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ووفاق سالم

concordia

Revue de l’Eglise catholique d’Algérie

regard :

Quoi de neuf dans la littérature algérienne

dialogue :

Gospel Encounters in a Muslim Land

dossier :

Prêtres pour l’Algérie

troisième trimestre 2010 - n°3


SOMMAIRE

03 Editorial et mot de la rédaction

05 Eglise universelle

Mkombozi Bank, Afrique monothéiste, Synode

Moyen-Orient, Chrétiens expulsés du Maroc ,

Universités catholiques en Afrique

07 Regard sur l’Algérie

Panorama sur la littérature contemporaine

10 Dialogue

Gospel Encounters in a Muslim Land

13 Dossier

Prêtres pour l’Algérie

21 Dialogue (suite)

Dialogue interreligieux en Suisse

23 Actualité des diocèses

Pélé au désert, à Tibhirine et à Santa Cruz,

journées diocésaines

26 Des livres à lire

B. Janicot, G. Piroird, J. Keryell, M. Bey

28 Trois mois en bref

29 Méditation

30 Informations

Et le cardinal Duval Et les

années noires

Plusieurs personnes ont réagi,

oralement ou par écrit, au dossier

du n°1. Par exemple, Madame

Mahfouf, d’Alger, écrit : Le dossier témoigne d’une

remarquable puissance de synthèse. Résumer des siècles en

peu de pages n’est pas évident. Mais à qui s’adresse ce travail

impersonnel (…) N’aurait-il pas fallu évoquer le cardinal

Duval et son action lucide et courageuse (pendant la lutte

pour l’indépendance)

Dans le même sens, d’autres ont regretté qu’il soit fait

mention si rapidement des années noires (ou rouges !),

où les

pax

liens avec le peuple algérien se sont renforcés

dans une solidarité vécue concordia intensément, parfois jusqu’à la

mort pour dix-neuf d’entre nous !

Et les juifs

De son côté, Laurent Bercher, d’Annaba, regrette que le

dossier du n°1 ait passé sous silence la présence attestée

d’une communauté juive enracinée dans cette Berbérie -qui

deviendra l’Algérie- depuis le XIe siècle av. J.-C., dès la fondation

des comptoirs phéniciens. Cette présence s’est renforcée avec

l’arrivée d’une diaspora juive fuyant le despotisme de Sisac

1 er (empereur égyptien 950 av. J.-C.) et à la destruction de

Jérusalem et du Temple par Titus en 70.

L’histoire atteste l’existence de tribus berbères judaïsées dont

l’une, dirigée par une femme des Aurès, la Kahina, s’oppose

les armes à la main à la conquête arabe en fin du VIIe siècle.

Avec les conquérants arabes arrivent aussi des juifs yéménites,

syriens, irakiens. La conversion des berbères à l’islam a diminué

l’influence du judaïsme, sans la supprimer. Les communautés

juives traversent cinq siècles d’islamisation sans disparaître

puis vont accueillir des juifs d’Espagne expulsés, comme

les Maures andalous, après la chute de Grenade en 1492.

Durant la Régence turque, des juifs livournais (Italie) encore

appelés «Juifs Francs» (francisés, bénéficiant de la protection

du Consul de France) s’installent dans les villes du littoral

pour participer aux échanges commerciaux entre l’Afrique

et l’Europe. L’existence de cette communauté profondément

enracinée dans le pays, de langue arabe mais aux traditions

cultuelles conservées dans le domaine familial et privé, va

être bouleversée par la colonisation française. En 1830, les

juifs d’Algérie sont 25000 dans tout le pays (…). La plupart

très pauvres. Par contre les «Juifs Francs» jouissent de toutes

les prérogatives des Européens et, avec les descendants de

la grande bourgeoisie andalouse, sont concentrés dans les

grands centres urbains de la côte, comme Alger et Oran.

L. Bercher nous signale à ce propos le récent livre de

Benjamin Stora, Les trois exils : Juifs d’Algérie (Fayard/

Pluriel, 2008), d’où il reprend un certain nombre

d’informations.

Engagé !

Dans le numéro 2, le dossier sur les migrants a été

très apprécié. D’autres réagissent plus globalement

comme Damien de Préville d’Alger : Merci. Je viens de

lire intégralement ce numéro, ce qui ne m’arrive jamais. Je

suis touché par la dimension engagée de cette publication :

Bravo !


«Marie Oranie»

ÉDITO

Mgr Alphonse

Georger

Evêque d’Oran

ourquoi ce titre de l’éditorial du troisième numéro de la nouvelle

revue Pax et Concordia C’est la question qu’on peut se

P

poser !

Le sanctuaire marial de Notre-Dame du Salut de Santa Cruz domine

la ville d’Oran. De partout et de très loin, on le voit. Qu’on

arrive par route, par bateau ou par avion, il se présente à nos

regards sauf si les nuages de la mer couvrent le sommet de la montagne du

Murjajo. Toutes les cartes postales qui veulent montrer l’ensemble de la ville

d’Oran sont prises de là haut, avec en premier plan la tour en pierre surmontée

de la statue de Marie.

Le diocèse de Constantine est fier de présenter la basilique de Saint Augustin,

celui d’Alger la basilique de Notre Dame d’ Afrique.

Le sanctuaire marial d’Oran est plus modeste. L’histoire de sa construction, en

reconnaissance du « miracle de la pluie » qui arrêta le fléau du choléra en 1849,

a été racontée dans plusieurs numéros du Lien. Ce sanctuaire a le privilège

d’avoir été béni en 1850 par Mgr Pavy, évêque d’Alger, le même qui entreprit

quelques années plus tard la construction de Notre Dame d’Afrique, inaugurée

en 1872 par son successeur Mgr Lavigerie, premier archevêque d’Alger.

Quant au premier évêque d’Oran Mgr Callot, nommé en 1866, il rêvait de remplacer

le petit sanctuaire par une grande basilique. Faute de moyens (la guerre

de 1870), il ne put construire que la tour en belles pierres de taille qui existe

encore. Cent ans plus tard, tout le site fut réaménagé pour accueillir les dizaines

de milliers de pèlerins, et une église remplaça la chapelle.

Mgr Callot aimait beaucoup Marie, et avait même prévu de construire une

grande église en l’honneur de la Vierge, dans le nouveau quartier de Saint-Eugène.

Là aussi, faute de moyens, seul le presbytère fut réalisé et servira d’église

paroissiale pendant plus de cent ans. Et maintenant, la petite cathédrale qui se

trouve au même emplacement fait peau neuve. Elle est toujours consacrée à

« Sainte Marie » la mère de Jésus. Il y a donc continuité dans la vénération de

Marie dans le diocèse d’Oran que ses premiers pasteurs lui ont consacré. Et

cela est très bien ainsi.

Dans l’Évangile et dans le Coran de très belles pages, de très beaux versets lui

sont consacrés. Marie est vénérée dans l’Islam et dans le Christianisme : elle est

une passerelle sur le chemin du dialogue dans le rapprochement d’une connaissance

et d’une estime réciproques, une passerelle dans le rapprochement des

cœurs au-delà des divergences et des conflits souvent exploités pour semer la

discorde. Le gouvernement libanais a eu l’heureuse initiative d’instaurer une

fête nationale chômée, commune islamo-chrétienne, le 25 mars, fête de l’Annonciation.

Des personnalités musulmanes sont à l’origine de cette initiative,

3


ÉDITO

elles ont eu le soutien de personnalités étrangères

dont certaines de la prestigieuse université d’Al-

Azhar.

Je me mets à rêver : nos sanctuaires dédiés à Marie

ne continuent-ils pas à créer et à développer ce

climat de respect réciproque dans nos différences

légitimes Les bougies qui s’y consument souvent

ne sont-elles pas le symbole de la foi confiante

dans les prières qui montent vers le Dieu des miséricordes,

vers le Dieu d’Amour Pour le chrétien,

Marie n’est-elle pas celle qui a réalisé totalement

la volonté de Dieu, celle qui s’est livrée

entièrement à son Amour Dans le Coran et ses

commentaires on trouve une admiration sans bornes

pour la figure de Marie, mère de Jésus et toujours

vierge.

Le premier numéro de « Pax et Concordia », sorti

au temps de Noël, a fait le parallèle entre la naissance

de Jésus et la parution du bulletin interdiocésain.

Le deuxième numéro a chanté l’Amour de

Dieu dans le cœur d’un grand chrétien de l’Algérie

du quatrième siècle, saint Augustin, qui a de très

belles pages sur la figure et le rôle de Marie ; à son

époque, on la vénérait déjà dans l’Église universelle.

Les bas-reliefs de Carthage, représentant Marie

avec l’Enfant dans ses bras, en font foi.

Ce troisième numéro voudrait souligner l’Amour

de Dieu pour Marie, l’amour de Marie pour Dieu

et pour tous les hommes. Ne porte-t-elle pas le

titre de « mère du Bel Amour »

Un cantique plus que séculaire chante la beauté de

l’Oranie. Les anciens oranais quand ils reviennent

au sanctuaire de Santa Cruz, prier pour la paix dans

le monde, pour les malades, pour les vivants et les

morts chantent à tue-tête le cantique en versant

parfois des larmes de piété. Les nombreuses strophes

sont entrecoupées par ce refrain :

« Oh Vierge Immaculée

ton Oranie aimée

vers la voûte étoilée

jusqu’au sein de ta cour

jette ce cri du cœur :

Amour, amour, amour… »

+ Alphonse Georger

4

Mot de la rédaction

Voici le n°3 ! Après deux premiers numéros de

lancement, venait le temps des abonnements.

Votre première réponse est encourageante puisque

plus de cinq cent d’entre vous ont déjà souscrit un

abonnement. Merci de votre confiance. N’hésitez

pas à nous communiquer les coordonnées d’amis

susceptibles d’être intéressés.

Ce numéro comporte deux nouveautés : une

nouvelle rubrique et une nouvelle langue !

L’article de notre ami Martin McGee, publié dans

sa version originale, outre son intérêt propre, est

une occasion de saluer une partie de nos lecteurs

qui ne lit pas facilement le français, ni l’arabe ni

le berbère. L’auteur observe ce que vit l’Eglise

d’Algérie malgré les diverses épreuves qu’elle

a traversées. En particulier, il a été frappé à la

lecture des bulletins diocésains par l’écho qui y est

donné de quelques rencontres. L’Eglise d’Algérie

parle de « sacrement de la rencontre » pour rendre

compte de l’expérience de Dieu faite au cœur de

certaines rencontres entre chrétiens et musulmans.

Cette dénomination, réfléchie avec le théologien

Christoph Theobald, fait écho aux rencontres dans

les évangiles, particulièrement en Galilée, où se

manifestent la présence et l’amour sauveur de

Dieu à des juifs et à des païens qui ne deviendront

pas nécessairement les disciples de Jésus, mais

seront pourtant profondément transformés par

cette rencontre. L’auteur appuie son propos sur un

témoignage donné lors de la messe d’ordination

épiscopale de Mgr Desfarges, une rencontre

autour d’un gâteau d’anniversaire à Oran, et les

événements vécus autour du décès du Frère Xavier

à Béni Abbès. Pour lui qui vit en Angleterre, ces

témoignages stimulent tous ceux qui sont engagés

dans la rencontre interreligieuse, notamment en

Europe où se développe la présence musulmane.

La rubrique « Trois mois en bref », suggérée

par quelques lecteurs, et pour laquelle nous

remercions les amis d’Annaba, cherche à retenir

quelques faits qui ne font pas nécessairement

la « Une » des journaux, mais nous semblent

significatifs ou heureux. Elle ne prétend pas

recenser tous les événements importants, au

contraire de la Nouvelle Revue de Presse dont nous

saluons la parution (cf pp 30-31). Peut-être l’un ou

l’autre d’entre vous aidera-t-il à élargir les sources

de cette rubrique. Merci d’avance.

Nous espérons que l’article sur la littérature

algérienne contemporaine donnera quelques

bonnes idées de lecture pour l’été, et que la

méditation de notre ami Paolo provoquera votre

réflexion et surtout votre ardeur pour vivre la

rencontre ! Bon été à tous !


« Mkombozi Bank », première

banque commerciale catholique de

Tanzanie

Publicité de la « Mkombozi Bank »

« L’Église croit que si elle

doit vraiment bien servir

la population, alors ce

genre d’initiatives est indispensable

», a affirmé le

Cardinal Polycarpe Pengo,

Archevêque de Dar es

Salaam, durant la cérémonie

d’inauguration de

la première banque commerciale

catholique de

Tanzanie, la « Mkombozi

Bank » (Mkombozi veut dire « Rédempteur » en swahili). Le

Cardinal Pengo a souligné que la banque n’est qu’un parmi les

nombreux projets - universités, écoles, hôpitaux, exploitations

agricoles - que l’Église gère dans le pays, et qui sont ouverts à

tous les Tanzaniens sans discrimination fondée sur la religion.

A la cérémonie était présent l’ex-Président de la Tanzanie , Ali

Hassan Mwinyi, qui a exprimé sa satisfaction pour l’initiative

de l’Église catholique et a encouragé les autres religions du

pays à suivre son exemple, en soulignant que plus on ouvrira

de banques commerciales, plus il y aura d’opportunités de

travail et de développement pour le pays. « Ce qui m’a le

plus marqué, c’est que cette banque a été créée en utilisant

les ressources des Tanzaniens, sans aides étrangères » a affirmé

l’ancien chef de l’État, qui a ouvert un compte dans le

nouvel institut. La directrice de la banque, Edwina Lupembe,

a souligné le rôle social de la « Mkombozi Bank ». En effet,

en plus des services bancaires habituels, elle offre des formations

à ses clients qui souhaitent créer des petites sociétés. La

banque entend enfin offrir des prêts aux petits agriculteurs,

pour soutenir la politique gouvernementale de réduction de

la pauvreté dans les régions rurales. (d’après l’Agence Fides

27/3/2010)

L’Afrique, plus monothéiste que

jamais

L’Afrique est l’une des parties du monde les plus religieuses.

90 % de ses habitants déclarent appartenir à l’islam ou au

christianisme et le pratiquer assidûment. C’est ce que révèle

un rapport, présenté le 15 avril à Washington par le Pew

Research Center, fruit d’un sondage réalisé entre décembre

2008 et avril 2009 auquel ont participé 25 000 africains, dans

60 langues et 19 pays (Botswana, Cameroun, Tchad, République

Démocratique du Congo, Éthiopie, Ghana, Djibouti, Guinée

Bissau, Kenya, Liberia, Mali, Mozambique, Nigéria, Rwanda,

Afrique du Sud, Sénégal, Tanzanie, Ouganda et Zambie).

Le nombre de musulmans comme de chrétiens s’est multiplié

par plus de 20 au cours du XXe siècle. En Afrique subsaharienne,

le nombre de musulmans est ainsi passé de 11 millions

en 1900 à 234 millions en 2010 ; le nombre de chrétiens,

quant à lui, a progressé encore plus rapidement, passant de

7 à 470 millions. Un chrétien sur cinq dans le monde et un

musulman sur sept vivent dans cette région.

Si on considère l’ensemble du continent africain, « les deux

religions s’équilibrent », indique le rapport puisqu’on y compte

entre 400 et 500 millions de chrétiens comme de musulmans.

Les croyances traditionnelles africaines n’ont pas disparu pour

autant, souligne l’étude. Certaines des pratiques traditionnelles

telles que la sorcellerie, la croyance aux mauvais esprits,

les sacrifices destinés aux ancêtres, le recours aux guérisseurs

traditionnels ou encore la croyance en la réincarnation continuent

même d’être adoptées par un grand nombre de musulmans

et de chrétiens dans leurs vie quotidienne.

Alors que ni l’islam ni le christianisme ne peuvent être invoqués

pour la justifier, l’excision des filles est largement pratiquée

dans les pays musulmans comme le Mali, Djibouti et

l’Egypte mais au Nigeria, au Ghana et en Ouganda elle est

davantage pratiquée par les chrétiens que par les musulmans

de ces pays.

« Dans presque tous les pays, une majorité pense que la télévision,

la musique et le cinéma occidentaux ont porté atteinte

à la moralité de leur nation », dit le rapport. Toutefois,

une majorité reconnaît également aimer les divertissements

occidentaux.

La tolérance religieuse ébranlée par des tensions

Alors que le

nord de l’Afrique

est majoritairement

musulman

et le sud massivement

chrétien,

« la zone

de rencontre se

situe au milieu

du continent, sur

une ligne qui va

de la Somalie au

Sénégal ».

« Aux yeux de

certains experts,

cette zone est

une faille religieuse

sensible,

où sont interve-

Cathédrale St-Paul d’Abidjan

ÉGLISE UNIVERSELLE

5


ÉGLISE UNIVERSELLE

6

Mosquée au Burkina Faso

nues les premières attaques

d’Al-Qaïda comme l’explosion des ambassades américaines

au Kenya et en Tanzanie, en 1998, et plus récemment les

conflits ethniques du Nigeria », note Pew Research Center.

Cependant, une majorité des 25 000 Africains interrogés pense

que la religion ne justifie pas les violences contre des civils.

Contrairement aux idées reçues, « de nombreux musulmans

et chrétiens ont une opinion favorable les uns à l’égard des

autres. » Les chrétiens décrivent leurs concitoyens musulmans

comme « tolérants, honnêtes et respectueux envers

les femmes » et vice-versa.

Les Africains désignent généralement le chômage, la criminalité

et la corruption comme des problèmes plus graves que les

conflits interreligieux. Toutefois, 28 % des personnes interrogées

− et 6 Nigérians, 6 Rwandais sur 10 − estiment que ces

derniers constituent un grave problème pour leur pays. 20 %

soutiennent que les actes de violence commis pour défendre

une religion sont parfois, voire souvent justifiés.

Enfin, l’extrémisme religieux, qu’il soit chrétien ou musulman,

préoccupe plus de 40 % des personnes interrogées, y compris

celui qui s’exprime au sein de leur propre communauté.

Synode pour le Moyen Orient

10-24 octobre 2010

Le Synode pour le Moyen Orient se tiendra à Rome du 10

au 24 octobre 2010. Seront présents tous les évêques de

cette région, des représentants des différents continents, ainsi

qu’un évêque de chaque pays du Maghreb.

Le thème de ce Synode est le suivant : « L’Eglise catholique au

Moyen-Orient : communion et témoignage. La multitude des

croyants n’avait qu’un cœur et qu’une âme (Ac 4, 32) ».

Cette assemblée a pour but de confirmer les catholiques de

la région (5 millions de catholiques, pour 17 millions de chrétiens)

dans leur identité et de raviver la communion ecclésiale

entre des Eglises divisées, dispersées et minoritaires. Cette

diversité d’Eglises orientales catholiques peut-elle

devenir davantage une richesse pour tous les chrétiens

d’Orient, et pour toute l’Eglise catholique

Par ailleurs il s’agira de réaffirmer qu’un avenir

de paix est possible au Moyen-Orient, malgré les

difficultés actuelles, les conflits et l’instabilité qui

poussent de nombreux chrétiens à l’exode.

Cet avenir passe par la collaboration entre juifs,

chrétiens et musulmans pour le bien de tous. Les

chrétiens sont donc appelés à travailler, avec un

esprit d’amour et de loyauté, à établir une égalité

entière entre les citoyens à tous les niveaux : politique,

économique, social, culturel et religieux, et

à prôner tout moyen pacifique qui peut conduire

à une paix dans la justice. (Zenit)

Benjamin Le Bouquin

Des chrétiens expulsés du Maroc

Au cours des derniers mois, plusieurs dizaines de chrétiens

ont été expulsés du Maroc. Ces événements sont un sérieux

motif d’inquiétude pour toutes les églises du Maghreb.

Nouvelles universités catholiques au

Cameroun et au Soudan

Au Cameroun, après l’Université catholique d´Afrique centrale

à Yaoundé, s’ouvre une seconde université à Bamenda,

chef-lieu de la région nord-ouest qui est anglophone. Elle

ouvrira ses portes à la prochaine rentrée académique, fonctionnera

sur le modèle anglo-saxon, et aura sept facultés :

sciences des affaires et de gestion, humaines et sociales, de

l’éducation, du génie civil, de l’agriculture et des ressources naturelles.

D’autres facultés sont prévues pour l’avenir, comme

les facultés de technologie, des communications, des sciences

médicales et de la santé. Celles-ci seront implantées à Kumbo

puis seront complétées par une faculté de droit qui sera

construite dans la ville de Buea. Les chefs traditionnels ont offert

gracieusement un lopin de terre pour la construction de

ces facultés. « Cette université est notre nouvel instrument

de proclamation de la justice et de l’espoir », a déclaré Mgr

George Nkuo, évêque du diocèse de Kumbo.

Une nouvelle université catholique a été ouverte dans le diocèse

de Wau, à environ 150 km de Rumbek, au Sud-Soudan,

à l’initiative de la Compagnie de Jésus et avec l’accord, signé

en septembre 2008, du ministre de la science, de l’éducation

et de la technologie, du gouvernement du Sud-Soudan.

L’agronomie, les programmes de recherche en vue de l’amélioration

de la productivité agricole et du développement des

communautés rurales, y auront toute leur place.

(Fides)


Créativité et interrogations dans la

littérature algérienne contemporaine

ous pouvons difficilement faire un panorama

Nexhaustif de la littérature algérienne

aujourd’hui car celle-ci se caractérise par

une grande vitalité et une grande variété. Les

maisons d’édition dont le rôle est important

sont aujourd’hui relativement nombreuses et couvrent

de nombreux domaines d’intérêt qui permettent aux

lecteurs d’accéder à la littérature sous ses différentes

formes : romans, poésies, récits, témoignages, récits de

reconstitution historique.

L’importance de l’Histoire

L’Algérie est un pays neuf et jeune. Il a encore de

apparaît aussi bien au niveau des fictions construites

que des moyens narratifs qui sont mis au service de

ce déploiement créatif : travail sur l’énonciation du

« JE » féminin comme chez Maïssa Bey, travail sur les

catégories de l’Histoire récente, qu’elle soit algérienne

ou arabe chez Yasmina Khadra, dialogue et contestation

de l’Histoire algérienne officielle par l’intermédiaire

d’une intrigue aux allures policières comme chez

Boudjedra, Abdelkader Djemai et Habib Tengour qui

est aussi et surtout poète. Nous constatons que les

auteurs algériens interrogent l’art qu’ils pratiquent et

essayent de mettre en place des formes romanesques

adaptées au renouveau social, économique et culturel

qui place l’Algérie comme une nation au carrefour de

plusieurs civilisations et sensibilités qu’elle tente de

faire apparaître et fructifier.

REGARD SUR L’ALGÉRIE

nombreuses choses à établir, à revoir, à consulter

et à construire du côté de l’Histoire, que ce soit

celle, relativement récente, qui lui a permis l’accès à

l’indépendance ou à la modernité ; ou celle, plus proche

encore et particulièrement sanglante, qui lui a permis

de sortir du terrorisme dans ses formes les plus

exacerbées. Les auteurs les plus marquants traitent de

manière originale et personnelle de l’Histoire. Assia

Djebbar, Boualem Sansal, Rachid Boudjedra, Maïssa

Bey, Malika Mokaddem, Yasmina Khadra réinvestissent

par la fiction les faits historiques et établissent à

partir de cette matière première une inventivité qui

L’écriture des femmes

Les femmes ne sont pas en reste dans cette ouverture

vers l’avenir et dans l’art romanesque ; là aussi, si des

grands noms tiennent le devant de la scène médiatique

en Algérie, en

France et ailleurs

en Europe ou

aux Etats-Unis,

il existe aussi

une production

littéraire plus

locale qui permet

de décliner une

sensibilité et une

conscience aigüe

de la condition

féminine et de

l’expérience du Hawa Djabbali

quotidien qui lui est

afférente. Ainsi des écrivaines comme Hawa Djabbali,

Ghania Hamadou, Salima Ghezali, Hafsa Zinai Koudil,

Latifa Benmansour, Malika Mokadem, Malika Ryane,

Djouher Aftiss, Hassein-Daouadji Dalila, Fatima Bekhai,

7


REGARD SUR L’ALGÉRIE

8

Aïcha Kassoul ou encore Lunyl tracent chacune à leur

manière leur être confronté aux problèmes d’un pays

qui se fait, mais qui n’accorde pas nécessairement la

place que la femme mérite par son travail et sa présence

ambitieuse et constructive dans tous les domaines de

la vie de la nation. Les poétesses également contribuent

à la constitution essentielle et active de la parole et

de l’être féminin parmi lesquelles nous retiendrons des

voix comme celle de Samira Negrouche et de Halima

Lamine.

Les voix montantes

Un courant d’auteurs exigeants et originaux, qui

continuent par là même l’œuvre des fondateurs et des

prédécesseurs que nous avons nommés plus haut sont

à l’origine de factures narratives innovantes où la langue

utilisée s’enrichit de la diglossie, voire même dans

certains cas de la polyglossie des auteurs ou alors tout

simplement de celle du monde ouvert aujourd’hui sur la

multiplicité des « langues en relation » pour reprendre

un terme emprunté

Nourredine Saadi

au grand poète

martiniquais Edouard

Glissant. On citera,

pour illustrer cette

mouvance essentielle,

des noms comme

ceux de Kamal Daoud,

Djamal Mati, Djaoudet

Guessouma, Habib

Ayyoub, Mohammed

Magani, Amara

Lakhouss, Amine Zaoui,

Mustapha Benfodil, Hamid Grine, Chawki Amari, Rachid

Mokhtari ou encore des œuvres discrètes et nuancées

comme celle de Sofiane Hadjadj, Ryad Girod (qui vient

juste de publier un premier récit très prometteur), El

Mahdi Acherchour, etc.

Chacun de ces auteurs mériterait une étude plus

spécialisée car les conceptions littéraires s’affrontent et

certains d’entre eux tentent de dégager la littérature

algérienne de l’emprise un peu trop puissante de l’histoire

en mettant en avant la création et la redécouverte du

désir du monde.

Les œuvres en langue arabe

Là aussi des noms reviennent plus

souvent et cette notoriété est

souvent en rapport avec le travail

fourni par rapport au traitement

fictionnel de l’Histoire. C’est

ainsi que « Le livre de l’Emir », de

Waciny Laaredj confirme à la fois

le talent d’écriture mais également

le travail approfondi mené par cet

écrivain. Nous

r e t r o u v o n s

également les

noms de Merzak

Bagtache,

Hamida Layachi,

ou les plumes

des auteurs

iconoclastes et

révoltés tels

Bachir Mefti, El

Kheir Chouar,

A b d e l k a d e r

Amiche, etc.

Les femmes sont

également présentes avec des romans et de la poésie

comme Ahlem Mosteghanemi, Zineb Laouedj, Rabea

Djalti, Yasmina Salah, etc.

En langue berbère

Les écritures en langue berbère ont aussi tendance à

s’affirmer de plus en plus avec des factures résolument

romanesques même si le volet historique est également

très présent ; on citera les écrits de Rachid Aliche,

Amar Mezdad , Brahim Tazaghart dont les productions

confortent l’Ungal (roman kabyle) .

Dans toutes les langues, la poésie

N’oublions pas la poésie avec des voix uniques qui

ont affirmé la présence de l’Algérie avant même de

passer par le roman avec Kateb Yacine, Mohammed

Dib , Jean Sénac, Anna Greki et dont nous trouvons des

descendants qui diversifient et enrichissent la parole

première, celle donnée à l’avenir, sans complaisance et

contre toute forme d’obscurantisme : Hamid Tibouchi,

Abdelmadjid Kaouah, Abderrahmane Djelfaoui,

Youcef Merahi, Hamid Skif (qui est aussi un romancier

talentueux) et bien d’autres voix encore.

Ce panorama n’est pas exhaustif et pourtant bien

des noms le peuplent : c’est dire que les écritures se

cherchent et quelquefois construisent des constellations

de sens qui convergent tout en laissant apparaître les

caractères de chacune.

C’est maintenant aux différentes critiques de jouer

leur rôle d’écoute attentive au « murmure littéraire »

d’une nation en marche, certes bien différent des voix

dominantes, mais qui conduit peut-être tout aussi

sûrement et tout aussi profondément aux changements

fondamentaux qui tentent de s’amorcer par la force des

imaginaires et le renouvellement des horizons d’attente

de ce peuple et de ses lecteurs.

Yamilé Ghebalou Haraoui

Maître de Conférences Université d’Alger


Gospel Encounters in a Muslim Land



DIALOGUE









Mgr Teissier, Archbishop of Algiers, 1988-2008 ,

remarked in one of his books that the Catholic

Church in Algeria had undergone « three deaths ».

From a flourishing colonial Church of one million

members before independence in 1962, she has now dwindled

to a tiny remnant numbering three or four thousand

faithful. The first death occurred in 1962 when at independence

900 000 European settlers, along with several thousand

native Christians, fled the country in disarray. A further

death ensued with the nationalisation of Church run institutions,

including her schools, in 1976. And finally in the 1990s

the civil war

and assassination

of nineteen

priests

and religious

took place

precipitating

the departure

of the vast

majority of

the remaining

20 000 or so

Christians.

A Courageous

Remnant

One would

have thought

that nothing

further could

happen to

worsen the plight

of the courageous remnant. Unfortunately this expectation

was to be proved wrong when on February 28th, 2006

a new law regulating worship by non-Muslims bodies was

introduced, the « fourth death ». This law confines Christian

worship, under pain of fines and prison sentences, to

officially approved places of worship. Hefty fines and prison

sentences of one to five years were also promised for

anyone seeking to seduce a Muslim from their faith. Thus

a Catholic priest of the Oran diocese, Pierre Wallez, was

held for thirty hours in custody in January 2008 and given a

suspended one year jail sentence (reduced to two months

Didier Lucas

9


10

DIALOGUE

on appeal) for praying in a refugee camp on St Stephens Day

with Christian migrants from sub-Saharan Africa. According

to this ruling the only place permissible for Christian prayer

would be inside an authorised Church. Catholic priests have

been stopped by the police and accused of proselytism on

the basis of carrying their bible and breviary and the Church

has also had to struggle with an administration which is reluctant

to grant visas for new religious or lay volunteers.

Despite all of this harassment, the Church in Algeria hasn’t

lost heart and continues to make a contribution to the well

being of the country.

The Sacrament of Encounter

Reading recent issues of the four diocesan magazines of

the Algerian Church I was struck by stories of encounters

between Muslims and Christians which bring hope, hope

to those involved in the encounters, hope to the Church in

Algeria and also hope to those of us who may have contact

with people of other faiths. The Algerian Church calls these

meetings, « sacraments of encounter » (sacrements de la

rencontre), moments when the individuals concerned experience

God’s presence and love through each other.

These sacraments of encounter are seen in the Gospels on

the many occasions when Jesus brings God’s healing love

and presence into peoples lives, both Jews and Gentiles. In

chapter 4 of St John’s Gospel, for example, Jesus tells the

Samaritan woman at the well that he can give her « the gift

of God », living water welling up within her which leads to

eternal life. In the sacrament of encounter, Christian and

Muslim offer each other just such a gift when they enable

each other to make contact with God’s living presence in

the other. It is such sacraments of encounter which offer

hope to the Algerian Church, signs of hope and signs of

God’s presence in the midst of her many trials and joys. 1

You were a Stranger

On February 12, 2009 a new bishop of Constantine and

Hippo, Mgr Paul Desfarges sj, a successor to the great St

Augustine, was consecrated in the Basilica of Notre Dame

d ’Afrique in Algiers. Fr Paul, a Frenchman, has lived for over

thirty years in Algeria, taken out Algerian citizenship and

speaks fluent Arabic. He taught psychology at the University

of Constantine for many years while at the same time

acting as Vicar General of the diocese. As bishop with just

fifteen priests and a small number of religious he faces many

challenges in his far flung diocese which has perhaps a thousand

Christians, for the most part African students studying

at Algerian universities.

Lokmane Benchikh, a long standing Muslim friend, welcomed

Paul on behalf of the Muslims present at the ordination

ceremony. Whether Lokmane realised it or not,

his words strongly echoed chapter 25 of Matthew’s Gospel

where Jesus reminds us that in welcoming the marginalised

and forgotten people of society we are welcoming him. And

in a sense the Christians in Algeria are on the edge of so-

1 A fuller explanation of the « sacrament of e -

counter » can be found in my book Christian Martyrs for a

Muslim People, Paulist Press, 2008, pp. 117-127.

D .L


ciety, are marginalised. Lokmane assured Fr Paul that he was

welcome as someone who had embraced their culture, and

become a bridge builder between two different civilisations

north and south of the Mediterranean:

You were a stranger and we welcomed you. You were a stranger

and our people welcomed you. You were a stranger and Algeria

welcomed you. She welcomed you several times. First of all when

you did your military service in the aftermath of independence,

then when you came to learn her language and to absorb her

culture and finally to live here and teach in one of her universities

for thirty years. On no occasion was her door closed to you. Not

only did she offer you hospitality but she adopted you and made

you one of her sons, granting you citizenship, fully and entirely. And

today you have become, by the grace of God, one of the bishops

of her Church. 2

DIALOGUE

Lokmane concluded by saying that the Muslim presence

at Paul’s ordination represented a reaching out in

friendship to the people of the north of the Mediterranean

from where Paul has come, an act of solidarity « respecting

the beliefs and the convictions » of both cultures

« which are complementary, springs overflowing with

life, love and hope ».

D .L

To be the Presence of Christ

The concept of the sacrament of encounter enables Algerian

Christians to relate their daily experiences to the Galilean

ministry of Jesus, a ministry where for the most part

he encountered Jews and Gentiles who didn’t become his

disciples but who were nevertheless changed by their meeting

with him. Fr Christoph Theobald, a Jesuit theologian,

visited the Algerian Church on seven occasions to help her

reflect on her witness in a Muslim context. In his book 3 ,

Gospel Presences : Reading the Gospels and the Apocalypse in

Algeria and elsewhere, he explains that these meetings are

healing because through words and gestures the other

person is made aware of their own uniqueness. According

to Fr Christoph, « To be the presence of Christ - people in a

sacramental relationship - it is finally to release that which is

more human, it is to allow the person met on the road to have

access to their unique humanity, it is at last to discover - in this

admirable exchange - ones own humanity 4 ». The ability to see

and understand these daily encounters with people outside

the Christian faith as sacramental is vital for those in a totally

Muslim society where only very few of those whom

they meet will seek admission into the Christian Church.

Fr Christoph encouraged the Algerian Church by telling her

that « this to-ing and fro-ing between the stories of daily life

and the Gospel stories is absolutely essential because it brings

2 Rencontre: mars 2009, pp 69-70.

3 Présences d’Évangile : Lire les Evangiles et l’Ap -

calypse en Algérie et ailleurs, Les Editions de l’Atelier,

Paris, 2003.

4 Christians Martyrs for a Muslim People, p. 121.

Ancienne mosquée à Béni Abbès

forth the spiritual meaning of what you are living; it has the advantage

of transforming these situations into the Word or call of

God. » 5 And of course this sacramentality of everyday life is

a gift of the Spirit which knows no religious or racial boundaries

as Jesus showed so clearly in his encounters with

Jairus, the Centurion, the woman with the haemorrhage, the

Samaritan woman at the well, and many others.

So very Sorry

A story which illustrates what Fr Christoph is talking about

was recently told by Mgr Alphonse Georger, Bishop of

Oran, in his diocesan magazine, Le Lien 6 . Sr Jeanne had just

celebrated her feast day and the following day Mgr Alphonse

received a cake from her which he duly put in the deep

freeze to await the next meeting of his Diocesan Council.

That same evening he rang Sr Jeanne to thank her for her

gift thinking that she had received several cakes for her feast

day and had passed on one of them to him. She asked him if

he had read the inscription on the cake and he said, No. Well

read it, she replied, and I explain all to you tomorrow. The

Bishop on taking the cake out of its wrapping discovered

these words, So very Sorry. Mgr Alphonse eagerly awaited

Sr Jeanne’s explanation.

From time to time Sr Jeanne goes to a local cake shop to

buy some croissants. On each visit the owner has a little

chat with her and inquiries about her health and the wellbeing

of the other sisters in the community. Sr Jeanne on

this occasion began to tell him about the recent troubles

which the Church in Oran was experiencing, including, no

5 Ibid., p. 120.

6 Le Lien, février-mars, 2008, pp. 3-4.

11


DIALOGUE

doubt, the suspended sentence received by Fr Pierre Wallez.

As she spoke the baker’s face clouded over with surprise

and sadness but he said nothing. The following day, however,

a packet was delivered to the sister’s house containing the

sponge cake and its expression of sorrow. Bishop Georger

comments that such actions touch one’s heart and speak

louder than the most eloquent discourses on fraternity.

Through his actions and words the Muslim baker had very

powerfully and simply conveyed God’s love to Sr Jeanne and

the Christian community in Oran.

An Outpouring of Love

On the 24 April, 2009 the tiny Christian community in the

Diocese of Laghouat-Ghardaïa in Algeria, better known as

the Diocese of the Sahara, was greatly distressed by the

unexpected death of Br Xavier Habig, a Little Brother of

Jesus attached to the Béni Abbès hermitage. Br Xavier had

been run over by a car. The bus being full, he decided to walk

in the dark the final 14 km to Béni Abbès. No one will ever

know why he was walking in the middle of the road at the

time of the accident.

Br Bernard, also a Little Brother of Jesus attached to the

same hermitage, recounted in the diocesan magazine 7 the

7 Lettre du diocèse, juin 2009, pp. 4-6.

heart warming response of the local authorities and of the

local people. The governor and the deputy governor of the

region sent their condolences and the mayor and county

manager came in person to offer their sympathy. In addition,

the municipality made a house available to accommodate

the eleven family members who had travelled from France

for the funeral and gave special permission to bury Br Xavier

in the courtyard of the hermitage. According to local

custom Xavier’s body was wrapped in a shroud and buried

without a coffin. While all of this was going on their Muslim

neighbours provided meals for the crowds of sympathisers.

The day after the burial the family of the driver who had

killed Xavier met with his relations at the hermitage. Xavier’s

brother, Bruno Habig, was very moved when the family

of the driver asked for their forgiveness. Fortunately

he had rung his elderly mother in France beforehand and

was able to pass on a message from her that she had been

thinking a lot about the driver and his family and had prayed

for them. « A rare moment, violent emotion, the certainty

that my mother had found the only words to suit the occasion.

» Another powerful sacrament of encounter between

Muslims and Christians had taken place.

Mutual Openness

In my opening paragraphs I recounted some of the trials

and petty harassment which the Algerian Church has been

subjected to in recent times. However, the three accounts

which followed of Gospel encounters between Algerian

Christians and their Muslim neighbours give reasons for

hope, hope for the future of the Algerian Church and more

generally hope for the future of Christian-Muslim relations.

The Church in Algeria has lost all of her wealth and institutional

power and so her only wealth now lies in her relationships

with the Algerian people. Br Xavier had drawn

near to his Muslim neighbours ; he had mastered their language

and learned to understand their culture. And they in

their turn had loved him. The same challenge of mutual understanding

and friendship presents itself to the Church in

the West in its relationship with a growing Islamic presence.

Mgr Teissier, who has spent his life among the Muslim people

of Algeria, writes : « Let us think in particular of this beatitude,

I was a stranger and you welcomed me (Matt 25:35).

In the relationship with the other, if it is genuine, there is

liberation and an entry into the realm of love which is a gift

from God. It is in this mutual openness [between Christian

and Muslim] that God brings in his Kingdom ». 8

Martin McGee, osb, Worth Abbey, Angleterre

D. L

12

Rue de Ghardaïa

8 Christian Martyrs for a Muslim People, p. 162.


Prêtres pour l’Algérie

DOSSIER

Dossier réalisé avec la collaboration de Bernard Tramier, Bonaventura B. Mwenda,

Daniel Archambault, Jean-Marie Jehl, Jean-Paul Kaboré, Louis Lucet, Marie-Christine

Rousseau, Michel Guillaud, Paul Desfarges, Raymond Gonnet, Robert Fouquez, Théoneste

Bazirikana.

Photo Claire Chapron

13


DOSSIER

14

Divers pour une même mission

A

près l’Indépendance de l’Algérie, le nombre

de catholiques n’a cessé de diminuer : départ

de la majorité des pieds-noirs, puis des coopérants

avec la nationalisation des Œuvres

de l’Eglise et l’arabisation, puis exode des

derniers chrétiens étrangers et locaux avec

le terrorisme. Mais de nombreux prêtres et religieux(ses),

derrière la figure emblématique du cardinal Duval, avaient

décidé, bien que les chrétiens fussent rares et les perspectives

de conversion absentes, de rester pour une présence

de témoignage et de service au sein du peuple algérien.

S’est donc développée en Algérie une figure mystique

du prêtre comme « prêtre des non-chrétiens » 1 , prêtre

sans communauté chrétienne, prêtre pour le monde

musulman, vécue souvent de façon aussi admirable

qu’exceptionnelle. Cette vision du ministère était en

continuité avec le mode de présence des Pères Blancs,

qui étaient consacrés avant l’indépendance à la seule

présence auprès des Algériens

musulmans. Elle était aussi

soutenue par la référence à

Charles de Foucauld (dans sa

dimension d’enfouissement

du moins), par des

écrits comme ceux de

Serge de Beaurecueil et

par le fait que la majorité

des prêtres n’avait pas la

charge d’une communauté

chrétienne très nombreuse.

Référés à la grande Eglise

pour autant qu’ils étaient

Didier Lucas

Etudiants sub-sahariens

connus comme prêtres, ils

étaient engagés dans le monde algérien à la manière

des prêtres ouvriers dans la France déchristianisée

des années 1950, qu’ils soient ouvriers, médecins ou

enseignants. L’enjeu de leur présence était de développer

des relations fraternelles avec le monde algérien

musulman, autant que possible au service des plus

pauvres ou tout au moins du développement du pays,

comme des passerelles de compréhension jetées entre

le monde de l’islam et celui du christianisme, témoignant

de leur foi en Dieu-Amour, sans rien chercher

d’autre en retour que l’accueil souvent prodigué par

les familles (par l’hospitalité et la confiance) et le pays

(par l’octroi parfois de la nationalité). Cette généra-

1 Cf Serge de Beaurecueil, Prêtre des non-chrétiens, Cerf,

1968 (multiples rééditions depuis). Ce religieux dominicain y témoigne

de son expérience mystique alors qu ’il vivait seul chrétien

en milieu musulman à Kaboul en Afghanistan.

tion de prêtres arrivée dans les années 1950, 1960 et

1970 poursuit sur cette lancée, engagée dans des liens

souvent exceptionnels avec le peuple algérien, tout en

étant aujourd’hui à la retraite au plan professionnel.

Dans les années suivantes, dans un contexte où l’Algérie

n’accordait plus de contrats de travail aux étrangers

venus au service de l’Eglise, les prêtres se sont

insérés par des modes autres que salariés, dans des

activités d’accueil ou de service, bibliothèques par

exemple, « plateformes de rencontre » avec le peuple

algérien.

Avec l’arrivée nombreuse d’étudiants africains et la

demande de quelques Algériens de faire chemin avec

le Christ, le ministère presbytéral a pris pour certains

une dimension plus pastorale. La présence de laïcs, de

familles, appelées à croître comme familles chrétiennes,

à durer dans la stabilité et le respect de leur foi,

à pouvoir se rassembler, marque d’une manière nouvelle

le ministère des

prêtres en Algérie.

Ce n’est pas considérable

quantitativement,

mais cela marque

profondément la

vie des personnes et

de l’Eglise.

Les liens créés par

l’histoire expliquent

que de nombreux

prêtres en Algérie

soient originaires de

France, mais le visage

du presbyterium

d’Algérie prend aussi

et de plus en plus des couleurs africaines et latinoaméricaines.

Dans le dossier qui suit, des témoignages nous offrent

un aperçu de cette variété de visages des prêtres et

du ministère presbytéral en Algérie. Ces témoignages

sont précédés par une réflexion de l’évêque de

Constantine. Il a animé plusieurs rencontres de prêtres

en Algérie et à l’étranger pendant cette année. On

trouvera aussi des extraits d’interventions de la Session

interdiocésaine des ministres ordonnés (SIMO)

d’août 2008 à Alger sur l’Eucharistie, animée par le

Père Rafiq Khoury, théologien du patriarcat latin de

Jérusalem.

Michel Guillaud


Prêtres pour tout un peuple

DOSSIER

L’

année 2010, « année sacerdotale »,

année de grâce ! Elle a été l’occasion

pour les prêtres mais aussi pour les

fidèles de réfléchir au sens du « sacerdoce

», mystère qui concerne

tout baptisé. Les prêtres, dans leurs

différentes rencontres, se sont partagés les uns

aux autres ce qu’est leur vie de prêtre en Algérie.

Avec beaucoup de variété, selon les personnalités

et les étapes de leur vie sacerdotale, chacun a essayé

de s’approcher de sa vie de prêtre. Si chaque

situation est particulière, les échanges ont fait apparaître

des « invariants » :

Prêtre avec la communauté chrétienne

Prêtre au service du peuple algérien

Saint Augustin disait à ses fidèles : « Avec vous je suis

baptisé, pour vous je suis évêque ». Aujourd’hui, je

dirais : Oui, pour vous fidèles, je suis évêque, je suis

prêtre, mais tous ensemble, nous sommes là pour notre

peuple d’Algérie, au service de sa vie, que nous

soyons enfants de ce pays ou envoyés à ce pays. Le

mouvement intérieur qui nous a animés chacun, qui

anime encore notre vie de prêtres ou de fidèles, c’est

ce « Pour » qui rend présent le « Ma vie pour vous »

du Christ.

« Une église en chemin avec un peuple », telle était

la conclusion du synode du diocèse de Constantine

(1990-1993). Si la figure du prêtre a évolué depuis l’indépendance,

elle a évolué au rythme des changements

du pays lui-même.

A l’indépendance, sous l’inspiration du Cardinal Duval,

l’Église qui est en Algérie a refusé d’être une Église

d’ambassade, consacrée exclusivement aux besoins

spirituels de ses fidèles, pour s’ouvrir aux soucis du

peuple algérien. Ce fut prophétique. Aujourd’hui, l’église

est et demeure l’Église de tout un peuple, de tout

son peuple d’Algérie, en fidélité à son Seigneur qui

donne sa vie pour tous.

Dans les années qui ont suivi l’indépendance, une figure

de prêtre s’est imposée : prêtre en Algérie, prêtre

pour des non-chrétiens. Le bienheureux Charles

de Foucauld, incarnant une simple présence frater-

Vitrail de l’église de Tibhirine

nelle, inspirait beaucoup d’entre nous. La question de

la conversion ne se posait pas. Il était donné à tous,

prêtres et fidèles, d’apprendre à aimer le peuple algérien

pour lui-même, de l’Amour même de Dieu pour

tout son peuple. Les eucharisties, célébrées parfois par

le prêtre seul ou avec une toute petite communauté

étaient des « messes sur l’Algérie ». Nous célébrions

et offrions la vie de tout un peuple. Le frère Christian

de Chergé exprime bien le sens de cette présence

mystique du prêtre et de tout baptisé: « Le Christ a

tellement aimé l’Algérie qu’il a donné sa vie pour elle

et les nôtres à sa suite. »

Ce don fait à notre Église d’être sacrement du Cœur

du Christ pour son peuple continue de nourrir la vie

des prêtres aujourd’hui.

« Aider, réconcilier, écouter, discerner, guider, soutenir,

réconforter, encourager, appeler, fortifier la confiance

et l’espérance, semer, recevoir, cueillir, comprendre,

souffrir avec, prier, offrir, aimer…. », tels sont les mots

qui expriment le mieux le travail du Seigneur dans

nos vies de prêtres, au service de tous, musulmans ou

chrétiens.

Dans un monde qui change, une Eglise qui évolue

Depuis les années 80, le pays a beaucoup changé, s’est

développé, s’est enrichi, inégalement sans doute. Les

années 90, la décennie rouge, n’ont pas épargné l’Eglise,

mais ont renouvelé son mystère d’Alliance avec

son peuple. Aujourd’hui, d’autres situations viennent

15


DOSSIER

16

renouveler le visage de l’Église qui est en Algérie et

l’appellent à d’autres services.

La venue des étudiants subsahariens, le passage des

migrants, souvent clandestins, la présence de travailleurs

« expatriés » pour les grands chantiers du

pays, tous ces apports nouveaux et la présence parmi

nous de prêtres et de religieuses de tous les continents,

transforment le visage de notre église et lui

donnent une dimension internationale et universelle.

En outre, de nouveaux disciples, enfants du pays, prennent

leur place dans nos communautés, les appelant

à se renouveler. Le prêtre a toujours à cœur de soutenir

et de nourrir la communauté chrétienne. Il lui

faut aujourd’hui, de façon nouvelle, comme refonder

son église : la présence de catholiques algériens dans

nos communautés, même en petit nombre, fait signe

du désir du Père de prendre visage humain avec des

Pain livré pour son peuple

traits algériens. Cela nous impose des responsabilités

nouvelles.

Plus souvent que dans la période précédente, le prêtre

est appelé à prendre soin de sa communauté : soutenir,

nourrir, favoriser la communion. Notre vocation au

service du peuple algérien en est comme stimulée. Le

prêtre, comme tous les baptisés de sa communauté, est

invité à ouvrir toujours plus grand son cœur. Les rues

de nos villes sont aussi notre Eglise. Dans l’aujourd’hui

d’une Algérie en quête d’elle-même, d’identité, de

sens, il est donné à beaucoup d’être témoins du travail

de Dieu dans les cœurs. Le ministère de l’écoute, du

discernement, prend une place plus importante, sinon

en temps du moins en densité.

Le sacerdoce du prêtre et le sacerdoce des fidèles

Cette année sacerdotale redonne toute sa place au

sacerdoce des baptisés. Il n’y a qu’un seul prêtre, le

Christ. Il n’est pas, comme ce pourrait l’être dans

d’autres religions, le spécialiste des relations avec le

divin au nom du peuple. Le Christ est « Celui qui

vient » offrir à tous la communion avec Dieu, communion

à l’Amour qui s’offre gratuitement.

Le peuple des baptisés devient alors sacrement du don

de la Vie divine, de l’amour divin pour tous « sans faire

de différence entre les bons et les méchants ». Il est

heureux que ce trésor soit porté, diffusé par des jeunes,

étudiants subsahariens, au milieu d’autres jeunes et

par des enfants du pays. L’Eglise demeure bien l’Eglise

pour tous. Le sacerdoce des prêtres lui signifie qu’elle

est envoyée, rassemblée, aujourd’hui, par le Christ en

personne, Lui que le prêtre rend sacramentellement

présent. L’Eucharistie que l’Eglise célèbre fait d’elle le

« Pain livré pour son peuple ». Notre fragilité, notre

précarité, nos faiblesses, notre péché même, nous rappellent

sans cesse que tout est grâce.

Les expressions : « Prêtre des non-chrétiens »,

« Eglise pour un peuple musulman » prennent

alors un sens que nous sommes toujours en train

de découvrir, de recevoir. Le cœur de l’Eglise est

le lieu même de la dilection de Dieu pour tout

son peuple. Le prêtre qui rend présent l’Envoyé du

Père, la communauté des baptisés qui rend présent

le don de sa Vie livrée, participent ensemble

à la préparation de la demeure de Dieu chez les

siens. Nous prions l’Esprit Saint, qui voit les profondeurs

de Dieu, de nous donner un regard renouvelé

sur l’islam et les musulmans. Que de fois

dans nos eucharisties nous rassemblons ce qu’il

nous a été donné, durant la journée, durant la semaine,

de voir, d’entendre et que nous recevons

comme des fragments d’eucharistie dans la vie de

ceux et celles avec lesquels nous vivons. Notre prière,

notre intercession, est habitée de ce qu’il nous a été

donné de partager de leurs joies, de leurs détresses

et de leurs supplications. Monte alors dans nos cœurs

l’expression même de Jésus devant la foi du Centurion

ou de la Cananéenne : « Ta foi est grande !»

Notre Église est à la table de l’Algérie et de tous les

Algériens. Dans le monde d’aujourd’hui, hanté en bien

des lieux par la peur de l’islam, notre Église d’Algérie,

au sein de l’Église universelle, peut apporter un regard

apaisé sur l’islam. Elle peut souffrir et a souffert, avec

tout le peuple algérien, des extrémistes violents. Mais

il lui est donné de faire route, en son peuple, avec les

artisans de paix et de fraternité. Notre joie de prêtre

est de servir le Dieu humble et pauvre, toujours déjà

là, caché dans les ombres et les lumières de la vie quotidienne,

lumineux dans tous les visages de bonté.

+ Paul Desfarges


Bernard d’Alger

Malgré tous les discours théologiques, les belles paroles,

les années saintes ou non, je ne sais guère plus

aujourd’hui qu’au jour de mon ordination ce que c’est

qu’être prêtre. Je le vis confusément, maladroitement,

peccamineusement , comme une réponse à une exigence

d’ouverture.

J’ai connu l’Algérie par hasard. Un collègue de séminaire

me proposant, durant des vacances d’été, de

participer à un chantier culturel (remise à niveau de

lycéens) à Médéa. C’était en 1965. N’ayant rien d’autre

à faire, j’ai accepté et j’ai découvert - osons le mot - le

plaisir d’enseigner et les qualités de ce pays. L’envie

est alors venue de pérenniser l’expérience ; j’y voyais

également l’occasion d’échapper aux sacristies que je

n’aime guère.

Je suis donc venu à Alger et, heureusement, nommé

à El Biar avec Pierre Frantz, décédé il y a trois ans. Je

ne dirai jamais assez ce que je lui dois. J’ai toujours eu

ainsi un pied dans la paroisse (nombreuse dans les

années 70) mais l’essentiel de mon activité a toujours

été l’enseignement (du français) jusqu’à ce jour. J’y vois

le grand intérêt d’être avec les autres - n’importe qui,

sur le même pied, confronté (presque, l’ecclésiastique

célibat est aussi un refuge) aux mêmes difficultés,

comme essayer d’écouter, de comprendre, de prier (le

moins commode,) d’échanger, de vivre une commune

humanité dans la difficile espérance que rien de véritablement

humain n’est vain et que mystérieusement

nous allons vers notre mort ressuscitante.

Bonaventure, père blanc, Ghardaia

Je m’appelle Bonaventura.

Je suis Tanzanien

et jeune Missionnaire

d’Afrique (Père Blanc).

Ordonné prêtre le 21

juin 2007 en Tanzanie,

je suis arrivé la même

année en Algérie parce

que le dialogue et la

rencontre avec les musulmans

me tiennent

profondément à cœur.

Bien que ma vie de prêtre

en Algérie semble

extérieurement invisible, elle ne reste pas sans impact.

La confiance mutuelle se construit progressivement

grâce à la gratuité dans l’amitié à travers des visites et

des rencontres organisées en collaboration avec les

musulmans du lieu, l’engagement dans les services du

Centre Culturel et de Documentation et de recherche

sur le Sahara (CCDS), l’attention portée aux migrants

et enfin la responsabilité de la petite paroisse

de Ghardaïa comme curé.

Je vis ma vocation de prêtre dans la foi en Jésus Christ

qui m’appelle chaque jour : « Faites ceci en mémoire

de moi ». Ce mémorial me transforme et m’aide

à porter un regard positif sur l’autre, à l’aimer et à

prier pour et avec lui. Célébrer l’Eucharistie est non

seulement mon devoir le plus sacré, mais surtout le

besoin le plus profond de mon être car elle exprime la

communion, qui est la vocation fondamentale de tout

homme. Ce qui compte pour moi n’est pas seulement

cette minorité de chrétiens catholiques qui sont en

face de moi mais tout le peuple de Dieu dont les musulmans

font partie. Saint Augustin disait : « Si tu veux

aimer le Christ étends ta charité à toute la terre, car

les membres du Christ se trouvent dans le monde entier

». Ma tâche comme prêtre en Algérie n’est pas

donc de « convertir » l’autre mais de me tourner avec

lui vers l’amour universel et fraternel, d’être un frère

pour chacun : algérien et non-algérien, migrant, riche

et pauvre, et tout cela pour la gloire de Dieu et le salut

de tous !

Daniel, Tamanrasset

Cela fait près de

trois ans que je suis

à Tamanrasset, après

dix-sept ans de ministère

« classique »

dans des paroisses

rurales de l’Ouest de

la France. Autant dire

que le contraste fut

grand entre ce que

je connaissais et ma

nouvelle mission.

L’originalité du ministère de prêtre à Tamanrasset est

sans conteste l’accueil des pèlerins venus marcher sur

les pas de Charles de Foucauld. Sans oublier les touristes

qui viennent voir l’ermitage, particulièrement

pendant les sept mois de la saison touristique. S’ajoute

à cela le passage des migrants qui viennent solliciter

de l’aide.

Quand je veux définir la mission du prêtre en Algérie,

j’ai encore tendance à le faire en comparaison avec ce

que j’ai pu connaître auparavant. Et des ressemblances

il y en a peu : pas de baptêmes, mariages, catéchèse...

L’inutilité de la fonction paraît évidente, alors qu’auparavant

je pouvais me définir facilement par un tas d’activités,

voire même des chiffres.

DOSSIER

17


DOSSIER

18

Le mot gratuité me semble symboliser le plus le sens

de notre ministère ici. Et sans doute devrait-il le signifier

partout. A l’image du don de Dieu. Je perçois avec

plus d’acuité que je ne suis pas prêtre seulement pour

les chrétiens mais pour tout homme vers qui le Seigneur

m’envoie. Je comprends mieux ce que signifie

servir dans une Eglise faible, ou fragile. Et entrer un

peu plus dans ce que disait saint Paul repris par Charles

de Foucauld : « La faiblesse des moyens humains

est une cause de force pour affermir l’espérance au

cœur même de nos fragilités et de nos détresses ».

Toujours laisser davantage de place à l’Esprit Saint.

Jean-Marie, Constantine

Ma certitude première est

qu’il n’y a qu’un seul vrai prêtre

: Jésus. Je ne suis qu’une

tesselle de la mosaïque qui

le rend visible et lui permet

d’agir à travers le temps et

l’espace.

Au début de la trentaine

d’années de ma vie consacrée

à l’éducation des jeunes

algériens par l’enseignement

en collèges et lycées,

j’avais eu l’impression de faire le grand écart entre ma

vie professionnelle et celle de prêtre, serviteur de la

communauté chrétienne.

J’ai heureusement eu la chance, à travers la méditation

sur les rencontres de Jésus et la découverte qu’à sa

suite nous sommes les sacrements de sa présence, de

comprendre qu’il n’y avait pas de hiatus entre mes deux

vies : comme Jésus, il m’était donné de rencontrer des

personnes, avec lesquelles j’avais à me situer en vérité

pour que quelque chose naisse, grandisse, guérisse...

C’est donc Son oeuvre que j’ai à continuer, à sa façon

et en même temps à la mienne, sur mes chemins de la

Galilée algérienne.

L’important est de me tenir au plus près de Lui pour

Une vocation spéciale

avoir, à Sa place, les gestes,

les paroles, les attentions

qu’Il aurait Luimême.

Et peu importe

encore que je ressemble

insuffisamment à

mon modèle. Je ne suis

pas devenu pleinement

prêtre le jour de mon

ordination, mais j’essaie

de le devenir un peu plus

chaque jour...

Jean-Paul, Blida

« Toute ma vie pour

te rendre gloire. » Tel

est le thème phare

qui guide mon sacerdoce

depuis mon ordination

presbytérale

en juillet 1996 dans

l’archidiocèse de

Koupéla au Burkina

Faso. N’est-ce pas

que la vie de l’homme

doit concourir à

la gloire de Dieu ... Je suis abbé Jean-Paul Kaboré, envoyé

au service de l’Église en Algérie.

Depuis novembre 2005, pendant que bien des personnes

sont toujours moisies de peur pour moi à l’idée

de me savoir en Algérie, pays à 99% musulman, j’essaie

d’apporter à cette petite Église de la Méditerranée la

chaleur, la joie et la gaieté de l’Église-Famille de Dieu

du Burkina Faso-Niger.

Curé de paroisse, aumônier diocésain des étudiants et

depuis peu aumônier national par la grâce de l’Esprit,

je goûte jour après jour à cette joie d’être « prêtre

avec », d’être « prêtre pour » ; et de prétendre ainsi

irradier la gloire de Dieu, non seulement parmi mes

paroissiens spécifiques, mais aussi dans la société algérienne

tout entière.

Des étudiants de vingt-quatre nationalités d’Afrique

sub-saharienne ornent la paroisse Saint Charles Borromée

de Blida. Quel beau bouquet ! Quelle chance

pour notre Église ! Mon sacerdoce s’épanouit surtout

avec eux et pour eux dans notre vivre ensemble au

quotidien ; ainsi rencontres, accueil, écoute, dialogue

deviennent des réalités palpables et incontournables

pour un dynamisme en Église. A la suite du Christ,

aider les jeunes au discernement, participer à l’éveil

des consciences pour que de vrais responsables se

construisent aujourd’hui, n’est-ce pas une joie, une

Cette communauté chrétienne minuscule est d’une très grande

diversité. Mais ce qui m’a frappé aussi est que deux éléments font

l’unité de cette Eglise : Elle est d’abord une Eglise pour le peuple

algérien et ensuite une Eglise témoignant dans un milieu musulman.

J’ai l’impression que ces deux éléments font l’unité - sinon

l’unanimité - de cette Eglise.

Je crois qu’il faut bien prendre conscience de cette réalité pour

l’assumer et la vivre. Cela me fait dire que le choix de vivre en

Algérie exige une vocation spéciale, en plus de la vocation chrétienne,

sacerdotale ou religieuse.

Rafiq Khoury, Eucharistie et communauté, SIMO, août 2008

chance pour le prêtre

que je suis de rendre

gloire au Créateur

pour l’édification d’un

monde de justice et

d’amour véritable

Conscient que rien

de tout cela ne peut

se réaliser sans une

relation intime avec

le Christ, conscient

de mes limites et de

mes imperfections, je


vais toujours à la source qui irrigue pour la vie : la

prière. « Être immergé en Christ, dans la vérité » quel

baume adoucissant ! Une fois l’âme en paix et le cœur

remonté, le don de soi peut s’opérer avec efficacité.

Plus j’accueille et plus je me dépouille de moi, non

seulement pour mes chers étudiants, mais aussi pour

les Algériens côtoyés tous les jours ; plus je donne de

moi-même et plus je reçois du Christ, Grand Prêtre

par excellence. Aucune prétention que tout roule sur

des boules, mais la confiance que mes supérieurs et

surtout le Christ lui-même ont placée en moi et viceversa,

suscite en moi cette espérance du non retour.

Advienne que pourra, pour la réalisation du Royaume

hic et nunc et dans le monde à venir. May God bless

everyone in my priesthood !

Ludo, père blanc,

Ghardaia

Toute ma vie de prêtre, je

l’ai vécue dans le sud algérien

(1965-2010), : Béchar

puis Ouargla, enfin Ghardaia:

dans le travail (labo), l’accueil

d’étudiants (bibliothèque et

cours) et le service religieux

des chrétiens, entre autres

auprès des expatriés du pétrole à Hassi Messaoud.

Bref toute une vie avec des personnes différentes : immense

majorité algérienne et musulmane et de toutes

petites communautés chrétiennes et internationales.

Voilà la paroisse que le Seigneur a mise sur ma route

et avec qui je suis toujours heureux.

Toutes ces personnes, je les remercie, pour leur accueil,

leur sens de Dieu, leur amitié et leur valeur

humaine. Elles m’ont aidé à découvrir combien la foi

au Christ est don gratuit et mystère que je dois sans

cesse accueillir dans la joie d’ être libre. A leur contact,

j’ai aussi découvert combien de gens vivent coincés

dans des difficultés économiques, la peur, la pression

sociale, la pensée uniforme, les impératifs religieux

contraignants ou encore le matérialisme... Et alors

quelle souffrance ! Mon rôle de prêtre a été alors

d’essayer d’aider (dans le travail, l’accueil, les cours,

l’aide, l’amitié, la prière) chacun et chacune à mieux

se prendre en main, à vivre en homme responsable

libre et croyant. Quels seraient mes regrets Pas

celui de n’avoir converti personne : Dieu seul donne

la foi. Mais celui de n’avoir pas été assez à l’écoute

de l’autre, mon frère, pour mieux l’aider à construire

son chemin, et celui de n’avoir pas été assez à l’écoute

de l’Autre, Dieu, pour lui dire merci et lui présenter

chacun et chacune par son nom.

Raymond, spiritain, Mascara

Depuis dix-neuf ans, je

suis curé d’une paroisse

sans paroissiens. Pas un

problème vu mes antécédents

dans l’enseignement

à Misserghin, comme

éducateur à la Cité

de l’enfance d’Oran puis

avec les handicapés.

Afin de poursuivre la

présence chrétienne à

Mascara, il a fallu transformer

l’église et créer

une « plateforme de

rencontre » (terme cher

à Pierre Claverie) : des activités de formation féminine,

une bibliothèque, des cours de soutien, un

service des pauvres qui permettent de nous rencontrer,

chrétiens et musulmans, de travailler ensemble,

construire une amitié dans le respect et la

confiance, sans désir de prosélytisme, un dialogue

de la vie sur nos lignes de fractures. Dans la prière

et la messe quotidienne, notre petite communauté

reprend souffle et apporte toute la vie partagée

qui prend alors dimension d’éternité.

J’ai eu vécu le Jeudi saint seul mais je tenais à célébrer

cette fête du sacerdoce, cet exemple à vivre

l’adoration dans le Service du frère, sur mon

lieu de vie. Et tous mes paroissiens invisibles je les

voyais autour de la table et je pouvais leur dire : la

paix de Jésus soit avec vous.

C’est à l’hôpital qu’un voisin m’a présenté: « C’est

notre curé ! » Je visitais les blessés victimes du

terrorisme en 1995 : nous avons prié ensemble.

Depuis, c’est fréquemment que je participe aux

sépultures.

Pour la sépulture de Marie Noël, la foule invisible

du Jeudi saint était là, reconnaissant la sainteté de

cette religieuse qui les avait soignés jusqu’au bout

et qui, comme dira l’imam, rassemblait, au moment

de partir, chrétiens et musulmans dans un même

chagrin, une même ferveur et une même fraternité.

« Nous avons voulu vous exprimer que la petite

communauté chrétienne de Mascara fait partie de

la société civile de notre ville et que l’on apprécie

les services qu’elle rend à notre population » nous

confiera un élu. Hamdullah !

DOSSIER

19


DOSSIER

20

Robert, ermite, Médéa

Prêtre en Algérie, à

quoi peut ressembler

ma vie Au talent

enfoui A Dieu

ne plaise ! Au grain

jeté en terre L’image

qui me parle est celle

d’une quelconque

guerba (outre pour

garder l’eau au frais)

suspendue à un puits.

Suspendue à la soif

de quelqu’un à la soif

d’eau.

Prêtre en Algérie, sur quoi peut reposer ma vie Sur

une parole de Jésus : « Ce n’est pas vous qui m’avez

choisi, mais c’est moi qui vous ai choisis. » S’en souvenir

pour faire avec les déficiences de la guerba.

Lorsqu’il m’arrive d’avoir à rendre compte de la forme

de vie qui me fait être ici, c’est toujours conscient

de l’insuffisance de nos mots et, en même temps, du

retentissement des actes d’une vie à livrer dans la

transparence : le « Je est un Autre » est-il vraiment

inscrit dans mon quotidien Dans ce que je dis (et qui

m’est dit) comme dans ce que je fais (et qui m’est fait)

Dieu peut ou non se figurer, s’inviter et - ce qui en découle

- s’échanger. Chaque rendez-vous eucharistique

me le rappelle.

N’ayant eu que rarement une activité proprement

ministérielle, je me suis tenu au plus banal (mais pas

toujours le plus facile) : rendre à chacun son bonheur

d’être, cherchant à alléger son pas vers Dieu. Etait-il

nécessaire d’être prêtre pour cela

Dans le monastère où j’étais, la vox populi (synthétisée

par le supérieur) pouvait faire de vous un prêtre. Je

le fus. A ma charge, une fois en Algérie, de le devenir

pour ceux auxquels j’ai été or-donné.

Présents dans notre Eucharistie

Théoneste, Constantine

Arrivé en Algérie

en octobre 1988

pour des études

d’électronique,

j’ai aussitôt pensé

Quand on célèbre « l’Eucharistie parmi les nations » on peut non seulement offrir

sa vie pour les nations à la suite du Christ, mais on peut aussi unir à ce sacrifice du

Christ toutes les offrandes d’eux-mêmes que certaines consciences droites non

chrétiennes ont consenti.

« La plupart du temps nos frères et sœurs de l’islam ne sont pas visiblement présents

dans le lieu où nous célébrons l’Eucharistie. Nous les introduisons spirituellement

dans notre Eucharistie parce que c’est avec eux que nous avons vécu les

travaux du jour et que c’est pour eux que nous demandons la communion (entre

eux et avec nous). Et si, comme il arrive souvent, des amis musulmans nous ont

demandé de prier pour eux, alors notre célébration entre plus avant encore dans

cette certitude que nous offrons avec eux et pour eux le sacrifice du Christ.

+ Henri Teissier, Célébrer l’Eucharistie au milieu des nations, SIMO, août 2008

comme capitales

la rencontre avec

les étudiants algériens

et l’étude de

la langue arabe. Le

résultat se lit entre

les lignes dans la

décision de rester

dans ce pays pour continuer tant bien que mal ce que

d’autres avaient commencé bien avant nous dans le

diocèse de Constantine. Le retour à l’Université après

l’ordination a été une sacrée chance de rencontrer

les jeunes dont j’avais le double de l’âge ! Ce dernier

passage a été très riche et habité par tous ceux que je

rencontrais sur ma route vers l’école, de la maison à

l’université : des jeunes du quartier aux travailleurs et

professeurs, en passant par les étudiants bien sûr.

Avec les jeunes, c’était l’occasion de parler de tout

et de rien, de rire comme eux et de guetter le signe

de l’amitié. Avec les étudiants, c’était le temps du sérieux,

de la confidence et de l’amitié, le respect étant

de rigueur. Ce dernier point vaut aussi pour les grands

qui s’étonnaient qu’on soit toujours là . C’est là que

l’apprentissage de l’arabe obtient son couronnement.

Cela leur dit que je ne suis pas absent au pays et à son

peuple. Certaines rencontres sont plus merveilleuses

que d’autres et comblent le vide laissé par celles qui

semblent avoir été catastrophiques.

Ma raison première d’être là c’est la communauté chrétienne

en besoin du concours d’hommes et femmes

de bonne volonté. J’aime cette Eglise avec la vocation

qui lui est spécifique : Eglise de la rencontre, Eglise du

service, Eglise « signe de la présence

». C’est peut-être ce trait

qui m’a le plus séduit. En tout cas

j’essaie au quotidien d’en épouser

toute cette coloration tripartite

et ce, « jusqu’à ce que - la

mort -, la mienne bien entendu,

nous sépare » ! En attendant, je

suis heureux d’être prêtre avec

toute l’Eglise d’Algérie.


Association

« Osons la Solidarité »

Chantier-jeunes en Algérie

DIALOGUE

L’association « Osons la Solidarité » a

organisé un chantier « jeunes » en Algérie,

l’été dernier. Ils étaient un groupe

de 19 dont deux prêtres « Fils de la

Charité », et 17 jeunes entre 18 et 28

ans, dont plusieurs Algériens/Algériennes.

Il est difficile de résumer une pareille expérience

qui a commencé par un chantier

à Oran en lien avec l’association

oranaise : « Santé – Sidi el-Houari », qui

accueille des jeunes en échec scolaire

pour leur faire connaître d’autres débouchés

possibles. Elle a aussi le souci

de la formation à la citoyenneté. Des

liens forts se créent avec tous les jeunes

de l’association.

Puis ce sera la découverte du Sud :

Ghardaïa, Tamanrasset, la méharée dans

le Hoggar en direction de l’Assekrem,

pendant laquelle tous ces jeunes découvrent

le silence du désert.

« Malgré nos croyances diverses, nous avons quelque chose

en commun, nous sommes tout petits devant l’immensité

des montagnes ».

« Lorsqu’on a vu une seule fois la splendeur du bonheur

illuminer le visage d’un être aimé, on comprend que pour

l’homme il ne peut y avoir d’autre vocation que de susciter

cette lumière sur le visage de ceux qui l’entourent ».

« La marche exigeante permet des temps de silence pour

soi et aussi pour rencontrer les autres autrement. Que

de belles rencontres vraies, profondes ! Levers de soleil,

nuits pleines d’étoiles, quelle merveille que la création !

J’aime cette simplicité des Touaregs et de leur vie qui nous

fait oublier le « matériel » souvent étouffant. Je suis très

heureuse de cette merveilleuse aventure

».

Découverte aussi des traces de Charles

de Foucauld avec la « Frégate » son

ermitage, le « Bordj » où il est mort et

qu’il avait construit pour protéger la

population pendant la guerre de 1914.

De retour à Alger nous sommes accueillis

chez les Pères Blancs, par le

Frère Jan et le Père José Maria. C’est la

« vie de château » dans des lits et avec

des repas. Diverses rencontres, dont le

pasteur protestant et Monseigneur Bader,

le nouvel archevêque d’Alger. « Ici

toute l’Eglise et toutes les forces de

l’Eglise sont au service de la population

algérienne ! » nous dit-il.

L’Algérie et son peuple n’auront jamais

fini de nous surprendre et de nous

bousculer.

21


ACTUALITÉ DES DIOCÈSES

D

Diocèse de Laghouat-Ghardaïa

« Dans le désert, je cherche ta face »

Pèlerinage au désert des étudiants subsahariens

u 21 au 26 mars, une trentaine de personnes, majoritairement étudiants et Africains subsahariens,

sous la houlette du Père Anselme Tarpaga, Père Blanc, ont rejoint Timimoun, dans le sud algérien,

pour un temps de pèlerinage à la recherche du visage du Seigneur. Une des participantes raconte.

L’accueil chaleureux du responsable du camping et de son personnel nous mit très vite à l’aise. La petite distance

séparant les dunes du camping « la Rose des Sables », nous permit d’apprécier le silence impressionnant

du désert et l’immensité du grand erg occidental.

Notre rencontre débuta par une prise de contact entre les participants, afin de faire plus ample connaissance

et d’évaluer notre diversité (notamment au niveau des nationalités). Le Père Anselme nous présenta ensuite le

reste des activités : temps de prière (avec les psaumes), exploration des personnages bibliques ayant traversé le

désert (Abraham, Moïse, Elie et Jésus) animées par le Frère Bernard et le Père José Maria, temps de méditation

dans le silence, moments de partage, sans oublier, bien sûr, les repas. Les journées passées au camping se déroulèrent

de façon harmonieuse, chacun de nous donnant un peu du sien, certains un peu plus que d’autres…

Le mardi qui suivit notre arrivée, la

marche tant attendue à travers le

désert, à dos de dromadaire pour

certains et à pied pour d’autres, arriva

et, avec elle, des expériences toutes

nouvelles : découverte des dunes

de sable, sensation d’une présence

spirituelle lors de l’isolement dans

le silence, dépassement de ses limites

autant physiques que spirituelles,

sensation profonde de vulnérabilité.

C’était extraordinaire de constater à

quel point l’on pouvait se sentir tout

petit et du coup tellement impuissant

face à l’immensité de cette étendue sablonneuse,

cette merveilleuse création

de Dieu qu’est le désert. Quand vint

la nuit (la seule passée en dehors du

camping), épuisés par la marche mais

rassasiés par la richesse spirituelle de

la randonnée, ce fut sur une belle dune

que se déroula la prière du soir. Les

Marche des étudiants à travers le désert

heures qui suivirent furent consacrées au dîner et à un grand moment de détente autour d’un magnifique feu de

bois : exactement comme un soir ordinaire dans nos villages africains. Tant de vieux souvenirs enfouis au fond

de nous resurgirent, nous offrant ainsi l’opportunité de revivre, tant soit peu, l’atmosphère de ces jours heureux

restés jusque là nostalgiques !

Le lendemain, ce fut le chemin de retour vers le camping avec des arrêts au niveau des oasis, pour la découverte,

l’exploration, le repas, la sieste et le partage. La dernière journée au camping fut marquée par un débat à

propos de la marche de Jésus à travers le désert, sa vocation et la vocation de chacun de nous. Le soir, avec l’arrivée

du Père-Evêque Claude, il y eût encore une belle célébration eucharistique suivie d’un moment de louange

et d’adoration qui fut le dernier moment fort de la session. Une activité toute nouvelle et bien accomplie !

d’après le témoignage de Carine Tandzi

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Diocèse d’Oran

Pentecôte à Oran

L

a tradition est bien rodée : l’avant-veille de Pentecôte, Notre-Dame de Santa Cruz accueille les chrétiens

d’Oranie et leurs amis. De Tiaret, Tlemcen, Sidi Belabbès, Mostaganem, les étudiants sont venus en bus.

L’Afrique reçoit le reste du monde. Mais on regrette l’absence des Philippins et de quelques autres

travailleurs expatriés qui n’ont pas pu quitter leur chantier.

La messe est présidée par Mgr Georger, assisté de Mgr Teissier. Grâce à la chorale des étudiants, les

mots des Psaumes prennent enfin tout leur

sens : Criez… Dansez… Cris de peine d’une

humanité souffrante (Fumu kokolo, ndula

ngemba… Seigneur, prends pitié), cris de joie

d’une jeunesse enthousiaste, incapable de

chanter sans que le corps entier prenne

part à la danse de la vie. « C’est dans ces cris

sans voix de la prière que s’ouvre l’espace de

Dieu », écrit J.-B. Metz (Memoria passionis,

p. 98). En écoutant le chant de la soliste

après la communion, on comprenait peutêtre

comment d’autres Africains, du côté de

la Nouvelle-Orléans, ont créé autrefois leur

propre musique avec les mots de la Bible de

tous.

A la Pentecôte, le cri de l’Église est un

impératif : Viens ! Viens, Esprit créateur. Viens,

Esprit de sainteté. J’aime à penser qu’en

montant vers le ciel, il se mêle à celui de Sidi

Abdelkader al-Djilani dont les Oranais font

Criez pour le Seigneur, dansez pour Lui

Notre Dame de Santa Cruz accueille les chrétiens d’Oranie

mémoire sur le plateau du Murdjadjo au-dessus de Santa-Cruz et qui commençait ainsi un de ses poèmes :

Viens ! Viens ! Mon cœur t’en supplie et aspire à l’émoi

de s’incliner devant Toi !

Viens ! Viens ! Que par ton secours

notre argile se pétrisse de Ton Amour.

Viens ! Viens ! Notre moisson fut trop cruelle

et trop fertile en tristesses du cœur.

Après le pique-nique ensoleillé, on revient dans l’église. On écoute d’abord la chorale de Saint-Eugène. Puis les

étudiants nous offrent une première. A l’initiative de ceux de Tiaret, une chorale inter-cités s’est mise en place. Ils

sont cinquante dans le chœur, dix de chaque ville universitaire, impeccables dans leur tenue noire et blanche. Ils ont

coordonné leurs répétitions à distance et se produisent ensemble pour la première fois, associant le chant choral,

celui des solistes et la chorégraphie ; je ne m’en serais pas douté si on ne me l’avait pas dit. Ils peuvent être fiers de

ce qu’ils ont créé et qui va sans doute bien au-delà de la production d’un disque.

Mais d’autres absents se rappellent discrètement à notre souvenir. Je suis à la tribune. Sur trois colonnettes de

la balustrade, je remarque des inscriptions en chinois que je photographie pour les faire lire à des personnes

compétentes. Ce sont les noms et prénoms de trois chrétiens chinois qui sont passés par là récemment.

Travaillent-ils sur le chantier de l’autoroute, sur celui du stade ou à la construction de quelque autre grand

bâtiment Qu’ils soient remerciés pour nous avoir rappelé leur présence.

Au registre des peuples, le Seigneur écrit : « Chacun est né là-bas. » Tous ensemble ils dansent et ils chantent : « En toi toutes

nos sources ! » (Psaume 87)

Jean-Louis Déclais

CTUALITÉ DES DIOCÈSES

23


ACTUALITÉ DES DIOCÈSES

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Diocèse d’Alger

Pèlerinage des laïcs à Tibhirine

L

e vendredi 28 mai 2010, le conseil pastoral a donné rendez-vous aux laïcs du diocèse, pour un pèlerinage à

Tibhirine. Ce pèlerinage fait écho à une tradition dans le diocèse, à l’époque ou les moines accueillaient les

familles un week-end fin mai pour deux jours de rencontre et de prière. La fin mai est aussi la période où

nous célébrons l’anniversaire de leur disparition.

Une petite équipe du conseil pastoral était chargée d’organiser cette journée. Nous étions une bonne centaine. Après

l’inscription, nous allons à la chapelle pour un temps de prière, afin de confier notre journée à Marie. Monseigneur

Bader, qui nous a accompagnés toute la journée, nous a envoyés en pèlerins sur les pas des moines. Des paroissiens

venant de Tizi-Ouzou nous ont rejoins et nous avons pris la route à bord de quatre bus.

En arrivant, le Père Jean-Marie Lassausse, les ouvriers de l’exploitation, et les sœurs de Bethléem étaient là pour nous

accueillir et nous inviter à la chapelle du monastère, où Jean-Marie nous a présenté le monastère et la vie des moines

dans ce lieu, au milieu de ce monde rural, en terre d’islam. Il a particulièrement évoqué le frère Luc, le moine médecin

de la communauté trappiste qui, à travers ses compétences, s’est mis au service de la population avoisinant le monastère,

répondant à ses besoins de jour comme de nuit dans un esprit de service et d’accueil de l’autre.

Après un temps de prière sur les tombes des moines, nous nous sommes retrouvés en petits groupes de partage

dans le jardin du monastère. La lecture de Rm 5,1-5 de la liturgie du dimanche suivant, nous invitait à réfléchir et

partager, à travers une question qui nous était posée : « Comment le témoignage des moines, ici à Tibhirine, nous

interpelle-t-il dans notre vie de laïc chrétien pour vivre notre foi et notre vie chrétienne ici en Algérie, au milieu de ce

peuple musulman » Dans notre groupe, nous avons retenu trois mots :

- Amour, qui nous semblait le mot exprimant le mieux ce que les moines ont tenté de vivre et particulièrement dans

leur relation avec leurs voisins et tous ceux qui passaient au monastère.

- Communion, qui voulait exprimer cet échange, jusque dans le dialogue et l’écoute de la foi de ceux qui leur étaient

proches et qui a nourri leur propre recherche de Dieu.

- Fraternité, qui exprime à la fois cet Amour offert à travers la communion échangée et qui nous rappelle que nous

sommes enfants du même Père.

L’heure du repas ayant enfin sonné, le jardin nous a permis de profiter d’un bon pique-nique, apporté par chacun, mais

surtout de poursuivre le dialogue commencé dans les petits groupes.

Les jeunes filles du village, qui travaillent à l’atelier de broderie animé par Sœur Berta, avaient aussi préparé une salle

d’exposition-vente. Chacun a pu admirer et acquérir quelques chefs-d’œuvre de broderie, ou de la confiture de Tibhirine,

ou bien des pains d’épices ou des loukoums.

Nous avons débuté l’après-midi par un long

temps de prière silencieuse devant le Saint

Sacrement, qui a été suivi par l’Eucharistie

où nous avons célébré la fête de la Trinité,

célébrée le dimanche suivant.

Et voilà, chacun a repris le bus et nous

redescendons de la montagne… vers nos

vies ! Le cœur empli de cette journée

passée à la lumière de la vie des moines, et

le désir d’approfondir et chercher celui qui

nous réunit pour que nos vies soient des

vies en abondance !

Anne Boutin


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Diocèse de Constantine et Hippone

Faire Eglise dans l’aujourd’hui d’un peuple

Rencontre diocésaine à Constantine

«

Faire Église dans l’aujourd’hui d’un peuple » fut le thème de notre habituelle rencontre diocésaine de printemps,

mi-avril avec cinquante à soixante-dix personnes. Nous commencions par entendre quatre témoins

nous dire comment ils articulaient leur présence dans le pays et leur place dans l’Église : un algérien, une

religieuse sri lankaise, une épouse d’Algérien et un étudiant africain. Après le pique-nique partagé , une autre

plongée dans le réel : Gérard de Belair nous présenta l’évolution du pays et notre évêque celle de notre Église locale.

Ce fut ensuite au tour de Jean Toussaint, prêtre d’Alger, de nous aider à dégager la signification de notre vécu. Il nous

a d’abord fait relire les étapes antérieures de

la réflexion diocésaine : il dégageait un des

sens du mot communion signifiant charge ou

devoir. Appel à sortir d’un face à face stérile

entre religions car tout homme est appelé à

la sainteté, ici et maintenant ; appel qui sera

accompli dès que tous auront entendu le

mot : heureux. Toute personne qui vit la rencontre

avec l’autre en vérité est elle-même

un signe efficace, un sacrement. On peut aussi

résumer la raison d’être ici, sur une terre

d’islam, par le mot présence … à l’Esprit de

Dieu, présence active, cadeau.

L’Église vit les évolutions du pays et des phénomènes

nouveaux qui posent aujourd’hui de nouvelles questions : Comment faire Église dans la nouvelle diversité

Pour prendre un peu de recul, J. Toussaint illustre son propos en nous décrivant la problématique de l’Église du Cambodge,

contrainte de fonder sa communion sur la réconciliation des anciens ennemis et d’inventer sa propre manière

de faire Église dans son peuple. Avec trois moyens : célébrer dans la langue du pays, transmettre la foi dans la langue du

pays et manifester l’amour du Christ.

Quelques questions furent posées à l’assemblée qui y répondit en carrefours concluant l’après-midi : Comment sentons-nous

ce qui travaille le pays intérieurement A quoi cela nous appelle Quelles conséquences dans notre façon

d’être

Le lendemain, J. Toussaint fait le lien entre les questions posées et les différents éléments de réponse. Il s’appuie sur

les Actes des apôtres : « Annoncez au peuple toutes les paroles de vie ». Nous avons formulé des Paroles de vie parce

qu’en résonance avec le mystère du Christ ; Paroles d’Incarnation : « Choisir de rester »... ; Paroles de Passion : « Inutilité,

inquiétude, racisme, marginalisation » … « Cailloux lancés » devenus « Pain partagé » ; Parole de Résurrection : «

Mon jardin a fleuri » … « Je suis plus Algérien qu’avant ».

Faire Église signifie que chacun joue sa partition et écoute celles des autres. Jean s’appuie sur l’image de l’évangile du

jour : la pêche miraculeuse de cent cinquante-trois gros poissons et « pourtant le filet ne se déchire pas » (pas de

division). Nous ne formons pas un îlot à part, protégé des tensions qui peuvent diviser l’Église universelle. Nous ne

sommes pas dispensés de la tâche de construire des ponts.

Faire un pas pour franchir les frontières est un progrès pour l’humanité. Nous avons un devoir d’espérance. Mais avec

une clé d’interprétation : Jésus tout petit qui se donne à tous pour la paix, l’amour du prochain, la réconciliation. Ces

journées se sont conclues par deux signes de partage : l’eucharistie du samedi à midi, suivie du couscous préparé par

Myriem. Merci à tous ceux qui ont contribué à leur réussite.

Odile Schliesendinger & Jean Marie Jehl

ACTUALITÉ DES DIOCÈSES


DES LIVRES A LIRE

J

acques Keryell, qui nous avait déjà donné plusieurs livres sur Louis Massignon

et un ouvrage sur Afîf Osseïran, prêtre libanais d’origine chiite,

vient, grâce aux éditions Geuthner, de nous apporter son témoignage,

plein de ferveur et de souvenirs personnels, sur cette chrétienne égyptienne

exceptionnelle que fut Mary Kahîl (1889-1979), cette « grande

dame d’Egypte », comme il l’écrit, que J. Keryell a connue pendant ses années de vie au

Moyen Orient. On sait que cette chrétienne, née d’une grande famille grecque catholique

d’origine syro-libanaise, entra en amitié spirituelle avec Louis Massignon en 1934

et fut la première personne associée à la Badaliya, association mystique fondée par

Massignon pour rassembler ceux des chrétiens qui avaient vocation à vivre une solidarité

spirituelle de « substitution » avec les musulmans et le monde musulman. Jacques

Keryell nous aide à découvrir non seulement la place tenue par Mary Kahîl dans la

naissance et le développement de la Badaliya jusqu’à la mort de Massignon (1962),

mais il nous fait rejoindre aussi tous les autres chantiers humains ou apostoliques

dans lesquels Mary Kahîl déploya son énergie multiforme : le mouvement féministe

égyptien avec Houda Chaaraoui, dès les années 20 du siècle dernier ; la communauté

melkite d’Egypte avec Maximos IV dont on connaît le rôle à Vatican II ; Mgr Medawar

et le P. Aid, à qui Mary Kahîl donna Notre-Dame de la Paix au Caire, l’église melkite

où Massignon fut ordonné prêtre ; les écoles de Haute Egypte avec le P. Ayrouth ; les

initiatives du mouvement oecuménique au Moyen Orient ; l’Association Dar es-Salam

et la fraternité islamo-chrétienne Ikhwân es-Safa ( les frères de la pureté ) avec Massignon

et le P. Anawati, etc… Mais au-delà de ces chantiers premiers, Jacques Keryell

nous fait aussi découvrir bien d’autres amitiés de Mary Kahîl, à travers de nombreuses

lettres ou des témoignages, comme les liens personnels de M. Kahîl avec des personnes

aussi différentes qu’Oum Kalthoum, la star égyptienne de la chanson, … et le P.

Voillaume, au moment de la fondation en Orient des petits frères et des petites

sœurs de Jésus.

+ Henri Teissier

Mary Kahîl

une grande dame d’egypte

Jacques Keryell,

Paris, Geuthner, 2010, 233p.

puisque mon coeur est

mort

Maïssa Bey

Roman, Alger Editions Barzakh, 2009

Paris aux Editions de l’Aube,

U

ne douleur. Ce n’est pas un roman, c’est une douleur

nue que Maïssa Bey nous donne à lire au fil des chapitres

de son dernier ouvrage, cinquante feuillets détachés

du cahier – couverture blanche, réglure Seyes

– où une femme, où une mère tisse les mots qui la

relient à son fils unique, assassiné un soir en rentrant chez lui. Ya

M’ma, ya Yemma !

Saisi dans l’intimité de cette femme divorcée, cultivée, qui doit

trouver sa place entre la tradition et la liberté, entre l’oubli et la

vengeance, entre la vie et la mort, le lecteur touche au cœur de

notre humanité, de la souffrance et de la haine, dans l’intensité

brûlante de l’actualité algérienne.

Maïssa Bey, dans la pure simplicité de sa langue, laisse bruire ce

texte fulgurant des mille voix de « celles qu’[elle] ne pourrai[t]

toutes nommer », ces femmes à qui elle le dédie, mères, filles,

amantes ou sœurs qui se veulent libres, libres dans leur deuil, leur

solitude ou leur amour.

« Maintenant, je ne veux plus faire semblant. Que m’importent

l’opprobre, l’exclusion Je n’ai plus rien à perdre puisque j’ai tout

perdu. Puisque mon cœur est mort. »

Mathilde Cazeaux

26


prêtre en algérie

40 ans dans la maison

de l’autre

Préface de Mgr Henri Tessier

Bernard Janicot

Karthala, 2010.200p

U

n proverbe chinois dit : « N’écris pas de livre avant d’en

avoir lu mille... » Bernard Janicot, prêtre du diocèse d’Oran

et lecteur passionné, nous présente son premier livre.

Dans une langue simple et précise, il dresse un portrait

de quarante ans de vie dans la maison de l’Autre, au sein

de l’Eglise d’Algérie qu’il aime, dont il partage la vie avec de petites

communautés religieuses de sœurs et de frères, dans un pays où on a

pu dire, dans les années mille neuf cent quatre vint-dix, que la vie et

l’Algérie sont incompatibles. Bernard Janicot est directeur du CDES

(Centre de Documentation Economique et Sociale) et son témoignage

de la présence de l’Eglise en milieu universitaire à travers les bibliothèques

occupe une place importante dans son livre. Un livre plein de

citations d’évêques d’Algérie, de moines ou de théologiens, de témoignages

croisés d’inoubliables rencontres avec ses amis musulmans, et

ce regard que l’Autre porte sur nous-même, sa façon de voir et de

sentir le monde à travers la foi, la formation, et l’enseignement qu’on

peut tirer des rencontres avec l’Autre. Un témoignage plein d’amour

et d’espérance pour les chrétiens et les musulmans de ce pays.

Tania Felfli

DES LIVRES A LIRE

C

e recueil de textes de Gabriel Piroird, ancien évêque de

Constantine, offre quatre exemples de sa lecture de la Parole

de Dieu dans l’Algérie des années 90.

Le premier de ces textes - Quel temps pour notre Eglise

– nous donne une clé de lecture de la vie de Jésus

et de la première Eglise dans les écrits de saint Luc. Nous

sommes invités à chercher et analyser le temps de notre Eglise en

Algérie, et découvrir de nouvelles pistes sur le mode de sa présence

aujourd’hui. Les trois textes suivants - Sois sans crainte, petit troupeau

; Notre-Dame de l’Attente ; et Entre la violence et la douleur :

la patience ! – ont été écrits dans le climat de violence qui montait

dans le pays de 1988 à 1997. Ces quatre exemples sont clôturés par

une présentation de la manière de lire l’évangile d’Antoine Chevrier,

fondateur de l’œuvre du Prado, en banlieue de Lyon (France) dans la

deuxième moitié du dix-neuvième siècle. Une lecture spirituelle, imprégnée

d’amour pour l’Eglise, attentive et personnelle, encourageant

à pousser plus loin notre réflexion. Ce livre peut nous ouvrir à des

lectures des Ecritures propres à notre vie ici aujourd’hui.

Je retiens cet objectif qui guidait Antoine Chevrier et que Gabriel

Piroird nous partage : « Suivre Notre Seigneur Jésus Christ de plus

près pour me rendre plus capable de travailler efficacement au salut

des âmes ».

Jesus Leon Blanco (SJ)

Servir

l’œuvre

de Dieu

en Algérie

Mgr Gabriel Piroird

Parole et Silence, 2009,

27


TRois mois en bref

28

Chaouïa de cœur. Germaine Tillion

Un parcours exceptionnel. L’ethnologue, la résistante

et l’humaniste n’a pas fini de faire parler

d’elle avec toujours son lien unique avec l’Algérie.

Un colloque international est programmé du 26

au 28 mai, organisé par l’université Bretagne Sud,

en partenariat avec le réseau scientifique Terra

et l’Institut Maghreb-Europe (université Paris VIII).

Plusieurs chercheurs algériens sont associés à

ce colloque : Ouanassa Siari Tengour du CRASC

(Oran), Djemaâ Djoghlal, Madjid Merdaci (Constantine)

et Ali Benali Zineb (Paris VIII). Et parmi les

intervenants de France, Augustin Barbara, professeur

de sociologie à l’université de Nantes. El Watan,

22.IV.2010

Batna . Les enfants découvrent le

théâtre

Les enfants et les écoliers ont « pétillé » de joie,

le 23 avril, au TRB (Théâtre Régional de Batna),

en savourant la générale de « Ali Baba el kabir »,

une pièce adaptée et mise en scène par Fouad Leboukh.

Leboukh travaille sur l’interactivité avec

les enfants-spectateurs, histoire, dit-il, de « développer

leurs capacités mentales, d’améliorer leur

imagination et de les encourager à analyser et à

critiquer ». L’Est, 25.IV.2010

Femmes agressées à Hassi Messaoud

: 13 associations forment un

collectif de solidarité

Le Collectif défense et solidarité avec les femmes

de Hassi Messaoud est né. Chérifa Bouatta, membre

de l’Association pour la défense et la protection

des droits des femmes, a expliqué que la création

de ce collectif vient en réaction à l’agression

dont ont été victimes, début avril, à leur domicile,

des femmes venues à Hassi Messaoud pour y travailler.

« On n’est pas allés voir ces femmes car

elles ont peur de perdre leur boulot. Nous respectons

leur décision, mais réfléchissons sur les

mécanismes à mettre en œuvre pour leur venir en

aide » , souligne-t-elle, en se disant outrée que de

tels délits puissent se reproduire sans problèmes.

Pour rappel, en juillet 2001, des femmes vivant

seules dans le bidonville d’El-Haïcha dans la même

ville de Hassi Messaoud, avaient été violentées.

Le Soir, 26. IV. 10

La Transsaharienne en voie de parachèvement

L’axe principal algérien est terminé. Cette route…

projet symbolique de l’Union panafricaine, qui

s’étend sur plus de 4 600 km, est enfin sur la bonne

voie. La partie algérienne, qui s’étend sur 2 400

km, est prête, selon le ministre des Travaux publics.

La construction de cette route, qui reliera Alger à

Lagos, au Nigeria, via le Mali, le Niger et le Tchad,

permettra, souligne le ministre délégué chargé des

Affaires maghrébines et africaines, « d’édifier une

Afrique plus prospère, au service des Africains ».

El Watan, 27.IV.2010

Tizi-Ouzou. Black is beautiful

La beauté africaine dans toute sa splendeur était

à l’honneur les 13 et 14 mai. L’occasion : la tenue

de la première édition du Festival de la culture

et de l’expression de la beauté en Afrique subsaharienne.

Organisée par l’Union panafricaine des

étudiants stagiaires étrangers en Algérie (Upesea),

cette manifestation a drainé près de 300 participants

venus des universités d’Oran, Mostaganem,

Bejaïa, Blida et Tizi-Ouzou. Objectif : valorisation

des cultures et des traditions africaines.

El Watan, 16.V.2010

Ouled Djellal (Biskra). 2 000 actes

médicaux au profit des patients démunis

Des médecins algériens ont donné pleine signification

à la solidarité nationale en effectuant 2 000

actes médicaux gracieux à des patients lors des

journées médicochirurgicales d’Ouled Djellal, clôturées

le 15 avril. 80 spécialistes, conduits par le Pr

Benbouzid, orthopédiste à l’hôpital de Ben Aknoun

(Alger), ont effectué une centaine d’interventions

chirurgicales et plus de 1 900 consultations…

El Watan, 19.V.2010

Moines de Tibhirine : canonisés à

Cannes

« Des hommes et des Dieux ». C’est un grand film

humaniste que nous livre Xavier Beauvois : « Nous

nous retrouvons au Festival comme des frères,

et non simplement des professionnels venus présenter

un film », a-t-il dit avec un naturel confondant.

Sobhan Allah ! (Dieu soit loué !) Quot. d’Oran,

19.V.2010. Le film a obtenu à Cannes le Grand Prix

du festival.


29

Votre dossier n’est pas complet !

Chacun saura faire la part de l’humour et du sérieux dans l’histoire

contée ci-dessous, ou essaiera éventuellement de la reformuler en

termes théologiques. L’ouvrage dont ce texte est tiré a été présenté

dans le précédent numéro de Pax et Concordia. Il ne contient pas que

des histoires…

MÉDITATION

U

n catholique vient de mourir. Sa vie a été exemplaire. Il a été

à la messe tous les dimanches. Il sait même la chanter en

latin. Il s’est confessé chaque année. Il arrive le cœur léger

à la porte du paradis, sûr de son bon droit. Saint Pierre

l’accueille et consulte ses registres, puis l’ordinateur. Le

chrétien est bien enregistré. Tout semble aller pour le mieux.

Mais peu à peu saint Pierre fronce le sourcil, il semble chercher quelque

chose. Le catholique attend patiemment : on sait ce que c’est, l’informatique…

Au bout d’un moment, saint Pierre dit :

C’est ennuyeux, il manque quelque chose…

Ca m’étonnerait, répond le catholique, tout était en règle à mon départ !

Oui, mais je cherche, et je ne vois pas où est votre ami musulman.

Mon … quoi !!!

http://www.jesuites.com/ © Compagnie

Votre ami musulman, il n’est pas indiqué.

Mais voyons, pourquoi aurais-je un ami musulman

Saint Pierre répond : « Pour entrer au paradis, il faut amener votre ami

musulman… ». En voyant la tête scandalisée du catholique, il ajoute gentiment

: « Mais ça va sûrement s’arranger, attendez un peu sur le banc, à côté de la porte d’entrée. »

Hors de lui, le candidat éconduit s’assied sur le banc ; il fulmine. Quelqu’un d’autre attend aussi. Sans

le regarder, il s’exclame : « L’administration, ça ne s’arrange pas ! Voilà qu’il leur manque quelque

chose dans mon dossier ! » L’autre répond avec emportement : Moi c’est pareil, ils ne m’ont pas laissé

entrer ! L’informatique complique tout, c’était plus simple avant ! »

« C’est un scandale, il faut se plaindre ! » Il regarde son voisin. C’est un enturbanné brun et barbu

qui explique : « Tout était au point pour moi, je récitais mes cinq prières chaque jour, j’étais au premier

rang à la mosquée chaque vendredi

pour écouter le prêche, j’ai même été à La

Mecque, je ne comprends pas ce qu’il leur

manque ! » Lui aussi, il vient de se présenter

vainement au guichet…

Mais les voilà qui se mettent à discuter sur

les dysfonctionnements du monde moderne

! Ils parlent, ils parlent, chacun se met à

raconter sa vie à l’autre, son bon droit, ses

bonnes actions… Au bout d’un moment,

en baissant la voix, on raconte ses petits

écarts… ses petites infidélités…

Allons, tout cela finira peut-être par s’arranger…

In

Monastère de Mar Moussa Syrie, où demeure P. Dall’Oglio

http://www.jesuites.com/ ©

Mar Moussa el Habachi

Paolo Dall’Oglio, Amoureux de l’islam, croyant en Jésus,

Editions de l’Atelier, Paris, 2009, pp 167-168.


informations

CONDITIONS PRATIQUES :

Hébergement en conditions de camping,

participation de tous aux services (cuisine,

ménage, vaisselle).

Frais de participation de 1500 DA. Si c’est trop

cher, parlez-en avec votre aumônier.

Apportez votre ordinateur portable (si vous

avez) et vos draps.

Nombre de places limité à 30 - Priorité sera

donnée aux nouveaux et aux premiers inscrits.

De la vie commune

Du chant, de la prière

Des ateliers services

informatique, arts

plastiques, arabe,

découverte nature

Mais

que se passe-t-il à Skikda

Du 10 au 17 juillet 2010

SKIKNABA !

Inscriptions par mail à skiknaba@gmail.com

Versement des frais à l’aumônier de votre ville, avant la session

Comme un poisson dans l’eau,

Arrivez à Skikda


Ordinations presbytérales

Jose Manuel Vizcarra Gamero a été ordonné prêtre samedi 12 juin par

Mgr Desfarges, évêque de Constantine et Hippone, en la basilique Saint

Augustin d’Annaba. Pascual Cordova Garcia sera ordonné prêtre au Pérou

le 24 juillet. Nos deux frères de l’Ordre de Saint Augustin sont membres

de la communauté O.S.A. qui est au service de la basilique d’Hippone.



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Retraite des prêtres

La retraite des prêtres du diocèse d’Alger aura lieu du 13 au 17 septembre

et sera prêchée par Mgr Antoine Audo, évêque chaldéen venant de

Syrie. Elle est ouverte aux prêtres des autres diocèses. S’inscrire auprès

du P. Oumedjkane, evechealger@yahoo.fr.

Du 08 au 16 Aout 2010

Avancer avec d’autres dans la recherche de Dieu.

Par une prière basée sur le chant, le silence,

Intense méditation personnelle.

Aumônier national des étudiants

Sur proposition de Mgr Bader, les évêques d’Algérie ont nommé M. l’abbé

Jean-Paul Kaboré aumônier national des étudiants. Il travaillera en coordination

avec les autres délégués diocésains pour la Pastorale universitaire. Il

conserve ses autres fonctions.

Elargir l’espace de sa tente.

Découverte de soi et de l’autre

Service, expérience de vie communautaire

« Taizé, c’est trouver sa joie dans le bonheur de l’autre et dans la simplicité! »

Inscriptions : Par e-mail à l’adresse : taizeenalgerie@yahoo.fr

Frais de participation : 1500 DA à remettre à votre aumônier (en cas de difficulté financière, en parler avec lui)

Un accusé de réception sera envoyé avec les détails pratiques de la semaine

Attention nombre : de places limité à 120

Cadre Focolare de Tlemcen : "conditions de vie agréables mais simples avec participation à toutes

les tâches de la vie quotidienne !"

BIENVENUE, BEMVINDO, BIENVENIDO, MAR-HABA, WELCOME !!!

30

B : Chaque étudiant N

devra être muni de sa carte d’étudiant et de sa carte de séjour et s’engage à

demeurer dans l’enceinte du Focolare sans possibilité de sortie pendant toute la durée de la semaine.


Nouvelle Revue de Presse - NRP

Pendant plus de 50 ans, le Centre des Glycines d’Alger a fait paraître

régulièrement une Revue de Presse. Pour diverses raisons la parution

s’en est arrêtée au printemps 2009.

Une équipe, autour du Centre de Documentation Economique et

Sociale d’Oran, après concertation et accord des Evêques d’Algérie,

a décidé de prendre la relève et de publier une Nouvelle Revue de

Presse. Il s’agira pour l’équipe de rédaction de repérer et de mettre en

ligne une sélection d’articles parus dans la presse ou les revues algériennes

ou étrangères, traitant de l’Algérie sous les aspects sociologique,

économique, historique, culturel, juridique.

Il n’est pas impossible que cette sélection s’élargisse ensuite aux

autres pays du Maghreb, si des bonnes volontés surgissent.

Cette NRP est totalement « en libre service » gratuit ; pour la consulter,

la télécharger, l’imprimer, entrer sur le site : http // cdesoran.org

puis cliquer sur l’icône « Revue de Presse », et enfin télécharger les

numéros déjà disponibles. Si vous voulez la recevoir directement sur

votre boite électronique, envoyez un message à : nrpresse@yahoo.fr

Béthanie Tamanrasset

Connaissez-vous le gîte d’accueil de Béthanie à Tamanrasset

Situé à proximité de la chapelle du Père de Foucauld (la Frégate),

proche des communautés des petits frères et petites sœurs,

elle permet à tous ceux qui le désirent de faire une halte spirituelle

(retraite non accompagnée, temps de reprise) de quelques

jours, seul ou en petit groupe (3-4 personnes).

Si vous êtes intéressé par cette offre, n’hésitez pas à vous adresser

à la responsable de la maison d’accueil de Béthanie ou au

curé de la paroisse : Béthanie vous ouvre grand ses portes !

Maison de Béthanie, BP 77 Tamanrasset, bethanietam@yahoo.

fr , 029 34 49 91

Curé de la paroisse: 029 34 49 30

Session intensive d’arabe dialectal

Le Centre d’Etudes Diocésain « Les Glycines » à Alger

organise une session intensive d’arabe dialectal de 3 semaines,

du dimanche 12 septembre au jeudi 30 septembre

2010, tous les matins de 8h30 à 12h00 (sauf les vendredis

et samedis).

Cette session ne s’adresse pas aux débutants, mais à ceux

qui ont déjà des connaissances et souhaitent progresser, et

à ceux qui ne peuvent pas suivre les cours pendant l’année.

Renseignements et inscriptions : arabeclassdial@yahoo.fr

Possibilité de loger sur place, au Centre d’Etudes Diocésain,

glycinesced@yahoo.fr

Directeur de publication : Mgr Ghaleb Bader

Equipe de rédaction : Michel Guillaud, Dominique Lebon,

Marie-Danièle Ligouzat, Marie-Christine Rousseau

Coordinateur équipe rédaction : Michel Guillaud

Mise en page : Didier Lucas

Photos de couverture : Oran vu de Santa Cruz, et port

de Kristel

Editeur : ADA Association Diocésaine d’Algérie (numéro

d’agrément : n° 18, en date du 16 Novembre 1975

délivré par le ministère de l’Intérieur)

Dépôt légal : à parution

Flashage : RUBICUBE El Biar Poirson

Courriel rédaction :

paxetconcordia.redaction@gmail.com

Site ADA : http://www.ada.asso.dz

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سالم

عدد 3

وفاق

مجلة كنيسة اجلزائر الكاثوليكية

جويلية 2010

ملف

قسوس الجزائر

حوار

روح اإلنجيل في

لقاءاتنا مع

المسلمين

وجهة نظر

األدب الجزائري

المعاصر

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