20e_rapport_sur_letat_du_mal-logement_en_france_2015_-_chapitre_2_-_1995-2015_pourquoi_la_france_est-elle_bloquee_dans_la_crise_du_logement

abbe.pierre

20e_rapport_sur_letat_du_mal-logement_en_france_2015_-_chapitre_2_-_1995-2015_pourquoi_la_france_est-elle_bloquee_dans_la_crise_du_logement

1995-2015 – Pourquoi la France est-elle bloquée

dans la crise du logement

au mieux le rapport entre l’offre et la demande. Pourtant, Clameur estime que

les loyers de marché ont crû de 52 % entre 1998 et 2014, alors que l’indice des

prix à la consommation, sur la même période, a augmenté presque deux fois

moins vite (+ 28 %). De plus, l’évolution des loyers ne reflète pas fidèlement

l’offre et la demande, puisque ce marché n’est pas entièrement libre : il est

régulé justement pour ne pas refléter entièrement l’offre et la demande et

contenir — un peu — la hausse des loyers. Lorsque les loyers de relocation

étaient libres, avant 2012, leur taux d’augmentation d’une année sur l’autre

était souvent vertigineux, dans une fourchette de 5,5 % à 7,3 % entre 2000

et 2010 en moyenne nationale, pour une raison assez simple : il y avait — et

il y a toujours — trop de candidats à la location et pas assez de biens à louer.

Dernier argument régulièrement entendu, le niveau de la vacance de logements

confirmerait qu’il n’y a pas besoin de construire plus. Avec 2,6 millions de

logements vides en France, il suffirait de les mobiliser pour reloger les

demandeurs de logement. Certes, il faut les mobiliser autant que possible,

mais cela ne saurait suffire. Car sur ces 2,6 millions, une grande partie est

située dans des endroits où la demande est faible — notamment dans des

zones rurales qui se sont dépeuplées. En juillet 2013, le CGDD s’est intéressé

au devenir de ce qui pourrait apparaître comme une réserve de logements et

une alternative à la construction. Verdict : « Un certain taux de vacance, qui

peut être considéré comme incompressible, s’explique notamment par les

lais de déménagement et d’amélioration, ainsi que par le renouvellement

du parc de logements. Près de la moitié de ces logements se retrouve donc

réoccupée rapidement et durablement, et un tiers est dans une situation

d’occupation intermittente, du fait des changements fréquents d’occupants,

inhérents aux petites surfaces du marché locatif privé. Les autres logements,

qui restent durablement inoccupés, sont souvent anciens et de moindre

qualité, la moitié de ceux-ci disparaît dans les dix années qui suivent l’entrée

en vacance. » 17

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Ces mêmes arguments (importance du parc de logements en France, taux de

vacance…) sont repris par un économiste dans une autre tribune du Monde

intitulée « Non, la France ne souffre pas d’un problème d’offre de logement ».

Celui-ci conteste le chiffre d’un déficit de 800 000 logements en laissant

croire qu’il aurait été calculé de manière simpliste, à partir d’une estimation

du nombre de personnes privées de domicile personnel 18 . En réalité, ce chiffre

mesure l’aggravation, chaque année, du déficit de logements construits par

rapport aux besoins des nouveaux ménages et au besoin de renouvellement

du parc. L’addition de ces déficits d’année en année depuis le milieu des

années 1970, calculé par l’économiste Michel Mouillart, conduit au chiffre

de 800 000 à un million de logements manquants. Et encore, cette simple

addition part du postulat que la France des années 1980 ne connaissait ni

pénurie ni excès d’offre de logements.

17 CGDD, « Une fois sur deux, la vacance d’un logement est suivie d’une réoccupation rapide et durable »,

n° 170, juillet 2013.

18 Thomas Grjebine, « Non, la France ne souffre pas d’un problème d’offre de logement », Le Monde, 29 octobre

2014.

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