Numéro 18 - Conseil général de l'Oise

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Numéro 18 - Conseil général de l'Oise

60. Vous aviez seize

ans quand vous

avez adhéré

à l’association

Léo-Lagrange

de Verneuil-en-

Halatte. Pourquoi

étiez-vous attiré

par ce mouvement ?

R.D. La Fédération Léo-

Lagrange, née après la

guerre, plus exactement

en 1950, s’adressait à la

jeunesse. Une jeunesse

animée par les idées de

gauche sans forcément

appartenir à un parti

politique. Il était tout à

fait normal que je m’y

intéresse. Léo-Lagrange

était le sous-secrétaire

d’État aux sports

et aux loisirs dans le

gouvernement du Front

populaire, qui a instauré

en 1936 la première

semaine de congés payés

obligatoires. Il était ainsi

devenu le symbole du

temps libéré. La fédération

nationale qui portait

son nom avait comme

objectif d’organiser

justement ce temps,

de proposer aux citoyens

des loisirs sportifs,

culturels, touristiques.

Racontez-nous

les débuts de

l’association, dans

votre commune.

Créé dès 1951, le club de

Verneuil est le plus ancien

du département de l’Oise !

Cependant, les jeunes qui

l’animaient ont été bientôt

enrôlés pour l’Algérie.

Ainsi, l’association a

végété pendant quelque

temps, et a retrouvé un

nouveau souffle vers

la fin des années 1950.

Moi-même, j’y ai adhéré

en 1959. Ce mouvement

où l’éducation populaire

prenait tout son sens

m’a ouvert les yeux

sur le monde. Ainsi,

j’ai dit à mes parents,

agriculteurs, qu’après

mon service militaire,

« Donner à tout un chacun la possibilité

d’élargir ses connaissances et

ses aptitudes dans des domaines divers »

je ne retournerais plus

travailler à la ferme. En

1964 j’ai été embauché

comme mécanicien

d’entretien à l’Institut

géographique national à

Creil, un travail qui m’a

passionné toute ma vie.

Comment peut-on

définir l’éducation

populaire ?

C’est une très belle idée,

qui consiste à donner

à tout un chacun la

possibilité d’élargir

ses connaissances et

ses aptitudes dans des

domaines très divers.

Les associations Léo-

Lagrange participent

de cette mouvance.

Les gens qui y viennent

enrichissent leur culture

tout en y prenant un

plaisir.

Comment a évolué

l’association ?

Je voudrais d’abord

raconter comment a été

inauguré notre local en

1965, pour illustrer notre

enthousiasme. Après

la guerre, la ville de

Creil, qui avait souffert

des bombardements, a

construit des maisons en

bois. Un de ces chalets

a été mis à la disposition

de la fédération. Durant

deux ans, nous avons

démonté la maison,

nous avons transporté le

matériel en camions et

remorques, et nous avons

reconstruit à Verneuil

le local, pièce par pièce.

Est-ce que les

activités du club

ont évolué ?

Au début, nous

proposions surtout

des activités sportives,

tennis de table, volley.

Nous organisions des

rencontres amicales,

en éduquant les gens

aux valeurs du sport :

honnêteté, respect de

l’adversaire et, plus tard,

lutte contre le dopage.

Dans les années 1960,

nous avons développé

les sorties camping, une

manière conviviale

et reposante de profiter

de ses congés payés.

La décennie suivante,

les rallyes touristiques

60 - N°18 - Juin 2006

ont emboîté le pas. Nous

partions à la découverte

de la région dans une

sorte de jeu de piste,

qui se couronnait le soir

d’un repas festif préparé

en commun. Certains

ateliers ont disparu parce

que les temps ont changé,

comme le laboratoire

photo. Aujourd’hui, nous

avons, entre autres, une

école et une compagnie

théâtrales qui préparent

des spectacles et donnent

des représentations.

Est-ce que l’idéal

de l’éducation

populaire vous

semble toujours

d’actualité ?

Tout à fait. D’autant

plus qu’il participe

de la résistance à une

tendance fâcheuse de

notre époque : la simple

« consommation »

de loisirs. Or, dès les

années 1960, les clubs

de loisirs Léo-Lagrange

affichaient leur idéal :

« que le travailleur en

vacances ne soit jamais

un client mais un ami ».

L’éducation populaire

nous préserve des

pièges de la société de

consommation. Et nous

enrichit durablement.

PROPOS RECUEILLIS PAR

ROUJA LAZAROVA

Exposition « 1936 – 2006 »

jusqu’au 2 juillet à l’Hôtel

du Département et à partir

du 10 juillet aux Archives

départementales

CONTACT

03 44 06 60 60 / oise.fr

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