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CLAUDE ÉVIN SE BAT

SUR TOUS LES FRONTS

DE LA SANTÉ.

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société

UN HOMME

DE VALEURS

CLAUDE ÉVIN. Ancien vice-président de l’Assemblée nationale, ancien

ministre de la Santé, à qui on doit la fameuse loi Évin du 10 janvier 1991, député

de Loire-Atlantique, administrateur de la Ligue contre le cancer depuis 2001 et

président de la Fédération hospitalière de France, Claude Évin exerce depuis trente

ans le métier d’homme politique. Fils de cheminot nantais, il a été l’un de nos rares

ministres à ne pas être passé par l’ENA. Sa devise « Voir, juger, agir! » Ces maîtres

mots de l’action catholique ont guidé ses pas de petit séminariste, d’éducateur, puis

de ministre.

Àneuf ans, il voulait être prêtre. À 12ans,

le voilà donc au petit séminaire grâce

à une bourse du diocèse et une autre

de la SNCF, où son père était cheminot. S’il a

renoncé à la prêtrise, il ne s’est jamais détourné

de ce que lui avaient inculqué ses maîtres :

le sens de l’autre, le devoir de servir la collectivité.

Statut des infirmières, réforme hospitalière,

lutte contre le sida, loi antitabac…,

Claude Évin s’est battu sur tous les fronts de

la santé. Avec, profondément chevillée au

corps et à l’âme, la volonté d’agir en faveur des

plus démunis. Dans À votre santé !,qu’il vient

de publier aux éditions de l’Atelier, il raconte

le combat d’une vie qui l’a conduit d’une

maisonnette de garde-barrière à Nantes-

Blottereau, aux bancs de l’Assemblée nationale.

Sans nostalgie ni regret.

Vivre :Derrière les contingences politiques,

quelle raison profonde vous a poussé à lutter

contre le tabagisme et l’alcoolisme

Claude Évin :À mon arrivée au gouvernement,

le constat était unanime : aucune des mesures

prises ne s’était jusqu’alors révélée efficace.

On m’a bien sûr mis en garde contre la puissance

des lobbys de l’alcool et du tabac, mais je me

suis dit que je ne faisais pas mon métier de

ministre de la Santé si je ne prenais pas le

problème à bras-le-corps. J’étais d’autant plus

déterminé à agir que j’ai commencé ma vie

professionnelle en tant qu’éducateur spécialisé.

Je connais les drames de l’alcoolisme. J’ai vu

trop de familles en être victimes. J’ai dû séparer

des enfants de leurs parents, lorsque ces

derniers, minés par l’alcool, ne pouvaient plus

s’en occuper.

Aujourd’hui, quinze ans après l’adoption

de la loi qui porte votre nom, quel bilan en

tirez-vous

C. É. : La consommation de tabac a diminué.

On ne fume plus dans les trains, dans les avions,

de moins en moins dans les entreprises, même

s’il reste encore des efforts à faire. Le bilan est

hélas moins positif pour l’alcool. J’avais tenu

à ce que la publicité sur les vins et alcools soit

encadrée, pour mieux protéger les mineurs et

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À la suite d’Yves Bur, député UMP du Bas-

Rhin, vous avez déposé une proposition de

loi visant à interdire de fumer dans tous

les lieux publics. Vous voilà plus radical…

C. É. : La loi de 1991 affirmait ce principe : il

est interdit de fumer dans un lieu à usage

collectif sauf dans des emplacements expressociété

L’invité

mieux informer les consommateurs. Ce dispositif

a hélas été affaibli. Je trouve normal que

l’on communique sur les qualités sensorielles

et organoleptiques d’un vin. Mais les publicités

qui, aujourd’hui encore, assimilent l’alcool

à la fête et à la séduction, comme on le

ferait pour un parfum, vont à l’encontre de la

santé publique. L’alcool est plus dangereux

qu’un parfum !

TROIS

ÉVÉNEMENTS

QUI VOUS ONT

MARQUÉ

LA MORT DE MON PÈRE,

lorsque j’avais 19 ans.

Son départ m’a laissé un

sentiment d’inachevé.

Malgré nos demandes,

l’hôpital ne nous a jamais

indiqué la cause exacte de

son décès. Cela a pesé dans

mon engagement à mieux

faire respecter

le droit des malades.

LES NEUF ÉLECTIONS

LÉGISLATIVES auxquelles

je me suis présenté.

Aller au-devant des gens

pour solliciter leur

confiance, ça marque !

TOUS CEUX QUE J’AI

RENCONTRÉS LORSQUE

J’ÉTAIS ÉDUCATEUR :

enfants, parents, justice,

police, employeurs…

J’étais en prise directe

avec la misère humaine,

les difficultés sociales,

les dégâts de l’alcool au

sein des familles, la fragilité

des jeunes qui nous étaient

confiés, la générosité et

le courage des familles

d’accueil.

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sément réservés aux fumeurs. Seulement, on

a bien vu que ça ne marchait pas. Dans les

restaurants, la fumée ne s’arrête pas aux frontières

délimitant les zones où l’on peut fumer.

Pour protéger les non-fumeurs du tabagisme

passif, la solution passe par une interdiction

totale du tabac. Aujourd’hui, cette cause

dépasse les clivages politiques à l’assemblée.

Que répondez-vous à ceux qui s’opposent

à cette interdiction en vous faisant valoir

qu’elle porte atteinte aux libertés

C. É. : Chaque année, trois mille personnes

décèdent parce qu’elles ont été contaminées

par la fumée des autres. Peut-on rester

indifférent à cela A-t-on le droit de tuer au

nom de la liberté Je demande à ceux qui voudraient

interdire d’interdire de se montrer plus

cohérents. Qui aujourd’hui peut se vanter de

rouler à tombeau ouvert comme bon lui semble

Nous avons fini par admettre que la route peut

être meurtrière et que nos comportements

peuvent peser sur la sécurité et la santé des

autres. Au nom du principe de précaution, faisons

de même pour le tabac.

L’hôtellerie et les cigarettiers risquent de

vous opposer une forte résistance…

C.É. : Lorsqu’on les interroge, 80% des Français

se prononcent en faveur d’une interdiction

totale du tabac dans les lieux publics. Et regardons

ce qui se passe en Europe. Qui aurait pu

imaginer il y a quelques années encore que

l’Irlande et l’Italie banniraient la cigarette de

leurs établissements Nous sommes en train

de nous faire dépasser par nos voisins alors

que nous étions à la pointe de la lutte contre

le tabagisme en 1991 ! Partout, les consciences

évoluent. Même les fumeurs finissent par

ressentir le besoin de respirer un air moins

pollué. Regardez le TGV, la SNCF a fini par

supprimer les wagons réservés aux fumeurs

car ces derniers ne les empruntaient que pour

griller une cigarette alors qu’ils avaient réservé

leur place en zone non-fumeurs !

À 55 ans, vous avez décidé de ne pas vous

représenter aux législatives de 2007. Estce

par dégoût de la politique

C. É. : Pas du tout. Ma foi dans la valeur de

l’action politique reste entière. Seulement,

Pour protéger les non-fumeurs

du tabagisme passif, la solution passe par

une interdiction totale du tabac.

DEUX LIVRES QUI VOUS

ONT INFLUENCÉ

«Chiens perdus sans collier»,

de Gilbert Cesbron. En découvrant

le monde des enfants de l’Assistance

publique, j’ai eu envie de faire de ma vie

« quelque chose qui vaille le coup »,

me mettre au service des autres.

« Si c’est un homme »,

de Primo Levi. Pour la force de son

témoignage, la complexité de

l’horreur vécue durant sa déportation

à Auschwitz, sa réflexion sur la

dignité humaine.

je suis entré à l’Assemblée nationale en 1978,

à 27 ans. J’ai été député, président de commission,

vice-président de l’Assemblée nationale,

ministre. Pourrai-je encore trouver le

stimulant nécessaire qui me permette d’œuvrer

au service de mes concitoyens J’ai plutôt

senti le besoin de me renouveler, tout en me

disant que le temps était venu de laisser la

place à d’autres. Je suis donc devenu avocat

au barreau de Paris il y a deux ans. Mais je

n’abandonne pas le débat politique ! Et

j’entends bien participer à la mise en œuvre

de réformes indispensables, notamment celles

du système de santé. CORINNE THERMES

TROIS PERSONNES

QUE VOUS ADMIREZ

LE PLUS

ANDRÉ ÉVIN,

mon père. Il était

cheminot. Cet homme

intègre et courageux

a toujours eu à cœur

de défendre les

valeurs et la dignité

du milieu ouvrier

auquel il appartenait.

LE PÈRE HERMANN

BOURDAUD,

mon père spirituel

au petit séminaire

d’Ancenis, où je suis

entré en pension à

12 ans. Sept années

durant, il n’a cessé

de m’interpeller : au

nom de quoi agis-tu

que peux-tu faire

pour les autres

Un guide précieux !

PIERRE MENDÈS

FRANCE, ma

référence mythique.

J’admire la noblesse

et la profondeur de

sa pensée politique.

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société

L’ÉQUIPE DE L’INSERM/

INSTITUT GUSTAVE-ROUSSY

VIENT DE VOIR LA

LABELLISATION DE LA

LIGUE RENOUVELÉE

POUR TROIS ANS.

UN

DÉCOUVERTE D’UNE NOUVELLE

CELLULE TUEUSE DE TUMEURS

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Une équipe labellisée par la Ligue vient de

démasquer une cellule aux propriétés

extraordinaires : elle se faufile auprès des

tumeurs et les détruit en un temps record.

Une première mondiale.

Combattre la maladie nécessite

de connaître les mécanismes

de prolifération des tumeurs

et les réactions immunitaires de l’organisme

face à l’agression. La tâche

est complexe mais la recherche fondamentale

progresse. Sous la direction

de Laurence Zitvogel (Inserm

ERM 0208), des chercheurs ont

découvert chez la souris un type de

cellule immunitaire capable de

migrer vers une tumeur maligne et

de l’éliminer. Leurs résultats, qui

viennent de paraître dans la prestigieuse

revue Nature Medicine*,

UN TRAVAIL D’ÉQUIPES

Cette découverte

est le fruit d’une

collaboration

pluridisciplinaire.

Autour de l’équipe

du professeur

Zitvogel, beaucoup

de chercheurs

d’horizons variés

ont mis la main

à la pâte. Les

laboratoires

impliqués sont

l’Inserm (Paris,

Dijon), l’Institut

Gustave-Roussy

(Villejuif),

l’université Paris 11,

l’Institut Curie,

le CNRS (Marseille,

Paris, Orléans),

l’hôpital de la Pitié-

Salpêtrière (Paris),

la John-Hopkins

University School

(Baltimore) et la

Juntendo University

School of Medicine

(Tokyo).

ouvrent de nouvelles perspectives

dans la lutte contre le cancer.

Portrait de ces tueuses

Peu nombreuses et de petite taille,

ces cellules sont longtemps passées

inaperçues sous le microscope des

scientifiques. Appartenant à la

famille des cellules dendritiques,

elles ont été baptisées IKDC (Interferon

producing Killer Dendritic

Cell). Comme leurs grandes sœurs,

elles interviennent auprès des lymphocytes

T pour leur permettre de

combattre les antigènes (les éléments

étrangers qui s’infiltrent dans

l’organisme). Leur rôle va cependant

beaucoup plus loin que celui

de simples sentinelles immunitaires.

«Contrairement aux autres cellules

dendritiques, elles sont capables de

reconnaître les tumeurs et de les tuer»,

explique le professeur Zitvogel.Cela

sans activation préalable et avec une

efficacité étonnante. «Elles se faufilent

jusqu’à la tumeur, l’encerclent

et la prennent d’assaut, raconte la

scientifique.La tumeur capitule en

moins de quatre heures. » Redoutable

! Par ailleurs, les IKDC sécrètent

de l’interféron gamma qui inhibe

la formation de vaisseaux sanguins

autour de la tumeur (angiogénèse).

GRANDESPOIR !

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SOCIÉTÉ

Les cellules de la tumeur ne peuvent

alors plus s’alimenter en oxygène et

meurent petit à petit. Mais une question

s’impose : si ces cellules tueuses

sont si bien armées, pourquoi sontelles

incapables d’enrayer la progression

d’un cancer « Elles sont

trop rares, répond Laurence Zitvogel.

Dans la rate d’une souris, elles

représentent moins d’une cellule sur

mille. » D’où l’idée d’un traitement

pour les multiplier.

Les applications cliniques

L’association de deux médicaments,

le Glivec utilisé contre les leucémies

et certains sarcomes, et l’Interleukine

2 utilisée dans le traitement

du cancer du rein, est très prometteuse.

Cette combinaison thérapeutique

permet en effet une nette prolifération

des IKDC. Les expériences

sur la souris ont montré une augmentation

de la production d’IKDC

dans la rate, tandis qu’autour de la

tumeur, ces cellules voient leur

nombre se multiplier par dix. Et chez

l’homme Pour le savoir, les scientifiques

souhaitent entreprendre

des essais cliniques sur des patients

atteints de cancer de l’ovaire, de

cancer du côlon ou de sarcome gastro-intestinal.

L’objectif est double.

« Tout d’abord, caractériser l’IKDC

humaine,confie la scientifique. Car

s’il y a de fortes chances que cette

cellule existe chez l’homme (comme

Il y a de fortes chances

que cette cellule existe

chez l’homme

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chez tous les mammifères), encore

faut-il le vérifier. Le second objectif

est bien sûr la mise au point d’un

traitement adapté à l’homme.»Alors

à quand une mise sur le marché

«Deux à trois ans seront nécessaires

pour effectuer les tests qui s’imposent.

Mais, dans un premier temps,

il nous faut convaincre le laboratoire

Novartis, propriétaires du Glivec et

de l’Interleukine 2, de nous soutenir

dans cette campagne. »

LA RENCONTRE FRUCTUEUSE

DE DEUX FRANÇAIS OUTRE-ATLANTIQUE

La Ligue contribue à

l’échange des savoirfaire,

en participant

financièrement

aux missions des

chercheurs à

l’étranger. Début

2005, au détour

d’un congrès

international de

renom, le Keystone

Symposium,

Laurence Zitvogel

rencontre Franck

Housseau, un

chercheur d’origine

française installé aux

États-Unis.

Ce dernier a repéré

une nouvelle cellule

s’attaquant à la

bactérie listeria,

responsable d’une

maladie infectieuse

grave. Ses travaux

ne sont pas encore

achevés mais

présentent des

similitudes

troublantes avec les

résultats de l’équipe

de Laurence Zitvogel.

S’agirait-il de la

même cellule Cette

cellule tueuse ne

ciblerait donc

pas seulement

les tumeurs

cancéreuses, mais

aurait plus d’une

corde à son arc !

Convaincus de la

complémentarité

de leurs travaux, ces

deux scientifiques

ont entamé une

collaboration.

Un an plus tard, les

résultats sont là et

font l’objet de deux

articles parus côte

à côte dans Nature

Medicine*.

2 à3ans

seront nécessaires

pour effectuer des tests

avant une mise

sur le marché.

LES CELLULES IKDC

SE FAUFILENT

JUSQU’À LA

TUMEUR,

L’ENCERCLENT

ET LA PRENNENT

D’ASSAUT. LA

TUMEUR CAPITULE

EN MOINS DE

4 HEURES.

Le soutien

de la Ligue

Si certains laboratoires

pharmaceutiques

rechignent

à soutenir ce type de

projet, ce n’est pas le cas

de la Ligue. Les chercheurs

ont besoin d’argent ! Les frais de

fonctionnement et les dispositifs

expérimentaux requièrent des investissements

conséquents. «Nous faisons

appel à de la

haute technologie,

précise Laurence

Zitvogel.Microscopes

et microcaméras sont

nos outils de travail de

tous les jours.»Labellisée

par la Ligue en 2003, l’équipe

de l’Inserm/Institut Gustave-Roussy

a déjà bénéficié d’une aide à hauteur

de 210 000euros. La Ligue a permis

par ailleurs de développer les

forces vives de l’équipe en participant

au financement d’une thèse.

Mais le partenariat ne s’arrête pas

là. La labellisation vient en effet

d’être renouvelée pour trois années.

La recherche fondamentale est une

aventure de longue haleine et doit

être soutenue sur le long terme ! Du

côté de Marseille, et plus précisément

au centre d’immunologie de

Luminy, l’équipe du professeur Vivier

n’est pas en reste. « Cette équipe a

joué un rôle majeur dans cette découverte,

souligne le professeur Zitvogel.

La Ligue nationale contre le cancer

a décidé de prolonger sa labellisation,

ce qui est une très bonne

chose. »

L’espoir qu’apporte cette découverte

dans la lutte contre le cancer mérite

l’attention des pouvoirs publics et

des investisseurs industriels. Espérons

que la médiatisation d’une telle

avancée fasse réagir les décideurs.

Et ce pour permettre aux chercheurs

de se consacrer à leur paillasse, en

les soulageant des contraintes budgétaires

de plus en plus lourdes auxquelles

ils doivent faire face.

STÉPHANIE DELAGE

*Nature Medicine 12, pp. 167-168 (2006).

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