Journal de Saclay n°20 - CEA Saclay
Journal de Saclay n°20 - CEA Saclay
Journal de Saclay n°20 - CEA Saclay
Transformez vos PDF en papier électronique et augmentez vos revenus !
Optimisez vos papiers électroniques pour le SEO, utilisez des backlinks puissants et du contenu multimédia pour maximiser votre visibilité et vos ventes.
A VRIL 2003 > N°20<br />
Centre <strong>CEA</strong> <strong>de</strong> <strong>Saclay</strong><br />
LE JOURNAL<br />
DOSSIER SPÉCIAL<br />
QUELLES ÉNERGIES POUR DEMAIN ?<br />
Énergies fossiles, renouvelables, nucléaire, hydrogène ;<br />
Le centre <strong>CEA</strong> <strong>de</strong> <strong>Saclay</strong> au cœur <strong>de</strong> la recherche ;<br />
Énergies, effet <strong>de</strong> serre, climat.
Éditorial<br />
Éditeur<br />
<strong>CEA</strong> (Commissariat<br />
à l’énergie atomique)<br />
Centre <strong>de</strong> <strong>Saclay</strong><br />
91191 Gif-sur-Yvette Ce<strong>de</strong>x<br />
Directeur<br />
Jean-Pierre Pervès<br />
Directeur <strong>de</strong> la publication<br />
Yves Bourlat<br />
Rédacteur en chef<br />
Christophe Perrin<br />
Rédactrice en chef adjointe<br />
Sophie Astorg<br />
Ont également participé<br />
à ce numéro<br />
Fanny Bazile,<br />
Jean-Marc Borgard,<br />
Jean-Marc Cap<strong>de</strong>villa,<br />
Anne-Marie Gendre Peter,<br />
Luciano Giancarli,<br />
Nathalie Le Bars,<br />
Patrick Mauchien,<br />
Isabelle Mau<strong>de</strong>z,<br />
Didier Moulin,<br />
Jean Poitou,<br />
Jean-Louis Seran,<br />
Marc Serre<br />
Iconographie<br />
Chantal Fuseau<br />
Conception graphique<br />
Mazarine<br />
2, square Villaret <strong>de</strong> Joyeuse<br />
75017 Paris<br />
Tél. : 01 58 05 49 25<br />
Crédits photos<br />
ADEME<br />
Astorg Sophie<br />
Charbonnages <strong>de</strong> France<br />
<strong>CEA</strong><br />
<strong>CEA</strong>-Fuseau<br />
<strong>CEA</strong>-Gonin<br />
CNRS photothèque,<br />
Laurence Médard<br />
ESA<br />
COGEMA<br />
COGEMA/Ph. Lesage<br />
Gendre-Peter Anne-Marie<br />
©Médiathèque<br />
Gaz <strong>de</strong> France : Blond Yves;<br />
Hautemanière Noël<br />
©Médiathèque<br />
Gaz <strong>de</strong> France /<br />
MPA Corporate / Charriau D.<br />
Médiathèque EDF<br />
TotalFinaElf<br />
Commission paritaire<br />
N° ISSN 1276-2776<br />
Centre <strong>CEA</strong> <strong>de</strong> <strong>Saclay</strong><br />
Droits <strong>de</strong> reproduction,<br />
texte et illustrations<br />
réservés pour tous pays<br />
Sommaire n° 20<br />
Éditorial. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . page 2<br />
La politique énergétique française . . . . page 4<br />
L’électricité en France . . . . . . . . . . . . . . page 6<br />
Bouquet d’énergies à la française . . . . page 7<br />
Les énergies fossiles . . . . . . . . . . . page 7<br />
L’énergie nucléaire . . . . . . . . . . . . page 12<br />
Les énergies renouvelables . . . . . page 18<br />
L’hydrogène . . . . . . . . . . . . . . . . . page 22<br />
Effet <strong>de</strong> serre - climat . . . . . . . . . . . . . page 24<br />
Pour conclure . . . . . . . . . . . . . . . . . . . page 30<br />
Les<br />
Français<br />
ayant souhaité<br />
une meilleure information<br />
sur la politique<br />
<strong>de</strong> l’énergie <strong>de</strong><br />
notre pays et ses<br />
enjeux et une plus<br />
1<br />
gran<strong>de</strong> transparence<br />
<strong>de</strong>s choix avec la possibilité d’y participer,<br />
le Premier Ministre a annoncé l’organisation<br />
d’un grand débat sur les<br />
énergies.<br />
Son objectif est triple : répondre aux<br />
questions <strong>de</strong>s Français, recueillir leurs<br />
avis et propositions, les sensibiliser à<br />
l’importance <strong>de</strong> leurs propres comportements,<br />
en tant que premiers acteurs<br />
<strong>de</strong> la <strong>de</strong>man<strong>de</strong> énergétique.<br />
Ce débat, qui a débuté en mars et va se<br />
prolonger jusqu’en juin 2003 dans tout<br />
le pays, doit éclairer et nourrir le projet<br />
<strong>de</strong> loi d’orientation sur les énergies que<br />
le Gouvernement présentera au<br />
Parlement au second semestre.<br />
Référence mondiale dans le domaine<br />
<strong>de</strong> l’énergie, en particulier la recherche<br />
électronucléaire, le <strong>CEA</strong> consacre également<br />
un important effort visant à rendre<br />
compétitives <strong>de</strong> nouvelles solutions<br />
énergétiques : programme hydrogène,<br />
programme photovoltaïque, domaine<br />
<strong>de</strong>s économies d’énergie et <strong>de</strong> l’amélioration<br />
<strong>de</strong>s ren<strong>de</strong>ments <strong>de</strong>s systèmes<br />
<strong>de</strong> production d’énergie, etc.<br />
Il nous a semblé important <strong>de</strong> présenter<br />
aux lecteurs du « <strong>Journal</strong> du centre<br />
<strong>CEA</strong> <strong>de</strong> <strong>Saclay</strong> » <strong>de</strong>s informations factuelles<br />
et synthétiques sur la situation<br />
<strong>de</strong> la France dans l’espace énergétique<br />
mondial, afin que chacun puisse se forger<br />
une opinion sur ce sujet complexe<br />
avec le recul nécessaire, assorties <strong>de</strong><br />
précisions sur les travaux menés dans<br />
notre centre.<br />
Une inégalité<br />
qui ne peut perdurer<br />
Économies d’énergies, gisements d’énergie<br />
seront au cœur du débat mais il<br />
me semble important <strong>de</strong> rappeler en<br />
préambule trois points essentiels :<br />
Deux milliards et <strong>de</strong>mi d’hommes peuplaient<br />
la planète en 1950. Nous sommes<br />
six milliards aujourd’hui et serons<br />
très probablement huit milliards à<br />
l’horizon <strong>de</strong> 2025.<br />
Notre civilisation a bâti sa puissance sur<br />
la consommation d’énergie, mais un<br />
Africain consomme trente cinq fois<br />
moins d’énergie qu’un Américain du<br />
Nord, un Indien 20, un Chinois dix.<br />
Cette inégalité ne peut perdurer et les<br />
besoins <strong>de</strong>s uns seront bien plus élevés<br />
que les économies que pourront réaliser<br />
les autres sans mettre leurs économies<br />
en péril.<br />
Les prévisions les plus réalistes évaluent<br />
à 50 % l’augmentation <strong>de</strong> la<br />
2<br />
3
consommation mondiale d’énergie<br />
dans le prochain quart <strong>de</strong> siècle : c’est<br />
relativement peu quand on se souvient<br />
qu’il y aura <strong>de</strong>ux milliards d’habitants en<br />
plus et tant <strong>de</strong> besoins insatisfaits.<br />
Un enjeu géopolitique<br />
Un autre angle <strong>de</strong> vue révèle la fragilité<br />
du marché <strong>de</strong> l’énergie. Les réserves en<br />
combustibles fossiles commodément<br />
exploitables sont relativement peu<br />
abondantes : une génération et <strong>de</strong>mi<br />
pour le pétrole, <strong>de</strong>ux pour le gaz et huit<br />
et <strong>de</strong>mi pour le charbon. On imagine<br />
aisément que les tensions sur ces marchés<br />
<strong>de</strong>vraient <strong>de</strong>venir très fortes dès<br />
les prochaines décennies car seuls resteront<br />
grands exportateurs <strong>de</strong> gaz et<br />
pétrole, à ce terme, le Moyen Orient et<br />
la Sibérie. La contribution <strong>de</strong> ces combustibles<br />
au marché <strong>de</strong> l’énergie, 87 %<br />
aujourd’hui, va fatalement diminuer,<br />
mais leurs qualités intrinsèques sont si<br />
élevées que leur commerce restera un<br />
enjeu géopolitique majeur.<br />
Faire feu <strong>de</strong> tout bois<br />
En <strong>de</strong>rnier lieu, le dérèglement climatique<br />
annoncé par les spécialistes <strong>de</strong> la<br />
climatologie vient rendre encore plus<br />
complexe une situation potentiellement<br />
explosive à moyen terme. La quantité <strong>de</strong><br />
gaz carbonique dans l’atmosphère a<br />
augmenté <strong>de</strong> plus <strong>de</strong> 20 % <strong>de</strong>puis un<br />
siècle, et elle dépasse largement les plus<br />
hauts niveaux <strong>de</strong>s 400000 <strong>de</strong>rnières<br />
années. Il est inéluctable qu’elle aura<br />
doublé avant la fin du siècle, avec <strong>de</strong>s<br />
conséquences difficiles à évaluer sur les<br />
climats locaux et le niveau <strong>de</strong>s mers.<br />
Face aux besoins et à ces risques, <strong>de</strong>s<br />
efforts massifs seront nécessaires en<br />
matière d’efficacité énergétique, mais ils<br />
<strong>de</strong>vront être conduits avec sagesse<br />
pour ne pas ruiner nos économies et<br />
nos pays. Ils nécessiteront <strong>de</strong>s investissements<br />
colossaux, tant dans le domaine<br />
<strong>de</strong>s transports que dans ceux <strong>de</strong><br />
l’habitat et <strong>de</strong> l’industrie. Il faudra donner<br />
du temps au temps et faire feu <strong>de</strong><br />
tout bois.<br />
Jean-Pierre Pervès<br />
Directeur du centre <strong>CEA</strong> <strong>de</strong> <strong>Saclay</strong><br />
Consommation mondiale<br />
d’énergies primaires* - 2001<br />
* voir page 5<br />
nucléaire : 6,6 %<br />
charbon : 24,7 %<br />
hydraulique : 6,5 %<br />
(source « BP statistical review »)<br />
Le mon<strong>de</strong> est dominé par les énergies<br />
fossiles, or leur répartition est inégale<br />
sur la planète, les prix sont variables,<br />
les ressources bon marché sont appelées<br />
à se raréfier.<br />
pétrole : 38,5 %<br />
gaz naturel : 23,7 %<br />
Consommation mondiale<br />
d’énergie par habitant - 1999<br />
tep (tonne équivalent pétrole)<br />
9<br />
8<br />
8,2<br />
Ordre <strong>de</strong> gran<strong>de</strong>ur <strong>de</strong> la durée <strong>de</strong>s réserves<br />
mondiales connues (sur la base <strong>de</strong>s consommations <strong>de</strong> 2001)<br />
7<br />
6<br />
5<br />
4<br />
4,1<br />
4,4<br />
4,1<br />
3,8<br />
et après ?<br />
3<br />
2<br />
1,6<br />
charbon<br />
8,5 générations<br />
gaz naturel<br />
2 générations<br />
Les durées <strong>de</strong> vie <strong>de</strong>s réserves d’énergies fossiles ainsi quantifiées s’enten<strong>de</strong>nt<br />
dans les conditions actuelles <strong>de</strong>s possibilités technologiques et <strong>de</strong>s marchés.<br />
La notion <strong>de</strong> réserve est liée à d’éventuels progrès technologiques et au prix que<br />
veut bien mettre le consommateur pour avoir accès à la ressource. Lorsque le<br />
prix d’achat augmente, certaines ressources qui n’étaient pas économiquement<br />
rentables le <strong>de</strong>viennent, et les réserves augmentent d’autant.<br />
(Génération : intervalle <strong>de</strong> temps estimé à 30 ans environ)<br />
1 Jean-Pierre Pervès.<br />
2 Un Américain du Nord consomme près<br />
<strong>de</strong> soixante fois plus d’énergie<br />
qu’un Bangladais.<br />
pétrole<br />
1,5 génération<br />
3 Une telle inégalité face à la consommation<br />
d’énergie ne peut perdurer.<br />
1<br />
0<br />
0,14<br />
0,24<br />
0,48<br />
0,87<br />
Bangla<strong>de</strong>sh<br />
Congo<br />
In<strong>de</strong><br />
Chine<br />
Mon<strong>de</strong><br />
Japon<br />
France<br />
Allemagne<br />
U. E.<br />
U. S. A.<br />
(source « Banque Mondiale »)<br />
Si, pour les pays industrialisés, la <strong>de</strong>man<strong>de</strong><br />
en énergie, après avoir fortement augmenté,<br />
se stabilise et diminuera sans doute<br />
légèrement grâce à une meilleure efficacité<br />
énergétique, celle <strong>de</strong>s pays en voie<br />
<strong>de</strong> développement est en pleine croissance.<br />
Deux milliards d’individus n’ont pas encore<br />
accès à l’électricité.<br />
3
La politique énergétique française<br />
LA POLITIQUE ÉNERGÉTIQUE FRANÇAISE<br />
TROIS EXIGENCES MAJEURES<br />
Le projet <strong>de</strong> loi d’orientation sur les énergies que va<br />
présenter le Gouvernement vise à apporter <strong>de</strong>s<br />
réponses appropriées aux trois exigences majeures<br />
L<br />
a politique énergétique française menée <strong>de</strong>puis les<br />
années 1970 a eu pour objectif une meilleure maîtrise<br />
<strong>de</strong>s consommations et le développement <strong>de</strong> filières <strong>de</strong><br />
productions nationales, notamment les centrales électriques<br />
nucléaires et hydrauliques, et dans une moindre<br />
mesure, la géothermie et les biocarburants.<br />
En <strong>de</strong>venant le premier producteur d’énergie nucléaire en<br />
Europe, tout en étant le premier producteur d’énergies<br />
renouvelables (essentiellement hydraulique) la France a<br />
pu maîtriser son recours aux combustibles importés.<br />
Indépendance énergétique<br />
et diversification<br />
Le taux <strong>de</strong> couverture global <strong>de</strong> nos besoins énergétiques<br />
est ainsi passé <strong>de</strong> 26 % en 1973 à 50 %, et nos sources<br />
d’approvisionnement ont été diversifiées. La sensibilité <strong>de</strong><br />
notre économie aux fluctuations <strong>de</strong>s prix pétroliers est<br />
donc moindre, mais elle a changé <strong>de</strong> nature : nos mo<strong>de</strong>s<br />
<strong>de</strong> vie et notre économie dépen<strong>de</strong>nt davantage du secteur<br />
<strong>de</strong>s transports, lui-même <strong>de</strong>venu dépendant à plus<br />
<strong>de</strong> 90 % du pétrole.<br />
que sont : la protection <strong>de</strong> l’environnement, l’indépendance<br />
énergétique, la compétitivité <strong>de</strong> notre économie<br />
dans le cadre d’un développement durable.<br />
Cette politique énergétique a également conduit à diversifier<br />
nos sources d’approvisionnement en énergies fossiles:<br />
en gaz avec quatre pays fournisseurs majeurs et en pétrole,<br />
même si nous dépendons encore à 40 % <strong>de</strong>s pays <strong>de</strong><br />
l’OPEP (Organisation <strong>de</strong>s pays exportateurs <strong>de</strong> pétrole).<br />
Concernant le charbon, la France a choisi <strong>de</strong> réduire<br />
fortement sa production nationale et sa consommation,<br />
particulièrement polluante.<br />
Parallèlement, <strong>de</strong>s entreprises françaises <strong>de</strong> stature internationale<br />
se sont déployées dans les <strong>de</strong>ux secteurs <strong>de</strong><br />
l’électricité et <strong>de</strong>s produits pétroliers.<br />
Une politique globale<br />
<strong>de</strong> développement durable<br />
La France doit aujourd’hui faire face à trois grands défis.<br />
Le risque d’un dérèglement climatique majeur dont est<br />
responsable la combustion <strong>de</strong>s trois ressources fossiles,<br />
le charbon, le gaz et le pétrole, encourage à en réduire<br />
l’usage, alors même que la France est déjà l’un <strong>de</strong>s pays<br />
industrialisés les plus performants en la matière.<br />
L’émergence d’un marché unique et ouvert <strong>de</strong> l’énergie au<br />
niveau européen suppose d’adapter les moyens <strong>de</strong> régulation<br />
dont dispose l’État, <strong>de</strong> développer fortement les interconnexions<br />
transfrontalières et <strong>de</strong> veiller à ne pas se laisser<br />
dominer par la recherche d’une rentabilité à court terme.<br />
Enfin, la sécurité d’approvisionnement reste parfaitement<br />
d’actualité pour faire face à une instabilité géopolitique<br />
accrue et à la croissance prévisible et légitime <strong>de</strong> la<br />
<strong>de</strong>man<strong>de</strong> d’énergie, notamment fossile, en provenance<br />
<strong>de</strong>s pays en voie <strong>de</strong> développement, alors même que la<br />
production d’hydrocarbures atteindra vraisemblablement<br />
un plafond d’ici 30 ans.<br />
1<br />
1<br />
Un développement durable passe par la maîtrise <strong>de</strong> la consommation et par<br />
<strong>de</strong>s économies d’énergie. D’importants programmes ont été mis en œuvre<br />
pour créer <strong>de</strong>s appareils et <strong>de</strong>s véhicules « sobres », pour isoler les bâtiments,<br />
etc. On se souvient notamment <strong>de</strong> la « chasse au gaspi ». L’industrie<br />
fournit également <strong>de</strong> gros efforts pour diminuer sa facture énergétique.
Consommation française<br />
d’énergies primaires - 1970 / 2001<br />
Mtep (Millions <strong>de</strong> tonnes équivalent pétrole)<br />
120<br />
100<br />
80<br />
60<br />
40<br />
charbon<br />
pétrole<br />
gaz naturel<br />
nucléaire<br />
hydraulique<br />
autres énergies<br />
renouvelables<br />
Reconnaître l’énergie<br />
sous toutes ses formes<br />
« Les diverses formes d’énergie peuvent – au<br />
moins partiellement – se transformer les unes en<br />
les autres. C’est cette possibilité qui a permis <strong>de</strong><br />
reconnaître, sous <strong>de</strong>s phénomènes d’apparence<br />
aussi différente que la chute d’eau, le vent, le<br />
coup <strong>de</strong> poing dans la figure, le travail <strong>de</strong> la bête<br />
<strong>de</strong> somme, la combustion <strong>de</strong> la houille ou <strong>de</strong><br />
l’essence, la présence d’une gran<strong>de</strong>ur unique :<br />
l’énergie ». (Le trésor, dictionnaire <strong>de</strong>s sciences.<br />
Sous la direction <strong>de</strong> Michel Serres et Nayla<br />
Farouki. Flammarion, 1997)<br />
20<br />
0<br />
1970 2001<br />
(source DGEMP, Observatoire <strong>de</strong> l’Énergie)<br />
La consommation est passée <strong>de</strong> 146 millions <strong>de</strong> tep en 1970 à 269 millions <strong>de</strong> tep<br />
en 2001. Le volume <strong>de</strong> consommation <strong>de</strong> toutes les énergies a augmenté, sauf pour<br />
le charbon. L’augmentation <strong>de</strong> consommation <strong>de</strong> pétrole a été jugulée grâce à l’apport<br />
du nucléaire.<br />
Repères<br />
Une famille composée <strong>de</strong> 2 adultes et <strong>de</strong> 2 enfants<br />
consomme en un an l’équivalent <strong>de</strong> 20000 litres<br />
<strong>de</strong> pétrole, soit 55 litres par jour.<br />
À l’échelle du pays, il faut 30 jours d’exportation<br />
tous produits confondus par an pour payer les<br />
importations d’énergie.<br />
Énergie primaire<br />
Une énergie primaire n’a subi aucune conversion<br />
entre la production et la consommation :<br />
c’est le cas, par exemple, du pétrole, du charbon,<br />
du gaz naturel, <strong>de</strong> l’électricité d’origine nucléaire<br />
ou hydraulique.<br />
Consommation française d’énergies<br />
primaires par secteur - 2000<br />
Autres : 16,3 %<br />
Transport : 20,9 %<br />
Industrie : 22,5 %<br />
Agriculture : 1,3 %<br />
Rési<strong>de</strong>ntiel et tertiaire<br />
commercial : 39 %<br />
Unités et équivalences<br />
Pour le physicien, l’énergie se mesure en Joules (J).<br />
L’électricien préfère le Watt-heure, une énergie<br />
<strong>de</strong> 1 J par secon<strong>de</strong> pendant une heure,<br />
soit 1 Wh = 3600 J.<br />
Pour comparer les énergies, il est d’usage <strong>de</strong> les<br />
rapporter à l’énergie fournie par le pétrole brut,<br />
la tonne équivalent pétrole (tep). Sa valeur est fixée<br />
à 41,85 milliards <strong>de</strong> Joules.<br />
Complexes, les facteurs permettant le passage<br />
entre kiloWatt-heures et tep reposent sur <strong>de</strong>s<br />
conventions : celles-ci dépen<strong>de</strong>nt du ren<strong>de</strong>ment<br />
<strong>de</strong> conversion d’une énergie en une autre et aussi<br />
<strong>de</strong> l’angle <strong>de</strong> vue, celui <strong>de</strong> la production<br />
d’énergies primaires ou bien <strong>de</strong><br />
la consommation finale.<br />
DGEMP<br />
De très nombreuses données citées dans ces pages<br />
proviennent <strong>de</strong> la DGEMP (Direction Générale <strong>de</strong><br />
l’Énergie et <strong>de</strong>s Matières Premières), qui dépend du<br />
ministère <strong>de</strong> l’Économie.<br />
(source DGEMP, Observatoire <strong>de</strong> l’énergie)<br />
Les transports occupent une place <strong>de</strong> plus en plus importante. Ils font essentiellement<br />
appel au pétrole. Les proportions sont sensiblement équivalentes dans tous les pays<br />
industrialisés.<br />
5
L’électricité en France<br />
En France, la base <strong>de</strong> la production (les trois quarts<br />
en moyenne sur l’année) est assurée par le parc<br />
<strong>de</strong> centrales nucléaires, dédié entièrement à l’électricité,<br />
auquel s’ajoutent les énergies non régulières<br />
que sont l’éolien et le solaire photovoltaïque, quand<br />
elles sont reliées au réseau. Aux heures <strong>de</strong> pointe <strong>de</strong><br />
consommation, il est nécessaire <strong>de</strong> recourir à <strong>de</strong>s<br />
moyens <strong>de</strong> production complémentaires, rapi<strong>de</strong>s<br />
à mettre en œuvre : l’hydraulique joue ce rôle, ainsi<br />
que les centrales thermiques au gaz et au charbon.<br />
Dans les sites isolés, ou non reliés au réseau<br />
national, l’éolien, le photovoltaïque et la géothermie<br />
électrogène peuvent être utilisés économiquement<br />
avec un secours assuré par les énergies<br />
fossiles. Au plan national, la production d’électricité<br />
à partir <strong>de</strong> pétrole est très marginale.<br />
thermique<br />
classique : 9 %<br />
(charbon, gaz)<br />
6<br />
Une <strong>de</strong>man<strong>de</strong> en hausse<br />
L’électricité peut être facilement transportée sur <strong>de</strong> longues<br />
distances, mais elle ne peut être stockée en gran<strong>de</strong>s<br />
quantités. Ce problème <strong>de</strong> stockage oblige à surdimensionner<br />
les moyens <strong>de</strong> production pour pouvoir répondre<br />
aux fluctuations importantes <strong>de</strong> la <strong>de</strong>man<strong>de</strong>. Les investissements<br />
nécessaires pour produire et distribuer l’électricité<br />
en font une industrie très capitalistique.<br />
La consommation mondiale d’électricité augmente plus<br />
vite que celle <strong>de</strong> l’ensemble <strong>de</strong>s énergies. En France,<br />
l’industrie, qui consomme un tiers <strong>de</strong> l’électricité nationale,<br />
et les secteurs rési<strong>de</strong>ntiel et tertiaire, pour l’électroménager,<br />
le chauffage, l’eau chau<strong>de</strong>, en sont <strong>de</strong>venus les<br />
principaux usagers.<br />
Production égale consommation<br />
En l’absence <strong>de</strong> stockage, la production et la consommation<br />
doivent être équilibrées : c’est la tâche dévolue à l’entreprise<br />
chargée d’acheminer l’électricité chez les clients<br />
d’EDF à travers <strong>de</strong>s réseaux complexes. Les pertes en<br />
Origine <strong>de</strong> l’électricité<br />
en France - 2001<br />
nucléaire : 76 %<br />
hydraulique : 15 %<br />
(source RTE, gestionnaire du réseau <strong>de</strong> transport d’électricité)<br />
lignes par échauffement atteignent 5 à 10 % <strong>de</strong> la production.<br />
Pour limiter ce phénomène, le transport <strong>de</strong> l’électricité<br />
s’effectue à la plus haute tension possible.<br />
Une politique incitative pour les<br />
énergies renouvelables<br />
Les énergies renouvelables bénéficient d’un soutien financier<br />
<strong>de</strong> l’État pour asseoir leur développement. Ainsi, par<br />
exemple, EDF est-elle tenue d’acheter l’électricité produite<br />
par les éoliennes 8,38 centimes d’euro le kWh les cinq<br />
premières années <strong>de</strong> fonctionnement <strong>de</strong> l’installation.<br />
Coûts comparés du kWh en centimes d’euro (hors taxe).<br />
Source DGEMP<br />
ÉNERGIES RENOUVELABLES :<br />
Biomasse : . . . . . . . . . . . . . . . . . 5 à 15<br />
Éolien : . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 5 à 13<br />
Photovoltaïque : . . . . . . . . . . . . 25 à 125<br />
Hydraulique : . . . . . . . . . . . . . . . 2 à 10<br />
Géothermie : . . . . . . . . . . . . . . . . 2 à 10<br />
Énergie marémotrice : . . . . . . . . . 8 à 15<br />
ÉNERGIES NON RENOUVELABLES :<br />
Nucléaire : . . . . . . . . . . . . . . . . 3,2 à 3,5<br />
Charbon : . . . . . . . . . . . . . . . . . . 3,7 à 4<br />
Gaz (cycle combiné) : . . . . . . . 3,3 à 4,3<br />
Le saviez-vous?<br />
- À partir <strong>de</strong> 4 centimètres <strong>de</strong> givre dans votre réfrigérateur, celui-ci<br />
consomme <strong>de</strong>ux fois plus et s’use plus vite.<br />
- Repasser pendant une heure coûte environ 7 centimes d’euro.<br />
- Une douche à 35-40°C <strong>de</strong> 8 minutes coûte environ 20 centimes d’euro.<br />
Un bain à la même température, 26 centimes d’euro.<br />
- L’écoute d’un CD sur une chaîne Hi-fi pendant la journée coûte environ<br />
2 centimes d’euro.<br />
- L’utilisation d’un micro-ordinateur (durant 1h30) coûte environ<br />
4 centimes d’euro.<br />
- Le chargement d’un téléphone portable pour une journée (veille uniquement)<br />
consomme trente-six Wh, soit environ 1 centime en heures pleines.<br />
- Pour un radiateur électrique, chaque <strong>de</strong>gré supplémentaire à une température<br />
<strong>de</strong> 19°C coûte 7 % <strong>de</strong> plus.<br />
- Si l’on regar<strong>de</strong> un téléviseur dont la puissance est <strong>de</strong> 80 W pendant trois<br />
heures, on consomme 240 W. Si on le laisse en mo<strong>de</strong> veille (15W par heure)<br />
le reste <strong>de</strong> la journée, soit 21 heures, on consomme donc… 315W pour rien !
Bouquet d’énergies à la française<br />
Nos mo<strong>de</strong>s <strong>de</strong> vie et notre consommation d’énergie sont largement interdépendants et chaque pays<br />
a ses particularités, fruits <strong>de</strong> ses ressources, <strong>de</strong> son histoire, <strong>de</strong>s comportements <strong>de</strong> ses habitants. En<br />
France, nous disposons d’un « bouquet » d’énergies fossiles, nucléaire et renouvelables. Comment<br />
est-il composé ? Comment peut-il évoluer ? De quelles marges <strong>de</strong> manœuvre disposons-nous ?<br />
LES ÉNERGIES FOSSILES<br />
Les énergies fossiles comprennent le pétrole, le gaz<br />
et le charbon, dont la France est presque totalement<br />
dépourvue et qu’elle est obligée d’importer en<br />
quasi-totalité. Ces énergies constituent encore le<br />
socle <strong>de</strong> notre consommation d’énergies primaires,<br />
soit 54 % en 2001. Toutes trois émettent du gaz<br />
carbonique. Bien que leurs réserves soient très limitées,<br />
la consommation <strong>de</strong> gaz et <strong>de</strong> pétrole va continuer<br />
à croître pendant encore au moins 20 ans, en<br />
raison <strong>de</strong>s besoins <strong>de</strong>s pays émergents (la consommation<br />
énergétique <strong>de</strong> la Chine augmente <strong>de</strong> près<br />
<strong>de</strong> 8 % par an).<br />
CHARBON<br />
LA FIN DES MINES FRANÇAISES<br />
Laminé par la concurrence du gaz, le charbon cè<strong>de</strong><br />
du terrain dans les centrales thermiques mais reste<br />
incontournable dans l’industrie sidérurgique.<br />
En baisse constante <strong>de</strong>puis 1947, la production charbonnière<br />
a été divisée par 13 en un peu plus <strong>de</strong> 50 ans. Le<br />
« pacte charbonnier » prévoit ainsi l’arrêt complet <strong>de</strong> la<br />
production nationale en 2005.<br />
Les réserves <strong>de</strong> charbon<br />
dans le mon<strong>de</strong> - 2000<br />
En Gt (1 Gigatonne = 10 9 tonnes).<br />
1<br />
1 Des techniques mo<strong>de</strong>rnes permettent <strong>de</strong> limiter les impacts <strong>de</strong> la combustion<br />
du charbon sur l’environnement, mais cette énergie reste très polluante. Le<br />
coût <strong>de</strong> l’électricité produite à partir du charbon est élevé lorsqu’il faut l’importer,<br />
ce qui est le cas <strong>de</strong> la France. (Photo : un parc <strong>de</strong> stockage en Provence).<br />
256,5<br />
230,2<br />
122<br />
61,6<br />
292,3<br />
21,6<br />
(source BP statistical review)<br />
Le charbon est l’énergie fossile la plus abondante et la mieux répartie au plan<br />
mondial, et celle qui pose le moins <strong>de</strong> problèmes géopolitiques. C’est une<br />
ressource vitale pour les nombreux pays qui en possè<strong>de</strong>nt.
Bouquet d’énergies à la française<br />
LES ÉNERGIES FOSSILES / L’ÉNERGIE NUCLÉAIRE / LES ÉNERGIES<br />
RENOUVELABLES / L’HYDROGÈNE<br />
Le charbon ne disparaît pas pour autant du paysage énergétique<br />
français où il conserve une place dans l’industrie<br />
sidérurgique et dans une moindre mesure, dans la production<br />
d’électricité.<br />
Le charbon concurrencé<br />
par le gaz naturel<br />
Avec une image ternie par la pollution atmosphérique et<br />
les sinistres « coups <strong>de</strong> grisou », le secteur du charbon a<br />
dû s’adapter à <strong>de</strong>s normes environnementales toujours<br />
renforcées. L’industrie charbonnière française a développé<br />
à Gardanne une centrale high-tech, véritable fleuron du<br />
« charbon propre ». Cette technologie, qui affiche un ren<strong>de</strong>ment<br />
énergétique <strong>de</strong> 40 %, pourrait trouver <strong>de</strong>s débouchés<br />
à l’export vers l’Europe <strong>de</strong> l’Est ou les pays en voie<br />
<strong>de</strong> développement, abondamment pourvus en charbon.<br />
En France, le charbon, <strong>de</strong>ux fois plus cher que le gaz naturel,<br />
est remplacé progressivement par le gaz dans son rôle<br />
d’appoint pour la production d’électricité.<br />
France : importations<br />
<strong>de</strong> charbon - 2000<br />
Colombie : 7,9 %<br />
Autres : 12,8 %<br />
Venezuela : 3,6 %<br />
Chine : 7,7 %<br />
Australie : 20,6 %<br />
Allemagne : 0,9 %<br />
Pologne : 5,3 %<br />
États-Unis : 15,6 %<br />
Ex URSS :<br />
2,3 %<br />
Afrique du Sud : 23,2 %<br />
(source: DGEMP)<br />
Importations : 20,6 Mt (Millions <strong>de</strong> tonnes) / Production nationale : 4,1 Mt<br />
La production nationale <strong>de</strong> charbon est en voie d’extinction et au cours <strong>de</strong>s<br />
trente <strong>de</strong>rnières années, les origines <strong>de</strong>s importations se sont considérablement<br />
diversifiées, hors <strong>de</strong> l’Europe.<br />
GAZ NATUREL<br />
LE CHALLENGER DU NUCLÉAIRE<br />
Les utilisations du gaz sont très diversifiées.<br />
Pour le chauffage en particulier et la production<br />
combinée <strong>de</strong> chaleur et d’électricité, il peut se<br />
substituer avantageusement au pétrole et au<br />
charbon. Son taux d’émission <strong>de</strong> gaz carbonique<br />
reste élevé, même s’il est inférieur à celui du<br />
pétrole et du charbon.<br />
Une valeur à la hausse<br />
Le gaz représente 14,5 % (source DGEMP) du bilan énergétique<br />
national et cette part est susceptible <strong>de</strong> s’accroître.<br />
D’une part son prix est plus stable que celui du pétrole,<br />
même s’il suit, en les atténuant, ses variations, d’autre part<br />
le gaz a bénéficié <strong>de</strong> progrès technologiques remarquables<br />
sur les turbines. En brûlant le combustible à une température<br />
beaucoup plus élevée que dans une centrale<br />
thermique classique, il est possible <strong>de</strong> cumuler <strong>de</strong>ux<br />
« cycles » <strong>de</strong> production d’électricité en associant en série 1<br />
8<br />
1<br />
Terminal méthanier <strong>de</strong> Montoir-<strong>de</strong>-Bretagne.
une turbine à combustion innovante et une turbine à<br />
vapeur classique. Le ren<strong>de</strong>ment <strong>de</strong> ces cycles combinés<br />
passe ainsi <strong>de</strong> 35 % à 50 % et atteint 85 % pour les centrales<br />
<strong>de</strong> cogénération, qui fournissent à la fois <strong>de</strong> l’électricité<br />
et <strong>de</strong> la vapeur à usage industriel. Le coût <strong>de</strong> l’électricité<br />
produite par une centrale <strong>de</strong> ce type est très voisin<br />
du coût <strong>de</strong> l’électricité issue du nucléaire.<br />
Facile à extraire, le gaz est en revanche plus difficile à<br />
transporter que le pétrole : il ne voyage que sous haute<br />
pression dans un gazoduc ou bien sous forme liqui<strong>de</strong>, à<br />
très basse température, dans un méthanier !<br />
France : importations<br />
<strong>de</strong> gaz naturel - 2000<br />
Russie : 29 %<br />
Nigéria : 5 %<br />
(et autres)<br />
Mer du Nord : 29 %<br />
(principalement Norvège)<br />
Méthane<br />
D’énormes quantités <strong>de</strong> méthane sont stockées sous formes<br />
d’hydrates dans le permafrost (sol gelé en permanence)<br />
ou à gran<strong>de</strong> profon<strong>de</strong>ur sous les mers. On ne sait pour<br />
l’instant pas exploiter cette ressource. Sans doute pourrat-on<br />
le faire un jour, mais cette exploitation présente <strong>de</strong>s<br />
dangers écologiques en raison d’un risque d’émission <strong>de</strong><br />
méthane, ce gaz ayant un impact élevé sur le climat.<br />
Pays Bas : 12 %<br />
Algérie : 25 %<br />
(source DGEMP)<br />
Importations: 471 TWh / Production nationale: 20 TWh.<br />
(1Téra Wh = 10 12 Wh)<br />
En 30 ans, nos importations <strong>de</strong> gaz ont considérablement augmenté,<br />
à partir <strong>de</strong> sources aussi diversifiées que possible. Plus <strong>de</strong><br />
95% <strong>de</strong> la consommation française <strong>de</strong> gaz naturel est importée,<br />
nos principaux fournisseurs étant l’Algérie, la Norvège, la Russie.<br />
Les réserves <strong>de</strong> gaz dans le mon<strong>de</strong><br />
En Tm 3 (1 Téra m 3 = 10 12 m 3 ).<br />
56,7<br />
7,3<br />
5,2<br />
52,5<br />
10,3<br />
6,9<br />
11,2<br />
(source BP statistical review 2000)<br />
La plus gran<strong>de</strong> partie <strong>de</strong>s réserves <strong>de</strong> gaz se trouve en ex-URSS<br />
(Russie: 32,1%) et en Iran (15,3 %).<br />
Le saviez-vous?<br />
De nouveaux usages du gaz sont apparus pour <strong>de</strong>s véhicules utilitaires lourds<br />
(autobus, bennes à ordures ménagères), pour la production combinée <strong>de</strong> chaleur<br />
et d’électricité ou pour la climatisation. Fin 2002, on dénombrait, en<br />
France, près <strong>de</strong> 5000 véhicules utilitaires légers, environ 1000 bus et une centaine<br />
<strong>de</strong> véhicules <strong>de</strong> propreté urbaine fonctionnant au GNV (Gaz Naturel<br />
Véhicules).
Bouquet d’énergies à la française<br />
LES ÉNERGIES FOSSILES / L’ÉNERGIE NUCLÉAIRE / LES ÉNERGIES<br />
RENOUVELABLES / L’HYDROGÈNE<br />
PÉTROLE<br />
À QUEL PRIX ?<br />
Notre dépendance vis-à-vis <strong>de</strong> cette matière première,<br />
difficile à réduire sans <strong>de</strong> profonds changements<br />
<strong>de</strong> comportements et <strong>de</strong> choix <strong>de</strong> société,<br />
risque fort <strong>de</strong> perdurer.<br />
Une énergie stratégique<br />
Le pétrole est une énergie encore bon marché. Commo<strong>de</strong><br />
à transporter et à stocker, il convient à tous les usages,<br />
mais il est polluant (effet <strong>de</strong> serre, naufrages <strong>de</strong> tankers).<br />
Les réserves sont épuisables, situées dans <strong>de</strong>s régions<br />
peu nombreuses et sensibles. Le prix est orienté à la hausse<br />
à moyen terme.<br />
Le pétrole représente 38 % <strong>de</strong> l’énergie primaire consommée<br />
en France en 2000.<br />
Malgré une production d’hydrocarbures insignifiante, la<br />
France est dotée d’industries pétrolières et parapétrolières<br />
très dynamiques. Les raffineries implantées sur notre sol<br />
fournissent 95 % <strong>de</strong> la <strong>de</strong>man<strong>de</strong> nationale en produits<br />
pétroliers. Ces industries réalisent l’essentiel <strong>de</strong> leur chiffre<br />
d’affaires à l’étranger.<br />
Pour renforcer notre sécurité d’approvisionnement, une loi<br />
<strong>de</strong> 1992 prévoit <strong>de</strong>s stocks <strong>de</strong> réserve qui équivalent à<br />
environ trois mois <strong>de</strong> consommation.<br />
1<br />
Les réserves <strong>de</strong> pétrole dans le mon<strong>de</strong> - 2000<br />
En Gtep (1 Giga tep = 10 9 tep).<br />
9<br />
8,5<br />
2,5<br />
92,5<br />
10<br />
6<br />
13,6<br />
10<br />
(source BP statistical review)<br />
Le pétrole <strong>de</strong>vra bientôt être importé en totalité hors<br />
d’Europe et à terme, du seul Moyen-Orient. Cette carte<br />
représente les réserves <strong>de</strong> pétrole faciles à exploiter,<br />
connues avec certitu<strong>de</strong>.<br />
Le saviez-vous?<br />
Que fait-on avec le pétrole? Des carburants automobiles (essence, gazole,<br />
GPL), du carburéacteur pour les avions, <strong>de</strong>s bitumes et du fioul, c’est<br />
connu… mais aussi <strong>de</strong>s lubrifiants, <strong>de</strong>s matières plastiques, <strong>de</strong>s produits<br />
<strong>de</strong> beauté et <strong>de</strong>s médicaments, pour la production <strong>de</strong>squels le pétrole est<br />
actuellement irremplaçable.
Un inexorable déclin<br />
Les réserves mondiales <strong>de</strong> pétrole facile à exploiter sont<br />
aujourd’hui bien localisées.<br />
Les experts estiment que la production mondiale <strong>de</strong> pétrole<br />
<strong>de</strong>vrait atteindre un maximum d’ici une vingtaine d’années,<br />
avant d’amorcer un inexorable déclin qui aboutira à<br />
une montée <strong>de</strong>s prix.<br />
À côté du pétrole brut, d’autres ressources fossiles dites<br />
« non conventionnelles » pourraient prendre le relais<br />
lorsque le pétrole facilement récupérable sera plus rare. Il<br />
s’agit essentiellement <strong>de</strong>s huiles lour<strong>de</strong>s et extra-lour<strong>de</strong>s,<br />
<strong>de</strong>s bitumes, <strong>de</strong>s schistes bitumineux, <strong>de</strong>s sables bitumineux<br />
et asphaltiques. Leur coût d’extraction sera notablement<br />
plus élevé.<br />
Ainsi par exemple, les pétroles lourds, plus visqueux, doivent<br />
être fluidifiés in situ avec <strong>de</strong> l’eau chau<strong>de</strong>, ce qui oblige<br />
à brûler sur place une fraction significative <strong>de</strong> la production.<br />
Cette opération présente l’inconvénient <strong>de</strong> dégager<br />
d’importantes quantités <strong>de</strong> gaz carbonique.<br />
Renchérissement du coût d’exploitation, tensions géopolitiques,<br />
<strong>de</strong>man<strong>de</strong> soutenue, éventuelle taxation écologique<br />
: le baril <strong>de</strong> pétrole coûtera <strong>de</strong> plus en plus cher.<br />
France : importations<br />
<strong>de</strong> pétrole brut - 2000<br />
Autres : 0,5 %<br />
Proche Orient : 19,2 %<br />
(hors Arabie Saoudite)<br />
Mer du Nord : 37,3 %<br />
2<br />
Arabie Saoudite : 17,8 %<br />
Afrique du Nord : 7,4 %<br />
Ex URSS : 9,2 %<br />
Afrique Noire : 8,8 %<br />
1<br />
Un mât <strong>de</strong> forage à San Diego, au Venezuela.<br />
(source: DGEMP)<br />
Importations: 85,6 Mt (Millions <strong>de</strong> tonnes)<br />
Production nationale: 1,4 Mt.<br />
Les origines <strong>de</strong>s importations françaises sont aussi<br />
diverses que possible, en privilégiant toutefois<br />
les productions <strong>de</strong> la Mer du Nord et d’Afrique, dans le but <strong>de</strong><br />
sécuriser nos approvisionnements.<br />
2<br />
Une nappe <strong>de</strong> pétrole n’est pas un lac, mais une roche poreuse dont les<br />
interstices microscopiques contiennent le pétrole. La dispersion <strong>de</strong>s gouttelettes<br />
fait que l’on ne peut en extraire l’intégralité. On en récupère habituellement<br />
25 à 30%. Les évaluations <strong>de</strong>s prospecteurs peuvent être revues à la<br />
hausse si les techniques d’exploitation améliorent le taux <strong>de</strong> récupération du<br />
pétrole en le portant à <strong>de</strong>s valeurs proches <strong>de</strong> 50%.<br />
11
Bouquet d’énergies à la française<br />
LES ÉNERGIES FOSSILES / L’ÉNERGIE NUCLÉAIRE / LES ÉNERGIES<br />
RENOUVELABLES / L’HYDROGÈNE<br />
L’ÉNERGIE NUCLÉAIRE<br />
Dédiée à la production d’électricité, l’énergie nucléaire<br />
peut afficher en France un bilan très positif : un coût<br />
compétitif et très stable <strong>de</strong> l’électricité, pas <strong>de</strong> production<br />
<strong>de</strong> gaz à effet <strong>de</strong> serre, une exploitation industrielle<br />
rigoureuse et respectueuse <strong>de</strong> l’environnement.<br />
Comme toute activité humaine et industrielle, elle<br />
génère son lot <strong>de</strong> nuisances et <strong>de</strong> déchets. Dans ce<br />
domaine, la France a résolument choisi <strong>de</strong> gérer globalement<br />
les résidus <strong>de</strong> la production d’électricité nucléaire<br />
en optimisant l’utilisation <strong>de</strong> combustibles nucléaires<br />
(récupération et recyclage <strong>de</strong> matières énergétiques),<br />
en minimisant la quantité et la nocivité <strong>de</strong>s déchets, en<br />
développant un programme étendu <strong>de</strong> recherche pour<br />
une maîtrise complète <strong>de</strong>s risques <strong>de</strong> cette industrie.<br />
Nos 58 réacteurs nucléaires (répartis dans 19 centrales)<br />
sont encore jeunes, 24 ans pour les plus anciens et un<br />
an pour le plus jeune. Leur durée <strong>de</strong> vie, initialement prévue<br />
pour 30 ans, pourrait atteindre 40 à 50 ans ; leur<br />
compétitivité s’affirme <strong>de</strong> plus en plus, les installations<br />
s’amortissant en 20 ans. C’est ainsi que le coût <strong>de</strong><br />
l’électricité a régulièrement diminué en France <strong>de</strong>puis<br />
une dizaine d’années et que la France est <strong>de</strong>venue un<br />
exportateur important d’électricité vers <strong>de</strong>s pays<br />
comme l’Allemagne, l’Italie, l’Angleterre et l’Espagne.<br />
Une industrie très surveillée<br />
Tous les acteurs du nucléaire agissent sous le contrôle<br />
d’une autorité indépendante, rattachée aux ministères<br />
chargés <strong>de</strong> l’Industrie, <strong>de</strong> l’Environnement et <strong>de</strong> la Santé:<br />
la DGSNR 1 , qui peut s’appuyer sur l’expertise <strong>de</strong> nombreux<br />
instituts, l’IRSN 2 en particulier.<br />
Le moindre inci<strong>de</strong>nt est répertorié, et son analyse permet<br />
d’améliorer <strong>de</strong> manière continue la sûreté <strong>de</strong>s installations:<br />
déclarations d’inci<strong>de</strong>nts, rapports d’inspection <strong>de</strong><br />
l’autorité <strong>de</strong> sûreté, tout est publié, et diffusé en temps réel<br />
sur Internet (www.asn.gouv.fr)<br />
Mais il faut penser au futur et assurer la pérennité <strong>de</strong> notre<br />
industrie nucléaire, la première au mon<strong>de</strong>. Première étape,<br />
remplacer, dans quinze à vingt ans, les plus anciens réacteurs<br />
<strong>de</strong> la <strong>de</strong>uxième génération (la première génération <strong>de</strong><br />
réacteurs a déjà été arrêtée en France), et confirmer l’importance<br />
<strong>de</strong> notre industrie comme exportateur <strong>de</strong> biens<br />
et services nucléaires. Une troisième génération <strong>de</strong> réacteurs<br />
a été développée, qui comprend l’EPR (European<br />
1 2
3<br />
pressurized water reactor), un réacteur à eau pressurisée,<br />
et le SWR 1000, un réacteur à eau bouillante. Ces <strong>de</strong>ux<br />
modèles ont été examinés et approuvés par les autorités<br />
<strong>de</strong> sûreté et sont en voie <strong>de</strong> commercialisation. Un niveau<br />
<strong>de</strong> sécurité encore renforcé, une production <strong>de</strong> déchets<br />
minimisée, une durée <strong>de</strong> vie <strong>de</strong> 60 ans, une compétitivité<br />
affirmée sont leurs atouts. Un nouveau réacteur pourrait<br />
être construit prochainement en France et à l’exportation,<br />
et ainsi démontrer ses qualités avant d’être sollicité pour<br />
remplacer les premiers réacteurs du parc nucléaire actuel,<br />
dans une quinzaine d’années.<br />
À plus long terme, un programme <strong>de</strong> recherche international,<br />
mobilisant tous les principaux acteurs mondiaux avec<br />
la France (Etats-Unis, Japon, Angleterre, Corée…) se met<br />
en place pour étudier une quatrième génération, très innovante,<br />
privilégiant l’efficacité énergétique et le développement<br />
durable, la polyvalence avec la production mixte<br />
chaleur/électricité, les performances environnementales<br />
avec la combustion <strong>de</strong>s déchets les plus nocifs. Ces réacteurs<br />
et les industries associées (combustibles, déchets)<br />
pourraient être opérationnels dans une trentaine d’années<br />
et remplacer progressivement les réacteurs actuels.<br />
À plus long terme encore, la fusion thermonucléaire, qui<br />
brûle les isotopes lourds <strong>de</strong> l’hydrogène (énergie du soleil)<br />
pourrait donner à l’humanité une énergie abondante et<br />
durable, elle-même sans influence sur le climat terrestre.<br />
1 DGSNR : Direction générale <strong>de</strong> la sûreté nucléaire et <strong>de</strong> la<br />
radioprotection<br />
2 IRSN : Institut <strong>de</strong> radioprotection et <strong>de</strong> sûreté nucléaire<br />
1 La centrale nucléaire <strong>de</strong> Belleville-sur-Loire.<br />
2 Au centre <strong>CEA</strong> <strong>de</strong> <strong>Saclay</strong>, le réacteur expérimental Osiris permet d’étudier la<br />
résistance au vieillissement <strong>de</strong>s matériaux soumis à une forte irradiation au<br />
voisinage du cœur <strong>de</strong>s centrales nucléaires. Il permet aussi <strong>de</strong> tester <strong>de</strong> nouveaux<br />
matériaux <strong>de</strong>stinés aux réacteurs du futur.<br />
3 Dans les centrales nucléaires, les crayons <strong>de</strong> combustible sont constitués<br />
d’un empilement <strong>de</strong> pastilles d’uranium métallique<br />
13
Bouquet d’énergies à la française<br />
LES ÉNERGIES FOSSILES / L’ÉNERGIE NUCLÉAIRE / LES ÉNERGIES<br />
RENOUVELABLES / L’HYDROGÈNE<br />
1<br />
Pas <strong>de</strong> pénurie en vue !<br />
Les réserves d’uranium connues à ce jour ne sont pas<br />
inépuisables, mais :<br />
- les recherches <strong>de</strong> gisements faciles à exploiter n’ont pas<br />
été poursuivies, parce que les ressources actuelles sont<br />
suffisantes;<br />
- <strong>de</strong>s ressources plus difficiles à atteindre pourraient également<br />
être exploitées sans inci<strong>de</strong>nce financière significative,<br />
car dans le coût global <strong>de</strong> l’électricité nucléaire,<br />
celui <strong>de</strong> l’uranium ne représente qu’une faible part;<br />
- certains types <strong>de</strong> réacteurs (à neutrons rapi<strong>de</strong>s) sont<br />
susceptibles d’utiliser l’uranium non fissile, permettant<br />
<strong>de</strong> démultiplier les ressources <strong>de</strong>s dizaines <strong>de</strong> fois*;<br />
- à plus long terme, <strong>de</strong> nouvelles filières pourraient utiliser<br />
le thorium, encore plus abondant que l’uranium.<br />
*Les réacteurs actuels ne brûlent qu’une faible proportion <strong>de</strong><br />
l’uranium naturel (isotope 235), mais les réacteurs « rapi<strong>de</strong>s »<br />
sont capables <strong>de</strong> transmuter et consommer l’uranium 238, <strong>de</strong><br />
très loin le plus abondant (99 %). La France dispose aujourd’hui<br />
d’un stock considérable d’uranium 238, une mine pour le futur.<br />
14<br />
Les déchets : une gestion<br />
rigoureuse et méconnue<br />
Comme toute activité industrielle, l’électronucléaire produit<br />
<strong>de</strong>s déchets, soit par Français et par an, un kilogramme<br />
dont 10 grammes sont très radioactifs. À titre <strong>de</strong><br />
comparaison, chaque Français produit annuellement<br />
800 kg <strong>de</strong> déchets industriels parmi lesquels 100 kg sont<br />
toxiques et durables, et 2 200 kg <strong>de</strong> déchets ménagers.<br />
La quantité <strong>de</strong> déchets radioactifs produits diminue<br />
d’année en année. C’est ainsi qu’EDF a divisé par quatre,<br />
en dix ans, sa production <strong>de</strong> déchets par réacteur et que la<br />
COGEMA produit six fois moins <strong>de</strong> déchets technologiques<br />
qu’initialement prévu à la Hague. Les déchets faiblement<br />
radioactifs, 90 % du total, sont stockés définitivement<br />
par l’ANDRA 1 après tri, dans son centre <strong>de</strong> stockage<br />
<strong>de</strong> l’Aube, dans <strong>de</strong> gran<strong>de</strong>s structures bétonnées. Les<br />
déchets les plus nocifs bénéficient <strong>de</strong>puis plus <strong>de</strong> 20 ans<br />
<strong>de</strong> techniques <strong>de</strong> réduction <strong>de</strong> volume (grâce au traitement<br />
<strong>de</strong>s combustibles usés) et <strong>de</strong> stabilisation très performantes<br />
avant entreposage puis, plus tard, stockage définitif.<br />
Les déchets <strong>de</strong> très haute activité sont transformés en<br />
blocs <strong>de</strong> verre très résistant et durable, coulés dans <strong>de</strong>s<br />
conteneurs étanches en acier inoxydable, capables <strong>de</strong><br />
résister <strong>de</strong>s dizaines <strong>de</strong> milliers d’années.<br />
Les déchets à longue durée <strong>de</strong> vie, mais peu ou moyennement<br />
radioactifs sont englobés dans un coulis <strong>de</strong> béton<br />
ou <strong>de</strong> bitume, à l’intérieur <strong>de</strong> colis massifs en béton armé.<br />
Des recherches très avancées ouvrent, <strong>de</strong> plus, <strong>de</strong> nouvelles<br />
possibilités (transmutation en déchets à vie plus<br />
courte, extraction sélective et conditionnements spécifiques)<br />
parmi lesquelles le législateur pourra choisir, après<br />
Une cinquième tranche nucléaire pour la Finlan<strong>de</strong><br />
En mai 2002, le Parlement finlandais déci<strong>de</strong> <strong>de</strong> doter le pays d’un cinquième<br />
réacteur nucléaire pour affranchir son industrie <strong>de</strong>s variations <strong>de</strong> prix <strong>de</strong><br />
l’électricité importée <strong>de</strong> Suè<strong>de</strong> ou <strong>de</strong> Norvège. La Finlan<strong>de</strong> conforte ainsi<br />
son indépendance énergétique sans aggraver ses émissions <strong>de</strong> carbone.<br />
Sortir du nucléaire en Belgique<br />
En janvier 2003, le Parlement belge choisit <strong>de</strong> renoncer à la production<br />
d’électricité d’origine nucléaire. La loi prévoit le démantèlement <strong>de</strong>s sept<br />
réacteurs du pays après quarante ans <strong>de</strong> fonctionnement, entre 2015 et<br />
2025. La moitié <strong>de</strong> la production arrêtée <strong>de</strong>vrait être assurée par <strong>de</strong> nouvelles<br />
centrales au gaz, le reste par la cogénération et un peu <strong>de</strong> renouvelables.<br />
« La maîtrise <strong>de</strong> la <strong>de</strong>man<strong>de</strong> ne jouera qu’un rôle marginal jusqu’en<br />
2025 », estime M. Deleuze, secrétaire d’état à l’énergie écologiste.<br />
« Le CO 2 , c’est le problème », ajoute-t-il en notant que l’abandon du<br />
nucléaire risque <strong>de</strong> poser à l’horizon 2020 <strong>de</strong>s problèmes à Bruxelles pour<br />
respecter les engagements en matière d’effet <strong>de</strong> serre.
QUE FAIRE DES DÉCHETS NUCLÉAIRES À VIE LONGUE ?<br />
De nombreuses équipes du <strong>CEA</strong> instruisent jusque dans les moindres<br />
détails <strong>de</strong>ux <strong>de</strong>s trois scénarios <strong>de</strong> gestion <strong>de</strong>s déchets définis<br />
par la loi du 30 décembre 1991 : réduction <strong>de</strong> leur toxicité et<br />
entreposage. Le 3ème scénario, celui du stockage en profon<strong>de</strong>ur,<br />
est étudié par l’ANDRA, avec <strong>de</strong>s collaborations du <strong>CEA</strong>, notamment<br />
du centre <strong>CEA</strong> <strong>de</strong> <strong>Saclay</strong>.<br />
Réduire la toxicité à la source<br />
Pour réduire la toxicité <strong>de</strong>s déchets, le traitement du combustible usé suivi du<br />
recyclage du plutonium constitue une étape importante déjà pleinement opérationnelle<br />
en France. Le recyclage multiple du plutonium, principal contributeur<br />
à la radiotoxicité à long terme, pourrait bientôt être envisageable dans<br />
<strong>de</strong>s réacteurs à eau, notamment l’EPR (European pressurized water reactor),<br />
qui offre <strong>de</strong>s potentialités accrues dans ce domaine.<br />
Une étape supplémentaire pourrait être franchie dans une vingtaine<br />
d’années avec la séparation poussée <strong>de</strong>s actini<strong>de</strong>s mineurs (américium,<br />
curium etc…) en vue <strong>de</strong> leur transmutation ultérieure. Elle conduirait finalement<br />
à <strong>de</strong>s déchets vitrifiés dont la radiotoxicité potentielle <strong>de</strong>viendrait,<br />
au bout <strong>de</strong> quelques centaines d’années ou milliers d’années, comparable à<br />
celle du minerai d’uranium naturel. Les actini<strong>de</strong>s mineurs pourraient être<br />
ensuite transmutés dans les réacteurs <strong>de</strong> nouvelle génération.<br />
2<br />
avis d’experts indépendants (voir ci-contre: « Que faire<br />
<strong>de</strong>s déchets nucléaires à vie longue »).<br />
Pour le stockage définitif <strong>de</strong>s déchets les plus nocifs,<br />
aujourd’hui entreposés dans <strong>de</strong>s puits et étroitement surveillés,<br />
un consensus international se développe pour privilégier<br />
un stockage à gran<strong>de</strong> profon<strong>de</strong>ur dans un milieu<br />
géologique stable et protecteur. La France s’intéresse à<br />
l’argile, mais le sel gemme et le granit sont également<br />
envisageables et ont été retenus par d’autres pays, en<br />
fonction <strong>de</strong> leur géologie (voir ci-contre: « Stocker en<br />
profon<strong>de</strong>ur ou entreposer?»).<br />
Stocker en profon<strong>de</strong>ur ou entreposer ?<br />
Différents départements du centre <strong>CEA</strong> <strong>de</strong> <strong>Saclay</strong> contribuent activement<br />
à l’étu<strong>de</strong> pilotée par l’ANDRA : citons le Département <strong>de</strong><br />
physico-chimie, le Département <strong>de</strong>s matériaux pour le nucléaire et<br />
le Département <strong>de</strong> modélisation <strong>de</strong>s systèmes et structures.<br />
Les bases <strong>de</strong> l’entreposage <strong>de</strong> longue durée sont désormais jetées : <strong>de</strong><br />
nouveaux concepts <strong>de</strong> colis d’entreposage sont développés et la science du<br />
comportement <strong>de</strong>s matériaux à long terme (verres ou céramiques, bétons<br />
et argiles) est bien comprise. Des premiers concepts d’entreposage sont<br />
d’ores et déjà évalués jusque dans leurs dimensions socio-économiques.<br />
Cette capacité d’entreposage sûr et robuste dans la durée permet d’envisager<br />
<strong>de</strong>s stratégies ouvertes et flexibles pour la gestion <strong>de</strong>s déchets radioactifs.<br />
L’ANDRA étudie également, avec l’appui du <strong>CEA</strong>, le stockage définitif <strong>de</strong>s<br />
déchets les plus nocifs et durables dans <strong>de</strong>s formations géologiques<br />
profon<strong>de</strong>s. Un laboratoire souterrain est en cours <strong>de</strong> forage à Bure, dans la<br />
Meuse. L’idée est d’enfouir les déchets, <strong>de</strong> manière réversible au départ,<br />
dans un milieu géologique stable et étanche comme l’argile (ou le granit) à<br />
gran<strong>de</strong> profon<strong>de</strong>ur. Les qualités <strong>de</strong> ces matériaux, leur abondance en surface,<br />
le peu d’intérêt que les générations futures trouveraient à aller les exploiter<br />
à gran<strong>de</strong> profon<strong>de</strong>ur garantiront leur isolement prolongé, jusqu’à ce que la<br />
décroissance radioactive annihile leur dangerosité, dans une dizaine <strong>de</strong><br />
milliers d’années.<br />
Contact : jean-marc.cap<strong>de</strong>vila@cea.fr<br />
1 Salle <strong>de</strong> conduite <strong>de</strong> l’atelier <strong>de</strong> désentreposage <strong>de</strong>s verres,<br />
à la Hague.<br />
1 ANDRA : Agence nationale pour la gestion <strong>de</strong>s déchets<br />
radioactifs<br />
2<br />
Certains déchets sont vitrifiés, puis coulés dans <strong>de</strong>s conteneurs<br />
en acier inoxydable.<br />
15
Bouquet d’énergies à la française<br />
LES ÉNERGIES FOSSILES / L’ÉNERGIE NUCLÉAIRE / LES ÉNERGIES<br />
RENOUVELABLES / L’HYDROGÈNE<br />
1<br />
2<br />
RÉACTEURS DU FUTUR :<br />
UNE GESTATION INTERNATIONALE<br />
Une dizaine <strong>de</strong> pays choisissent <strong>de</strong><br />
partager le développement <strong>de</strong> la quatrième<br />
génération <strong>de</strong> réacteurs <strong>de</strong> fission<br />
nucléaire.<br />
Forum Génération IV<br />
En 2000, dix pays (Les Etats-Unis, le<br />
Canada, le Royaume-Uni, la Suisse,<br />
le Japon, la Corée du Sud, l’Afrique du Sud,<br />
le Brésil, l’Argentine et la France) regroupés<br />
au sein du « Forum International<br />
Génération IV » déci<strong>de</strong>nt <strong>de</strong> conjuguer leurs<br />
efforts pour développer les réacteurs <strong>de</strong><br />
quatrième génération susceptibles d’être<br />
exploités industriellement à l’horizon 2030.<br />
Cinq critères fondamentaux résument les<br />
objectifs visés : sûreté, compétitivité économique,<br />
minimisation <strong>de</strong>s déchets, réduction<br />
du risque <strong>de</strong> prolifération*, préservation <strong>de</strong>s<br />
ressources naturelles. Six grands types <strong>de</strong><br />
réacteurs, dont quatre à neutrons rapi<strong>de</strong>s,<br />
sont sélectionnés pour être étudiés. Les<br />
résultats obtenus seront ensuite mis en<br />
commun.<br />
*Il s’agit <strong>de</strong> trouver <strong>de</strong>s solutions techniques<br />
pour éviter le dévoiement <strong>de</strong> l’utilisation<br />
<strong>de</strong>s centrales nucléaires à <strong>de</strong>s fins militaires.<br />
QUELS MATÉRIAUX POUR<br />
LA QUATRIÈME GÉNÉRATION<br />
DE RÉACTEURS NUCLÉAIRES ?<br />
De hautes températures<br />
pour le nucléaire du futur.<br />
Parmi les six concepts retenus par le Forum<br />
Génération IV, le réacteur à haute température<br />
refroidi au gaz ouvre <strong>de</strong> nouvelles<br />
perspectives. Le fonctionnement à très<br />
haute température est gage <strong>de</strong> très haut<br />
ren<strong>de</strong>ment, tant pour la production d’électricité<br />
que pour la fourniture <strong>de</strong> chaleur.<br />
Parmi les objectifs visés, la production<br />
massive d’hydrogène, celui-ci pouvant<br />
<strong>de</strong>venir le combustible propre <strong>de</strong>s voitures<br />
du futur utilisant <strong>de</strong>s piles à combustible<br />
ou <strong>de</strong>s moteurs à hydrogène. Les constructeurs<br />
automobiles mondiaux ont déjà<br />
engagé d’énormes efforts <strong>de</strong> recherche<br />
dans cette direction.<br />
Ce réacteur à haute température est susceptible<br />
<strong>de</strong> répondre par étapes aux multiples<br />
critères exigés pour le nucléaire du futur.<br />
La tenue aux hautes températures,<br />
<strong>de</strong> 900°C en fonctionnement à 1650°C<br />
en conditions acci<strong>de</strong>ntelles, n’est pas le seul<br />
défi à relever. Certains <strong>de</strong>s matériaux <strong>de</strong><br />
structures, situés au cœur <strong>de</strong> ces réacteurs,<br />
seront exposés à <strong>de</strong>s flux <strong>de</strong> neutrons particulièrement<br />
intenses. Peu <strong>de</strong> matériaux sont<br />
capables <strong>de</strong> répondre à <strong>de</strong> telles exigences.<br />
De quoi seront faits<br />
ces réacteurs du futur?<br />
Pour la cuve <strong>de</strong>s réacteurs, les étu<strong>de</strong>s<br />
consistent à définir et qualifier un acier<br />
réalisable et soudable en forte épaisseur.<br />
Pour les structures <strong>de</strong> cœur <strong>de</strong>s réacteurs<br />
à neutrons rapi<strong>de</strong>s, il faut développer et<br />
tester <strong>de</strong>s matériaux réfractaires comme<br />
les céramiques carbures et nitrures, <strong>de</strong> structure<br />
classique ou nanostructurée, ou encore<br />
<strong>de</strong>s composites à matrice céramique. Une<br />
solution alternative, susceptible <strong>de</strong> résister à<br />
<strong>de</strong> fortes doses neutroniques, serait fournie<br />
par <strong>de</strong>s alliages à base <strong>de</strong> fer, renforcés par<br />
dispersion <strong>de</strong> particules d’oxy<strong>de</strong> d’yttrium.<br />
Certains procédés <strong>de</strong> fabrication envisagés<br />
pour ces matériaux futuristes sont résolument<br />
innovants. Ils font par exemple appel à<br />
la « mécanosynthèse » par broyage réactif.<br />
La tenue au flux neutronique <strong>de</strong>vra être<br />
éprouvée expérimentalement, avec <strong>de</strong>s irradiations<br />
équivalentes dans <strong>de</strong>s accélérateurs<br />
<strong>de</strong> particules puis en vraie gran<strong>de</strong>ur dans un<br />
réacteur expérimental comme Osiris à <strong>Saclay</strong>.<br />
Contact : jean-louis.seran@cea.fr<br />
16
3<br />
LA LONGUE MARCHE VERS<br />
LA FUSION NUCLÉAIRE CONTRÔLÉE<br />
Une énergie fabuleuse<br />
Mimer l’énergie du Soleil en recréant sur<br />
Terre les conditions nécessaires à la fusion<br />
d’atomes, c’est le défi titanesque qui mobilise<br />
<strong>de</strong>s chercheurs du mon<strong>de</strong> entier. La fusion<br />
envisagée par l’homme à partir d’atomes<br />
« lourds » d’hydrogène (<strong>de</strong>utérium et tritium)<br />
est même, à vrai dire, encore plus<br />
puissante que la fusion <strong>de</strong> noyaux d’hydrogène<br />
« ordinaire » au sein <strong>de</strong> notre étoile !<br />
Des couvertures chauffantes<br />
vraiment spéciales…<br />
La métho<strong>de</strong> la plus performante consiste à<br />
confiner la matière, sous forme d’un plasma,<br />
dans une boîte magnétique <strong>de</strong> forme torique<br />
(tokamak), à une température supérieure à<br />
cent millions <strong>de</strong> <strong>de</strong>grés. Dans ce gaz extrême<br />
(plasma), la réaction <strong>de</strong> fusion <strong>de</strong>s noyaux<br />
atomiques produit <strong>de</strong>s neutrons et libère <strong>de</strong><br />
l’énergie. Ce plasma est entouré <strong>de</strong> matériaux<br />
absorbant les neutrons, appelés couvertures,<br />
où s’accumule la chaleur à convertir en<br />
électricité et où le tritium peut être produit<br />
à partir <strong>de</strong> lithium bombardé par les neutrons.<br />
Deutérium et lithium sont donc en<br />
réalité les combustibles <strong>de</strong> base. Ils peuvent<br />
être extraits <strong>de</strong> l’eau <strong>de</strong> mer : les ressources<br />
sont donc très abondantes.<br />
Un ren<strong>de</strong>z-vous en 2005<br />
Aujourd’hui, plusieurs tokamaks fonctionnent<br />
à travers le mon<strong>de</strong>, mais il s’agit<br />
<strong>de</strong> réacteurs <strong>de</strong> recherche. Parmi eux,<br />
Tore Supra au centre <strong>CEA</strong> <strong>de</strong> Cadarache<br />
et le JET 1 , machine européenne située<br />
en Angleterre, préparent la voie à ITER 2 ,<br />
qui sera construit dans le cadre d’une collaboration<br />
internationale à partir <strong>de</strong> 2005,<br />
peut-être à Cadarache. ITER <strong>de</strong>vrait démontrer<br />
la faisabilité <strong>de</strong> la fusion en tant que<br />
source d’énergie. Il <strong>de</strong>vrait être suivi par<br />
un réacteur <strong>de</strong> démonstration producteur<br />
d’électricité (DEMO) au-<strong>de</strong>là <strong>de</strong> 2030.<br />
Leur industrialisation n’est pas envisagée<br />
avant la <strong>de</strong>uxième moitié du XXIème siècle.<br />
1 JET : Joint european torus<br />
2 ITER : International thermonuclear<br />
experimental reactor<br />
<strong>Saclay</strong> calcule <strong>de</strong>s couvertures<br />
Dans ce projet complexe, la conception<br />
<strong>de</strong>s couvertures constitue un vaste sujet<br />
<strong>de</strong> recherche. Des équipes du Département<br />
<strong>de</strong> modélisation <strong>de</strong>s systèmes et structures<br />
analysent les performances <strong>de</strong>s couvertures<br />
grâce à <strong>de</strong>s co<strong>de</strong>s <strong>de</strong> calcul thermomécanique,<br />
neutronique et thermohydraulique.<br />
Le concept proposé par le centre <strong>CEA</strong> <strong>de</strong><br />
<strong>Saclay</strong>, à base <strong>de</strong> lithium et <strong>de</strong> plomb, sera<br />
testé dans ITER. Des chercheurs du<br />
Département <strong>de</strong>s matériaux pour le nucléaire<br />
développent un acier original, moins sensible<br />
à l’activation par les neutrons, baptisé<br />
« eurofer », pour les structures <strong>de</strong>s couvertures,<br />
d’autres, au Département d’élaboration<br />
et <strong>de</strong> contrôle <strong>de</strong> structures, une céramique<br />
très performante incorporant du lithium.<br />
Dans ces domaines, le <strong>CEA</strong> peut s’appuyer<br />
sur <strong>de</strong>s compétences acquises pour les réacteurs<br />
à fission et directement applicables à la<br />
fusion.<br />
Contact : luciano.giancarli@cea.fr<br />
4<br />
1 Le Service d’étu<strong>de</strong> <strong>de</strong>s matériaux irradiés, au centre<br />
<strong>CEA</strong> <strong>de</strong> <strong>Saclay</strong>, effectue <strong>de</strong>s essais <strong>de</strong> caractérisation<br />
mécanique et métallurgique <strong>de</strong> matériaux irradiés.<br />
2 Les moyens d’essais mécaniques ont été regroupés<br />
au sein d’une extension du Laboratoire d’étu<strong>de</strong> <strong>de</strong>s<br />
combustibles irradiés. Les nouvelles installations<br />
entreront en service début 2004.<br />
3 Tore supra, au centre <strong>CEA</strong> <strong>de</strong> Cadarache, permet <strong>de</strong><br />
poser les premiers jalons pour étudier la fusion<br />
nucléaire contrôlée.<br />
4 Le projet <strong>de</strong> réacteur expérimental <strong>de</strong> fusion<br />
nucléaire contrôlée ITER doit permettre <strong>de</strong> démontrer<br />
la faisabilité scientifique et technique <strong>de</strong> la production<br />
d’énergie à partir du processus <strong>de</strong> fusion.<br />
17
Bouquet d’énergies à la française<br />
LES ÉNERGIES FOSSILES / L’ÉNERGIE NUCLÉAIRE /<br />
LES ÉNERGIES RENOUVELABLES / L’HYDROGÈNE<br />
LES ÉNERGIES RENOUVELABLES<br />
On les appelle parfois « énergies nouvelles », alors<br />
que le vent, l’eau, le bois et le soleil ont fourni <strong>de</strong><br />
l’énergie aux hommes bien avant l’ère industrielle.<br />
Les énergies renouvelables restent la principale<br />
La France, qui dispose <strong>de</strong> nombreux atouts, est aujourd’hui<br />
premier producteur européen d’énergies renouvelables,<br />
<strong>de</strong>vant la Suè<strong>de</strong> et l’Italie, avec plus <strong>de</strong> 20 % <strong>de</strong> la production<br />
européenne. Mais cette performance cache une<br />
situation contrastée, avec un équipement hydraulique très<br />
important, une filière bois en croissance, un développement<br />
très limité <strong>de</strong>s énergies éoliennes et solaires et <strong>de</strong>s<br />
sites géothermiques relativement peu favorables, sauf<br />
dans <strong>de</strong>s îles volcaniques comme la Gua<strong>de</strong>loupe.<br />
Trois voies sont ouvertes pour donner aux énergies renouvelables<br />
un élan décisif :<br />
- encourager le recours à celles-ci quand elles sont rentables,<br />
par exemple l’électrification <strong>de</strong> sites isolés, l’utilisation<br />
<strong>de</strong> chauffe-eau solaires dans les climats ensoleillés et<br />
le chauffage individuel au bois dans les zones boisées;<br />
- soutenir les filières pré-compétitives pour atteindre une<br />
vraie rentabilité économique : grand éolien raccordé au<br />
réseau, chauffage collectif au bois;<br />
- encourager la recherche sur les technologies prometteuses<br />
dont la rentabilité est espérée à plus long terme :<br />
photovoltaïque raccordé au réseau, biocarburants…<br />
ressource énergétique dans bien <strong>de</strong>s parties du<br />
mon<strong>de</strong>. Elles s’inscrivent dans un concept <strong>de</strong> développement<br />
durable, sont inépuisables et gratuites.<br />
Utilisation <strong>de</strong>s énergies<br />
renouvelables en France<br />
en Mtep (1 megatep = 10 6 tep)<br />
Électricité<br />
17,2 Mtep<br />
62 %<br />
Chaleur :<br />
10,3 Mtep<br />
38 %<br />
La production d’électricité issue <strong>de</strong>s énergies renouvelables est<br />
dominée par la gran<strong>de</strong> hydraulique et la production <strong>de</strong> chaleur<br />
par le bois (source DGEMP)<br />
Une directive européenne en faveur <strong>de</strong>s énergies renouvelables<br />
La Commission européenne a adopté en 2000 une directive visant à doubler<br />
en 2010 la part <strong>de</strong>s énergies renouvelables dans son bilan <strong>de</strong><br />
consommation. Cet objectif se décline pour chaque Etat membre. Ainsi la<br />
France doit-elle porter la fraction d’électricité d’origine renouvelable à<br />
21 % (15 % en 1997). En pratique, sans compter les gros barrages hydroélectriques<br />
dont le potentiel est épuisé, elle doit porter cette part à 8,9%<br />
en 2010 (2,2% en 1997).<br />
L’HYDRAULIQUE<br />
CHUTES D’EAU D’ANTAN,<br />
ÉNERGIE HYDRAULIQUE<br />
D’AUJOURD’HUI<br />
Avec 15 % <strong>de</strong> la production d’électricité, la gran<strong>de</strong><br />
hydraulique <strong>de</strong>s barrages domine les énergies<br />
renouvelables.<br />
La gran<strong>de</strong> hydraulique, avec ses grands barrages et ses<br />
gran<strong>de</strong>s hauteurs <strong>de</strong> chutes, a été énergiquement développée,<br />
au prix d’investissements considérables, dans les<br />
années 30 et 50. Compte tenu <strong>de</strong> la possibilité <strong>de</strong> stocker<br />
<strong>de</strong> l’eau, <strong>de</strong> pouvoir la faire remonter par pompage avec<br />
18<br />
1
une très bonne efficacité, ces grands barrages jouent un<br />
rôle particulièrement important pour assurer l’équilibre saisonnier<br />
et instantané <strong>de</strong> la production d’électricité : c’est<br />
ce qu’on appelle le suivi <strong>de</strong> charge. Ils contribuent également<br />
à l’irrigation <strong>de</strong>s vallées. Mais les sites les plus intéressants<br />
sont désormais équipés et la petite hydraulique<br />
au fil <strong>de</strong> l’eau <strong>de</strong>s rivières et sans barrages importants,<br />
moins performante et économique, peine à se développer<br />
et souffre d’oppositions locales fortes en raison <strong>de</strong> son<br />
impact sur son environnement.<br />
1<br />
État d’urgence énergétique en Suè<strong>de</strong><br />
Après une année <strong>de</strong> sécheresse qui a vidé les réserves en eau <strong>de</strong>s centrales<br />
hydroélectriques (assurant la moitié <strong>de</strong> la production électrique), le prix du<br />
kWh s’est envolé en cet hiver 2002-2003. La possibilité d’un rationnement<br />
<strong>de</strong> l’électricité en cas <strong>de</strong> froid prolongé a même été évoquée par l’organisation<br />
professionnelle <strong>de</strong> l’énergie. Malgré la décision prise par référendum<br />
il y a une vingtaine d’années d’arrêter ses centrales nucléaires, alors<br />
qu’elles produisent près <strong>de</strong> la moitié <strong>de</strong> son électricité, la Suè<strong>de</strong> vient <strong>de</strong><br />
déci<strong>de</strong>r <strong>de</strong> prolonger leur exploitation au-<strong>de</strong>là <strong>de</strong> 2020 et 2030. Elle n’a su,<br />
en effet, bâtir une industrie <strong>de</strong> remplacement et la qualité <strong>de</strong> l’exploitation<br />
<strong>de</strong> ses centrales est aujourd’hui reconnue par la population.<br />
Dans une centrale marémotrice, l’énergie <strong>de</strong>s marées montantes et <strong>de</strong>scendantes<br />
est récupérée par un barrage percé <strong>de</strong> conduits contenant une turbine.<br />
L’usine <strong>de</strong> la Rance (photo) est la plus grosse usine marémotrice du mon<strong>de</strong>. Sa<br />
production est relativement faible car une telle installation fonctionne trois fois<br />
moins longtemps dans l’année qu’une centrale hydraulique classique. Le prix<br />
<strong>de</strong> revient du kWh est élevé, entre 5 et 11 centimes d’euro. L’équipement <strong>de</strong> la<br />
baie du Mont Saint-Michel n’est pas envisagé car il détruirait un site touristique<br />
exceptionnel.<br />
L’ÉNERGIE DU VENT<br />
Bateaux à voile, moulins à vent… l’énergie<br />
éolienne a été très utilisée avant d’être délaissée<br />
car peu rentable. Aujourd’hui, la technologie <strong>de</strong>s<br />
aérogénérateurs, parvenue à maturité, lui redonne<br />
une <strong>de</strong>uxième jeunesse.<br />
Cent dix mètres <strong>de</strong> haut, soit un immeuble <strong>de</strong><br />
quarante étages, une hélice <strong>de</strong> soixante-dix mètres<br />
<strong>de</strong> diamètre, le temps <strong>de</strong>s éoliennes géantes<br />
(2,5 MW) est venu. Cette course au gigantisme est<br />
une course à la compétitivité. La technologie est<br />
désormais mature, mais son coût, encore élevé,<br />
nécessite qu’elle soit subventionnée. Le coût d’achat<br />
<strong>de</strong> l’électricité éolienne, imposé à EDF, est plus du<br />
double <strong>de</strong> celui <strong>de</strong>s autres énergies.<br />
Énergie réellement renouvelable, l’énergie éolienne<br />
souffre <strong>de</strong> son irrégularité – elle ne produit que <strong>de</strong> 25<br />
à 40 % du temps – <strong>de</strong> ses faibles performances par<br />
vent faible et elle ne peut se développer qu’associée<br />
à une autre énergie, un autre investissement, qui la<br />
relaie les <strong>de</strong>ux tiers du temps.<br />
Technologie sûre et fortement soutenue par l’État,<br />
elle <strong>de</strong>vrait se développer dans quelques régions<br />
2<br />
Les gran<strong>de</strong>s éoliennes sont installées dans <strong>de</strong>s endroits où<br />
le vent est fort et régulier. Un arrêté d’application <strong>de</strong> la loi<br />
sur l’électricité, signé très récemment, prévoit l’installation<br />
<strong>de</strong> 2000 à 6000 MW d’éolien supplémentaires dont 500 à<br />
1500 MW en mer.<br />
2
Bouquet d’énergies à la française<br />
LES ÉNERGIES FOSSILES / L’ÉNERGIE NUCLÉAIRE /<br />
LES ÉNERGIES RENOUVELABLES / L’HYDROGÈNE<br />
ventées <strong>de</strong> France, le Languedoc, la Bretagne par<br />
exemple. Mais son acceptabilité reste fragile dans<br />
<strong>de</strong>s régions habitées et touristiques, soucieuses <strong>de</strong><br />
leur cadre et <strong>de</strong>s nuisances apportées, sonores et<br />
visuelles. Les pays les plus engagés, le Danemark et<br />
l’Allemagne, envisagent désormais <strong>de</strong>s éoliennes<br />
offshore, le long <strong>de</strong> côtes peu touristiques.<br />
Le Danemark, à la fois bon et mauvais élève<br />
Exemplaire par son déploiement d’éoliennes, le Danemark reste dépendant<br />
du charbon pour compenser le déficit <strong>de</strong> production <strong>de</strong>s pério<strong>de</strong>s<br />
sans vent. Il fait donc partie <strong>de</strong>s quelques pays européens qui auront<br />
vraisemblablement <strong>de</strong>s difficultés à tenir leurs engagements pris à Kyoto<br />
<strong>de</strong> manière purement nationale. C’est pourquoi il cherche, d’ores et déjà,<br />
à nouer <strong>de</strong>s contacts en vue d’exporter <strong>de</strong>s technologies réduisant les<br />
émissions <strong>de</strong> gaz à effet <strong>de</strong> serre… chez les autres.<br />
RAYONS DE SOLEIL<br />
L’énergie solaire, thermique ou photovoltaïque,<br />
est la plus évi<strong>de</strong>nte, la plus sympathique, celle<br />
qui séduit. Très à la mo<strong>de</strong> dans les années 70, elle<br />
n’a pas encore trouvé sa place dans<br />
le concert énergétique mondial. Très diluée,<br />
<strong>de</strong>mandant <strong>de</strong>s surfaces importantes, elle est<br />
encore trop chère (le photovoltaïque) ou trop<br />
négligée (la production <strong>de</strong> chaleur pour l’eau<br />
chau<strong>de</strong> et le chauffage). Cette <strong>de</strong>rnière application<br />
<strong>de</strong>vrait cependant être fortement encouragée.<br />
1<br />
L’utilisation la plus simple <strong>de</strong> l’énergie solaire consiste à<br />
chauffer un flui<strong>de</strong> caloporteur pour produire chauffage ou<br />
eau chau<strong>de</strong>. C’est aujourd’hui la voie la plus économique<br />
empruntée par le solaire thermique, trop ignoré en France.<br />
L’utilisation passive <strong>de</strong> l’énergie solaire (architecture,<br />
matériaux <strong>de</strong> construction et vitrages adaptés) permet<br />
aussi <strong>de</strong> gérer intelligemment l’apport calorifique.<br />
Certaines utilisations du solaire photovoltaïque sont bien<br />
connues par le grand public : qui n’a pas vu <strong>de</strong> montres et<br />
<strong>de</strong> calculettes à énergie solaire !<br />
Il est également intéressant dans <strong>de</strong>s régions à fort<br />
ensoleillement pour <strong>de</strong>s productions relativement faibles.<br />
Les cellules photovoltaïques dans lesquelles l’énergie<br />
lumineuse est transformée directement en électricité n’a<br />
pas encore répondu aux espoirs qu’elles avaient suscités.<br />
Elles font encore appel à <strong>de</strong>s cellules faites <strong>de</strong> silicium<br />
mono-cristallin, et à <strong>de</strong>s batteries lour<strong>de</strong>s et<br />
encombrantes pour stocker l’électricité. L’énergie<br />
délivrée est environ dix fois plus chère que celle qui<br />
est disponible dans les centrales électriques mo<strong>de</strong>rnes,<br />
ce qui explique son utilisation dans <strong>de</strong>s zones<br />
isolées, ou peu accessibles au réseau électrique.<br />
20<br />
Mais son abondance, sa présence universelle sont<br />
telles que <strong>de</strong> nombreuses recherches sont poursuivies.<br />
Pour autant, « l’idée », la rupture technologique<br />
n’a pas été découverte.<br />
Une vitrine <strong>de</strong>s énergies<br />
renouvelables à la Gua<strong>de</strong>loupe<br />
Un ambitieux programme co-piloté par la Région et<br />
l’ADEME (Agence <strong>de</strong> l’environnement et <strong>de</strong> la maîtrise <strong>de</strong><br />
l’énergie) prévoit <strong>de</strong> satisfaire en 2006 un quart <strong>de</strong>s besoins<br />
<strong>de</strong> l’île en électricité à partir <strong>de</strong> ressources renouvelables.<br />
Les ingrédients du cocktail énergétique local s’appellent<br />
biomasse, géothermie, mini-hydraulique, éolien et solaires<br />
photovoltaïque ou thermique. En brûlant un résidu <strong>de</strong><br />
1 Maison individuelle avec, en toiture, <strong>de</strong>s capteurs solaires<br />
thermiques qui produisent l’eau chau<strong>de</strong> sanitaire.<br />
Les cellules photovoltaïques classiques<br />
Elles sont en silicium cristallin dopé par <strong>de</strong>s atomes métalliques.<br />
Ce matériau semi-conducteur a la particularité <strong>de</strong> mettre en mouvement<br />
ses électrons entre une première couche, porteuse <strong>de</strong> charges négatives<br />
(les électrons) et une <strong>de</strong>uxième couche, porteuse <strong>de</strong> charges positives<br />
(les trous). Lorsque <strong>de</strong>s photons, ces grains <strong>de</strong> lumière, frappent la cellule,<br />
les électrons sautent d’une couche à l’autre pour combler les « trous ».<br />
Une différence <strong>de</strong> potentiel s’établit entre les <strong>de</strong>ux semi-conducteurs<br />
avant d’être transformée en courant électrique par une résistance.
canne à sucre avec du charbon, une centrale <strong>de</strong> cogénération<br />
fournit <strong>de</strong> la vapeur à la sucrerie voisine en même<br />
temps qu’elle produit <strong>de</strong> l’électricité. Soleil antillais oblige :<br />
environ 2 000 installations photovoltaïques alimentent <strong>de</strong>s<br />
foyers ou <strong>de</strong>s petites exploitations isolées du réseau électrique<br />
et près <strong>de</strong> 20000 chauffe-eau solaires ont été installés<br />
dans l’archipel !<br />
2<br />
2<br />
En Gua<strong>de</strong>loupe, développement et soutien à la filière<br />
canne s’harmonisent avec bonheur<br />
LA PROMESSE DU TOUT PLASTIQUE<br />
La recherche sur les cellules photovoltaïques plastiques s’appuie sur <strong>de</strong>s technologies<br />
innovantes pour fabriquer <strong>de</strong>s composants électroniques « tout plastique<br />
». Avec <strong>de</strong>s cellules solaires souples et à bas coût, cette nouvelle filière<br />
complète l’offre <strong>de</strong> la filière silicium. A <strong>Saclay</strong>, le Laboratoire <strong>de</strong>s composants<br />
organiques fonctionnels a démontré la possibilité d’améliorer le ren<strong>de</strong>ment <strong>de</strong><br />
conversion photovoltaïque par une technique d’orientation moléculaire au sein<br />
<strong>de</strong> la couche active. Il cherche également <strong>de</strong>s solutions <strong>de</strong> protection contre le<br />
vieillissement <strong>de</strong>s matériaux organiques actifs. Les meilleures efficacités obtenues<br />
aujourd’hui sont <strong>de</strong> 3,6 % sous éclairement solaire, à comparer avec le<br />
ren<strong>de</strong>ment <strong>de</strong> 15 % <strong>de</strong>s cellules au silicium. Pour satisfaire le marché du jetable<br />
et <strong>de</strong> produits <strong>de</strong> gran<strong>de</strong> consommation, l’objectif d’un ren<strong>de</strong>ment <strong>de</strong> 5 %<br />
est visé pour 2005. Il faudra patienter jusqu’en 2010 pour un développement<br />
industriel dans le domaine <strong>de</strong> la production d’énergie.<br />
Contact : nathalie.lebars@cea.fr<br />
3<br />
3<br />
Les cellules photovoltaïques plastiques, en cours <strong>de</strong> développement<br />
au centre <strong>CEA</strong> <strong>de</strong> <strong>Saclay</strong>, sont <strong>de</strong>stinées à <strong>de</strong>s applications<br />
qui <strong>de</strong>man<strong>de</strong>nt un matériau souple et à bas coût.<br />
PAILLE, BLÉ<br />
BETTERAVE ET COLZA<br />
Les terres en jachère produisent déjà <strong>de</strong>s carburants<br />
pour nos automobiles<br />
Essence et gazole<br />
Substituts écologiques aux hydrocarbures, <strong>de</strong>ux filières <strong>de</strong><br />
biocarburants se partagent le marché.<br />
Les premiers, l’éthanol et ses dérivés, proviennent <strong>de</strong> la<br />
fermentation <strong>de</strong> substances cellulosiques, amylacées (blé)<br />
ou sucrières : ils peuvent être additionnés simplement à<br />
l’essence sous une forme stable au contact <strong>de</strong> l’eau.<br />
Les seconds, constitués d’esters issus <strong>de</strong>s huiles végétales,<br />
sont proches du gazole : ainsi l’ajout, jusqu’à 5 %,<br />
d’ester méthylique <strong>de</strong> colza dans le gazole est-il autorisé<br />
en France sans obligation <strong>de</strong> mention.<br />
D’ici à 2010, la part <strong>de</strong>s biocarburants <strong>de</strong>vrait être portée<br />
<strong>de</strong> 1 % en 2001 à 7 %: la majeure partie (70 %) pourra<br />
être produite sur <strong>de</strong>s terres en jachère imposée par la<br />
réforme <strong>de</strong> la Politique agricole commune en 1992.<br />
4<br />
Biomasse et piles<br />
De manière plus prospective, le <strong>CEA</strong> étudie la gazéification<br />
<strong>de</strong>s résidus <strong>de</strong> l’exploitation forestière, bois et pailles,<br />
comme une source alternative d’hydrogène ou <strong>de</strong><br />
biocarburant.<br />
Par ailleurs, certains produits issus <strong>de</strong> la biomasse pourraient<br />
remplacer l’hydrogène dans une pile à combustible<br />
d’un nouveau genre.<br />
4 La biomasse dite traditionnelle (bois, charbon <strong>de</strong> bois, déchets végétaux…)<br />
représente une part non négligeable <strong>de</strong> la consommation énergétique mondiale,<br />
surtout dans les pays en voie <strong>de</strong> développement. Elle est également<br />
exploitée en France, notre pays bénéficiant <strong>de</strong> surfaces forestières importantes.<br />
Elle trouve tout son intérêt avec une exploitation rationnelle <strong>de</strong>s forêts,<br />
en utilisant <strong>de</strong>s terres peu fertiles. Elle n’est écologique que si ses résidus<br />
sont recyclés, et non abandonnés sur place, condamnés à une fermentation<br />
génératrice <strong>de</strong> gaz à effet <strong>de</strong> serre (le méthane en particulier).
Bouquet d’énergies à la française<br />
LES ÉNERGIES FOSSILES / L’ÉNERGIE NUCLÉAIRE /<br />
LES ÉNERGIES RENOUVELABLES / L’HYDROGÈNE<br />
HYDROGÈNE<br />
ET PILE À COMBUSTIBLE<br />
L’hydrogène est déjà utilisé dans le domaine pétrolier,<br />
et pour propulser les fusées. Les chercheurs<br />
espèrent maintenant en faire un combustible, un<br />
vecteur énergétique répondant à <strong>de</strong> multiples usages.<br />
Mais sa production nécessite actuellement une énergie<br />
supérieure à celle délivrée.<br />
Pour les utilisations recherchées, notamment le transport<br />
routier, il ne s’agit pas <strong>de</strong> faire réagir l’hydrogène <strong>de</strong><br />
manière explosive en le mettant directement en contact<br />
avec <strong>de</strong> l’oxygène, comme dans les fusées. Une combustion<br />
à haute température avec l’oxygène <strong>de</strong> l’air relâcherait<br />
trop <strong>de</strong> gaz polluants dans l’atmosphère.<br />
L’opération consiste, dans <strong>de</strong>s piles à combustible, à obtenir<br />
une réaction <strong>de</strong> combustion lente grâce à un catalyseur.<br />
Lors <strong>de</strong> cette réaction chimique, on récupère <strong>de</strong> l’électricité,<br />
<strong>de</strong> la chaleur et on rejette <strong>de</strong> l’eau, en bénéficiant d’un<br />
excellent ren<strong>de</strong>ment <strong>de</strong> conversion énergétique.<br />
Extraire l’hydrogène<br />
Mais l’hydrogène n’existe pas dans la nature, bien que<br />
l’atome d’hydrogène y soit extrêmement abondant. Il faut<br />
donc commencer par l’extraire.<br />
Les principaux procédés industriels utilisent du gaz naturel<br />
(reformage) ou du charbon (gazéification). Pour <strong>de</strong> nouvelles<br />
utilisations, il s’agit <strong>de</strong> le produire à bas coût, sans<br />
émission <strong>de</strong> gaz à effet <strong>de</strong> serre, c’est-à-dire à partir <strong>de</strong><br />
l’eau. On utilise soit l’électrolyse, soit <strong>de</strong>s réactions<br />
chimiques à haute température.<br />
d’hydrocarbures. D’autres proposent <strong>de</strong> recombiner<br />
chimiquement l’hydrogène à du carbone <strong>de</strong> manière à<br />
obtenir un carburant synthétique !<br />
Impératifs techniques<br />
et économiques<br />
L’hydrogène doit ensuite être injecté dans une pile à<br />
combustible, appareil qui a fait ses preuves dans les engins<br />
spatiaux, mais les impératifs techniques et économiques<br />
sont tout autres pour éclairer et chauffer nos maisons ou<br />
remplacer à court terme le moteur à explosion <strong>de</strong> nos<br />
voitures. C’est une technologie encore balbutiante, mais sur<br />
laquelle <strong>de</strong> grands espoirs sont fondés pour réduire la pollution<br />
dans les villes. Quant à l’énergie pour produire<br />
l’hydrogène, il faudrait qu’elle provienne <strong>de</strong> sources non<br />
polluantes et ne générant pas d’effets <strong>de</strong> serre.<br />
Un challenge que le nucléaire et les énergies renouvelables<br />
pourraient relever.<br />
Stockage<br />
Par ailleurs, il faut le stocker : comment confiner ce gaz aux<br />
molécules si petites dans un récipient étanche? Comment<br />
prévenir tout risque d’explosion en cas <strong>de</strong> fuite?<br />
Des recherches visent à stocker l’hydrogène dans <strong>de</strong>s<br />
composés métalliques (hydrures), sous très haute pression<br />
(700 atmosphères), dans <strong>de</strong>s récipients résistant à<br />
toute épreuve, ou à très basse température (-253°C).<br />
Devant la difficulté, certains imaginent une production<br />
d’hydrogène embarquée, à partir <strong>de</strong> biocarburants ou<br />
22<br />
1
PRODUIRE DE L’HYDROGÈNE SANS<br />
ÉMISSION DE CARBONE, À BAS COÛT<br />
Les procédés actuels ne sont pas satisfaisants<br />
à long terme.<br />
Pour ses besoins propres, l’industrie pétrolière<br />
dispose aujourd’hui d’une capacité <strong>de</strong> production<br />
à partir <strong>de</strong> gaz naturel, compétitive<br />
mais disqualifiée comme solution d’avenir<br />
par ses émissions <strong>de</strong> carbone. Plus propre, la<br />
dissociation <strong>de</strong> l’eau par l’électricité (ou<br />
électrolyse), qui pourrait être d’origine<br />
renouvelable ou nucléaire, est, quant à elle,<br />
handicapée par un piètre ren<strong>de</strong>ment (25 à<br />
30 %). Il faut donc rechercher un procédé<br />
alternatif, dont le coût pourrait se situer à un<br />
niveau intermédiaire.<br />
Une voie d’avenir, les cycles<br />
thermochimiques Io<strong>de</strong>-Soufre<br />
À <strong>Saclay</strong>, au sein du département <strong>de</strong> physico-chimie,<br />
les chercheurs explorent la<br />
décomposition thermochimique <strong>de</strong> l’eau<br />
comme la voie la plus prometteuse.<br />
Elle consiste en une succession <strong>de</strong> réactions<br />
chimiques, appelées cycles, équivalant à la<br />
dissociation <strong>de</strong> la molécule d’eau.<br />
Ces transformations, qui mettent en jeu<br />
<strong>de</strong> l’io<strong>de</strong> et du soufre, se produisent à une<br />
température plus raisonnable que celle<br />
exigée par la décomposition directe <strong>de</strong><br />
l’eau. Le procédé peut ainsi s’accommo<strong>de</strong>r<br />
d’une source <strong>de</strong> chaleur inférieure<br />
à 1000°C. Les produits intermédiaires tels<br />
que le dioxy<strong>de</strong> <strong>de</strong> soufre, l’io<strong>de</strong> ou l’aci<strong>de</strong><br />
sulfurique sont recyclés et restent confinés<br />
dans le processus <strong>de</strong> fabrication.<br />
Le Service <strong>de</strong> corrosion et du comportement<br />
<strong>de</strong>s matériaux dans leur environnement<br />
est chargé <strong>de</strong> définir les matériaux<br />
aptes à supporter l’agression <strong>de</strong> tels produits<br />
tandis que les physico-chimistes<br />
optimisent le procédé, arguments thermodynamiques<br />
à l’appui. Le ren<strong>de</strong>ment <strong>de</strong><br />
cette décomposition pourrait dépasser<br />
50 % : un véritable atout économique !<br />
Sur ce thème, le <strong>CEA</strong> collabore avec le<br />
DOE américain (Department Of Energy),<br />
General Atomics et Sandia National Labs,<br />
avec un objectif commun : la construction<br />
en 2006 d’une boucle <strong>de</strong> démonstration.<br />
D’autres équipes du <strong>CEA</strong>, à <strong>Saclay</strong> et<br />
Cadarache, étudient <strong>de</strong>s réacteurs d’un<br />
nouveau type, à très haute température,<br />
susceptibles <strong>de</strong> fournir la chaleur nécessaire<br />
à la réaction chimique.<br />
Contact : patrick.mauchien@cea.fr<br />
PILES À COMBUSTIBLE<br />
HAUTE TEMPÉRATURE<br />
Des laboratoires <strong>de</strong> <strong>Saclay</strong> explorent<br />
une technologie d’avenir pour <strong>de</strong>s minicentrales<br />
à l’échelle d’un immeuble.<br />
La filière <strong>de</strong>s piles à combustible à haute<br />
température, ou cellules à électrolyte soli<strong>de</strong><br />
(SOFC, Solid oxy<strong>de</strong> fuel cell), se prête bien à<br />
la cogénération chaleur-électricité et autorise<br />
dans son principe le reformage sur place <strong>de</strong><br />
l’hydrogène à partir du gaz naturel. Revers <strong>de</strong><br />
la médaille, les températures élevées, supérieures<br />
à 800°C, contraignent fortement les<br />
matériaux <strong>de</strong> la pile. A <strong>Saclay</strong>, le Service d’élaboration<br />
et mise en forme <strong>de</strong>s matériaux<br />
optimise la géométrie et les microstructures<br />
<strong>de</strong>s éléments <strong>de</strong> la pile (électro<strong>de</strong>s et électrolyte)<br />
pour un ren<strong>de</strong>ment maximal, tout en<br />
conservant <strong>de</strong>s procédés <strong>de</strong> fabrication classiques<br />
et à bas coût. De nouveaux matériaux<br />
d’ano<strong>de</strong> sont étudiés pour décomposer le<br />
méthane en hydrogène in situ. Parallèlement,<br />
le service étudie le stockage <strong>de</strong> l’hydrogène<br />
dans les hydrures.<br />
Contact : nathalie.lebars@cea.fr<br />
2<br />
1<br />
2<br />
3<br />
Représentation d’une voiture fonctionnant<br />
avec une pile à combustible.<br />
Préparation <strong>de</strong> monocellules par « pistolettage ».<br />
Monocellules préparées par « pistolettage ».<br />
Il s’agit <strong>de</strong> la cellule <strong>de</strong> base d’une SOFC,<br />
qui permet <strong>de</strong> produire <strong>de</strong> l’électricité à partir<br />
<strong>de</strong> la combinaison d’hydrogène et d’oxygène.<br />
L’Islan<strong>de</strong>, un laboratoire<br />
<strong>de</strong> l’« économie hydrogène »<br />
En 2030 au plus tard, les bus, le parc automobile<br />
privé et l’imposante flotte <strong>de</strong> pêche seront tous priés<br />
<strong>de</strong> carburer à l‘hydrogène et à la pile à<br />
combustible. L’expérience, défendue par trois gros<br />
industriels et un consortium local, débutera l’été<br />
prochain avec 3 bus à hydrogène financés par le<br />
projet européen Clean Urban Transport in Europe.<br />
L’énergie consommée dans l’île est déjà à 65 % d’o-<br />
3<br />
rigine renouvelable (hydraulique et géothermique). 23
Qu’est-ce que l’effet <strong>de</strong> serre dont nous parlons tout au long <strong>de</strong> ce journal ? Comment l’analysent les<br />
scientifiques et plus largement, comment étudient-ils le climat ? Quel est le travail du Laboratoire<br />
<strong>de</strong>s sciences du climat et <strong>de</strong> l’environnement <strong>de</strong> <strong>Saclay</strong> ?<br />
L’atmosphère, même chargée <strong>de</strong> nuages est<br />
transparente pour la lumière du soleil : près <strong>de</strong> 60 %<br />
<strong>de</strong> l’énergie lumineuse atteint la surface du globe qui<br />
en réfléchit une faible partie. La moitié <strong>de</strong> l’énergie<br />
venant du soleil est absorbée par les continents et<br />
les océans qu’elle échauffe. Cette chaleur est restituée<br />
partiellement sous forme <strong>de</strong> rayonnement infrarouge.<br />
Des gaz présents en faible quantité dans l’atmosphère,<br />
comme la vapeur d’eau, le gaz carbonique<br />
(CO 2 ) ou le méthane, absorbent le rayonnement<br />
infrarouge, dont seulement 10 % s’échappe<br />
directement vers l’espace. Agissant comme le vitrage<br />
d’une serre, ces gaz favorisent donc un accrois-<br />
Effet <strong>de</strong> serre | Climat<br />
Qu’est-ce que l’effet <strong>de</strong> serre ?<br />
sement <strong>de</strong> la température <strong>de</strong> l’atmosphère.<br />
Un effet naturel bénéfique<br />
n’aurait pas pu s’y développer.<br />
La part <strong>de</strong>s différents gaz <strong>de</strong> l’atmosphère<br />
dans l’effet <strong>de</strong> serre<br />
CFC<br />
CO<br />
Nuages<br />
H 2 O<br />
2<br />
O 3<br />
N 2 O<br />
CO CH 2 4<br />
LA TERRE SOUS SERRE<br />
Les gaz présents naturellement dans l’atmosphère<br />
sont responsables d’un réchauffement global <strong>de</strong><br />
33 °C : sans cet effet <strong>de</strong> serre, la température<br />
moyenne sur terre ne serait que <strong>de</strong> –18°C et la vie<br />
▲ Part <strong>de</strong>s différents gaz <strong>de</strong> l’atmosphère<br />
dans l’effet <strong>de</strong> serre naturel<br />
▲ Part <strong>de</strong>s différents gaz dans l’effet<br />
<strong>de</strong> serre additionnel dû à l’homme<br />
Outre le dioxy<strong>de</strong> <strong>de</strong> carbone, d’autres gaz émis par les activités humaines<br />
contribuent à l’augmentation <strong>de</strong> l’effet <strong>de</strong> serre.<br />
O 3 : ozone / CFC: composés fluoro-carbonés / N 2 O : oxy<strong>de</strong> d’azote /<br />
CH 4 : méthane / CO 2 : dioxy<strong>de</strong> <strong>de</strong> carbone (gaz carbonique) / H 2 O: eau.<br />
Une proposition étonnante<br />
Découvert dès 1824, l’effet <strong>de</strong> serre est attribué à la<br />
vapeur d’eau et au dioxy<strong>de</strong> <strong>de</strong> carbone dans les<br />
années 1860 et reçoit sa <strong>de</strong>scription actuelle en<br />
1896. Son auteur, le Suédois Arrhénius, suggère<br />
même <strong>de</strong> brûler <strong>de</strong>s combustibles fossiles pour augmenter<br />
la concentration <strong>de</strong> dioxy<strong>de</strong> <strong>de</strong> carbone dans<br />
l’atmosphère. Les bénéfices attendus sont un climat<br />
<strong>de</strong> la Terre plus égal, une croissance stimulée <strong>de</strong>s<br />
plantes et donc une production accrue <strong>de</strong> nourriture<br />
pour une population plus nombreuse. Cet optimisme<br />
pouvait être <strong>de</strong> mise à une époque où l’on n’avait<br />
qu’une compréhension très sommaire du fonctionnement<br />
<strong>de</strong> la machine climatique.<br />
Les activités humaines<br />
se pèsent en carbone<br />
Depuis le début <strong>de</strong> l’ère industrielle, l’homme a réinjecté<br />
dans l’atmosphère sous forme <strong>de</strong> CO 2 300 milliards <strong>de</strong><br />
tonnes <strong>de</strong> carbone que la nature avait mis <strong>de</strong>s millions<br />
d’années à enfouir dans le sous-sol sous forme <strong>de</strong> charbon,<br />
<strong>de</strong> pétrole et <strong>de</strong> gaz. Si la moitié <strong>de</strong> ce dioxy<strong>de</strong> <strong>de</strong><br />
carbone a été reprise par la végétation, les sols et les<br />
océans,150 milliards <strong>de</strong> tonnes restent dans l’atmosphère,<br />
accroissant l’effet <strong>de</strong> serre.<br />
Une prise <strong>de</strong> conscience<br />
internationale<br />
Evoquée <strong>de</strong>vant le grand public dès les années 1970, la<br />
question d’une modification potentielle du climat par<br />
l’homme <strong>de</strong>vient une préoccupation mondiale <strong>de</strong>s gouvernements<br />
à la fin <strong>de</strong>s années 1980. En 1988, le Groupe<br />
intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat<br />
(GIEC) est mis en place à la <strong>de</strong>man<strong>de</strong> du G7.<br />
24
L’amorce d’un<br />
changement climatique ?<br />
Les mesures effectuées directement<br />
dans l’atmosphère mettent clairement<br />
en évi<strong>de</strong>nce l’accumulation<br />
<strong>de</strong>s gaz à effet <strong>de</strong> serre. Par ailleurs,<br />
<strong>de</strong>s modifications du climat et <strong>de</strong><br />
l’environnement ont pu être observées<br />
au cours du XXème siècle :<br />
• l’écart thermique entre le jour et la<br />
nuit a diminué ; la température<br />
moyenne a augmenté <strong>de</strong> 0,6°C ;<br />
• le niveau <strong>de</strong> la mer est monté<br />
<strong>de</strong> 12 cm ;<br />
• la surface <strong>de</strong> la banquise <strong>de</strong> l’océan<br />
Arctique a régressé <strong>de</strong> 30 % ; son<br />
épaisseur a diminué <strong>de</strong> 40 % au<br />
cours <strong>de</strong>s 30 <strong>de</strong>rnières années.<br />
S’il est très difficile <strong>de</strong> prouver que<br />
ces évolutions sont une conséquence<br />
<strong>de</strong> l’augmentation <strong>de</strong> l’effet <strong>de</strong> serre,<br />
elles correspon<strong>de</strong>nt en tout cas à ce<br />
qu’on attend <strong>de</strong> cette augmentation.<br />
Évolution <strong>de</strong> la concentration<br />
atmosphérique<br />
du CO 2 <strong>de</strong>puis 1958<br />
(à partir <strong>de</strong> mesures effectuées à Hawaï)<br />
Les oscillations reflètent le rôle <strong>de</strong> la<br />
végétation, dont l’activité photosynthétique<br />
suit l’alternance <strong>de</strong>s saisons.<br />
1ppm = 1 partie par million dans l’air,<br />
soit 0,0001%.<br />
380<br />
370<br />
360<br />
350<br />
340<br />
330<br />
320<br />
CO 2 ppm<br />
310<br />
1955 1960 1965 1970 1975 1980 1985 1990 1995 2000 2005<br />
année<br />
PRODUCTION D’ÉNERGIE ET EFFET DE SERRE<br />
Toute activité industrielle est étant très positif, et que les suivants,<br />
aujourd’hui peu ou prou émettrice<br />
parce que les énergies<br />
<strong>de</strong> gaz à effet <strong>de</strong> serre, soit directement<br />
concernées sont très diluées,<br />
(la combustion), soit parce requièrent <strong>de</strong>s infrastructures<br />
qu’elle utilise <strong>de</strong>s matériaux tels importantes.<br />
que le béton, l’acier, le silicium et<br />
les matériaux composites qui ont<br />
<strong>de</strong>mandé <strong>de</strong> l’énergie pour leur<br />
fabrication. Brûler du gaz, du charbon,<br />
du pétrole ou du bois en produit<br />
beaucoup.<br />
Cinq moyens <strong>de</strong> production d’énergie<br />
ne brûlent pas <strong>de</strong> combustibles carbonés<br />
et ne génèrent pas <strong>de</strong> risque d’échauffement<br />
climatique : le nucléaire, la<br />
gran<strong>de</strong> hydraulique, la géothermie, l’éolien<br />
et le solaire.<br />
Précisons que les <strong>de</strong>ux premiers<br />
<strong>de</strong>man<strong>de</strong>nt beaucoup <strong>de</strong> matériaux<br />
pour les bâtir, mais délivrent d’énormes<br />
quantités d’énergie, le sol<strong>de</strong><br />
De fait, contrairement à une idée<br />
communément répandue, le nucléaire<br />
a les meilleures performances du<br />
point <strong>de</strong> vue <strong>de</strong> l’effet <strong>de</strong> serre.<br />
La situation <strong>de</strong> la biomasse (combustion<br />
<strong>de</strong> bois ou production du<br />
méthane par décomposition <strong>de</strong> la<br />
végétation) est moins claire car la<br />
plante consomme le gaz carbonique<br />
pendant son développement<br />
et en produit ensuite. La qualité<br />
d’exploitation <strong>de</strong> la végétation est<br />
très importante. Par exemple, si on<br />
ne récupère que le tronc <strong>de</strong> l’arbre<br />
et si on laisse les branches pourrir,<br />
l’équilibre se dégra<strong>de</strong> rapi<strong>de</strong>ment.<br />
Émissions en équivalent CO 2<br />
<strong>de</strong> la chaîne énergétique<br />
complète <strong>de</strong>s moyens <strong>de</strong><br />
production d’électricité<br />
(en g <strong>de</strong> carbone/kWh).<br />
300<br />
250<br />
200<br />
150<br />
charbon<br />
charbon - gaz cycle combiné<br />
pétrole<br />
gaz naturel liquéfié<br />
gaz nat. liquéfié cycle combiné<br />
solaire thermique<br />
usine marémotrice<br />
photovoltaïque<br />
éolien<br />
géothermique<br />
nucléaire<br />
hydraulique<br />
100<br />
50<br />
0<br />
24 246<br />
17 172<br />
12 175<br />
40 138<br />
32 107<br />
Fonctionnement<br />
Construction,<br />
transport, etc.<br />
(source : AIE)<br />
Relatives à la production d’électricité, ces données<br />
montrent à quel point le différentiel d’émission <strong>de</strong><br />
C0 2 est considérable suivant les énergies.<br />
58<br />
35<br />
34<br />
34<br />
6<br />
6<br />
5
Effet <strong>de</strong> serre | Climat<br />
LES GLACES DE L’ANTARCTIQUE<br />
DÉVOILENT LES SOUBRESAUTS CLIMATIQUES DU PASSÉ<br />
A quoi bon revenir sur le passé ?<br />
Pourquoi veut-on comprendre les climats du passé ? Et<br />
pourquoi s’intéresser à <strong>de</strong>s pério<strong>de</strong>s plus froi<strong>de</strong>s alors que<br />
nous prévoyons pour les décennies à venir un réchauffement<br />
global ? Nous <strong>de</strong>vons comprendre comment le climat<br />
varie. Cela veut dire comprendre les mécanismes qui<br />
influencent le climat et les inclure dans nos modélisations.<br />
Nous <strong>de</strong>vons aussi faire en sorte que nos modèles puissent<br />
reproduire non seulement le climat actuel, mais aussi<br />
<strong>de</strong>s climats très différents, puisque le climat à venir pourrait<br />
être très perturbé.<br />
Des chercheurs sur le terrain<br />
Au <strong>CEA</strong>, les étu<strong>de</strong>s sur le climat se font au Laboratoire <strong>de</strong>s<br />
sciences du climat et <strong>de</strong> l’environnement (LSCE), sur le<br />
site <strong>de</strong> l’Orme <strong>de</strong>s Merisiers et sur le campus du CNRS à<br />
Gif-sur-Yvette. Mais ce n’est pas en restant dans son laboratoire<br />
ou <strong>de</strong>vant son ordinateur qu’on peut découvrir<br />
l’histoire chahutée du climat <strong>de</strong> la Terre et en appréhen<strong>de</strong>r<br />
les mécanismes. Les chercheurs doivent aller sur le terrain<br />
débusquer les indices du climat passé que dame Nature a<br />
bien voulu y enregistrer.<br />
Microscopiques animalcules, les foraminifères vivent et meurent<br />
dans les eaux océaniques. On retrouve leurs coquilles dans<br />
les sédiments <strong>de</strong>s fonds sous-marins (photo à gauche).<br />
Lors <strong>de</strong>s refroidissements brutaux, qui ont ponctué les phases<br />
<strong>de</strong> réchauffement, les conditions <strong>de</strong> température et <strong>de</strong> salinité<br />
font disparaître complètement les foraminifères. À leur place,<br />
les sédiments contiennent <strong>de</strong>s débris rocheux (photo à droite),<br />
arrachés aux continents par les glaciers.<br />
C’est la chute dans l’océan <strong>de</strong> gigantesques morceaux <strong>de</strong> ces<br />
glaciers qui, par l’apport massif d’eau douce qu’elle entraîne,<br />
modifie la circulation océanique et provoque le refroidissement.<br />
Sédiments marins et calottes glaciaires<br />
sont <strong>de</strong>s conservatoires naturels<br />
Pour qu’on puisse retrouver <strong>de</strong>s indices, il faut qu’ils aient été<br />
préservés dans <strong>de</strong>s couches géologiques. On va donc naturellement<br />
se tourner vers les couches <strong>de</strong> sédiments marins,<br />
empilés au cours <strong>de</strong>s millénaires et les gran<strong>de</strong>s calottes <strong>de</strong><br />
glace <strong>de</strong>s hautes latitu<strong>de</strong>s nord (Groenland) et sud<br />
(Antarctique), qui n’ont jamais fondu <strong>de</strong>puis leur formation.<br />
Des indices dans l’eau et dans l’air<br />
Que trouvons-nous dans ces glaces? Il n’y a pas que <strong>de</strong><br />
l’eau gelée dans la glace. Il y a aussi tout ce qui s’est déposé<br />
sur la neige et tout ce que la neige a pu emprisonner. Ce<br />
qui s’y dépose, ce sont les poussières contenues dans l’atmosphère.<br />
Les vents qui les apportent ne sont pas les<br />
mêmes en été et en hiver. Les dépôts reflètent donc l’alternance<br />
<strong>de</strong>s saisons. Ils servent notamment à compter les<br />
années écoulées, au moins pour une glace pas trop âgée.<br />
Mais la neige contient également <strong>de</strong> l’air. Au fur et à mesure<br />
que la neige se transforme en glace, l’air est emprisonné.<br />
Les bulles <strong>de</strong> gaz contenues dans la glace ont donc la composition<br />
<strong>de</strong> l’air qui recouvrait la calotte à cette époque.<br />
Température et composition<br />
atmosphérique<br />
Les mesures effectuées par Jean Jouzel, Directeur <strong>de</strong><br />
recherches au <strong>CEA</strong> et Directeur <strong>de</strong> l’Institut Pierre Simon<br />
Laplace, et Clau<strong>de</strong> Lorius, Directeur <strong>de</strong> recherches émérite<br />
au Laboratoire <strong>de</strong> Glaciologie et <strong>de</strong> Géophysique <strong>de</strong><br />
l’Environnement CNRS <strong>de</strong> Grenoble, ont montré qu’au<br />
cours <strong>de</strong>s 400000 <strong>de</strong>rnières années, la concentration en<br />
dioxy<strong>de</strong> <strong>de</strong> carbone et en méthane <strong>de</strong> l’atmosphère variait<br />
comme la température sur l’Antarctique. Pour ces travaux,<br />
le CNRS leur a décerné sa médaille d’or en 2002.<br />
Mécanismes <strong>de</strong> variations brusques<br />
du climat<br />
Les carottes <strong>de</strong> glace prélevées au Groenland et les sédiments<br />
marins du nord <strong>de</strong> l’Atlantique ont révélé que le climat<br />
a été sujet à <strong>de</strong>s soubresauts dans ces régions.<br />
26
Il nous faut comprendre pourquoi et<br />
comment sont survenus ces événements,<br />
<strong>de</strong>s épiso<strong>de</strong>s analogues<br />
pouvant se produire dans le futur.<br />
On a pu montrer que ces variations<br />
rapi<strong>de</strong>s provenaient <strong>de</strong> débâcles <strong>de</strong> formidables<br />
icebergs qui ont déversé<br />
d’énormes quantités d’eau douce dans<br />
l’Atlantique Nord, perturbant gravement<br />
la circulation océanique.<br />
Vers un refroidissement<br />
en Europe occi<strong>de</strong>ntale ?<br />
Des événements similaires pourraient se<br />
produire dans l’avenir si le réchauffement<br />
global s’accompagnait <strong>de</strong> précipitations<br />
très importantes et si les glaces<br />
<strong>de</strong>s pôles fondaient rapi<strong>de</strong>ment: il n’est<br />
pas exclu que cela perturbe suffisamment<br />
la circulation océanique pour<br />
déplacer vers le sud la limite nord du gulf<br />
stream et provoquer ainsi un refroidissement<br />
notable <strong>de</strong> l’Europe <strong>de</strong> l’Ouest.<br />
Contact: jean.poitou@cea.fr<br />
Les carottes <strong>de</strong> glace <strong>de</strong> Vostok en Antarctique livrent leurs secrets<br />
Mesures effectuées à Vostok (Antarctique),<br />
dans les carottes <strong>de</strong> glace qui nous ont permis<br />
<strong>de</strong> remonter 400000 ans en arrière. En abscisse,<br />
l’âge <strong>de</strong> ce qui est mesuré, en milliers<br />
d’années. La pério<strong>de</strong> actuelle est à gauche.<br />
les 5 courbes, <strong>de</strong> haut en bas, représentent:<br />
1 - la concentration en méthane dans l’air<br />
inclus dans la glace, en parties par<br />
milliard en volume (ou ppbv; 1 partie<br />
par milliard = 1/1000 millimètre cube<br />
par mètre cube d’air)<br />
2 - la concentration en dioxy<strong>de</strong> <strong>de</strong> carbone<br />
dans le même air, en parties par million<br />
en volume (ou ppmv ; 1 ppmv =<br />
1000 ppbv = 1 millimètre cube par<br />
mètre cube d’air)<br />
3 - l’écart relatif, en pourmille, <strong>de</strong> la concentration<br />
en <strong>de</strong>utérium <strong>de</strong> la glace à Vostok<br />
par rapport à <strong>de</strong> l’eau “standard”<br />
(composition moyenne sur terre).<br />
4 - l’énergie lumineuse solaire reçue en<br />
moyenne par mètre carré et par secon<strong>de</strong><br />
(d’où l’unité Watts par mètre carré)<br />
au mois <strong>de</strong> juin (au solstice) à 65°<br />
<strong>de</strong> latitu<strong>de</strong> Nord.<br />
5 - l’écart (en mètres) entre le niveau <strong>de</strong> la<br />
mer à la date considérée et le niveau en<br />
1950. Les zones en rouge sont au niveau<br />
actuel.<br />
La teneur en <strong>de</strong>utérium est représentative <strong>de</strong><br />
D ‰ ppbV<br />
700<br />
600<br />
500<br />
400<br />
- 420<br />
- 440<br />
- 460<br />
- 480<br />
0<br />
m - 60<br />
- 120<br />
Vostok - méthane<br />
Vostok - CO 2<br />
Vostok - <strong>de</strong>utérium<br />
Insolation 65°N, juin<br />
Niveau marin<br />
0 100 200 300 400<br />
AGE (en milliers d’années)<br />
280<br />
240<br />
200<br />
520<br />
480<br />
440<br />
la température <strong>de</strong> l’atmosphère. Ses variations<br />
sont très comparables à celles <strong>de</strong>s<br />
concentrations atmosphériques <strong>de</strong> méthane<br />
et <strong>de</strong> dioxy<strong>de</strong> <strong>de</strong> carbone.<br />
Le moteur <strong>de</strong> ces changements climatiques<br />
est la variation d’insolation, due aux variations<br />
<strong>de</strong> l’orbite <strong>de</strong> la terre autour du soleil.<br />
Les différences <strong>de</strong> comportement entre<br />
climat et insolation sont dues aux “rétroactions”,<br />
c’est-à-dire tous les processus<br />
biogéochimiques qui amplifient ou au<br />
contraire inhibent les variations du climat.<br />
ppmV W/m 2<br />
LA QUALITÉ DE L’AIR EN QUESTION<br />
Les combustions à haute température,<br />
dans les centrales thermiques et dans les<br />
moteurs <strong>de</strong>s voitures, produisent <strong>de</strong>s<br />
oxy<strong>de</strong>s d’azote, par réaction directe <strong>de</strong><br />
l’azote <strong>de</strong> l’air avec l’oxygène <strong>de</strong> l’air. Par<br />
ailleurs, à la différence d’une centrale bien<br />
réglée, la combustion dans un moteur à<br />
explosion est incomplète et libère du<br />
monoxy<strong>de</strong> <strong>de</strong> carbone, <strong>de</strong>s hydrocarbures<br />
imbrûlés et du carbone sous forme <strong>de</strong><br />
particules <strong>de</strong> suie. Sous l’effet <strong>de</strong> l’éclairement<br />
solaire, ces gaz induisent <strong>de</strong>s<br />
réactions photochimiques qui produisent<br />
<strong>de</strong> l’ozone et exercent un effet polluant<br />
sur quelques centaines <strong>de</strong> kilomètres,<br />
sous le vent <strong>de</strong> la région d’origine. Les<br />
particules carbonées se mélangent à l’atmosphère<br />
sous forme d’aérosols qui peuvent<br />
être transportés à gran<strong>de</strong> distance<br />
par les vents. Ces aérosols seraient<br />
responsables <strong>de</strong> perturbations du système<br />
<strong>de</strong>s moussons en Asie du Sud-Est.<br />
1<br />
1<br />
Les transports : une source <strong>de</strong> pollution majeure.
Effet <strong>de</strong> serre | Climat<br />
CALCULER LE CLIMAT<br />
Représentation schématique <strong>de</strong> la machine climatique<br />
Représentation schématique <strong>de</strong><br />
la machine climatique<br />
(D’après Sylvie Joussaume,<br />
Climat d’hier à <strong>de</strong>main.<br />
Editions du CNRS, Paris,1993).<br />
L’équateur est du côté droit, le<br />
pôle du côté gauche.<br />
Atmosphère, hydrosphère,<br />
biosphère et cryosphère interagissent<br />
sans cesse. Mais les<br />
phénomènes dont ils sont le<br />
siège ont <strong>de</strong>s temps d’évolution<br />
très différents comme indiqué<br />
sur la figure.<br />
Une machine climatique<br />
La Terre se présente comme une boule soli<strong>de</strong> en rotation,<br />
entourée <strong>de</strong> gaz, recouverte aux <strong>de</strong>ux tiers d’eau qui reçoit<br />
la quasi-totalité <strong>de</strong> son énergie du soleil. Une forte disparité<br />
existe entre les régions équatoriales où les rayons du<br />
soleil frappent presque perpendiculairement la surface à<br />
midi et les régions polaires où l’éclairage rasant n’apporte<br />
qu’une faible énergie par unité <strong>de</strong> surface. La machine<br />
climatique s’emploie à transporter vers les hautes latitu<strong>de</strong>s<br />
la chaleur que le soleil dépose aux basses latitu<strong>de</strong>s.<br />
Des horloges différentes<br />
Pour étudier le climat, il faut décrire les phénomènes en jeu:<br />
- la dynamique <strong>de</strong>s <strong>de</strong>ux flui<strong>de</strong>s que sont l’eau <strong>de</strong>s océans<br />
(hydrosphère) et l’atmosphère,<br />
- les processus physico-chimiques <strong>de</strong>s composés qu’ils<br />
renferment, leurs interactions avec la végétation continentale<br />
et les micro-organismes <strong>de</strong>s eaux <strong>de</strong> surface<br />
océaniques (biosphère),<br />
- la formation, la fonte et le comportement <strong>de</strong> la glace<br />
(cryosphère), qu’elle soit marine (banquise) ou continentale<br />
(en particulier les gran<strong>de</strong>s calottes du Groenland et<br />
<strong>de</strong> l’Antarctique).<br />
28<br />
Les diverses composantes du système interagissent<br />
constamment et réagissent à <strong>de</strong>s perturbations à <strong>de</strong>s<br />
échelles <strong>de</strong> temps très diversifiées. Ainsi la météorologie<br />
peut-elle se contenter d’étudier l’évolution <strong>de</strong> l’atmosphère,<br />
le reste étant considéré comme fixe sur la durée <strong>de</strong>s<br />
prévisions. Au contraire, la climatologie ne peut négliger<br />
aucune <strong>de</strong>s composantes du système et <strong>de</strong>man<strong>de</strong> <strong>de</strong>s<br />
calculs d’une extrême complexité s’appuyant sur une <strong>de</strong>scription<br />
précise <strong>de</strong> la terre et <strong>de</strong> sa « machine climatique».<br />
Un thermomètre isotopique<br />
L’odyssée d’une molécule <strong>de</strong> pluie<br />
La molécule d’eau est un assemblage chimique d’un atome d’oxygène et <strong>de</strong><br />
<strong>de</strong>ux atomes d’hydrogène. Or, tous les atomes d’un même élément n’ont pas<br />
la même masse; les différentes masses sont caractéristiques <strong>de</strong>s différents<br />
isotopes <strong>de</strong> l’élément. A chaque fois que la vapeur d’eau atmosphérique subit<br />
un coup <strong>de</strong> froid, les molécules comportant un isotope « lourd » répon<strong>de</strong>nt<br />
un peu plus vite à l’appel pour con<strong>de</strong>nser. Ainsi, plus la température est basse<br />
aux pôles, plus les précipitations qui s’y produisent sont appauvries en oxygène<br />
lourd tandis que les eaux océaniques en sont enrichies.<br />
Enquête sur les climats passés<br />
L’analyse isotopique <strong>de</strong>s glaces polaires fournit la température, tandis que<br />
celle <strong>de</strong>s sédiments marins fournit la composition isotopique <strong>de</strong> l’eau <strong>de</strong><br />
mer à la même époque. Ces résultats combinés permettent d’évaluer la<br />
quantité d’eau manquant à la mer, et donc, le volume total <strong>de</strong>s glaces.
MIEUX CONNAÎTRE<br />
LES MÉCANISMES AMPLIFICATEURS<br />
OU INHIBITEURS DES VARIATIONS CLIMATIQUES<br />
Un exemple clair : la neige<br />
Un réchauffement du climat dans une<br />
zone enneigée conduit à diminuer la<br />
surface enneigée ou à raccourcir la saison<br />
pendant laquelle le sol est recouvert<br />
<strong>de</strong> neige. Or la neige est un excellent<br />
réflecteur <strong>de</strong> la lumière solaire. S’il y a<br />
moins <strong>de</strong> neige, la chaleur solaire sera<br />
davantage absorbée par le sol. Ce qui<br />
amplifie le réchauffement initial.<br />
Mais à quoi<br />
jouent les nuages ?<br />
Si la température augmente, l’atmosphère<br />
se charge en vapeur d’eau, qui<br />
augmente l’effet <strong>de</strong> serre, renforçant du<br />
coup le réchauffement. Sauf que la<br />
vapeur d’eau peut se con<strong>de</strong>nser. Et là,<br />
c’est beaucoup plus compliqué car,<br />
selon leur hauteur, les nuages font<br />
écran à la lumière solaire et refroidissent<br />
le globe, ou au contraire, ils ajoutent à<br />
l’effet <strong>de</strong> serre et augmentent la température.<br />
Par les rétroactions qu’elle<br />
induit, la physique <strong>de</strong>s nuages est capitale<br />
pour l’évolution du climat.<br />
Biomasse et effet <strong>de</strong> serre<br />
Dernier exemple : l’augmentation du<br />
dioxy<strong>de</strong> <strong>de</strong> carbone dans l’atmosphère<br />
est un fertilisant pour la végétation. La<br />
biomasse se comporte en piège <strong>de</strong><br />
dioxy<strong>de</strong> <strong>de</strong> carbone. Mais si la température<br />
augmente trop, le carbone stocké<br />
dans les sols retourne dans<br />
l’atmosphère par un mécanisme <strong>de</strong><br />
décomposition. La végétation n’agit<br />
plus comme un piège mais comme un<br />
émetteur <strong>de</strong> dioxy<strong>de</strong> <strong>de</strong> carbone et renforce<br />
l’effet <strong>de</strong> serre.<br />
1<br />
1<br />
Un réflecteur <strong>de</strong> la lumière solaire.<br />
SÉQUESTRER LE GAZ CARBONIQUE<br />
Capturer à la source le gaz carbonique<br />
et le séquestrer en lieu sûr : cette solution<br />
radicale ne s’applique évi<strong>de</strong>mment<br />
qu’aux installations émettrices <strong>de</strong> gran<strong>de</strong>s<br />
quantités <strong>de</strong> CO 2 , comme les centrales<br />
thermiques (centrales dans lesquelles<br />
on produit <strong>de</strong> l’électricité à partir<br />
d’énergies fossiles) et les installations<br />
industrielles <strong>de</strong> gran<strong>de</strong> puissance, qui<br />
représentent environ la moitié <strong>de</strong>s émissions<br />
totales <strong>de</strong> CO 2 . Les gisements<br />
pétroliers et gaziers sont aussi <strong>de</strong>s sources<br />
massives <strong>de</strong> CO 2 , mais leur contribution<br />
au niveau mondial est plus faible.<br />
Dans l’état actuel <strong>de</strong>s technologies,<br />
l’opération <strong>de</strong> séparation du gaz carbonique<br />
<strong>de</strong>s autres constituants gazeux<br />
est très coûteuse. Le gaz carbonique<br />
capturé doit ensuite être comprimé puis<br />
transporté. Différents sites <strong>de</strong> stockage<br />
sont envisageables : océans, aquifères,<br />
gisements épuisés <strong>de</strong> pétrole, <strong>de</strong> gaz<br />
naturel et <strong>de</strong> charbon. De tels sites doivent<br />
évi<strong>de</strong>mment être sûrs, c’est-à-dire<br />
garantir une absence <strong>de</strong> fuites.<br />
L’injection <strong>de</strong> CO 2 dans les aquifères<br />
est effective en Mer du Nord. Depuis<br />
1996, la compagnie norvégienne Statoil<br />
a démarré l’exploitation d’un gisement<br />
<strong>de</strong> gaz et a choisi <strong>de</strong> réinjecter le gaz<br />
carbonique présent dans le gisement<br />
dans un réservoir d’eau salée à 1000<br />
mètres <strong>de</strong> profon<strong>de</strong>ur sous le plancher<br />
océanique. Ce site doit fournir aussi à<br />
<strong>de</strong>s chercheurs européens <strong>de</strong> précieuses<br />
données sur le <strong>de</strong>venir dans le<br />
temps <strong>de</strong> tels stockages.<br />
Shell prévoit qu’à l’échéance <strong>de</strong> 2050,<br />
20 % <strong>de</strong>s émissions <strong>de</strong> CO 2 liées à la<br />
production et à l’utilisation <strong>de</strong>s énergies<br />
seront séquestrées.<br />
2<br />
2 Les exploitants s’efforcent <strong>de</strong> limiter<br />
les rejets <strong>de</strong> CO 2 dans l’atmosphère.
Pour conclure<br />
NOUS AVONS 50 ANS<br />
POUR BÂTIR UN MONDE ADAPTÉ<br />
AUX NOUVELLES DONNES ÉNERGÉTIQUES<br />
Après avoir épuisé en moins <strong>de</strong> <strong>de</strong>ux siècles ses rares<br />
réserves, la France est un <strong>de</strong>s pays les plus pauvres<br />
du mon<strong>de</strong> en charbon, pétrole et gaz naturel (les combustibles<br />
fossiles). Elle gar<strong>de</strong> cependant aujourd’hui une certaine<br />
indépendance d’action grâce à <strong>de</strong> réels efforts en<br />
matière d’économies d’énergie, à <strong>de</strong>s politiques volontaristes<br />
<strong>de</strong> construction <strong>de</strong> barrages dans les années 1930 à<br />
1970, et à la création d’une industrie électronucléaire puissante<br />
et complète dans les trente <strong>de</strong>rnières années.<br />
Puissance technologique<br />
<strong>de</strong> premier plan,<br />
notre pays a également<br />
une responsabilité qui<br />
dépasse largement ses<br />
frontières. Il doit penser<br />
son futur énergétique<br />
<strong>de</strong> manière dynamique,<br />
avec la volonté<br />
<strong>de</strong> maintenir une prospérité<br />
durable et un<br />
environnement préservé,<br />
mais également<br />
solidaire face aux<br />
immenses besoins<br />
d’une gran<strong>de</strong> partie <strong>de</strong><br />
la population mondiale.<br />
Notre programme<br />
nucléaire nous met,<br />
certes, dans une situation favorable, avec une électricité<br />
compétitive et dont le coût est stable. Ses performances<br />
environnementales peuvent être soulignées. D’une part ses<br />
rejets radioactifs sont très bien maîtrisés et d’autre part nos<br />
rejets <strong>de</strong> gaz carbonique (principal responsable du dérèglement<br />
climatique qui nous menace), seraient près <strong>de</strong> <strong>de</strong>ux<br />
fois plus élevés en France si, comme certains <strong>de</strong> nos<br />
voisins, nous avions persisté dans un recours massif aux<br />
combustibles fossiles.<br />
Un programme nucléaire<br />
élaboré et complet<br />
Dans les débats sur l’énergie, les interrogations sur le<br />
<strong>de</strong>venir <strong>de</strong>s déchets radioactifs et la durabilité <strong>de</strong>s ressources<br />
en uranium reviennent fréquemment. Sur ces<br />
<strong>de</strong>ux thèmes, notre<br />
pays a mis en place le<br />
programme nucléaire<br />
le plus élaboré et le<br />
plus complet. Les étu<strong>de</strong>s<br />
sur le <strong>de</strong>venir <strong>de</strong>s<br />
déchets sont aussi<br />
anciennes que notre<br />
technologie et notre<br />
pays dispose <strong>de</strong> solutions<br />
éprouvées telles<br />
que la vitrification <strong>de</strong>s<br />
déchets les plus<br />
nocifs, mais également<br />
d’un ensemble<br />
<strong>de</strong> nouvelles techniques<br />
<strong>de</strong> tri, séparation,<br />
<strong>de</strong>struction et<br />
stockage qui seront<br />
examinées dans les<br />
trois prochaines<br />
années par le Parlement, celui-ci ayant décidé <strong>de</strong> se saisir<br />
complètement du sujet. Le programme nucléaire français<br />
est également remarquable par son souci <strong>de</strong> préservation<br />
<strong>de</strong>s ressources naturelles en uranium, le traitement<br />
<strong>de</strong>s combustibles usés à La Hague présentant le<br />
double avantage <strong>de</strong> recycler les matières énergétiques<br />
30
(le plutonium en particulier) et <strong>de</strong> conserver l’uranium<br />
résiduel, très abondant et qui servira <strong>de</strong> combustible<br />
pour les réacteurs du futur.<br />
Chaque énergie<br />
doit être prise en compte<br />
Plus globalement, face à la pénurie prévisible <strong>de</strong> combustibles<br />
fossiles et aux dangers <strong>de</strong> dérèglement climatique,<br />
le temps n’est plus aux oppositions ou aux sectarismes.<br />
Les qualités et les défauts <strong>de</strong> chaque énergie doivent être<br />
pris en compte pour établir un juste équilibre entre elles et<br />
les intégrer dans une réflexion globale sur nos besoins<br />
réels : associer <strong>de</strong>s énergies dont la production est<br />
programmable (nucléaire, biomasse) ou fonction <strong>de</strong> conditions<br />
météorologiques sur lesquelles nous n’avons pas<br />
prise (éolien, solaire, hydraulique), favoriser à un niveau économiquement<br />
supportable les énergies renouvelables,<br />
s’attacher à réduire fortement et durablement la contribution<br />
<strong>de</strong>s transports à l’émission <strong>de</strong> gaz à effet <strong>de</strong> serre, développer<br />
<strong>de</strong>s industries, <strong>de</strong>s équipements et <strong>de</strong>s logements<br />
sobres.<br />
Pensons aux générations futures<br />
Cet équilibre ne sera pas le même pour tous les pays et il<br />
faudra se gar<strong>de</strong>r <strong>de</strong> positions tranchées, globales, d’une<br />
mondialisation <strong>de</strong>s antagonismes. Les énergies renouvelables<br />
ont <strong>de</strong> gran<strong>de</strong>s qualités, mais étant diluées et inéga-<br />
lement efficaces selon les régions, elles <strong>de</strong>vront être ajustées<br />
en fonction <strong>de</strong>s géographies locales : disponibilité<br />
d’espace, <strong>de</strong>nsité <strong>de</strong> population, préservation <strong>de</strong>s espaces<br />
agricoles et touristiques, efficacité. Les technologies<br />
lour<strong>de</strong>s, comme le nucléaire, ne pourront être déployées<br />
que progressivement, accompagnant le développement<br />
technologique <strong>de</strong> chaque pays. Il faudrait privilégier l’accès<br />
au pétrole et au gaz, d’usages si simples, aux pays les<br />
moins riches et leur apporter <strong>de</strong>s moyens fiables <strong>de</strong> production<br />
d’énergies renouvelables ou non. C’est à chacun<br />
<strong>de</strong> définir son optimum en gardant un esprit <strong>de</strong> solidarité.<br />
Nous avons cinquante ans <strong>de</strong>vant nous pour bâtir un<br />
mon<strong>de</strong> adapté aux nouvelles donnes énergétiques, et<br />
durable pour les générations futures. L’énergie nucléaire<br />
en fera partie car elle est respectueuse <strong>de</strong> l’environnement,<br />
compétitive et capable d’évoluer, <strong>de</strong> satisfaire<br />
<strong>de</strong> nouveaux besoins au-<strong>de</strong>là d’une électricité qui est<br />
<strong>de</strong>venue un élément essentiel <strong>de</strong> notre civilisation.<br />
La stratégie élaborée en France <strong>de</strong>puis quarante ans<br />
par tous les gouvernements successifs nous met<br />
aujourd’hui dans une position favorable, qu’il faudra<br />
préserver et consoli<strong>de</strong>r par un appel raisonné à tous<br />
les moyens <strong>de</strong> production d’énergie nationaux et par<br />
un effort soutenu d’économie d’énergie.<br />
Jean-Pierre Pervès<br />
Directeur du centre <strong>CEA</strong> <strong>de</strong> <strong>Saclay</strong><br />
Sites Internet<br />
<strong>CEA</strong>, Commissariat à l’Énergie Atomique<br />
Des dossiers thématiques et un panorama du nucléaire<br />
dans le mon<strong>de</strong>.<br />
www.cea.fr<br />
Débat sur les énergies<br />
Le site officiel du débat national sur les énergies lancé par le<br />
gouvernement. Enjeux, fiches techniques, forum <strong>de</strong> discussion.<br />
www.<strong>de</strong>bat-energie.gouv.fr/site/<br />
A<strong>de</strong>me, Agence <strong>de</strong> l’environnement<br />
et <strong>de</strong> la maîtrise <strong>de</strong> l’énergie<br />
De nombreuses fiches pratiques pour apprendre<br />
à économiser l’énergie.<br />
www.a<strong>de</strong>me.fr<br />
World Energy Council, Conseil Mondial <strong>de</strong> l’Énergie<br />
Un moteur <strong>de</strong> recherche puissant permet <strong>de</strong> trouver <strong>de</strong>s<br />
informations par pays ou par énergie. En anglais.<br />
www.worl<strong>de</strong>nergy.org/wec-geis/<br />
IEA, International Energy Agency,<br />
Agence Internationale <strong>de</strong> l’Énergie<br />
Une base <strong>de</strong> données très complète sur l’énergie dans le mon<strong>de</strong>.<br />
En anglais.<br />
www.iea.org<br />
DGEMP, Direction générale <strong>de</strong> l’énergie<br />
et <strong>de</strong>s matières premières<br />
La DGEMP, qui dépend du ministère <strong>de</strong> l’Économie, propose,<br />
sur son site, <strong>de</strong> nombreuses données sur les sources d’énergies<br />
en France et dans le mon<strong>de</strong>.<br />
www.industrie.gouv.fr/energie/sommaire.htm<br />
Énergie, transports, climat<br />
Une synthèse très complète réalisée par le ministère <strong>de</strong><br />
l’Environnement à l’occasion du sommet <strong>de</strong> Johannesburg<br />
sur le développement durable, en 2002.<br />
www.environnement.gouv.fr/international/johannesburg<br />
2002/fich20.htm<br />
31