Monde romain-documents Internet - Editions Bréal

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Document commenté

L’ EXPANSION ROMAINE EN MAURÉTANIE CÉSARIENNE SOUS LES SÉVÈRES,.

D’APRÈS DES INSCRIPTIONS DE GOUVERNEURS.

1. Inscription du gouverneur Caius Octavius Pudens Caesius Honoratus (en 197-198)

L’empereur César Lucius Septimius Severus, Pieux, Pertinax, Auguste, Arabique, Adiabénique, très

grand Parthique, grand pontife, ayant reçu la puissance tribunicienne, […] et l’empereur César Marcus

Aurelius Antoninus, Auguste, et Publius Septimius Géta, César, ont fait construire les murs du camp d’hiver,

par les soins de Caius Octavius Pudens Caesius Honoratus, leur procurateur, chargé du recensement.

Année Épigraphique, 1937, 157.

2. Inscriptions du gouverneur Publius Aelius Peregrinus Rogatus (en 200-202)

a) À l’empereur César Lucius Septimius Severus, Pieux, Pertinax, Arabique, Adiabénique, Parthique,

grand pontife, et à l’empereur César Marcus Aurelius Antoninus, et à Publius Septimius Géta, César

Auguste. Les habitants de Ruzazu ont restauré la tour qui était tombée en ruines, sur l’ordre de Publius

Aelius Peregrinus Rogatus, homme doté de l’égrégiat, procurateur des trois empereurs.

Corpus des Inscriptions Latines, VIII, 8991.

b) L’empereur César Lucius Septimius Severus, Pieux, Pertinax, et Marcus Aurelius Antoninus, (tous

deux) Augustes, Arabiques, Adiabéniques, très grands Parthiques, et Publius Septimius Géta, très

noble César, ont ordonné d’ériger les bornes milliaires de la nouvelle route de rocade, aux soins de

Publius Aelius Peregrinus, procurateur des trois empereurs. Fait par la Première cohorte des

Pannoniens. Depuis Lucu, trois mille pas.

Corpus des Inscriptions Latines, VIII, 22602 ; deux autres bornes routières faisant suite à celle-ci ont aussi été trouvées.

c) L’empereur César Lucius Septimius Severus, Pieux, Pertinax, Auguste, Arabique, Adiabénique, très

grand Parthique, grand pontife, en sa onzième puissance tribunicienne, acclamé victorieux pour la

douzième fois, consul pour la troisième fois, père de la patrie, et l’empereur César Marcus Aurelius

Antoninus, Pieux, Auguste, en sa septième puissance tribunicienne, consul pour la seconde fois, et

Publius Septimius Géta, fils de Lucius Septimius Severus, Pieux, Pertinax, Auguste, Arabique,

Adiabénique, très grand Parthique, frère de Marcus Aurelius Antoninus, Pieux, ont établi l’agglomération

(oppidum) d’Usinaza, après qu’eurent été transférées en ce lieu des populations nouvelles provenant

de la province d’Afrique, par l’intermédiaire de leur procurateur ducénaire Publius Aelius

Peregrinus.

L’Africa romana, 9, 1991, p. 427.

3. Inscription du gouverneur Titus Licinius Hiéroclès (en 227)

Après que par la bienveillance qui ne faiblit jamais de notre maître Sévère Alexandre, Pieux et favorisé

par les dieux, Auguste, leurs ressources eurent été accrues et leurs bâtiments publics augmentés, les

gens de castellum Perdicense ont élevé leurs murs. A pris soin [de tout cela] Licinius Hiéroclès, le procurateur

de l’empereur, gouverneur de la province. En l’an 188 de la province.

Année Épigraphique, 1966, 593 ; quatre autres textes de même composition proviennent, comme celui-ci, des environs de Sétif.

Comprendre les objectifs du document

Évidents au premier abord:

– la mise en place d’une infrastructure de contrôle: routes et camps (sur le rôle de l’ar

mée dans la domination romaine cf. Le monde romain, Paris, Bréal, 2010, p. 132-4);

– les modalités de peuplement d’une région;

– l’omniprésence de la référence aux souverains;

– le rôle du gouverneur provincial, agent du prince.

Apparents dans un second temps:

– quelles sont les conséquences de cette prise en mains sur le genre de vie des populations

déjà en place

– quelle est la logique d’inspiration de cette progression

Documents et exercices

1


Bibliographie

BÉNABOU, M., La Résistance africaine à la romanisation, Paris, Maspéro, 1976, rééd. 2005 avec

préface de M. Christol.

Cette publication a suscité des discussions : cf. THÉBERT, Y., BÉNABOU, M., LEVEAU, Ph., « La

romanisation de l’Afrique : un débat », Annales. Économies, Sociétés, Civilisations, 33, 1978, p. 64-

92.

CHRISTOL, M., « Les troubles en Maurétanie Césarienne sous le gouvernement de T. Licinius Hiéroclès »,

dans L’Afrique, la Gaule, la Religion à l’époque romaine. Mélanges à la mémoire de Marcel Le Glay,

Bruxelles, Latomus, 226, 1994, p. 254-266.

1 - Présentation du document

La nature de la source

Il s’agit de documents épigraphiques, destinés à être lus: bornes routières qui jalonnaient

les voies principales (avec l’indication de la distance en milliers de pas à partir d’un

point de départ), plaques insérées dans les murailles d’un camp ou d’un rempart urbain,

en général sur les portes, afin que les passants puissent les lire aisément.

La datation et le contexte provincial

Ils proviennent de Maurétanie Césarienne, région d’Afrique du Nord annexée par l’empereur

Claude, province confiée à des procurateurs recrutés dans l’ordre équestre, et dont

l’histoire intérieure fut souvent agitée par des révoltes des tribus indigènes ou une insécurité

latente. L’époque des Sévères est une époque d’expansion territoriale pour toutes

les provinces africaines, qui conduit l’occupation militaire et humaine jusqu’aux portes

du désert.

2 - Analyse et mise en place des documents

Il importe de regrouper les éléments, épars dans les documents qui se ressemblent plus

ou moins, d’une période à l’autre, et de les présenter d’une façon logique.

D’autre part il faut réfléchir à la présentation formelle qui leur est donnée, en relevant la

part capitale réservée aux énoncés relatifs aux empereurs.

3 - Commentaire

A - Les instruments du contrôle provincial

– Les camps: ils assurent la progression des positions militaires et permettent la mainmise

des troupes sur l’espace. On trouve ici mention de camps d’hiver, ce qui signifie

que le dispositif militaire des unités était souple, afin de s’adapter aux nécessités du

contrôle de tribus qui se déplaçaient sur de longues distances suivant les saisons. À

côté des camps importants se trouvaient de petites fortifications, dont la garnison était

plus réduite: elles occupaient les interstices, garantissaient aussi la sûreté des communications,

et pouvaient protéger un territoire plus limité.

– Les routes: il n’y a pas contrôle de l’espace sans l’articulation des camps et du réseau

routier. L’avancée de l’occupation militaire se traduit aussi par le tracé d’une grande

rocade reliant les postes avancés. Ces routes étaient soigneusement entretenues et

bornées. Aussi en général les bornes routières se découvrent-elles en séries.

B - Mise en valeur et développement urbain

– L’action de peuplement. Une des inscriptions montre la réalité des transferts de populations.

Il s’agit d’indigènes issus de la province voisine, l’Africa, c’est-à-dire la

2 5. La domination de Rome et l’administration des provinces


province proconsulaire d’Afrique. Leur installation a donné consistance à une modeste

agglomération, qui déjà existait, puisqu’elle est inscrite dans la toponymie (on connaît

aussi dans la même province, une agglomération créée de toutes pièces qui s’appelle

oppidum novum). Mais s’accroissant, elle a gagné une véritable dignité d’agglomération:

le nom d’oppidum caractérise ce statut. Il signifie vraisemblablement que ce

groupement humain a des institutions, et que le genre de vie des habitants s’est rapproché

de celui des autres cités de la province.

– Le développement urbain. Il est contenu dans l’action de peuplement. Mais la série des

inscriptions provenant de la région de Sétif le montre encore mieux. Il s’agit de

mesures prises sur une échelle régionale. Le vocabulaire qui est répété sur tous ces

documents place l’œuvre décrite dans la perspective du développement urbain,

symbole du progrès du mode de vie civique. Il est fait allusion à une augmentation des

ressources de ces collectivités, soit par un accroissement du nombre des hommes soit

par des faveurs financières, puis au développement du cadre urbain par construction

de bâtiments collectifs. Le tout est couronné par la construction de remparts, dont la

finalité n’est pas seulement défensive, car la construction de l’enceinte d’une agglomération

signifie aussi que celle-ci devient véritablement une ville.

C - Les caractéristiques d’une politique officielle

– Les textes affichent constamment la volonté impériale: les princes apparaissent

comme ceux qui inspirent cette politique. Il ne s’agit pas d’une dénomination banale

mais d’une titulature, qui donne leurs titres de victoire (importants pour Septime

Sévère et ses enfants) et l’ensemble des titres officiels (puissance tribunicienne, acclamations

de victoire, grand pontificat, titre de père de la patrie). Il s’agit aussi d’une

énumération suivant un strict respect de la hiérarchie au sein du collège impérial. On

ne négligera pas cet aspect de la documentation, qui révèle l’omniprésence de la référence

au prince dans la vie provinciale.

– Les textes montrent que cette politique d’expansion est définie et prévue par l’autorité

centrale (les gouverneurs reçoivent des instructions) jusque dans ses détails. Cette

inspiration depuis le centre de l’Empire est un facteur d’unité: aussi peut-on trouver

dans d’autres provinces des éléments comparables, tant en matière de contrôle de l’espace

(en Orient par exemple), que de développement urbain.

– Même s’ils tiennent moins de place dans les textes gravés, les références aux divers

procurateurs montrent combien sur place le gouverneur provincial joue le rôle d’agent

principal de la politique impériale. Les procurateurs sont mentionnés avec leurs titres

(l’égrégiat est le premier rang des dignités parmi les chevaliers romains), leur salaire

(ducénaire: soit deux cent mille sesterces). L’un d’entre eux ajoute même qu’il cumula

le gouvernement de la province avec la responsabilité du recensement (il s’agit du

recensement de Septime Sévère, en 197-198). Ce sont eux qui, de plus, ont la responsabilité

de mettre en valeur la politique des empereurs: ils font graver ces textes, en

reprenant des formulaires stéréotypés (comme sur les bornes milliaires ou les dédicaces

d’ouvrages publics) ou bien en réalisant une composition plus spécifique, propre

à une région. C’est le cas pour le groupe des inscriptions de la région de Sétif. On y

met en valeur la faveur des dieux qui garantit le bonheur des sujets, et l’on y retrouve

l’interprétation stoïcienne, devenue banale, de la fonction impériale comme charge à

assumer pour le service des peuples de l’Empire.

– Les textes font apparemment peu de place aux exécutants locaux de cette politique.

D’abord parce que le langage épigraphique est en général concis. Mais aussi parce que

l’important est de mettre en valeur le rôle du prince et de ses agents. Pourtant, le rôle

Documents et exercices

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des soldats est entrevu, celui des populations locales aussi. Les uns et les autres fournissent

la force de travail. C’est d’ailleurs dans les textes de la région de Sétif, adaptés

à une action provinciale spécifique, qu’apparaît une certaine richesse de détails sur

la place des populations locales.

Conclusion

– Ces documents étalés sur trois décennies environ montrent le dynamisme de l’expansion

romaine dans les provinces d’Afrique du Nord jusqu’à une date avancée du

III e siècle. Ils en sont une bonne illustration, tant pour la mise en œuvre de cette politique

que pour l’appréciation des résultats.

– Mais cette documentation officielle exprime aussi une propagande. Elle fournit une

vision partielle de la réalité. À la même époque sont mentionnés des conflits avec les

peuples indigènes, les tribus dont le genre de vie était mis à mal par les progrès du

contrôle militaire et du front pionnier, imposant un mode de vie sédentaire.

4 5. La domination de Rome et l’administration des provinces


SEPTIME SÉVÈRE S’ADRESSE AUX SOLDATS PANNONIENS,.

AVANT DE SE LANCER À LA CONQUÊTE DU POUVOIR.

… Il monta sur la tribune qui avait été édifiée pour

lui et leur adressa ce discours : « Vous avez déjà

manifesté votre fidélité, votre vénération pour les

dieux qui président à vos serments et votre

loyauté envers les princes que vous respectez, en

ressentant de l’indignation à l’encontre des actes

commis par les prétoriens. Ce sont des soldats de

parade, mais ils ne savent pas combattre. Pour

moi, qui n’ai jamais auparavant éprouvé une telle

ambition (vous connaissez en effet ma fidélité aux

empereurs) je souhaite maintenant conduire à son

terme cette affaire et réaliser votre désir de ne pas

assister sans réaction à l’affaissement de l’Empire.

Il était gouverné avec dignité jusqu’à Marc Aurèle,

et il était respecté. Sous Commode se produisit un

changement, mais même s’il commit des erreurs

à cause de l’inexpérience de sa jeunesse, celles-ci

furent masquées par la noblesse de sa naissance

et par la mémoire de son père […]. Mais quand

l’Empire revint au vieil homme vénérable dont la

bravoure et l’intégrité sont encore empreints dans

nos cœurs, les prétoriens, plutôt que de le supporter,

se débarrassèrent d’un tel personnage.

Maintenant, comme vous le savez, la domination

sur la terre et la mer a été honteusement achetée

par quelqu’un pour qui le peuple n’a que haine et

qui n’a pas la confiance des troupes romaines,

qu’il a trompées.

Mais quand bien même ces soldats se prépareraient

à combattre pour le défendre, vous tous

collectivement, et chacun d’entre vous en particulier,

vous les surpassez par votre valeur. L’activité

guerrière vous a entraînés, car vous êtes toujours

Documents proposés

en armes contre les barbares ; vous avez l’habitude

d’endurer toutes les fatigues des marches,

de mépriser le froid comme la chaleur, de franchir

des fleuves englacés, de boire l’eau d’un trou que

vous avez creusé et non d’une fontaine ; vous êtes

entraînés par les chasses. En somme vous avez

tout ce qu’il faut pour être valeureux, en sorte que

personne ne pourrait vous résister. On juge le

soldat dans l’endurance, non dans la molle inactivité.

Or les prétoriens se sont peu à peu corrompus

dans cette vie, ils ne peuvent plus supporter

votre cri de guerre, encore moins votre assaut.

Certains d’entre vous s’inquiètent des adversaires

que nous avons en Syrie. Mais on pourra reconnaître

combien ces gens sont faibles et combien

sont réduites leurs espérances, puisqu’ils n’osent

pas quitter leur province et qu’ils n’envisagent pas

de marcher sur Rome. Ils sont satisfaits de rester

là-bas, croyant habile de profiter dans le plaisir de

leur pouvoir, même si celui-ci est encore mal

assuré […]. Mais s’ils apprennent le choix de l’armée

d’Illyrie et s’ils entendent mon nom, qui leur

est connu et apprécié depuis que j’ai été légat de

légion chez eux, croyez qu’ils ne m’accuseront pas

d’indolence ou de faiblesse, et qu’ils n’envisageront

pas de s’opposer à votre valeur guerrière. Ils

vous sont inférieurs par les qualités physiques et

par l’entraînement dans un affrontement sur le

terrain.

Prenons donc Rome les premiers, puisque c’est le

cœur même de l’Empire. Et de là nous nous saisirons

aisément du reste du monde […].

Hérodien, Histoire des empereurs romains de Marc Aurèle à Gordien III, II, 10, 1-9.

Comprendre les centres d’intérêt du texte

– Le rôle de l’armée dans la compétition pour le pouvoir;

– la relation entre le prétendant, et plus généralement l’empereur, et les troupes;

– le poids respectif des armées en présence mesuré d’après un modèle idéal.

Présenter le document

– Le contexte de l’année 193;

– le cérémonial militaire (adlocutio);

– l’établissement de la légitimité de Septime Sévère;

– un discours, mais refait, permettant à l’auteur de développer des stéréotypes.

Documents et exercices

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Mise en place du document

– Tenir compte du décalage temporel entre l’époque de rédaction et le moment décrit

(pour préciser les dates de règne des empereurs mentionnés cf. Le monde romain, Paris,

Bréal, 2010, p. 99);

– Retrouver les articulations de la géographie politique: Rome, les provinces;

– Mettre en évidence la place des guerres de Marc Aurèle dans le vécu du soldat (le prestige

de Pertinax);

– reconstituer les composantes du portrait du soldat idéal, avec les connotations positives

ou négatives.

Construire le plan à partir des thèmes suivants

– Le discours se développe de façon progressive: l’affirmation de légitimité, la comparaison

des belligérants (deux adversaires que l’on doit examiner ensemble, car ils s’opposent

aux soldats illyriens), la stratégie de conquête de l’Empire.

– Examiner ce qui concerne les questions de légitimité impériale dans le cadre de la relation

entre le prétendant et les soldats.

LA DOMINATION DE ROME ET LE DÉVELOPPEMENT DE LA VIE CIVIQUE.

11 […] De l’Isère à Vienne, capitale des Allobriges

[= Allobroges] sise au bord du Rhône, on compte

320 stades […]. Les Allobriges, autrefois, mobilisaient

des armées de plusieurs dizaines de

milliers de soldats, mais ils pratiquent aujourd’hui

l’agriculture, dans les vallons des Alpes comme

en plaine, et vivent dans des villages, à l’exception

des plus nobles d’entre eux, qui résident à Vienne.

De simple village qu’elle était autrefois, bien

qu’elle portât le titre de capitale de ce peuple, ils

ont fait de Vienne une ville.

12 […] Les Volques confinent au Rhône et ont pour

vis-à-vis, sur la rive opposée, les Salyens et les

Cavares, mais le nom de Cavares prévaut et on

l’applique à tous les barbares de cette région.

Barbares qui, de fait, ne le sont plus, puisqu’ils ont

le plus souvent abandonné leurs mœurs pour se

modeler sur les Romains, dont ils pratiquent la

langue et le mode de vie, parfois aussi le système

politique […]. La capitale des Arécomisques [=

Arécomiques] est Némausus. Elle est bien inférieure

à Narbonne sous le rapport de sa population

étrangère et de son mouvement commercial,

mais elle l’emporte sur elle sur le plan du corps

politique. En effet, elle tient en sujétion vingtquatre

bourgs de même appartenance ethnique

qu’elle-même, habités par une population remarquablement

nombreuse. Ces bourgs lui sont rattachés,

et en outre ils jouissent de ce qu’on appelle

le droit latin, ce qui assure la citoyenneté romaine

à qui a revêtu à Nîmes l’édilité ou la questure.

Strabon, Géographie, IV, 1, 11-12 ; traduction F. Lasserre, Paris, Les Belles-Lettres, CUF, 1966.

Comprendre les centres d’intérêt du texte

– La supériorité du genre de vie politique (l’organisation des communautés en cités);

– la transformation du genre de vie des peuples dominés par Rome;

– le droit latin, mode d’intégration;

– les cadres d’analyse de l’auteur (peuples, villes, etc.).

Présenter le document

– Les parallélismes entre les deux passages, leurs complémentarités, leurs différences.

– Les articulations temporelles (passé, présent).

6 5. La domination de Rome et l’administration des provinces


Mise en place du document

– Situer le moment auquel se réfère l’auteur (il écrit son ouvrage dans la deuxième

décennie de l’ère chrétienne, mais les sources utilisées remontent plutôt à la deuxième

décennie la précédant, c’est-à-dire au moment où s’achève l’organisation de la Gaule

méridionale par Auguste);

– L’histoire de la municipalisation de la Narbonnaise;

– Les différences entre Nîmes et Vienne: décalages dans la pré-urbanisation et dans

l’évolution sociale.

– Ne pas oublier qu’il s’agit d’une thématique récurrente dans l’œuvre de Strabon (on se

référera aussi à la description de la péninsule Ibérique).

Construire le plan à partir de quelques centres d’intérêt

– Les cadres d’organisation de la province de Narbonnaise;

– La définition et la hiérarchie des genres de vie;

– Les schémas d’intégration des populations provinciales: mode de vie urbain, institutions

politiques (ne pas oublier que, dans la comparaison entre Nîmes et Narbonne,

Strabon, en Grec, est indifférent au statut de colonie romaine de la capitale

provinciale).

LES PROVINCIAUX ET LEURS ADMINISTRATEURS.

1. On donna ensuite audience aux Cyrénéens, et, sous l’accusation d’Ancharius Priscus, Caesius Cordus

est condamné pour concussion.

Tacite, Annales, III, 70 ; en 22 p. C.

2. On condamna sous les mêmes consuls Vipsanius Laenas pour avoir commis des exactions dans la

province de Sardaigne. On acquitta Cestius Proculus, accusé de concussion par les Crétois.

Tacite, Annales, XIII, 30 ; en 56 p. C.

3. La même année connut plusieurs accusés, parmi lesquels P. Celer, poursuivi par la province d’Asie,

dont César [= Néron], ne pouvant l’absoudre, fit traîner le procès jusqu’à ce qu’il mourût de vieillesse :

en effet, Celer ayant tué, comme je l’ai raconté, le proconsul Silanus, la grandeur de ce crime couvrait

les autres forfaits. Cossutianus Capito fut déféré par les Ciliciens comme un homme chargé de

souillure et d’opprobre… L’opiniâtreté de l’accusation étant venue à bout de sa résistance, il finit par

renoncer à se défendre et fut condamné en vertu de la loi sur la concussion. Pour Eprius Marcellus,

poursuivi en restitution par les Lyciens, la brigue eut une telle influence que certains de ses accusateurs

furent frappés de l’exil, sous prétexte qu’ils avaient mis en péril un innocent.

Tacite, Annales, XIII, 33 ; en 57 p. C.

4. Deux accusés, au sortir de la province d’Afrique où ils avaient exercé le pouvoir proconsulaire, Sulpicius

Camerinus et Pompeius Silanus, furent absous par César [= Néron] : Camerinus n’était poursuivi que

par des particuliers, en petit nombre, qui lui faisaient grief de sa cruauté plutôt que de concussions ;

Silvanus était assailli par une grande foule d’accusateurs ; celle-ci demandait du temps pour produire

des témoins ; l’inculpé voulait se défendre sur le champ, et il l’emporta, parce qu’il était riche, sans héritiers

et vieux - ce qui ne l’empêcha pas de survivre à ceux dont les manœuvres l’avaient sauvé.

Tacite, Annales, XIII, 52 ; en 58 p. C.

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5. Ensuite est traduit en justice le Crétois Claudius Timarchus ; outre les griefs qu’on fait habituellement

aux provinciaux très puissants et portés par leurs richesses à léser les petites gens, on lui reprochait

une parole, qui avait blessé le Sénat comme un outrage : il aurait dit à maintes reprises qu’il était en

son pouvoir de faire ou non voter des remerciements aux proconsuls ayant gouverné la Crète. Paetus

Thrasea, faisant tourner cette occasion au bien de l’État, après avoir proposé de bannir l’inculpé de la

province de Crète, ajouta ces paroles : « L’expérience prouve, pères conscrits [= les sénateurs], que des

lois excellentes, des leçons salutaires sont inspirées aux gens de bien par les fautes des autres […]. En

conséquence, contre l’orgueil nouveau des provinciaux, prenons une résolution digne de la loyauté et

de la fermeté romaines, qui, sans déroger en rien à la protection des alliés, nous enlève l’idée qu’un

Romain, quel qu’il soit, a d’autres juges que ses concitoyens.

Jadis, en vérité, ce n’était pas seulement un préteur ou un consul, mais encore des particuliers qu’on

envoyait visiter les provinces et faire un rapport en donnant leur avis sur la soumission de chacun ; et

des nations entières attendaient en tremblant l’appréciation d’un individu. Mais maintenant nous

honorons les étrangers, nous les flattons, et un signe de tel ou tel suffit pour que soient décidées des

actions de grâces ou, plus aisément encore, une accusation […]. Que reste aux provinciaux un tel

moyen d’étaler leur puissance ; mais que toute louange fausse et arrachée par des requêtes soit réprimée

à l’égal de la malignité, à l’égal de la cruauté […]. Aussi les débuts de nos magistrats sont-ils, en

général, meilleurs ; la fin décline, car nous agissons alors comme des candidats en quête de suffrages.

Si nous écartons ces manières d’agir, il y aura plus d’équité et de fermeté dans le gouvernement des

provinces. En effet, si la crainte des poursuites pour concussion a réfréné l’avidité, l’interdiction des

remerciements réprimera l’intrigue.

Tacite, Annales, XV, 20-21. Traduction P. Wuilleumier revue par J. Hellegouarc’h, Paris, Les Belles-Lettres, CUF, 1923,

rééd. 1974 (livre III) et 1924, rééd. 1978 (livres XIII et XV), modifiée.

Comprendre les centres d’intérêt du texte

– L’exercice du pouvoir par les administrateurs;

– le rôle des assemblées provinciales et l’affirmation des notables locaux;

– le jeu des relations (au Sénat, autour du prince) dans les procès politiques;

– les attitudes face aux provinciaux: intégration ou domination (voir aussi le discours

de Claude sur l’entrée au Sénat des notables gaulois, Tacite, Annales, XI, 24);

– l’intégration des notables provinciaux.

Présenter les extraits

– La répétition des informations, conformément à la méthode annalistique. Il faut donc

regrouper un certain nombre d’indications.

– Le discours, forme de présentation des idées.

Mise en place du document

– Un aspect spécifique de la vie publique à Rome (sur le gouvernement des provinces

cf. Le monde romain, Paris, Bréal, 2010, p. 137-139);

– les cadres de l’administration provinciale: gouverneurs et procurateurs;

– l’organisation des procès: le Sénat et le rôle du prince dans le fonctionnement des

séances du Sénat, le tribunal impérial.

Construire un plan à partir des centres d’intérêt suivants

– Les catégories d’accusation: les maux de l’administration;

– le blâme et l’éloge: les modalités de l’intervention et leur insertion dans les institutions

et les usages politiques;

– tradition et adaptation dans l’exercice de la domination: relation inégale ou relation

équilibrée (en tenant compte de la capacité d’affirmation des provinces de langue et de

culture grecques)

8 5. La domination de Rome et l’administration des provinces


MANDAT DE DOMITIEN SUR LES RÉQUISITIONS (ENTRE 81 ET 96 p. C.).

Extrait des mandata (instructions) de l’empereur

Domitien César, fils d’Auguste, Auguste. Au

procurateur Claudius Athenodorus :

Parmi les questions retenues et appelant des

soins particuliers, je sais que l’attention de mon

divin père Vespasien César s’était portée sur les

privilèges des cités ; en les prenant en considération,

il ordonna que les provinces ne doivent pas

être accablées ni par le louage forcé des bêtes de

somme ni par les prestations importunes de logements.

Néanmoins, sciemment ou non, une modification

a été introduite et cet ordre n’a pas été

observé : il se maintient en effet jusqu’à ce jour

une coutume ancienne et persistante qui peu à

peu acquerrait force de loi si on ne l’empêchait

pas avec vigueur de s’imposer. Je te commande

donc à toi aussi d’avoir soin que personne ne

réquisitionne de bête de somme s’il n’a pas un

permis délivré par moi ; car il est très injuste que

l’influence personnelle ou le rang de quiconque

permette les réquisitions que personne sauf moimême

n’a le droit d’autoriser. Que rien donc ne se

passe qui puisse faire obstacle à mes instructions

et compromettre cette mesure très utile pour les

cités – car il est juste de venir en aide aux

provinces épuisées qui avec difficulté subviennent

à leurs besoins – ; que personne ne les opprime de

manière contraire à ma volonté ; et que personne

ne requière un conducteur s’il n’a pas un permis

délivré par moi : car si les paysans sont dérangés,

les terres ne seront pas cultivées. Quant à toi, que

tu utilises tes propres bêtes de somme ou des

bêtes louées, tu feras fort bien… [suivent les

traces de trois lignes qu’on ne peut rétablir].

Inscriptions grecques et latines de Syrie, V, 1998.

Comprendre les centres d’intérêt du texte

– La réponse à une plainte: le texte s’insère dans une chaîne de communication entre le

centre de l’Empire et la périphérie;

– La prise en charge par le prince des intérêts des sujets;

– La recherche du bon fonctionnement d’une structure de gouvernement.

Présenter le document

– La copie d’un texte de la chancellerie impériale: la copie garantie de droits;

– le texte de chancellerie, avec ses règles de composition précise (les articulations du

texte officiel doivent être soigneusement isolées: considérants généraux, considérants

particuliers sur le problème à régler, décision générale dont l’exécution est confiée au

procurateur et décision pour l’usage du procurateur);

– la parole du prince: une idéologie du gouvernement de l’Empire (les cités, les paysans

producteurs).

– un mandat: instruction sur un point spécifique, ou sur un ensemble de points précis,

qui se rajoute à la législation ou à la réglementation générale sur l’administration d’une

province.

Mise en place du document

– Un problème permanent du cursus publicus: les abus de ses utilisateurs;

– le rôle des représentants du prince pour la diffusion des documents et règlements d’administration,

issus du centre du pouvoir.

Construire le plan à partir des centres d’intérêt suivants

– Le cursus publicus, et son rôle dans le fonctionnement du pouvoir impérial (il faut

insister sur le rôle du « permis » ou diploma);

– un aspect des prestations fiscales des provinciaux: la fiscalité en nature;

– l’idéologie du gouvernement providentiel.

Documents et exercices

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Dissertation proposée

L’Empire romain en guerre sous Marc Aurèle

(161-180)

Réfléchir aux termes et intentions du sujet

– L’Empire romain: idées de globalité spatiale et d’articulation de multiples aspects,

concernant non seulement l’État, mais aussi les économies et les sociétés provinciales;

– en guerre: mettre en évidence la rupture par rapport aux époques précédentes, et l’ampleur

de la crise extérieure (ne pas oublier aussi la peste et les troubles qui se manifestent

dans des provinces éloignées des deux principaux théâtres d’opérations);

– sous Marc Aurèle (161-180): il s’agit non seulement de marquer le point de départ

d’une crise mais aussi le point d’arrivée. Les dates d’un règne ne sont pas nécessairement

pertinentes pour déterminer ce type de problème. La bonne connaissance de cette

période historique montre qu’il faut intégrer dans le plan (au moins en conclusion) le

problème de la poursuite de l’effort de guerre qui est posé dès 180.

Recenser les aspects à étudier

– Le passage de l’état de supériorité militaire à l’état de crise. Il faut être attentif aux

enchaînements des grands événements. Insister sur l’origine externe de la crise (une

présentation des adversaires de Rome est nécessaire). Faire apparaître la problématique

des deux dangers et la nécessité de déterminer une priorité (en 166; en 175);

– envisager les conséquences des invasions: destructions sur le territoire provincial,

affaiblissement des capacités productives et contributives. Nécessité d’une reconstruction;

– mettre en valeur la fragilité du pouvoir impérial, qui doit garantir la paix aux provinciaux

pour conserver sa légitimité. Lucius Verus est envoyé en Orient, surtout Marc

Aurèle quitte Rome pour se rendre sur le Danube. Marc Aurèle s’efforce de préserver

la transmission du pouvoir à son fils Commode;

– examiner les ripostes au niveau des structures de l’État: création d’armées de

campagne, création de deux légions nouvelles;

– examiner les changements au sein des classes dirigeantes, notamment dans l’entourage

du prince en expédition: ascension d’hommes nouveaux, souvent issus de l’ordre

équestre, remarqués pour leurs qualités militaires (Pertinax, Pompeianus, Avidius

Cassius, Marcus Valerius Maximianus, Bassaeus Rufus);

– envisager les conséquences de l’effort de guerre: poids budgétaire, avec la dépréciation

de la monnaie et la vente de biens impériaux; révoltes fiscales, notamment en

Égypte;

– insérer les résultats dans la problématique de leur coût. Les princes gagnent des titres

de victoire: Parthicus en 166, Germanicus en 172, Sarmaticus en 175. Deux grands

triomphes sont célébrés sur les Parthes puis sur les Germains et les Sarmates. Un

monument comme la colonne de Marc Aurèle à Rome célèbre la grandeur de Rome et

de son armée; toutefois on peut y lire les difficultés de la guerre et l’importance de la

protection des dieux dans les moments difficiles. Enfin dès la mort de Marc Aurèle un

débat s’ouvre dans l’entourage de son fils: doit-il rester sur la frontière, donc poursuivre

de grands projets militaires Doit-il revenir à Rome pour officialiser son

10 5. La domination de Rome et l’administration des provinces


pouvoir, donc renoncer à une politique belliciste Il ne s’agit pas d’une révolution de

palais, mais d’un choix stratégique de grande ampleur.

Les articulations possibles du plan.

– Le plan doit être progressif, afin de conduire à poser l’interrogation sur les résultats.

– Il doit donner la priorité aux événements européens, sans négliger la guerre parthique

et la situation de paix armée qui la prolonge.

– Il doit intégrer les autres difficultés de l’Empire.

On pourrait ainsi s’orienter vers les trois parties suivantes:

– 1 - Une accumulation de malheurs

– 2 - Les princes au combat et les ripostes de l’État

– 3 - Le rétablissement de l’Empire et son coût

Documents et exercices

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