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L’avenir de l’alimentation et des petits producteurs

Il y a des techniciens qui sont en charge de l’environnement qui veulent

travailler mais ils manquent de ressources pour aller voir les communautés. Il y

a aussi des techniciens qui ne visitent pas les champs, ne consultent pas les

communautés et basent leurs recommandations sur les dires de un ou deux

fermiers. C’est triste mais politiquement cela signifie qu’il y a des gens qui

occupent des postes pour lesquels ils ne sont pas formés.

Eugenio Antonio Diaz, République dominicaine

La recherche conduite par le gouvernement laisse peu de place aux petits producteurs.

Olivier Godinot note que « les productions atypiques, les modes de production extensifs

ou originaux, l’agriculture durable ou biologique sont laissés de côté par la recherche, qui

continue à inventer des machines de plus en plus grosses, des variétés de plus en plus

productives et des produits chimiques de plus en plus puissants, en contradiction totale

avec la situation de surproduction et de dégradation de l’environnement ». En ce qui

concerne la génétique animale et végétale, la recherche contribue à la sélection des

variétés et des espèces les plus productives en ne tenant pas compte d’autres critères

comme la diversité écologique ou la résistance. Martine Bégné est révoltée : « Au lieu de

contribuer à l’enrichissement du patrimoine génétique, la recherche en agriculture tue la

diversité des espèces et annihile la spécificité génétique d’une espèce adaptée à une

région. » Jose Alberto Cortes du Honduras et Juan Francisco Lemus du Salvador parlent

aussi de leurs inquiétudes à propos du manque de semences originelles face aux

semences transgéniques.

Quoi qu’il en soit, la promotion de formes alternatives d’agriculture peut venir de sources

différentes de celle des institutions. De nombreuses associations d’agriculteurs travaillent

pour développer une agriculture durable et biologique. Isabelle Deborde explique : « Je

travaille depuis 4 ans avec des éleveurs laitiers qui s’autorisent des pratiques différentes

au nom du respect de l’environnement et pour partager l’outil de production entre un

maximum d’agriculteurs. Ils démontrent que l’on peut produire mieux, créer de l’emploi

dans l’agriculture et faciliter l’installation de jeunes avec des systèmes peu coûteux en

gagnant aussi bien sa vie. »

[...] Un autre gros problème est la formation des futurs paysans. Les cours

d’agriculture biologique sont nouveaux et rares. De plus, ils tendent souvent au

développement d’une agriculture intensive, sur des grandes surfaces avec

emploi de phytosanitaires et d’amendements certes biologiques mais néanmoins

aussi dangereux que des intrants chimiques comme la roténone qui est un

insecticide puissant qui tue autant les prédateurs que les auxiliaires ! Il faut à

tout prix proposer une vraie éducation paysanne qui prenne en compte le statut

social du paysan et son rôle majeur dans la préservation et le développement de

la biodiversité.

La recherche et l’innovation telles qu’elles sont pratiquées sont aussi un frein au

développement durable. La recherche publique est clairement axée sur

l’agriculture intensive. Si les chercheurs veulent évoluer dans la hiérarchie de

l’INRA, ils doivent travailler sur des projets pour eux innovants comme les

biotechnologies ou la sélection de plantes adaptées aux intrants chimiques.

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