Nevermind - Médiathèques de Colombes
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La pochette originale<br />
<strong>de</strong> l'album «<strong>Nevermind</strong>»,<br />
paru le 24 septembre 1991
20 ans déjà ! Il y a 20 ans, une génération,<br />
paraissait chez GEFFEN RECORDS le second album<br />
<strong>de</strong> NIRVANA, un magnum opus nommé<br />
"<strong>Nevermind</strong>", un disque d'une telle envergure qu'il<br />
allait inscrire quasi-instantanément le jeune groupe <strong>de</strong><br />
Seattle dans la légen<strong>de</strong> dorée du rock. Au panthéon<br />
<strong>de</strong>s plus grands. Quelque part entre BEATLES et<br />
SEX PISTOLS, DAVID BOWIE et BLACK SABBATH,<br />
NEIL YOUNG et SONIC YOUTH.<br />
Car, oui, "<strong>Nevermind</strong>" était bien <strong>de</strong> ce niveau-là.<br />
Mieux qu'un grand opus, c'était l'oeuvre d'un immense<br />
groupe. Et la révélation du talent <strong>de</strong> KURT COBAIN,<br />
créateur incroyablement inspiré, dont les<br />
compositions rageuses et mélodiques, entre<br />
électricité lumineuse et noirceur bouleversante,<br />
allaient (presque) toutes <strong>de</strong>venir <strong>de</strong>s classiques,<br />
influençant au passage une nouvelle vague <strong>de</strong><br />
musiciens.<br />
D'OASIS aux WHITE STRIPES en passant par<br />
ELLIOTT SMITH, PLACEBO, MUSE, <strong>de</strong> PJ<br />
HARVEY, SMASHING PUMPKINS, ASH jusqu'aux<br />
récents VACCINES, tous témoignent <strong>de</strong> l'importance<br />
cruciale <strong>de</strong> "<strong>Nevermind</strong>".
UN ALBUM-CULTE AUX CONSÉQUENCES INCALCULABLES<br />
Sans le savoir, sans le vouloir, KURT COBAIN a engendré une révolution, défini le<br />
son <strong>de</strong> sa décennie (et au-<strong>de</strong>là...), légué au mon<strong>de</strong> un album-culte, <strong>de</strong> ceux qui marquent<br />
immédiatement et se bonifient pour autant avec le temps (aujourd'hui, "<strong>Nevermind</strong>"<br />
sonne toujours aussi frais, puissant, percutant), tout en mettant tout le mon<strong>de</strong> d'accord. Un<br />
monument intemporel, inusable, qui, porté par l'imparable "Smells Like Teen Spirit",<br />
hymne d'une génération, mérite totalement sa place à côté <strong>de</strong>s "Fun House", "Ziggy<br />
Stardust", "Overkill", "Closer" ou autres "The Queen Is Dead" et "Doolittle" <strong>de</strong><br />
légen<strong>de</strong>, qui ont contribué à (re)définir l'esthétique du rock.<br />
Même <strong>de</strong>s artistes pourtant majeurs et à la forte personnalité, tels DAVID BOWIE,<br />
R.E.M. ou SONIC YOUTH, eux-mêmes modèles avérés d'un KURT COBAIN avi<strong>de</strong> <strong>de</strong><br />
musique et fin connaisseur <strong>de</strong> l'oeuvre <strong>de</strong> ses aînés, n'ont pu échapper à la déferlante<br />
"<strong>Nevermind</strong>", et seront lour<strong>de</strong>ment influencés par le ton unique <strong>de</strong> ce <strong>de</strong>rnier... Le groupe<br />
"hard" <strong>de</strong> DAVID BOWIE, TIN MACHINE, ou le très électrique "Monster" (1994) <strong>de</strong><br />
R.E.M. en sont <strong>de</strong>s exemples flagrants.<br />
Quant aux innombrables reprises <strong>de</strong>s titres <strong>de</strong> "<strong>Nevermind</strong>" par <strong>de</strong>s artistes aussi<br />
divers et éloignés les uns <strong>de</strong>s autres que TRICKY, PAUL ANKA, CAETANO VELOSO<br />
jusqu'au groupe jazz déjanté THE BAD PLUS, elles ne font que démontrer le caractère<br />
universel <strong>de</strong> cet album hors-norme, à l'impact fulgurant, capable <strong>de</strong> toucher n'importe quel<br />
auditeur, mélomane ou non, n'importe quel musicien, quelle que soit sa sensibilité.<br />
Il est difficile d'imaginer aujourd'hui, <strong>de</strong>ux décennies après, combien "<strong>Nevermind</strong>"<br />
a modifié le paysage rock. Mais il <strong>de</strong>meure plus difficile peut-être encore d'expliquer<br />
pourquoi ce disque en particulier a obtenu un succès si ahurissant (on parle aujourd'hui <strong>de</strong><br />
30 millions d'exemplaires vendus !), a réussi là où tant d'autres avant lui, <strong>de</strong> trempe<br />
pourtant égale (voire même parfois supérieure), avaient échoué.<br />
Au-<strong>de</strong>là <strong>de</strong>s qualités musicales incontestables du manifeste "grunge", un certain<br />
nombre d'éléments éclairent "<strong>Nevermind</strong>" d'un jour particulier et constituent autant <strong>de</strong><br />
théories et <strong>de</strong> réponses plausibles aux questions soulevées par le "phénomène"<br />
NIRVANA... le contexte, en premier lieu, fondamental.
SORTIR AU BON MOMENT ET ENTERRER LES ANNÉES 1980<br />
"<strong>Nevermind</strong>" a clairement été édité à une pério<strong>de</strong> charnière <strong>de</strong> l'histoire du rock.<br />
D'aucuns diront même que le "timing" a joué en faveur (du succès) <strong>de</strong> l'album. C'est à la<br />
fois vrai et faux. En effet, toute oeuvre artistique est simultanément fruit, symbole, et<br />
même parfois force motrice et novatrice <strong>de</strong> son époque. C'est exactement le cas pour<br />
l'opus <strong>de</strong> NIRVANA.<br />
"<strong>Nevermind</strong>" est assurément sorti au "bon moment" : bénéficiant d'un<br />
environnement favorable (montée en puissance du rock alternatif, importance accrue <strong>de</strong>s<br />
labels indépendants), le disque aurait été peut-être un échec s'il avait été révélé ne seraitce<br />
qu'un an ou <strong>de</strong>ux plus tôt. Pour autant, on ne peut se contenter <strong>de</strong> cette explication<br />
pour abor<strong>de</strong>r la réussite commerciale et artistique invraisemblable qui ira jusqu'à amener<br />
"<strong>Nevermind</strong>" au statut <strong>de</strong> phénomène culturel majeur. Il y avait là quelque chose <strong>de</strong><br />
plus, un mélange <strong>de</strong> faits concrets, <strong>de</strong> magie propre au rock et d'événements irrationnels<br />
qui ont fait littéralement exploser aux yeux du mon<strong>de</strong> cet album monumental, pas comme<br />
les autres, rebelle et pourtant séduisant.<br />
Pour revenir à la chronologie, "<strong>Nevermind</strong>" est <strong>de</strong> fait le disque qui a clôturé les<br />
années 1980. Après <strong>de</strong>s années <strong>de</strong> "rock MTV" (la chaîne contribuera paradoxalement à<br />
la gloire colossale <strong>de</strong> "Smells Like Teen Spirit" en diffusant le clip 20 fois par jour au plus<br />
fort du succès mondial...), <strong>de</strong> sucreries musicales, <strong>de</strong> stars jetables, NIRVANA et son<br />
album-choc marquaient brutalement le retour à <strong>de</strong>s sujets "sérieux", à <strong>de</strong>s chansons<br />
puissantes et ouvragées, à un rock engagé, sincère, intime et universel à la fois, voire<br />
même existentiel. Une musique qui accroche, secoue et interroge les consciences.<br />
Incroyablement séduisante et dérangeante à la fois. Des airs et <strong>de</strong>s paroles graves pour<br />
une époque en plein bouleversement(s), pour une "génération X" déboussolée qui se<br />
reconnaîtra totalement dans ces mélodies infectieuses, trépidantes, inimitables, portées<br />
par une énergie fabuleuse. S'i<strong>de</strong>ntifiant, plus qu'à n'importe quel autre groupe, à NIRVANA<br />
et à KURT COBAIN, <strong>de</strong>venu ainsi bien malgré lui "porte-parole" d'un public comme le<br />
furent avant lui ELVIS, DYLAN ou JOHNNY ROTTEN, en d'autres circonstances.<br />
D'un coup, le mon<strong>de</strong> <strong>de</strong> l'après-Guerre froi<strong>de</strong> découvrait "<strong>Nevermind</strong>", ses<br />
mélodies pop sur fureur punk, et plus rien ne serait comme avant... La séduction<br />
immédiate d'un recueil <strong>de</strong> chansons au sens mélodique hérité <strong>de</strong>s BEATLES voire <strong>de</strong>s<br />
MONKEYS, mais brûlantes <strong>de</strong> la rage d'un COBAIN qui refuse <strong>de</strong> débrancher ses<br />
guitares saturées par une indéfectible fidélité envers LED ZEP', STOOGES, PISTOLS,<br />
BUZZCOCKS et consorts.
Par cette alchimie unique, cette alliance <strong>de</strong>s contraires, ce jeu <strong>de</strong> chaud et <strong>de</strong><br />
froid, "<strong>Nevermind</strong>" est bien l'album-miracle, aux mille visages qui enterra la décennie<br />
Reagan. Ringardisant au passage une bonne partie <strong>de</strong>s groupes (<strong>de</strong> métal surtout) issus<br />
<strong>de</strong> cette ère. Annonçant dans un fracas <strong>de</strong> décibels le ton <strong>de</strong> la décennie qui s'ouvrait,<br />
aussi grâce à sa position idéale d'oeuvre parue en 1991. Et <strong>de</strong> ce fait, on le soulignait plus<br />
haut, le contexte lui était favorable.<br />
DÉPASSER L'EXEMPLE DES GLORIEUX AÎNÉS<br />
Indubitablement, un certain nombre <strong>de</strong> musiciens, en particulier les chantres du<br />
rock alternatif américain (X, GUN CLUB, HÜSKER DÜ, REPLACEMENTS, VIOLENT<br />
FEMMES, sans oublier les grands frères spirituels <strong>de</strong> COBAIN, R.E.M., SONIC YOUTH et<br />
PIXIES) ont, par leurs parcours et leurs efforts, annoncé le triomphe <strong>de</strong> "<strong>Nevermind</strong>". Par<br />
leur intransigeance, leur refus <strong>de</strong>s mo<strong>de</strong>s (à une époque où BON JOVI et WHITNEY<br />
HOUSTON cartonnaient...), leur respect <strong>de</strong> l'éthique punk mais aussi par leur amour<br />
<strong>de</strong>s chansons percutantes comme <strong>de</strong>s six-cor<strong>de</strong>s ravageuses, ces artistes ont non<br />
seulement montré la voie à KURT COBAIN, qui les admirait tous sans exception, mais<br />
aussi indéniablement préparé le terrain, dans les années 80, au succès universel <strong>de</strong><br />
"<strong>Nevermind</strong>".<br />
Sans la rage "hardcore" <strong>de</strong> HÜSKER DÜ, les audaces bruitistes <strong>de</strong> SONIC YOUTH<br />
ou les bombes mélodico-délirantes <strong>de</strong>s PIXIES, "<strong>Nevermind</strong>" n'aurait sans doute pas<br />
accédé à une telle reconnaissance. Il n'aurait même probablement jamais sonné tel quel.<br />
Pour autant, si cet album a tant secoué les esprits, au-<strong>de</strong>là <strong>de</strong> toute espérance,<br />
pénétrant toutes les classes sociales, c'est bien qu'il avait ce petit quelque chose <strong>de</strong> plus,<br />
qui fait toute la différence. La révélation d'un talent en or, combiné à une époque propice à<br />
cette révélation. Il faut d'ailleurs souligner qu'il est terriblement ironique qu'un tel album,<br />
foncièrement punk (par essence et par philosophie), se soit envolé à une telle hauteur,<br />
ait remporté une telle guerre (allant jusqu'à surpasser MICHAEL JACKSON en termes <strong>de</strong><br />
ventes aux États-Unis, c'est dire...), là où les aînés <strong>de</strong> la "génération CBGB", celle qui<br />
inventa le punk au mitan <strong>de</strong>s seventies (DEAD BOYS, JOHNNY THUNDERS,<br />
RAMONES...) ont perdu tant <strong>de</strong> batailles... en employant pourtant les mêmes recettes :<br />
amour sincère du rock 'n' roll, refus <strong>de</strong>s concessions (à une époque où SUPERTRAMP ou<br />
TOTO cartonnaient...), textes personnels, combinaison <strong>de</strong> mélodies étincelantes et <strong>de</strong><br />
"grosses guitares"...<br />
NIRVANA a porté cette formule à un niveau insoupçonné, permettant à<br />
"<strong>Nevermind</strong>" <strong>de</strong> s'imposer <strong>de</strong> façon aussi fulgurante qu'inattendue. Nul ne peut se<br />
targuer aujourd'hui d'avoir prévu le raz-<strong>de</strong>-marée d'un tel opus : il n'était pas être calibré<br />
pour passer en radio ou sur MTV, était même anticommercial (les textes parlent <strong>de</strong><br />
dépression nerveuse et même <strong>de</strong> viol), et paraissait <strong>de</strong> plus lors d'un année<br />
particulièrement riche (METALLICA, GUNS N' ROSES, U2... cf. ci-<strong>de</strong>ssous), l'une <strong>de</strong> ces
années fondamentales <strong>de</strong> l'histoire du rock, à l'instar <strong>de</strong> 1965, 1977, 1997 ou 2001.<br />
Et pourtant... Dès son apparition, l'album crée un véritable électrochoc. Le public<br />
se rue en masse, réservant un triomphe inespéré à un opus lui permettant <strong>de</strong> satisfaire<br />
tous ses fantasmes <strong>de</strong> "vrai rock", à une époque où ce sont pourtant le rap, la country et la<br />
pop qui dominent les "charts". Les critiques sont aussi sous le charme, faisant <strong>de</strong><br />
"<strong>Nevermind</strong>" leur album <strong>de</strong> l'année, voire <strong>de</strong> la décennie (qui vient à peine <strong>de</strong><br />
commencer...), eux qui auraient misé quelques mois plus tôt sur R.E.M. ou MASSIVE<br />
ATTACK, voire sur TOM PETTY.<br />
De fait, KURT COBAIN et son oeuvre ont remporté tous les suffrages par surprise !<br />
Par la puissance <strong>de</strong> ses compositions, leur habileté, par ses airs inoubliables, portés par<br />
une hargne incontestablement sincère, "<strong>Nevermind</strong>" <strong>de</strong>vient un coup <strong>de</strong> coeur<br />
immédiat. Mieux : un classique instantané. Pas mal pour un album <strong>de</strong> rock "dur" paru au<br />
coeur d'une pério<strong>de</strong> où MARIAH CAREY et BILLY RAY CYRUS ven<strong>de</strong>nt <strong>de</strong>s camions<br />
entiers <strong>de</strong> disques... Sans rien changer à son attitu<strong>de</strong>, sans faire aucun compromis,<br />
NIRVANA est <strong>de</strong>venu avec son opus-étendard le nouvel étalon du binaire, le symbole<br />
du "vrai" rock, l'initiateur d'un mouvement éphémère (le "grunge", mix -réactualisé- <strong>de</strong><br />
métal, <strong>de</strong> punk et <strong>de</strong> pop, et bannière sous laquelle on rangera <strong>de</strong>s gens aussi différents<br />
que MUDHONEY, ALICE IN CHAINS ou SOUNDGARDEN), le gardien du temple.<br />
JOHN LENNON, JOHN BONHAM et SID VICIOUS auraient été fiers... NEIL<br />
YOUNG, LEMMY, JOHNNY ROTTEN, THURSTON MOORE et FRANK BLACK le sont à<br />
coup sûr, eux qui ne cessent <strong>de</strong> chanter les louanges <strong>de</strong> KURT COBAIN à longueur<br />
d'interviews, se reconnaissant dans ce petit frère spirituel prodige, admettant que son<br />
succès est bien la preuve que la croyance obstinée en les tables <strong>de</strong>s lois sacrées du vrai<br />
rock, luci<strong>de</strong>, intransigeant et fidèle à lui-même, peut vaincre toutes les résistances, abattre<br />
toutes les barrières. Car il s'agit bien <strong>de</strong> cela. De la même "race" que ses glorieux aînés<br />
précités, KURT COBAIN aura pourtant mieux réussi qu'eux.<br />
LE RETOUR DES GUITARES ET LA VICTOIRE DU ROCK<br />
INDÉPENDANT<br />
"<strong>Nevermind</strong>" aura un tel rayonnement, une influence si écrasante qu'il ramènera<br />
le rock "à guitares" au premier plan pour les années à venir. Les années 1990, et<br />
même au-<strong>de</strong>là, auront beau voir la naissance <strong>de</strong> mouvements majeurs (trip-hop en<br />
particulier) et l'émergence <strong>de</strong> tendances essentielles (généralisation et acceptation du rap<br />
et <strong>de</strong> la techno), c'est bien NIRVANA et son chef-d'oeuvre qui donnèrent le "la" d'une<br />
déca<strong>de</strong> pourtant particulièrement riche et variée. Plus que jamais, il serait possible <strong>de</strong><br />
mêler mélodies éclatantes et bruitisme extrême, ritournelles intimistes et "rock <strong>de</strong><br />
sta<strong>de</strong>", volonté <strong>de</strong> conquête et attitu<strong>de</strong> anti-conformiste.<br />
Dans le même ordre d'idée, dans le sillage <strong>de</strong> "<strong>Nevermind</strong>", c'est toute la scène<br />
"alternative" qui se révèle au mon<strong>de</strong> comme jamais auparavant. Au risque <strong>de</strong> perdre<br />
son âme au passage... COBAIN n'était-il pas le premier à fustiger un groupe comme<br />
PEARL JAM (aux côtés <strong>de</strong>s GUNS N' ROSES et <strong>de</strong> METALLICA, qu'il déclarait volontiers<br />
"détester"), autre formation issue du "grunge" et qui connut également un énorme
succès ?<br />
Peu importe, à voir la taille désormais conséquente qu'occupent les bacs à disques<br />
"indie rock" chez les reven<strong>de</strong>urs, on sait que "<strong>Nevermind</strong>" a eu une importance<br />
déterminante. Son exemple en a encouragé <strong>de</strong>s milliers d'autres; par son authenticité,<br />
sa superbe, son audace, il a indiqué le chemin à suivre à <strong>de</strong> nombreux musiciens pourtant<br />
bien différents les uns <strong>de</strong>s autres, <strong>de</strong>s années 90 jusqu'aux années 2000. SMASHING<br />
PUMPKINS, WEEZER, SUPERGRASS, EELS, PLACEBO, MUSE, VINES, COLD WAR<br />
KIDS (liste non-exhaustive...), tous ces groupes ont beau avoir leur personnalité, ils<br />
doivent tous un petit quelque chose à NIRVANA... Impossible d'imaginer leurs oeuvres<br />
sonner telles quelles sans l'apport fondamental <strong>de</strong> "<strong>Nevermind</strong>". Peut-être même<br />
n'auraient-elles jamais vu le jour. Reste qu'aucun <strong>de</strong>s artistes précités n'a pu ou su écrire<br />
son "Smells Like Teen Spirit"... Là <strong>de</strong>meure le mystère. Comment a-t-on pu aboutir à<br />
"<strong>Nevermind</strong>" ? Qu'est-ce qui rend ce disque si spécial, exaltant, fabuleux, troublant ? On<br />
pourrait multiplier les superlatifs, aucun ne rendrait la magie qui émane <strong>de</strong> la locomotive<br />
sonique implacable qu'est "<strong>Nevermind</strong>".<br />
UN MELTING POT SONORE SÉDUISANT, MAIS SANS<br />
CONCESSION<br />
Il suffit pourtant <strong>de</strong> réécouter ce <strong>de</strong>rnier pour comprendre que cette magie pure<br />
était bien réelle. Avec "<strong>Nevermind</strong>", sans que l'on puisse tout à fait expliquer pourquoi,<br />
NIRVANA touchait à une sorte <strong>de</strong> grâce, quelque chose d'indéfinissable, comme à une<br />
formule magique qui donne naissance aux plus beaux efforts, mélanges <strong>de</strong> génie et <strong>de</strong><br />
hasard (mais n'est-ce pas la même chose ?), ces oeuvres rares qui connaissent la<br />
reconnaissance universelle sans jamais cé<strong>de</strong>r sur le terrain <strong>de</strong> leur singularité profon<strong>de</strong>.<br />
Voire <strong>de</strong> leur jusqu'au-boutisme artistique.<br />
Ainsi probablement s'explique la raison du succès total <strong>de</strong> "<strong>Nevermind</strong>" auprès <strong>de</strong><br />
tous, là où tant d'autres n'ont dû se contenter que d'un <strong>de</strong>stin plus mo<strong>de</strong>ste... Plus que les<br />
oeuvres du GUN CLUB et <strong>de</strong>s VIOLENT FEMMES, très ancrées dans le blues et la<br />
country (tout en restant très rock, voire punk), celles <strong>de</strong> SONIC YOUTH, sans doute trop<br />
avant-gardistes, ou celles <strong>de</strong>s PIXIES, certainement trop complexes voire "tordues" (il<br />
aura manqué un immense "tube" à FRANK BLACK et sa ban<strong>de</strong>), "<strong>Nevermind</strong>" se situe<br />
peut-être au centre <strong>de</strong> gravité du rock, cette espèce <strong>de</strong> Saint Graal auquel ils ne sont<br />
qu'une poignée <strong>de</strong> groupes privilégiés à pouvoir accé<strong>de</strong>r au cours <strong>de</strong> leur carrière.<br />
L'apanage <strong>de</strong>s géants, ceux qui, bardés <strong>de</strong> leurs convictions et <strong>de</strong> leur talent, tombent en<br />
plus au bon endroit au bon moment. NIRVANA a réussi cela avec "<strong>Nevermind</strong>", comme<br />
les très rares groupes qui savent mettre la main sur un genre <strong>de</strong> formule secrète capable<br />
<strong>de</strong> conquérir tout le mon<strong>de</strong>, et pas seulement le cercle <strong>de</strong>s amateurs (éclairés ou non)<br />
<strong>de</strong> rock, avec <strong>de</strong>s titres dévastateurs, on osera dire <strong>de</strong>s "hits", même s'ils n'avaient pas<br />
vocation à en être.<br />
Plus que n'importe quelle formation, en 1991, NIRVANA était la mieux à même <strong>de</strong><br />
plaire à la fois au père féru <strong>de</strong> rock "à l'ancienne", comme à la mère sensible à <strong>de</strong>s<br />
mélodies délicates, en passant par le grand frère amateur <strong>de</strong> rock alternatif, sans oublier
la petite <strong>de</strong>rnière, fan <strong>de</strong> métal et <strong>de</strong> punk surpuissant.<br />
Peu <strong>de</strong> groupes peuvent se targuer <strong>de</strong> "brasser" aussi large dans l'histoire <strong>de</strong> la<br />
musique amplifiée, <strong>de</strong> réussir une telle synthèse, <strong>de</strong> mettre au point une telle recette. Un<br />
brouet <strong>de</strong> pop, <strong>de</strong> punk, <strong>de</strong> métal, d'indie rock, <strong>de</strong> folk, pile à la croisée <strong>de</strong> ces styles. Un<br />
genre <strong>de</strong> melting pot sonore parfait.<br />
En cela, NIRVANA et "<strong>Nevermind</strong>" rejoignent bien cette lignée <strong>de</strong> chefs-d'oeuvres,<br />
qui, dans les annales du binaire, parviennent à émouvoir tout le mon<strong>de</strong> sans rien changer<br />
à leur nature profon<strong>de</strong>, à leur superbe et arrogante différence, tout en étant<br />
intrinsèquement plaisants, fédérateurs, attirants. Populaires, osons le mot.<br />
Ce NIRVANA-là est bien dans une chaîne qui irait <strong>de</strong>s BEATLES à RADIOHEAD<br />
en passant par LED ZEPPELIN, IGGY POP, METALLICA ou les SMITHS. Mettant en<br />
adéquation <strong>de</strong>s éléments disparates, à priori éloignés les uns <strong>de</strong>s autres, voire<br />
antagonistes. Riffs en béton armé et mélodies cristallines. Saturation assourdissante et<br />
harmonies limpi<strong>de</strong>s. Tempos tachycardiques et lenteurs expressives. Textes personnels et<br />
mots universels.<br />
12 TITRES EN OR MASSIF : ANALYSE D'UN CHEF-D'OEUVRE<br />
"<strong>Nevermind</strong>" réussit cela, comme rarement dans la saga du rock, revêtant cette<br />
évi<strong>de</strong>nce bouleversante qui lui permettra d'atteindre les plus hautes marches, sans<br />
calcul, sans frime, mais en déroulant un talent, un brio, une maestria qui n'appartiennent<br />
qu'aux plus grands albums. Et "<strong>Nevermind</strong>" est indéniablement un grand, un très grand<br />
album.<br />
À le réécouter maintenant, en 2011, avec quelques années <strong>de</strong> recul, on comprend<br />
mieux désormais le pourquoi <strong>de</strong> sa consécration immédiate, comme <strong>de</strong> son<br />
exceptionnelle longévité. De fait, si l'époque était prête, propice à porter "<strong>Nevermind</strong>"<br />
au pinacle (plus que celle <strong>de</strong>s moins chanceux RAMONES, REPLACEMENTS ou SONIC<br />
YOUTH, on l'a vu), une évi<strong>de</strong>nce saute toutefois aux oreilles qui se posent sur l'album.<br />
Celui-ci réussissait sur tous les tableaux, déployant un son tourbillonnant, insaisissable<br />
et pourtant i<strong>de</strong>ntifiable entre mille, qui touchait au coeur comme aux jambes, au<br />
cerveau comme au corps, et qui lui a permis d'échapper au sort qu'ont connu les<br />
"perdants magnifiques" cités plus haut. Fureur punk et mélodies pop, on l'a dit, mais<br />
aussi un esprit <strong>de</strong> synthèse remarquable.<br />
Avec "<strong>Nevermind</strong>", on avait l'impression d'écouter un con<strong>de</strong>nsé parfait du NEIL<br />
YOUNG mélodico-électrocuté <strong>de</strong>s années "Rust Never Sleeps", <strong>de</strong> l'attaque écrasante<br />
<strong>de</strong> LED ZEPPELIN, <strong>de</strong> l'inventivité mélodique <strong>de</strong> R.E.M. passée à la moulinette<br />
métalloï<strong>de</strong> <strong>de</strong>s STOOGES et <strong>de</strong> MOTÖRHEAD. Sans jamais sonner comme un plagiat<br />
sans âme, "<strong>Nevermind</strong>" offrait mille facettes, chacune étant capable <strong>de</strong> séduire un<br />
auditeur. Voilà le secret : <strong>de</strong>s chansons protéiformes, détruisant les barrières entre les<br />
styles, ce grand brasier qui enflamme toutes et tous. Comment aurait-il pu en être<br />
autrement ?
Dès l'ouverture <strong>de</strong> l'album, le titanesque "Smells Like Teen Spirit" balaye toutes<br />
les réticences, toutes les résistances. Porté par la batterie d'un DAVE GROHL dont les<br />
roulements inlassables maintiennent une tension permanente, comme par les riffs<br />
monstrueux d'un KURT COBAIN prêt à en découdre, le titre, qui ne lasse pas après<br />
1000 écoutes, surprend encore aujourd'hui, déton(n)e, donne <strong>de</strong>s frissons et <strong>de</strong>s envies<br />
<strong>de</strong> pogo. Un hymne, un vrai, <strong>de</strong> la classe <strong>de</strong> "You Really Got Me", "Highway To Hell"<br />
ou "Ace Of Spa<strong>de</strong>s". Diaboliquement efficace, jouant sur le contraste entre mélodie<br />
limpi<strong>de</strong> et éruption <strong>de</strong> violence, selon une dynamique clairement héritée <strong>de</strong>s PIXIES<br />
(moments calmes / déchaînements électriques). "Smells Like Teen Spirit" est peut-être<br />
le meilleur résumé <strong>de</strong> la philosophie <strong>de</strong> NIRVANA : agression sonore, science "pop" <strong>de</strong> la<br />
mélodie d'orfèvre, dynamique incisive et paroles fortes.<br />
Le reste <strong>de</strong> l'album était à l'avenant... Magnifiés par une production et un<br />
mixage superbes (oeuvres <strong>de</strong> BUTCH VIG et d'ANDY WALLACE), les joyaux <strong>de</strong><br />
"<strong>Nevermind</strong>" réussissent l'exploit <strong>de</strong> sonner "clair" et "cra<strong>de</strong>" à la fois. En résulte la<br />
multiplicité <strong>de</strong>s sentiments éprouvés à l'écoute <strong>de</strong> titres si différents les uns <strong>de</strong>s autres,<br />
mais gardant cependant ce curieux air <strong>de</strong> famille.<br />
Comment décrire "In Bloom", sa ligne <strong>de</strong> basse tranquillement déterminée, en<br />
mid-tempo redoutable, la voix terrible <strong>de</strong> KURT COBAIN crachant son dégoût du mon<strong>de</strong>,<br />
sa batterie écrasante tout en breaks incessants et sa guitare aux riffs aussi dégoulinants<br />
qu'addictifs que n'aurait pas renié FRANK BLACK au sommet <strong>de</strong> son art ?<br />
Comment abor<strong>de</strong>r avec la tête froi<strong>de</strong> une mélodie aussi sinueuse, nauséeuse et<br />
inflexible que celle <strong>de</strong> l'inoubliable "Come As You Are", traversée d'éclairs <strong>de</strong> violence<br />
aussi perturbants que magnifiques ?<br />
Si "Breed" expose la face la plus punk <strong>de</strong> NIRVANA, lors <strong>de</strong> 3 minutes <strong>de</strong> rage<br />
métallique pure (guitares en rafales, ligne <strong>de</strong> basse "noisy" tressautante, orage <strong>de</strong> notes<br />
furieuses), totalement maîtrisées pour autant, "Lithium" et "Polly" démontrent tout le<br />
talent <strong>de</strong> COBAIN pour les airs aussi accrocheurs qu'effrayants.<br />
Chantés <strong>de</strong> cette voix aussi blanche qu'expressive, le premier joue à nouveau<br />
sur cette opposition entre quiétu<strong>de</strong> et colère, notes claires laissant place à <strong>de</strong>s torrents<br />
<strong>de</strong> riffs déchaînés, tandis que le second est une folk song dont la sécheresse s'accor<strong>de</strong><br />
bien à la gravité <strong>de</strong>s paroles, traitant <strong>de</strong> viol.
"Territorial Pissings", qui suit, contraste avec ces ambiances dépouillées.<br />
Décharge d'énergie pure, portée par la voix poussée à ses limites <strong>de</strong> COBAIN et par un<br />
rythme effroyable, ce titre n'en <strong>de</strong>meure pas moins jouissif.<br />
"Drain You" était le titre préféré du chanteur sur l'album et il est facile <strong>de</strong><br />
comprendre pourquoi. Partant d'un riff clair se muant vite en grésillement tourbillonnant ne<br />
nuisant aucunement à une mélodie fabuleuse digne du meilleur FRANK BLACK,<br />
dévoilant une construction aussi époustouflante que brève, "Drain You" reste l'illustration<br />
parfaite du talent <strong>de</strong> NIRVANA pour les chansons aussi séduisantes<br />
qu'empoisonnées. Riffs féroces, batterie virtuose, dynamique implacable, tout surprend<br />
encore aujourd'hui dans ces 3 minutes 43 <strong>de</strong> bonheur.<br />
Encore plus cru, déchirant et sincère, "Lounge Act" semble porté par l'énergie<br />
du désespoir comme par ses accélérations phénoménales, ses trouvailles mélodiques<br />
incroyables. Sonnant comme un croisement <strong>de</strong> VELVET UNDERGROUND et <strong>de</strong> NEIL<br />
YOUNG passé dans un accélérateur <strong>de</strong> particules, le titre bouleverse encore aujourd'hui.<br />
Si "Stay Away" ne produit pas le même effet, on ne peut rester qu'interdit et<br />
admiratif face à sa hargne, sa force <strong>de</strong> conviction, ses riffs presque douloureux,<br />
assénés comme <strong>de</strong>s gifles, sa voix au bord <strong>de</strong> la rupture, sa batterie marquant<br />
inexorablement le tempo aussi matraqué que discipliné.<br />
"On A Plain" revient vers <strong>de</strong>s terres plus pop, presque lumineuses, gorgées<br />
d'électricité frissonnante, avant <strong>de</strong> laisser place au splendi<strong>de</strong> "Something In The Way",<br />
dont la mélodie à la nudité bouleversante permet à KURT COBAIN <strong>de</strong> se livrer sans<br />
retenue (le titre abordant les moments <strong>de</strong> vagabondage du chanteur lors <strong>de</strong> ses jeunes<br />
années), tel un JOHNNY CASH ou un JOHN LENNON <strong>de</strong>s années grunge.<br />
"<strong>Nevermind</strong>", en 12 titres impressionnants, définitifs, rageurs, gravait tout un<br />
pan <strong>de</strong> l'histoire du rock.<br />
Parce qu'il est apparu dans un moment idéal, parce qu'il recelait <strong>de</strong>s trésors<br />
d'inventivité musicale, parce qu'il a su prendre le meilleur <strong>de</strong> ses prédécesseurs tout en<br />
s'affirmant effrontément original et personnel, et peut-être par <strong>de</strong>ssus tout parce qu'il<br />
criait avec plus <strong>de</strong> conviction que n'importe qui d'autre sa croyance au pouvoir <strong>de</strong> la<br />
guitare électrique rougeoyante, "<strong>Nevermind</strong>" <strong>de</strong>meure ce monument qui a su<br />
convaincre <strong>de</strong>s millions d'auditeurs que le rock est éternel.<br />
NIRVANA ne se remettra jamais vraiment du succès <strong>de</strong> son magnum opus. S'il<br />
livra d'autres brillantes réussites avec les magistraux "In Utero" (1993) et "Unplugged<br />
In New York" (1994), le groupe a connu une fin tragique et cruelle avec le suici<strong>de</strong> <strong>de</strong><br />
KURT COBAIN en 1994.<br />
Mais ceci est une autre histoire.
LE CONTEXTE : 1991, UNE ANNÉE ROCK EXCEPTIONNELLE<br />
Album prodigieux, "<strong>Nevermind</strong>" est <strong>de</strong> surcroît sorti au cours d'une année<br />
extraordinaire, un millésime remarquable qui a vu la naissance <strong>de</strong> nombreux disques<br />
<strong>de</strong>venus <strong>de</strong>s références incontournables <strong>de</strong>puis. Petite revue <strong>de</strong> détail.<br />
MOTÖRHEAD – 1916<br />
Après quelques années d'errements, MOTÖRHEAD revient au sommet <strong>de</strong> sa forme<br />
pour livrer avec "1916" l'un <strong>de</strong> ses meilleurs efforts. Aussi à l'aise dans les tueries rock 'n'<br />
roll extrêmes ("I'm So Bad, Baby I Don't Care") que dans les mid-tempos assassins<br />
("Going To Brazil"), aussi géniaux pour les bombes punkoï<strong>de</strong>s ("R.A.M.O.N.E.S.",<br />
hommage parfait au groupe du même nom) que pour les ambiances intoxiquées<br />
("Nightmare / The Dreamtime"), LEMMY et ses hommes étaient repartis pour quelques<br />
décennies <strong>de</strong> sexe, <strong>de</strong> drogues et <strong>de</strong> rock 'n' roll. Un grand disque, bestial et jouissif.<br />
R.E.M. - Out Of Time<br />
Après une décennie à enchaîner les opus brillants, R.E.M. accè<strong>de</strong> enfin au succès<br />
planétaire avec ce "Out Of Time" pourtant incroyablement personnel et à contre-courant<br />
<strong>de</strong>s mo<strong>de</strong>s ambiantes. Porté par le riff <strong>de</strong> mandoline (!) du bouleversant "Losing My<br />
Religion" (que l'on peut considérer comme l'équivalent "country" <strong>de</strong> "Smells Like Teen<br />
Spirit"), l'album révèle un groupe au sommet <strong>de</strong> son art, alignant les bijoux mélodiques<br />
("Near Wild Heaven", "Belong") avec une facilité déconcertante, un groupe qui marquera<br />
les années 1990 par sa singularité et son intransigeance. Très beau.<br />
SEPULTURA – Arise<br />
1991, année faste pour SEPULTURA ! Après le fracassant et remarquable<br />
"Beneath The Remains", les Brésiliens enfoncent le clou en publiant le chef-d'oeuvre <strong>de</strong><br />
brutalité qu'est "Arise". Gorgé <strong>de</strong> chansons démoniaques, à la précision chirurgicale<br />
ahurissante ("Meaningless Movements") comme au groove détonant ("Dead Embryonic<br />
Cells"), l'album traumatise la scène métal et impose SEPULTURA comme un groupe aussi<br />
primordial que METALLICA ou SLAYER. Absolument dément.
MASSIVE ATTACK – Blue Lines<br />
Avec ce premier album pourtant calme, mélancolique, soyeux et méditatif, le<br />
collectif <strong>de</strong> Bristol faisait <strong>de</strong>s débuts tonitruants dans le mon<strong>de</strong> musical <strong>de</strong>s années 1990.<br />
Empruntant à la "club culture" comme à la musique <strong>de</strong> film, au jazz comme au reggae, au<br />
rap comme au post-punk, MASSIVE ATTACK crée un hybri<strong>de</strong> sonore fascinant, et,<br />
surtout, confirme dès ses débuts sa capacité à créer <strong>de</strong>s titres sidérants <strong>de</strong> beauté. Le<br />
haletant et très Clash "Five Man Army", l'irrésistible "Lately" ou encore le déchirant<br />
"Unfinished Sympathy" n'ont pas fini <strong>de</strong> nous hanter.<br />
N.W.A. - Niggaz4Life<br />
Suite à l'inoubliable et dérangeant "Straight Outta Compton", les trublions hip-hop<br />
<strong>de</strong> Los Angeles frappent à nouveau très fort en dégoupillant une nouvelle grena<strong>de</strong> sonique<br />
nommé "Niggaz4Life". Sulfureux et pourtant ludique, cet album visionnaire, par l'audace<br />
<strong>de</strong> ses choix, définira une bonne partie du son rap <strong>de</strong>s années à venir. Par sa production<br />
époustouflante, d'une mo<strong>de</strong>rnité radicale, par sa rage brûlante (N.W.A. est tout<br />
simplement l'équivalent hip-hop <strong>de</strong> SLAYER) et ses titres atomiques, "Niggaz4Life" pave<br />
bien la voie <strong>de</strong> tous les SNOOP DOGG, EMINEM et 50 CENT à venir. Magistral.<br />
TOM PETTY & THE HEARTBREAKERS – Into The Great Wi<strong>de</strong> Open<br />
Le retour d'un grand monsieur. Après le splendi<strong>de</strong> "Full Moon Fever", escapa<strong>de</strong><br />
solo, TOM PETTY revient entouré <strong>de</strong> ses fidèles HEARTBREAKERS pour livrer un album<br />
<strong>de</strong> rêve. Jamais révolutionnaires, ces musiciens attachants ont pourtant le génie <strong>de</strong> ce<br />
"classic rock" à l'américaine, oscillant entre DYLAN, BYRDS et CREEDENCE<br />
CLEARWATER, et qui leur permet <strong>de</strong> signer <strong>de</strong>s titres aussi émouvants que "Learning To<br />
Fly" ou "Too Good To Be True". Et <strong>de</strong> petites merveilles telles "All Or Nothin" ou "Out In<br />
The Cold" confirment que PETTY est l'un <strong>de</strong>s compositeurs contemporains les plus sousestimés.<br />
Très beau.
METALLICA – Metallica (The Black Album)<br />
Les "Four Horsemen", sous une pochette glaciale, accouchent d'un <strong>de</strong>s albums les<br />
plus colossaux <strong>de</strong>s 30 <strong>de</strong>rnières années. Ralentissant le tempo par rapport à leurs 3<br />
premiers opus, élaguant les structures très complexes du précé<strong>de</strong>nt "... And Justice For<br />
All", HETFIELD, ULRICH et leurs camara<strong>de</strong>s jouent la carte <strong>de</strong> la simplicité et frappent au<br />
coeur. Portés par une batterie prodigieuse, <strong>de</strong>s riffs nucléaires et une production<br />
gigantesque, les titres, 20 ans après, sidèrent encore par leur capacité d'évocation. Entre<br />
mélodies déchirantes ("Nothing Else Matters", bénédiction pour les uns, trahison pour les<br />
autres), western métal ("The Unforgiven", splendi<strong>de</strong>), paysages blafards ("My Friend Of<br />
Misery", terrible), lour<strong>de</strong>urs jouissives ("Sad But True") et vitesse interdite sur l'autoroute<br />
("Holier Than Thou"), METALLICA <strong>de</strong>vient un groupe aussi capital que LED ZEPPELIN ou<br />
MOTÖRHEAD. Hallucinant et bouleversant.<br />
GUNS N' ROSES – Use Your Illusion I & II<br />
Pris d'un accès <strong>de</strong> mégalomanie et <strong>de</strong> courage, les terribles "gunners" publient un<br />
double album fleuve (2 heures 30 <strong>de</strong> musique) qui brasse large. Comme une drôle <strong>de</strong><br />
tentative <strong>de</strong> raconter LEUR histoire du rock, le vrai, le saignant, sulfureux, classieux et mal<br />
peigné à la fois, sous les ombres tutélaires <strong>de</strong>s inévitables ROLLING STONES,<br />
MOTÖRHEAD et SEX PISTOLS. Les 30 titres ne sont pas tous parfaits, loin s'en faut (le<br />
larmoyant "November Rain", le lourdaud "Bad Obsession", les ratés "14 Years" et<br />
"Yesterdays"...), mais AXL, SLASH et les autres impressionnent lorsqu'ils s'en donnent la<br />
peine. Doués pour les riffs tranchants ("Right Next Door To Hell", "Shotgun Blues"), les<br />
constructions ambitieuses ("Coma", le funky "Locomotive") et même pour les mélodies<br />
frisonnantes (le très beau "So Fine"), les GUNS N' ROSES ont eux aussi marqué les<br />
années 1990. Une oeuvre aussi agaçante qu'attachante.<br />
PIXIES – Trompe Le Mon<strong>de</strong><br />
Dernier album du génial groupe <strong>de</strong> Boston, "Trompe Le Mon<strong>de</strong>" est un chant du<br />
cygne sur lequel FRANK BLACK et les siens se montrent toujours aussi outrageusement<br />
doués. Capables d'utiliser <strong>de</strong>s dizaines d'idées différentes au sein <strong>de</strong> titres aussi brefs que<br />
percutants (l'étonnant "Trompe Le Mon<strong>de</strong>", l'éblouissant "Alec Eiffel"), les PIXIES ravissent<br />
et surprennent à chaque fois. Une production plus lour<strong>de</strong> que par le passé, limite "heavy<br />
metal", ne nuit jamais à l'impact <strong>de</strong> guitares terriblement inventives ("Subbacultcha",<br />
insolite), pas plus qu'à un sens mélodique jamais pris en défaut (le merveilleux "Lovely<br />
Day"). Un très grand disque, la vraie pop avant-gardiste du siècle <strong>de</strong>rnier.
PRIMAL SCREAM – Screama<strong>de</strong>lica<br />
Suite à <strong>de</strong>ux albums dispensables, on n'attendait pas grand chose <strong>de</strong> BOBBY<br />
GILLESPIE et <strong>de</strong> ses hommes... Erreur ! Non seulement "Screama<strong>de</strong>lica" était un bijou<br />
d'inventivité sonore, mais il révélait également un très grand groupe, capable d'innover, et,<br />
<strong>de</strong> ce fait, bien parti pour marquer les années à venir. "Innovation", voilà le mot-clé pour<br />
décrire "Screama<strong>de</strong>lica". Sans renier leurs influences classiques (voir le stonien "Movin'<br />
On Up" d'ouverture), les Écossais louchent désormais ouvertement sur la house (le<br />
trépidant "Don't Fight It, Feel It"), l'ambient (l'onirique "Inner Flight"), le gospel halluciné (le<br />
splendi<strong>de</strong> "Come Together") et même le dub (le drogué "Higher Than he Sun"). Un<br />
magnifique kaléidoscope d'émotions, qui aura un impact considérable sur RADIOHEAD,<br />
les CHEMICAL BROTHERS ou KASABIAN.<br />
MY BLOODY VALENTINE – Loveless<br />
Mystérieux chef-d'oeuvre <strong>de</strong>s années 1990, "Loveless" bouleversa tant ses<br />
auteurs qu'ils furent incapables <strong>de</strong> lui donner une suite. Alignant guitares abrasives,<br />
mélodies claires, voix diaphanes et dissonances inquiétantes, le groupe irlandais réussit à<br />
créer <strong>de</strong> véritables paysages sonores, à la fois séduisants et repoussants. En témoignent<br />
l'étouffant et lumineux "Loomer", le déroutant "Touched", le brûlant "Sometimes" ou le très<br />
beau et quasi-dansant "Soon". Une pierre angulaire du rock indépendant, admirée <strong>de</strong><br />
gens aussi différents que ROBERT SMITH (THE CURE), TRENT REZNOR ou MIOSSEC.<br />
U2 – Achtung Baby<br />
En 1991, la ban<strong>de</strong> à BONO se réinventait <strong>de</strong> façon aussi brillante qu'inattendue.<br />
Après leurs "années américaines" (cf. les albums "The Joshua Tree" et "Rattle & Hum"),<br />
les Irlandais reviennent à un son plus européen. Plus audacieux aussi. L'enregistrement<br />
<strong>de</strong> certains titres au Studio Hansa <strong>de</strong> Berlin (où BOWIE créa ses chefs-d'oeuvres "Low" et<br />
"Heroes" à la fin <strong>de</strong>s années 1970) n'est pas étranger à cette courageuse direction. Car<br />
U2 sait comme jamais mêler tradition et innovation sur "Achtung Baby". Passant du<br />
classicisme ultra-efficace <strong>de</strong>s très rock "Even Better Than The Real Thing" et "Until The<br />
End Of The World" aux sonorités "groove" voire "dance" <strong>de</strong> "Mysterious Ways" et "The<br />
Fly", le groupe se paye même le luxe <strong>de</strong> signer ce qui reste peut-être son plus beau titre,<br />
le bouleversant "One". U2 était reparti pour une décennie <strong>de</strong> magie musicale. Un véritable<br />
diamant.
VERS LE NIRVANA : PÈRES (SPIRITUELS) ET ENFANTS<br />
(ILLÉGITIMES)<br />
Pour prolonger la découverte, les artistes et albums ayant inspiré KURT COBAIN<br />
et NIRVANA.<br />
De même, les oeuvres qui n'auraient pas tout à fait été les mêmes sans l'apport<br />
considérable <strong>de</strong> "<strong>Nevermind</strong>". Bonne écoute !<br />
Des modèles pour KURT COBAIN et NIRVANA<br />
LED ZEPPELIN II BLACK SABBATH Paranoid THE STOOGES Raw Power<br />
1969 1970 1973<br />
NEIL YOUNG Rust Never Sleeps THE SEX PISTOLS Never Mind The Bollocks<br />
1979 1977<br />
THE SAINTS Eternally Yours GANG OF FOUR Entertainment !<br />
1978 1979<br />
X Los Angeles THE REPLACEMENTS Tim SONIC YOUTH Daydream Nation<br />
1980 1985 1988
Des "élèves" doués...<br />
SMASHING PUMPKINS Siamese Dream PJ HARVEY Dry<br />
1993 1992<br />
RAGE AGAINST THE MACHINE Rage Against The Machine<br />
1992<br />
OASIS Definitely Maybe ELLIOTT SMITH Either / Or<br />
1994 1997<br />
SUPERGRASS I Should Coco PLACEBO Placebo MUSE Showbiz<br />
1995 1996 1999<br />
THE WHITE STRIPES White Blood Cells THE VINES Highly Evolved<br />
2001 2002<br />
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Discographie réalisée par L'Espace musique <strong>de</strong> la Médiathèque JACQUES PRÉVERT<br />
<strong>de</strong> COLOMBES à l'occasion du 20ème anniversaire <strong>de</strong> la sortie <strong>de</strong> l'album<br />
"<strong>Nevermind</strong>" <strong>de</strong> NIRVANA.<br />
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