64 - Insurrection - Action française

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64 - Insurrection - Action française

Édito

Le Français face aux enjeux

idéologiques de demain.

Édito

Par Pierre Carvin

Comme le dit la chanson, il nous faut

« penser clair et marcher droit ». Cela

apparaît peut-être évident aux militants

d’Action française, mais peut être pas au

jeune Français que la politique intéresse

depuis peu. Ces exigences morales et intellectuelles,

qui sont celles de la formation

militante, peuvent même apparaître

comme déplacées dans un monde qui

idolâtre Nicolas Sarkozy, Angelina Jolie

et les stars du foot. Tous appartiennent au

même monde du spectacle qui par sa petite

musique endort les âmes et les cœurs,

nous promet le bien-être matériel sans

effort, et le bonheur éthéré d’une société

de consommation devenue horizon indépassable.

Le spectacle de la marchandise

déréalise : il place entre l’individu et sa

vraie condition politique et sociale un

masque qui lui renvoie une image magnifiée

et heureuse, mais fausse. Il lui indique

qu’avec une gazinière, un téléphone

mobile, une voiture et une chaîne hi-fi, il

sera le plus heureux des hommes, et que le

reste peut être oublié sans état d’âme.

Le citoyen idéal de la démocratie française

est le gros beauf qui ne se pose pas

de questions, qui ne s’intéresse qu’à ses

petites affaires, et qui a ses plus grosses

poussées d’adrénaline le samedi aprèsmidi

derrière son caddie chez Auchan.

Le pays enchanté de la consommation

que nous vend l’idéologie démo-libérale

nous fait subrepticement passer de l’état

de veille à celui de zombie. La formation

d’Action Française en est l’antidote : elle

donne les outils pour se maintenir hors de

portée de l’esprit de servitude généralisée,

et propose une alternative politique radicale,

claire et rationnelle.

Le consumérisme endort, mais les menaces

sur nos libertés sont bien réelles.

L’immense bureaucratie européenne ne

nous dépossède pas simplement de notre

indépendance nationale, elle nous vend

pieds et poings liés à nos concurrents politiques

et économiques de toujours. Sarkozy,

au grand mépris de ses électeurs –mais

c’est là l’éthique ordinaire des bavards démocrates-

n’a pas renoncé à soumettre la

France aux impératifs de l’idéologie européiste.

Le peuple français n’en veut pas

Tant pis, le bouclier fiscal et le championnat

de rugby aideront à digérer l’affront.

Les crétins qui rêvaient encore d’Europe

puissance ou qui voyaient Sarkozy avec

les yeux de Chimène commencent déjà à

déchanter.

Il n’y a pas d’opposition entre les intérêts

américains et ceux de la vaste zone de libre

échange que nous préparent les technocrates

de Bruxelles. L’Europe de la défense

devra s’aligner sur les positions de

l’Otan, que notre gouvernement souhaite

réintégrer avec un enthousiasme qui ne

peut susciter que l’effroi : la politique capétienne,

qui de François 1er à De Gaulle

oeuvrait à la tête de l’Etat s’effacera bientôt

devant celle de voiture balai du nouvel

Empire américain. La crise immobilière

menace de mondialiser la récession, affolant

dans un même élan banquiers, investisseurs

et gouvernants Dormez braves

gens, achetez le dernier Ipod, car la banque

centrale européenne s’occupe de tout.

Et peu importe si aucun pouvoir politique

ne peut en contrôler la gestion : la vraie

Europe n’a pas besoin des peuples européens,

les intérêts des financiers et autres

boutiquiers internationaux suffisent.

Insurrection vous propose dans son dossier

central un aperçu des enjeux politiques

à venir. Les problèmes qui se poseront

nécessairement au patriote attaché à

ses racines demandent aussi le courage de

les affronter. C’est ce que fait depuis plus

de 100 ans l’école d’Action Française. •

Insurrection Octobre 2007


Tribune libre

Pourquoi je suis royaliste

Je suis devenu royaliste par raisonnement.

D’abord parce que

le roi incarne la nation. Le roi

est le ciment moral, la colonne

vertébrale de la nation. Ensuite parce

qu’il existe un lien sacré dans le principe

royal. La formule «roi par la

grâce de Dieu» est souvent mal comprise.

Elle veut simplement dire que

la grâce de Dieu, dans la mesure où

l’on y croit, est sur le roi en raison

de la responsabilité immense qu’il a.

Je trouve ce lien sacré, entre quelque

chose qui nous dépasse et nos réalités

terrestres, extrêmement réconfortant.

Pour ma part, je préfère croire au principe

royal et à quelqu’un qui dépend,

si peu que ce soit, de la divinité, plutôt

qu’à un homme qu’on élit tous les cinq

ans, qui change et qui, à mes yeux,

n’est absolument pas représentatif.

Reste à savoir si le retour du roi est encore

possible. La situation de la France

n’est pas la même que celle de ses voisins

européens, dont beaucoup vivent

très bien en monarchie. Nous avons

connu 1789, nous vivons une coupure

totale depuis 1848. Le peuple français

n’est plus le même du tout. Il a

complètement changé, surtout depuis

les trente dernières années. Je ne me

demande pas si le roi peut revenir. Je

me demande si le peuple peut encore

vouloir le retour du roi... Et pourtant,

la République semble toujours se défendre.

Les hommes politiques parlent

de la République au lieu de parler de la

Octobre 2007

Par Jean Raspail

(Propos recueillis par Bénédicte Fournier)

Extrait de Valeurs Actuelles n°3660 (19/25 janvier 2007)

« Depuis 1789, la France n’a plus jamais

retrouvé la stabilité politique, ce

qui aura des conséquences préjudiciables

pour sa politique exterieure »

France, et ne peuvent faire un discours

sans y mettre plusieurs fois le mot «républicain».

Les lois sont républicaines,

tout est républicain. Comme si la

République était menacée alors qu’elle

est acquise. Je pense que l’héritier doit

d’abord s’occuper de la frange, relativement

importante, de la population

qui est encore apte à concevoir le retour

du roi, à le

recevoir, à l’accepter

et même

à le préparer :

les royalistes

mais aussi tous

ceux, nombreux

en France, à qui le retour du |roi

ne déplairait pas. Beaucoup ne sont

pas royalistes pour autant, mais ils

constatent l’épuisement d’un système

et seraient prêts à essayer autre chose.

Je m’en suis rendu compte en m’occupant

du bicentenaire de la mort de

Louis XVI, en 1993. Il est peut-être

nécessaire de moins s’occuper de la

grande partie des Français

qui ne sont pas prêts

à envisager et comprendre

un tel changement. Après

tout, les Capétiens, les

Valois, Louis XIII sont allés

à la castagne en s’opposant

à certains de leurs

sujets ! L’héritier a devant

lui un pré carré, constitué

des Français qui peuvent

l’entendre. C’est de ce pré

carré qu’il doit s’occuper

activement pour réunir

tous ceux qui peuvent encore

l’être. •

Insurrection numéro 64

Directrice de la publication

A. Langevain

Rédactrice en Chef

M. Phillipovna

Ont collaboré à ce numéro

MG, La Roche Jacquelin, Pierre Lafarge,

Vincent Chalmel, Doumenge Mistral,

Vindex, PV.

Maquette exogène.

Site internet : insurrection.new.fr

Courriel : insurrection.af@gmail.com

Insurrection

10, rue Croix des Petits Champs

75001 Paris

01 40 13 14 10

Insurrection


Eux aussi ont fait la France

L’art militaire

ou le génie de Vauban

Par Vindex

Castramétation, poliorcétique, voila autant de

mots rugueux et barbares qui agressent le

profane désireux de connaître l’art militaire de

Vauban ! Certainement conséquences de notre

temps, le nom est plus connu (quand il l’est…) que l’œuvre

aussi vaste que variée : plus de 300 places fortes aménagées,

30 construites, des dizaines de siéges menés avec

succès, le théoricien militaire, l’homme qui prend d’assaut

les citadelles et l’architecte militaire, que de talents variés

pour un même personnage !

Sébastien de Pestre, seigneur de Vauban,

Frondeur au début de sa carrière fut très

vite remarqué par Louis XIV, qui savait juger

les hommes, et qui avait reconnu en

lui le génie militaire. D’abord adjoint du

commissaire aux fortifications de Clerville

(dont le pouvoir devient dés lors réduit à

peau de chagrin) en 1668 avant d’en prendre

le titre en 1678, on voit trop souvent en

Vauban l’homme des citadelles sans voir les

conditions que celui-ci dut réunir pour les

construire. Afin de mener à bien les gigantesques

chantiers qu’il avait planifié avec le

roi, il avait compris qu’un corps compétent d’officier était

nécessaire, préférant la qualité aux titres des postulants,

faisant valoir l’expérience du terrain et les qualités humaines

ce qui l’amena à créer le Génie en 1692. Au moyen

d’épreuves de sélection aussi bien théoriques, par le biais

d’un examen, que pratiques, les officiers postulants (officier

=détenteur d’une office) ayant du faire leurs preuves

au feu, un recrutement fut mis en place. Selon Vauban,

l’Ingénieur militaire est doublé d’un homme d’action,

comme il l’a prouvé lui même en participant à plus de

60 sièges. Il édicte d’ailleurs de nombreuses recommandations

dans ce sens afin « qu’il n’ y ait point d’officier

capable d’un peu de bon sens que je ne puisse rendre

capable de la conduite d’une tranchée, d’un logement de

contrescarpe, d’une descente de fossé, d’un détachement

de mineurs… en 3 sièges un peu raisonnables ».Il est évident

que le bâtisseur fait la part belle à l’expérience car

« on ne fait pas de fortifications avec des systèmes, mais

avec du bon sens et de l’expérience » .Malgré cette relative

bienveillance, la sélection reste drastique (363 reçus

de 1691 à 1715) et les pertes sévères (plus du cinquième

des ingénieurs en activité sont tués au cours de la guerre

de succession d’Espagne) .

Ce corps d’élite fut employé avec souplesse par son

créateur au service du roi pour la construction de fortifications

.On prête a posteriori à Vauban trois « systèmes »

pour la construction de celles-ci qui sont en fait autant de

cases dans lesquelles des esprits étroits ont voulu faire

rentrer les différentes évolutions apportées à

sa manière de bâtir des forteresses. En effet

il n’est pas homme à s’enfermer dans des

systèmes que l’on plaquerait aveuglement à

toutes les situations, bien au contraire, il sait

avec brio s’adapter à l’environnement géographique,

au relief et aux réalités tactiques

afin de « tirer avantage de toutes les situations

» comme il le disait si bien lui même.

Ceci explique pourquoi ses réalisations s’intègrent

si bien aux paysages et contribuent

même à la beauté de ceux-ci. Par exemple

les visiteurs de Neuf Brisach, chef d’œuvre

du maître, pourront le constater : les lignes pures de son

tracé donnent à la citadelle l’aspect d’une aspérité naturelle

du terrain ou encore ceux de mont Louis dans les

Pyrénées contempleront avec quel bonheur l’architecture

se fond au site.

En castramétation, c’est à dire l’art de construire les

fortifications, Vauban ne fut pas à proprement dire un

inventeur, mais plutôt un exceptionnel continuateur des

connaissances de l’époque en particulier des apports du

comte de Pagan et du chevalier de la Ville, eux mêmes

inspirés des conceptions d’Eurards. Contrairement à une

vulgate que l’on peut parfois trouver dans certains ouvrages

d’un sérieux douteux, Vauban n’a pas inventé la fortification

bastionnée mais la tour bastionnée. Sa première

approche de la fortification fut la suivante : face à une

citadelle type, tout en modulant les plans en fonction du

terrain, l’ennemi devait d’abord rencontrer au sommet du

glacis des fusiliers abrités dans le chemin couvert ou prêts

Insurrection Octobre 2007


à contre attaquer à partir des places d’armes ménagés

dans celui-ci, tout en étant exposés aux feux croisés (c’està-dire

soumis en un même point à des tirs provenant de

systèmes différents) de la demi lune et de la courtine. Une

fois cet obstacle franchi, il reste à prendre la demi lune

puis à franchir un autre fossé pour aborder la tenaille,

ceci sous les tirs des bastions et des courtines avant de

pouvoir enfin s’attaquer à cette dernière. En un second

temps, dans un esprit visant à multiplier les obstacles, afin

d’émietter et de retarder les assaillants et à renforcer les

effets de feux croisés, Vauban double l’enceinte par une

nouvelle tenaille à angle obtus et rajoute sa fameuse tour

bastionnée, ouvrage en maçonnerie abritant des pièces

d’artillerie en casemate , cette dernière construction doit

alors protéger les canons des tirs en ricochets (procédé

visant à atteindre par rebond du boulet sur le sol un objectif

que l’on ne pourrait toucher en tir direct). Ces innovations

apparaissent progressivement à partir de 1687.Les

avancées qui amènent à considérer un troisième système

sont un double retrait dans la courtine qui se pare alors

de bastions et dédoublement des demi lunes : « un réduit

central isolé permet d’en prolonger la défense » (R

Borneceque). Vauban appliquera ces dispositions à Neuf

Brisach, apogée de son art. S’il domine ses collègues (seul

le hollandais Coehoorn soutient la comparaison) en castramétation,

c’est qu’il dispose d’une souplesse d’esprit lui

permettant une adaptation et une évolution constante face

aux nouveaux défis qui se présentent à lui .Il laissera un

Traité de défense des places (1706) qui fera école dans ce

domaine durant tout le XVIIIéme siècle et au-delà.

Trop souvent oublié, Vauban fut aussi un expert des

siéges, ce qui lui valut l’adage « Ville investie par Vauban

ville prise ».S’il préconise d’attaquer avec méthode et rigueur

au moyen de tranchées en zigzag (afin d’éviter les tirs

en enfilades) les fortifications dans son traité de l’attaque

des places (1701) et partant du principe que « nulle place

n’est imprenable », Vauban insiste sur le fait qu’ « il ne

faut faire à découvert ni par la force ce que l’on peut

par industrie ».Ses nombreux succès; Courtrai en 1683,

Namur en 1692, Brisach en 1703 pour n’en citer que

quelques uns , au cours desquels il teste de nouvelles méthodes

comme le tir à ricochet qu’il pare dans ses propres

réalisations par l’ajout d’un cloisonnement des canons de

la courtine au moyen de traverses sont autant de preuves

de ses compétences.

Cette technique pure fut bien sur mise au service d’un

plan d’ensemble qu’il convient de considérer comme

changeant et adapté au fur et à mesure des conquêtes

,annexions, traites et renversements d’alliance qui eurent

lieu durant la longue période d’activité de Vauban au

service du grand roi. C’est pourquoi il convient d’être

méfiant vis-à-vis des cartes des forteresses construites ou

modifiées par lui : On a l’impression juste d’avoir une

France transformée en un gigantesque chantier (« absolument

comparable à celui des cathédrales du XIIIème

siècle » nous dit Bluche dans son Dictionnaire du grand

siècle), mais donne une idée fausse d’un projet unique :

Octobre 2007

Eux aussi ont fait la France

il y eut tout d’abord la conquête de la Flandre Française

puis la politique du pré carré, proposé par Vauban au

roi en 1673 (cette dernière consistant à rechercher une

ligne de frontière facile à défendre) dont l’aboutissement

fut le traité de Nimègue en 1678. Par la suite « des réunions

» en pleine paix furent pratiquées par Louis XIV

afin d’obtenir un ensemble national cohérent du point de

vue défensif et enfin, dans les dernières années de son

règne, il dut affronter avec Vauban la situation instable

provoquée par la guerre de succession d’Espagne. C’est

pour cela qu’il convient « à la géographie des fortification

[…] de superposer une chronologie de la frontière et de

son système de défense » selon François Bluche (in opus

cité précédemment).

Après Nimègue, Vauban désire installer deux lignes

de places allant de la mer du Nord au massif ardennais,

mais Louis préférera conserver en plus les places de la

ligne de la Somme, pourtant devenues obsolètes car trop

loin de la frontière. Bien sur il n’est pas question d’appliquer

ce système à l’ensemble du royaume, Vauban tirant

profit des obstacles naturels tels les alpes en y installant

juste nombre réduit de citadelles en des points stratégiques

afin que si « les Alpes ne sont pas des barrières suffisantes,

c’est beaucoup de n’y point trouver des portes cochères

mais seulement des guichets qu’on peut aisément

fermer ».C’est ainsi que au cours des années une véritable

« frontière de fer » est organisée autour du royaume.

« Le génie c’est les conditions du destin » pourrait-on

dire pour paraphraser Malraux, car si l’œuvre de Vauban

est immense, c’est bien parce qu’il bénéficia du soutient

constant du Roi et de Louvois. Son apport militaire aura

des répercussions jusqu’au 19ème siècle, certaines de ses

places restant opérationnelles jusqu’en 1870 preuve de la

technique irréprochable du maître. On peut même trouver

des similitudes entre l’organisation de la double ligne

de citadelles du nord de la France et le système de défense

des frontière mis en place par le général Séré de Rivières

à partir de 1874, car dans les deux cas les citadelles peuvent

servir de points d’appuis aux troupes alliées pour

une guerre de mouvement. Général plus technicien que

guerrier Vauban est de ces hommes dont la vie et les

talents furent tout entiers au service de la France et de

son roi. •

Insurrection


Souvenons-nous de...

L’Affaire

Boudarel

Par La Roche Jacquelin

Georges Boudarel naît le 21 janvier 1926 à Saint-

Etienne dans la Loire dans une respectable famille

catholique. Il fait ses études chez les Pères

Maristes et se destine à entrer dans les ordres, chose

qu’il ne fera pas préférant entreprendre des études de

philosophie à l’université. Sa licence de philosophie

obtenue, il prend sa carte au parti communiste français

en 1946. Il est nommé enseignant en Indochine,

alors qu’il n’a pas effectué son service militaire et de

ce fait se trouve en situation de sursis. Il embarque

sur le SS « Pasteur » en avril 1948 et débarque en Cochinchine

où il se retrouve affecté au Lycée Yersin de

Dalat comme professeur de philosophie. Il établit de

nombreux contacts avec la cellule du Kominform appelée

« groupe culturel marxiste numéro 106 », ce qui

marque son début d’initiation à la propagande communiste.

Entre temps, il effectue des missions pour l’Education

Nationale comme la correction du baccalauréat

à Hanoï en juin 1949 puis il fait un stage au collège

Vientiane au Laos en automne 1949 et finit par être

affecté au Lycée Marie Curie fin 1949.

En 1950, il décide finalement de rejoindre le maquis

Viet Minh où il servira pendant deux années. Quelque

temps plus tard, il est appelé sous les drapeaux pour

servir en Indochine, chose qu’il refuse en ne se présentant

pas autorités militaires françaises. Néanmoins, il

n’est pas considéré comme déserteur mais comme « insoumis

». Durant cette même année, il devient membre

du parti communiste indochinois qui se transforme le

3 mars 1951 en parti des Travailleurs (Dang Lao Dong).

Le Général de Lattre lui confie la responsabilité d’une

émission en langue française à la station de radio « La

voix de Saigon-Cholon libre ». Il prend le nom de Daï

Dong, c’est-à-dire « fraternité universelle ». Fin 1951

il est désigné pour servir au nord en vue de faire de

la propagande de paix et du rapatriement du Corps

Expéditionnaire français auprès des prisonniers que le

Viet Minh envisage de libérer pour faciliter la fin des

hostilités.

Début 1952, il doit rejoindre le Tonkin où il arrivera

une année plus tard en évitant soigneusement les troupes

françaises. Le 22 décembre 1952, il arrive au Viet

Bac, zone libérée par le Viet Minh où il est nommé Instructeur

politique adjoint au commissaire politique au

Camp 113, de ce fait il est assimilé comme chef de compagnie

avec une rémunération triple, soit trois kilos de

paddy par jour. Le kilo de paddy, riz non-décortiqué,

est alors l’unité monétaire.

Boudarel arrive le 7 février 1952 au camp 113, situé

à Gang-Kieu non loin de la frontière chinoise, au sud

d’Ha- Giang, dans le bassin de la Rivère Claire (Sang

Lô) à une vingtaine de kilomètres de Vinh Thuy. Durant

toute une année, il y appliquera consciencieusement

la propagande de lavage de cerveau décrété par le

Insurrection Octobre 2007


gouvernement central chargé de la rééducation politique

des prisonniers de guerre et la méthode communiste

d’avilissement par la faim, le déchéance physique,

les punitions sadiques, l’endoctrinement politique et la

délation entre détenus. Durant l’année de son intervention

au camp 113, sur 320 prisonniers français, 278

vont mourir. Quelques rescapés témoigneront plus tard

de cette « boucherie » comme le sergent Sobanski : «

J’ai dans la tête l’image de Boudarel depuis des années,

il s’est imposé à moi sans que je puisse le chasser. Il n’y

a pas une nuit sans qu’il ne soit avec moi. Et puis, cette

peur de le rencontrer un jour, tous ces souvenirs…toute

cette horreur…ce dégoût ». Il quitte le camp 113 en

février 1954 et se voit affecté à l’émetteur radio « la

Voix du Vietnam », c’est à croire que cet homme là soit

le digne héritier de Joseph Goebbels...

Les rats quittent le navire…

Boudarel continue à servir la propagande d’Hô Chi

Minh jusqu’en 1963, mais voyant dans quelle situation

se trouve le Vietnam et sentant la menace d’une guerre

prochaine, il choisit de quitter le pays, ce qu’il arrive

à faire grâce à un correspondant du journal du parti

communiste « L’Humanité » qui n’est autre que Gaston

Plissonnier, également membre du PCF. Il arrive à Prague,

en Tchécoslovaquie en mai 1963 où il va occuper

le poste de rédacteur français à la Fédération syndicale

mondiale. Quelque temps plus tard, il sollicite auprès

du PCF un retour en France, ce qui sera possible après

le 17 juin 1966, date à laquelle l’Assemblée Nationale

vote la loi d’amnistie relative aux infractions commises

en relation avec les événements d’Algérie. De plus, un

amendement communiste qui constitue l’article 30 stipule

que « sont amnistiés de plein droit tous les crimes

et délits commis en liaison avec les événements consécutifs

à l’insurrection vietnamienne et antérieure au

1er octobre 1957 ».

Boudarel rentre en France après 18 années d’absence

qu’il qualifiera de « voyage d’études en Extrême-

Orient ». En 1968, grâce à ses amis communistes, il

prépare une thèse de troisième cycle au CNRS, la passe

avec succès et se retrouve maître-assistant de conférence

d’Histoire à l’université de Jussieu-Paris VII où il

ne tardera pas à devenir maître de conférence. Il y mènera

une vie paisible sans être inquiété sur son lourd

passé jusqu’à un certain 13 février 1991…

Souvenons-nous de...

nombre de captifs dans le camp 113. Le 3 mars 1991,

Wadislas Sobanski et l’ANAPI, Association Nationale

des Anciens Prisonniers et internés d’Indochine déposent

une plainte, assortie d’une constitution de partie

civile entre les mains du doyen des Juges d’instruction

de Paris contre Georges Boudarel du chef de « crimes

contre L’humanité ». Une quarantaine d’anciens prisonniers

du camp 113 se rallient à la cause en espérant

pouvoir se venger de leur « BOUCHER »

L’Action française face à cela

Quand l’affaire Boudarel éclate, celle-ci fait un immense

bruit dans toute la sphère politique au point que le

ministre de l’Education Nationale de l’époque à savoir

un certain Lionel Jospin, doit expliquer le 3 avril 1991

qu’il affirme sa réprobation face à Boudarel mais que

son recrutement, son avancement, son régime disciplinaire

d’enseignant-chercheur relèvent uniquement

de ses pairs. Face à cela, l’ACTION FRANCAISE emmenée

par toute la génération Maurras réagit aussitôt :

le 13 mars à midi, une quinzaine de militants sortent

du métro, munis de tracts, appelant à la démission de

Boudarel. C’est alors, que sur le parvis de Jussieu, des

militants du SCALP et des JCR tentent de chasser les

perturbateurs: peine perdue, le service d’ordre veille.

Un affrontement débute entre les militants de l’AF et

les gauchistes armés de nunchakus et de diverses armes

sous l’œil intrigué des étudiants. Les gauchistes battent

finalement retraite, c’est donc la première victoire de la

journée pour l’AF.

L’Affaire Boudarel

Le 13 février 1991 se tient un colloque organisé au Sénat

par le Centre des Hautes Etudes sur l’Afrique et

l’Asie moderne où Boudarel doit prendre la parole. C’est

alors que Jean-Jacques Beucler, président du Comité

d’Etente des Anciens d’Indochine, ancien ministre

et prisonnier du camp numéro 1 au Tonkin le démasque

et le dénonce publiquement pour sa participation

à l’endoctrinement et à l’extermination d’un grand

Octobre 2007

Insurrection


Souvenons-nous de...

Quelques heures plus tard, l’AF revient deux

fois plus nombreuse sur le parvis, les insultes, les

jets de pierres, de chaises pleuvent de toute part et

l’arrivée du président de l’université avec deux professeurs

amis de Boudarel finit d’exciter les esprits,

ce qui conduit à un nouvel affrontement et qui finit

par une seconde victoire pour l’AF face aux couards

gauchistes. Dorénavant, Boudarel dispose d’une

protection rapprochée lors de ses cours dont les

horaires ne cessent de changer, il n’empêche que

Jussieu sera le Dien Bien Phu de Boudarel.

Le 18 mars, une centaine de militants de l’AF

se regroupent sur le parvis de Jussieu et font brûler

un bûché sur lequel se trouve le mannequin de

Boudarel tenant un drapeau du Viet Minh. Autour

de celui-ci, les panneaux des associations soutenant

Boudarel sont recouverts d’affiches appelant à la

mobilisation générale contre le stalino-assassin. La

journée se termine par un inévitable affrontement

pendant que Boudarel est évacué en catimini par

une issue de secours, encadré par une trentaine de

révisionnistes staliniens.

En trois descentes de l’ACTION FRANCAISE,

3000 tracts ont été distribués et plus de 800 signatures

ont été recueillies pour la pétition demandant

la démission de Boudarel

La condamnation n’aura pas lieu

Le 20 décembre 1991, un arrêt de la Chambre d’accusation

de la Cour d’Appel de Pris qualifie, à l’appui

de la plainte déposée à l’encontre de Boudarel,

les faits susceptibles d’être reprochés au boucher du

camp 113, de crimes contre l’humanité mais admet

que la loi d’amnistie du 18 juin 1966 leur est applicable,

autrement dit que Boudarel est disculpé et

qu’il ne sera pas condamné. Ceci laisse à penser que

si on avait jugé Boudarel on aurait jugé le communisme

et bien qu’il soit coupable de 1.000.000.000

de morts, son procès demeure interdit.

Malgré des témoignages poignants comme celui

d’Erik Weinberger qui a connu Buchenwald, Auschwitz

ou Dachau avant de connaître deux camps

Viet Minh affirmant que les Viets avaient dépassé

les Nazis dans le viol de la conscience humaine et

que Boudarel était l’un de ces violeurs d’âmes, n’hésitant

pas en plus de toutes les exactions commises,

à pervertir le prisonnier, le procès de Boudarel a

apporté la preuve que le procès du communisme

est et demeure impossible tant que l’intelligentsia

de ce pays baignera dans celui-ci.

Le communisme marxiste-léniniste, comme

système de domination mondiale est mort, mais

il continue d’exister en France une nomenklatura

politique, médiatique, judiciaire imbibée du

marxisme-léninisme prête à faire la fête à toute résurgence

communiste. •

Insurrection Octobre 2007


Le PCF

Par Vincent Chalmel

Politique France

Octobre 2007

Les résultats de l’extrême-gauche

aux présidentielles recelaient

une donnée à souligner. L’extrême

gauche, lors du précédent scrutin,

totalisait autour de 14 % des suffrages,

en 2007 avec près de 8 % des suffrages

exprimés ses candidats accompagnent

la chute du FN. Qui plus est, la

« camarade Buffet » est battue par un

candidat Trotskiste. On est habitué à la

baisse des résultats communistes, qui

depuis 1989 ne cesse de se concrétiser.

Mais nous avons assisté lors de l’entre

deux tours des législatives à un étonnant

spectacle.

L’annonce de la perte probable, par

le parti communiste de son groupe à

l’assemblée nationale, a provoqué une

réaction étonnante. Chacun en effet

aura été profondément touché par le

désarroi du monde politique et médiatique

face au passage en phase terminale

de ce grand ami de la démocratie,

des libertés, et de la France qu’est aux

yeux de l’intelligentsia le Parti Communiste.

Qu’on me permette, qu’on nous

permette, de ne pas le partager. Nous

devons saluer la lucidité de tout ceux

qui se détachent chaque jour de ce

corps névrosé et vérolé. En notant encore,

qu’ils était temps que cette cécité

bien caractéristique des sympathisants

communistes se dissipe.

Il est nécessaire de tirer le bilan des

années fortes de ce parti pour mieux

comprendre la situation actuelle. Longue

histoire, parsemée de trahisons, y

compris de ses propres idéaux (longue

à notre échelle, car l’épisode communiste

restera certainement dans l’histoire

comme une triste curiosité supplémentaire

du XXe siècle).

Marques d’opportunisme, comme

la participation au front populaire en

1934 de la Section Française de l’Internationale

Communiste qui à sa

création en 1920, refusait les compromissions

avec les partis « bourgeois »

tels la SFIO. Ou encore le refus de

reconnaître les crimes de Staline pendant

plus de 25 ans, quand l’URSS

choisit de les révéler officiellement par

Khrouchtchev.

Trahisons, avec la ratification du

pacte Germano-Soviétique et les appels

à la résistance (Sic.) contre le gouvernement

Daladier avant la débâcle.

Non seulement la patrie est trahie

une première fois, mais en acceptant

l’odieux partage des états baltes et de

la Pologne, les communistes trahissent

leur idée de base : la liberté. La volteface

de 1941 n’est qu’une marque de

plus d’opportunisme, l’action de l’appareil

communiste, en particulier de

l’Humanité dans les premières années

de la guerre est transparente par les démarches

pour faire réhabiliter le parti

et le journal auprès de l’occupant...

Quoi qu’il en soit le PCF marqua en

1941 tant son manque de scrupules que

son désintérêt pour le sort de la France

au profit de celui de l’URSS.

Notons encore le soutien des actions

Soviétiques en Hongrie et en

Afghanistan en violation totale avec

les idéaux que le parti prétend défendre

ou la collaboration avec le FLN

algérien.

En 1974, la publication de l’oeuvre

de Soljénitsyne fêle la chape de plomb

que le parti fait peser sur l’opinion

avec la complicité des médias. Le parti

communiste français, qui n’en est pas à

une absurdité près, se détache alors de

l’URSS avec la naïve intention de faire

croire à son désaccord éternel avec ce

qui sera désormais qualifié de régime

socialiste dénaturé. Le SFIC est loin,

aujourd’hui n’est communiste que ce

qui sert l’image du PCF.

Ce fut un mensonge perpétuel de

plus de 50 ans, visant à cacher aux

Français l’ampleur du nombre des

victimes à travers le monde. Chiffre

estimé selon le Livre noir du Communisme

a plus de 100 millions de morts,

chiffre minimaliste, et qui depuis la

parution de cet ouvrage, doit être revu

à la lumière de la continuité des crimes

communistes dans le monde. Devraiton

vraiment souhaiter la présence au

Palais Bourbon d’une vingtaine d’individus

revendiquant par le simple

nom de leur parti tant de sang versé

Quand il suffit pour exclure une opinion

du débat public et médiatique de

la taxer, souvent de façon totalement

absurde de « fasciste » le contraste est

saisissant.

Ce qui a sauvé si longtemps le PCF,

et qui est encore à la source de l’attitude

fantasque des médias, c’est bien le

jeu du « politiquement correct », fruit

de l’électoralisme, poussé a son comble

par les instances du PCF, abandonnant

par exemple la défense remarquable

par Georges Marchais de l’ouvrier

français face à l’immigration sauvage

pour aller capter les suffrages de ces

nouveaux votants de toutes les manières

possibles -on aura noté récemment

la participation du PCF a une

manifestation réclamant la libération

d’islamistes radicaux suspectés de terrorisme-.

Autres exemples, la tentative

de captation des volontés écologiques à

travers le pitoyable parti « vert » plus

rouge qu’autre chose...

Par la recherche continuelle de

soutiens des personnalités en vue enfin,

en particulier artistiques, les communistes

français ont toujours soigné

leur image, auprès des jeunes en particulier,

au mépris du débat d’idées. C’est

d’ailleurs les défections de ces idéalistes

progressivement désabusés, comme

Louis Aragon qui ont certainement

marqué le début de la chute. « Et voilà

qu’une fin de nuit, au transistor, nous

avons entendu la condamnation de nos

illusions perpétuelles... » 1968. •

Insurrection


Dossier – Les enjeux

Big Sarko... everywhere

De la foule électrifiée aux

Champs-Elysées, de la libération

des malheureuses

infirmières via la « french reine

mère » aux courbettes à l’audience

en direct du tour de France -j’en

passe et des meilleures- Big Sarko

est partout, aidé par la formidable

orchestration de la nouvelle Bible :

la Sainte Presse.

Que voir sinon encore une autre

forme de légitimation de la fonction

présidentielle, mais que dis-je…. La

France est « rodée » : des Bonaparte

au grand Charles et leurs referendums

populaires, on sait ce que c’est

de se faire caresser dans le sens du

poil.

Politiquement… « Politiciennement

» parlant, la cadence est rapide,

de réforme en réforme, le petit chef doit se dire que 5

ans, c’est rapide, alors il faut vite vite agir !

Alors que fait-on quand, animé d’une volonté

plus que débordante (en comparaison avec ceux qui l’

ont précédé), doublée d’une ambition hardie qui à l’air

de seoir à tout le monde

On s’arrange pour faire de la politique dans un

carcan constitutionnel qui nous assure un maximum

de pouvoirs.

C’est ainsi que la traditionnelle et archaïque façade

parlementaire de la constitution française se

voit encore plus ringardisée qu’en 58 (sa date de naissance)

face à l’ombre planante d’un régime présidentiel

made in Sarkozy . (Toute ressemblance avec une

grande puissance outre-atlantique serait évidemment

fortuite et involontaire…)

Enfin nous verrons bien les résultats de la commission

de réflexion sur la réforme des institutions

(rien que les noms de certains des membres : Balladur,

Lang…Franchement pourquoi s’inquiéter !).

Cependant, Big Sarko, ce 12 juillet à Epinal n’a

aucunement caché ses velléités de conquête du pouvoir,

allant jusqu’à remettre en cause l’article 20 de

la Constitution qui en théorie (nous disons bien en

théorie) consacrait le principe selon lequel le gouvernement

détermine et conduit la politique de la

Nation.

Nous voyons deux choses : primo, les étudiants

en droit devront se racheter la constitution révisée

(des frais en plus !), secundo ils apprendront désormais

que c’est « le Président qui gouverne » selon les

mots de celui-ci à Epinal.

L’on peut se satisfaire en tant que royalistes d’un

pouvoir fort, d’une volonté affirmée, d’une autorité

qui laisse à penser que la politique passera d’abord

par un exécutif fort avant de passer par les agités de

l’Assemblée….

MAIS LE PEUPLE DANS TOUT CA

Peut-on se satisfaire qu’il n’ait son mot à dire uniquement

le jour du vote

Peut-on se satisfaire que son seul droit est de fermer

sa … .en attendant docilement la fin du mandat,

en le faisant patienter et en l’amadouant par la « peopolisation

» du Président « Big Sarko sur un yacht, Big

Sarko à cheval, Big Sarko par ci, par là…. »

Dans le contexte actuel et aux vues des enjeux

que nous nous proposons d’étudier dans ce numero,

nous deplorons l’obstruction de nos libertés au profit

d’une détestable machine centralisatrice d’Etat.

Car entendons nous bien, ce n’est pas d’un chef

dont nous avons peur, c’est d’un chef qui ferait une

mauvaise politique incompatible avec l’interêt national

, car plus le Président conserve les pouvoirs,

moins l’opposition peut s’exprimer .

« Les libertés en bas » …il fut un temps où le peuple

pouvait au moyen de mécanismes de representation

à l’échelon local peser dans sur le sort de la Cité.

L’opposition (jurisprudence des Parlements), s’élevait

contre une politique qui allait à l’encontre de l’intérêt

de la Nation.

« Gouverner le peuple ce n‘est point les asservir »

disait Louis XVI

Que se passe -t’il

Un simple exemple et non des moindres : la France

avait dit NON au projet d’un traité constitutionnel

pour l’Europe, mais qu’importe : la France a déjà

perdu et continue de voir s’échapper ses compétences

de souveraineté au profit de Bruxelles . Et Merkel de

nous rassurer : « Changeons les mots et non la substance

» .

Sans qu’apparemment nous puissions nous y

opposer, une politique exterieure néfaste s’impose à

nous.

N’attendons pas qu’on nous donne les moyens de

nous exprimer, ils ne viendront pas tout seuls….PRE-

NONS LES !

Alice Roy pour Insu.

10 Insurrection Octobre 2007


Dossier – Les enjeux

L’identité française

Par Pierre Lafarge*

L’identité, le mot est lâché. Longtemps nous nous en sommes méfiés.

Sans définition préalable, le maniement de ce concept n’est guère aisé.

Maintenant qu’un ministère lui est dédié, que le débat est lancé, il n’y a

plus de raisons pour éluder le sujet.

de la France, pour nous

royalistes d’Action française, se lit

L’identité

avant tout dans son histoire. Ce n’est

pas pour rien qu’un des historiens majeurs

du XXe siècle, au demeurant peu suspect

d’affinités monarchistes, Fernand Braudel, a

intitulé un de ses ouvrages les plus célèbres

L’identité de la France. Relisons les passages

qu’a consacrés à ce sujet Charles Maurras à

la fin de sa vie dans Pour un jeune Français

(1949) : « La France, l’Unité française, Unité

de quoi Unité de langue De bons Français,

Alsaciens, Flamands, Bas-Bretons, Basques,

Corses différaient de langue. La langue

d’oc était une langue française, il y en avait

au moins deux ! L’unité de langue nous manquait

donc. Notre race était-elle une Moins

encore, de toute évidence. La religion Non

plus [...] Nous ne pouvions pas nous fier,

comme l’aurait voulu Renan, à l’arbitraire

de nos volontés conscientes : elles laissaient

à la merci de reniements et de rupture la

chose même qu’il s’agissait d’en préserver

; la plus forte habitude de la vie commune

ne sauverait pas d’un divorce. Où donc placer

une sauvegarde de l’Unité nationale qui

rende compte de ses droits et de nos devoirs

J’entrevoyais bien ce qui me satisfaisait mal.

Notre longue fraternité pouvait ne pas sortir

d’une cause unique comme la langue, la

race, la religion, mais résulter de la convergence

de leurs accords successifs, capitalisés.

Encore fallait-il trouver le principe de l’ordre

de ces accords ! ». Ce principe d’ordre c’est

bien évidemment la monarchie, l’Etat royal

capétien. « Les rois ont fait la France, elle se

défait sans roi » chante-t-on dans la Royale.

Le garant de l’identité française, parce qu’il

l’a forgée, c’est la monarchie.

La création de ce ministère a un mérite,

rompre avec la croyance contemporaine

à la réduction de notre identité politique à

ce que le social-démocrate allemand Jürgen

Habermas appelle, pour l’appeler de ses

voeux, le « patriotisme constitutionnel ». On

n’envisage pas l’avenir d’une nation de 60

millions d’habitants en pensant qu’une simple

adhésion à un système de valeurs réduits

aux droits de l’homme et au respect des institutions

démocratiques suffit à sa cohésion.

Si elle n’apparaît pas sous ce terme dans la

Grèce antique, on sait néanmoins l’attention

portée par les pères de la pensée politique

à la cohérence de la Cité. L’un des buts de

la politique c’est justement d’assurer cette

cohérence à l’aide d’institutions adéquates.

Notamment par ce que cette fonction correspond

à une réalité anthropologique majeure,

que René Girard a qualifiée du terme

de « désir mimétique ». L’homme est mû par

le désir de ressembler à l’autre, de posséder

ce que l’autre possède, entrant ainsi dans un

rapport d’identité avec son semblable. Supprimer

le référent national, c’est saper les

bases de la société.

L’intitulé du ministère lie la question de

l’identité nationale avec celle de l’immigration.

Nous l’avons dit, la nécessité politique

d’une certaine cohérence de la Cité valide cet

intitulé. Il n’y a donc guère besoin de s’attarder

sur un sujet qui fait grincer des dents les

âmes sensibles à défaut d’être véritablement

charitable. Soulignons plutôt le dernier terme

du portefeuille confié à Brice Hortefeux,

le codéveloppement. Derrière ce mot se cache

une véritable révolution – dans le bon

sens du terme – quant à nos relations avec

les pays du sud. Les migrants vont devenir

les acteurs du développement économique

de leurs régions d’origines, et l’on ose même

parler de possibilités de retour volontaire.

Un livret d’épargne codéveloppement est en

train d’être mis en place. On attend d’autres

mesures dans les mois à venir. Le chantier

ne fait que s’ouvrir et apparaît déjà comme

l’un des défis des décennies à venir. •

Octobre 2007 Insurrection 11


Dossier – Les enjeux

L’art

de la Politique

Étrangère

Devant la vacuité de la politique étrangère française actuelle, il convenait de s’interroger sur les conditions

nécessaires pour pratiquer avec efficacité cet art subtil qu’est la relation entre nations. C’est pour cela que le

cercle Jacques Bainville avait décidé de se réunir sur le thème du « politique d’abord ».

Maurras, dans son œuvre majeure sur la politique

étrangère, Kiel et Tanger, fustigeait la démocratie

parlementaire pour son incapacité à mener

une politique étrangère cohérente du fait de l’instabilité

chronique des gouvernements. Ne se contentant pas d’une

dénonciation stérile, il posa dans ce livre des jalons qui devaient

permettre un renouveau de la politique étrangère

française.

Des enseignements toujours d’actualité

Tenir compte de la géographie est un des points clés

proposés par le vieux maître. En effet celle-ci prime dans

les relations interétatiques comme le prouve l’exemple des

frontières actuelles de l’Afrique dont certaines dessinées arbitrairement

sont sources de conflits innombrables. De plus

il convient selon lui d’avoir une mémoire de la continuité,

ce que semblent oublier aujourd’hui certains européistes fanatiques,

car si l’histoire est souvent marquée de ruptures,

il n’en reste pas moins que ce sont les éléments de continuité

qui doivent nous guider dans une réaction face à une situation

présente. Tous ces éléments amènent à nous placer dans

le long terme pour mener une politique étrangère cohérente,

chose qui n’est possible qu’avec des institutions fortes et

un gouvernement stable ayant la mémoire longue…

Quel régime est capable de réunir toutes

ces conditions

Certainement pas notre chère démocratie qui de repentance

en renoncements a sacrifié la souveraineté nationale

et le concept de puissance française qui, pourtant, serait

bien utile dans notre monde où il manque bien souvent un

contrepoids fort. La monarchie par contre semble bien rassembler

toutes ces conditions. L’exemple de la monarchie

marocaine même s’il diffère quelque peu de l’exemple

français est assez intéressant : Mohamed VI, s’il ne gouverne

pas comme son père, se place tout de même dans la

continuité de celui-ci : renouveau mais continuité qui sont

les bases d’une politique étrangère cohérente et efficace.

Non inféodée aux partis et aux lobbies, c’est-à-dire aux

factions et aux factieux, la monarchie reste souple et peut

ainsi œuvrer pour l’intérêt supérieur de la Nation, ce que

semblent avoir quelque peu oublié nos chefs d’Etat…

Il convient que la France se donne les moyens de sa grandeur

car, sans politique étrangère dynamique, elle sera

condamnée à végéter parmi les puissances moyennes et ceci

contre l’intérêt du monde qui restera alors soumis à l’impérialisme

américain. A l’heure actuelle, celle de l’auto flagellation

et de la haine de soi, le budget accordé au quai d’Orsay

n’est plus que de 1% de celui de l’Etat ! Comment pratiquer

une politique étrangère décente dans ces conditions

Une fois de plus c’est en ces moments de crise que la monarchie

révèle son caractère indispensable… •

12 Insurrection Octobre 2007


Dossier – Les enjeux

L'Oncle Sam le veut !

Par Doumenge Mistral

Pour gagner demain son Paradis, faudra-t-il mourir

pour la « nouvelle Jérusalem, » c’est-à-dire l’Amérique,

nouvelle terre promise pour les fidèles du Dieu

unique comme se l’imaginent les bêlants des églises évangélistes

de la côte Est américaine Certains semblent penser

que oui. Il serait peut-être possible de sourire des élucubrations

de ces personnes… si ces dernières n’étaient pas au

pouvoir aujourd’hui.

à son encontre est proche de celle utilisée contre l’Union

Soviétique, nécessite un alignement parfait de ses alliés occidentaux

derrière sa géopolitique ainsi qu’un contrôle accru

sur les pays du Moyen-Orient. Les bases du casse-tête

chinois étaient dès lors posées pour les Américains : comment

s’assurer la « vassalité » des nations occidentales ainsi

que la mainmise du Moyen-Orient sans que tous les pays

concernés ne se rebiffent contre eux C’est là qu’est inter-

Un objectif affirmé

La géopolitique américaine est

toute entière tournée vers le maintien

de la domination de l’unique

hyperpuissance mondiale sur le

reste du globe. Depuis la chute de

l’Union Soviétique, les Etats-Unis

ont eu bien du mal à renforcer voire

même simplement conserver leur

leadership géopolitique sur le plan

de la légitimité politique. La fin de

la dualité du monde et la disparition

de la menace communiste ont

conduit à l’explosion des ambitions

autonomistes de certaines nations,

telles l’Allemagne cherchant son

« sonderweg, » son autre chemin.

Les années 90, en conséquence, furent

déstabilisantes pour une Amérique

privée de croisade globale

démocratique contre un terrifiant

ennemi, devant composer avec les

autres nations comme ce fut le cas

lors des guerres idéologiques en

Yougoslavie ou la guerre pétrolière

du Golfe.

Le rêve géopolitique des Etats-

Unis de créer un puissant bloc

économique et stratégique euro-atlantique

placé sous son leadership,

avec Israël comme tête de pont occidental,

par le biais de l’unification

européenne, ne s’est pas arrêté pour

autant. De même, le réveil croissant

de la Chine inquiète de plus en plus

Washington dont la stratégie qui

semble, pour l’heure, employée

Octobre 2007 Insurrection 13


Dossier – Les enjeux

venu le super bad boy mondial, Oussama Ben Laden, incarnation

physique du terrorisme islamiste, nouvel ennemi

mortel du « monde civilisé. »

Le problème chinois

« L’analyse de la littérature stratégique américaine postérieure

à la chute de l’URSS, autant que les déclarations

des dirigeants, montrent que le défi chinois est la priorité de

la pensée géopolitique américaine » écrivait Aymeric Chauprade

en 2003. Si la Chine continue son développement

économique actuel, elle pourra rapidement rivaliser pleinement

face aux Etats-Unis et constituer ainsi une formidable

puissance continentale indépendante idéologiquement

et stratégiquement, puissance renforcée par la diaspora

chinoise constituée de 36 millions de personnes à l’origine

des deux tiers des investissements réalisés en Chine. Cette

diaspora a conservé une forte conscience identitaire et sa

fidélité à l’égard de l’Empire du Milieu reste solide.

Les travaux d’Aymeric Chauprade permettent de prévoir

la politique américaine appliquée à l’égard de la Chine, bien

que l’Amérique reste très discrète à ce sujet et qu’il ne puisse

s’agir que d’hypothèses qui

se vérifieront, ou non, dans

l’avenir. La stratégie globale

poursuivie par les Etats-

Unis d’Amérique peut se

résumer en quatre points :

un contrôle du besoin en

énergie de la Chine, l’encerclement

par un réseau d’alliances, la neutralisation de la

capacité nucléaire et l’affaiblissement de la géopolitique et

de l’unité politique intérieure de la Chine.

La croissance économique de la zone Asie, notamment

en Chine, a entraîné une augmentation exponentielle des

besoins énergétiques de celle-ci. La conséquence logique est

une forte dépendance : 70% des importations pétrolières

asiatiques sont concentrées sur le Moyen-Orient, ce marché

représentant 60% de la production pétrolière de ce dernier,

chiffre pouvant passer à 90% en 2015. C’est en prévision de

cette dépendance qui ira croissante que les Etats-Unis cherchent

à renforcer leur domination sur le Moyen-Orient, par

l’invasion de l’Afghanistan en novembre 2001 ou celle de

l’Irak commencée en 20 mars 2003, complétant ainsi leur

mainmise sur le Koweït et l’Arabie Saoudite. Enfin, le gouvernement

américain cherche depuis plusieurs années à

faire rentrer Moscou dans le giron des capitales inféodées à

l’OTAN, malgré des rapports plus qu’ambigus du fait de l’attitude

du président Poutine, cela afin d’éviter que la Russie

ne déverse ses hydrocarbures en Chine plutôt qu’en Occident.

La stratégie du « cordon sanitaire »

« L’islamisme a été fortement

instrumentalisé par

les Etats-Unis »

A ce contrôle des ressources énergétiques auxquelles la

Chine est dépendante, s’ajoute un « cordon sanitaire » d’Etats

visant à isoler l’Empire du Milieu géopolitiquement. Cette

stratégie n’est pas nouvelle : elle fut également utilisée à

l’encontre de l’Union Soviétique par les puissances occidentales

au sortir des deux guerres mondiales. Les Etats-Unis

cherchent désormais à consolider les positions de l’OTAN

et à l’élargir. Cet encerclement de la Chine passe par des alliances

avec les puissances hostiles à celle-ci, comme l’Inde

par exemple avec qui une alliance sera possible si demain le

Pakistan, allié traditionnel des Etats-Unis, bascule en Etat

islamiste hostile à Washington, ou encore avec le trio que

représentent la Corée du Sud, le Japon et Taiwan en Extrême-Orient.

Ce jeu géopolitique, la Chine n’a pas été en mesure d’y

résister du fait de la nature sino-centrée de la conception

politique des élites chinoises isolationnistes. L’Amérique

a pu renforcer ses positions au Moyen-Orient sans que la

Chine ne face le moindre geste parce qu’il est dans sa tradition

millénaire de ne pas se mêler de ses voisins. L’intervention

chinoise au Darfour marque cependant une potentielle

« révolution » dans cette attitude et peut-être le « réveil »

chinois qui, selon Napoléon, fera trembler le monde.

La capacité nucléaire chinoise, faible de base puisque la

Chine ne s’est jamais engagée dans la course à l’armement

nucléaire, par souci de ne pas asphyxier son économie, sera

d’autant plus amoindrie par la volonté des Etats-Unis de

fournir à leurs alliés des boucliers

anti-missiles (Theater

Missile Defense.)

Enfin, Aymeric Chauprade

s’interroge sur la capacité du

vieil empire Han à « résister au

plus puissant rouleau compresseur

idéologique jamais utilisé

dans l’Histoire des Hommes pour briser l’unité intérieure

des Etats : « les droits de l’homme, » cette même idéologie

qui permit aux Américains et aux soviétiques d’anéantir les

vieux empires européens coloniaux de manière anarchisante,

provocant les désastres que l’on sait par la suite.

Quelle légitimité

Le principal problème auquel était confronté l’Amérique

était celui de la justification de sa politique internationale.

Mettre la main sur le Moyen-Orient serait chose aisée (cruton…),

encore fallait-il se justifier sur la scène internationale

mais aussi auprès des citoyens américains eux-mêmes. La

menace supposée représentée par une Chine s’ouvrant au libéralisme

économique ne mobilisait pas vraiment les foules.

Des bad boys arabes armés de cutters apportèrent à l’Amérique

ce dont elle avait besoin pour larguer ses robocops sur le

sol moyen-oriental : la menace du terrorisme islamiste.

Historiquement, l’islamisme a été fortement instrumentalisé

par les Etats-Unis : en Algérie contre les Français, en

Iran en 1953 contre le souverainisme de Mossadegh ou encore

en Afghanistan contre les Soviétiques. En Palestine,

le Hamas est une création israélienne pour concurrencer

les nationalistes du Fatah. Cependant, cette approche fondamentaliste

de l’Islam, intrinsèquement hostile au monde

occidental moderne, s’est finalement retournée contre son

premier bienfaiteur : l’islamisme menace par exemple l’Arabie

Saoudite, allié des Américains, dont le régime politique

14 Insurrection Octobre 2007


est de plus en plus instable. Finalement, la guerre entre le

« monde libre » et les fondamentalistes islamistes trouva

son point de départ dans les attentats du 11 septembre 2001

qui donnèrent un prétexte inespéré pour mettre en place la

stratégie américaine de mainmise sur le Moyen-Orient au

nom de la lutte contre le terrorisme international… et ce

même s’il est évident qu’il n’existe aucun lien crédible entre

les islamistes proches d’ Al Qaida et le nationaliste laïc de

Saddam Hussein.

C’est cette même instrumentalisation de l’islamisme qui

permet également aux Etats-Unis de fédérer autour d’eux

un « camp occidental, » se basant sur une rhétorique manichéenne

qui prévalait du temps de la Guerre Froide : l’atlantisme

aujourd’hui s’impose comme une nécessité face à la

menace terroriste, il convient désormais, comme au temps

de l’URSS, de choisir son camp entre un « Occident » libre,

libéral, chrétien et un monde musulman présenté comme

terroriste et totalitaire. Il paraît même que Maurice G Dantec

y croit dur comme fer.

Finalement, cela compte peu si la géopolitique américaine

conduit à des désastres comme celui de la guerre en Irak

qui, paradoxalement, fut du pain béni pour les islamistes

qui y trouvaient une légitimité politique aux yeux du monde

arabe et un réservoir presque inépuisable de futurs volontaires

pour leurs actions

terroristes. Les islamistes

constituent un prétexte

solide dont dispose l’Amérique

(et son allié Israël !)

pour prétendre représenter

le camp de la liberté et

de la dignité humaine face

à des barbares sanguinaires pathologiquement accrocs à la

ceinture de dynamite. L’Amérique rêvait d’un ennemi pour

justifier sa politique et fédérer, de force, le « bloc occidental

» autour de son leadership, Oussama l’a fait ! Et le bon

bourgeois occidental, après avoir larmoyé devant le film de

propagande massifiant « Vol 93, » n’aura aucun scrupule à

approuver docilement la « guerre contre le terrorisme. »

Le bon, la bête et…la France.

Droite et gauche, main dans la main vers l’atlantisme.

En France, pays traditionnellement americano-sceptique,

les patriotes ne peuvent que constater avec inquiétude

la lente dérive atlantiste que connaissent les médias et la

vie politique française. L’élection de Nicolas Sarkozy, qui

jugeait la position diplomatique de la France au sujet de la

guerre en Irak comme « arrogante » (car opposée aux Etats-

Unis) est une forme de consécration de cette dérive au point

qu’Israël Magazine, feuille de chou juive et sioniste, publiait

récemment une caricature représentant un Chirac, coiffé

d’un Keffieh arabe, quittant l’Elysée pour laisser la place

à un Sarkozy portant la kippa, signifiant par là que le soutien

de la France passerait très vite, avec l’action du nouveau

président, de la Palestine à Israël. Ce travail de revirement

de cap étant facilité par la substitution des islamistes du Hamas

au Fatah déclinant aux commandes de la Palestine.

Ce glissement dans la géopolitique française, pourtant,

était prévisible : il est le fruit d’un travail de longue haleine

mené notamment par la French American Foundation

(Fondation Franco-Américaine), créée en 1976 après que ses

membres fondateurs aient reçu l’appui officiel de Valery Giscard

d’Estaing en accord avec le président américain Gerald

Ford. Le texte constitutif de la fondation indique que « l’objectif

de la Fondation franco-américaine est de renforcer la

relation franco-américaine considérée comme un élément

essentiel du partenariat transatlantique. » Cette fondation

utilise comme méthode de travail le noyautage des milieux

de la presse, de la finance et de la politique. On peut noter

parmi les membres de cette fondation Ernest-Antoine Sellière

ainsi que de nombreux journalistes ou encore les élus

UMP Alain Juppé, Valérie Pécresse, Eric Raoult et même

le soi-disant « gaulliste » Nicolas-Dupont Aignan… La présence

de toutes ces personnalités dans cette officine clairement

atlantiste laisse songeur quant à la politique étrangère

qui sera menée par le gouvernement UMP. Il est cependant

intéressant de relever que des socialistes comme François

Hollande ou Arnaud Montebourg font également partie de

cette fondation, ce qui laisse entendre que, en matière de

politique étrangère, l’UMPS constituait bien un parti unique.

Devant ce bilan,

« Il conviendrait désormais comme

au temps de l’URSS, de choisir son

camps entre un Occident libre, et un

monde musulman terroriste »

Dossier – Les enjeux

il convient de s’interroger

sur la vocation

de la France : s’aligner

derrière une superpuissance

impériale au

nom de la lutte contre

le terrorisme islamique

ou en prévision de la menace que pourrait demain représenter

la Chine

La politique étrangère de la France des prochaines années

sera probablement atlantiste. L’on peut par conséquent

se demander si la France, dont l’histoire toute entière est

en opposition aux empires (germanique, anglais…) aura, dès

lors, encore une raison d’exister en tant que tel Si le fait

même de parler de « politique française » aura encore un

sens Derrière l’enjeu atlantiste, il y a l’existence même de

notre nation sur la scène internationale qui se pose.

Contre les Chinois et/ou les islamistes, l’Oncle Sam appelle

à la croisade des démocraties. Tuez-les tous, l’Oncle

Sam le veut ! Reste à savoir si la France n’a pas une civilisation

plus grande que la démocratie à faire entendre, une

civilisation qui ne se reconnaîtrait pas dans un bloc euroatlantique

constitué de bouffeurs de Macdo, de buveurs de

coca et de fumeurs de Malboro… •

Sources :

« Comment l’Amérique veut vaincre la Chine » - Aymeric

Chauprade, in La Nouvelle Revue d’Histoire, n°2, septembre-octobre

2002

« Contre l’Islam pour mille ans ! » - Bruno Wieseneck, in Le

Choc du Mois, n°1, mai 2006

« L’Histoire cachée des relations franco-américaines » -

Pierre Hillard

Octobre 2007 Insurrection 15


Dossier – Les enjeux

Géopolitique européenne

Par Pierre Hillard*

L’Europe impériale : une histoire ancienne

L’idée d’unir l’Europe est une histoire ancienne depuis

la fin de l’Empire de Charlemagne et la partition du

territoire en 843 à Verdun. La dynastie capétienne

s’est toujours fixée comme objectif d’empêcher l’émergence

d’une autorité impériale sur toute l’Europe. Les Plantagenêt

alliés aux Otton furent battus à Bouvines en 1214 empêchant

cette alliance germano-anglo-saxonne de rayer le

royaume des lys de la carte. Par la suite, après avoir combattu

les tentatives impériales de Charles le Téméraire défait

en 1477, la monarchie française s’opposa au XVè siècle

à l’empereur d’Autriche Maximilien 1er à l’origine de la fameuse

formule latine Austria Est Imperare Orbi Universo

(AEIOU, « il appartient à l’Autriche de

régner sur l’univers »). Cette vision impériale

était en butte à la politique capétienne

de l’équilibre européen. Les

Habsbourg furent en lutte constante

contre l’autorité des rois de France. En

matière de politique étrangère, les sentiments

ou l’idéologie n’intervenaient

pas chez les descendants de Hugues Capet.

Seul le rapport des forces en Europe

entrait en ligne de compte. Le retournement

des alliances en 1756 permettant

une coopération étroite entre l’Autriche

et la France fut un coup de maître.

Après s’être opposée pendant plus de

deux siècles, la monarchie française

estimait que l’Autriche ne représentait

plus un danger pour l’Europe. En

revanche, une nouvelle menace impériale

commençait à affoler les diverses

chancelleries européennes : la Prusse

des Hohenzollern. Déjà dans un rapport

de janvier 1715, le vieux Louis XIV

sept mois avant sa mort avait flairé cette

menace et demandé à son ambassadeur

à Vienne, le comte du Luc, « de former entre la maison de

France et la maison d’Autriche une union aussi avantageuse

à leurs intérêts qu’elle sera nécessaire au maintien du repos

général de l’Europe ». Cette mise en garde extraordinaire

annonçait aux Français les menaces qui les attendaient si

la Prusse réussissait l’unité germanique. Mise en forme par

Louis XV et continuée par Louis XVI, cette politique fut jetée

aux orties par les ambitions démesurées de la Révolution

française poursuivies par Napoléon 1er. Charles-Maurice de

Talleyrand, grand diplomate raffiné et grand pécheur devant

l’Eternel – l’Empereur disait de lui qu’il était « de la m..

*L’auteur

Pierre Hillard, docteur en science politique,

est aussi un fin connaisseur de la

géopolitique européenne. Articles, enquêtes,

et ouvrages témoignent du même souci

d’objectivité historique, du même pragmatisme,

car en bon disciple de Bainville,

« l’histoire est la maîtresse en politique ».

Dénoncant la politique de démantelement

des nations au profit d’une eurorégionnalisation,

puis d’une gouvernance

mondiale, Pierre Hillard y a consacré certains

de ses ouvrages dont « Minorités et

régionalisme dans l’Europe fédérale des régions

» et « La décomposition des Nations

Européennes ».

dans un bas de soie » - ne cessait de rappeler que « la vraie

force est de savoir se limiter ». Cette sage maxime ne fut

jamais appliquée par Napoléon 1er dont les rêves impériaux

se brisèrent à Waterloo.

Cette volonté d’équilibre ne concernait pas seulement

l’Europe. Elle se traduisait aussi au niveau de la liberté des

mers. La position géographique de la France est à la fois un

atout et une faiblesse. Au carrefour entre la péninsule ibérique,

les Alpes et le Rhin, la France est largement encastrée

au corps européen et donc réceptive aux événements en tout

genre du vieux continent. Cependant, des milliers de kilomètres

de côtes lui donnent une façade maritime à nulle

autre pareille. La mer du Nord, la Manche, l’Atlantique et

la Méditerranée offrent à la France des atouts maritimes de

première main. Toute la difficulté des

dirigeants capétiens était de jongler entre

les impératifs terrestres en Europe

et l’appel du grand large. Dans cette

affaire, la grande rivale maritime était

l’Angleterre. En rivalité permanente

avec sa voisine du Nord dans la conquête

du Nouveau monde, la France a réussi

à s’implanter dans la vallée du Saint-

Laurent permettant ensuite la présence

de la civilisation catholique vivant en

bonne harmonie avec les indiens. Ce fait

est à souligner car l’esprit raciste anglosaxon

s’est toujours accompagné d’une

volonté d’extermination des peuples

rencontrés. Les indiens d’Amérique du

Nord, les maoris de Nouvelle-Zélande

et les aborigènes d’Australie en savent

quelque chose. Malgré la perte de notre

Empire colonial en 1763, le royaume

des lys conservait tous les atouts nécessaires

pour repartir à l’assaut et mener

la vie dure à l’Angleterre protestante.

La Révolution de 1789 suivie de

l’Empire fut une rupture dans la politique capétienne. Depuis

cette époque, la France n’a plus jamais retrouvé la stabilité

politique. Depuis le XIXè siècle, victime de l’opinion

publique censée représenter le peuple souverain – Oscar

Wilde disait que « l’opinion publique n’existe que là où il

n’y a pas d’idées » - et du monde des affaires apatride, la

classe politique française fait de la politique politicienne au

jour le jour. Depuis cette époque, la France a subi désastres

sur désastres : 1870, 1914-1918 et 1939-1945 tout en restant

dépendante de la politique étrangère britannique. Le grand

reproche que nous pouvons lancer aux politiciens est d’avoir

laissé le pays sans gouvernail. De grands hommes comme

16 Insurrection Octobre 2007


l’historien Jacques Bainville (1879-1936), « véritable vigie

au service de la France » comme le disait si bien François

Mauriac, n’avait pas les moyens nécessaires pour influencer

des politiciens dont l’idéal de vie était très souvent centré

sur leur petite personne.

Après 1945, il fut décidé que plus jamais il n’y aurait de

guerre sur le continent. C’était trop vite oublier la nature

humaine. En fait, la volonté impériale d’unification de l’Europe

continue à exister. Elle a pris un autre chemin que celui

de la guerre : la voie politico-économico-juridique. En effet,

la Communauté économique européenne (la CEE) devenue

l’Union européenne (l’UE) prend de plus en plus d’importance

dans la vie des Etats. Il faut déjà rappeler qu’environ

80% des directives adoptées par l’Assemblée nationale sont

en fait l’application directe des mesures bruxelloises. L’autorité

supranationale impose de plus en plus ses vues sur le

vieux continent.

Le nouvel impérialisme allemand

Cependant, si on regarde plus précisément les textes

européens chargés de remodeler les Etats, on constate qu’ils

sont tous allemands. En effet, les textes promouvant la régionalisation

(chartes de l’autonomie locale et régionale), l’ethnicisme,

(charte des langues régionales et convention-cadre

pour la protection des minorités), la dissolution des frontières

nationales (rôle dévolu à l’institut germano-européen

l’ARFE : Association des régions frontalières européennes),

l’aménagement du territoire (CEMAT, Conférence européenne

des ministres responsables de l’aménagement du

territoire) et le code civil européen sous l’égide du juriste

Christian von Bar ont tous été conçus par les autorités politiques

allemandes. L’Allemagne cherche à imposer à toute

l’Europe, en reprenant l’expression de l’ancien ministre des

Affaires étrangères, Joschka Fischer, une « hégémonie douce

» (sanfte Hegemonie). L’objectif déclaré est de vider les

Etats-nations de leur autorité régalienne (monnaie, diplomatie,

…) au profit de l’autorité supranationale de l’UE parallèlement

à la délégation de pouvoirs politico-économiques

aux régions. Entre les deux et pris dans un véritable étau,

les Etats se retrouvent vidés de leurs substances politiques.

En fait, nous assistons à l’émergence d’un Empire européen.

D’ailleurs, le président de la commission européenne, José-

Manuel Barroso, ne s’est pas gêné pour le reconnaître lors

d’une conférence de presse le 10 juillet 2007 : « Parfois j’aime

comparer l’Union européenne en tant que création, à l’organisation

des empires. Nous avons la dimension de l’Empire,

mais il y a une grande différence. Les Empires ont été habituellement

bâtis par la force avec un diktat imposant du

centre, sa volonté aux autres. Maintenant ce que nous avons

est le premier « empire non-impérial ». Nous avons 27 pays

pleinement décidé à fonctionner ensemble afin de mettre

en commun leur souveraineté. Je crois que c’est une grande

construction dont nous devrions être fiers. Au moins, nous

à la Commission, nous en sommes fiers ». Il faut reconnaître

à José-Manuel Barroso une bonne dose d’inconscience ou de

cynisme. En effet, la primauté du droit européen régentant

la vie des nations est bien la preuve que nous avons affaire à

un diktat propre à l’édification d’un Empire.

Dossier – Les enjeux

La politique des « petits pas »

Cependant, c’est un Empire sous influence. En effet, cet

« Empire européen » n’est pas une finalité mais une étape.

L’objectif officiel est de réussir une intégration complète de

l’UE aux Etats-Unis ou, plus exactement, à une Communauté

nord-américaine appelée à devenir une Union nordaméricaine.

En mars 2005, les Etats-Unis, le Canada et le

Mexique ont décidé de lancer une Union nord-américaine

afin de constituer un bloc politique, économique et militaire

unifié. Il a été officiellement décidé de vouloir remplacer

le dollar américain, le dollar canadien et le peso mexicain

par une nouvelle monnaie : l’amero. La banque fédérale

américaine (la Fed) devrait être remplacée par une banque

centrale nord-américaine (sorte de super Fed). Ces affirmations

ont été réunies dans un ouvrage intitulé Towards a

North american community sous l’égide d’un très puissant

think-tank : le Council on Foreign Relations (le CFR). Ainsi,

deux pôles se mettent en place de part et d’autre de l’Atlantique

: l’Union nord-américaine et l’Union européenne. Ce

bloc euro-atlantique désigné par l’expression G-2 doit être

doté aussi d’une Assemblée transatlantique afin de gérer au

mieux ce nouvel Empire.

Comme nous pouvons le constater, l’idée d’Empire est

plus vivace que jamais. Si les mondialistes atlantistes arrivent

à finaliser cette architecture, la France ne sera plus

qu’un glorieux souvenir historique. Et encore ! Qui s’intéresse

de nos jours à l’histoire de France •

Octobre 2007 Insurrection 17


Dossier – Les enjeux

Réforme fiscale :

les vrais enjeux

Par PV

Le fameux « paquet fiscal », mesure

phare promise par Nicolas Sarkozy

durant la campagne présidentielle, est

entré en vigueur via la loi TEPA publiée au

JO du 22 août dernier. Ainsi devraient s’appliquer

un important allègement des droits

de succession et de mutation, la défiscalisation

des heures supplémentaires, la déductibilité

des intérêts d’emprunt pour l’achat

d’une résidence principale -qui finalement

ne jouera que pour l’avenir-, la défiscalisation

des rémunérations du travail des étudiants,

la non déductibilité des indemnités

de départ (« parachutes dorés ») de l’assiette

de l’impôt sur les sociétés, la hausse à 50 %

de l’abattement sur la résidence principale

dans le calcul de l’impôt de solidarité sur la

fortune, ainsi qu’une baisse du bouclier fiscal

limitant les impôts directs (CSG, CRDS,

IR, et ISF) à 30% du revenu.

Bien que décriées par certains comme

bénéficiant « aux plus riches », les diminutions

d’impositions sont généralement bien

accueillies par l’opinion publique; mais quels

sont les véritables enjeux de cette réforme

Facteurs de croissance ou

gadgets

Un certain nombre de ces mesures nous

semblent opportunes: aider les Français à

devenir propriétaires de leur logement, défiscaliser

la transmission familiale et la circulation

du patrimoine, décourager les exils

fiscaux. Les objectifs affichés sont clairs :

d’une part engranger un surplus de croissance

économique et d’autre part redonner

confiance aux Français dans une fiscalité

plus juste et plus efficace.

Mais, en premier lieu, pour regagner cette

confiance, encore faudrait-il voir un peu

plus loin que le bout de son nez. D’abord,

faciliter les transmissions de patrimoine au

sein de la famille est un choix intéressant,

mais peut-être conviendrait-il de remettre

celle-ci à l’honneur et pas seulement dans

le domaine fiscal, pour qu’elle redevienne

la cellule de base de la société et donc un

lieu de solidarité intergénérationnelle, ce

qui pourrait permettre à terme de soustraire

cette solidarité sociale à un étatisme étouffant

et dispendieux. Mais remettre la famille

traditionnelle au goût du jour, n’est-ce pas

déjà être un fieffé réactionnaire

Ensuite, pour redonner confiance aux

exilés fiscaux, il faudrait peut-être, sans tomber

dans l’utopie d’un « grand soir fiscal »,

trouver une cohérence durable aux réformes

mises en place. Or, tout porte à croire que

le gouvernement a mis la charrue avant les

bœufs : Christine Lagarde, à la suite du président,

prévient d’ailleurs qu’à moyen terme

devrait intervenir une refonte globale de

notre fiscalité. Que n’ont-il pas pris le temps

de la mettre en place d’un seul élan plutôt

que de se contenter de mesures cosmétiques

dans un premier temps pour y revenir par la

suite Que n’ont-ils pas profité de l’occasion

pour supprimer purement et simplement

l’ISF, impôt idéologique dont tous les pays

se débarrassent les uns après les autres en

raison des départs massifs de patrimoines

Mais on le sait, il fallait « aller vite »…

En second lieu, l’objectif de la réforme

était d’enclencher une nouvelle dynamique

aboutissant à un gain de croissance significatif

: un demi point de croissance selon les

estimations de Bercy. Mais comme toujours,

ce sont des estimations, qui risquent de rapidement

se muer en vœux pieux. Rien ne dit,

en effet, qu’il en sera ainsi. Les exilés fiscaux

reviendront-ils Rien de moins sûr. Quid

de l’impact de la défiscalisation des heures

supplémentaires Rien ne dit que les employeurs

vont y avoir recours massivement.

Et si « le travail appelle le travail », on ne sait

dans quelle mesure et on ne voit pas bien ce

qui pourrait, dans le « paquet fiscal », réduire

significativement le chômage. Et quand bien

même l’objectif croissance serait atteint, le

18 Insurrection Octobre 2007


coût pour l’Etat restera supérieur au gain

d’activité escompté pour le pays.

Car on s’enthousiasme facilement de

cette mini-révolution, mais qui s’interroge

sérieusement sur son coût Qui accorde de

l’importance au financement de la réforme

C’est bien là tout le problème.

Quel financement

En effet, l’ensemble de ces mesures -hormis

la « refiscalisation » des « parachutes dorés

»- représente un manque à gagner considérable

pour les caisses de l’Etat (près de 15

milliards d’euros par an, soit 0,7% à 0,8% du

PIB), pour un retour sur investissement plus

qu’hypothétique. Or, en matière de finances

publiques, la situation est critique. Nous ne

sommes toujours pas passés durablement audessous

des seuils imposés par le pacte de

stabilité (déficit annuel inférieur à 3% du

PIB et niveau de dette inférieure à 60%), et

M. Sarkozy est déjà allé négocier une prorogation

du délai pour passer sous la barre

des 60%, à l’horizon 2012 (au lieu de l’objectif

initial de 2010)… Et pour cause! Notre

hyperactif de président a parfaitement

conscience que sa réforme est incompatible

avec les engagements de redressement des

comptes publics. En effet, un gouvernement

responsable aurait proposé un plan sérieux

de financement de ces dépenses fiscales, en

réduisant d’autres dépenses ou en augmentant

les recettes. En ce qui concerne ces dernières,

une augmentation de la TVA aurait

pu venir financer ces nouvelles dépenses. Il

n’en sera pas question, nous assure le gouvernement.

On évoque aussi, à demi mots,

la possibilité d’étendre l’impôt sur le revenu

à tous les foyers fiscaux, que seulement 50%

d’entre eux acquittent aujourd’hui. Cette

mesure est intéressante d’un point de vue

social, car ainsi, mêmes les plus modestes

auraient conscience de participer au financement

les infrastructures publiques ce qui

pourrait avoir une influence positive sur la

délinquance. Mais d’un point de vue économique,

les recettes potentielles ne seraient

pas gargantuesques, étant donnés que les

taux appliqués aux plus modestes ne pourront

être que très limités. Et politiquement, ça ne

sera pas une mince affaire, c’est le moins que

l’on puisse dire. Au final, la France, avec un

taux de prélèvements obligatoires proche

des 45% de la richesse produite, n’a qu’une

marge de manœuvre très restreinte du côté

fiscal.

Dès lors, et ne pouvant plus faire marcher

la « planche à billets », les gouvernements

successifs sont contraints d’élaborer différents

stratagèmes pour tenter de grappiller

quelques moyens de subsister. Gageons que

les nouveaux venus ne changeront pas les

bonnes habitudes.

En premier lieu, ils ont recours à des

combines comptables. Par exemple fin 2005,

le ministère des finances, alors dirigé par

Thierry Breton, a procédé au prélèvement

d’un acompte du montant prévu par les entreprises

au titre de l’IS 2006, ce qui a permis

d’engranger 2 milliards d’euros et d’afficher

une baisse significative -mais factice- du déficit

de l’année 2005.

En second lieu, et c’est de loin le plus

important, l’Etat et les administrations publiques

dilapident leurs actifs pour financer

leur désendettement. En 2006, un record

depuis les années 1986 -1987 a été atteint :

16 milliards d’euros d’actifs ont été cédés. En

2007, après une pause électorale, les cessions

ont repris de plus belle. L’Etat a par exemple

cédé 5% du capital de France Télécom, et la

tentation se fait de plus en plus grande du

côté d’EDF, pour lequel il peut encore céder

17 % du capital. En tout, l’Etat détient

encore pour 190 milliards d’euros de participations

dans des entreprises cotées et un

total évalué à 550 milliards d’actifs (incluant

le parc immobilier, les infrastructures et les

stocks). Malheureusement il est une évidence

: vendre ce que l’on possède est un moyen

de financement à usage unique. Quand on

a tout vendu, il n’y a plus rien à vendre. Il

y a d’ailleurs quelque chose de grotesque

et d’indécent dans ces petits jeux de dupes.

Bercy et ses services savent pertinemment

que même en vendant tout ce que l’Etat possède

-M. Sarkozy, lors de son bref passage

au ministère des finances, avait envisagé la

vente de l’or de la banque de France - on

ne comblerait pas la moitié de l’encours de

dette (1100 milliards d’euros, sans compter

les engagements hors bilan, tels que les

retraites des fonctionnaires) qui ne pourra

qu’augmenter en raison de l’implosion de

notre système de protection sociale (vieillissement

de la population, immigration massive,

multiplication ad nauseam des « droits

à… »). Alors à quoi bon A quoi bon vendre

les « bijoux de famille », quand on sait très

bien qu’ils ne sont que cautères sur jambes

de bois vermoulues

Vers la faillite

Dans un cadre politique normal, compte

Dossier – Les enjeux

Octobre 2007 Insurrection 19


Dossier – Les enjeux

tenu de cette fébrile soutenabilité de nos finances

publiques, les choses auraient dû être

inversées : d’abord réduire les dépenses de

manière drastique, à taux de prélèvements

obligatoires constant, et ensuite diminuer

progressivement les impôts inutiles et/ou

injustes, tout en pensant une simplification

globale de notre fiscalité incluant une réflexion

d’ensemble sur la décentralisation et

les impôt locaux.

Les dépenses publiques, notamment fiscales,

qu’il faut supprimer sont connues. La

prime pour l’emploi qui coûte 4 milliards

d’euros par an est, par exemple, totalement

inefficace. Les plans d’épargne logement

financés par l’Etat ne servent plus, depuis

longtemps, à l’acquisition d’un logement.

Il est intéressant d’ailleurs de noter qu’en

2004, le même Nicolas Sarkozy alors maître

de Bercy, voulait s’attaquer de manière globale

à toutes les niches et autres avantages

injustifiés, et qu’aujourd’hui, il s’apprête à en

créer de nouveaux. La déduction des intérêts

d’emprunts ne constitue-t-elle pas une

nouvelle niche propre à densifier le maquis

fiscal français

Que dire du projet de Martin Hirsch visant

à étendre à toute la France, d’ici 2008,

l’octroi d’un revenu de solidarité active

(RSA) pour inciter les inactifs à travailler

Dans un Etat moderne, la puissance publique

alloue des revenus supplémentaires à

ceux qui « choisissent » d’accepter un emploi,

parce que (trop) souvent on gagne plus

(CMU etc.) en ne travaillant pas… on marche

sur la tête !

Que dire, enfin, du projet de non remplacement

d’un départ à la retraite d’un

fonctionnaire sur deux C’est évidemment

dans ce sens qu’il faut aller. Mais d’une part,

cet objectif vient d’être revu à la baisse pour

ne plus concerner qu’un fonctionnaire sur

trois ; d’autre part on annonce déjà que la

manne financière ainsi économisée ne sera

affectée que pour moitié au désendettement

(l’autre moitié étant redistribuée aux fonctionnaires)

; enfin cet objectif n’empêchera

en rien les nouvelles embauches, qui ont lieu

inévitablement, au grès des pressions véritables

ou fantasmées, de l’opinion publique.

L’épisode du TGI de Metz est, à cet égard,

symptomatique. Un juge est poignardé, la

république compassionnelle réagit du tac

o tac et annonce immédiatement le recrutement

de 500 vacataires pour assurer la

sécurité des tribunaux. Aussi dramatique

soit-elle, une telle agression devait-elle forcément

conduire à un recrutement de personnels

Cette mesure sera-t-elle vraiment

de nature à empêcher tous risques –sommes

toutes connus- d’agression d’un juge dans

son bureau

On pourrait multiplier à volonté les

exemples de dépenses inutiles et de privilèges

particulièrement coûteux et injustifiés,

les rapports publics en regorgent. La

LOLF (Loi Organique relative aux Lois de

Finances) qui voulait en finir avec ces pratiques

va montrer ses limites : elle est un

bon outil technique –tout comme l’Agence

France Trésor en charge de la gestion de la

dette -, mais impuissante si le Politique ne

suit pas. In fine, les pronostics sont aisés. Les

dépenses publiques ne seront pas réduites

de manière suffisante, les recettes tirées des

privatisations ou des ventes du patrimoine

immobilier de l’Etat, quant à elles, s’épuiseront

; dès lors, fort logiquement, les déficits

budgétaires continueront de s’accumuler et

la dette explosera ; la commission européenne

se fera toujours plus pressante, et les gouvernements

français continueront de fanfaronner

en affichant des chiffres hypocrites.

Jusqu’au jour où, suite à une rétrogradation

de la signature de l’Etat par les agences de

notation, nos créanciers perdront confiance

et eux, n’auront pas de pitié, parce que ce

n’est pas dans la nature des marchés financiers

d’avoir de la pitié.

Finalement, pourquoi être surpris On le

sait, la république française n’est pas un cadre

politique « normal » : elle est à la fois un

mode de désignation des gouvernants inefficace

et une machine de guerre idéologique

au service d’un Etat-Providence universaliste

en faillite. Dans la mesure où personne ne

jugera l’action des fugaces locataires de nos

institutions sur le long terme, ces derniers

auraient bien tort de se priver d’afficher un

déficit annuel réduit de 10 milliards d’euros

sonnants et trébuchants et même de se payer

le luxe de parler de « cagnottes » miraculeuses

aux Français, toujours prompts à croire

aux histoires de trésors.

Prendre en compte l’ensemble des exigences

politiques et économiques (décentralisation,

chômage, fraude fiscale, statuts

des agents publics, confiance et productivité

des administrations, aides aux plus vulnérables,

démographie, hausse des taux d’intérêt,

etc.) et mener les réformes en conséquence

est une véritable gageure dans un pays qui

connaît une élection par an en moyenne. A

bien y réfléchir, la mission est impossible. •

20 Insurrection Octobre 2007


Politique France

Qui colonise qui

«[...] nous sommes probablement en train de faire une

grosse sottise. Cette mosquée en plein Paris ne me dit

rien de bon. Il n’y a peut-être pas de réveil de l’islam,

auquel cas tout ce que je dis ne tient pas et tout ce que

l’on fait se trouve être aussi la plus vaine des choses.

Mais, s’il y a un réveil de l’islam, et je ne crois pas que

l’on puisse en douter, un trophée de la foi coranique

sur cette colline Sainte-Geneviève où tous les plus

grands docteurs de la chrétienté enseignèrent contre

l’islam représente plus qu’une offense à notre passé:

une menace pour notre avenir.

On pouvait accorder à l’islam, chez lui, toutes les garanties

et tous les respects. Bonaparte pouvait se déchausser

dans la mosquée, et le maréchal Lyautey user

des plus éloquentes figures pour affirmer la fraternité

de tous les croyants : c’étaient choses lointaines, affaires

d’Afrique ou d’Asie. Mais en France, chez les

protecteurs et chez les vainqueurs, du simple point de

vue politique, la construction officielle de la mosquée

et surtout son inauguration en

grande pompe républicaine exprime

quelque chose qui ressemble

à une pénétration de notre

pays et à sa prise de possession

par nos sujets ou nos protégés.

Ceux-ci la tiendront immanquablement

pour un obscur aveu de

faiblesse [...] Qui colonise désormais

Qui est colonisé Eux ou

nous (...) Nous venons de transgresser

les justes bornes de la tolérance,

du respect et de l’amitié.

Nous venons de commettre le

crime d’excès. Fasse le ciel que

nous n‘ayons pas à le payer avant

peu [...].» •

(Charles Maurras dans l’Action

française, le 13 juillet 1926, à

propos de l’inauguration de la

mosquée de Paris à l’occasion

de la visite en France du Sultan

du Maroc Moulay Youssef.)

Cité par François-Marie Algoud,

Actualité et présence de

Charles Maurras (1868-1952), 2

tomes, SADPF, 86190 Chiré-en-

Montreuil, France.

Octobre 2007 Insurrection 21


Culture

Les Amours

d’Astrée et de Céladon

d’Eric Rohmer.

Réalisateur, Acteur, Producteur, Scénariste français né en 1920.

Les Amours d’Astrée et de Céladon est une adaptation de L’Astrée, roman pastoral

d’ Honoré d’Urfé, un récit-fleuve dont la première partie fut publiée en 1607.

Synopsis : Dans une forêt merveilleuse, au temps des druides, le berger Céladon et la bergère

Astrée s’aiment d’amour pur. Trompée par un prétendant, Astrée congédie Céladon qui, de désespoir,

se jette dans une rivière. Elle le croit mort, mais il est secrètement sauvé par des nymphes.

Fidèle à sa promesse de ne pas réapparaître aux yeux de sa belle, Céladon devra surmonter

les épreuves pour briser la malédiction. Fou d’amour et de désespoir, convoité par les

nymphes, entouré de rivaux, contraint de se déguiser en femme pour côtoyer celle qu’il

aime, saura-t-il se faire reconnaître sans briser son serment

La chouette de Minerve se levant au crépuscule, Eric Rohmer, à 87 ans, signe de nouveau,

et plus que jamais, un GRAND film. A preuve sa sélection à la Mostra de Venise

2007. Certains spectateurs le trouveront trop « cérébral », mais enfin que souhaiter de

mieux, à l’heure où les salles de cinéma, à défaut de se remplir, ne remplissent plus guère

les cerveaux. Prônons donc le « cérébral » et n’ayons pas peur d’un film dit « intello ».

D’autant que ce n’est pas à notre raison que profite d’abord (encore que…) ce film mais à

nos yeux émerveillés devant lesquels, au travers de lieux magiques, hommes et femmes

déambulent en toges pastels ou se reposent au frai d’un sous-bois ombragé. Cette légèreté

étonne, et même chagrine, le spectateur habitué sans doute à plus... d’action. La surprise

peut également venir des deux amants de cette romance qui paraîtront naïfs ou simples

d’esprit, ce que Rohmer avait déjà expliqué à propos de films antérieurs : « Cela fait partie

de l’anti-intellectualisme de ma position esthétique ». Cet esthétisme arrive sans détours

à pénétrer au plus profond de nous-mêmes, dans une vraie liberté des sentiments, pour

nous les offrir purs, grands et éclatants, dans un bonheur quasi-enfantin où deux heures

suffisent pour entrevoir l’infini des sentiments.

Journal de ma vie

durant la Révolution française

de Grace Elliot

Eric Rohmer étant à l’honneur ce mois-ci il nous faut rappeler un livre qui a rendu

possible L’Anglaise et le duc, un autre de ses chefs-d’œuvres sorti il y a quelques années,

remarquable par son objectivité historique et sa critique de cette folie qu’a pu être

la Terreur.

Ce film a donc été inspiré par un très beau et poignant journal, celui de la britannique

Grace Elliot, héroïne du film, qui défendra jusqu’à leur mort la famille royale tout en

aidant de nombreux aristocrates à fuir en Angleterre. Cette belle Anglaise fut la maîtresse

du duc d’Orléans - le futur régicide Philippe Égalité -, à l’entour de 1785, avant d’en devenir

l’amie. Son Journal, qui commence le 12 juillet 1789 et s’achève en juin 1794, sous

la Terreur, retrace les grandes journées de la Révolution à Paris auxquelles elle assistera

en spectatrice privilégiée. Cette « incorrigible royaliste » nous fait revivre, côté cour et

côté ville, cette sombre période, où la grande Histoire croise l’anecdote, et les duchesses

les sans-culottes. Avec une grande féminité, un sens aiguë du dialogue et de la description,

Grace ranime ce qu’elle a vu, senti et vécu. Ainsi sauve-t-elle le gouverneur des

Tuileries en le cachant sous son lit, et tient-elle tête crânement aux membres du Comité

de surveillance qui veulent l’envoyer à l’échafaud. Le parcours de cette femme de cœur et

de caractère nous vaut aussi quelques points de vue uniques sur des événements cruciaux

tels que le vote de la mort du roi et son exécution. Notons la préface du réalisateur Eric

Rohmer. A lire et vite si ce n’est déjà fait.

Les Editions de Paris : Journal de ma vie durant la Révolution française, de Grace Elliot

(Auteur), Eric Rohmer (Préface) 13,70 €

22 Insurrection Octobre 2007


Les tribulations

d’un Beaumarchais

en Allemagne

Culture

Par Kiavel

Au mois de juin 1774, Beaumarchais apprend à M. de Sartine(1) qu’un juif du nom d’Angelucci,

réfugié à Londres sous celui de Hutkinson, est possesseur d’un libellé, dont l’auteur est inconnu,

mais qu’on sait dirigé contre la reine. Et, généreusement, - l’Angleterre lui étant familière, - il s’offre

d’ aller racheter le pamphlet.

Comment Beaumarchais a-t-il eu connaissance

de l’affaire Mystère! Comment est-il parvenu

à la faire admettre à Sartine, et, par Sartine, au

roi Autre mystère.

Le fait est que le 26 juin, il s’embarque pour le Royaume-uni.

Pour le bien de sa mission, il a sollicité une approbation

de Louis XVI, mais sans l’avoir reçue il prend

le navire. Ce n’est que le mois suivant, dans la seconde

moitié de juillet qu’elle lui

parvint. Petit billet dont

lyriquement Figaro remercie

le roi. «Un amant, dit-il,

porte à son col le portrait de

sa maîtresse, un avare y attache

ses clefs, un dévot son

reliquaire; moi j’ai fait faire

une boîte d’or ovale, grande

et plate, en forme de lentille,

dans laquelle j’ai enfermé

l’ordre de Votre Majesté, que

j’ai suspendu avec une chaînette

d’or à mon col, comme

la chose la plus nécessaire à

mon travail et la plus précieuse

pour moi.»

Plus tard, à Francfort, il fit

mettre la boîte dans un sachet de soie, « parce que

quand j’avais fort chaud, si le métal touchait subitement

la peau, cela me saisissait un peu (2)». Sa boîte

d’or au cou, Figaro court, Figaro vole. C’est dans cet

équipage qu’il rencontre le juif Angelucci. Ce mécréant

avait deux éditions de la Dissertation, la première

à Londres, la seconde à Amsterdam. Il en voulait

un beau denier: 75,000 francs. Un messager honoré

de la confiance royale, avec un autographe au cou, ne

marchande et ne discute pas. 75,000 francs A merveille.

Les voici. Et Angelucci empoche.

L’édition de Londres détruite, il importe de faire disparaître

celle d’Amsterdam. de concert, Angelucci et

le père de Figaro s’y rendent. L’autodafé s’accomplit,

mais la légère spirale du feu ne s’est pas encore dissipée

que, coup de théâtre, Beaumarchais apprend qu’il

est dupé. Enfer et damnation ! Ce sacripan d’Angelluci,

un exemplaire de la Dissertation dans le pli de sa

crasseuse houppelande(3),

vient de décamper. Une

chaise de poste, vite! Mais

où courir A Nuremberg,

puisque c’est là que ce

machiavélique Angelucci

a projeté de faire réimprimer

le libelle et d’offrir

ainsi en vente une troisième

édition. Figaro n’hésite

pas. Vite à Nuremberg !

Et «malheur à l’abominable

homme qui me force à

faire trois ou quatre cents

lieues de plus, quand je

croyais m’aller reposer ! Si

je le trouve en chemin, je

le dépouille de ses papiers

et je le tue, pour prix des

chagrins et des peines qu’il me cause ! «

Fouette, postillon(4) ! La chaise de poste roule. Ce

damné Angelluci va apprendre à connaître M.Caron

de Beaumarchais! On dévore la route, on brûle les étapes.

«Si je le trouve en chemin!...» Béni soit le hasard!

Voici Angelucci en chemin, Ô merveille ! Sur un petit

bidet brun moucheté de blanc sur le devant de la

tête, il trotte par les champs. Pistolet au poing, Beaumarchais

lui galope aux talons, le saisit à la botte, lui

Octobre 2007 Insurrection 23


Culture

fait vider les étriers et lui arrache le pamphlet.

Quant au reste, aux 75,000 francs si

indûment escroqués... Bah ! Caron est bon

prince: qu’Angelucci aille manger le fruit de

sa fraude ! Le juif ne se le fait pas répéter

et promptement gagne le large, ravi de s’en

tirer ainsi. C’est peut-être ce qu’attendaient

deux brigands cachés dans la verdure proche.

Incontinents, armés de couteaux, ils se précipitent

sur Figaro. Mais un messager royal

ne se laisse point égorger ainsi. De sa canne

il pare les coups et assomme les malandrins.

Là-dessus, deux autres brigands sortent de

ce bois peuplé et le combat recommence.

Heureusement que le postillon, inquiet de

l’absence de son voyageur, s’approche. Les

coquins décampent. Beaumarchais respire :

« Mon premier soin, quand je me suis vu en

sûreté et à portée de ma chaise, a été d’uriner

bien vite. Une expérience bien des fois réitérée

m’a appris qu’après une grande émotion,

c’était un des plus sûrs calmants qu’on

puisse employer. J’ai imbibé mon mouchoir

d’urine et j’en ai lavé mes plaies. « Il ne lui

en demeure qu’une balafre, « balafre, mes

amis, qui ne laisseront pas de nuire à mes

succès aphrodisiaques (5). «

Ainsi fait, il court porter plainte, - où À

la ville la plus proche À Neustadt Non : à Vienne,

à quelque cent lieues de là. Le 20 août, il y touche et,

aussitôt, se hâte d’écrire à Marie-Thérèse une lettre

étonnante, où il assure être venu « du fond occidental

de l’Europe «, courant jour et nuit, « pour venir communiquer

à Votre Majesté des choses qui intéressent

votre bonheur, votre repos, et qui, j’ose le dire, vous

touchent jusqu’au fond du coeur. « Qu’est-ce donc que

tout cela L’impératrice charge le comte Christian

Auguste de Seilern, gouverneur de la basse Autriche,

conseiller pour les affaires privées, de s’en informer.

Et l’enquête apprend quoi Que le sieur Beaumarchais

est venu à Vienne pour falsifier le pamphlet d’Angelucci.

Il prétend ne point vouloir causer au roi, son

maître, un trop violent chagrin en lui soumettant le

libellé d’Angelluci, tel qu’il l’a racheté. Il veut le faire

réimprimer, adouci de ses diffamations, expurgé de

ses calomnies, et il sollicite pour ce l’autorisation de

l’impératrice. Voilà pourquoi il est venu « du fond de

l’Europe «. Ce conte paraît à Marie-Thérèse invraisemblable

au point que, le 22 août, à neuf heures du soir,

quelques estafiers viennent tenir compagnie à Figaro.

Hein Qu’est-ce à dire On le prie de rabattre de son

caquet : il est prisonnier. Un conseiller de régence lui

est dépêché pour l’interroger. C’est Joseph de Sonnenfels,

fils d’un petit juif de Nikolsburg, nommé Perlin

Lippman, et qui a fait un beau chemin à la cour, grâce à

l’apostasie de ses pères. Des interrogatoires, complétés

par les enquêtes et des auditions de témoins, apparaît

peu à peu la vérité : Angelucci n’a jamais existé; l’attaque

des brigands est une fable que dément le témoignage

du postillon, enfin, le ministre Kaunitz accuse

tout simplement Beaumarchais d’être l’auteur du libelle

: «Der Fabricant diese libelles sein durfte (6). «

Décidemment seul Mozart et Rossini peuvent nous faire

apprécier Beaumarchais, car il ne faut certainement

pas compter sur ce dernier pour la chose... •

(1) : Sartine (Antoine de), comte d’Alby: Lieutenant général de Police

de 1759 à 1774.

(2) : Paul Huot, Beaumarchais en Allemagne..., pp. 25, 26, 40.

(3) : Houppelande : Manteau ample et long, sans manches.

(4) : Postillon : Conducteur de la poste aux chevaux.

(5) : Paul Huot, Beaumarchais en Allemagne..., pp. 43, 45.

(6) : Paul Huot, Beaumarchais en Allemagne..., p. 169

D’après le très critiquable, mais parfois très juste Marie-Antoinette

Libertine d’Hector Fleischmann.

24 Insurrection Octobre 2007


CMRDS 2007

Royalisme de combat

Par Martin T.

Me revoici donc (...) et avec moi le lot de frais souvenirs

de ce séjour superbe en Terre de Tradition,

dernier coin de France à l’allure encore

un tant soit peu conservée, et où les jeunes et moins jeunes

gens désireux d’observer de l’intérieur l’organe nationaliste

et royaliste dit d’Action Française ont choisi de se retrouver

une semaine et demie, quasiment coupés du monde moderne

dans ce cadre idéal que représente le château du Prince

Henri Sixte de Bourbon Parme, notre hôte bienveillant.

Le parti (pris) de l’Intelligence française

L’AF, c’est avant tout une Ecole de pensée, une manière

de penser la politique non comme un jeu de société pour

ambitieux qui se ferait aux dépends des petites gens, ou un

défouloir perpétuel pour des forces vives de la nation devenues

partisanes, mais comme un moyen de sauvegarder l’intérêt

du pays, et des habitants leurs libertés, soit la manière

largement employée par nos gouvernants jusqu’à l’arrivée

du régime nouveau, soutenu par les idéologies nouvelles.

C’est donc cette vision optimiste et volontariste de la gestion

de la Cité, que cinq républiques auront presque fini par

effacer totalement des esprits, que l’Action Française s’emploie

à faire entendre à ses invités via un certain nombre

de rendez-vous où l’on suscitera sans cesse la curiosité et

l’intellect desdites personnes :

- des cercles d’études matinaux par niveaux, du niveau 1,

animé par les plus prometteurs des jeunes du mouvements,

qui s’essayent à expliciter les notions de la politique d’AF

les plus élémentaires, aux cercles de niveau 3 réservés aux

cadres, afin d’assurer aux militants des bases solides.

-des conférences nombreuses, denses et intéressantes,

qui sont autant d’occasions d’élargir les notions basiques

à un sujet précis à chaque fois et de prendre tout le temps

nécessaire d’approfondir avec des orateurs prestigieux : les

responsables du mouvements évidemment, mais aussi des

personnes totalement étrangères à celui-ci, voire carrément

opposées à lui sur certains sujets (on citera notamment

Alain Soral pour cette année).

-des ateliers par équipe, qui permettent aux membres du

camp de se former, par petits groupes et sous la direction

d’un cadre, dans la discipline de leur choix (journalistique,

expression orale, communication, internet…).

-des causeries vespérales, où l’un ou l’autre des invités

nous fait la grâce d’un topo historique ou géopolitique avant

que d’aller se coucher, ou, pour les plus solides, continuer

la fête…

L’esprit camelot

Car l’Action Française, c’est aussi un bar toujours ouvert,

des tables où le vin ne manque pas, des chants qui s’enchaînent

à la gloire de nos héros, à celle de la France éternelle, et

un esprit en conséquence, jovial et frondeur, une véritable

conscience populaire, genre ‘Amour, Absinthe, Révolution’.

Lequel se trouve mis à profit lors des séances d’entraînement

au service d’ordre, et sait aussi bien se montrer respectueux

des chefs lorsqu’il s’agit de se rassembler régulièrement…

Une discipline sans laquelle l’instauration en France d’un

régime qui soit français ne saurait être qu’illusoire. •

Octobre 2007 Insurrection 25

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