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Journal de Saclay n°41 - CEA Saclay

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3 e TRIMESTRE 2008 > N°41<br />

Centre <strong>CEA</strong> <strong>de</strong> <strong>Saclay</strong><br />

LE JOURNAL<br />

DOSSIER<br />

Calcul haute performance :<br />

<strong>de</strong>s enjeux colossaux p.3<br />

Produire <strong>de</strong> l’hydrogène<br />

avec <strong>de</strong> la lumière p.21<br />

Le Grand récit <strong>de</strong> l’univers<br />

à la Cité <strong>de</strong>s sciences p.23


Éditorial<br />

Éditeur<br />

<strong>CEA</strong> (Commissariat<br />

à l’énergie atomique)<br />

Centre <strong>de</strong> <strong>Saclay</strong><br />

91191 Gif-sur-Yvette Ce<strong>de</strong>x<br />

Directeur<br />

Yves Caristan<br />

Directrice <strong>de</strong> la publication<br />

Danièle Imbault<br />

Rédacteur en chef<br />

Christophe Perrin<br />

Rédactrice en chef adjointe<br />

Sophie Astorg<br />

Iconographie<br />

Chantal Fuseau<br />

Avec la participation <strong>de</strong><br />

François Bugeon<br />

Laurent Crouzet<br />

Emilie Gillet<br />

François Legrand<br />

Martine Lochouarn<br />

Daniel Tacquenet<br />

Jean-Paul Visticot<br />

Conception graphique<br />

Mazarine<br />

2, square Villaret <strong>de</strong> Joyeuse<br />

75017 Paris<br />

Tél. : 01 58 05 49 25<br />

Crédits photos<br />

<strong>CEA</strong>/ Cadam<br />

<strong>CEA</strong> / C. Dupont<br />

<strong>CEA</strong> / iBiTec-S / P. Lebel<br />

<strong>CEA</strong> / Irfu<br />

<strong>CEA</strong> / D. Touzeau<br />

<strong>CEA</strong> / F. Vigouroux<br />

<strong>CEA</strong> / LSCE<br />

CINES<br />

IBM<br />

IBM / Barcelona Supercomputing<br />

Center<br />

IDRIS / T. Goldmann<br />

Leibnizrechen Zentrum<br />

ONERA<br />

SGI<br />

Tokyo Institute of Technology<br />

N° ISSN 1276-2776<br />

Centre <strong>CEA</strong> <strong>de</strong> <strong>Saclay</strong><br />

Droits <strong>de</strong> reproduction,<br />

texte et illustrations<br />

réservés pour tous pays<br />

Sommaire n° 41<br />

Éditorial . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . p.2<br />

Dossier : Calcul haute performance . . . p.3-19<br />

Des essais <strong>de</strong> sûreté nucléaire pour l’OCDE p.20<br />

Produire <strong>de</strong> l’hydrogène avec <strong>de</strong> la lumière p.21<br />

Greffe chimique rapi<strong>de</strong> pour<br />

revêtement <strong>de</strong> surface . . . . . . . . . . . . . . . . p.22<br />

Écouter le grand récit <strong>de</strong> l’univers . . . . . . p.23<br />

Jean Zinn-Justin . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . p.24<br />

Alors que les<br />

infrastructures<br />

<strong>de</strong> calcul haute<br />

performance françaises<br />

et européennes<br />

ont longtemps<br />

été négligées, ce<br />

retard est aujourd’hui en bonne voie<br />

d’être comblé et c’est une excellente<br />

nouvelle pour toutes les sciences, fondamentales<br />

et appliquées.<br />

L’Essonne compte <strong>de</strong>ux grands centres<br />

<strong>de</strong> calcul, celui du <strong>CEA</strong> à Bruyères-le-<br />

Châtel et celui du CNRS à Orsay qui<br />

viennent <strong>de</strong> conjuguer leurs forces. La<br />

nouvelle entité qui en résulte, le Centre<br />

national Jacques-Louis Lions, offrira<br />

désormais un accès unique à ces<br />

ressources. Cette initiative du <strong>CEA</strong> et du<br />

CNRS, incluse dans la proposition <strong>de</strong><br />

Campus <strong>de</strong> <strong>Saclay</strong>, renforce la candidature<br />

du site <strong>de</strong> Bruyères-le-Châtel pour<br />

accueillir un superordinateur encore plus<br />

puissant, capable <strong>de</strong> traiter un million <strong>de</strong><br />

milliards d’opérations à chaque secon<strong>de</strong><br />

(dit aussi « pétaflopique »), financé en partie<br />

par l’Union européenne.<br />

La disponibilité <strong>de</strong> superordinateurs <strong>de</strong><br />

visibilité mondiale est un passage obligé<br />

pour faire progresser la recherche. La<br />

simulation numérique, couplant modélisation,<br />

mathématiques, sciences numériques<br />

et informatique, est en effet au cœur <strong>de</strong>s<br />

grands enjeux scientifiques d’aujourd’hui.<br />

Pour le calcul haute performance comme<br />

dans d’autres domaines, les acteurs du<br />

Plateau <strong>de</strong> <strong>Saclay</strong> sont mobilisés dans une<br />

dynamique exceptionnelle <strong>de</strong> rayonnement<br />

scientifique. C’est l’ambition <strong>de</strong>s synergies<br />

et <strong>de</strong>s démarches fédératives initiées par le<br />

pôle mondial <strong>de</strong> recherche et <strong>de</strong> formation<br />

qu’ambitionne <strong>de</strong> <strong>de</strong>venir le Campus <strong>de</strong><br />

<strong>Saclay</strong>, dont nous aurons l’occasion <strong>de</strong><br />

reparler dans le prochain numéro du<br />

<strong>Journal</strong> du centre <strong>CEA</strong> <strong>de</strong> <strong>Saclay</strong>.<br />

Yves Caristan,<br />

Directeur du centre <strong>CEA</strong> <strong>de</strong> <strong>Saclay</strong><br />

UNE « MERVEILLE » DE CONFÉRENCE !<br />

La physique théorique se construit lors<br />

<strong>de</strong> rencontres, comme la conférence<br />

Won<strong>de</strong>rs (merveilles, en anglais) qui a<br />

eu lieu 1 du 23 au 27 juin à <strong>Saclay</strong>. Ce fut<br />

le lieu <strong>de</strong> réflexions croisées entre les<br />

spécialistes <strong>de</strong> la chromodynamique<br />

quantique, c’est-à-dire la théorie utilisée<br />

en physique <strong>de</strong>s particules, et les<br />

théoriciens <strong>de</strong>s cor<strong>de</strong>s, qui veulent<br />

unifier mécanique quantique et relativité<br />

générale. La participation <strong>de</strong> <strong>de</strong>ux<br />

éminents spécialistes, Daniel Freedman<br />

(professeur au MIT 2 à Boston) et Lance<br />

Dixon (professeur à l’Université Stanford,<br />

Californie), prouve le rayonnement<br />

international <strong>de</strong> cette manifestation.<br />

La théorie <strong>de</strong>s cor<strong>de</strong>s a connu ces<br />

<strong>de</strong>rnières années une révolution qui a<br />

considérablement simplifié ses métho<strong>de</strong>s<br />

<strong>de</strong> calculs. La « merveille » est que cette<br />

approche améliore <strong>de</strong> façon spectaculaire<br />

les capacités <strong>de</strong>s théoriciens à proposer<br />

<strong>de</strong>s calculs précis pour les phénomènes<br />

qui vont se produire au LHC. Au cours<br />

<strong>de</strong> la conférence, les <strong>de</strong>ux communautés<br />

ont pu se rapprocher et se nourrir l’une<br />

et l’autre.<br />

François Bugeon<br />

1 - Elle était organisée par le Laboratoire <strong>de</strong> physique<br />

théorique <strong>de</strong> l’École normale supérieure et l’Institut <strong>de</strong><br />

physique théorique du <strong>CEA</strong>, <strong>de</strong> <strong>Saclay</strong>.<br />

2 - Massachussets Institute of Technology.


DOSSIER<br />

1<br />

CALCUL HAUTE PERFORMANCE :<br />

DES ENJEUX COLOSSAUX<br />

Les avancées scientifiques reposent <strong>de</strong> plus en plus sur la simulation numérique,<br />

qui suscite en retour <strong>de</strong>s besoins croissants en calcul haute performance.<br />

A l’occasion d’une conférence 1 récente, consacrée à la<br />

simulation prévisionnelle du climat, les scientifiques ont<br />

solennellement appelé à une mobilisation internationale<br />

autour <strong>de</strong> cette question, à l’échelle <strong>de</strong> ce qui a été<br />

consenti pour l’exploration du génome humain. Un élément<br />

clé <strong>de</strong> ce projet d’envergure serait une infrastructure <strong>de</strong><br />

calcul réservée aux climatologues du mon<strong>de</strong> entier, d’une<br />

puissance sans commune mesure avec ce qui existe<br />

aujourd’hui. Pour cette seule communauté, il faudrait<br />

multiplier par 100 000 la puissance <strong>de</strong> calcul aujourd’hui<br />

disponible pour atteindre l’« exaflop », c’est-à-dire le<br />

milliard <strong>de</strong> milliards d’opérations par secon<strong>de</strong>. C’est<br />

encore une vue <strong>de</strong> l’esprit, qui pourrait ne se concrétiser<br />

que d’ici une vingtaine d’années. Mais la route est tracée,<br />

les enjeux sont colossaux.<br />

L’exemple <strong>de</strong>s prédictions climatiques<br />

Aujourd’hui, la simulation du climat se contente d’une<br />

résolution <strong>de</strong> l’ordre <strong>de</strong> 200 kilomètres. « L’objectif est<br />

d’atteindre une précision kilométrique, précise Sylvie<br />

Joussaume, directrice adjointe du LSCE 2 . Avec une telle<br />

résolution, il <strong>de</strong>viendrait possible, par exemple, <strong>de</strong> prendre<br />

en compte le relief et les nuages et <strong>de</strong> modéliser les<br />

phénomènes climatiques extrêmes. » L’avènement <strong>de</strong><br />

capacités <strong>de</strong> calcul futuristes permettrait également<br />

d’enrichir la complexité du modèle climatique pour le<br />

rendre plus réaliste qu’il ne l’est aujourd’hui. « Les modèles<br />

actuels décrivent les couplages entre l’atmosphère,<br />

l’océan et la végétation et ne prennent encore que peu en<br />

compte les écosystèmes et le cycle du carbone, explique<br />

Sylvie Joussaume. Alors qu’il faudrait également introduire<br />

<strong>de</strong> manière plus complète la végétation, la biologie océanique,<br />

le cycle <strong>de</strong> l’eau et celui du carbone. »<br />

Modélisateurs, mathématiciens<br />

et informaticiens<br />

De nombreuses autres thématiques scientifiques (fusion<br />

nucléaire contrôlée, physique <strong>de</strong>s particules, biologie, etc.)<br />

s’appuient fortement sur la simulation numérique. Celle-ci<br />

ne peut progresser<br />

que si les efforts<br />

<strong>de</strong>s technologues,<br />

<strong>de</strong>s modélisateurs,<br />

<strong>de</strong>s mathématiciens<br />

et <strong>de</strong>s informaticiens<br />

convergent vers un<br />

objectif commun.<br />

2<br />

Le saviez-vous <br />

Les superordinateurs passent sous la toise tous les six mois. La<br />

vitesse <strong>de</strong> traitement <strong>de</strong>s opérations, mesurée pour un cas test<br />

standardisé, permet d’établir un palmarès, baptisé Top500. Elle<br />

s’exprime en flops (Floating Point Operations Per Second).<br />

Aujourd’hui, l’unité usuelle est le téraflop (un million <strong>de</strong> millions<br />

d’opérations par secon<strong>de</strong>) et <strong>de</strong>viendra bientôt le pétaflop (un<br />

million <strong>de</strong> milliards d’opérations par secon<strong>de</strong>). Si l’étymologie <strong>de</strong><br />

téra évoque l’image d’un monstre, le suffixe péta n’a qu’une<br />

connotation mathématique : 10 15 est égal à 1 000 5 .<br />

Rêvons un peu : après le pétaflop, viendra l’exaflop, soit mille<br />

pétaflops. C’est ce qui permettra <strong>de</strong> simuler le fonctionnement<br />

d’un corps humain entier !<br />

3


Calcul haute performance<br />

Après avoir accumulé du retard dans leurs équipements<br />

en superordinateurs, la France et l’Europe se mobilisent<br />

dans ce domaine très compétitif où, très vite, un record<br />

chasse l’autre. La création du Centre national Jacques-<br />

Louis Lions, né <strong>de</strong> l’union <strong>de</strong>s forces du CNRS et du <strong>CEA</strong>,<br />

va favoriser la candidature du site <strong>de</strong> Bruyères-le-Châtel,<br />

pour recevoir, à partir <strong>de</strong> 2010, un superordinateur du<br />

meilleur niveau mondial, financé en partie par l’Union<br />

européenne.<br />

1 - « Climate world mo<strong>de</strong>lling summit for climate prediction » : cette<br />

conférence a réuni <strong>de</strong>s modélisateurs du climat à Reading (Gran<strong>de</strong>-<br />

Bretagne) du 6 au 9 mai 2008. Voir également l’article rapportant les<br />

conclusions <strong>de</strong> cette conférence dans la revue Nature du 15 mai 2008.<br />

Le saviez-vous <br />

La finance est aussi une gran<strong>de</strong> utilisatrice <strong>de</strong> calcul haute performance.<br />

Les financiers ont besoin <strong>de</strong> gran<strong>de</strong>s capacités <strong>de</strong> calcul<br />

pour explorer <strong>de</strong> multiples scénarios d’évolution <strong>de</strong>s marchés et<br />

optimiser les portefeuilles boursiers.<br />

1 Installation d’un superordinateur dans le Laboratoire national<br />

Argonne aux États-Unis.<br />

2 Simulation <strong>de</strong> la tempête exceptionnelle dans l’Atlantique<br />

nord du 30 octobre 1991.<br />

2 - Laboratoire <strong>de</strong>s sciences du climat et <strong>de</strong> l’environnement, laboratoire<br />

mixte <strong>CEA</strong>, CNRS et Université <strong>de</strong> Versailles-Saint-Quentin.<br />

CALCUL HAUTE PERFORMANCE ET SIMULATION<br />

La simulation numérique permet <strong>de</strong> réaliser <strong>de</strong>s<br />

« expériences virtuelles » à mi-distance entre expérience<br />

et théorie. Dans <strong>de</strong> très nombreux cas, le calcul<br />

haute performance en est l’outil incontournable.<br />

La connaissance scientifique progresse par la confrontation<br />

entre expériences et modèles théoriques. La simulation<br />

numérique est une sorte d’expérience virtuelle dont il est<br />

commo<strong>de</strong> <strong>de</strong> faire varier les paramètres. Elle repose sur un<br />

modèle théorique qui décrit plus ou moins fidèlement<br />

le phénomène réel simulé. Sa mise en œuvre peut être<br />

motivée soit par la collecte d’un grand nombre <strong>de</strong> résultats,<br />

soit par la validation du modèle théorique qui la fon<strong>de</strong>.<br />

« La modélisation, les mathématiques et<br />

l’informatique sont <strong>de</strong>s composantes majeures du<br />

calcul haute performance. »<br />

Sans se substituer complètement à l’expérience, elle<br />

permet <strong>de</strong> réduire son usage, et donc son coût, en<br />

démultipliant ses bénéfices. Avec les progrès fulgurants<br />

<strong>de</strong>s calculateurs, sa pratique s’est généralisée à toutes les<br />

disciplines, fondamentales et appliquées, au point <strong>de</strong><br />

<strong>de</strong>venir en quelque sorte le « troisième pilier » <strong>de</strong> la<br />

science, aux côtés <strong>de</strong> l’expérimentation et <strong>de</strong> la théorie.<br />

Certaines simulations nécessitent le traitement d’un<br />

nombre colossal <strong>de</strong> données, ou utilisent un modèle<br />

couplant <strong>de</strong> nombreux phénomènes, ou encore font appel à<br />

<strong>de</strong>s équations particulièrement complexes dont la résolution<br />

numérique nécessite une gran<strong>de</strong> puissance <strong>de</strong> calcul.<br />

Dans tous ces cas, <strong>de</strong>s temps <strong>de</strong> calculs qui atteindraient<br />

<strong>de</strong>s milliers d’années avec un ordinateur <strong>de</strong> bureau<br />

peuvent être ramenés à quelques semaines en recourant<br />

à un superordinateur. Mais le calcul haute performance ne<br />

se résume pas à la technologie du seul superordinateur :<br />

la modélisation, les mathématiques et l’informatique en<br />

sont <strong>de</strong>s composantes majeures.<br />

Des contraintes physiques<br />

Un superordinateur est en réalité composé <strong>de</strong> très nombreux<br />

calculateurs élémentaires semblables à l’unité centrale<br />

d’un PC, qui sont reliés entre eux. Pour être efficaces,<br />

ceux-ci doivent être capables d’échanger <strong>de</strong>s données à<br />

chaque étape <strong>de</strong> calcul et <strong>de</strong> dialoguer avec la mémoire,<br />

sans dégra<strong>de</strong>r la performance intrinsèque du processeur.<br />

Le saviez-vous <br />

Google a installé une plateforme <strong>de</strong> 500 000 processeurs dans<br />

l’état américain où l’électricité est la moins chère : l’Oregon !<br />

4


5Calcul haute performance<br />

3<br />

3<br />

Le paysage du calcul intensif est largement dominé<br />

par les États-Unis.<br />

Deux fois par an, le site Internet Top500 1 dresse la liste <strong>de</strong>s<br />

cinq cents supercalculateurs les plus puissants du mon<strong>de</strong>.<br />

Il fournit également la possibilité <strong>de</strong> trier ces calculateurs<br />

par constructeurs, secteurs d’activité, architectures<br />

informatiques, continents ou pays. Si cette liste évolue<br />

très rapi<strong>de</strong>ment, on ne peut qu’être frappé d’une réalité<br />

persistante, celle <strong>de</strong> l’hégémonie <strong>de</strong>s États-Unis. Ils<br />

totalisent quasiment 60% <strong>de</strong> la puissance déclarée dans<br />

la liste publiée en juin 2008 alors que l’Allemagne, la<br />

Gran<strong>de</strong>-Bretagne et la France ne pèsent que pour 21,2%.<br />

Les États-Unis raflent les cinq premières places, dont la<br />

première avec le supercalculateur « RoadRunner » du<br />

Laboratoire national Los Alamos 2 , qui passe le cap<br />

historique du pétaflop, soit un million <strong>de</strong> milliards<br />

d’opérations par secon<strong>de</strong> !<br />

L’hégémonie américaine<br />

En contrepoint <strong>de</strong> la puissance <strong>de</strong> calcul installée, il faut<br />

citer la position dominante <strong>de</strong>s constructeurs informatiques<br />

américains. Une situation savamment orchestrée<br />

par une agence fédérale, la NITRD 3 , placée directement<br />

Les accès à la mémoire et la vitesse <strong>de</strong>s<br />

échanges entre processeurs, qui ne peut<br />

pas excé<strong>de</strong>r la vitesse <strong>de</strong> la lumière, sont<br />

<strong>de</strong>s éléments clés <strong>de</strong> la performance du<br />

superordinateur. Les liaisons entre calculateurs,<br />

en particulier, doivent être aussi<br />

courtes que possible. C’est là qu’intervient<br />

une autre contrainte qui pèse lour<strong>de</strong>ment<br />

sur la conception <strong>de</strong> ces machines : les<br />

calculateurs consomment beaucoup d’électricité<br />

et dissipent <strong>de</strong>s quantités <strong>de</strong> chaleur<br />

phénoménales, qu’il faut absolument<br />

évacuer pour préserver le matériel !<br />

Simulation astrophysique <strong>de</strong> chercheurs <strong>de</strong> l’Irfu (Institut <strong>de</strong> recherche sur les lois fondamentales <strong>de</strong> l’Univers du <strong>CEA</strong>, à <strong>Saclay</strong>).<br />

PANORAMA MONDIAL DE LA PUISSANCE DE CALCUL<br />

sous l’autorité du Prési<strong>de</strong>nt <strong>de</strong>s États-Unis, qui coordonne<br />

les projets <strong>de</strong>s acteurs majeurs dans ce domaine. L’un<br />

d’entre eux, piloté par la DARPA 4 , vise à produire une<br />

nouvelle génération <strong>de</strong> calculateurs pétaflopiques à haut<br />

ren<strong>de</strong>ment, dédiés à la sécurité nationale, à la recherche<br />

scientifique et à <strong>de</strong>s usages industriels. Ce programme 5<br />

prévoit <strong>de</strong>s ai<strong>de</strong>s directes aux industriels américains qui<br />

répon<strong>de</strong>nt à <strong>de</strong>s appels à projets pour livrer <strong>de</strong>s systèmes<br />

<strong>de</strong> pré-série, qui pourront figurer<br />

ensuite au catalogue du<br />

constructeur.<br />

Une compétition<br />

en plusieurs<br />

manches<br />

Au cours <strong>de</strong> la première année<br />

du programme, en 2002, Cray,<br />

HP, IBM, SGI et SUN se sont<br />

placés sur la ligne <strong>de</strong> départ,<br />

avec une mise initiale globale<br />

<strong>de</strong> la DARPA <strong>de</strong> quelques<br />

millions <strong>de</strong> dollars. Durant les<br />

trois années suivantes, sont<br />

restés en lice Cray, IBM<br />

4


Calcul haute performance<br />

et SUN, qui se sont affrontés en partageant près <strong>de</strong> 150<br />

millions <strong>de</strong> dollars. L’étape suivante, qui court entre 2006<br />

et 2009, est un duel entre IBM et Cray, les <strong>de</strong>ux concurrents<br />

disposant chacun d’un budget d’environ 250 millions<br />

<strong>de</strong> dollars.<br />

Même si chaque constructeur finance sur fonds propres<br />

<strong>de</strong>s projets <strong>de</strong> recherche et développement, on peut dire<br />

que les grands programmes contribuent fortement à la<br />

suprématie <strong>de</strong>s Etats-Unis ! La preuve en est le palmarès<br />

industriel (voir ci-<strong>de</strong>ssous) où les entreprises américaines<br />

occupent les premiers rangs, laissant 8,4% <strong>de</strong> la<br />

puissance mondiale installée au reste du mon<strong>de</strong> !<br />

6<br />

d’un facteur dix, qu’Earth Simulator continue à caracoler<br />

en tête pendant <strong>de</strong>ux ans et <strong>de</strong>mi, une éternité pour ce<br />

genre <strong>de</strong> palmarès ! Comme son nom le suggère, ce<br />

superordinateur est dédié aux sciences <strong>de</strong> la Terre (climat,<br />

séismes). Des climatologues français, du <strong>CEA</strong> notamment,<br />

y font également tourner <strong>de</strong>s simulations <strong>de</strong>puis plusieurs<br />

années.<br />

5<br />

« Computernik », un spoutnik à la japonaise<br />

En juin 2002, l’irruption du superordinateur japonais Earth<br />

Simulator (simulateur <strong>de</strong> la Terre) à la tête du Top500 fait<br />

l’effet d’un séisme, non sans rappeler le traumatisme<br />

infligé par les Soviétiques avec le lancement <strong>de</strong> Spoutnik.<br />

L’avance japonaise est alors si spectaculaire, avec un gain<br />

Vers les dix pétaflops<br />

Aujourd’hui, le Japon relance un grand programme national<br />

visant la construction d’une machine <strong>de</strong> 10 pétaflops à<br />

l’horizon 2010. Cette génération <strong>de</strong> superordinateurs<br />

impose <strong>de</strong>s sauts technologiques, comme <strong>de</strong>s liaisons<br />

optiques entre <strong>de</strong>s ensembles <strong>de</strong> nœuds <strong>de</strong> processeurs,<br />

voire à plus long terme <strong>de</strong>s réseaux optiques interconnectant<br />

les processeurs eux-mêmes. Ce projet ambitieux, 100%<br />

japonais, mobilise à la fois universitaires et industriels. La<br />

Puissance <strong>de</strong> calcul déclarée dans la liste du top 500 publiée en juin 2008.<br />

États-Unis : 60%<br />

Allemagne : 8,2%<br />

Gran<strong>de</strong>-Bretagne : 7%<br />

France : 6%<br />

Japon : 4,7%<br />

0% 50% 100%<br />

Puissance <strong>de</strong> calcul cumulée par constructeur informatique.<br />

IBM : 48 %<br />

HP : 22,4 %<br />

Cray : 6,6%<br />

SGI : 5,9 %<br />

Dell : 5,6 %<br />

SUN : 3,2 %<br />

0% 50% 100%<br />

4<br />

5<br />

6<br />

Un élément <strong>de</strong> calcul du superordinateur<br />

le plus puissant du<br />

moment.<br />

Superordinateur japonais Earth<br />

Simulator.<br />

Superordinateur « Mare<br />

Nostrum », au Barcelona<br />

Supercomputing Center, installé<br />

dans une ancienne église <strong>de</strong><br />

Barcelone.<br />

6


cible scientifique est plutôt cette fois les sciences du<br />

vivant et les nanotechnologies.<br />

La formation, un autre point fort japonais<br />

Serge Petiton, professeur à l’université <strong>de</strong> Lille, a amorcé<br />

une collaboration avec l’Université <strong>de</strong> Tokyo (Titech) qui se<br />

traduira notamment par la création, à Titech, d’un laboratoire<br />

mixte du CNRS. « Je suis très impressionné par le<br />

noyau dur <strong>de</strong> chercheurs <strong>de</strong> très haut niveau qui travaillent<br />

<strong>de</strong>puis longtemps sur le calcul haute performance, grâce<br />

à <strong>de</strong>s financements publics planifiés dans la durée »,<br />

témoigne Serge Petiton. « Au sein <strong>de</strong> la même équipe, on<br />

trouve <strong>de</strong>s spécialistes d’architectures informatiques et <strong>de</strong><br />

EUROPE : BIENTÔT DES PÉTAFLOPS EN ESSONNE<br />

En unissant leurs forces par la création du Centre<br />

national Jacques-Louis Lions, le CNRS et le <strong>CEA</strong><br />

confortent la candidature française pour recevoir<br />

le premier superordinateur pétaflopique européen.<br />

En 2006, un panel <strong>de</strong> scientifiques remettait aux déci<strong>de</strong>urs<br />

un argumentaire en faveur du déploiement d’une infrastructure<br />

européenne <strong>de</strong> calcul haute performance au<br />

meilleur niveau mondial.<br />

Ils soulignaient son rôle<br />

stratégique en faveur <strong>de</strong> la<br />

science et <strong>de</strong> l’économie<br />

du continent. Au prix d’un<br />

investissement jugé lourd<br />

à l’échelle d’un pays mais<br />

7<br />

mo<strong>de</strong>ste si on le compare<br />

au coût d’un accélérateur <strong>de</strong> particules. La vision <strong>de</strong>s<br />

scientifiques a aussitôt été reprise à son compte par<br />

l’instance communautaire chargée <strong>de</strong> sélectionner les<br />

futures infrastructures <strong>de</strong> recherche d’importance stratégique<br />

> LA PYRAMIDE DES RESSOURCES DE CALCUL<br />

middleware 6 , <strong>de</strong>s physiciens, <strong>de</strong>s numériciens. La formation<br />

est un autre point fort japonais : l’initiation au calcul<br />

haute performance est très vivement encouragée dès le<br />

lycée, a fortiori pendant le cursus universitaire. »<br />

1 - http://www.Top500.org<br />

2 - Ce centre <strong>de</strong> recherche est dédié à la sécurité nationale, et plus<br />

particulièrement à la dissuasion nucléaire.<br />

3 - Networking and Information Technology Research and<br />

Development (http://www.nitrd.gov).<br />

4 - Defense Advanced Research Projects Agency.<br />

5 - Programme baptisé High Productivity Computing System<br />

(http://www.highproductivity.org).<br />

6 - Middleware : logiciels qui permettent <strong>de</strong> gérer les entrées <strong>de</strong><br />

données et les sorties <strong>de</strong> résultats.<br />

(« roadmap » ESFRI 1 ), puis par les partenaires européens<br />

<strong>de</strong> l’initiative PRACE 2 , qui ont décidé dès 2007 la création<br />

<strong>de</strong> cette infrastructure. Le représentant français dans<br />

cette initiative est GENCI 3 .<br />

Pérenniser les installations<br />

Le projet européen PRACE vise, en 2008-09, à préparer<br />

le déploiement <strong>de</strong> cette infrastructure, en programmant<br />

l’installation, dans différents pays européens, <strong>de</strong> trois à cinq<br />

machines pétaflopiques interconnectées. Celles-ci seront<br />

accessibles à l’ensemble <strong>de</strong> la communauté européenne<br />

via un réseau ou une « grille ». « Le problème sera <strong>de</strong> pérenniser<br />

au meilleur niveau ces installations », explique François<br />

Robin, un membre du comité technique <strong>de</strong> PRACE 4 , également<br />

chercheur au <strong>CEA</strong>. « Nous avons d’ores et déjà programmé<br />

un mécanisme <strong>de</strong> remises à niveau périodiques. »<br />

Les principaux partenaires <strong>de</strong> PRACE (l’Allemagne,<br />

l’Espagne, la France, les Pays-Bas et le Royaume-Uni) sont<br />

candidats à l’hébergement <strong>de</strong>s machines et se sont déclarés<br />

prêts à investir davantage que leur part s’ils sont choisis.<br />

De manière imagée, les futures machines « pétaflopiques » sont représentées comme le sommet d’une pyrami<strong>de</strong> figurant l’ensemble<br />

<strong>de</strong>s ressources en calcul, du niveau le plus local (base) au plus global (pointe). À chaque application, correspond un calculateur<br />

optimal, à la fois en coûts et en performances.<br />

7Calcul haute performance


Calcul haute performance<br />

mance dans la communauté scientifique nationale<br />

mais aussi à développer <strong>de</strong>s coopérations au sein<br />

<strong>de</strong> l’Europe, notamment avec l’Allemagne.<br />

Cette symbiose <strong>de</strong>s efforts confortera la<br />

candidature française portée par GENCI<br />

à l’accueil <strong>de</strong> superordinateurs européens<br />

dès le lancement du<br />

programme en 2010-11, alternativement<br />

sur les sites <strong>de</strong><br />

Bruyères-le-Châtel et<br />

d’Orsay.<br />

8<br />

La candidature française<br />

En France, le CNRS et le <strong>CEA</strong> ont décidé d’unir leurs<br />

forces en créant en avril <strong>de</strong>rnier le « Centre national<br />

Jacques-Louis Lions <strong>de</strong> calcul haute performance <strong>de</strong><br />

l’Essonne ». Cette entité résulte du rapprochement <strong>de</strong>s<br />

centres <strong>de</strong> calcul du CNRS (IDRIS 5 ) et du <strong>CEA</strong> (CCRT 6 ),<br />

dont les superordinateurs seront reliés dès 2008 par une<br />

liaison à très haut débit. S’y ajoutera une « Maison <strong>de</strong> la<br />

Simulation », qui sera construite sur le Plateau <strong>de</strong> <strong>Saclay</strong>.<br />

Ouverte notamment aux universités et à <strong>de</strong>s organismes<br />

<strong>de</strong> recherche, cette initiative du <strong>CEA</strong> et du CNRS vise non<br />

seulement à renforcer la diffusion du calcul haute perfor-<br />

1 - Le calcul haute performance<br />

est ainsi apparu sur la « feuille <strong>de</strong> route »<br />

du forum européen stratégique dédié aux infrastructures<br />

<strong>de</strong> recherche (European Strategy Forum on<br />

Research Infrastructures).<br />

2 - PRACE (Partnership for Advanced Computing in Europe) est à la fois<br />

une initiative formalisée par un accord et un projet du 7 ème programme<br />

cadre <strong>de</strong> l’Union européenne.<br />

3 - Grand équipement national <strong>de</strong> calcul intensif : voir page 9.<br />

4 - Plus précisément responsable du Work Package 7 « Petaflop Systems<br />

for 2009/2010 » du projet PRACE. François Robin est également responsable<br />

technique <strong>de</strong> GENCI.<br />

5 - IDRIS : Institut du développement et <strong>de</strong>s ressources en informatique<br />

scientifique.<br />

6 - CCRT : Centre <strong>de</strong> calcul, recherche et technologie.<br />

Le saviez-vous <br />

Jacques-Louis Lions (1928-2001) est un mathématicien français,<br />

membre <strong>de</strong> l’Académie <strong>de</strong>s sciences, dont l’excellence scientifique<br />

et le dynamisme ont contribué au développement <strong>de</strong>s mathématiques<br />

appliquées en France.<br />

7 Détail d’un processeur.<br />

8 Maquette <strong>de</strong> futurs bâtiments, dont le TGCC (Très grand centre <strong>de</strong> calcul)<br />

qui pourra abriter un superordinateur européen et <strong>de</strong>s machines du centre<br />

<strong>de</strong> calcul du <strong>CEA</strong> (CCRT), hors <strong>de</strong> l’enceinte du centre <strong>CEA</strong> <strong>de</strong> Bruyères-le-Châtel.<br />

> LA MAISON DE LA SIMULATION,<br />

LIEU D’ACCUEIL ET DE FORMATION<br />

Lieu d’accueil et <strong>de</strong> formation, la Maison <strong>de</strong> la Simulation doit<br />

permettre l’appropriation <strong>de</strong>s très grands supercalculateurs par<br />

la recherche, en favorisant notamment la mise au point <strong>de</strong>s<br />

logiciels <strong>de</strong> simulation capables d’en tirer le meilleur parti.<br />

Des équipes interdisciplinaires, mêlant compétences applicatives,<br />

numériques et informatiques <strong>de</strong>vront pouvoir se constituer<br />

temporairement pour faire progresser une problématique<br />

majeure, à laquelle le calcul haute performance peut apporter<br />

un avantage décisif.<br />

La Maison <strong>de</strong> la Simulation pourrait notamment accueillir en<br />

rési<strong>de</strong>nce <strong>de</strong>s scientifiques <strong>de</strong> renom international et <strong>de</strong>s<br />

séminaires <strong>de</strong> haut niveau. Elle accè<strong>de</strong>rait bien entendu aux<br />

moyens <strong>de</strong> calcul du Centre national Jacques-Louis Lions pour<br />

ses formations et travaux, et à terme, aux supercalculateurs<br />

européens <strong>de</strong> PRACE.<br />

Visant à animer une véritable « filière simulation », en fédérant<br />

les initiatives existantes, elle <strong>de</strong>vrait développer <strong>de</strong>s collaborations<br />

au niveau européen d’abord, notamment avec le centre <strong>de</strong><br />

recherche allemand <strong>de</strong> Jülich, puis au niveau mondial,<br />

avec <strong>de</strong>s partenaires américains et japonais en particulier.<br />

8


DISTRIBUER LES CALCULS SUR UN INTERNET SURPUISSANT<br />

9<br />

Les superordinateurs ne sont pas tous organisés sur le même<br />

modèle. A chaque application correspond une structure <strong>de</strong><br />

calculateur privilégiée. Il est intéressant d’optimiser<br />

l’exploitation <strong>de</strong>s moyens <strong>de</strong> calcul grâce à une offre diversifiée<br />

<strong>de</strong> superordinateurs. Il faut donc mettre en place un réseau<br />

performant reliant à la fois les superordinateurs entre eux<br />

et bien sûr, les utilisateurs aux superordinateurs.<br />

Un projet du pôle mondial <strong>de</strong> compétitivité SYSTEM@TIC<br />

PARIS-RÉGION, Carriocas, a précisément pour objet <strong>de</strong> développer<br />

une telle infrastructure. Ce réseau à fibre optique à ultra<br />

haut débit (40 gigabits par canal) autorisera <strong>de</strong>s simulations<br />

numériques interactives sur <strong>de</strong>s superordinateurs distants, le<br />

traitement et la visualisation <strong>de</strong> très gros volumes <strong>de</strong> données<br />

éloignées, stockées <strong>de</strong> manière répartie. Dans une première<br />

phase expérimentale, ce réseau doit relier le centre <strong>de</strong> recherches<br />

d’EDF <strong>de</strong> Clamart, le centre <strong>de</strong> calcul du <strong>CEA</strong> à Bruyères-le-Châtel,<br />

le centre <strong>CEA</strong> <strong>de</strong> <strong>Saclay</strong> et l’INRIA Futurs*, à Orsay.<br />

UNE ORGANISATION<br />

NATIONALE POUR<br />

LA RECHERCHE<br />

Leur volume tient dans quelques armoires mais ils<br />

ont rang <strong>de</strong> très grands équipements scientifiques :<br />

les superordinateurs <strong>de</strong> la recherche académique<br />

sont gérés comme <strong>de</strong>s accélérateurs <strong>de</strong> particules.<br />

Créée en 2007, la société civile GENCI (Grand équipement<br />

national <strong>de</strong> calcul intensif) coordonne un programme<br />

national d’équipements en calcul haute performance<br />

<strong>de</strong>stinés aux chercheurs du CNRS, du <strong>CEA</strong> et aux<br />

universitaires. Les heures <strong>de</strong> calcul sont attribuées par <strong>de</strong>s<br />

comités scientifiques <strong>de</strong> pairs qui sélectionnent les<br />

meilleurs projets. Ces superordinateurs sont également<br />

ouverts aux industriels.<br />

Carte d’i<strong>de</strong>ntité<br />

Carriocas : projet du Pôle <strong>de</strong> compétitivité<br />

SYSTEM@TIC PARIS-RÉGION (Calcul Réparti sur<br />

Réseau Internet Optique à Capacité Surmultipliée)<br />

Objectif : développer un réseau à fibres<br />

optiques à ultra haut débit<br />

Durée : 3 ans à compter d’octobre 2006<br />

Partenaires : Alcatel (porteur du projet),<br />

22 partenaires dont le <strong>CEA</strong>, le CNRS, Bull, France<br />

Telecom, l’INRIA, l’Université Paris-Sud 11 et<br />

l’Université <strong>de</strong> Versailles-Saint-Quentin<br />

Moyens humains : 176 hommes/an<br />

* INRIA Futurs : partie <strong>de</strong> l’INRIA (Institut national <strong>de</strong> recherche en<br />

informatique et automatique).<br />

Interview <strong>de</strong> Catherine Rivière,<br />

prési<strong>de</strong>nte <strong>de</strong> GENCI.<br />

GENCI est détenue à 50 % par l’État, représenté par<br />

le Ministère <strong>de</strong> la recherche et <strong>de</strong> l’enseignement<br />

supérieur, 20 % par le <strong>CEA</strong>, 20 % par le CNRS et 10 %<br />

par les Universités.<br />

<strong>Journal</strong> <strong>de</strong> <strong>Saclay</strong> : Quelles sont les ambitions <strong>de</strong> GENCI <br />

C.R. : La France, comme d’ailleurs l’ensemble <strong>de</strong>s pays<br />

européens, accusait jusqu’à présent un retard important.<br />

GENCI doit permettre à notre pays <strong>de</strong> rattraper ce retard<br />

en dotant la recherche académique <strong>de</strong>s meilleurs superordinateurs.<br />

C’est en quelque sorte le « bras armé » <strong>de</strong> la<br />

simulation numérique. Fin 2007, les partenaires <strong>de</strong> GENCI<br />

disposaient <strong>de</strong> 21 téraflops. Les investissements <strong>de</strong><br />

GENCI et du CNRS vont multiplier par vingt-cinq cette<br />

capacité <strong>de</strong> calcul début 2009, en la portant à 470 téraflops.<br />

On observe une évolution similaire dans d’autres pays<br />

européens, mais l’effort français est inégalé. De plus,<br />

9Calcul haute performance


Calcul haute performance<br />

10<br />

GENCI est le représentant <strong>de</strong> la France dans l’initiative<br />

PRACE, son ambition s’inscrit clairement dans le cadre<br />

européen.<br />

JdS : Quelles sont les avancées attendues <br />

C.R. : On peut citer la modélisation complète du génome<br />

humain, et non plus seulement <strong>de</strong> fragments, l’interaction<br />

entre les protéines et les médicaments et l’invention <strong>de</strong><br />

nouveaux matériaux, dont l’expérimentation est guidée<br />

par la simulation numérique. La climatologie<br />

est un autre exemple <strong>de</strong>s forts<br />

enjeux sociétaux que doit servir une<br />

simulation d’excellence. Le calcul haute<br />

performance permettra d’abor<strong>de</strong>r <strong>de</strong>s<br />

problèmes extrêmement complexes ou<br />

que l’on n’imagine même pas pouvoir<br />

résoudre aujourd’hui. Il est également<br />

reconnu comme un élément incontournable<br />

<strong>de</strong> la compétitivité <strong>de</strong>s entreprises.<br />

Les industries pétrolières, les avionneurs<br />

et équipementiers comme EADS, Safran<br />

et Dassault Aviation, les entreprises du<br />

secteur <strong>de</strong> l’énergie (EDF, AREVA) partagent <strong>de</strong>s besoins<br />

considérables en calcul intensif. Concevoir <strong>de</strong>s avions ou<br />

<strong>de</strong>s centrales nucléaires, mieux cibler la prospection <strong>de</strong><br />

pétrole grâce à <strong>de</strong>s simulations réalistes, tels sont<br />

quelques-uns <strong>de</strong>s enjeux industriels d’aujourd’hui.<br />

9 Calcul <strong>de</strong> l’écoulement transsonique autour du fuselage et <strong>de</strong>s<br />

ailes en phase <strong>de</strong> vol (ONERA : Office national <strong>de</strong> recherche en<br />

aéronautique).<br />

10 Simulation d’une turbine (CINES : Centre informatique national <strong>de</strong><br />

l’enseignement supérieur, Montpellier).<br />

UN NOUVEAU SUPERORDINATEUR SUR LE PLATEAU DE SACLAY<br />

Le CNRS vient d’acquérir cette année un superordinateur<br />

IBM, aujourd’hui le plus puissant en France.<br />

Ren<strong>de</strong>z-vous à l’IDRIS, sur le Plateau <strong>de</strong> <strong>Saclay</strong>.<br />

Interview <strong>de</strong> Victor Alessandrini<br />

directeur <strong>de</strong> l’IDRIS, l’Institut du développement et <strong>de</strong>s ressources<br />

en informatique scientifique du CNRS.<br />

Carte d’i<strong>de</strong>ntité<br />

IDRIS : centre <strong>de</strong> calcul du CNRS (Institut du développement<br />

et <strong>de</strong>s ressources en informatique scientifique du CNRS)<br />

Effectif : 42 personnes dont une équipe <strong>de</strong> 14 ingénieurs<br />

permanents dédiée au support aux utilisateurs<br />

Utilisateurs : 2 000<br />

Laboratoires clients : 250<br />

Nombre <strong>de</strong> projets par an : 440<br />

11<br />

10


<strong>Journal</strong> <strong>de</strong> <strong>Saclay</strong> : Quel est l’enjeu <strong>de</strong> votre récente<br />

acquisition <br />

V.A. : Pour quelques mois, nous avons « doublé » le <strong>CEA</strong> !<br />

Dans le domaine du calcul intensif, chacun a son quart<br />

d’heure <strong>de</strong> célébrité ! Plus sérieusement, notre objectif est<br />

<strong>de</strong> pousser le calcul parallèle le plus loin possible. Nous<br />

avons fondé notre choix sur le meilleur rapport « consommation<br />

électrique / puissance <strong>de</strong> calcul » du marché,<br />

proposé par IBM. La première tranche <strong>de</strong> 140 téraflops,<br />

déjà opérationnelle, s’inscrit dans la continuité <strong>de</strong> l’existant<br />

tandis que la secon<strong>de</strong>, <strong>de</strong> 70 téraflops, est mise en service<br />

plus progressivement, à partir <strong>de</strong> cet été. La « migration »<br />

<strong>de</strong>s co<strong>de</strong>s sur cette <strong>de</strong>rnière machine sera plus délicate :<br />

faire « tourner » <strong>de</strong>s programmes sur quarante mille<br />

processeurs, c’est une première en France ! En prévision<br />

<strong>de</strong> ce travail, nous avons renforcé le support aux utilisateurs<br />

d’une dizaine <strong>de</strong> personnes supplémentaires.<br />

JdS : Quel est le positionnement <strong>de</strong> l’IDRIS au sein <strong>de</strong><br />

l’Europe <br />

V.A. : Nous avons initié la mise en place du réseau européen<br />

DEISA 1 , qui relie onze sites <strong>de</strong> calcul haute performance.<br />

Grâce à une offre diversifiée, le réseau aiguille chaque<br />

calcul vers le superordinateur dont l’architecture optimise<br />

le temps <strong>de</strong> calcul. Le tout <strong>de</strong> manière transparente pour<br />

l’utilisateur. Aujourd’hui, un dixième <strong>de</strong>s moyens <strong>de</strong> calcul<br />

<strong>de</strong> l’IDRIS est attribué à <strong>de</strong>s utilisateurs européens, via<br />

DEISA tandis qu’un dixième <strong>de</strong>s calculs que l’IDRIS a pris<br />

à sa charge est réalisé sur un site partenaire européen.<br />

Par ailleurs, nous soutenons la candidature du CCRT pour<br />

l’accueil d’une première machine européenne « pétaflopique<br />

». Comme le CCRT, l’IDRIS a la stature d’un site<br />

européen et à ce titre, pourrait héberger à son tour une<br />

machine européenne <strong>de</strong> génération suivante.<br />

1 - DEISA : Distributed European Infrastructure for Supercomputing<br />

Applications.<br />

11 Les rangées d’armoires situées à l’arrière-plan ne représentent<br />

que sept téraflops. Cette machine, trop coûteuse en maintenance<br />

et en consommation électrique, va être démantelée.<br />

Elle est remplacée par dix armoires Blue Gene/P au premier<br />

plan et huit « racks Power 6 », non visibles sur cette photo.<br />

Calcul haute performance<br />

DEISA est un projet d’infrastructure <strong>de</strong> recherche du 6 ème programme cadre <strong>de</strong> la Commission européenne. Il rassemble onze<br />

partenaires <strong>de</strong> sept pays européens (Allemagne, Espagne, Finlan<strong>de</strong>, France, Italie, Pays-Bas, et Royaume-Uni). Le réseau est<br />

entré en service en 2005.<br />

LA STATURE NATIONALE DU CENTRE DE CALCUL DU <strong>CEA</strong><br />

Le centre <strong>de</strong> calcul du <strong>CEA</strong>, situé à Bruyères-le-<br />

Châtel, est en train d’acquérir une dimension nationale<br />

et bientôt, européenne.<br />

Le centre <strong>de</strong> calcul du <strong>CEA</strong>, le CCRT (Centre <strong>de</strong> calcul,<br />

recherche et technologie), est implanté sur le site <strong>CEA</strong> <strong>de</strong><br />

Bruyères-le-Châtel <strong>de</strong>puis 2003. Bien qu’il soit voisin du<br />

centre <strong>de</strong> calcul classifié, dédié à la simulation <strong>de</strong>s armes<br />

nucléaires, les personnels et les machines <strong>de</strong>s <strong>de</strong>ux entités<br />

sont bien séparés. Les experts en calcul haute performance<br />

<strong>de</strong> la Direction <strong>de</strong>s applications militaires (DAM)<br />

Carte d’i<strong>de</strong>ntité<br />

CCRT : centre <strong>de</strong> calcul du <strong>CEA</strong> (Centre <strong>de</strong> calcul, recherche<br />

et technologie)<br />

Effectif : 3 salariés du <strong>CEA</strong>. Exploitation et support aux<br />

utilisateurs en sous-traitance (une quinzaine <strong>de</strong> personnes).<br />

Utilisateurs : 1 500<br />

Partenaires : 9 dont 5 industriels<br />

Nombre <strong>de</strong> projet sélectionnés grâce<br />

au financement <strong>de</strong> GENCI : 83<br />

peuvent cependant assister les ingénieurs du CCRT,<br />

notamment pour la rédaction et le dépouillement <strong>de</strong>s<br />

appels d’offres <strong>de</strong> machines.<br />

11


Calcul haute performance<br />

12<br />

accès au CCRT et <strong>de</strong> l’association Ter@tec.<br />

Avec un indéniable succès puisque les trois<br />

premiers projets labellisés par le pôle mondial<br />

<strong>de</strong> compétitivité SYSTEM@TIC PARIS-RÉGION<br />

émanaient d’initiatives <strong>de</strong> Ter@tec.<br />

En 2009, le CCRT va recevoir un superordinateur<br />

financé par GENCI, qui portera sa puissance <strong>de</strong><br />

calcul <strong>de</strong> 50 téraflops à plus <strong>de</strong> 300 téraflops. GENCI<br />

pourra distribuer 20% du temps <strong>de</strong> calcul du CCRT cette<br />

année et jusqu’à 89% l’année prochaine.<br />

Interview <strong>de</strong> Christophe Béhar,<br />

prési<strong>de</strong>nt du comité <strong>de</strong> pilotage du centre <strong>de</strong> calcul du <strong>CEA</strong>.<br />

<strong>Journal</strong> <strong>de</strong> <strong>Saclay</strong> : Quelle est l’évolution à court terme<br />

du CCRT <br />

C.B. : Aujourd’hui, le CCRT est un centre <strong>de</strong> calcul ouvert<br />

à neuf partenaires publics et privés, dont l’accès est fixé<br />

au prorata <strong>de</strong>s participations financières. Nous cherchons<br />

à promouvoir le calcul haute performance, auprès <strong>de</strong>s<br />

industriels notamment, par le biais <strong>de</strong> partenariats ouvrant<br />

JdS : Et à plus long terme <br />

C.B. : La machine qui succè<strong>de</strong>ra à celle <strong>de</strong> 2009 pourra être<br />

installée à l’extérieur <strong>de</strong> l’enceinte du centre, dans le bâtiment<br />

qui sera construit prochainement pour préparer la<br />

candidature française à l’accueil d’un superordinateur européen.<br />

Ces travaux <strong>de</strong> génie civil sont financés par le Conseil<br />

général <strong>de</strong> l’Essonne, le <strong>CEA</strong> et par GENCI pour les étu<strong>de</strong>s<br />

d’infrastructures. À terme, le CCRT dans son ensemble sera<br />

implanté dans ce futur bâtiment, à l’extérieur du centre <strong>CEA</strong>.<br />

Par ailleurs, à proximité immédiate, un hôtel d’entreprises 1<br />

offrira <strong>de</strong>s surfaces dix fois plus importantes qu’aujourd’hui<br />

aux partenaires <strong>de</strong> Ter@tec. C’est donc en réalité un pôle<br />

thématique d’envergure européenne, qui est en gestation à<br />

Bruyères-le-Châtel.<br />

Répartition <strong>de</strong>s heures<br />

<strong>de</strong> calcul <strong>de</strong>s différents<br />

partenaires du CCRT<br />

Turbomeca (Safran) : 2,3%<br />

EADS Astrium : 1%<br />

Office national <strong>de</strong> recherche<br />

en aéronautique (ONERA) : 1%<br />

Techspace Aero (Safran) : 0,8%<br />

Centre européen <strong>de</strong> recherche et <strong>de</strong> formation<br />

avancée en calcul scientifique (CERFACS) : 0,7%<br />

Snecma (Safran) : 6,9%<br />

<strong>CEA</strong>, Direction <strong>de</strong>s sciences<br />

<strong>de</strong> la matière : 14,8%<br />

GENCI (recherche<br />

académique) : 20%<br />

<strong>CEA</strong>, Direction <strong>de</strong><br />

l’énergie nucléaire : 14,1%<br />

<strong>CEA</strong>, Direction <strong>de</strong>s applications<br />

militaires : 12,2% (travaux non classifiés)<br />

12<br />

EDF : 21,7%<br />

<strong>CEA</strong>, Direction <strong>de</strong>s sciences<br />

du vivant : 4,5%


13<br />

> TER@TEC, UNE PÉPINIÈRE<br />

DE PROJETS<br />

Ter@tec est une association <strong>de</strong> type loi <strong>de</strong> 1901 rassemblant plus<br />

d’une cinquantaine <strong>de</strong> laboratoires <strong>de</strong> recherche, d’entreprises<br />

utilisatrices <strong>de</strong> calcul intensif et d’industriels <strong>de</strong> l’informatique<br />

autour du montage <strong>de</strong> projets <strong>de</strong> recherche et développement.<br />

Elle est en particulier directement à l’origine <strong>de</strong> trois projets <strong>de</strong><br />

SYSTEM@TIC PARIS-REGION, consacrés aux logiciels, aux architectures<br />

<strong>de</strong> calcul pour <strong>de</strong>s puissances pétaflopiques et aux liaisons<br />

à haut débit permettant <strong>de</strong> visualiser <strong>de</strong>s données à<br />

distance. D’autres projets sont financés par l’Agence nationale<br />

pour la recherche qui compte un programme dédié aux applications<br />

logicielles du calcul haute performance. Trois laboratoires mixtes<br />

ont été créés entre le <strong>CEA</strong> et respectivement l’Université <strong>de</strong><br />

Versailles-Saint-Quentin, l’École centrale <strong>de</strong> Paris et l’École<br />

normale supérieure <strong>de</strong> Cachan, afin <strong>de</strong> favoriser un encadrement<br />

conjoint <strong>de</strong> doctorants pour ces projets.<br />

Calcul haute performance<br />

1 - Des terrains ont été achetés par la Communauté d’agglomérations<br />

<strong>de</strong> l’Arpajonnais. Un aménageur y construira <strong>de</strong>s bâtiments et se chargera<br />

<strong>de</strong> louer quelque 14 000 m 2 à <strong>de</strong>s entreprises ou <strong>de</strong>s laboratoires<br />

partenaires <strong>de</strong> Ter@tec.<br />

12<br />

13<br />

Simulation <strong>de</strong> l’allumage d’une tuyère<br />

d’hélicoptère (CERFACS)<br />

Équipements <strong>de</strong> stockage <strong>de</strong>s données du CCRT.<br />

CES RECHERCHES GOURMANDES EN CALCUL<br />

Climatologie, fusion, nanosciences, astrophysique :<br />

les progrès <strong>de</strong> ces disciplines, présentes au <strong>CEA</strong> à<br />

<strong>Saclay</strong>, sont liés à l’évolution fulgurante <strong>de</strong>s moyens<br />

<strong>de</strong> calcul.<br />

La fusion : énergie miracle <br />

L’énergie <strong>de</strong> fusion nucléaire pourra-t-elle un jour résoudre<br />

la crise énergétique majeure qui se profile à plus ou moins<br />

brève échéance L’expérience, ou plutôt un enchaîne-<br />

Prévision climato<br />

Quel climat sommes-nous en train <strong>de</strong> léguer à nos arrière<br />

petits-enfants La réponse repose sur <strong>de</strong>s simulations<br />

numériques <strong>de</strong> phénomènes couplés. Impossible <strong>de</strong><br />

scin<strong>de</strong>r cette problématique complexe ou <strong>de</strong> se satisfaire<br />

<strong>de</strong> résultats approximatifs ! La climatologie est aujourd’hui<br />

une discipline à fort enjeu sociétal, extrêmement<br />

gourman<strong>de</strong> en puissance <strong>de</strong> calcul, qui impose aux chercheurs<br />

<strong>de</strong> faire feu <strong>de</strong> tous bois. Des experts du LSCE 1<br />

sont ainsi allés jusqu’au Japon faire « tourner » leurs co<strong>de</strong>s<br />

sur l’Earth Simulator (voir p.6) !<br />

14<br />

13


Calcul haute performance<br />

ment d’étapes expérimentales, permettra <strong>de</strong> trancher. Et<br />

la simulation numérique optimisera le tempo en permettant,<br />

par exemple, <strong>de</strong> concevoir <strong>de</strong>s matériaux capables <strong>de</strong><br />

résister à un environnement extrêmement agressif et<br />

d’anticiper le comportement d’un plasma <strong>de</strong> fusion à plus<br />

gran<strong>de</strong> échelle. Plusieurs experts <strong>de</strong> <strong>Saclay</strong> participent<br />

aux étu<strong>de</strong>s relatives au centre <strong>de</strong> calcul mondial dédié à<br />

la fusion, qui atteindra une puissance pétaflopique en<br />

2012, au Japon. Ces travaux pourraient stimuler par<br />

ricochet la conception d’autres matériaux, <strong>de</strong>stinés cette<br />

fois aux réacteurs <strong>de</strong> fission <strong>de</strong> future génération 2 .<br />

Créer une molécule ou... le mon<strong>de</strong><br />

sur un écran<br />

Comment les gran<strong>de</strong>s structures <strong>de</strong> l’univers se sont-elles<br />

formées L’observation astronomique nous offre<br />

quelques précieux indices mais seule la simulation<br />

numérique permet <strong>de</strong> dérouler le « film » <strong>de</strong>s événements<br />

et <strong>de</strong> tester les modèles théoriques <strong>de</strong> cosmologie. Autre<br />

problématique, très différente : les nanosciences, avec<br />

leurs « meccanos moléculaires », ouvrent <strong>de</strong>s champs <strong>de</strong><br />

recherche immenses que la simulation numérique permet<br />

d’explorer avec métho<strong>de</strong>. Ainsi par exemple, <strong>de</strong>s biologistes<br />

<strong>de</strong> <strong>Saclay</strong> développent-ils, grâce au calcul intensif, <strong>de</strong>s<br />

modèles moléculaires sophistiqués pour concevoir <strong>de</strong>s<br />

traceurs spécifiques d’une protéine <strong>de</strong>stinés à l’imagerie<br />

médicale, et étudier la toxicologie nucléaire <strong>de</strong> certains<br />

métaux.<br />

L’avenir d’Internet<br />

La masse <strong>de</strong>s informations visuelles accessibles par<br />

l’Internet est encore très largement sous-exploitée, faute<br />

Des chercheurs du Service hospitalier<br />

Frédéric Joliot ont simulé un examen<br />

<strong>de</strong> tomographie à émission <strong>de</strong><br />

positons en modélisant l’organisme<br />

d’un patient et ont comparé avec<br />

succès le résultat obtenu à l’examen<br />

véritable. La simulation a tourné en<br />

moins <strong>de</strong> trois heures grâce aux 7 000<br />

processeurs <strong>de</strong> TERA10 (voir p.19).<br />

d’outils adaptés. Les chercheurs en ingénierie <strong>de</strong> la<br />

connaissance multimédia et multilingue du <strong>CEA</strong> LIST 3<br />

développent <strong>de</strong>s techniques d’extraction <strong>de</strong> connaissances,<br />

notamment à partir <strong>de</strong> l’analyse du contenu <strong>de</strong>s images.<br />

Ils ont récemment décroché une performance record<br />

grâce à un supercalculateur conçu et fourni par Bull. Le<br />

moteur du LIST a effectué une recherche <strong>de</strong><br />

3,7 millions d’images par secon<strong>de</strong>, soit cinq fois plus que<br />

le record précé<strong>de</strong>nt. Les applications potentielles sont<br />

foisonnantes : veille stratégique, comparaison d’images<br />

médicales, commerce électronique, etc.<br />

1 - LSCE : Laboratoire <strong>de</strong>s sciences du climat et <strong>de</strong> l’environnement,<br />

unité mixte <strong>CEA</strong>, CNRS, Université Versailles-Saint-Quentin.<br />

2 - Réacteurs dits <strong>de</strong> 4 ème génération dont un démonstrateur <strong>de</strong>vrait être<br />

construit en France en 2020.<br />

3 - LIST : Laboratoire d’intégration <strong>de</strong>s systèmes et technologies.<br />

14 Simulation <strong>de</strong> la formation <strong>de</strong>s galaxies.<br />

SIMULATION DU CLIMAT : COMPRENDRE ET PRÉVOIR<br />

Pour les experts du climat, le centre <strong>de</strong> calcul intensif<br />

du <strong>CEA</strong> est un outil indispensable. C’est notamment<br />

grâce à lui qu’ont été mis au point les modèles<br />

climatiques utilisés par le GIEC 1 , prix Nobel <strong>de</strong> la<br />

paix en 2007.<br />

« Le climat <strong>de</strong> notre planète repose sur <strong>de</strong>s phénomènes<br />

très complexes qui ne sont observés que <strong>de</strong>puis peu <strong>de</strong><br />

temps et <strong>de</strong> manière très incomplète, explique Olivier<br />

Marti, du LSCE. La simulation nous permet <strong>de</strong> revisiter<br />

les climats du passé et <strong>de</strong> nous projeter dans le futur, avec<br />

différents scénarios. » Olivier Marti et ses collègues<br />

travaillent notamment sur la pério<strong>de</strong> 1750-2100 : « on a fait<br />

plusieurs simulations pour essayer <strong>de</strong> comprendre l’impact<br />

<strong>de</strong> l’homme et <strong>de</strong> ses activités sur l’évolution du climat.<br />

Certaines d’entre elles utilisent la concentration <strong>de</strong> CO 2<br />

préindustrielle et d’autres, les concentrations mesurées<br />

jusqu’en 2000, puis pour les années suivantes, diverses<br />

hypothèses. »<br />

14


Par ailleurs, <strong>de</strong>s simulations<br />

portant sur <strong>de</strong>s pério<strong>de</strong>s clés <strong>de</strong><br />

climats passés visent à comprendre<br />

quels sont les principaux facteurs<br />

<strong>de</strong> variation du climat. Plusieurs<br />

hypothèses sont testées et<br />

comparées.<br />

Les variables produites par le<br />

modèle, c’est-à-dire les résultats<br />

<strong>de</strong> la simulation numérique, sont<br />

très nombreuses : elles décrivent<br />

l’atmosphère (champs <strong>de</strong>s vents, 15<br />

température, pression, eau liqui<strong>de</strong>,<br />

soli<strong>de</strong> et vapeur), les océans (courants, température et<br />

salinité), la glace <strong>de</strong> mer et la végétation.<br />

Calculer, stocker et traiter les données<br />

Une simulation type sur la pério<strong>de</strong> 1750-2100 utilise huit<br />

processeurs NEC qui tournent pendant <strong>de</strong>ux mois. Elle<br />

court sur 150 millions <strong>de</strong> pas <strong>de</strong> temps, ce qui signifie<br />

qu’on est par exemple capable <strong>de</strong> calculer la force et la<br />

direction du vent toutes les minutes sur 350 ans. C’est<br />

toujours le globe terrestre entier qui est étudié. Pour<br />

l’instant, les simulations permettent <strong>de</strong> le « découper » en<br />

180 x 150 points à sa surface, le tout multiplié par<br />

19 hauteurs dans l’atmosphère. Mais les chercheurs<br />

espèrent atteindre une définition <strong>de</strong> 360 x 200 x 40 points<br />

dans les années à venir. Au final, les simulations <strong>de</strong>mandées<br />

par le GIEC engendrent 100 téraoctets 2 <strong>de</strong> données : une<br />

masse énorme <strong>de</strong> résultats bruts que les chercheurs<br />

doivent analyser ! « Non seulement nos simulations<br />

tournent au CCRT mais c’est aussi là que sont stockées<br />

toutes les données produites par les calculs. Les outils du<br />

CCRT nous ai<strong>de</strong>nt à mettre en forme et en images ces<br />

nombres, à produire <strong>de</strong>s courbes <strong>de</strong> températures, <strong>de</strong>s<br />

cartes <strong>de</strong>s vents ou <strong>de</strong>s analyses statistiques. Le traitement<br />

<strong>de</strong>s résultats s’effectue dès que la simulation démarre ».<br />

Émilie Gillet<br />

1 - Le Groupe d’experts Intergouvernemental sur l’Évolution du Climat<br />

évalue <strong>de</strong> façon indépendante et objective toutes les informations scientifiques<br />

permettant <strong>de</strong> comprendre et prédire l’influence <strong>de</strong> l’homme sur<br />

les changements climatiques. Neuf chercheurs du LSCE en font partie.<br />

2 - Un octet est une unité qui représente une quantité <strong>de</strong> données,<br />

en informatique. Un octet est composé <strong>de</strong> 8 bits (chiffres 0 ou 1).<br />

Un téraoctet vaut 1 012 octets.<br />

15 La simulation du climat utilise un maillage couvrant la<br />

surface <strong>de</strong> la Terre et décrivant également l’atmosphère.<br />

Calcul haute performance<br />

ENERGIE NUCLÉAIRE : CONCEVOIR ET GARANTIR LA SÛRETÉ<br />

Pour concevoir <strong>de</strong> nouveaux réacteurs nucléaires ou<br />

garantir la sûreté <strong>de</strong>s installations, la simulation<br />

numérique ne cesse <strong>de</strong> gagner en précision.<br />

« Nous disposons <strong>de</strong> nombreuses mesures effectuées<br />

dans les réacteurs expérimentaux et aussi dans les<br />

réacteurs électronucléaires en service. Cette masse<br />

d’informations nous permet d’en extraire <strong>de</strong>s données<br />

physiques <strong>de</strong> base, d’élaborer <strong>de</strong>s modèles et <strong>de</strong> les<br />

vali<strong>de</strong>r. Ensuite intervient la simulation, grâce à laquelle<br />

nous étudions la sûreté <strong>de</strong>s réacteurs en fonctionnement<br />

normal ou au cours d’un inci<strong>de</strong>nt. Elle nous permet <strong>de</strong><br />

vali<strong>de</strong>r la conception <strong>de</strong> nouveaux réacteurs », décrit<br />

Christophe Calvin, ingénieur à la Direction <strong>de</strong> l’énergie<br />

nucléaire, à <strong>Saclay</strong>. Avec ses collègues du <strong>CEA</strong>, il travaille<br />

en partenariat avec <strong>de</strong>s industriels comme AREVA et EDF,<br />

ou encore avec l’IRSN 1 . Leur but : diminuer les marges<br />

d’incertitu<strong>de</strong> <strong>de</strong>s calculs pour assurer un maximum <strong>de</strong><br />

sûreté. « Nous faisons varier différents paramètres pour<br />

apprécier leur impact relatif sur les résultats finaux »,<br />

explique le chercheur. « Il nous faut <strong>de</strong>s moyens <strong>de</strong> calcul<br />

<strong>de</strong> plus en plus puissants pour affiner encore la précision<br />

<strong>de</strong>s simulations. »<br />

15


Calcul haute performance<br />

16<br />

17 18<br />

Des physiciens, <strong>de</strong>s informaticiens<br />

et <strong>de</strong>s mathématiciens<br />

Ce sont près <strong>de</strong> 250 personnes qui travaillent dans ce<br />

domaine au centre <strong>CEA</strong> <strong>de</strong> <strong>Saclay</strong> : <strong>de</strong>s physiciens bien<br />

sûr, mais aussi <strong>de</strong>s informaticiens et <strong>de</strong>s mathématiciens.<br />

« Cette triple compétence nous permet <strong>de</strong> mettre au point<br />

nous mêmes les co<strong>de</strong>s <strong>de</strong> simulation et d’en analyser les<br />

résultats. Nous faisons appel au CCRT pour les calculs<br />

très longs nécessitant un grand nombre <strong>de</strong> processeurs »,<br />

précise Christophe Calvin. Une simulation <strong>de</strong> sûreté<br />

nécessite un processeur qui travaille pendant 140 jours ou<br />

30 processeurs pendant une semaine. Certains calculs <strong>de</strong><br />

référence en Monte Carlo 2 , mettant en jeu plus d’un<br />

milliard <strong>de</strong> neutrons, tournent pendant plusieurs semaines<br />

sur cent processeurs ! « À terme, nous espérons réaliser<br />

au CCRT ces simulations avec une puissance <strong>de</strong> l’ordre<br />

<strong>de</strong> 60 téraflops, puis <strong>de</strong> quelques centaines <strong>de</strong> téraflops. »<br />

Il s’agit <strong>de</strong> pouvoir utiliser «en routine» <strong>de</strong>s ordinateurs <strong>de</strong><br />

gran<strong>de</strong> puissance.<br />

réacteur Jules Horowitz, en cours <strong>de</strong> construction sur le<br />

centre <strong>CEA</strong> <strong>de</strong> Cadarache. Leurs travaux concernent<br />

également les réacteurs électronucléaires du futur (dits <strong>de</strong><br />

génération 4), la propulsion navale (les réacteurs qui<br />

servent <strong>de</strong> moteur aux sous-marins et aux porte-avions) et<br />

les réacteurs <strong>de</strong>stinés aux satellites. De nombreuses<br />

étu<strong>de</strong>s <strong>de</strong> radioprotection sont par ailleurs conduites pour<br />

<strong>de</strong>s installations aussi variées que celles du cycle du<br />

combustible nucléaire, <strong>de</strong>s sous-marins, le Laser<br />

Mégajoule ou encore ITER. Dans ces cas, il s’agit<br />

d’évaluer les effets associés au rayonnement en fonction<br />

<strong>de</strong>s caractéristiques techniques <strong>de</strong>s bâtiments qui<br />

hébergent un réacteur ou un milieu irradiant.<br />

E.G.<br />

1 - Institut <strong>de</strong> radioprotection et <strong>de</strong> sûreté nucléaire.<br />

2 - Monte Carlo : métho<strong>de</strong> <strong>de</strong> calculs basée sur l’utilisation <strong>de</strong> valeurs<br />

aléatoires produites par <strong>de</strong>s programmes <strong>de</strong> probabilité. Cela fait allusion<br />

aux jeux <strong>de</strong> hasard pratiqués à Monte Carlo.<br />

Concevoir et protéger<br />

Les chercheurs du <strong>CEA</strong> participent à la conception <strong>de</strong><br />

nouveaux réacteurs expérimentaux, notamment le<br />

16<br />

18<br />

17 Modélisations du cœur du futur réacteur Jules Horowitz.<br />

Visualisation <strong>de</strong> la distribution <strong>de</strong> la puissance neutronique<br />

du cœur du futur réacteur Jules Horowitz. La couleur rouge<br />

indique un maximum <strong>de</strong> puissance, le bleu une puissance nulle.<br />

COSMOLOGIE : RECRÉER L’UNIVERS<br />

Quand on cherche à comprendre comment se sont<br />

formés l’Univers et les galaxies qui le composent,<br />

difficile <strong>de</strong> faire <strong>de</strong>s expériences en laboratoire ! Les<br />

simulations réalisées au CCRT sont donc un outil <strong>de</strong><br />

travail précieux pour les astrophysiciens du <strong>CEA</strong>.<br />

Les scientifiques disposent aujourd’hui d’outils très<br />

performants pour observer l’Univers. Mais il est impossible<br />

d’influencer ce système si vaste et si complexe pour y faire<br />

<strong>de</strong>s expériences, ni même <strong>de</strong> le simplifier pour tester <strong>de</strong>s<br />

hypothèses dans un laboratoire. Pour les 150 astrophysiciens<br />

du centre <strong>CEA</strong> <strong>de</strong> <strong>Saclay</strong>, les simulations effectuées<br />

au CCRT sont donc un outil primordial pour comprendre<br />

comment se sont formées les structures qui composent<br />

l’Univers, d’où viennent les galaxies et pour expliquer leurs<br />

formes et leurs couleurs…<br />

16


Un record mondial<br />

« Pour simuler l’évolution d’un objet aussi vaste que<br />

l’Univers, on subdivise son volume en petits compartiments<br />

appelés mailles. L’année <strong>de</strong>rnière, avec le projet<br />

Horizon 1 , nous avons battu un record mondial en simulant<br />

la formation d’une moitié <strong>de</strong> l’Univers observable 2 . Un<br />

problème décomposé en 140 milliards <strong>de</strong> mailles et<br />

70 milliards <strong>de</strong> particules <strong>de</strong> matière : ces chiffres<br />

astronomiques permettent <strong>de</strong> décrire suffisamment <strong>de</strong><br />

détails pour étudier <strong>de</strong>s galaxies comme la nôtre ! »,<br />

s’enthousiasme Romain Teyssier. Point <strong>de</strong> départ <strong>de</strong> cette<br />

simulation : un Univers âgé <strong>de</strong> 400 000 ans, i<strong>de</strong>ntique à<br />

celui que l’on observe sur le fond diffus cosmologique 3 .<br />

« On initialise le calcul avec <strong>de</strong>s données d’observation,<br />

qui ne sont autres que <strong>de</strong>s fluctuations <strong>de</strong> température et<br />

<strong>de</strong> <strong>de</strong>nsité <strong>de</strong> matière. Ces perturbations vont croître sous<br />

l’effet d’instabilités gravitationnelles, pour donner finalement<br />

naissance à <strong>de</strong>s galaxies semblables à celles qui<br />

nous entourent aujourd’hui », poursuit l’astrophysicien. À<br />

la fin <strong>de</strong> la simulation, on peut confronter les résultats<br />

obtenus aux propriétés connues <strong>de</strong>s galaxies réelles, et<br />

ainsi, vali<strong>de</strong>r ou non les théories <strong>de</strong>s chercheurs.<br />

Mettre en forme les résultats<br />

Moins facile à faire qu’à dire… En effet, cette simulation a<br />

nécessité <strong>de</strong>ux mois <strong>de</strong> calculs sur 6 144 processeurs.<br />

« Sur un PC <strong>de</strong> bureau, cela aurait pris mille ans ! »,<br />

précise Romain Teyssier. Le volume <strong>de</strong> données produites<br />

atteint 50 téraoctets. Analyser tout ça nécessite <strong>de</strong>s<br />

moyens humains et informatiques considérables. C’est là<br />

qu’intervient Bruno Thooris, ingénieur en informatique :<br />

« notre travail consiste à mettre en forme les données<br />

brutes issues <strong>de</strong> ces calculs. Car il est plus facile <strong>de</strong><br />

raisonner à partir d’images tridimensionnelles que sur <strong>de</strong>s<br />

pages et <strong>de</strong>s pages <strong>de</strong> nombres. »<br />

E.G.<br />

1 - HORIZON : projet fédératif impliquant une vingtaine <strong>de</strong> chercheurs<br />

et d’enseignants du <strong>CEA</strong>, du CNRS et <strong>de</strong>s universités. Pour plus <strong>de</strong><br />

détails, voir le site http://www.projet-horizon.fr.<br />

2 - L’Univers a une taille quasiment infinie et un âge estimé à 13,7<br />

milliards d’années. Comme la lumière voyage à une vitesse finie, nous<br />

ne voyons <strong>de</strong> l’Univers que les objets situés à moins <strong>de</strong> 13,7 milliards<br />

d’années-lumière <strong>de</strong> nous.<br />

3 - C’est la lumière la plus ancienne qui nous parvient <strong>de</strong> l’Univers.<br />

Calcul haute performance<br />

19<br />

Simulation astrophysique d’une étoile.<br />

19<br />

PHYSIQUE DES PARTICULES : DES CALCULS SUR UNE GRILLE<br />

Étudier les particules les plus élémentaires <strong>de</strong> la<br />

matière <strong>de</strong>man<strong>de</strong> <strong>de</strong>s équipements gigantesques<br />

et une puissance <strong>de</strong> calcul phénoménale. Cette<br />

puissance, les physiciens du <strong>CEA</strong> la trouvent répartie<br />

sur toute la planète.<br />

« En astrophysique ou en climatologie, il est très difficile <strong>de</strong><br />

séparer une simulation en plusieurs compartiments indépendants,<br />

car la variation d’un paramètre local influence<br />

l’ensemble <strong>de</strong>s résultats. C’est pourquoi on utilise <strong>de</strong>s<br />

supercalculateurs. La situation est différente en physique<br />

<strong>de</strong>s particules puisque nous étudions <strong>de</strong>s évènements<br />

indépendants les uns <strong>de</strong>s autres : <strong>de</strong>s collisions entre<br />

<strong>de</strong>ux particules», explique Jean-Pierre Meyer. Chaque<br />

évènement peut être analysé par un processeur unique, ce<br />

qui facilite la gestion en parallèle <strong>de</strong> l’ensemble <strong>de</strong>s<br />

17


Calcul haute performance<br />

calculs. Ceux-ci sont ainsi distribués dans le mon<strong>de</strong><br />

entier, sur cinquante mille ordinateurs <strong>de</strong> 70 sites <strong>de</strong><br />

recherche. L’année prochaine, lorsque le LHC 1 , le plus<br />

grand accélérateur <strong>de</strong> particules du mon<strong>de</strong>, sera en fonctionnement<br />

au CERN, quelque 100 000 ordinateurs seront<br />

mobilisés.<br />

Un milliard <strong>de</strong> collisions à chaque secon<strong>de</strong> !<br />

En effet, les volumes <strong>de</strong> données à traiter sont considérables.<br />

« L’accélérateur <strong>de</strong> particules produira près d’un<br />

milliard <strong>de</strong> collisions à chaque secon<strong>de</strong>. Pour nos calculs,<br />

nous n’en retiendrons que 100 à 200 par secon<strong>de</strong> et par<br />

expérience. Cela représente tout <strong>de</strong> même 20 000 téraoctets<br />

<strong>de</strong> données à traiter ! » D’abord sauvegardées au CERN<br />

sur ban<strong>de</strong>s magnétiques, celles-ci seront distribuées vers<br />

onze sites, parmi lesquels le centre <strong>de</strong> calcul IN2P3 2 -<br />

<strong>CEA</strong>, situé à Lyon. Elles subiront là une première étape <strong>de</strong><br />

traitement et <strong>de</strong> compression puis seront dirigées par<br />

liaisons à très haut débit vers les 70 centres mondiaux qui<br />

composent la grille <strong>de</strong> calculs du LHC. Dans ces centres,<br />

les physiciens analyseront les données issues <strong>de</strong>s expériences.<br />

« L’objectif est d’acheminer les informations<br />

auprès <strong>de</strong>s physiciens dispersés partout dans le mon<strong>de</strong>. »<br />

Simuler pour préparer l’expérience<br />

Les physiciens utilisent déjà la puissance <strong>de</strong> calcul <strong>de</strong> la<br />

grille pour réaliser <strong>de</strong>s simulations. « Nous essayons <strong>de</strong><br />

prévoir ce qui va se passer dans les détecteurs lors d’une<br />

expérience et ainsi nous pouvons optimiser la conception<br />

<strong>de</strong> nos appareils <strong>de</strong> mesures. C’est très utile avant<br />

la construction d’un nouvel accélérateur et ce sera<br />

indispensable pour dépouiller nos données, pour évaluer<br />

l’importance relative <strong>de</strong>s bruits <strong>de</strong> fond 3 et estimer les<br />

erreurs sur nos mesures », explique Jean-Pierre Meyer.<br />

Parfois, la simulation permet aussi <strong>de</strong> mesurer que<br />

certaines expériences sont tout simplement irréalisables !<br />

E.G<br />

1 - LHC : Large Hadron Colli<strong>de</strong>r, grand collisionneur <strong>de</strong> hadrons, situé au<br />

CERN, près <strong>de</strong> Genève.<br />

2 - IN2P3 : Institut national <strong>de</strong> physique nucléaire et <strong>de</strong> physique <strong>de</strong>s<br />

particules, du CNRS.<br />

3 - Le bruit <strong>de</strong> fond est constitué <strong>de</strong> signaux parasites qui perturbent les<br />

mesures réalisées au cours d’une expérience.<br />

20<br />

20<br />

Simulation d’une collision <strong>de</strong> protons dans le Large Hadron<br />

Colli<strong>de</strong>r au Cern.<br />

DÉFENSE : ZOOM SUR LA SIMULATION<br />

La Direction <strong>de</strong>s applications militaires du <strong>CEA</strong><br />

développe un programme <strong>de</strong> simulation <strong>de</strong>s armes<br />

nucléaires pour garantir la dissuasion à long terme.<br />

<strong>de</strong> dissuasion nationale. Ce programme met en œuvre <strong>de</strong>s<br />

modélisations <strong>de</strong> phénomènes physiques et <strong>de</strong>s simulations<br />

Interview <strong>de</strong> Jean Gonnord,<br />

chef du projet « Simulation numérique et informatique »,<br />

à la Direction <strong>de</strong>s applications militaires du <strong>CEA</strong>.<br />

<strong>Journal</strong> <strong>de</strong> <strong>Saclay</strong> : Dans quel contexte s’inscrit ce projet<br />

<strong>de</strong> simulation numérique <br />

Jean Gonnord : Après l’arrêt <strong>de</strong>s essais nucléaires et la signature<br />

par la France du Traité d’interdiction complète <strong>de</strong>s essais<br />

(TICE), le <strong>CEA</strong> a entrepris en 1996 un ambitieux programme<br />

baptisé « Simulation », afin <strong>de</strong> garantir à long terme la capacité<br />

21<br />

18


numériques, qui doivent être validées grâce à <strong>de</strong>s expériences<br />

partielles sur Airix 1 et le Laser Mégajoule et à leurs interprétations.<br />

Il vise la réalisation d’un simulateur <strong>de</strong>s armes, dont<br />

l’objectif en termes <strong>de</strong> puissance <strong>de</strong> calcul a été évalué en<br />

1996 à plus <strong>de</strong> 100 téraflops soutenus 2 pour l’horizon 2010.<br />

Le projet TERA consiste à mettre cette capacité informatique<br />

à disposition <strong>de</strong>s concepteurs du simulateur.<br />

<strong>de</strong> traiter correctement les flux <strong>de</strong> données énormes générés.<br />

Ce retour d’expérience a mis en lumière la nécessité<br />

pour les informaticiens du <strong>CEA</strong> d’accé<strong>de</strong>r aux « co<strong>de</strong>s<br />

sources » <strong>de</strong> la machine et <strong>de</strong> travailler en amont avec le<br />

constructeur <strong>de</strong> la machine. C’est ce qui a permis à BULL<br />

<strong>de</strong> résoudre le premier ce problème et <strong>de</strong> gagner l’appel<br />

d’offre TERA10. Pour TERA100, la difficulté rési<strong>de</strong> dans la<br />

consommation électrique d’une telle machine qui se<br />

chiffre en mégawatts. Ce problème <strong>de</strong>vrait être résolu par<br />

l’utilisation <strong>de</strong> processeurs multi-cœurs 4 et par <strong>de</strong>s<br />

progrès sur le système <strong>de</strong> refroidissement <strong>de</strong> la machine.<br />

Calcul haute performance<br />

JdS : Quels moyens humains ont été mobilisés <br />

J.G. : Nous avons créé un département comprenant<br />

40 exploitants, 30 experts en architecture informatique,<br />

30 spécialistes <strong>de</strong> l’environnement <strong>de</strong>s co<strong>de</strong>s et<br />

80 développeurs d’applications, dont une quinzaine <strong>de</strong><br />

mathématiciens spécialisés en analyse numérique.<br />

Nous avons professionnalisé la filière et délibérément<br />

séparé la physique et l’écriture informatique pour que le<br />

co<strong>de</strong> <strong>de</strong> simulation soit véritablement un outil <strong>de</strong> production.<br />

22<br />

JdS : Quelles sont les gran<strong>de</strong>s étapes <strong>de</strong> ce projet <br />

J.G. : Une première étape a été franchie en 2001 avec<br />

le supercalculateur TERA1, d’un téraflop soutenu, la<br />

<strong>de</strong>uxième l’a été en 2005 avec TERA10 <strong>de</strong> BULL, <strong>de</strong> dix<br />

téraflops soutenus, première machine <strong>de</strong> cette classe<br />

jamais réalisée en Europe et la troisième le sera en 2010<br />

avec TERA100, qui dépassera le pétaflop. Le projet est<br />

basé sur quelques idées simples : une architecture unique,<br />

à <strong>de</strong>ux niveaux 3 , qui garantit la pérennité <strong>de</strong> l’application,<br />

l’utilisation <strong>de</strong> composants sur étagères qui seule conduit<br />

à la puissance désirée à <strong>de</strong>s coûts raisonnables et enfin<br />

l’exigence <strong>de</strong> logiciels systèmes « open source », accessibles<br />

aux experts <strong>de</strong> la DAM.<br />

JdS : Tera100 répondra-t-il aux <strong>de</strong>man<strong>de</strong>s <strong>de</strong>s modélisateurs <br />

J.G. : Tera100 représente encore un défi. La part <strong>de</strong>s<br />

infrastructures liées à l’électricité et au refroidissement<br />

atteindra près <strong>de</strong> 30% du coût <strong>de</strong> la machine. En particulier,<br />

la limite imposée d’une alimentation électrique <strong>de</strong> 5 mégawatts<br />

(au lieu <strong>de</strong> 20 mégawatts) est une contrainte lour<strong>de</strong>.<br />

Une fois que ces défis auront été relevés, Tera100<br />

atteindra l’objectif assigné au début du programme, mais<br />

entre temps, les physiciens ont révisé à la hausse leurs<br />

exigences ! Ils croient davantage qu’auparavant dans les<br />

promesses du calcul haute performance…<br />

1 - L’installation Airix, à Moronvilliers en Champagne, permet <strong>de</strong> radiographier<br />

<strong>de</strong> manière ultrarapi<strong>de</strong> l’explosion initiale d’une arme nucléaire tandis<br />

que les lasers ultra puissants du Laser Mégajoule, au Barp, près <strong>de</strong><br />

Bor<strong>de</strong>aux, simuleront expérimentalement les réactions nucléaires <strong>de</strong> fusion.<br />

2 - Les puissances <strong>de</strong> calcul sont exprimées ici en téraflops soutenus,<br />

c’est-à-dire une performance évaluée en moyenne et non pas, comme<br />

c’est le cas habituellement, une performance maximale et ponctuelle.<br />

3 - Architecture dite aussi à « cluster <strong>de</strong> SMP » (Symmetric Multi-Processor).<br />

4 - Gravés sur une même carte électronique, plusieurs microprocesseurs<br />

élémentaires (quatre et bientôt seize) partagent <strong>de</strong>s mémoires et interfaces.<br />

L’ensemble ne consomme pas significativement plus que s’il n’y avait qu’un<br />

seul microprocesseur. On retrouve les <strong>de</strong>ux niveaux évoqués plus haut<br />

(processeurs et « cœurs »).<br />

JdS : Quelles difficultés avez-vous rencontrées <br />

J.G. : Les processeurs d’entrées-sorties <strong>de</strong> TERA1 sont<br />

apparus comme <strong>de</strong>s goulots d’étranglement, incapables<br />

21<br />

22<br />

Visualisation sur un mur d’images d’une simulation <strong>de</strong> fusion<br />

nucléaire (Laser Mégajoule).<br />

L’extraction <strong>de</strong> la chaleur dissipée dans les processeurs<br />

consomme une quantité croissante d’énergie.<br />

19


Actualités<br />

MISTRA<br />

DES ESSAIS DE SÛRETÉ NUCLÉAIRE<br />

POUR L’OCDE<br />

L’installation MISTRA, <strong>de</strong> <strong>Saclay</strong>, a été choisie par l’Agence pour l’énergie nucléaire <strong>de</strong> l’OCDE 1 pour mener à<br />

bien <strong>de</strong>s essais <strong>de</strong>stinés à vali<strong>de</strong>r <strong>de</strong>s simulations numériques. Un choix qui consacre la qualité <strong>de</strong> dix années<br />

<strong>de</strong> travail en sûreté nucléaire.<br />

Transportons-nous au cœur d’une centrale nucléaire<br />

d’EDF. A l’intérieur du combustible, les réactions <strong>de</strong><br />

fission donnent naissance à <strong>de</strong>s éléments radioactifs en<br />

libérant d’énormes quantités <strong>de</strong> chaleur. Chaque « crayon »<br />

<strong>de</strong> combustible est enserré par une gaine étanche qui<br />

empêche la dispersion <strong>de</strong>s espèces radioactives. La<br />

chaleur dégagée est extraite par une circulation d’eau<br />

sous pression pour produire <strong>de</strong> l’électricité.<br />

Imaginons une fuite sur le circuit fermé d’eau sous pression<br />

: la fuite <strong>de</strong> vapeur aurait pour effets <strong>de</strong> dégra<strong>de</strong>r les<br />

gaines et <strong>de</strong> produire <strong>de</strong> l’hydrogène. Dans ce cas, dès<br />

20<br />

lors que la concentration <strong>de</strong> ce gaz dans l’air atteint 4%,<br />

apparaît un risque d’explosion. L’installation MISTRA<br />

permet <strong>de</strong> simuler diverses configurations liées à ce<br />

risque « hydrogène ».<br />

Notre métier, c’est la simulation<br />

Isabelle Tkatschenko, chef du Laboratoire d’étu<strong>de</strong>s<br />

expérimentales en mécanique <strong>de</strong>s flui<strong>de</strong>s, présente les<br />

essais dans MISTRA : « notre métier, c’est la simulation.<br />

Dans la gran<strong>de</strong> cuve <strong>de</strong> MISTRA, nous cherchons à reproduire<br />

le comportement <strong>de</strong> l’hydrogène dans un réacteur<br />

nucléaire en situation acci<strong>de</strong>ntelle. Bien sûr, pas question<br />

d’utiliser <strong>de</strong> l’hydrogène : il est remplacé ici par l’hélium,<br />

un gaz proche mais sans danger. Nous étudions les écoulements<br />

gazeux en présence d’un jet <strong>de</strong> vapeur d’eau en<br />

faisant varier tous les paramètres à notre disposition : les<br />

caractéristiques du jet, la pression, la température <strong>de</strong>s gaz<br />

et celle <strong>de</strong>s parois, etc. Nous pouvons également tester<br />

l’efficacité <strong>de</strong> contre-mesures <strong>de</strong>stinées à casser les<br />

accumulations d’hydrogène, en brassant l’atmosphère<br />

par aspersion d’eau ou par dilution (en introduisant <strong>de</strong><br />

l’azote). » Une instrumentation sophistiquée fournit<br />

l’ensemble <strong>de</strong>s mesures nécessaires, selon un maillage<br />

très fin en volume et à la surface <strong>de</strong> la cuve. Elle permet<br />

également <strong>de</strong> piloter les évènements à étudier avec toute<br />

la finesse et la fiabilité requises.<br />

1<br />

Une modélisation spatio-temporelle très fine<br />

Chaque pays développe ses propres co<strong>de</strong>s <strong>de</strong> simulation<br />

<strong>de</strong> scénarios, <strong>de</strong>stinés à garantir la sécurité <strong>de</strong>s équipements<br />

nucléaires, et les soumet régulièrement aux autorités <strong>de</strong><br />

sûreté nationales et internationales. Ces co<strong>de</strong>s doivent être<br />

testés sur un panel le plus large possible d’installations,<br />

parmi les plus performantes. Ainsi, MISTRA et l’installation<br />

suisse Panda ont-elles été retenues pour le projet SETH2 2<br />

piloté par l’Agence pour l’énergie nucléaire <strong>de</strong> l’OCDE, car<br />

elles permettent toutes <strong>de</strong>ux une modélisation spatiotemporelle<br />

très fine. Onze partenaires européens dont la<br />

France participent à ce projet et pourront tester leurs<br />

propres co<strong>de</strong>s sur ces installations. La sûreté nucléaire est<br />

un domaine où, plus encore qu’ailleurs, coopération<br />

internationale rime avec efficacité démultipliée !<br />

Martine Lochouarn<br />

1 - Organisation <strong>de</strong> coopération et <strong>de</strong> développement économique.<br />

2 - SETH2 : ce projet lancé en 2007 succè<strong>de</strong> au projet <strong>de</strong> gestion <strong>de</strong>s<br />

acci<strong>de</strong>nts nucléaires SESAR thermohydraulique (SETH), commencé en<br />

2001 et impliquant 14 pays.<br />

1 MISTRA permet d’étudier le risque lié au relâchement<br />

d’hydrogène.


Actualités<br />

PRODUIRE DE L’HYDROGÈNE AVEC DE LA LUMIÈRE<br />

En s’inspirant <strong>de</strong> la photosynthèse, <strong>de</strong>s biologistes du centre <strong>CEA</strong> <strong>de</strong> <strong>Saclay</strong> cherchent à produire <strong>de</strong> l’hydrogène<br />

avec la lumière du soleil et <strong>de</strong> l’eau. Un vrai défi chimique pour un enjeu énergétique crucial !<br />

De grands tubes remplis d’eau et exposés au soleil sont<br />

extraits, d’un côté, l’oxygène et <strong>de</strong> l’autre, l’hydrogène.<br />

Telle pourrait être l’allure d’une future «usine» <strong>de</strong> production<br />

<strong>de</strong> «biohydrogène». Ce gaz pourrait être stocké ou<br />

consommé dans <strong>de</strong>s piles à combustible délivrant du<br />

courant électrique, avec pour seul rejet : <strong>de</strong> l’eau ! Des<br />

chercheurs <strong>de</strong>s centres <strong>CEA</strong> <strong>de</strong> <strong>Saclay</strong>, Grenoble et<br />

Cadarache unissent leurs efforts pour tenter <strong>de</strong> concrétiser<br />

cette utopie.<br />

Véritable réservoir d’atomes d’hydrogène, l’eau est une<br />

molécule 1 très stable. Il faut cependant parvenir à la «casser»<br />

pour en extraire les <strong>de</strong>ux protons. Ce n’est possible qu’en<br />

apportant <strong>de</strong> l’énergie, ici celle du soleil, et en accélérant la<br />

réaction chimique par la présence d’un catalyseur 2 . Cette<br />

première étape, dite d’oxydation <strong>de</strong> l’eau, représente un<br />

véritable défi pour les chimistes. La <strong>de</strong>uxième étape, dite <strong>de</strong><br />

réduction <strong>de</strong>s protons, consiste à recombiner les <strong>de</strong>ux<br />

protons en une molécule d’hydrogène. Elle requiert également<br />

un apport énergétique et la participation d’un catalyseur.<br />

La gageure consiste à optimiser les ren<strong>de</strong>ments sans utiliser<br />

<strong>de</strong> métal onéreux comme le platine.<br />

Exploiter ou mimer la nature<br />

Les végétaux, eux, savent très bien fabriquer leur<br />

«combustible» à partir <strong>de</strong> la lumière du soleil et <strong>de</strong> l’eau,<br />

grâce à un cycle biochimique extrêmement élaboré : la<br />

photosynthèse. Or certaines microalgues et bactéries<br />

sont dotées d’un mécanisme d’adaptation qui les conduit,<br />

en l’absence d’oxygène, à fabriquer <strong>de</strong>s enzymes appelées<br />

hydrogénases. Ces enzymes agissent comme <strong>de</strong>s catalyseurs<br />

<strong>de</strong> la réduction <strong>de</strong>s protons et favorisent la production<br />

d’hydrogène. C’est ce mécanisme que cherche à exploiter<br />

une équipe du centre <strong>CEA</strong> <strong>de</strong> Cadarache via <strong>de</strong>s microorganismes<br />

dans un bioréacteur.<br />

Une autre voie consiste à concevoir <strong>de</strong>s catalyseurs artificiels<br />

en étudiant les enzymes naturelles <strong>de</strong> la photosynthèse<br />

qui favorisent les <strong>de</strong>ux étapes clés <strong>de</strong> la production <strong>de</strong><br />

biohydrogène. Une fois i<strong>de</strong>ntifiée la partie active <strong>de</strong> ces<br />

enzymes (<strong>de</strong>s molécules géantes), il faut synthétiser <strong>de</strong><br />

petites molécules <strong>de</strong> mêmes propriétés. Leur efficacité est<br />

ensuite évaluée en association avec un pigment qui<br />

absorbe la lumière.<br />

2<br />

Il s’agit là d’un travail <strong>de</strong> longue haleine, à l’interface entre la<br />

biologie et la chimie. L’équipe <strong>de</strong> Winfried Leibl, <strong>de</strong> l’Institut<br />

<strong>de</strong> biologie et <strong>de</strong> technologie <strong>de</strong> <strong>Saclay</strong> (iBiTec-S) se<br />

concentre sur la difficile oxydation <strong>de</strong> l’eau, avec l’ai<strong>de</strong> <strong>de</strong><br />

l’Institut <strong>de</strong> chimie moléculaire et <strong>de</strong>s matériaux 3 d’Orsay<br />

tandis qu’une équipe du centre <strong>CEA</strong> <strong>de</strong> Grenoble, en<br />

collaboration avec les chercheurs saclaysiens, vient<br />

d’obtenir un résultat prometteur pour la réduction <strong>de</strong>s protons.<br />

1 - La molécule d’eau H 2<br />

O est un assemblage <strong>de</strong> <strong>de</strong>ux atomes d’hydrogène<br />

H et d’un atome d’oxygène O. La molécule d’hydrogène H 2<br />

est<br />

formée <strong>de</strong> <strong>de</strong>ux atomes d’hydrogène H. L’atome d’hydrogène est<br />

composé d’un proton H + et d’un électron.<br />

2 - Cette substance permet <strong>de</strong> déclencher ou d’accélérer une réaction<br />

chimique, sans subir d’altération.<br />

3 - Unité mixte <strong>de</strong> recherche du CNRS et <strong>de</strong> l’Université Paris-sud 11.<br />

1<br />

2<br />

L’hydrogénase <strong>de</strong> microalgue est très sensible à l’oxygène et<br />

est purifiée en boîte à gants.<br />

Culture <strong>de</strong> cyanobactéries et <strong>de</strong> microalgues.<br />

1<br />

21


Actualités<br />

1<br />

2<br />

CRÉATION PROCHAINE D’UNE START-UP<br />

GREFFE CHIMIQUE RAPIDE POUR<br />

REVÊTEMENT DE SURFACE<br />

« GRAFTFAST 1 » est un procédé <strong>de</strong> greffage révolutionnaire découvert en novembre 2006 dans un laboratoire<br />

<strong>de</strong> chimie <strong>de</strong>s surfaces <strong>de</strong> l’Iramis 2 . Il <strong>de</strong>vrait conduire à la création d’une start-up en 2009, avec le soutien<br />

notamment <strong>de</strong> <strong>CEA</strong> Valorisation 3 .<br />

22<br />

« La spécialité <strong>de</strong> notre laboratoire, explique<br />

Serge Palacin 4 , chercheur à l’Iramis, c’est<br />

d’analyser les processus chimiques qui<br />

permettent <strong>de</strong> conférer à une surface <strong>de</strong>s<br />

propriétés chimiques originales grâce à un<br />

revêtement. Mais rien à voir avec une peinture<br />

: les liaisons chimiques construites entre<br />

les molécules du revêtement et <strong>de</strong> la surface<br />

sont autrement plus robustes ! » Un procédé<br />

électrochimique 5 , inventé il y a une vingtaine<br />

3<br />

d’années dans ce même laboratoire, a<br />

conduit à la création en 2001 d’une start-up, Alchimer, qui<br />

applique le dépôt <strong>de</strong> couches organiques sur du métal,<br />

aux secteurs médical (stent 6 ) et microélectronique. Un<br />

autre procédé, baptisé GRAFTFAST, découvert dans le<br />

même laboratoire en novembre 2006, permet cette fois <strong>de</strong><br />

s’affranchir <strong>de</strong> l’électrochimie et <strong>de</strong> la contrainte d’une<br />

surface conductrice <strong>de</strong> l’électricité. Aujourd’hui, une<br />

douzaine <strong>de</strong> brevets protège l’invention.<br />

Un procédé respectueux <strong>de</strong> l’environnement<br />

Un <strong>de</strong>s <strong>de</strong>ux inventeurs <strong>de</strong> GRAFTFAST, Sébastien<br />

Roussel s’est lancé dans la course à la création d’entreprise,<br />

sitôt sa thèse achevée. Une thèse doublée d’une<br />

formation en administration <strong>de</strong>s entreprises, quasiment<br />

prémonitoire ! Pour l’heure, il bénéficie d’un soutien <strong>de</strong><br />

<strong>CEA</strong> Valorisation et du <strong>CEA</strong>, ciblé en amont <strong>de</strong> la création<br />

<strong>de</strong> la start-up. Ce contrat « Semprin » lui permet <strong>de</strong> rémunérer<br />

trois personnes et <strong>de</strong> financer <strong>de</strong>s étu<strong>de</strong>s, <strong>de</strong> marketing<br />

notamment. « L’avantage d’être <strong>de</strong> surcroît hébergé ici,<br />

précise Sébastien Roussel, c’est <strong>de</strong> pouvoir m’abreuver<br />

aux compétences du laboratoire, grâce à <strong>de</strong>s échanges<br />

permanents avec les autres chercheurs, et <strong>de</strong> bénéficier<br />

d’appareils d’analyse performants. » Si les étu<strong>de</strong>s en<br />

cours sont concluantes, la start-up PEGAS-Tech pourrait<br />

voir le jour d’ici une petite année et s’attaquer au marché<br />

<strong>de</strong> la métallisation <strong>de</strong>s polymères. Poignées <strong>de</strong> voiture,<br />

enjoliveurs, bouchons <strong>de</strong> parfum, emballages <strong>de</strong><br />

maquillage, embouts <strong>de</strong> douche : tous ces objets subissent<br />

aujourd’hui un traitement, qui comporte une étape très<br />

polluante 7 pour l’eau. Par ailleurs, faiblement consommatrice<br />

d’énergie, la technologie GRAFTFAST apporterait un<br />

indéniable progrès en faveur <strong>de</strong> l’environnement.<br />

1 - GRAFTFAST : greffe rapi<strong>de</strong> en anglais.<br />

2 - Institut rayonnement matière <strong>de</strong> <strong>Saclay</strong>.<br />

3 - <strong>CEA</strong> Valorisation est une société d’investissement, filiale à 100% du <strong>CEA</strong>, créée pour<br />

développer la vente <strong>de</strong> licences et l’investissement d’amorçage dans les sociétés<br />

innovantes issues du <strong>CEA</strong>.<br />

4 - Serge Palacin est chef du Service <strong>de</strong> physique et chimie <strong>de</strong>s surfaces et interfaces<br />

<strong>de</strong> l’Iramis.<br />

5 - L’électrochimie utilise le courant électrique pour modifier <strong>de</strong>s substances en solution.<br />

6 - Petite prothèse interne servant à maintenir ouvert un vaisseau sanguin.<br />

7 - Cette étape utilise le chrome 6, qui est un élément cancérogène, mutagène et reprotoxique.<br />

1<br />

Pour en savoir plus :<br />

www.graftfast.com<br />

Un réseau technologique dédié, baptisé Alliance GRAFTFAST,<br />

a été mis en place en juin <strong>de</strong>rnier. Il réunit le <strong>CEA</strong>, <strong>CEA</strong><br />

Valorisation, Alchimedics (spécialiste <strong>de</strong> stents) et Alchimer.<br />

2 À gauche, une plaque <strong>de</strong> verre nu est hydrophile (la goutte d’eau s’étale).<br />

À droite, le verre est recouvert d’un film hydrophobe, déposé grâce au<br />

procédé GRAFTFAST.<br />

3 Sébastien Roussel porte le projet <strong>de</strong> création d’une start-up visant à valoriser<br />

la technologie GRAFTFAST.


ÉCOUTER LE GRAND RÉCIT DE L’UNIVERS<br />

Actualités<br />

Le <strong>CEA</strong> et la Cité <strong>de</strong>s sciences et <strong>de</strong> l’industrie vous invitent à venir écouter « le grand récit <strong>de</strong> l’Univers ».<br />

La nouvelle exposition permanente <strong>de</strong> la Cité <strong>de</strong>s sciences<br />

et <strong>de</strong> l’industrie, baptisée « Le grand récit <strong>de</strong> l’Univers »,<br />

a ouvert ses portes le 25 mars. Le <strong>CEA</strong> est le partenaire<br />

unique <strong>de</strong> la Cité <strong>de</strong>s sciences pour cette exposition, dont<br />

les commissaires scientifiques sont le physicien et philosophe<br />

<strong>de</strong>s sciences Étienne Klein et les astrophysiciens<br />

Marc Lachièze-Rey et Roland Lehoucq, tous les trois<br />

« <strong>Saclay</strong>siens ».<br />

Nous savons aujourd’hui que notre Terre, notre Soleil et<br />

même notre galaxie, la Voie lactée, ne constituent qu’une<br />

infime partie d’un Univers en expansion, âgé <strong>de</strong> quelque<br />

13,7 milliards d’années et contenant <strong>de</strong>s milliards <strong>de</strong><br />

galaxies. Comment cet Univers s’est-il créé, comment<br />

a-t-il évolué, comment <strong>de</strong>s structures <strong>de</strong> plus en plus<br />

complexes (noyaux atomiques, atomes, étoiles, galaxies)<br />

se sont-elles constituées C’est ce que nous raconte « le<br />

grand récit <strong>de</strong> l’Univers ».<br />

1<br />

Enquête sur les origines <strong>de</strong> la matière<br />

L’exposition <strong>de</strong> la Cité <strong>de</strong>s sciences, pédagogique et<br />

interactive, est présentée sur <strong>de</strong>ux niveaux. Au premier<br />

niveau, le visiteur est amené à faire une véritable enquête :<br />

d’où vient la matière Il dispose <strong>de</strong>s indices fournis par la<br />

géologie. Il découvrira <strong>de</strong> la matière qui n’est pas d’origine<br />

terrestre, mais qui a été créée ailleurs dans l’Univers.<br />

À partir <strong>de</strong> simples « cailloux », il pourra enquêter sur le<br />

big-bang, les planètes, les galaxies …<br />

Au second niveau, les concepteurs <strong>de</strong> l’exposition ont<br />

cherché à montrer les « outils » que sont les gran<strong>de</strong>s<br />

théories physiques explicatives <strong>de</strong> notre mon<strong>de</strong> :<br />

E. Klein M. Lachièze-Ray R. Lehoucq<br />

classique (newtonienne), relativistes (relativité restreinte et<br />

relativité générale) et quantique. Les notions <strong>de</strong> matière,<br />

espace, temps, force, mouvement, sont explicitées à la<br />

lumière <strong>de</strong> ces différentes approches.<br />

La synthèse <strong>de</strong> l’infiniment grand<br />

et <strong>de</strong> l’infiniment petit<br />

Muni <strong>de</strong> toutes ces explications, le visiteur pourra accé<strong>de</strong>r<br />

à la compréhension <strong>de</strong>s lois physiques qui unissent<br />

l’infiniment grand à l’infiniment petit. Il saisira comment les<br />

scientifiques cherchent à recréer, dans <strong>de</strong>s collisionneurs<br />

<strong>de</strong> particules, les conditions physiques qui étaient celles<br />

<strong>de</strong> l’Univers primordial. Pour comprendre la matière à <strong>de</strong>s<br />

échelles très gran<strong>de</strong>s, il faut passer par l’étu<strong>de</strong> <strong>de</strong> phénomènes<br />

à l’échelle <strong>de</strong> l’atome et du noyau.<br />

Le visiteur n’a nul besoin d’être un physicien. Il doit<br />

simplement pouvoir consacrer suffisamment <strong>de</strong> temps à<br />

sa visite. « Le grand public doit s’approprier les messages<br />

essentiels <strong>de</strong> la physique du XX e siècle, alors que tout au<br />

long <strong>de</strong> ses étu<strong>de</strong>s, on lui a surtout enseigné la physique<br />

du XIX e siècle », souligne Étienne Klein.<br />

Daniel Tacquenet<br />

Renseignements pratiques :<br />

Cité <strong>de</strong>s sciences et <strong>de</strong> l’industrie,<br />

30 avenue Corentin Cariou, 75019 Paris<br />

Horaires d’ouverture : du mardi au samedi <strong>de</strong> 10h à 18h,<br />

le dimanche <strong>de</strong> 10h à 19h<br />

www.cite-sciences.fr<br />

1 « Le Grand récit <strong>de</strong> l’Univers » est une exposition permanente<br />

<strong>de</strong> la Cité <strong>de</strong>s sciences et <strong>de</strong> l’industrie <strong>de</strong> la Villette.<br />

23


PORTRAIT<br />

JEAN ZINN-JUSTIN<br />

Préservons l’espace <strong>de</strong> créativité<br />

<strong>de</strong> la recherche fondamentale<br />

Rencontre avec Jean Zinn-Justin, physicien théoricien, professeur. Il vient <strong>de</strong> passer cinq ans à la tête<br />

<strong>de</strong> l’Institut <strong>de</strong> recherche sur les lois fondamentales <strong>de</strong> l’Univers (<strong>CEA</strong> Irfu) dont les équipes conçoivent et<br />

mettent en œuvre les plus gran<strong>de</strong>s expériences du mon<strong>de</strong>.<br />

Pour lui, la recherche est une passion, pas un métier. En<br />

ce début juillet, Jean Zinn-Justin boucle ses valises pour<br />

la Chine, où il donnera 15 jours <strong>de</strong> cours en physique<br />

théorique. « En Asie, il y a une vraie volonté <strong>de</strong> développer<br />

la recherche. Je trouve cela stimulant », lance-t-il avant <strong>de</strong><br />

pointer du doigt une certaine morosité qui tend, selon lui,<br />

à s’installer dans les pays occi<strong>de</strong>ntaux. A son retour en<br />

France, il remettra les rênes <strong>de</strong> l’Institut <strong>de</strong> recherche sur<br />

les lois fondamentales <strong>de</strong> l’Univers (<strong>CEA</strong> Irfu, ex-Dapnia, à<br />

<strong>Saclay</strong>) à Philippe Chomaz.<br />

Au faîte d’un parcours <strong>de</strong> physicien théoricien entamé<br />

dans les années 60 au Service <strong>de</strong> physique théorique,<br />

Jean Zinn-Justin prend, en 2003, la tête <strong>de</strong> l’Irfu dont les<br />

équipes conçoivent et réalisent les plus gran<strong>de</strong>s expériences<br />

scientifiques du mon<strong>de</strong>. « Mon intérêt, c’est <strong>de</strong> participer<br />

au progrès <strong>de</strong> la science », dit-il mo<strong>de</strong>stement pour<br />

expliquer ce passage <strong>de</strong> la recherche théorique à la mise<br />

en œuvre <strong>de</strong> gran<strong>de</strong>s machines scientifiques. Mais il faut<br />

sans doute chercher beaucoup plus tôt dans sa carrière,<br />

l’origine <strong>de</strong> cette transition. En 1974, Jean Zinn-Justin<br />

passe une année au Cern. « Le modèle standard <strong>de</strong> la<br />

physique venait d’être inventé, rappelle-t-il. J’avais le<br />

sentiment que les expérimentateurs <strong>de</strong> la physique <strong>de</strong>s<br />

particules allaient d’abord conforter ce modèle mais<br />

ensuite en découvrir rapi<strong>de</strong>ment les limitations. J’avais<br />

tort car 35 ans après, on attend toujours les phénomènes<br />

nouveaux qui nous permettraient <strong>de</strong> créer un modèle plus<br />

vaste. Le nouvel accélérateur LHC qui va démarrer cette<br />

année au Cern, va nous permettre d’avancer ! » Théoricien<br />

<strong>de</strong> renom, Jean Zinn-Justin rêve que la nouvelle machine<br />

mondiale à laquelle contribue fortement l’Irfu bouleversera<br />

la physique.<br />

« En physique, l’observation prime. Pour <strong>de</strong>s raisons<br />

qu’aucun d’entre nous ne comprend, on peut extraire <strong>de</strong><br />

l’observation <strong>de</strong> phénomènes particuliers <strong>de</strong>s fonctions<br />

plus générales qui s’expriment sous forme mathématique,<br />

poursuit-il. La physique théorique établit <strong>de</strong>s modèles, dont<br />

les prédictions appellent <strong>de</strong> nouvelles expériences. Ainsi se<br />

« C’est dans l’espace <strong>de</strong> créativité <strong>de</strong> la<br />

recherche fondamentale que se trouvent les<br />

vraies innovations. Le reste, les industriels<br />

savent le faire sans nous. »<br />

Jean Zinn-Justin, à propos <strong>de</strong> la physique.<br />

complètent la théorie et l’expérience. Elles structurent et<br />

dynamisent la démarche <strong>de</strong> recherche fondamentale. »<br />

À la tête <strong>de</strong> l’Irfu, Jean Zinn-Justin a été l’un <strong>de</strong>s principaux<br />

défenseurs <strong>de</strong> la recherche fondamentale, en particulier<br />

dans le plan moyen et long terme du <strong>CEA</strong>. « On comprend<br />

l’impatience <strong>de</strong> ceux qui financent la recherche. Mais les<br />

gran<strong>de</strong>s ruptures viennent rarement d’une démarche<br />

d’amélioration. C’est dans l’espace <strong>de</strong> créativité <strong>de</strong> la<br />

recherche fondamentale que se trouvent les vraies innovations.<br />

Le reste, les industriels savent le faire sans nous. »<br />

Propos recueillis par François Legrand.

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