Context N° 12 2011 - Avent (PDF, 9761 kb) - Sec Suisse

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Economie

Les riches

sont suffisamment riches

Economiser sur le dos des pauvres ne constitue pas un remède

à la crise imminente. Au contraire, cela fait planer une sérieuse

menace pour la cohésion sociale.

Dominique Strebel*

sur le plan politique. Au Royaume-Uni,

les inégalités sociales sont plus importantes

que dans n’importe quel autre pays

industrialisé. Le résultat a été que cette

situation a constitué le terreau de prédilection

pour qu’émergent des bandes criminelles,

et certains jeunes des couches

défavorisées s’y joignent parce qu’ils se

sentent frustrés par la pauvreté et le désespoir.

La Suisse est une fois de plus menacée

par une crise économique, et des

voix s’élèvent désormais en faveur de mesures

d’austérité au niveau du gouvernement

et des assurances sociales. L’UDC

veut comme toujours réduire les dépenses

de l’AI, abaisser les coûts de l’administration

fédérale et diminuer les impôts des

entreprises. Le PLR applaudit et, qui plus

est, demande que l’on réduise le taux de la

TVA. Le quotidien suisse alémanique

Tages-Anzeiger ne se prive pas de lancer

des appels en vue de réduire les rentes

versées par l’AVS et les caisses de retraite.

Par contre, personne ne pipe un mot pour

rappeler que ce n’est pas l’Etat et la protection

sociale qui ont déclenché la crise,

mais bien les banques d’investissement,

les gestionnaires de hedge funds et les

spéculateurs.

A l’Etat et aux retraités d’avaler la pilule

Les banques et les compagnies d’assurance

ont dû être secourues par les Etats

Le fossé se creuse de plus en plus

entre riches et pauvres.

à coups de milliards, mais elles réalisaient

vite de nouveau de substantiels bénéfices.

Il est incompréhensible que ce soit maintenant

l’Etat ainsi que des retraités AVS et

AI qui doivent avaler la pilule, comme le

suggèrent l’UDC, le PLR et le Tages-Anzeiger.

Ceci d’autant moins que les mesures

proposées vont encore creuser le fossé qui

sépare les riches des pauvres.

Comme le démontrent les émeutes

qui ont éclaté en Angleterre, cette situation

fait l’effet d’une bombe à retardement

Le fossé se creuse toujours plus

En Suisse, nous n’en sommes pas arrivés

à ce point. Mais cela fait des années que

nous nous en approchons doucement.

C’est ainsi que les bas et moyens revenus

n’ont augmenté que de 2 à 4% entre 1997 et

2008, alors que le salaire moyen de ceux

qui gagnent le plus – soit environ 40 000

personnes – a été revalorisé de plus de 20%

durant la même période.

L’écart entre riches et pauvres a aussi

augmenté: entre 1997 et 2007, le pourcentage

des plus riches de la population

suisse a vu sa fortune globale s’accroître

de 13%. Toutes les autres classes d’actifs

ont perdu du terrain. En 2007, le 10% de la

population des plus riches possédaient les

trois quarts de l’ensemble de la fortune

privée de Suisse. C’est ce que démontre

une récente étude de l’Union syndicale

suisse (USS), qui est même considérée

comme exacte par la Neue Zürcher

Zeitung.

L’Etat a-t-il tenté d’atténuer ces différences

croissantes Non. Durant la même

période, les impôts directs et les disparités

de revenus ont augmenté alors que les

impôts indirects, les frais et les primes

d’assurance maladie – qui sont les mêmes

pour les riches et pour les pauvres – ont

flambé. Cela s’est fait au détriment des

context 12-2011

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