20e_rapport_sur_letat_du_mal-logement_en_france_2015_-_chapitre_2_-_1995-2015_pourquoi_la_france_est-elle_bloquee_dans_la_crise_du_logement

abbe.pierre

20e_rapport_sur_letat_du_mal-logement_en_france_2015_-_chapitre_2_-_1995-2015_pourquoi_la_france_est-elle_bloquee_dans_la_crise_du_logement

Un blocage politique :

des rapports de force défavorables aux mal-logés

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Un blocage politique :

des rapports de force défavorables

aux mal-logés

Au-delà des raisons évoquées pour expliquer la faiblesse de l’action publique

face au mal-logement, il convient de s’interroger sur les rapports de force

dans le domaine du logement qui ne sont, à l’évidence, pas favorables aux

personnes les plus fragiles. Notamment parce qu’elles ne disposent pas de

relais suffisamment puissants face aux lobbies représentants d’intérêts

économiques.

2015

Le domaine du logement est effectivement un champ conflictuel et les réponses

techniques apportées à la question du logement des catégories modestes et

des personnes défavorisées sont aussi le produit des tensions entre approches

économique et sociale, entre des intérêts contradictoires, entre des visions

différentes de la société.

Sans toit, ni voix : des mal-logés sous-représentés

Les catégories sociales qui sont les principales victimes de la crise du logement

sont faiblement organisées, souvent privées de droit ou incapables de les faire

respecter, par manque de ressources pour y avoir recours. Parmi les personnes

les plus exclues du logement sont surreprésentés les demandeurs d’asile et les

personnes en situation administrative irrégulière sur le territoire. Mais, qu’il

s’agisse des Roms, des immigrés, notamment africains et maghrébins et de

leurs descendants 36 , les victimes du mal-logement sont aussi sans surprise

des victimes de discriminations dans l’accès au logement privé ou social,

qui redoublent les discriminations dans l’accès à l’emploi. Ensuite, parmi les

catégories qui sont les perdantes de la hausse des prix de la dernière décennie,

on retrouve les locataires du parc privé, qui sont assez peu représentés dans

l’espace public et ont du mal à y défendre leurs intérêts, alors que les locataires

du parc social sont plutôt bien représentés par les associations nationales

de défense des locataires. Cet état de fait peut contribuer à expliquer que la

question de l’encadrement des loyers ait mis autant de temps à émerger dans

le débat politique (voir partie 3).

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36 Jean-Louis Pan Ké Shon et Claire Scodellaro, « Discrimination au logement et ségrégation ethno-raciale en

France », document de travail 171 de l’INED, 2011.

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