Berne - Magazine Sports et Loisirs

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BERNE,

"la plus belle ville

de Suisse"

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EVASION

BERNE

Laurent Missbauer

Photos: Laurent Missbauer,

Berne Tourisme et Swiss-Image

Patrimoine mondial de

l'Unesco au même titre

que le Taj Mahal en Inde ou

les pyramides de Guizeh

en Egypte,la vieille-ville de

Berne est considérée

comme une des plus belles

d'Europe.

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Albert Einstein

Berne, une des plus belles villes

d’Europe L'écrivain allemand

Goethe n'a en tout cas pas

manqué de la décrire de façon

élogieuse dans une lettre rédigée

en 1779: "Berne est la plus

belle ville que j'aie jamais vue.

Les maisons bourgeoises, toutes

en molasse, possèdent en effet

une formidable unité de style."

L'écrivain français François

Robert a largement partagé, en

1789, l'avis de Goethe: "Berne

est la plus belle ville de Suisse.

Mais ce n'est là point assez dire.

Entre les plus magnifiques

villes d'Europe, elle tient un des

premiers rangs", nous apprend

une étude de l'Université de

Lausanne consacrée aux récits

de voyage en Suisse.

"Plus belle ville" que Goethe ait

jamais vue ou "L'une des plus

magnifiques villes d'Europe"

selon François Robert, la capi-

tale de la Confédération helvétique

possède également une

aura planétaire. Une aura

qu'elle doit, entre autres, à

quatre moustachus particulièrement

célèbres. A commencerpar

le physicien Albert Einstein.

Beaucoup l'ignorent, mais c'est

à Berne, une ville dans laquelle

il vécut de 1902 à 1909,

qu'Albert Einstein rédigea la

théorie de la relativité, ainsi que

la loi de l'équivalence de

la matière et de l'énergie

(E = mc 2 ). La maison qu'il occupait

alors qu'il travaillait à

l'Office fédéral des brevets a été

transformée aujourd'hui en un

petit musée. Elle se trouve au

numéro 49 de la Kramgasse, en

vieille-ville, et comporte plusieurs

objets personnels de ce

savant qui adorait rappeler ses

difficultés à obtenir son bac et

tirer la langue aux photographes!

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Lénine, Bernois d'adoption

Le deuxième moustachu

célèbre que Berne a eu l'honneur

d'accueillir au début du

20 e siècle n'est autre qu'un certain

Vladimir Ilitch Oulianov,

plus connu sous le nom de

Lénine. C'est en effet à Berne,

que le fondateur de l'URSS

vécut en exil de 1914 à 1916.

D'octobre 1914 à avril 1915,

Lénine habita au Distelweg

numéro 11, non loin de la forêt

de Bremgarten où il aimait se

promener et qui allait devenir,

quelques années plus tard, une

des étapes incontournables du

championnat du monde de

formule 1. De 1950 à 1954, le

circuit du Bremgarten a en

effet été le théâtre de cinq

grands-prix de formule 1 et a vu

triompher quelques-uns des

meilleurs pilotes du monde, à

commencer par Fangio qui

s'imposa à deux reprises, en

Vladimir Ilitch,

dit Lénine

1951, sur Alfa Romeo, et en

1954, sur Mercedes. Quant à

Alberto Ascari, il imposa sa

Ferrari à Berne en 1953, l'année

de son deuxième titre de champion

du monde.

Pour en revenir à Lénine, qui

changea de domicile à quatre

reprises à Berne, on relèvera

qu'il n'appréciait pas seulement

les balades dans la forêt de

Bremgarten. Il aimait également

prendre ses repas dans une

mensa d'étudiants, toute proche

du Distelweg, où Lénine, tout

comme les autres étudiants et

hôtes de la mensa, accomplissait

la tâche obligatoire d'aide

de cuisine qui consistait à laver

deux fois par mois la vaisselle

du restaurant!

Si Lénine a changé de domicile

à quatre reprises à Berne

(Donnerbühlweg 33, Distelweg

11, Blumensteinstrasse 17 et

Seidenweg 8, adresse qui se

trouve aujourd'hui à proximité

d'un cinéma porno…), il est

toujours resté dans le quartier

de la Länggasse, quartier devenu

célèbre pour avoir abrité

la fabrique de chocolats de

Theodor Tobler, troisième

moustachu de notre récit et

créateur du fameux Toblerone.

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Theodor Tobler

L'érotisme des Folies Bergère

L'histoire de Theodor Tobler et

de son Toblerone, au même titre

que celles d'Einstein ou de

Lénine, mérite d'être racontée

dans le détail. Qualifié de bon

vivant, Théodor Tobler aimait

se rendre aux Folies Bergère à

Paris. "Sur la scène du célèbre

cabaret parisien, les danseuses

aux longues jambes offrent un

spectacle tout d'érotisme",

notent Patrick Feuz et Andreas

Tobler, auteurs en 1998 d'un

livre intitulé "La vie douceamère

de Theodor Tobler, le

baron du chocolat".

Tous deux rapportent que c'est

en voyant les danseuses terminer

leur spectacle avec un

numéro où elles montent les

unes sur les autres afin de

constituer une pyramide que

Theodor Tobler a eu l'idée de

créer un chocolat en forme de

pyramide! Telle est en tout cas

la version colportée par Lucas

Tobler, le fils de Theodor

Tobler. Valentin Tobler, un

autre de ses fils, a eu vent lui

aussi de cette anecdote mais il

en donne une version un peu

différente. Selon lui, ce sont les

danseuses qui défilaient rang

par rang et qui s'étaient soudain

figées, le buste plié en avant et

les jambes écartées en forme de

triangle, qui seraient à l'origine

de la forme triangulaire et des

dentelures du Toblerone!

Le triangle entre les jambes

des femmes

Ces anecdotes sur les Folies

Bergère ont également conduit

certaines personnes à penser

que Theodor Tobler aurait laissé

filer son regard entre les

jambes des danseuses des

Folies Bergère et y aurait puisé

l'idée du triangle fondant, relè-

Cette publicité de 1930 pour

le chocolat Toblerone, un des

fleurons industriels de la ville

de Berne, pourrait laisser

penser que la forme pyramidale

du Toblerone aurait été

influencée par celle du

Cervin, une des montagnes

les plus célèbres de Suisse.

La vérité serait cependant

bien différente...

(Photo: Laurent Missbauer)

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vent Patrick Feuz et Andreas

Tobler. Il s'agit là d'une hypothèse

que les fils de Theodor Tobler

rejettent énergiquement sous

prétexte que lors des revues de

l'époque "les filles des Folies

Bergère étaient encore pudiquement

voilées." Ce qui est certain

en revanche, c'est que les danseuses

des Folies Bergère, à

l'époque du baron du chocolat,

portaient des robes de couleur

chamois et des jupes rouges,

deux couleurs qui auraient tellement

plu à Theodor Tobler que

celui-ci les aurait choisies pour

l'emballage de ses Toblerone!

On l'aura compris, la forme triangulaire,

la dentelure et la

couleur de l'emballage du

Toblerone sont étroitement liées

à l'univers érotique des femmes

en général et des danseuses des

Folies Bergère en particulier.

D'ailleurs, lors de l'exposition

mise sur pied à Berne en 1998, à

l'occasion du 90e anniversaire

du Toblerone, deux œuvres d'artistes

contemporains n'ont pas

manqué de souligner les différents

liens qui unissent le

Toblerone à la femme. Si

Eveline Feldmann y avait présenté

une scultpure de douze

pointes en bois recouvertes de

bas de femmes bruns et ressemblant

ainsi à un Toblerone géant,

Maya Leibundgut y avait exposé

un tableau rapidement surnommé

par certains "La Vénus au

Toblerone". On y voit en effet

une jeune femme nue couchée

avec un Toblerone. Le moins

que l'on puisse écrire c'est que le

triangle brun représenté dans la

"Venus au Toblerone" possède

une ressemblance certaine avec

les triangles sur lesquels

Theodor Tobler aurait laissé filer

son regard entre les jambes des

danseuses des Folies Bergère!

Le triangle qui se trouve entre les jambes

de la "Vénus au Toblerone" présenterait

quelques similitudes avec la forme triangulaire

du Toblerone... (Photo: Laurent Missbauer)

Les couleurs

chamois et rouge

des danseuses

des Folies Bergère

sont les mêmes

que celles qui se

trouvent sur

l'emballage du

Toblerone.

(Photo: Laurent Missbauer)

Le Toblerone

et le chien Saint-

Bernard, deux des

ambassadeurs les

plus connus de

Suisse.

(Photo: Laurent Missbauer)

L'univers de la femme et celui

du Toblerone seraient étroitement

liés comme le laisse

sousentendre

cette oeuvre

contemporaine

réalisée

à partir

d'une scultpure

en bois

composée

de douze

pointes

recouvertes

de bas en

nylon.

(Photo: Laurent

Missbauer)

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Jean Tinguely et

les femmes

Gageons que cette anecdote de la

"Vénus au Toblerone" aurait certainement

plu à Jean Tinguely, le quatrième

moustachu de notre récit. Né

à Fribourg, à seulement une trentaine

de kilomètres de Berne, Jean

Tinguely adorait avant tout deux

choses: le sport automobile, symbole

d'un mouvement inutile qu'il

découvrit sur le circuit bernois du

Bremgarten, et les femmes. Ce serait

d'ailleurs dans les bras de l'une

d'entre elles qu'il aurait eu son

attaque cardiaque fatale dans un

grand hôtel bernois. "Il est décédé de

la plus belle mort dont un homme

puisse rêver; en faisant l'amour",

nous a confié un hôtelier qui l'a bien

connu et qui était habitué à ses nombreuses

frasques. Pour la petite histoire,

on relèvera que Jean Tinguely,

outre sa première femme Eva

Aeppli, qu'il avait épousée en 1951

et avec laquelle il avait eu une fille

prénommée Myriam en 1953, devait

épouser quelques années plus tard

Niki de St-Phalle. Il a eu ensuite

un fils, prénommé Milan, avec

Micheline Gygax en 1973. Un troisième

enfant, posthume et prénommé

Jean-Sébastien, est né en 1992 de

sa liaison avec l'artiste bulgare

Milena Palakarkina.

Si Jean Tinguely a eu son malaise

cardiaque dans la nuit du vendredi

29 août 1991, c'est cependant à

l'Hôpital de l'Ile de Berne qu'il est

officiellement décédé le samedi 30

août. Mais Berne, pour Jean

Tinguely, n'est pas seulement la ville

qui l'a vu mourir. Elle est également

la ville qui a accueilli quelques-unes

de ses expositions les plus mémorables.

On pense notamment à celle

réalisée en 1969 dans les vitrines du

grand magasin Loeb, à proximité

de la gare de Berne. Jean Tinguely

y avait installé une de ses machines

fantastiques, en l'occurrence

Rotozaza 111, qui y détruisit des

milliers d'assiettes en l'espace de

seulement quelques jours.

Mais Berne a également été la

ville dans laquelle a été hospitalisée

son épouse Niki de St-

Phalle. Celle qui, à partir de

1960, avait succédé à Eva

Aeppli, avait accédé à la célébrité

dès 1966 avec Hon, une

gigantesque nana qu'elle présenta

avec Jean Tinguely

au Moderna Museet de

Stockholm. Cette nana allongée,

d'une longueur de 28

mètres et d'une hauteur de neuf

mètres, cachait à l'intérieur un

bar, un nid d'amour, un distributeur

de bouteilles et un cinéma.

Elle accueillit plus de

100'000 visiteurs qui s'y étaient

engouffrés en entrant par le

vagin, ce qui fit dire à Jean

Tinguely qu'il s'agissait de "la

plus grande pute du monde".

Cette œuvre d'art suscita un

véritable scandale dans les journaux

bernois. Plus grave, Niki

de St-Phalle allait contracter

une grave maladie pulmonaire

au contact du polyester qu'elle

utilisait pour réaliser ses nanas.

Cette maladie l'a notamment

conduite à effectuer différents

séjours à l'Hôpital de Tiefenau à

Berne où l'on peut voir aujourd'hui

encore deux de ses nanas

les plus énigmatiques, en fait

deux nanas siamoises. A proximité

de ces nanas figure également

une œuvre de Jean

Tinguely. Celle-ci semble parfaitement

indiquée à être exposée

en milieu hospitalier car

elle est intitulée Miracoloskop.

Les nanas

de Berne

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Les deux nanas

siamoises de Niki

de St-Phalle se

trouvent à Berne,

à l'entrée de

l'Hôpital de Tiefenau.

(Photo: Laurent Missbauer)

La sculpture

Miracoloskop de Jean

Tinguely, à l'Hôpital de

Tiefenau, est l'un des

nombreux liens qui

unissent le célèbre

sculpteur fribourgeois à

la ville de Berne.

(Photo: Laurent Missbauer)

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C'est dans cette partie de la vieille-ville de

Berne qu'Albert Einstein a vécu au début du

XXe siècle. (Photo: Swiss-Image)


Les bains

du Marzili,

situés juste

en dessous

du palais du

gouvernement,

permettent aux

touristes de se

baigner dans

l'Aar, une des

rivières les

plus propres

d'Europe.

(Photo: Laurent

Missbauer

L'ours, Bär en

allemand, est

l'animal héraldique

de la ville

de Berne.

Située non loin

de la maison

d'Einstein, la

fosse aux ours

est l'une des

principales

attractions

touristiques

de la ville.

(Photo: Swiss-Image)

La visite des nanas siamoises de Niki de St-

Phalle exposées à l’entrée de l’hôpital de

Tiefenau vaut assurément le détour. Il en va de

même, en été, pour les bains du Marzili, situés

juste en dessous de la coupole fédérale. Il s'agit

d'un des plus beaux endroits d'Europe pour

nager dans une rivière particulièrement

propre, en l'occurrence l'Aar, mais également

pour se dorer au soleil à proximité de deux piscines

gratuites. Enfin, on ne manquera pas de

se balader dans la vieille-ville de Berne. La

tour de l'horloge, Zytglogge en dialecte bernois,

la maison d'Albert Einstein précédemment

mentionnée, ainsi que la fosse aux ours

constituent en effet un passage obligé.

Au sujet des ours de Berne, on relèvera l'anecdote

suivante. La légende veut que la ville de

Berne ait été fondée en 1191 par Berchtold V

de Zähringen et que celui-ci décida de nommer

la ville du nom du premier animal qu'il

rencontrerait. Ce fut un ours, Bär en allemand,

qui donna Bärn, puis Bern, sans le "e" final en

allemand. L'anecdote est jolie et, comme

disent les Italiens, "se non è vera è ben trovata",

à savoir que "si elle n'est pas vraie, elle est

néanmoins bien trouvée." On en dira autant de

l'anecdote sur l'origine de la forme triangulaire

du Toblerone…

Berne, capitale de la Suisse, est reliée à

plusieurs réseaux de trains européens à

grande vitesse tels que l'ICE allemand

(photo), le TGV français et le Cisalpino

italien. (Photo: Swiss Travel System)

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