20e_rapport_sur_letat_du_mal-logement_en_france_2015_-_chapitre_2_-_1995-2015_pourquoi_la_france_est-elle_bloquee_dans_la_crise_du_logement

abbe.pierre

20e_rapport_sur_letat_du_mal-logement_en_france_2015_-_chapitre_2_-_1995-2015_pourquoi_la_france_est-elle_bloquee_dans_la_crise_du_logement

1995-2015 – Pourquoi la France est-elle bloquée

dans la crise du logement

À travers ces exemples se pose la question suivante : qui porte aujourd’hui

les intérêts des personnes les plus fragiles Les mal-logés sont l’objet d’une

couverture médiatique régulière, mais ne semblent pas constituer pour

autant une force sociale, capable d’imposer ses vues et son agenda. La plus

spectaculaire manifestation qui ait marqué l’opinion au cours des dernières

années, l’initiative des Enfants de Don Quichotte en 2006, n’avait pas

rassemblé plus de quelques centaines de militants et sans-abri : une opération

efficace, mais fragile sur la durée. Elle a en tout cas eu le mérite dans ses

conséquences, au-delà des avancées réelles obtenues des pouvoirs publics,

de fédérer au sein du Collectif des associations unies 34 associations d’aide

aux mal-logés qui parviennent, aux côtés d’autres regroupements associatifs

comme le collectif Alerte, à porter une voix unie auprès des pouvoirs publics.

Nombreuses et bien implantées, les associations d’aide aux mal-logés qui

sont officiellement associées aux politiques d’insertion par le logement

depuis la loi Besson de 1990, sont à l’origine de nombreuses réponses aux

besoins des mal-logés et avancées des dernières années, en prenant appui

sur l’opinion publique pour sensibiliser à la cause des mal-logés. Mais elles

sont aujourd’hui fragilisées dans leur équilibre économique : financements

publics en baisse, place croissante des commandes publiques au détriment des

subventions. Ces transformations restreignent leurs capacités d’intervention

auprès des personnes et ne leur permettent pas toujours d’assurer dans le

temps le financement de projets pérennes. À cet égard, on peut légitimement

craindre une aggravation de la situation avec le plan de réduction des

dépenses publiques qui doit porter sur 50 milliards d’euros entre 2015 et

2017, tant pour le budget de l’État que pour celui des collectivités locales qui

financent grandement le secteur associatif.

Échapper au rôle de simple « gestionnaire de la misère » ne semble possible

qu’à condition de pouvoir dénoncer publiquement les dilemmes et les

contradictions, ce qui est particulièrement difficile quand les associations

sont financièrement dépendantes de l’État… Comme l’a expliqué Stéphane

Pavlovic, directeur de la Confédération générale du logement (CGL) devant

la commission d’enquête de l’Assemblée nationale consacrée au monde

associatif, « Vis-à-vis des pouvoirs publics, il peut être délicat d’être à la fois

un partenaire et, si l’on peut dire, un adversaire. […] C’est une antinomie

dont on souffre beaucoup dans le secteur du logement. Il nous est difficile

de défendre une association de locataires contre un office public dirigé par

sa collectivité de rattachement, par exemple le maire lorsqu’il s’agit d’un

office communal, et de composer par ailleurs avec cet élu dans un autre

contexte pour demander des subventions 37 ». La responsabilité de porter un

discours critique échoit alors de plus en plus aux collectifs associatifs et à des

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37 Alain Bocquet et Françoise Dumas, « Rapport fait au nom de la commission d’enquête chargée d’étudier les

difficultés du monde associatif », 25 novembre 2014, p. 117.

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