Les origines de la construction en adobe - E-Corpus

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Les origines de la construction en adobe - E-Corpus

Les origines

de la construction en adobe

en Extrê1lle-Occident

Claire-Anne de CHAZELLES *

Sur les sites de Gaule méridionale, les premiers témoignages

de l'emploi de l'adobe datent du premier quart du

VIe s. et l'hypothèse de l'emprunt hellénistique n'est pas remise

en cause. En Italie, la brique crue est utilisée dès le

VIle s. puis plus largement au VIC s. sans pouvoir déterminer

précisément le contexte culturel des emprunts (grecs,

étrusques ). Dans la Péninsule ibérique, l'auteur souligne la

précocité de l'emploi de 1 adobe (attesté dès le Chalcolithique)

; ce phénomène associé à la qualité des aménagements

internes, étaye l'idée d'une évolution sur place des

substrats indigènes soumis à des influences externes différentes,

selon les zones.

Mals-clés: adobe, brique crue, urbanisation, architecture, colonisation,

chronologie, Midi de la France, Péninsule ibérique.

For the sites of southem Gaul the first evidence of the use

of adobe dates from the ftrst quarter of the VJIh century and

the hypothesis of its Hellenistic origin is not disputed. In Italy

mud blicks are used from the VIJ'h century onwards, and more

extensively in the VIth century, but it is not possible to define

precisely the cultural context of their origin (Greek, Etruscan

). The author stresses the fact that on the Iberian peninsula

the use of adobe appeared much earlier (established from

the Chalcolithic era onwards) ; this phenomenon, together

with the quality of the internai arrangements, supports the

idea of a local development of the indigenous substrata subject

to different extemal influences according to the areas.

Key words : adobe, mud brick, urbanization, architecture, colonization,

chronology, southern France, [berian peninsula.

dans Sur les pas des Grecs en Occident

Collection Eludes Massalièles, 4 (1995), pp. 49-58


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Claire-Anne de CHAZELLES

TI

Introduction

Les pre:tniers téfll.oignages

S

'il ne fut pas le premier, en Gaule méridionale, à reconnaître

l'existence de la construction en adobe 1,

André Nickels est indéniablement l'initiateur d'une réflexion

concernant l'origine d'une telle architecture dans

cette région. L'analyse très critique qu'il fit du plan et des

techniques de construction des maisons de la Monédière

permit en effet de mettre l'accent sur le caractère "grec" et,

en tout cas, foncièrement étranger aux habitudes constructives

locales, de l'utilisation de la brique de terre crue moulée

(Nickels 1976 a et 1976b). Datées du milieu du VIe s.

av. n. è., les maisons de Bessan constituaient alors un des

témoignages les plus anciens de ce procédé de construction

en Gaule, auquel on pouvait uniquement confronter la découverte

très ponctuelle d'un tronçon de mur, également

daté du VIe s., dans les niveaux inférieurs de Pech-Maho à

Sigean (Barruol 1971,377), les vestiges attribués à la

même époque de l'oppidum de Montfo (Magalas) n'ayant

pas une datation aussi fiable. Les nouveaux documents

français dont on dispose aujourd'hui ne démentent pas

l'hypothèse d'une origine hellénique de l'adobe puisque les

emplois les plus précoces sont attestés à Marseille (Esplanade

de la Tourette) et à Saint Blaise (Saint-Mitre-Ies-Remparts),

dans le premier quart du VIe s. 2 Par la suite, les travaux

d'André ickels dans la ville d'Agde ont montré que

l'adobe était massivement utilisée dans l'architecture domestique,

et vraisemblablement aussi dans la construction

du rempart, dès le milieu du VIe s. (Nickels 1982, 272 ;

dans ce volume). Au total, cinq sites seulement révèlent

l'usage de la brique crue dans des contextes antérieurs au

dernier quart du VIe s. Parmi eux, Marseille correspond à

un lieu d'implantation définitive des Phocéens, Agde, Bessan

et Saint-Blaise à des sites temporairement occupés par

des "Grecs" et Pech-Maho, en principe, à une agglomération

indigène. Il conviendrait, naturellement, de s'interroger

sur les raisons de la présence de ce dernier gisement au

sein d'une liste (courte, il est vrai) de sites grecs, en essayant

de déterminer la nature de son "indigénisme" et/ou

son degré d'acculturation éventuelle à l'égard de la civilisation

matérielle grecque. Avant cela, un rapide tour d'horizon

sur les côtes de la Méditerranée occidentale aidera à

préciser la chronologie du phénomène de l'apparition de la

brique crue en Occident, entre la fin du IX e et la fin du

VIe s. av. n. è.

1 Déjà, dans les années 60, des archéologues aussi perspicaces que F. Benoit

ou J. Giry avaient parfaitement identifïé des briques crues dans les niveaux de

destruction de plusieurs sites dont ils assuraient la fouille, à une époque où ce

type de vestiges passait habituellement inaperçu.

2 Pour Marseille, renseignements L.-Fr. Gantès ; pour Saint-Blaise, Arcelin el

al. 1983, 139-141 ; Y. de Kisch : communication orale au 2 e congrès archéologique

de Gaule méridionale, Lyon, 2-6 novembre 1983.

L

'adobe, vraisemblablement empruntée à l'architecture

du Proche-Orient, est apparue au cours du éolithique

dans le bassin égéen, précisément au éolithique

acéramique à Cnossos, en Crète, et pendant le Néolithique

Ancien en Thessalie, à Sesklo et Dimini (Treuil 1983, 261­

264). Les formes de construction qui se mirent en place dès

cette époque - bases de murs en pierre, élévations en

brique crue et revêtement de terre sur les parements - se

sont maintenues non seulement pendant tout l'Age du

bronze mais aussi à l'époque historique, en Grèce de l'Est

comme en Grèce proprement dite 3. Aux yeux des Romains,

l'origine grecque de l'adobe ne faisait aucun doute,

au point que Pline attribua à deux Athéniens, Euryalos et

Hyperbios, l'invention de ce procédé et de l'architecture

qui en découle (H. N., VII, 194).

2.1. L'Italie

Dans la péninsule italique, les données archéologiques

sont insuffisantes pour que l'on puisse déterminer qui furent,

des Etrusques ou des colons grecs, les premiers utilisateurs

de la brique crue au début de l'Age du fer. A vrai

dire le dossier pourrait bien rester longtemps ouvert car,

pour permettre de trancher entre les deux possibilités, il

devra comporter non seulement des repères très fiables du

point de vue de la chronologie, mais également des indications

précises concernant la technique même de la brique, à

savoir sur les matériaux, les modules et les modes de mise

en œuvre.

Les habitats de Russellae et de Vetulonia ont effectivement

livré des structures en briques sur solins de pien-e datées

du VIle s. (Staccioli 1967 ; Laviosa 1970), mais ces témoignages

pour précoces qu'ils soient ne sont pas antérieurs

à la date de fondation des premières colonies

grecques en Italie.

D'un siècle plus récente, une maison grecque de la seconde

moitié du VIe s., à Elée, comportait également un

soubassement surmonté de briques crues (Bencivenza Trillmich

1983, 422).

D'une manière ou d'une autre, il est certain que l'architecture

qui s'est développée en Italie dès le VIle et surtout

au VIe s., jusqu'à l'époque impériale comprise, a puisé une

partie de son inspiration et, tout au moins, son matériau de

3 D'une façon générale, Martin 1965 et Orlandos 1969. Plus particulièrement

pour l'évolution de l'architecture de Smyrne entre le XIe et le Ive s. av. n. è. :

Nicholls 1958-59 ; sur les maisons d'Olynthe des ye_lye s. : Robinson-Graham

1938.


Les origines de la construction en adobe en Extrême-Occident

51

base (l'adobe) dans les traditions constructives de la Méditerranée

orientale. La question qui ne sera peut-être jamais

résolue est celle de l'origine géographique de l'emprunt et,

par conséquent, de sa datation précise: s'agit-il réellement

d'un emprunt aux "Lydiens" par les Etrusques, fruit de

leurs étroites relations à une période indéfinie 4, ou bien de

l'introduction par les colons grecs, à partir du VIne s., des

pratiques architecturales usuelles dans leurs contrées d'origine

Etant donné que, sur le plan chronologique, l'émergence

d'une architecture étrusque "en dur" coïncide peu ou

prou avec la phase des premières colonies grecques, le

débat porte en définitive essentiellement sur le contexte

culturel auquel reviendrait la diffusion du procédé de

construction en brique. Une troisième hypothèse, qui apparaît

de plus en plus crédible, consisterait à admettre la dualité

des origines de la brique crue sur le territoire italien:

origines distinctes géographiquement et peut-être légèrement

décalées dans le temps mais qui, de toute manière, se

rejoignent en amont de ce phénomène propre à l'Age du

fer occidental, puisqu'au cours de la Préhistoire récente

toutes les côtes méditerranéennes d'Orient ont partagé à

peu près les mêmes principes de construction de l'habitat

(Treuil 1983).

Relativement bien connue, quoique souvent datée approximativement

à partir des fouilles anciennes, l'architecture

étrusque démontre un usage très large de l'adobe, dans

la construction de l'habitat et des remparts. Les descriptions

assez précises qui ont été données de leurs matériaux

constitutifs soulignent une caractéristique commune qui

fait la grande originalité de ces briques étrusques par rapport

à toutes celles que l'on connaît ailleurs en Occident;

en effet, la mention d'une "cuisson superficielle" ou "peutêtre

accidentelle" (Staccioli 1967) au sujet des éléments de

la muraille d'Arezzo (début du Ille s.) ou de celles des habitats

plus anciens de Pyrgi, Marzabotto et Vetulonia, pourrait

bien trahir l'originalité du principe de construction en

brique (on peut alors difficilement parler d'adobe si les éléments

ont été "dégourdis" au feu) d'Etrurie, vis-à-vis du

système grec.

C'est du VIlle S. que l'on date désormais l'installation

des Phéniciens sur la côte méditerranéenne de l'Afrique,

d'après les indices fournis par les nécropoles d'Utique et

de Carthage, soit un peu avant la fondation de Cyrène par

les Grecs. Pour cette période, les traces matérielles de la

fréquentation de ces ri vages par les Tyriens, si l'on excepte

la présence d'objets dans les tombes, ne sont représentées

que par des vestiges de cabanes en torchis, les mapalai,

dont certaines furent encore édifiées dans le courant du

VIe s. à proximité de Carthage, en Tunisie, et de Mersa Medakh

en Algérie (Cintas 1976, 97-99). De fait, les niveaux

anciens des grandes cités telles que Carthage, Utique ou

Kerkouane sont mal cernés, les fouilles ayant privilégié les

états des Ille et Ile s. av. n. è., immédiatement antérieurs à

la conquête romaine. Des maisons du VIle et du VIe s.,

dans l'Îlot de Rachgoun et sur le tertre côtier de Mersa Medakh,

en Algérie, ont cependant révélé une architecture

dont les traits principaux ne nous sont pas inconnus: solins

de pierre, élévations et cloisons en adobe, murs et banquettes

enduits à l'argile, couvertures de terre sur lits de

branchages (Vuillemot 1965). Toutefois, ce n'est pas dans

l' habitat qu'il faut rechercher les emplois les plus anciens

de la brique crue car ce procédé fut mis en œuvre dans le

courant du VIlle s. pour la réalisation des tombeaux de

Carthage et d'Utique (Cintas 1976; Fantar 1984,272-275)

et, « force nous est de constater l'absence de témoignage

objectif sur l'emploi de la brique crue avant l'arrivée des

Phéniciens» (Fantar 1984,275).

2.3. La Sicile

Partagée entre Phéniciens et Grecs, la Sicile a connu

une architecture en brique crue dès le début du VIle s. dans

la ville de Motye, pour la partie phénicienne; côté grec, les

fouilles de Megara Hyblea n'ont rien révélé concernant

cette période, mais l'adobe sur solins de pielTe est attestée

sur le site de Serro Orlando (Morgantina), dans les premières

années du VIe s. (Sjbquist 1961, 63).

2.2. L'Afrique du Nord

Comme en Italie centrale et méridionale, où la recherche

concerne plus volontiers le monde hellénique que

celui des indigènes, en Afrique les efforts se sont portés de

longue date sur le domaine punique, au détriment de la

connaissance des milieux autochtones contemporains.

4 Observant "la relative abondance du lype Iydiell" des briques (défini par Vitruve

comme un module de un pied el demi sur un pied), A. ickels était

tende la considérer « comme un témoignage des rapports anciens existants

entre l'Etrurie et la Médilerranée orientale » (Nickels 1976a, 127).

2.4. L'Espagne

La dualité existante en Italie - entre origines étrusque

et grecque - ainsi qu'en Afrique et en Sicile - entre

grecque et phénicienne - touche aussi les côtes méditerranéennes

de l'Espagne où l'architecture en brique crue paraît,

à première vue, liée à deux phénomènes distincts, la

colonisation phénicienne dans le Sud de la péninsule et la

colonisation grecque sur le littoral de la Catalogne. Mais

ici, un décalage est nettement sensible entre les premières

utilisations de l'adobe en contexte phénicien et celles que


52 Claire-Anne de CHAZELLES

1

Gisements ayant livré des vestiges de

briques crues datés du Bronze final.

Pour le IX e s. - 1 : Cerro dei Real (Galera).

Pour le Ville s. - 2 : Morro de

Mezquitilla ; 3 : Los Saladares (Orihuela)

; 4 : El Quintinar (Munera) ; 5 :

Castellar de Librilla (Murcia) ; 6 : Cerro

dei Prado (Cadiz) ; 7 : Cabeza de San

Pedro (Huelva) ; 8 : Utique; 9 : Carthage.

l'on peut relier aux effets de la présence grecque, puisque

deux siècles les séparent. Si l'on s'en tenait exclusivement

à l'aspect côtier de la diffusion de l'adobe dans la péninsule

ibérique, le problème se réglerait assez rapidement en

faisant la part de ce qui revient à telle ou telle sphère coloniale.

Mais dans ce pays, il faut également prendre en

considération le rôle joué par les communautés indigènes

qui ont développé des civilisations de type "proto-urbain"

tout au long de l'Age du bronze, aussi bien en Andalousie

que dans la Meseta qui correspond à l'intérieur de l'Espagne.

Dans le cadre d'agglomérations souvent ceintes de

remparts et dotées de systèmes rudimentaires d'urbanisme,

on pratiquait déjà une architecture à base de brique crue à

la fin de l'Age du bronze, c'est-à-dire au moment de la

fondation des plus anciennes factories phéniciennes. On

dressera dans ce chapitre l'inventaire des "faits" relatifs à

la période qui va du début du VIIIe s. au début du VIe s.

av. n. è., en réservant pour le chapitre suivant la question

des antécédents.

L'Andalousie et le Sud-Est péninsulaire constituent une

aire très particulière, du fait de l'interférence entre la

brillante civilisation tartessienne et la culture phénicienne.

Au sein des colonies fondées à partir du début du Ville s.

sur la côte orientale, de même qu'à Cadiz vraisemblablement

créée au VIle s. sur le littoral atlantique, l'adobe

compte d'emblée comme un matériau ordinaire de la

construction au même titre, par exemple, que la pierre de

taille qui intervient dans la réalisation des ouvrages d'art

(fortifications et murs de soutènement) et des tombeaux

(fig. 1). Des murs de briques sur solins de pierre ont en

effet été reconnus dans l'habitat du Cerro deI Prado, à

Cadiz (renseignement P. Rouillard), de même qu'à Toscanos,

dans des niveaux datés de la fin du VIle et/ou du VIe s.

A Morro de Mezquitilla, seul le premier état de la ville

construite au début du VIIIe s. illustrait cette technique; il

semblerait que ce procédé oriental traditionnel ait été rempla

par celui du pisé 5 au cours de la phase de reconstruction

qui se place dans le courant du VIle s. (Schubart 1985,

ISO). Dans la capitale même du royaume de Tartessos, au

Cabeza de San Pedro (Huelva), les bâtiments édifiés dans

la première moitié du VIlle s. étaient déjà en pierre et en

brique et bénéficiaient de revêtements muraux de qualité,

comparables à ceux de Morro de Mezquitilla (Fernàndez

Jurado 1990).

Les gisements indigènes de Los Saladares (Orihuela)

au sud d'Alicante et du Cerro deI Real (Galera) dans le

nord de la province de Granada, tous deux assez éloignés

des factories de la côte orientale, possèdent une architecture

de brique dont la précocité ne laisse pas d'intriguer. A

Orihuela, les maisons de plan quadrangulaire sont datées

de la première moitié du VIlle s. (Arteaga et Serna 1979,

sp. 85) ; à Galera, les grandes constructions à deux absides

5 Les fouilles conduites à Morro de Mezquitilla, sous la direction du Deutsches

Archaologisches Institut semblent effectivement démontrer le passage d'une

technique de construction bien identifiable, l'adobe, à une autre beaucoup

moins bien cernée mais qui pourrait être du pisé. Il s'agit d'une utilisation de

la terre sous forme "massive" et non modulaire, sur laquelle je n'ai pu obtenir

de renseignements techniques concernant la granulométrie du matériau ou

d'éventuels indices relatifs à la mise en œuvre. Rien n'interdit de penser que

l'on a affaire aux tout premiers témoignages de terre coffrée, dans un contexte

phénicien, puisque par la suite, au III' s. av. n. è., cette technique sera véritablement

une des caractéristiques de l'architecture punique d'Afrique du

Nord, au Cap Bon (Kerkouane), par exemple.

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Les origines de la construction en adobe en Extrême-Occident 53

élevées en adobe, sans solin,

comme à Morro de Mezquitilla,

dateraient de la même

époque mais des tronçons de

murs courbes également en

briques ont été mis au jour

dans les niveaux sous-jacents

du IX e s. (Pellicer et Schüle

1962). Les fouilleurs de ces

gisements ont toujours insisté

sur le fait que la première

phase constructive utilisant

l'adobe appartenait à un horizon

non seulement pré-colonial,

mais également "préorientalisant",

c'est-à-dire antérieur

à toute manifestation

de relations commerciales

entre indigènes et Phéniciens.

En revanche, l'empreinte de la

culture tartessienne est perceptible

à Los Saladares (Gil

Mascarell et Aranegui Gasco

1981). C'est également au

Bronze final, et plus particulièrement

au VIlle s., qu'il

faut attribuer les constructions

en briques crues mises au jour

dans les habitats de El Quintinar

(Munera, Albacete) et de

Castellar de Librilla (Murcia)

(Ros Sala 1989 et Revista de

Arqueologia, 82, 1988). Un

peu plus récents, les établissements

de Penya Negra (Crevillente,

Alicante) et Vinarragell

(Burriana, Castellon), datent

des vrr e -VIe s. (Gonzalez

Prats 1979, 164 ; Mesado

1974, 91), tandis que la muraille

en adobe de Puente Tablas

(Jaén) remonterait au

début du VIle s. (Ruiz Rodriguez

et Molinos Molinos

1989,404) (fig. 2 et 3).

Dans le reste de la péninsule,

le panorama est assez rapidement

évalué pour la période

de transition entre Bronze

final et premier Age du fer qui

nous intéresse: un peu partout,

le torchis et/ou la pierre

constituent encore l'essentiel

des matériaux de construction.

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2 Témoignages d'adobes datés de la transition Bronze/Fer (fin Ville - début Vile s.). 1 : Tossai dei Molinet

(Poal) ; 2 : La Colomina (Gerb) ; 3 : La Pedrera (Vallfogona) ; 4 : Puente Tablas (Jaén) ; 5 : Motye ; 6 :

Russellae, 7 : Vetulonia.

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54

Claire-Anne de CHAZELLES

Une large zone, dans le ord de l'Espagne, fait cependant

exception. Elle s'étend de la haute vallée de l'Ebre jusqu'à

son cours moyen, en englobant au Nord-Est la dépression

centrale de la Catalogne occidentale, et couvre la partie de

la Meseta correspondant à la région de Valladolid. Dans ces

"pays" qui n'étaient pas encore ouverts au commerce méditen'anéen,

le processus d'urbanisation entamé selon les endroits

au cours du Bronze moyen ou du Bronze récent, s'est

accéléré dès la fin du VIIIe et le début du VIle s. av. n. è. Se

traduisant, comme il se doit, par l'érection de murailles et

par la mise en place d'une organisation rationnelle de l'espace

à l'intérieur des enceintes, ce phénomène allait également

de pair avec des modes de construction élaborés tels

que la brique crue, dans quelques cas, et la pielTe dont l'utilisation

bien maîtrisée permit de réaliser seuils, escaliers,

citernes, etc. En Catalogne occidentale, trois sites de la vallée

du Segre répondant à ces nouveaux critères ont livré des

vestiges identifiables de brique dans des couches de démolition

datées du Bronze final, soit de la fin du VIlle s. ou du

début du vue s. : La Colomina (Gerb, La oguera), La Pedrera

(Vallfogona, Balaguer) et TossaI deI Molinet (Poal)

(Junyent 1989 pour les trois sites; pour la Pedrera : Maluquer,

Muiioz et Blasco 1960) (fig. 2). Dans la haute vallée

de l'Ebre, un second ensemble inclut le site fameux de

Cortes de Navarra (Maluquer de Motes 1958) et celui de

Sorbàn, à Calahorra (Gonzalez Blanco 1985) démontrant

tous deux un usage de la brique crue étendu non seulement

à l' habitat mais aussi à la construction des fortifications.

Par contre sur le gisement de la Hoya (Laguardia, Alava),

ce matériau était réservé à l'architecture domestique où il

semble qu'il hourdissait des structures à pans de bois (Llanos

Ortiz de Landaluce 1976, 18). Les tout premiers emplois

de l'adobe sur ces trois gisements se placent au sein

de ce que l'on désigne par "culture des Champs d'Urnes récents",

de ce côté des Pyrénées, à l'extrême fin du Bronze

et au début de ]' Age du fer (fig. 3). Le dernier groupe se

rattache à la culture de Soto de Medinilla, site éponyme de

la Meseta occidentale, et date du début du VIle s. (fig. 3). A

Soto même, la puissante muraille en adobe renforcée de

bois ne remonterait pas, comme on l'a longtemps pensé, au

début du VIlle s. mais doit être rajeunie d'un bon siècle

(Moret 1991), le début du VIle s. correspondant au point de

départ d'une architecture employant régulièrement l'adobe

dans l'habitat; en témoignent particulièrement les maisons

de la Mota à Medina dei Campo (Garcia Alonso 1986-87),

ainsi que les sondages effectués à Palencia (renseignement

p. Moret et Lion Bustillo 1990).

Sur la façade méditerranéenne de la Catalogne, les témoignages

de cette nouvelle architecture qui surgissent au

milieu du VIe s., à l'IlIa d'en Reixac notamment, s'intègrent

dans le cadre d'un autre phénomène qui est celui de

l'ibérisation de la région (Martin 1989) ; en tout état de

cause, il faut noter qu'ils ne sont pas antérieurs à la fondation

d'Ampurias.

La question de l'antériorité

L

a construction en adobe se pratiquait-elle dans la Péninsule

ibérique avant la colonisation phénicienne Si

l'on se fie aux témoignages archéologiques, tout se passe

comme si plusieurs pôles ou zones, éloignés les uns des

autres, avaient connu simultanément ou pre que les possibilités

offertes par la brique crue moulée, au cours de la période

qui va du début du VIIIe s. à la fin du VIle s. En Andalousie

et sur les côtes du Levant, il serait raisonnable de

penser que le modèle est apparu dans le milieu des colonies

phéniciennes et s'est rapidement diffusé, en raison de la

multiplicité des établissements et de l'intensité que l'on

suppose aux échanges de tous ordres entre les nouveaux arrivants

et les "Tartessiens". Il est exact que des bâtiments

édifiés selon des principes bien attestés en Orient - bases

(facultatives) en pierre, élévations en adobe et revêtements

d'argile et/ou de chaux - apparaissent au même moment à

Huelva (Tartessos) et à Morro de Mezquitilla, par exemple.

Il est non moins vrai que ce type d'architecture rompt tout

à fait avec l'habitat du Bronze tartessien de la période antérieure

que caractérisent des groupements de cabanes en torchis

(Bendala Galan 1990). Toutefois, les données provenant

de Los Saladares ou du Cerro deI Real ouvrent deux

possibilités: soit envisager que la colonisation phénicienne

est antérieure au Ville s., peut-être de nature moins "palpable"

du fait de l'absence d'objets caractéristiques (ce que

pourrait révéler indirectement certains mobiliers de la culture

pré-tartessienne, comme les types de céramiques

peintes) ; soit considérer la brique crue comme une "invention"

indigène. Cette dernière éventualité exigerait que l'on

parvienne à définir les composantes ethniques et culturelles

du monde indigène "post-argarique", dans le Sud-Est de la

péninsule. Au Bronze final, en effet, le caractère extrêmement

perméable de cette région aux cultures extérieures ­

atlantiques, européennes, méditerranéennes et mesetines

(culture de Cogotas 1 tardive) - tranche par rapport à sa

forte individualité de la période précédente de El Argar.

L'architecture du début du le' millénaire se caractérise par

des maisons de grandes dimensions, de plans ovalaires, bâties

en torchis sur des murets de pierre; les intérieurs très

soignés sont décorés d'enduits d'argile ou de plâtre qui se

présentent au Cerro de la Encina, à Monachil, sous la

forme de plaques de couleur jaune, ornées de cannelures en

relief (Molina Gonzalez 1978, 167). Dans ce contexte postargarique

local, le gisement de Cuesta deI egro (Purullena)

se démarque totalement avec des maisons rectangu­

Laires en torchis, divisées intérieurement par des cloisons

en adobe (ibid.). Ce document, le plus précoce concernant

la brique crue dans cette région puisqu'il date du milieu du

XIIIe s. av. n. è., doit être rattaché à la culture Cogotas 1 de

la Meseta et non au Bronze final du Sud-Est péninsulaire:


Les origines de la construction en adobe en Extrême-Occident

55

il s'agit effectivement d'un site intrusif, fondé à l'emplacement

d'une ancienne forteresse argarique par une population

venue de la Meseta. La datation très haute et le fait que

les adobes aient servi à réaliser des cloisons non porteuses

invitent à s'interroger sur leur mode de confection. Savoir

si elles ont été modelées à la main ou moulées permettrait

de déterminer si la production des briques en était alors à

un stade expérimental ou, au contraire, à une phase de routine.

Le témoignage autochtone le plus proche chronologiquement

est celui de Galera mais il date seulement de la

première moitié du IX e s. (Pellicer et Schüle 1962).

Isolée dans cet environnement géographique, cette découverte

l'est également quand on la replace dans le

contexte culturel de la Meseta: pour ce que l'on sait actuellement,

aucun site n'a livré d'autre vestige d'adobes de

la période qu'il est convenu d'appeler Cogotas 1 (entre le

xve et le VIIIe s.) et les premiers témoins, au début de

l'Age du fer, sont liés à la culture de Soto de Medinilla

(Almagro Gorbea 1986-87, 40). Précisons cependant que

l'évolution du faciès Cogotas 1 au cours des IX e et VIIIe s.

reste mal connue dans la Meseta même.

Il reste à analyser globalement le processus de l'apparition

de l'adobe dans la moitié nord de l'Espagne, au tout

début de l'Age du fer ou à la fin de l'Age du bronze. Le

fait que l'on date désormais approximativement de la

même époque, le début du VIle s., les grandes agglomérations

fortifiées de plaine de Cortes de avarra et de Soto de

Medinilla, d'une part, et d'autre part la mise au jour d'un

nombre croissant de sites contemporains à leur périphérie,

démontrent la généralisation du phénomène d'urbanisation

qui marque cette période. L'éloignement comme la datation

nous assurent de l'indépendance de cet ensemble vis-à-vis

de ce qui se met en place, à peu près au même moment,

dans les foyers andalous indigènes et phéniciens. Les régions

de la vallée de l'Ebre et de la Catalogne occidentale

ont évolué de manière continue pendant le Bronze moyen

et le Bronze récent, sans que les influences pourtant sensibles

des "Champs d'Urnes" n'y provoquent de rupture. Il

paraît donc établi que les civilisations qui s'y développent

sont le fruit de la maturation sur place des substrats indigènes,

sans doute régulièrement enrichis par des apports

"transpyrénaïques". Pourtant, en aucun cas, on ne saurait

attribuer à une population "Champs d'Urnes" l'introduction

pure et simple de principes urbanistiques et architecturaux

en provenance d'Europe continentale. Cette opinion

fut formulée dans les années 50 par J. Maluquer de Motes,

à la suite de ses investigations à Cortes de avarra, ainsi

que sur quelques grands gisements du premier Age du fer

(entre autres Moli d'Espigol et La Pedrera de Vallfogona,

en Catalogne occidentale). Maluquer voyait en particulier,

à tout prix, dans le modèle des maisons mis en évidence à

Cortes, la reproduction par les envahisseurs indo-européens

(sic) d'un type qui leur était familier (Maluquer de

Motes 1958, sp. 162). Cette idée n'est pas totalement éva-

cuée de la réflexion archéologique, en Espagne, où l'on

considère encore que les traits caractéristiques de l' habitation

de l'Age du fer, dans la péninsule, sont d'origine "européenne"

: « ... las viviendas (paredes de barro sobre pequenos

zocalos, estucos con motivos geometricos acanalados,

bancos corridos adosados al interior de las cabanas)

(...) podrian estar ligadas al bagaje material de pueblos

transpirenaicos, aunque en este caso posiblemente se trata

de pequenas infiltraciones de las areas mediterraneas occidentales,

quizas deI Sùr de Francia que no partenecéan a

los tipicos complejos de Campos de Urnas » (Molina Gonzalez

1978, 207). Rien ne me paraît plus erroné et il suffit

de comparer les éléments de l'architecture domestique du

vne s. de Gaule méridionale et de la Péninsule ibérique

pour se convaincre que s'il y a eu emprunt de la part d'un

des peuples, celui-ci s'est effectué à partir du Nord et non

en sens inverse! On n'ignore plus maintenant que les habitants

du Languedoc et de la Provence ont pratiqué exclusivement

une architecture de torchis jusqu'à la fin du VIle s.,

au plus tôt, et bien souvent jusqu'au milieu du ve s. Leurs

habitats n'ont pu, par conséquent, servir de modèles aux

maisons du type de celles de Cortes de Navarra. Quant au

plan tripartite de ces habitations, avec foyer central dans la

pièce du milieu, s' il caractérise effecti vement certains habitats

d'Europe centrale, il n'est pas étranger non plus au

monde méditerranéen 6.

Bien plus que la forme ou le plan, ce sont les aménagements

intérieurs de qualité qui font l'originalité des habitations

de la Péninsule, au premier Age du fer. Les murs sont

souvent montés en adobe (à Cortes, Sorban, La Hoya, La

Mota, Zamora, Palencia, Soto de Medinilla, La Colomina,

Tossai dei Molinet, La Pedrera et sans doute bien d'autres

lieux) ; les parements des murs et les sols sont colmatés

avec de la terre avant d'être enduits à la chaux et les toitures

sont étanchéifiées à l'aide de terre ; enfin, des banquettes

en pierre ou en adobe courent le long des murs.

Sans entrer dans les détai Is, ces traits sont similaires à ceux

de l'architecture de la Méditerranée orientale que les Phé-

6 Le plan des maisons de 1" Age du bronze suscite toujours beaucoup de questions

chez les chercheurs espagnols: on a tendance à considérer que les maisons

rondes ou arrondies sont héritées des traditions méditerranéennes, ou

tout moins méridionales, sans doute parce qu'elles correspondent aux seules

formes attestées durant le Chalcolithique dans tout le Sud de la Péninsule.

L'hypothèse est d'ailleurs assez peu satisfaisante puisque l'on ne parvient pas

à comprendre de quelles manière ces influences pourraient se faire sentir à

1" Age du bronze tardif ou final au cœur de la Meseta, en Extremadura (Almagro

Gorbea 1977) et jusqu'au Pays Basque. En contrepartie, les formes quadrangulaires

proviendraient d'Europe centrale et signaleraient les maisons

"indo-européennes" ou "hallstattiennes". Pour ma part, je crois assez peu que

la forme des maisons ait pu être empruntée par un peuple à un autre aussi directement

(mis à part des cas de figures exemplaires, comme celui de Bessan.

où il semble que des étrangers aient bâti des maisons selon des plans et avec

des techniques en usage dans leur pays). Je pense que le passage des plans

ovalaires à des plans quadrangulaires fait partie intégrante d'un processus

d'évolution interne, processus qui englobe la conception générale de l'espace

- domestique et urbain - et va de pair avec l'évolution des matériaux et des

procédés de construction.


56

Claire-Anne de CHAZELLES

niciens ont introduit en Afrique du ord et dans le Sud de

l'Espagne, au début du VIlle s. La véritable originalité de

l'habitat péninsulaire réside dans sa décoration, dont

Cortes de avarra a fourni des exemples spectaculaires: la

partie inférieure des murs était peinte uniformément en

rouge à la manière de faux solins, les contremarches des

banquettes étaient ornées de motifs circulaires incisés,

ailleurs des frises de triangles pleins ou hachurés, de

cercles et même des figures humaines démontraient la richesse

du répertoire décoratif (Maluquer de Motes 1958,

158-160 et fig. LXXXII à LXXXIX). A défaut de parallèle

parmi les sites voisins de Cortes, on peut établir un rapprochement

avec Soto de Medinilla (Valladolid), dans la Meseta

nord, où les murs des cases ainsi que les banquettes du

niveau Soto II étaient peints en blanc, rouge ou rose, parfois

complétés de frises de triangles (Palol et Wattenberg

1974, 188) ; remarquablement entretenus, ces intérieurs témoignaient

de réfections périodiques illustrées dans un cas

par la superposition de neuf couches de peinture. Par

ailleurs, il faut sans doute associer à cette rubrique les décors

de plaques de stuc moulurées du Cerro de la Encina à

Monachil, en Andalousie (Molina Gonzalez 1978).

Deux grands ensembles, l'un correspondant au Sud de

l'Espagne et l'autre aux régions centrale et septentrionale

(à l'exception de la Catalogne orientale), paraissent donc

avoir évolué séparément à partir de fonds indigènes très

différents, sur lesquels se sont exercées des influences également

distinctes; pourtant ces ensembles connaissent des

stades de structuration politique et sociale permettant

l'émergence du "fait" urbain pratiquement au même moment,

c'est-à-dire entre le début du VIlle s. et le milieu du

VIle s. Dans le Sud-Est péninsulaire, cette étape qui n'est

pas propre au Bronze final, résulte de l'évolution de la culture

argarique depuis le Bronze ancien. Durant tout l'Age

du bronze, les régions du Nord de l'Espagne jusqu'à la Meseta

incluse ont privilégié des relations avec les cultures atlantique

et européenne; au Sud, la composante "externe" a

toujours été beaucoup plus importante: si les apports

"indo-européens" furent moins sensibles, des relations avec

les peuples méditerranéens étaient établies au moins depuis

le Ile millénaire, le commerce avec les zones atlantiques

était régulier et, à partir du Bronze tardif, les influences de

la Meseta se sont faites sentir. Malgré des racines aussi dissemblables,

les habitats du premier Age du fer de toute la

Péninsule partagent de nombreux points communs, notamment

en ce qui concerne les habitations : les formes des

maisons (toujours quadrangulaires alors), les matériaux de

construction, ainsi que les aménagements fonctionnels et

décoratifs sont en définitive suffisamment uniformisés pour

devenir à partir de cette époque les traits marquants de l'architecture

ibérique. L'adobe ne représente que l'une de ces

caractéristiques dont tout porte à croire qu'elle fut, au

même titre que les autres, "inventée" par différentes sociétés

indigènes.

La démonstration ne s'appuie que sur quelques témoignages,

dont l'antériorité ou l'éloignement géographique

garantissent l'originalité à l'égard de la civilisation phénicienne

coloniale, mais leur validité se trouve considérablement

étayée par la découverte de vestiges de briques crues,

dans trois gisements chalcolithiques (fig. 4). Deux "agglomérations"

au Portugal central - Monte da Tumba et

Zambujal - et une autre en Andalousie - le Cerro de la

Virgen à Orce, près de Granada - que l'on rattache à la

culture de Los Millares, dans la seconde moitié du Ille mil-

4

Grandes agglomérations chalcolithiques

sur lesquelles ont été identifiés des vestiges

d'adobe. 1 . Zambujal ; 2 : Monte

da Tumba; 3 : Cerro de la Virgen

(Oree). Site de l'Age du bronze (XIIie s.)­

4: Cuesta dei Negro (Purullena).


Les origines de la construction en adobe en Extrême-Occident

57

lénaire, ont en effet apporté la preuve qu'au sein d'une architecture

en pierre très élaborée, la brique crue moulée

avait également sa place. Dans les exemples portugais, il

s'agit de maisons circulaires et ovales possédant un socle

de pierres liées à la terre, surmonté d'adobes formant une

fausse coupole (pour Zambujal, près de Torres Vedras:

Schubart et Sangmeister 1984, 28). A Monte da Tumba, les

briques cuites par un incendie permettaient de constater

qu'il s'agissait bien d'éléments moulés (Tavares da Silva et

Soares 1987, 39). Enfin, au Cerro de la Virgen, des maisons

circulaires de grandes dimensions étaient élevées en

adobe sur de petits solins en pierre et, à l'intérieur, de

grands foyers étaient aussi construits à l'aide de briques

crues (Arribas, Molina et al. 1978,94). Naturellement, l'architecture

chalcolithique et, d'une manière générale, la civilisation

de Los Millares 1 posent déjà le problème de la

nature des relations qui s'établissent alors entre certaines

populations de la Péninsule ibérique et des peuples de la

Méditerranée orientale. Des échanges commerciaux sont

attestés par la présence d'objets "exotiques" tels qu'ivoires

et pâtes de verre, mais les chercheurs ne reconnaissent pas

véritablement la présence permanente de colons orientaux;

cette hypothèse est pourtant envisagée par H. Schubart qui

perçoit dans les systèmes de fortifications des indices pouvant

trahir l'influence du Proche-Orient (Schubart et Sangmeister

1984,33). Si cette supposition se vérifiait et si l'on

parvenait à établir avec certitude l'intervention de bâtisseurs

étrangers dans la réalisation des murailles, il est clair

que l'on devrait aussi imputer l'usage de l'adobe à un emprunt

direct aux architectures proche orientales. En l'état

actuel de la recherche, on se bornera à évoquer cette possibilité,

parfaitement aussi crédible (et pour l'heure invérifiable)

que celle de l'invention autochtone.

Quelle qu'en ait été l'origine, la technique de la brique

crue a été pratiquée dans la Péninsule ibérique durant le Ille

millénaire. La permanence de certains habitats fortifiés

comme le Cerro dei Real (Galera) ou le Cerro de la Virgen

(Orce) depuis le Chalcolithique jusqu'au Bronze tardif ou

même final, pour le premier, autorise à supposer que les

procédés de construction ont également pu perdurer au

cours des siècles, bien qu'un seul jalon l'atteste pour le ne

millénaire (Cuesta dei Negro à Purullena). Originaire du

Proche-Orient ou de la Péninsule, la brique crue représente

un élément complètement assimilé par les populations indi­

dont l'usaoe

boe'nes

b

soit s'est maintenu de manière discrète

et mal attestée par l'archéologie, soit a été "retrouvé" à diverses

époques de l'Age du bronze. En tout cas, c'est un

procédé que l'on doit considérer comme indigène lorsqu'il

se manifeste, de manière massive et hors du cadre concret

des colonies phéniciennes, à la fin de l'Age du bronze et au

début de l'Age du fer.

Conclusion

L

a recension des données relatives à l'apparition de

l'architecture en adobe, dans le bassin occidental de la

Méditerranée, a fait apparaître la complexité des origines

que l'on peut attribuer à ce "phénomène" qui se développe

au début de l'Age du fer. D'une part, on a reconnu le caractère

indigène très ancien de la brique dans la Péninsule ibérique

et admis la possibilité que les Etrusques pouvaient

l'avoir également inventée (bien qu'au départ, dans les

deux cas, la technique ait pu être empruntée) ; d'autre part,

on a souligné le fait que la technique de l'adobe sur solins

de pierre, qui correspond à l'architecture caractéristique du

Proche-Orient et de la Grèce, avait forcément été importée

par les Phéniciens et les Grecs dans les colonies qu'ils fondèrent

en Italie, en Afrique du Nord, en Espagne et en

Gaule méridionale. Cette mise au point étant faite, il reste à

constater le caractère éminemment méditerranéen de cette

architecture qui, à l'exception de l'Espagne, n'a été adoptée

que par des populations vivant près du littoral: l'arrière-pays

du Languedoc, pour prendre un exemple bien étudié,

montre en effet qu'au-delà d'une frange côtière assez

restreinte, les habitats restent bâtis en torchis ou en pierre

selon les cas (de Chazelles et Boissinot 1989). A cet égard,

la généralisation de la construction en adobe en Espagne

offre un argument supplémentaire en faveur de son origine

autochtone.

A la lumière de ces données, on comprend un peu

mieux l'intrusion de Pech Maho parmi une suite de sites

"grecs". La brique crue y intervient en même temps qu'à

Bessan ou qu'à Agde, certes, mais également à peu près à

la même date qu'à Ullastret, par exemple. Aussi doit on

imputer la nouveauté que représentent les fortifications et

les techniques de construction de Pech Maho en Languedoc

occidental au fait que cette région, comme la Catalogne,

entre à ce moment-là dans un processus de transformations

culturelles accéléré par ses relations avec le monde

ibéro-punique.

* CRS, .P.R. 290, C.O.A.R., 390 avenue de Pérols - 34970 Lattes.


58

Claire-Anne de CHAZELLES

RÉFÉRE

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