit (binary digit) est un chiffre binaire égal<br />
à 0 ou 1. C’est la mémoire élémentaire<br />
(la plus petite quantité d’information) dans<br />
un ordinateur.<br />
© C. DUPONT / <strong>CEA</strong><br />
et Anthony Leggett ont défini en 1985 une<br />
expérience de pensée qui consiste à comparer<br />
les résultats obtenus lors de trois mesures successives<br />
effectuées à des instants t1, t2 et t3<br />
avec les résultats obtenus quand on ne fait que<br />
deux mesures aux instants t1 et t3. Ils ont imaginé,<br />
à partir des résultats obtenus dans ces<br />
deux situations, une fonction mathématique<br />
qui ne peut excéder 1 pour un objet classique,<br />
c’est-à-dire non quantique.<br />
Le monde quantique<br />
n’est pas réel !<br />
Le groupe Quantronique a mesuré pour la première<br />
fois cette fonction de Garg et Leggett, en<br />
utilisant un circuit à jonctions Josephson. En<br />
pratique, il s’agit de mesures électriques très<br />
délicates, dans un domaine où les sources de<br />
signaux parasites (le « bruit ») ne manquent<br />
pas. « On peut passer deux mois sans rien comprendre<br />
aux résultats, et il faut être persévérant<br />
pour trouver, finalement, comment faire marcher<br />
la manip », témoigne Agustin Palacios-Laloy,<br />
qui vient de soutenir sa thèse sur ces travaux.<br />
Le verdict est tombé sans ambiguïté : la fonction<br />
de Garg et Leggett excède 1, et la mesure crée<br />
le résultat observé.<br />
L’implication philosophique de ce résultat est<br />
considérable. « L’objet quantique échappe au<br />
réalisme dans le sens où ses propriétés n’existent<br />
pas indépendamment de leur observation,<br />
observe Étienne Klein, chercheur à l’IRAMIS.<br />
Cet objet, est-il, avant la mesure, dans un état<br />
© C. DUPONT / <strong>CEA</strong><br />
Un chercheur contrôle au microscope optique<br />
l'échantillon prototype de bit quantique électronique<br />
qu'il vient de fabriquer.<br />
défini mais inconnu, que la mécanique quantique<br />
serait impuissante à déterminer parce que cette<br />
théorie serait incomplète ? Cette question opposait<br />
Albert Einstein et Niels Bohr dans les années<br />
1920. En 1982, Alain Aspect 3 a donné raison<br />
à Bohr avec son expérience sur des photons<br />
jumeaux. Aujourd’hui, l’expérience de l’IRAMIS<br />
apporte une nouvelle preuve de la complétude de<br />
la mécanique quantique, soulignant au passage<br />
l’étrangeté du monde quantique. »<br />
1/ Les mots en gras renvoient aux explications fournies<br />
dans les encadrés.<br />
2/ IRAMIS : Institut rayonnement et matière de <strong>Saclay</strong>.<br />
L’équipe est composée notamment de Patrice Bertet,<br />
Denis Vion et Daniel Estève.<br />
3/ Alain Aspect est directeur de recherche au CNRS et<br />
professeur à l’Institut d’optique et à l’École polytechnique.<br />
© <strong>CEA</strong><br />
Qu’est-ce qu’un bit quantique ?<br />
Un bit quantique (ou qubit) est la mémoire<br />
élémentaire d’un ordinateur quantique. S’il a deux<br />
états de base 0 et 1 comme le bit classique, le<br />
qubit peut se trouver « à la fois » dans ces deux<br />
états. Les physiciens parlent de « superposition »<br />
d’états. C’est la superposition de tous les états<br />
possibles d’un ensemble de tels bits qui confère à<br />
l’ordinateur quantique sa grande puissance dans<br />
certains calculs.<br />
Un qubit est matérialisé par un objet quantique<br />
ayant deux niveaux d’énergie possibles, les états<br />
0 et 1 précédemment introduits. Lors d’une mesure<br />
d’un état de superposition, la mesure ne peut<br />
conduire le qubit que dans l’un des états 0 ou 1,<br />
avec des probabilités bien définies.<br />
Qu’est-ce qu’une jonction Josephson ?<br />
L’effet Josephson se manifeste par l’apparition<br />
d'un courant entre deux matériaux supraconducteurs<br />
séparés par une couche isolante ou métallique<br />
(structure appelée jonction Josephson). Les<br />
jonctions Josephson sont avec les condensateurs,<br />
les briques de base des circuits électriques<br />
quantiques.<br />
Une première mondiale<br />
En 2002, l’équipe Quantronique, à l’IRAMIS,<br />
a inventé le « quantronium », un bit quantique<br />
conservant ses propriétés quantiques pendant<br />
un temps cent fois plus long que les qubits<br />
supraconducteurs précédents.<br />
L’expérience est installée à la base<br />
d'un réfrigérateur à dilution capable<br />
de refroidir à 25 millikelvin au-dessus<br />
du zéro absolu (environ -273,1°C).<br />
Photographie au microscope électronique d'un quantronium,<br />
première réalisation d'un bit quantique sur une puce<br />
électronique. La largeur de la boucle de ce nano-circuit<br />
est de 3 microns.<br />
CENTRE <strong>CEA</strong> DE SACLAY LE JOURNAL 9
TECHNIQUE Analyse chimique<br />
Un gendarme<br />
à <strong>Saclay</strong><br />
Une des techniques d’analyse développées par des chercheurs de <strong>Saclay</strong><br />
présente un potentiel intéressant pour la gendarmerie scientifique. Justement,<br />
un de ses experts est accueilli dans leur laboratoire pour la tester.<br />
Les experts du laboratoire mobile de l’Institut de recherche<br />
criminelle de la gendarmerie nationale interviennent sur les<br />
lieux d’une catastrophe ou sur la scène d’un crime.<br />
© OLIVIER PEZEYRE / SIRPA GENDARMERIE<br />
L<br />
es enquêtes criminelles aujourd'hui font<br />
appel à la science et à ses méthodes<br />
d'investigation. Et pas seulement sur le<br />
petit écran! Parmi celles-ci, il en existe une<br />
capable de déterminer la composition chimique<br />
d'un échantillon, de manière très précise<br />
et très rapide : il s'agit de la LIBS (Laser Induced<br />
Breakdown Spectroscopy). Elle pourrait se<br />
révéler très utile pour comparer un bout de<br />
verre retrouvé chez un suspect à celui de la<br />
vitre cassée par effraction lors d'un cambriolage.<br />
Elle permettrait aussi de déterminer<br />
quelle est la référence de traces de peinture<br />
laissées par un chauffard en fuite.<br />
Pour lever le voile sur les potentialités de cette<br />
technologie, la gendarmerie scientifique, plus<br />
précisément appelée l'Institut de recherche<br />
criminelle de la gendarmerie nationale, a<br />
décidé de procéder à son évaluation. Stéphane<br />
Milet, gendarme spécialisé dans la chimie, est<br />
en stage dans le Laboratoire de Réactivité des<br />
Surfaces et Interfaces, au département de<br />
Physico-chimie du <strong>CEA</strong> 1 , à <strong>Saclay</strong>. Il doit se<br />
familiariser avec la LIBS et mesurer ses performances<br />
pour les usages d'investigation<br />
criminelle.<br />
Une analyse qualitative et<br />
quantitative<br />
La LIBS consiste à chauffer très fortement une<br />
toute petite surface d’un échantillon à l’aide<br />
d’un laser fin et puissant. Le matériau porté à<br />
LES ATOUTS DE LA LIBS<br />
Tous les éléments chimiques peuvent être analysés :<br />
• à distance,<br />
• en temps réel,<br />
• sur tout type de matériau (solide, liquide, gaz),<br />
• avec une très grande précision,<br />
• sans requérir la préparation d'un échantillon.<br />
haute température se vaporise et forme un<br />
plasma 2 . La lumière émise par le plasma est<br />
captée par une caméra spéciale. Les informations<br />
sont transmises à un ordinateur qui procède<br />
alors à l’analyse des fréquences présentes<br />
dans cette lumière.<br />
Car chaque élément chimique émet une<br />
lumière particulière, une sorte de signature<br />
lumineuse. C'est d'ailleurs ce qui permet de<br />
connaître la composition des étoiles (dont on<br />
peut assez difficilement aller prélever des<br />
échantillons...).<br />
10 CENTRE <strong>CEA</strong> DE SACLAY LE JOURNAL
© OLIVIER PEZEYRE / SIRPA GENDARMERIE<br />
La gendarmerie scientifique, pour de vrai<br />
Stéphane Milet est venu travailler à <strong>Saclay</strong>,<br />
mais le reste du temps, il est à Rosny-sousbois,<br />
chimiste à l'Institut de recherche<br />
criminelle de la gendarmerie nationale. Grand<br />
laboratoire central de la gendarmerie<br />
scientifique, l'IRCGN s'occupe de l'analyse des<br />
échantillons prélevés sur le terrain par les<br />
techniciens des gendarmeries réparties sur le<br />
territoire national pour fournir à la justice les<br />
éléments de preuve dans les enquêtes<br />
judiciaires. L'Institut prend aussi en charge la<br />
formation de ces techniciens. Et pour<br />
quelques affaires, complexes, il envoie des<br />
équipes spécialement préparées. Stéphane<br />
Milet, lui, prend en charge les analyses<br />
chimiques pour des expertises judiciaires au<br />
département « véhicules ». Il est donc<br />
particulièrement à même d'évaluer l'intérêt de<br />
la LIBS pour les applications de la gendarmerie<br />
scientifique. Il pourra en particulier la comparer<br />
à la microfluorescence X, la technique<br />
actuellement utilisée pour les analyses chimiques.<br />
La puissance de cette technologie est à la fois<br />
qualitative et quantitative. Non seulement,<br />
elle est capable de vous dire que tel morceau<br />
d'acier est composé de fer, de carbone et de<br />
chrome. Mais elle peut également en détailler<br />
les proportions. Et ce, à des niveaux extrêmement<br />
fins.<br />
Un appareil portable… sur Mars<br />
Née avec les lasers, la LIBS a grandi avec eux<br />
et les progrès des uns participent par ricochet<br />
à ceux de l'autre. Ils permettent d’obtenir des<br />
La « preuve scientifique » est devenue<br />
incontournable dans une enquête criminelle.<br />
© OLIVIER PEZEYRE / SIRPA GENDARMERIE<br />
L’IRCGN est implanté à Rosny-sous-Bois.<br />
Analyse chimique TECHNIQUE<br />
analyses de plus en plus précises et de travailler<br />
sur des échantillons de plus en plus petits. Les<br />
progrès optiques et informatiques ont permis,<br />
eux, une avancée majeure pour la LIBS : ils l'ont<br />
rendue portable ! Elle peut maintenant sortir<br />
des laboratoires pour aller sur le terrain.<br />
C'est notamment cela qui intéresse la gendarmerie<br />
scientifique.<br />
La LIBS est déjà utilisée dans l'industrie, dans<br />
des domaines aussi variés que la fonderie, la<br />
pharmacie, le recyclage des déchets ou le<br />
nucléaire. Elle intervient aussi dans l'étude<br />
d'œuvres d'art. Bientôt, elle ira sur Mars, pour<br />
analyser des roches dans le cadre de la mission<br />
Mars Science Laboratory en 2011.<br />
Agnès Deslis<br />
1/ De la Direction de l’énergie nucléaire du <strong>CEA</strong>.<br />
2/ Plasma : le plasma est le quatrième état de la matière.<br />
Les constituants des atomes se séparent. Noyaux et<br />
électrons se déplacent indépendamment les uns des autres<br />
et forment un mélange électriquement neutre. On<br />
rencontre les plasmas à de très hautes températures, dans<br />
les éclairs par exemple.<br />
en bref...<br />
Cristal sensible<br />
En éclairant un cristal de ferrite de bismuth<br />
(BiFeO3), des physiciens de <strong>Saclay</strong> ont<br />
observé qu’il se dilate légèrement.<br />
Une nouvelle propriété qui donne des idées<br />
pour les capteurs du futur.<br />
17,2 teslas<br />
Les chercheurs de NeuroSpin, centre de<br />
neuro-imagerie implanté dans le centre <strong>CEA</strong> de <strong>Saclay</strong>,<br />
attendaient ce moment depuis longtemps : l’aimant par<br />
résonance magnétique le plus puissant du monde<br />
(17,2 teslas) a été testé avec succès le mois dernier.<br />
Il est destiné à l’étude du cerveau de rongeurs.<br />
140 lycéens à <strong>Saclay</strong><br />
Le 13 septembre dernier a vu le coup d’envoi<br />
de la rentrée 2010 de l’opération « Conduite<br />
accompagnée vers les métiers de la<br />
science » (partenariat <strong>CEA</strong>-Rectorat de Versailles).<br />
140 élèves de 1 ère des deux lycées pilotes (Brétigny<br />
et Saint Michel-sur-Orge) ont assisté à quatre<br />
conférences données par des scientifiques du centre.<br />
Lumières souterraines<br />
Le tunnel de l’ancien accélérateur linéaire de <strong>Saclay</strong><br />
(ALS) à l'Orme des merisiers va connaître une<br />
nouvelle vie. Le conseil d'administration de l'Institut<br />
de la lumière extrême (ILE) a décidé d’y implanter le<br />
laser Apollon qui sera le laser le plus puissant au<br />
monde (10 pétaW, soit 1 million de milliards de watts).<br />
Nucléaire du futur<br />
La vidéo de la conférence Cyclope du 21 septembre<br />
2010 « Vers un nucléaire durable : les systèmes du<br />
futur », par Christophe Béhar, directeur de l'énergie<br />
nucléaire du <strong>CEA</strong> est en ligne.<br />
www-centre-saclay.cea.fr/fr/Vers-un-nucleairedurable-les-systemes-du-futur<br />
Rencontres fondamentales<br />
Les douzièmes rencontres « Physique et Interrogations<br />
Fondamentales » se tiendront le 27 novembre 2010<br />
à la Bibliothèque nationale François Mitterrand. Leur<br />
thème cette année sera : « Aux frontières de la<br />
connaissance, les instruments de l’extrême ». Les<br />
débats seront animés par Marie-Odile Monchicourt.<br />
L'entrée est libre et gratuite, sur inscription préalable.<br />
sfp.in2p3.fr/CP/pifn/fren12.htm<br />
Hommages à G. Charpak<br />
L'histoire des différents laboratoires de physique<br />
fondamentale du <strong>CEA</strong> à <strong>Saclay</strong> s’est écrite en partie<br />
avec Georges Charpak. Quelques-uns de ceux qui ont<br />
croisé sa route livrent leurs souvenirs sur le site<br />
Internet de l’Institut de recherches sur les lois<br />
fondamentales de l’Univers.<br />
irfu.cea.fr/Phocea/Page/index.php?id=346<br />
CENTRE <strong>CEA</strong> DE SACLAY LE JOURNAL<br />
11
ART ET SCIENCE Dynasties pharaoniques<br />
Dynasties pharaoniques<br />
et carbone 14<br />
Une campagne d’envergure internationale de datation par le carbone 14<br />
a fourni pour la première fois des références temporelles absolues pour<br />
les dynasties pharaoniques. La part française de ces mesures a été réalisée<br />
au <strong>CEA</strong>, à <strong>Saclay</strong>.<br />
S<br />
i vous étiez un Égyptien au début du<br />
15 e siècle av. J.-C, vous vous seriez<br />
sûrement repéré dans le temps en fonction<br />
des règnes des pharaons, seule référence<br />
temporelle digne de ce nom. À l’arrivée de<br />
chaque nouveau roi, le compteur était remis à<br />
zéro, ou plutôt à un.<br />
Jusqu'ici les égyptologues s’efforçaient de<br />
construire une chronologie dite relative, en<br />
se basant sur les documents rédigés par les<br />
scribes ou des auteurs grecs. On sait qu’un<br />
pharaon a régné 25 ans, que le suivant s’est<br />
contenté de 12 et ainsi de suite. En additionnant<br />
toutes ces informations, les historiens<br />
espéraient obtenir un calendrier exhaustif.<br />
Ce n’est malheureusement pas toujours le cas.<br />
Entre les périodes troublées (on ignore qui<br />
règne) et les dégâts du temps sur les archives<br />
historiques, les trous sont nombreux.<br />
Une solution à ces lacunes réside dans l’établissement<br />
d’une chronologie absolue. L’idée<br />
germe depuis longtemps dans la tête des historiens,<br />
qui ont utilisé le récit d’évènements<br />
impliquant d’autres civilisations que l’Égypte<br />
(des éruptions volcaniques ou des guerres)<br />
pour les ancrer dans notre calendrier. Pour<br />
corriger les écarts entre la durée de l’année<br />
égyptienne et la nôtre, ils ont aussi étudié des<br />
phénomènes astrophysiques.<br />
Plus de 200 échantillons analysés<br />
Afin de couper court à ces débats, la communauté<br />
scientifique est passée à la vitesse supérieure,<br />
en entreprenant une campagne de<br />
Le B.A.BA de l'échantillon<br />
Pour faire un bon candidat à la datation d’un pharaon, un<br />
échantillon doit remplir trois conditions. Il doit tout d’abord<br />
avoir été vivant. Végétal, animal, peu importe, du moment<br />
qu’il a respiré ou transformé le carbone présent dans<br />
l’atmosphère. On doit ensuite pouvoir l’associer précisément<br />
à un règne. Les informations récoltées lors de sa découverte,<br />
des écritures sur un tombeau par exemple, sont essentielles.<br />
Il faut enfin s’assurer qu’il est contemporain de son<br />
environnement. Un morceau de charbon retrouvé près d’une<br />
urne funéraire peut très bien avoir été brûlé des dizaines<br />
d’années plus tôt. Un bouquet de fleurs coupées, en<br />
revanche, représente l’échantillon idéal. On peut être assuré<br />
qu’il n’a pas eu d’autre usage. À défaut, des graines, des<br />
vanneries ou des tissus sont de bons prétendants.<br />
© DIDIER TOUZEAU / <strong>CEA</strong><br />
12 CENTRE <strong>CEA</strong> DE SACLAY LE JOURNAL<br />
L’accélérateur d’ions du Laboratoire de mesure du carbone 14,<br />
à <strong>Saclay</strong>, permet de dater des échantillons provenant d’êtres vivants,<br />
et vieux de moins de 50 000 ans.
Dynasties pharaoniques ART ET SCIENCE<br />
© ANITA QUILES<br />
/ E14617 / MUSÉE DU<br />
LOUVRE<br />
Une partie du contenu d’une jarre en terre cuite<br />
du cimetière est de Deir el-Médineh, daté du<br />
règne de Thoutmosis III (Louvre n° E 14617) a<br />
également été datée au carbone 14.<br />
© ANITA QUILES /E14477 /MUSÉE DU LOUVRE<br />
Panier provenant du cimetière est<br />
de Deir el-Medineh, daté du règne<br />
de Thoutmosis III. Cet objet appartient<br />
au département des Antiquités<br />
égyptiennes du Louvre (Louvre n° E 14477)<br />
et a été daté au carbone 14.<br />
datation au carbone 14 de grande ampleur.<br />
Pendant trois ans, une équipe internationale<br />
(Grande-Bretagne, France, Autriche, Israël) a<br />
procédé au recueil et à l’analyse de 211 échantillons<br />
fournis par différents musées européens,<br />
dont le département des Antiquités<br />
égyptiennes du Louvre. En France, c’est le<br />
Laboratoire de mesure du carbone 14 de <strong>Saclay</strong><br />
qui s’est lancé dans l’aventure.<br />
Les résultats, qui ont été publiés en juin 2010<br />
dans la revue Science, ne remettent pas radicalement<br />
en cause les connaissances acquises<br />
jusque-là, à quelques détails près. La période<br />
dynastique débute plus tôt dans le troisième<br />
millénaire, le règne de Djoser (le bâtisseur de<br />
la pyramide à degrés de Saqqarah) est avancé<br />
de 60 ans et on sait désormais que le Nouvel<br />
© ANITA QUILES<br />
Empire commence entre 1570 et 1544 av. J.-C.<br />
Les méthodes statistiques employées pour analyser<br />
les résultats ont permis d’atteindre des<br />
précisions respectives de 76, 53 et 24 ans pour<br />
l’Ancien, le Moyen et le Nouvel Empire.<br />
Et la suite ?<br />
L’objectif de tous ces scientifiques est maintenant<br />
de dater des échantillons de manière<br />
systématique, afin d’atteindre l’exhaustivité<br />
tant recherchée. Remonter encore plus loin<br />
dans l’histoire et atteindre aussi les périodes<br />
pré-dynastiques. Ceci nécessite de trouver<br />
d’autres échantillons, de convaincre d'autres<br />
musées d'ouvrir leurs trésors. L'idéal serait<br />
même de traverser la Méditerranée...<br />
Agnès Deslis<br />
Ramesseum, temple de Ramsès II à Louqsor, rive Ouest (19 e dynastie).<br />
Anita Quilès, entre physique nucléaire et hiéroglyphes<br />
À quand remonte sa passion pour l'Égypte ancienne ?<br />
« Depuis que je sais lire, répond-elle, mais j'ai une autre passion : la physique ».<br />
Ceci explique sa thèse de physique nucléaire, qui l’a conduite au Laboratoire de mesure<br />
du carbone 14 et à son outil emblématique : ARTEMIS. C'est elle qui représente la France<br />
dans le projet de datation radiocarbone pour l'Égypte dynastique. Non seulement elle est<br />
capable de dater des échantillons (de lancer les mesures, de les traiter et de les interpréter)<br />
mais c'est encore elle qui réalise les prélèvements au Louvre, sachant analyser les données<br />
historiques permettant de valider la qualité des échantillons. Dans ces conditions, pourquoi<br />
ne pas doubler la mise et attaquer une thèse en égyptologie ? « Je viens de m'inscrire. »<br />
En quoi consiste la datation au carbone 14 ?<br />
Une plante verte, un chat, le voisin, tous les<br />
êtres vivants absorbent et échangent du carbone<br />
avec l’atmosphère environnante ; en respirant du<br />
dioxyde de carbone ou en le transformant via la<br />
photosynthèse. Il n’y a pas qu’un seul type<br />
d’atome de carbone dans notre monde. Il y en<br />
trois : le carbone 12 ( 12 C), ultra majoritaire, le<br />
carbone 13 ( 13 C), plus discret (1 % du carbone<br />
terrestre) et le fameux carbone 14 ( 14 C), très rare<br />
et de surcroît radioactif. C’est cette dernière<br />
propriété qui nous intéresse. Un élément<br />
radioactif finira tôt ou tard par se désintégrer,<br />
c’est-à-dire par se transformer spontanément en<br />
un autre élément. Alors que le carbone 12 reste<br />
du carbone 12. Les êtres vivants échangent<br />
donc tous ces atomes de carbone avec le milieu<br />
environnant, du moins jusqu’à leur mort. Les<br />
échanges cessent alors. Il n’y a donc plus de<br />
nouveau carbone 14 pour reconstituer le stock,<br />
qui va s’amenuiser peu à peu. Le rapport entre<br />
la quantité de 14 C et de 12 C ne fait que diminuer<br />
régulièrement, doucement, en suivant une<br />
courbe que les scientifiques connaissent<br />
précisément. En mesurant ce rapport sur un<br />
échantillon et en le comparant à la courbe, on<br />
peut déterminer depuis quand la substance<br />
analysée est morte et ce pour des âges<br />
remontant jusqu’à 50 000 ans. Une méthode<br />
très efficace pour mesurer le rapport 14 C/ 12 C<br />
consiste à compter un par un le nombre<br />
d’atomes de chaque type présents dans un<br />
échantillon. On utilise pour cela un spectromètre<br />
de masse par accélérateur. Il n’en existe qu’un<br />
en France : c’est l’installation ARTEMIS<br />
commune au <strong>CEA</strong>, au CNRS, à l’IRD 1 , l’IRSN 2 et<br />
au ministère de la Culture et de la communication.<br />
D’une précision redoutable, il permet l’utilisation<br />
de tous petits échantillons.<br />
1/ IRD : Institut de recherche pour le développement.<br />
2/ IRSN : Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire.<br />
CENTRE <strong>CEA</strong> DE SACLAY LE JOURNAL 13
PARCOURS Un jeune chimiste<br />
Thibault Cantat manipule<br />
des composés sensibles<br />
à l’air et à l’eau,<br />
sous atmosphère contrôlée.<br />
© DIDIER TOUZEAU / <strong>CEA</strong><br />
De Los Alamos<br />
à <strong>Saclay</strong><br />
L’Agence nationale de la recherche (ANR) vient d’inaugurer<br />
un programme d’incitation au retour pour de jeunes<br />
chercheurs brillants partis à l’étranger. Thibault Cantat est<br />
l’un de ceux qui ont répondu à l’appel et ont choisi le <strong>CEA</strong><br />
pour revenir en France.<br />
I<br />
l achevait un stage post-doctoral au Laboratoire<br />
national de Los Alamos 1 , dans le<br />
désert du Nouveau Mexique aux États-<br />
Unis, et s’apprêtait à postuler dans une université<br />
américaine quand le programme de l’ANR<br />
a retenu son attention. Plus que des salaires<br />
conformes au standard hexagonal, ce sont des<br />
conditions de travail attractives que l’ANR<br />
valorise auprès des « cerveaux » expatriés.<br />
Thibault Cantat n’a pas hésité, il souhaitait<br />
entrer au <strong>CEA</strong>, il a aussitôt envoyé un dossier<br />
de candidature. « Je n’ai pas eu besoin de solliciter<br />
un salaire parce que le <strong>CEA</strong> m’offrait une<br />
embauche immédiate, détaille Thibault Cantat.<br />
Le budget accordé par l’ANR est loin d’être négligeable<br />
puisqu’il finance notamment 220 000 ?<br />
d’équipement, une thèse pendant 3 ans et un<br />
stage post-doctoral de 18 mois. » De quoi se<br />
consacrer entièrement à ses recherches : le<br />
recyclage chimique du CO2. Transformer en<br />
carburant ou en plastique le principal fauteur<br />
de trouble du réchauffement climatique, quelle<br />
magnifique ambition !<br />
Comme un explorateur<br />
Comment est-il arrivé à ce niveau d’excellence<br />
? « J’ai été attiré par le côté explorateur du<br />
scientifique, analyse le jeune chimiste. En sciences,<br />
on peut s’appuyer sur une base solide qui<br />
permet d’aller plus loin. Faire des choses que personne<br />
n’a jamais faites, c’est motivant. Le succès<br />
d’un de mes frères à Normale Sup Lyon, en<br />
maths, a conforté ma vocation. Je me suis dit que<br />
c’était une voie possible pour moi aussi. » Et de<br />
fait, Thibault Cantat intègre Normale Sup à<br />
Paris, mais opte pour la chimie. « J’apprécie de<br />
pouvoir produire quelque chose de palpable et si<br />
l’on compare la chimie à la physique, une manip<br />
se fait vite. En deux ou trois jours, on peut tester<br />
une idée ! J’aime bien ce passage de l’idée à sa<br />
réalisation concrète. » Il effectue sa thèse dans<br />
un laboratoire de l’École polytechnique sur<br />
une nouvelle classe de composés associant<br />
atomes de carbone et de métal avant de mettre<br />
le cap outre Atlantique et découvrir la chimie<br />
de l’uranium.<br />
Recherche fondamentale<br />
et question pratique<br />
« Après mon doctorat, je tenais à poursuivre<br />
expérimentation et théorie, avec un dosage<br />
60 % - 40 %, se souvient Thibault Cantat. C’est<br />
peu courant en chimie où les chercheurs sont<br />
soit expérimentateurs, soit théoriciens. Et c’est ce<br />
critère qui m’a conduit à de grands organismes<br />
de recherche comme Los Alamos ou le <strong>CEA</strong>. Là<br />
où les équipes de recherche comptent assez de<br />
permanents pour que les deux types de profils<br />
soient représentés. »<br />
Autre passerelle entre deux « mondes » : il définit<br />
sa recherche comme fondamentale alors<br />
même qu’elle se nourrit d’une question pratique,<br />
à fort impact sociétal. Comment valoriser<br />
un gaz à la solide réputation de déchet ultime ?<br />
« En recherche, on apprend quelque chose qui<br />
peut toujours avoir de l’intérêt dans un autre<br />
contexte. Il n’y a pas de dichotomie entre fondamental<br />
et appliqué. Il faut que ces deux sensibilités<br />
soient réunies pour que toute la chaîne<br />
fonctionne. Comme ici, au <strong>CEA</strong>. »<br />
1/ Ce laboratoire a été fondé en 1943 pour le projet<br />
Manhattan de développement des premières armes<br />
atomiques. Aujourd’hui rattaché au Department Of<br />
Energy, il compte près de 9 000 salariés.<br />
14 CENTRE <strong>CEA</strong> DE SACLAY LE JOURNAL
Un précieux antidote BIOTERRORISME<br />
Précieux antidote contre<br />
la ricine<br />
Les scientifiques aussi sont mobilisés dans la lutte contre le bioterrorisme.<br />
Une collaboration incluant des chercheurs du <strong>CEA</strong> vient ainsi de découvrir<br />
les premières molécules efficaces contre la toxicité de la ricine, un agent<br />
biologique à risque particulièrement surveillé.<br />
De nombreux pays considèrent le bioterrorisme<br />
comme une éventualité non<br />
négligeable. Toutes sortes d’agents<br />
infectieux pourraient être utilisées à des fins<br />
terroristes comme par exemple la ricine. « Nous<br />
nous sommes intéressés à cette substance pour<br />
son potentiel de dangerosité mais aussi parce<br />
qu’elle répond à certains critères de risque,<br />
comme le fait qu’il soit relativement facile de s’en<br />
procurer » explique Julien Barbier, l’un des<br />
chercheurs du <strong>CEA</strong> impliqués dans ces travaux.<br />
La ricine est en effet extraite du ricin, une<br />
plante largement répandue dans toutes les<br />
régions du monde. Elle agit comme un poison<br />
© JULIEN BARBIER / <strong>CEA</strong><br />
Graines de ricin.<br />
Recherche d'inhibiteurs de la ricine<br />
par test de cytotoxicité.<br />
Le ricin commun (Ricinus communis) est un arbrisseau<br />
d'origine tropicale de la famille des euphorbiacées. C'est<br />
la source de l'huile de ricin, qui a diverses applications,<br />
et de la ricine, un poison.<br />
© DANIEL GILLET / <strong>CEA</strong><br />
© C.DUPONT / <strong>CEA</strong><br />
Un programme national de lutte<br />
contre le bioterrorisme<br />
Le programme interministériel de R&D<br />
NRBC-E a été lancé en 2005 sous l’égide<br />
du Secrétariat général de la défense et<br />
de la sécurité nationale (SGDSN). Il a été<br />
confié au <strong>CEA</strong> et le plan d’action est<br />
élaboré dans le cadre d’une cellule<br />
exécutive <strong>CEA</strong>-DGA. Il vise à développer<br />
des briques technologiques nécessaires à<br />
la mise au point de moyens de détection,<br />
d’intervention, de réhabilitation et de<br />
traitement des victimes.<br />
et entraîne la mort de la personne exposée en<br />
3 à 5 jours, aucun traitement n’étant pour<br />
l’instant disponible. D’où l’importance de la<br />
découverte faite par l’équipe du <strong>CEA</strong>.<br />
16 500 composés testés<br />
Premier objectif des chercheurs : comprendre<br />
le mécanisme d’action de cette protéine d’un<br />
genre particulier. « La particularité des toxines<br />
est d’être capables de détourner à leur profit les<br />
voies que la cellule utilise normalement pour son<br />
bon fonctionnement ». Difficile donc de les bloquer<br />
sans inhiber des fonctions vitales de la cellule.<br />
Une façon d’y parvenir est d’identifier des<br />
molécules capables d’agir de façon très ciblée.<br />
C’est ce qu’ont réussi à faire les chercheurs en<br />
réalisant un criblage de grande ampleur à partir<br />
d’une banque de pas moins de 16 500 composés<br />
chimiques. Deux molécules, Rétro-1 et<br />
Rétro-2, se sont révélées être de bonnes candidates,<br />
bloquant l’action de la ricine sur les cellules<br />
en culture. Mieux encore, il s’est avéré<br />
que l’injection de Rétro-2 à des souris, une<br />
heure avant une inhalation habituellement<br />
mortelle de ricine, permettait de les sauver.<br />
Ces travaux ont été réalisés dans le cadre du<br />
programme interministériel de R&D NRBC-E<br />
(encadré), en collaboration avec des chercheurs<br />
de l’Institut Curie, du CNRS, de l’Afssaps 1 et de<br />
l’Université de Montpellier. Leur portée pourrait<br />
dépasser le strict cadre du bioterrorisme<br />
puisque ces molécules pourraient aussi aider à<br />
traiter des infections alimentaires à colibacilles,<br />
des shigelloses ou encore le choléra.<br />
Gaëlle Degrez<br />
1/ Afssaps : Agence française de sécurité sanitaire des<br />
produits de santé.<br />
CENTRE <strong>CEA</strong> DE SACLAY LE JOURNAL<br />
15
Dans le film Avatar,<br />
les montagnes flottent<br />
au-dessus du sol.<br />
On dit qu’elles lévitent.<br />
Ici, Roland Lehoucq<br />
fait léviter un aimant.<br />
© DIDIER TOUZEAU / <strong>CEA</strong><br />
CONFÉRENCE CYCLOPE JUNIORS MARDI 30 NOVEMBRE 2010<br />
INFOS PRATIQUES<br />
Accès / ouvert à tous, entrée gratuite.<br />
Lieu / Institut national des sciences et techniques<br />
nucléaires. Entrée est du centre (voir plan d’accès<br />
ci-dessous).<br />
Date et heure / mardi 30 novembre 2010 à 20 heures.<br />
Organisation et renseignements / Centre <strong>CEA</strong> de<br />
<strong>Saclay</strong>, Unité communication. Tél. 01 69 08 52 10.<br />
Adresse postale : 91191 Gif-sur-Yvette Cedex.<br />
Par Roland Lehoucq, chercheur au Service d’astrophysique, centre <strong>CEA</strong> de <strong>Saclay</strong>.<br />
Le monde d’Avatar<br />
est-il réaliste ?<br />
Pandora, la planète où se déroule<br />
l'action du film Avatar, a fait rêver des millions<br />
de spectateurs. Les qualités esthétiques de ce<br />
film sont manifestes, mais certaines scènes ont<br />
un air de déjà-vu. Son exotisme est-il pure<br />
imagination où est-il ancré dans des<br />
connaissances scientifiques ?<br />
Le système planétaire particulier de Pandora<br />
est-il envisageable ? Sa faune, sa flore, ses<br />
merveilles géologiques sont-elles crédibles ?<br />
Dans cette conférence, nous examinerons toutes<br />
les curiosités du film de James Cameron.<br />
En utilisant<br />
les outils de la<br />
science pour<br />
décrypter<br />
certaines scènes du<br />
film, nous mènerons<br />
aussi une enquête : quelle est la taille de<br />
Pandora ? Dans quelle région vit la tribu<br />
Na'vis au centre de l'intrigue ?<br />
Ce questionnement transforme le spectateur en<br />
acteur très proche de l'astrophysicien qui, pour<br />
interroger l'univers, n'a d'autres sources que<br />
la lumière des astres captée par ses instruments.<br />
Au terme de l'enquête, son monde sera<br />
transformé.<br />
Pour en savoir plus :<br />
http://irfu.cea.fr/Sap et http://herschel.cea.fr<br />
www-centre-saclay.cea.fr<br />
Centre <strong>CEA</strong> de <strong>Saclay</strong> Le Journal / N° <strong>49</strong> / 4 ème trimestre 2010 / Éditeur <strong>CEA</strong> (Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives)<br />
Centre de <strong>Saclay</strong> 91191 Gif-sur-Yvette Cedex / Directeur Yves Caristan / Directrice de la publication Danièle Imbault / Rédacteur en chef Christophe Perrin<br />
Rédactrice en chef adjointe Sophie Martin / avec la participation d’Émilie Gillet, Gaëlle Degrez et François Bugeon. Conception graphique Efil communication (www.efil.fr).<br />
N° ISSN 1276-2776 Centre <strong>CEA</strong> de <strong>Saclay</strong>. / Droits de reproduction, textes et illustrations réservés pour tous pays.<br />
Impression Gibert-Clarey, imprimeur labellisé Imprim’vert (charte pour la réduction de l’impact environnemental, la traçabilité et le traitement des déchets).<br />
Papier certifié PEFC / 10-31-1073 (garantie d’une gestion durable des ressources forestières).