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Foie et maladies du tube digestif - Afef

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<strong>Foie</strong> <strong>et</strong> <strong>maladies</strong> <strong>du</strong> <strong>tube</strong> <strong>digestif</strong><br />

<strong>Foie</strong> <strong>et</strong> <strong>maladies</strong> <strong>du</strong> <strong>tube</strong> <strong>digestif</strong><br />

F. Kazemi, M. Beaugrand<br />

Service d’hépatologie, Hôpital Jean Verdier, Université Paris XIII, Bondy 93143 CEDEX<br />

Points clés<br />

• Les anomalies biologiques hépatiques sont fréquentes au cours des <strong>maladies</strong> chroniques<br />

<strong>du</strong> <strong>tube</strong> <strong>digestif</strong>s particulièrement la maladie coeliaque <strong>et</strong> les <strong>maladies</strong> inflammatoires<br />

chroniques.<br />

• La maladie coeliaque peut se révéler par une élévation isolée des transaminases. Elle peut<br />

être associée à la CBP ou à l’hépatite auto-immune, <strong>et</strong> doit être dépistée au cours de ces<br />

<strong>maladies</strong>.<br />

• Les <strong>maladies</strong> inflammatoires <strong>du</strong> <strong>tube</strong> <strong>digestif</strong> s’associent fréquemment à une cholangite<br />

sclérosante primitive des voies biliaires intra- <strong>et</strong>/ou extrahépatiques.<br />

• L’usage croissant de l’azathioprine ou de ses analogues dans le traitement au long cours<br />

des <strong>maladies</strong> inflammatoires <strong>du</strong> <strong>tube</strong> <strong>digestif</strong> expose à une atteinte sinusoïdale pouvant<br />

évoluer vers une hyperplasie no<strong>du</strong>laire régénérative.<br />

• Les signes biologiques ne perm<strong>et</strong>tant pas de distinguer formellement ces différentes<br />

situations -en particulier l’atteinte des voies biliaires <strong>et</strong> l’hyperplasie no<strong>du</strong>laire<br />

régénérative chez les patients traités- la biopsie hépatique est le plus souvent<br />

indispensable.


Intro<strong>du</strong>ction<br />

Les anomalies hépatobiliaires sont fréquemment rencontrées dans la plupart des pathologies<br />

<strong>du</strong> <strong>tube</strong> <strong>digestif</strong>. Les entités les plus souvent impliquées sont la maladie coeliaque (MC) <strong>et</strong> les<br />

<strong>maladies</strong> inflammatoires chroniques des intestins (MICI). Nous limiterons volontairement c<strong>et</strong><br />

exposé à ces deux pathologies.<br />

La<br />

coeliaque<br />

maladie<br />

Cytolyse<br />

Dans une étude suédoise (1), il a été trouvé une hypertransaminasémie chez 39% de 74<br />

patients atteints de MC. Sur treize patients biopsiés, cinq avaient des signes histologiques<br />

d’hépatite « réactionnelle » <strong>et</strong> sept des signes d’hépatite chronique active <strong>et</strong>/ou de cirrhose. La<br />

cytolyse seule est la plus commune des anomalies biologiques hépatiques <strong>et</strong> diminue de façon<br />

significative avec le régime sans gluten.<br />

Dans une étude plus récente(2) comportant 132 patients atteints de MC, 47% avaient des<br />

anomalies biologiques hépatiques, <strong>et</strong> sur 37 patients biopsiés, 5 patients n’avaient aucune<br />

anomalie histologique, 25 avaient des anomalies mineures <strong>et</strong> non spécifiques, <strong>et</strong> cinq patients<br />

avaient une hépatite chronique active. Ces études ont pu méconnaître une infection virale C.<br />

Stéatose<br />

Dans la série mentionnée ci-dessus, 28% des patients biopsiés avaient une stéatose<br />

macrovésiculaire significative. La stéatose microvésiculaire est beaucoup plus rare(3) <strong>et</strong><br />

exceptionnellement responsable d’insuffisance hépatique, régressive dans tous les cas après<br />

un régime sans gluten(4).<br />

CBP<br />

Décrite initialement en 1978 (5) l'association entre MC <strong>et</strong> cirrhose biliaire primitive (CBP) a<br />

été rapportée de nombreuses fois. Depuis quelques années des études prospectives <strong>et</strong><br />

épidémiologiques ont tenté de préciser c<strong>et</strong>te association. Les études récentes révèlent que la<br />

prévalence de la MC chez les malades atteints de CBP varie de 2,3 % (6) à 11 % (7), soit une<br />

valeur au moins 10 fois supérieure à celle de la population générale. La prévalence de la CBP


chez les malades atteints de MC varie, quant à elle, de 0,3 % (8) à 3 % (9),soit une valeur au<br />

moins 200 fois supérieure à celle de la population générale.<br />

L'identification de l'association MC-CBP est importante, les deux <strong>maladies</strong> pouvant entraîner<br />

une déminéralisation osseuse (10). En cas d'association des deux <strong>maladies</strong>, le traitement<br />

spécifique à chacune d'entre elles est nécessaire pour contrôler ces complications (11).<br />

L'association entre MC <strong>et</strong> CBP n'est pas surprenante car ces deux <strong>maladies</strong> sont caractérisées<br />

en partie par des anomalies immunologiques semblables (12) : pro<strong>du</strong>ction d'anticorps<br />

spécifiques(13); (14), activation des lymphocytes T CD8 puis CD4 au niveau des organes<br />

cibles (15), association à d'autres <strong>maladies</strong> auto-immunes (16); (10). Cependant, il existe de<br />

nombreuses différences : une n<strong>et</strong>te prédominance féminine, un début plus tardif (après la<br />

troisième décade) pour la CBP, en outre la prévalence des phénotypes HLA <strong>et</strong> les <strong>maladies</strong><br />

autoimmunes le plus souvent associées différentes(17). Du fait de sa fréquence <strong>et</strong> de son<br />

caractère souvent pauci- ou asymptomatique la MC doit être dépistée chez les malades atteints<br />

de CBP par une simple recherche des anticorps anti-endomysium (17). Le dépistage de la<br />

CBP chez les malades ayant une MC est plus problématique, <strong>du</strong> fait de sa relative rar<strong>et</strong>é, de<br />

l’absence d’examen de dépistage suffisamment sensible, <strong>et</strong> enfin parce qu’il existe de<br />

nombreuses causes de perturbation de la biologie hépatique dans la MC. Une étude récente<br />

suggère que les manifestations auto-immunes associées à la MC verraient leur incidence<br />

diminuée chez les malades soumis précocement à un régime sans gluten : on ignore si ce fait<br />

s’applique aussi à la CBP.<br />

Hépatite auto-immune<br />

Plusieurs cas d'association entre MC <strong>et</strong> hépatite auto-immune (HAI) ont été rapportés (18). La<br />

prévalence de l'HAI chez les malades ayant une MC varie de 0,6 % (19) à 0,8 % (20). Dans<br />

une étude prospective (21), Volta <strong>et</strong> al. Signalaient la présence d’anticorps anti-endomysium<br />

positifs chez 8 des 181 malades ayant une HAI (4 %), soit une prévalence au moins 8 fois<br />

supérieure à celle de la population générale. Tous les patients porteurs d’anticorps antiendomysium<br />

avaient aussi des critères histologiques de MC, alors que les trois quarts étaient<br />

asymptomatiques.<br />

L'HAI <strong>et</strong> la MC ont en commun une association privilégiée avec certains groupes HLA (B8 <strong>et</strong><br />

DR 3 DQ 2 ) (21). La MC pourrait précéder ou coexister avec la maladie hépatique. Comme<br />

pour la CBP, le cours de la maladie hépatique n’est pas influencé par le régime sans gluten


(21). Il est donc conseillé pour les malades atteints d’hépatite auto-immune, de même que<br />

pour la CBP, de dépister systématiquement la MC par la recherche d’anticorps antiendomysium.<br />

La coexistence des deux <strong>maladies</strong> incite à plus de prudence pour la<br />

corticothérapie, <strong>du</strong> fait <strong>du</strong> risque accru de déminéralisation osseuse.<br />

CSP<br />

Deux auteurs ont signalé la découverte simultanée ou différée de cholangite sclérosante<br />

primitive <strong>et</strong> de MC chez respectivement trois(22) <strong>et</strong> deux patients (23). Dans la première<br />

étude deux patients avaient également une RCH, maladie fortement associée à la CSP (cf.<br />

infra). Du fait <strong>du</strong> peu de cas rapportés, une association fortuite entre la MC <strong>et</strong> la CSP ne peut<br />

être écartée.<br />

Les anomalies vasculaires <strong>du</strong> foie<br />

Des atteintes sinusoïdales hépatiques pouvant aller jusqu’à l’hyperplasie no<strong>du</strong>laire<br />

régénérative ont été anecdotiquement signalées. Des formes mineures de ces atteintes<br />

pourraient rendre compte des cytolyses isolées avec lésions minimes.<br />

Les <strong>maladies</strong> inflammatoires<br />

Des anomalies hépatobiliaires sont fréquemment observées chez les patients atteints de<br />

<strong>maladies</strong> inflammatoires chroniques de l’intestin (MICI), qu’il s’agisse de rectocolite<br />

hémorragique (RCH) ou de maladie de Crohn (MdC). Elles pourraient résulter soit d’un<br />

mécanisme pathogénique commun avec les MICI (la cholangite sclérosante primitive), soit<br />

de désordres métaboliques engendrés par ces <strong>maladies</strong> (lithiase biliaire), ou être une<br />

complication directe (abcès hépatiques ou pyléphlébite).<br />

CSP <strong>et</strong> MICI<br />

La maladie hépatobiliaire la plus fréquemment associée aux MICI est la cholangite<br />

sclérosante primitive (CSP), qu’elle atteigne les canaux biliaires extrahépatiques où qu’elle<br />

n’intéresse que les p<strong>et</strong>its canaux biliaires interlobulaires (entité anciennement désignée par le<br />

terme de péricholangite).Déterminer la prévalence exacte de la CSP au cours des MICI n’est<br />

pas facile car cela impliquerait de faire des examens invasifs tels que la biopsie hépatique ou


la cholangiographie rétrograde à un large ensemble de malades. En pratique ces examens ne<br />

sont faits que s’il existe des anomalies biologiques hépatiques.<br />

Une étude anglaise (24) trouvait des anomalies histologiques hépatiques significatives chez<br />

5% de 300 patients a<strong>du</strong>ltes atteints de RCH, <strong>et</strong> chez 10% d’une population atteinte de MdC.<br />

Ces patients n’avaient pas eu de cholangiographie.<br />

Dans une population de 1500 patients suédois atteints de RCH(25), une cholangiographie<br />

endoscopique pratiquée chez 65 malades ayant une augmentation chronique des phosphatases<br />

alcalines. Une CSP était diagnostiquée chez 3,7% de l’ensemble des patients avec une<br />

prévalence de 5,5% dans les colites éten<strong>du</strong>es <strong>et</strong> 0,5% dans les formes distales. Mais la CSP<br />

peut ne pas comporter d’élévation des phosphatases alcalines, comme l’ont mentionné des<br />

auteurs qui ont fait une CPRE(26), ou une biopsie hépatique (27) systématiques chez des<br />

malades atteints de RCH sans anomalie des test hépatiques. Au total on peut estimer à 5% la<br />

prévalence de CSP chez des malades atteints de MICI, aussi bien la RCH que la MdC, avec<br />

toutefois l’impression que les atteintes hépatiques sévères accompagnent plus volontiers la<br />

RCH, <strong>et</strong> surtout dans les formes éten<strong>du</strong>es.<br />

Inversement, on estime à 70% la prévalence d’une RCH chez les patients atteints de CSP qui<br />

est une maladie rare. Plusieurs études (28, 29) (30) concordent pour les caractéristiques de ces<br />

associations : colite éten<strong>du</strong>e mais paucisymptomatique <strong>et</strong> avec des périodes de rémission<br />

prolongées, <strong>et</strong> une prédominance masculine (sex ratio 2/1). Les symptômes de la CSP<br />

surviennent habituellement plusieurs années après le début de la RCH, voir même après<br />

colectomie totale(31), mais peuvent également précéder la survenue de la RCH. Les deux<br />

<strong>maladies</strong> ont un cours évolutif <strong>et</strong> une gravité totalement indépendants. Enfin il semblerait que<br />

les CSP associées à la RCH ont un potentiel évolutif plus sévère que les CSP isolées (32).<br />

Le traitement de la CSP fait appel à l’acide ursodésoxycholique à fortes doses. Le rôle des<br />

immunosuppresseurs reste controversé mais on ne dispose pas de données spécifiques<br />

concernant l’influence de ces traitements sur les lésions biliaires au cours des MICI.<br />

La transplantation hépatique orthotopique (THO) est le traitement des CSP évoluées.<br />

L’évolution de la MICI après THO est variable malgré l’immunosuppression : une étude<br />

américaine (33) étudiant l’évolution de 35 patients transplantés pour CSP dont 29 avec une<br />

MICI, sur une moyenne de 37 mois, signalait une évolution bénigne de la majorité des MICI,


avec cependant une apparition de novo de RCH. Deux autres études (34, 35)montraient une<br />

évolution plus agressive de la RCH préexistante <strong>et</strong> un nombre important de MICI de novo<br />

après THO, avec un rôle possible de l’arrêt précoce des corticoïdes. Par ailleurs une étude de<br />

la Mayo Clinic (36) trouvait une incidence augmentée (de façon non significative) de cancer<br />

colorectal chez les transplantés (1% par patient annuellement) <strong>et</strong> préconisait une coloscopie<br />

de surveillance annuelle chez ces malades.<br />

Hépatite chronique<br />

Un flou existe quant à la prévalence de hépatites autoimmunes isolées au cours des MICI. En<br />

eff<strong>et</strong> il y a peu de données de la littérature sur des HAI sans coexistence de CSP dans ces<br />

<strong>maladies</strong>. Il a été décrit des syndromes de chevauchement avec la CSP (37). Par ailleurs dans<br />

le passé le rôle des hépatites chroniques virales en particulier liées au VHC a pu être<br />

méconnu. Une étude italienne étudiant la prévalence des hépatites virales dans une population<br />

atteinte de MdC (n=332) <strong>et</strong> de RCH (n=162) comparée à un groupe contrôle (n=374) trouvait<br />

une prévalence de 24,7% d’infection virale B <strong>et</strong> C chez les patients atteints de MdC ; une<br />

prévalence d’hépatite C de 7,4%, plus élevée que dans la population contrôle (p=0,01) <strong>et</strong> que<br />

chez les malades atteints de RCH (p=0,001). Le principal facteur de risque était un antécédent<br />

chirurgical (38).<br />

Cirrhose<br />

L’incidence de la cirrhose chez les patients atteints de MICI est estimée de 1 à 5% en fonction<br />

des séries. Etant donné le peu de données concernant l’infection virale C dans ces<br />

populations, Il est difficile de dire avec certitude si la CSP est la cause majeure de ces<br />

cirrhoses.La seule particularité notable de la cirrhose chez des patients atteints de MICI, est la<br />

possibilité pour les porteurs de stomie digestive de faire une hémorragie digestive à partir de<br />

varices ectopiques stomiales (39). Les différents traitements proposés sont la ligature<br />

chirurgicale, la sclérothérapie au polydocanol, <strong>et</strong> le shunt portosystémique chirurgical ou par<br />

TIPS(40);(41);(42);(43). Bien qu’il n’y ait pas de consensus, le TIPS semble être une bonne<br />

solution pour c<strong>et</strong>te cause rare mais potentiellement grave d’hémorragie digestive.<br />

Cholangiocarcinome<br />

L’association décrite pour la première fois en 1954(44), est clairement établie actuellement<br />

(45). Elle survient essentiellement chez des patients avec une RCH éten<strong>du</strong>e évoluant depuis


longtemps, avec une prévalence de 0,5%. Le risque relatif de développer un<br />

cholangiocarcinome chez un patient atteint de RCH semble être de 20 à 30 fois supérieure à la<br />

population générale. Dans la plupart des cas il existe une CSP des grosses ou p<strong>et</strong>ites voies<br />

biliaires (45, 46).<br />

Comparée à la RCH, la maladie de Crohn a été moins souvent rapportée en association avec le<br />

cholangiocarcinome (47); (48).<br />

Carcinome hépatocellulaire<br />

Plusieurs cas de carcinome hépatocellulaire ont été rapporté chez des patients atteints de RCH<br />

(49); (50); (51)ou de MdC (52); (53); (54). Deux cas correspondaient à des CHC<br />

fibrolamellaires sur foies non cirrhotiques.<br />

Stéatose<br />

Probablement la plus fréquente des anomalies hépatobiliaires constatées chez des patients<br />

atteints de MICI, elle est de mécanisme incertain mais possiblement multifactoriel, liée<br />

essentiellement à la dénutrition, ou à des facteurs extrinsèques, comme les médicaments ou<br />

l’alcool, ou peut encore résulter d’une nutrition partentérale exclusive prolongée. Elle a été<br />

constatée aussi bien en cas de RCH que de MdC, est de type macrovésiculaire, diffuse ou à<br />

prédominance portale ou centrolobulaire.<br />

Lithiase biliaire<br />

Il a été noté une augmentation de l’incidence de la lithiase biliaire au cours de la MdC avec<br />

localisation dans l’intestin grêle ou ayant fait l’obj<strong>et</strong> d’une résection iléale, de 13 à 34% selon<br />

les séries (55); (56). En revanche dans la RCH ou la MdC sans atteinte <strong>du</strong> grêle c<strong>et</strong>te<br />

incidence est de 5% <strong>et</strong> donc superposable à la population générale. L’anastomose iléo-anale<br />

avec réservoir ne semble pas prédisposer à la formation de calculs de cholestérol.<br />

Le mécanisme probable est une sursaturation de la bile en cholestérol <strong>du</strong> fait d’une diminution<br />

<strong>du</strong> pool des sels biliaires, par défaut d’absorption. Une étude ne r<strong>et</strong>rouve pas d’augmentation<br />

relative de la concentration <strong>du</strong> cholestérol dans la bile alors que la concentration de bilirubine<br />

est augmentée par rapport à une population contrôle. C<strong>et</strong>te étude rapporte la prépondérance<br />

des calculs de bilirubinate de calcium (57).


Amylose<br />

L’amylose systémique de type AA <strong>du</strong> foie est une complication rare des MICI, survenant<br />

probablement dans moins de 1% des cas, avec une prédominance n<strong>et</strong>te en cas de MdC <strong>et</strong> chez<br />

les hommes. La survenue de l’amylose hépatique est probablement plus tardive par rapport<br />

aux autres atteintes, mais aggrave le pronostic de la maladie amyloïde (43% de survie à 5 ans,<br />

contre 72% en absence d’atteinte hépatique). L’insuffisance hépatique y est exceptionnelle,<br />

liée à l’atrophie progressive des travées hépatocytaires. (58); (59); (60). (61)<br />

Granulomatose<br />

Il peut exister une granulomatose hépatique au cours de la MdC, accompagnée parfois d’une<br />

élévation modérée des phosphatases alcalines<br />

Abcès <strong>du</strong> foie <strong>et</strong> pyléphlébite<br />

Il s’agit de complications rares mais potentiellement graves des MICI. Des abcès à pyogènes<br />

uniques ou multiples peuvent complique une bactériémie systémique au cours d’une MICI, <strong>et</strong><br />

peuvent être la manifestation inaugurale d’une maladie de Crohn (62); (63).<br />

En ce qui concerne les thromboses portes, plusieurs auteurs rapportent un traitement avec<br />

succès par anticoagulants. La thrombose portale complète est un évènement grave qui peut<br />

rendre périlleuse toute intervention chirurgicale sur l’abdomen.<br />

Cirrhose biliaire primitive<br />

Il existe de nombreux cas rapportés de CBP associée à la RCH, sans que l’on sache s’il s’agit<br />

d’une association réelle ou fortuite. Une étude grecque (64) cependant montre une prévalence<br />

inatten<strong>du</strong>e <strong>et</strong> donc possiblement non fortuite de CBP dans une population atteinte de RCH.<br />

Atteintes hépatiques secondaires aux médicaments utilisés au cours des MICI<br />

L’hépatotoxicité des médicaments utilisés chez les patients atteints de MICI est connue depuis<br />

longtemps <strong>et</strong> peut restreindre voir interdire l’utilisation ultérieurs des médicaments<br />

incriminés.


La toxicité hépatique des dérivés salicylés est surtout rapportée avec la sulfasalazine.<br />

L’anomalie la plus fréquente est une cytolyse hépatique modérée sans tra<strong>du</strong>ction clinique. Il a<br />

été en revanche décrit des hépatites aiguës cytolytiques ou cholestatiques, dont certaines<br />

fulminantes (65) parfois accompagnée d’anomalies hématologiques évoquant un syndrome<br />

mononucléosique. Il a été également rapporté des paucité des voies biliaires de mécanisme<br />

probablement immunoallergique. Une atteinte hépatique peut survenir jusqu’à un an après<br />

l’intro<strong>du</strong>ction <strong>du</strong> médicament, ce qui impose une surveillance étroite de la biologie hépatique<br />

en cas de prescription de la sulfasalazine. Il a été également rapporté des cas d’hépatite aiguës<br />

ou chroniques avec la Mésalazine (66)avec cependant une fréquence infiniment moindre .A<br />

noter qu’il existe des réactions croisées possibles entre la sulfasalazine, la mésalazine <strong>et</strong><br />

l’olsalazine.<br />

En ce qui concerne l’azathioprine, outre les cas d’hépatites aiguës cytolytiques <strong>et</strong> des<br />

cholestases assez fréquentes, il a été surtout rapporté des anomalies vasculaires <strong>du</strong> foie à type<br />

de péliose (67)<strong>et</strong> d’hyperplasie no<strong>du</strong>laire régénérative (68, 69). Ces anomalies sont fréquentes<br />

au cours des traitements prolongés. Leur tra<strong>du</strong>ction biologique est le plus souvent une<br />

élévation des phosphatases alcalines <strong>et</strong> des γGT. Leur constatation doit con<strong>du</strong>ire à une<br />

interruption <strong>du</strong> traitement en raison <strong>du</strong> risque d’évolution vers l’hypertension portale. Les<br />

analogues de l’azathioprine possèdent les mêmes eff<strong>et</strong>s. Enfin il ne faut pas oublier chez les<br />

porteurs d’antigène HBs la possibilité de réactivation d’une hépatite virale B avec<br />

l’azathioprine, comme avec tout traitement immunosuppresseur.<br />

Quant au m<strong>et</strong>hotrexate, il est très fréquemment reponsable d’anomalies biologiques<br />

hépatiques sans tra<strong>du</strong>ction clinique, mais aussi d’hépatite aiguë d’une part, <strong>et</strong> d’autre part de<br />

fibrose <strong>et</strong> de cirrhose, pour une dose cumulée dépassant 2 à 4g (70).<br />

Comparativement la ciclosporine a une moindre hépatotoxicité, (71) Il existe une interférence<br />

dose dépendante avec la clairance des sels biliaires, mais cela se tra<strong>du</strong>it au plus par des<br />

anomalies biologiques mineures qui régressent en cas de ré<strong>du</strong>ction de doses. Il a été<br />

également suggéré un rôle de la ciclosporine dans la lithogénèse (72).<br />

Conclusion


La maladie coeliaque peut se révéler par une élévation isolée des transaminases. Elle peut être<br />

associée avec des <strong>maladies</strong> auto-immunes hépatobiliaires telles que la CBP ou l’hépatite autoimmune.<br />

Quant aux atteintes <strong>du</strong> foie au cours des MICI, elles sont très diverses <strong>et</strong> leur tra<strong>du</strong>ction<br />

biologique est relativement non spécifique. Une élévation des phosphatases alcalines <strong>et</strong> des<br />

γGT en particulier peut tra<strong>du</strong>ire des processus aussi différents que la cholangite sclérosante au<br />

début ou une atteinte sinusoïdale liée à l’azathioprine. C’est dire l’importance de réaliser <strong>et</strong> de<br />

bien interpréter la biopsie hépatique qui est formellement indiquée en cas d’anomalies<br />

biologiques hépatiques persistantes.<br />

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