Aux sources du Jazz - Magazine Sports et Loisirs

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AUX SOURCES DU JAZZ

Chuck Berry, de son vrai nom Charles Edward Anderson

Berry (né à Saint-Louis, Missouri le 18 octobre 1926) est

un guitariste, chanteur et compositeur américain. En 2003,

Rolling Stone Magazine l'a classé 7 e meilleur guitariste de

tous les temps et 25 e plus grand chanteur de tous les temps.

LA MUSIQUE DE L’AME


JAZZ

AUX SOURCES DU

Texte : Magaly et Laszlo Mavilia

LA MUSIQUE DE L’ÂME

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Le jazz est un univers en expansion; de Ray

Charles à Amy Winehouse, il ne cesse de

changer et pourtant demeure unique: «Si le

rap excelle, le Jazz en est l’étincelle», déclarait

récemment le célébre chanteur MC Solaar.

Ce reportage vous propose de remonter aux

sources de ces étincelles qui ont mis le feu aux

poudres des conventions musicales et sociétales

de l’époque...

...Car la grande révolution du Jazz fut certainement

celle de nous faire écouter la musique

non plus avec les oreilles, mais avec tout

le corps. Et cela était totalement nouveau

pour les Blancs, dont la société reposait sur

des codes moraux et religieux extrêmement

austères. Même les Noirs étaient enfermés

dans leur carcan et la jeunesse afro-américaine

fit scandale, en 1958, lors de la sortie de l’album

de Ray Charles «Soul», qui mélangeait

Rythm and Blues et Gospel (chant religieux)

avec des paroles liées à la sexualité.

Une cadence

intérieure

Pour l’humoriste français Guy Bedos, le

Jazz est une cadence intérieure qui, comme

l’humour, ne s’apprend pas. «On l’a ou on

ne l’a pas». Et si les Noirs, à l’origine de ce

courant, l’on eu dès le 17 e siècle, beaucoup

de Blancs se sont «encanaillés» dans les

caves sombres et enfumées de la prohibition

et les clubs clandestins des années folles. Ce

fut certainement LA grande période du jazz,

où l’on savait danser et s’amuser avec une

candeur qui semble aujourd’hui disparue.

C’est entre les deux guerres que le Jazz a

connu son apogée, des années 1920 à 1945.

Dans un monde en crise et une Amérique

sans dessus-dessous, cette musique était

une libération, une bouffée d’oxygène et le

moyen le plus joyeux d’oublier les mauvais

jours. Du Cotton Club au Green Mill Cocktail

Lounge, célèbre repaire d’Al Capone,

Le Duke Ellington Orchestra.

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Duke Ellington, Dave Tough, Hot Lipps

Page, Billie Holiday, Ivie Anderson, Pee

Wee Russell, Johnny Hodges et Chuck

Berry, 1939.

mafia et bonne société américaine

se retrouvaient côte à côte

autour d’un verre de whisky

pour se laisser swinguer

jusqu’aux petites aubes. Tout le

monde dansait et buvait, les

femmes se mettaient à fumer et

ce fut la grande libération qui

présida à celle des années 60,

toujours guidée par la musique,

mais là ce fut au tour du Rock’n

roll, avec Elvis, puis du Rock

tout court, avec les Beatles.

C’est probablement pour cela

que cette musique fut interdite

à ses débuts, car la classe dirigeante

sentait bien à quel point

ces vibrations avaient le pouvoir

de changer jusqu’à l’âme

d’une personne. Mais revenons

à ces premières notes...

Le Cotton Club fut

le lieu de rassemblement

des plus grands

du Jazz lorsqu’il était

à son apogée.

Aujourd’hui, le club

mythique est toujours

ouvert au public.

C’est au Green Mill

Cocktail Lounge,

célèbre repaire d’Al

Capone, que mafia et

bonne société américaine

se retrouvaient

côte à côte autour

d’un verre de champagne

pour se laisser

swinguer jusqu’aux

petites aubes.

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The very

first Jazz

Paradoxalement, le premier

disque de jazz a été

enregistré, en 1917, par

une formation blanche ;

The Original Dixieland

Jazz Band.

Le Jazz est arrivé en Amérique au début

du 17 e siècle avec les premiers esclaves,

venant pour la plupart du Mozambique,

du Congo et de l’Angola. Bon nombre

d’entre-eux travaillaient dans les champs

où leurs maîtres appliquaient l’adage: «Diviser

pour mieux régner». Spoliés de leurs

familles, de leurs coutumes et de leurs

langues, les Africains n’avaient qu’un seul

droit: celui de chanter pendant leur travail,

car les grands propriétaires avaient

remarqués que cela favorisait la production.

Ainsi sont nés les «Fields Hollers»

(cris des champs).

En 1727, les Noirs eurent droit à leurs

propres églises. Ils reprirent d’abord les

traditions et le répertoire des Blancs mais,

vers la fin du 18 e siècle, ils commencèrent

à chanter les versets bibliques à leur manière,

faisant de ces prières ce qui allait devenir

le Spiritual ou Negro Spiritual, accompagné

souvent d’une danse appelée

«ring shout» (cri en cercle). Dans ces

chants, ils reprirent le fameux «répons»,

propre à la communauté blanche. Un

chant qui alterne entre le chanteur principal,

généralement le prêtre, et l’assemblée.

Du Blues au

New Orleans

Des champs de coton monta le blues, qui

évolua avec la migration des populations

noires vers les grandes agglomérations, à

la fin du 19 e siècle, où des groupes commençaient

à animer les soirées de la bourgeoisie.

A la fin de la guerre de Sécession,

de nombreux instruments ont été reconvertis

au Ragged Time puis au style New

Orleans ou Classic Jazz. C’était le temps

des grandes formations qui ont précédé au

premier enregistrement, en 1917, d’un

groupe qui allait faire sensation aussi bien

à l’étranger qu’aux Etats-Unis; The Original

Dixieland Jazz Band.

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De

New Orleans

à Chicago

La même année, le quartier de Storyville

fermait à la Nouvelle-Orléans, et

les musiciens noirs commencèrent à

quitter le berceau du Jazz pour New-

York, Kansas City, mais surtout Chicago

où se produisirent les plus grands

artistes de Jazz, comme Louis Armstrong

appelé aussi «Satchmo» en référence

à «satchelmouth» qui veut dire

bouche-sacoche.

Pendant les périodes de crise et de prohibition,

entre les années 1920 et 1930,

Kansas City innovait en matière de

Jazz. Un style plus rapide fit son apparition,

le Kansas city style puis le Bebop,

porté par des artistes comme

Count Basie ou Charlie «Bird» Parker,

Dizzy Gillespie et Thelonious Monk.

Dans les années 30 le Jazz connaît également

un grand succès en France notamment

grâce à Django Reinhardt qui

inventa le jazz manouche; un mélange

de musique gitane, de musette française

et de swing. Malgré la perte de

deux doigts de sa main gauche, lors de

l’incendie de sa roulotte, Django Reinhardt

le gitan deviendra l’un des grands

guitaristes de son époque.

Malgré un terrible accident qui le priva des deux doigts de

sa main gauche, Django Reinhardt devient l’un des plus

grands guitaristes et fondateur du jazz manouche, un mélange

d’influences gitanes, de musette et de swing

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L’apogée

Pendant les années 35 à 45, le Jazz atteint son apogée

populaire, grâce à la radio et l’industrie du 45

tours qui connaît un succès fulgurant. Des clubs

de jazz s’ouvrent au public ici et là, le Cotton Club

fait des ravages avec Duke Ellington et son orchestre,

Louis Armstrong, Cab Calowen, Billie Holliday

et beaucoup d’autres.

Avec «Birth of the Cool», le trompettiste Miles

Davis, qui avait longtemps travaillé avec Charlie

Parker, cherche à revenir à une musique plus apaisée

et plus accessible. C’est la naissance du mouvement

«cool» qui connaîtra un succès particulier

auprès des musiciens de la West Coast, et dont l’un

des principaux représentants est le saxophoniste

ténor Stan Getz et le trompettiste Chet Baker. En

1959, Miles Davis crée une nouvelle fois l’événement

avec Kind of Blue qui pose les fondements

du jazz modal où la structure harmonique des

morceaux était encore beaucoup plus libre qu’auparavant,

ne se basant que sur quelques accords de

piano et de basse. Le reste n’était qu’improvisation.

Cab Calowen.

Chet Baker.

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Billie Holiday, de son vrai nom

Eleanora Fagan, née à Baltimore

le 7 avril 1915 est une

chanteuse de jazz américaine

considérée comme l’une des

plus grandes chanteuses que le

jazz ait connu.

En 1933, John H. Hammond,

producteur pour Columbia, découvre

Billie dans un club où

elle chante par hasard.

Billie chante également avec

Duke Ellington, elle devient dès

lors l’une des vedettes du jazz

new-yorkais, ses disques avec

Lester Young se vendent bien et

Billie chante bientôt avec le

grand orchestre de Count Basie.

De Billie Holiday, Frank Sinatra,

qui l’admirait tant, retiendra

sa décontraction. Il est devenu

l’un de ses amis les plus proches

à la fin de sa vie.

Jamesetta Hawkins, dite Etta

James, née à Los Angeles en

1938, est une chanteuse américaine

de jazz, soul et rhythm

and blues. Sa carrière s’étend

sur six décennies. Etta James

a remporté six Grammy

Awards et dix-sept Blues Music

Awards .

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Dee Dee Bridgewater, de son vrai

nom Denise Eileen Garret, née à

Memphis en 1950, elle grandit

à Flint (Michigan). Son père,

Matthew Garret, est trompettiste

de jazz. Denise est très tôt

baignée par le jazz. À 16 ans,

elle intègre un trio de rock et

rhythm and blues qui donne des

concerts dans le Michigan.

En 1971, Dee Dee Bridgewater

intègre l’orchestre de Thad

Jones et Mel Lewis en tant que

chanteuse. C’est alors que sa carrière

débute réellement, et elle

commence à chanter avec les

plus grands jazzmen du moment,

comme Sonny Rollins, Dizzy

Gillespie, Dexter Gordon.

Dès la fin des années 1980, elle

se retourne vers le jazz : elle

donne notamment un concert au

festival de jazz de Montreux en

1990 et interprète Carmen lors

de la création de la version jazz

de l’opéra, au festival Jazz à

Vienne en 1993.

Dee Dee Bridgewater est la

première Américaine à être

membre du Haut Conseil de la

Francophonie. En France, elle est

aujourd’hui chevalier de l’Ordre

national du Mérite, ainsi qu’officier

des arts et des lettres.


The Genius

Ce n’est qu’en 1947, après avoir traversé tout le pays

pour s’installer à Seattle, que Ray Charles commence

à se produire dans les clubs comme chanteur, avec sa

propre formation. C’est là qu’il rencontre Quincy Jones,

avec qui il se lie d’amitié. Après plusieurs disques sans

succès, il enregistre Baby, Let Me Hold Your Hand, qui

se place dans les premières places des R&B charts

en 1951. Il commence alors à forger sa personnalité

musicale, s’éloignant peu à peu de ses premières

influences, Nat King Cole et Charles Brown.

La légende était née, celle d’un des plus grands

chanteurs de tout les temps, qui a par ailleurs largement

œuvré pour la liberté de son peuple et la liberté tout

court. En 1961, the Genius est invité à se produire à

Atlanta, en Géorgie. Devant la salle, s’apercevant que

les Noirs n’ont pas le droit d’assister au concert, il

refuse de jouer. Il sera déclaré publiquement persona

non grata, jusqu’en 1979, où l’une de ses plus belles

chansons deviendra l’hymne national de l’état. Depuis,

Georgia on my mind demeure l’un des plus beaux symboles

de la liberté... for ever.

Le succès de Ray Charles n’a cessé de croître avec les

années. La sensibilité de sa voix, son énergie et le

style qu’il a créé ont fait de lui The Genius.

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