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L’avenir de l’alimentation et des petits producteurs

Du point de vue écologique enfin, les qualités de cette petite agriculture

familiale polonaise méritent d’être soulignées et détaillées. Elle se caractérise

principalement par la partition de l’exploitation en quatre espaces fixes : terres

arables, prairies permanentes (consacrées soit au foin, soit au pâturage), jardin

vivrier et forêt privée. Sur les terres arables, des rotations généralement

quadriennales font alterner plantes sarclées, céréales et légumineuses : les

fertilisants organiques (fumier composté dans la majorité des cas) apportés en

tête de rotation bénéficiant l’année suivante à une céréale exigeante, l’année

d’après à une céréale plus sobre. Une culture intermédiaire de légumineuse (ou,

selon les ressources en fumier, une fourragère sarclée et fumée type rave), qui

complète la ration protéique (ou énergétique) du bétail tout en régénérant les

réserves d’azote du sol, permet la culture d’une troisième céréale en dernière

année de rotation. L’usage de fertilisants minéraux est restreint ou nul, selon les

moyens financiers disponibles pour leur achat et les ressources en fumier. Outre

une excellente complémentarité entre élevages et cultures, à travers des

transferts réciproques de fertilité (grâce au fumier) et de nourriture (les rations

animales sont auto produites par l’exploitation dans leur quasi-totalité), ces

rotations permettent de limiter fortement ou d’éviter les traitements

phytosanitaires grâce à l’alternance fréquente des cultures.

Catherine Darrot – L’agriculture familiale polonaise est durable

Ainsi, l’agriculture durable favorise « des pratiques […] privilégiant la complémentarité

entre productions animales et cultures (échanges de fertilité/nourriture), la fertilisation

organique, les rotations et associations culturales mutuellement positives, des

interventions douces et limitées au niveau du sol afin d’en respecter la vie microbienne. »

Elle utilise des variétés locales afin de valoriser la diversité de leurs capacités et valeurs

agronomiques (résistance aux maladies, période de production, diversité des produits) et

de leurs propriétés nutritives. Ces variétés non commerciales préservent l’autonomie du

producteur.

Qui dit vie, dit eau et terre, éléments essentiels à part l’air pour vivre.

L’agriculture a commencé à exister en combinant ces éléments, pour faire durer

la vie plus longtemps, en l’améliorant sans cesse. De l’agriculture vivrière, par

conséquent plus autonome et économe puisque restreinte en lieu et nombre, de

cette fonction purement nourricière on est passé à la fonction

“marchandisation”. [...] Puis la mondialisation, grand mot qui pourrait évoquer

les découvertes, les échanges, est devenue vecteur d’esclavagisme, de

concurrence, de spoliation, d’exploitation (non pas que l’exploitation n’ait pas

toujours existé, je fais des raccourcis très rapides). Et la folie des grandeurs, du

toujours plus s’est emparée du monde. Et là l’eau, la terre ne sont plus

devenues des éléments essentiels pour vivre, mais des accessoires pour des

profits et des parts de marché. La notion même de nourriture ne compte plus,

les paysans (ou paysannes) eux mêmes perdaient la notion de droits et de

devoirs, de respect de soi, de son travail, des autres, de l’eau et de la terre. [...]

Chantal Jacovetti – Eau et terre

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