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Manuel Maleki, Pourquoi certains Etats réalisent-ils des réformes tandis que d’autres n’y

parviennent pas

Pourquoi certains Etats réalisent-ils des réformes tandis que d’autres n’y

parviennent pas

Résumé

Nous étudions dans ce papier la question des situations de blocage dans le processus

de réformes d’un Etat. Plus précisément, nous nous interrogeons sur le fait de savoir

pourquoi certains Etats parviennent à réformer et d’autres pas (quel que soit le type de

réformes). Pour ce faire, nous commençons par un rapide survol de la littérature théorique en

classant les différentes approches par typologies. Ces dernières sont au nombre de quatre : la

première explique le blocage par la nature de la crise, par sa durée et sa profondeur ; la

deuxième aborde le problème du point de vue institutionnel en présentant le blocage comme

la conséquence de mauvaises institutions. La troisième s’intéresse à la nature des relations

entre les différents groupes formant la société : de leurs comportements vont émerger les

situations de blocage. La quatrième approche développe un nouveau champ de recherche

dans la compréhension des processus de réformes, elle s’intéresse aux croyances des agents et

aux nombreux biais cognitifs mis en évidence par la psychologie sociale.

A la confluence de la troisième et quatrième approche, nous proposons une

explication des situations de blocage en prenant comme point de départ le modèle de Murphy

et Shleifer (AER, 2004, à venir) sur l’existence de réseaux sociaux et la formation des

croyances des agents. Dès lors, nous nous proposons de l’adapter et de l’appliquer, en utilisant

le principe de l’électeur pivot, dans le cadre du processus des réformes.

Nos conclusions permettent de mettre en évidence l’importance des facteurs

psychologiques et sociaux dans l’acceptation des réformes. Il est, dès lors, plus aisé aux

décideurs politiques de savoir quand une réforme est susceptible d’être acceptée et si elle ne

l’est pas, sur quelles variables intervenir pour en faciliter l’acceptation.

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Section 1 Introduction

De par sa nature collective la réforme interroge l’ensemble de la société sur ses

choix futurs mais à travers sa dimension personnelle elle pose une question à chacun d’entre

nous. Cette dualité se retrouve au cœur même du débat public où la réforme brille par son

absence dans les faits et son omniprésence dans les discours. En effet, l’enjeu est important :

rien moins que la mise en application des projets de décideurs démocratiquement élus. Dès

lors, la science politique et l’économie se sont appropriées la question de la réforme et

aujourd’hui ces deux approches tendent à se regrouper autour de l’économie politique de la

réforme, qui emprunte des outils méthodologiques aux deux disciplines. Cette convergence a

permis d’importants progrès dans la compréhension des phénomènes de blocage. Du tout

politique au tout économique nous sommes arrivés aujourd’hui à une synthèse satisfaisante où

l’on prend aussi bien en compte des variables politiques que des variables économiques.

Cependant, cette évolution n’a pas mis fin aux nombreux débats qui animent les

chercheurs et en particulier celui de savoir pourquoi certains Etats réforment tandis que

d’autres n’y parviennent pas Nombre d’auteurs ont utilisé des techniques spécifiques pour

appréhender les blocages. Nous pouvons distinguer quatre types d’approches différentes dans

la littérature.

1/ Par la crise.

Ici, les auteurs cherchent à montrer que la crise et, plus particulièrement, son degré

d’intensité est le principal vecteur de réformes. Cela correspond à l’idée que les hommes

n’agissent que sous la contrainte et dans l’urgence. Cette analyse soulève cependant de

nombreux problèmes que nous développerons par la suite.

2/ Par les structures institutionnelles.

Il existerait une structure institutionnelle optimale qui faciliterait l’acceptation des

réformes et, a contrario, des structures inefficientes de ce point de vue.

3/ Le calcul rationnel et les groupes sociaux.

La société serait un lieu où s’affrontent différents groupes cherchant à maximiser

leur utilité. Il existe ici de nombreuses variantes, comme la captation de rente, l’incertitude

individuelle, l’électeur médian, l’électeur pivot et d’autres encore.

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4/ Les croyances des agents en la réforme.

De nombreux auteurs, constatant l’existence de croyance chez nombre d’agents, se sont

interrogés sur les conséquences de ce phénomène sur l’acceptation des processus de réformes.

Cette dernière ne sera pas fondé uniquement sur un calcul économique mais prendra en

compte des croyances formulées par les agents, croyances que la psychologie économique

nous aide à comprendre et à analyser.

De nombreux articles présentent une approche synthétisant ces différents angles

d’attaque. Toutefois, nous pouvons observer une approche dominante dans chaque article.

La section 2 sera consacrée à un rapide survol de la littérature sur les situations de

blocage à travers la nomenclature présentée ci-dessus.

Dans la section 3, nous proposons un modèle fondé sur l’existence de réseaux et de

croyances qui vont déterminer des probabilités subjectives.

Dans la section 4, nous conclurons par de possibles modifications permettant

d’améliorer la capacité explicative du modèle.

Section 2 Les multiples raisons du blocage.

La littérature présente quatre grands types d’analyses pour expliquer une situation de

blocage. Il faut toutefois noter que ces « types » présentent de nombreuses variantes

différentes avec des analyses hybrides. Nous nous proposons d’exposer succinctement les

quatre « types ».

2.1 La responsabilité de la crise.

La crise est-elle l’unique facteur de réformes Des réponses diverses ont été

apportées à cette question, avec comme point commun que la crise est le facteur essentiel qui

va engendrer la réforme. Cette conclusion provient de l’analyse suivante. Tant que la majorité

des agents est satisfaite d’une situation économique personne ne demandera de changement et

tout le monde désirera le statu quo. Lorsque la crise se déclenche, la situation des agents se

modifie et, dès lors, certains vont réclamer des réformes pour voir leur utilité s’améliorer.

Donc la demande de réformes naît d’une situation économique difficile : les agents sont

demandeurs de changement dans l’espoir de voir leur bien-être croître. Une des premières

causes de blocage imaginée par les économistes est la crise. En effet, si nous postulons que

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dans une situation de croissance élevée les décideurs politiques n’entreprendront aucune

réforme (si tout fonctionne, est-il nécessaire de modifier quoi que ce soit ), dès lors nous

pouvons faire l’hypothèse inverse et dire qu’il faut réformer quand rien ne marche et que la

crise est là (Rodrik, 1996). L’Argentine est un cas classique où la profondeur de la crise, et

plus particulièrement, l’hyperinflation de la fin des années quatre-vingts et du début des

années quatre-vingt-dix a amené le président Carlos Memen à entamer de profondes réformes.

En effet, la crise argentine dure depuis le début du siècle, avec des périodes de stabilité et de

croissance plus ou moins longues, faisant passer un des dix pays les plus riche du monde en

1900 à une nation en crise et ayant perdu son rang aujourd’hui. Et, ce n’est que face à cette

situation d’urgence qu’un processus de réformes va voir le jour. Ce dernier sera avant tout

centré sur la lutte contre l’hyperinflation. Ensuite, vont venir les privatisations, le

désengagement de l’Etat dans nombre de secteurs clés comme l’eau, le téléphone etc. mais

aussi, des décisions plus controversées comme la dollarisation du pesos (mise en place de la

parité 1 USD pour un pesos argentin). Toutefois le deuxième mandat de Menem ne sera

marqué par aucune grande réforme (Bambaci, Saront, Tommasi, 2002). En 2001, le pays

traverse une grave crise politique, économique et sociale qui voit la fin du train des réformes,

de la dollarisation. Cela va s’accompagner de violences, pillages et démissions politiques en

cascades.

Il est pourtant nécessaire que la crise soit de nature assez violente et fulgurante pour

provoquer une vague de réformes dans un Etat. Si la celle-ci est de longue durée mais de

faible amplitude, alors les agents n’auront qu’une volonté limitée de réformer : la situation

n’est pas encore assez catastrophique (Corrales, 1998), ils s’habituent à vivre dans un état de

crise chronique. Le Venezuela était dans une phase de déclin depuis les années 70 mais les

habitants ont mis très longtemps à s’en rendre compte. En effet, la crise était installée depuis

longtemps mais de relativement faible amplitude ; ce faisant, la situation se dégradait mais les

agents ne le percevaient pas. Ce n’est qu’à la fin des années quatre-vingts que la situation était

devenue critique, toutefois, seuls les décideurs politiques étaient conscients de la gravité de la

situation. Ainsi, toutes les réformes ont été bloquées.

A partir de ce constat simple, Drazen et Easterly (2001), à travers des études

empiriques sur plus d’une centaine de pays, ont cherché à voir quels « types » de crises étaient

les plus susceptibles d’engendrer des politiques de réformes; la conclusion générale consiste à

dire que l’hyperinflation est le meilleur candidat car elle touche tous les agents en même

temps.

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En effet, la crise doit avoir comme particularité d’être néfaste à un grand nombre

d’agents au même moment et avec une virulence suffisante, sinon les décideurs politiques

n’auront aucune incitation à lancer un programme de réformes du fait des coûts politiques

potentiels (émeutes, baisse dans les sondages etc.). Toutefois, cette analyse pose de nombreux

problèmes : comment, par exemple, expliquer la situation de certains pays africains qui

rencontrent des crises aigues où pourtant rien ne se passe (Rodrik, 1998). De plus, n’est-ce

pas une tautologie d’affirmer que la crise engendre la réforme, cela ne rejoint-il pas l’idée

« qu’il n’y a pas de fumée sans feu » (Rodrik, 1996) Les crises ont certainement un rôle à

jouer dans le processus de réforme, mais ce rôle n’est pas forcément celui de déclencheur ou

d’accélérateur, elles peuvent être un frein aux politiques de réformes (Corrales, 1998),

d’autant que la réforme est souvent coûteuse à court terme et suppose donc une certaine

marge politique et/ou financière.

Le plus grand problème de cette approche est donc de définir le niveau de crise qui

provoquera un processus de réformes. Or, les faits semblent montrer que ce niveau est

variable selon les pays (cas de l’Argentine et du Venezuela qui lancèrent au début des années

1990 un processus de réformes proches mais qui aboutirent à des résultats totalement

divergents) et selon les périodes.

2.2 L’approche institutionnelle.

Le fonctionnement des institutions d’un Etat va déterminer l’environnement dans

lequel les acteurs politiques et économiques vont évoluer. Les institutions vont servir de

cadre : les bons jeux dépendent plus des bonnes règles que des bons joueurs. Ainsi, si le cadre

est bien conçu, il doit permettre de répondre aux périodes de crises et d’en assurer une gestion

souple. Cependant, il est apparu que bien souvent les institutions ne permettaient pas une

bonne gestion des crises économiques en empêchant la réforme ou plus exactement en

autorisant à des agents de faire prévaloir le statu quo.

Ces problèmes institutionnels sont de plusieurs ordres.

Ils sont présents tout d’abord au niveau législatif. En effet, certains modes de

fonctionnement législatif favoriseraient le statu quo. Il faut donc étudier les rapports existants

entre le pouvoir législatif et le pouvoir exécutif. Une bonne coopération entre les députés et le

gouvernement faciliterait la mise en place de réformes (Corrales, 1998). Harden et Von Hagen

(1995) analysent plus précisément l’effet de la répartition des pouvoirs entre les différents

ministères, le Premier Ministre et le Ministre du Budget. Dans le cas où ces deux derniers sont

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en position de force, ils pourront imposer leur point de vue à leurs ministres et mèneront plus

facilement les politiques désirées.

Il existe parfois des situations où il est nécessaire de développer un consensus

général pour lancer des réformes permettant la remise en marche du pays (Les Pays-Bas en

1982 avec les accords de Wassenar), dans ce cas les institutions peuvent aider à la mise en

place de ce consensus en rendant crédibles les engagements pris par les hommes politiques

(Dur et Swank, 1997, 1998).

Le statu quo ne provient pas exclusivement des institutions liées aux décideurs

politiques : il naît aussi du fonctionnement des administrations, qui peuvent favoriser

l’élévation du niveau des dépenses publiques ainsi que l’élargissement des compétences de

l’Etat. Dès lors, les fonctionnaires feront tout pour ne pas perdre leurs prérogatives (Tanzi et

Schuknecht, 1997, 2000). Face à ce phénomène, les décideurs politiques doivent prendre des

mesures pour réduire le pouvoir discrétionnaire de l’administration. En effet, la réforme ne

vient pas toujours du peuple. Les hommes politiques peuvent en être les initiateurs et mettre

en place des structures administratives et institutionnelles mettant fin aux situations de

blocages. Ce fut le cas, par exemple, de la Nouvelle-Zélande, qui au début des années 1980

faisait face à de grandes difficultés économiques avec un taux de chômage élevé et de grandes

difficultés budgétaires ; les dirigeants décidèrent d’entamer de grandes réformes du service

public en développant la concurrence entre les services, la transparence budgétaire, la

responsabilité (Campos et Pradhan, 1996, 1999). En parallèle des réformes néo zélandaises

son voisin, l’Australie, est entré dans un processus de réformes d’une nature différente. Son

objectif n’était pas comme en Nouvelle-Zélande de réduire la taille du secteur public et les

compétences de l’Etat mais plutôt d’améliorer la qualité des services ainsi que leur

productivité. Pour ce faire ils choisirent de déléguer au niveau local et de décentraliser tout en

responsabilisant fortement les directeurs des unités locales ainsi que le personnel. Cette

responsabilisation s’est faite grâce à une plus grande liberté d’action et de choix mais aussi

par des obligations de résultats. La Nouvelle-Zélande posa la question de la transparence et de

la responsabilité à un niveau plus élevé encore. En effet, le ministre de l’économie s’engage

de façon officielle et transparente sur des résultats chiffrés en terme, par exemple, de niveau

de déficit budgétaire. Ne pas atteindre ces derniers pousse le ministre à la démission.

Ainsi Campos et Pradhan mettent l’accent sur la transparence et la responsabilité des

agents mais aussi des gouvernants.

Sachs, Woo et Yang (2000) conçoivent la mise en place des réformes du point de

vue constitutionnel, là où il faut construire (pour les pays intégrant l’économie de marché) ou

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modifier les constitutions de façon à faciliter les réformes. Mais ici le point fondamental

réside dans l’application de la constitution qui doit diriger les choix des hommes politiques et,

c’est en ce sens que les auteurs jugent le cas chinois comme relevant d’une situation de

blocage car il n’y a pas dans ce pays application de la constitution dans la mise en place de

structures concurrentielles. En partant de cette remarque ils comparent le cas russe au cas

chinois et arrivent à la conclusion que la Russie est sur une meilleure trajectoire économique

que la Chine car la Russie a su créer un système où la constitution est dans l’ensemble

appliquée et respectée tandis que la Chine est soumise à l’arbitraire. La conservation d’une

constitution communiste est un frein à la crédibilité des choix politiques et économiques en

terme de réformes. En effet, l’absence de respect de la constitution est un moteur puissant de

corruption au niveau local où les décideurs politiques manipulent la loi et le droit comme ils

veulent pour s’approprier les bénéfices produits par les entreprises. Pour les auteurs la Chine

doit entreprendre une réforme constitutionnelle pour assurer les droits de propriété et la

lisibilité de sa politique à l’exemple de la Russie.

Bambaci, Saront, Tommasi en 2002 montrent qu’une analyse institutionnelle de la

réforme doit être menée avec précaution et demande une grande connaissance de tous les

aspects d’une société et de ses institutions. En effet, ils expliquent dans le cas argentin que la

réforme n’a pas été aussi profonde que ce tout que le monde disait. Ils remarquent que Carlos

Menem, lors de son deuxième mandat, n’a entrepris aucune réforme car il était arrivé au bout

de sa stratégie qui consistait à « acheter » les voix au Parlement pour faire passer ses

réformes. Toutefois, jamais il ne s’attaqua aux problèmes du marché du travail de peur de se

heurter aux puissants syndicats, de même, jamais il ne remit en cause le financement des

provinces par le pouvoir central alors que l’inefficience du système est patente.

Ainsi, les auteurs concluent que la crise de 2001 était inévitable. Il est nécessaire,

selon eux, de bien identifier la répartition des pouvoirs et de comprendre les détails de chaque

système propre à chaque pays.

L’analyse institutionnelle donne donc naissance à de nombreuses variantes qui ont

toutes en commun de penser que les causes du statu quo et ses solutions résident dans les

institutions. Une de ces variantes consiste à mêler la question des institutions avec le

problème de l’existence de groupes opportunistes (Olson, 1982). En effet, pour Olson la

présence de rentes va scléroser les sociétés car les groupes profitant de ces dernières ne

voudront pas les céder et vont donc s’opposer à toutes les réformes dans l’objectif de

maintenir le statu quo, c’est ainsi qu’Olson analyse la décadence de l’Empire Romain.

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Ce type d’analyse montre comment les acteurs vont utiliser toutes les ressources

institutionnelles à leur service pour maximiser leur utilité, en créant sciemment des situations

de blocage. Nous trouvons une illustration claire dans Morrison, 1996, Morrison, Lafay et

Dessus, 1993 où les auteurs proposent des mesures concrètes tirées d’exemples historiques,

comme la réforme de la hausse des prix au Maroc durant les années 80, pour permettre à des

gouvernants d’introduire des plans d’ajustement. Cet ensemble de mesures proposées porte

sur la mise en place de groupes appuyant les réformes, l’isolement des perdants mais aussi des

modifications institutionnelles comme des changements d’agenda dans le calendrier

parlementaire. Toutefois, ce « guide » de la réforme porte sur les pays en voie de

développement et non pas sur les pays développés. Dans le même esprit, nous trouvons des

auteurs qui se sont spécifiquement intéressés au processus de réformes du point de vue de

l’économie politique, comme Gray-Molina, Pérez de Rada et Yanez en 1999 à propos des

évolutions de la Bolivie et son processus d’ajustement structurel durant les années 80 et 90.

Les auteurs décrivent clairement les partis en présence et les intérêts contradictoires. En effet,

la population bolivienne se distingue, comme beaucoup de pays d’Amérique Latine, par une

forte population indienne exclue de toute ascension sociale, alors qu’elle est majoritaire. Une

des forces du président Sanchez de Lozada a été de clairement déterminer les perdants et les

gagnants des futures réformes ; de plus, une bonne communication a facilité l’acceptation.

Toutefois, ces réformes se sont faîtes au détriment des libertés publiques avec l’apparition

d’un leadership technocratique tournant au « caudillisme » de plus en plus fort de Sanchez de

Lozada. Il faut cependant nuancer ces réussites car les derniers mois de l’année 2003

marquent la chute de la présidence de Sanchez de Lozada. En effet, ce dernier a bradé, selon

ses détracteurs, les réserves naturelles du pays, le gaz en particulier, à de grandes compagnies

américaines. De plus l’interdiction de la culture de la coca, seule ressource pour beaucoup

d’agriculteurs indiens, va provoquer une révolte qui va se terminer par le départ en exil aux

Etats-Unis de Sanchez de Lozada et jeter l’opprobre sur les processus de réformes de types

libérales en Amérique du Sud.

L’approche institutionnelle pose la question du choix des institutions optimales.

Paradoxalement, elle conclut que les arrangements institutionnels doivent varier selon les cas.

Dès lors, se pose le problème du dépassement de l’aspect descriptif. En effet, l’analyse

institutionnelle permet une très bonne description d’une situation en posant clairement les

enjeux et les divers acteurs. Cependant, passé ce cap descriptif, le pouvoir analytique est

faible ; ceci est dû à la démarche adoptée : cette approche a la faiblesse de sa force, c'est-àdire

l’incapacité à sortir de la description.

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Cependant, certains auteurs ont dépassé l’aspect institutionnel du blocage et se sont

intéressés au statu quo à travers une approche où le cadre institutionnel est moins présent.

L’analyse consiste tout d’abord à s’interroger sur la nature des relations entre les groupes

sociaux (par exemple, sommes-nous dans un cadre démocratique ou non ).

Pour répondre à cela la nouvelle économie politique (Rodrik, 1993) propose donc

des réponses différentes à la question de savoir pourquoi certains pays réforment et d’autres

pas, et cela en y intégrant le comportement des agents et le problème de la captation de rentes.

2.3 Le statu quo rationnel.

Le blocage naît des choix des agents et de leurs comportements. Le statu quo peut

être la conséquence d’une lutte entre groupes cherchant à minimiser leurs pertes d’utilité ;

c’est le cas dans les modèles dits de « guerre d’usure », où l’objectif est de camper sur ses

positions en espérant que l’autre cédera le premier et devra donc supporter la plus grande

partie des coûts de la réforme (Alesina et Drazen, 1991, et Padovano et Venturi, 2000, pour

une étude sur le cas italien). En effet, dans la guerre d’usure les groupes subissent des pertes à

chaque période mais ils les acceptent tant qu’elles sont inférieures à l’espérance de gain ; si le

groupe adverse cède à la période suivante, une fois cette espérance négative le groupe

abandonne la guerre d’usure et accepte de supporter le coût le plus élevé dans le processus de

réforme. Rodrik et Fernandez ont introduit en 1991 l’idée que le blocage pouvait avoir lieu du

fait de la méconnaissance d’une position future. Les auteurs montrent l’existence de l’inaction

politique dans un contexte de libéralisation des échanges. Ils démontrent comment un jeu à

somme positive peut ne pas apparaître si les groupes d’intérêts ne connaissent pas ex ante la

distribution des gains et des pertes. Ce modèle a été repris sous des variantes différentes en y

introduisant des possibilités de marchandages (Dur et Swank à propos des accords

deWassenar, 1997 et 1998, Rodrik ,1998, Visser et Hemerijck sur « le mal hollandais », 1999

). Dur et Swank développent le cas néerlandais pour montrer comment les décideurs sociaux

et politiques ont voulu avec les accords de Wassenar mettre en place des mesures

compensatoires pour les perdants. De plus, ils démontrent que l’adoption d’un « package » de

réformes mis en place sur plusieurs périodes mais au sein d’un même mandat électoral facilite

l’acceptation de ces dernières par les agents. Visser et Hemerijck se sont plus particulièrement

intéressés au rôle des syndicats néerlandais depuis 1980, ils expliquent le changement de

stratégie opérée en 1982. En effet, les syndicats sont passés d’une opposition systématique à

une attitude extrêmement coopérative, par le fait qu’ils se sont rendus compte qu’un blocage

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plus long leur serait très préjudiciable en terme de représentativité et de légitimité. Ce

nouveau comportement se poursuit encore aujourd’hui par la prise en compte de l’apparition

de nouveaux types d’adhérents, en particulier les femmes. Dans le même esprit d’analyse

Adams, en 2000, développe un modèle fondé sur l’existence de divers groupes sociaux au

sein d’un pays en voie de développement avec la présence d’une institution internationale qui

propose des réformes. Ces dernières ne seront acceptées qu’avec l’appui non pas de la

majorité des groupes mais plutôt de leur « poids » politique. En effet, chaque groupe a une

certaine capacité d’influence mesurée par la distinction entre groupes urbains et groupes

ruraux (travailleurs urbains et planteurs par exemple, groupes structurés et groupes non

organisés etc.). Adams arrive à la conclusion qu’il faut proposer des réformes rassemblant

assez d’appui au sein de la population et chercher à isoler les groupes opposés aux réformes.

Dans ce modèle le statu quo est dû à la possession d’une rente par certains groupes qui ont

suffisamment de poids pour empêcher les processus de réformes. ; il apparaît ici un aspect

plus sociologique où chaque groupe va exprimer sa pression de façon différente (Visser et

Hemerijck , 1997, Wierink, 2000 à propos du corporatisme aux Pays-Bas) : un petit groupe

bien organisé utilisera sans doute le lobbying politique au sommet, tandis que des groupes

comptant de nombreux agents s’exprimeront par des manifestations de rues (Bratton et

Mattes, 2003).

La nature du régime politique intervient donc dans les relations entre groupes. En

effet, la violence et la répression seront plus utilisées dans les régimes dictatoriaux tandis que

dans les démocraties, les hommes politiques tenteront de convaincre les électeurs du bien

fondé de leurs initiatives ; ces comportements sont fréquents en Amérique Latine, où les deux

types de régimes se côtoient (Lora et Panizza, 2003).

Il est toutefois possible d’envisager la question de la réussite d’une réforme en

s’intéressant au soutien apporté par les agents à ces réformes. En effet, une réforme atteindra

d’autant plus facilement ses objectifs si la population la soutient. L’élément fondamental est

donc de convaincre les agents que la réforme est bonne pour eux. De ce fait, la littérature s’est

intéressée à ce qui peut provoquer le soutien des agents. Au-delà d’éléments objectifs comme

des compensations financières il est nécessaire de considérer que les réformes n’ont pas

d’effet immédiat. Il y a toujours un temps d’attente avant de voir les résultats. Il faut donc

convaincre les agents que le futur sera meilleur. A partir de ce constat nous devons nous

intéresser à ce qui va décider les agents à soutenir un projet.

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2.4 Les croyances des agents en la réforme.

Les agents ont des préférences, des croyances ainsi que des biais cognitifs. Nous

nous intéresserons à ces différents aspects et plus particulièrement aux deux derniers.

Les biais cognitifs sont issus de la littérature reliant l’économie et la psychologie

(Rabin, 1998), ces études permettent de mettre en évidence, à partir de travaux d’économie

expérimentale, quels vont être les comportements des agents vis-à-vis de différentes

situations. Ces travaux ont pour mérite d’infirmer ou de confirmer les hypothèses des

économistes.

En complément de ces analyses, des travaux ont été menés sur la croyance des agents, ainsi

que sur leur perception du monde qui les entoure. En effet, beaucoup d’études montrent que

les agents ont des croyances.

Alesina et Angeletos (2003) cherchent à expliquer pourquoi les Etats-Unis ont une

pression fiscale moins importante que l’Union Européenne. Leur démonstration part de l’idée

que tout découlerait des préférences et des croyances des agents. En effet, les européens

seraient plus demandeurs de redistribution que les américains, donc les agents de l’Union

Européenne ont une préférence pour un niveau de redistribution supérieure à celui des Etats-

Unis et donc pour satisfaire cette préférence ils acceptent un niveau d’impôt plus élevé. Les

auteurs montrent ensuite que cette préférence a pour origine les croyances des agents vis-à-vis

de la société dans laquelle ils vivent. Les Américains ont le sentiment que les agents qui

réussissent dans la vie le doivent avant tout à leur travail et leurs efforts. Les européens quant

à eux voient dans la réussite des gens le signe de la chance, la naissance, les relations, le

hasard voir la corruption.

Pour rééquilibrer cet état de fait les européens désirent alors plus de redistribution

pour lisser ces inégalités. En effet, les Américains et les Européens ont une préférence

commune : le « fairness » (sous ce terme nous retrouvons les idées d’honnêteté et d’égalité

des chances).

Ainsi, cette approche peut aider à expliquer pourquoi les agents perçoivent les

politiques de redistribution différemment entre les Etats-Unis et l’Union Européenne. Ils

argumentent leurs résultats à partir de la construction d’un modèle à deux périodes.

Dans la même idée de comparaison internationale Gabrielli et Rouillet (2003) ont

cherché à tester économétriquement la relation qui peut exister entre la croissance du PIB et

l’optimisme des agents mesuré par des sondages. Les résultats concernent les Etats-Unis,

l’Union Européenne, l’Argentine et le Brésil. Dans tous les pays sauf l’Argentine les auteurs

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arrivent à la conclusion qu’il existe bien une relation positive entre croissance du PIB et

optimisme. L’Argentine serait victime d’une « mauvaise humeur structurelle ».

Partant de ce constat de « mauvaise humeur structurelle » Pernice et Sturzenegger

(2004) tentent d’expliquer le niveau de soutien ou de critique auquel un processus de réformes

est soumis.

Ils analysent le cas argentin et arrivent à la conclusion que l’opinion publique

impose des contraintes sur le comportement des gouvernements en terme de réformes et

détermine ainsi les performances macroéconomiques et donc les chances de succès des plans

de réformes. Ils construisent leur raisonnement en s’appuyant sur les travaux de la

psychologie appliquée à l’économie. Ils expliquent donc les choix de l’opinion publique à la

lumière de biais cognitifs comme le phénomène de surestimation de ses chances etc. Les

auteurs, comme Alesina et Angeletos (2003) et Gabrielli et Rouillet (2003), appuient l’idée

de caractéristiques structurelles d’une société déterminant sa structure de croyance.

Une étude économétrique publiéepar Bratton et Mattes en 2003 sur la question de

l’attitude de la population d’Afrique Australe à propos des réformes (à partir de

l’Afrobaromètre) montre que les agents supportent certaines réformes (comme celle des prix)

mais vont s’opposer à d’autres, en particulier les réformes institutionnelles. Ces

comportements semblent s’expliquer par des facteurs structurels comme la pauvreté, les

anciennes institutions coloniales mais aussi des valeurs culturelles et les mass media.

Les analyses du processus de réforme sont donc multiples et variées. Nous pouvons,

toutefois, les regrouper en quatre grandes familles.

La première de ces approches est sans doute la plus intuitive et logique : il s’agit de

concevoir la crise comme un puissant vecteur de modifications structurelles. La crise modifie

la place de chacun au sein de la société, ces changements sont accompagnés de réformes

mettant en place de nouvelles règles du jeu. Cette analyse se heurte au délicat problème de la

définition de la crise.

La deuxième est l’analyse institutionnelle qui se propose quant à elle de mettre au

cœur de l’analyse le cadre institutionnel avec comme idée que de bonnes règles font les bons

joueurs. Dès lors, de nombreuses études de cas ont vu le jour, elles apportent une description

très précise de l’histoire des pays ayant entrepris des réformes. Cependant, le contenu

explicatif et théorique est souvent relégué au second plan.

Dans une troisième approche des auteurs ont développé des analyses rationnelles des

situations de blocage expliquant ces derniers par des conflits d’intérêts.

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parviennent pas

Enfin, une quatrième se propose de s’intéresser aux phénomènes psychologiques,

sociologiques et affectifs qui vont influer sur les choix des agents. Les individus n’ont pas

perdu leur capacité d’analyse mais cette dernière n’est pas liée à l’hyperationalité.

En conjuguant cette approche avec les récents travaux de Murphy et Schleifer (2004)

traitant de l’influence des réseaux sur la perception des agents à propos d’une question, nous

nous proposons d’analyser pourquoi certains Etats réforment tandis que d’autres n’y

parviennent pas.

Nous présentons dans la section le modèle de Murphy et Schleifer (2004) qui sera le

point de départ de l’élaboration d’une autre approche consistant à s’intéresser à la réforme sur

la possibilité d’influer sur les croyances des agents.

Section 3 Le modèle.

Dans cette section nous présentons un modèle élaboré à partir du modèle de Murphy

et Shleifer (2004) à propos de l’influence des réseaux sociaux sur les croyances des agents.

Ensuite, nous intégrons cet apport dans le cadre plus spécifique de l’économie

politique de la réforme.

Section 3.1 Le modèle de Murphy et Shleifer (2004).

Les agents sont uniformément distribués sur l’intervalle [0,1]

Il y a un seul résultat sur lequel les agents ont des croyances a priori

0

x appartenant

i

à [0,1] et uniformément distribué sur cet intervalle.

Les agents interagissent avec ceux de leurs réseaux, et dans le processus de création

de la croyance finale, ils sont influencés par l’avis des autres.

( )( )

x x N x x

* 0 f

0

i i i i i

= + − : l’équilibre des croyances de l’agent i, après qu’il ait interagi

avec les membres de son réseau.

x i

x

*

i

appartient à [0,1].

: l’équilibre moyen des croyances des membres du réseau, ou encore le message

d’équilibre du réseau.

N i

x i

appartient à [0,1].

: la taille du réseau auquel appartient l’agent i et

i

N

appartient à [0,1].

13


Manuel Maleki, Pourquoi certains Etats réalisent-ils des réformes tandis que d’autres n’y

parviennent pas

f ( N i

) est la fonction d’influence définie par '

f >0, et f ″ < 0 et f (0) = 0

A partir de l’ensemble de ces éléments les auteurs posent que

( )( )

x x N x x

* 0 f

0

i i i i i

= + − (1)

L’influence personnelle peut consister en l’échange d’information mais aussi en

l’amitié, l’émotion ou l’identité du groupe.

Plus la taille du groupe est importante, plus son influence totale sur les croyances

d’une personne sera importante. De plus, le changement dans les croyances est proportionnel

à la distance entre l’équilibre moyen des croyances et la croyance originelle de l’agent i.

Les auteurs supposent aussi que les agents s’influencent les uns les autres de

manière égale et que deux agents de réseaux différents ne s’influencent pas du tout. Une

personne n’appartenant pas au réseau de l’agent i n’influence pas du tout ce dernier.

Section 3.2 L’hypothèse d’absence d’influence des autres réseaux.

L’hypothèse d’un agent totalement hermétique à toute information venant de

l’extérieur pose problème. En effet, peut-on raisonnablement imaginer que les agents vivant

au sein d’une société traversée par de nombreux réseaux différents soient totalement fermés

au discours de leurs voisins, des médias de tout horizon

Nous nous proposons de relâcher cette hypothèse en supposant que l’existence

d’autres réseaux va amoindrir l’impact du discours de son réseau sur ses croyances, c’est-àdire

nous posons que f ( N i

)


Manuel Maleki, Pourquoi certains Etats réalisent-ils des réformes tandis que d’autres n’y

parviennent pas

Avec la mise en place de cette nouvelle hypothèse f ( N i

)

déterminons que

x

*

i

évolue dans l’intervalle [0,1].

appartient à [0,1[ nous

En reprenant la méthodologie présentée au début de la section nous proposons de

nous intéresser à la détermination de la probabilité d’être gagnant. En effet, ces auteurs

déterminent la probabilité comme une étant objective, c'est-à-dire déterminée objectivement,

si bien qu’ils peuvent calculer précisément leur probabilité à partir critères objectifs.

Or, nous avons montré dans la section 2.4 qu’un nouveau champ de recherche s’est

ouvert avec la prise en compte de facteurs psychologiques (Rabin, 1998, Chiodo, et Guidolin,

et Owyany, et Shimoji, 2003) comme influençant le comportement des agents dans le

domaine de l’économie de la réforme.

Dès lors, l’hypothèse de la détermination objective d’être gagnant lors d’une réforme

peut être levée. Nous nous proposons de remplacer cette dernière hypothèse par le concept de

probabilité subjective. La probabilité subjective a pour principe de supposer que les agents

font des probabilités sur l’occurrence d’un évènement fondé sur d’autres bases que le calcul

objectif.

Nous posons que la probabilité subjective des agents sera construite sur le modèle de

Murphy et Shleifer. C'est-à-dire que

gagnant à la réforme.

Avec

x

*

i

x

*

i

Nous démontrons que est compris entre 0 et 1.

* + * −

Dès lors, nous avons + 1− i

i)

=

g

x

*

i

(

correspond à la probabilité que l’agent a de se croire

xG x G E

: la probabilité que l’agent à de se croire gagnant à la réforme.

G + : les gains attendus à la réforme. G + > 0

G − : les pertes attendues à la réforme. G − < 0

E g

: l’espérance de gain à la réforme de l’électeur pivot.

Donc, en fonction du signe l’espérance de gain nous aurons des résultats différents :

Dans le cas où l’espérance de gain est positive nous avons acceptation de la réforme. Si

E 0

g

15


Manuel Maleki, Pourquoi certains Etats réalisent-ils des réformes tandis que d’autres n’y

parviennent pas

Nous obtenons donc que

x

*

i

>


− G

G −G

+ −



Ou encore x > G − f

+ −


( N ) x

⎝G

−G



(2)


⎠1−

f

0 1

i i i

( N i)

Plus (2) est vérifiée pour une valeur de

réforme passe. Plus

supérieure au

x

0

i

x 0 i

réparties uniformément sur [0,1].

x

0

i

faible plus il y a de chance que la

faible plus il y de chance que l’électeur pivot possède un

0

minimal car n’oublions pas que les croyances initiales des agents sont

L’étude des variables nous permet de dire que plusG + est élevé plus

x

0

i

x i

sera faible.

Ce qui est totalement conforme aux prédictions classiques en matière d’espérance. Plus le

gain est élevé, plus l’espérance de gain sera élevée.

De même, pour

x i

nous obtenons que plus la croyance moyenne du groupe à se

croire gagnant est élevée plus cela favorise la probabilité que la réforme soit acceptée car cela

*

a un effet positif sur x . i

− G


⎛ ⎞

Concernant l’impact des pertes nous déduisons que lim 1


+ −

=

G →−∞⎜


⎝G

−G


Donc, plus les pertes anticipées sont élevées en cas de réforme plus il sera difficile de faire

adopter une réforme.

Nous ferons l’hypothèse que les gains et les pertes sont connus des agents. En effet, les gains,

si l’agent se trouve parmi les vainqueurs, et les pertes, s’il se trouve parmi les perdants

peuvent être observés aisément par les différents acteurs.

Nous pouvons, alors écrire que : A =


− G

G −G

( )

Dès lors nous avons : x > A−

f ( N ) x

+ −

0 1

i i i

1−

f

( N i)

Un gouvernement désirant réformer va donc s’intéresser à l’expression ci-dessus. En

effet, si cette inégalité est vérifiée alors nous aurons une espérance de gain positive et donc

l’électeur pivot sera favorable à la réforme et votera pour. Un gouvernement désirant réformer

16


Manuel Maleki, Pourquoi certains Etats réalisent-ils des réformes tandis que d’autres n’y

parviennent pas

va chercher à vérifier cette inégalité pour le plus petit

x

0

i

possible car ce dernier est distribué

de façon uniforme sur l’intervalle [0,1]. Si l’électeur pivot est déterminé par un tirage

aléatoire, alors plus l’équation (2) est vérifiée pour

x

0

i

faible, plus la réforme aura de chance

d’être acceptée car il existe un grand nombre d’agents qui auront un

0

x minimum.

i

x 0 i

supérieur au

Nous démontrons que la fonction ne possède pas d’extremum par le calcul de

conditions du premier ordre et du second ordre. En effet, le déterminant du second ordre est

négatif donc nous pouvons affirmer que la fonction ne possède pas s’extremums locaux sur

[0,1] (voir appendice 1).

Ce qui va déterminer le sens de variation de la fonction va donc être le signe du

numérateur (illustré par l’annexe I). Ce signe, s’il est négatif va nous enseigner que la relation

(2) est tout le temps vérifiée puisque x 0 est compris entre 0 et 1. Nous avons

i

( i)

donc A f ( N i)

x


f ( N i

) >



− négatif, ce qui signifie que nous avons comme condition

A ⎞

et


i ⎠

x

x i

> A puisque les trois éléments appartiennent à l’intervalle compris entre

0 et 1, la deuxième condition est due à la contrainte que l’influence du groupe est comprise

entre 0 et 1.

Economiquement, cela signifie que plus le message moyen du réseau est en faveur

de la réforme et plus la taille de ce réseau est important, plus il y a de chance de réformer ; la

probabilité de réforme est d’autant plus forte si A est faible.

Un cas plus intéressant est le celui où le numérateur est positif. En effet, cela signifie

que la fonction est strictement croissante sur l’intervalle [0,1[ donc son minimum est le point

la taille du groupe est nulle et ce minimum vaut A. C’est-à-dire que la croyance initiale de

l’électeur pivot devra être supérieure à A pour que la réforme soit acceptée. Nous retrouvons

là un résultat classique de la littérature : plus les gains espérés à la réforme sont importants et

les pertes faibles, plus il y a de chance que la réforme soit acceptée.

En terme de stratégie à adopter pour réformer cela dépend donc du signe du

numérateur. Si ce dernier est négatif la réforme passera de façon sûre. Le cas plus intéressant

est celui d’un numérateur positif. Comme nous l’avons montré il est alors nécessaire pour le

gouvernement de réduire la taille du réseau de l’électeur pivot. Ce qui signifie qu’il faudrait

isoler ce dernier du reste de son réseau ou du moins minimiser le plus possible sa taille pour

17


Manuel Maleki, Pourquoi certains Etats réalisent-ils des réformes tandis que d’autres n’y

parviennent pas

pouvoir maximiser les chances de réformes. Quand la taille du groupe devient très grande,

elle amplifie grandement la difficulté de faire passer les réformes. En pratique, si le réseau

s’apparente à une corporation, alors une réduction de la taille de cette dernière facilitera la

réforme. Nous retrouvons là l’adage consistant à « diviser pour mieux régner ».Il ne faut

toutefois pas oublier que cette stratégie si elle est efficace dans un jeu à un seul joueur peut

s’avérer très dangereuse dans un jeu répété car elle provoque un processus de recomposition

très aléatoire des réseaux pouvant amener à des situations pires.

Section 4 Conclusion.

L’analyse de la réforme s’est enrichie ces dernières années d’une nouvelle approche

qui est venue non pas concurrencer mais approfondir les trois voies traditionnelles (l’analyse à

travers la crise, par la structure institutionnelle et celle par le comportement rationnel des

agents). Cette nouvelle voie appelée ici « les croyances des agents en la réforme », nous ouvre

de nouveaux horizons liés aux nombreux biais cognitifs mis en évidence par la psychologie

sociale et l’économie expérimentale. Nous nous sommes plus particulièrement intéressés à

l’acceptation d’une réforme à travers le modèle de Murphy et Schleifer (2004) qui propose de

comprendre la formation des croyances comme le produit de discussions au sein d’un réseau

(terme regroupant à la fois les amis mais aussi les associations, syndicats etc.). De ce point de

départ nous retrouvons des résultats classiques de l’analyse de la réforme en particulier sur le

rôle des gains et des pertes dans la décision des agents mais aussi, des résultats plus atypiques

qui montrent que le gouvernement doit adopter sa stratégie à chaque situation et que certains

facteurs pouvant lui être favorables dans une configuration particulière peuvent lui être

défavorables dans d’autres cas. Ceci est illustré par le rôle que joue la taille du groupe qui

peut avoir un rôle négatif comme positif. Il n’y a donc pas de « recette miracle » pour

réformer, il faut être capable d’analyser une situation. Alors, le gouvernement devra

communiquer non pas forcément pour expliquer son projet par souci de pédagogie mais

surtout pour maximiser ses chances de réformes, son discours devra donc être orienté, soit

dans l’objectif de renforcer le groupe auquel appartient l’électeur pivot, soit dans l’objectif de

marginaliser ce dernier et de l’isoler.

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Manuel Maleki, Pourquoi certains Etats réalisent-ils des réformes tandis que d’autres n’y

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APPENDICE I

Démontrons qu’il n’existe pas d’extremum sur l’intervalle [0,1[

Calcul des dérivées premières



x

x

0

i

i

N

N

f ( )

i

=

1 − f ( )

i

Cette dérivée s’annule pour f ( N ) = 0

i



x

x

0

i

i

=

A −

x

( 1 − f ( N ))

Cette dérivée s’annule pour A =

i

i

2

x i

Les conditions du seconde ordre nous apprennent que le point (A,0) n’est pas un extremum

car le déterminant est négatif

2

A −

( 1 −f( N )) ( 1 −f( N ))

−1

x

( 1 − f ( N ))

i

i

i

2

−1

3 2

0

i

< 0

Le déterminant étant négatif il n’y a donc pas d’extremum sur l’intervalle [0,1[

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ANNEXE I

2

1

1

0

0.75

-1

0

0.5

0.25

0.5

0.25

0.75



Graphique 1 : Graphique de la fonction G − f

+ −


( N i)

x

⎝G

−G


− G

G −G

⎛ ⎞ + −

=

⎜ ⎟

⎝ ⎠

f ( N i

) x i

1

2

l’arrête de droite.

1

0


⎞ 1

dans le cas où

i⎟ ⎠1−

f

( N i)

correspond à l’arrête de gauche et la fonction d’influence du groupe correspond

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