Eglise en Algérie n°14

eglise.catholique.algerie.org

Eglise en Algérie n°14

pax

concordia

Deuxième trimestre 2013 - n° 14

ISSN : 2170-1709

Revue de l’église catholique d’Algérie

Dossier : Églises d’Algérie

D.C.C. : Volontaires pour la rencontre

Jean-Paul Vesco évêque d’Oran

Lettre pastorale de l’évêque de Constantine

Acheter dans le commerce informel


03 éditorial et mot de la rédaction

L’unité, un chemin de conversion,

par P. Desfarges

05 église universelle

Brèves, collectées par D. Lebon

06 Année de la foi

Le cardinal Duval et le Concile, par Ch. Ray

Croire pour moi aujourd’hui, par Marie

09 Dialogue

DCC : Volontaires pour la rencontre,

par M.L. & R. Watier et Th. & C. Philippe

Le bonheur de la relation : un mois à N.D. de

l’Atlas à Midelt, par M. McGee

13 Que faire

Acheter dans le commerce informel

par H. Le Bouquin

23 église d’Algérie

Oran : Jean-Paul Vesco nouvel évêque

Constantine : Lettre de Mgr Desfarges

et renouveau de la basilique Saint-

Augustin

Alger : Colloque C.-R. Ageron

Ghardaïa : Arrivées et départ

P. Claverie et ses compagnons, par J.-J.

Pérennès

31 À propos de

La guerre au Sud

33 Des livres à lire

K. Berger et Ch. Ray, C. Rault

34 Trois mois en bref

35 Bloc-notes

et bulletin d’abonnement

15 Dossier

ÉgliseS d’Algérie

Ilario Antoniazzi nouvel archevêque de Tunis

Le Saint-Père a nommé l’abbé Ilario Antoniazzi archevêque de Tunis. Né en Italie, âgé de 64 ans,

il a été ordonné prêtre en 1972 pour le patriarcat latin de Jérusalem, où il a été curé de diverses

paroisses.

Le père Ilario succède à Mgr Maroun Lahham, dans un diocèse de 162.115 km², avec une population

de 10,5 millions d’habitants, dont 21.000 catholiques. Il sera ordonné évêque à Nazareth le 16

mars.

La cérémonie de son installation à la cathédrale de Tunis aura lieu dimanche 14 avril. Bienvenue

à Mgr Antoniazzi dans une Tunisie qui vit un grand tournant de son histoire depuis la Révolution

de décembre 2010 !


L’unité, un chemin de

conversion

La présentation d’un dossier sur les différentes Églises chrétiennes en

Algérie est un pari sur la confiance. L’histoire des relations entre nos

Églises comporte nombre de belles pages de collaboration dans le

témoignage pluriel d’une même Église servante, au sein de notre

peuple. Mais cette histoire comporte aussi des blessures, anciennes

ou récentes, des incompréhensions, parfois des suspicions. Or nous sommes

invités par le Seigneur lui-même à grandir en confiance, pour la crédibilité de

notre confession de foi. « Père, comme toi et moi, nous sommes uns, que tous

soient un pour que le monde croie que tu m’as envoyé » (Jn 17, 21). Il n’y a

pas unanimité entre nos Églises et peut-être à l’intérieur même de nos Églises

sur l’engagement œcuménique. Cependant le mouvement œcuménique fait

Mgr Paul Desfarges partie de l’identité de chacune de nos Églises. L’unité est un itinéraire, une

évêque de Constantine et Hippone marche en avant vers une communion de foi et de témoignage. Elle est une

grâce à recevoir, donc un chemin de conversion, dans l’humilité.

Le premier lieu qui nous est donné pour avancer ensemble est la prière et parmi toutes

les prières le Notre Père. Le Groupe œcuménique des Dombes a écrit un très beau

texte dont le sous-titre est le suivant : « Le Notre Père, itinéraire pour la conversion des

Églises » 1 . La prière chrétienne transforme ceux qui prient en vérité. Elle renforce ce

qu’ont à devenir ceux qui, par le baptême, sont enfants du même Père et frères et sœurs

en Christ.

Envoyés comme témoins du Grand Amour dont nous sommes aimés

édito

La prière nous centre ensemble sur notre Dieu et Père. L’Esprit filial qui nous fait crier :

Abba, petit papa, nous conduit sur un chemin de confiance et d’abandon. De cette

prière, nous nous recevons et nous nous accueillons frères et sœurs, envoyés comme

témoins du Grand Amour dont nous sommes aimés. Cette prière, en nous mettant

ensemble au cœur de notre identité chrétienne, peut nous éclairer sur les points de

conversion auxquels nos Églises sont appelées. La prière change aussi notre regard les

uns sur les autres et nous permet de voir et de reconnaître les richesses apostoliques

propres à chaque Église.

En outre, le "nous" du Notre Père rassemble bien au-delà du "nous" des confessions

chrétiennes. Aussi cette prière nous situe au cœur de notre vocation ecclésiale, de faire

signe, d’être sacrement de l’Amour du Père pour tous. En priant le Notre Père nous prions

pour notre peuple d’Algérie tout entier.

Le Notre Père confesse le don de l’unité en Jésus-Christ

Le « Notre Père » est un itinéraire exigeant de conversion. Cette prière confesse au

départ le don de l’unité en Jésus-Christ. Tout le mouvement œcuménique est le fruit

d’un don qui repose sur la certitude que l’unité est déjà donnée. Car notre unité c’est

Celui que nous confessons comme Seigneur, Fils bien aimé du Père, qui nous donne

son Esprit. Mais l’unité ne peut rester une notion purement intérieure. Elle appelle à un

engagement à suivre les appels de l’Esprit qui bouscule toujours nos frontières et nos

barrières habituelles.

+ Paul Desfarges

1

Groupe des Dombes, "Vous donc, priez ainsi". Le Notre Père, itinéraire pour la conversion

des Églises, Paris, Bayard, avril 2011.

pax concordia


Présentation de l’artiste

Mostefa Kamel Lastab est l’auteur des œuvres qui

illustrent les pages de couverture de ce numéro.

Il est né en 1982 à Ouled Djellal, dans la wilaya de

Biskra. Journaliste à Radio el-Bahdja, il est artiste

peintre autodidacte. Sa dernière exposition était

à l’automne 2012 dans une galerie de la rue

Didouche Mourad à Alger.

On peut le contacter à l’adresse suivante :

most.lastab@gmail.com

Les œuvres présentées en couverture

représentent la mosquée El Haloui El Choudi et

Tlemcen vue de Lalla Setti.

Trimestriel

éditeur : Association diocésaine d’Algérie (ADA),

n° d’agrément 18, en date du 16 novembre 1974, délivré par le

Ministère de l’Intérieur.

Adresse : Pax et Concordia, Archevêché d’Alger

13 rue Khelifa Boukhalfa, 16000 Alger-Gare

Dépôt légal : n° 2201-2010

Directeur de publication : Mgr Ghaleb Bader

équipe de rédaction : Dominique Lebon, Marie-Christine

Rousseau, Marie-Danièle Ligouzat, Michel Guillaud

Coordinateur de la rédaction : Michel Guillaud

Gérante : Marie-Danièle Ligouzat

Mise en page : Lamia

Courriel rédaction : paxetconcordia@gmail.com

Courriel abonnements :

paxetconcordia.abonnements@gmail.com

Site internet de l’église d’Algérie :

http://www.eglise-catholique-algerie.org

Le mot de la rédaction

Insensiblement, déjà avec le poster du dernier

numéro, et cette fois-ci avec l’abondance de matière,

nous voici passés à 36 pages au lieu de 32. Un numéro

plein comme un panier d’œufs de Pâques ! Espérons

que cela ne fera qu’augmenter votre plaisir de voir

arriver Pax et Concordia !

Dans la rubrique « Dialogue », vous trouverez deux

beaux témoignages de volontaires de la Délégation

Catholique à la Coopération. L’un d’entre eux, Raphaël

Watier, a beaucoup travaillé à la qualité de notre

revue et de sa maquette. Martin McGee, bénédictin

ami de l’Église d’Algérie, qui a déjà collaboré dans le

n°3, nous envoie cette fois-ci depuis son monastère

de Worth Abbey en Angleterre la relation d’un séjour

qu’il a effectué au monastère N.D. de l’Atlas… à

Midelt.

Depuis longtemps, nous souhaitions ouvrir une

rubrique ayant trait aux questions posées au

discernement chrétien dans la vie quotidienne,

questions d’éthique éclairées par la doctrine sociale

de l’Église. Grâce à Hubert Le Bouquin, cette rubrique

démarre dans ce numéro sous le titre « Que faire ».

N’hésitez pas à envoyer vos questions, et à partager

vos éléments de réponse.

Ne nous arrive-t-il pas souvent de parler de nous

catholiques en disant « L’Église d’Algérie » ! Puisse

ce dossier, que nous sommes heureux de pouvoir

présenter, non seulement nous informer sur les autres

« Églises d’Algérie », mais soutenir une dynamique

d’unité de notre témoignage.

Les nouvelles de l’Église d’Algérie nous font

notamment partager la joie de la fête d’ordination

épiscopale de Jean-Paul Vesco à Oran et une

présentation de la lettre pastorale de Paul Desfarges.

Une information nous est donnée sur le processus

en cours concernant le témoignage des 19 religieux

assassinés au cours de la décennie 1990. La rubrique

« À propos de » donne enfin quelques échos sur la

manière dont la guerre au Mali retentit parmi nous.

Vous remarquerez que nombre de photos dans ce

numéro sont proposées par Jean-Michel Chassine,

photographe de profession, qui est aussi curé de

Béjaïa ! Merci à lui et à chacun de sa contribution à

ce numéro !


L’Église en Arabie du nord

En raison du nombre toujours plus important

de travailleurs immigrés dans la région,

les structures de l’Église en Arabie ont

été modifiées en 2011. Les communautés

chrétiennes de Bahreïn, du Qatar et d'Arabie

saoudite sont passées sous la juridiction de l'Église

du Koweit. Elles forment désormais le vicariat apostolique

de l’Arabie du nord, qui compte environ 2,5 millions

de fidèles (de cinq rites et au moins douze langues). Le

siège du vicariat a été déplacé en 2012 au Bahreïn, plus

central, et parce que les autorités de Bahreïn accordent

assez facilement des visas aux catholiques étrangers, et

qu’il est donc plus aisé d’y organiser des rencontres diocésaines.

Brèves

sommet du pouvoir est juridiquement

légitime et incontestable.

C’est un fait absolument

nouveau. Et en cela il y a une leçon

pour l’Occident et une autre

pour les partis musulmans euxmêmes.

- Pour l’Occident : le Moyen-

Orient, et les pays arabes en

Mgr Lahham

général, ne sont plus les mêmes, et un retour en arrière

est impensable. La rue arabe a explosé et, alors que

les peuples arabes avaient toujours peur de leurs dirigeants,

actuellement ce sont les dirigeants qui ont peur

de leur peuple. Ce changement est d’une importance

extrême, et je ne sais pas si l’Occident en mesure toute

la portée. Il n’est plus possible ni permis de traiter avec

des dirigeants arabes despotes, de fermer les yeux sur la

violation des droits de l’homme sous prétexte de protéger

ses propres frontières contre l’immigration illicite ou

d’arrêter l’avancée des partis islamistes.

- Pour les pays arabes qui choisissent d’être gouvernés

par un Islam politique, ils doivent savoir que l’Islam politique

est modéré ou il n’a aucune chance de réussir.

Aucun pays, arabe ou non, ne peut plus vivre dans un

ghetto religieux ou politique. »

église universelle

Manama, capitale de Bahrein

Enfin, le 11 février 2013, le roi et son gouvernement ont

donné à l’Église un terrain pour la construction d’une

nouvelle cathédrale. Cette décision est critiquée par les

chiites, majoritaires dans le royaume, et par les médias

iraniens. Il faut dire que la famille royale d’obédience

sunnite a fait fermer ou détruire des mosquées chiites

pendant et après la révolte du printemps arabe qui a fait

plus de 80 morts.

L’Islam dans les sociétés arabes

Mgr Lahham, vicaire patriarcal pour la Jordanie,

a donné début 2013 à Paris une

conférence sur “le rôle des religions dans

l’évolution des sociétés arabes”. En voici

un extrait :

« La présence des régimes musulmans ou islamistes au

Benoît XVI : ce n’est pas nous qui

possédons la vérité, mais c’est elle qui

nous possède

Le 21 décembre dernier, dans un discours à

la Curie romaine, Benoît XVI, ayant rappelé

que « le dialogue des religions, condition nécessaire

pour la paix dans le monde, ne vise

pas la conversion, mais une meilleure compréhension

réciproque », a précisé que « la recherche de

connaissance et de compréhension veut toujours être

aussi un rapprochement de la vérité. Ainsi, les deux parties,

en s’approchant pas à pas de la vérité, avancent et

sont en marche vers un plus grand partage, fondé sur

l’unité de la vérité. » Et le pape de conclure : « Certes, ce

n’est pas nous qui possédons la vérité, mais c’est elle qui

nous possède : le Christ qui est la Vérité nous a pris par

la main, et sur le chemin de notre recherche passionnée

de connaissance, nous savons que sa main nous tient

fermement. »

pax concordia


Année de la foi

Le cardinal Duval et le concile Vatican II

25 janvier 1959. Le pape Jean XXIII annonce la

convocation d’un concile œcuménique 1 , qui se

tiendra au Vatican à partir d’octobre 1962. Léon-

Étienne Duval est depuis 1954 archevêque d’Alger,

au carrefour d’un monde colonial qui meurt et

d’un espace géopolitique et spirituel nouveau à

inventer. Il ne fait pas de doute qu’il sera conforté

par le Concile dans les deux axes forts de sa

pastorale : l’appel à la justice dans le monde et

l’ouverture aux non-chrétiens.

L’Algérie est alors en proie à la guerre, avec son

lot de populations civiles déplacées, d’attentats,

de jeunes appelés et de moudjahidines tués au

combat. L’unique préoccupation de l’archevêque

est de construire la paix entre tous les habitants de

ce pays, en accord avec les valeurs de l’Évangile.

Il vient de Savoie et a été nommé à Constantine

en 1947, deux ans après les « événements de

Sétif ». Lucide, il a eu très vite conscience que la

colonisation était arrivée à son terme et qu’un

nouveau régime politique devait voir le jour en

Algérie. Il désire ardemment une cohabitation

heureuse des trois communautés musulmane, juive

et chrétienne qui composent alors la population

d’Algérie, dans la justice et le respect de tous. Luimême

a une haute vision spirituelle de sa mission :

« un évêque qui ne se sentirait pas devant Dieu

responsable de toute la population de son diocèse

ne serait pas un évêque catholique ». Il est en

relation personnelle avec des religieux musulmans

avec qui il entretient des relations d’amitié et qui

lui donnent une connaissance réelle de la situation

de misère des populations musulmanes comme

de la beauté de leur spiritualité. Dès ses premiers

pas à Constantine, il a prévenu les chrétiens :

« l’injustice prépare la guerre ». En 1954, lors de

journées du Secrétariat social d’Algérie, il martèle :

« une révolution … est à faire. Il est urgent de la

faire. Révolution dans les cœurs. Révolution de

l’amour. »

C’est le thème constant de son enseignement, qui

s’appuie sur sa lecture assidue de saint Augustin :

1

C’est-à-dire rassemblant les évêques catholiques

du monde entier (NDLR).

« Pour moi, vivre c’est

aimer ». Il ne cesse de le

dire dans ses homélies :

« l’amour fraternel, pour

être vraiment chrétien,

doit être universel. La

charité, nous la devons à

tout homme. (…) qu’on

ne me dise pas que

l’amitié est impossible

particulièrement entre

hommes de conditions,

de races, de manières

de vivre différentes ! » (25 mars 1954).

L’annonce du Concile constitue un immense espoir

pour l’archevêque d’Alger. Il connaît ce pape

qui souhaite un renouveau de l’Église. Avant de

devenir Jean XXIII en 1958, le nonce Mgr Roncalli

avait rendu visite au diocèse de Constantine en

1950. Mgr Duval s’était alors senti profondément

soutenu dans ses positions en faveur de la justice.

À plusieurs reprises, pendant les années de guerre,

Mgr Duval sera reçu en audience et encouragé

par Jean XXIII. Celui-ci, en 1961, à un moment

particulièrement dramatique, lui adressera un

télégramme clair dans lequel il souhaite pour les

populations algériennes la « réalisation de leurs

légitimes aspirations dans la justice et la liberté ».

Entre 1959 et 1961, Rome lance une phase de

consultation des Églises du monde sur les sujets

que le Concile aura à traiter. Mgr Duval axe sa

réponse sur trois points : le rôle des évêques, pour

l’Église universelle. La promotion de la justice :

« La voix de l’Église, surtout à l’occasion d’un

concile œcuménique, doit retentir comme la

voix de la conscience de l’humanité en faveur en

particulier des pauvres et de tous ceux qui sont

victimes de l’injustice sous toutes ses formes… ».

Et la coopération avec les non-chrétiens « pour la

promotion de la justice, le témoignage de la foi

en Dieu, la défense de la morale, l’exercice de la

charité ».

Le Concile s’ouvre quelques mois après

l’indépendance de l’Algérie, où l’Église a pris,

avec Mgr Duval, une orientation résolument


« algérienne », au service de toute la population,

dont la majorité est musulmane.

Au Concile, Léon-Étienne Duval considère comme

une chance de se trouver parmi les évêques du

continent africain. À l’assemblée conciliaire, il

lance un message fort : « un nouvel ordre humain,

répondant aux conditions

actuelles, doit être

créé ».

À Alger, les laïcs

sont consultés,

notamment autour de

la préparation de la

constitution Gaudium

et Spes, sur l’Église

et le monde. Plus de

trois cent personnes,

qui viennent de vivre

un bouleversement

radical de leur Église

après le départ

de la majorité des

catholiques européens

nés dans le régime

colonial, participent à l’Assemblée générale à

Alger. Les catholiques restés ou ceux qui sont venus

en Algérie en 1962 sont désireux de participer

activement au développement de l’Algérie. Leur

évêque se rend à la dernière session du Concile

fort de leurs réflexions. Son intervention porte sur

le vice profond du commerce international par

lequel les nations riches deviennent toujours plus

riches, les nations pauvres toujours plus pauvres ;

la perversité intellectuelle et morale du racisme, les

risques majeurs liés à l’usage des armes nucléaires.

Et plus généralement, sur l’attention aux pauvres

et l’ouverture universelle à l’amitié.

Lorsque le Concile s’achève, en 1965, Mgr Duval

a presque simultanément reçu la nationalité

algérienne et été élevé au rang de cardinal. Un

symbole fort. Tout au long de ces années 1959-

1965, de l’annonce à la clôture, le Concile aura été

une grâce pour le responsable de l’Église d’Algérie.

« Le Concile aura été pour nous, dès la rédaction

du Message au monde, comme la reconnaissance

des efforts que nous avions faits ici pour ouvrir

nos communautés chrétiennes à la dimension

même de l’humanité. » S’il n’a pas participé aux

commissions du Concile, ses interventions ont

toujours été écoutées avec une grande attention,

notamment celles qui concernent les relations avec

© J.M. Chassine

les non-chrétiens. En 1967, il rédige un livre pour

faire connaître les enseignements de Vatican II 2 .

Pour Mgr Duval, le dialogue et la coopération

avec les non-chrétiens sont non seulement une

conséquence de l’appartenance commune à

l’humanité mais une obligation de la foi. Et le cœur

du dialogue, c’est

l’amitié. Il peut

d é s o r m a i s

s’appuyer sur

les textes du

Concile. La liberté

de conscience

est due à tout

homme, « elle

est l’expression

d’une conviction

chrétienne

profonde, car elle

est le respect de

l’action de Dieu

dans l’âme de nos

frères et dans leurs

communautés » 3 .

C’est le témoignage

spirituel qu’ont donné au monde les moines de

Tibhirine et tous les chrétiens morts par fidélité

et amour de leurs frères algériens pris dans la

violence des années 1990 et que continue de

donner l’Église en Algérie.

Panneau réalisé par Caleb Kodjidemba

Cinquante ans plus tard, au-delà des frontières

de l’Algérie, dans un monde déchiré entre

mondialisation matérielle et tentatives de replis

identitaires, plus que jamais, le message du Concile

et la voix d’un cardinal algérien prophétique

restent à entendre et à mettre en œuvre.

Christine Ray est l'auteur de :

Christine RAY

Le Cardinal Duval, un homme d’espérance en Algérie,

1984, réédité Cerf, 1998 ;

Christian de Chergé, prieur de Tibhirine, Albin Michel,

2010 ;

et (avec K. Berger) Toi, ma sœur étrangère, Algérie-

France, sans guerre et sans tabou, éd. Le Rocher,

2012.

2

Cardinal Duval, Laïcs, prêtres, religieux dans l’Église,

DDB, 1967.

3

idem p. 57.

Année de la foi

pax concordia


Année de la foi

Croire pour moi aujourd'hui

L’Église m’invite à vivre une Année de la Foi qui

est un temps de grâce pour moi et pour toute la

communauté.

Christ a cru en son Père jusqu’à la mort sur la croix.

Marie aussi me trace un chemin de foi depuis

l’annonciation jusqu’à la croix et la résurrection. Et

pour moi, qu’est-ce que croire aujourd’hui et ici

Au soir de la résurrection, Jean se penche sur le

tombeau ouvert et le texte de l’évangile dit : « Il

vit et il crut » (Jn 20,8).

Cette expérience, de

nombreuses personnes

l’ont faite après lui. Moi

aussi, puisque je suis là.

Elle est possible pour

tous. Cette capacité

de croire se trouve

en chacun de nous.

Cela devrait beaucoup

changer mon regard sur

ceux et celles autour de

moi qui ne croient pas

ou croient à autre chose :

ils peuvent croire. « Tout

homme a l’empreinte

de Dieu en lui » disait le

cardinal Duval.

L’histoire de l’Église m’apprend comment des

hommes et des femmes ont fait cette expérience

de la rencontre de Jésus-Christ. Saint Paul avait

beaucoup réfléchi, cherché, et sa droiture lui a

permis d’entrer dans ce qui lui arrivait et de voir que

c’était l’accomplissement de ce qu’il vivait. « Je ne

suis pas venu pour abolir mais pour accomplir », dit

Jésus (Mt 5,17). Paul avait en lui la capacité de croire

en Jésus-Christ, alors qu’apparemment rien ne l’y

prédisposait, puisqu’il persécutait les chrétiens. Cela

veut dire que cette capacité de croire est inscrite

dans le cœur de tout homme du fait de la création.

C’est aussi mon expérience personnelle, puisque

ce n’est pas seulement à partir d’une réflexion que

je suis devenue croyante. La foi au Dieu de Jésus-

Christ n’est pas mon héritage culturel, je ne l’ai pas

reçue dans mon enfance, mais c’est vraiment un

don gratuit de la part du Seigneur, qui consiste à se

laisser faire par la grâce et l’action de l’Esprit-Saint.

Vitraux d'une chapelle de l'Est algérien

Saint Augustin disait : « Voici : Tu étais au dedans

de moi, et moi au dehors et c’est là que je te

cherchais » (Confessions X, 27, 38). Sainte Thérèse

disait la même chose avec d’autres mots : « Il suffit

de se laisser aimer ». La foi est un mouvement vers

l’intérieur de soi-même, qui consiste à se laisser

aimer par Dieu qui est venu habiter chez moi le jour

du baptême. Il faut être pauvre pour accueillir Dieu.

Puisque la foi est une rencontre avec le Seigneur,

elle doit forcément changer ma vie, ma façon de

voir et d’agir envers le

frère dans le quotidien.

C’est un engagement de

ma part dans la vie de tous

les jours.

Il m’arrive parfois de vivre

dans la routine ou l’ennui et

je cherche des signes pour

continuer de croire. Que

m’est-il donné aujourd’hui

pour croire Depuis 2000

ans, des gens continuent

d’être attirés par Jésus

et les chrétiens restent

fidèlement enracinés

dans la Pâque du Christ.

Leur expérience de foi est

unique et ma foi s’appuie sur la leur, sur celle de

l’Église. C’est dans l’Église et avec l’Église que je

crois en Dieu le Père. Le jour du baptême, l’évêque

ou le prêtre pose cette question : « Que demandezvous

à l’Église » Et nous répondons : « La foi ».

Quand je dis : ‘je crois’, c’est l’Église qui croit, c’est

elle qui confesse la Trinité, c’est elle qui loue et qui

rend grâce. Je crois dans et avec l’Église.

Dieu m’accompagne à chaque instant par la

présence de l’Esprit-Saint. C’est lui qui va me donner

ces signes dans la prière, dans l’écoute de la Parole

de Dieu, ainsi que dans l’attention aux frères qu’Il

m’a confiés. Croire, c’est accueillir la présence de

Dieu dans mon quotidien.

Marie


Volontaires pour la rencontre

La Délégation Catholique pour la Coopération (DCC 1 ) est le service de

volontariat international de la conférence des évêques de France. Elle

est chargée d’accompagner les volontaires en les formant au départ,

en leur proposant des postes auprès d’organismes partenaires, en

suivant leur volontariat et en les aidant à une relecture au retour.

Actuellement, douze volontaires sont en Algérie - Laure et Benoît à

Constantine, Thibault à Ouargla, Catherine ainsi qu’Anne et Patrick à

Ghardaïa, Anne et Hubert 2 à Tibhirine, Anne, Claire ainsi que Cécile

et Thibault 3 à Alger. Marie-Laure et Raphaël 4 sont venus de novembre

2010 à octobre 2012. Ces quatre derniers nous livrent leur témoignage

de la rencontre du peuple algérien musulman et de l’Église d’Algérie.

Dialogue

Algérie, terre d’accueil

Ce qui nous frappe quand on arrive en Algérie, ce sont

les « Soyez les bienvenus » qui nous sont adressés

régulièrement dans la rue. Au-delà de cette attitude

verbale de bienvenue, certains poussent plus loin leur

proposition d’accueil. Il nous est arrivé plusieurs fois

d’être accueillis bien au-delà de cette phrase.

Ainsi, lors de notre première virée « touristique » dans

le sud, arrivés à Ghardaïa,

après avoir trouvé un hôtel

et rendu visite aux Pères

Blancs, nous partons en

direction du marché afin

de manger, il est presque

midi. Midi, oui ! Mais un

vendredi ! Au fur et à

mesure que nous avançons

vers la place, les vendeurs

de la rue marchande

ferment leurs étals.

Nous trouvons cependant

de quoi manger ; il nous

manque de l’eau et du pain. Nous nous installons près

d’une des nombreuses fontaines d’eau potable de la ville

pour pique-niquer. Un homme arrive à notre hauteur et

nous adresse la bienvenue. Il est pressé, c’est l’heure de

la prière, mais il prend le temps de nous demander ce

qu’il peut nous offrir. Voyant que nous n’avons pas de

pain, il nous propose de le suivre chez lui, à quelques pas

de là.

Après nous avoir installés tous les cinq dans la pièce des

visiteurs et nous avoir apporté du pain confectionné par

© Raphaël Watier

Partage du couscous de chameau

son épouse en cuisine, il nous laisse déjeuner et va à la

mosquée pour la prière. À son retour, nous prenons alors

le temps de discuter, d’essayer de comprendre ce que

nous représentons à ses yeux, touristes plein d’argent

ou simple rencontre d’un jour. Il nous redit plusieurs fois

que c’est Dieu qui nous a mis sur sa route et lui sur la

nôtre. Il faut prendre les choses comme elles viennent :

savoir accueillir et savoir se laisser accueillir. Il nous

invite à partager le couscous de chameau le lendemain

et nous prend en charge

pendant tout notre séjour !

Nous découvrons avec lui ce

qu’est l’accueil en Algérie,

totalement gratuit et tourné

vers l’autre.

L’accueil, nous l’avons aussi

vécu au sein de l’Église

d’Algérie. La communauté

chrétienne a été très attentive

à notre arrivée et cette

présence a été un élément

important de la réussite de

notre intégration rapide.

Peu après notre arrivée, nous avons eu la chance de

participer à un séminaire pour les nouveaux arrivants.

À cette session, nous étions de tous les continents et

nous commencions à percevoir le visage universel de

1

http://ladcc.org.

2

http://anneethubertploquin-dcc.over-blog.com

3

http://cecileetthibault.hautetfort.com

4

http://famille-watier-alger.blogspot.com

pax concordia


Dialogue

© Raphaël Watier

Fin de célébration aux Journées Algériennes de la Jeunesse

à N.D. d'Afrique

l’Église. Nous étions tous différents, de pays différents

et entraînés par une même mission, une même foi. Ce

visage universel, nous le vivrons pendant deux années,

en assistant à des messes aux assemblées variées

- dansantes avec les étudiants sub-sahariens lors de

messes de rassemblement, le vendredi à la maison

diocésaine avec les familles, ou encore en toutes petites

assemblées lors de nos visites dans les communautés de

l’intérieur - en partageant le repas avec des religieuses

de pays différents, en travaillant avec l’une ou l’autre

sœur du Chili ou du Canada, de l’Inde ou du Burkina.

Quelle richesse, que de rencontres !

Marie-Laure et Raphaël Watier

Une Église qui interroge

Une amie française, très

touchée par la fraternité

de l’Église d'Algérie, nous a

demandé si nous n'avions

pas l'impression de voir

enfin ici LA vraie Église du

Christ. Non, elle n'est pas

meilleure ou plus belle

ou vraie que l’Église de

France, mais elle est plus

à portée, plus concrète et

fraternelle. Nous avons été

marqués par l’attention

portée par chacun aux autres,

particulièrement aux plus isolés. Il se dégage une

certaine impression d’unité de vie, beaucoup essayant

de vivre comme chrétiens dans toutes leurs activités, y

compris le travail.

Cette Église petite et simple, nous en percevons en

quelques mois les forces vives et les caractères, les

difficultés et les richesses ; et surtout quelle place nous

y avons, quelles attentes étaient portées sur nous.

Nous avons tout particulièrement senti cela à travers

le temps offert les uns aux autres : des personnes que

nous n'avions jamais rencontrées nous demandent

comment va notre fils Basile, nous partageons le repas

après la messe à Belcourt, untel passe nous dire bonjour

au travail ou prendre des nouvelles... Mêmes les plus

occupés restent accessibles et proches. Ainsi, bavardant

avec notre voisin de table un jour, avons-nous découvert

qu'il s'agissait d'Alphonse, l'évêque d'Oran. Dans cette

Église, nous savons qui nous sommes et pourquoi

nous sommes là, jeunes chrétiens au milieu de jeunes

musulmans.

Dans ce contexte, la rencontre prend naturellement la

forme de l'amitié. Nous la trouvons certes plus difficile

à approfondir qu’en France, mais elle est au cœur de

tous les meilleurs moments que nous avons passé ici

jusqu’à aujourd’hui. Pour aller au-delà des simples labes,

hamdoullah, il faut accepter de renoncer à certaines de

nos illusions : une étudiante très ouverte et curieuse peut

se voiler et changer de discours du jour au lendemain ;

un ami peut quitter son travail pour des raisons qui nous

semblent obscures ; si ‘étudiant’ a signifié pour nous

liberté, autonomie et investissement associatif, il en est

tout autrement ici. Pour nos amis algériens, construire

cette amitié a toujours impliqué de braver des interdits,

exprimés ou tacites, et nous admirons beaucoup

cet engagement vis-à-vis de nous. L’impossibilité

d’organiser des activités le

soir, ou même après 18h

pour les filles, l’absence

de mixité dans la plupart

des lieux et des esprits

rendent compliquées et

ambigües les relations

garçons-filles par exemple.

Nous en avons pourtant

expérimenté toute la

richesse en France depuis

notre adolescence, et ne

pas pouvoir partager cela

nous attriste. Les vraies

amitiés sont venues

quand nous avons été

accueillis par des familles qui nous ont ouvert leur porte,

parfois en opposition avec les habitudes locales, fait

partager un peu de leur vie et laissé voir leurs forces et

leurs faiblesses. Et parfois nous y découvrons que nos

démarches de foi ne sont pas si différentes.

Famille Philippe

Thibault et Cécile Philippe


Le bonheur de la relation

Un mois à Notre-Dame de l’Atlas à Midelt

Après dix-neuf ans à l’aumônerie de

notre école, le père abbé m’avait

donné un trimestre sabbatique.

J’aurais aimé passer cette période en

Algérie mais le problème du visa se

posait. Alors je me suis décidé à passer le mois

d’août 2012 chez les trappistes de Notre-Dame

de l’Atlas à Midelt. Comme j’avais déjà séjourné

plusieurs fois à Notre-Dame de l’Atlas je me suis

senti chez moi. « Le courant passait. »

Seigneur, ouvre mes lèvres

Chaque jour l’office des vigiles commence par les

mots, proclamés trois fois par le chantre sous forme

d’appel : « Seigneur, ouvre mes lèvres » suivi par

la réponse du chœur : « Et ma bouche publiera ta

louange ». Chanter la louange de Dieu, l’opus dei, c’est

cela le travail principal du moine. Saint Benoît nous

rappelle dans sa Règle qu’il ne faut « rien préférer

à l’œuvre de Dieu ». Le dévouement des moines

de Midelt à l’office ne fait aucun doute. Frère Jean-

Pierre, le rescapé de Tibhirine, est là à tous les offices

qui sont chantés en entier. Et pourtant ils ne sont

que quatre et Jean-Pierre a 88 ans. C’est vraiment un

travail, un travail auquel les moines s’adonnent avec

un amour persévérant.

Pendant les trois

premières semaines de

mon séjour, il n’y avait

que trois des quatre

moines résidents. Le

prieur, frère Jean-

Pierre Flachaire, était

en voyage en France

pour une réunion des

Trappistes. Il ne restait

donc que frère Antoine,

frère José-Luis, qui

s’occupe des hôtes,

et bien sûr frère Jean-

Pierre Schumacher qui

ne voyage plus. Malgré

son âge avancé, frère

Jean-Pierre mène une vie très active et s’occupe,

entre autres choses, de l’économat du monastère.

© M. Mc Gee

Il est aussi toujours disponible pour accueillir des

groupes de touristes et de pèlerins, de plus en

plus nombreux, qui veulent visiter le monastère et

rencontrer le rescapé de Tibhirine.

Qu’est-ce qui m’a attiré pour la sixième fois à Notre-

Dame de l’Atlas Je pense que c’est la simplicité

de la vie monastique et la chaleur des relations à

l’intérieur de la communauté et avec les voisins

musulmans. Le savant monastique, feu père Charles

Dumont, écrivant sur les débuts de l’ordre cistercien

à Cîteaux a mis l’accent sur la simplicité de la vie des

fondateurs : « l’essentiel de leur initiative apparaît

alors dans la simplicité de vie, le rejet de tout ce qui

leur paraissait inutile et superflu. … Cette simplicité

est une attitude fondamentale, un instinct spirituel

à acquérir. » Et l’on pourrait dire que ce même esprit

de simplicité est toujours en évidence à Midelt – une

simplicité dans la rencontre, dans la nourriture, dans

les bâtiments et surtout dans la liturgie.

La réciprocité de l’amitié

Il me semble que toute la spiritualité de l’Église

catholique au Maghreb a puisé son inspiration

dans la simplicité de la vie de Charles de Foucauld.

Cette spiritualité de la rencontre est à la base de la

présence chrétienne

dans la maison de

l’Islam en Afrique

du Nord. Antoine

Chatelard dans sa

biographie spirituelle

du bienheureux,

Charles de Foucauld :

Le chemin vers

Tamanrasset, raconte

un moment décisif

dans la vie de frère

Charles. Isolé, malade

et sans nourriture – il

avait distribué toutes

ses réserves à cause

d’une famine – il voit

la mort s’approcher.

Et à ce moment-là c’est lui qui a besoin des Touaregs.

Et eux font tout leur possible pour lui procurer du lait,

Notre Dame de l'Atlas au cloÎtre

Dialogue

pax concordia


Dialogue

© M. Mc Gee

si rare en raison de la grande sècheresse qui sévit.

Antoine Chatelard précise que c’est un moment

de conversion pour Charles dans ses relations avec

eux. « Cet état de faiblesse et de maladie lui a permis

de vivre une nouvelle relation avec ces hommes

qui deviendront des amis. … Peut-être avait-il

cru pouvoir se passer de la réciprocité qui définit

l’amitié. »

C’est cette réciprocité qui est si difficile, à mon avis,

pour quelqu’un issu d’un pays colonisateur. Il est

très difficile pour des gens originaires de ces pays

de se défaire d’un sens inné de supériorité vis-à-vis

des habitants des anciennes colonies (je parle ici en

connaissance de cause, étant Irlandais et vivant en

Angleterre !). Malgré le passé colonial, c’est cette

relation de réciprocité ou d’égalité que les moines de

Midelt, grâce à Dieu, arrivent à vivre avec leurs frères

et sœurs musulmans. Peut-être le meilleur exemple

de cette rencontre est-il la cérémonie du thé qui a

lieu deux fois par jour quand Omar, un ouvrier du

monastère, invite les moines et leurs hôtes, à boire

le thé avec lui. La chaleur de cette simple rencontre

quotidienne réchauffe le cœur. Comme me l’a dit

Jean-Pierre, l’aîné : « Le courant passe ». Et j’ai aussi

eu le privilège pendant mon séjour d’accompagner

trois fois les moines à la rupture du jeûne dans des

maisons avoisinantes. La simplicité et le respect

évidents dans l’accueil des moines m’ont fait penser

à l’accueil que l’on réserverait à la famille proche.

© M. Mc Gee

Vue sur l'Atlas depuis le monastère

silence à midi. D’habitude, après le repas, on tient

une petite causerie souvent au sujet de la vie

monastique. Ce que dit le frère Jean-Pierre vient du

cœur et a la simplicité de l’amour. Un jour je lui ai

demandé si la France lui manquait. Il m’a répondu

tout simplement : « Non, c’est ici mon pays ».

N’avons-nous pas tous la même origine

J’étais très content de découvrir fortuitement

dans la bibliothèque monastique un petit livre du

cardinal Duval, Paroles de Paix. En photo, le Cardinal

a l’air très ascétique et même peu engageant, tandis

que ses écrits sont attrayants et pleins de ce feu

purificateur du Saint-Esprit. Ses prises de position

pendant la guerre d’Algérie s’inspirent directement

de l’Évangile – sans équivoque. Dans un message

radio pour la Pentecôte de 1955, en pleine guerre,

il disait : « N’avons-nous pas tous la même origine,

la même nature, la même destinée Dire non aux

exigences de l’amour fraternel, c’est offenser Dieu

lui-même. … Cet amour que Dieu commande est don

de soi : c’est à chaque instant qu’il faut le pratiquer,

dans ses pensées, ses sentiments, ses actes. » L’Église

d’Algérie a vraiment été bénie, et l’est encore, par la

qualité évangélique de ses évêques.

De gauche à droite : Fr. Amédée (décédé en 2008), Fr. Jean-

Pierre Flachaire (prieur actuel), Fr. Jean-Pierre Schumarer

Chez les moines on mange en silence. La nourriture,

quoique très simple, est bonne. Ba’ha, la cuisinière

marocaine, nous gâte avec ses repas végétariens

pleins de légumes et de fruits fraîchement achetés

au souk. Pendant le ramadan les frères font le jeûne,

à part Jean-Pierre, l’aîné, et moi qui mangeons en

Juste après mon séjour à Midelt au mois de

septembre, un livre intitulé L’esprit de Tibhirine a

paru. Le père Jean-Pierre y raconte son amour pour

l’âme musulmane. Le noyau de son témoignage

peut se résumer dans cette citation : « Ce sont les

expériences vécues qui permettent de tisser des

liens, au-delà des différences. Le bonheur est dans

la relation – relation à l’autre et relation à Dieu. »

Oui, vraiment, j’ai été heureux pendant mon séjour

à Notre-Dame de l’Atlas.

Martin McGee osb

mmcgee@worth.org.uk


Suis-je rétro

Acheter ou non dans le commerce informel

« Je devais changer le rétroviseur de ma voiture. J’ai trouvé un rétroviseur de

c o n t r e f a ç o n t r o i s f o i s m o i n s c h e r q u e s i j e l ’ a v a i s a c h e t é c h e z l e c o n c e s s i o n n a i r e ,

m a i s d e m a u v a i s e q u a l i t é , c o p i e i l l é g a l e , s a n s t a x e s . T o u t l e m o n d e f a i t

cela, l’économie fonctionne comme cela. Mais moi Dois-je le faire »

QUE FAIRE

Le premier discernement à faire est

d’évaluer si le produit acheté risque de

mettre en danger l’utilisateur lui-même

et les autres usagers de la route. Un

produit fabriqué selon les normes donne

évidemment plus d’assurance en la matière.

Ensuite, quelles que soient les filières de production

et de commercialisation de quelque produit que ce

soit, nous ne pouvons

être assurés que les

droits du travail et du

commerce sont bien

respectés. À l’ère de

la mondialisation,

le système du

commerce officiel luimême

peut-être vicié,

par l’exploitation

d’une main-d’œuvre

sous-payée par

exemple. Il faudrait

ne pouvoir acheter

que des produits

étiquetés « commerce équitable » et, même là, rien

n’est totalement certain.

Au moins, le commerce officiel est basé sur un

peu plus de transparence. On sait théoriquement

d’où vient le produit ; les différents intermédiaires

sont connus et officiels. Ce qui permet d’ailleurs

de pouvoir boycotter certains produits de grandes

marques connues pour ne pas respecter les droits

des travailleurs.

Le commerce de l’économie informelle (il faudrait

parler plus justement d’économie souterraine ou

clandestine) est par définition déloyal, ne respecte

aucune norme tout au long de la chaîne du

producteur au consommateur et par conséquent

échappe à tout contrôle des communautés

légitimes et des consommateurs. Il fausse le jeu

© J.M. Chassine

de la libre concurrence. Il serait donc à priori

moralement à proscrire. Pourtant, le commerce

informel fait travailler des milliers de chômeurs,

vivre des familles entières et, bien que lui-même

délictueux, contribue à réduire une délinquance

sociale. Sans le commerce informel, des familles

entières n’auraient jamais accès à certains biens

de consommation. Car il y a la question du prix. Il

arrive que le consommateur n’ait tout simplement

pas les moyens financiers

d’acheter dans le commerce

officiel les produits dont il a

besoin.

Mais alors vient la question

posée à tous sur notre

consommation elle-même :

avons-nous vraiment

besoin de ce que nous

achetons Pourrait-on s’en

passer sans pour autant

nuire à notre santé, à notre

activité En l’occurrence on

peut se demander parfois

si nous avons réellement besoin d’une voiture

pour nos déplacements. Et nous pourrions alors

nous engager sur les questions de l’écologie et du

respect de l’environnement…

Hubert Le Bouquin

« En matière économique, le respect de la dignité

humaine exige la pratique de la vertu de tempérance,

pour modérer l’attachement aux biens de ce monde ; de

la vertu de justice, pour préserver les droits du prochain

et lui accorder ce qui lui est dû ; et de la solidarité, suivant

la règle d’or et selon la libéralité du Seigneur qui , "de

riche qu’il était, s’est fait pauvre pour nous enrichir de sa

pauvreté " (2 Co 8, 9). »

Catéchisme de l’Église Catholique n°2407

pax concordia


Que faire

مسألة المرآة العاكسة

الشراء من السوق الموازية ؟

كان علي تغيير المرآة العاكسة لسيارتي،‏ وكنت قد وجدت في السوق مرآة عاكسة من

إنتاج غير شرعي ‏)السوق السوداء(‏ وبسعر ثلث الثمن منه لدى البائع المعتمد.‏ لكنها

بجودة رديئة فهي صورة غير مطابقة وغير قانونية.‏ غير أن الجميع يفعل دلك بل وحتى

االقتصاد يسير هكذا.‏ فتساءلت مع نفسي هل أشتري أنا أيضا من هده السلع الموازية ؟

© J.M. Chassine

أول ما علي التفكري به هو إن كان استعمال هدا املنتوج سيعرض السائق أو مستعملي الطريق اآلخرين للخطر؟ املنتجات املصنوعة

وفق املقاييس أكثر ضمانا بطبيعة احلال.‏

كما جيب األخذ بعني االعتبار أنه مهما كانت طرق اإلنتاج والتسويق فٍان االٍحرتام الكامل حلقوق العمل والتسويق ليست مضمونة

كليا.‏ ويف زمن العوملة الذي نعيشه مل تعد التجارة الرمسية يف مأمن من التجاوزات يف استخدام يد عاملة رخيصة.‏ فعلينا إذن أن ال

نشرتي سوى املنتجات اليت حتمل كتابة ‏"جتارة عادلة"،‏ وحىت يف هده احلاالت فالضمان ليس كامال.‏

ولكن على األقل التجارة الرمسية مبنية على نوع من الشفافية فنحن

نعلم نظرّيا مصدر املنتوج،‏ واجلهات املختلفة املشاركة فيه معروفة

ورمسية،‏ و هدا ميكننا من مقاطعة بعض العالمات التجارية اليت ال

حترتم حقوق العمال.‏

التجارة املوازية ‏)أو باألحرى االقتصاد الغري شرعي(‏ بطبعه غري

قانوين،‏ وهي ال حترتم أي مقياس يف سلسلة اإلنتاج من املنتج إىل

املستهلك وال ختضع ملراقبة أية جهة وصية وال للمستهلك.‏ وبالتايل

فهي غري مرغوب فيها و يستحسن عدم استعماهلا.‏

ولكن رغم دلك توفر التجارة املوازية العمل للعديد من البطالني.‏

وتسمح للعديد من العائالت بالعيش،‏ وان كانت التجارة املوازية

نفسها خمالفة فهي تقلص من االحنراف يف اجملتمع.‏ كما أنه من دون

التجارة املوازية ال ميكن للعديد من العائالت اقتناء بعض املنتجات االستهالكية بفضل رخص أسعارها.‏ فاملستهلك أحيانا يكون غري

قادر على اقتناء منتجات من التجارة الرمسية.‏

وهنا نتساءل عن منط استهالكنا،‏ فهل حنن فعال يف حاجة لكل ما نشرتيه وهل نستطيع االستغناء عن منتجات دون املساس بصحتنا

أو بنشاطاتنا ؟ وبالتايل نتساءل أيضا هل حنن فعال يف حاجة لسيارة لتنقالتنا ؟ وهذا قد يدفعنا للتفكري يف البيئة ومدى احرتامنا

للمحيط.‏

Hubert Le Bouquin


ÉgliseS d’Algérie

Un dossier rassemblé et présenté par frère Dominique Motte, o.p.

Une Église, en Algérie surtout musulmane, faite plus qu’ailleurs de quatre flux : ceux qui y restent,

ceux qui y viennent, ceux qui y passent, ceux qui y naissent.

Une Église faite aussi de diverses Églises. Diversité, qui plus que nous surprendre, sinon nous

scandaliser, devrait aujourd’hui nous questionner et nous conforter. Aux yeux de ceux qui

connaissent un peu l’Histoire, cette diversité suppose bien sûr à la fois des fossés et des passerelles,

des déchirements et des complémentarités, en la commune écoute de la Parole. Nous voudrions vous

présenter cette diversité. Même sur fond de petits nombres, de cicatrices pas toujours refermées,

de perspectives insuffisamment partagées, d’avenir tellement incertain, voici comment ces sept

Églises se voient travaillées par l’Esprit dans l’Algérie d’aujourd’hui.

Sept Églises, oui, comme les sept Églises d’Asie au début de l’Apocalypse, parmi lesquelles nous

faisons place aussi à une communauté pentecôtiste bien qu’elle soit née depuis peu (trois ans)

et ne soit rattachée à aucune autre Église plus représentative ; manière d’être attentifs à ce type

d’effervescence de l’Esprit présent aujourd’hui dans tous les continents ; de moins en moins nous

pouvons nous tenir à l’écart de ces tendances nouvelles. Puisse l’Esprit nous aider à trouver le

meilleur dans toute Église-sœur.

Nous laissons donc la parole à chacune successivement, pour répondre chacune en son langage

aux quelques questions que nous leur avons posées. Nous espérons que vous percevrez, au-delà

des traditions et des fragilités de chacune, une commune tension évangélique vers la foi, vers

l’espérance, vers l’amour de charité, le mieux possible au service de l’Algérie.

D.M.

« Que votre amour ne soit pas de paroles et de discours mais en

acte et en vérité » (1 Jn 3,18)

pax concordia

13


DOSSIER

Chrétiens adventistes

L’Église adventiste du septième jour fait partie de

la grande famille des Églises qui se considèrent

héritières des enseignements des apôtres et

de la pensée des réformateurs. Elle est fondée

officiellement en 1863. Par son nom, l’Église désire

mettre en avant à la fois sa prédication sur le retour

de Jésus-Christ et son respect du 7 e jour, le sabbat,

comme un signe de la grâce de Dieu, créateur et

Sauveur.

Temple adventiste d'Alger

Parties de la grande famille des Églises protestantes,

proches par leur histoire des anabaptistes du 16 e

siècle, les adventistes partagent avec les autres

chrétiens de tradition évangélique les doctrines

essentielles sur la divinité du Christ, la Trinité,

l’autorité normative de la Bible en matière de

doctrine, le salut par la grâce divine, la justification

par la foi.

Église mondiale, dont les lieux de cultes sont répartis

dans 204 pays du monde, c’est une Église qui s’investit

par un engagement concret dans les domaines de

l’humanitaire (ADRA, l’agence de développement

et de secours adventiste), de la santé (hôpitaux,

dispensaires), de l’éducation (écoles primaires et

secondaires, universités). En 2005, l’Église adventiste

à travers le monde salariait 97 000 personnes dans

le domaine médical et plus de 66 000 enseignants

dans ses divers établissements.

L’adhésion à l’Église adventiste ne se fait pas suite

à la transmission d’un savoir, mais en acceptant la

personne de Jésus-Christ. Cet engagement se fait

après une formation sérieuse et à la suite d’une

décision personnelle.

Les adventistes considèrent que tous les hommes

sont égaux devant Dieu et ils rejettent tout sectarisme

qui serait manifesté envers une personne à cause de

sa race, sa nationalité ou sa croyance religieuse.

Présente sur le territoire algérien depuis le début

de 20 e siècle, elle compte aujourd’hui deux

communautés. L’ensemble de ses membres et de ses

sympathisants, incluant la communauté étudiante

subsaharienne, avoisine la centaine de personnes.

Elle assure chaque semaine un culte le samedi, et

dans la semaine diverses activités culturelles et

sociales.

En Algérie l’Église adventiste fonctionne avec trois

pasteurs dont Hanafi Idiri qui en est le président.

Il est également responsable de la communauté

d’Alger sise au 3 rue du Sacré-Cœur.

Nabil Naït Slimane est le deuxième pasteur. Il dirige

une petite communauté dans un village qui s’appelle

Fethoune à Akbou dans la wilaya de Béjaia.

Mohamed Haddad est le troisième pasteur qui

exerce à Tizi Ouzou veillant également sur les petits

groupes éparpillés.

L’objectif de l’Église adventiste en Algérie est

de sensibiliser l’ensemble de ses membres et

sympathisants sur tous les aspects de la vie tels qu’ils

sont mentionnés dans les Écritures que ce soit dans

le domaine spirituel, dans le domaine de la santé,

de l’éducation, de la connaissance, de la liberté de

conscience et de l’environnement.

Nous prions également pour nos autorités afin que le

Seigneur nous offre l’occasion de leur faire découvrir

la richesse des valeurs de l’Évangile, lesquelles sont

le fondement de toute société.

Le mont des Oliviers où est née la première

communauté algérienne

16


Chrétiens anglicans

DOSSIER

Dénomination

L’Église anglicane Holy Trinity (la Sainte Trinité) d’Alger

est rattachée au diocèse d’Égypte, Afrique du Nord et

Corne de l’Afrique, qui fait lui-même partie de la Province

de Jérusalem et du Moyen-Orient, composante de la

Communion anglicane mondiale.

Histoire

La première église anglicane d’Alger fut consacrée

en 1870. Elle était construite sur un terrain donné par

l’Autorité coloniale française. La communauté britannique

résidant à Alger était alors minuscule, mais elle augmentait

en hiver où beaucoup d’Anglais venaient passer

quelques mois à Alger pour raisons de santé. Comme

souvent, c’est grâce à des dons de diverses origines

que l’église avait été construite. Elle n’était la propriété

d’aucune communauté ou association. Elle appartenait

à la Communion anglicane mondiale. Ce n’était pas une

église « anglaise » ; elle était ouverte au culte pour toute

personne quelle que soit sa nationalité, même si dans les

faits la communauté était très majoritairement britannique

à ses débuts. Un prêtre missionnaire était au service

des anglicans d’Algérie et présidait les offices, sans rémunération.

Worship Leaders at Holy Trinity

Aux alentours de 1906, l’Autorité coloniale française demanda

à récupérer le terrain en vue d’y bâtir la Grande

Poste Centrale. Elle offrit en compensation un autre terrain

situé dans un autre quartier de la ville, et la somme

de 200 000 francs pour les frais de construction du nouvel

édifice. Quelques éléments de l’ancienne église furent

intégrés dans la nouvelle, sur le site actuel. La nouvelle

église fut consacrée en 1908. Outre l’église, le site comprenait

un vaste bâtiment conçu pour abriter le presbytère

et le logement d’un sacristain, ainsi qu’un grand

espace utilisé comme

parking.

Au fil des années, le presbytère

s’avéra trop grand

pour l’usage de l’aumônier.

À partir des années

1960, il fut loué par le diocèse

pour les bureaux du

British Council. Le loyer

permit de louer une maison

plus modeste (Cottage

Michel) pour le vicaire

et de financer l’entretien

de l’église et les activités

pastorales.

Holy Trinity Anglican Church, Algiers

Au début des années 1990, la situation sécuritaire en Algérie

entraîna le départ du British Council qui quitta le

presbytère. La plupart des ambassades encourageaient

leurs ressortissants à quitter le pays s’ils le pouvaient.

L’aumônier anglican fut également invité à partir par

l’ambassade d’Angleterre. L’église fut fermée et ne fut

plus utilisée. L’ambassade de Grande-Bretagne ferma

aussi quelques temps. Quand elle ré-ouvrit, elle s’installa

dans les locaux du presbytère. Elle n’y resta pas

longtemps. Pour des raisons de sécurité, elle se déplaça

à l’Hôtel Hilton. Ces dernières années, une nouvelle ambassade

fut construite dans les jardins de la résidence de

l’ambassadeur.

Des aumôniers sont revenus à l’église. Au cours des dix

dernières années, ils ont exercé leur ministère particulièrement

auprès des étudiants. Le dernier aumônier à

plein temps est parti début 2011.

Mission

L’église est principalement fréquentée par des jeunes

anglophones d’Afrique sub-saharienne qui étudient à la

capitale et par quelques familles. Le noyau est constitué

d’environ 140 personnes. L’Église offre un service pastoral

aux étudiants qui la fréquentent. Elle aurait besoin

d’un prêtre pour servir plus largement tous les anglophones,

expatriés et diplomates.

Rt Rev Bill Musk

évêque auxiliaire pour l’Afrique du Nord

Diocèse d’Égypte, Afrique du Nord et Corne de l’Afrique

Province de Jérusalem et du Moyen-Orient

pax concordia

17


DOSSIER

Chrétiens catholiques

Dénomination

L’Église catholique existe en Algérie sous la

dénomination « A.D.A. », c'est-à-dire Association

Diocésaine d’Algérie. Association qui regroupe

ainsi les diocèses de Constantine et Hippone,

Oran, Laghouat-Ghardaïa, ainsi que l’archidiocèse

d’Alger. Elle est universelle ce que signifie

'catholique'.

Histoire

L’actuelle Église d’Algérie puise son origine dans

l’ancienne Église d’Afrique qui dès les premiers

siècles fut florissante ! Elle connut son apogée aux

4 e -5 e siècles avec la figure de saint Augustin. C’est

au 12 e siècle qu’elle a disparu de cette région même

s’il y eut toujours des

témoins de l’Évangile

(marchands, esclaves,

aumôniers, etc.). Elle

revint au 19 e avec la

présence française. De

cette époque datent

les quatre évêchés

actuels.

Cathédrale d'Alger

À partir de l’Indépendance du pays, avec le départ

de nombreux chrétiens elle a appris à vivre une

autre forme de présence, dynamisée en cela par

le Concile Vatican II : elle se reconnait envoyée au

cœur d’un peuple de tradition musulmane ; elle se

définit comme « une Église de la rencontre » en

favorisant le dialogue.

Implantation

L’Église catholique est implantée sur l’ensemble du

territoire algérien sous la forme des diocèses sous

la responsabilité d’évêques. Les communautés

de chrétiens sont animées par des prêtres qui les

rassemblent au nom du Christ dans des paroisses

ou aumôneries et célèbrent les sacrements et

notamment l’Eucharistie. Les communautés

religieuses sont dans bien des cas la seule présence

de l’Église dans des lieux reculés, éloignés des

grandes villes ainsi que les groupes d’étudiants

venant de l’Afrique subsaharienne qui sont dans

des cités universitaires ou villes universitaires.

Mission

Sa mission est avant tout d’être une présence au

sein d’un peuple musulman et de témoigner de

l’Évangile par des services ouverts à la population

tels que des bibliothèques, des crèches, une

maternité, centre d’étude, etc., au service de la

promotion de la personne. Une Église dont tous

les membres font de la rencontre avec l'autre, le

cœur de leur fidélité à Jésus et à son Évangile. Une

Église de la rencontre par-delà les frontières !

Elle se veut au service des chrétiens qui vivent

ici et qui viennent majoritairement de l’Afrique

subsaharienne (étudiants, migrants) mais aussi

d’Europe avec les entreprises implantées ici et

avec les personnels du monde diplomatique.

Son souci est d'être présente aux blessures,

souffrances, exclusions par une écoute, un accueil,

un soutien, un accompagnement ; de partager

les joies et les espoirs de la population locale

et de tous (fêtes, mariages, enterrements…) ;

d’être ensemble, de témoigner de l’amour, de la

fraternité, de l’espérance. Sa mission n’est-elle

pas de susciter des frères La seule grande force

c’est l’amitié et l’âme de la justice c’est l’amour

fraternel.

© Raphaël Watier

Le site internet officiel de l’Église catholique en

Algérie est www.eglise-catholique-algerie.org

P. Christian Mauvais

18


Chrétiens coptes

DOSSIER

Les chrétiens égyptiens

qui se réunissent dans

la cathédrale d’Oran

le vendredi soir sont

membres de l’Église

copte orthodoxe qui

se réjouit de l’élection

du nouveau pape

Tawadros II, 118 e

pape du siège de la

prédication de saint

Marc à Alexandrie.

Nous dépendons de

l’évêque de Damanhour

et des Cinq Villes de

l’Ouest, dont le diocèse

s’étend du Nil au

Maroc. Il nous envoie,

quand il obtient le

visa, un prêtre pour

célébrer la messe aux temps de Noël et de Pâques.

C’est ainsi qu’après deux années d’attente, le père

Haymanout est venu en janvier dernier.

Croix orthodoxe copte avec l'inscription traditionnelle :

"Jésus Christ, le fils de Dieu"

Nous, coptes, professons la foi de l’Église

apostolique, mais une incompréhension sur

la personne du Christ et ses natures divine et

humaine après le concile de Chalcédoine en 451

nous a conduits à évoluer séparément et l’invasion

musulmane a renforcé notre isolement. Au terme

d’années de dialogue, Paul VI et Shenouda III ont

signé une profession de foi commune.

Les premiers coptes sont arrivés en Oranie à partir

de 1980 comme professeurs de mathématiques

et de physique dans les lycées quand fut décidée

l’arabisation de ces matières. L’amba Pakhômios,

évêque de Damanhour, est venu les visiter. Les

prêtres catholiques avaient l’autorisation de leur

célébrer la messe dans leur rite ; ce n’est plus le

cas maintenant. Ils ont quitté le pays au début des

années noires.

De nouveaux contingents de coptes sont arrivés

après l’an 2000 : ingénieurs, chefs de travaux et

techniciens de l’entreprise Orascom. En Oranie,

ils ont trois chantiers en phase d’achèvement :

une usine d’ammoniac dans la zone industrielle

d’Arzew, une centrale électrique à Terga, sur la

côte de Aïn Témouchent,

et une cimenterie près de

Sig. Un certain nombre

d’ingénieurs sont en famille

et habitent Oran, les autres

logent dans des basesvie

ou des hôtels près des

chantiers. Nous étions plus

de 500 au démarrage des

chantiers, nous ne sommes

plus qu’une cinquantaine

maintenant.

L’important pour nous est

de pouvoir nous rassembler

pour célébrer d’un même

cœur les prières liturgiques

de la tradition copte, les

psaumes, les cantiques en

langue populaire, écouter

la Parole de Dieu et un

commentaire par un frère, comme nous le faisons

chaque semaine dans la cathédrale catholique.

Quand notre prêtre vient, nous arrivons en bus

de tous les chantiers. Notre annonce de la Bonne

Nouvelle, c’est de manifester le Christ par notre

comportement et notre moralité.

En janvier dernier, le père Haymanout, du

monastère Amba Bishoi dans la vallée de Wadi

Natroun, a été envoyé pour célébrer Noël à Alger

et le Baptême du Christ à Oran. Ce fut l'occasion

d'une messe solennelle avec la traditionnelle

bénédiction de l'eau à laquelle une centaine

de coptes ont participé. Le père Haymanout a

accepté l'invitation à rester pour l'ordination de

l'évêque Jean-Paul Vesco et sa présence parmi les

évêques et celle de nombreux chrétiens égyptiens

ont donné une touche œcuménique importante

dans le contexte actuel. On a appris depuis que le

nouveau pape a invité les coptes catholiques, les

orthodoxes grecs, les anglicans et les protestants

à constituer avec les coptes orthodoxes un Conseil

des Églises chrétiennes qui s'est déjà réuni en

février.

Guerguis

Traduction Thierry Becker

pax concordia

19


DOSSIER

Chrétiens de l'E.P.A.

L’Association nationale de l’Église Protestante

d’Algérie (E.P.A.) a été agréée par arrêté du

Ministre de l’intérieur le 16 novembre 1974. En

1972, le Gouvernement avait demandé aux Églises

ou unions d’Églises de tendance protestante de se

regrouper pour avoir un même interlocuteur pour

le protestantisme.

Le 28 mai 1972, l’Église Réformée d’Algérie change

ses statuts et son titre pour s’intituler Église

Protestante d’Algérie. Elle sera rejointe par plusieurs

autres membres fondateurs. Principalement :

l’Église réformée d’Algérie, l’Église méthodiste,

des Églises protestantes, des Églises évangéliques

indépendantes, etc.

Son implantation se répartit essentiellement dans

les grandes villes d’Algérie avec son siège à Alger,

mais aussi dans de nombreuses communes. Elle

compte aujourd’hui vingt-huit communautés

officiellement affiliées avec de nombreux

membres sympathisants éparpillés sur le territoire

national. Toutes nos communautés fonctionnent

de manière autonome sur la base des statuts et du

règlement intérieur de l’E.P.A. Elles sont gérées par

Toute personne a droit à la liberté de

pensée, de conscience et de religion ; ce

droit implique la liberté de changer de

religion ou de conviction ainsi que la liberté

de manifester sa religion ou sa conviction

seule ou en commun, tant en public qu'en

privé, par l'enseignement, les pratiques, le

culte et l'accomplissement des rites.

Déclaration universelle des droits de

l'homme (1948) : Article 18

une autorité collégiale propre à chaque Église.

Jésus dit : En vérité je vous le dis, celui qui

écoute ma parole, et qui croit en celui qui

m'a envoyé, a la vie éternelle et ne vient

point en jugement, mais il est passé de la

mort à la vie. En vérité, en vérité je vous le

dis, l'heure vient, et elle est déjà venue, où

les morts entendront la voix du fils de Dieu ;

et ceux qui l'auront entendue vivront.

Jean 5, 24-25

Ces dernières années connaissent une croissance

numérique importante, à tel point que nos lieux de

culte ne suffisent plus. Beaucoup de nos membres

doivent faire de longs trajets pour se joindre à

un culte. La célébration des cultes se fait dans la

langue du pays en arabe ou en berbère suivant les

régions et de même pour les chants et la prière. Les

choses se développent naturellement. Beaucoup

entendent parler de nous au travers des médias

comme la presse ou les émissions satellitaires et

finissent par nous contacter pour découvrir ce

qu’est le christianisme ; beaucoup d’entre eux

choisissent de leur plein gré de cheminer avec

nous sans aucune contrainte, avant de faire le

choix de rejoindre nos rangs.

Une question revient souvent : à combien

estimons-nous le nombre de protestants

algériens Il n’existe pas de statistiques officielles

mais raisonnablement nous acceptons le chiffre

aux environs de trente mille dont plus de la moitié

sont passés par les eaux du baptême.

Notre message est celui contenu dans la Bible qui

peut se résumer dans cette phrase : « Ces choses

ont été écrites afin que vous croyez que Jésus est le

Messie, le Fils de Dieu, et qu’en croyant vous ayez

la vie en Son Nom. » Évangile selon Jean 20,31.

Mustapha Krim

Président de l’E.P.A.

20


Chrétiens pentecôtistes

DOSSIER

« The Christian Pentecostal Fellowship of Oran »

a été mis sur pied en 2009 au Centre diocésain

Pierre-Claverie par un frère évangéliste nigérian,

Lucky Edokpayi, venu d’Espagne travailler pour

le tramway. La communauté est actuellement

dirigée par une coalition d’évangélistes et de

prédicateurs, migrants demeurant à Oran, venus

du Nigeria et du Cameroun. À leur tête, Efosa.

Les objectifs sont de restaurer la foi en notre

Seigneur et Sauveur Jésus-Christ chez ceux qui

ne l’ont plus à Oran.

Notre mission

Nous proclamons le message de Jésus-Christ

à ceux qui sont spirituellement perdus dans

la ville d’Oran et en Algérie avec les moyens

dont nous disposons. Nous touchons les gens

qui vivent des situations critiques, parfois

seuls et abandonnés, pour la plupart migrants

subsahariens qui rêvent de l’Eldorado européen

et ont quitté leur pays pour cela. Ils se trouvent

bloqués ici, ils ont perdu l’espoir en la vie et

ne sont pas soutenus par leur consulat. Nous

participons aux secours donnés aux prisonniers

et aux malades, en leur manifestant l’amour du

Seigneur Jésus, nous organisons un enterrement

décent à nos frères et sœurs décédés.

Nous sommes un groupe d’environ 150

personnes, sous une dénomination distincte

des autres Églises pentecôtistes en Afrique.

Notre message

Il est basé sur la Bible. La Parole de Dieu est

le fondement de tout ce que nous croyons,

prêchons et vivons. Le ciel et la terre passeront

mais pas la Parole, inspirée par l’Esprit-Saint,

pain pour les affamés et lumière de la grâce de

Dieu pour la délivrance du monde.

Il est fondé sur la puissance de l’Esprit-Saint,

parce que notre mission dépend de miracles.

Comme pentecôtistes, nous savons que prêcher

le message n’est pas suffisant : le cœur doit être

ouvert et la vie doit changer. L’Esprit répartit

les dons spirituels et habilite les messagers de

Dieu. Nous comptons totalement sur l’Esprit-

Saint pour donner vie à notre message, donner

la croissance à la graine que nous semons et lui

faire porter le fruit promis par Dieu. Le Centre

du message est Jésus-Christ, Dieu fait homme

qui a offert sa vie pour le rachat de l’humanité

pécheresse. Ce n’est que par lui que nous avons

la paix avec Dieu. Après une vie sans péché, il est

ressuscité des morts afin que quiconque croit en

lui ait la vie éternelle.

Nous croyons que ce que Dieu a promis à l’Église

du Nouveau Testament est encore promis à

l’Église aujourd’hui ; le message de Pentecôte

prêche le salut par la grâce seule, par la foi, le

baptême dans l’Esprit-Saint, la guérison divine

et le retour imminent de Jésus-Christ. Pour être

vraiment pentecôtistes, nous devons croire à

la fois que le commandement de Jésus doit

atteindre le monde entier et que nous allons

recevoir le Saint-Esprit pour cette tâche.

Les leaders du groupe

pax concordia 21


DOSSIER

Chrétiens réformés

L’Église Réformée d’Alger est issue de l’Église

Réformée de France en Algérie, agréée en 1838.

Elle comptera jusqu’à 21 paroisses et environ

8000 fidèles. Son parcours sera très lié à celui de

l’Église méthodiste

implantée en Algérie

en 1883. Après

l’Indépendance, la

plupart des membres

de l’Église réformée

quittèrent l’Algérie.

Restaient un certain

nombre de pieds-noirs

et de convertis issus des efforts missionnaires

méthodistes ; ce sont eux qui composèrent la

nouvelle communauté de « L’Église réformée

d’Alger ». En 1972 ils s’unirent dans une même

association, l’E.P.A. (Association de l’Église

Protestante d’Algérie). Leur but et leur espérance

étaient d’offrir à toutes les tendances protestantes

en Algérie la possibilité de profiter de l’agrément

sécurisant dont jouissait l’Église Réformée

d’Alger. Financièrement, et grâce à l’envoi de

pasteurs, l’E.P.A. était soutenue principalement

par les méthodistes.

Avec le terrorisme des années noires (1990-1997),

les Églises historiques se vident à nouveau de

leurs paroissiens, le nombre des pasteurs diminue

du même coup. Seul le pasteur Hugh Johnson

(arrivé en 1963) restera. En ces temps troublés,

sa proximité avec l’archevêque Henri Teissier se

renforça encore. Chacun résistait à sa manière.

Dès les années 1980, des groupes évangéliques

algériens s’étaient développés à partir de missions

très diverses, françaises ou anglo-saxonnes. Une

fois la sécurité revenue à la fin des années 1990,

ces groupes sortent de l’ombre et demandent

protection et reconnaissance auprès de l’E.P.A.

Malheureusement lorsqu’ils furent majoritaires au

sein de l’E.P.A., on doit bien dire qu’ils tournèrent

le dos à la perspective unitaire des fondateurs ;

un conflit ouvert en est né avec les propriétaires

des bâtiments de l’Église Protestante (Réformée)

d’Alger, dont les responsables se trouvèrent

littéralement mis à la porte, expulsés, en date du

30 novembre 2010. La question demeure : cette

grave offense pourra-t-elle déboucher en un jour

proche sur une réconciliation

C’est alors que le « petit reste » (cf. le prophète

Isaïe) de l’Église Réformée d’Alger a trouvé refuge,

grâce à la bienveillance de l’Église catholique,

dans la très jolie chapelle d’Hydra. Nous leur en

sommes infiniment reconnaissants. Notre mission

actuelle, en région algéroise comme à Constantine,

Larbaa et Ouacif (Kabylie) est de rester une église

ouverte à tous, d’être une présence ouverte au

dialogue avec tous en respectant les différences

religieuses ou confessionnelles de ce pays. Nous

cherchons à être une antenne de la Grâce de Dieu

dans ce monde musulman, et un point de repère

pour tous ceux qui cherchent la Grâce, la Vérité

et la Paix.

Pasteur Roger Correvon

4, rue Mohamed Aziz 16035 Hydra (Alger)

021 60 34 46 - rcorrev@gmail.com

22


Après plus de deux

heures d’horloge

de célébration

haute en couleurs

et présidée par le

cardinal Barbarin

de Lyon, quand

nous avons reçu

la photo souvenir

de l’ordination

épiscopale de

Jean Paul, avec sa

devise « je veux

vivre et donner

envie de vivre »,

je me suis dit que

celui qui saluait les

convives, en faisant le tour des tables pendant le repas

de midi du 25 janvier 2013, ne forçait pas son sourire. Il

est apparu radieux dans la cathédrale, décrispant, par

sa façon d’être, ceux qui commençaient à trouver le

temps long.

La mobilisation était de taille et le beau temps d’Oran

y a aidé. La famille Vesco, les six évêques de l’Algérie, le

nonce apostolique, les évêques de Rabat, de Metz, le

vicaire général de Tunis et les nombreux dominicains

venus de France soutenir et entourer Jean-Paul ont

accompagné le diocèse dans l’accueil de son nouveau

pasteur. Les voix angéliques de la chorale n’ont laissé

personne indifférent. Les textes, ceux de la fête de

la conversion de saint Paul, que l’Église célèbre le 25

janvier, ont comme fait sursauter les uns et réjoui les

autres : le récit de la conversion de Paul, dans le livre

des Actes des Apôtres (Ac 22, 3-16) lu en français,

le psaume chanté en arabe par une chrétienne

algérienne, l’envoi des Apôtres en mission dans la

finale de l’évangile de Marc (Mc 16, 15-18) chanté en

arabe et lu en français.

L’ordination fut un moment fort pour tous. Beaucoup

voyaient une consécration épiscopale pour la

© Gino Mineo

Ordination épiscopale

de Jean-Paul Vesco

Fête à Oran

première fois. La

litanie des saints

d’Afrique a donné une

coloration particulière

à cette cérémonie. Et

voir les neuf évêques

de part et d’autre du

Cardinal consacrant le

nouveau pasteur, cela

marque une si petite

Église comme celle de

l’Algérie. Touchant et

émouvant fut le long

temps d’ovations et

de félicitations qui a

suivi l’ordination.

À la fin de la célébration, tous les participants

attendaient le nouvel évêque, qui se recueillait

devant la tombe de Mgr Claverie. L’accueil fut

chaleureux, quand, enfin, il sortit et adressa des mots

de remerciement et de fraternité, qui jaillissent en des

circonstances exceptionnelles comme celle-là.

© Jean-Louis Bosland

« Je veux vivre et donner envie de vivre », puisse-t-il

être un de ceux qui apportent un souffle nouveau et

dynamique à l’Église d’Algérie.

Guy Sawadogo

église d'algérie

pax concordia


église d'algérie

Je veux vivre et donner envie de vivre !

Extrait de l'intervention de Mgr Jean-Paul Vesco à la fin de

la célébration

Il revient à un évêque de choisir une devise. Ma devise ne

sera pas en latin, ma devise ne sera même pas une parole

de l’Écriture Sainte. Je l’ai empruntée il y a longtemps

déjà à deux sœurs blanches qui étaient à Laghouat

durant les années difficiles. Un jour l’une a dit à l’autre :

« il nous faudrait une parole qui nous aide à tenir ».

L'autre a proposé : « je veux vivre ! », et sa sœur a ajouté :

« et donner envie de vivre ! ».

© Jean Donet

Je veux vivre et donner envie de vivre ! Cette parole

m’anime et me fait vivre depuis toutes ces années en

Algérie. Je n’ai pas d’autre programme, nous n’avons

d’autre programme que de vouloir vivre et donner envie

de vivre. Il y a cinquante ans l’Algérie indépendante a

crié : je veux vivre ! Depuis cinquante ans, notre petite

Église immergée dans une société musulmane ne dit pas

autre chose, elle aussi, que : je veux vivre ! à la place qui

est la mienne, en fraternité, en amitié.

Je veux vivre et donner envie de vivre ! Donner envie

de vivre, c’est ce que nous essayons de faire chacun à

notre place, dans nos relations de voisinage et amicales,

dans les bibliothèques, dans les centres de promotion

féminine, dans les cours de langues et de soutien scolaire,

avec la Caritas, dans les prisons, dans les hôpitaux, avec

Ordination à Oran

Ce qu'ils ont dit

les plus pauvres.

Je veux vivre, c’est ce que disent les étudiants qui

viennent passer plusieurs années en Algérie où leur vie

n’est pas toujours facile. Et nous leur disons : oui c'est

bien de vouloir vivre mais vous ne réussirez votre vie

que si, lorsque vous serez en responsabilité, vous avez à

cœur de donner envie de vivre. Il en est de même pour

nos frères et sœurs migrants qui espèrent un avenir

meilleur pour eux et pour leurs familles. Et il en est de

même pour chacun de nous. Toute vie est un don sacré,

vouloir vivre est un acte sacré. Donner envie de vivre

est un commandement sacré qui transcende toutes les

religions, qui transcende toutes les philosophies, c’est

une exigence d'humanité.

Comme Jésus a aimé

Extrait de l’homélie du cardinal Barbarin

C’est aujourd’hui la fête de la conversion de saint

Paul. J’insiste parce que peut-être aujourd’hui c’est la

conversion de Jean-Paul.

La première question que pose Paul, c’est : « Qui es-tu

Seigneur ». Voilà vraiment une question que je vous

souhaite de garder toujours dans l’esprit, sur les lèvres,

dans la prière quotidienne : « Qui es-tu Seigneur Si je te

connaissais bien, si je te comprenais mieux, je te servirais

certainement beaucoup mieux. »

Je pensais que Jésus pouvait dire à Jean-Paul : Je suis le

Seigneur qui t’appelle et qui te rappelle ta vocation de

serviteur ; et le Seigneur aussi qui te montre que celui

que tu vas rencontrer, c’est lui-même ; un peu comme on

l’entend à la fin de l’évangile de saint Matthieu : « J’avais

faim, j’avais soif, j’étais un étranger, à chaque fois que

vous avez fait cela à l’un ou l’autre de ces petits, c’est à

moi que vous l’avez fait. » Voir le visage de Jésus et la

personne de Jésus dans toutes celles et ceux que croise

un évêque d’Oran dans sa mission. Je suis Jésus qui te

demande ce service, Jésus qui te confie cette mission

dans l’Oranais, un pays que tu connais, que je te donne

à aimer : à aimer sans limite, à aimer (me vient tout de

suite la figure de Pierre Claverie), à aimer jusqu’au bout, à

aimer jusqu’à l’extrême, à aimer comme Jésus a aimé.


Les fidèles du diocèse d’Oran sont aujourd’hui

un peu plus d’un millier : il s’agit surtout d’étudiants

et de migrants d’Afrique sub-saharienne

(à cause de la proximité du Maroc et de l’Espagne)

et de travailleurs expatriés originaires

d’Asie, du Moyen-Orient et dans une moindre mesure

d’Europe. Les visages changent donc souvent. Depuis

quelques années, il y a entre douze et quinze prêtres au

service de la communauté. Celle-ci est organisée en six

paroisses : Mascara, Mostaganem, Oran, Sidi Bel Abbès,

Tiaret, Tlemcen, avec deux communautés d’étudiants à

Aïn Temouchent et Saïda, et une autre de travailleurs migrants

dans la zone

pétrochimique d’Arzew.

Ces dernières

années, l’aumônerie

des étudiants (qui

compte beaucoup

de jeunes protestants),

le catéchuménat

des adultes,

le service des migrants,

avec l’aide

de la Caritas, comme

l’aumônerie des

prisons, se sont développés

et structurés.

Le diocèse a en

charge des institutions

orientées vers

le service et la rencontre

de la population du pays : activités culturelles et

éducatives autour des bibliothèques (rien qu’à Oran, on

en compte quatre) et activités de promotion féminine.

La vie consacrée est représentée par une douzaine de

communautés religieuses. À Oran, les Petites Sœurs des

Pauvres accueillent des personnes âgées presque toutes

algériennes, avec l’aide de nombreux bienfaiteurs oranais.

Les Focolari sont établis à Tlemcen depuis 1966 et,

en 2011, s’y est tenu le premier congrès des musulmans

qui ont fait leur la spiritualité des Focolari.

La communauté catholique d’Oranie, quand elle se rassemble,

le fait à la cathédrale Sainte-Marie d’Oran, inaugurée

en novembre 2010, ou bien à la basilique Notre-

Le diocèse d'Oran

Dame du Salut, un sanctuaire qui domine la baie d’Oran

et appartient au patrimoine de la ville. Les jeunes du diocèse,

les étudiants, se retrouvent aussi régulièrement à

Tlemcen pour des temps de récollection : chaque été a

lieu la session « Taizé à Tlemcen », une semaine de prière

et de partage dans l’esprit de Taizé.

Ces diocésains – il y a aussi des chrétiens coptes et

évangéliques – sont donc dispersés sur un territoire de

presque 80 000 km 2 , qui compte 7 millions d’habitants.

L’agglomération d’Oran compte à elle seule plus de 1,5

millions d’habitants. Tlemcen, avec son riche patrimoine

culturel et son dynamisme

économique certain, peut

prétendre rivaliser avec

celle-ci. Une autre ville importante

est Sidi Bel Abbès.

Ces dernières années, de

gros efforts ont été faits

pour améliorer les infrastructures

de transport, ce

qui permet de réduire les

inégalités dans le développement

du territoire : en

effet, au sud, les hauts-plateaux

(Tiaret, Saïda), sont

enclavés et plus pauvres.

La région compte huit universités

et quatre centres

universitaires plus modestes.

Éduquer, former les

jeunes et créer des activités pour les intégrer dans la vie

économique est en effet un défi. Devraient donc se développer

l’activité industrielle (l’arrivée de Renault aurat-elle

un effet d’entraînement ), l’agriculture (un secteur

assez dynamique aujourd’hui) et le tourisme. Mais beaucoup

disent ici que rien ne se fera sans ouverture sur le

monde, sans interculturalité : les Oranais, accueillants et

aimant voyager, sont bien placés pour être les acteurs de

cette ouverture.

Et l’Église catholique à Oran porte ces espérances avec le

peuple auquel elle est envoyée.

Dominique Lebon

église d'algérie

pax concordia


église d'algérie

Lettre pastorale de Mgr Desfarges

C’est sa première. Mais tout y est, et il y est tout entier.

L’important pourtant est ailleurs. C’est de savoir si nous

aussi, nous nous y retrouvons. Parce que c’est tout sauf

neutre. Parce qu’il trace un cap et met des mots sur

notre situation, sur notre engagement, sur le sens et les

modalités de nos relations et de notre témoignage.

Entrerez-vous dans la spiritualité de Bethléem Vous

verrez que ce n’est pas exactement celle de Nazareth !

Marcherez-vous dans l’Histoire Sainte dont il nous

dessine la perspective, incluant nos frères et sœurs

de l’islam Accorderez-vous à sa petite musique vos

pas de jeunes ou plus anciens disciples pour dessiner

l’Église d’Algérie d’aujourd’hui

On la lit et

on en débat.

Le prochain

bulletin du

diocèse de

Constantine

et Hippone

se fera

l’écho… du

processus de

réception.

Car ce qui

est en jeu,

c’est bien le

sens de nos

rencontres.

Tiens, n’estce

pas le

titre d’un

document

de 1979 des

évêques d’Afrique du Nord Il semble bien que ce

texte s’inscrive dans cette veine, en la renouvelant

pour aujourd’hui.

Difficile à lire seul Peut-être. Mais dans ce cas, il serait

dommage de ne pas vous mettre à quelques-uns pour

lire ensemble ce document. On le trouve sur le site de

l’Église d’Algérie.

Michel Guillaud

© J.M. Chassine

Diocèse de Constantine

Tous pour Saint-Augustin !

La colline d’Hippone vit des jours enthousiasmants,

marquant la fin prochaine des travaux de restauration

de la basilique Saint-Augustin. Déjà Le chantier

a ouvert il y a près de trois ans et le projet est en

route depuis 2006 ! Il faut alors plutôt dire « enfin ! »

et « merci ! » à tous ceux qui se sont donnés à cette

grande œuvre, sous la coordination de Laurent

Bercher, l’économe diocésain, et avec l’œil vigilant du

père Ambroise, recteur de la basilique.

Grâce au savoir-faire de Xavier David, l’architecte du

projet, et à la maîtrise par l’entreprise Girard de toutes

les techniques nécessaires, de la maçonnerie à la taille

de pierre, des couvertures en tuile à la réfection des

dômes au mortier de chaux, de la réfection des peintures

intérieures à la restauration complète des 140 vitraux, et

encore bien d’autres choses telles que la mise en lumière

et la sonorisation de l’édifice, le chantier s’achemine

vers son plein aboutissement, malgré les difficultés de

dernière heure rencontrées dans la restauration des

deux tours-clochers. Raisonnablement, le chantier sera

achevé au printemps.

Une manifestation en présence des autorités et

partenaires du projet pourrait avoir lieu dans

quelques mois ; une autre, en présence de toutes

les communautés et institutions qui ont soutenu le

projet, mais surtout en présence des communautés du

diocèse et de toute l’Algérie, se tiendrait à une date un

peu plus lointaine, celle du 100 e anniversaire du jour

où le pape Pie X a érigé le sanctuaire en basilique ; ce

serait ainsi en avril 2014.

D’ici là, deux « chantiers » accompagneront la fin de la

restauration : la mise en valeur du parvis de la basilique,

en principe avant le mois de juin ; et la rénovation de

l’orgue de la basilique, muet depuis plus de trente ans,

et qui jouera en 2014. Deo gratias, c’est mieux que

inch’allah !

Dominique Henry

Directeur du projet de la restauration


Dans le contexte du cinquantenaire de

l'indépendance de l'Algérie, et pour

marquer l’arrivée d’une partie du

fonds Charles-Robert Ageron légué à

la bibliothèque des Glycines en 2011,

le Centre d'études diocésain d’Alger a organisé,

mi-décembre 2012, en partenariat avec l’Institut

d'histoire du temps présent et le Centre d’histoire

sociale du XX e siècle de Paris, les « Journées d’étude

Charles-Robert Ageron ».

Ces journées ne se voulaient pas un colloque de

spécialistes reconnus de l’histoire contemporaine de

l’Algérie ; elles devaient plutôt donner l’opportunité

à de jeunes historiens de présenter et confronter

leurs travaux.

Nous savons que C.-R. Ageron

a plus que privilégié les

documents écrits et a rejeté

toutes les autres sources. Les

archives, rien que les archives ;

c’est là que, pour lui, gisent les

faits à ressusciter. La méthode

positiviste confondue avec la

méthode historique s’imposait

de tout son poids pour établir

rigoureusement les faits et

faire éclater la vérité. L’écrit,

vérifié et vérifiable, était en

quelque sorte la seule source

sur laquelle pouvait s’appuyer

l’historien. Pour les tenants de

cette approche - C.-R. Ageron

en était l’un des principaux -,

la source orale est au mieux, du roman historique

ou matière pour une histoire de vie. Or, pour

reprendre Mahfoud Kaddache, un autre historien

de la même génération, c’est la condition et le sort

des Algériens face aux lois et aux mesures prises par

l’administration coloniale qui sont le vrai problème.

Comment en effet ramener le sujet colonial au centre

de la parole et de l’écrit comme sujet de sa propre

histoire Comment faire une histoire qui ne serait

plus vue à travers le prisme de l’Administrateur ou

du Commandant militaire français

Diocèse d'Alger

Journées Charles-Robert Ageron

Centre d’études diocésain des Glycines

Pour répondre à ces questions, les Journées d’étude

C.-R. Ageron ont été divisées en deux parties : une

partie consacrée aux thématiques et une autre

aux sources pour l’écriture de l’histoire de l’Algérie

contemporaine.

Dans un premier temps, les interventions de

doctorants ou post-doctorants ont abordé la

question de la bipolarité de la société coloniale :

études d’histoire sociale et de micro-histoire. La

deuxième journée a tourné autour de la thématique

"Militantismes politiques en Algérie, Genèse et

formation du nationalisme algérien". Quant à la

troisième partie, ce sont les outils et méthodes de

la recherche historique, critique des sources et de

l’historiographie traditionnelle qui ont été abordés.

Pour clôturer ces journées, d’éminents

historiens et chercheurs ont témoigné

de leur rencontre avec C.-R. Ageron et

avec ses travaux dans des interventions

conçues comme un hommage à la

figure de Charles-Robert Ageron.

Plus de 100 personnes ont pu suivre

les interventions des historiens. Une

salle supplémentaire équipée d'un

dispositif de retransmission audio et

vidéo des séances a été nécessaire

pour permettre au public venu

nombreux, de suivre les débats. Parmi

les auditeurs assistaient de jeunes

chercheurs algériens des universités

d'Alger, Constantine, Chlef, Tébessa,

Annaba, Tizi Ouzou et Khémis-Miliana

ainsi que des universitaires venant de

Palestine, d'Italie, de Grande-Bretagne, du Japon,

des États-Unis, de Finlande et de France.

Madame Ageron, donatrice du fonds, a participé à

l’ensemble des journées avec son fils Pierre. Tous

deux ont fait part de leur émotion lors de la remise

en mains propres du catalogue du fonds Ageron.

Daho Djerbal

église d'algérie

pax concordia


église d'algérie

Bienvenue à Georges Vimard, nouveau curé

d’El-Menea (El-Golea)

Georges a déjà servi comme prêtre en Palestine de 1995

à 2001.

« L’accueil durant le mois d’août 2012 à Notre-Dame

d’Afrique à Alger m’a permis de prendre pied en Algérie.

Depuis l’automne, me voilà dans ce Sud mystérieux.

À El Ménéa, les contacts sont faciles et chaleureux ; en

revanche, rencontrer les internationaux aux chantiers de la

nouvelle ville et de l’usine à gaz demande de la patience ;

j’ai pu démarrer quelques cours de soutien scolaire en

français. Je ne me lasse pas de la belle nature, au milieu de

la caravane des événements, des rencontres et des petites

urgences que le chantier de la maison du père Leclerc (ma

future maison) réclame. La solitude me surprend, mais

n’est-ce pas la condition pour pouvoir devenir priant

parmi d’autres croyants au Dieu Unique

Rejoindre l’Église du Sahara est appel, c’est aussi choix

risqué de l’ordre du gratuit et c’est bien pourquoi il me

dépasse. » Georges Vimard

© K. Stolarski

P. Georges, Sr Anastasie, Sr Bernadette et Sr Lalaina

Bienvenue aussi aux Sœurs de la Salette, ses futures

paroissiennes

Les soeurs Bernadette, Anastasie et Lalaina, malgaches,

viennent d’arriver en Algérie. Investies à plein temps dans

l’apprentissage de l’arabe dialectal (à Ghardaïa), elles se

préparent à découvrir leur nouveau champ de mission !

Bienvenue à elles qui sont tant attendues à El Ménéa !

Bienvenue enfin aux Sœurs de l’Immacolata, à Hassi

Messaoud

Depuis octobre 2012, Sr Serena, italienne, Sr Lourdes,

brésilienne et Sr Jyothi, indienne, résident à Hassi Messaoud :

Diocèse de Ghardaïa

Du nouveau dans le diocèse !

© Mgr Rault

« Chaque vendredi, avec un prêtre venu de Ouargla ou de

Touggourt, nous accueillons les chrétiens des sociétés (aux

mouvements rendus plus compliqués, suite à l’attentat de

Tiguentourine). La célébration de l’Eucharistie, que nous

essayons de rendre belle par l’animation et les soins de la

chapelle, rend Jésus présent dans la grande communauté

musulmane qui nous entoure.

Sr Lourdes, Sr Serena et Sr Jyothi

Dans ce monde du pétrole et du gaz, très varié, dominé

par le travail, il nous reste beaucoup à découvrir. Nous

commençons à connaître et visiter des familles où se

trouve une personne handicapée. À travers ces premiers

contacts, l’accueil et l’amitié ne tardent pas à s’établir. Pour

le moment, notre attitude est l’accueil, l’attention et la

patience. »

Adieu Chata !

À Beni-Abbès, petite sœur

Bernadette Chantal (petite

sœur de Jésus) que les

voisins appelaient « Chata »,

est partie le mardi 19 février

2013 à 14h30. Un infarctus

l'a emportée, et elle a été

enterrée dans la cour de l'ermitage du Père de

Foucauld. Elle qui, dès le début de sa vie religieuse,

avait choisi de vivre parmi les nomades, a vécu 25 ans

en Algérie (Ghardaïa, El Abiodh, Beni Abbès).

« Merci Bernadette, on te laisse aller ton chemin

vers le Père. Tu vas nous manquer, mais quand on

fermera les yeux on continuera à te voir, souriante,

accueillante. » Bernard Boussion (pfev)


Mgr Pierre Claverie et ses 18 compagnons

Quelques informations sur la Cause de béatification

Au mois de mai 2000, l’Église d’Algérie

avait profité de la célébration

au Colisée par Jean Paul II d’une

« commémoration des témoins de la

foi du XX e siècle » pour organiser un

pèlerinage à Rome réunissant les familles des dixneuf

victimes de l’Église d’Algérie. Au terme de trois

journées émouvantes de prière et d’amitié, Mgr

Henri Teissier, alors archevêque d’Alger, poussé par

beaucoup de gens, avait annoncé son intention de

demander l’ouverture d’une cause de béatification

des dix-neuf « Serviteurs de Dieu » de l’Église

d’Algérie (c'est ainsi qu'est appelé le candidat à la

béatification). La Cause est commune afin que les

petites congrégations, moins organisées et moins

équipées que les ordres religieux plus anciens, ne

soient pas tenues à l’écart d’une démarche longue

et complexe.

Recueil de témoignages

Au terme de discussions entre les huit

congrégations religieuses concernées pour arriver

à un « consensus », une Cause a été, effectivement,

ouverte par le diocèse d’Alger le 5 octobre 2007 et

un postulateur de la Cause a été nommé, le frère

Giovanni Bigotto, postulateur des frères maristes.

Les postulateurs des trappistes et des dominicains

ont soutenu son travail. L’évêque d’Alger a alors

conduit une enquête diocésaine. Il s’agissait de

recueillir les témoignages des personnes proches

des dix-neuf victimes : parents, voisins, membres

de leur congrégation, etc., de manière à éclairer

leur personnalité, leur vie et leur témoignage. Dès

l’annonce de leur mort, le pape Jean-Paul II les

avait qualifiés de « martyrs ». Cela permet d’ouvrir

une cause de béatification, sans attendre qu’un

miracle avéré puisse être attribué au « candidat »

à la béatification. Cette qualification de « martyr »

église d'algérie

© J.M. Chassine

Transept des martyrs à Notre-Dame d'Afrique

pax concordia


église d'algérie

allège donc la procédure mais devra, néanmoins,

être reconnue par la Congrégation pour la Cause

des saints. Le tribunal diocésain, composé de quatre

personnes, a travaillé pendant plusieurs années,

recueillant environ 140 témoignages, dans divers

pays : Algérie, France, Espagne, Italie et Belgique.

Historiens et théologiens

Parallèlement, une commission d’historiens,

nommée par l’archevêque d’Alger, a recueilli le

maximum de documents sur les dix-neuf, leur vie

et les circonstances de leur mort. Elle a également

rassemblé l’ensemble des écrits publiés par les uns

et les autres, et aussi les écrits publiés sur eux. La

bibliographie compte plus d’une centaine de titres

en différentes langues. Il y a aussi une iconographie

abondante (statues, films, pièces de théâtres, etc.)

qui témoignent de l’écho rencontré par ces vies

données, écho qui continue plus de quinze ans après

leur mort. Des censeurs-théologiens furent nommés,

par ailleurs, pour examiner les écrits des dix-neuf,

répartis en trois groupes : les moines, Mgr Claverie,

et les autres (qui ont peu écrit, sauf le frère mariste

Henri Vergès).

L’ensemble de cette

documentation a été

collationné, vérifié

et remis au Saint-

Siège, donnant lieu

à une cérémonie

émouvante au

généralat des

frères maristes à

Rome, le 9 juillet

2012. La cérémonie

était présidée par

Mgr Ghaleb Bader,

archevêque d’Alger,

avec la présence

du frère Dominique

Motte et du père

Jean-Pierre Henry. Presque toutes les congrégations

religieuses concernées étaient représentées. La

Congrégation pour la Cause des saints doit maintenant

examiner cette abondante documentation (plus de

6700 pages !), avant de nommer un rapporteur qui

doit suivre le postulateur et ses collaborateurs dans

le travail de rédaction de la « Positio super virtutibus

et martyrio », qui est une sorte d’argumentaire très

détaillé destiné à permettre au pape de décider

si une béatification doit avoir lieu ou non. Cette

procédure prend en général du temps, parfois des

dizaines d’années.

© J.M. Chassine

Le temps doit faire son œuvre

Dans le cas présent, se presser serait une erreur,

car les blessures des années noires 1990-2000

restent vives chez beaucoup d’Algériens. Le pays

est loin d’avoir commencé à faire la lumière sur les

responsabilités dans les massacres et assassinats qui

ont eu lieu. Distinguer les chrétiens parmi les victimes

innocentes pourrait choquer beaucoup. L’idée

même d’une béatification ne fait pas l’unanimité, y

compris au sein de l’Église d’Algérie. Le temps doit

donc faire son œuvre, permettre du recul et c’est

sagesse que l’Église prenne son temps dans un

dossier comme celui-là. En revanche, il était capital

de ne pas attendre pour recueillir les témoignages,

car les témoins meurent, oublient, ou transforment

involontairement leur souvenirs.

L’essentiel

L’essentiel est déjà acquis : la vie donnée des dixneuf

témoins de la foi de l’Église d’Algérie est d’une

grande fécondité dans le cœur de beaucoup de gens.

Elle parle de l’importance de l’amour mutuel et de

la fraternité, à un moment où les relations entre le

monde musulman

et l’Occident sont

de plus en plus

tendues. La lecture

de la documentation

réunie conduit à un

constat frappant :

quels que soient

leur origine, leur

niveau de culture,

leur facilité ou non à

écrire, le témoignage

des dix-neuf est

unanime et se résume

en quelques mots :

« nous choisissons

consciemment et

librement de rester

dans ce pays malgré les risques, par amour du Christ,

par fidélité à l’Église qui nous appelle dans ce pays et

par solidarité avec le peuple algérien victime d’une

violence aveugle ». Voilà un beau message pour

notre époque où la relation islamo-chrétienne a tant

besoin d’être pacifiée.

Tombe de Pierre Claverie - Oran

Jean-Jacques Pérennès, o.p., Le Caire


Guerre au Sud

Une guerre se déroule au sud de notre pays. Sur fond mêlé de malaise touareg,

de déficience de l’État au Mali, de retombées de la révolution libyenne ;

intervention européenne mal perçue depuis l’Algérie du fait de son histoire,

mais aussi parce que la « guerre au terrorisme » ne s’accompagne guère d’une

analyse des racines de celui-ci et des raisons de la déstabilisation du Mali. Elle

a pour théâtre des espaces immenses difficiles à contrôler, lieux de transit

d’hommes et de marchandises, où se côtoient d’énormes richesses et de

réelles pauvretés.

La situation au Mali a des répercussions multiples en Algérie, particulièrement

au sud, avec le drame d’In Amenas, mais aussi la présence de nombreux

réfugiés, une vigilance extrême des forces de sécurité qui occasionne de

lourdes contraintes dans les déplacements, la fermeture des frontières sud,

la suspension des activités touristiques avec ses conséquences économiques,

etc.

Nous donnons ci-dessous, pêle-mêle, quelques échos qui traversent la vie de

notre Église.

à propos de

À tous nos amis des bases de la région de

Hassi Messaoud

Bien chers amis, en signe de profonde solidarité avec

vous, dans cette épreuve qui frappe les travailleurs de

la base d’In Amenas, d’où qu’ils viennent, je tiens à

vous dire ma profonde proximité, et aussi le soutien

de ma prière et de celle de tous les membres de notre

diocèse. (…)

Que faire devant cette agression

• La réprouver d’abord avec toute la force de nos

convictions humaines et religieuses : Dieu ne

veut pas la violence. Il ne peut en être la source ni

la justification. Ne faisons donc pas retomber sur

nos amis musulmans le poids d’un tel méfait ! Ils

sont aussi parmi les victimes.

• Et aussi prier notre Dieu de Paix pour qu’Il vienne

panser les plaies vives de ceux et celles qui sont

dans la douleur et dans la peine.

Qu’Il accueille près de lui les victimes et remette

dans le droit chemin ceux qui croient L’honorer en

commettant de telles horreurs.

Au nom de toute la communauté catholique du

Sahara algérien, soyez assurés de notre profonde

compassion et de notre prière pour les victimes et

pour l’avènement de la Paix dans toute cette région

frappée par la violence.

Avec la communauté catholique du Sahara algérien.

+ Claude Rault, évêque de Laghouat-Ghardaïa,

le 17 janvier

© M. Guillaud

Nous nous sentions tous frères

Dans certaines compagnies, certains techniciens et

travailleurs travaillent à un rythme alternant quatre

semaines de travail et quatre semaines de repos.

Durant leur période de repos, certains viennent me

voir pour améliorer leur niveau de français. C'est

comme ça que j'ai connu l'un d'entre eux qui travaille

à In Amenas. Au moment de l'attaque de cette base,

je pensais souvent à lui et j'ai cherché à avoir de ses

nouvelles.

pax concordia


à propos de

Deux jours après la conclusion … et le massacre des

terroristes et des étrangers, j'ai reçu une visite. C'était

l'ami qui occupait mes pensées. M'étreignant, il me dit :

« Tu es le premier que j'ai voulu revoir. J'ai tellement

pensé à toi. » Imaginez notre joie et notre émotion à

tous deux.

Du long récit qu'il m'a fait des journées qu'ils avaient

vécues, je ne retiens ici que quelques points. « La

souffrance et la peur ont été immenses. Nous Algériens

avons été solidaires des étrangers, nous avons voulu

rester unis, mélangés avec eux. J'en ai sauvé trois...

Quand tout a été terminé, nous avons été conduits à

l'aéroport. De loin, j'en vois un qui me devait d'avoir eu

la vie sauve. Je lâche mes valises et je cours. Nous nous

sommes embrassés longuement, devant tout le monde.

Il ne faisait que me dire : "Je ne t'oublierai jamais ! "

Nous avons pleuré... Il en était ainsi chez tous ceux qui

attendaient l'avion, Algériens, étrangers, tous exultaient

de joie. Nous nous sentions tous frères. »

Cette phrase - Nous nous sentions tous frères - me

touche beaucoup parce que le dur rythme de travail ne

permet habituellement pas des relations très profondes

entre les travailleurs locaux et étrangers. Cet événement

terrible a révélé quelque chose qui était demeuré caché

dans le cœur de chacun : « Chacun est mon frère ».

Impasse

Silvano Zoccarato,

Touggourt, le 26 janvier

Outre les questions sur la vie en prison, un de nos

soucis concerne la sortie. Il est très difficile, pour un

migrant, à fortiori s'il sort de prison, de vivre en Algérie

durablement de manière honnête, avec un travail légal.

Or la fermeture des frontières terrestres consécutive

à la guerre au Mali fait qu'il n'y a plus ni expulsion ni

possibilité de partir de son propre chef. Que peuvent

faire ces hommes dans cette impasse

Extrait du compte-rendu de la rencontre nationale

des aumôniers de prison, le12 février 2013

Précarité

Par la fermeture des frontières au sud, depuis

les événements douloureux d'In Amenas, et une

surveillance plus efficace de la frontière avec la mer

Méditerranée, de nombreux réfugiés/migrants se

trouvent pris au piège en Afrique du Nord. La seule

solution, au moins provisoirement, est une demande

d'asile au bureau du HCR ou au ministère des Affaires

Étrangères algérien. Heureusement, ce dernier a pris

des mesures d'assouplissement de titre de séjour sur le

territoire pour les détenteurs d’un passeport malien.

Il est plus qu'évident que la vie de cette population est

très précaire par l'impossibilité de trouver du travail

et un hébergement. Parmi elle un grand nombre de

mineurs qui font souvent l’objet de sévices par des

personnes mal intentionnées. Un bon nombre d'ONG

et la Ligue pour la défense des droits de l'Homme sont

présents sur le terrain et

répondent à leurs demandes

de secours lorsqu'ils se

trouvent dans des situations

difficiles ou impossibles. Les

hôpitaux et dispensaires sont

aussi des lieux où l'accueil est

chaleureux et de qualité.

Heureusement aussi, grâce

à ces ONG, un nombre

appréciable de mineurs

et de jeunes ont pu être

scolarisés ou mis en

formation professionnelle.

Une collecte de couvertures

a pu être organisée auprès de

personnes de bonne volonté,

des médicaments ont été fournis, des couches et du lait

pour bébés distribués, ainsi des réponses provisoires

sont données à une situation qui, espérons, restera

provisoire.

Jan Heuft, Rencontre et Développement (CCSA),

le 15 février

Mali : appel des évêques à la réconciliation

nationale

« Pour les évêques et pour la majeure partie des Maliens,

le principal défi à relever est celui de la réconciliation

nationale », déclare à l'agence Fides le père Edmond

Dembele, secrétaire général de la Conférence épiscopale

du Mali, le 5 février.

Il souligne que « durant leur récente rencontre avec

le président de la République par intérim, les évêques

locaux ont demandé aux autorités d'affronter au plus

vite les thèmes de la réconciliation nationale ».

«Ceci signifie, explique le père Dembele, réconcilier en

premier les différentes communautés qui vivent dans

le nord du pays (touaregs, arabes, sonrais et autres). Il

s'agit de populations qui vivaient ensemble avant la

crise et qui, au cours de la prise de pouvoir des groupes

djihadistes, se sont trouvés dans des camps différents ».

« Il faut restaurer la confiance réciproque entre les

différentes communautés et obtenir la réconciliation

par le pardon » affirme le prêtre.


50 ans après la fin de la colonisation en Algérie, deux femmes, l’une

algérienne, Karima Berger, l’autre française, Christine Ray, écrivent un

journal à deux voix : « Si nous mêlons nos voix aujourd’hui, c’est que la

tâche de décoloniser nos esprits des deux côtés de la Méditerranée n’est

pas achevée » (p. 13).

Sœurs, elles sont : « Nous deux, nées la même année (1952), nous avons

marché pieds-nus, sur la même terre d’Algérie. Sœurs encore, en 2012, à

Paris, habitant un lieu commun, la littérature, elles choisissent alors de mêler

leurs écritures.

Par leur écriture, elles franchissent les frontières, elles brisent les tabous ;

elles osent dire ce qui blesse, les frustrations, les humiliations, les souffrances

des hommes en situation coloniale, en situation de guerre, en situation

d’exil ; nous entrons dans leur histoire familiale, scolaire, sociale, religieuse

et politique.

Elles nous font part aussi de leur enchantement et en particulier celui des

rencontres merveilleuses que l’on peut faire en Algérie : Christine dit sa

chance d’avoir rencontré Germaine Tillon, le cardinal Duval et découvert qui

étaient les moines de Tibhirine. Karima, elle, parle avec beaucoup d’émotion

et d’enthousiasme de son professeur Bruno Étienne à l’université de Ben

Aknoun. À propos de l’Islam, par exemple, Karima dit que si sa religion est

d’abord comme une langue natale, en réalité c’est sa foi qui est sa vraie

langue vitale. En finale, je dirais que ce livre est, à sa manière, un beau livre

d’histoire de l’Algérie, à deux voix.

Chantal Laurette

Toi, ma sœur

étrangère

Algérie-France sans

guerre et sans tabou

Karima Berger,

Christine Ray

Éditions du Rocher, 2012

238 pages

des livres à lire

Le sous-titre de ce livre « Huit jours à l'école du Maître dans

l’Évangile de Jean » précise bien de quoi il s'agit : une invitation

à nous rapprocher de Jésus, l'Homme de la rencontre, à le

contempler dans son humanité. C'est à une aventure intérieure

que le lecteur est convié. Pour cela, le père Rault se fait son

accompagnateur pour une lecture attentive mais plus encore pour une

méditation des récits de l'Évangile de Jean. En ces temps où l'on parle tant de

« nouvelle évangélisation », il nous rappelle que nous ne trouvons dans cet

évangile qu'une seule fois le verbe « évangéliser ». En effet, les communautés

johanniques se trouvaient dans un contexte un peu semblable au nôtre et

elles étaient appelées à donner à leur entourage le témoignage vivant du

Ressuscité : « C’est à ceci que tous vous reconnaîtront pour mes disciples, à l’amour

que vous aurez les uns pour les autres » ; ce qui rend cet Évangile d’une actualité

surprenante. C'est d'abord à travers la rencontre que nous sommes appelés à

révéler Jésus et son message. Les rencontres de Jésus, dans cet Évangile, sont

extrêmement variées : viennent de suite à l'esprit Nicodème, la Samaritaine,

Lazare et ses sœurs, pour n'en citer que quelques-unes ; pensons aussi aux

différentes guérisons, le fils d'un fonctionnaire royal, l'infirme de Bethesda,

l'aveugle-né ; sans oublier les rencontres de Jésus après sa résurrection.

Tandis que nous sommes mis, jour après jour, par les médias ou dans

notre propre environnement, face aux rapports humains violents,

haineux, corrompus, etc., la lecture de ce livre fait du bien, elle

aide à entendre, peut-être avec une oreille neuve, l’appel à nousmêmes

rencontrer le Galiléen, rencontre qui ne laisse pas indemne !

Anne de Boissieu

Jésus, l’Homme de

la rencontre

Huit jours à l’école du Maître

dans l’Évangile de Jean

Claude Rault, évêque du

Sahara algérien

Éd. Notre-Dame du Lac, 2012

Collection Voix monastiques 22

175 pages

pax concordia


Trois mois en bref

L’Algérie au fil des jours

AQMI s’attaque au bassin gazier d’In Amenas. « Les

ravisseurs, indique l’AFP, réclament la libération de

100 terroristes détenus en Algérie pour relâcher leurs

otages. » El Watan, 17.01.2013. Ensuite, ils ont prétendu

agir en représailles contre l’intervention de la France au

Mali. Leur but : faire exploser l’usine. In Aménas, Le site

gazier de Tiguentourine (« racines d’une forêt morte »

en berbère), proche d’In Aménas, s’efforce à reprendre

vie 15 jours après

l’attaque du

16.01.13. El Watan,

02.02.2013. Bilan

a p p r o x i m a t i f

(diverses sources

algériennes et

étrangères), publié

par le Premier

Ministre : 792

employés dans ce

In Amenas

site, dont 660 Algériens et 132 étrangers de 26 nationalités

différentes ; 32 djihadistes abattus et 3 arrêtés, 38 otages

tués (dont un Algérien et 37 étrangers, appartenant à 8

nationalités). Des otages étrangers doivent la vie à leurs

collégues algériens. El Watan, 22.01.2013.

Alger. Hôpital Mustapha. Le courageux combat

du professeur Kamel Bouzid. Un homme face au

drame des cancéreux. « Seules 8000 personnes sont

prises en charge sur les 28 000 malades nécessitant un

traitement en radiothérapie » déplore-t-il. Il ajoute : « Le

cancer dépisté précocement peut être guéri à 100%.

Mais, lorsqu’il atteint les stades 3 et 4, le coût de son

traitement est de 5 millions de dinars/an (50 000 euros)

pour chaque malade. Trois malades sur cinq décèdent

dans les 5 ans qui suivent. » Ce discours et ces "coups de

gueule" tonitruants tranchent avec les discours "officiels"

rassurants, devenus indécents de démagogie. El Watan,

09.01.13

Tamanrasset. Près de 35 000 ressortissants africains

sont entrés en Algérie en 2012 (données de l’inspecteur

régional de la police). El Watan, 28.01.13. Les Subsahariens

pris en charge à Tiaret (une soixantaine venus du Niger et

pris en charge par les autorités locales et des bénévoles

sous la casquette de "Ness el-kheir"). Des centaines

d’immigrants envahissent l’Ouest. Liberté, 25.12.12.

Plongée dans les eaux troubles du trafic de migrants.

Ils représentent un marché annuel de 6,5 milliards de

dollars. El Watan, 3-9.12.12

Oran. Plaidoyer pour séparer le politique du religieux.

Clôture du symposium du CRASC (Centre national de

recherche en anthropologie sociale et culturelle) le 4

décembre. La relation entre politique et religion est

remise d’actualité dans le contexte des révoltes dans les

pays arabes. Thème : ‘Penser le changement’. L’un des

conférenciers connu, Soheib Bencheikh, ancien mufti de

Marseille : « J’ai une bibliothèque bien fournie, mais je

n’ai rencontré aucun livre qui soit intitulé Charia, car cette

notion nous renvoie automatiquement vers l’histoire et

se cramponner à un moment de l’histoire est toujours

dangereux ».

El Watan, 05.12.12.

Alger. Une ligue pour combattre le fanatisme

religieux. Des érudits, prêcheurs et imams du Mali, du

Niger, du Burkina Faso, de Mauritanie et d’Algérie se

sont regroupé le 30.01.13, pour débattre du fléau de

l’extrémisme religieux, de ses causes et de son traitement.

Dans leur déclaration finale, ils ont dénoncé « la violence,

le fanatisme, l’extrémisme » et rejeté « tout ce qui porte

atteinte à la souveraineté des États ». Ils exhortent érudits,

imams et prédicateurs de la région du Sahel à lever toutes

les équivoques sur la religion, à « propager la culture de

la paix, de la tolérance, la concorde et la cohabitation

avec les autres religions et communautés ».

El Watan, 31.01.13

Ouargla. Le Père Denys Pillet. Une vie consacrée au

désert. 50 ans à Ouargla. Sa maîtrise de la langue arabe

lui a été d’une grande utilité. Grâce à ses efforts et son

amour pour la région, il a pu collecter d’importantes

quantités de documents, photos et livres racontant

l’histoire de Ouargla et de son ksar. Son ultime vœu : « Je

souhaite voir un jour une renaissance du ksar (village

fortifié). Ce qui se matérialiserait avec des travaux de

restauration » (il y a quelques mois, Denys, presque

aveugle, désormais en France, rendait visite à « sa » ville

et à ses amis ouarglis).

El Watan, 03.01.13.

Brèves glanées par Gérard de Bélair


Propositions d’été

Université d’Été (UDT)*

Dates : 8 - 18 juillet à Alger. Contact : udtalger@yahoo.fr

Skiknaba*

Dates : 12 -19 juillet à Skikda. Contact : skiknaba2013@yahoo.fr

Taizé à Tlemcen*

1ère session : 21 - 28 juillet

2ème session : 29 juillet – 5 août

Contact : taizeenalgerie@yahoo.fr

Parole et Geste (gestuation de récitatifs bibliques)

Nouveaux transmetteurs : 22 - 27 juin

Ouvert à tous : 5 - 12 septembre à Skikda

Contact : paroleetgestedz@gmail.com

École de la Différence

Dates : 24 - 31 août en Oranie

Contact : kawishaa@yahoo.com

Arabe dialectal

1ère session : 30 juin - 11 juillet aux Glycines à Alger

2ème session : 15 septembre – 3 octobre

Contact : arabeclassdial@yahoo.fr

Été à Ben Smen

22 juin – 1er juillet : retraite (avec psaumes et chants)

10 - 23 juillet : chantier d’été

18 - 24 août : session de formation chrétienne (étudiants et néophytes)

7 - 16 septembre : retraite (sur les pas de Marie)

23 - 25 septembre : récollection (relire mon été et bien redémarrer l’année)*

Contact : bensmendz@gmail.com

(*) Sessions proposées aux étudiants uniquement

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أفريل - 2013 العدد 14 مجلة كنيسة اجلزائر الكاثوليكية

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تكريس أسقف وهران

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