DE LITTERATURE - Notes du mont Royal

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Notes du mont Royal

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Royal » dans le cadre d’un exposé

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DE

LITTERATURE

TIREZ DES REGISTRES

DE L'ACADEMIE ROYALE

ET BELLES LETTRES.

Depuis rannée M. DCCXL jufques à* compris

tannée M. DCC. XV11.

TJQ M E „QU A TRIEME. 3

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M&

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ri- JP*

A PARIS,

DE L'IMPRIMERIE ROYALE

AL D C C X X 1 I I.


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J


TAB LE

LES

P O U R

MEMOIRES

•*-•*

TOME

QUATRIEME.

7*\ fflêrtathm fur ks Serments des Anciens. Par M. l'Abbé

J^/ MASSIEU. Pag.' r.

£)e Tufage du jeûne che% lés Anciens, par rapporta la religion;

Par M. MORIN. 29.

JDe la Fefle du feptiéme jour. Par M. TAbhé SALUER. 45;

t)iftours fur les Tribus Romaines, où ton examine leur orr-

- gitte, Tordre de kur eflaldijfement, leur fituatjon, leur eftenduë,

leur forme politique & leurs différents ufages félon

les temps, féconde partie. Par M. B o 1N D1N. 67.

Difcoms fur les Tribu* Romaines , troifiéme partie. Par A|/

JBOINDIN. . 90.

Dijfertatioufurja Symphonie des anciens. Par M. 3URETT&

116.

Difcours fur les Mafques fr les hahits de Théâtre Jes.Auàens.

Par M. BOINDIN. ' 132.

Recherches fur ks Horloges des Anciens. Par. M. l'Abfeé

S ALLIER.

14.8.^"

Tome IV.

K\\)


TABLE.

Hîfioire des Vefiales. Par M. l'Abbé NADAL.

I SI-

s

Du Luxe des Dames Romaines. Par M. l'Abbé NADAL.

2.2J,

Des Dévouements des Romains pour la Patrie. Par M. SIMON.

264.

Des Vétérans, Dijfertation hijlorique. Par M. l'Abbé

/ COUTURE, 2«8I.

fjifloire critique de la Pauvreté. Par M. MORIN.

xy6,

Hifioire critique du Célibat. Par M M 0 R 1N. 3-08,

Quejlion Académique, fçavoir pourquoy on fait des fouhaits

en faveur de ceux qui efernùeuu. Par M. MORIN. 3 25.

Dijfertation fur Jéroboam Jéfoi, xntê Roy d'Ifrail Par

M. BoiviNFAifné. 337.

Dijfertation fur fIronie de Socrate ,furfon prétendu DE MON

familier, & fur fes mœurs. Par M. l'Abbé FRAGUIER.

}6o.

Des Monuments qui ont fappîéé au défaut de l'écriture, &

s- fervi de Mémoires au premiers Hifioriens. par M. l'Abbé

ANSELME. 38b.

Dijfertation fur ce que le Paganijme a publié de merveilleux,

S Par M. l'Abbé ANSELME. 3^.

Réflexions fur les Prodiges rapporte^ par Us Anciens* Par

s" A4. FRERET. 411*

Recherches fur la vie de Q. Rofcius le Comédien, Par JVÎ.

l'Abbé FRAG-UIER. 437:

Recherches fur la vie et fur les ouvrages de Juba le jeune ;

Roy de Mauritanie. Par M. l'Abbé SE VIN. 457.


TABLE.

Differtation fur lArt Poétique & fur les vers dès Anciens

Hébreux. Par M. FOURMONT. " 4^7*

Ode XII. des Olympiques de Pinddre, traduite en François,

avec des Remarques. Par M. l*Abbé MASSXEù. 486.

Ode XIV. traduite en François avec des Remarques. Par M.

l'Abbé MAssJEu< 50a.

Quatrième Idylle de The'ocrite ^traduite en François avec des

Remarques* Par M. HARDI ON. • 520^

pifcoursfur les Bergers de Théocrite. Par M. HARDION^ 534;

Difcours pour fery'tr de Préface a une tradtiflion de la Comédie

des Oifeaux a^Arifiophane.ViX M; BoiviN le Cadtt.

549.

Differtation fur le Dieu inconmt des Athéniens^ ParJWU l'Abbé.

ANSELME. 560.

Differtation far un endroit dut fécond Livre dé Dèrtys d'Halicarnaffe*

Par M. l'Abbé COUTURE. £73 •'

Gbfervations fkr la Cyropédie de Xénoplïon, principalement

par rapport & la Géographie- Par M« FRERET. 5-8 8^

Differtation hiftbriqtte & critique fur ce que les Anciens ont

cru de VAimant, Par M. FA L C ON ET. 613.

Du Lin incombufiible. Par M. MAHUDEL. £34.

Defiription d'un Tombeau de marbre antique. Par M: d« -

Remarques fur une Ihfcription Grecque envoyée de Smyrtte.-

Par M. KUSTER,

66"y.

Differtation ; dans laquelle on examine fi le Royaume de

France,depuis teflablifftmettt de là Monarchie, a efté un


y

y

TABLE.

Eflat héréditaire, ou un Efiatéleâif?zx M. l'Abbé de

VERTôT. 672.

Difjertation aufujet de nos derniers Rois de la première race,

v aufauek un grand nombre d'Hifloriensont donné injuflement

le titre odieux de fainéants & dinfenfez. Par M. l'Abbé

de VERTOT. • 7°4*

£)ij[ertation fur torigine du Royaume JYntoU Par M. l'Abbé

de VERTOT. 7*8.

H.

MEMOIRES


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Une ou plusieurs pages sont

omises ici volontairement.


ÏV.

4&£

M E M O I R E S

C O N C L U S I O N .

Je pourroîs encore mettre îcy une infinité


DE LITTERATURE: 4B7

Us fi faifoient proclamer fous le nom des villes qui les avoient recueillis

& adopte^. Nous en avons plufteurs exemples dans les odes

de Pindare. Celïe-cy efi une des plus courtes que ce grand poète

nous ait laijfées. Elle n'a que deux parties. Dans la première il

invoque la Fortune, dont il vaute le pouvoir abfolu & les deffeins

impénétrables. Dans la féconde il fait entendre à Ergotele qu'il

doit fa gloire à fis malheurs,. & que fis di/graces mefmes ont

efié la fource défis profpérète^.

EIAO 2.

27Ç0 ôr rnvie» XAj&pvcîrmt

Mat; > or p^ipcjo» 7i ^gw^f))

*iJpc2r

IloPft.


'4#8 , ; " M E M O

& de nos deïirs. Mais fou vent

aufli dans le fort de l'orage» on

pafle en un moment du fonds

de la deToiation au comblevdek

joye.

1 ? E S

tinnujçoiui'nç ÇàXttfç ,

Fils Hluftre de Philanor, fi

une faction contraire ne vous

eufl éloigna de Gnofie voflre

patrie; quelques difpofitions que

vous ayez pour vous fignaler à

la courfe, voftré" gloire renfermée

dans la mai Ton paternelle,

feroit tombée comme la feuille -.

ièmblibie à celle de cet oyfeau

domeftique, dont le chant annonce

le jour, & qui n'a que fon

pailler pour tout théâtre de les

exploits. Au lieu que maintenant,

vainqueur aux jeux d'Olympie,&

déjà couronné deux

fois aux jeux de Delphes & de

l'Iflhme, vous portez jufqu'au

ciel le nom des bains confacrez

aux Nymphes d'Himére,

& que vous habitez tranquillement

de vafles campagnes qui

font à vous.

T «\


DE LITTERATURE. 4%

mérite de Pindare a ; il n'a pas dédaigné pourtant d'imiter

l'ode qu'on vient de iire,& de fe la propofer pour modèle

dans une pièce qu'il adrefie à M. le Marefchal de Ber-

Wick. Qu'il nous foit permis, chemin faifânt, de jetter les

yeux fur fon imitation, & de la comparer avec l'original.

Nous verrons fi fa manière l'emporte fur celle de Pindare

autant qu'il fe l'imagine ; & s'il a bonne grâce de le déchaifner

en toute occafion contre les chef-d'œuvres, que

l'antiquité nous a lai fiez , & qui ont fait l'admiration de

tous les fiécles. C'eft ce que nous tafcherons d'examiner,

avec tous les égards que mérite d'ailleurs un homme, qui

par un grand nombre de très beaux ouvrages s'eft acquis

une jufte réputation , & auquel il ne manque , pour eftimer

les anciens, que de connoiftre un peu mieux leur

langue & leurs ufages.

A Ergotéle] Pindare compofa cette ode pour Ergotéfe,

qui né dans i'ifle de Crète, comme nous l'avons dit, fut

obligé par une fédiiion de fè réfugier en Sicile, où ayant

fervi très utilement dans la paix & dans la guerre, il parvint

aux plus grands honneurs. M. D. L. M. a fait une

ode pour M. le Marefchal de Berwick, qui né en Angleterre,

mais obligé par les mouvements, qui agitoient ce

Royaume, de paffer en France, a fceu par des fervices importants

s'élever aux plus grandes dignitez. Cette imitation

efl très heureufè. Il ne le peut rien de plus jufte quant

au plan générai ; & jufques-ià tout efl égal entre le poëte

Grec & le poëte François.

Au refte Ergotéle a un avantage fur la plufpart des au-

• Strophe, antiftrophe, épode, harmonieux

ramas;

Petits faits & grands mots; Pindarique

mélange.

Fables nouvelles, Ivt. i.fab. 1 S,

Et dans un autre endroit,

Grand inventeur d'objets mal en-

Grand marieur de mots, fun de

l'autre eftonnez,

II s'entendoit à faire une ode

Pindarique & fans fuite ; il fçavoil

s'en garder.

Le caprice eftoit fâ méthode,

Et fon art, de tout hazarder..

Lit- 3. fab. iji

chaifnez, ...

Tome IK

. Qqq


45>o M E M O I R E S

très vainqueurs que Pindare a célébrez. C'eft que plufïeursd'entre

eux ne font connus que par ies odes, que ce grand

poète a compofëes en leur honneur* Au lieu qu'indépeivdamment

de ee fecours, Ergotéie tient un rang confidérable

dans l'hiftoire. Outre les particularité» que Pindare

nous a- tranfmifes touchant ce vainqueur, voicy ce que

Paufanias nou* en apprend. Il fut Periodonique, c'eft-à-dire*

qu'il: remporta des viéloires dans les quatre jeux folemnels

de la Grèce. Gar les Grecs appelioiem ces quatre /eux

du nom de Période, comme qui diroit la révolution des

quatre jeux, & ils donnoient le nom de Periodonique à

ceux qui s'eftoient fignaiez dans tous les quatre. Peu

d'athlètes parvenoient à mériter un titre û glorieux. Mais

Ergotéie le mérita doublement, car il fut deux fois vainqueur

dans chacun des quatre jeux. Aufîi luy éieva-t-on

dans le bois de Pifè une ftatuë magnifique, qui eftoit de

la façon deLyfippe. Le mefme Paufanias remarque, qu'il

failoit que cet athlète fuft un coioffc. Car il furpalToit en

hauteur tous ies hommes, qui par la grandeur de leur taille

avoient efté fameux dans 1 hiftoire ^ & pour trouver quelqu'un

avec qui l'on puft l'afiortir, il faiioit remonter jusqu'aux

temps héroïques & fabuleux. Mi^tgoç Ji inmteàr

«Mo Vu> *ofo i黥 n&»w $vtrmt jîvoç*

D'Himén\ Ville de Sicile, iituée à l'embouchure d'unfleuve

de mefme nonu Diodore de Sicile rapporte qu'ifc

y avoit prés d'Himére des bains fameux, dont l'eau eftoit

très fâfutaire, & où les eftrangers venaient de toutes parts»

Mais il adjoufte que cette viiie eftoit principalement célèbre

par fes richeflês & par fa puhlànce.. Elle foutùit aveo

iùccés plufïeurs guerres contre les peuples de fon voifinage

& eontrë divers tyrans de Sicile. Elle battît en plus d'une

rencontre les Carthaginois.. Ce fut, prés de fes murs, & en

partie avec fes troupes, qu'Hiéron roy de Syracule défit

une armée de ces Afriquains, compofëe de trois cens millehommes.

Mais dans la fuite Hannibal, pour venger cet.


DE LITTERATURE.

%, v

fZ *?"S*TTVT Pkce ' ia P Ht a P rés tong

fiége, & la détruifit de fond en comble. Le mefme hiftonen

remarque qu elle avoit duré 440. ans.

En parlant de cette ville, je ne dois pas omettre quelques

points «Thiftoire, qui peuvent intéreffer plus particulièrement

les gens de lettres. Ceft qu'elle j>affoit pour avoir

veu n ai ftre la comédie. Ce fut dans fonfein qaS rapprît

dç&liusItahcus ce Ipeétacie amufant parut pour laL

miére fois ; Sohn affeure la mefme chofe. Ce qu'il v a de

certain, ceft qu'elle donna la naiffance à Stéfichore, &

qu elle érigea dans la fuite une très belle ftatuë à ce fameux

poète lyrique, qui, outre l'honneur qu'il avoit fait par {es

vers a fa patrie, f avoit encore préfervée de l'efclavage. Car

Himere eftant en guerre avec fes voifms, avoit imSoré le

fecours de Phaiaris , & iuy avoit donné le commandement

général de fes troupes, & une authorité prefque fans bor- V

nés. Stéfichore dans une conjecture fi délicate raconta à

les compatriotes, qu'autrefois le cheval en différent avec

le cerf eut recours à l'homme, qui à la vérité le vengea,

mais en mefme temps luy ofta la liberté. Les Himéréeni

ÎT P %?lt fens de l'apologue. Phaiaris fut remercié &

congédié Tel fut l'effet de cette fable ingénieufe, qu'Horace,

Phèdre, & la Fontaine, ont fi heureufement mîfe en

vers, & dont Stéfichore fut l'inventeur.

H ne refte plus qu'à remarquer, que peu de temps après

que les Carthaginois eurent détruit la vilk d'Himérê on

en rebafbtune nouvelle fous le nom de Thermœ Himera,

ou teTherm* Hmerenfes. Elle eftoit diftante de l'ancienne

d environ quatre mille pas. Scipion l'Afriquain y mena

une colonie Romaine & il y fitrapporter Us tableaux &

les ftatues^ueles Carthaginois avoient enlevées de la première

LFfeconde Himére fubfifte encore aujourdW &

les Italiens iappellent Termine, mot que je crois corrompu

de 1 ancien mot Thermo Le fleuve a pris auffi le mefme

nom, // fume Ai Termine. Cette ville n'eft pas maintenant

tort confidmbie. Voiaterran affeure pourtant qu'on y voit

Qqqij

%


49* M E M O I R E S

encore plufieurs monuments antiques ; un théâtre à demi

ruiné; les reftes d'un aqueduc, qui eftoit d'une excellente

maçonnerie ; & quantité d'infcriptions que l'on peut lire

dans cet autheur.

Confervatrice des Eflats] 'S.ûmiçgt..Pindare donne cette

épithéte à trois divinitez ; à la Juftice, o&nt&t Bijuuç, à la

Déefle de la difcipline & de l'ordre, oomigpe Emo/jdot, & à

la Fortune f od'm&i Tv%t. En effet les anciens croyoient

que c'eftoit de ces trois Déeffes, que dépendoit principalement

le falut des républiques & des empires.

Fortune ] Cette Déefle eftoit une des plus famcufes de

l'antiquité. Les autheurs Grecs & Latins, tant orateurs que

poètes, l'ont célébrée à l'envi, & ont eu foin de nous marquer-

exactement ion pouvoir & fes attributs. Les médailles,

les inscriptions, &ies autres monuments publics, eftoient

remplis de (on nom. II y a pourtant lieu de croire

que cette divinité n'eftoit pas fort ancienne. Il ne paroift

pas qu'Homère fait connue. Du moins il n'en parle point

dans {es deux poèmes, & l'on a remarqué que le motT«J;gr

ne s y trouve pas une feule fois^ Héfiode n'en parie pas

davantage, quoy-qu'il nous ait laîiTé une lifte très exaéle

des Dieux & de leurs généalogies. II eft vray que le mot

Tù%i iè trouve dans un endroit de ce dernier poète, &

que c'eft un nom de Déefle; mais il n'y a pas d'apparence

que cette Déefle foit la Fortune. Car premièrement Héfiode

la fait fille de l'Océan & de Thetis, au lieu que la-

Fortune eftoit fille de Jupiter. Mais en fécond lieu, Héfiode

la place entre les Nymphes des fleuves ; ce qui n'anul

rapport à l'idée que nous avons communément de la.

Fortune. Aufli les interprètes Latins, en traduifant cet

endroit d'Héfiode, ne rendent pas le mot GraN^*? par le

mot Latin Fortuna, mais par le mot faélice xffhé. Pour

toutes ces raifons je crois pouvoir afleurer.qge la Déefle

To^yi,.dont Héfiode fait mention, n'eft point la Fortune..

Il réfulte de tout cela qu'Homère & Héfiode n'ont point

parlé, de cette Déefle ; & par conféquent qu'il eft fort vrayr


DE LITTERATURE. 493

femblable qu elle n'eftoit pas encore connue de leur temps.

Fortune, je vous invoque] Aioso/w, Tt/^ce. M. D. L. M.

commence à peu-prés de la mefme manière,

Fortune, ma Mufe t'appelle.

Mais je ne crains point d'avancer que le François eft fort

au deflbus du Grec. Car ces mots, ma Mufe t'appelle, qui

font pris de l'ufage ordinaire, ont quelque choie de trop

familier & de trop commun. Au lieu que le mot AJAJO^,

je vous invoque, je vous implore, qui eft emprunté de ia religion

, a quelque chofè de noble & de relevé. Pour peu

que Ton connoifle la force & la valeur des termes, on doit

fentir une grande différence entre i'expreflion Grecque &

l'expreffion Françoifè.

C'eft vous qui fur mer guidez le cours des vaijfeaux] M.

D. L. M. rend ainfi cet endroit :

x

Seule fur les ondes améres

Tu fais aux vaijfeaux téméraires

Trouver le naufrage ou le port.

La- copie eft plus chargée d'épithétes que l'original. Elle

employé plus de paroles à ne dire au fond que la mefme

chofe. Plus recherchée en ibn tour, elle fent davantage

FefTort & le travail. D'ailleurs elle adjoufte au texte le

mot de feule, ternie exclufif, que Pindare n'a point mis, &

qu'il n'avoit garde de mettre. Car félon le îyftéme dans lequel

il écrivoit, & dans lequel M. D. L. M. a écrit après

foy, ceft-à-dirc félon les principesde ia théologie payenne,-

il n'eft pas vray que la Fortune puft feule faire trouver

aux vaiflèaux le naufrage ou le port. Eoie,.les Vents,Nérée,

Nej^une,& plufieurs autres divmitez, avoient le mefme

pouvoir-

Qui fur terre préfideZ dans lés combats \ M. D. L. M»

employé lîx vers pour rendre ce vers de rindare :

Des combats fiére fouveraine,

+


494 M E M O I R E S

C'efl ou ta faveur, ou ta haine,

Qui détpurne, ou conduit les traits.

Et fans ton arrefl qui l'ordonne,

Un front que le laurier couronne

JSFeufl eflé ceint que de cyprès.

Je pa(Te à M. D. L. M. la fymmétrie & ie jeu qui régnent

dans les trois premiers de ces vers. Je ne parle point non

plus de ia dureté du quatrième, dont la contrainte fait

affez fentir celle où lautheur s'eft trouvé en ie faifànt. Je

me contente de remarquer que M. D. L. M. ne dit pas

plus en fix vers que Pindare ne dit en un. Le poëte François

nadjoufte rien au fens. Ii iuy prefte feulement un

vain bruit & une longue circonducïion de paroles, En

quoy M. D. L. M. fi j'ofè le dire, me paroift fe comporter

comme les jeunes eftudiants qui seffayent à ia poëfie.

Ils croyent avoir admirablement rétifli, lorfqu'ils ont beaucoup

amplifié quelque endroit d'Horace ou de Virgile; &

que de quatre ou cinq vers de ces grands poètes , ils en

ont fait quinze ou vingt. Mais qui ne fçait que ces amplifications

puériles, loin d'embellir le fens & de luy donner

de ia force, ne font que le défigurer & que i'arToiblir.

Et dans les confeils] Ce mot fournit à M. D. L. M. la

matière d'une nouvelle fiance :

Tout fuit ton empire inflexible,

Prefente & toujours invifible,

Tu prends place au confeil des rois.

Quand dans ( le choc de ces deux

monofyllabes eft un peu rude)

Quand dans fou aveugle foiblefle *

Le peuple croit que la fagcjpi

Elle feule y diâe fes loix. ,

Ce que Pindare avance en général fur tous les confeils, M.

D. L, M. le refiraint aux confeils des Rois, & par-là donne


DE LITTERATURE, 405

. des bornes beaucoup plus étroites à l'empire de fa Fortune.

Croit-il donc qu'elle ne règne pas autant dans les délibérations

cfes Eftats ariftocratiques ou populaires, que dans

celles des Eftats monarchiques ï Ce n eftoit pas la peine de

faire fix vers, pour dire moins que Pindare ne dit en un

mot feul. Et puifque M. D. L. M. eftoit réfoiu de fe jetter

dans cette dépeniê exceffive de termes, il devoit bien

conferver à la proportion du texte toute ion étendue 3c

toute là force. Je ne fçay pas ce que (es admirateurs en

penferont. Une des chofes qu'ils nous reprochent le plus,

e'eû que les anciens dont nous fommes fi charmez, ne

s'attachoient pas aflèz au fens, & fe répandoient trop en

paroles; au lieu que nos modernes, à ce qu'ils prétendent,

enferment dans ce qu'ils écrivent moins de paroles & plusde

fens. L'imitation, que nous examinons icy, n'en eft paonne

bonne preuve. Au refte, avant que de quitter ces mots r

dans les combats & dans les cou/eils, je dois rendre rai [on

d'une liberté que j'ay prife en cet endroit. Le Grec dit r

dans les combats impétueux, aj-^mçp) TPoMfjyt ; & dans les

(onfeih r faunes des fages rejolutions , xdy>&* ôa?&QG&i.

J'ay fupprimé ces deux éphhctes, qui en noftre langue

arrefteroient la rapidité du fens ; & j'ay cru qu'il m'eftoit

^ permis de faire ce que Pindare auroit fait luy-mefme , s'il

a voit écrit en François.

A voftre gré, le s efpe'rances des hommes, tantofi élevées &

tantojl rampantes, roulent fans cejfe~\ Je crains bien d'avoir

affoibli l'image que préfente le Grec ; ia/ 9* fâp aijpdv

•BoTti ava, lof J\* au ^tr» r J&uAiWW f-Awi


49.$ M E M O I R E S

fUTaimn* n/AJi>oi


DE LITTERATURE. 457

dont l'autheur François doit avoir tout l'honneur, car l'autheur

Grec n'en dit pas un feu! mot. II faut avouer que fi

M. D. L. M. a bien réformé les Dieux d'Homère , comme

fes partifans ie publient ; il gafte icy «ftrangement les

Dieux dePindare. C'cft apparemment par quelque raifort

profonde, qu'en imitant ces deux poètes, il s'y prend de

deux manières toutes différentes. Lorfqu'hV travaille fur le

poète héroïque, il c&upe & abbat fans miféricorde; au

lieu qu'il charge & accumule, forfqu'iitravaille fur le poète

lyrique. Je ne fçay quel peut eftre le motif de deux pratiques

fi oppofées. Seroit-ce que ces Meflieurs,qui veulent

renverfer toutes les idées qu'on avoit eues jufqu'icy fur les

divers genres;d'écrire, prétendroient que Je mie du poëmc

épique doit eftre concis & ferré ; au lieu que le ftile de

l'ode doit eftre étendu & diffus! Quoy-qu'il en foit, il paroift

que M. D. L. M. n'eft pas plus heureux, lorfqu'il adjoufte,

que lorfqu il retranche. v ...,.- .

Souvent les événements tournent m rebouts de nos opinions

& de nos- dejîrs ; mais fouvent auffi dans le fort de l'orage,

on pajfe en un moment du fond de la déflation au comble

de lajoye] Pindare, félon fa couftume,ne répand icy que

des grâces auftéres. Quelle fitnplicjté, mais; en mefino

temps quelle force dans ces paroles, ?n*e* W^f, t/Am^t

Tif«v[*oç ! Quelle hardiefTe & quelle vérité dans cette peinture

, tma&ûç thncdçownç Ç


498 M E M O I R E S

de ia majefté de l'ode. Le poète moderne fe fèrt d r expreÉ

fions molles , doucereufes, &. tout au plus fupportables

dans des paroles d'Opéra. Qu'il me ioit permis de rafle m-

bier en deux mots ce que j'ay dit de ce» deux poètes, &

de mettre,, comme (bus un point de veiie , ce qui rtifuite

de ia comparaifon de leurs ouvrages/ Pindare va rapidement.au

fens, M. D.L.M. s'amufe autour des termes. Le

premier s'abandonne à ia nature, le fécond paroift efclave

de l'art. Le ftiie de l'un eft ferme & plein de nerfs ; le fhie

de l'autre a quelque chofe de lafche & de languilTanr. Le

poëteGrec préfente par-tout à fes lecteurs des figures hardies.

& de grands traits y le poète François n'offre aux fien*

que des jeux d'efprit & des pointes. Je ne crois pas qu'on

puiflè trouver ailleurs plus d'antithefes entaffées les unes

fur les autres. Le naufrage ou le port. Gefi ou ta faveur

eu ta haine. Qui détourne ou qui conduite Le laurier & U

cyprès. La Fortuue toujours préfente ifr toujours invifible,

Nofire crainte ou imflre efpérance. Les larmes, qui naiflent

des ris. Les plus heureux moments qui naijfent des allarmes.

Ceft fur des beautez de cette nature, que le» amis de ML

D.L.M. s'extafient.Us devraient fçavoir que fi les ancien*

n'en ont point rempli leurs ouvrages, ce n'eft pas qu'il*

ne les ayent connues;, mais ils en a voient toute une autre

idée que ces Meilleurs. Ils les regardoient comme des

défauts; ils etv évitoient avec foin l'ufage fréquent, &

croyoient que rien n'eft oit plus contraire au grand & au

fublime, que ces gentiileiîes & ces affectations. De tout

cela on peut conclure, ce me femble,que fi limitation de

M» D. L. M. efl ités heureufe quant à l'idée générale, il

s'en faut bien qu'elle ne fe foutienne dans le détail de

l'exécution ; & qu'ainfi ceux qui de leur auihorilé privée»,

là mettent au deffus de l'original peuvent bien eltre d'excellents

géométresi mai* qu'ilsfie font pas-dfi; .grand* poè*

tes, & qu'ils s'entendent beaucoup mieux à juger d'uner

iigne droite ou d'une ligne courbe que d'une ode. ^^1*1

r - Sureau tombée comme la-feûUh\ Le. Grec dit cef&ci¥1ife


DE LITTERATURE.

± n

feul mot^^fn^uMoe^We, mot nombreux, qujbn ne peut

rendre en François que par quatre ou cinq qui nont pas

beaucoup d'harmonie. Au relie, dans l'idée de tous les peuples

de la terre les feuilles ont toujours efté le fymbole des

chofes caduques & fragiles. Homère compare les générations

des hommes à celles des feuilles :

Et pour remonter encore plus haut, & citer des livres

plus refpeélabies ; L'homme, félon les autheurs fàcrez, n'efi

qu'une feuille que le vent emporte : folium quod vento rapitur*

A cet oyfeau domefiique, qui par fort chant annonce h

jours] Le texte dit tout fimpiement, à un coq, ar d\txTt»p.

Je n'ay ofé me fervir de ce mot, qui produiroit un mauvais

effet en François, & fuffiroit pour gafter la plus belle

ode du monde. Mais on ne doit rien conclure de cela

contre Pindare. Les noms des animaux n avoient rien dû

bas chez les Grecs; & les mots de bœuf, de vache, de pore

& d'afne mefme, qui font û choquants dans noftre langue,

ne Teiioient point dans la langue Grecque. H fêmbie qu'il

n'en faudrait point d'autre preuve, que la pratique générale

& confiante de tous les plus grands poètes qùftla

Grèce ait produits. Homère, Pindare, Sophocle, Euripide,

& généralement tous les autres, ont fans façon employé

ces mots dans leurs ouvrages. D'où il me fembie qu'on

peut raifbnner ainfi. On doit convenir que û ces excellents

poètes n'avoient pas autant de gouft que nos grands.

poètes d'aujourd'huy, ils en avoient du moins autant que.

nos poètes du dernier ordre & du plus bas étage. Or les

mots dont il s'agit, font dans noftre langue un fi mauvais

effet, que nous n'avons point de poètes* û médiocres & û

pitoyables, qui ôfafTent les employer dans un poème épi-'

que, dans une pièce de théâtre , ou dans une ode. Il y a

donc tout lieu de croire, que ces poètes excellents qui ont

fait l'admiration de l'antiquité & de tous les fiécies, n'auioient

pas employé dans leurs ouvrages de pareils mots»

Rrr ij


joo

M E M O I R E S

s'ils a voient produit dans leurs langues un effet auuîricu>

cule que celuy qu'ils produifent dans fa noftre. Cette

preuve rae paroift avoir ia force d'une démonftration ; &

* Terme /e je tiens cette logique de commentateur * aufïï fore que celle

t^'ltî'fois *k no * P* us P 10 "* 0^ Algébriftes. Que fi les- ennemis de

%IJù.L!M. l'antiquité s'obftinent à nous demander des raifbns qui

(oient prifes dans la nature des chofes mefmes,vces forte»

de rahons ne nous manquent pas. Nous ne cefions de tes

leur répéter,. mais ils ne veulent pas les entendre. C'efc

que la plufpart des animaux eftoient confacrez à quelque

divinité,. & fervoknt de victime dans de. certains facrinV

ces; ce qui leur donnoit aufîi-bien qu'à leur nom une

forte de dignité & de nobleflè. Ces confidérations- générales

font voir, que rien ne devoit empefeher Pindare de

mettre icy le nom d'un animal, & fur-tout mot long, fonore, & harmonieux, qui

a quelque chofe de hardi.,. & qui par-là relève le fond»

de la penfee. Comme nous n'avons point en noftre langue

de terme femblabfe,. j'ay tafché d'y fûppléer par une

périphrafe qui euft.au moins une forte de nombre*: &m*o

Des bains confacre% aux Nymphes dWime're] Lorfq«e>

Bindare célébroit quelque ville, il. ayoit grand, foin dû:


DE LITTÉRATURE.

foi

ispporter ce qu'on y voyoit de remarquable. Il n'a voit

donc gasde d'oublier les bains d'Himere. J'en ay déjà parlé

plus haute J'adjoufte icy que ces bains fi fameux dans l'htftoire

r i'efioient auffi dans la fable. Car, fi nous en croyons

Diodore de Sicile & Eftienne de Byfànce, les anciennes

traditions portoient, qu'Hercule revenant d'£fpagne,&

amenant les boeufs de Geryon, paffa par la Sicile; & que

s'eftant arrefté prés d'Himere, Minerve ordonna aux Nymphes

de faire fortir de terre des bains, où-ce héros puit fo

«félafïèr. Les Nymphes obéirent ; & c eft peut-eftre par cette

rai (on que Pindare appelle fimplement ces bains ASUTç»

tvfjLç**, Its bains des Nymphes. Cet événement fabuleux

ne manqua pas dé trouver place fur les médailles. Nou*

en avons encore piufieurs r où il eft marqué. Je me contente

d'en rapporter deux. Sur la-première on voit Hercule,.

& au revers les trois Nymphes, qui en faveur de ce héros*

firent fortir de terre les bains d'Himere, Il y a-pour infeription,

0£ P MITA N. On voit fur la féconde un char attelé

de deux chevaux, & monté par un homme qu'on croit

effare Ergotéie, qui de fà main droite tient Tes refnes, & de

{& main gauche une efpéce de baflbn. Au defîus eft une:

jVictoire o^ui le couronne. Au revejs une Nymphe tient

dans fa main droite une patére, élevée fur un brafier. Derrière

cette figure, Hercule eft repréfenté dans le bain. Un

lyon accroupi fur fa bafe, luy verfe de l'eau fur les épaules.-

L'infcription eft IMEPAIHN. Cette dernière médaille eft

un excellent commentaire de l'ode que nous expliquons.

Et que vous habite^ tranquillement] J'ay talché de rendre

par ces deux mots la force de i'exprelfion Grecque 6/juXiw,

qui repréfenté un homme couver fan t avec les autres, mettant

à profit un loi fi r honnefte, & jpuiffant de tous- les

avantages de ta focicté civile.

De vajîes campagnes quifQntàvousJOhuittfÇ'àfoàsp**»

Cette épitHéte n'eft point de celles, qui n*adjpuftent rien au

fèns. Elle rappelloit à Ergotéie la fituation où il s'eftoit*

trouvé pendant les-troubles- de Gnofle. Il ne pouvoît pa*-


5oi

M E M O I R E S

dire alors qu'il euft rien en propre. Car tel efl l'effet des

guerres civiles, que tant qu'elles durent, les plus riches particuliers

ne peuvent pas compter fur ce qu'ils poffédent.

Au lieu que la tranquiiitédontErgotéle joui (Toit àHimér*,

le rendoit vrayment & pleinement poflèfleur. Ainfi iepiihéte

oW/ct^f, qui font à vous, luy faifoit fêntir la différence

de fa fortune préfente & de fa fortune paflee: réflexion qui

naturellement devoit eftre accompagnée en luy d'une complaifance

& d'une fatisfaclion fecrette.

Voilà ce que j'ay cru devoir oblèrver fur cette douzième

Ode de Pindare, qui outre les autres choies qu'elle nous apprend,

peut encore fervir à nous faire voir, fi le mépris, que

quelques efcrivains modernes ont pour les anciens, eff bien

fondé; & s'ils ne feroient pas plus fàgement de s'appliquer

à bien connoiftre ces grands modèles, que de chercher à

les rendre ridicules par des plaisanteries qui portent à faux,

. & qui, fans qu'ils s'en doutent, produifent un effet bien

différent de ceiuy qu'ils fe proposent.

ODE

XIV..

DES OLYMPIQUES DE PINDARE,

Traduite en François avec des Remarques.

Par M. l'Abbé MASSIEU.

A Afopique clOrchoméne,

ARGUMENT.

vainqueur à la courfe.

i tf.de Juillet S~^Omme les Odes de Pindare efloient proprement des can~

*7 l 7- C_> tiques [acrei,ainfi qu'il les appelle toujours luy-mefme,

il les commençait d'ordinaire par l'invocation de quelque divinité.

Mais il n'en invoquoit jamais aucune, fans en avoir

des raifons particulières, tirées du fond me/me de fon fujet.

Tro'^s confidérations l'obligèrent dadreffer cette ode auxCra-


DE LITTERATURE, fo 3

as. Àfopiquequi en eft lg héros, venoit pour fin coup d'ejfay de remporter

le prix de la cour fi à Olympie ; il efloit d'Or chôment ; ér

il fi trouvoit alors dans la fleur de l'âge. Or les Grâces eftoient du

nombre des dou^e divinitei, qui pré fi dotent aux jeux Olympiques ;

elles éfloient Déeffes tutelaires d'Orchomène, où elles avoient le

plus magnifique & le plus célèbre de leurs temples ; enfin elles aimoient

à javorifir le mérite naijjant & la jeuuefe. Jl ne faut donc

pas seftonner, que la plus grande partie de cette ode foit fur le

compte de ces Déeffes. Le poète attribué à leur proteâion l'heureux

fuccés qu'Afipique vient d'avoir; il leur en rapporte toute la gloire,

& leur préfente fin cantique, comme un monument éternel de la 1

reconnoijfance de ce jeune vainqueur & de fa patrie. Il finit par

prier la Renommée dedefeendre aux enfers, & de porter à Cléo^

déme, mort depuis quelque temps, la nouvelle de la vicloirè de fin

fils. Cette ode n'a que trente cinq vers. C'efl une des plus courtes*

& une des plus belles dePindare. Elle renferme en abrégé tout ce

que FHifluire & la Fable nous ont traujmis de plus curieux touchant

les Grâces. Que fi l'on y retrouve par tout cette élévation,

cette force, & cette hardiefe, qui font le véritable caraclére du poète

Thébain; elles y font tempérées par des expreffions gracieufis &

par des images riantes, qui rendent cette petite pièce entièrement*

digne des trois Déejfes auxquelles elle efi confacrée.

E 1 A O 2.

ODE.

jL,AÇtioia>v uAlrav ?&%>7o7q~, \° u ?> qui fur les bords- du

*


564 M E M O

C'eftvoDS, qui leur difpenfèzla

fagefïè, la beauté, & ia gloire.

Mais les Dieux eux-mefmes ne

célèbrent point de danfes ni de

repas.où ne préfident les Grâces.

Arbitres fouveraiives de tout


DE LITTERATURE. 50J1

R E M A RQU E S.

Ode xiv.] Voicy encore une ode, que M. D. L. M. à

imitée. C'eft dans celle qu'il a faite pour M. le Duc de

Vendôme ., & qu'il a intitulée les Grâces *. L'examen de * Voyti in

la copie & du modèle pourra nous convaincre de nou- ^^M*

veau, que M. D- L. M. fe mécompte fort, dans l'idée qu'il pag. *f*i

a des anciens & de luy-mefme ; que tout bien confidéré,

le grand choix qu'il fçait jctter dans lès écrits, ne vaut pas

à beaucoup prés le mélange Pindarique, dont il fe mo-;

que ; & que (es odes ne font au deflus de celles de Pindare,

que comme fon Iliade eft au deflus de celle d'Homère,

& que comme ljbs Fables font au deffus de celles de

la Fontaine.

A Afopique] L'hiftoire ne nous arien laifle touchant

ce vainqueur. 11 n'elt connu que par l'ode que nous examinons.

Tout ce qu'elle nous apprend de luy, c'eft qu'il

eftoit d'Orchoméne; que lorfqu'tf remporta le prix de la

courte, il fortoit à peine de l'enfance ; & qu'il aVoit déjà

perdu fon père, qui fe nommoit Cléodéme,

D'Orchoméne] La Grèce avoit cinq villes de ce nom;

Celle dont il s'agit icy eftoit dans la Béotie, & furpalloit

toutes les autres en grandeur & en magnificence. Il ferait

aflez difficile de percer les ténèbres, qui font répandues

fur les commencements de fon hiftoire. Les particularitez

que Didyme & le Scholiafte d'Apollonius nous en ont

tranfmilès, font remplies de contradictions. Ce que Paufanias

nous en apprend, paroift plus exact & plus fuivi. II

nous a confèrvé une lifte de huit Roys, qui régnèrent de

fuite à Orchomène. Andrée eft à la telle de tous; il fe

vantoit deftre fils du fleuve Pénée ; & il jetta les fondements

de la ville, qui s'appella d'abord Andréis* Etéocle

vient après, filsd'Andrée félon quelques-uns, & du Fleuve

Céphife félon d'autres. Les plus anciennes traditions portent

que ce prince fut le premier, qui éleva des autels aux

Tome IV. ~ \ Sff


Sè6

M E M O I R E S

Grâces, & qui leur offrit des facriflces. Delà vient qu'on

donnoit fou vent à ces Déeflès i tpithète $ Etécclêennes A

ûf E'T«W«OI dvyt-rçîç dtcù, ditThéocrite. Phiegyas qui eut

enfuite le pouvoir fouverain , augmenta la ville confidérabiement,

& la nomma Pkleçyantis. Apres toy regua Chry-

{es, auquel Minyas fucceda. Ce Roy,;&

fcmbfe dire , guette ne cédort fur ce poînt qu'à 1» letff*

T^ébes d'Egypte., Ni fous les tkrefirs qui entrent* 4***

Ùrchbméne, répond fièrement Àcmlfe aux députez d'Agamemnon,

w tous ceux qui etttrettt dansThcbes éFEgjfXe^

h plus tkhe Mlle tk la ferre f ne pournmnt tfétâ&ytwn «M£

fou»!.. 1/ëpitTiéte d'opulente, Afaw*5è,'que : Pmdare


DE LITTERATURE;

y©?

encore àujourd'huy: mais elle eft peu considérable, & ne

coniêrvede toute fa gloirepafièe,quefe nomëOtchomenG}

& ie trifte honneur d'eûre ie débris (fane des pk* anciennes

viiies du monde.

Vainqueur à la courfe] IA y a dans le Grée, vainqueur a*

fladi*, çeuùéi. Mais j'ay préféré ie mot de courfe, comme

lignifiant icy fa mefaie chofe, & comme efiant rn>©iris fçav

vant que celuy de ftade; M y avoit trois fortes de courtes

aux jeu» de la Grèce; la courte amplement cfke» f* courfe

double r & ia bngue courfe. La courfe fimplement dite

cfloit nommée in diffère mmeat M, &fc kifoit fout de forte de la ^arriére au but, &

du but à la barrière. La-longue courfe s'appelloi* JbXigJpfc

/ :: r &eftoit compose dts deux premières, piufieur* for*

réitérées. Ceft au (bde ou à ia courfe fimplement dite,

(]u Afopique avoit remporté ia victoire.

Vous, qui fut Us bords du Céphife] Fleuve célèbre de Ik

Grèce. Il prenoit fa lburce dans ia Doride, coûtait de II

dans ie pays des Phocéens, puis dans ia Béotie; & après

avoir traverfë le lac Copaïs, aiioit enfin fe jetter dans l'Euripe.

Pindare ne pouvoir pas dés' Feutrée présenter aux

Grâces un objet qui leur fut plus agréable. Car outre que

ce fleuve arrofok ie territoire d'Orchoméne, qui leur efc

toit conlàcré ; c'efloit fur tes bords que, félon l'opinion

commune, Etéocie avoit infirmé kurs Mes & ieur cuite:

Mais on croyoit de plus» qu'EtéocIe eftoit né de ce fleuve

par un- miracle; & quelque fufpeéte que deût eftre cette

naiiîance, ia tradition fuperfthieufe avoit, félon ia coutume,

prévalu fur la vérité hiftorique, Voilà bien des raiibns

que Pindare avoit de mettre le Céphife à ia telle d'une

ode qu'il adreffoit aux Grâces. M. D. L. M. a imité fidér

iement ce début;

Déejfes jadis adorées

Dans ces abondantes contrées,

Ou Céphife roule [es eaux.

Sffij


jo8

M E M O I R E S

Au premier coup d'œil, tout paroifl aûez égal entre fes>

deux poètes, foit pour la penfée, ou pour i'expreflîon. Je

se crains point d'avancer pourtant, qu'il y a dans ie fond

une grande différence entre eux. Pindare, en soccupant

des Grâces, ne perd point de veuë Afopique.- Il ne prefente

à ce jeune vainqueur, que des-objets qui i'intéreuent

& qui luy font chers: Orchoméne, où il eflné; le Cé-

• phife, fur les bords duquel il a paffé fa jeunefîè ; les Minyens,

d'où il tire fon origine;, détails qui dans l'ode Françoife

font tous fort indifférents à M. leDucdeVendoraïc

Propres tout an plus à exciter fa curiofhé, ils n'ont rien»

qui puiffe natter fon amour propre. lis ne font à fon égard

qu'un mélange d'Hiftoire, de Fable, & de Géographie, &

qu'un étalage faflueux d'érudition antique. En un mot, le

poëte Grec choifit fà matière fi judicieufêment, que les

chofès qu'il dit ont deux rapports» l'un aux Déefles, & l'autre

au Héros. Les chofès que dit. le poëte François n'en on»

qu'un : elles conviennent admirablement, fi l'on coniidére

les Déefles qu'il invoque ; mais elles ne paroifTent pas trop

à leur place, fi l'on fait attention au Héros qu'il célèbre.

Une contrée fertile en excellents courfiers ] C'eft ce que

figiiifte lepithéte w?biimZ9Ç. Piufieurs interprètes pourtant

la rendent .par le mot de bettiqueufe ; fondez fur ce

que les chevaux font très- utiles dans: les armées, & qu'il*

ffrg. jEneiJ. font mefm.e ie fymbole de la- guerre > bello armanturequi.

fAûis comme les chevaux ne font pas moins utiles à beaucoup

d'autres chofès,, & fur tout qu'ils i'eftoient extrême-»

ment dans les jeux de la Grèce, où il y a voit des courtes

éque(1res & des courfes de chars ; je fuis perfuadé que lorf*

que Pindare empioyoit cette épi thé te dans fes odes, où

elle revient très fouvent ; il avoit bien autant en veiie l'utilité

qu'on tiroit des chevaux dans les jeux* que celle qu'on

en pouvoit tirer dans les combats. J'ay -dowc cru qu'il n«

faiioit pointrefîraindre ce mot à un fens particulier; maisque

je devois luy laifTer toute l'eftenduë de la fignification

qu'il a dans, le Grec. ï)'un> autre collé iT.y a quelques •

j , V.J + O,


DE LITTERATURE.

coy

"commentateurs, qui par «gttoiawAK n'entendent ni fertile

en excellents courfiers, ni belUaueufr* lis avouent bien* que

ce mot' pe»t venir de rt&hgt, /etute cheval, Jeune cour-fier ;

mais ils prétendent qu'on peut le dériver auffi de 7n>te'û>,

Je tourne la terre, je laboure ; ou mefme du mot (kStoç r

motte de terre, changeant Je 0 en 7? ; de forte que félon euxt


yitu M EMOI R I S

M, D. L M. qu* vrayfem&JàHwnem % pli» twralUe' d'après

çettâ vieille traduéU«*Fraftçoi(e qui? d'après le texte

Giec, eft tombé dans- ia.m€/mfr fwite. Et cnoyaoti bonnement

fur la. foy d'un garant, aufli peu feur, qu'il s'agit icy

de la çonqueflfe de ïat> toifon d'or, H fàiftt avideratnent l'occaûoa

de faire une deicFi^ion magnifique de cette entteprifc

tant 4e fbiscékébrée; & pour le» deux mais qui font

danst Pindatx, il nous> donne deux ûaitees pompeulevdont

chacune eft compofée de foc vos :

Par nom une troupe, taillante

Enleva là toifon biffant*

Qte gatiïoit le dïagm de Mars;

Envcùn fon Haleine enflammée,

Et jjts dents, méret d'une armée,

Eu efoient les affreux remparts.

Par une piaffante fecrett,

Du eaur de fa fille £Aëte

Vous fi'/les triompher Jafon;

Vous luy preftajles fous vos charmes;

"fit hientoft le Scythe en allâmes

Perdit Méde't' & la tpifoo.

Qui ne jugeroit que M. D. L. M. a ttsuvé quelques-uns

de ces traits dans f ode Grecque, dont il fê donne pour

imitateur ï Sur-tout, qui ne croirok qu'il y a puiff l'idée

de ce beau vers,

Et fes dents, mères d'une armée!

La vérité eft pourtant qu'il n'y ai pas on ièul mot de cela

dans l'original, qui ne parie en façon quelconque de l'expédition

de la Coichide; & qu'ainft M. D* L. M. eft fort

ïlans l'erreur, s'il croit imiter icy le Grec de Pindare ; i!


DE LITTERATURE, jit

simite que ic vieux Ersnçois du Sieur de Lagaufie. .

Grac£5,je mus ànvcçue] Ce ferait icy le lieu de «tonner

au moins use idée gérénàe de >ce qui eoneerne ces Déerîes.

Mais on pflut Vw ià-de&is unedt&ftta^an iq«i & tiouvedans

les Mémoire* de d'Académie, tome 3. page S. &

dans Jaquette jay tfafta*'de jK&mbiêr avec quelque ;

Je vous imoque, *xattc*i-mmy\ Pindare avoit tiois canon»

pour invoquer ces Déetiks \ \x patrie d'Aibpique, ie ijea

de û. vi&oire., & l'âgée deioe jeune-vainquenr. M* D.l« M.

n'en avoit qu'une, pourjcbûifer ion ©de forlesGracçs à M.

ie Duc de Vendôme. C'eftoit le charme qu'on trouvoit

dans le commerce de ce Prinee; fes manières engageantes j

en un mot, cette noble familiarité, qui iuy conciiioit tous

les cœurs, 6c,qui jn'inipftpitipas moins d^mour que de

refpec*l aux perfonnes qui avaient i'J^OHrçeur de l'approeher.

J'avoue que cette raifon eft grande, & qu elle équivaut

ièule aux trois dePioilare, Mais Ai D. L. M. de veut

donc en faire ie fond de fan ouvrage. II devofr du moin*

la faire jfentir.dara iej poemuires itanocs de fpn ode. Cependant

on en lit 4èpt tante* eatiéBw, ftns«pilonpuhTe

deviner ce qui île porte à invoquer Jes (Graoo, phiftofè

qu'Apollon, que des Mutes, ou que ion te autre divinités

Ce rieû que dans h buiiiémc ôtôee, qu'il veut bien, met*

toc411 âait fes leéleuft., & leur zéiétet enfin ce myltcnv

l*ode Grecque le ddveiefe bien autreme^nliiCej déjà*

mots, fculs xjni font £ la tefle, à Afopiqut .dOrchàmene^

fondent 1 wvocation, feoond, 6 Uon aonfideiie Je jnomeiu qu'il* chaiitffent

l'un


$ti

M E M O I R E S

qui doit plaire à ces Déefles, amies de la magnificence 8c

de la joye, M. D. L. M. les conduit chez M. le Duc de

Vendôme dans ie fort d'une guerre opiniaftre ; & tandis

qu'à la telle des armées ce fameux Générai eft occupé à

donner des batailles & à faire des fiéges : circon (lance de

temps & de lieu, qui doit effrayer des Dédies ennemies du

tumulte 6c des aliarmes. M. D. L: M. a bien fenti luy-mefme

ce contre-temps. Car vers ie milieu de ion ode , lorsqu'il

commence d'entrer en matière, il biffe entrevoir qu'il

a quelque remords, de ce qu'il joint les Grâces aux combats.

Mais il étouffe ce vain fcrupule, & fe raffure en fô

difantiy n'eu n'eft-il pas de martiales/

Je célèbre un nouvel Hercule /

Et fi bravant un vain fcrupule

Je joints les Grâces aux combats,

N'en ejl-il pas de martiales !

On voit par ces mots que M. D. L. M. lent bien qu'il y

a quelque choie à dire dans fon deflèin, & qu'il tafche le

moins mal qu'il peut, de lier les Grâces au lu jet qu'il

traite. Mais (es efforts ne peuvent empefcher que la liaiion

ne paroiffeforcée, & ne caufè une forte de difformité

dans le tiflù de (à pièce. Au lieu que dans l'ode Grecque

toutes les exprefiions, toutes les penfêes, s'ajuftent naturellement

les unes aux autres, & s'unifient de cette manière

imperceptible, que les excellents critiques ont toujours

regardée comme une des plus grandes fineffeade l'art.

Les hommes tiennent de vous, tous les biens & tous les

agréments dont ils jouirent ] La proportion de Pindare eft

générale, m np-md t&j .ta ÏAonict vtérm., & renferme l'excellente

maxime, qu'il pofe par-tout comme le fondement

de fa morale. On fçait que dans tes principes qui ne varient

jamais fur ce point, tous les biens que nous poffédons

viennent du ciel; que ie Dieu fuprême eft Ja fource

4'où ils découlent; & que les Dieux fubaiternes font comme


DE LITTERATURE. 513

me les canaux par où ils fe répandent. En quoy ia doctrine

de ce grand poète eft entièrement conforme à celle

d'Homère. Il me paroi ft,fi j'oie le dire, que M. D. L. M. 1

gafte beaucoup cet endroit, en l'accommodant au gouft

de noftre nation & de noftre fiéde. Il applique en parti*

culier aux feuls piaifirs de l'amour, ce que Pindare dit en

général de tous les biens & de tous les agréments de la vie.

Amour vous doit fes traits, fes femmes ;

""• A voflre afpeâ naifl dans'rtos âmes '

La deprabk volupté,

Ainfi pendant que le poète Grec, enfeigne à un jeune vainqueur

une morale fublime, & iuy remet devant les yeux

cette importante vérité, que tous les biens, dont les hommes

jouifient, viennent du ciel ; fe poète François débite

une morale gaiante à un héros déjà fur le retour ; & fans

fe mettre beaucoup en peine de ce qui convient, il iuy

parie de traits, de flammesvd'amour» &^ de Volupté.

C'efl vous qui leur dijpenftçla Jageflè, Ja, heauté, & la

gloire \ Ces paroles contiennent un éloge indirect d'Afbpique,

jeune homme (âge, bien fait, & déjà illuftre par

une victoire. Mais parce que Pindare nlgftorôlt pas combien

1& louange. eft dangereuse pour les personnes, de cet

âge, il M change Scy en. inftruclion ; & ne préfeûtant que

de loin au jeune vainqueur les bettes qualitez qu'il are--

çûës en. partage, il Iuy montre de prés l'obligation indit

pcnfabled'en rapporter toute la gloire aux Grâces, dont il

les tient. Cet endroit eft d'autant plus beau,. que quoy*

qu'il (bit manié avec beaucoup d'art'& de délicatefle, il

•paroiû iput fimpie & tout uni. : . \ i;.. >. ^ov ..!

Mais les Dieux eux-mefmes ne célèbrent point de danfes

tii de repas,oh ne président les Grâces] Les commentateurs

font partagez fur le fens de ce partage. Les uns l'entendent

des (acrifices, que les hommes offroient aux pieux fur ia

terre, & que les Dieux, félon fe* principes delà théologie

payenne ,vouloknt bien hoo^fcr,de; leur préfence. Le*

TomeIV.

. Ttt


5i4

M E M O I R E S

autres fexpBqutnt de ces repas & de ces fcitcs, que les

Dieux, félon tes principes de ia mefme théologie , célébraient

dans ïeurs demeure» éternités. J'ay préféré ce depnier

feus, ttûti (êufement tomme fe pins natwrei & le plus

beatt, mais mefme comme le fetri recevante, ainfi qu'en

conviendront- tous ceux qui voudront bien examiner ce

cpiî précède & ce qui fuit. Dans cette cfcrerfrfé cTopfrrions

M.D. L. M- a pris iâgement ion parti. Il s*eii attaché au

vray fens de Pindare. Il ne s'agit plus que de tçavoir qui

des deux i a mieux rendu. Pindare nous dit en deux vers,

que les Dieux ne célèbrent point de dan/es ni de repas, où

ne préfident tes Grâces. M. D. L. M. dit en fix V€*s à ces

Déeflei; \ • '. ' -•• - •• '••••• •-• : •

:

Malgré l'appttreiT'dêeêable,

'

Jufques à ta c/ïefte table

'

L'ennuy s'introduirohfans vous ;

.; Au $ré deia Wvp& cjko\[u ,,;, , ..

Voàs afajfifmte£ famère/re,.» , r

Et rendeç k heclar ptàs doux*

Le poète Gie# s'exprime d'une manière doncife & énet>

gique, nwriscm mofme terapa agréable & inajeûtieufe. Je

ne fcay û oiven ipourrakdiie autant du patte &4f>çofe;

Se û au contraire dans k dôaiixk i examen, h paraphrasé

ne paroiftrort point dtâûfe, faoguiûante, aâexflée,& dc*T

cereufe : par exemple, û l'on ne trouverofc point que l'appareil

deTedabk tiïuxx peu, nais icy pourla rime.; qittet

t/eri t l'ewuy s'iktroduvcii fans vous, jeûerable beaucoup à

de la proie, & n'a pas une chute fortheureuie; que cette

expreffibrr, la troupe choifie * au lieu de la troupe inmorteUe,

a;quelque chofe de comique; eaâi* que «e* deux Ycts,

!.Vous aJTaiJotwe7 tàmbrofi,'

•:JS\ren4% le, ùeâar JHUS doup.

:

' '/

fcntenç un-peu ieraffinenfent & i&âétcnerce,qui «n*


DE LITTERATURE. 515

porté totÇeurs vmeUée de petitetfc & de puérilité,

Arbitres de tout te qui fe fait dam k cieJ t~eHes ostJevr

thftfne prés d'ApêUon, & ajartnt fiuts ceffe avec luy, &c.\

Pindare continue à peindre Jes Grâces dans k réjour de ia

iétiché ; & après nous ks avoir montnées à la table des

Dieux, M nous ks montre dans leièin de h gloire, placées

prés d'Apollon mr* des throfnes, d'où elles adorent

(ans cefle avec luy la majefté fupréme du plus puiflânt

des immortels. Ii y a dans tout cet endroit une juftetfè admirable.

Le poète divife en deux parties ce qu'il s ed propotë

de dire fur les Grâces. II ks représente d'abord parmi

les hommes, & enfuite parmi les Dieux. Il traite chacune

de ces parties féparément, & ne fait point rentrer l'une

dans l'autre. M. D. L. M. n'a point iènti cette exaétitude,o«

n'a pas jugé à propos de l'imiter. Car H met les Grâces

d'abord fur la terre, enfuite dans k ciel, & puis les ramène

fur la terre, en fubûituant à la pkee du ciel dont parle

Pindare, le Mont Parnafie dont ce prête oc parle point.

Tout fleurit par vous au Parpaffe;

Apollon languit fr nous glace,

Si-tafl que vous lavez quitté.

Quelle différence de cette image i celle que Pmdare oous

met fous les yeux '. Si Je poète Grec a plus d'ordre, ne

doit-on pas. convenir «mTi qu'il a (ans comparajioq plus

d élévation & plus de nobkflè-î Peut-il préfenter un plus

grandipofbde à Tes leékut?îU ta* dévoik l'Olympe, &:

leur découvre toute h, pompe de h cour céie^le; Jupiter

qui éttnceik de globe; Apollon, ks Grâces, & tous les

autres Dieux, qvi contemple^ idfakeot, & adorent. Cer*

tatnemejit putue que ce taokau convient .beaucoup mieux

icy félon l'ordre des choies; il eft tout autrement magnilîque,qoe

celuy d'A petto» qui languit cV: k morfond fur

k Parmdâe, ti-toftque les Grâces k quittent. Qui ne voit

que par «ce dernier trait M D. JL. M. tombe, & pèche

jaonue^ks râsks.de kgradatiou'. Au lieu que Pindare

Tttij


5itf ME M O I R E S v

peignant fuccefTivément les Grâces, qui difpenfent les biens.

aux hommes, qui préfident à la table des Dieux, & qui

adorent Jupiter dans là gloire', s'élève par degrez, & arrange

ces trois grandes peintures de telle forte, que la féconde

enchérit fur la première , 4c ia troifiéme fur la féconde.

Mais où M. D. L. M. a-t-il pris» que les Grâces

faufTent quelquefois compagnie à Apollon ? On avoit bien

oui dire jufqu'à préfent,que ces Déeffes abandonnent quelquefois

les poètes, qui alors deviennent froids & ennuyeux;

mais qu'elles abandonnaient le Dieu de lapoëfie,.

& que ce Dieu alors devint froid & ennuyeux luy-mefme,

c'efl ce que je ne crois pas que perfonne ait jamais

dit avant M. D. L. M. Je fuis bien feur du moins, & j'ofe

avancer,qu'il n'a pas puifé cette doctrine dans Pindare.

L'intariffable majeflé'] A'iraor Vfislf, Je crains bien que

ia timidité de noflre langue ne s'accommode pas d'une épithéte

fi hardie. Mais je n'aurois pu l'éviter que par un long

circuit de paroles ; & je me fuis fait une loy de ne m'éloigner

de la lettre que le moins qu'il m'eft poffible. Ce qu'il

y a de certain, c'efl que l'expreffion Grecque efl magnifique

& pleine de force. Elle nous repréfente l'Eftre fbuverain,

comme une fource de gloire & de grandeur, qui

coule fans interruption & fans diminution.

Mais vous, écho des beaux exploits'] II y a dans le Grec

à%>7, doriquement pour r%iï. On explique cet endroit de

deux manières fort différentes. Car l'ancien fchoiiafte, Portas,

Melanchthon, Lonicére, Arétius, Benoifl, & prefque

tous les autres, tant interprètes que commentateurs, prétendent

que le mot d%î eft au vocatif, & renferme une apoftrophe

à ia Renommée. Au contraire, Schmide qui paffà

toute fa vie à eftudier les ouvrages de Pindare, & qui nous

a iaiffé fur ce grand poëte le meilleur commentaire que

nous ayons, fouftient opiniafrrément qu'il n'y a point icy

d'apofirophe ; que le mot d%iï n'efl point au vocatif, mais

qu'il faut fuppléer la proposition mm qui eft fbufêntenduè%

& traduire comme s'il y avoit aw) d%>7 t cm [oaitu, avct


DE LITTERATURE. 517

bruit, avec éclat: de forte que, lelon luy, Pindare nadrefîë

point la parole à la Renommée, mais continue de parler à

Thalie , une des Grâces, & la prefie d'aller .d'une manière

éclatante porter aux enfers la nouvelle de la victoire d'Albpique.

Ces deux explications font directement oppofees.

Ce qu'il y a de fiirprcnant, c'eit que ies commentateurs

de part èv d'autre fc contentent d'expofer leur fentiment,

fans fe mettre en peine de i'eftablir, & ne donnent pour

toute raifon que leur gouft. Pour moy j'ay fuivi l'opinion

la plus univerfellement receuë*. Mais ce n'eft pas précifement

i'authorité du grand nombre qui m'a détermine'. Ce

font trois réflexions que j'ay faites en examinant de prés

ce pafïàge. La première, c'eit qu'il n'eft pas naturel que

Pindare s'adreifè aux Grâces, pour les charger du foin de

porter une nouvelle. Cela n'eiloit point de leur miniftére,

au lieu que c'eftoit la véritable fonction , ou, pour mieux

dire, l'unique employ de la Renommée. La féconde, c'eit

que le mot ci%>7 exprime admirablement la nature de cette

Déefïe bruiante, qui en effet n'elt autre chofe qu'un (on,

ou pluffolt qu'une répétition de ions, qui fe fiiccédent les

uns aux autres, & fe multiplient à l'infini. La troifiéme,

c'eft que dans les ouvrages mefme de Pindare , il y a un

endroit qui ei\ tout fembiable à ceiuy-cy. Ce polie, dans

la huitième des Olympiques, célèbre deux jeunes vainqueurs

, qui avoient perdu leur père nommé Iphion, &

leur oncle appelle Cailimaque. Sur la fin de l'ode il s'écrie,

Que la Renommée, fille de jMercure t aille annoncer à Iphion,

ir qu Iphion annonce enfuit v e à Cailimaque, la gloire éclatante

que Jupiter vient de répandre fur leur famille à Olympie.

"E'pf&Jt Suyrrçoç Àntùouç Vçfat :

A'yfitiaç, \f{-7tpt tut •> .

Ydopp O'At/fCTiçg, or otptf UTtuoir

Zw 7*9ff» ; . • .. • > , • ., .

ttt'm

; - •; ,


•frt

M 2 M O ïWE^S.n

Ce ptriftge efl fi conforme à celuy que nous exx*9mim$ r

qu'il devrait iuffire, ce me fembte, paur en déterminer fe

Véritable fen«.

Infatigable Renommée] Vr? prefté ces deux motf an texte,

dans la crainte qu'aufourdlïuy-cette'erpreffion de Pindare,

/dfo


DE LITTERATURE, 5*9

Iront des aijles de nos combats, âib-hw mip$m. Comme

Pindare parle icy à la Renom niée, &

Afars •amenant la Viiloire,

Vole , & le fuit à grands pds. >

Cette plume blanche changée en afire, reffemble fort aux

couronnes de Pile changées en ailles ;& je ne doute point

que l'idée du pqëïe Grec n'ait fervi Je modèle au poète

François. On fçait que cet excellent auteur r qui faifoit la

gloire tics modernes » avoit une admiration frncére pour

tes anciens; & que loin de perdre fon temps à relever les

fautes légères qui fe trouvent en petit nombre dans leurs

écrits, il s occupait fans celle à eftudier les grandes beautez

dont ils font pleins; ektafehoit, autant qu'il luy efioit

poiîible, de les tranfporter dansfes ouvrages ; unique moyen


5io M È M OI RE S

de parvenir à égaler ces grands hommes, & à biffer corn*

me eux des productions, qui funnonfent les temps, & paffent

à la dernière poftérité. ••,

QVATRtEME IDY L LE

DE THE OCR I TE,

' . ! * » * * M -J t * - ' • « i ; ' ! * j * • *,. .

Traduite en François anc dei Remarques.

4. «TAouft

l 7 * $•

r lT 1 Héomté fait parler dans -•'> y-i-'i •*

i[

iLei-ftM.*dëWttê Hktitrïêtte-Ityk\>eft'Xvx^t»}rônï de

Vtoione, > «vAb r J(Mf»îtf>«r^UA«r'khr^niri^TÂ^tlh^l^ deTa*

rente, dans cette fdrtïe dé l'4td&t qiïbrpyppetfoit autrefois

ia' Grande Gréèt. ' - : * - "î » ! J »'_'•>•• i ' ^ *•>* i «»-• - •. ' •

-••TDU'«.':-• oih v. S'DJD U\L\ Jioqu:»; •'?. ii , . i v»

i':.\'Vi\^ï Ji'up inclue tïn'{\j\r.i± ;>.ni'j|r| Jndl 4;c ui< . v>f

i J • o.n txjpinu ; '-^ci - /.». j -ij ?.\. J> •:..• j 10


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DE

LITTERATURE

TIRÉS DES REGISTRES

DE L'ACADÉMIE ROYALE*

ET BELLES LETTRES

Depuis Vannée M. DCCXPIII. jufques êC compris formée M. DÇCXXF.

T OME SIXIE'M E.

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^

'V',!r.

- A PARIS.

DE L'IMPRIMERIE ROYALE.

M. D C C X X I X.


TA B LE

POUR

LES MEMOIRES-

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TOME S I X I F M E.

ont fervi de- Mé­

Par M, l'abbé

SEcwde Dijftrtaùon fur les Monument qui

moires aux premiers Hifioriens,

, ANSELME. Pag. u

Dijfertation fur ïincertitude de TH'tfioire des quatre premiers

fiécles de Rome. Par M. D E P o u i LL Y. 14,

Difcours fur les premiers Monument hifioriques des Romains,

Par M, l'abbé S A L L I E R. 30.

Second Difcoursfur la certitude de fHijloire des quatre premiers

fiée le s de Rome, ou Réflexions générales fur un Traité qui fe

trouve parmi les Oeuvres Morales de Plutarque, fous cp titre*

PARALLèLES DES FAITS GRECS ET ROM AINS*

Par M. l'abbé SALLIER. $2,

Nouveaux ejfais de Critique fur la fidélité de tHiftoire. Par

M. DE POUILLY. * 71»

Troifiéme Difcours fur la certitude de fHifloiredes quatre pre*

miers fiécles de Rome, Par M. l'abbé SALLIER. 115"*

Réflexions Critiques fur le caractère de quelques Hifioriens

' Grecs, comparés avec les Hifioriens Romains* Pat M* l'abbé

SALLIER» 13$*

Rèflexionsfur f étude des anciennes hiftoires, & fur le degré de

certitude de leurs preuves. Par M. FRERE^' . i£tf r


TABLE.

Des Cérémonies de Religion, pour le/quelles on a eu recours à la

Dictature, c*eft-à-dire , du Clou facrè, & des Fériés Romaines.

Par M. l'abbé COUTURE.

I po.

De t'Urbanité Romaine» Differtation Académique, Par M.

l'abbé G E D o Y N. 208.

Differtationfùr l'utilité de limitation, & fur la manière dont on

doit imiter. Par M^R A C I N E. - 233.

Sur PeJJeHce de la Poeftè. Par M/RACINE.'" 1

Première Partie, ' ' 245".

Seconde Partie. . SL$J.

Qu il ne peut y avoir de Poèmes en Profe. Par M. l'abbé

FRAGUIIR. « . * 26$.

Mémoire fur l'Elégie Grecque & Latine. Par M. Pabbé

FRAGUIëR. 277.

Odes Olympiques de Pindare 9 traduites en François ; avec des

Remarques. Par M. labbé M A S S ï E U.

Ode première. A Hieron Roi de Syracufe , vainqueur a la courfe

Equefire. 28 j.

Ode deuxième. A Théron Roi d'Agrigente , vainqueur à la courfe

des Chars. 305.

Odes JJîhmiques de Pindare, traduites en François ; avec des Remarques.

Par M. l'abbé MASSIEU.

Ode première. A Hérodote de Tkébes, vainqueur à la courfe des

Chars. 331.

Ode deuxième. A Xènocrate d y Agrigente, vainqueur à la courfe

des Chats. 3 J4.

Dijcours fur la Tragédie de Sophocle, intitulée Ol A ITIO T 2

TTPANtfQS, OEDIPE ROI, Par M. BOIVIN

le Cadet. 372.

Remarque fur la Tragédie ^de Sophocle, intitulée TOEDIPB

COLON E. Par M. l'abbé S AI, MER. 385.


TABL E;

RJf exions fur la Cyropedie ,& furîhifioire de Cyrusl Par A*.

Otfcbé* B AN 1ER. ,:; ., ; ,; . * 00 *

'IMeftotièn fur la durée du fiége de, Troye. Par M, Tabbé

BANIER.

**?'

Defcription de deux Tableaux de Polygnote, tirée de Paufanias.


TAfiLE.

Hijiptre de Julhts Sabtnus, & d'Eppomna fa femme. Par M.

SECOUSSE. . • £ 7a

JMémoire pour établir que le Royaume de France a été Jucceffifi

" héréditaire dans la première Race. Par M. DE FONCE-

MAGNE.

tfgO.

Dijfertation de têtablijfement des Loix Somptuaires parmi les

François. Par M.l'abbé DE.VERTOT, 7*7.

Explication d'un monument àe Guillaume le Conquérant. Par

M. LANCELOT. 73P #

Difcours fur les fept Merveilles du Dauphinê. Par M.

LANCELOT. 7$$.

^Li^'ô'i W W HïSi&g/

MEMOIRES


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DE LITTERATURE. a2$

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ODES,

DE P I.N D A R E,

OLYMPIQUES

TRADUITES EN FRANÇOIS;

A y E C DES REMARQUES.

Par M. l'Abbé MASSIEU.

0

O D E PREMIERE.

A Hieron / Roi de Syracufe ^ vainqueur à la courfe

équeflre.

ARGUMENT.

X

E plan de cette Ode efl trés-fimple : eflrefi compofée de quatre xi.


&4 MEMOIRE S

d'approcher laperfonne des plus grands Rois, telquefi Hiéron, If

pajje ainfi très-naturellement à F éloge de ce Prince; & il le loue

furfes richejfes 9 fur fa puiffance yfurfajuftice ,fur toutes les autres

vertus quilpoffède aufouverain degré ; & en particulier fur le goût

qu'il a pour la pa'èfie & pour les beaux arts : il dit suffi un mot dit

généreux cour fier, qui dans le combat avoitfi bien Jervifin maître y

& à qui fis viblair es fréquentes avoientfait donner le nom de Phé*

jénice \ nom que dans notre langue on ne peut bien tendre que par

une périphrafe, & enfaifant un mot exprès, comme qui diroit le

remporteur de vi&oires. i> Poète glijfe légèrement fur F éloge

de Ptfe & du Péloponnéfi 9& fi contente de remarquer qui F une

avoit F avantage de jouir fur les bords de FAlphée du plus magnifique

fpecJacle qu'il y eût dans Funivers; & que l'autre avoit toujours

été fécond en grands hommes. Mais il s* étend fort au long fur filage

de Pélops, quifeul occupe les deux tiers de tOde y & que des

Critiques modernes veulent faire pajfer pour unècarty quoique dans*

le fond ce ne foi t quun épijode, lié au fujet principal par un grand

twmbre de rapports* Car en premier lieu on regardoit Pélops comme

le refiauraieur des jeux Olympiques, qu'il avoit célébrés enfin

temps avec plus de magnificence que pas un défisptédéceffeurs :fitondement

y il étoit un des plus grands Rois que la ville de Prfe eût

jamais eus, & il avoit donné fin nom â toute la contrée : mais en

troifiéme lieu , f éloge d'un Roi fi fameux qui avoit fort aimé àfe

ftgnaler dans les jeux Olympiques > étoit une apologie in direhed

Hiéron > auquel on reprochait > comme nous verrons dans les te*

marques y d'avoir trop de paffion pour ces jeux : ce font ces rai fins

qui obligent Pindare d appuyer fur Fhifioire de cet ancien héros» Il

commence donc par rejetter la tradition populaire y qm'portait que ce

Prince dans fa jeuneffc avoit été coupé par morceaux , &ferviaum

Dieux dans un repas : il la traite de fable ridicule, dont le temps a>

fait voir lafaujfete y & qui n y avoit trouvé de créance dans les efprits

qu'à la faveur des ornemens dont les Poètes Fàvoient revêtue, A

cettefauffe tradition il en fubfiaue une autre %qù il prétend être la

feule véritable. Il ajfure que Pélops fut un Prince aimé des Dieux}

que Neptune l'enleva dans le ciel, pour y ver fer le ne61 ar avec Ganyméde

> mais que-pour les crimes defin pertTantale %iïfut dans la


DE LITTERATURE. *s 9

fuite renvoyé fur la terre} qu'alors par lefecours du Dieu de la mer

il vainquit à la courfe des chars (Enomaus Roi de Pife ; quilépoufa

Hippodamie, fille de ce Roi ; que de ce mariagefortit une multitude

de héros, qui par leur puiffance &par leurs vertus furent fornement

ér ? appui de la Grèce ; qu enfin. Pélops étant mort, on lui éleva

un tombeau, qui domine la plaine ou ton célèbre les jeux y & que

de-là ilfemble encore prendre plaifir à contempler la carrière oit il

fefignaloit autrefois , & ou Hier on vient de vaincre* Par ces dernières

paroles Pmdareje rattache à fin héros ; & après en avoir

encore parlé comme Sun Prince leplus puifj'ant & le plus éclairé qui

fut alors-, il a foin de lui reprèfenter que cejl des Dieux quil tient

toutes fe s projpérités : il lui fait efpérer que fil continue à rgériter

leur protch ion, la vicloire quil vient de remporter à la courfe cquefi

trefera bientôt fuivie d'une autre qu'il remportera à la courfe des

chars. Mais bien éloigné de la baffe flatterie dés Poètes ordinaires,

qui font des Dieux de leurs héros, ilofefaire fouvenir le fien quil

ejl homme, & lui dire que content de la gloire attachée à la dignité

royale, dignité la plus augufie ou unftmple mortelpuifjc être élevé ,

Une doit point afpirerâdes honneurs divins. Il finit par luifouhaiter

une continuation de bonheur qui nefoit troublée d'aucune difgrace ;

& par fe fouhaher à lui-même Ceflime des Rois vertueux , & û

premier rang entre tous les Poètes de la Grèce.

ODE.

L

'EAU eft le plus excellent des élémens, & l'or eft entre

les fuperbes richefles, ce qu'un feu brillant eft parmi les

ombres de la nuit. Mais, ô mon efprit, fi tu veux chanter des

combats, ne va point en plein jour chercher dans les vaftes

délert du ciel un aftre plus lumineux que le foleil, & ne croi

pas que pour fujet de nos vers nous puiflions choifir des jeux

plus illuftres que ceux d'Olympie. Ce font ces jeux qui fournirent

aux Sages qu'infpirent les Mufes, une ample matière

de cantiques célèbres : ce (ont eux qui leur dénouent la langue

pour entonner les louanges du fils de Saturne, & qui leur

piment l'entrée du riche & magnifique palais d'Hieron, Ce

jN n ii j


nU

M E M O I R E S

Prince qui gouverne avec équité les peuples de l'opulente Sicile,

a cueilli krplus pure fleur de toutes les vertus : il fe fait

un noble plaifir de ce que la poëfie & la mufique ont de plus

exquis :^ il aime les vers mélodieux, tels que nous avons coutume

d'en jouer à la table des perfonnes qui nous font chères.

Courage donc, prend ta lyre, & monte-la fur le ton Dorien.

Si tu te fens animé d'un beau feu en faveur de Pife ôc de Phérénice,

s'ils ont fait naître en toi les plus doux tranfports, lork

que ce généreux courfier fans être piqué de l'éperon, voloit

fur les bords de l'Alphée, & portoit fon maître au fein de la

vidoire ; chante le Roi de Syracufe, l'ornement de nos courfes

équeftres. La gloire qu'il s'y eft acquife répand fes rayons

par toute la colonie de Péloos, colonie féconde en grandshommes.

Le héros qui la fonda étoit venu de Lydie : il fut aimé

du Dieu puifTant dont l'humide empire embrafle la terre, après

que la parque l'eut retiré du vafe funefte, ôc l'eut rendu à la vie

refplendifTant d'une épaule d'y voire.

Certes l'on publie bien des fortes de merveilles ; & il arrive

prefque toujours qu'un agréable tiiïu de menfonges fait plus

d'impreflion fur i'efprit que la vérité. La poëfie qui répand fur

tout ce qu'elle touche des charmes dont les hommes ne peuvent

fe défendre, accrédite fouvent le faux, & donne un air

de vraifemblance à ce qu'il y a de plus incroyable : mais le

temps eft un témoin éclairé, qui tôt ou tard dépofe en faveur

du vrai. Que Ci un mortel ofe parler des Dieux, fa langue ne

doit rienfe permettre qui ne tourne à leur gloire ; la faute en

eft moins grande.

Fils de Tantale, je ne dirai point de vous ce qu'en ont dit

ceux qui m'ont précédé *au contraire, je publierai que lorfque

votre ©ère régalé par les Dieux, les reçût à fon tour dans fon

aimable féjour de Sipyle, ôc leur rendit un repas, où tout fe

paffa félon les règles delà plus exade bienféance, le Dieu qui

porte le trident, épris de vos belles qualités, vous enleva fur

un char brillant, ôc vous tranfporta dans le ciel, pour tenir

auprès de lui la même place que Ganyméde tenoit depuis

quelque temps auprès de Jupiter. Lorfque vous eûtes difparu,


DE LITTERATURE. 287

& que les hommes commis pour vous chercher, ne purent >

après beaucoup de foins, vous ramener à votre mère ; alors

quelque Prince voifin envieux de votre gloire, répandit lourdement

qu'avec un fer trenchant on vpus avoit ooupé par morceaux

; qu'on avoit jette dans une eau bouillante vos membres

fanglans ', & que fur la find'un repas ils avoient fervi de nourriture

à la troupe célefte.

C'eft à mon fens le comble de l'abfurdité, que daccufcr

d'intempérance quelqu'un des Immortels; loin de moi une

telle penfée : il eftrare que les blafphémateurs fe trouvent bien

de leurs blafphémes. Ce qu'il y a de certain, c'eft que fi les

habitans de l'Olympe ont jamais comblé d'honneurs un homme

mortel, ce fut Tantale ; mais il ne put foutenir le poids

de fon bonheur. Il s'attira par fon infolence une épouventable

difgrace : Jupiter lui fufpendit fur la tête un roc énorme t

dont il tâché continuellement d'éluder la chute, fans pouvoir

parvenir jamais à goûter le plus léger repos. Telle eft la vie

que mené ce malheureux Prince, dénué de tout fecours, en

proye à une inquiétude cruelle * éternellement renaiflante, Se

accompagnée de trois autres fupplices. Il fut précipiré dans

ces maux, pour avoit volé lene&ar Ôc l'ambrofie^oùles Dieux

ont attaché l'immortalité, & pour en avoir fait part aux

hommes fes convives. On fe trompe, Ci on efpére cacher

quelqu'une de fes actions aux yeux de Dieu. Le crime du père

.fur fatal au fils : les Dieux renvoyèrent Pélops fur la terre,

& laffujettirent de nouveau à la courte durée de la vie des

hommes.

Lorfqu'il eut atteint la fleurde l'âge /& qu'un tendre duvet

commença à lui ombrager le menton, il tourna fes vues ver»

l'hymen que lui préparoient lés deftins, ôc forma le projet de

ravir au Roi de Pife fon illuftre fille Hippodamie. Il s'avança

donc fur le bord de la mer, ôc feul pendant la nuit il invoqua*

le bruyant arbitre des flots. Neptune fe préfente à lui : Grand

Dieu 9 lui dit Pélops, fi vous n'êtes pas infenfible aux charmesde

l'amour, enchaînez la lance meurtrière d'CEnomaûs, tranfportez-moi

en Elide fur le plus léger de vos chars > &. afiure^


aSS M E M O I R E S §

moi la vidoire. Ce père cruel a déjà fait périr treize des pré*

tendans de fà fille, dont il diffère toujours l'hymen ; mais les

grands dangers font pour les grands courages. Puisqu'il faut

néceflairement mourir, pourquoi privé de gloire & de tout

agrément, traîner dans les ténèbres une vieilleffe languiffante

ôc inutile ? C'en eft fait, je tenterai le fort du combat ; c'eft à

vous > Dieu puiffant, à me donner un heureux fuccès. Il dit ;

6c fa prière ne fut pas fans effet. Neptune prenant foin de la

gloire du héros, lui fit préfent d'un char magnifique > où foc

étinceloit de toutes parts, ôc quiétoit attelé de courfiers d'une

infatigable légèreté. Pélops vainquit (Enomaùs, ôc époufa la

PrincefTe : elle lui donna fix enfans, qui commandèrent à des

nationsjôc que les vertus elles-mêmes prirent le foin de former.

Et maintenant honoré par de pompeux facrifices, il repofe fur

les bords de l'Alphée, dans un tombeau toujours environné

de fpedateurs, ôc élevé près d'un autel, où les peuples accourent

en foule de tous les endroits de la terre. Dc-ià on voit briller

au loin la gloire des jeux olympiques, dans cette même

carrière où Pélops courut autrefois. C'eft là que les Athlètes

intrépides difputent le prix de l'agilité Ôc de la force : le vainqueur

pour récompenfe de fes travaux jouit pendant le refte

de fa vie d'une délicieufe tranquillité. Le plus grand bien que

puifTe pofféder un mortel> eft celui dont la douceur fe renouvelle

fans ce fie, ôc fe fait fentir chaque jour. Mais j'oublie que

c'eft Hiéron, qu'au fon Eolien de ma lyre , ôc félon les règles

des jeux équeftres > je dois aujourd'hui couronner. '

J'ofe avancer que de tous les Princes qui vivent maintenant»

& qui m'honorent de. leur bienveillance, jamais par un beau

ciflu de louanges je ne pourrai en célébrer aucun qui porte

plus loin que lui les belles connoiffances ôc l'autorité fouveraine.

Un Dieu veille fur vous, Hiéron : un Dieu s'applique

fans cefle à faire réuffir vos entreprifès. S'il continue a verfer

fui vous tes bienfaits 3 j'efpére que bientôt je tirerai de ma

lyre des fons encore plus touchans ; ôc qu'accompagnant vers

le mont de Saturne votre char victorieux, je m'ouvrirai une

nouvelle toute qui fécondera mop audace. Ma Mufe, pour

cette


DE LITTERATURE. **>

cette occafion éclatante me prépare les traits les plus forts. Les

hommes font grands en différentes façons : mais c'eft dans la

perfanne .des Rois que le trouve le comble de toutes les

randeurs. N'étendez pas vos vues plus loin. Puifliez-vous!

fliéron, vous foutenir toujours dans le haut point d'élévation

•où vous êtes ; & moi que je puifle toujours pafler ma vie avec

des vainqueurs qui vous reftemblent, & par la beauté de met

ouvrages me diftinguer parmi tous les Grecs.

u

REMARQUES.

N des principes de Pindare touchant la 'poèTie lyrique *

c'eft que le commencement d'une Ode doit reflembier au

frontifpiced'un palais,ôc annoncer dèsi'ehtrée la magnificence

dureftede l'ouvrage. On peut dire qu'il fuit ici lui-même admirablement

la régie qu'il propofoit aux autres : les grands

objets qu'il préfente d'abord, les élémens, les métaux > les

•aftres, les jeux delà Grèce, le tour poétique dont il énonce

ù penfée ,1a vivacité & la force des exprefliens, la hardieflfe

des figures, le nombre & l'harmonie qui régnent d'un bout à

l'autre dans cette première ftrophe,tout confpire à préparer

le lecteur aux grandes beautés qu'il doit fucceflivement découvrir

dans tout le corps de la pièce. Auflil'antiquité a-t elle

regardé toujours cet exo'rde comme un chef-d'œuvre. M ais ee

qui àvoit fait l'admiration de tous les fiécles, eft devenu dans

ces derniers temps un grand fujet de conteftation. M. Perrault,

Patriarche d'une le&e qui , maigre' les coups mortels qu'elle a

reçus, ne laide pas de conferver encore un refte de vie, ayant

formé le projet de décrier tout ce que le genre humain avoir

admiré juiqu'alors,a fortement attaqué ce début de Pindare.

M. Deipreaux l'a défendu avec cette fupérioritédegoût & de

génie, qui dans un pareil combat femble répondre de la victoire.

Je crois qu'on *ie fera pas fâché de voir ces.deux Athlètes

aux mains jun (pe&acle de cette nature ne peut être

qu'agréable : du moins ce qu'ils ont écrit l'un contre l'autre À

ce fujet, peut fervir d'un excellent commentaire à l'exorde de.

Tome yL

O o


99o

M E M O I R E S

Pindare, 6c contribuer beaucoup à mettre le Ieâeur dans Te

véritable point du vue.

M.Perrault pour mieux réufïkdans le deflein qu'ilade rendre

ce début ridicule,commence par le traduire à fa façon, & voici

de quelle manière il s'y prend : Veau eft très-bonne a la vérité?

& for qui brille comme le feu durant la nuit r éclate merveilleufiment

entre les richejjes qui rendent f homme fuperbe. Mais mon

efprit tjitu dèfires chanter des combats , ne contemples point a*autre

ajlreplus lumineux que le Soleil pendant le jour dans le vague

de Pair, Car nous ne ff aurions chanter des combats plus illuftres r

que les combats olympiques* Ici M. Perrault fe récrie contre

l'entêtement prodigieux des admirateurs de L'antiquité, 6c demandera

tout le&eur non prévenu , fi l'on peut imaginer rien?

de plus impertinent que cet exorde, & s'il ne renferme pas

une baffe fie rebutante, 6c un galimathias impénétrable.

M. Defpreau-x paffe condamnation fur ce galimathias,de fur

cette baffe fie ; mais il prétend qu'ils ne font point de Pindare, &

foutient qu'on doit les mettre uniquement fur le compte de 1VU

Perrault, qui, félon lui, d'une des plus bellechofes du monde

a trouvé le moyen par fa tradudion de faire lachofe du monde

la plus extravagante. Pour le prouver, il vient au détail,& f rivant

le Traducteur pas à pas, il obferve : que cette expreflion,

Peau efl très-bonne, eft une expreflion familière, qui ne répond

oint à la majefté de Pindare; le mot l&i?ordont ce grand

Poéte s'eft fèrvi,. ne voulant pas dire (implement très-bon 9 mz\$

merveilleux, divin , excellent: que le mot d'i la vérité eft plus

familier encore,& n'eft point dans le texte,où le /$> ôc le $-font

comme des efpéces d'enclitiques qui ne fervent qu'à foutenir

la verfification : que dans cette phrafe rtor éclate merveilleufementparmi

les rtche(Jes, l'adverbe merveilteufiment produit uneffet

burlefque , & n'eft point non plus dans le grec : que cette'

autre phrafe rqui rendent f homme fuperbe > eft languiffante,ÔC

qu'elle énerve la penfée de Pindare , qui donnel'épithéte de

fuperbe aux richefles même , ce qui eft une figure très-belle,

au lieu que dans la traduction n'y ayant plus de figure, il n'y a

plus par conféquent de poëfie : que le. car, par où. finit M-


DE LITTERATURE. i 9 i

Perrault,rjr nous neffaurions chanter de combats,eft ce qui caufe

ici tout l'embarras & toute la confuflon, qu'aufli il n'eft point

dans le grec, où il y a y.*ft. On demande à M. Perrault dans^

quel Lexicon, dans quel dictionnaire ancien ou moderne, iL

a jamais trouvé que ptnA voulut dire car : qu'il devroit bien

Ravoir qu'en toute langue > fil'on place uncar mal à propos,

il n'y a point de raifonnement qui ne devienne abfurde. Mais

pour achever de mettre M. Perrault dans foatort, & pour lui

faire voir qu'on peur adfément tirer des paroles de Pindare un

fens très-clair & très-raifonnable 9 M. Defpreaux entreprend

de, les traduire à fon tour, 6c voici comment : Il ny a rien de

fi excellent que Peau : il n'y a rien


49* MEMOIRE S

» voulu faire entendre, quand il dit que Pindare efi comme nt*

„ grand fleuve qui marche à flots bouillonnans ; &quc de fa bou-*

„ che 9 comme d'une fource profonde r il fort une immenjai de rî~

» che If es & de bettes chofes.

Fervet 9 immenfufque ruirprofundo

Pindarus ore+

Voilà un fidèle rapport des principales chefesque ces dèu*

fijavans hommes fe font dites l'un à l'autre durant le cours de

leur difpute. C'eft aule&eur à prononcer entr-'eux, & à voir

auquel des deux il aimeroit mieux reffembler pour la manière

de raiformer & de traduire. Venons maintenant au détail du>

texte*.

Veau efi le plus excellent des elèmens. ]"Les Anciens avoient

une haute idée de l'eau, non-feulement à caufe du grand pon>

fere d'utilités qu'on en tire, mais encore parce qu'ils cro voient

la plupart, qu elle étoit le principe de toutes chofes : S&jf

ndfTmr *?£> difoit Thaïes. Ilfaifoit de cet axiome le fondement

de toute fa- phyfique. Cette opinion qui avoir eu cours

long-temps avant lui, & qu ? il ne fitque mettre dans un plu»

grand jour^avoit porté les Poètes dès les premiers temps T k

regarder l'Océan comme le père & des Dieux & des hom^

mes, & généralement de tous les êtres. Témoin cet ancien»

vers qu'on attribue à Orphée t

QxsctrovTty ©fi^jf ywoiï* bwrwr ttrfysfHtw*-

Et t Océan f origine des Dieux & des mortels*

Témoin auiïi cet autre vers qui efl d'Homère >

Uorauo7o fit&c

ClKtaroS, ootno ymoiç nwmesi TtruxTeUr

Et les flots de l'Océan, fource de tout ce que renferme la nature*

L'illuflre Dame qui nous a donné une fi belle traduction?

d'Homère, & des notes fi fçavantes fur ce grand< Poëte, remarque

au fujetde ce dernier vers, que la fable qui fait forti*

fous les êtres de l'Océan, a fondé l'opinion des Philofophe*


LITTERATURE.

S9T

tbticnanr l'eau. S'il étoit permis de s'éloigner du fentimene

d'une perfonne fi éclairée, je péncherois à croire que c'eft l'opinion

des Philofophes qui a fondé la fable des Poètes. Car il

me femble que les vérités > (bit théologiques> morales ou phyfiques

, n'ont point été faites d'après les fables ; & qu'au contraire

ce font les tables qui: ont été faites d'après ces-vérités $

dont elles font des explications & des figures. Mais foit que

Kopinion dont il s'agit eût précédé la fable, foit qu'elle n'eue

tait que la fuivre, il eft certain qu'elle aûtofrfoit fuffifamment

Pindare à parler de l'eau dans les termes magnifiques qui font

le commencement de fesouvrages, À PISTON MFN TA Q. V.

Au relie ces trois premiers mors de notre Poète font très-fameux

par les divers ufàges où on les a mis. Les Anciens s'enièrvoient

pour défigner les Odes de Pindare, comme ils fe

fervoient de ftirt» aWt JuL, pour défigner l'Iliade ; & comme

les Romains fe fervirent depuis de arma virumque cano, pour

défigner l'Enéide. Un Peëte de l'Anthologie avoit pofé cet*

te jolie inferiptien au haut d'un bain*,

Ko* xtv aetçoï vfûf rovfiop tqmôet fMvor,

ÎSï vous vous étiez, baigné dans mes eaux, 6 Pindare 9 t'eût été

d* elles feules que vous euffiezdit rquil n'y a rien déplus excellent

te f eau. Cyms autre Poëte, dont l'Anthologie nous a conrvé

aufli plufîeurs piéees, éleva près d'une fontaine une fla^

f

tue à Pindare, 6c mit au pied ces deux vers r

ïliTJ'a&t {juî&ivT* wap vJkos Ku&ç iyiipH >

Ovvtxa (poffufa fiprtf, aetçot vfuo*

Sur le bord de ces eaux C/rus ékve uneflaiue à Pindare ,pour avoir*

dit dans- une de fes Ode f,que h au eft la plus excellente choje du mande*

Mais nos Poètes modernes ont aoffi tiré parti de ces trois

Bfiots,qui onteommepafle en proverbe. M. Ménage s'égayant

aux dépens de Montmaur, fi connu fous le nom de Gargilius,

affûre que ce fameux parafite foûtint un jour qu'on devoir

piettre Pindare au/defibus de tous les Poètes lyriques > ne

Oo iij


, p4 MEMOIRES

fut-ce que pour avoir commencé fes ouvrages par l'éloge dé

l'eau.

Tapyfaoç Avôoww wor* UivSaçpv vçuror &mr,

Ouvtxiv àfXWWç a&çw t/ ou de s'en plaindre. En effet, c'efr un de ces fujetç

problématiques qui comportent également le pour ôcle cpa»


DE LITTERATURE. *]& : dans l'Ode m c , ç eft le plus

refpe&abie des métaux, xrUr»* etjPotir&rQV, dam la v c Ode

ifthmique, c eft un reflbrt puiflant que les hommes préfèrent

avec raifon à tous les autres :

Meyctôtw

voutaav

XùVOQ* ttv &&t>?roi


__ J

*&

MEMOIRES

font la grandeur & la puiflance de l'homme. Mais planeurs

taifons me déterminent à préférer ce dernier fens; car d'abord

.c'eft la première idée que préferite le mot j«>af«f, qui par fa

force primitive lignifie homme grand & put(fant, au lieu qu'il

ne fignifie qu«n fécond, & par une efpéce de conféquence,

homme infolent & orgueilleux ; car il n'a cette dernière accep*

, «on, que parce que la puiflance & la grandeur conduifent na-.

îurellement à l'orgueil & à l'infolence. Mais, d'ailleurs fi Fou

entend ici par fityà*o&« -JX^TOU, les rtchejjes qui remplirent

fhomme a"orgueil, ce trait de morale ou de fatyre eft déplacé ,

puifqu'il à'agit ici d'envifager les richeffes, non par le .mauvais

effet qu elles peuvent produire, mais par la magnificence qui

les accompagne : car le but de Pindare eft de faire entendre ,

que quelque excellentes & quelque magnifiques que foient.

les autres richeffes, on doit convenir pourtant qu'elles font

infiniment au-deffous de l'or. Enfin l'explication que je prevpofe,eft

beaucoup plus conforme aux principes répandus dans

tous les ouvrages de Pindare, qui ne parle jamais des richeffes

qu'enbonnepart,& qui exalte fans ceffeleurpuiffance IÏAOJTP*

tïifuedtrit, c'eft Pépithéte par laquelle il les caraûérife dans la

cinquième des Odes pythiques : on peut dire même, que fut

ce point il va quelquefois au-delà des bornes, 6c qu'il avance

ides propofitions outrées. Dans la première Ode ifthmique il

ne craint point d'affûrer que les richeffes font l'homme tout

ce qu'il eft j;fcÇfMa«* 9 ^çi/uLr'avV Dans l'Ode que nous vei>

jcons après celle-ci / il s'exprime d'une manière encore plus

énergique > & dit avec une effufion de cœur qui marque une

grande perfuafion intérieure , que les richeffes font un aftre

éclatant, qu'elles font la véritable lumière de Phomme, içkf

àfltyho*, kK&fyilv cujfi çtyfoi.. Ainfi foit que l'on regarde le

mot ntydtvf dans fa racine > foit que l'on faffe attention à l'enxkoit

où il eft placé, foit enfin qu'on ait égard à la dodrine

confiante .& invariable de Pindare, on ne peut, ce me fenjble

difconvenir que par /a^owep* ^KouTtf» on doit entendre ici,

non les richeffes qui rendent les hommes fuperbes, mais les.rjphjefles

qui font la grande ur,lapuifiance & la magnificence des

hommes.


DE LITTERATURE, *n 7

hommes. En effet, pour finir quelque chofe de plus précis,

on ne peut mieux expliquer Pindare quenr Pindare lui-même

; & JI y a toute apparence, que par ?* g /ro«(jttyeâmpil entend

*ci,cequ il entend dans la X'Ode Pythique par ^oiroç kydfmf.

Zacroiro fuiï&t tyu vçi&uoit

IWoôrov cuStïf otptaiy.

Que la fortune, dit il, continue dans la fuite à rendre leur famille

flonjfante , & à ver fer fur eux des richeffes qui accroijfent

leur pouvoir. Car il eft inconteftabie que c'eft aînfi qu'il faut

traduH-e, & non qui accroijfent leur orgueil. Le mot kyâtaf

doit donc erre pris là en bonne part ; je dis ici la même chofe

du mot fityafmf*

Ce qu'un feu brillant eft parmi les ombres de la nuit, &c.

ÀA^ofitm Ttvf an. ] Cette comparaifon fe trouve fouvent dans

Homère, & die s'y trouve exprimée prefque en mêmes ter*

mes : tout le monde connoît ce demi - vers >

Aefiaç yrv&ç al&ofdvmo ,

tant de foisrépété dans l'Iliade & dans l'Odyffée. Pindare étoit

fcien éloighé de penfer d'Homère , ce qu en penfent les Pindates

de nos jours. En plusieurs endroits de fes ouvrages il fait

l'éloge de ce grand Poëte ; il fe le propofe pour modèle ; il en

adopte par-tout la dodrine ; & nous verrons dans la fuite, qu'il

emprunte fouvent de lui & des expreffions & des penfées.

Mais S mon efpnt > &c. ] Il y a dans le grec , deux

mots qu'il faut prendre ici dans une lignification un peu différente

de celle qu'ils ont coutume d'avoir. Car pour commencer

par le mot çIA« , on fçait qu'il fignifie communément cher ;

au lieu qu'il ne veut dire ici que mon. Heinfius, Benoît, & les

autres Grammairiens qui fçavenr le Grec finement, ont obfervé

que cet adjeaifn'a quelquefois que la forcedu pronom poffeffif.

Nous en avons dans Quintus Calaber un exemple bien

marqué. Ce Poëte parlant des habitantes de Lemnos , qui

avoient trempé leurs mains dans le fane de leurs époux,

Tome ri ' Pp


3 P 8 MEMOIRES

$/Àwç, dit-il, avà Au/ubT àxoWctç

Krûroy ttvtiteytaç.

• Elles remplirent leur maifon de carnage, & égorgèrent impitoyablement

leurs maris. Il eft évident qu'en cet endroit il faut rendre le

mot f I»K par le pronom poffeffif, leurs ; & que G1 on traduifoit,

Elles égorgèrent impitoyablementleurs chers /wtfm,celaproduiroit

un effeî très-ridicule. Laraifon pour laquelle les Grec»

employoient quelquefois le mot cher au lieu du pronom polfeffif,

c'eft parce qu'ordinairement parlant, ce que nous poliedons

nous eft cher, ou que du moins il nous le doit être.

Quant au moi fap, qui le plus fouvent veut dire le cœur , il

fionirie ici l'efprit. C étoit une opinion affez commune parmi

les Anciens , que le cœur étoit le fiége de l'ame : Lucrèce au

liv. 111 > fait de grands efforts pour le prouver.

Quod nos animum mentemaue vocamus ,

Jdaue fttum média regione in pettoris haret.

Hic exultât enim pavor & metus 9 h


DE LITTERATURE 299

& que l'oreille n'a point entendu, & que le cœur de l'homme

s'a jamais compris, aotfahfùç c*x *«ft ,.$ o&orx. vxov/rt, 3}

'&} tsLfî'iai ajfyçcê'Tttu Qrx«f'fCjf. lin y.aperioniie.quine voyc>

que dans ces deux paifages le cœur eft mis pour Peiprit. 11 refaite

de tout cela, non-feulement qu'on peut félon les idées.

des Anciens > mais encore qu'on doit pour la beauté du fens

traduire ici


3oo . MEMOIRES

& il uniforme eût fenti la profe, & t'eut jette dans une en>

nuyeufe monotonie. Il s'abandonne donc à fon enthoufiafme»

& par un tour extraordinaire, auquel on ne s'attend point, &C

qui en apparence renferme une forte de détordre, il rend fon

leéteur attentif, de il fe fauve lui-même de la langueur où il

feroit néceflairement tombé par trop de fymmétrie. Cependant

un tour fipoétique & fibeau n'a pu échapper à lacenfure

de nos modernes : ils trouvent cet endroit obfcur. Il eft vrai

que Pindare s'élève fi haut, que d'abord les yeux ont quelque

peine à le fuivre dans fon vol, mais ils ne laifTent pas de l'appercevoir

; & il n'y a point d'efprits fi peu clair-voyans > qui

ne puiflent avec une attention légère démêler aifément fa

enfée. J'ofe afiurer du moins , qu'on la démêloit & qu'on

fadmiroitil y a plus de quinze fiécles. Voici de quelle manière

l'ancien Scholiafte s'en explique iLor/que Pindare débute pat

des comparai/ans, fa coutume eft de rien pas faire d'abord fappli*

cation; mais d'inférer quelque image lumineufe , qui mette encore

dans un plus grand jour f excellence de la chô/e comparée , & de

pajfer en fuite aux rapports quelle peut avoir avec ks chofes aufquelles

il la compare* Ce qui lui arrive r parce qu'il eft comme erf*

traîné par le feu de fon imagination, & par la fécondité de fort

génie, £%« Jl %tl TlivJ'a^a, ft» oTi is&ttjjaâgtr*t ro/fy/Tixtî? ^

49u?oe$ m Jtfpûi rt« ttr xj» TnAvrott 'Gà- ri

itïlfJULV»,

Dans les vaftes dêferts du Ciel, &c. ] Cette traduction eft

de M. Defpreaux ; elle m'a paru fi belle 6c fi heureufe, que

dans l'impofiibiliré de faire mieux, j'ai cru que je pouvois ôc

même que je de vois l'adopter : Reperto , quodeft optimum > qui

tneltus quant 9pejus vult» Cet excellent Ecrivain a prêté le mot

de vafle au texte, qui dit feulement dans le ciel défirt, iftjuxç

h' */%'&< ; & il en a ufé de la forte, pour jetter dans le françois

le nombre & l'harmonie qui fe trouvent dans l'original }

& qui fans cette légère addition auroient manqué à la copie.

Au relie > ce grand Critiqpe a fibien fait fentkdansfe&rema^


DE LITTERATURE. ?of

Çoes la beauté de cet endroit, qu'il feroit inutile de rien ajouter

à ce qu'il en a dit. J'obferverai feulement, que nous avons

dans nos Modernes deux expreflions, qui ont beaucoup de

l'air de celle de Pindare, ôc qui excitent des images à peu

près femblables. La première de ces expreflions fe trouve

dans la Tragédie de M. Racine, intitulée Bérénice. Antiochus

eft en A fie à la tête des armées romaines : il voit partir pour

Rome Bérénice , dont il eft paflionnément amoureux : il n'a

pas plutôt perdu de vue cette Pxincefle, que les légions donc

il eft environné , difparoiffent à fes yeux : au milieu d'une in*

nombrable multitude d'hommes il fe croit feul, & l'A fie n eft

Ariuspour lui qu'une trifte & vaûe folitude.

Dans lOrient dèfert quel devint mon ennuy f

Il faut avouer que cet Orient defert de M. Racine n'a guère

moins de grandeur, de hardiefle & de force, que le ciel defert

de Pindare;qu'ilexprime admirablement le vuide que le départ

de Bérénice laifle pour fon malheureux amant ; & que cette

épithéte dit beaucoup plus toute feule, que ne dit ce vers entier

de Malherbe, qui mis a côté délie devient froid & languiflantt-

Et moi je ne vois rien, quand je ne la vois pas,

La féconde expreflion don j'ai parlé, eft du Comte Bonaretl\

t & fe trouve dans fa Phillis de Sciro. L'a&ion qui fait le fu~

jet de cette Paftorale, commence au point du joue : un berger

ouvre lafeene, & dit à un autre

Mira y corne vezzofa *

TUT an do al ciel le Jlelle f

Empie di fior la terra,

^JLHWA,

Voyez comme ta brillante aurore volant les étoiles au cielyi emplit la

terre de fleurs*Il s'en faut bien que l'aurore qui vole au ciel les

étoiles, n'ait lafublimité majeftueufe dafoleifqm change le ciel en

unvafle dèfert. Maisaufli c'eft un berger qui parle, & les expreflions

d'un berger ne doivent faire naître dans l'efprit de

ceux qui i'écoutent^quedes idées douces,riantes & gracieufes?


L. t. c. 17-

3oi

MEMOIRES

Plus lumineux que le Soleil: k\l*u, ~\ Benoît croît que le mot:

î»Aio«, ou félon le dialecte Dorien «£\t*«, vient du mot Hébreu

HELION 9 élevé; & il prétend que le Soleil fut appelle de la

forte, à caufe de l'élévation prodigieufe où il eft par rapport

à la terre. M. Foutmont tire le nom de cet aftre du verbe

H AL AL 9 luire, briller ; mais Euftathe le dérive tout Amplement

du mot Grec «Xs, aX6i, la mer. On fçait que les Anciens

croyoient que la mer étoit la demeure ordinaire du Soleil ;

que c'étoit de-là qu'il fortojt le matin, pour difpenfer la lumière

au monde ; & que c'étoit là qu'il altoit fe repofer le foir ,

après avoir fourni fa carrière. Fi£lion, que non-feulement les

Poëtes débitoient, mais que quelques Hiftoriens même oi*>

adoptée, ne faifant pas réflexion, que ce qui eft une beauté

dans un poëme , peut devenir une puérilité dans une hiftoire.

On s'eft moqué, & avec raifon, de Florus , qui pour jettec

du merveilleux fur les conquêtes deDecimus Brutus dans la

Lufitanie, dit que ce fameux général des Romains ne retourna

point fur fes pas , qu'après ques fes armes victorieufes eurent

parcouru tout le rivage de l'Océan, & qu'il eut vu de fes

propres yeux le Soleil tomber dans la mer, ôc éteindre fon

flambleau fous fes flots :fpe£table qu'il ne put foûtenir, fans

être pénétré d'une horreur fecrete, & fans craindre de s'être

rendu coupable d'une efpéce de fàcrilége. Peragratoque vicier

Oceani littore, non prias figna convertit, quâm cadentem m maria

Solem 9 obrutumque aquis ignem 9 non fine quodam facrilegii

metu & honore deprehendit.

Et ne croi pas que pourfujet de nos vers 9 nous puijfions choiftr des

jeux plus célèbres que ceux d'Olympie t &c. ] Entre tous les jeux

de la Grèce 9 les jeux olympiques tenoient, fans contredit, le

premier rang ; & cela pour trois raifons. Ils étoient confacrés

à Jupiter le plus grand des Dieux ; ils avoient été inftituéspar

Hercule.le plus grand des héros; enfin on les célébroit avec

plus de pompe & plus de magnificence que tous les autres, Qc '

ils attiroient un plus grand nombre de fpe&ateurs, qu'on y

voyoit accourir de tous les endroits de la terre. Auffi les Grecs

ne concevoient-ils rien de comparable à la victoire qu'on y;


DE LITTERATURE. Sc 3

femportoit ; ils la regardoient comme le comble de la gloire ,

& ne croy oient pas qu'il fut permis à un mortel de porter plus

loin Tes défirs. Cicéron nous aflure qu'elle étoit pour eux, ce

que l'ancien Confulat, dans toute la fplendeur de Ton origine,

étoit pour les Romains : Olympiorum vicJoria, Gratis Confuiatus

Me antiquus videbatur. Et il dit en un autre endroit, que

vaincre à Olympie, c'étoit prefque dans le point de vue des

Grecs, quelque chofe de plus grand Ôc de plus glorieux ,

que de recevoir à Rome les honneurs du triomphe : Qlympionicam

ejje, apud Gracos prope majus fuit & gloriofius , quàm

Romajriumphajfe,

Mais Horace parle de ces fortes de viâoires dans des ter"

mes encore plus forts : Une craint point de dire qu'elles élevoient

les vainqueurs au-deflus de la condition humaine ; ce

n'étoient plus des hommes > c'e'toient des Dieux.

Et ailleurs >

Paimaque nobitis

Terrarum dominos evehit ad Deos,

Sive quos Elœa domum reducit

Palma cale/les.

Aux Sages quinfpirent les Mufes, &c] Le Grec dit fïmplement,

aux conceptions des Sages, oopdt ptrltoi. Mais parle»

Sages Pindare ne veut dire ici que les Poètes ' T ôc c'eft pour

faire entendre fa penfée, qu'au mot defages j'ai ajouté cette

courte explicationj quinfpirent les Mufes. Le motao^qui

lignifie ordinairement/^?, avoit encore plufieurs autres acceptions

parmi les Grecs : il fignifîoiten généralffavant, èclai*

ré, habile^ dans quelque fcience ôc dans quelque art que ce pût

être» Mais on donnoit en particulier ce nom aux Poètes, foit

parce qu'on croyoit communément qu'ils srvoient de plus

grandes connoiflances que les autres hommes, foit parce que

félon les anciennes traditions 9 ils étoient les premiers qui

avoient tracé aux hommes des leçons de fagefle. En effet, oit

£toit perfuadé que les Poètes avoient été les premiers maîties


50* M E M O I R E S

du genre humain. Au commencement ils n'écrivoient que

pour détourner du vice, & que pour excitera la vertu : Théologiens

& Philofophes tout à la fois, ils mettoient en vers les

dogmes de la religion 6c les maximes de la morale; cela fut

caufe qu'on leur donna le nom de Sages. Dans la fuite iorfqu'ils

eurent détourné la poëfie de fa véritable fin, & qu'ils l'eurent

dégradée par le mauvais ufage qu'ils en tirent, on ne laiflTa pas

de leur continuer le beau nom qu'ils avoient eu d'aboi d ; mais

alors ce nom ne prou voit plus rien pour les mœurs de ceux qui

le portoient /il ne marquoit que leur profeJlion, & ne figni~

fioitque Poète : Pindare l'employé fou vent en ce fens. .Mais

nous avons dans Ana^réon un endroit qui décide la queftion;

c'eft dans la un e de fes Odes, où faifant l'éloge de la rofe * il

s'écrie : Eh fans rofes que feroit-on ? les Sages ne nous dijent-ils

pas 9 que t Aurore a des doigts de rofes, que les Nymphes ont des.

bras de rofes, que Venus elle-même a un teint de rofes l

T/ a tuuv ç$&ov ytvotr tut ;

Po/o/axTuAoç fitv Ha>ç ,

VoS'oTTtiXieç J$ Nv/iupeu,

VofoXfoiç


DE LITTéRATURE.

&f

publies, de qu'il vouloit qu'on chaflat de tout Etat bien policé.

Cela me feroit croire volontiers > que nos Ecrivains modernes

qui ont travaillé fur ces Poètes, ôt qui fe font fervis de

ces autorités pour prouver que c'étoient des hommes d'une

fagefle confommée, pourraient bien: avoir pris le change.

Quoi qu'il en (bit (car ce point feui pourroit faire le fujet

dune ample diflertation ) il eft indubitable que les Poètes furent

d'abord appelles du nom de Sages; qu'ils le conferverent

long-temps» même après qu'ils s'en furent rendus indignes;

que dans la fuite ils le perdirent peu à peu ; & qu'enfin le

point de vue eft tellement changé à cet égard, qu'aujourd'hui

bien loin de donner aux Poètes le nom de fages, on leur donne

ordinairement un nom tout bppofé.

ODE

DEUXIEME.

A Théron Roi d'Agrigente , vainqueur à la courfi

des Chars,

ARGUMENT.

PI N D A R E tournefespenfées, S abord ver s les Dieux, comme 10 j c Juin

la piété le demande ; enfui te vers les héros, qui dans les prin- 171».

tipes de la Théologie païenne, tenoient le milieu entre les Dieux •

& les hommes, & dejeend ainfipar degrés au vainqueur qu'il Je

propofe de célébrer. Il doute s'il doit chanter ,ou Jupiter 4 qui les

jeux olympiques font confacres', ou Hercule qui les fonda , ou enfin

Théron qui vient d'y remporter le prix. Il Je fixe à ce dernier ;

& entrant aujfuot en matière, il le repréfente comme un Prince >

dont les vertus égalent la haute naijj'ance. Celle de Théron ne

fouvoit guère être plus illujhe , il defcendoit en droite ligne de

Cadmus, Mais comme fa vie avoip été mêlée de biens & (le

maux,dejùccès&$traverjès,le Poète tache de tirer parti de

ces différentes fituaiions, peur mettreJous les yeux de Théron des

vérités que (on n'a guère coutume de préfemer aux Primes^ 1}

Tome lh

Q.%


3o6

MEMOIRES

ofe donc en premier lieu lui parler de fes adverfités , & il lui f ai f

voir par thifioire même de fa maifin , &par f exemple des Princes

& des Prince fles qui en font fortis f que ce n'efl que par les

travaux & les dangers qu'un homme peut parvenir à la gloire


DE LITTERATURE. 507

pourtant, qu'en cette rencontre une forte de nécejftté pouvoit lui

Jèrvir dexcufe. Car il y avoit alors en Sicile plujieurs Poètes qui

étoient jaloux de fa gloire 9 & qui ne ceffoient de le dejjervir auprès

des Princes de cette ljle. Stmonide entr autres , &fin nevep

Bachilyde 9 que tous deux peuvent être une preuve que les grands

hommes ne font pas toujours exempts des foiblejfes detenvte t tdchoient

par toutes fortes de critiques daffoibtir Peftime qu'Btértin

& Thëron avoient pour les ouvrages de notre Poète, llufe donc

de repréfailles par occafton; porte quelques coups à, fis rivaux ;

les traite avec cette hauteur , quinfpive à un homme attaqué l#

fupérioritè de fin mérite , & marque la différence qu y


56? MEMOIRES!

ODE.

ARBITRE s fouverainsdelaLyre, cantiques facrés, quel

Dieu, quel héros, quel mortel chanterons-nous ? Jupiter,

eft le protecteur de Pife ; Hercule en a fondé les jeux, des prémices

d'une de lès victoires; mais Théron vient d'y remporter

le prix à la courfe rapide des chars. Célébrons à haute voix ce

vainqueur : fidèle à tous les devoirs de la juftice & de l'hofpitalité,

il eft l'appui d'Agrigenre, la gloire de fes illuftres

ayeux, & le falut des villes qui lui font foumifes.

Après de longs travaux, les grands hommes dont il de£*

cend, fixèrent enfin leur féjour fur les bords facrés du fleuve f

qui arrofe leur Empire : ils ont été l'ornement & les délices de

h Sicile : une heureufe deftitiée fut la récompenfe de leurs

peines, Ôc combla de richefles & d'honneurs les vertus folides

attachées à leur fang. Fils de Saturne ôc de Rhée, vous

qui habitez l'Olympe , vous qui préfidezaux plus célèbres de

nos jeux /et qui êtes particulièrement révéré fur les rives de

l'Alphée, laiflèz-vous toucher à nos chants, continuez vos

faveur aux defeendans de ces héros» & faites qu'à jamais Us

joùiflfent de l'héritage de leurs pères.

Le temps qui produit toutes chofes > ne peut avec toute fa

puiflance empêcher que ce qui a été fait ièlon ou contre la

juftice, ne l'ait été. Mais un fort favorable peut effacer le fouvenir

des maux paffés : le chagrin le plus violent ne tient point

contre de véritables pi ai fi r s, lorfqu'après une longue difgra-i

ce 9 la providence nous envoyé une haute profpérité. Les fêtes

de Cadmus en font une preuve : elles efluyerent des mal*

heurs terribles; & aujourd'hui elles font aflifes fardes thrônes

brillans de gloire : leur douleur accablante s'eft évanouie fous

les impreflions d'une joye fupérieure. L'aimable Sémélé qui

mourut d'effroi au bruit de la foudre , vit maintenant dans

l'Olympe ; objet des complaifances éternelles >ôt de Pallas,

& de Jupiter, ôc du Dieu couronné de lierre > auquel elle £

donné la naiflknce.


DE LITTÉRATURE.

3o 9

Nous apprenons aufli de nos traditions, que dans le fein de

la mer Ino partage avec les filles de Nérée les honneurs de

l'immortalité. Les hommes ignorent le moment fatal, qui doit

enfin terminer leur courfe ; & lorfque le Soleil fait naître pour

nous un jour ferein ôc tranquille, nous ne pouvons pas allure

r que nous le finirons (ans orage: la vie humaine n'eft qu'un

flux & reflux de douceurs 6c d'amertumes.

Ceft ainfi, Théron, que la fortune qui de concert avec les

Dieux combla vos ancêtres de biens, leur fit en d'autres temps

éprouver de triftes revers ; depuis que dans une rencontre fatale

(Edipe eut tué fon père Laïus, & accompli par ce parricide

l'ancien oracle rendu à Delphes.

L'implacable Erinnys vit le crime , 6c le punir par la deftruâion

de cette race guerrière : les deux fils du meurtrier périrent

par la main l'un de l'autre. Polynice en mourant laifla

Therfandre , jeune Prince qui fe fignala également dans les

exercices de nos jeux , ôc dans les travaux de là guerre ; illuftre

rejetton des filles d'Adrafte ; héros né pour être le reftaurateur

de fa maifon. Ceft de cette tige que fortent Enefidéme

& Théron fon fils ; Théron à qui nos lyres doivent aujourd'hui

un tribut d'éloges .& de concerts.

11 vient de vaincre feul à Olympie. Mais aux jeux de Delphes

ôc de l'Ifthme, fon frère tut aflbcié à fa gloire. Un bonheur

commun couronna leurs deux chars, dans cette carrière

fàmeufe,où les vainqueurs font obligés de faire douze fois

le tour de la borne. Lefuccès fait oublier les peines à ceux

qui tentent le combat. Certes, les richefies relevées de l'éclat

des vertus, mettent à portée d'exécuter mille grandes chofes ;

elles fécondent les hauts projets, ôc fournifTent un nombre

infini d'expédients ôc de refîources.

Unies les unes aux autres, elles font un aftre brillant, ôc la

rentable lumière de l'homme. Celui qu'elles éclairent, lie

dans l'avenir. Il fçait qu'auflitôt après la mort les âmes incorrigibles

des méchans font livrées à de cruels fupplices» que

dans le Royaume de Pluton il eft un Juge-, qui difeute les

crimes commis dans cet empire terreftre de Jupiter, 6c qui

Qq'iij

N


}*v

3,o MEMOIRES

prononce en dernier reflbrt, avec une inflexible févérîté.

Les Juftes y mènent une vie exempte de toutes fortes de

peines. Leurs jours n'ont point de nuits. Un Soleil pur les

éclaire (ans cefle. Ils ne font point obligés d'employer la force

de leurs bras à troubler la mer 6c la terre pour fubvenir à de

vilsbefoins. Ceux qui fefont fait un devoir de garder înviolablement

leurs fermens, converfent avec les Divinités refpectâbles

de ces demeures fouterraines, & goûtent des plaifirs

que rien ne trouble ; tandis que ceux qui ont aimé le parjure ,

• fouffrent des tourmens dont la feule vue fait horreur.

Mais ceux qui après avoir demeuré jufqu'à trois rois fur la

terre & aux* enfers, ont fçu dans ces divers états conferver

leurs âmes toujours pures, comme ils ont marché par la route

que Jupiter leur avoit tracée, ils arrivent enfin à l'augufte Palais

de Saturne. D'aimables zéphyrs, qui s'élèvent de la mer •

rafraîchiflent cette Ifle charmante , féjour éternel des bienheureux.

On y voit de toutes parts briller des fleurs, dont

l'éclat le difpute à celui de l'or. Les unes fortent de terre ; les

autres pendent aux arbres, & les autres croiflent dans les eaux*

Ils en font des couronnes & des guirlandes, dont ils parent

leurs bras & leurs têtes.

Tout fe gouverne par les juftes décrets de Rhadamante ,

fans cefle affis fur le tribunal, à côté de Saturne, père des

Dieux & époux de Rhée. Le thrône de la Déefle s'élève au*

de (Tu s de tous les autres. Parmi les habitans de ce lieu déli-

eieux, on compte Pelée & Cadmus. Thétis après avoir fléchi

le cœur de Jupiter, y tranfporta fon fils Achille ; Achille

qui terrafla He£to.r, la plus ferme & la plus inébranlable colomne

de Troye ; Achille, qui tua Cycnus, & le noir Mena»

non fils de l'Aurore.

:

Le carquois que je porte, eft plein de traits vifs & légers >

dont le bruit frappeles perfonnes intelligentes, mais échappe

à la multitude. Elle a befoin d'interprètes pour m'entendre*

Le vrai Poëte eft celui que la nature a formé. Quant à ceux

que l'art feul a produits, ils ne font forts qu'en vain ramage ;

Semblables à des corbeaux, qui. croaffent inutilement contre


LITTERATURE. 511

le divin oifeau de Jupiter. Mais il eft temps, mon efprit > de

drefler ton arc vers le but. Sur qui lancerons-nous les traits lumineux,

que les mouvemens de mon zélé me fourniffent ?

Lançons-les fur Agrigente. J'ofe l'attefter avec ferment, &

j'en ai pour garant la vérité : depuis cent ans que cette villecélèbre

fubfifte, elle n'a point produit de Prince plus magnifique

& plus généreux que Théron.

L'infolence,il eft vrai, s'eft déchaînée contre la gloire de

ce grand homme, & lui fufcitant d'injuftes traverfes, elle a

mis en œuvre^des furieux, qui n'ont rien obmis pour troubler

le cours de fan bonheur, &pour ternir par de noires pratiques

l'éclat de ks belles actions. Mais fi les fables de la mer font innombrables

, qui pourrok compter les bienfaits que fa main'

libérale a répandus f

A

REMARQUES,

Théron*"] Il n'en eft pas de ce vainqueur, comme de la

plupart de ceux que Pindare a célébrés, & qui ne font connus

que par les ouvrages de ce grand Poëte. Théron tient un rang

confidérable dans l'hiftoire de l'ancienne Sicile ; & il eft furprenant

que nos faifeurs de Di&ionnaires hiftoriques l'ayent

oublié. Il étoit d'une des plus illuftres familles de toute la

Grèce ; mais il s'allia de plus avec la maifon qui regnoit alor*

à Syracufe, & qui étoit compofée de ces quatre frères fi fameux

, Gélon, Hiéron , Polyzéle & Thrafybule, il maria fa

filleau premierqui étoit Roi, & il époufa la fille du troifiéme.

Cette double alliance forma d'abord une étroite amitié entre

les deux familles : Théron même joignit plus d'une fois fes

troupes à celles de Gélon fon gendre ; & tous deux ils défirent,

près d'Himére, les Carthaginois. Cette victoire eft peut-être

la plus complette qui ait jamais été remportée ? quelques Ecrivains

la comparent à celle de Platée & de Salamine ; & je ne

fçais fil'on ne pourroit point lui donner la préférence. Car enfin

dans ces deux autres batailles, grand nombre de Perfes

échappèrent au carnage, & regagnèrent leur pays j aulieu que


3ia

MEMO-IRES

dans celle-ci, de 300000 Carthaginois qui s'y trouvèrent î

il n'en refta pas un feul qui put porter à Carthage la nouvelle

de cette défaite : àçt, dit Diodore de Sicile, fu»JV ofiAor «*

K«£p/ova ïiaLotfvfau. ThérOn contribua beaucoup au luccès

de cette fameufe journée : il avoit amené avec lui 10000

hommes de pied & 2000 chevaux, outre 200 bâtimens de

toute efpéce qu'il avoit tait venir par mer. Lorfque Gélon

fut mort, Hiéronlui fuccéda, 6c conçut de violens foupcons

contre fon frère Polyzéle ; Théron, qui, comme nous l'avons

dit plus haut, en avoit époufé la fille > prit le parti de fon beau-

)ere. Il y eut à ce fujet de grands & de longs dinerends entre

Î eRoi de Syracufe & celui d'Agrigente; mais à la fin ils

s'accommodèrent par la fage entremife du poète Simonide ;

& pour rendre leur accommodement durable, ils le cimentèrent

d'une nouvelle alliance. Hiéron époufa la foeur de Théron.

Depuis ce remps, les deux Rois vécurent en bonne intelligence

: Théron ne s'occupa plus que du foin de rendre fes

peuples heureux , 6c mourut imiverfèllement regretté -, la

xvi? année de fon règne.

Roi d'Agrigente."} Ville de Sicile fondée par les habitans de.

Gela vers la L C Olympiade, environ 100 ans avant que Pin*

darecompofât cet éloge. Elle s'appelloit en grec Acragasj

non point comme le prétendent quelques Auteurs modernes ,

du mont fur lequel elle étoitfituée en partie, mais du fleuve

qui couloit le long de fes murs; ~^TKLU>$'G^ppUnoi >d\t

Etienne de Byzance. Ce qui eft confirmé par le Scholiafte de

Pindare, -duù M ô»o/«tfixr « iti\n ^bra TV WTW/AWT ïy**, 6c

par Thucydide, dont l'autorité doit prévaloir encore lur celle

ae ces deux écrivains , "&à TV «ar»7*/io 6c la montagne sappelloienc

Acragas, non àcaufe delà hauteur de leur (ituation, mais à

caufe de la bonté de leur terroir, a^gj W dtyttoi, ajoute le

même Etienne de Byzance. De forte que les Anciens nommoient

tout ce pays Axfayai, comme qui diroit *x/ov yi* > le

(ommet, la tête de la terre : à peu près dans le même fens ,

iju'en qudqucs-un.es de nos Provinces on donne le pom de

tôt


DE LITTERATURE. $if

the desvtns, à ceux qui par leur excellence font au-defïus de

tous les autres. Le terroir d'Agrigente étant fi fertile , il ne

faut pas s'étonner qu'en moins d'un fiécle elle fût devenue une

âes plus riches & des plus magnifiques villes du monde.

Cette contrée, dit Diodore de Sicile, tegorgeoit de toute

forte de biens. On y voyoitdes vignobles plus grands & plus

beaux qu'en aucun autre lieu de la terre. Elle produifoiç aufli

des oliviers en abondance. Les habitans envoyoient leurs

fruits à Carthage , 6c ce commerce leur étoit d'un ft grand

revenu, qu'il eft incroyable iufqu'où montoient leurs richefles.

oyr/etc kvlç'ovç ro7i fuytftnf itivnflro» Ce même Auteur

ajoute, & il le prouve, que leurs temples, leurs tombeaux

y leurs places publiques, leurs maifons étoient de la

dernière magnificence. II n'y a donc point d'exagération

poétique dans ce que Pindare dit en un endroit de fes ouvra*

ges > où il apoftrophe Agrigente en ces termes ;

4>i?utyXct,t , KaA-

^iÇ» P&Ttwr 7roXi(w ,

flipoiQotaç tfoç, a

T* ox&uç avr) fwAoÇorou

Naufa, mot qui tout feu! eft

plus énergique & plus harmonieux, que les quatre ou cinq

dont on eft obligé de fe fervir pour le rendre en françois.

Jom VU • R*


P4- JWË'MTO 1RES

Au refte les Cantiques font les maîtres de la lyre , parce que

les paroles (ont ce qu'il y a de principal dans un concert. C'effc

la bafe fur quoi porte tout le refte; & fi j'ofe m'exprimer ainfi ,.

ce font elles qui donnent le ton à la mu fique , ôt qui font la lot

aux inftrumens & aux voix. Auffi eft-ce de la forte que les plushabiles

interprètes expliquent ce paflage. Mais parce qu'aflez

fou vent les oeHoliaftes s'éloignent du fens naturel, pour courir

après un fens recherché ; il y en a quelques-uns qui prétendent

quaioL^çopfiiyfa n'a point ici une force a&ive, mais*

paffive , & qu'on doit entendre par ce mot ,,non point hymnes

qui maîtrifez la lyre , mais plutôt hymnes que la lyre maîtrifti-

Et pour expliquer le pouvoir de la lyre fur les vers * ils allèguent

un uiage de l'antiquité : les Poètes, difent-ils, prenoienc

leur lyre, & la touchoient pour échauffer leur imagination y

& pour fe mettre en train de compofer. Us le prouvent par

«n vers d'Homère, qui dit du chantre Phémius ,

HTM o


DE LITTERATURE.

à imité ce début:

Ê

em virttm , aut Jicraa, fyra vel scri

ta , fumes celehtare, C//o ,

Quem Dettm ?

>i?

Mufe, quel mortel, quel héros , quel Dieu emreprendrez-vous dâ

chanter fut la lyre, ou fur la flûte?'Mais il a renverfé l'ordre ;

car au lieu qu'il y a dans le Poëte Grec, quel Dieu, quel héros ,

quel mortel;\\ y a dans le Poète Latin , quel mortel, quel héros ,

quel Dieu. M. Dacier affûre que l'ordre d'Horace eft plus

beau & plus naturel. Lorfque ce fçavant homme s'expliquoic.

d'une manière fipofittve, il travailloit a&uellement fur Horace

: peut-être eut-il halancé un peu plus, s'il eut alors travaillé

fur Pindare. Car enfin il paroît plus naturel, qu'un Poëte

qui commence un ouvrage, donne Tes premières penfées à la

Divinité , les fécondes à ce qui en approche de plus près, Ôc

qu'il ne donne aux hommes que les troifiémes. Et il femble

qu Horace l'aitfenti lui-même ; car fien débutant il s'éloigne

de cet ordre, il y revient auflitôt, & il Tobferve religieufement

dans tout le relie de fon Ode. En effet il célèbre d'abord

les Dieux, Jupiter, Pallas, Diane, Apollon; enfuite les héros,

Hercule, Caftot & Pollux ; enfin les grands hommes,qui par

leur vertu ont fait honneur à l'humanité, Romulus, Numa

Pompilius, Paul Emile > Regulus > Caton, & plufieurs autres.

Mais quand il feroit vrai, que le. commencement d'Horace

auroit fur celui de Pindare quelque avantage par l'endroit que

M.Dacicr prétend, on peut.affurer,toute prévention à part,

qu'il lui eft inférieur par plufieurs autres. Car en premier lieu

cette apo jrrophe, Arbitres fouverains de la lyre, cantiquesfacrés,

eft tout» autrement majeftueufe que celle-ci, Mufe, ou Gio,

Secondement, cette expreflion, chanterons-nous, eft beaucoup

plus vive que cette autre, entreprendrez-vous.de chanter* Mais

en troifiéme liey,pour ce qui regarde le nombre & l'harmonie,

il n'y a nulle comparaifon à faire du début latin au début grec ,

car le latin commence par deux mots fort ceutts,quemvirum,

& finit par deux autres qui ne font pas plus \ongs,quem. Deum;

Rrij


ji6

M E M O I R E S

au lieu que Te grec commence par un mot long & fonotC r

*f*«-Si^fu>fî$ r & finitpar un autre qui ne l'eft guère moins >

aiAa£foojM* Il ne faut que lire les deux textes> pour fentit que

fur ce point la copie ne peut fe foutenir auprès de l'original.

Célébrons à haute voix ce vainqueur.] Le grec dit,il faut célébrer

Théron, yiy*tHT6o*ït?i 0»f«**, : à la lettre, laudandu

ejî Theronem, au lieu de,laudandus eji Thero. Les Commentateurs

né nous difent rien fur cette conftru&ion , qui pourtant

mériroit bien, ce me femble, d'être remarquée. Les Latins

ont au/ïi-quelquefois donné une force active à leur ge--

xondif rerminé en dum, 6c lui ont fait régir I'accufatif: témoir*

$e beau vers de Lucrèce x

jEternas quoniam pœnas in morte timendum*

Fuifqtfâ la mon il nous faut craindre des peines, qui n auront

jamais de fim

Fidélè a tous les devoirs de làju/fice & de thoÇpit alité y &C.J

Ce ne font point iclde ces louanges que lès Poètes prodiguent

par flatterie à des Princes qui ne les méritent guère. Les Historiens

ont parlé* de Théron, comme Pindare. Voici le beau;

témoignage qne Oiodore de Sicile lui rend. Théron , dit-il,.

gouverna fes peuples avec beaucoup de jujltce & de bonté. AuJJi r

en fut il adoré pendant fa vie ; & après fa mort yits lui élevèrent

un tombeau d'une, magnificence au-deffus de tout ce qu'on en peut

dire; TJUQW ÎFTA juif wripCoAfeô p.iyctf, & ils lui décernèrent les

honneurs que la Rettgion veut qu'on tende aux héros, $j £e*'«x.*f

ïr*x rtiwr.. Ce n'étoit donc pas fans raifôn que Pindare faifoit

ici un fibel éloge dé ce Prince, & quelle mettoit par avance

il près des Dieux & des héros.

// efl f appui dFAgrigente,tfuoji AxfeEptfrof •-] Pindare s'é%

toit fervi de ce même mot en faifant l'éloge d'Athènes y

EtoiM %tioJHL A^ôwf, Athènes tappui de la Grèce. On fçait les

perfécutions que cette épithéte lui attira. Un Lacédémonien

qui entendoit réciter ce vers , dit en fécouant là tête, fi là

Grèce n a point a"autre appui, elle efl menacée aune chute pto~

Chaîne y bon-mot qui fit fortune, & qui paflà comme en pro^


BE LlTTÊEAÏUrlE. ftf

%tfrbe. D'ailleurs, les Thébains compatriotes de notre Poëte^

èc jaloux de la gloire d'Athènes, le condamnèrent à une

amende de vingt mille dragmes, pour avoir donné un fi bel

éloge à une ville qu'ils regardoient comme la plus dangereufe

rivale de la leur - r mais les Athéniens le dédommagèrent avec

tfure , ils lui envoyèrent le double de cette fomme, & de

plus lui érigèrent une ftatuede bronze.

La gloire de fes iltuftres ayeux. ] Les voici de père en fils,tels

ue l'ancien Scholiafte nous les a biffés, Agendr, Cad m us-,

s olydore, Labdacus, Laïus, Oedipe, Polynice, Therfandre,

Tifamene, Autefion, Theras-, Samus, Telemaque, Cal 1 »

ciopée, & Enefideme père de Théron. Tous les Commentateurs

à l'envi tranfcrivent & adoptent cette généalogie. Mais

ce qui me la rendroit fufpeâe, & ce qui n'a point été relevé

jufqu'ici, c'eft que depuis Polynice,qui vivoit du temps delà

guerre de Thébes ,jufqu'à Théron contemporair*de Pindare,

il s'eft écoulé près de 800 ans; & que néanmoins pour remplir

ce long intervalle de fiécles, le Scholiafte ne met que neuf

générations ; d'où il s'enfuir, qu'il faudrait que chacun des ancêtres

de Théron, aies partager également, eut vécu poans*;

& ce qui eft encore beaucoup plus incroyable, que chacun 1

à point nommé eut eu des enfans à cet âge : peut-être le

Scholiafte a~t-il obmis quelque génération. Cet exemple nous

prouve, qu'il eft bon de ne pas recevoir aveuglément tout ce

que les anciens fàifeurs de notes nous débitent.

Sur les bordsfacrês du fleuve qui arrofe leur Empire, $ Pindare'

ne nomme point ce fleuve.Il y a des Commentateurs qui pré'

tendent que c eft le fleuve Gela , fur les bords duquel les»

ayeux de Théron établirent d abord leur demeure : les autres

foutiennent avec plus de vraifemblance, qu'il s'agit ici du'

fleuve Acragas, qui couloit le long d'Agrigente, où les ancêtres

de ce Roi fixèrent enfin leur féjour, fie où il parvint

lui-même à la puifTance fouveraine. J'ai laifTé la chofe indécife

* & telle que je l'ai trouvée dans le texte.

Ils furent tornement & les délices de la Sicile. ] Ee Grec eft"

beaucoup plus vif, SwA/***' UA> ô^otyo*. J'aurois dû peu»-


318 M E M O I R E S

être le traduire à la lettre, & dire ils furent fœil de la Sicile /

mais j'ai craint que cette expreiïïon n'eut quelque chofe de

trop hardi dans notre langue. J ai tâché du moins de bien développer

toute la force du mot grec, qui lignifie tout à la fois

deux chofes. Car comme l'œil eft une des plus belles parties

du corps humain, ôt en même-temps une des plusprécieufes

& des plus chères, les Anciens donnoient figurément ce nom

aux perfonnes d'où l'on tire delà gloire, & où l'on attache fon

affection.

Les vertus fblides > &c. ynifat ifrretjf. ] L'épithéte yffoiàf,

qu'employé ici Pindare, eft encore un de ces termes qui renferment

à la fois deux fens,& tous deux beaux. Car elle peut

lignifier ou des vertus vraies, fincétes, légitimes, ou bien

des vertus tranfmifes par la naiûance, & héréditaires dans une

famille ; & c'eft pour lui conferver cette double force, que

j'ai traduit les vertusfolides attachées à leurfang.

Le temps ne peut empêcher que ce qui a été fait, ne fait été. ]

Autre endroit imité par Horace. Mais je ne crains point d'avancer

, que dans cette féconde imitation, ce Poète > admirable

d'ailleurs, eft encore demeuré fortau-deflbus de fon modèle.

Car il y a feulement dans Pindare , aTottrnr où!* «»*

/iîr«MTo dipir ; termes qui n'expriment qu'une fois la penfée ,

& qui l'expriment pourtant avec toute l'énergie qu elle demande

; au lieu qu'Horace dit en trpis manières différentes 4

pe que Pindare dit en une.

Non tamen irritum

Quodcumqae rétro eft, efficiet... ne que

Diffinget.,. infecjumquereddet.

Je ne fçais fi ce n'eft point là ce qu'on appelle communément

faire fon thème en trois façons j & fi Von ne pourroit point

citer cet endroit comme un exemple de cette abondance vicieufe,

qui fans rien ajouter au fens ne fait que multiplier les

paroles, & qui mérite d'être blâmée dans un Ancien, comr

J££ à coup sûr elle le fcrpit dansun Moderne,

'


DE LITTERATURE.,

^

Oue ce qui a été fait félon ou contre lajujlice.] Le Poëte-entend

par-la tout ce qui étoit arrivé pendant les démêlés d'Hjéron

& de Théron : mais il giifle légèrement fur cet article ; il

n'examine point qui de ces deux Princes pouvoit avoir tort \ il

étoit trop lage pour s'engager dans une difcuffion fi délicate.

Il fe contente die leurinfinuer à l'un 6c à l'autre, que puifque

ces malheurs font pafl*és, il n'y faut plus fonger; 6c que les

ayantages qu'ils tirent de leur réconciliation, doivent leur faire

oublier les chagrins que leur mésintelligence leur a caufés.

Lorfque la Providence. "] Le Grec dit, h Providence de Dieu,

AuTef.&to&, expreffion étonnante dans un Païen. On a remarqué

, qu'Homère 6c Platon en plusieurs endroits de heurs

ouvrages fe fervent Amplement du mot Qtot. Pindare s'en

fert plus fouvent encore. Quelques Critiques bien intention*

nés ont voulu inférer de là, que ces Auteurs ont connu le

vrai Dieu, 6c fonunité.Mais félon d'autres, dont l'opinion?

paroît mieux fondée, ils n'entqndoient par ce mot que Jupiter,

qu'ils regardoient comme le maître des Dieux, 6c que

pour cette raifôn ils appelioient Amplement Dieu, comme

s'ils euflent dit, le Dieu par excellence. La preuve, de cela f

c'eft qu'après s'être fervis qu mot quj défigne i$tre fbuverain,

ils. retournent auffitôt à leur Jupiter : ils rempliflent leurs ouvrages

de fon nom , ils lui affoçient les autres Dieux, 8ç enfin

»rs.adoptent toutes les extravagances de h Théologie mçnftrueufe,

qui avoit .cours dans ce temps de ténèbres. C'eft

donc fe moquer des Chrétiens, que de les envoyer apprendre

dans de pareils ouvrages ce qu'il faut penfer de la Divinité.

Ils ne doivent s'en permettre la leâure, que pour s'humilier

à la vue des égaremens dont les plus grands génies fpnf

capables, lotfqu'ils n'ont pour guides que Ta raifon humaine*

de les faufles lueurs duPaganifme. Et tout ce qu'on doit conclure

de ces expreflions qui fe trouvent dans les Anciens r

c'eftque s'ils ont eu quelque idée du véritable Dieu, ilsl'onc

étrangement défigurée.

Les filles de Cadmus en font une preuve. "\ Tous les ftits >.

Jiiftoriques ou fabuleux, que Pindare va rapporter touchant


£>o

MEMOIRES

Sémélé, ïno^ Laïus, Oedipe, Polynice, Therfandrë, foui

ces faits , dis-je, font pris dans la famille & parmi les ancêtres

de Théron. Findare n'en avertit point, parce qu'alors cette

particularité n'étoix ignorée de perfonne. Mais comme il s'en

faut bien qu'elle ne foit aujourd'hui û connue , j'ai cru que

dans l'argument je devois en toucher un mot, de peur que

quelqu'un ne s'imaginât faujGfement que le Poëce perd ici de

viîe fon/ujet ; & qu'emporté par fon emhoufiafme,il faifît k

l'aventure6c pelle-mêle tous les évenemensqueIhiftoireÔC

la fable lui présentent»

V aimable Sème le 9 qui mourut a* effroi au bruit de la foudre

vit maintenant dans ï Olympe. Vbw&tjroTtf"* Çw«i Mortua vivit."}

Antithéfe remarquable dans Pindare, naturellement grand

ennemi de cette figure, & de toutes celles qui fentent tant

foit peu l'affectation.

Objet .des complaifances éternelles, & de P allas 9 & de Jupiter


DE LITTERATURE.

$*r

fàï Cette réflexion Effetti delflujfb & nflujfo continuo, che portait

confe gli accidenté de l mon do \ oggifeliciy e domani infilicij

e che per effer tait, dourebbono pur difmgannar gf adoratori di

que fia vilmaffa terrejlre. Effets de ce flux & reflux continuel, que

tes accidens de la vie entraînent avec eux:accidens aujourd'hui heureux

dr demain malheureux 9 cr qui par cette raifon devroient

bien détromper les adorateurs de cette vile majje de la terre. Ces

paroles font magnifiques ; mais ne feroient-elles point mieux

placées à la find'une Ode, qu'à la fin d'une lettre ? Il faut l'avouer

pourtant : s'il y a quelque choie ici à reprendre, ne fait

pas de ces fautes qui veut.

Leur fit éprouver de trijles revers. ] Pîndare ne fçavoit point

Hatter baffementfes héros. Loin de leur faire accroire qu'ils

étoient des Dieux, il avoit grand foin de les faire fouvenir ,

que dans leur plus grande élévation ils n'étoient toujours que

des hommes. Lorfqu'il louoit leurs vertus, il ofoit leur indiquer

les vices dont U leur étoit important de fe corriger. S'il

vantoit les grandeurs de leur famille, il ne faifoit point fcrupuled'en

toucher les endroits foibles; 6c de mettre ai ri G un

contrepoids aux mouvemens de leur vanité. Occupé principalement

du foin de les rendre meilleurs, il fongeoit beaucoup

plus à leur être utile, qu'à leurjplaire. Il ne faut donc

pas s'étonner, s'il ofe ici rappellera Théron les adverfités, ôç

même les fàutes-de fes ancêtres. Mais il fe fert de cette occasion,

pour lui infinuer cette grande vérité : que les hommes

font eux-mêmes les artifans de leurs malheurs, & qu'ils ne

doivent imputer leurs difgraces qu'à leurs crimes. Fbs ayeux >

Illi dit-il, éprouvèrent de trijles revers, depuis que dans une rencontre

fatale Oedtpeeut tué /on père Laïus, &c. \% ovmp «rat*

L'ejl ae cette tige, que fortent Eneftdème & Théron fonfils f }

Cet Enefidéme tira fa principale gloire de fes enfans. Il n'eft

guères connu que par eux. Et Pindare qui nom fait mention

de lui dans trois différens endroits de fes ouvrages , ne nous

en apprend autre chofe,fmon qu'il étoitpère de Théron ô£

fie Aénocrate.

Tome FI,

Sf


$22 ' . M E M O I R E S

Son frère fut ajfocié à fa gloire,"] Je viens de remarquer que

le frère de Théron s'appelloit Xénocrate. Nous avons encore

l'Ode , que Pindare compofa pour célébrer la victoire de

ce Prince aux jeux de l'Ifthme. Si le Pcëte n'a point flatté ce

vainqueur, c etoit un des plus honnêtes hommes qui fut jamais.

Voici l'éloge qu'il en fair. Pmjfent les traits que je lance ?

paffèr autant en légèreté ceux des Poètes mes concurrent, que les

mœurs de Xénocrate pajfoitnt en douceur celles des autres hommes t

Il Jçavott dans le commerce de la vie fe rendre refpetfable à fer

citoyens. Il aimoit, félon la coutume établie par toute la Grèce, à

faire dans nos têtes folemnelles une noble dépenfè en cour fiers. Sapiété

embrajfuit tous les devoirs de la Religion* A fa table toujours

ouverte aux étrangers , jamais on ne sapperçut, qu'un fâcheux'

contretemps lut fit rejjerrer les voiles de fa magnificence, Abon~

damment pourvu de toutes les commodités qui conviennent à cha-*

que faijun , ;/ tranfportoit fes convives 7 en été fur les bords dtr

Phaf, & en hyverjur les bords, du Nil. Quelques efforts que

j'aye faits pour jetter du nombre & de la force dans la traduction

de cet endroit, il s'en faut bien qu'elle n'approche de*

l'élévation & de la magnificence du texte.

Certes les richejfes, & le refte: ] J'ai vu quelques perfon-^

nés blâmer cet éloge des richeffes, & foutemr qu'il fe préfen*

te ici trop brufquement, & fans que l'on fçaehe bien pourquoi.

11s ne faifoient cette objection, que parce qu'ils n'étoient*"

Î>as allez au fait, & qu'ils ignoroient les circonftances, dans*

efquelles écrivoir Pindare. Quoiqu'Agrigenre eut été trèsriche

dès fes commencemens,, fes richeiles avoient beaucoupaugmenté

fous le règne de Théroné Ce Prince & fes troupes

étoient revenues avec un butin immenfe, après la défaite des

Carthaginois près d'Himére. Us avoient fait un fi grand nombre

de prifonniers, qu'au rapport de Diodorede Sicile , plufieurs

particuliers en avoient chacun plus de cinq cens pour

leur part. J is les employèrent àtravailler aux carrières, à bâtir

des temples, à creufer des canaux , & à cultiver les campagnes

: ce qui accrut considérablement leurs revenus. 11 étoit

donc tout naturel > que Pindare qui écriyoit dans le tenigs*


DE LITTERATURE. *2j

Jn$me. où ces chofes fe paffbient , inférât ici un éloge des richefles

: d'autant plus qu'en toute occafion, il avoit coutume,

comme nous l'avons remarqué plus haut, de les louer

volontiers & à l'excès.

Relevées de téclat des vertus. ] Pindare dans l'éloge des richeflesemrelafle

des inftr u£tions excellentes, fur l'obligation

où (ont les riches d'être vertueux, & de ne s'attacher pas

tellement à la vie préfente, qu'ils en oublient la vie future*

On peut dire que jamais morale ne fut placée plus à propos.

Les Agrigentins fàifoient un fort mauvais ufage de leur opulence

: on peut voir ce que Diodore de Sicile en rapporte.

Dès l'âge le plus tendre, on les élevoit dans le luxe & dans la

mollette : ils s'habilloient des étoffes les plus précieufes : la

plupart de leurs vafes & de leurs meubles étoient d'argent ou

d'or : rien n'approchoit de la délicateffe & de la fomptuofité

de leurs tables : ils les chargeoientdes viandes les plusexquifes

& les plus rares : ils firent creufer près de leur ville un vivier ,

ui avoit fept ftadesde circuit, & vingt coudées de profoneur

: non-feulement ils y mirent un grand nombre de cygnes,

f

6c d'autres oifeaux de tome forte de couleurs, qui par la variété

de lçur plumage fàifoient aux yeux un fpe&acle charmant:

mais ils eurent foin d'y- jetter une multitude prodigieufe de

poiflbns de toute efpéce , fur-tout de ceux qui peuvent le plus

flatter le goût. Enfin foit dans leurs maifons, foit dans leurs

repas , ils portoieat le rafinement fur le plaifir à un tel cacès ,

que Platon qui pou voit parler fçavamment des délices de la

Sicile , difoit d eux : Us bâtiffem, comme s'ils dévoient toujours

uivre ; & ils mangent, comme s*ils allouent toujours mourir, dr

que la volupté fut fur le point de leur échapper pour jamais, o£

jixfAy*rr7toi , OIXO^O^OJM /Âp > uç dû fctcto'fiitoi ,


3** MEMOIRES

Lesjufies, &c] Cette peinture des Champs Eîyfées faîtr

voir que Pindare n'avoit pas moins d'agrément que de forcer

dans l'efprit, & qu'il n'étoit pas né avec des difpofmons moin»;

> heureufes pour le gracieux que pour le fublime. Tout ce quipeut

entrer dans les defcriptions les plus brillantes & les plu»

fleuries, fe trouve ici raïïemblé. Anacréon & Sappho f Mofc

chus& Biondont les écrits font pleins d'images douces ôc

riantes , n'ont rien qui foit au-deffus du- tableau que Pindare

nous repréfente en cet endroit. Il faut l'avouer pourtant, il

ya quelque différence entre tes grâces de ces quatre Auteurs r

& celles du poëteThébain. Les premières ont plus d'enjouement

ôc de badinage; les fécondes plus de dignité & de dé*

cence. EJles fe reffentent toujours de cette aimable auftérité ,

qui faifoit proprement te fond du caraaère de notre Poëte ' v

& par-là elles n'en conviennent que davantage au genre ly*

rique dans lequel il écrit. Un des hommes du monde qui connoît

le mieux les Poètes & lapoëfic a remarqué que Virgile:

& Tibulle ont empruntéde Pindare la peinture des ifles Fortunées;

ir pouvoit remarquer auffr, que Pmdare lui-même

ravoit empruntée d'Homère : car quelque riche qu'il fuf de

fon propre fonds, il faifoit gloire de puifer dans ces poème»

divins, pourlefquels on voudroit aujout d'hui nous infpirer du?

mépris. Air iv< livre de l'Odyffée, Protée dit à Ménélas r

Mats enfin les Immortels vous conduiront aux Champs Elyfees , &

f extrémité de la terrev Ce fi là que le f âge Rhadamanthe donne deshix

: les hommes y mènent une vie-douce & tranquille : les neigesy

hspluyes, lesfrimats n'y défilent jamais les campagnes r en touttemps

on y refpire un air tempéré: a 9 aimables zéphyres qui s'élèvent

dcfOcéan t raffratchiJ]ent continuellement cette délicieufe contrée?

AMat a tç HAyor/oj» 7ii^m *£/ Trs/gsrra yoûvç

ASvarot wn^ouaiv > o&i Çttf&oç PaS^utt&uç,.

Où vt(fxroç y ovr ap* Xiifmv TTOAJç, ovrt WOT ofi€&ç»

A>?y.


DE LITTÉRATURE..

w

SïTon veut remonter à la fource, on trouvera que ces fixversfont

le premier modèle de toutes les deferiptions qu'on a faites

depuis des Champs El y fées.

Leurs jours nom point de nuits, ] Le Grec dit, ils ont lefoleit

jour.& nuit. Je n'ai ofé le traduire à la lettre : j'atirois expofé

Pindare aux plaifanteries de ces Critiques impitoyables , qui

ont réfolu de ne rien pardonner à l'antiquité. Ils n'auroient

pas manqué de reprocher à Pindare, qu'il tombe ici dans unc

contradi&ion évidente. Car enfin fi les jolies ont jour & nuir

le Soleil, ils ont donc tout à la fois la nuit, & ils ne l'ont pas.

Quelque prévenus que ces Meilleurs foient contre les Anciens,

je ne f^aurois me mettre dans Tefprit qu'ils pouffent

rinjuftice jufqu à penfer, que Pindare n'ait point fenti lui-même

qu'on pouvoit lui faire cette objection ; il n'y a perfonne k

qui elle ne faute aux yeux. Il l'a donc prévue fans doute; mai»

il l'a méprifée comme une pure chicane : il a jugé qu'on lui

feroit l'honneur de croire , qu'il n'a point prétendu férieufe*

ment allier en même temps la lumière & les ténèbres ; mais

quetout ce qu'il a voulu dire, c'eft que durant l'intervalle de

temps où nous avons ici haut le jour & la nuit, les juftes onc

là bas un foleil qui ne celle jamais de les éclairer.

lis goûtent des plaiftrs que rien ne trouble, } Pour ne pas torti*

t>er dans une répétition* trop marquée, fai fait un léger changement

au texte. Pindare ciir, ils mènent une vie exempte de

larmes, a^atLfut w-fwweq o^cSta. Il avoit dit fixvers plus haut r

ils mènent une vie exempte de travail, "&jtoii


326 M E M O I R E S

le mérite de l'homme confifte à marcher dans la voye que

Dieu lui trace. Au refte , il eft furprenant que Pindare ait

connu la fublimité de cette expreflion ; il a dit • JV A/àç, la

voye de Jupiter, dans le fens que les Ecrivains facrés difent

s éMIT AS DOMINI > VIAS DOMIN i; les/entiers , les

voyes du Seigneur,

Au palan de Saturne. ] Il y a idans le Grec , à la toqr de Sa*

turne, o^ K&Vop r^fjtt. Le mot ripts eft mis éoliquement

pour *ùfj>tA $ on ne trouve pourtant point d'exemple de ce

dernier. Les Anciens donnoient ce nom aux tours, parce

qu'ils croyoient que les Tyrrhéniens ou Tyrféniens étoient

les premiers qui enavoient bâti. Au refte, les Grecs difbienc

les tours des Rois, pour dire, les palais des Rois. Et les Latins fe

font fervis delà même expreflion, comme on le voit dans ce

fce! endroit d'Horace, qui eft fi connu :

Pallida mors #quo pulfat pcde , pauperum tabernas ,

Regumque turres,

l.a pâle Déejfe de la mort renverfi également, & les cabanes des

pauvres, & les palais des Rois. On ne devineroit jamais comment

Marin, ce bon Champenois, qui nous a donné une

vieille traduction de Pindare, a rendu ces trois mots ©-^

£e?Vou Tifop, il traduit au palais de Saturne qu'on nomme Tyrjis;

je ne crois pas qu'on puifle jamais rien imaginer de plus ridi*

cule. Car outre que ces paroles préfentent un fens louche, Ôc

qu'on ne fcait fi ceft Saturne, ou (on palais qur fe nomme

Tyrfis ; quelle étrange idée d'inférer dans le texte ce beau

trait d'érudition, qu'un palais s'appelle Tyrfis en grec ! Ceft

/comme fi quelqu'un travaillant fur l'endroit d'Horace que

nous venons de citer, s'avifoit de le traduire ainfi; Et les palais

des Rois, qu'on nomme Turres.

Le carquois que je porte y &c] Ceft ici que Pindare com*

mence fon propre éloge : il nous allure fans façon qu'il a reçu

de la nature les difpofitions les plus heureufes pour la popfie \

& qu'il eft entre fes concurrens J ce qu'un Aigle eft entre des

Corbeaux. Quejqu'outréeque cette hyperbole paroifle, elle.


Ï>Ë LITTERATURE. 327

fce f eft pas plus que beaucoup d'autres de même genre, qui fe

trouvent dans fes ouvrages. C'eft unechofe furprenanre que

ce Poëteaffez modefte d'ailleurs, ne le fût nullement fur ce

qui concernoit fes vers. Il n'eft pas fimplementcoupable de

s'être loué lui-même en toute occafion, oir le foupçonne

encore, & avec juftlce , d'avoir le premier donné ce mauvais

exemple aux autres Poètes. En effet» on ne voit pas qu'Homère

, Héfiode, & ceux qui ont écrit avant Pindare, fe foiewf

ainfi couronnés de leurs propres mains ; au lieu que ceux qui

font venus après lui > l'ont égalé fur ce point, s'ils ne l'ont pas

même furpafle. Perfonne n'ignore les excès , où parmi les

I-àtins, Ovide & Horace font tombés à cet égard. Malherbe

& Racann'ont pas été plus retenus parmi nous; & non-feulement

les Poètes du premier ordre, mais ceux encore quiétoient

fort éloignés de la perfe&ion, fefont donné la même

licence. Il n'y en a poinr de fi médiocres, qui ne s'imaginent

élever des monumens plus durables que le bronze, plus hauts

que les Pyramides d'Egypte, & qui enfin ne promettent fièrement

à leurs héros une immortalité, dont ils ne font pas

toujours bien sûrs pour eux-mêmes. On a fort agité depuis*

quelque temps, ficette liberté que les Poètes s'arrogent, eft

digne de louange ou de blâme. Quelques Critiques prétendent

que c'eft un privilège de la poêfie Lyrique. Ils vont plus

loin , ils en font une vertu, & lui donnenUes beaux noms de

confiance fondée, de noble fierté , de tranfport divin & d'enthoufiafme.

D'autres Critiques plus févéres la condamnent

fans rémidion, ils eiïfonr une efpécede crime, & lui donnent

les noms odieux de vanité ridicule, d'orgueil infupportabie >

d'extravagance & d'y vreflè. Ils croyent que la qualité de Poète

lai (Te à ceux en- qui elle fe trouve toutes les obligations de

l'honnête homme ; & que foit qu'on écrive en profe 00 en?

vers , la bienféance veut qu'on ne parle de foi que par une

»écefïitéabfolue r & qu on n'en parle jamais que d'une manière

modefte. Il ne m'appartient pas de prendre parti dans cette

fameufe querelle : je remarquerai feulement, que tandis que

des Critiques chrétiens afkanchiflènt les Poètes des loi» de


3*7 MEMOIRES

la modeftîe, Plutarque tout païen qu'il étoit, a cru devdîrleS

y affujettir. Quelque admiration qu'il ait pour Pindare, il ne

peut lui pafTer les louanges exceffives qu'il fe donne: preuve

sûre qu'il n'auroit pas été plus indulgent pour ceux qui depuis

font tombés dans la même faute , ou qui avec moins de mérj*

te ont porté l'arrogance poétique encore plus loin.

Eft pleins de traits vifs & légers. J L es A n ciens comparaient

les paroles à des flèches : ils donnoient des aîles aux unes &

aux autres, iït&Pn* oîçV/ > We« -^tegirr* > des flèches, des pa*

yoles aflées ; & pour exprimer leur vîtefle > ils fe fervoient du

verbe VOLER , tela volant 9verba volant. En effet, les paroles

font comme des flèches invifibles, qui partent de la bouche »

j& qui vont frapper l'oreille ; & aujourd nui encore nous don»

rions dans notre langue le nom de traits à certains tours vifs 6c

animés, qui rendent la di&ion plus légère & plus rapide. C efit

fous ces idées que Pindare a coutume de concevoir les productions

de fon efprit. Selon lui> le talent qu'il a pour la poë\-

fie y eft fon arc ou fon carquois ; fes vers font fes flèches ; le

fujet qu'il traite eft fon but. Les ouvrages de ce grand Poète

font pleins de ces expreffions métaphoriques> qui ont en grec

beaucoup de grâce & de force.

. Le vrai Poète eft celui que la nature a formé. ] C'eft une grande

queftion de fçavoir, qui de la nature ou de l'art contribue

le plus à former les Poètes. Pindare donne ici la préférence à

la nature, & certainement il la lui donne avec raifon. Car.

comme affuroit .Ménandre,

H çuaiç eLTKtvrai rm JiSàyftaTa* xpaTi/,

Un heureux naturel vaux mieux que tout le fçavoir du monde. H

n'y a pourtant pas d'apparence, que Pindare ait voulu abfor

lument exclurre le fecours de l'art; car il dit positivement

dans un autre endroit, A«*rrJ S $ wQia. fiilfyt «rlArroq, le

fçavoir accroît & perfectionne le talent naturel. Vers qu'Horace

^ternel imitateur de Pindare, femble avoir eu en vue, lorfc

qu'il faifoit celui * ci.

pptfrina fed v*rn promovçt infitam f


DE LITTERATURE. 32?

Le fentiment donc de ces deux Poètes, eft que Part doit venir

au fecours de la nature, 6c que le travail doit fecmider le

génie. Ce que le même Horace exprime admirablement dans

ces quatre vers de Ton Art poétique.

Naturâfieret laudabile carmen, an arte

jQuœfuum efi: ego 9 nec fiudium fine divite vend,

Nec rude quidprofit video ingenium ; alterhtsfic

Altéra pojcit opem res 9 & conjurât amicè.

On demande qui de la nature ou de fart enfante de plus, beaux

poèmes : pour moi je ne vois pas ce que peut ou le travail/ans génie

9 ou le génie fans travail, tant il importe qu'ils s'aident fun ^

fautre, & qu'ils fbient étroitement unis.

Semblables à des corbeaux, ] Une faute en amené naturellement

une autre. Comme Pindare en toute occafion parloie

de lui-même avec trop d'eftime 9 en toute occafion aufli il

parloit de fes rivaux avec trop de mépris. On peut dire qu'il

ne ménageoit nullement les termes à leur égard. Ce font ici

des corbeaux qui croaflent, il en fait ailleurs des geais rarnpans.

Cefi un peu tard) dit-il à fon héros, que je vous envoyé

ce cantique y % mais astjjidetous les oi/eaux, celui dont le vol efi le

pùts rapide 9 cefi faigle. Du ciel le plus haut elle fond tout à coup

fur faproye ; tandis que les geais 9fupplices des oreilles, cherchent

leur pâture terre à terre,

0-\* tvtfrtçi £ CÙîTOç axuç bf irtratolç

Oç u\a£(v au-\* riXod'w furmfuuôfitvoç

bajQomr aryoeur Ttodn.

TH&ytTeu Ji icototo) rarnivut nfjtovreu.

Mais dans un autre endroit, les concurrens de notre Poëte ne

font plus ni des corbeaux ni des geais, ce font des renards

traveftis, qui tâchent lourdement de le détruire, mais dont '

la malignité & la rage font pour cela des efforts i m pu i flans.

Voici comme il s'en explique à Hier on : Ces vils truchemens

de la calomnie 9 fies renards fous des figures d'hommes, caufenp

Tome VU

T t


!** MEMOIRES

des maux inévitables & âceux qu'ils déchirent, & à ceux qui le*

écoutent. Après tout, quelfi grand avantage tirent-ils de leurs impoftures

? tandis que le bas du filet eft fous Peau, le haut demeure

fur la furface. Je fumage comme le liège, kÇxL ôt

qu'il a voulu donner à entendre que quoiqu'il fe plaigne de

fes rivaux en général fes plaintes tombent principalement fur

deux, fçavoitfur Simonide & fur Bacchylide. Cette remarque

eft fpécieufe, mais je ne feais fi elle eft bien fondée> & fi elle

ne prête pas à Pindare un rafinemeht auquel il n'a point penfé-

Ce qu'il y a de certain , c'eft que dans les meilleurs Ecrivain*

Grecs on trouve quantité d'exemples où le nominatif pluriel eft

conftruit avec le duel du verbe, & où pourtant cette obfervaction

fi fubtile ne peut point avoir d'application»

Vinfolence y il efl vrai T s'eft déchaînée contre ce grand homme. "}

Le Scholiafte nous apprend que Capys & Hippocrate, proches

parens de Théron, 6c comblés même de fes bienfaits t

prirent les armes contre lui, & engagèrent un grand nombre

de perfonnes dans leur révolte ; mais que Théron s'étant mis

aulfi tôt en campagne, joignit les rébelles près d'Himére, le»

défit y & les rangea dans le devoir : de forte que cette conjuration

fut étouffée prefque au moment de fa naiflfanec

Qui pourtott compter les bienfaits que fa main libérale a répandus.]

Le Grec dit om %lpfji*T


DE* LITTERATURE.

m

tjfice à quelqu'un. Pindare finitpar louer la libéralité de Théron;

Il n'y avoir point de vertu qu'il célébrât plus volontiers dans

fes héros 9 fou pour leur rendre juftice, s'ils la pofTédoienr ,

(oit pou* leur inspirer l'envie de l'acquérir, s'ilsnelapoiTé,

doieet pas. Cela joint au* éloges ftéquens qu'il faifair des ri»

chefles, a donné lieu de croire que le défintéreflemeen n étok

pas ù. vertu favorite. Au refte , ce que nous avons dir de Pirvdare

& d'Horace, 6c la bonne foi avec laquelle nous avons parlé

foit de leurs ouvrages> foit de leurs perfonnes, font voir que

c'eft à tort qu'on reproche à cette Compagnie d'être dans une

prévention aveugle au fujet des Anciens. ïl-eft vrai que nous

faifons profeiGon d'avoir une admiration fiocére pour ces

grands hommes ; mais on a pu reconnoîtreque cette admira*

tion ne nous éblouit point ju(qu'à nous faire prendre leurs défauts

pour des beautés, & leurs vices pour des vertus.

• ' ' ' " ' • " '" "' ' ' ' ' ' ' '


MEMOIRES-

35a

iexcufer envers Délos y fur ce prétexte plaufible quon fe doit h fa

patrie préférablement à tout. Il entame auffi-tot f éloge de Thébes }

ibfcrve que défi ici la fixiéme couronne quelle a obtenue aux jeu»

iphmiquespar la valeur de/es enfans; & ajoute quon ne devait

pas moins attendre dune ville qui reconnoît Cadmus pour fon fondateur

, & qui a donné la naijfance à Hercule. De l éloge de

Thébes > ilpajfe à celui du Thébain qui a vaincu : il ne fait point

de façon £ égaler Hérodote à Çafior & à lolaiïs t le» deux plus

grands maîtres qui furent jamais dans l'art de dompter des courfiers

& de conduire des chars : il s étend ajfez au long fur leurs

exploits 9 écart qui paroit pourtant excufable y puifque les louange»

qu il leur donne , retombent fur fon héros $ quil prétend leur être

comparable. Aprïs cette courte digrejfion, il rentre dans fonfujet y

& n en fort plus : feulement il confacre unefirophe au père du vainqueur

9 & le repréfente dans les divers états de fa vie toujours f»»

périeur par fon courage aux vicijfitudes de la fortune : tl employé

tout le refie de PO de à louer le fils. Les qualités qu'il vante principalement

en lui y font un amour fans bornes pour la vertu > un heureux

penchant à la noble dépenfiy & une confiante application a»

travail. Il prétend que c*cfi aux hommes de ce caractère quon doit

prodiguer ces acclamations figlorieufes aux particuliers qui les reçoivent

y mais fi utiles aux Etats même, par F émulation quelles

allument dans Je cœur de tous tes citoyens. Il fait voir que ce nefi

pas feulement dans îoccafionpréfentequ Hérodote a mérité de pateils

applaudijfemens : il cite tous les endroits de la Grèce qui

avoient été les témoins des autres triomphes de ce grand homme,.

&fouhaite qùun héros déjà couronné en tant de lieux, puiffe Cure

aujfi quelque jour d Delphes & à Pife ,* ce qu'on regardoit alors

tomme le comble de la gloire. Il finit par unirait de cenfure contrer

Ses avares y trait qui renferme un éloge indirect a"Hérodote, naturel*

kment libéral & magnifique y comme on ta remarqué plus hauK


DE LITTERATURE. 3&

ODE,

THéBES , de qui j'ai reçu la naifîance, DéefTequi porte*

au bras un bouclier d'or, je quitte mes occupations le»

plus prenantes pour vous payer le tribut que je vous dois*

Vous Délos, ne foyez point indignée contre moi, Ci je laifle

pour un moment votre éloge, auquel je travailiois fans relâche.

Quoi de plus cher aux hommes vertueux que les nœuds

refpe&ablcs qui les lient à ceux dont ils tiennent le jour ? Cédez

donc, facré féjour d'Apollon ; avec le fecours des Dieux

j'acquitterai pleinement l'une & l'autre dette.

Je fçaurai par des concerts harmonieux, & célébrer dans

Tifle de Co une fête marine à la gloire du Dieu don* la trèfle

n'a jamais connu le cifeau, & entonner les louanges de l'Ifihme

> que ferrent de part & d'autre nos deux mers. Voici la

iixtéme couronne dont ce lieu fameux a fait préfent au peuple

de Cadmus : récompenfes éclatantes des glorieufes victoires

«jue ma patrie a remportées. AuflSfut-ce autrefois dansfon fein

«ju'Alcméne mit au mondefon fils intrépide, dontl'afpeâ fit

trembler d'effroi les dogues hardis de Gréryorw

^ Mais dans le deflein où je fuis d'élever un monument honorable

au char d'Hérodote>de ce vainqueur qui n'a pas confié

à d'autres mains que les fiennes le foin de guider Tes rhênes ;

je veux par un cantique folcmnel égaler fa gloire à celle de

Caftor ou dlolaùs. De tous les héros qui fe font flgnalésdans

le même art, ce font les deux plus excellens que Thébes &

Lacédémone ayent produits.

Ils remportèrent le prix dans la plupart de nos combat»;

& goûtant ta douceur attachée aux couronnes que la viûoire

difpenfe, ils ornèrent leurs palais de trépieds, de vafes & de

coupes d'or. La gloire qu'ils acquirent > fok dans les carrière»

où i on court tout nud, foit dans celles où Von court armé de

toutes pièces, brille encore aujourd'hui dans tout fon éclat.

Avec quelle force lançoient-ils le javelot & le palet ? Car

alors le combat célèbre > compofé de cinq exercices, a'étoit

Ttiij


m

M E M O I R E S

point encore en ufage. Chaque exercice renfermé dans fe*

propres bornes, avoit fon prix à part. C'eft dans ces lices différentes

que les deux héros ceignirent fouvent leurs têtes de

couronnes accumulées, & étalèrent la pompe de leur triomphe

, l'un près de la fontaine de Dircé, & l'autre fur les bords

de l'Euro/e.

Le fils d'Jphicle étoir Thébain, mais le fils de Tyndare habitoit

la fuperbe ville de Thérapne dans l'Achaie. Jouiflez à

jamais de votre gloire, illuftre couple de héros ! Pour moi

dans cet hymne que j'offre, & à Neptune, & à l'Ifthme qui

lui eft confacré, & aux rives d'Onchefte où il y a un temple

magnifique , je compterai parmi les avantages du vainqueur,

que je célèbre, l'éclatante fortune de fon père Afopodore.

Je chanterai la ville d'Orqfcoméne, patrie de ce père heureux

: Orchoméne qui reçut dans fon fein ce grand homme ,

lorfqu'après une cruelle tempête, il s'y fau va, Jiattu des flots

d'une mer immenfe, ôc porté fur les débris de fon vaifleau.

Mais la Divinité tutéJaire qui préfida à fa nahTance, l'a rétabli

dans fon ancien calme. Celui qui a paflfé par les difgraces , outre

les autres avantages qu'il en retire, il en remporte encore

la prévoyance.

Que fi la vertu s'abandonne à tout fon penchant, ôt qu'elle

fe fignale également par de nobles dépenfes, & par des travaux

afïidus, ceux en qui elle fe trouve méritent qu'on fe porte

avec joye à leur prodiguer les applaudiflemen6 ôc les éloges.

Aufli-bien le fage qu'infpirent les Mufes, peut-il aifément

donner des louanges magnifiques aux divers fervices qu'on

rend à la patrie, ôc par-là contribuer lui-même à la gloire fc

rà l'utilité commune*

Chaque profeffion a fon fàlaire qui en adoucit les peines.

Et le laboureur, & le pâtre, & l'oifeleur, & celui que la

mer nourrit, toutes ces différentes fortesd'hommes travaillent

(ans cefle pour fe mettre à couvert des dures atteintes de la

faim. Mais celui qui s'adonne à nos jeux, ou qui s'exeroe

dans le pénible métier des armes, recueille pour fruit de fes

travaux une gloire délicate j il reçoit des acclamations pubfe-


DE LITTERATURE. \ 33s

qires » la plus haute de toutes les récompenfes , & fait la ma-

,, tiere la plus brillante des converfations de fes concitoyens &

' des étrangers. -

Il eft donc juvte, Hérodote, que vous & moi par reconnoiflance

nous célébrions le filsde Saturne ; ce Dieu puifiant,

qui de Ton trident ébranle la terre > 6c dont les temples font

le plus bel ornement du voifinage ; ce Dieu qui répand fes

* grâces fur nos chars , & qui dirige nos courfes équeftres. Il

cft juAe, Amphitryon , que nous adreflions aufli la parole aux

deux héros forris de votre fang, & auteurs du fuccès d'Hérodote

dans les jeux qui porte leur nom. Il eft jufte que nous

chantions à l'envi les endroits témoins de fes autres victoires,

& Orchoméne, ancien féjour de Minyas, ôcEleufine, fameufe

par le bois facré de Cerès > & l'ifle d'Eubée aux Ion*

gués & tortueufes carrières.

A ces lieux différens, j'ajoute > ô Protéfilas, Phylacé ville

' de Theflalie, où les Grecs à leur retour de Troye vous bâtirent

un temple. De rapporter toutes les faveurs dont Mercure > un

des principaux arbitres de nos jeux > a comblé le char d'Hérodote

, c'en ce que ne me permettent pas les bornes étroites

de l'hymne : & certes il arrive toujours que ce qu'on fupprime

par un amour prudent de la briévetéjeft ce qui plaît davantage.

Puiffe quelque jour mon héros, porté fur les ailes bruyantes

des Mufes, s'élever jufques au prix de Delphes ! Puiffe t-il

revenir de Pife les mains chargées de ces couronnes précieufes,

que l'on cueille fur les bords de l'Alphée, 6c ajouter de

nouveaux rayons à la gloire de Thébes aux fept portes. Celui

qui ne s'occupe qu'à enfouir dans ià maifon richeflès fur richeffes

, & qui par un ris moqueur tnfulte aux hommes poffédés

de partions plus nobles, ne fçait pas que privé de la véritable

gloire , il court honteufement payer le dernier tribut à

Pluton.

REMARQUES.

J_ HêBES. ] Pindare perfonnifie d'ordinaire les ville, &•, félon

la fauflethéologie de fon temps, les érige en divinités. U


5j FUi-tf *fjt£r, *

Je n'ai pourtant ofé traduire à la lettre fut rip ifuÀ, perfuadé

que cela feroit trop (impie à la tête d'une Ode.

Qui portez au bras un bouclier a°or.] La langue grecque a

l'avantage de pouvoir dire tout cela en un feui mot, xfûnuvh

Les Commentateurs obfervent que Pindare par cette épithété

marque l'inclination belliqueufe des Thébains : j'ajoute à leur

remarque une conjecture 9 c'eft que vraifemblablement les

Peintres & les Sculpteurs reprefentoient Thébet fous la figure

d'une femme qui portoit au bras un bouclier.

Le tribut que je -oous dois."} Peut-être trouvera-t on que /'embellis

le texte, W rtor tr^Ty/tot. Il me femble pourtant que je

ne lui prête rien. Les Interprètes Latins traduifent l'expreflion

grecque par negotium tuum 9 rem tuam ; mais je ne fçais s'ils

en rendent toute la force & toute la finette , & s'il ne faudroit

pas traduire ces deux mots par td quodexigis, ou, ce qui revient

au même , le tribut qui vous ejl dû. On fçait que «&|W#

lignifie très-bien exigo ; trgfrrap, exafior; vçfyfjut,, td quod

exigitur, &c.

Vous > Dèlos. ] Il y a dans le texte AaAof x^twa » montueuje

Dèlos y épithéte que les Poètes Grecs donnent louvent aux

contrées > & qui quelquefois contribue au fens, quelquefois

auffi ne fert qua donner au vers plus d'harmonie, x/«ract

Amhpç, t+cuHtoy A^ariq, xfeuav Iôox* , &c. Comme il m'a

paru que cette épithéte n'étoit pas ici fort néceflaire, j'ai

cru pouvoir la fupprimer, fur-tout fi j'avoîs foin d'en avertir

par une note. Au refte, Délos étoit une des ifles Cyclades

dans la mer Egée. Stephanus nous apprend qu'elle avoir encore

plufieurs autres noms, comme ceux (je Cynthe, Aûérie *

félafgie,


DE LITTERATURE;

33f

Pélafgîe, Chlaonidie, Scythiade; mais le plus connu de tous

Aoit celui de Délos. Il lui fut donné,, ou dans la lignification

àc , APPARENS, CONSPICUA, qui parât, qui fe montre ,

parce qu'elle étoit d'abord cachée au fond des eaux, & qu'à

h prière de Jupiter, Neptune l'éleva fur la furface, afin que

Latone y pût faire fes couches; ou dans la fignification de,

CLARA, CELEBRIS,, illufire, célèbre. En effet, dans l'antiquité

il n'y a point eu d'ifle plus fameufe/oit parce qu'Apollon

y étoit né, foit parce qu'il y avoit le plus augufte de tous fes

temples après celui de Delphes. Outre les miracles fréqueng

qui s'y faifoient, on lifoit fur le portail une longue fuite de

vers, qui enfeignoient les di verfes propriétés dès plantes > & la

manière de s'en fer vir pontre toutes forces de maladies. Audi

n'y avoit-il point de temple plus achalandé. Sans parler des

pèlerinages particuliers , on y alloit en proceffion, non-feulement

de toutes les Ifles de la mer Egée, mais encore de tous

les endroits du continent 1 de la Grèce. On fçait que tous les ans

Athènes y envoyoit une proceffion magnifique ,& que durant

tout le temps que le vaineau facré mettoit à frire ce voyage ,

on fufpendoit l'exécution des arrêts de mort : 6c c'eft ce qui

lit différer d'un mois le fupplice de Socrate.

Quoi de plus cher aux hommes vertueux, ] Pindare par cette

fentence fait entendre à Délos que l'engagement qu'il a pris

avec elle > doit céder au premier de tous les engagemens, fça-

Toir celui qui nous lie à la patrie. Mais outre cette raifon générale,

il en avoit encore une particulière de quitter tout pour fe

mettre à l'éloge de Thébes : c'eft que peu de temps auparavant

il avoit indifpofé contre lui les Thébains., par des louangesmagnifiques

qu'il avoit données à la ville d'Athènes; jufque-là

que pour l'en punir, on l'avoir condamné à une amende de

Vingt mille dragmes. Ilfaifitdoncroccafion de regagner l'affe&ion

de fes citoyens, en louant ici Thébes, Louanges qui

n'ontriend'arfedé^ôcquiviennenttoutnaturellemen^puifqu'il

s'agit de célébrer la vi&oire d'un Thébain. Au refte, le Poëre

témoigne que files pieuxluifont favorables>il efpéreacquitter

bientôt Tune & l'autre dette,&. concilier ainfi tous fes devoirs»

Tome FX

Vu


ï 3 $

M E M O I R E S

-Avèclefecours des Dieux,"] Les ouvrages de Pindare fortf

pleins de cette formule, qu'il varie en plusieurs manières ; «\û*

}t©7$, ouÀ JuSr îiaA*^t^, QW $«Jr §m JtÂr ^jrcco-f ,

ixe« )«Jr, ôc autres femblables.

J>j louanges de Plflhme. ] Tout le monde fçait que le mot"

grec/côW*a deux fignifications,l'une au propre, & l'autre air

figuré : au propre il fignifiele eou, d'où vient H8/*W , un collier;

«eifl&f*«* * les glandes du cou : au figuré,il veut dire unpajfage

de terre, rejjerré entre deux mers ,• ôc ce paflTage eft appelle IJlhme r

parce que fa figurereflemble à celle du cou. Lorfque les Grecs

difoiem Amplement 17/Mm où le

Yoëie feint qu'Orefte a péri. Le peuple, dit-il ^.voyant lejeurtc

Prince tomber de fin char, pouffe un cri :

' , Ex. il;oàuàv%t ro\ nctvtav.


DE LITTERATURE. *?*

Au relie , H ne fera pas inutile de remarquer que comme les

Poètes Grecs fe fervent de rpaW* pour dire peuple, ils fe fervent

suffi de À*à* ou At*4 pour dire armée : ôAtxwr* 3\ \i*) ,

/« troupespèrijfoient, dit Homère, au fujet de la perte qui défoloit

le camp des Grecs. Et Pindare lui-même parlant d'Adrafté

devant Thébes, lui féal d'entre les Grecs, dit-il, s'enrctournera

dans fa patrie, \*£ ahf «£**£« » fans que/es troupes foient endommagées.

Aufft fut-ce autrefois à Thèbes quAkmène mit au monde fin

fils intrépide,] Amphitryon étoit d'Argos , Ampkitruo natus

Argis 9 ex Argo pâtre, dit Plaute. Mais ce Prince faifott ordinairement

fa demeure à Tirynthe, petite ville de TArgolide.

Il tua par imprudence Electryon fon beau-pere, ôc fut obligé

de fe retirer à Thébes avec Alcméne fa femme ; & c eft par

cette raifon que les Poètes Grecs le défignent fou vent par cette

c*pithéte, 0îiG«(ar £

«tentateurs de Virgile dit qu'Amphitryon éroit Thébain ,

Hercules Jovts filius & Alcmena, qune Amphitryons Tkebani R UMS in t.

uxorerat;ÔC qu'Hercule s'appelloit Tirynthien, parce qu'il f^etJ ' sdir '

avoit été élevé à Tirynthe, ville près d'Argos ; Tirynthms , 7w7> jE„, 4t f

ftomen Herctdis :Tiryns, urbs fuit Argis vicina , ubi nutritus eft v.*6t.

Hercules, Amphitryon étoit d'Argos, non de Thébes ; ôc

Hercule s'appelloit Tirynthien, non parce qu'il avoit été élevé

«àTirynthe, car ilfut élevé à Thébes, comme nous venons

•d& le voir; mais parce que fon pej


3** M E M O I R E S

de fe retirer à Thébes, raifoit fon féjour ordinaire à Tfryfltnci

Dont fafpeft fit trembler £ effroi les dogues hardis de Géryon s

)&#€?«) TO9 «fow Tyititet oitf, ou IVpuor»*, ov, ovt

ttipvotd/ç, Uç y car les Poètes lui donnent indifféremment cet

trois noms. Ce Géryon fi fameux dans la fable, avoir trois

têtes y comme dit Héfiode, tçuts^luxn FnpohHb & trois corps»

comme l'affure Virgile* & forma tricorporis umbra. On ne cor*

vient pas trop du lieu où il farfok fademeure: félon quelquesuns

j c'étoit enEfpagne ; félon d'autres > c'étoit dans les ifles

de Majorque, de Minorque & d'Ivice : mais félon Héfiode,]*

çlus ancien des Ecrivains qui ajent jparlé ^e lui; c'étoit ^aj^


DE LITTERATURE.

&*

Tîfle cPErytbie > qu'on appelloit auffi l'ifle deGades, & qui

aujourd'hui eft l'ifle de Cadix , t&ipfvr» M EfvYuf. Quoi

qu'il en foie, il avoit de nombreux troupeaux, gardés par la

chien Orthusdont nous venons de parler, & par un pâtre appelle

Eurytion. Hercule pour obéir aux ordres d'Euryfthée ,

pafla dans cette ifle > tua le chien, le pâtre ôc le maître, ô&

emmena les troupeaux à Tirynthe.

HfutTi r^y or%


14$ M E M O I R E S

fi&ions les plus abfurdes, ils ont caché d'importantes vérités;

Oui n'a pas confie à d'autres mains que lerjiennes, le foin de

guider fis rhênes.\\j^ plupart des grands Seigneurs n'alloient

pas eux-mêmes aux jeux de la Grèce : ils fe contentoient d'y

envoyer leurs écuyers, leurs chars & leurs chevaux, qui alors

auroient dû en bonne juftice avoir tout l'honneur de la vidoire.

Leurs maîtres ne laiflbient pas de s'en attribuer la meilleure

partie ; & nous avons quelques Odes de Pindare, adreffées à

des vainqueurs qui n'étoient point fortis de leurs foyers. Il

fait entendre ici qu'Hérodote s'étoit trouvé lui - même aux

jeux de PIfthme , & qu'il y avoir vaincu en perfonne.

Je veux par un cantiquefôlemnel.'} Les Grecs avoient deux

cantiques célèbres, qui portoient le nom, l'un de Cajîor ,

Kaç^pnor ; l'autre d'Iolaùs , I#Aa«of. Pindare dit qu'il veut

compofer pour Hérodote uç cantique fur le modèle de ces


Ï)E tîjTËRÀTtJïtË.

Hl

Or, ïphicle fut père d'iolaùs; celui-ci étoit donc neveu

d'Hercule : il fut auffi fon écuyer, 6c le compagnon fidèle de

fés travaux.

De tous les héros qui ont excellé dans Part de conduire des chars f

ils font les deux plus illufires. ] A la rigueur, cela n'eft vrai que

d'Iolaus : car pour ce qui regarde Caftor,nous liions bien qu'il

exçellpit à m amer des couriiers ; mais on ne lit point qu'il fe

foit fignalé dans l'art de conduire des chars. Pindare ne lahTe

pas de lui donner ces deux talens ; peut-être parce qu'ils ont

beaucoup de rapport, 6c qu'en quelque façon l'un fbppofe Pau- '

tre : peut-être auffi Caftor les a voit-il tous deux ; & il femble

que ce feul paffage de Pindare devroitfuffire pour le prouver^

Ils remportèrent le prix dans la plupart de nos combats. ] La

conftru&ion du, texte mérite d'être remarquée , #rT*iitooe#

£ly>f 7thù


$44 MEMOIRES

Foefa 'ïïeuç ô rtiç KvStipttç

'Z.TeqxTcu zaXciïç iovAotç

Vaimable fils de Venus couronne de rofes fes beaux cheveux, lorp

quildanfe avec les Grâces ; q-tymui fo^L x*Ào?< To^Aotç , mot à

mot, coronat rofas pulchris capiilis, pour reQtrau xjt\«t$ UyXcvç

fo«Tbfcç, coronat pulchros capillos rofis. Les Poètes Latins ont en,

cela, comme en beaucoup d'autres chofes , imité les Poètes

Grecs ; ôc il feroit aifé de le prouver par plufieurs endroits de

Virgile & d'Horace. Notre langue contrainte 6c timide n'ofe

s'élever à ces libertés ôc à ces hardieffes.

Et goûtant la douceur attachée aux couronnes.] Le texte dit, &

Coûtant les couronnes., ywo(i^i6t


DE LITTERATURE. . f#

Toulut apprendre à fes enfans qu'ils ne dévoient combattre

que pour la gloire. Il fauLdonc remarquer que Pindare parle

ici des Jeux, tels qu'ils étoient du temps de Caftor & d'Iolaùs

j & non tels qu'ils étoient de fon temps.

Soit dans les carrières où ton court tout nu, t v t% yupLtoïas

ç-a^W] Ces paroles peu vent recevoir une lignification plus

générale, & s'entendre de tous les Jeux Gymniques, c'eft-àdire,

de tous les Jeux où l'on combattoit à nu. Mais j'ai cru

devoir les reftraindre au fens particulier que je leur donne,

parce qu'il s'agit ici de courfes, & que ces mots es yuptoïqi

ç-«tfoi* font oppofés à ceux-ci , h 8' paAnrcf; ffofuu;, aux

courfes que l'on fàifoit armé de pied-en-cap.

Avec quelle force lançoient-ils le javelot & le palet?] Il y a

dans le grec le palet de pierre, Xtditor ftow. J'ai fupprimé

cette particularité, pour m accommoder au génie de notre

langue, qui n'aime pas les détails. Je ne fçais pourtant s'il n'eut

point été à propos de l'exprimer i car peut-être pourroit-elle >

fervir du moins à prouver > qu'au temps de Caftor 6c dlolaùs

on ne fe fervôit encore que de palets xie pierre ; au lieu que

dans la fuite on fefervit que lorfque le vainqueur étoit de retour

en fa patrie, on lui donnoit autant de terre en long 6c en large

, qu'il en pouvoit tracer en lançant ion palet.

Le combat compofé de cinq exercices.] Il s'appelloiten grec,

•nbivùtoi, de iàrn 9 quinque > & aÔAo*, certamen-i mot commode

, qu'il ferott à fouhawer qu'on pût traduire en notre langue

par celui de Pentathle, Les cinq exercices dont il étoic

compofé, étoient renfermés dans ce fameux vers grec :

Le fault, la courfe, le palet, le javelot & la lutte. Pour remporter

le prix de ce combat, il ne fuûifoit pas de vaincre dans

Jome V h X*


5 4 que du temps de Caflor & d'Iolaùs le Pentathle n'étoie

point encore connu.

Ceignirent fouvent leurs tètes de couronnes accumulées. ] Je

crains que cela ne patpifle un- peu trop chargé ; mais le texte

que je traduis mot pour mot, ne l'eft pas moins : «W^AT

éafjukxn ;gt/rac Spita/f iOepW

Le fils d'ipkicle.] c'eft Iolaûs; le fils de Tjndare, c'eft Caftor.

Le Poëte les a déilgnés plus haut par leurs noms > il les

défigne ici par les noms de leurs pères.

Le fils d'iphtclc ètoit Thcbain.] Il y a dans le grec ofxéÏHfjuf

lt» dJfaptSi yivm, à la lettre, popularis erat Thebanorum generL

Il faut remarquer que les Thébains s'appelloient affez fou vent

tarœynl }Jèminati, comme qui diroit les Semés. Paufanias nous

apprend, qu'on leur donnoit ce nom fur la foi de leurs traditions,qui

portoient que Cadmus ayant perdu fes compagnons,

fema en terre les dents d'un dragon, d où naquirent plufieurs

hommes tout armés 9 feges clypeata virorum y dit Ovide. IIs>

s'entretuerent au moment de leur naiiïance; excepté cinq,

Chthonius, Hyperenor, Pelore , Udée 6c Echion, qui furvé%

curent aux autres, & d'où les Thébains defcendirent dans 1»

fuite ; & c'eft pour cela qu'ils s'appelloient tantôt armfnï, les

Semés 9 & tantôt K&ïntîu , les dejeendans de Cadmus. J'infifte

un peu fur cet endroit, parce que de très-habiles Critiques s'y;

font trompés. Lonicerus & Aretius traduifent ces mots, ip*-

SbL/uf UZ arcLfiàf yvu, par ceux-ci, popularis prat Spartanorumgêneri,

tiroit (on origine des Spartiates : ils ont cru que le

génitif pluriel atrcyiaV venoit de ^.ttafr/fi > ov, Spartanus; au?

lieu qu'il vient de cartLfThç^feminatus, ainii que nous Favoris remarqué*

La reûemblance de ces deux mots les a induits et*

i


DE LITTERATURE. 347

erreur. Au refte , ce n'eft pas ici le feul endroit où Pindare

donne aux Thébains le nom de caat^-n'i : dans ia ix e Ode Pythique,

il appelle Amphitryon Ç«w4 , l'hôte des Thé'

bains : & dans la vn c Ode Ifthmîque, ewcyW axypac.fi&Ao.r^tf,

les Thébains infatigables dans Us combats. Mais il n'tft pa* le

feul qui les ait délignés par ce mot : avant lui Efchyle s'en

étpit fervi : on voit que dans fa Tragédie, intitulée ies Sept

devant Thébes , il nomme les Thébains mtoLf-nù mftyat ; ÔC

dans celle qui a pour titre les Eumenides, il appelle les mêmes

Thébains m*ft&f yitç, expreflion qui eft toute la même que

Celle dont Pindare fe fert ici, wrcyn» yiht.

Le fils de Tyndare habitott à Thérapne. ] Ville de Laconiej

ainfi appellée de Thérapne fille de Lelex, Roi de Lacédémo-

11e, ôc fameufe par la naiflance de Caftor & de Pollux, qui y

avoient un beau temple, 6c qui de-là font quelquefois appelles

Therapncei fratres. Pindare a déjà parlé de cette ville dans la

XI e Ode Pythique, où/il dit que de deux jours tun , Cajlor &

Pollux habitent alternativement Thérapne & l* Olympe.

Ta fitv TTOLç etfiap tfpuat ®t&ï7rva4 #

To «F ohtorr&ç tfSov OMif&rov.

Jouijfez â jamais de votre gloire > illuflre couple de héros."}

J'employe ici beaucoup de mots> pour rendre un feul mot

grec ; car dans le texte il n'y en a qu'un feul, pg-fprn > qui

rendu littéralement produiroit un effet ridicule, & ne figmfieroitque

vALETE, Adieu, jufqu'au revoir. Les Grecs fe fervoient

de cette expreflion ,lorfqu'ils prenoient congé de quelqu'un,

& qu'ils s'en féparoient. Mais chez eux cette foimule ne s'étoit

point avilie parle fréquent ufage, & n'avoit rien de trop

familier : ils en ufoient avec ies perfonnes les plus refpe&ables,&

elle avoit fa place dans le plus haut ftyle. Aufli

voyons-nous, qu'aflez fouvent Pindare après avoir donné lès

>lus grandes louanges à un héros, il le quitte tout-à coup, en

Î ui diïant > %ûpt ç iXot : & pour ne point perdre de vue l'endroit

que nous examinons ici, ce Poëte après avoir fait un magnifique

éloge de Caftor & dlolaùs, les quitte par cette foudaine

Xx ij


2 4 8 MEMOIR E S

& courte apoftrophe %dptrt. Mais ces formules, qui dans Ta

langue grecque ont je ne fçai quoi de vif & de noble, feraient

brufques & baffes dans la nôtre : elles tourneroient

trop court, & tiendroient trop du langage populaire. Ainft

5'ai cru-quedansToccafionil m'étoit permis de les étendre ,

& de les relever un peu ; ou plutôt de les rendre par des efpéces

d'équivalens, conformément aux idées que nous nous

fommesiaites du flyle de l'Ode.

Pour moi dans cet hymne quej offre & à Neptune, & âTIftèmej

& à-Onchtfle.lVmàtoxe par ces paroles rentre dans fonfujet ^

& préfente fon cantique d'abord à Neptune, Dieu tutelaire

des jeux où:Hérodote avoit vaincu ; & enfuite à l'Ifthme, ôc

à Onchefte, deux endroits où\:e Dieu étoit particulièrement

honoré > & avoir des temples magnifiques.

L'éclatante fortune de fon père Afopodore, 3 La fortune d'Afopodore

père du vainqueur > avoit eu des faces, fort différentes

: il étoit de Thébes , mais une fédition l'obligea d'en fortir.

Il fe retira avec une partie de fes effets à Orchoméne, où

il fut très-bien reçu des habitans : il retourna dans la fuite à

Thébes , lorfque les troubles de cette ville furent appaifés ' r

& fa maifon y fut plus floriflanteque jamais.

Je chanterat Orchoméne.Jll y avoit jufqu'à cinq villes de ce

nom ; une en The (Ta lie > une en Macédoine, une en Caryftie ,

une en Arcadie,- & enfin une en Bœotie, qui eft celle dont

jarle ici Pindare. Cette dernière avoit deux noms ,• car on

Î'appella d'abord Mynie du nom de Mynias > qui en avoit éter

le premier Roi. Aufli Pindare fur la fin de cette même Ode

appelle cette ville» le féjourde Mynias , Mulet fwjgis.otkl'appella

dans la fuite Orchoméne, du nom d'Orchoméne

fon fécond Roi, & fils de Minyas. Le fleuve Céphife coûtait

le long de fes murs : elle étoit fameufe par un beau temple

que les Grâces y avoient. Les Anciens nous parlent de

cette ville, comme d'un lieu charmant, & digne d'être le

fejour des trois Déeffes aufquelles il étoit confacré.

Orchoméne ,patrie aAjopodore.~\QQ paffage embarrafTe extrêmemeiit

les Commentateurs ; ils ont peine à comprendre:


DE LITTERATURE

34^

comment Afopodore poùvoit être d'Orchoméne, puifque le

titre de l'Ode marque positivement, qu'Hérodote Ion fils

étoit de Thébes.

Quelques uns prétendent que Ton & l'autre étoit d'Orchoméne

, ôc difent fans façon, qu'il faut corriger le titre de l'Ode

, où Tort trouve à Hérodote de Thébes, ôc fubftituer à Hèro*

dote d'Orchoméne, Mais le commencement ôc la finde l'Ode

prouvent invinciblement, que Pindare regardoit Hérodote

comme Thébain : car ce Poëte commence par invoquer

Thébes > comme une ville qui s'intérefle à la gloire de ce

vainqueur ; ôc il finitpar prier les Dieux, que le nombre de»

•itloires d'Hérodote croifle avec le temps T ôc rehaufle la

gloire de Thébes aux fepr portes ; chofes qui ne viendroienfi

pas au fu jet, ôc qui feroient de mauvais fens fi Hérodote n'a"

voit pas été Thébain.

D'autres foutiennent, qu'à la vérité Afopodore ôc Hérd*-

dote étoient d'Orchoméne , mais qu'il ne faut rien changer

dans le titre , Pindare pouvant fort bien les appelîèr Thébains

, parce qu'Orchoméne relevoitde Thébes.

Il y en a qui croyent qu Afopodore ôc Hérodote étoient

originaires d'Orchoméne, mais établis à Thébes.

D'autres, fans y chercher tant de finette, dilent qu'il n y y a

rien de fort furprenant» qu'un père ôc un fils foient nés dans ;

deux villes différentes»

Enfin/opinion la plus commune > c'eft qu'Afbpodore aufli

bien que fon fils étoit Thébain ; mais qu'une fédition l'avoif*

obligé de fe retirer à Orchoméne, où il a voit été très-bien reçu

; ce qui fuffit, félon les partifans de cette opinion, pour autorifer

Pindare à appeiler Orchoméne, patrie d'Afopodore.

Ils le prouvent par ce principe général, que tout lieu où l'on

fe trouve bien, eft une véritable patrie. A cette rarfon j'en*

ajoute une autre ; c'eft que les Anciens donnoient en particulier

le nom de patrie, aux lieux où Ton cherche une retraite :

ainft dans Virgile, Enée parlant de l'Italie/où ilatloit s'établir>

dit que là eft (on cœur Ôc fa patrie , htc amor , htc patria efl :ÔC

le même Poëté dit des hommes qui fe tranfplantent dans de»

Xx iij.


3e 0

MEMOIRES

pays lointains f qu'il vont chercher une patrie éclairée d'un

autre foleil :

Atque alto patriam quarunt fub foie jacentem.

Lorfqu après une cruelle tempête.'] Toutes les expreffions de

cet endroit font allégoriques ; & peut-être feroit-il difficile

de trouver une métaphore plusfuivie & plus belle. Pindare

change une fédition en une tempête ; Thébes remplie de

troubles en une mer immenfe & agitée; les effets qu'Afopodore

tranfporte à Orchoméne , en des débris de vaiffeaux ;

fon rétabliffement dans fa patrie, en une férénité qui fuccéde

à un orage, &c.

Celui qui a paffe par les di/graces, outre les autres avantages

quil en retire, &c] Pindare nous apprend par cette maxime >

que l'adverfité eft une bonne école; 6c que les maux pattes

donnent de la prévoyance, pour éviter les maux à venir. Les

Grecs exprimoient cette penfée par un jeu de mots ; a*^"

fULia,, fÀttf»fi&T les afflictions font des injlruclions»

Que fi la vertu s'abandonne atout fon penchant, &c. ceux en

qui elle fe trouve méritant, &c] Cette propofition eft générale

: Pindare n'en fait point l'application à Hérodote, il laide

ce foin à ceux qui jetteront les yeux fur fon ouvrage. Il n'y a

point d'Ecrivain qui faffeplus d'honneur que lui à fes Lecteurs.

Il leur fait fentir par-tout, qu'il compte fur leur pénétration

; & fe contentant de leur préfenter un beau fens, il leur

paroît être pleinemenr convaincu, que fans qu'il s'en mêle davantage

, ils fçauront de refte approfondir. Bien différent en

cela des Auteurs médiocres > qui épuifent tout ce qu'ils trai~

tent; & qui par une injurieufe défiance de ceux qui doivent

les lire , craignent toujours de n'en pas dire allez.

S'abandonne à tout fon penchant."} Le mot qu'employé ici

Pindare, eft remarquable, VTOUTKJ w£ç*t opydf ; comme il

dit ailleurs *aWl< lfy*\t » de toutes Jes forces, de tout fon pouvoir.

Ceux qui commencent à étudier le grec, ne connoiflent

guère d'autre lignification du mot opy*> que celle de colère ,

fureur ; mais Pindare s'en fcrt prefque toujours, pour fignifier


Ï)E LITTERATURE. 3*1

en général difpofition avanie, fond du caractère , mœurs , naturel,

penchant, inclination, foit en mauvaife part, foit en bonne. En

raauvaife part, comme dans la u c Ode Pythique, où il dit que

les calomniateurs reffemblent parleur cara&ère aux renards,

ipytfi Ahmmxmt IntMi : en bonne part, comme dans la première

Ode Pythique, où il exhorte fon héros à foutenir jusqu'au

bout fon caradère bienfaifant, ôc magnifique, 4*&bu

\fî£ xnpjAittu i & dans la n c Ode fur les Jeux de i'Ifthme,ou

il forme ce fouhait au milieu d'un tranfport poétique : PuiJJent

les traits que je lance y pajfer autant en vttejfe ceux des Poètes

mes concmrens, que les mœurs de mon héros pajjoient en douceur

telle des autres nommes !

Maxp ùnicm ixovrU

CCUfJU TOffOvUÏ , OOOV Ofyet f

Zetvoxçccrtiç vtrn p ar ^ç^inût ^Awe«7ar

. Et qu'elle fe (îgnale également par la dêpenfe & par le travail,

iUnaV*)« T% xs4 *»w«*] Selon Pindare, le grand fecret pour

réuflir dans une entreprtfe> c'eft de Ravoir à propos, ôc répandre

l'argent, ôc apporter l'application néceflaire : il réduit

tout à ces deux points ,


3 j* MEMOIRES

mer nourrit, ^ ©r «ôn-o* içfyti.] Chryfippe traduit, & le négociant;

Didyme, & le pêcheur; d'autres, ôc le matelot:

par où ils ne rendent qu'une partie du fens : Pexpreflion grecque

eft générale, & renferme ces trois idées. C'eft pour lui

v confervec toute l'étendue de fa lignification, que j'ai traduit à

la lettre, & celui que la mer nourrit.

Il ejl donc juflc, Hérodote, &c. ] Cette ftrophe contient le

dénombrement des Jeux différens, dont Hérodote avoit remporté

le prix. J1 avoit vaincu, à fffthme, dans les jeux confacrés

à Neptune ; à Thébes, dans les jeux confacrés à Hercule

& à lolaùs ; à Orchoméne, dans les jeux confacrés à Minyas ;

h Eleufine, dans les Fêtes de Cerès ;en Eubée, dans les jeux

confacrés à Jupiter Roi, Ait£«rj\ér; à Phylace ville de TheÊiàlie

, dans les jeux confacrés à Protéfilas. Le Poète dit un

mot de chacun de ces jeux, & par làraflfemble fous un feul

point de vue, toutes les victoires de fon héros.

Ce Dieu qui ébranle la terre, ] C'eft par cette épithéte que les

Poètes défignent ordinairement Neptune ; oiai^»*, i\*~

**XQ*'> tnv'qflw, if»ortyo}©$, tooffitaf, &c. mais non-feulement

ils attribuoient ace Dieu le pouvoir d'ébranler la terre ,

ils croyoient qu'il pouvoit aufli l'entrouvrir. Tout le monde

connoît ce bel endrtoit de l'Iliade, où Neptune en courroux^

répand l'épouvante jufque dans les enfers.

y.'H. ' EeTcTucrtr /' yTrwpdw oued; knypi A'jSbvHç*

A&oaj;


DE LITTERATURE.

Et-far le centre ouvert de la terre ébranlée

Ne fajje voir du Styx la rive défilée ,

Ne découvre aux vivans cet empire odieux ;

Abhorré des mortels, & craint même des Dieux:

Tradu&ion admirable > ôc qui peut-être ne cède à l'original ,

qu'en oe qu'elle eft plus longue de trois vers. On voit parce

paflage, que les anciens Poètes donnoient à Neptune le

double pouvoir dont nous avons parlé : fiction fondée, (ans

doute , fur les violentes fecouffes que la mer donne à la ter*

re, Ôc fur les pafiages qu elle fe creufe au travers de tout ce

qu'il y a de plus dur.

Qui répand fis grâces fur nos chars, iwpyiretf «p/utiw. Et qui

préjide à nos courfes équeftres , ïitwfyofitoi. ] Les Anciens

croy oient encore,que Neptune préfîdoit particulièrement aux

courfes, foit de chevaux, fbit dé chars ; ôç c'eft pour celaqu'ils

lui donnent fifou vent les noms de IxtffMi, 'iitmoç, Invarali ,

\itu-H,


3*4 MEMOIRES

Payer le dernier tribut à Pluton. ] Il y a dans le texte,payer

fin ame à Pluton, 4u;g>lr kiïcf, -nxiïf ., mais je ne fçai fi cette expreflion

feroit fupportable en françois. Au refte le toor que

Pindare employé ici eft fort grec, ov 9gf£tr«4 -vf^r àtJ*

•nAf 4W, à la lettre non ànimadvertit pendens animam Plutoni,

Tpoutjependereanimam Plutoni, Les Poètes Latins ont fou vent

unité ce tour des Poètes Grecs, (a)

ODE

DEUXIEME.

A Xénocrate dAgrigente , vainqueur à- la cour fi

des Chars. ;

ARGUMENT.

X

E NOCRATë , un des plus grands Seigneurs de ta Sicile f

& frère de Théron Roi dÏJîgrigente, ayoit aux Jeux de

ïlfthme remporté le prix de la courfe des Chars: cette Ode fut

compoféeà fa gloire> mais elle eft adrejfée àThrafybulefonfils. Les.

Commentateurs cherchent la raifon de cette particularité : les uns

difent que Xénocrate étoit mort peu de temps après fa vicloire : les

autres prétendent quilvivoit encore , mais que Pindare fongeoit â

faire fa cour au jeune Prince qui devoit fuccéder 9 & qu'il tournoit

ses yeux vers le foleil levant. Raffinement de politique 9 dont un

Poète peut fort bien être capable. Nous verrons pourtant dans les

notes y que la première de ces deux opinions eft fans comparaifon la

mieux fondée. Quoi qu'ilen /oit, ileft certain que Pindare adrejje

toujours la parole à Thrafybule.

Il commence par lui faire entendre , qu'au bon vieux temps les

Poètes n'écrivoient que pour célébrer leurs amours, mais que les

chofes ont bien changé } qu'ils ne fepiquent plus defentimens tendres

; & que revenus d'une paffion frivole, ilsfe livrent à une auire

qui rapporte des avantages plus folides. En quoi ils ne font,

félon lui, quefe conformer aux mœurs de leurjiécle, qui nejîimam

(a) Senfit medios delapfiu in hoftet. Virg.

Aitfuiffe navium celerrimtu. Cat.

Uxor invifti Jovis e([c nefeis. Horafc.


DE LITTERATURE, ^ s

que t argent, femble les autorifer à Cuivre le goût dominant. Il ne

s explique pas davantage fur cet article, & taijjam à Thrajybule

le foin de tirer la conclu/ion, il entre en matière; & a* abord il

exalte la victoire qui fait le fujet de la pièce : tlpajfe enfuit e à trois

autres, que Xènocrate avoit auparavant remportées , F une à Del'

phes, f autres à Athènes, & la troijtéme à Olympie. Au fujet de

cette dernière ville, ' il obferve que Théron frère du vainqueur y

avoit auffi remporté le prix : il les réunit dans un même éloge, S*

répand quelques louanges fur Enéfideme leur père, & fur toute leur

matfon, amie déclarée de la poëfie & delà muftquc. Enfin, après

avoir chanté les victoires de fon héros, il en célèbre les vertus ; &

defcendant au détail, il loue en particulier la douceur de Xénocra*

te, fa conduite pleine de dignité ,fon inclination bienfaifante, fa

piété, fa magnificence, llrajfûre Thrajybule contre les vains murmures

de Fenvte, & f exhorte à répandre en tous lieux les vers

qu'il lui envoyé. Il finit par les recommander au courier, qui devoit

les porter en Sicile :fin qui fans doute parortra bien ftmple en

ce temps-ci y où félon les idées que nous nous fommes faites de la

poëfie Lyrique y nous voulons que non-feulement l'Ode, mais même

chaque fiance finiffe par quelque trait ingénieux, & par une efpéce

iEpigramme,

Au refie, nous n'avons point dtOde de Pindare, qui/bit plus

fuivie que celle-ci ; car à fexorde près y qui tient un peu du lieu

commun 9 tout le refie va droit au but. Le Poète ne perd point de

vue fon fujet ; mais fi, contre fon ordinaire, /'/ ne je jette point

dans des écarts, on peut dire qu'en recompenfe il s'abandonne à

tout fon enthoufiafmè. Cette pièce efi pleine d'exprejfions hardies,

& défigures pouffées à F excès. J'auroispu les adoucir en notre langue

y mais fai mieux aimé leur conferver toute leur audace: per/ùadè

que le fiyle de F Interprête doit repréfenter au naturel celui de

f Auteur ; & qu'il faut que dans une traduction 9 Dém fihène

parle autrement qu'lfocrate > Thucydide qu Hérodote, & Pindare

autrement qu'Homère*

Yyij


,î«

MEMOIRES

ODE.

LEs anciens Poètes , Thrafybule, ces hommes fameux

qui montoient le char magnifique des Mufes, alloient,

le luth à la main, au devant de ceux qu'ils vouloient célébrer :

toujours prêts à lancer les traits légers de leurs tendres cantiques

, en faveur des jeunes gens recommandables par les

agrémens de la figure , & par cette aimable faifoh de lage ,

qui réveille dans les cœurs le goût du plaifir.

Car alors les Mufes n'étoient point encore avares ni mercenaires.

Terpficore ne vendoit point fes fons doux, touchans,

harmonieux : les vers qu'elle dictait, ne portoient point

la pafîïon de l'argent empreinte fur le front. Mais aujourd'hui

cette Déefle permet de fuivre la maxime de l'habitant d'Argos

: maxime fort approchante de la vérité ; ies biens font

l'homme, L'Auteur de ce mot Pavoit appris de l'expérience ;

car en perdant fes richeffes, il avoit perdu fes amis.

Vous m'entendez, Thrafybule, ceft à un homme éclairé,

que je chanre la victoire équeftre remportée n'agueres aux

Jeux de l'Ifthme. Neptune la ménagea à Xénocrate: il lui

envoya la couronne d'ache,deftinée à ceindre le front du vainqueur

; & par un falaire fi glorieux récompenfa dignement ce

grand horome,l'honneur des chars, & la lumière d'Agrigente.

Déjà dans les plaines de Delphes , Apollon, ce Dieu dont

le pouvoir fe répand par toute la terre, l'avoit regardé d'un

oeil favorable,& l'avoit couvert de gloire. Déjà dans Athènes,

comblé de faveurs éclatantes par les habitans de cette ville cé>lébre,

il n'avoit point eu à fe plaindre de Nicomaque fon E-

cuyer : Nicomaque, dont la main également habile à dompter

descourfiers & à conduire des chars,fça voit avec une extrême

juftefle diftribuer à toutes les rênes le mouvement nécefTaire.

Déjà même les Prêtres qui deflervent le temple que Jupiter

a dans l'Elide, ôc qui annoncent le temps où Ton doit célébrer

les Jeux de Pife, lui avoient marqué leur reconnoiflancepoui

l'accueil obligeant qu'il leur avoit fait autrefois. Ilslc


DE LITTERATURE. 3S7

faluerent par de douces & flatteufes acclamations, lorfque

dans leur patrie, appellée par préférence le territoire du Maî~

tre des Dieux, ils le virent fe profterner en a&ion de grâces

aux genoux facrés de la vi&oire.

C'eft là que les filsd'Enéfideme fe font élevés à.des honneurs

immortels : car les cantiques agréables » Thrafybule,

& les airs mélodieux ne font pas inconnus dans vos palais.

Aufli neft-il point difficile d'introduire dans les maifons vrai-?

ment illuftres les honneurs que difpenfent les Mufes.

Puiffent les traits que je lance, pafier autant en légèreté

ceux desPoëtes mes concurrens, que les mœurs de Xénocra*

te paftbient en douceur celles des autres hommes ! Il fçavoit

dans le commerce de la yieferendrerefpeâableàfes citoyens:

il aimoit, félon la coutume établie par toute la Grèce, à faire

dans nos Fêtes folemnelles une noble dépenfe en courfiers :

fa piété embraflbit tous les devoirs de la religion. A fa table

toujours ouverte aux Etrangers,jamais on ne s'apperçût qu'un

fâcheux contre-temps lui fit refferrer les voiles de fa magnificence

: abondamment pourvu de toutes les commodités qui

conviennent à chaque faifon, il tranfportoit fes convives, en

été fur les bords du Phafe , en hyver fur les bords du Nil. ,

L'envie murmurera de cet éloge; mais parce que des penfées

de jaloufie volent fans cefle autour de l'efprit humain, il ne

faut pas/Thrafybule>que vous laifliez enfevelir dans le filence ,

& les vertus de votre père, &vces hymnes que je lui confac/e;

je ne les ai pas travaillés, afin que monumens immobiles ils

demeurent toujours attachés à une même place. Vous, Nicafippe

» que je charge du foin de les remettre à leur adreffe ,

diftribuez-les fidèlement, lorfque vous ferez arrivé chez laugufte

Prince qui m'honore du titre de fon hôte»

REMARQUES.

JTL Xénocrate.yDzns toute la Sicile, ou plutôt dans toute

la Grèce, il n'y avoit point de maifon plus illuftre que celle

de ce vainqueur. J'ai déjà dit qu'il étoit frère de Théron

X y "J .


jj8

MEMOIRES

Roi d'Agrigente. Si les Généalogiftes de l'antîquité ne nom

ont point fur fait > ils defcendoient l'un & l'autre d'Agenor, 6c

comptoient entre leurs ancêtres une longue fuite de Rois.

Oui mantoient le char des Mu/es, Moioa* ftp& f »] Cette ex»

reflîon fe'trou ve trois fois dans Pindare. On Icait que Pegafe eft

I a monture ordinaire des Poètes; mais bien que la fable ne les

mette communément qu'à cheval > Pindare aime à les placer

fur des chars. Idée, qui d'elle-même a de la nobleffe âc de la

grandeur ; mais qui parune raifon particulière devoit produire

un très-bon effet dans ces fortesd'Odes. Car elle rappellok aux

héros de ces pièces le fouvenir* des Jeux qui avoient été le

théâtre de leur gloire; 6c parmi lefquels, la courfe des chars

tenoit un des rangs principaux.

Toujours prêts à lancer les traits légers,"}?our peu qu'on foît

familiarifé avec Pindare, on fçait qu'il donne aux Poètes un

arc, ïwtyt va© o*intcè *n%or ,£y* ^ofii ; un carquois, S.fibt $«f«-

re /0»' %i «f»»t


DE LITTERATURE. 30

les endroits les plus libres qui fe trouvent dans leurs ouvrages*

n'éroient que des jeux d'éfprit, & des gentillettes poétiques ;

& qu'enfin ils avoient trouvé le fecret de fouiller d'ordures

leurs écrits » fans falir le moins du monde leurs perfonnes.

Saifon de rage. ] Il y a dans le texte automne de tâge, inû&f.

Les Grecs comparaient la jeu nèfle à l'Automne, & les jeunes

gens à des fruits qui ont atteint leur point de maturité, & qui

ion bons à cueillir. Les Latins avoient fur cela les mêmes

idées : félon Horace, une jeune perfonne qui touche à fa puberté

, c'eft une grappe de raifin que l'Automne va peindre

de fes plus vives couleurs.

Jam tibi lividos

Diflinguet Autumnus racjsmos,

Purpureo vrpurco varius colore.

Mais dans notre langue nous avons attaché une idée toute

différente au mot d'Automne, employé par rapport à l'âge ; Ôc

nous ne nous en fervons qu'au fujet des perfonnes qui commencent

à être fur le retour. Nos Poètes difent des jeunes

gens, qu'ils font dans l'Avril, dans le printemps de leurs jours.

J'ai donc cru que, pour éviter l'équivoque, il m'étoit permis

de m'éloigner un peu de la lettres 6c de fubitituer le mot générique

de faifon au mot fpéciiique d'Automne; ce qui revient

au même pour le fens.

•Qui réveille dans les cœurs le goût duplaijir, /Ktdfugtr âf &*

tiitfi» ] C'eft-à-dire, félon la plupart de Commentateurs, qui

rappelle le fouvenir du plaifa. Quelques - uns traduifent pourtant,

VESERIS PROCAM, qui recherche , qui pourfuH leplaifiu

On fçait qu'en bon grec pinr*? fignifie procus, & ttt&ru&,

proca ; mais quoique ce dernier fens ait fbn énergie & là

grâce , j'ai cru que je devois préférer le premier. Il m'a paru

qu'il falloit expliquer cet endroit de Pindare, par un autre où

il employé encore le même mot. C'eft dans la dernière Ode

Pythique, où il appelle la flûtemilitaire , n>*


3


DE LITTERATURE.

jtf r

-Ode rfthmique il en fait un long & pompeux éloge; & il

lui rapporte la gloire de tout ce qui s'exécute de plus beau &

fur terre & fur mer.

En fécond lieu, lorfqujl parle des richefles en général, il

ti'eft pas moins éloquent fur leur chapitre : il les regarde

corames les marques les plus infaillibles de labienveillance des

Dieux: il ne croit pasquon puiffe être heureux fans leur fecours.

Il elt vrai que fa morale ordinaire, c'eft que la fagefTe ôc

Ja vertu font les véritables biens de l'homme ; mais afin que le

bonheur foit complet , il veut que les richefles y foient jointes.

Troifiémement, H ne prêche rien tant à fes héros que la

libéralité :fans ceife il leur répète, que c'eft d'elle principalement

que les autres qualités héroïques tirent leur luftre;qu'elle

-les met dans tout leur jour, ôc qu'elle eft le plus fur garant de

l'immortalité. Ce qui porte à croire 9 qu'il avoit des raifons

fecretes pour leur recommander fi fréquemment la pratique

de cette vertu.

Mais en quatrième lieu, il n'a pas moins de foin de représenter

fouventla juflice qu'il y a, que les Poètes tirent un tribut

de leur travail. Il exige le prix du fier»dans plufieurs de

fes Odes ; ouvertement, dans quelques-unes; & dans les aunes

, dune manière cachée.

C'eft fur ces différentes raifons, que les Anciens s'étoîenc

fait une idée peu avantageufe du défintéreflement de Pindare;

mais depuis vingt-cinq ans , ceux de nos Commentateurs qui

lui ont donné quelques-unes de leurs veilles^n ont pu fouffrir

qu'on eût imprimé cette tache à fa mémoire, & ont fait de

.généreux efforts pour lever ce fcandale. Je nefçais pas ce que

lesfiécles à venirpenferontde la fortede critique quia régné

.de notre temps ; mais je doute qu'ils puifTent voir fans étonnement,

à quel point nous portons la prévention pour les

Auteurs furlefquels nous travaillons. Non côntens d en faire

des Ecrivains fans défauts, nous voulons encore en faire des

Saints.; Ôc partant de l'admiration outré» de leurs écrits à celle

jdeleurs perfonnes,nous prétendons qu'on doit fléchirle genou

devant leurs mœurs ; comme devant leur ûyle. Un Sçavant

Tom^L

Zz


36* MEMO 1RES

d'Angleterre vient de mettre à Ja tête d'un de Ces ouvrage*

une longue & curieufe Préface,où il foutient avec la dernière

chaleur , que Pindare étoit défintéreffé,qu'Anacréon éroit fo*

bre & chatte, que Sappho étoit modérée 6c retenue, & ainft

du refte. Il n'y a forte d'injures qu'il ne dife dans l'excès de

fon zélé à ceux qui ofent être d'un avis contraire. 11 les traite

d'hommes igrrorans ou flupides, qui n'ont pas lu ces Auteurs,

ou qui ne les ont pas entendus : épithétes qui font la refTource

ordinaire des défenfeurs de caufes défefpérées , 6t qui font

plus de la moitié de leurs preuves. Mais à qui perfuadera-ton

, que Schmide cedodte Allemand>qui écrivait il y après»

d'un iiécle, n'avoit point lu Pindare, ou ne l'avoir point entendu

? Lui, qui pana quinze années de fa vie à l'expliquer publiquement,

ôc à nous laifler ces profonds 6t judicieux com^

mentaires, qui répandent un ft beau jour fur les œuvres de ce

grand Poëte, le plus fublime, mais le plus obfcur de l'Antiquité.

Cependant Schmide amateur de Pindare à l'excès,mais

pourtant plus amateur encore de la vérité r ne craint point de

dire en plulieurs endroits de fes remarques, Pindarus pajjïm

fiXo%çjfùi apparet. Et après tout, quand il feroit vrai que

Pindare n auroit pas été infenfiWe aux attraits de l'or & dé

l'argent, cela ne prouveroit rien contre fa poëfie, & n'empêcheroit

pas que du confentement de tous les (îécJes, Une

eût tenir le premier rang entre les Poètes lyriques.

La maxime de l'habitant a" Argot."] Comme l'Auteur de cette

maxime étoit alors connu de tout le monde, Pindare ne le

nomme pas ;mais Alcée nous enaconfervé lenom dans un

fragment que cite le Scholiafte > ôc que voici, (a) OnaiTure

qu'Ariftodéme a dit autrefois dans Sparte ce mot qui n'eft que

trop vrai : les richejfes font t homme, & nul homme pauvre rieft

ni honoré nieftimé. Andron d'Ephefe confirme que cène fen~

tence eft d'Ariftodéme, qu'il met au nombre des fept Sages.-

Au refteje ne feais fil'on peut dire qu'Aicée n eit pas d'accord

avec Pindare au fujer de la patrie d'Ariftodéme , car il me

( a ) Qf y*f


DE LITTERATURE. 3 funt, les biens ,

les biens SONT t homme, comme qui dirait, l'homme n'eft que

cela» & "en de plus. Il n'eft pas croyable en combien de façons

les Poètes ont depuis tourné & retourné cette penfée.

Tanti, quantum habeas, fis ,

dit Horace en un endroit j

Etgenus&formamreginapecmiadonat.

dit-il en un autre endroit. Et notre Horace François ,

f

uiconque ejl riche ejl tout ifansfageffc ilefifage ,

a,fans rienffavoir 9 la fcience en partage.

Je (ùpprime les autres exemples, dont on pourront faire un

jufte volume. Mais j'ofe avancer que de toutes tes manières

iortt on s'eft fervi pour exprimer cette vérité, il n'y en a point

de plus énergique ni de plus vive, que celle-ci > £çA/isti«

2£itftt(r'aflSp. Il femble qu'Horace Tait eue en vue dans un auire

endroit où il s écrie,

0 cives f cives, quarenâa pecunia primum ejl.

Lareflemblance du fèns, 6c de plus la répétition emphatique

qui fetrouve dans les deux tours, donnent Jieu de croire que

l'un pourrait bien avoir été fait d'après l'autre. Si cela eft > je

ne crains point encore de dire, que la copie eft fort inférieure

à l'original. Cac outre que le grec eft beaucoup plus concis,

difànt en trois mots plus que le latin ne dit en fept, dans l'un

Zzij


'5** . MEMOIRES

la répétition ne tombe que fur cives, qui n eft pas le mot e(ïénv

ciel ; au lieu que dans l'autre elle tombe fur le mot ^V** 1 * *

qui fait le fond de la penfée.

Car en perdant fes richejjes, it avoit perdit fis amis*.} Il fau*

avouer à la honte du cœur humain, que la première de ce*

pertes entraîne prefque toujours la féconde. Aufli Pindare qur

ne haïflbit pas les fentences, & qui peut-être n'en a que trop

répandu dans fes ouvrages, dit-il ailleurs avec cette gravité

qui lui eft naturelle : {a) Peu d'hommes portent lafidélité jujauà

prendre leur part dam la dijgracedun ami. Réflexion dont Ho*

race acru devoir tempérer un peu la triftefTe ,en l'habillant de

termes plus familiers & plus enjoués , (b) les tonneaux Jom-ils

vuidès 9 adieu les amis. Mais avant Horace & Pindare, fEc*

cléilafte avoit dit : un ami yrieflleplus fouvent qu'un compagnon

de table r qui déferre le même pur que la fortune ; EST AMICU&

SOCIUS MENS JE , ET NON PERMANEBIT IN DIE NECESSlTATISi

Vous m'entendez , Thra[ybule.\ Cela n'étoit pas difficile h

entendre;.& Thrafybule n'auroiteu guère de pénétration-,,

s'il n'avoit pas été au fait. En tour cas, cette reprife courte fie

yive étoit toute propre à réveiller fon attention % ôc à le pic~quer

d'honneur..

Cefl à un homme éclairé que je chante la vibToire È que (Ire. J

Ce n-eft proprement qu'à ces paroles, que lePoëte commencé

à entrer en matière : tout ce qui précède n'eft point lié néceffairement

avec le fu jet, & pou voit faire le début de toute autre

Ode y aulTi bien que de celle-ci ; de forte qu'à la rigueur,

l'on pourroit accufer cet exorde d'être un peu bannal. CaK*

lift rate, ôc après lui le Scholiafte tâchent de juftifier ce défaut

parles eiFeonftances où écrivoit Pindare. Ils prétendent qu'ii

avoit déjacompofé une Ode pour Xéhocrate > mais qu'il n ? ea

avoit reçu qu'une récompenie fort modique. Il étoit donc ,.

felon eu» 9 tour naturel qu'à la tête d'une féconde Ode il touchât

un mot de cela à Thrafybule ;& que d'une manière deV

{a) JUmSfti i' ci *Uf *i '

(>•) Diffugiunt eaiis *m» f*ct Jbfttù mmtu *


LITTERATURE. w

tournée il tâchât d'engager le fils à faire les chofés plus généieufement

que le père.

Neptune la ménagea à Xénocrate*] Pindare y à l'exemple

d'Homère, attribue toujours les victoires de fes héros à la

protection de quelque divinité. Il rapporte celle de Xénocrate

à Neptune ; & cela pour deux raifons, l'une généraleÔC

l'autre particulière *. la rakbn générale, c'eft que les Anciens

étoient perfuadés que Neptune préfidoit à toutes les courfes p

foit de chevaux, (oit de chars : laraifon particulière, c'eft que

les Jeux de l'ifthme étoient confacrés à ce Dieu ; & qu'ainfï

ceux qui en remportoient le prix, croyoient lui être redevables

de leurs fuccès*

Itlul envoya la couronne y &c. jDans les quatre Jeux foîetr**

nels de la Grèce ; ces jeux qu'on célébroit avec tant de magnificence

s & qui attiraient de tous les endroits de la terre une

fi prodigieufe multitude de fpeâateurs 6c de combatrans, oii

ne donnoit pour toute récompenfe qu'une (impie couronne.

Les Inftituteurs de ces Jeux avoient voulu par-là taire entendre>

que l'honneur feu 1 de voit être le bue de leurs aâions*

Eh de quoi n'éfoient pas capables des hommes accoutumés à

n'agir que par ce principe ? Àuffi Irfons-nous dans Hérodote ,

que durant là guerre de Perfe, Tigrane ayant oui parler dé

ce qui faifoit le prix de» Jeux de la Grèce , il fe tourna vers

Mandonius, & s'écria frappé d'étonnement : Ciel! avec quels nero4. t.a,

hommes nous avez-vous mis aux mains ? infenfibles à l'intérêt *

ils ne combattent que pour la gloire. rï«rf«f MapJVru, xêUn inr

+ytyou, r\y*yiç /*«;#fD/tf tôt* «p««f,o"J g t^epi xjtijU'mt W# *y£f&

La couronne d'ache, }Cette forted'herbe qui eft affez méprisée

parmi nous, étoit fort eftimée des Anciens : Apio gratia

vulgo inejî, dit Pline. En effet ils s'en fervoient pour faire des

couronnes, non-feulement dans leurs cérémonies de religion

& dans leurs Jeux fclemnels, comme nous en avons ici la -

preuve, mais encore dans leurs repas de plaifirs, & dans leur»

fêtes galantes, & ils la mêloient avec les fleurs fieles plantes

les plus agréables» Hocace préparant un feftin pour l'heureu*

Zz iij


';**

MEMOIRES

retour d'un de Tes amisT ordonne que les rofes, Pache, &les

lys n'y manquent pas ,

Neu defint epulis rcfa,

Neu vivax apium, neu brève lilium.

Le même Poète en une autre occafion à peu près femblable ,

s'écrie tranfporté de joye, qu'on lui iàfTe au plus vite des

couronnes d'ache ou de myrthe :

Quis udo

Deproperare apio coronas

Curatve myrto /

Et dans un autre endroit, pour engager la jeune Phyllis à

venir célébrer avec lui le jour de la naiiTance de Mécénas > il

promet à cette belle convive un excellent vin de plus de neuf

feuilles > Ôc force couronnes d'ache & de lierre.

Efi rnihi nonumfuperantis annum

Ptenus Albani cadus ; efi in horto ,

Phjlli , nefiendis apium coronis ,

Efi hedera vis.

Mais il eft à remarquer, que les Anciens empîoyoient auflî

l'ache à des ufages fort différens. Car Suidas nous apprend

qu'ils s'en fervoient dans les obféques, qu'ils en répandoient

fur les tombeaux , & qu'ils croyoient qu'elle étoit extrêmement

du goût des morts ; jufque-là qu'au rapport de Plutarque

on difoit proverbialement ftifiw nhht*, avoir bejoin

d'ache, à peu près dans le iens que nous difons ,Jentir lefapin 9

ou avoirun pied dans la foffe. On voit parla, qu'il eft ailé de

concilier les contradictions apparentes qui fe trouvent dans les

Anciens, dont les uns nous parlent de l'ache comme d'une

herbe agréable, & confecrée à la joye; les autres, comme

d'une herbe odieufe, & vouée à la triftcffe.

Déjà dans les plaines de Delphes. ] Ce fut là que Xénocrate

remporta (à première vi&oire. Le grec dit, dans les plaines

de Crtfe: mais les plaines de Crife contenoient les plaines de


DE LITTERATURE. féi

peîphes. Pindare fè fert indifféremment de ces deux ex prêt

fions (a) qui reviennent fans cefledansfes ouvrages. Crife étoit

une grande plaine près de Delphes » où Ton célébroit les

Jeux Pythiques : elle eft famé u le dans l'hiftoirc , pour avoir

été lé lujet de la guerre facrée 9 ôc avoir fourni à Philippe Roi

de Macédoine , un prétexte de mettre le pied dans la Grèce.

Déjà dans Athènes.] Cette ville fut le théâtre de la féconde

tiâoiredeXénocrate : car, outre les quatre Jeux folemnels

dont nous venons de parler, & qui étoient les-quatre fêtes générales

de toute la nation, il y avoit encore dans chaque ville?

& prefque dans chaque bourg, des fêtes particulières otr l'on

diftribuoit aufli des prix. Telles étoient dans Athènes les fêtes

de Minerve, de Bacchus, deCerès,de Junon> 6c beaucoup

d'autres.

Déjà mtme les Prêtres qui dejfervent le temple que Jupiter a

dans fEtide.]c'eft-à-dire, dans Olympie capitale de FElide*

Troifiéme victoire de Xénocrate , 6c la plus gtorieufe de toutes

celles qu'il remporta. Car les Jeux olympiques renoient,

fans contredit, le premier rang.: au (fi Pindare commenee-t-il

la première de fes Odes par nous déclarer, qu'ils étoient entre

les autres Jeux de la Grèce, ce que l'eau eft entre les élémens,

l'or entre les métaux, Ôc le Soleil entre les affres.

Se font élevés à des honneurs immortels, kjciwnti ftp*?** J

Pindare ne fait point ici comme la plupart des Poètes, qui

abufent étrangement de cette épithéte,ôc qui la prodiguent

à tout propos. Nous avons vu que rien effectivement n'étoifi

plus propre à immertarifer, que les honneurs attachés à la

victoire dont il s'agit. Car pour defcendre au dérail, outre ceux;

qu'on rendoit fur le champ au vainqueur ; comme de lui donner

une couronne à la vue de toute la nation âffemblée, de le

Eroclamer au fin des injlrumens, ôc par la voix des héraults, de

; reconduire en pompe dans fa patrie, d'accompagner f»

marche d'acclamations, ôce. on lui dreflbit encore une ftatue

à Olympie, on plaçoitfon nom dans les faftes i & enfin les

Poètes 6c les Muliciens employoient à l'envi les beautés 6c les

t « ) E» Kg>* f ci Ili&m>h


3*8 M E M O I R E S

-finefles de leur art pour éternifer Ton triomphe* Horace ne

craint point de dire, que cet amas d'honneurs fàifoit regarder

ceux qui les rece voient, comme des hommes élevés au-deflus

4e la condition mortelle, Ôc comme des Digux fur terre»

Palmaque nobilis

Terrarum dominos evehit ad Deos,

Et ailleurs,

Sive duos Elea domum réduit

Palma cœlejles,

Autant que les mœurs de Xénocrate furpaffbient. ] C'eft fur la

foi de ce vers & des dix fui vans, que h plupart des Commentateurs

tuent Xénocrate» Il furpaj/oit en douceur., Ufçavoitfs

tendre refpeftable.* Sa piété embiajjbit tous les devoirs,. Sa table

itoit ouverte à tout le monde,. Il tranfportoitfes convives s &c. Ils

prétendent qu'on ne parle point ainfi d'un homme vivant. Et

en effet tous ces imparfaits entaffés les uns furies autres, fen>

blent montrer que Xénocrate n'étoir plus. Mais le vieux Commentateur

Grec traite tout cela de licence poétique ; & fur ce

principe, qu'il n'eft rien de plus ordinaire aux Poètes,que de

mettre fans fcrupule un temps pour l'autre , il tient pour la

vie du héros avec toute l'opiniâtreté d'un Scholiaftp,

Sa piété embrajjoit.'] J'aurois pu me fervir d'un autre verbe i

mais j'ai voulu conferver celui du texte, TS&ot'ûvxT* amplexabatur.

Tous les devoirs de la religion ; le grec dit à la lettre, tous

lesfacrifices des Dieux, Jtdv fkîitLi wâfftf. Quelques MSS. &Ç.

quelques éditions portent llxf ra$ jtoutes les ajjemblcesfolemnelles,

c'eft-à-dire, toutes les jetés des Dieux, On fçait que le mot

|1 X|TT), outre plufieurs autres acceptions^ encore celle à'ajjem*

bléegénérale ; & qu'il a même paffé dans notre langue en cette

fignification, les Diettes de l'Empire, les Diettes de Pologne.

A fa table toujours ouverte. ] Pindare ne manque guère de

donner cette forte de louange à fes héros, pour peu qu'ils la

méritent. Il aimoit fort les tables des Grands ; mais c'étoit

jpoins la fenfualité qui l'y conduifoit, que la vanité. Ji paroît

qu'il


DE LITTERATURE. 7 tf 9

qu'il n'y alloit, que pour avoir à s'en vanter en fuite. De la

manière qu'il s'applaudit fur ce point dans plufieurs endroits

de fes ouvrages, il y a tout lieu de croire que s'il avoit vécu

de nos jours > il auroit toujours eu dîné chez un Duc ou chezun

Miniftre.

Jamais on ne sapperçut qu'un vent contraire s f élevant tout à

coup y lui fit refferrer les voiles de fa magnificence, ] Parmi le grand

nombre d'éloges que Longin & les anciens Critiques ont

donnés à Pindare , ils lui ont reproché qu'il n'étoit pas tou-r

jours aflfez maître de fon génie, & qu'il s'en laiflbit quelquefois

entraîner. Nous en avons une preuve dans cette vaine pompe

de paroles qu'il étale ici. 11 eft certain que l'allégorie eft trop

forte 6c trop chargée : le Poëte ne s'arrête point où il faut,

& l'on diroit qu'il eft comme emporté par le vent dont il

parle. Le Scholiafte lui-même en convient, kfcwp&xoTt&i

î^iiraro irS \iy», Ceft donc ici une de ces figures, que je

naurois pas manqué d'adoucir dans la traduction , fi pour la

raifon que j'ai alléguée, je ne m'étois fait une loi générale de

les donner telles que je les trouve dans le texte. Quant aux

Commentateurs, ils expliquent diverfement cette métaphore»

Les uns entendent par ce vent contraire, une nouvelle fâcheufe,

un malheur imprévu : les autres, un travers d'humeur, uncaprice

: quelques-uns même, une œconomie à contre-temps,

un accès de léfine, forte de petiteffe qui, félon eux, ne laiife

pas de fe trouver quelquefois dans les Grands.

Il tranfportoit fes convives, en Eté fur les bords du Phafe, &

en Hyverfur les bords du Nil, ] Cette figureeft vive & hardie 9

au (fi-bien que la précédente ; mais elle eft plus fage, ôc ne fore

point des juftes bornes. On en trouve une à peu près femblable

dans un de nos plus excellens Ecrivains : il dit, qu'à Paris ur*

homme riche

Peut dans fin jardin tout peuplé d'arbres verds ,

Receler le Printemps au milieu des Hyvers.

Si la Satyre dont le ftyle doit être fimrrie,peut élever fon tow

jufques-là ; combien plus l'Ode, qui eft dans le genre le plu»

Tome VL A a»


370 M E M OIRES

fublime ? Mais pour revenir à Pindare , ce qu'il veut faire entendre

par cette hyperbole, apprécié au jufte, fe réduit à ceci i

qu'on trouvoit toujours chez Xénocrate toutes les commodités

convenables à chaque faifon ; grand feu en Hy ver, 6c

grands rafraîchiflemens en Eté ; que pendant les ardeurs de

la Canicule, fes convives s'imaginoient être dans la Colchide,

climat froid qu'hume&e le Phafe ; mais que pendant les glaces

du Capricorne, ils fe croyoient tranfportés en Egypte, climat

chaud qu arrofe le Nil. Au refte, il ne faut pas s'étonnec

que la table de Xénocrate fût (i abondante & fi magnifique;

il étoit d'Agrigente, & l'oh fçait jufqu'où les habitans de cette

ville portolent le luxe, foit dans leurs édifices, foit dans leurs

repas.

Mais parce que despenfkes de jaloufie. ] Ce pafTage renferme

indirectement une maxime très-véritable & très-belle ; fçavoir,

que pour appaifer l'envie, il ne faut pas abandonner la vertu.

C'eft vraifemblablement cet endroit qui a fourni à Horace

l'idée de ce beau vers ;

lnviâiam pîacare paras, virtute reliaâ ?

Ce feroit acheter trop la paix avec cette paffion lâche & ma*

ligne, d'autant plus qu'elle illuftre fon objet, lorfqu'elle tâche

de l'obfcprcir : car à mefure qu'elle s'acharne fur le mérite fupérieur

qui la blefle, elle rehauffe l'éclat de l'hommage involontaire

qu'elle lui rend, 6c manifefte davantage la baffefle dç

l'ame qu'elle domine. C'eft ce qui faifoit dire à Thémiftocle,

qu'il n'envioit point le fort de qui ne fait point d'envieux ; ôc à

Ciceron, qu'il avoit toujours été dans ce fentiment, que l'envie

acquife par la vertu, étoit de la gloire * Ôc non de l'envie :

'HOC ANWO SEMPER FUI, UT INVIDIAM VIRTUTE FARTA M ,

CLORIAM PUTAREM , NON INVIDIAM.

Des penfees de jaloufie. ] Il y a dans le texte, des efpérances

de jaloufie, fSorigjù i\'mfiti. Mais le mot £ efpérances eft mis

ici pour le mot de penfees. Les Auteurs Latins ont dit pareil»

hzmsntjperare, dans lalîgnificarion de croire, pen/er. Térence,

SFURAB4M JAM PEFERVISSE ADQLESCENTIAM , je CTOyois


DE LITTERATURE. 371

ce feu âejeunejfe étoit pop. Et Catulle dans cette Epigramme»

où il fe moque Ci plaifammem d'un homme qui dans la prononciation

affectait de mettre des afpirations par-tout : *

Hic tum mit if ce fier abat fe effe locutum ,

Quitm quantum poterat, dixerat HINSIDIAS.

11 croyoit avoir parlé admirablement bien > lorfqu'il avok da

de toute fa force, des hembuches*

Voient fans cejfe autour de tefprit humain, ] Cette expreflion

cft fort au-deffous de celle du texte, auquel je ne crois pas

que notre langue puifle atteindre, ôwn»i çfitat i^(pjx^ua»rotf.

Quelle force > quelle hardicfle, quelle harmonie-dans ces trois

mots ! Pindare les répète ailleurs, kpf) $ hfyam* çptri ÂJR~

•srAaxioq kia*$WFoi xfi^rcn , une multitude innombrable âet~

reurs volent fans cejje autour de tefprit humain»

Je ne Us ai pas travaillés, ] Pindare fait entendre par-tout,

qu'il travaillent extrêmement fes ouvrages, 6c qu'il n'omet»

toit rien pour leur donner toute la perfeâion dont ils étaient

fufeeptibies. \

Afin que monumens immobiles ils demeurent toujours attachés

à une mime place. ] Le Grec dit tout cela en un fèul mot,

iXavowtoLi, comme qui diroit en Latin quieturos; mais le mot

grec a beaucoup plus d'énergie, & ne peut guères fe rendre

en ftançpisque par le long circuit de paroles dont je me fuis

fervi. EÂiruwr fe dit propremenr d'une mafle folide > & pofée

fur une bafe inébranlable. Pindare l'employé encore dans tut

autre endroit > qui peut beaucoup contribuer à faire fentir

toute la force & toute la beauté de celui-ci : c'eft dans ce

début magnifique de la v* Ode Néméenne*

fi aç- i/uwvaorr ipyaçttçuar

.. cèoufcc 9&X* y & c '

Je ne fuis proint unfiatuaire, & je ri v élevé point des monument

immobiles, toujours attachés à unpiédefiaU Partez ,mes vers, atiev

A-aarij


$7* MEMOIRES

par toute la terre, ôcc. On voit par ces deux paflages , que

Pindare plein de cette noble confiance que donne le véritable

mérite, met fans façon fes ouvrages au-dcfïus de tous ceux

que la fculpture peut produire. Horace fon rival, mais un rival

incapable de ces baffes jaloufies qui font le malheureux partage

des génies médiocres, foufcrit à cet éloge que Pindare fe

donne à lui-même ; Ôc enchérifTant encore, il ajoute que lorfque

ce grand Poëte veut bien compofer une Ode pour un vainqueur

, il lui fait un préfent plus confidérable, que s'il lui éle-

-voit cent ftatues,

Centum potiore fignis

Munere don ai.

DISCOURS

SUR

LA TRAGEDIE DE SOPHOCLE,

INTITULE'

OIAinOÏS

V01t

ŒDIPE

E

TTPANNOS.

ROI.

Par M. ROIVIN le Cadet.

a-Avril f \ ^ * * a f^te ^e * a Plupart des éditions de Sophocle

»7i8, \^/une Epigramme grecque, par où il paroît que l'Ami**

Excellence g Qnç ^ l'Ele&re étoient regardées comme fes deux plus belles

çctK pièce! Tragédies.

Malgré ce jugement, qui n'eft peut-être que le fentiment

particulier de Diofcoride, auteur de l'Epigramme, il eft certain

que l'Oedipe de Sophocle a paffé de tout temps pour la plus

belle de toutes fes pièces. Ariftote dans fa Poétique la propofç

par-tout comme un excellent modèle. Quelques-uns même fe

te T«rc. îbm imaginés que l'infcription OIAUIOYS TTPANMOS,

ne mar^uoit autre çhpfe que la fupériorité de cette pièce, qui

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