Conservatoire de Musique de Genève – Hautes Etudes ... - HEMU
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Jean Naef*<br />
Mai 200Z<br />
<strong>Conservatoire</strong> <strong>de</strong> <strong>Musique</strong> <strong>de</strong> <strong>Genève</strong> <strong>–</strong> <strong>Hautes</strong> Etu<strong>de</strong>s Musicales<br />
C O U R S D E P E D A G O G I E<br />
Année 200Y-200Z<br />
__________________________________________________________________________<br />
Tous mes remerciements à Madame Berthe Bigler*<br />
Professeur à l’Ecole <strong>de</strong> <strong>Musique</strong> <strong>de</strong> <strong>Genève</strong><br />
Pour son accueil en stage et ses conseils avisés.<br />
Signature du maître <strong>de</strong> stage :<br />
* Tous les noms sont fictifs. 1
J’ai effectué mon stage d’observation à l’école <strong>de</strong> <strong>Musique</strong> du <strong>Conservatoire</strong> dans la<br />
classe <strong>de</strong> Mme Bigler*, pendant les mois d’octobre 200Y à février 200Z.<br />
Sur la proposition <strong>de</strong> mon maître <strong>de</strong> stage, j’ai assisté à dix leçons réparties entre <strong>de</strong>ux<br />
élèves <strong>de</strong> neuf ans : Marie*, gran<strong>de</strong> débutante, et Gertru<strong>de</strong>* qui avait déjà fait <strong>de</strong>ux années<br />
<strong>de</strong> violon, dont la première avec un autre professeur. Les <strong>de</strong>ux cours étant enchaînés dans<br />
l’emploi du temps (le mercredi <strong>de</strong> 9H 30 à 10H 20 et <strong>de</strong> 10H20 à 11H10).<br />
Je me propose d’abord <strong>de</strong> retranscrire mes notes d’observation en y intégrant les<br />
commentaires <strong>de</strong> Mme Bigler, au fil <strong>de</strong>s leçons, afin <strong>de</strong> donner une idée <strong>de</strong> la dynamique du<br />
cours. Les objectifs d’enseignement seront précisés ensuite. Je dirai enfin comment j’ai été<br />
conduit à diriger personnellement <strong>de</strong>s exercices avec Marie et Gertru<strong>de</strong> et quels sont les<br />
premiers enseignements que j’ai pu tirer <strong>de</strong> cette expérience. En conclusion, je<br />
m’interrogerai sur le bénéfice global apporté par mon stage.<br />
Notes d’observation <strong>de</strong>s leçons données à Marie, élève française, habitant<br />
Annemasse où elle est scolarisée, alors qu’elle vient à <strong>Genève</strong> pour la musique ; c’est<br />
apparemment une élève studieuse, concentrée, patiente, souriante…<br />
La première leçon débute par un résumé <strong>de</strong>s notions étudiées précé<strong>de</strong>mment (soit trois<br />
cours <strong>de</strong>puis la rentrée). Selon la métho<strong>de</strong> du professeur, Marie doit rester quelques temps<br />
sur le même programme d’exercices : Il s’agit d’un ensemble complet <strong>de</strong> notions autour <strong>de</strong> la<br />
posture, du travail <strong>de</strong> la main droite, « avec / sans ai<strong>de</strong> » au niveau <strong>de</strong> l’archet. L’élève<br />
semble avoir déjà acquis une posture générale acceptable. Elle a le bon réflexe <strong>de</strong> prise du<br />
violon : mise en place intuitive, aisée…<br />
Mme Bigler propose <strong>de</strong> nombreux exercices. Déplacements élémentaires préparatoires :<br />
talon / milieu / pointe <strong>–</strong> variantes classiques d’utilisations <strong>de</strong> l’archet : archet partiel, total,<br />
changement <strong>de</strong> cor<strong>de</strong>. Mais aussi respiration, rapport intuitif <strong>de</strong> l’instrument au corps. Le<br />
professeur insiste particulièrement sur la mémorisation par cœur <strong>de</strong>s exercices, afin <strong>de</strong><br />
libérer l’enfant et <strong>de</strong> lui permettre <strong>de</strong> se concentrer sur les difficultés gestuelles<br />
fondamentales : archet bien droit…Marie répète ses exercices séparément avec archet seul.<br />
Son travail et ses résultats sont appréciés. Le professeur exprime sa satisfaction : « C’est<br />
très bien pour une quatrième leçon ! ». Marie termine ses exercices, à la limite <strong>de</strong> l’attention<br />
(presque tendue), dans son effort pour bien faire. Mon impression du début se confirme :<br />
C’est une élève appliquée, réservée, presque introvertie… mais elle éprouve visiblement du<br />
plaisir « à faire plaisir ». A la fin du cours elle déclare « Ça passe vite… ».<br />
A la <strong>de</strong>uxième leçon, après un début conforme au précé<strong>de</strong>nt en terme <strong>de</strong> programme<br />
d’exercices, Mme Bigler introduit <strong>de</strong>s nouveautés et augmente la ca<strong>de</strong>nce : Le placement <strong>de</strong><br />
* Tous les noms sont fictifs. 2
la main gauche. Elle propose pour s’y entraîner, un travail traditionnel en pizzicato (archet<br />
posé).<br />
Fidèle à sa métho<strong>de</strong> privilégiant d’emblée la mémorisation et les automatismes, le<br />
professeur indique les procédés mnémotechniques courants d’ai<strong>de</strong> au positionnement <strong>de</strong>s<br />
doigts et les indicateurs <strong>de</strong> bonne position (crayon entre la main et le manche pour surveiller<br />
le maintien du creux…). Pour expliquer la mécanique digitale et préparer les automatismes<br />
<strong>de</strong> la main gauche, le professeur actionne lui-même les doigts <strong>de</strong> l’élève. Cette <strong>de</strong>rnière est<br />
ainsi guidée dans la pose correcte <strong>de</strong>s quatre doigts sur les cor<strong>de</strong>s. Le professeur surveille<br />
attentivement l’arrondi <strong>de</strong>s phalanges. A titre d’application, Marie joue maintenant en<br />
pizzicato. Elle peut ainsi « écouter » le travail <strong>de</strong> la main gauche sans avoir à surveiller<br />
l’archet. Chaque difficulté est ainsi isolée et étudiée <strong>de</strong> manière synthétique. Les exercices<br />
se succè<strong>de</strong>nt, avec un <strong>de</strong>gré <strong>de</strong> difficulté progressif ; chaque doigt est « travaillé »<br />
séparément avec <strong>de</strong>s variations <strong>de</strong> rythme. Le professeur observe et rectifie au besoin,<br />
donne une consigne « pour faire <strong>de</strong> bons « pizz » plus facilement, gar<strong>de</strong> ton pouce droit sur<br />
la touche, en appui… ». Marie travaille sur toutes les cor<strong>de</strong>s à vi<strong>de</strong>.<br />
Un conseil pratique, au passage « il faudra couper les ongles… ».<br />
Puis le professeur enchaîne sur l’étu<strong>de</strong> <strong>de</strong> la première position. Il expose d’abord le principe,<br />
montre l’emplacement <strong>de</strong>s doigts et <strong>de</strong>man<strong>de</strong> à Marie <strong>de</strong> l’imiter, insiste sur la séparation<br />
<strong>de</strong>s mouvements élémentaires : Placer les doigts « sans gigoter » puis jouer en tenant les<br />
doigts <strong>de</strong> la main gauche « bien immobiles » pendant toute la durée <strong>de</strong> l’émission <strong>de</strong> la note.<br />
Cet exercice est répété sur toutes les cor<strong>de</strong>s. « Les quatre doigts successivement, sans<br />
pause... ».<br />
Ceci étant suffisamment acquis, le professeur passe à la prise <strong>de</strong> l’archet. Marie doit tenir le<br />
violon et l’archet immobiles, sans émettre aucun son ; être capable <strong>de</strong> gar<strong>de</strong>r la position<br />
d’attente sans faire entendre <strong>de</strong> son parasite : « Tu dois contrôler ton violon ». A titre <strong>de</strong><br />
travail à la maison <strong>–</strong> pour consoli<strong>de</strong>r la notion apprise - il faudra retravailler le morceau<br />
d’exercice en cor<strong>de</strong>s à vi<strong>de</strong> et le tenir prêt pour la leçon suivante. Le professeur rectifie au<br />
passage la posture générale : « Tiens bien ton violon à l’aplomb du pied gauche ». Marie<br />
s’exécute, s’applique à faire le bon geste. Puis on change <strong>de</strong> cor<strong>de</strong>, « avec tout le bras ». En<br />
fin <strong>de</strong> leçon, l’archet <strong>de</strong> l’élève commence à faire <strong>de</strong>s zigzags. Mme Bigler prend le bras <strong>de</strong><br />
l’élève, ai<strong>de</strong> au mouvement du bras puis la laisse jouer seule…en donnant une <strong>de</strong>rnière<br />
consigne: « Appuie bien sur la cor<strong>de</strong> ». Elle dit à mon intention « Epaule droite à surveiller ».<br />
De fait la tenue <strong>de</strong> l’archet ne tient pas ; le geste se dégra<strong>de</strong> pendant le jeu… il doit encore<br />
faire l’objet d’un travail spécifique. «Attention ! Tête bien droite ». Marie est visiblement<br />
fatiguée par cette nouveauté technique (c’est très compréhensible !), mais elle s’escrime<br />
toujours avec patience, calme et application. Elle s’entraînera à la maison avec l’archet<br />
seulement.<br />
* Tous les noms sont fictifs. 3
Les <strong>de</strong>ux premières leçons montrent la dynamique du cours et le <strong>de</strong>gré d’exigence du<br />
professeur. Les trois leçons suivantes seront sur le même modèle et porteront sur le groupe<br />
<strong>de</strong> contenus abordés lors <strong>de</strong> la <strong>de</strong>uxième leçon. Première positon ; mécanique <strong>de</strong>s doigts <strong>de</strong><br />
la main gauche ; bras doit et filage <strong>de</strong> l’archet. Lors <strong>de</strong> la troisième leçon, un inci<strong>de</strong>nt<br />
inattendu avec la personnalité <strong>de</strong> Marie, qui illustre s’il en était besoin, que rien n’est acquis<br />
d’avance et que le professeur doit conserver toute sa vigilance tout au long <strong>de</strong> l’année. Marie<br />
n’a pas travaillé ce qui lui était <strong>de</strong>mandé pendant les vacances… La raison IL n’y avait plus<br />
<strong>de</strong> place dans la voiture pour emporter le violon en vacances. Ce type <strong>de</strong> « justification<br />
prétexte » apparemment très fréquent fait vivement réagir le professeur avec qui nous<br />
abor<strong>de</strong>rons, plus tard, la question du violon simple loisir ou bien objet d’apprentissage<br />
sérieux. La troisième leçon est ainsi une reprise complète <strong>de</strong> la secon<strong>de</strong> émaillée<br />
d’agacements (joués cette fois) par le professeur qui entend manifester clairement <strong>–</strong> et très<br />
tôt dans l’année - l’importance qu’il accor<strong>de</strong> au travail personnel <strong>de</strong> l’élève pour progresser.<br />
« Cela, nous l’avons déjà vu… » ; « Je t’ai déjà dit <strong>de</strong> … » ; « Ce morceau était à<br />
travailler… »…<br />
Comme le professeur ne manque pas <strong>de</strong> féliciter l’élève lorsque le travail est correctement<br />
réalisé, il ne se prive pas <strong>de</strong> déplorer longuement tout manquement à l’exigence <strong>de</strong><br />
régularité. Le rappel à l’ordre semble avoir été entendu. Marie se ressaisit et semble avoir<br />
retrouvé toute sa concentration au cours <strong>de</strong>s <strong>de</strong>ux leçons suivantes. Nous reviendrons sur<br />
cet aspect méthodique <strong>de</strong> l’approche pédagogique.<br />
Assistons maintenant aux leçons données à Gertru<strong>de</strong>. Autre élève, autre profil. C’est une<br />
jeune genevoise, peu patiente, facilement dispersée par tout ce qui pourrait la distraire dans<br />
l’environnement immédiat (la chaise à roulettes, la fenêtre…). Elle paraît <strong>de</strong> ce fait un peu<br />
espiègle. Selon le professeur, elle a une « bonne oreille », mais elle prétend curieusement le<br />
contraire. Elle se sert en réalité <strong>de</strong> cette excuse <strong>de</strong> prétendu déficit « auditif » pour justifier<br />
un manque <strong>de</strong> résultats en réalité imputable à une absence <strong>de</strong> travail.<br />
Bonne oreille, je l’ai vite vérifié à la justesse <strong>de</strong>s notes jouées ; bonne main droite aussi,<br />
mais manque apparent <strong>de</strong> contrôle. Elle commence tout <strong>de</strong> suite à jouer son morceau à<br />
préparer, avant d’en avoir obtenu le signal du professeur. Cela ne va pas. Elle en donne la<br />
raison : « J’ai un nouveau violon »… Mme Bigler sourit. C’est un nouveau violon, mais elle<br />
ne semble pas dupe <strong>de</strong> ce nouveau « bon » prétexte. Elle prend le violon <strong>de</strong> Gertru<strong>de</strong> pour<br />
faire sa démonstration et, en s’adressant à moi : « Il faut montrer sur le violon <strong>de</strong> l’élève ».<br />
Gertru<strong>de</strong> reprend son instrument ; elle ne semble pas très exigeante. « Elle manque<br />
d’application », me dit Madame Bigler. L’intéressée profite <strong>de</strong> cette secon<strong>de</strong> d’inattention<br />
* Tous les noms sont fictifs. 4
apparente du professeur pour observer avec grand intérêt la chaise à roulette. Cette<br />
impression <strong>de</strong> décalage entre l’exigence du professeur et la distance <strong>de</strong> l’élève persistera<br />
pendant les leçons suivantes. Cette fois, c’est le nouvel archet qui est trop long. C’est vrai.<br />
Le professeur place un repère en ruban adhésif pour délimiter la zone d’utilisation. Le travail<br />
utile peut enfin commencer.<br />
Gertru<strong>de</strong> avait une gamme <strong>de</strong> sol majeur à préparer, ainsi qu’une série complète d’arpèges<br />
sur cette gamme. Pendant l’exercice, le professeur reprend les erreurs, les fait corriger sur le<br />
champ. Elle m’explique en aparté qu’elle cherche à développer un réflexe d’auto correction<br />
immédiate pour obtenir tout <strong>de</strong> suite le bon son. Il faudra reprendre cet exercice et en<br />
améliorer l’exécution pour la prochaine fois.<br />
Le professeur donne ensuite une consigne pour la bonne utilisation <strong>de</strong>s doigts <strong>de</strong> la main<br />
gauche et pour le placement convenable <strong>de</strong> cette main. Suit un travail classique d’exercices<br />
extrapolés <strong>de</strong> la gamme. Comme pour l’élève précé<strong>de</strong>nte, le professeur exige que l’exercice<br />
soit appris par cœur : « Si tu le connais par cœur, ce sera plus facile ».<br />
Ensuite travail <strong>de</strong> l’archet par le jeu <strong>de</strong> cor<strong>de</strong>s à vi<strong>de</strong>. Je retrouve le procédé analytique déjà<br />
observé avec Marie : Un exercice correspond à une notion précise, à un objectif opérationnel<br />
bien i<strong>de</strong>ntifié. Les exercices sont variés et reprennent la même difficulté sous différents<br />
angles. La gestion <strong>de</strong> l’archet est travaillée sur <strong>de</strong>s cor<strong>de</strong>s à vi<strong>de</strong> en veillant à la souplesse<br />
<strong>de</strong> la main et du poignet dans la conduite <strong>de</strong> l’archet.<br />
A la leçon suivante, Gertru<strong>de</strong> se montre toujours aussi joueuse et dissipée. Toujours aussi<br />
intéressée par le mobilier à roulettes. Elle semble vouloir échapper à la contrainte du cours à<br />
la moindre occasion, mais, surprise, rejoue sa gamme - en mieux que la semaine d’avant -<br />
sous l’influence, semble-t-il, du père sur le travail à la maison. L’archet ne balaye plus les<br />
cor<strong>de</strong>s. Le Professeur saisit l’occasion <strong>de</strong> tancer l’élève sur le thème « Quand tu travailles tu<br />
obtiens <strong>de</strong>s résultats » et loin <strong>de</strong> la féliciter cette fois, brandit la menace d’un changement <strong>de</strong><br />
classe si le travail ne s’améliore pas durablement. L’agacement <strong>de</strong>vant le manque ordinaire<br />
<strong>de</strong> motivation personnelle <strong>de</strong> l’élève n’est pas simulé. Si tu peux le faire, tu dois le faire,<br />
sinon c’est signe <strong>de</strong> paresse et on ne te gar<strong>de</strong>ra pas ! lui dit-elle. La semonce est ru<strong>de</strong>.<br />
Gertru<strong>de</strong>, moins enjouée pour un temps, surveille son archet. Il est bien aligné et ne se<br />
balance pas. Elle s’auto corrige spontanément dans un changement <strong>de</strong> cor<strong>de</strong> raté avant que<br />
le professeur n’intervienne, ce qui dénote une capacité d’auto évaluation et <strong>de</strong> conscience<br />
du bon geste. On passe ensuite à une nouvelle gamme (Mi Majeur). Le professeur pratique<br />
une première approche par une série d’arpèges. Mêmes exercices extrapolés <strong>de</strong> la gamme<br />
<strong>de</strong> sol déjà apprise. Gertru<strong>de</strong> fait <strong>de</strong>s doubles cor<strong>de</strong>s. Le professeur se montre plus patient<br />
lors <strong>de</strong>s accrocs. Tierces, quintes, sixtes, octaves se succè<strong>de</strong>nt. Le programme est<br />
* Tous les noms sont fictifs. 5
naturellement plus ambitieux que pour Marie. Gertru<strong>de</strong> abor<strong>de</strong> un exercice spécifique pour<br />
le placement <strong>de</strong>s doigts.<br />
Arrive le moment <strong>de</strong> jouer le morceau travaillé à la maison. Elle se concentre enfin et montre<br />
qu’elle peut être vive et éveillée. Elle peut être fière aussi <strong>de</strong> réussir. Pour encourager cette<br />
nouvelle implication, le professeur donne <strong>de</strong>s consignes <strong>de</strong> division d’archet et indique un<br />
travail <strong>de</strong> consolidation à faire à la maison en autonomie « guidée ». Egalement, pour la<br />
prochaine fois, un concerto simple en première position (Concerto <strong>de</strong> Rieding). Mme Bigler<br />
en fait travailler juste le début pour amorcer les fondamentaux (archet, poignets, doigts…) et<br />
justifier quelques nouvelles directives <strong>de</strong> travail.<br />
Après les vacances, troisième leçon et … même observation <strong>de</strong> dégradation que pour Marie.<br />
Dans le morceau à étudier, l’archet zigzague sur la cor<strong>de</strong>, la gamme est approximative.<br />
Gertru<strong>de</strong>, mal à l’aise, peine malgré une volonté apparente <strong>de</strong> bien faire. Les accrocs sont<br />
nombreux. Le professeur donne un conseil classique pour le cou<strong>de</strong> gauche qui permet à la<br />
main <strong>de</strong> trouver avec plus <strong>de</strong> sûreté la cor<strong>de</strong> choisie. L’élève sollicite (par diversion ) son<br />
professeur pour qu’elle lui joue le morceau avant <strong>de</strong> s’y attaquer…on accè<strong>de</strong> à sa <strong>de</strong>man<strong>de</strong>.<br />
A son tour, Gertru<strong>de</strong> essaie, n’y arrive pas… et amorce quelques nouvelles stratégies<br />
d’évitement : Elle simule maintenant celle qui ne comprend pas. Le manque <strong>de</strong> travail à la<br />
maison est manifeste…<br />
Inutile d’insister pour ce premier morceau. Le professeur fait travailler le <strong>de</strong>uxième morceau<br />
donné avant les vacances, en commençant par les consignes du démarrage. Gertru<strong>de</strong> se<br />
concentre cette fois. Je note tout l’intérêt pour le professeur <strong>de</strong> rester ferme <strong>de</strong>vant le<br />
dilettantisme <strong>de</strong> certains élèves et d’en revenir constamment à l’exigence du travail gradué<br />
et bien fait.<br />
La leçon se poursuit par la présentation d’un nouveau programme d’étu<strong>de</strong>. Le professeur fait<br />
une démonstration et l’élève répète. Puis, changement <strong>de</strong> programme pour relancer l’intérêt.<br />
Exercice <strong>de</strong> déchiffrage joué d’abord par le professeur qui montre beaucoup et ne ménage ni<br />
les consignes ni les commentaires. L’élève reprend et déchiffre ligne par ligne. Quelques<br />
« gratouillages » et dissipations d’attention réapparaissent. Signes <strong>de</strong> fatigue.<br />
Le professeur propose un <strong>de</strong>uxième morceau, plus court, et écrit quelques consignes<br />
d’usage général sur la partition. Exercice classique <strong>de</strong> déchiffrage. Madame Bigler me fait<br />
part <strong>de</strong> ses observations à propos d’un problème <strong>de</strong> rythme et sa corrélation avec un<br />
problème <strong>de</strong> division d’archet. Nous voyons là comment les problèmes peuvent être liés et<br />
peuvent être réglés l’un par l’autre.<br />
Même problème d’arythmie sur un troisième morceau. Pourtant Gertru<strong>de</strong> semble lire très<br />
attentivement la partition. « Elle déchiffre bien mais manque <strong>de</strong> travail suivi», me confirme<br />
son professeur.<br />
* Tous les noms sont fictifs. 6
Les quatrième et cinquième leçons suivent le schéma général <strong>de</strong>s précé<strong>de</strong>ntes, cependant,<br />
dès la quatrième, on remarque une reprise en main encourageante <strong>de</strong> Gertru<strong>de</strong>. Le<br />
professeur n’hésite pas à jouer en même temps que l’élève pour la soutenir lorsqu’elle fait un<br />
véritable effort. Elle la rassure et la conforte au besoin en lui montrant ce qui est bien fait.<br />
Cette fois Gertru<strong>de</strong> est félicitée pour son travail. Elle a fait correctement ce qui lui était<br />
<strong>de</strong>mandé à la maison. On déchiffre ensuite un nouveau morceau dans la tonalité d’une<br />
gamme connue (Fa Majeur), puis, pour finir un <strong>de</strong>rnier morceau dans une tonalité plus<br />
difficile et un rythme plus compliqué (Mi mineur).<br />
A la cinquième leçon, un fait remarquable : la maman <strong>de</strong> Gertru<strong>de</strong> est venue la chercher et<br />
un court entretien avec le professeur permet d’évoquer l’organisation du travail à la maison.<br />
La maman est mère au foyer d’une famille nombreuse (cinq enfants). Elle peut compter sur<br />
le soutien du professeur, mais doit relayer le même niveau d’exigence dans le travail fait en<br />
<strong>de</strong>hors du cadre <strong>de</strong> l’Ecole <strong>de</strong> <strong>Musique</strong> (Je me <strong>de</strong>man<strong>de</strong> si, n’étant pas musicienne ellemême,<br />
elle peut assurer cette continuité d’exigence). Cet échange direct avec le professeur<br />
semble cependant indispensable. Le cours doit s’adosser au travail fait à la maison afin<br />
d’apporter <strong>de</strong>s éléments nouveaux et progresser, en <strong>de</strong>hors <strong>de</strong>s exercices d’entraînement<br />
ordinaire.<br />
Quelques précisions sur les intentions, buts, objectifs et métho<strong>de</strong> du professeur<br />
En marge <strong>de</strong>s leçons, Madame Bigler m’explique ses intentions et buts : donner <strong>de</strong>s bases<br />
soli<strong>de</strong>s pour arriver à faire <strong>de</strong> la musique : valoriser le travail personnel, la rigueur, la<br />
régularité, l’implication. A cet effet elle fait travailler <strong>de</strong>s programmes construits, rigoureux,<br />
exigeants… Son expérience <strong>de</strong> concertiste l’amène à dépasser le cadre purement scolaire<br />
pour se projeter dans l’avenir « violonistique » <strong>de</strong> l’élève. Elle a donc a priori une vision à<br />
long terme et se montre d’autant plus exigeante sur les fondamentaux. Les objectifs sont<br />
« opérationalisés » sur cette échelle d’exigence : la bonne posture, le bon geste, les bonnes<br />
habitu<strong>de</strong>s tout <strong>de</strong> suite. Elle forme <strong>de</strong>s violonistes. Sa métho<strong>de</strong> est magistrale, très directive.<br />
L’enseignement est très cadré ; il correspond à un programme et à une progression<br />
soigneusement préparés et fait appel à <strong>de</strong>s techniques <strong>de</strong> travail éprouvées. Madame Bigler<br />
fractionne donc les difficultés et pratique une répétition éclairée en changeant fréquemment<br />
d’exercice pour varier les approches, autant que pour soutenir l’intérêt <strong>de</strong> l’élève ; seul le<br />
niveau d’exigence est constant pendant et entre les cours. L’élève est véritablement appelé<br />
à s’engager.<br />
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Eléments <strong>de</strong> pratique personnelle pendant le stage<br />
Je suis intervenu à plusieurs reprises, sous le contrôle du professeur, sur <strong>de</strong>s parties bien<br />
délimitées <strong>de</strong> son cours dont elle conservait naturellement une complète maîtrise. Dans ce<br />
cadre, j’ai pu faire travailler Marie et Gertru<strong>de</strong> en les faisant :<br />
- retravailler un exercice précis à la <strong>de</strong>man<strong>de</strong> <strong>de</strong> madame Bigler, en fonction <strong>de</strong>s<br />
opportunités du cours (reprise par imitation <strong>de</strong> la métho<strong>de</strong> du professeur) ;<br />
- déchiffrer un nouveau morceau (mise en place), dans les mêmes conditions que ci<strong>de</strong>ssus,<br />
avec prise en compte <strong>de</strong>s consignes fondamentales (justesse, répartition <strong>de</strong><br />
l’archet,…)<br />
Avec Marie, pas <strong>de</strong> surprise. C’est une élève qui répond bien à la <strong>de</strong>man<strong>de</strong>. J’observe le<br />
même comportement sérieux et concentré que d’habitu<strong>de</strong>. Je reprends l’exercice en cours<br />
ou j’anime un déchiffrage en suivant fidèlement la métho<strong>de</strong> du professeur. Marie s’applique à<br />
bien faire ce qu’on lui <strong>de</strong>man<strong>de</strong>. Je la trouve même presque trop attentive au détail, enfouie<br />
dans son effort, pour sembler avoir remarqué le changement <strong>de</strong> professeur…<br />
Quant à Gertru<strong>de</strong>, elle reste également fidèle à elle-même. Elle travaille par à-coups tout en<br />
conservant un calme olympien. Elle reste visiblement en <strong>de</strong>ssous <strong>de</strong> ses capacités. Après<br />
quelques conseils techniques recoupant ceux du professeur, en constatant ce détachement<br />
dommageable à ses progrès, je lui en fais gentiment la remarque… elle semble acquiescer<br />
en souriant, mais conserve cette distance. Vu le niveau d’implication, je m’interroge sur la<br />
solidité <strong>de</strong> ses intentions. Si son projet personnel est confirmé, peut-être serait-il intéressant<br />
<strong>de</strong> l’observer parallèlement dans un autre cadre (enseignement musical ou autre activité) <br />
Pourquoi pas dans une situation <strong>de</strong> préparation d’audition, <strong>de</strong> concert en public, qui sollicite<br />
l’élève en touchant <strong>de</strong>s aspects différents <strong>de</strong> son ego <br />
En conclusion, je peux dire qu’en observant le cours donné à Marie et à Gertru<strong>de</strong>. il<br />
m’a été donné à voir <strong>de</strong>ux grands types d’élèves (en terme d’implication) dans une<br />
situation d’enseignement ordinaire, non édulcorée, non idéalisée. C’est un véritable<br />
témoignage du quotidien <strong>de</strong> l’enseignant. C’est aussi l’opportunité d’ouvrir une réflexion<br />
nécessaire sur la typologie <strong>de</strong>s élèves. A la lumière <strong>de</strong> ce stage, je pense que si les objectifs<br />
d’enseignement peuvent être partagés (en termes d’apprentissage <strong>de</strong> la musique) les<br />
métho<strong>de</strong>s pédagogiques (ou les moyens employés par les enseignants) et les démarches<br />
d’acquisition (processus d’atteinte <strong>de</strong>s objectifs vécus par les élèves) ne peuvent, elles, faire<br />
l’économie d’une adaptation à la personnalité <strong>de</strong>s élèves. De même, les grands apports <strong>de</strong><br />
* Tous les noms sont fictifs. 8
la psychologie cognitive profitent aussi bien à l’enseignement <strong>de</strong> la musique…Je pense par<br />
exemple au jeu croisé, à l’aller-retour permanent entre « le geste et la pensée » <strong>de</strong> Piaget,<br />
que j’ai observé à l’action, à travers les nombreux exercices <strong>de</strong> réflexion gestuelle au cours<br />
du stage. Tout ceci m’inclinerait, à titre personnel, à donner une part significative à la<br />
négociation d’un « contrat » d’objectifs avec l’élève, pour qu’il balance véritablement et<br />
continuellement entre le « geste » et le « pourquoi » <strong>de</strong> ce geste. C’est un facteur<br />
fondamental d’implication.<br />
Cette remarque étant faite, je considère que c’est bien le professeur qui « sait ». L’élève<br />
apprend ! Le professeur assume la totalité <strong>de</strong> son apport à l’élève qui se trouve placé en<br />
situation <strong>de</strong> réception active. Les rôles sont clairs et bien délimités. L’apprentissage <strong>de</strong><br />
l’autonomie n’en est pas pour autant exclu, bien au contraire, l’élève est encouragé à<br />
travailler chez lui, travail en autonomie. Paradoxe apparent : « Chez toi, tu dois être ton<br />
propre professeur» (exigence) et en même temps « le professeur c’est moi». Cette posture<br />
en apparence simple requiert en réalité <strong>de</strong> la part du professeur une extrême vigilance et<br />
une connaissance approfondie <strong>de</strong> la psychologie du développement <strong>de</strong>s enfants et <strong>de</strong>s<br />
adolescents. Une même base technique, une intention pédagogique générale bien affirmée,<br />
mais un ton, un mo<strong>de</strong> <strong>de</strong> communication adapté à la spécificité <strong>de</strong> chaque élève.<br />
Double exigence pour l’élève comme pour l’enseignant.<br />
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