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pax

concordia

troisième trimestre 2012 - n° 11

Revue de l’église catholique d’Algérie

ISSN : 2170-1709

Indépendance : Quel regard sur notre histoire

Dossier : Marie d’Algérie

JEUNES : L’élan des JAJ


03 éditorial et mot de la rédaction

05 église universelle

Crise au Mali et brèves

07 Regard sur l’Algérie

Le Petit Lecteur d’Oran

09 1962-2012 Indépendance

Quel regard sur notre histoire

par J. Toussaint

Le père Scotto, par Jean Perrette

Sous ton ciel bleu, par Samira

13 Dossier

Marie d’Algérie

21 Dialogue

Partition saharienne, par A. de Boissieu

22 Actualité Église d’Algérie

Jeunes : l’élan des JAJ

24 Actualité des diocèses

Alger, Oran, Constantine, Ghardaïa

28 Des livres à lire

D. Marguerat, J.-M. Ploux, P. & C. Chaulet,

Kh. Al Khamissi

30 Trois mois en bref

L’Algérie au fil des jours

31 Bloc-notes

et bulletin d’abonnement

Embarqué dans « le train du

n°10 », je me permets de vous

livrer quelques impressions :

(…) Le père Raymond et sa

relation avec les habitants

de Mascara. Magnifiques les

derniers paragraphes de ce

texte. (…) Quel beau témoignage aussi de cette femme

kabyle dont je retiens cette phrase sur l’école des sœurs

blanches qui nous donnaient une « formation humaine

qui nous a préservés de la haine ». Merci madame pour

ce témoignage.

Georges et Maryse Faucheux

Mgr Duval n’est pas mort à 97 ans -comme le dit l’article

de Christine Ray- mais à 92 ans (novembre 1903 – mai

1996).

Lydia

Plusieurs d’entre vous ont réagi au dernier article de

la rubrique « Dialogue ». Le plus souvent pour dire

combien ils avaient apprécié l’interview du père

Raymond Gonnet. Quelquefois en réagissant avec

amusement au surnom de Cheikh Raymond, qui

évoquait plus immédiatement pour eux le grand

musicien de maalouf de Constantine. Il en est qui ont

pensé à d’autres Raymond dont l’enracinement leur

vaut aussi ce surnom...

RECTIFICATIF

L’auteur du roman Djebel Amour est Roger Frison-

Roche et non Pierre Benoit comme écrit par erreur

dans le n°10, page 14.

Trimestriel

éditeur : Association diocésaine d’Algérie (ADA),

n° d’agrément 18, en date du 16 novembre 1974, délivré

par le Ministère de l’Intérieur.

Adresse : Pax et Concordia, Archevêché d’Alger

13 rue Khelifa Boukhalfa, 16000 Alger-Gare

Dépôt légal : n° 2201-2010

Directeur de publication : Mgr Ghaleb Bader

équipe de rédaction : Dominique Lebon, Marie-Christine

Rousseau, Marie-Danièle Ligouzat, Michel Guillaud

Coordinateur de la rédaction : Michel Guillaud

Gérante : Marie-Danièle Ligouzat

Mise en page : Raphaël Watier

Courriel rédaction : paxetconcordia@gmail.com

Courriel abonnements :

paxetconcordia.abonnements@gmail.com

Site internet de l’église d’Algérie :

http://www.eglise-catholique-algerie.org

Dessin de couverture : Le ksar de Timimoun, dessin de Reno

Marca extrait, avec l’aimable autorisation des auteurs, de

Algérie - Soyez les bienvenus, Voyages de la Méditerranée au

Sahara, de Claire et Reno Marca, Éditions Aubanel, 2008,

pp. 106-107.

Photo de la page 13 : statue de Marie dans le chœur de la

basilique Notre-Dame d’Afrique à Alger, auteur Bernard

Lefebvre.


Mgr Claude Rault

évêque de Laghouat-Ghardaïa

Marie et l’Afrique

Puisque le dossier de ce numéro est plus spécialement consacré à

Marie, je voudrais vous livrer une note bien personnelle : ce qui a

marqué et marque le plus ma dévotion à Marie, Vierge et Mère.

Tout d’abord ce sont les récits évangéliques qui la nourrissent. Les

"Évangiles de l’enfance" bien sûr, mais tout au long de la vie de

Jésus, de façon discrète mais forte, nous voyons combien le lien est profond et

nuancé, tendu parfois, entre la mère et le fils.

Cette note est aussi marquée par ce que j’ai reçu dans mon enfance. Très tôt, j’ai

été bercé par le chapelet ; je me souviens encore de ma mère l’égrenant sous

les bombes durant la guerre (1939-45) alors que nous étions réfugiés sous un

abri de fortune. À la paroisse, nous chantions les litanies de la Vierge en latin,

suivions les processions, participions aux nombreuses fêtes en son honneur.

Mon curé se faisait un devoir de mettre dans l’église paroissiale les nombreuses

statues qui représentaient la Vierge des différentes apparitions. Rien n’était trop

beau pour elle. Au fil des années, je finissais par me demander ce que devenait

Jésus dans tout cela ! Cet excès "pieux" de dévotion mariale venait sans doute

compenser sa présentation d’un Dieu marquée par la peur du "péché", pour ne

pas dire celle de l’enfer. Marie venait apporter une note de douceur dans cette

relation à un Dieu vengeur et lointain. Mais ce n’est pas ainsi que Jésus nous

parle de Dieu ! Il nous Le révèle comme "Abba, Père", et nous dévoile la relation

d’intimité filiale et affectueuse qu’il entretient avec Lui.

Elle participe à cette rahma divine

édito

L’islam, de son côté, nous Le dévoile comme "le Clément, le Miséricordieux". La

racine sémite, aussi bien hébraïque qu’arabe, évoque à travers la racine "RHM"

les entrailles maternelles.

Il y a en effet du féminin en Dieu. Marie participe à cette rahma divine, dans sa

maternité et dans tout son être de femme. Elle est vraiment notre mère, parce

que mère du Christ. Du haut de la croix, Jésus nous l’a confiée comme telle :

Femme, voici ton fils, lui dit-il en désignant Jean. Fils, voici ta mère, dit-il au disciple

qu’il aimait. À partir de cet instant, ce disciple la prit chez lui (Jn 19, 25-27). Ne

craignons donc pas de la prendre chez nous. Elle ne fait pas barrage à son Fils,

au contraire, elle nous renvoie à Lui. Déjà à Cana, son invitation est pressante :

Tout ce qu’Il vous dira, faites-le ! (Jn 2, 5). Marie nous met en présence de Jésus et

s’efface ensuite au rang des disciples.

Tout récemment, parti pour le Mali et le Burkina Faso, réfléchissant à cet éditorial,

j’ai été sensible au lien noué entre Marie et l’Afrique. À Alger, le sanctuaire qui lui

est dédié n’a-t-il pas été surnommé "Madame l’Afrique" Appellation qui révèle

la connivence entre Marie et ce continent. Cette attention m’a accompagné tout

au long de mes déplacements : invitation à la récitation du chapelet pendant

nos voyages en voiture, visite à de nombreuses congrégations rattachées

pax concordia


édito

Connivence entre Marie

et ce continent

à Marie, fondées sur ce continent : Sœurs de Notre Dame du Lac, Sœurs de

l’Annonciation de Bobo, Sœurs de l’Immaculée Conception, Sœurs Missionnaires

de Notre Dame d’Afrique, pour n’énumérer que les familles spirituelles visitées.

Sans compter les nombreux sanctuaires, lieux de pèlerinage, fêtes religieuses,

qui lui sont réservés dans les paroisses et les diocèses. Tout cela me parlait de

Marie, et semblait m’inviter à renouveler mon regard sur sa présence constante

et attentive sur le continent africain.

Présente au cœur de l’Église naissante dès le début des Actes des apôtres,

elle veille sur cette Afrique où l’Église est en croissance et l’humanité en

souffrance. Ne la séparons pas de l’Église dont elle reste le modèle et la

mère, dans la joie comme dans l’épreuve.

Impuissante au pied de la croix de Jésus, elle embrasse tous ceux et celles

qui, aujourd’hui sur ce continent, endurent les tourments de la guerre, de

l’exploitation, de la corruption, des crimes, des viols, des famines... L’image de

la Pieta, de la mère recevant sur ses genoux son fils descendu de la croix reste

d’une brûlante actualité. Les bourreaux d’hier, de quelque bord qu’ils soient,

ont changé d’étiquette, mais continuent leur triste ouvrage, soit en faisant leur

œuvre de mort, soit en s’en lavant les mains comme Pilate !

Mais ne l‘oublions pas, Marie continue aussi d’accueillir les cierges qui brûlent à

ses pieds, de danser au rythme des tambours, des claquements de mains et des

chants, mêlant sa présence à la nôtre, portant son enfant sur son dos. Et si cet

enfant encore tout fragile était l’Afrique tout entière

Marche avec nous, Marie !

+ Claude Rault

Le mot de la rédaction

Marie, chemin de rencontre

Il est bien connu que, quand chrétiens et musulmans

parlent de Marie, ils trouvent plus facilement une

connivence spirituelle que quand ils parlent de

Jésus ou de Mohammed. Le dossier de ce numéro

estival de Pax et Concordia n’a d’autre ambition que

de nous dire comment Marie, mère de Jésus, oriente

à la rencontre entre chrétiens et musulmans :

rencontre de son fils, rencontre les uns des autres. Le

mystère de la Visitation sur lequel médite Christian

de Chergé -on trouve d’ailleurs un texte proche

chez Pierre Claverie- est au cœur de la spiritualité de

l’Église d’Algérie.

La basilique Notre-Dame d’Afrique, un des hautlieux

de la capitale, a accueilli un pèlerinage peu

habituel pour la fête des Rameaux : des jeunes

chrétiens venus de tout le pays. Dans la dynamique

des JMJ, ce rassemblement marquera probablement

une étape dans la vie de l’Église d’Algérie et pas

seulement dans celle des participants.

Indépendance

L’été 2012 nous trouve en effet au cœur des commémorations

de l’Indépendance de l’Algérie. Si l’évangile de

Jean dit que le chrétien n’est pas « du monde », quel est

alors son rapport à sa patrie Chacun sait que rien n’est

moins neutre que le regard sur l’histoire, pour se dire et

pour se construire. Jean Toussaint, prêtre à Alger, nous

propose une réflexion sur le nationalisme et sur le rapport

à l’histoire de nos peuples, appuyée sur la Bible et

quelques auteurs. Deux témoignages complètent cette

rubrique, celui d’une mère de famille et un autre sur un

Ancien, le père Scotto.

Lecteurs

Enfin, la rubrique « Regard sur l’Algérie » ouvre ses colonnes

à l’association Le Petit Lecteur d’Oran et présente

son beau parcours initié il y a bientôt vingt ans. La rubrique

« Des livres à lire » présente comme promis deux

autres ouvrages recommandés par le GREA, Groupe de

réflexion de l’Église d’Algérie (Un admirable christianisme

et Dieu n’est pas ce que vous croyez).


MALI et autres brèves

Crise au Mali

Le Mali est confronté, depuis le début de

l’année, à la plus grave crise qu’ait connu

le pays depuis son indépendance en 1960.

Tout le nord du pays a été conquis par des

groupes armés, rentrés pour beaucoup

d’entre eux de Libye après la chute du régime

Khaddafi, pendant qu’à Bamako un coup d’État isolait

le pays. Des dizaines de milliers de personnes ont fui

la région, ce qui aggrave encore, dans le sud du Mali

et dans les pays voisins, la crise alimentaire qui depuis

février 2012 frappe toute l’Afrique de l’Ouest.

Le conflit a une tonalité religieuse : le nord du pays est

contrôlé par des indépendantistes touareg auxquels

sont associés des groupes islamistes qui, eux, veulent

instaurer par la force la charia dans tout le pays. Ces

salafistes ont pris le nom d’Ansar ed-Dine, le nom de

la principale confrérie musulmane du Mali qui, elle,

cultive une approche paisible et pluraliste de la vie en

commun, comme s’ils voulaient signifier qu’un Islam

devait en remplacer un autre.

Des maliens musulmans ont eu à souffrir des salafistes

qui, à Tombouctou par exemple, ont profané le mausolée

d’un des saints de la ville, Cheikh Sidi Mahmoud ben

Amar, un des grands érudits de la cité des 333 saints. Les

chrétiens du nord ont été victimes de leur violence, leurs

églises ont été détruites, et ils ont dû fuir. Certains, en

ces moments difficiles, ont été protégés par des compatriotes

musulmans.

Peu après le coup d’État de Bamako, fin mars 2012, 25 000

personnes ont participé à un grand rassemblement

pour la paix dans la capitale. Dans une déclaration

commune lue en français, en bambara et en arabe,

les responsables religieux musulmans, catholiques et

protestants ont exhorté les Maliens et les Maliennes de

l’intérieur comme de l’extérieur à la retenue, à la sagesse

et au calme. Ils ont demandé aux forces vives de la

nation de privilégier le dialogue. Ils ont invité la classe

politique à mettre l’intérêt supérieur de l’État au-dessus

de toutes les autres considérations et ont demandé aux

pays voisins et aux partenaires du Mali d’accompagner

et de soutenir les efforts entrepris par la nation. Des

prières et bénédictions ont conclu la cérémonie.

Une biographie de Shahbaz Bhatti

Au printemps 2011, mourait le ministre

pakistanais Shahbaz Bhatti, assassiné

parce que, chargé des minorités,

il voulait la réforme de la loi sur le

blasphème. Un an après, sa biographie

est parue en Italie, intitulée : Shahbaz Bhatti, Vita

e martirio di un cristiano in Pakistan, écrite par

R. Pietrolucci et R. Zuccolini. « C’est l’histoire d’un

chrétien qui ne s’est pas rendu, face à qui pense

qu’au Pakistan il est impossible de vivre ensemble.

C’est l’histoire d’un homme qui a lutté à mains nues.

C’est une histoire précieuse, non seulement pour les

chrétiens, mais pour tous : pour son pays qui, depuis

1947, cherche une voie pour la paix et la cohabitation,

comme pour le monde entier, habité encore par trop

de conflits, à fond politique, ethnique et religieux »

(Andrea Riccardi).

Lors de la présentation de l’ouvrage, le cardinal

Tauran a dit de Shahbaz qu’il était un martyr du

dialogue, rappelant ce qu’il lui avait confié: « Je sais

qu’ils me tueront, j’offre ma vie pour le dialogue

interreligieux ». Selon le cardinal, toujours, ce martyre

– qu’il n’a pas cherché - n’est pas un martyre « contre

les autres », mais une façon de « donner sa vie pour

tous ».

église universelle

pax concordia


église universelle

6

Jordanie : ensemble au service des

personnes handicapées

Bien que la Jordanie soit considérée comme

l’un des pays à la pointe de la promotion

des droits des personnes handicapées

au sein du monde arabe, il reste

encore beaucoup à faire.

Le Centre Notre-Dame de la Paix, près d'Amman,

fondé en 2002 par le Patriarcat latin de Jérusalem,

a pour but de soutenir les personnes handicapées

et leurs familles, musulmanes et chrétiennes. Il a

développé des comités incluant musulmans et

chrétiens, personnes valides et handicapées, dans

tous les gouvernorats de la Jordanie, qui ont pour

rôle de sensibiliser le peuple au problème de ces

personnes.

Que des musulmans et des chrétiens acceptent d’agir

ensemble reste difficile

: des préjugés persistent,

la communauté

chrétienne reste trop

souvent fermée sur elle-même,

et la communauté

musulmane se

sent facilement menacée

face aux projets de

l’Église. Cependant, peu

à peu les murs tombent

entre musulmans et chrétiens, dès lors qu'ils prennent

soin ensemble des plus fragiles.

Jordanie : Centre Notre-Dame de la Paix

Le monastère syrien de Mar Moussa essaime

dans le Kurdistan irakien, à proximité de

la frontière iranienne, à la demande de

l’évêque de Kirkouk. Comme à Mar Moussa

et à Qaryaten en Syrie, une communauté

mixte, œcuménique, organisant sa vie autour de la

prière, du travail et de « l’hospitalité abrahamique »

pour « tous ceux qui veulent s’approcher de Dieu et

© Jean-Luc Manaud

Mar Moussa essaime en Irak

Prière à Mar Moussa

écouter sa voix », se consacrera au dialogue entre

musulmans et chrétiens. « L’amour du Christ pour les

musulmans et leur monde constitue le cœur de notre

vocation », écrit le frère Jens Petzold, qui, le premier,

a rejoint Souleymanieh : « Nous sommes sûrs qu’Il

voit avec bienveillance leur engagement honnête de

vivre une vie vertueuse. » Majoritairement composée

de Kurdes, cette petite ville compte environ cent

cinquante familles chrétiennes, dont certaines ont

fui Badgad et Mossoul. Créer un lieu spirituel ouvert

où les différentes composantes de la société kurde

pourraient se trouver à l’aise est un défi, tant les

guerres successives et l’utilisation de la religion à des

fins politiciennes dans cette région du monde ont

enraciné la méfiance entre communautés.

Des jeunes pour un monde uni

Plus de cent mille adolescents de toutes

cultures et religions appartenant au

mouvement des Focolari ont participé

à la troisième course-relais mondiale

pour la paix et la fraternité. Celle-ci avait

lieu dans 180 villes des cinq continents le samedi 12

© Run4Unity Burkina Faso

mai. À Tlemcen, des jeunes se sont associés à cette

manifestation.

Les relais ont traversé des lieux symboles de paix et

d’unité. À Césarée maritime, ils étaient 400 jeunes

venus des Territoires palestiniens et de différentes

villes d’Israël, de religion juive, musulmane et

chrétienne. Au Luxembourg, le relais est passé par

Schengen, localité célèbre pour la convention qui

garantit un espace unique de libre circulation, de

sécurité et de justice en Europe.

Les jeunes ont pu exprimer leur volonté de collaborer

ensemble à la construction d’un monde uni par la

diversité, source de richesses et non de division.

Informations rassemblées par Dominique Lebon


Oran : à la rencontre des petits lecteurs ...

Le Petit Lecteur est une association pour la

promotion de la lecture enfantine. Créée

dans la tourmente en octobre 1993, elle

est partie d’une préoccupation vive chez

des mères de familles de divers horizons :

nos enfants ne lisent plus rien en dehors du manuel

scolaire. Ils ne connaissent pas la "lecture plaisir".

Conscientes que le goût de la lecture est vital pour

élever le niveau des enfants, développer leur sens

critique et leur personnalité, elles se sont attelées à

la tâche sans discontinuer.

Les objectifs de l’association sont clairs : acheminer

le livre vers l’enfant où qu’il se trouve, dans tous

ses lieux de vie, l’école, le quartier, dans les lieux

qui recueillent sa détresse comme les hôpitaux ou

les centres pour l’enfance abandonnée.

On a d’abord appelé ces femmes "les porteuses de

valises" parce que, sans notoriété et sans aucun

moyen pour agir, elles ne disposaient que de leur

profonde conviction, de leur volonté et des livres

de leurs propres enfants pour jeter des ponts

avec le directeur de l’Éducation, quelques chefs

d’établissement et des enseignantes motivées. À

partir de là, dans les établissements qui ont bien

voulu leur ouvrir les portes, elles ont fait circuler

des valises de livres itinérantes, contenant environ

200 livres chacune.

L’accueil des enfants fut la meilleure

récompense à cette action. Les distributions

étaient attendues, elles se faisaient dans les

classes ou même dans les cours de récréation.

Il a fallu « tordre le cou » à certaines pratiques

dont les plus courantes sont :

• on ne donne les livres qu’aux meilleurs

élèves, comme une récompense,

• l’enseignant zélé croit bien faire en

choisissant les lectures de ses élèves,

• on oblige l’élève à faire des notes de

lecture,

• on ne donne pas de livres à tous les

enfants de peur qu’ils ne les abîment.

Quelle aventure ! Le bouche à oreille se met à

fonctionner et la presse s’en mêle. Des parents font

des dons de livres, on organise des rencontres pour

faire l’état des lieux de la lecture et des espaces

de lecture. L’université ouvre même ses portes

et finance un séminaire sur l’édition et la lecture

publique. Il en ressort en substance que si l’enfant

ne lit pas, ce n’est pas par paresse ou manque

d’intérêt. Les livres en librairie sont en français,

ils sont beaux, ils sont chers… Les livres faits en

Algérie sont de mauvaise qualité, peu attrayants et

ne répondent pas aux normes de la littérature de

jeunesse.

L’édition en Algérie, et particulièrement l’édition

pour les jeunes, est inexistante. Tous ces constats

affinent la démarche de l’association et délimitent

clairement ses axes de travail :

• multiplier les espaces de lecture,

• encourager la création littéraire,

• encourager l’édition,

• créer des événements autour du livre.

En 1994, nos contacts avec la Bibliothèque

Régionale du Livre d’Oran révèlent qu’elle est

dotée d’un espace-jeunesse parfaitement équipé

regard sur l’algérie

pax concordia


egard sur l’algérie

et contenant un fonds documentaire appréciable.

Mais cet espace est fermé faute d’animateurs pour

le gérer. Avec l’aval du directeur, Le Petit Lecteur

investit cet espace. La recherche de partenariat

aboutit à des dons de livres tant en Algérie qu’à

l’étranger, qui viennent enrichir les rayonnages.

Au début, la bibliothèque ne fonctionne qu’avec

les bénévoles de l’association. Par la suite, nous

faisons appel à de jeunes diplômés de l’Institut de

bibliothéconomie qui se trouvent sans travail et

nous renforçons leur formation dans le domaine

de la gestion du fonds documentaire. L’animation

continue avec le bénévolat autour d’ateliers : heure

du conte, patrimoine, environnement, art, santé…

Au fur et à mesure, le relais est passé au personnel

de cette bibliothèque.

L’année 2003 voit la réalisation d’un beau rêve

avec une première édition de six titres à la faveur

de l’Année de l’Algérie en France. Parmi ces titres,

trois manuscrits sont ceux des lauréats d’un

concours d’écriture, sélectionnés quelques années

auparavant, mais que nous n’avions pu alors éditer,

faute de financements. C’est le début d’une longue

occupons. La bibliothèque compte à ce jour 1800

inscrits, avec un taux de renouvellement de 200

nouveaux lecteurs par an ; des ateliers de lecture et

d’écriture s’y déroulent régulièrement.

En 2007, Oran organise le festival du conte et cet

événement devient incontournable. Oran accueille

des conteurs venus de plusieurs pays : France,

Maroc, Congo, Sénégal, Italie, Burkina Faso, Côte

d’Ivoire, qui vont, avec un conteur algérien, à la

rencontre des enfants dans les écoles et centres

culturels. Il n’est pas exagéré de dire qu’entre les

conteurs et les enfants s’écrit une grande histoire

d’amour ! Cette histoire continue d’année en année.

La 6 e édition de « Si Oran m’était contée… », en

2012, a vu émerger de nouveaux conteurs locaux

suite aux diverses formations assurées depuis trois

ans, en partenariat avec la traditionnelle « Nuit

du Conte » à l’Institut Français d’Oran. Le conte a

ainsi investi la scène du Théâtre Régional d’Oran et

d’autres espaces publics.

L’association continue à se développer par des

mises en réseau de bibliothèques. En 2009, elle a

bénéficié d’un financement dont l’objectif

principal était la promotion de la littérature-jeunesse.

Cette promotion s’est déroulée

en trois actions complémentaires :

• l’édition de livres de jeunesse en

encourageant la création notamment

dans le secteur du patrimoine algérien,

• l’action de formation sur les métiers

du livre, plus particulièrement du livrejeunesse,

la création d’une bibliothèque itinérante

(bibliobus) qui effectue une tournée

dans les communes éloignées, en

partenariat avec les écoles.

série puisqu’à ce jour, avec différents financements,

nous avons édité plus de cinquante titres tandis

que six autres sont en cours de réalisation. C’est

une année faste puisqu’elle voit aussi l’ouverture

de la bibliothèque « jeunesse » du Petit Lecteur

grâce à un cofinancement de la délégation de la

Commission Européenne et la contribution de la

mairie d’Oran, propriétaire de l’espace que nous

Quand je pense à tous les livres qu’il me

reste encore à lire,

j’ai la certitude d’être encore heureux.

Jules Renard

Rachid Megharfi

Association Le Petit Lecteur, Oran


Quel regard sur l’histoire de nos

Vivre entre mémoire et oubli 2

Dans son court-métrage J’ai habité

l’absence deux fois 3 , Drifa, une jeune

algérienne du quartier de Kouba

(Alger), cherche à reconstituer ce qui

s’est passé durant les deux dernières

décennies. Elle se heurte au silence de son père

habité par une colère intérieure, la colère de

ceux dont la révolution a été confisquée, et au

mutisme de sa mère qui attend depuis 19 ans le

retour de son fils émigré en Angleterre. Son frère

aîné témoigne de l’espoir qu’avait suscité pour sa

génération l’ouverture du début des années 1980

et de son attente d’une nouvelle naissance.

Drifa conclut :

« Chez nous on dit : ce qui est passé est mort.

). Ce n’est pas sûr. Ce qui est passé ألى فات مات (

se reproduit. L’identité est encore ce qu’elle est :

un gouffre. Le départ, la fuite, l’exil, la harga, le

mépris, sont écrits sur les murs et les visages. Mais

pour que le passé ne se reproduise pas, il faut

qu’on apprenne à se souvenir. »

« Il faut apprendre à se souvenir. » C’est donc que

le rapport au passé est à construire : Comment faire

droit au passé sans en devenir le prisonnier, sans

en être malade Comment aller de l’avant sans se

priver de la richesse de l’expérience de ceux qui

nous ont précédés Il y a comme un entre-deux

que chacun d’entre nous doit construire à partir

de sa propre histoire. Vivre dans cet entre-deux

suppose une double rupture : avec ce faux oubli

qu’est l’amnésie et avec cette fausse mémoire

qu’est le ressentiment.

La Bible éclaire cette démarche en appelant

à une mémoire axée sur le présent et le futur.

peuples

Le cinquantenaire de l’Indépendance de l’Algérie donne lieu à de nombreuses

manifestations, animées par des témoins et des historiens. N’étant ni l’un ni

l’autre, je me pose cependant comme croyant deux questions à l’occasion de

cet anniversaire. La première concerne notre relation au passé, la seconde

notre relation à la nation. 1

« Souviens-toi » est un impératif répété 222 fois

dans l’Ancien Testament. Donnons-en un seul

exemple : « Souviens-toi que tu as été en servitude

au pays d’Égypte et que Yahvé ton Dieu t’en a

racheté ; aussi je t’ordonne de mettre cette parole

en pratique » (Dt 24, 18). Cet impératif articule

trois éléments : le souvenir d’un événement du

passé souvent douloureux comme la captivité en

Égypte, le rappel de l’intervention salutaire de

Dieu et l’appel à en tenir compte aujourd’hui.

Un rabbin de Braslav (Lituanie) a résumé cela dans

la formule suivante : « Souviens-toi de ton futur ». 4

Le souvenir, la mémoire, sont à mettre au service

de la vie à venir. Penser au futur demande de ne

pas se laisser obséder par le passé, surtout s’il a

été dramatique. Penser au futur demande de faire

de la place pour de nouvelles expériences et de

nouvelles aventures, pour la vie nouvelle que Dieu

nous aide à faire germer.

Le Jeudi Saint, lorsque Jésus dit à ses disciples :

« Faites ceci en mémoire de moi », il leur demande

exactement de se souvenir pour le futur. La

mémoire de sa naissance, de sa vie, de sa passion,

de sa mort et de sa résurrection qui est le cœur de la

vie chrétienne et de l‘eucharistie, est entièrement

mise au service du présent et du futur, d’un faire-

1

Cet article fait écho aux Journées du diocèse de

Constantine (20-21 avril 2012).

2

Olivier Abel, « Le pardon entre la mémoire et

l’oubli », Bulletins de l’Oratoire, n°787, juin 2011.

3

Drifa Mezenner, J’ai habité l’absence deux fois,

court-métrage réalisé dans le cadre de l’atelier de

création documentaire de Béjaïa.

4

Rabbi Nahman de Braslav.

1962 - 2012 indépendance

pax concordia


1962 - 2012 indépendance

aujourd’hui-pour-demain, ce que l’évangéliste

Jean résume magnifiquement par le geste du

lavement des pieds.

Peut-on être nationaliste

À l’heure de la mondialisation et des replis

identitaires, la question se pose du juste rapport

à la nationalité. La Bible peut éclairer cette

question 5 .

L’émergence des nations

Dès les premiers chapitres de la Genèse, on trouve

l’affirmation de l’origine unique de l’humanité

(Gn 1). Mais, très vite, les liens du sang apparaissent

insuffisants pour contenir la violence. Au risque de

la fusion meurtrière, illustré par l’épisode de la Tour

de Babel (Gn 10), répond la nécessaire et difficile

séparation de l’humanité en différentes branches,

langues, clans et pays, qui préfigure l’émergence

des nations (Gn 11).

Au cœur de ces nations, une entité se distingue :

la nation élue d’Israël. Les accents guerriers de

certains passages bibliques ne doivent pas faire

illusion ; Israël n’a jamais constitué une nation

politiquement indépendante ou mono-ethnique.

Devenu une province colonisée, Israël s’est

centré sur son identité religieuse. Face au risque

permanent de l’idolâtrie, la frontière n’était plus

extérieure mais intérieure, dans un monde marqué

par la pluralité.

élargissement sera confirmé par la

Pentecôte (Ac 2). Les nations ne sont

pas abolies : chacun est désigné par

son appartenance nationale et c’est

dans sa langue que lui parvient le

message. Mais le lien entre toutes

ces personnes d’origine différente n’est plus ni

une terre commune, ni une langue commune, c’est

l’Esprit de Jésus-Christ, lumière des nations.

Paul en est convaincu, le Christ est le début

d’une humanité nouvelle. Il ne renie ni son

appartenance juive, ni sa citoyenneté romaine, ni

sa culture grecque, mais il met entièrement ces

trois appartenances au service de cette humanité

nouvelle : « Il n’y a plus ni Juif ni Grec, il n’y a plus

ni esclave ni libre, il n’y a plus ni homme ni femme ;

car tous vous êtes un en Jésus-Christ » (Ga 3, 28).

Il prend le risque de créer des communautés

originales qui croisent leurs histoires dans le Christ.

On peut être croyant circoncis ou incirconcis, on

peut être croyant en gardant les coutumes de

sa culture, on peut être croyant et prier en toute

langue.

Dernier éclairage biblique, celui de l’Apocalypse

qui propose un horizon mobilisateur : « Après quoi,

voici qu’apparut à mes yeux une foule immense,

que nul ne pouvait dénombrer, de toute nation,

race, peuple et langue » (Ap 7, 9).

Dans les temps qui sont les nôtres, marqués

par la mondialisation et le repli identitaire, les

frontières restent nécessaires pour éviter le

risque de la fusion mortifère et créer un espace

de respect des libertés. Si la nationalité reste un

des facteurs identifiants des personnes, elle perd

toute pertinence dans la perspective de la foi

ou du salut. C’est cet horizon que nous sommes

appelés à signifier humblement dans l’expérience

de la rencontre et dans une vie communautaire

internationale. Autant le patriotisme peut rester

une valeur, autant le nationalisme exclusif est

totalement contradictoire avec le patrimoine

spirituel qui nous est confié.

Jean Toussaint

De Babel à la Pentecôte

D’abord centrée sur les « brebis perdues du peuple

d’Israël » (Mt 15, 24), la mission de Jésus s’élargit

progressivement pour « rassembler dans l’unité

les enfants de Dieu dispersés » (Jn 11, 52). Cet

5

« Nations et Patries - Échos bibliques », de Jean-

Claude Lavigne et Ignace Berten, éd. Lumen Vitae

(Connaître la Bible n°21-22).


Curé pied-noir, évêque algérien 1 ,

Du « petit Jeannot » fils d’un cafetier pied-noir, né à

Hussein Dey le 1 er avril 1913, à l’élu de la première

Assemblée Populaire Communale d’Alger en I967 et

à l’évêque de Constantine en 1970, que de chemin

parcouru et de remises en cause !

Grâce au mouvement scout, le jeune pied-noir va

découvrir le monde algérien musulman avec ses

problèmes de pauvreté et de marginalisation. Au

fil des ans, il prend conscience qu’il doit crever la

« bulle coloniale » dans laquelle s’étaient enfermés

beaucoup d’Européens. Ce message d’ouverture au

monde musulman, il va s’efforcer de le faire passer à

ses « ouailles » dans les différentes paroisses où il sera

nommé : Hussein-Dey, Bab-el-Oued, Maison Carrée,

puis Belcourt.

Le 1 er novembre 1954 éclate l’insurrection armée.

Très vite, il a compris qu’on allait vers l’indépendance

et que c’était justice. D’un côté,

il fallait préparer ses frères

pieds-noirs à l’éventualité

d’une convivialité avec des

musulmans dans un futur

État indépendant. De l’autre,

il n’hésitait pas à se mouiller

pour la cause algérienne en

dénonçant les exactions et

les tortures, à l’instar de Mgr

Duval, et en offrant souvent

des services ponctuels

d’entraide ou d’hébergement

de personnes menacées.

Durant sa dernière année à

Bab-el-Oued, il eut beaucoup

à souffrir de l’OAS : menaces,

plasticages de son église, ruine

de ses espoirs d’envisager

une convivialité des deux

communautés pour l’avenir.

Dès l’indépendance en 1962, il demande et obtient

la nationalité algérienne : il veut vivre à fond la

communauté de destin avec le peuple algérien, pour

le meilleur et pour le pire. En juillet 1963, il est nommé

curé de Belcourt. Avec des Algériens du quartier,

notamment Larbi Touat et « Ammi » Ramdane, ils

créent l’Association Familiale d’Éducation Populaire

le père Scotto (1913-1993)

avec pour objectif l’alphabétisation des adultes puis,

par la suite, l'organisation de cours de rattrapage

scolaire pour les adolescents avec Pierre Laffite.

Dans cette association, chrétiens, musulmans, athées

travaillent au coude à coude, unis dans le même souci

de servir la promotion humaine des plus pauvres.

Aux élections municipales de 1967, malgré ses

réticences, il figure sur la liste des candidats. Il sera élu

avec 100% des voix ! Il travaillera dans les commissions

à caractère social dans le souci de la promotion de

l’homme.

En août 1970, il est nommé évêque de Constantine

et d’Hippone. « Je ne l’ai pas désiré, je ne l’ai pas

refusé, dira-t-il, dans un esprit de service » 2 . Il écrit

en 1980 : « Lorsque je pense à l’Église qui est en

Algérie et à ceux qui en sont les membres, je me dis

que nous avons de la chance… Minuscule Église,

accrochée avec amour à un

pays, à une histoire en train

de se faire, installée dans le

provisoire 3 ». Il restera treize

ans à Constantine.

Pour sa retraite, il propose

de revenir à Alger dans le

quartier de Belcourt où il

a des liens et où il est bien

connu. Il y restera jusqu’à la

fin de ses jours avec son fidèle

ami Henri Bonnamour.

Homme d’intuition plus

qu’un intellectuel, plein

de sensibilité, d’humour et

de délicatesse avec tous, il

s’est donné jusqu’au bout

et avec générosité à son

Dieu et au peuple algérien

qu’il aimait.

Jean Perrette pfj

1

Jean Scotto, curé pied-noir évêque algérien,

Souvenirs recueillis par Charles Ehlinger, préface

d’André Mandouze, Desclée de Brouwer, 1991.

2

Idem, p. 208.

3

Ibidem, p. 219.

1962 - 2012 indépendance

pax concordia


1962 - 2012 indépendance

Sous ton ciel bleu

Née 11 ans après l’indépendance, je suis

aujourd’hui mère de famille. Mes souvenirs

de l’Algérie d’avant l’indépendance

sont les fruits de la mémoire des autres,

principalement de mon grand-père et de

ma mère qui ont vécu dans des milieux très mélangés

à Oran.

Je suis de la première génération de l’École Fondamentale.

On sentait déjà les premières percées de l’islamisme.

Mon premier professeur d’anglais était islamiste.

Sorti des camps de Reggane (dans le Grand Sud) où

il était emprisonné, il est mort dans des circonstances

inexpliquées, comme tant d’autres. Il ne parlait jamais

de religion en classe. Je lui dois d’être professeur d’anglais

aujourd’hui.

Difficile pour moi d’oublier

mon cursus scolaire car les

trois rendez-vous importants

de ma scolarité sont marqués

par trois événements, loin

d’être banals :

1988, année du BEF, pleine

d’événements. Elle a été un

tournant décisif sur tous les

plans, avec ses espoirs et ses

déceptions. Après les émeutes

d’Octobre, hélas sanglantes,

la démocratie a pu faire ses

premiers pas en Algérie.

L’année où j’ai passé le bac,

celui-ci a été annulé pour fraude. A ce choc vient s’ajouter

la nouvelle de l’assassinat du président Boudiaf.

Mes quatre années de fac eurent lieu pendant les pires

années du terrorisme. L’insécurité partout. N’importe

qui pouvait mourir n’importe où et pour n’importe

quelle raison ! Bref : comme l’a si bien décrit Mgr Claverie,

« chaque jour vécu était arraché à la mort ».

Enfin, vient 1996, l’année de ma licence et

malheureusement l’année de l’assassinat de Mgr

Claverie, lui qui disait : « C’est le moment de demeurer,

même silencieux et impuissants, au chevet de ceux

qu’on aime, simple présence offerte qui accompagne la

souffrance en tenant seulement la main » 1 . Par sa mort

et celle d’autres religieux et religieuses, j’ai vu se mêler

le destin de non-Algériens à celui des Algériens. Des

personnes qui ont choisi de rester par fraternité. Cela

m’a fait mûrir dans mon attachement et confirmer mon

choix de rester.

Même si j’ai l’impression d’avoir comme gâché une

partie de ma vie où j’aurais pu profiter plus, vivre autre

chose que de la tristesse, je garde le meilleur, même des

pires moments : comme la solidarité entre les citoyens,

la maturité, la prise de conscience qu’on n’est pas au

centre du monde, qu’il y a l’autre dont il faut se soucier

et prendre soin, la responsabilité et l’attachement à la

vie malgré tout. Celle-ci a un sens, elle n’est plus vécue

n’importe comment.

La période « post-terrorisme » inaugure

un nouvel horizon pour le pays.

Après quelques années de chômage, j’ai

pu avoir un poste dans l’enseignement

secondaire.

Il me semble qu’actuellement, l’État

soutient plus les jeunes pour qu’ils s’en

sortent et cela me réjouit : par exemple

par la création de l’ANEM 2 et l’ANSEJ 3 .

Je suis entre deux générations, celle qui

a fait la guerre et celle qui est l’avenir.

Avec cette jeunesse, je suis en contact

permanent. Je veille à ce que notre

relation soit basée sur l’entente, le respect

et surtout le dialogue. Dans un monde

où sont souvent utilisés des moyens

détournés, je sens ma responsabilité

d’influencer positivement leur évolution et ma

présence peut leur transmettre un certain nombre de

valeurs.

Algérie, mon Algérie que j’aime, j’ose espérer que

sous ton ciel bleu, toutes les générations confondues

puissent vivre dans la stabilité, la prospérité et la paix

surtout !

Samira

1

Pierre Claverie, Lettres et messages d’Algérie,

Karthala, 1996, p. 180.

2

Agence Nationale de l’Emploi.

3

Agence Nationale de Soutien à l’Emploi des

Jeunes. .


Marie d’Algérie

pax concordia

11

Dossier coordonné par Jean-Louis Rognon


DOSSIER

Marie, chemin de rencontre

Un regard sur Marie dans notre revue ne

relève pas d’une dévotion particulière.

Marie a une place unique dans la vie de

notre peuple et de notre Église. Marie

est mère et, comme toute mère, elle est

attentive à tous ses enfants et veille à leur unité. Rien ne

la fait tant souffrir que de voir ses enfants se déchirer. Or,

Marie est un chemin de rencontre. Au Liban, chrétiens et

musulmans ont, depuis deux ans, une fête commune et

c’est une fête de Marie, le 25 mars, fête de l’Annonciation

de la Vierge Marie, devenue Fête Nationale chômée.

En ce jour, des témoignages, des prières et des chants,

retransmis par la télévision libanaise, rassemblent dans

un élan de ferveur, des croyants musulmans et chrétiens

autour de la Vierge Marie. Une place de Beyrouth porte

désormais le nom de Marie.

Nos frères et sœurs musulmans connaissent Marie,

la vénèrent et certains la prient. En lisant le Coran, les

musulmans entendent cette « salutation angélique » :

« O Marie ! Dieu t’a choisie en vérité ; il t’a purifiée ; il t’a

choisie de préférence à toutes les femmes de l’Univers »

(Coran 3, 42). Une sourate (19) du Coran porte son nom,

la sourate Myriam, où elle est largement évoquée.

Certains mystiques la décrivent comme la « Reine du

paradis », écho de l’invocation chrétienne de Marie

« Porte du Ciel ». Les réserves de l’orthodoxie musulmane

par crainte de dérive idolâtrique n’empêchent pas

l’importante dévotion populaire à Marie. Combien de

musulmans, musulmanes montent chaque jour à la

basilique Notre-Dame d’Afrique à Alger. Ils sont saisis

par l’invocation écrite au centre de la fresque, ornant

l’abside de la Basilique : « Notre-Dame d’Afrique, priez

pour nous et pour les musulmans ». Combien viennent

se recueillir dans cette basilique et y déposer leurs peines

trop lourdes à porter. Nous avons des témoignages des

nombreuses grâces obtenues par Marie qui ne fait pas

de différence entre tous ses enfants.

Pour nous chrétiens, le regard de la foi nous fait approcher

en profondeur de l’œuvre de Marie dans la vie de

ses enfants. Marie ne relève pas d’une dévotion douçâtre.

Marie n’est pas une matrone ou une déesse assise

sur un trône dans le Ciel, et dont la vénération ferait

de l’ombre à celle de son Fils. Marie est mère.

Son nom est Conception. L’Immaculée Conception

continue son unique mission : coopérer, dans

l’Esprit Saint, à l’engendrement du Fils dans la

chair. Cette mission lui a été renouvelée au pied de

la Croix : « Femme, voici ton fils » (Jn19, 26). Marie

n’a qu’un Fils et en ce Fils, chacun, chacune est son

fils, sa fille. Combien pourraient ainsi témoigner du

rôle de Marie dans leur chemin vers la connaissance

et l’accueil du Mystère de Jésus, et ce fut pour

eux comme une naissance. Comme à Cana, Marie

est attentive à ce dont ses enfants ont besoin pour

qu’ils connaissent la vraie joie : s’abandonner à la

Présence qui frappe à la porte de leur cœur. Pour

cela elle continue de dire à chacune, à chacun :

« Quoi qu’Il vous dise, faites-le » (Jn 2, 5).

La présence de Marie est tout entière en Dieu et

par Dieu. Le Cœur maternel de Marie dans son

Assomption a pris les dimensions du Cœur de son

Fils. Son Cœur de maman répond à l’appel de tous

ses enfants qui s’adressent à elle avec confiance. Tous

ceux qui la fréquentent font d’elle une expérience de

proximité, d’aide et de soutien maternel. Bienheureuse

présence pour ceux qui savent lui dire simplement :

« Maman » !

© Bernard Lefebvre

+ Mgr Paul Desfarges

14


Madame l’Afrique

DOSSIER

La basilique Notre-Dame d’Afrique n’est

pas seulement un sanctuaire pour

les chrétiens. Dès le début, "Madame

l’Afrique", comme on l’appelle ici, a

accueilli les musulmans d’Algérie qui

venaient prier Marie, parfois sans savoir que l’une des

sourates du Coran porte son nom, et bien souvent en

ignorant qu’un texte coranique rejoignait les paroles

même du "Je vous salue Marie". Les savants chrétiens

et musulmans recherchent dans leurs patrimoines

spirituels respectifs ce qui peut renforcer les liens

fraternels entre les deux communautés. Mais ici,

dans la maison de Marie, depuis longtemps déjà, des

croyants au cœur simple, chrétiens et musulmans,

se trouvaient ensemble, comme compagnons d’un

pèlerinage spirituel, pour présenter à Dieu leurs

supplications ou leur action de grâce.

Un ancien recteur du sanctuaire, Paul Marioge, père

blanc, parle de la dévotion des musulmans à Notre-

Dame d’Afrique :

« Femmes, jeunes filles et grands-mères, parfois

seules, parfois avec leurs enfants ou les maris, entrent

"prier Notre-Dame". Les visiteurs interrogent :

"Qui est Marie ", "Pourquoi quatre évangiles ",

etc. Ils regardent les stations du chemin de croix

ou les fresques évoquant la vie de saint Augustin

d’Hippone et au-dessus desquelles on lit une de ses

paroles : "L’amour fraternel vient de Dieu et est Dieu

même", en français, en arabe et en tamazight. »

« Ils viennent rencontrer une sainte, une amie de

Dieu qui peut intercéder pour eux et les consoler.

On leur a dit simplement : "Va faire brûler un cierge

et exprime ton vœu, il est souvent exaucé !" Alors

ils viennent, poussés par l’espoir. Ils ne savent pas

ce que signifie la statue, ils demandent où est le

tombeau de la sainte pour pouvoir le toucher (il y

a en Algérie des pèlerinages à des marabouts, qui

sont des mausolées). »

Quel sens cela a-t-il pour nous chrétiens « Vivre ici,

dit Paul Marioge, c’est toucher du doigt le fait que

Marie aime les musulmans et qu’elle a une tendresse

spéciale pour eux. Ayons donc toujours une grande

vénération pour Notre-Dame d’Afrique, celle qui a

un amour particulier pour les musulmans et qui nous

apprendra à les aimer comme Jésus les aime. »

Un horizon de fraternité, dans le respect des

différences : n’est-ce pas ce vers quoi nous oriente

la prière qui se trouve, depuis les origines, au-dessus

de l’abside : "Notre-Dame d’Afrique priez pour nous

et pour les musulmans" « Quel a été l’impact de

la formule lisible dans l’église sur les musulmans

eux-mêmes », s’interroge pour sa part Youssef

Nacib, un intellectuel algérien : « Il est possible qu’ils

aient compris que les catholiques avaient réalisé

que la sainteté de la Sainte Vierge Marie constituait

un patrimoine spirituel partagé avec eux. Ce qui

est le cas… les Français reconnaissaient enfin que

"l’indigène" pouvait être un homme héritier d’une

civilisation et "re" producteur de culture. C’était

peut-être Lalla Meryem qui, symboliquement,

réveillait la conscience du colonisateur… »

Comme l’a encore montré le récent chantier de

restauration de la basilique, dans lequel étaient

engagées ensemble des structures publiques ou

privées algériennes, françaises ou européennes,

Notre-Dame d’Afrique, plantée au bord de la

Méditerranée, ne cesse d’inviter hommes et femmes

des deux rives à construire ensemble un monde de

paix et de fraternité.

Dominique Lebon

pax concordia

15


DOSSIER

Ténès : Notre-Dame de l’Immaculée Conception

La statue de la Vierge a été érigée en 1930, pour le

centenaire des apparitions à Catherine Labouré. Il y avait

en effet (et il y a toujours) à Ténès une communauté de

Filles de la Charité. La statue monumentale est celle de la

Vierge de la « médaille miraculeuse », priée ici de veiller

sur les pêcheurs, toujours à la merci d’un naufrage, et

sur les moissons. Si, après l’indépendance, la Vierge de

Ténès reçut beaucoup moins de visites, une association,

rassemblant Pieds-noirs et Algériens, a été créée pour la

préserver et, en 2010, socle et murets ont été restaurés

par la commune. Lors de la dernière coupe du monde

de football, le socle était peint aux couleurs du drapeau

algérien, signe de l’inculturation de Notre-Dame !

Oran : La basilique Notre-Dame du Salut à Santa Cruz

Le sanctuaire de Notre-Dame du Salut, sur le flanc du

Murdjadjo, domine la baie d’Oran. Il a été fondé en 1849, en

reconnaissance du « miracle de la pluie » qui arrêta cette annéelà

une épidémie de choléra ayant fait près de deux mille morts

à Oran. Une première chapelle fut bénie en 1850. Le premier

évêque d’Oran, Mgr Callot, fit construire la tour en pierre taillée,

au sommet de laquelle fut placée, en 1873, une statue qui est

la copie de celle de Notre-Dame de Fourvière. Au milieu du

XX e siècle, on construisit le cloître et la petite basilique de style

roman, avec son dôme à la blancheur éclatante.

Tibhirine : Notre-Dame de l’Atlas

En septembre 1939, soit un an après la fondation

du monastère de Tibhirine, les frères sont allés

chercher à Staouëli, premier monastère trappiste

en Algérie (de 1843 à 1904), une grande statue de

la Vierge, qu’ils mirent sur un socle au sommet de

la montagne qui surplombe le monastère, et visible

de toute la contrée. Cette statue représente la

femme de l’Apocalypse, la Vierge de l’Avent, qui

est discrètement enceinte, Marie du temps de la

Visitation. Et les frères de Tibhirine en la contemplant

ne pouvaient que se rappeler la devise du

monastère : « Un signe sur la montagne ».

16

En Algérie, sont présentes neuf familles spirituelle

Vierge Marie, honorée chaque fois avec un titre pa

1. Filles du Cœur Immaculé de Marie

2. Filles de Notre-Dame d’Afrique (Dames Africai

3. Frères Maristes et Sœurs Missionnaires de la S

4. Missionnaires de l’Immaculée (PIME)

5. Œuvre de Marie (Focolari)

6. Sœurs de Notre-Dame des Apôtres

7. Sœurs du Cœur Immaculé de Marie Réparatric

8. Sœurs Franciscaines Missionnaires de Marie

9. Sœurs Missionnaires de Notre-Dame d’Afrique


Alger : La basilique Notre-Dame d’Afrique

La construction de la basilique commence en 1858 et

dure quatorze ans. En 1872, elle est consacrée par Mgr

Lavigerie, qui y fait transférer la statue en bronze de

la Vierge. Elle sera couronnée « Reine d’Afrique » en

1876. De style éclectique, avec des éléments romans,

byzantins et mozarabes, et un campanile en forme

de minaret maghrébin, elle est comme un livre qui

raconte toute l’histoire de l’Église d’Algérie. Et les exvoto

qui couvrent les murs disent la foi des chrétiens

et aussi de musulmans qui les ont déposés depuis

un siècle et demi. Aujourd’hui, « Madame l’Afrique »,

restaurée, a retrouvé sa beauté originelle et reçoit

plus de 100 000 personnes chaque année.

DOSSIER

Constantine : Notre-Dame de la Paix

La statue de Marie se trouve à Constantine, sur un terrain

qui surplombe la vallée du Rhummel. Installée solennellement

au printemps 1960, elle était auparavant à Lourdes.

Elle a été donnée par l’évêque de Lourdes au diocèse de

Constantine. Jusque-là, il n’y avait pas de lieu de pèlerinage

marial dans le Constantinois.

On l’appelle Notre-Dame de la Paix. En effet, elle est venue

dans une période de troubles. Les chrétiens de la région

de Constantine y montaient avec joie et piété, tant pour

admirer le paysage que pour prier la Vierge, jusqu’à ce

que le site devienne domaine militaire à la fin des années 1960.

s dont le nom fait référence à la

rticulier.

Touggourt : Notre-Dame du Sahara

Notre-Dame du Sahara a été vénérée dès

les débuts de la Fraternité des petites sœurs

de Jésus par leur fondatrice et les premières

petites sœurs à Touggourt.

La Kouba qui figure sur l’image que Sœur

Magdeleine a fait faire pour traduire ce geste

de Marie qui donne l’enfant Jésus aux nomades

du Sahara, et que l’on a appelée « la Kouba de

Lalla Meriem », était un lieu que visitaient leurs

voisines, dans les année 1940.

nes)

ociété de Marie (Sœurs Maristes)

e

(Sœurs Blanches)

pax concordia

17


DOSSIER

Marie en Islam

Un non-musulman peut être surpris de découvrir

l’importance et le rang de la mère

de Jésus parmi tous les saints personnages

évoqués par le Livre saint de l’islam et les

propos de la Tradition prophétique. Dès son

enfance, la Sainte Vierge évolue entre des personnages

sacrés comme celui dont le nom rappelle le chant mystique

(dhikr), Zakariyya et son épouse, et sur un espace

lui-même saint : le Temple de Jérusalem dont elle assure

l’entretien. Cet espace est celui de la mosquée vénérée

entre toutes (mesdjed-el aqsa) considérée comme un

des haut-lieux de la spiritualité musulmane, puisqu’elle

fut le point de départ du mi’raj mohammédien.

Deux sourates sont quasiment consacrées à la sainte

Vierge Meryem (Meryem el adhra) : la troisième et la

dix-neuvième intitulées respectivement « la famille

d’Imran » et « Meryem ». Dès sa naissance, elle est

placée sous la protection divine. Ce qui laisse entendre

que sa trajectoire se situera loin de Satan, c’est-à-dire

à l’écart du péché. Or, c’est précisément ce que son

entourage pourra observer de visu lorsqu’elle mettra

au monde miraculeusement l’enfant Jésus. Sa famille

dans une première réaction élèvera une énergique

protestation devant ce qu’elle appréhende comme une

faute. Youssef, le charpentier de l’Évangile s’insurge aussi

contre ce qu’il perçoit comme un péché. Embarrassé, il

demande à Meryem :

- Le blé peut-il pousser sans semence

- Oui, répond Meryem, ne sais-tu pas que Dieu a fait

pousser le blé sans semence lorsqu’il l’a créé

S’agissant par surcroît d’une jeune fille pieuse et

exemplaire, ce qui est dans un premier temps assimilé à

un péché se transmute en formidable prodige quand le

nouveau-né s’exprime à partir du berceau et innocente

sa mère du même coup.

Or, Marie et son fils sont nés dans la pureté et sont voués

à la pureté. C’est un célèbre hadith transmis par Boukhari

et Mouslem qui le confirme : « Tout fils d’Adam, nouveauné,

est touché par Satan, sauf le fils de Marie et sa mère ; à

ce contact, l’enfant jette son premier cri ».

Le Coran et le Hadith affirment clairement que Meryem

est élue au-dessus de toutes les femmes du monde. Un

hadith rapporte un mot célèbre du Prophète qui place

la mère de Jésus devant sa propre fille Fatima et sa

première épouse Khadija. Il n’est pas surprenant dès lors

que la religiosité populaire musulmane ait déplacé et

déplace encore des milliers de musulmanes vers Notre-

Dame d’Afrique pour y implorer l’intercession de Lalla

Meryem pour que Dieu exauce leurs prières.

L’exceptionnelle vénération dont Marie est entourée

chez les musulmans comme chez les chrétiens fait

d’elle un lieu de convergence spirituelle privilégié et de

dialogue élévateur entre les deux religions célestes et

abrahamiques que sont l’islam et le christianisme.

Dr Youssef Nacib

Université d'Alger

Pour prolonger la lecture de cet article :

- Youssef Nacib, La Sainte Vierge chez les Musulmans, Zyriab Éditions, Alger, 2009,

- Luigi Bressan, Maria nella devozione e nella pittura dell’Islam, Jaca Book, Milan, 2011 (cf. recensions

dans Oasis 14, déc. 2011 et Islamochristiana 37, 2011),

- Des musulmans parlent de Marie, DVD produit par la Communauté du Chemin Neuf et réalisé par Net

for God, à voir sur http://www.netforgod.tv/VOD/ (35mn, disponible en de nombreuses langues).

© Bernard Lefebvre

18


Marie de la Visitation

DOSSIER

Le mystère de la Visitation occupait une place centrale dans la spiritualité de

Charles de Foucauld, qui a très probablement prié devant la statue de Notre-

Dame de l’Atlas, quand il était hôte de la Trappe de Staouëli. La Visitation,

selon lui, était le modèle des communautés contemplatives « hors chrétienté ».

De fait, elle était devenue la quasi-fête patronale du monastère de Tibhirine.

Christian de Chergé, prieur de la communauté, dans une retraite donnée à des

petites sœurs de Jésus, dit la portée de ce mystère pour nous aujourd’hui.

J’imagine assez bien que nous sommes

dans la situation de Marie qui va voir sa

cousine Élisabeth, et qui porte en elle un

secret vivant qui est encore celui que nous

pouvons porter nousmêmes,

une Bonne Nouvelle

vivante.

Elle l’a reçu d’un ange. C’est

son secret et c’est aussi le

secret de Dieu. Et elle ne

doit pas savoir comment

s’y prendre pour livrer

ce secret. Va-t-elle dire

quelque chose à Élisabeth

Peut-elle le dire Comment

le dire Comment s’y

prendre Faut-il le cacher

Et pourtant tout en elle

déborde, mais elle ne sait

pas. D’abord, c’est le secret

de Dieu. Et puis, il se passe

quelque chose de semblable

dans le sein d’Élisabeth. Elle

aussi porte un enfant. Et ce

que Marie ne sait pas trop,

c’est le lien, le rapport entre

cet enfant qu’elle porte, et

l’enfant qu’Élisabeth porte.

Et ça lui serait plus facile de

s’exprimer si elle savait ce

lien. Mais sur ce point précis,

elle n’a pas de révélation,

Marie et Élisabeth, icône copte

sur la dépendance mutuelle

entre les deux enfants. Elle sait simplement qu’il

y a un lien puisque c’est le signe qui lui a été

donné : sa cousine Élisabeth.

Et il en est ainsi de notre Église qui porte en elle

une Bonne Nouvelle – et notre Église c’est chacun

de nous – et nous sommes venus un peu comme

Marie, d’abord pour rendre service (finalement

c’est sa première ambition)… mais aussi, en

portant cette Bonne Nouvelle, comment allonsnous

nous y prendre pour la dire Nous savons

que ceux que nous sommes venus rencontrer sont

un peu comme Élisabeth, ils sont porteurs d’un

message qui vient de Dieu. Et notre Église ne

nous dit pas et ne sait pas quel est le lien exact

entre la Bonne Nouvelle que nous portons et

ce message qui fait vivre

l’autre. Finalement, mon

Église ne me dit pas quel

est le lien entre le Christ

et l’Islam, et je vais vers

les musulmans sans savoir

quel est ce lien !

Et voici que, quand Marie

arrive, c’est Élisabeth qui

parle la première. Pas

tout à fait exact, car

Marie a dit : Es-salam

alaykum ! Et ça, c’est une

chose que nous pouvons

faire ! On dit la paix : La

paix soit avec vous ! Et

cette simple salutation a

fait vibrer quelque chose,

quelqu’un, en Élisabeth. Et

dans sa vibration, quelque

chose s’est dit… qui était

la Bonne Nouvelle, pas

toute la Bonne Nouvelle,

mais ce qu’on pouvait

en percevoir dans le

moment.

Et Élisabeth a libéré le

Magnificat de Marie… Si

nous sommes attentifs et si

nous situons à ce niveau-là notre rencontre avec

l’autre, dans une attention et une volonté de le

rejoindre, et aussi dans un besoin de ce qu’il est

et de ce qu’il a à nous dire, vraisemblablement,

il va nous dire quelque chose qui va rejoindre

ce que nous portons, montrant qu’il est de

connivence... et nous permettant d’élargir notre

Eucharistie, car, finalement, le Magnificat que

nous pouvons, qu’il nous est donné de chanter,

c’est l’Eucharistie.

Christian de Chergé (1990)

pax concordia 19


DOSSIER

Prières mariales

Quand nous prions Marie, ou quand nous prions avec Marie, celle-ci nous

oriente vers le Christ, afin que nous devenions de mieux en mieux les vrais

adorateurs du Dieu Unique, qui est Père, Fils et Esprit.

Prière à Notre-Dame d’Afrique

Notre-Dame d’Afrique, mère de la famille humaine,

regarde tes enfants africains chez eux ou partis sur

d’autres continents.

Toi, comblée de grâces, vois tous ceux qui ne

connaissent pas Jésus, le Fils envoyé du Père. Que Sa

Lumière les attire et les ouvre au don de la Foi.

Toi unie au Christ dans la souffrance et dans la gloire,

vois ceux que l’épreuve assaille. Qu’ils découvrent sa

pâque libératrice et en vivent dans l’espérance.

Toi qui prias Jésus quand manquait le vin de la joie,

vois les peuples en détresse. Que règnent la Justice et

la Paix, dans un monde solidaire où brille la Charité.

Toi qui, au milieu des apôtres, reçut le souffle

de l’Esprit, vois les apôtres d’aujourd’hui. Qu’ils

annoncent la parole avec assurance et la proclament

par toute leur vie. Que les jeunes entendent l’appel

du Christ et le suivent dans la joie.

Notre Dame d’Afrique, Reine de l’Univers, vois

l’humanité en marche. Que le Christ ton Fils la

rassemble dans l’unité de Son Esprit, à la gloire du

Père pour les siècles des siècles. Amen

Prière des Sœurs Missionnaires de Notre-Dame

d’Afrique

en kabyle

Amarezg inem a Meôyama

A tin yeccuren d ennâayem

Mass ukud yidem ittili

Kem d tambaôekt ger tlawim irkelli

D ambaôek Yassuâ agummu n tadist inem.

A meryama tamqeddest

A tayemmat n Yillu

èall fell-a$ nekwni s imednab

Tura d wass mara ad nemmet. Amin.

Je vous salue Marie

السالم عليك،‏ يا مرمي،‏ يا ممتلئة نعمة،‏ الرب معك،‏

مباركة انت في النساء،‏ ومباركة ثمرة

بطنك يسوع.‏

يا قديسة مرمي،‏ يا والدة اهلل،‏ صلي الجلنا نحن اخلطأة،‏

اآلن وفي ساعة موتنا.‏

آمني

اللهمّ‏ ربّنا وربّ‏ كلّ‏ شيء،‏ أيّها اإللهُ‏ العظيمُ‏ املنّان

مرسلُ‏ جبريلَ‏ بالبشارة إلى سيّدة نساءِ‏ اجلنّة واألكوان

مرمي البتول أمتَك الوضيعة على مرِّ‏ الدّهورِ‏ واألزمان

أنت اإللهُ‏ السميعُ‏ اجمليبُ‏ الهادي الرحيمُ‏ والرحمان

إلهنا نسألك أن حتبِّبنا إليك،‏ وأن حتبِّبنا إلى مالئكتك وإلى جميع

أنبيائك ورسلك،‏

... اللهمّ‏ حبِّبنا بسيّدتنا مرمي البتول الطاهرة،‏ واجعلها قدوة لنا

في حياتنا ومعاشنا،‏

... اللهمّ‏ اجعل حبّك أحبّ‏ األشياء إلينا،واجعل خشيتك أعظم

األشياء لدينا.‏

... اللهم إننا برحمتك نستغيث فأغثنا وأصلح لنا شأننا كلّه،‏

وشأن حكّ‏ امنا والقائمني على أمورنا،‏

وشأن وطننا وكلّ‏ من سكن أرضه مسلمني ومسيحيّني.‏

... اللهمّ‏ ربّ‏ السموات السبع وربّ‏ العرش العظيم،‏

نسألك،‏ كما اصطفيت العذراء مرمي،‏ وفضّ‏ لتها على نساء

العاملني،‏

أن تصطفي لبنان مبسيحيّيه ومسلميه،وجتعله رسالة إلى كلّ‏

بالد العالم،‏

وأن تطهّ‏ ر قلوب اللبنانيّني من األحقاد،‏ وتنصرهم على أنفسهم

وعلى مصاحلهمالشخصيّة،‏

حتى ال يروا بعد ذلك،‏ إال مصلحة بلدهم الواحد بجميع أبنائه

ومواطنيه.‏

‏...اللهمّ‏ إننا نسألك أن تعيد أيّام هذا العيد املبارك

على املسيحيّني واملسلمني في لبنان وجميع أنحاء العالم،‏

‏)إنك يا إلهنا سميع مجيب(‏

اللهمّ‏ آمني

en arabe

Le 25 mars est au Liban jour de fête nationale islamo-chrétienne.

Cette prière commune est récitée chaque année.

20


Notre arrivée à Ghardaïa a été une

plongée dans un environnement

auquel je ne connaissais pour

ainsi dire rien. Alors, dans la

musique jouée par cette petite

Église saharienne, comment j’interprète ma

partition

D’abord, pour pouvoir la lire, il me faut faire

un peu de solfège. La première facette de la

mission pour moi, c’est ouvrir les yeux, les

oreilles et aussi mon cœur et mon intelligence,

être à l’écoute de ce monde nouveau qui

m’entoure, qui m’est parfois si « étrange ».

Me mettre à l’école de l’autre, ça a été me retrouver

vraiment comme une enfant : à soixante ans, apprendre

à dire bonjour, à lire et à écrire, et même à faire la chaine

à la boulangerie ! Voilà qui me révèle quelque chose de

l’Évangile. Ne rien « maîtriser », quel apprentissage de

la rencontre : dans la plupart des relations, je ne peux

mobiliser mes manières de voir, mes représentations,

Accueil à Dar Keltoum : Anne deuxième à droite et Patrick au fond

mes repères habituels. Dépouillement... Je suis obligée

d’admettre une vraie altérité. Je ne peux pas tricher.

Le premier morceau de musique que j’ai eu à déchiffrer

c’est « une Église de la présence et du travail humain »! Le

travail ne manque pas : le secrétariat et ses à-côtés ; avec

Patrick, l’accueil à Dar Keltoum, la maison diocésaine ;

et des cours de français. En plus de ceux prévus au

CCDS et à la Maison de la Jeune Fille, j’ai la chance de

pouvoir intervenir à l’université pour du « renforcement

linguistique » pour des étudiants en licence de français.

Témoignage

Partition saharienne

Dans l’ordinaire des jours, il

y a aussi des improvisations,

comme en jazz, les relations

de voisinage, un thé ou un

couscous, les balades le weekend,

etc. J’ai envie de vous

dire deux mots sur l’atelier

« patchwork-français » que

j’ai lancé en décembre à Dar

Keltoum, après avoir bavardé

avec l’une ou l’autre voisine ;

tout ce qu’il y a de plus informel,

en principe tous les 15 jours. Il est

devenu « patchwork-broderietricotage

» selon ce que l’une ou l’autre avait envie de

faire. Finalement, c’est moi qui me suis mise au tissage.

C’est Yamina qui m’a initiée : elle terminait une nappe

et m’a mise à l’ouvrage avec elle ! Un vrai stage intensif

« tissage-arabe » : vous connaissez el khoulala Puis j’ai

commencé un petit tapis... Des relations que j’ai pu avoir

grâce aux liens déjà tissés par nos voisines les sœurs !

Peu à peu, au fil des jours et des rencontres, nous

nous apprivoisons.

Il y a aussi tout un répertoire intitulé « Une Église du

dialogue avec nos frères et sœurs de l’islam ». J’y ai

trouvé le Ribât es-salâm (le Lien de la paix). Rejoindre

ce groupe J’ai bien hésité ; mais vraiment, cette

musique-là me tentait beaucoup. J’ai participé à

deux rencontres du Ribât, et je ne le regrette pas !

C’est pour moi une facette essentielle de la mission

ici, celle de la rencontre avec des musulmans au plan

spirituel. Comment dans un pays si religieux ne pas

rechercher le dialogue aussi sur ce terrain-là Mais être

du Ribât se veut surtout un engagement au quotidien,

qui façonne ma prière.

Le lien de la paix - cette paix que le Christ nous donne.

Cette paix qui a tant de mal à advenir, que ce soit à

mon niveau personnel, au niveau interpersonnel ou

international !

Anne de Boissieu

Volontaire DCC, avec son mari Patrick,

au service du diocèse de Ghardaïa

dialogue

pax concordia


église d’algérie

Journées Algériennes de la Jeunesse

Que se passe-t-il ce jeudi 29 mars à Notre-Dame

d’Afrique

Un à un, des cars viennent sagement se ranger

sur l’esplanade. Regardez les immatriculations ! Ils

viennent d’Annaba, de Sidi Bel-Abbès, de Constantine,

de Tiaret, de Bejaïa, d’Oran, de Blida, de Tizi Ouzou...

On a l’habitude des bus d’étrangers précédés d’une

escorte. Ici, rien de tout ça. Ce sont en majorité des

étudiants africains qui descendent et qui, aussitôt,

disparaissent à l’intérieur de la basilique. Suivonsles

!

… Traversant la basilique, nous arrivons dans la

cour du rectorat. Derrière un stand, des personnes

s’affairent à distribuer des livrets, des foulards, des

badges. Une fois équipés, les jeunes s’engouffrent

par une autre porte … et ressortent dans un immense

jardin qui surplombe la baie d’Alger.

Où sommes-nous Des banderoles, une sono,

un podium, c’est une manifestation

Oui, une manifestation de joie. « Soyez toujours

joyeux dans le Seigneur ! » en est le slogan. Il est tiré

de la Bible, de saint Paul (Ph 4, 4). Plutôt la Joie que le

« dégoûtage » !

C’est un pèlerinage à Notre-Dame d’Afrique. C’est

de là que sont partis les premiers « Missionnaires

d’Afrique », les Pères Blancs, pour annoncer l’Évangile

sur le continent. Alors c’est un retour, une action de

grâce.

Nous sommes dans les jardins de la Nonciature,

assez grands pour accueillir les centaines de jeunes

chrétiens venus de tout le pays pour ce rassemblement

national. Ils permettent aussi des échanges en petits

groupes avec différents témoins répartis en stands, et

des espaces plus discrets où est célébré le sacrement

L’élan des jeunes !

de la réconciliation.

Pourquoi aujourd’hui

Cette année, l’Algérie fête

ses cinquante ans d’Indépendance.

Ça vaut le coup

de marquer cette année

aussi par un événement

chrétien, puisque nous

sommes une composante

de la société.

Nous sommes à la veille

des Rameaux, date traditionnelle

des rassemblements

de jeunes. Dans

l’Église, c’est la Journée

Mondiale de la Jeunesse,

célébrée localement, sauf

quand il y a un rassemblement mondial comme en

août dernier à Madrid ou en juillet prochain (23 au 28

juillet 2013) à Rio de Janeiro.

Ce sont les vingt jeunes qui représentaient l’Église

d’Algérie aux JMJ de l’an dernier qui ont le plus insisté

pour l’organisation de ces Journées.

Journées Algériennes de la Jeunesse, JAJ,

comme JMJ Vous êtes gonflés !!!

Un peu. Mais sans provocation, tout se passe à

l’intérieur d’espaces ecclésiaux, sauf la procession

des Rameaux où on traversera l’esplanade, en silence,

pour rentrer solennellement dans la basilique, après

une nuit de fête, enseignements, témoignages et

prière. Mais à 6h du matin, ça reste discret, non

Quand l’Algérie donne des bourses à des étudiants

de tout le continent, elle le fait de manière ouverte,

sans les réserver à des musulmans. En 2006, elle


a même publié un décret concernant les cultes

non-musulmans. Les chrétiens ne sont pas des

clandestins !

Outre les étudiants sub-sahariens, il y a aussi quelques

jeunes algériens, heureux de pouvoir se rassembler

en Église, et de se sentir partie prenante de cette

Église catholique, clairement « universelle » comme

le signifie ce mot.

Les Autorités sont là

L’archevêque d’Alger et l’évêque de Constantine

sont là pour du non-stop, de 14h à demain 9h ! Ils

donneront même des catéchèses, avec d’autres

pasteurs ou témoins : première intervention à 22h,

seconde à 2h du matin, et la messe à 7h00 !

On a pensé inviter le ministre des Affaires religieuses,

mais on a été timides. Ce sera pour la prochaine fois.

Ça coûte cher, un rassemblement comme ça

Oui, bien sûr, il a fallu faire un budget. Le transport,

les bus, l’inscription (500 dinars par

personne), les participants ont payé !

Les cuisiniers étaient des étudiants

bénévoles qui ont tout préparé à la

maison de Ben Smen. Ce n’est pas

rien de cuire 80 poulets ou 50 kg

de riz, et une autre nuit pour cuire

les gâteaux, déployer des centaines

de mètres de tissu en décoration et

foulards, etc. Heureusement, il y a eu

de beaux gestes de générosité, par

des amis musulmans et chrétiens. Le

podium par exemple a été offert par des amis algériens

de Kabylie, montage compris. Des entreprises ont

sponsorisé pour certains produits alimentaires. Des

commerçants amis pour les tissus. L’Algérie est

généreuse. Il y a eu aussi des aides d’amis chrétiens,

de congrégations religieuses, l'engagement fort des

diocèses, le livret a été imprimé par la basilique qui

nous a accueillis gratuitement, du matériel prêté par les

paroisses et par l’Église anglicane, sans compter tous

les coups de main sur place et pour la préparation.

Qu’est-ce qui a le plus plu aux participants

Le nombre d’abord : quand on vient de pays où

les assemblées chrétiennes sont très nombreuses,

c’est surprenant de se trouver dans des petites

communautés discrètes comme ici. Vivre un grand

rassemblement et l’ambiance qui va avec, ça compte.

La fraternité aussi, celle déployée dans l’ardeur de la

préparation et la chaleur de la rencontre. L’exploit

enfin pourrait-on dire d’une nuit blanche pour louer

Dieu ! La beauté aussi des

chants de chorales qui avaient

longuement répété ensemble

un week-end à Blida. Ce

rassemblement festif semble

avoir été un temps fort spirituel

marquant pour mieux vivre

avec assurance et sérénité sa

foi en terre algérienne.

Page préparée par Michel

Guillaud

église d’algérie

Père Jean-Paul Kaboré, vous êtes aumônier national des étudiants, vous avez coordonné,

encouragé, arbitré, soutenu … et vécu ces JAJ. Qu’auriez-vous envie d’ajouter

Oui, je vous remercie. Que puis-je ajouter à ce qui est déjà susdit Depuis sept ans que j’accompagne les étudiants,

j’avoue que c’est une première de coordonner un événement de cette taille, surtout en Algérie. Mais heureusement,

l’ensemble des aumôniers et sœurs conseillères et même des étudiants m’ont été d’un grand soutien pour que ce

rêve devienne réalité. J’exprime à tous ma profonde gratitude.

Au soir de ce méga rassemblement, dans l’action de grâce et de reconnaissance à Dieu, principal instigateur de cette

réussite, je puis dire sans risque de me tromper que « qui ne risque rien n’a rien ». Risquer pour Dieu, quelle noble et

belle tâche ! Et cela ne réserve que du bonheur au final... La jeunesse chrétienne, soutenue par tous ses responsables,

a cru en la force de la foi capable de déplacer des montagnes et elle a réussi. Elle a sauté dans le vide avec confiance

et Dieu l’a reçue dans ses bras. Quelle belle aventure ! Que du bonheur ! Ma prière est que, par l’Esprit Saint, l’ardeur

de cette jeunesse aille grandissant dans cette Algérie, pour la gloire de Dieu et pour la joie de tous.

pax concordia


ACTUALITÉ DES DIOCÈSES

Le sourire de Reinaudi

Notre Église une fois encore est touchée par

un décès ; celui de notre frère Reinaudi

Cavalcante Carvalho de la communauté

‘Salam’. Notre Église est en souffrance.

Chacun de ses

membres est surpris, bouleversé,

ému, peiné. Chacun est perdu

devant cet inattendu qui nous

laisse sans voix et interrogatifs !

La mort de Reinaudi nous rejoint

au cœur même du mystère pascal

de la mort et de la résurrection

du Christ que nous venons de

fêter en Église. Un des derniers

gestes posés par Reinaudi a été

d’allumer le cierge pascal au

début de l’Eucharistie. Acte de foi

au Ressuscité !

Ce visage que nous connaissions

était souvent habité par un sourire

éclatant. Il transpirait la joie de

vivre, la joie de croire, la joie de s’être donné, la joie

de servir. Ce sourire était le premier cadeau qu’il nous

offrait, nous invitant à le partager, à en illuminer nos

propres vies, nos journées.

Il était arrivé en Algérie fin 2010, rejoignant

Radameques et Eugenia. Il s’est vite inséré à travers

les activités qui nous sont propres : auprès des jeunes

lycéens à la bibliothèque de Ben Cheneb deux fois par

semaine, auprès des enfants deux jours par semaine

sur la colline de la Dame d’Afrique chez les sœurs de

Mère Teresa, et auprès des étudiants notamment sur

la paroisse Saint-Charles de Blida.

Ce sont quelques-uns des lieux où il s’était investi

avec son sourire qui le rendait proche des uns et des

autres, disponible envers chacun. Aux dernières JAJ,

il avait pris une part très active.

Partout, il était heureux d’être un témoin du Ressuscité

qui rassemble les uns et les autres dans sa maison.

Diocèse d’Alger

Christian Mauvais

Congrégations religieuses : ensemble pour

la mission

L’assemblée annuelle de l’Union des Supérieurs(es)

Majeurs(es) d’Algérie (USMDA) s’est tenue à la Maison

diocésaine d’Alger du 27 au 29 février 2012.

Ensemble pour la

même mission,

servir ce que l’Esprit

nous demande

aujourd’hui.

Cette année nous avons voulu

mettre en évidence : « L’Inter-

Congrégation au service

de la mission. Modes de

concertation et de réflexion ».

C’est le défi : une collaboration

élargie et plus concrète entre

nos différentes communautés

dans l’ouverture aussi aux

laïcs qui s’engagent dans la

mission.

Les préoccupations sont

communes, avec des nuances intéressantes. La

préoccupation prioritaire des congrégations est

celle d’assurer la relève (sans oublier le problème

des visas). Mais, particulièrement pour les jeunes,

c’est une plus grande attention au contenu et aux

méthodes de la pastorale, un désir d’innovation et

d’initiative, surtout dans le dialogue et les relations

avec l’islam.

Les évêques des quatre diocèses ont aussi exprimé

leurs préoccupations : le service de toutes les

catégories de personnes qui font partie de notre

Église, l’urgence d’unité dans l’Église locale dans la

variété de sa réalité, le besoin de spiritualité et de

formation, le désir de garder la mémoire du passé.

Il s’agit de regarder non seulement l’avenir avec

espoir, mais aussi le présent avec intelligence, pour

cueillir les signes de vie. Le passé sert à l’avenir, non

à lui-même.

Sœur Gabriella


Diocèse d’Oran

Mostaganem : amitié et solidarité

Depuis la dernière rentrée les étudiants

chrétiens subsahariens ont accepté

de se faire proches des détenus que le

père Bernard visite tous les 15 jours à

Mostaganem. Ces hommes sont pour la

plupart camerounais, nigérians et maliens. Beaucoup

n’ont jamais de visites et souffrent de cet isolement.

Les étudiants ont accepté d’ouvrir leur cœur à ces frères

poussés par la misère à devenir des migrants. À Noël une

collecte se fait et on décide d’envoyer un colis à chaque

détenu, avec une carte de vœux. Aux messes du vendredi

ils sont présents dans la prière universelle. Pour Pâques

nouvelle collecte et on fait parvenir un poulet à chacun.

Une grande carte est signée par tous, puis photocopiée

et envoyée à tous. Les détenus n’en reviennent pas. L’un

d’eux leur écrit : « Vous nous avez donné un souffle de

vie alors que vous ne nous connaissez pas ; vos souhaits

de Pâques nous vont tout droit au cœur ; qu’ils soient

la volonté de Dieu ; et je vous dis merci au nom de la

communauté chrétienne de la prison de Mostaganem. »

On « jubile » à Oran

Au total, 150 ans au service du Seigneur.

Action de grâces pour les 50 ans de

ministère presbytéral des pères Thierry

Becker, Bernard de Monvallier et René You.

Ce 27 avril, la cathédrale est bien remplie :

la famille du père Thierry venue de loin, religieux et

prêtres, et la foule des grands jours, venue des paroisses

de l’intérieur, mais surtout paroissiens d’Oran, migrants

et étudiants, avec de beaux chants.

Le père évêque, pour l’homélie, fait une belle lectio divina

du chapitre 21 (v. 15-17) de l’évangile selon saint

Jean : un souffle d’émotion traverse les jubilaires et

même toute l’assemblée quand il pose, au nom du

Christ et pour les années encore à venir, ces trois

questions :« Thierry, m’aimes-tu Bernard, m’aimestu

René, m’aimes-tu » Puis il adresse cette même

interpellation aux jeunes de l’assemblée.

L’après-midi, chaque jubilaire a présenté les

grands moments de sa vie à la suite du Christ.

Les trois jubilaires

Incontestablement et sans qu’ils se soient mis d’accord

préalablement, la part la plus importante a été la

rencontre et le compagnonnage avec leurs frères et

sœurs de l’Islam.

Restait enfin au père Théoneste Bazirikana, du diocèse de

Constantine, de nous dire et de dire surtout aux jeunes

présents à la fête, comment à son tour, il est entré dans

cette aventure qui se poursuivra, souhaitons-le pour

tous, bien au-delà du cinquantenaire.

Tiaret, rencontre nationale des aumôniers

d’étudiants

Quinze hommes et femmes qui, à travers

le pays, sont au service des étudiants

subsahariens chrétiens, se sont retrouvés

les 8 et 9 mai à Tiaret. Ils ont consacré

une journée à leur propre formation,

s’intéressant à l’univers religieux des étudiants, aidés

pour cela par le père Chrislain Loubelo, qui leur a parlé

des religions traditionnelles, par deux étudiants de

Tiaret, qui ont témoigné de leur parcours chrétien, et

par le film burkinabé Yaaba. Ils ont aussi fait un bilan des

récentes Journées Algériennes de la Jeunesse, et préparé

les sessions d’été. En perspective : une réflexion sur le

catéchuménat, puisque chaque année des étudiants se

préparent aux sacrements de l’initiation.

actualité des diocèses

pax concordia


ACTUALITÉ DES DIOCÈSES

Diocèse de Constantine et Hippone

Journées diocésaines : un regard chrétien sur

nos appartenances nationales

Il n’y a pas que l’Algérie à célébrer 50 années

d’indépendance. C’est aussi le cas de plusieurs des

pays dont sont originaires les étudiants de nos

communautés chrétiennes. Nos journées diocésaines

ont donc retenu le thème : « 50 ans d’indépendance,

quel regard chrétien sur l’histoire de mon peuple »

Notre rencontre nous a donné l’occasion de réfléchir

sur la relation entre notre foi et notre agir de citoyens.

Le père Jean Toussaint nous a fait réfléchir sur la

mémoire, l’oubli et les défis qu’ils doivent affronter,

d’abord à partir d’un court-métrage algérien « J’ai

habité l’absence deux fois » puis à partir de la tradition

biblique. Son exposé du deuxième jour « Foi chrétienne

et nationalisme » nous faisait ainsi parcourir toute la

Bible de la Genèse à l’Apocalypse…

Des carrefours, en trois langues différentes, ont permis

aux participants d’approfondir leur réflexion et de les

adapter à leurs différents horizons.

Raphaël Abdilla : un au-revoir

Le père Raphaël Abdilla, qui a assuré la continuité de la

présence de l’ordre de saint Augustin (OSA) à la basilique

d’Hippone pendant près d’une décennie a été autorisé

par ses supérieurs à exercer un ministère dans son pays

natal et proche de sa famille. Le diocèse de Constantine

et Hippone lui doit une immense reconnaissance et les

Autorités civiles d’Annaba ont tenu à le remercier pour

les bonnes relations qu’il a su créer et entretenir entre

elles et la basilique. La communauté chrétienne lui a

également fait la fête !

L’arrivée du père Joseph Enamanungal (venant de

Éducatrices de jeunes enfants

l’Inde) deux jours avant le départ de Raphaël nous

donne l’espoir que la communauté augustinienne

pourra continuer le travail commencé dans le même

climat de confiance.

Petite enfance

La formation des éducatrices de jeunes enfants est

une demande très forte dans une Algérie où les mères

de familles sont de plus en plus appelées à travailler à

l’extérieur du foyer.

Notre diocèse essaie, avec la collaboration de la Caritas

et de formatrices venues d’Alger, d’apporter sa modeste

réponse à ce besoin en engageant un cycle de formation

pour jardinières d’enfants, dont une deuxième session

vient de se tenir au mois de mars. Les avis des stagiaires

au bilan de fin de session nous encouragent à continuer

cette formation, d’abord par une autre session en juin

(pour les enfants de cinq ans), puis par la formation de

personnes pouvant elles-mêmes devenir formatrices

pour donner d’autres sessions à l’avenir à Constantine.

Le père Abdilla chaleureusement remercié par le Wali

d’Annaba (au centre), en présence du Consul de France

Quelques réactions de stagiaires

J’avais honte de dire que je travaillais dans un

jardin d’enfants, maintenant j’ai compris que c’est

le plus beau métier du monde parce que l’activité

manuelle permet à l’enfant de se valoriser.

J’ai dépassé ma peur des travaux manuels, je

croyais que je ne pouvais rien faire avec les enfants

parce que moi-même je n’avais pas d’idées.

Je veux continuer pour permettre à ces enfants de

s’orienter vers un avenir plus beau, pour respecter

l’enfant dans sa personnalité.


Diocèse de Laghouat-Ghardaïa

Du 19 au 22 avril, une soixantaine de membres du diocèse du Sud se sont

retrouvés à Ghardaïa. Joie des retrouvailles et réflexion pour discerner les

nouvelles pistes de la mission étaient au menu de ces journées. Écho d’une

participante venue de France pour l’occasion.

Assemblée diocésaine 2012

Il y a 3 ans, de passage à l’Assekrem puis

Tamanrasset, j’ai découvert ce beau livre de Mgr

Claude Rault Désert ma cathédrale. Un diocèse hors

norme, ancré en ce vaste désert saharien… Je ne

pensais pas qu’un jour je serais à Ghardaïa parmi

vous pour vivre cette Assemblée diocésaine.

Trois jours, c’est bien peu pour découvrir une telle réalité

et s’en imprégner, mais l’intensité et la qualité de ces

journées ne peuvent laisser indemne.

Le premier soir, alors que nous étions réunis pour

prier se fit entendre le muezzin : instants que j’ai vécus

avec beaucoup d’intensité, me reliant à tous ces frères

musulmans rassemblés eux aussi pour la prière. Votre

présence sur cette terre d’islam prenait davantage sens ;

au fil de ces jours j’allais en découvrir quelques facettes.

Touggourt, Timimoun, Béni-Abbès, des noms que j’avais

pu voir sur la carte et qui soudain prenaient visage, mais

quelle diversité d’âges, de cultures, d’histoires qui se

tissent et se détissent au fil du temps, en s’inscrivant

dans le passé, mais qui supposent adaptation pour

accueillir la nouveauté, les mutations. Déplacements

permanents auxquels vous êtes appelés pour aller sur

le terrain de l’autre.

Ce qui m’est apparu comme fondateur de votre

rencontre, c’est tout ce travail fait en amont sur

l’Exode et qui s’est poursuivi le premier jour, donnant

consistance à ces journées, les colorant aussi, nous

invitant au détour tout comme Moïse. Se laisser habiter

par la parole de Dieu, prier et célébrer sont le ferment de

votre communion et essentiels pour vivre votre mission

au quotidien.

Votre réflexion menée avec lucidité en s’attelant aux

vraies questions, qu’il s’agisse des effets de la mondialisation,

de la présence des migrants subsahariens, du développement

des Églises évangéliques, de la question

de la transmission, de votre renouvellement (pour n’en

citer que quelques-unes) est significative. Votre avenir

peut paraître incertain comme le soulignait Mgr Rault,

mais vous avez des ressources. Votre enracinement et

votre présence gratuite au cœur de ce peuple, les priorités

données, votre audace, cette foi en l’homme et en

Dieu sont source d’Espérance et contribuent à ouvrir

des chemins nouveaux.

Bon vent à chacune et chacun de vous malgré les grains

de sable… et un immense merci pour votre accueil et

votre fraternité.

Brigitte Lorrain

S’il vous plait… dessine-moi ton Église : projet

diocésain au Sahara algérien

Élaboré depuis quelques années, fondé sur l’expérience

de ses membres, ce projet nous dit comment l’Église de

Laghouat-Ghardaïa, dispersée, ultraminoritaire, vit son

témoignage évangélique et sa vocation de proximité

avec le monde musulman dans un souci de fraternité et

de communion universelle. Il s’articule autour de trois

grands axes : celui de la Caritas (exercice de la Charité) :

œuvre du Père ; celui de la Culture (signe de notre incarnation)

: œuvre du Fils ; celui de la Contemplation : œuvre

de l’Esprit, les trois reliés ensemble par un « C » plus

vaste qui les enveloppe : la Communion. Petite brochure

de 32 pages, facile

à lire, bien illustrée,

elle vous fera mieux

connaître la vie

du diocèse de Laghouat-Ghardaïa.

actualité des diocèses

pax concordia


des livres à lire

Luc fait comprendre aux chrétiens de son temps qu’ils sont les maillons

d’une chaîne humaine, belle, digne, intellectuellement respectable - en

un mot admirable. Son texte vient du fond des âges, mais l’horizon qu’il

dessine dit notre futur.

Ces mots tirés de l’introduction suffiraient à dire l’intérêt de ce livre

pour relire en Algérie les Actes des apôtres. En vérité, cet ouvrage de taille

modeste aborde beaucoup de questions : après trois chapitres d’ordre plutôt

théologique, il évoque le rapport aux autres religions (ch. 5) et aux questions

d’argent (ch. 6).

Le chapitre 4 m’a particulièrement intéressé, en cette année où le cinquantenaire

de l’indépendance algérienne nous fait réfléchir sur notre rapport à l’histoire.

Dans la reconstitution par Luc des origines du christianisme, Daniel Marguerat

rend compte de l’écart entre le livre des Actes et les lettres de Paul concernant

la figure de l’Apôtre. Luc sauvegarde la mémoire qu’ont ses contemporains

des actes héroïques de Paul, à une époque où les lettres de ce dernier n’ont

pas encore été rassemblées et sont ignorées de la plupart, y compris peut-être

de Luc lui-même. L’auteur nous éclaire sur les choix de Luc dans sa lecture de

l’Histoire : Décidé à faire de Paul l’emblème du christianisme pour l’avenir (p. 54),

Luc retient ce qui lui paraît porteur, s’abstenant de développer ce qui lui semble

moins pertinent pour ses contemporains. Parfois, il complète ce que les lettres ne

disent pas ; il arrive qu’il pacifie ce qui fut une âpre lutte, qu’il simplifie ou taise ce

qui n’est plus d’actualité (p. 59).

Écrit d’une plume alerte, ce petit livre est riche et dynamisant.

Michel Guillaud

Un admirable

christianisme

Relire les Actes des apôtres

Daniel Marguerat

Éditions du Moulin (Suisse), 2008

93 pages

L’ouvrage de Bachir Hadjadj présenté dans le n°7 (p. 28) est disponible en Algérie sous les

références suivantes : Bachir Hadjadj, Le serment à l’aïeul [Les voleurs de rêves] - Cent cinquante

ans d’histoire d’une famille algérienne, préface de Jean Lacouture, Hibr Editions, Alger, 2009.

Michel Cuypers, qui a animé une session d’islamologie à Alger en 2007, vient de publier La

Composition du Coran. Nazm al-Qur’ân, Rhétorique Sémitique, éd. Gabalda, Paris, 2012.

Petit livre, apparemment vite lu, fait de mots très simples, de

phrases très courtes, de chapitres très brefs. On aimerait le voir

entre les mains de beaucoup de ceux qui s’éloignent déçus du

christianisme, ou qui campent allègrement dans l’indifférence

religieuse avec au moins encore un brin d’ouverture pour un Dieu

qui puisse intéresser l’homme d’aujourd’hui, malgré tant de déconvenues.

Trois parties, qu’on peut découvrir comme trinitaires : une dé-construction

très radicale du « Bon Dieu » d’hier, nous ne pouvons plus adhérer au Dieu

créateur, au Dieu tout-puissant, au Dieu « absolu » (et comme tel, meurtrier

de l’homme), au Dieu qui voudrait « s’imposer à nous » … Puis, dans ce quasi

désert de sens, une re-découverte de Dieu à partir de l’homme et de l’humanité

de Jésus totalement pris au sérieux, selon le choix d’une christologie d‘ « enbas

» que l’on devine articulée sur celle de Joseph Moingt, ce qui nous vaut de

très belles pages, par exemple sur les paraboles de la perle ou du samaritain.

Et enfin la confiance dans l’Esprit-Saint, qui ne peut engendrer qu’un Dieu

qui soit l’amour, un Dieu « digne de l’homme », une représentation de Dieu

n’étant juste que si « elle sert la vie de l’homme ». Nous avons peut-être là la

principale intuition du livre, comme si en quelque sorte l’homme était… la

mesure de Dieu.

Lisez aussi ce petit chef d’œuvre avec un petit groupe, je l’ai expérimenté sur

les chemins de Compostelle (à une dizaine) et ça marchait, ça faisait marcher.

Dominique Motte

Dieu n’est pas ce

que vous croyez

Jean-Marie Ploux

Bayard, 2004

140 pages


Dans la préface, Redha Malek écrit : « Lorsqu’on prend au mot

les idéaux de notre jeunesse, ils deviennent fatalement la

pierre de touche de notre manière de penser et d’agir ». Ces

idéaux furent le christianisme social pour Pierre, les valeurs

républicaines et laïques pour Claudine.

Leur itinéraire familial couvre le XX e siècle et, à travers ce parcours en

Algérie, retrace toute leur vie. C’est aussi, avec la guerre d’Algérie, la lutte

des peuples en marche vers la décolonisation.

Un index de près de mille noms fait défiler la longue chaine de grandes

amitiés et de plus modestes qui ont accompagné leur route, de l’engagement

social à l’engagement politique.

Moments d’histoire de l’Algérie, tragiques comme l’amitié et la mort d’Abane

Ramdane, et moments d’histoire familiale, rendent ce travail en cinq livres

indispensable pour tous ceux que questionne l’Algérie. En effet, jeunes

étudiants, Pierre et Claudine surent reconnaître et écouter les étudiants

algériens. Ils complètent cette histoire avec des « textes à l’appui » comme

« travail de réparation, de justice, de reconstruction sociale, de prévention

des récidives » et en dix-sept pages apportent un éclairage à une « histoire

de la population coloniale depuis 1943 ».

Merci pour ce livre qui se lit comme un roman et nous entraîne dans l’histoire

de la famille Chaulet. Mais, de ces grands témoins du XX e siècle, témoins de

la décolonisation, de la lutte pour l’indépendance de l’Algérie, ne pouvonsnous

pas attendre d’autres témoignages qui vérifieraient leur « conclusion

en forme de bilan provisoire »

Jean Gernigon

Le choix de l’Algérie

Deux voix, une mémoire

Pierre & Claudine

Chaulet

Barzakh, 2012

502 pages

des livres à lire

Khaled al Khamissi, l’auteur de Taxi, rapporte de multiples

conversations avec les chauffeurs de taxi du Caire dans les années

2005-2006. Elles expriment le « ras-le-bol » du peuple cairote qui vit

vraiment au jour le jour.

Les difficultés quotidiennes, la corruption à tous les échelons,

l’omniprésence et la brutalité des services de sécurité, le blocage du système

politique, les humiliations … tous les ingrédients sont là, en effet, pour

l’explosion de janvier 2011.

Mais ce qui rend ce livre si attachant, outre son réalisme, son impertinence, son

humour, c’est aussi sa profonde humanité. Chacun de ces chauffeurs de taxi,

en effet, nous touche par son humaine authenticité. « Pourquoi s’entêtent-ils

à nous prendre tous pour des retardés mentaux » dit l’un d’eux. Comment

oublier celui qui avait « autant de rides sur le visage que d’étoiles dans le

ciel. Chacune poussait l’autre tendrement créant un visage typiquement

égyptien » Et celui-ci : « Même la fourmi noire sur un rocher noir reçoit sa part

de bonté divine ». Une autre figure de sage : celui qui partage sa journée entre

le taxi, sa femme et ses enfants et la pêche dans le Nil. Ce moment le calme

de toutes ses angoisses : « J’ai peur pour mes enfants, peur du futur, peur du

monde entier ». Mais « à la surface du Nil, je lis les paroles de Dieu. Après quatre

heures comme ça je me sens léger ». Il y a enfin cet ange noir avec des ailes

noires venant du Sud noir. Il a fait de sa maison un « nid » où il a installé oiseaux

et poissons… « Chez moi, je suis hors de l’espace et du temps. Je sens que je

suis dans un paradis bien loin de l’enfer du Caire. »

Chantal Laurette

Taxi

Titre original : hawâdît almachâwir

Khaled al Khamissi

Actes Sud, 2007

Éd. originale : Dâr el Shourouq, 2009

Traduit de l’arabe (Égypte) : Hussein

Amera et Moïna Fauchier Delavigne

pax concordia


trois mois en bref

© www.nordeclair.fr

L’Algérie au fil des jours

L’Adieu à un monument de l’histoire.

Premier Président de l’Algérie indépendante, Ben Bella

s’est éteint le 11 avril à l’âge de 96 ans. Responsable

politique controversé, il a eu à mener les destinées de

l’Algérie dans une période de trouble (1963-1965) avant

d’être déposé par le colonel Houari Boumédiène le 19 juin

1965. Après avoir passé près de 17 ans en détention, il a

été libéré par le président Chadli en 1981 avant de fonder,

à l’étranger, un parti politique, le MDA (Mouvement pour

la démocratie en Algérie).

Le président Bouteflika a

décrété un deuil national de

8 jours. El Watan, 12.04.2012.

L’hommage du Maghreb

(Maroc, Tunisie, République

sahraouie et Mauritanie) à

Ahmed Ben Bella. Il a été

inhumé à El Alia au carré des

Martyrs.

Ahmed Ben Bella El Watan, 14.04.2012.

Les législatives du 10 mai n’ont pas chamboulé le

rapport de forces politique. Bond du FLN (220 sièges),

recul du RND (68 sièges), les 2 partis au pouvoir, déroute

des islamistes (48 sièges) sur 462 sièges de la Chambre

basse du Parlement à pourvoir. Nombre de députées

femmes : 145, soit 31%. Votants : 42.9%, dont une forte

proportion de personnes âgées, des plus de 50 ans.

L’islamisme triomphant au Maroc, arrogant en Tunisie

et agressif en Égypte, est anesthésié en Algérie. Mounir

B. dans Liberté, 11-12.05.20012. Quot. Oran, 12.04.2012.

Le statut quo. Les partis au pouvoir reconduits. Ce

changement n’est, certes, pas compatible avec

l’islamisme, mais il ne l’est surtout pas avec l’alternance

démocratique. Sur ce plan-là, le statu quo est total. Ali

Benyahiadans. El Watan, 12.04.2012.

La maison chaouie de Ghoufi. Protection et

réhabilitation du patrimoine architectural berbère. La

symbiose entre un site difficilement domptable et une

pratique ancestrale berbère millénaire a fait que le mode

d’habitat dans la « dechra aurassienne » a été une parfaite

harmonie entre l’homme et son milieu de vie, dégageant

une organisation spatiale qui est l’un des derniers

témoignages de l’entente que l’homme a pu établir avec

la nature et son espace de vie. Liberté, 29.04.2012

Maisons chaouies de Ghoufi

Alger. Des jeunes filles avec des livres… dans le

métro ! « Si à Alger vous cherchez un coin propre, calme

et serein pour souffler et discuter, allez dans le métro »,

propos d’une sœur parmi les « gens du livre »… Le métro,

parce qu’il fonctionne

et qu’on y redevient ce

que nous sommes, des

humains capables de

convivialité, souriant à

l’émerveillement des

enfants, est un révélateur

du désordre urbain sans

nom dans lequel nous

baignons.

© club.ados.fr

Quot. Oran, 29.04.2012

Sétif. Un bol d’air pour les enfants autistes. Une sortie

au parc d’attractions. Sortie réalisée par une équipe

d’orthophonistes, psychologues et jeunes médecins

pédiatres. Samira Khaled, orthophoniste, souligne : « À

travers une telle action, faire comprendre l’autisme et

tordre le cou aux idées reçues sur la pathologie, démonter

en outre qu’il est possible de compenser le handicap et

de vivre en société dans la plupart des cas… »

El Watan, 09.04.2012

Biskra. Des enfants handicapés découvrent la reine

des Ziban. La DASS de Biskra vient d’accueillir plus de 300

enfants du Nord du pays pour 10 jours. Ces enfants, issus

de familles démunies, de 8 à 16 ans, ont sillonné la wilaya

pour en découvrir les richesses artisanales, architecturales,

culinaires et touristiques, sous la protection d’une armada

de médecins, d’infirmiers spécialisés et d’éducateurs.

El Watan, 28.03.2012

Brèves glanées par Gérard de Belair


Couples

Avec l’aide de la Communauté du Chemin

Neuf, le diocèse de Constantine

organise au Bon Pasteur une session de

formation pour couples du 4 au 9 juillet.

Les enfants de ces couples pourront

être pris en charge à Skikda pendant la même période.

eveche.constant@gmail.com

Sessions d’été

Pax et Concordia n°10 indiquait déjà six sessions

proposées aux étudiants au cours de l’été. À noter que

la session « Gestuation des récitatifs bibliques » à Skikda

du 6 au 12 septembre est ouverte à tous. Il s’agit d’un

travail biblique passant par la mémorisation des textes,

pour que la Parole prenne Corps. La session sera animée

par une équipe rentrant d’un stage de formation pour

« nouveaux transmetteurs ».

Retraites spirituelles

La retraite des prêtres, ouverte à tous, organisée par

le diocèse d’Alger aura lieu du 3 (16h) au 7 septembre

(14h). Elle sera animée par le père Jean Desforges, du

Prado : « 5 jours de retraite, de désert pour se renouveler

et apprendre à se renouveler dans la Connaissance de

Jésus Christ ; « de l’or et de l’argent, je n’en ai pas, mais

ce que j’ai je te le donne, au Nom de Jésus de Nazareth,

lève-toi et marche ! » evechealger@yahoo.fr

Le diocèse d’Oran organise une retraite du 3 au 8

septembre au Focolare de Tlemcen avec le père Claude

Tassin, cssp, ayant pour thème « La prière apostolique

selon saint Paul ». Renseignements et inscriptions :

evecheoran@yahoo.fr

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Pax & Concordia, Archevêché d’Alger, 13 rue Khelifa Boukhalfa

DZ - 16000 Alger ALGéRIE

Civilité : _______

On peut aussi demander

le riche programme du

Centre spirituel jésuite de

Ben Smen à Alger :

bensmendz@yahoo.fr

Apprendre l’arabe

Le Centre diocésain des Glycines organise à Alger des

stages de formation à l’arabe classique et à l’arabe

dialectal, du 1 er au 12 juillet (40h) et du 16 septembre

au 4 octobre (60h). Possibilité de s’inscrire pour une

semaine seulement (20h). Hébergement possible sur

place. Renseignements : Centre de langues des Glycines

+213 (0) 21 23 94 85 arabeclassdial@yahoo.fr

Session d’islamologie

Le Centre diocésain des Glycines organise une session

d’islamologie du 16 au 19 octobre à Alger.

glycinesced@yahoo.fr

S’il vous plait…dessine-moi ton Église !

Vous pouvez vous procurer le livret du projet du diocèse

du Sahara en vous adressant au secrétariat de l’évêché

de Ghardaïa : BP 62, 47008 GHARDAIA CTR ou

sec.evghardaia@yahoo.fr

Liturgie et Dialogue

« Rencontre et Dialogue dans la liturgie dominicale

-Année B- 3 e partie : de la Fête-Dieu au Christ-Roi ». Des

pistes pour chaque dimanche de l’année liturgique

proposées par les Pères Blancs. À demander à :

pbprovmaghreb@yahoo.fr

Nom : _______________________

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